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LES HOMMESE
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THEOLOGIQUE;
MAIS RAISONNABLE;

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308513

DIEU Ÿ
ET LES HOMMESz
OEUVRE .
THEOLOGIQUE;
MAIS RAISONNABLE.]

Par le Docteur ÛBERN.- '


TRADU1T/
Par JAQUES AIMONz

A .B E R L I N,
Chez CHRISTIAN DE VOS.

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TABLE '
D.ES CHAPITRES
CONTENUS DANS CE VOLUME.
1

CHAPITRE I. No; crime: E? nosjbt,fl-S. Pag. I. . .


CHAP. Il. Remède approuvé par la faculté con
tre le: maladie: ci -deſſus. . 7.
CHAP. Ill. Un Dieu chez route: les nations c,'
Îlilſſéïſç ï o a a a 10.
CHAP- IV. 'Des 'anciem culte: Ez? en premier
lieu Île celui de la Chine. . 13.
CHAP. V. De ?Inde des Bracmancs, de leur
Théologie imitée trés-tard par les Juif”
E5' enſuite par les Chrétien:. 19.
CHAP. Vl. De la .Métvmpficoſèu de: veuve:
qui fl:- brulent, de François Xavier
G9" de IK/arburton. .. . 24.
CHAP- VII. Des Caldécm. . - . 32.
CHAP. VIll. De: ancien: Perſan: E5 de Z0
roqflrt. . . . . . "36,
CHAP. IX. DE: Phénicien: E5 de Sancbonia
ton. antérieur au tems Où l'on place
. , . . 39-
.CHAP- X- Des Egyptiens. . . 4$."
CHAP XI. Des Arabes E5 de Bacchus, 4.9.
CHAP. XlI. Des Grecs. de Socrate. Ü" t1#
la double doctrine. . ç. q - i5
v: , TABLE
I
CHAP. Xlll. De: Romains. . I Pag. f9;
CHAP. XlV. DesJuiflEF de leur origine. 62.
CHAP- XV- Qyand les Juifs commencèrent
. il: à demeurer dan: des Villes, quand
ícrivirent-ils, quand eurent-ils un:
religion fixe E9" déterminée? . d'9.
CHAP. 'XVI. ,Quelle fut ‘ Æabord la religion
. des. Juifl. . . . 72.
CHAP. XVII. Cbangemem continuel: dan: la
religion Juive juſqu'au tems de la app
tivite'. . . . . . 80.
CHAP. XVIII. Mæur: de: Juif:. . 83.
ÛHAP- XIX. De la religion Juive au retour
. de la çaptipite” de Baèilone. 93.
CHAP- XX. Que Pimmortalité de Fame n'eſt
. m' énoncée ni même ſuppoſée dan:
. aucun. endroit :le la loi ſui-ue. 97.
CHAP. XXI. 'Que la lai Juive eſt la flzule dan:
l'univers qui ait ordonné ;Pimmoler
de: hommes. 103.
' CHAP. XXII. Raiſons deceuaequi-précendent
que Moiſe- ne peut avoir écrit le Pen
tateuque . . . no.
CHAP. XXIU. Si Moïſe a exiſté. . 113.
CHAP- XXIV. D'une vie .de Moïſe très -
curieuſe ï écrite pur les Juifs après.
l la captivité. . . . . I i 9.
CHAP. XXV.. De .la mort ele Moiſe. 126_
ÇHAP. XXVI. Si Phi/Zaire de Bacchus efl ri
rée de celle de Blaiſe. . 130_
CHAP- XXVll. De la Coſmogonie attribuée à
. .Moïſe E? de ſon Deluge. . [32,
CHAP- XXVIlL Des Plagiat: reproché: aux
l
DES. CHAPITRES. 'VII
X CrJIAP.
""‘.. XXIX.
Juif” De
. Ia ſecte
. .cle: Juifs
Pag. Êâ de
140.

leur conduite aprêsulh chftivité,


qu'au règne de Pidume'en Hérode- 142
CHAP… Des..mœur: &les ſurfefous Hé-*
rode. ' . . . . I46
CHAP. XXXL. Dejeſu. .. . IU
CHAP. XXXIIffiRecIJerchee ſurqjeſuſ ' 1S7.
CHAP. XXXIII.. De la morale'lle.Jeſu; 163.
CHAP.'XXXIV. De la religion deJefu. 171.
CHAP. XXXV. De: mœurs de Jeſus J! [TM-'
e bliffèment de la _ſecte de Jeſü EF du
qbríſhaniſme. . . . I79
CHAP. XXXVl. Fraudes innombrablfl' du
CbÏétiÛn-Ï. o o

.CHAP- XXXVII. De: cauſer-iles progrès du


Chriflianſſme. De la fin du monde
E? de la réſurrection annoncée de ſon
tems. . I96
CHAP. XXXVIII. Chrétien: ‘ Platoníciens,
Trinité. . . a - 29T
CHAP: XXXIX. De: dogme: Chrétiens abſo
lument different de ceux (le Jeſu. 214.
CHAP. XL. De: querelles chrétiennes. 217.
CHAP. XLI. De: n,æurs de Jefu E? de l'E
gliſe. . . . . 224.
CHAP. XLIl. De ſeſu E9* de: meurtre: com
mis en ſon nom. . . 228.
CHAP. XLlII. Propoſition: honnêtes. 242.
CHAP. XLIV. Comment il.ſaut prier Dieu. 249.
Axiomes. . 2 54.
Addition du traduéèeuî'. . 259.

Fin de la Table,
‘Q-l.( ,VIll ) -Zp _

ERRÀTAj +
Page
' . 78. lé
ligne n. 8c
prêm'. des leur prêtre Michas.
Michasſ. ' torrígeä . 'E'

P43; 80. 7íg.z1.. de la, corrige: äj'a;


rPag. .m1. líg. ï; qu'on voyait. corrigez qu'on voyait j
encor. .
Peg. 184. lig. 14. officier, torrígez officiers; -
Eng. x98. lig. 7. Dieu, .corrigez Jeſu. k
P45- 116.11g. 6. -répançlu corrfgez répandue;
. . è
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3. AM5, Doc ‘* 9 w AV),
'H ÊÛËŸ 'Ê WF

LES HOMMES.

C1ïA1’ITſſÏE 12
NOS CRIMES ET NOS
SOTISES.
N général les hommes ſônt ſors;
*Pl L ingrats, jaloux , avides du bien
d'autrui, abuſant de leur ſupério-
rité quand ilSſont ſorts, 8c fripons quand
ils ſont faibles. '
Les femmes pour l'ordínaire, nées avec .des
organes plus déliés &r moins robuſtes que les
.A
2 NOS CRÏIMES
. hommes , ſont' plus artificieuſes 8c moins bar
Chap.l. bares. Cela eſt ſi vrai que dans mille crimi
nels qu'0n exécute ‘a mort, à peine trouve -,
t — on trois ou quatre femmes. Il eſt vrai auſſi
qu'on rencontre quelques robuíies héroïnes
auſſi cruelles que les hommes; mais ces cas
ſont aſſez rares.
Le pouvoir n'eeſt communément entre les
mains deshommes dans les états CY dans les
familles, que parce qu'ils ont le poing plus
fort, l'eſprit plus ferme 8c le cœur plus dur.
De tout cela les moraliſtes de tous les tems
ont conclu que l'eſpèce humaine ne vaut pas
grandïzhoſe, 8z en cela ils ne ſe ſont guères
écartés de la' vérité.
Ce n'eſt pas que tous les hommes ſoient
învincíblement portés par leur nature à faire
le mal 8c qu'ils le faſſent toujours. Si cette
fatale opinion était vraye, il n'y aurait plus
(Phabitans ſur la terre depuis longtems. C'eeſt "
une contradiction dans les termes de dire: le
genre humain eſt néceſſité à ſe détruire , 8c il
ſe perpétue..
2 Je crois bien. que de cent jeunes fanmes
qui ont de vieux maris, il y en a quatre
Vingt dix-neuf, au moins , qui ſouhaitent ſin
ET NOS SOTXSES. 3
cèrement leur mort; mais'vous en trouyerez ___.
à peine une qui .veuille ſe charger d'empoî— Chapl.
ſonner celui dont elle voudrait porter le
deuil. Les parricides, les fi-atricides ne ſont
nulle part communs. Quelle eſt donc l'éten
due 8c la" borne de nos crimes? C'eeſt le de
gré de violence dans nos paffions, le degré
de notre pouvoir 8c le degré de notre raiſon.
Nous avons la fièvre intermittente, la fiè.
vre continue avec des redoublemens , le tranſ
port au cerveau , mais très-rarement la rage.
Il y a des gens qui ſont en ſanté. Notre fiè
vre intermittente, c'eſ’c la guerre entre les
peuples voiſins. Le tranſport au cerveau,
defi le meurtre que la colère 8c la vengean
ce .nous excitent à commettre contre nos
concitoyens. Quand nous aſſaflinons nos pro
ches parens, ou que nous les rendons plus
malheureux que ſi nous leur donnions la
mort , quand des fanatiques hypocrites allu
ment les buchers , c'eſ’c la rage. Je n'entre
point ici dans le détail des autres maladies,
c'eſt—à—dire des inenus crimes innombrables
qui afflígent la ſocieté. .
Pourquoi eſt -on en guerre depuis ſi long
tems, &c pourquoi commet-on ce crime
A 2
4 NOS CRIMES
._'___ ſans aucun remords? Qn fait la guerre uni
Chap.I. quement pour moiſſonner les bleds que d'au
tres ont ſemés , pour avoir leurs 'moutons ,
leurs chevaux , leurs bœufs, leurs vaches 8c
leurs petits meubles; deſt à quoi tout ſe ré
duit :' car deſt là le ſeul principe de toutes les
richeſſes. Il eſt ridicule de croire que Romu
lus ait célébré des jeux dans un miſérable
hameau entre trois montagnes pelées, 8c qu'il
ait invité à ces jeux trois cent filles du voiſi
nage pour les ravir. Mais il eſt aſſez certain
que lui 8c ſes compagnons prirent les beſtiaux
8c les charues des Sabins. .
Charlemagne fit la guerre trente ans aux
pauvres Saxons pour un tribut de cinq cent
vaches. Je ne nie pas que pendant .le cours
de ces brigandages , Romulus 8c ſes Sénateurs',
Charlemagne 8c ſes douze pairs n'aient violé
beaucoup de filles 8c peut-être de gré à gré:
mais il eſt clair que le grand but de la guer
re était d'avoir des vaches , du foin 8c le
reſte , en un mot de voler.
Aujourd'hui même encor un héros à une
'demi- guinée par jour, qui entre avec des he’
ros ſubaltern'es à quatre ou cinq ſous , au nom
de ſon auguſte maître, dans le pays d'un autre
ET NOS .SOTI$ES. g
auguſte Souverain, commence par ordonner ___4
à tous les cultivateurs de fournir boeufs, va- Chapl.
ches , moutons , foin , paille, bleds , vins ,bois , ‘
linges , couvertures., &c- Je liſais ces jours
paſſez dans la petite hiſtoire cronologique de
la France notre voiſine, faire par un homme
de robe, ces paroles remarquables. Grant!
fourage, le IF. Octobre 1709, où le Comte ile
Broglie Izattit le Prince de Lokovíts; deſt-à-di
re, qu'on tua le dix Octobre deux ou trois
cent Allemands qui défendaient leurs foins.
Après quoi les Français déjà battus à Mal
plaquet perdirent la ville de Mons. Voilà ſans
doute un exploit digne d'éternelle mémoire
que ce foutage! Mais cette misère fait voir
qu'au fond dans toutes les guerres depuis celle
de Troye juſqu'aux nôtres, il ne s'agit que
de voler.
Cela eſt ſi malheureuſement vrai que les
noms de voleur 8c de ſoldat étaient autrefois
ſinonimes chez toutes les nations. Conſultez
le Mile: de Plante, latroeinatus annos decem
mercedem accipio. .Vai été voleur dix ans , je
reçois ma paye. Le Roi Sélecteur m'a donne'
.conimiflîon de lui lever de: voleurs. Voyez l'an
cien Teſtament , Jepbté fil: de GalaadEÿ :Tune
. A 3
s NOS CRIMES
'._;__ proflitucë engage des. brigands à ſbn ſèrvíceí
Chapl. Abimelec live une troupe de brigands. David
aſſèænble quatre cent voleur: perdu: de crimes 8ze.
Quand le chef des malandrins a bien tué 8c
bien volé, il réduit à Feſclavage les mal
heureux dépouillés qui ſont encor en vie. 11s
deviennent ou ſerſs ou ſujets , ce qui dans les
neuf dixiémes de la terre revient à peu près
au même. Genſeric uſurpe le titre de Roi. Il
devient bientôt un homme ſacré , 8c il prend
nos biens, nos femmes , nos vies, de droit di—
Vina ſi on le laiſſe faire. a
Joignez à tous ces brigandages publics les
innombrables brigandages ſecrets qui ont dé
ſolés les familles, les calomnies, les ingrati
tudes , l'inſolence du fort, la friponnerie du
faible, 8c on conclura que le genre humain
n'a preſque jamais vécu que dans le malheur
8c dans la crainte pire que le malheur même
Tai dit que toutes les horreurs qui marchent
à la ſuite de la guerre , ſont commiſes ſans le
moindre remords. Rien n'eeſt plus vrai. Nul
ne rougir de ce qu'il ſdit de compagnie- Cha
cun eſt encouragé par Pexemple; c'eſt à qui
maſſacrera, à qui pillera le plus , ou y met
\à gloire. Un ſoldat, à la priſe' de Bergopſom ,
ET NOS SOTISES. 7
s'e’crie, je ſuis las.de tuer , je vais violer, 8e tout ____.___.
le monde bat des mains. Chap.l..
Les remords, au contraire, ſont pour celui qui
\fêtant pas raſſuré par des compagnons, ſe'
borne à tuer, à voler en ſecret. .Il en a de
l'horreur juſqu'à ce que l'habitude l'endur
ciſſe à l'égal de ceux qui ſe livrent au crime
régulièrement 8z en front de bandière. '

~
CHAPITRE 1,1.

