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Brève histoire du droit d’édition musico-mécanique

Martin Gladu

S elon l’ancien Conseiller d’État Georges Delavenne, le droit de reproduction

mécanique est né d’un litige opposant les Disques Pathé à un groupe d’éditeurs français,
représenté par l’inventeur et fondateur de la Société française de phonographes « La
Fauvette, » Lucien-Étienne Vivès. Ce dernier, aidé de son illustre avocat Raymond
Poincaré, réussit, après une série d’actions en justice, à conclure des ententes avec les
compagnies de disques, lesquelles ententes prévoyaient le versement d’une redevance pour
la reproduction mécanique d’œuvres musicales sur des supports sonores que les inventions
de Vivès permettaient d’écouter.

Visionnaire, Vivès monta, dès 1905, un « bureau de perception » chargé de collecter auprès
des industriels du disque cette redevance, dont il conservait 40% conformément à l’accord
passé avec les éditeurs avant le procès. Le système qu’il mît en place était simple : les
compagnies de disque achetaient des timbres mobiles et les sommes ainsi perçues étaient
réparties à la douzaine d’éditeurs qui étaient membres dudit bureau. Il vendît son agence à
un certain Vaseille, qui en changea le nom pour la Société générale international de
l’édition phonographique et cinématographique (EDIFO) et y fît entrer des auteurs.

En 1909, Vaseille céda l’affaire au groupe dirigé par Delavenne. Ce dernier, qui avait
quelques années auparavant participé à la fondation du réputé Red Star Club, fît d’EDIFO
un véritable empire tentaculaire, et ce, grâce à la croissance continue des ventes de
phonogrammes et à l’inscription du droit de reproduction dans la nouvelle mouture de la
convention de Berne. Il expliqua, en 1933, l’étroitesse du rapport entre l’expansion
territoriale d’EDIFO et de la gestion internationale du droit de reproduction que paracheva
le BIEM sous la gouverne d’un directeur d’EDIFO nommé Alphonse Tournier :

La première pierre du droit de reproduction musico-mécanique fut posée par la Société


Générale Internationale de l'Edition Phonographique et Cinématographique (EDIFO), à
la suite d'un Arrêt du 1er Février 1905 de la Cour d'Appel de Paris, confirmé par la
Cour de Cassation en 1908.

C'est de cet arrêt, historique entre tous, que se sont développées, à une cadence
accélérée, mais portant aussi la marque de ses imperfections, les chartes complexes et
variées qui régissent aujourd'hui le droit de reproduction musico-mécanique dans le
monde.

Vingt ans durant, l'histoire du droit de reproduction musico-mécanique fut un peu celle
d'EDIFO appuyée sur les grandes maisons d'édition. Elle consista à organiser le droit
nouveau après chaque conquête nouvelle. Successivement l'Allemagne, l'Italie,
l'Autriche, l'Angleterre, la Scandinavie, la Hollande, la Belgique, la Suisse, l'Espagne,
puis la Roumanie, la Grèce, la Hongrie, la Yougoslavie, les pays d'Amérique, le Japon
furent organisés avec des moyens divers, mais avec une méthode toujours la même,
visant à centraliser les forces dans chaque pays et à réaliser progressivement un front
international des avants-droit.

Un nouvel effort, d'ailleurs couronné de succès, devait aboutir à la fondation en 1929 du


Bureau International de l'Édition Musico-Mécanique (B.I.E.M.), qui parachevait l'œuvre
internationale d'EDIFO en obtenant de toutes les Sociétés existantes, avec le concours
opportun de Chambres Syndicales d'Éditeurs et des plus grandes maisons d'édition, la
direction générale des affaires du droit de reproduction pour tous les répertoires
européens continentaux. Inter-auteurs, septembre 1933

A cette même époque (en 1933), trois sociétés concouraient à la direction du BIEM :
EDIFO, AMMRE (Berlin) et SIDE (Milan). Il comptait également les filiales suivantes :
NCB (Copenhague), SOBEDA (Bruxelles), MEREA (Amsterdam), MECHANLIZENZ
(Berne), SÂRDA (Bucarest), AEPI (Athènes), BRITICO (Londres), SEMERT (Budapest)
et IDAP (Zagreb). Des agences nationales d’EDIFO à Madrid, Sofia, Melbourne, Buenos-
Aires, Tokyo, La Havane, Sao Paulo, Varsovie et Vienne s’ajoutaient au nombre. D’autres
succursales, comme celles de Turin et de New York, furent ouvertes par la suite.

Tournier contribua étroitement à la création de MECHANLIZENZ, de la NCB, de la


SÂRDA, de l’USMA (ex-Yougoslavie) et de la SOBEDA, alors que Delavenne et son
groupe fondèrent l’AMMRA, MECOLICO et quelques autres agences nationales.

Dès sa fondation en janvier 1929, le BIEM, alors dirigé par Tournier, n'a retenu pour lui-
même que les fonctions générales : fixation des conditions d'exploitation de ses répertoires
par l'industrie phonographique (tarifs, domaines d'application des taxes, mesures de
contrôle, garanties diverses), contrôle général de ses membres, et administration du
contentieux. Toutes les tâches administratives, telles que les opérations de catalogue, de
perception, de contrôle et de répartition sont déléguées dans chaque pays aux sociétés et/ou
agences de l’organisme.

Tournier conclut le premier accord-cadre avec l’IFPI la même année. Cette entente
historique vint fixer les principales conditions d’usage à travers le monde. Il participera, en
sa qualité de directeur général du BIEM, à la fondation, en 1935, de la SDRM, qui racheta
les éléments de documentation d’EDIFO, alors en liquidation.

Timbre mobile d’EDIFO émis aux Disques Pathé