REMEDE APPROUVË
PAR LA FACULTÉ
CONTRE LES MALADXES CI—D ESSUS'Ã
Es nations qu'on nomme civiliſées , parce
qu'elles furent méchantes 8c malheureuſes
dans des villes, aulieu de l'être en plein air ou
dans des cavernes , ne trouvèrent point de plus
puiſſant antidote contre les poiſons dont les
cœurs étaient pour la plûpart dévorés , que
le recours à un Dieu rémunérateur 8c vengeuſ.
Les Magiſtrats d'une ville avaient beau
faire des 101x contre le vol, contre l'adultère ,
A4
s' REMEDÉS CONTRE
on les volait eux .- mêmes dans leurs logis tanâ
C1111_ dis qu'ils promulguaient leurs loix dans la pla
ce publique; 8c leurs femmes prenaient ce
tems là même pour ſe moquer 'd'eux avec
leurs amans. ' '
Quel autre frein pouvait-on donc mettre
à la cupidité, aux transgreffions ſecrètes 8c
impunies, que l'idée d'un maître éternel qui
nous voit 8c qui jugera juſqu'à nos plus ſe
cretes penſées? nous ne ſavons pas qui le pre
mier enſeigna aux hommes cette doctrine. Si
je le connaiſſais, 8c ſi ſétais ſûr qu'il n'allât
.point au delà; qu'il ne corrompît point la mé
decine qu'il préſentait aux hommes; je lui
dreffizrais un autel.
Hobbes dit qu'il le ſerait pendre. Sa raiſon,
dit—il, eſt que cet Apôtre de Dieu s'élèvc
.contre la puiſſance publique .qu'il appelle le
Léviatan, en venant propoſer aux hommes
un maître ſupérieur au Léviatan , à la ſouve
raineté légiſlative. '
La ſentence de Hobbès me paraît bien dure.
Je conviens avec -lui que cet. Apôtre ſerait très
.puniſſable s'il venait dire à notre Parlement
ou au Roi d'Eſpagne , ou au Sénat de Veniſe:
P Je viens vous a,moncer un Dieu dont je ſuis
LES MALADIES CI-DESSUS. 9
le miniſtre , il m'a chargé de vous faire met- ______
tre en priſon à ma volonté; de vous ôter Ch. Il..'
vos biens , de vous tuer ſi vous faites la moin— '
dre choſe qui me déplaiſe. 'Je vous aſſaffi
nerai, comme le ſaint homme Aod aſſaſſi
D na Eglon Roi de Moabie & de Juiverie;
I comme le pontife Joïada aſſaſſina Athalie à
D la porte aux chevaux, 8c comme le ſage Sa--
N lomon aſſaſſma ſon frère Adoniah, &c
N &c. &C- ï
J'avoue que ſi un prédicateur venait nous
parler ſur ce ton , ſoit dans la chambre haute ,
ſoit dans la baſſe , ſoit dans le Drawing Roum;
je donnerais ma voix pour ſerrer le cou de ce
drole.
Mais ſi les Athées dominaient chez nous,
comme on dit que cela cf: arrivé dans notre
ville de Londres du tems de Charles II
8c à Rome du tems de SiXte IV.; d'A-
lexandre V 'I' de Léon X. 8re. &C., Je ſau—
tais très-bon gré à un honnête homme de
venir ſimplement nous dire, comme Platon ,
Marc — Aurèle , Epictète , M O RT E L S , r L
Y A UN DIEU JUSTE, SOYEZ JUSTES.
Je ne vois point du tout de raiſon de pendre
Un pareil concitoyen.
10 UN DlEU CHEZ
_______ Quoique je me pique d'être très — tolérant ,
(311,11, ſinclinerais plutôt à punir celui qui nous di
rait aujourd'hui, Meilleurs 8c Dames, il n'y
'a point de Dieu , calomniez, parjurez -vous ,
friponnez , Volez , aſſaffinez , empoiſonnez ,
tout cela eſt égal , pourvu que vous ſoyez
les plus forts .ou les plus habiles. 'Il eſt clair
que cet homme ſerai‘t très-pernicieux à la ſo
cieté, quoiqu'en ait pu dire le Révérend
père Malagrida ci- devant Jéſuite , qui a , dit
on, perſuadé à toute une famille que ce n'é
tait pas même un péché véniel Œaílaffiner
par derrière un Roi de Portugal en certain cas.

CHAPITRE III.

LIN' I)IElU
ÇHEZ .TOUTES LES NATXONS
c1v1L1SÉEs
Uand une nation eſt aſſemblée en ſocie
té, elle a beſoin de l'adoration d'un z
Dieu, à proportion que les Citoyens ont be- '

L.æ
""
LES NATIONS ClVI LISÊES. r1
ſoin de s'aider les uns les autres. C'eſt par -IÉÛ-ññ
.
cette raiſon qu'il n'y a jamais eu de nation
raſſemblée ſous des loix, qui n'ait reconnu
Ch. ni.
une divinité de tems immémorial.
L'Etre ſuprême s'était- il révélé à ceux qui
les premiers dirent qu'il faut aimer 8c crain-- .
dre un Dieu puniſſeur du crime 8c rémunéra
teur de la vertu? Non ſans doute; Dieu ne
parla pas à Thaut le Légiſlateur des Egyp
tiens , au Brama des Indiens, à l'Orphee de
Thrace , au Zoroaſtre des Perles; 8ze. 8Ce.
Mais il ſe trouva dans toutes les nations
des hommes qui eurent aſſez de bon ſens
pour enſeigner cette doctrine utile; de même
qu'il y eut des hommes qui par la force de
leur raiſon enſeignèrent Parithmétique, la
géométrie , 8c l'aſtronomie.
L'un en meſurant ſes champs trouva que le
triangle eſt la moitié du quarré, &t que les
triangles ayant même baſe 8c même hauteur
ſont égaux. L'autre en ſemanc, en recueil
lant 8c en gardant ſes moutons, s'apperçut
que le ſoleil &c la lune revenaient à peu près
au point dont ces aſtres étaient partis, 8c
qu'ils ne s'écartaient pas d'une certaine borne
au nord 8c "au midi. Un troiſième confidéra
l
.'12 UN DIEU CHEZ
_ que les hommes , les animaux, les aſtres ne
'ch. III, s'étaient pas fait eu,umêmes', 8c vit qu'il
exiſte un Etre ſuprême. Un quatriéme ef
frayé des torts que les hommes ſe faiſaient les
uns aux autres , conclut que s'il y avait un
Etre qui avait fait les aſtres, la terre 8c les
hommes , cet Etre devait faire du bien aux
honnêtes gens 8c punir les méchans. Cette
idée eſt ſi naturelle 8c ſi honnête qu'elle fut
aiſément reçue.
La même force de notre entendement qui
nous fit connaître l.'arithmétique , la géomé
trie, l'aſtronomie; qui nous fit inventer des
loix, nous fit donc auſſi connaître Dieu. ll
.ſuffit de deux ou trois bons argumens tels
qu'on en voit dans Platon parmi beaucoup
de mauvais, pour adorer la divinité. On n'a
pas beſoin d'une révélation pour ſavoir que
le ſoleil de mois en mois correſpond à des
étoiles différentes', on n'a pas beſoin de révé-
lation pour comprendre que l'homme ne s'eſi
pas fait lui—même, 8c que nous dépendons
' d'un Etre ſupérieur quel qu'il ſoit.
' Mais ſi des charlatans me diſent qu'il y a
une vertu dans les nombres, ſi en meſurant
mes champs ils medtrompent , ſi en obſervant
LES NATIONS CIVILISÉES. 1j
une' étoile , ils prétendent que cette étoile fait
ma deſtinée , ſi en m'annonçant un Dieu juil Ch.lll-.
te , ils m'ordonnent de leur donner mon bien
de la part de ce Dieu; alors je les déclare
tous des fripons , 8c je tâche de me conduire
par moi-même avec le peu de raiſon ,que
.Dieu m'a donné.

CHAPITRE IV.

DES ANClENS CULTES


ET EN PREI-\IIER LIEU
DE

C.ELUI DE LA CHINE.

P Lus une nation eſt antique, plus.auffi


elle a une religion ancienne.
A préſent que dans une grande partie de
l'Europe on n'a plus de Jéſuites à ſtarter ou
à déteſter; à préſent qu'il n'y a plus de mé
rite à combattre leurs opinions les plus raiſon
nables comme les plus ridicules, 8c que la
haine qu'ils avaient aſſez méritée eſt éteinte
\4 CHINE.
avec eux , il faut bien convenir qu'ils avaient
CILIV, raiſon quand ils aſſuraient que le gouverne
ment Chinois n'a jamais été athée. On avan
ça en Europe ce paradoxe impertinent parce
que les jéſuites avaient acquis un très -grand
crédit à la Chine avant d'en être chaſſés. On
voulait à Paris qu'ils favoriſaſſent Pathéiſme à
Pékin , parce qu'ils étaient perſécuteurs à Paris.
C'eſt par ce même eſprit de parti, c'eſt par
Pextravagance attachée à toutes les diſputes
pédanteſques , que la Sorbonne s'aviſait de
condamner à la fois, 8c Bayle qui ſoutenait
qu'une ſocieté d'athées. pouvait ſubſiſter , 8c
les Jéſuites qu'on acoeſait d'approuver le gou
vernement athée des Chinois, de ſorte que
' ces pédants ridicules de Sorbonne pronon
çaientà la fois le pour 5è le contre; le oui
8c le non; ce qui leur eſt arrivé preſque tou
jours à eux 8z à leurs ſemblables. Ils diſaient
à Bayle, il n'eſt pas poſſible qu'il Y ait dans
le monde un peuple &athées; ils diſaient aux
Iéſuites, la cour de Pékin eſt athée 8c vous
auſſi. Et le JéſuitelHardouin leur répondait:
011i a il Y a des ſocietes d'athées , car vous
Fêtes vous, Arnaud, Paſcal, Quénel 8c Pe
tit-pied.. Cette folie ſacerdotale a été aſſez re
CHINE. 15'
levée dans'pluſieurs bons livres; mais il Faut ..—————c
ici découvrir le prétexte qui ſemblait à nos Ch. IV.
docteurs occidentaux colorer le reproche d' -
théiſmequîls Iäiſäient à la plus reſpectable na
tion de l'Orient. L'ancienne religion Chinoilè
conſiſte principalement dans la morale comme
celle de Platon, de Marc-Aurèle, d'Epictè
te 8c de tous nos Philoſophes. L'Empereur‘
Chinois ne paya jamais des argumentans pour
lavoir ſi un enfant eſt damné quand il meurt
avant qu'on lui ait ſoufflé dans la bouche; ſi
une troiſiéme perſonne eſt faite ou engendrée,
ou procédante; ſi elle procède d'une premiè
re perſonne, ou de la ſeconde, ou de toutes
les deux à la fois; ſi' une de ces perſonnes
poſsède deux natures ou une ſeule? ſi elle a
une ou deux volontés; ſi la mère d'une de
ces perſonnes eſt'maculée ou immaculée. Ils
ne connaiffient ni conſubſtantiabilité, ni con
ſubſtantiation. Les quarante Parlemens Chi
nois qui gouvernent tout l'Empire, ne lèvent
rien de toutes ces choſes; donc ils ſont athées!
C'eſt ainſi qu'on a toujours argumenté parmi
les chrétiens. Quand ſe m'ettra-'t-on à rai
ſonner?
C'eſt abuſer bien étrangement de la ſtupidi
:6 CHINE.
j_íí
té du vulgaire , c'eſt être bien ſtupide ſoi-mêæ
cp. iv. me, ou bien fourbe 8c bien méchant, que de
vouloir faire accroire que la principale partie
de la religion n'eſt pas la morale? .Adorez
Dieu 8c ſoyez juſte; voilà l'unique religion
des Lettres Chinois. Leurs livres canoniqucs,
auxquels on attribue près de quatre mille ans
d'antiquité , ordonnent que l'Empereur trace
de ſes mains quelques ſillons avec la charuë,
8c .qu'il offre à l'Etre ſuprême les épis venus
de ſon travail. O Thomas d'Aquin, Scot,
Bonaventure, François , Dominique , Lu
ther, Calvin, Chanoines' de Weſtminſter ,
enſeignez -vous quelque choſe de mieux!
Chinois ll y a quatre mille ans que cette religion
reſpecta ſi ſimple 8c ſi noble dure dans toute ſon in
bles tbéiſ
les , c'eſt tégrité', 8c il eſt probable qu'elle eſt beau
à-dire, a— coupplus ancienne: car puiſque le grand Em
doralcurs
d'un pereur Folii, que les. plus modérés compila
Dieu. teurs placent au tems où nous plaçons le dé
luge, obſervait cette auguſte cérémonie de'
ſemer du bled, il eſt bien vraiſemblable qu'elle
était établie longtems avant lui. Sans cela
n'aurait - on pas dit qu'il en était .l'inſtituteur ?
Fohi était à la tête d'un peuple innombra
.ble , donc cette nation raſſemblée était très
anté
UN 'DlEU. I7'
antérieure à Fohi; donc elle av\ait depuis très ____
longtems une religion: car quel grand peu- CII-IV'.
ple fut jamais ſans religion? il n'en ,eſt au'
cun exemple ſur la terre.
Mais ce qui eſt unique 8c admirable , c'eſt
que dans la Chine l'Empereur a toujours été
pontiſe 8c prédicateur. Les Edits ont toujours
été des exhortations à la vertu. L'Empereur
a toujours ſacrifié au Tien, au Changtiſi
Point de prêtre aſſez inſolent pour lui dire:
il n'appartient qu'il moi de ſacrifier , de prier.
Dieu en public. Vous touchez à .Pencenſbír a
vous oſez prier Dieu vous - même, 'vous êtes un
impie. . .
Le bas peuple fut ſot 8z ſuperſtitieux à la
Chine comme ailleurs… «ll adora dans les der
niers tems des Dieux ridicules; il s'éleva
pluſieurs ſectes depuis environ trois mille ans ,‘
le gouvernement ſage 8c tolérant. les a laiſſé
- ſubſiſter , uniquement occupé de la morale
8c de la police, il ne trouva pas mauvais que
la canaille crût des inepties,,pourvu qu'elle
ne troublât point l'état 8c qu'elle obéit aux
loix. La maxime de ce gouvernement fut tou
Ïours, 'croi: ce que tu voudras, mai: fai: ee
que je fordonne.
B
/

'18 CHINE. _
.
Lors même que dans les premiers .jours de
Ch. 1V. notre ère vulgaire, je ne ſais quel miſérable
nommé Fo, prétendit être né d'un Eléphant
blanc par le côté gauche , 8c que les diſciples
firent un Dieu de ce pauvre charlatan, les
quarante grands Parlemens du Royaume ſouf
frirent que la populace s'amuſât de cette farce.
Aucune des bêtiſes populaires ne troubla l'E
tat; elles ne lui firent pas plus de mal que les .
;Métamorphoſes d'Ovide 8c 'âne d'Apulée
n'en firent à Rome. Et nous , malheureux,
8c nous! que d'inepties , que de lottilès, que
de trouble 8c. de carnage! L'hiſtoire Chinoiſe
n'eſt ſouillée d'aucun trouble religieux
Nul Prophète qui ameuta le peuple, nul myſ
tère qui porta le ravage dans les ames. Con- '
futſée fut le premier des médecins , parce qu'il
ne fut jamais charlatan. Et nous, miſerables l 3c
nous!

:A,
*RJ*

CHAPI
ïë-(Î9)iÎ- .
~
:m4

CHAPITRE V. Ch. V.

. DE L'INDE
DES BRACMANES,
De leur Théologie imite? trek-tard par le: Juifs,
E9” enſuite par les Chrétiens.

A religion des Bracmanes eſt encor plus


ancienne que celle des Chinois. Du
moins les Bracmanes leaproteſtent; ils con
ſervent un livre qu'ils prétendent écrit plus
,de trois mille ans avant notre ère vulgaire
.dans la langue du Hanſcrit que quelques-uns
entendent encore. Perſonne ne doute au
moins chez les Brames modernes que ce livre
ſi ſacré pour eux , ne ſoit très antérieur au
Veidam ſi célèbre dans toute l'antiquité. -Ï-Lc
livre. dont. je parle s'appelle le Shaſta- Il ſu!
...la règle des Indiens pendant quinze cent ans
.juſqu'au tems où les Bracmanes étant devenus
;plus puiſſans, donnèrent pour règle le Vei
dam , nouveau livre fondé ſur l'ancien Shaſta;
B a
!a INDE,
ç de ſorte que ces peuples ont eu une première
Ch. V. .Sc une ſeconde loi. (*)
La première loi des Indiens fimble être l'o
rigine de- la théologie de pluſieurs autres na
tions.
C'eſt dans le Shaſta qu'on trouve un Etre ſu
prême qui a débrouillé le chaos 8c qui a for
mé des créatures céleſtes. Ces demi -Dieux
le ſont révoltés contre le grand Dieu qui les
a .bannis de ſon ſéjour pendant un grand nom
bre de ſiècles. Et il eſt à remarquer que la
moitié des demi-Dieux reſta fidèle a ſon ſou
verain. l
C'eſt viſiblement ce qui a donné lieu depuis
'deUri
lagine
chez les Grecs à la ſable des 'géans. qui com
chute des
'Anges battirent contre Zéus le maître des Dieux.
.dans le Hercule 8c d'autres Dieux prirent le parti de.
Chriſtia
mûne. Zéus. Les géans vaincus furent enchaînés.
Obſervons ici que les Juifs qui ne formè
rentſim corps de peuple que pluſieurs ſiècles
après les Indiens, n'eurent aucune notion de
cette théologie miſtique; on n'en trouve nulle
trace dans la Genèſe. Ce ne fut que dans le
premier ſiècle de notre ère qu'un fauſlàire très
ſ *) Voyez le livre de Mr. Holwel qui a demeuré
ma: an; aveq,les Brumes.
UN.D1EU. .721
maladroit, ſoit Juif, ſoit demi-Juif 8c demi- _.., i.
Chrétien, ayant appris quelque choſe de la Ch.V. '
. religion des Bracmanes, fabriqua un écrit
qu'il ola attribuer à Enoch, c'eſt dans ce li- _ ?Tiré
ridicule
- vre d'Enoch qu'il eſt parlé de la rébellion de hat-di_
quelques puiſſances céleſtes que ce FauſIàire ap- Ëîgäéfl;
pelle anges. Semexiah était, dit- il, à leur good);
tête. Araciel 8c Chababiel étaient ſes Lieu
tenans Généraux. Les Anges fidèles furent
Michel, Raphael, Gabriel, Uriel. C'eſt en
fin ſur ce fatras du livre prétendu d'Enoch,
que Milton a bâti ſon ſingulier Poème du Pa
radis perdu. Voilà comme toutes les fables
ont fait le tour du monde.
Quel lecteur ſenſé poura maintenant obſerx
ver ſans étonnement que la religion Chré
' .tienne eſt uniquement,fondée ſur cette chute
des anges, dont il n'eſt pas dit un ſeul mot
dans l'ancien teſtament i' On attribue à Simon
Barjone ſurnommé Pierre une lettre dans la
quelle on lui fait dire que Dieu 11,61.. pas épar
gné le: Anger qui ont péché; mais quül les a jer
tér dans le tartare avec le: cables de l'enfer. (*)
On ne ſait ſi par Anges pécheur: l'auteuren
tend des grands de la terre, 8z ſl Pal' le “mt
.(*) Epitre II. chap. z.
B 5'
Q INDE,
. de pêcheurs il peut entendre des eſprits céleſ
Ch.V. tes révoltés contre“ Dieu. On eſt encor très .
étonné que Simon Barjone né en Galilée
connaiſſe le tartare.
En un mot ce n'eſt que dans quatre lignes
attribuées à Simon Barjone qu'on trouve quel
que faible idée de la' chute des anges, de
ce premier fondement de toute la religion
chrétienne.
Origine On a conclu depuis que le 'capitaine de
du nom
Lucifer
ces anges rebelles devenus diables était un
donné au nommé Lucifer. Et pourquoi? Parce que
Diable
cles chré. l'étoilede Vénus, l'étoile du matin s'appel
tiens. lait quelquefois en latin Lucifer. On a trou
vé dans lſaïe une parabole contre le Roi de
Babilone. lſaïe lui-même appelle cette apoſ
trophe parabole. ll donne à ce Roi 8c à
ſes exacteurs le titre de verge de fer, de bâ
ton des impies. Il dit que les cédres 8c les
ſapins ſe réjouiſſent de la mort de ce Roi;
, il dit que les géans lui ont fait compliment
quand il eſt venu en enfer. Comment ès- tu
tombé du ciel, dit-il, toi qui ſemblais l'é
toile de Vénus, 8c qui te levais le matin?
Comment ès-tu tombé par terre. toi qui‘
.fi-appuis les nations 8cc.
UN DIEU. 2;
ll a plu aux traducteurs de rendre ainſi
ee paſtàge: Comment ès-tu tombé du ciel, Ch.V.. .
LiT‘—er? Les commentateurs n'ont pas man
que d'en conclure que ce diſcours eſt adreſ
ſé' au Diable, que la Diable eſt Lucifer,
que c'eſt lui qui s'était révolté contre Dieu,
que c'eſt lui qui eſt en enfer pour jamais,
que pour avoir des compagnons il perſuade
à Eve de manger du fruit de la ſcience du
bien 8c du mal, qu'il a damné ainſi le genre
humain 8c que toute l'économie de notre
religion roule ſur Lucifer. O grand pouvoir
de l'équivoque! ' '
Uallégorie des anges révoltés contre Dieu
eſt originairement une parabole indienne qui
a eu cours longtems après dans preſque.
tout l'occident ſous cent déguiſemens différent.

*FPM

B 43 CHA
«ë. ( 24)
èt
-
MVL. CHAPITRE V1.4
DE LA METEMPSÏCOSE,
DES VEUVES QUI SE BRULENT,

'DEFRANÇOIS XAVIER
ET DE WARBURTON.

. Es Indiens ſont le premier peuple qui ait


. monſitré un eſprit inventif. Qu'on en
juge parle jeu des- échecs 8c du trictrac,
par les chiffres que nous leurs devons, enfin
pſiar les voyages que de tems immémorial

on fit chez eux pour 's'inſtruire comme pour


commercer. , l

lls eurent le malheur de mêler à leurs in


ventions des ſuperſtitions dont les unes ſont
ridicules, les autres abominables. Uideſie d'u-

ne amediſtincte du corps, ?éternité de cet-


te ame, la métempſicoſe ſont de leur inven
tion. Ce ſont là ſans doute de belles idées ,
il y a plus d'eſprit que dans; l°Utopie 8c dans
PArgénis , 8c même que dans les mille 8c une
nuits. La doctrine de la rnétempſicoſe ſure
tout n'eeſt ni abſurde ni inutile.
METEMPSICOSE. 25
Dès qu'ils admirent des ames , ils virent ______.
combien il ſerait impertinent d'occuper conti- Ch. VI.
nuellement l'Etre ſuprême à créer des ames ſ45e55.;
nouvelles à meſure que les animaux s'accou- ËÎÏÏ-*Ëïeæ
pleraient. Ce ſerait mettre Dieu éternellement
aux aguets pour former vite un eſprit à l'in
ſtant que la ſemence d'un corps mâle eſt dar
dée dans la matrice d'un autre corps ſemelle.
Il aurait bien des affaires s'il fallait créeïdes
ames à la ſois pour tous les rendez-vous de
notre monde ſans compter les autres, 8c que
deviendront ces ames quand le fœtus périr?
C'eſt pourtant' là l'opinion ou plutôt le vain
diſcours de nos théologiens. Ils diſent que
Dieu crée une ame pour chaque fœtus , mais
que ce n'eſt qu'au bout de fix ſemaines. Ri
dicule pour ridicule , celui des Bracmanes
fut plus ingénieux. Les ames ſont éternelles;
elles paſliznt ſans celle d'un corps à un autre.
Si votre ame a été méchante dans le corps
d'un titan , elle ſera condamnée à entrer '
dans celui d'un loup qui ſera ſans ceſſe pour- ,
ſuivi par des chiens, 8c dont la peau ſervira
de vêtement à un berger. '
Il y a dans cet antique ſyſtème de l'eſ*
prit 8c de l'équité. Mais pourquoi tant de
26a' AME.

vaines'cérémonies auxquelles les Brames s'aſ


Ch. vi. ſujettiſſent encor pendant toute leur vie?
Pourquoi tenir en mourant une vache par la
queuë? Et ſurtout pourquoi depuis plus de
trois mille ans les veuves indiennes ſe font
elles un point d'honneur 8c de religion de
(è bruler ſur le corps de leurs maris?
.l'ai lû d'un bout à l'autre les rites des
Brames anciens 8c nouveaux dans le livre de
Cormoveidam. Ce ne ſont que des cérémo
monies ſatigantes , des idées myſtiques de con
templation &c d'union avec Dieu; mais je n'y
Ri rien vu qui ait le moindre rapport à la
queue de vache qui lànctifie les indiens à la
l! n'eſt mort. Je n'y ai pas lû un ſeul mot concernant
Olſlt oz.
le précepte ou le conſeil donné aux veuves
Eonné
aux veu. de le bruler ſur le bucher de leurs époux.
vegín
dieimes Apparemment ces deux coutumes anciennes ,
de ſe bm. l'une extravagante , l'autre .horrible, ont été
ler.
d'abord pratiquées par quelque cerveau creu:
8c d'autres cerveaux encor plus creux enc.hé
rirent ſur lui. Une femme s'arrache les che
veux , ſi? meurtrit le viſage à la mort de ſon
mari. Une ſeconde ſe fait quelques bleſſu—
res , une. troiſieme. ſe brule, 8c avant de 'ſe
bruler, elle donne de l'argent aux prêtres.
a
AME. . 27
Ceux-ci ne manquent pas d'exhorter les ___.
femmesà ſuivre un ſi bel exemple. Bientôt Ch.VI.
il y a de la .honte à ne ſe pas bruler. Tou
tes les coutumes révoltantes n'ont guères eu
d'autre origine. Les législateurs ſont d'ordi
naire des gens d'aſſez bon ſens qui ne com
mandent rien qui ſoit trop abſurde 8e trop
contraire à la nature. Ils augmentent ſeu—
lement la vogue d'un uſage ſingulier quand
il eſt déjà reçu. Mahomet n'invente point
la circonciſion, mais il la trouve établie. Il
avait été circoncis lui-même. Numa n'ar
donne rien d'impertinent ni de révoltant.
On ne lit point que Minos ait donné aux
Crétois des préceptes ridicules; mais il y a
des peuples plus enthouſiaſtes que les autres
chez qui on outre 8c on défigure tous les
préceptes des premiers Pégislateurs; 8e nous
en avons de terribles exemples chez nous. Les
uſages extravagans 8c barbares s'établiſſent
tout ſeuls z 'il n'y a qu'à laiſſer faire le peuple.
Ce qui eſt très- remarquable , c'eſt que ces
même Bracmanes , qui ſont d'une antiquité ſi
reculée , ſont les ſeuls prêtres dans .le
monde qui aient conſervé à la ſois leurs
anciens dogmes 8C leur crédit. Ils forment
'28 BRAMES»
encor la première tribu, la première caſte,
Ch. VI. depuis le rivage du Ga'nge juſqu'aux côtes
de Coromandel 8c de Malabar. lls ont gou
verné autrefois. Leurs cérémonies actuelles
en font foi encore. Le' Cormoveidſ-.m or
donne qu'à la naiſſance du fils d'un Brame,
on lui diſe gravement: Vis pour commander
aux hommes.
Ils ont conſervé leurs anciens emblèmes,
notre célèbre HolWel qui a vécu trente ans
parmi eux , nous a donné les eſtampes de
leurs hiérogliphes. La vertu Y eſt repréſentée
montée ſur un dragon. Elle a dix bras
pour réſfler aux dix principaux vices. C'eſt
ſurtout cette figure que les miſſionnaires Pa
piſies n'ont pas manqué de prendre pour le
diable , tant ces Meſſieurs étaient équitables
8z ſavans.
Xavier L'Evêque Warburton nous aſſure que le
fauſſe
mem ciré
Jéſuite Xavier dans une de ſes lettres prétend
par War qu'un Brame de ſes amis lui dit en conſi
button.
dence : 1l ej! vrai qu'il): a un Dieu, U110!
Pagode: neflmt que des repreſentations (le: mau
vais génies; mais gardez vou: bien de le dire
au peuple. La politique veut qu'on l'entretien
ne dans Iïgnorance de toute divinité. XÛVÎCY
XAVIER; 29
aurait eu bien peu de bon ſens 8c beaucoup
Œeffionterie en écrivant une ſi énorme ſotti- Ch.VI.
ſe. Je n'examine point' comment il avait pu
en peu de tems ſe rendre capable de conver
ſer familiérement dans la langue du Malabar
8c avoir pour intime ami un Brame qui de—
vait (è défier de lui; mais il n'eſt pas poffi
ble que ce Brame ſe ſoit. décrié lui-même ſi
indignement. Il eſt encor moins poſſible qu'il
ait dit que par politique il faut rendre le
peuple Athée. C'eſt préciſément tout le con
traire: François Xavier, l'apôtre des Indes, au
rait très mal entendu , ou aurait menti. Mais
c'eſi Warburton qui a très mal lû , 8c qui a
ma] raporté ce qu'il a lû , ce qui lui arrive
très ſouvent. '
Voici mot pour mot ce que dit Xavier
dans le recueil de ſes Let.tres choiſies, im
'primé en Français à Varſovie chez Veidman
en 1739» page 36 &'- 37
ï Un Bracmane ſavant., . . me dit comme
D un grand ſecret, premiérement que les doc
: teurs de cette univerſité faiſaient jurer leurs
d écoliers de ne jamais révéler leurs myſtè
d res , qu'il me les découvrirait pourtant en
d faveur de Pamitié qu'il avait pour moi.
‘ 30 BRAMES,
_____ x- Un de ces myſtères fut qu'il n'y a qu'un
Ch.VI. D Dieu Créateur du ciel 8c de la terre , le
:- quel il faut adorer: car les idoles ne ſont
D que les repréſentations des démons; que les'
D Bracmanes ont de certains mémoires comme
x- des monumens de leur Ecriture ſainte, où
d ils tiennent que les loix divines ſont conte
D nues, 8c que les maîtres ſe ſervent en en
: ſeignant, d'une langue inconnue au vulgai
ï re, comme eſt parmi nous la langue latine.
D ll m'expliqua fornclairement ces divins pré
n ceptes l'un après l'autre qu'il lèrait long 8c
à hors de propos de vous écrire. Les ſages
a celèbrent le jour du Dimanche comme' une
d fête 8c ſont ce jour là de tems en tems cette .
D prière en leur langue: Mon D,eu je vou:
,, adore E9” jUmp/ore 'votre .ſecours pour jamai: ,
p qu'ils répètent ſouvent à voix baſſe, parce
. .o qu'ils ſont obliges par ſerment de garder
a le ſecret. . . . ll me pria enfin de lui appren
Ddre les principaux myſtères de la religion.
J. chrétienne , me promettant de n'en parler .
q; jamais. . . . Je lui expliquai ſeulement avec
:ſoin cette parole de Jéſu-Chriſt qui con
z5 tient un abrégé de notre foi: Celui qui
.p croit-a ſera banfé ſera flmvſ'. ï .
WARBURTON. 31.
Cettg lettre eſt bien plus curieuſe que ne à_
le croit Warburton qui l'a falſifiée. Premiè— Ch. VI. ‘ '
rement on y voit que les Bracmanes adorent d v ''
un Dieu ſuprême 8c ne ſont point idolâtres.
Secondement la formule de prière des Brac
manes eſt admirable. Troiſiémement la for
mule que lui oppoſe Xavier ne fait rien à la .
queſtion 8c eſt très -mal appliquée. Le Brac- ,
mane dit qu'il faut adorer, l'autre répond
qu'il faut croire , 8c il ajoute qu'il faut être
betiſe. La religion du Bracmane eſt celle du
cœur; celle de l'apôtre 'convertiſſeureſi la
religion des cérémonies; 8c de plus il fallait
que ce convertiſſeur fût bien ignorant pour
ne pas ſavoir que le barème était un des
anciens uſages des Indes , 8c qu'il a précédé
le nôtre de pluſieurs ſiècles. On pourait di
re que c'était au Bracmane à convertir Xa- e
vier, 8c que ce Xavier nedevait pas réuflir
à convertir le' Bracmane.
Plus nous avancerons dans la connaiſſance
des nations qui peuplent la terre , plus nous
verrons qu'elles ont preſque toutes un Dieu
ſuprwe. Nous fimes la paix il y a deux
ans (*) dans la Caroline avec les Chiroquois;
leur chef que nous appellons le petitîarpenî
(*) C'était en 1760. ainſi l'auteur écrivait en 176:.
M. CALDÊENS
ter, dit au Colonel Grant ces propres mots:
gx. . Çh. VI. Les Anglais ſbnt plu: blancs que nous, mai:
…z un .ſeul Dieu eſt notre commun pére; le tout
puiſſant a créé tou: le: peuple: , il les aime
également.
Que le diſcours du petit Carpenter eſt au
deſſus deS dogmatiques barbares 8z impies ,
qui ont dit: il n'y a qu'un peuple cbozfl qui ,
puzſè plaire ä Dieu!

CHA P I TR. E VIT.


DES CAIJDEENS
N n'eſt pas aſſez étonné des dix-neuf
cent trois ans d'obſervations aſtronomi
ques que les Caldéens remirent entre .les mains
d'Alexandre.
Cette ſuite qui remonte à deux mille deux
cent' cinquante ans ou environ avant notre
ère, ſuppoſe néceſſairement une- prodigieuſe
antiquité précédente. On.a remarqué ailleurs
que pour qu'une nation cultive l'aſtronomie,
il faut qu'elle ait été des ſiècles ſans la culti
Yer. Les Romains n'ont eu une faible con
' naiſſance
cALDËENSz "zz,i
naiſſance de la ſphère que duwems' de
céron. '.ñ-.ïChap'."—ï
Cependant ils pouvaient avoir recours au,qvnl'* " ."
Grecs depuis long'tems. Les Caldéens ne; dû
rent leurs connaiſſances qu'a eux — mêmes.. Ces'
connaiſſances vinrent donc ſort tard. Il ſal-,
lut perfectionner tous les arts mécaniques avant
d'avoir un collège'd'aſtronomes. . Or enïac
'cordant que ' ce collège. ne :fût fondé que.
.deux mille ans avant Alexandre , ce qui eſt
un eſpace 'bien court , (era-ce trop que de.
donner deux mille ans pour l'établiſſement
des autres arts avant lafondation de ce' col-r-
liège? ' . .i
Certainement il ſaut plus de deux mille ans.
à des hommes ( comme on l'a ſouvent obſer
vé ) pour inventer un langage , un alphabet ,s
pour ſe former dans l'art d'écrire, pour domp
ter les métaux. Ainſi quand on dira que les .
“Caldéens avaient au moins. quatre. mille ans ' \
&antiquité au tems d'Alexandre , on (era .
très-circonſpect 8c très-modéré. Ils avaient ' ‘
.alors une ère de quatre cent ſoixante 8c dix
mille ans. Nous leur en retranchons tout d'un
coup quatre cent lbixante 8c ſix mille: ce
la eſt aſſez rigoureux. Mais, nous dira-t-on,
C J

l
M. OALÜÊENS
,_____, malgré cet énorme retranchement il ſe trouve
Chap. que les Caldéens formaient déja un peuple
..VlI.puiſſant mille ans avant notre déluge. Ce
n'eſt pas ma faute, je ne puis qu'y faire. Com
mencez par vous accorder ſur votre déluge,
que votre Bible hébraïque , celle des Sama
ritains, celle des prétendus Septante placent
dans des époques qui différent d'environ ſept
cent années. Accordez plus de ſoixante ſyſtè
mes ſur votre chronologie , 8: vous vous mo
querez enſhite des Caldéens. x
Quelle était la religion des Caldéens avant
que les Perſes conquiſſent Babilone , 6c que
la doctrine de Zoroaſtre ſe mêlât avec celle
des Mages de Caldée? C'était le Sabiſme,
fadoration d'un Dieu 8c la vénération pour
les étoiles regardées dans une partie de l'O
rient comme des Dieux ſubalternes.
Dans ton ll n'y a point de religion dans laquelle on
res les re ne voie un Dieu ſuprême à la tête de tout,
ligions un
Dieu ſu- Il n'y en a point auffi qui ne ſoit inſtituée pour
[WIKI
rendre les hommes moins méchans,
Je ne vois pas pourquoi le Caldaïſme, le
Sabifine, pourait être regardé comme une ido
lâtrie. Premièrement une étoile n'eſt point]
une idole, une image 5' c'eſt un ſoleil comme
UN. Dr E U. z;
le nôtre. Second-eurent; pourquoi ne'i'z'às”vénérer '___5
Dieu dans ces admirables ouvrages par qui Chap. .
nous réglons nos ſaiſons 3c nos travaux* Troi- Vu
fiémemenr, toute la terre croyait que nos deſ
tinées dépendaient de l'arrangement des conſ
tellations.. Cette erreur 'ſuLpoſee, 8zleq.sMaſ
ges étant malheureuſement aſtrologues de"p'rä
ſeſſion, il leur était bien pardonnable dŸoffiir
quelques. prières à ces grands corps' lumineux
dans leſquels la puiſſance du zgrand Etre' ſé niaÏ
nifeſte avec cant de majeſté. Les -aſtres va;
lent bien St. Roch) Stî .Pancrace', St'. Fiañ
ere, Ste; Urſule, Sue. Potamienne, dont les
Catholiques Romains Êídôrent à genoux les
prétendus oſiëmensſi Les'planètes valent bien
des morceaux de boîs'pourri qu'on appelle la
vraie croix. Encor une fois queles Papiſteï
ne ſe moquent de perſonne; 8c 'gardons nous
en bien auſſi. Car ſi nidu's' valons mieux qœeuâz
cé n'eſt pas de beaucoup. ‘ '
Les Mages Caldéens enſeignaient"la vertu
comme tous les autres prêtres 8c ne la. prati
quaient pas davantage. " '
' ‘ . :x d) î

Îc"z ' 'Hua


--ïí-' ESM-iv.

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u _ a ;ËHAP ITR-EJIÏIÏI,.', J
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îÀŸlÿîc-ÏIENSP PERSÀNS
..D O lŸO A S,T .R E.
. ;;:;3::irr;E.i ' ' ,
5. que les; C_aldéens connaiſſaient
zïzbÏ-Ëíl l? VTT? desrFct-ÏQHÏS 8c qu'ils .elſſeſi
gqaÿeffl:, ,comme a fait depuis YAlmanac gde
Liégeyb quel jouxçdiïhfallgait. ïſe ;rogner . les on- '
SÆFSLJÊÏ ancieaëiïîexſans. Ïïétaïent Pas ſite:
bile. sñxïxaisÿæïfxêéeïëèert \ze Die" œfflffle 15-?
Helena* ôïïïévéraïenx '#498' l? ſe" ,Ëexablêmc
\J[l.

Açxplafiídïyinitég .. -. . . … L.
Hqêprt” que ce- culte leur eût ete enſeigne L??
,ZÊ-sêufl!! ’. RPT, Æ-“FÊcÊW avi ÊHÊHSËÎÛÛE
tous lès noms afiætſiiqpes .,… appellerentſï\-long
Ãeffls après. Zoroafíré, ſoit qu'il .y .fric eſiu

dRÃÆZſÆ°EF²-_Z‘ŸF°Ï‘ÈÃFFF-' *bi* .qu'il-PY ?îîz-.ëFÏîî-Ëë


cunſi, toujours eſt-il- cÿeätîain zque- ?priſes
furent les premiers qui* entrçtinrerît le fëu
ſacré , 8c qu'ils admirent un lieu de délices
çufayeur des juſtice ê: un enfer pour les mé
"A- ‘ 'd a) . 5,”
PÉRSANTSM g-;z
.t''barisz un bon principe 'qui 'était Dieu-y &un
\
.mauvais principe dont. nous eſt venu le Dias Chap; 1
ble. Ce. mauvais 'principe ,.' cet Arimane , .ce Sazz VIII. H
than , n'était ni Dieu, ni coéternel avec Dieu; .. .'.
mais enfin. il exiſtait. Et il était bien natu
.rel d'admettre unmauvais .principe puiſqu'il. .
y a tant de mauvais effets. - .
Les Perſans n'avaient d'abord ni autel z ni
temple , ils n'en eurent que .quand ils s'incor
porèrent aux Babiloniens vaincus .par ççxxz;
ainſi que les Francs n'en eurent que quandils
.eurent ſubjugué les Gaulois. Ces -anciens
Perſes entretenaient _ſeulement le feu. ſlcïé
dans des autres écartés; .ilsärappel-laient Veſta.
. Ce culte paſſa longtems après chez d'au
tres nations; il säntroduiſit à la fin juſque?
chez les Romains qui prirent Veſtapour une
.Déeſſe Toutes les /anciennes cérémonies
ſont preſque fondées ſur des mépriſes.
Lorſque les Perſes conquirent le royaume
de Babilone, la religion des vainqueurs ſe
mêla avec celle des vaincus 8z prévalut mê—.
me beaucoup. Maris les 'Caldéens reflètent
toujours en poſſeſſion de dire la bonne avan
ture. ‘
. [leſt conſtant que les uns 8e les autres 'Amesfls
.' .ï ' C 3
;s UN' Dr.EU.
L____ crurent Pirnmortaliié de l'ame ſans ſavoir mieux;
Chap. que nous ce que c'eſt que l'ame( Quand on
Vlll. n'en aurait pas de preuves dans le livre du
'dans les
ruines d;
Sadder qui contient la doctrine des anciens
[feſſe P0- Perles , il ſuffirait pour en être convaincu de
blu
jetter les yeux ſur les ruines de Perſepolis
dont nous avons pluſieurs deſſins très-exactsd
On y voit des tombeaux dont ſortent des tê
tes accompagnées chacune de deux ailes eten
dues; elles prennent toutes leur vol vers le
ciel.
De toutes les religions que nous avons
juſqu'à préſent parcourues, il n'y a que celle
de la Chine qui n'admette pas l'immortalité
de l'ame; 8c remarquez que ces anciennes
religions ſubſiſtent encor. Celle du gouver
nement de la Chine ?Feſt conſervée dans toute
ſon intégrité; celle des Bracmanes règne en
cor dans la preſqu'île de l'lnde; celle de Zo
roaſire ne s'eſt point dementie, quoique ceux
qui la profeſſeur ſoient diſperſés.

»ride '

- CHA-
@cze-Sd .-
~

CHAPITRE IX.

DES PHENICIENS
ET DE SANCHONIATON,
ANIſERIEUR AU TEMSH

OU L'ON PLACE MOlSE.

ES peuples de la Phénicie ne doivent pas


être ſi anciens que ceux dont nous avons
parlé. 'Ils habitaient une côte de la médi
terranée , 8c cette côte était ſort ſtérile. Il
eſt vrai que cette ſtérilité même ſervit à la
grandeur de ces peuples. Ils furent obligés
de faire un commerce maritime qui les en
richit. Ces nouveaux courtiers de l'Aſie pé
nétrèrent en Afrique, en Eſpagne 8c juſque!
dans notre Angleterre. Sidón , Tyra Biblœa
Bérith, devinrent des villes opulentes; mais
il fallait bien que la Sirie , la Caldée, la
Perſe fuſſent des Etats déjà très - conſidérables
avant que les Phéniciens euſſent effiiié de la
navigation: car pourquoi auraient-ils entre
pris des voyages ſi hazardcux, .s'ils n'avaient
C-
\

'40 PHENl.CIENSJ
z_____,_ pas eu des voiſins 'riches auxquels ils ven
' Ch. IX. daient les productions des terres éloignées?
Temple Cependant les Tÿriens- avaient un' temple dans
de a yr
précède lequel .Hérodote entra, 8c qu'il dit avoir
d e' 'SW' deux-mille
. tſOîS
. cent ans d'antiquite:
. . . amſi
-
ans celui
de Salo ilæavait eté bâti environ deux mille huit cent
mon.
ans 'avant notre ère vulgaire; ainſi, par ce
calcul ,ile temple de Tyr ſubſiſta près de dix
huit .cent ans avantcelui de Salomon (en
adoptant le calcul de la vulgate.)
-. _Les Phjénicens etant de ſi grands commer
çans, .gultivèrent \néceſſairement l'art de l'é—
critureç' ils tinrent des regiſtres, ils eurent
des archives, leur pays fut même appellé [e
pay: de: lettres. 1l eſt prouvé qu'ils com
.muniquèrent aux Grecs leur alphabet, 6c
lorſque les Juifs vinrent s'établir très long
Ïems après ſur leurs confins , ces étrangers pri
rent leur alphabet 6c leur écriture. Vous trou
vez même dans l'hiſtoire de “Joſué qu'il Y
avait ſur la frontière de la Phénicie, .dans la
contrée nommée par les ſeuls Juifs Canaan,
une ville qu'on .appellait la ville des Lettres,
.Ia "'Uille des Livrer, Cçriath Sepher , qui ſut
priſe &c preſque détruite par le brigand O
thoniel, à qui le brigand Caleb compagnon
UNrDlEU; 211'
récompenſe. (Juge:donna
du brigand Joſué ch. 197-)
ſa fille Oxa pour Ch. IX.

Un des plus curieux monumens de l'anti.- _Sancho


quité eſt ſans doute l'hiſtoire de Sanchonia- ſêîäîtîz
ton le Phenicien, dont il nous reſte des fra- ccm: où
gmens précieux conſervés dans Eusèbe. ll Käîflälÿcffl
eſt inconteſtable que çet auteur écrivit long
tems avant l'irruption des Hébreux dans le
pays de Canaan. Une preuve ſans réplique,
deſt qu'il ne parle pas des Hébreux; S'ils -
étaient déjà venus chezlesCananéens, s'ils
avaient mis à ſeu 8c à ſang le pays de,San
choniaton même , s'ils avaient exercé dans
ſon voiſinage des cruauté: dont il n'y a guè
res d'exemples dans l'ancienne hiſtoire , il
eſt impoffible que Sanchoniaton eût paſſé ſous
ſilence des événemens auxquels il devait pren
dre le plus grand intérêt. S'il y avait eu un
Moïſe avant lui, il eſt bien certain qu'il
n'aurait pas oublié ce Moïſe, 8è ces prodi
ges épouvantables opérés en Egypte. Il était
donc évidemment antérieur au tems où l'on
place Moïſe. Il écrivit donc ſa coſmogonie
longtems avant que les Juifs euſſent leur
Genèſe.
Au refle , il ne faut pas /s'étonner qu'on
4,2 PHENXCi'ENS.
dou-nc:
ne trouve dans cette Coſmogonie de l'auteur
Ch. 1X. Phénicien aucun des noms cités dans la Ge
nèſe Juive. Nul écrivain, nul peuple n'a
Les noms connu les noms ,d'Adam , de Cain , d'Abel a
d'Adam, d'Enoch, de Mathuſalem, de Noé. Si un
d'Abd ,
de Cain , ſeul de ces noms avait été cité par Sancho
de Noé , niaton ou par quelque écrivain de Sirie, on
abſolu
ment in de Caldée, ou d'Egypte , l'hiſtorien joſeph
connus à
toute ng_
n'aurait pas manqué de s'en prévaloir. Il
lion. dit lui- même dans ſa réponſe à Appion, qu'il
a conſulté tous les auteurs étrangers qui ont
parlé de ſa nation , 8c quelque effort qu'il
faſſe , il'n'en peut trouver un ſeul qui parle
des miracles de Moïſe; pas un ſeul qui rap
pelle un xmot de la Genèſe ou de l'Exode.
Ajoutons à ces preuves convaincantes que
s'il y avait eu un ſeul mot dans Sanchonia
ton, ou dans quelque autre auteur étranger
en faveur de l'hiſtoire Juive, Eusèbe qui fait
armes de. tout, dansía Préparation évangéli
que , eût cité ce témoignage avec emphaſe;
mais ce n'eſt pas ici le lieu de pouſſer plus
loin cette recherche; il ſuffit de montrer que
Sanchoniaron écrivit dans ſa langue longtems
avant que les Juifs puſſent ſeulement la pro
DOÛCCI'.
SANCHONIATON’. 4g.
\

Ce qui rend encor les fragmens de San-_____;


choniaton très -recommandables , c'eſt 'qu'il' ChJX.
conſulta les prêtres les plus ſavans de ſon
pays, &t entre autres Jérombal prêtre dffaho
dans la ville de Berith. Ce nom d'la‘ho , qui
ſignifie Dieu, eſt le nom ſacré qui fut. long- \
tems après adopté par les Juifs.
L'ouvrage de Sanchoniaton eſt encor plus Sand….
digne de l'attention du monde entier, en ce "FIFM .dk
‘ qui] v1
que 1a Coſmogonie eſt tirée (ſelon ſon pro- vait huit '
pre témoignage) des livres du Roi d'Egypte :Ëſëfflſ:
Thaut , qui vivait , dit- il., .huit cent ans premier
avant lui, 8c que les Grecs ont depuis appel- M°'°“‘9''
lé Mercure. Nous n'avons guères de té
moignages d'une antiquité plus recul'ée. Voi
là ſans contredit le plus beau monument qui .
nous reſte dans notre occident.
Quelques ames .timorées effraiées de' cette
antiquité, 8c de ce monument ſi antérieur à
la Genèſe , n'ont eu d'autre reſſource que
celle de dire que ces fragmens étaient un li
vre ſuppoſé; mais cette malheureuſe évaſion
eſt aſſez détruite par la peine qu'Eusèbe ‘a
priſe de les tranſcrire. Il en combat les prin
cipes; mais il ſe donne bien de garde d'en
combattre Pautenticité; elle était trop recon
'PHENIClENŸSJ,-l
,;_._.___,nue de' ſon tems. .Lelivre était traduit en
'Ch.IX. Grec par un citoyen du pays même de San
, choniaton. Pour peu qu'il y eût eu le moin
dre jour 'a ſoupçonner l'antiquité de ce livreg
contraire en tout à la Bible , Eusèbe l'eût fait
ſans doute avec la plus grande force. Il ne
l'a pas f'ait- Qu'elle plus éclatante preuve que
l'aveu d'un adverſaire? Avouons donc ſans
difficulté que Sanchoniaton eſt beaucoup plus
ancien qu'aucun livre Juif. ~,
La religion de ces Phéniciens était comme
toutes les autres, une morale ſaine, parce
qu'il ne peut y avoir deux morales; une mé
taphiſique abſurde , parce que toute métaphiſi
que l'a été juſqu'à Loke; des rites ridicules ,
parce que le peuple a toujours aimé-les mo
meries. Quand je dis que toutes les religions
ont des ſimagrées indignes des honnêtes gens ,
Ïexcepte toujours celle du gouvernement Chi
nois que nulle ſuperſtition groſſière n'a jamais
ſouillée. .
Les Phéniciens admettaient d'abord un
chaos comme les Indiens. L'eſprit devint
amoureux des principes confondus dans le
chaos, il s'unir à eux, 8c l'amour debrouilla
tout.- La terre , les aſtres , les animaux en na
quirent. . .
SANGHONÏIATON. -4;
l Ces même: Phéniciens íàcriſiaient .aux vents ," ____.____.
&cette ſuperſtition était très - convenable à un Ch.IX.,‘
peuple navigateur. Chaque ville de Phéni
cie eut! enſuite ſes Dieux 8c ſes' Rites parti
culiers. . . r
. C'eſt ſurtout de Phénicie que vint le culte
de la. Déeflè que nous‘appellonsVénus. La
fable- dei .Vénus &ÏcTAdonis eſt toute Phé
nicienne. r. Adoni ou-Adonaï' était un de leurs
Dieux , &quand les Juifs vinrent longtemp
après dans le voifinageyj.ils -appellèrerit leur
Dieu des noms Phéniciens Jéhova, Iaho ,
Adonaí, Sadai 8ze. . Y Un' ſ--z .
.. Tout,ce pays'zîdepu'is !Tyrrjuſqœau fond de
l'Arabie eſt' Ieïberceauñ' des-ſables ,"1 comme
.nousde verrons dans la ſuite( Et cela devait
être ainſipuiſqueï c'était le pays des lettres.
z. .'.' fd'. Q2-)

zj-g
-i ii) ſûJÀIl '-_ .~ 'lvl

ËGY'IÎTIEN-Sgë .r . -...
-.,

'ELPQÊËŸ qui' le-Lpre- ÜEËYËN


.. ëtnier ard'rt: que les. ;Egyptiens , ſont.une zméfiemg
Iääïíôïl. !Durs .ŸQUYBHC-.n -Sex fonde ſur minerai* "xlfflît
1.6 ' E G Y P T E. . "
________ ſon qui.eſt ſans réplique. 'C'eſt que l'Egypte
Ch. X. étant innondée cinq mois de l'année , ces inon
mais très dations accumulées devaient rendre le terr-.in
moder- ' '
nes, fangeux entiérement. impraticable; qu'il a fal- '
lu des ſiècles pour dompter le Nil, pour lui
creuſer des canaux , pour bâtir dec villes éle
vées .vingt pieds au deſſus du lol; que l'A
ſie, au zcontraire, a des plaines immenſes , des
rivières plus favorables , 8c que par conſé
quent tous les peuples Aſiatiques ont du for
mer desſocietés policées très- longtems avant
qu'on pût bâtir auprès du Nil une ſeule 'mai
ſon tolérable. . .
.Mais les Pirarnides ſont'd'une antiquité ſi
\enculée qu'elle eſt inconnue! mais Thaut don
rlmdesloixà l'Egypte huit cent ans avant San
choniaton qui vivait longtems avant l'irruption
des Juifs dans la Paleſtine! Mais les Grecs
'Ze les Romains ontſirévéré les antiquités d'E
gypte. .- Oui, tom: .cela prouve 'que le gou
verneme'nï Egyptien-eſt' beaucoup' plus ancien
quelles nôtres. Mais ace gouvernement était
moderne en comparaiſon des peuples aſiatiques.
' . ‘ =—Je"'compte pour rien qdelques malheu
- «- reuxïqui vivaient entre les rochers qui bor
' ' ' ^ î' dent, le Nil, de même que je nefais aucus
EGYP-TE. 47
ne mention des barbares nos prédéceſſeurs qui
habitèrent ſi longtems nos forêts ſauvages avant Ch. X.
d'être policés. Une nation n'exiſte que quand
elle a des loix &c des arts. l 'état de ſauvage
eſt état de brute. IJÊgypte civiliſée eſtdonc
très-moderne. Elle l'eſt au point qu'elle prit
des Phéniciens le nom d'laho , nom caba
liſtique, que les prêtres donnaient à Dieu.
Mais ſans entrer dans ces. diſcuffions rene'
breuſes, bornons nous à notre ſujet, qui eſt
de chercher ſi toutes les grandes nations re
connurent un Dieu ſuprême. Il eſt incon
teſtable que cette doctrine était le fondement
de toute la théologie Egyptienne. Cela ſe
prouve par' ce nom. même ineffable d'Iaho,
quiſignifiait l'Eternel 5 par ce globe qui était
poſé ſur la porte des temples 8c qui repré
ſentait l'unité du grand Etre ſous le nom de
Kneſ. On le prouve ſurtout par ce qui
nous eſt reſté'des myſtères d'Iſis 8c par cetë
te ancienne formule conſervée dans Apulëe:
Le: pufflîznces eélq/Ze: te ſervent, les enfers te A ncienne
prière des
flmt ſoumis, l'univers tourne ſon: ta mai”, myſtère]
m pied: foulent le Tartare, le: a/lrer répon d’Iſis.
dent a' ta voix, le: faiſons reviennent à le: or
dres, ln élément fobéiſſmr.
48 EGYPTE.
Jamais l'unité d'un Dieu ſuprême n'a été
ch. X. plus fortement énoncée: 8c pourquoi dit-on
dans cette formule que' les puiſſances céleſtes
obéiſſent, que les aſtres répondent à la voix
du grand- prêtre? C'eſt que les aſtres , les
génies ſuppoſés répandus dans. l'eſpace , étaient
regardée comme des Dieux ſecondaires, des
'êtres ſupérieurs à l'homme 8c inférieurs a\
Dieu: doctrine familière à tout l'Orient ,"
doctrine' adoptée enfin en Grèce 8c en Italie.
Ime im Pour l'immortalité de. l'ame , perſonne n'a
mortelle jamais douté que ce ne fût un des deux'
en Egy_
grands principes de la religion d'Egypte;
Les piramides l'atteſtent aſſez. Les grands
du pays ne ſe faiſaient élever ces tombeaux ſi
. durables, ô"c on iſembaumait leurs corps avec
tant .de, ſoin , qu'afin que l'eſprit igné ou aé
rienîqtfon a toujours ſuppoſé animer le corps ,
vin-t retrouver ce corps au bout de mille ans,
quelqucssu,is diſent même au bout de trois
mille, Rien n'eſt' .ſi avéré que la croyance
de l'immortalité de l'ame établie en Egypte.
'Je-na parleraipoint ici des folles 8c ridi
cules ſuperſtitions dont .ce beau pays fut
inondé beaucoup plus que des ea‘ux de ſon.
fleuve. 1l devint le plus mépriſable des.
grands
. \
EGYPTE. D
" grands peuples , comme les Juifs ſont deve- . 'ñî.í
nus la plus haïlàble 8c la plus honteuſe des Ch. Xp. l

petites nations. Mon' ſeul buteſt de faire


voir que tous les grands peuples civiliſés 8c
même les petits, ont reconnu un Dieu ſu
prême de tems immémorial , que tous les
grands peuples ont admis expreſſement la
Permanence de ce qu'on appelle ame, après
la mort , excepté les Chinois. Encor ne
peut -'on pas dire que les Chinois l'aient niée
formellement. Ils n'ont ni aſſuré ni com
battu ce dogme; leurs livres n'en parlent
point. En cela ont-ils été ſages ou fimplet
ment ignorans ?

CHAPITRE XI.

DESARABES
ET
DE BACCHUS.
Erodote nous apprend que les Arabes
adoraient Vénus - Uranie 8c Bacchus.
' ' D
ſo. ARABE.S,
,._____ Mais de quelle partie de l'Arabie parle-t-il ê
Ch.Xl. C'eſt probablement de toutes les trois. Ale
xandre, dit-on , voulait établir le ſiége de
ſon empire dans l'Arabie heureuſe. ll fit dire .
aux peuples de l'lémen 8c de Saanna qu'il avait
fait autant que Bacchus 8c qu'il voulait être
adoré comme lui. ' Or il 'eſt très vraiſembla
ble queBacchus étant adoré dans la grande
.Arabie , il l'était auſſi dans la Pétrée 8c dans
la Déſerte. Les provinces pauvres ſe con
forment toujours aux uſages des riches. Mais
comment des Arabes .adoraient-ils Vénus?
C'eſt qu'ils adoraient les étoiles en reconnaiſ
ſant pourtant un Dieu ſuprême. Et, il eſt ſi
vrai qu'ils adoraient l'être ſuprême, que de
tems immémorial ils partageaient leurs champs
en deux parts. La premiere pour Dieu 8c
la ſeconde pour l'étOiIeŸ) qu'ils affection
naient le plus. Allah fut toujours chez eux
Ie nom de Dieu. Les peuples voiſins pro
nonçaient El. Ainſi Babelſur l'EUphrate était
la ville de Dieu, Iſraël chez les Perles ſigni
fiait voyant Dieu, 8c les Hébreux prirent ce
7 .- . .
nomdlſiael dans la ſuite, comme l'avoue.
1e Juif Philon. Tout les noms des anges
V) V°Y°Z 11 Préface de l’Alcoran dans Sale."
BA'CCH.US. '51
Perſans finiſſaient en el; meſſager de Dieu, ______._.
. ſoldat de Dieu, ami de Dieu. Les Juifs Ch-XI
même aux noms Phéniciens de Dieu Iaho,
' Adonaï, ajoutèrent auſli le nom Perſan El,
dont ils firent Eloi ou Eloa.
Mais comment les* Arabes adorèrent-ils
Vénus — Uranie ? Vénus eſt un mot latin ,
Uranie eſt grec; les Arabes ne ſavaient aſſu
rément ni le grec ni le latin, 8c ils étaient
incomparablement plus anciens que les peu
ples de Grèce 8c d'Italie. Auſſi le nom Ara
be dont ils ſe ſervaient pour ſignifier l'étoile
de Vénus était Alilat ; 8c Mercure était
Atarid 8zc.
Le ſeul homme à' qui ils euſſent accordé
les honneurs divins, était celui que les Grecs
nommèrent depuis Bacchus, ſon nom Arabe
était Bac, ou Urotal ou Miſem. Ce ſera le
ſeul homme diviniſe dont je parlerai, atten
du la conformité prodigieuſe qui eſt entre lui
8c le Moïſe des Hébreux.
Ce Bacchus Arabe était né comme M0'íſe On u;
en Egypte, &c il avait été élevé en Arabie 'Âêmÿäêä
vers le mont Sina que les Arabes appellaient ohus tout
Niſa. Il avait paſſé la mer rouge à pied ſec :ÏÃFÊQ
avec ſon armée pour .aller conquérir les Indes , Moiſe.
D 2
.52 ARABES.
a._.___ il Y avait beaucoup de femmes dans cette' '
-Ch.Xl. armée. Il fit jaillir une fontaine de vin,
d'un rocher en le frappant de ſon Thirſe. Il
arrêta le cours du ſoleil 8c de la lune. Il
ſortait de ſa tête des rayons de lumière. .En
fin on le nomma Miſem qui eſt un des noms
de' Moïſe 8e qui ſignifie ſauvé des eaux, parce
qu'on prétendait qu'il était tombé dans la mer
pendant ſon enfance. Toutes ces fables Ara
biques pafièrent chez les premiers Grecs , 8c
Orphée chanta ces avantures. Rien n'eſt ſi
ancien que cette fable. Peut- être eſt-ell al
Iégorique. Jamais peuple n'inventa pl S de
.paraboles que les Arabes. Ils les écrivaient
d'ordinaire en vers. Ils Baſſemblaient tous
les ans dans une grande place à Ocad ("‘) où
ſe tenait une foire qui durait un mois. On
y donnait un prix au poëte qui avait' récité le
conte le plus extraordinaire. Celui de Bac
chus avait ſans doute un fondement réel.
(*) Conſultez la Préface de la belle traduction Ath
glaiſe de FAlcoran.

CHA
ïflïllï.”

CHAPITRE XII.

DES GRECS.
DE .SOCRATE,'
ET DE LA DOUBLE DOCTRINE,

N‘ a tant parlé des Grecs que j'en dirai


peu de choſe. Je remarquerai ſeule
ment qu'ils adoraient un Dieu ſuprême &C
qu'ils reconnaiſſaient l'immortalité de l'ame,
à l'exemple des Aſiatiques 8z des Egyptiens,
non ſeulement avant qu'ils euſſent des hiſto
riens , mais avant qu'Homère eût écrit. Ho
mère n'inventa rien ſur les Dieux , il les prit
comme ils étaient. Orphée longtems avant:
lui avait fait recevoir ſa théogonie dans la
Grèce. Dans cette théogonie tout commen
ce par un chaos comme chez les Phéni
ciens 8c chez les Perſes. Un Artiſan ſupré
me débrouille ce chaos 8c en forme le ſoleil,
la lune, les étoiles 8c la terre. Cet Etre
ſuprême appellé Zeus, Jupiter , eſt le maître
de tous les autres Dieux, le Dieu des Dieux.
D 3
F-æ. G R E C s;
_,____. Vous voyez à chaque pas cette théologie dan'ï
Chap. Homère. .Ïupiter ſeul aſſemble le conſeil,
Xll. lui ſeul lance le tonnerre; il commande à
tous les Dieux, il les récompenſe, il les pu
fliî; il chaſſe Apollon du ciel; il donne le
fouet à Junon, il l'arrache entre le ciel 8c
la terre avec une chaine d'or ;mais le bon
homme Homère ne dit pas à quel point fixe
cette chaine fut acrochee. Le même Jupiter
précipite Vulcain du haut du ciel ſur la ter
re, il menace le Dieu Mars. Enfin, il eſt
partout le maitre.
Rien n'eſt plus clair dans Homère que
l'ancienne opinion de l'immortalité de l'ame,
quoique rien ne ſoit plus obſcur que ſon exi
ſtence. Qu'eſt-ce que l'ame chez tous les
anciens poètes, 8c chez tous les philoſophes?
Un je ne ſais quoi qui anime le corps , une
figure légère , un petit compoſe d'air qui reſ
ſemble au corps humain , 8c qui s'enſuit
quand elle a perdu ſon étui. Ulilſe en trou
ve par milliers dans les enfers. Le batelier
Caron eſt continuellement occupé à. les tranſ
porter dans ſa barque. .Cette théologie eſt
aulIi ridicule que tout le reſte , j'en conviens;
mais elle démontre que ſimmortalité de l'a
GRECS. '55
me était un point capital chez les anciens. ____,
Cela n'empêcha pas des ſectes entières de Chap.
philoſophes de ſe moquer également de Ju- Xur
piter 8c de l'immortalité de l'ame;- & ce
.quſil ſaut ſoigneuſement obſerver , c'eſt que la
.ſecte d'Epicure , qu'on peut regarder com
me une ſociété d'Athées , . fut toujours
très-honorée. Je dis que c'était une ſociété
d'Athées: car en fait de religion 8z de mo
rale, admettre des Dieux inutiles qui ne pu
niſſént ni ne récompenſant, &t n'en' admet
tre point du tout, c'eſt préciſément la ,même
choſe.
Pourquoi donc les .Epicuriens ne furent
ils jamais perſécutés 8c que Socrate fut con
damné à boire la ciguë? ll faut abſolument
qu'il y ait eu une autre raiſon que celle du
fanatiſme pour condamner Socrate. Les Epi- Véſgtabjeſ
curiens étaient les hommes du monde les äzîégîiëÿ
plus ſociables, 8c Socrate paraît avoir été le ce d'après
plus inſociable. Il 'avouë lui-même dans ſa me'
défenſe, qu'il allait de porte en porte dans
Athènes prouver aux gens qu'ils étaient des
ſots. ll ſe fit tant d'ennemis qu'enfin ils vin
rent à bout de le condamner à mort; après
quoi on lui demanda bien pardon. C'eſt
.._ D 4 _.
. _

\
'gs Do U'lZ-LE
,._.._,__ préciſément, (au pardon près) l'aventure'
Chap. de Vanini. ll dilputait aigrement dans Tou
‘ XII. louſe contre des conſeillers de' juſtice. Ils
lui perſuadèrent qu'il était athée 8c ſorcier,'
&Î ils le firent bruler en conſéquence. Ces
horreurs ſont pl.us communes chez les Chré
tiens que dans l'ancienne Grèce.
L'Evêque Warburton, dans ſon très-étrange
livre de la. divine légation de Moïſe, (*)
prétend que les Philoſophes qui enſeignaient
l'immortalité de l'ame n'en croiaient rien du
tout. ll ſe tourne de tout les ſens pour prou
ver que tous ceux qu'on nomme les anciens
Ï ſages avaient une double doctrine , la publi
que 8c la ſecrète; qu'ils préchaient en public
l'immortalité de l'ame pour contenir le ſot
peuple , 8c qu'ils s'en moquaient tous en par
ticulier avec les gens d'elprit. C'eſt làz, je
l'avoue , une ſingulière aſſertion pour un Evê
que. Mais quelle néceſſité y avait-il pour ces
'philoſophes de dire tout haut ce qu'ils ne cro,
yaient pas en ſecret, puiſqu'il était permis
'aux Epicuriens de dire hautement que tout
périr avec le corps, 8c que les Pirrhoniens pou
vaient douter de tout impunément ? Qui pou

(*) Tom. Il, Liv. 33


D O C TR. I N E. '57
vait forcer les philoſophes à mentir le matin,
pour dire l.e ſoir la vérité? Des coquins pou- Chap.
vaient en Grèce comme ailleurs abuſer des pa- Xu
toles d'un ſage 8è lui intenter un procès. On
a mis eh juſtice des membres du Parlement
pour leurs paroles; mais cela ne prouve pas
que la chambre des communes ait deux doc
trines différentes. —
Cette double doctrine dont veut parler no- &BEST;
tre Warburton était principalement dans les '
myſtères d'lſis , de Cérès , &Orphée , 8c non
chez les Philoſophes. On enſeignaít l'unité de
Dieu dans ces myſtères tandis qu'en public on
ſacriſiait à .des Dieux ridicules. Voilà ce
qui eſt d'une vérité inconteſtable. Toutes les
formules des myſtères atteſtent l'adoration d'un
Dieu unique. C'eſt préciſément comme s'il y
avait chez les Papiſtes des congrégations de
ſages qui après avoir affiſté à la Meſſe de Ste
Urſule, 8c des onze mille Vierges , de St.
Roch 8c de ſon chien, de St. Antoine 8c
de ſon cochon , allaſſent enſuite deſavouer ces
étonnantes bétiſes dans une aſſemblée parti
culière; mais, au contraire , les confréries de
“Papiſſtes enchériſſeur encor ſur les ſuperſtitions l
auxquelles on les force. Leurs pénitens blancs,
58 DOUBLE
_____ gris 8c noirs habillés en maſque, ſe fouët
Chap. tent en l'honneur de ces beaux ſaints , aulieu
XII. d'adorer Dieu. en hommes raiſonnables.
Erreur Warburton, pour prouver que les Grecs
'de War avaient‘ deux doctrines , l'une pour .1'Aréo
burton.
page R l'autre pour leurs amis , cite Céſar ,
Caron &z Cicéron qui dirent en plein Sénat ,
dans Pexamen du procès de Carilina, que
la mort n'eſt point un mal , que c'eſ’c la fin
de toutes les ſenſations, qu'il n'y arien après
' nous. Mais Céſar , Caton &c Cicéron n'étaient
pas Grecs. Expliquaient-ils ainſi leur doc
trines ſecrète à trois ou quatre cent de leurs
confidens en plein Sénat?
Cet Evêque pouvait encor ajouter que dans
la tragédie de la Trſſoade de Sénèque, le
chœur diſait ſecrètement au peuple Romain
aſſemblé.
.Pqfl mortem níhil efl , ipflrque mor: Hibiſ
Qgdærís quà jaceunr po/Z obitum loco .3
Quô mm nata jacent.
Rien n'eſ’c après la mort, la mort même n'eeſt rien.
Après la vic où pourai-je être?
Où ſerais avant que de naître.
Quand on a fait ſentir toutes ces diſpara—
tes, *toutes ces inconſéquences, de Warbuſi
DOCTRINE. 3-9
ton, il s'eſt fâché, il n'a répondu ni avec des _____.
raiſons ni avec de .la politeſſe , il a reſſem- Chap.
blé à ces femmes qu'on prend ſur le fait 8c XU.
qui-n'en deviennent que plus hardies 8e plus
méchantes: niliil :fl aurlaciur ÿlir deprehenfis.
L'ardeur de ſon courage l'a emporté encor
plus loin, comme nous le verrons en traitant
' de la religion Juive.

CHAPITRE XIII.
' DES ROMAINS.
S Oyons auffi courts ſur les Romains 'que
ſur les Grecs. C'eſt la même religion,
les mêmes Dieux principaux, le même Ju
piter maître des Dieux 8c des hommes, les
mêmes champs Eliſées, le même Tartare ,
les mêmes Apothéoſes. Et quoique la ſecte
d'Epicure eût un très-grand crédit , quoiqu'on
ſe moquât publiquement des augures , des
Aruſpices, des champs Eliſées 8c des enfers,
la religion Romaine ſubſiſta juſqu'à la ruine
de l'Empire.
Il eſt conſtant par toutes les formules que
\
l' 'a

'60 _'ROMAINS.
_______ les Romains reconnaiſſaient un ſeul Dieu ſu*
Chap. prême. Ils ne donnaient qu'au ſeul Jupiter
XIII. le titre de très-grand &z très - bon , Optima:
maximus. La foudre n'était qu'entre ſes mains.
Tous les autres Dieux peuvent ſe comparer
aux Saints 8c à la. Vierge que l'Italie. adore'
aujourd'hui. En un mot plus nous avançons
dans la connaiſſance despeuples policés, plus
nous découvrons partout un Dieu , comme
on l'a déja dit.
Erreur Notre Warburton, dont le ſens eſt toujours
'de War l'ennemi du ſens commun des autres hommes,
burton.
oſe nous aſſurer dans la Préface de la ſeconde
partie de ſa légation, que les Romains fai
ſaient peu de cas de Jupiter; il veut s'apuier
de l'autorité de Cicéron; il prétend que cet
Orateurdans ſon oraiſon pour Flaccus, dit
qu'il n'eſt par de la majeſté de l'Empire de re
connaitre un ſeul Dieu. Il cite les paroles la
tines, majeſtatem imperii non decurfle ut 1mm'
tantum deus colatur. Qui le croirait! il n'y
a pas un mot ni dans l'oraiſcdn pour Flaccus ,
ni dans aucune autre, qui ait le moindre ra
.port à cette citation prétendue de Cicéron;
elle apartient toute entière à noti'e Evêque
qui par cette fraude , non fraude pieulè, mais
ROM'AINS. '61
fraude impudente z avoulu tromper le monde.
Il s'eſt imaginé que perſonne ne ſe donnerait Chap.
la peine de feuilleter Cicéron 8e de décou- XlII
ilrir ſon impoſture , il s'eſt trompé en cela
comme dans tout le reſte, 8c déſormais on
n'aura pas plus de ſoi à ſes commentaires ſur
Cicéron qu'à ceux qu'il nous a donnés ſur
Shakeſpear. ._
Ce qui eſt peut-être de plus eſtimable chez
ce peuple Roi, c'eeſt que pendant neuf -cent
années il ne perſécuta perſonne pour ſes opiſi'
nions. Il''n'a point à ſe reprocher.de ciguë;
La tolérance la plus univerſelle fut ſon parta
ge. Ces ſages conquérants aſſiégeaient-ils
une ville, ils priaient les. Dieux de la ville
de vouloir bien paſſer dans leur camp. Dès
qu'elle était priſe, ils allaient ſacrifier dans
le temple des vaincus. C'eſt ainſi qu'ils mériv.
tèrent de commander ‘a tant de nations. '
On ne les vit point égorger les Tolèans
pour réformer l'art des Aruſpices, qu'ils te
naient d'eux. Perſonne ne mourut à Rome
pour avoir mal parlé des poulets ſacrés. Lei
Egyptiens couverts de mépris eurent à Rome
un temple d'lſis; les Juifs plus mépriſes encor
y eurent des Sinagogues après leurs ſanglan
62 , ROMAlNS.
,___…___ tæ rébellions.. Le peuple conquérant était le
Chap. peuple tolérant. .
X1"- ll faut avouer qu'il ne traita mal les Chré
tiens qu'après que ces nouveaux venus eurent
.déclaré hautement 8c à pluſieurs repriſes qu'ils
ne pouvaient ſouffrir d'autre culte que le leur;
C'eſt ce que nous ferons voir évidemment
quand nous en ſeront à l'établiſſement du Chriſ
tianiſme.
Commençons par examiner la religion Juive ,
dont le Chriſtianiſme 8c le Mahométiſine
ſont ſortis. '

CHAPITRE XIV,

DES JUIFS
ET
'DE LEUR ORIGINE;
' 7 l 'Outes les nations ( excepté toujours les
Chinois ) ſe vantent d'une foule d'ora
cles 8c de prodiges; mais tout eſt prodige 8c
oracle dans l'hiſtoire Juive ſans exception. On
JUiFs U
a tant écrit ſur cette matière , qu'il ne reſte _.___'_;.
plus rien à découvrir. Nous ne voulons ni Chap.
répéter tous ces miracles continuels, ni les XLV'
combattre; nous reſpectons la mère de rio
' tre religion. Nous ne parlerons du merveil
l'eux Judaïque qu'autant qu'il pourra ſervir à'
établir les faits. Nous examinerons cette hiſl
toire comme nous ſerions celle de Tite- Live
ou d'Hérodote. Cherchons par les ſeules lu
mières de la raiſon ce qu'étaie'nt les Juifs,
d'où ils venaient quand ils s'établirent dans la
Paleſtine , quand leur religion fut fixée , quand
ils écrivirent; inſtruiſons — nous 8c tâchons de
ne pas ſcandaliſer les faibles; ce qui eſt bien
difficile quand on veut dire la vérité.
Nous ne trouvons guères plus de lumière
chez les étrangers ſur le petit peuple Hébreu
que nous n'en trouvons ſur les Francs , ſur les
.lrlandais8cſurles Baſques. Tous les livres E
gyptiens ont péri, leur langue a eu le même
ſort. Nous n'avons plus les auteurs Perſans , Cal
déens 8c Siriens ,quiauraient pû nous inſtruire;
nous voyageons ici dans un déſert où des ani
maux ſauvages ont vécu. 'ſâchons de découvrir
quelques traces de leurs pas.
Les Juifs étaient-ils originairement une
64 ORIGINE
horde vagabonde d'Arabes du déſert qui s'é
Chap. tend entre l'Egypte 8c la Syrie , cette horde
XIV. s'étant multipliée s'empara-t-elle de quel
ques villages vers la Phénicie? Rien n'eſt
plus vraiſemblable. Leur tour d'eſprit, leur
goût pour les paraboles &c pour le merveil
leux incroyable, leur extrême paſſion pour
le brigandage , tout concourt à les faire re
garder comme une nation très-nouvellement
établie qui ſortait d'une petite hordeqArabe.
ll y a plus; ils prétendent dans leur hiſtoi
re, que des tribus Arabes 8c eux deſcendent
du même père; que des enſans de quelques
Paſteurs errans qu'ils appellent Abraham ,
Loth , Eſaü , habitèrent des contrées d'Arabie.
Voilà bien des conjectures: mais il ne reſte
aucun monument qui puiſſe les appuier.
Si on examine ce grand procès avec-le ſeul
bon ſens , on ne peut regarder les livres Juifs
comme des preuves. lls ne ſont point juges en
leur propre cauſe. Je ne crois point Tite-Live
quand il nous dit que Romulus était fils du
Dieu Mars; je ne crois point nos premiers
auteurs Anglais quand ils diſent que Vortiger
était ſorcier , je ne crois point les vieilles hill
.taires des Francs qui rapportent leur origine
\
a
DES JUÎFS; z;
à Francus fils d'Hector. Je ne dois pas croire q____;
les Juifs ſur leur ſeule parqle quand ils nous Chap.
diſent des choſes extraordinaires. Je parle ici XIV*. '
ſelon la foi humaine , 8c je me garde bien de
toucher à la foi divine. .le cherche donc ail
leurs quelque. faible lumière à la lueur de
laquelle je Puiſſe découvrir les commencemens
.de la nation Juive. .
Plus d'un ancien auteur dit que c'était une
troupe de lépreux qui fut chaſſée de l'EgYpte
par le Roi Ainaſis. Ce n'eſt là qu'une prés
ſomption. Elle acquiert un degré de proba
bilité par l'aveu que les Juifs font eux-mêmes
qu'ils s'enfuirent d'Egypte 8c qu'ils étaient fort
ſujets à la lèpre; mais ces deux degrés.de pſ0'.
babilité , le conſentement de pluſieurs anciens ,
8c l'aveu des Juifs ſont encor loin de former- ñ—..
une certitude. .
Diodore de Sicile raconte d'après les au- .On lei
teurs .Egyptiens qu'il a conſultés , que le mê- d??
me Amaſis ayant eu la guerre avec Actiſan d'une
Roi d'EthiOpie, cet Actif-in vainqueur fit Ãëoïlê
I
coupeï le nez &t les oreilles à une horde de lïürê.
voleurs qui avait infeſtél'Egypte pendant la
guerre. ll confina cette troupe de brigands
dans 1e dé-ert de Sina où ils firent des filets.
E
66' ORIGINE
-._______ avec leſquels ils prirent des cailles dont ils
Chap. \è nourrirent. Ils habitèrent le pays qu'on
X1V. appella depuis d'un nom qui ſignifie en lan
gue Égyptienne, nez coupé, 8c que les Grecs
exprimérent par “celui de Rhinocolure. Ce
paſſage auquel. on a fait trop peu d'attention ,
joint à l'ancienne tradition que les Hébreux
étaient une troupe de lépreux chaſſés d'Egy
pte , ſemble jetter quelque jour ſur leur ori
gine. ' Ils avouent qu'ils ont été à la fois lé
preux 8c voleurs; ils diſent qu'après avoir
volé les Egyptiens ils s'enfuirent dans ce mê—
me déſert où fut depuis Rhinoôolure. Ils
ſpécifient que la ſoeur de leur Moïſe eut la
lépre; ils s'accordent avec les Egyptiens ſur
l'article des cailles.
Il eſt donc vraiſemblable , 'humainement
parlant 8c abſtraction faite de tout merveil
leux, que les Juifs étaient des Arabes vaga
bonds ſujets à la lépre , qui venaient piller
quelquefois les confins de l'Egypte, 6c qui ſe
retirèrent dans le déſert d‘H0reb &z de Sinaï
quand on leur eut coupé le nez 8z les oreil
les. Cette haine, qu'ils manifeſtèrent depuis
contre l'Egypte, donne quelque force à cette
conjecture. Ce qui peut encor augmenter
DES IUIFS. 76
la probabilité, c'eſt que l'Egyptien Appion _____i
d'Alexandrie qui écrivit du tems de Caligula Chap. '
une Hiſtoire de ſon pays, 8c un autre au— XÏVÎ' ‘
.teur nommé Chencres de la ville de Mendès ,
aſſurent tous deux, que ce fut ſous le Roi ou
Pharaon Amaſis, que les Juifs furent chaſſés.
Nous avons perdu leurs écrits, mais le Juif
Joſeph qui écrivit contre Appion après la
mort de cet Egyptien, ne le combat point
ſur l'époque d'Amaſis. Il le réfute ſur d'all
tres points: 8c tous ces .autres points prou
vent *que les Egyptiens avaient écrit autant
de fauſſetés ſur les Juifs qu'on reprochait
aux Juifs d'en avoir écrit eux-mêmes.
Flavian Joſeph fut le ſeul Juif qui paſſâ L, (.514
chez les Romains pour avoir quelque bon d” 3*??
ſens. Cependant cet homme de bon ſens 'mg'
rapporte ſérieuſement la fable des Septante
8c d'Ariſtée dont Vandal 8c tant d'autres
ont fait voir le ridicule 8c l'abſurdité. Il
ajoute à cette ineptie que le Roi d'Egypte
Ptolomée Philadelphe ayant demandé aux
traducteurs comment il le pouvait faire que
des livres auſſi ſages que ceux des Juifs n'eu\l
ſent. été jamais connus d'aucune nation on
répondit à Ptolomée que ces livres étaient
E 2
ça… )UIFS.'
trop divins pour que des profanes claſſent
5.-
Chap. jamais les citer , 8c que Dieu ne pouvait le
XlV- .j permettre.
. Remarquez qu'on faiſait cette belle réponſe
dans les tems même qu'0n mettait ces..livres
entre les mains des profanes. Joſeph ajoute
" que tous les étrangers qui avaient été aſſez
hardis pour dire un mot des loix juives,
avaient été ſur le champ punis de Dieu;
que l'hiſtorien Théopompe ayant eu deſſein
ſeulement d'en inſérerJ quelque choſe dans
ſon ouvrage, il devint fou ſur le champ;
mais qu'au bout de trente jours Dieu lui
ayant fait connaître dans un ſonge qu'il ne
fallait pas parler des Juifs , il demanda bien
pardon à Dieu 8c rentra dans ſon bon ſens.
'Autres Joſeph dit encor que le poëte Tliéodecte
'fablcs. ayant oſe' parler des Juifs dans une de ſes tragé
dies , était devenu aveugle incontinent , 8c que
Dieu ne lui rendit la vuë que quand' il eut
bien 'demandé pardon 8c fait pénitence.
Si un homme qui paſſe pour 1e ſeul hiſ
torien Juif qui ait écrit raiſonnablement, a
dit de ſi énonnes 8c de ſi plates extravagan
ces, que faut-il penſer des autres ? Je parle
toujours humainement, je me mets toujours
.l U Î F S." ' 6j
à la place' d'un homme qui 'n'ayant. jamais î
entendu parler ni des Juifs, ni des Chrétiens, Chap. '
lirait ces livres pour la première fois', 8c n'étant XIV
point illuminé par la grace aurait le malheur
de n'en croire que ſa faible raiſon en atten——
dant "qu'il fût éclairé d'enhaut.
~'

CHAPITRE XV.
,Quand le: Juif: commencêrent- il: à demeurer
J471: d!! Villes, quand écrí-virent - il: 9'
quand eurenhil: une religion .fixe U détïï
minée .9 '
N' ne peut ici que conſulter les Juifi
eux-mêmes , confronter ce qu'ils rap-.
portent 8c voir ce qui eſt le plus probable.
Selon eux ils demeurèrent .ſous des tentes Troll
. 'll'
dans un deſert au nombre de ſix cent trente J:
mille combattans , ce qui faiſait environ trois hïbíœflï
. . . quarante
millions de perſonnes au moins , en comptant M5,… de;
les vieillards, les femmes 8c les enfans. Cela iïeflqüicâ*:
. . . . . p \un -
fornſie la conjecture qu'ils etaient des Ara- ,gl-'qu,trq
'bes , puiſqu'ils dhabitaient que des tentes 8c “ffllë
. . . . homme!.
qu'11s changement ſouvent de heu. Mars
E3
W . JUIFS
comment trois millions d'hommes auraient
Chap. ils eu' des tentes , S'ils s'étaient enfuis d'Egy
XV. pte au travers de la mer? Chaque famille
avait-elle porté ſa tente ſur ſon dos? lls
n'avaient pas demeuré ſous des tentes en E
gypte. Une preuve qu'ils étaient du' nom
bre d'e ces Arabes errants qui ont de l'aver
ſion pour les demeures des villes, c'eſt que '
lors qu'ils eurent pris Jérico, ils le rasèrent;
8c ne ſe fixèrent nulle part : car'ne jugeant
ici qu'en profanes, 8c par les ſeules lumiè
res de notre raiſon, ce n'eſt pas à nous de
.X parler des trompettes qui firent tomber les
!'nurs de Jérico. C'eſt un de ces miracles
que Dieu faiſait tous les jours 8c que nous
n'oſons diſcuter.
Quoiqu'il en ſoit , ils diſent n'avoir eu une
ville capitale , n'avoir été fixés à Jéruſalem
que du tems de David, 8c ſelon eux entre
leur fuite d'Egypte &t leur établiſſement à
.Jéruſalem , il' y a environ quatre cent cin
quante années. Je n'examine pas ici leur
chronologie ſur laquelle ils ſe contrediſent
continuellement; car à bien compter il y au
rait plus de ſix cent ans entre Moïſe 8c Da—
vid. Je vois ſeulement qu'ils ont vécu dans

à A
ERRANTS. 71
la Paleſtine en Arabes vagabonds pendant ____4
pluſieurs ſiècles , attaquant tous leurs voiſins Chap.
l'un après l'autre , pillant tout , ravageant XV'
tout , dépargnant ni ſexe ni âge ,. tantôt
vainqueurs , tantôt vaincus 8c très -ſouvent
eſclaves.
Cette vie vagabonde , cette ſuite conti:
nuelle de meurtres , cette alternative 1an
lante de victoires 8c de defaites, ces tems
E
zlongs de ſervitude leur permirent-ils d'ap->
prendre à écrire & d'avoir une religion fixe ?q
N'eſt-il pas de la plus grande vraiſemblance
qu'ils ne commencèrent à former des loix 8c
des hiſtoires par écrit que ſous leurs Rois ,
8c qu'auparavant ils n'avaient qu'une tradi- —\
tio'n vague 8c incertaine? . l

Je‘ttons les yeux ſur toutes les nations de


notre Occident depuis Archangel juſqu'à Gi-'
braltar; 'y en a-t-il une ſeule qui ait eu des
loix 8c une hiſtoire par écrit avant d'être raſ- .
ſemblée dans des villes? Que dis-je , y a-'
t-il un ſeul peuple ſur la terre qui ait eu des.
archives avant d'étre bien établi? Comment
les Juifs auraient—ils eu ſeuls cette préro
gative? . <

ſ '

. . ‘—-—---—4y-~.- -.. . .
7Â" 'JUl'FS

-z CHAPITRE XVI.
'Quelle fut d'abord la religion
des Juifs.

Ous trouvons 'dans le livre. intitulé .lo-z


\hé 3 ces propres paroles que 'Èe 'Chef
íanguinaire dit à la horde Juive après s'être
emparé de trente un villages ,- 8c 'avóir ſait
pendre les trente un Chefs de ces villages ap
pelles Rois dans la Bible. u) cbo,ſtmz au.
jóu'rdlæui ce qu'il vous plaira , E9' 'Uoyezgui 710M!
Jeve'z plutôt adorer ,' ou les Dieux auxquelrlont
firm' vos përer dans lſſMeſopotamie , ou les Dieux
de; Amorrbéem au pays deſquels vous habitez,
'hair pour ce qui eſt de moi E? de ma maiſon
nou: ſervir-Om Adonaï; E9” le peuple répondit :
A D,eu ne' plaiſe que nou: abandonnion: Ado
naï E9” que nou: ſer-Dion: Æautres Dieux.
Il eſt évident par ce paſſage que les Juifs
y ſont ſuppoſés avoir adoré lſis 8c Oſiris en.
Egypte, óz les étoiles en Méſopotamie. .Io
Preuve . a .
]u.if'stn’a—
quel.s (*) Chap. XXIV. v. r5. 8c r6.

s...
IDOL-ATRES. 73'
ſué leur .demande s'ils veulent adorer encor -c-:d-g

ces étoiles, ou lſrs 8c Oſiris, ou Adonaï le Chap.


Dieu des Phéniciens au milieu deſquels ils XVI.
ſe trouvent. Le peuple répond qu'il veut ado vaient
point de
rer Adonai, le Dieu des Phéniciens. C'était religion
peut-être une politique bien entendue que d'a— déterrnig
O n .
née,
dopter le Dieu des vaincus pour les mieux
gouverner. Les barbares qui détruiſirent l'Em
pire Romain, les Francs qui (àccagèrent les
Gaules, les Turcs qui ſubjuguèrent les Ara
bes Mahométans , tous ont eu la prudence
d'embraſſer la religion des vaincus pour les
mieux accoutumer à la ſervitude.- Mais eſt-il
probable qu'une fi petite horde de barbares
Juifs ait eu cette politique?
. Voici une ſecondé preuve beaucoup plus
forte que ces Juifs n'avaient point encor de Nouvello
preuve.
religion déterminée. C'eſt que Jephté, fils
de Galaad &z d'une fille de joie, élu capi-,
taine de la Horde errante, dit aux Moabi
œs: (*)-Ce que votre Dieu Chamorpqflälc ne
vou: :ſl-il pa: dû de droit?' E: ce que Ie
nôtre .t'eſt acqui: par ſe: victoire: ne doit-il
par être a' nous? Certes il .eſt évident qu'a

.(*) Chap. Il. v. a4.:


74 JUIFS
lors les Juifs regardaient Chamos comme un
Chap. véritable Dieu; il eſt evident qu'ils croyaient
XVI. que chaque petit peuple avait ſon Dieu parti
culier, 8; que c'etait à qui l'emporterait du
Dieu Juif ou du Dieu Moabite.
'Autre Apportons une troiſiéme_ preuve non moins
preuve.
ſenſible. ll eſt dit au premier chapitre des Ju
ges: (*) Arlonaï ſe rendit maitre de: monta.
gm: 5 mai: il ne put vaincre les babiram des"
vallée: , parce qu'ils avaient de: chariots arme?
de fuulx. . Nous ne voulons pas examiner ſi
les habitans de ces cantons hériſſes de monta
gnes pouvait avoir des chars de guerre , eux
qui n'eurent jamais quedes ânes. ll ſuffit
d'obſerver que le Dieu des Juifs n'était alors
qu'un Dieu local qui avait du crédit dans les
montagnes 8c point du tout dans les vallées ,
à l'exemple de tous les autres petits Dieux du
pays qui poſſedaient chacun un diſtrict de
quelques milles, comme Chamos, Moloch ,
Rimpham, Belphegor , Aſtarot, Baal-Bérith,
Baal- Zébuth 8c autres marmouſets.
'Autre
preuve.
Une quatrième preuve plus forte que tou
tes les autres ſe tire des prophètes. Aucun
d'eux ne cite les loix du Lévitique , ni du
(1%) Ch. l. v. i9,
iDOLATREs W
Deutéronome; mais pluſieurs aſſurent que les ______,
Juifs n'adorèrent point Adonaï dans le déſert , Chap…
ou qu'ils adorèrent auſſi d'autres Dieux lo- XVI'
caux. Jérémie dit que (a) Le Seigneur Mel
chom s'était empare' du pay: de Gad. Voilà
donc Melchom reconnu Dieu , ô; ſi bien re
connu pour Dieu par les Juifs, que c'eſt ce
même Melchom à qui Salomon ſacrifia de
puis ſans qu'aucun prophète l'en reprit.
Jeremie dit encor quelque chole de bien
plus fort, il fait ainſi parler Dieu; (b) ſe
n'ai point ordonné à vos pére: quand je le: ai ti'
rés d'Egypte de mbffrir des Holocauſles E9” des
victimes. Y a - t-il rien de plus précis? Peut
on prononcer plus expreſſément que les Juifs
ne lacrifièrent jamais au Dieu Adonai' dans
le délèrt.
Amos va beaucoup plus loin. Voici com
me il fait parler Dieu: (c) Maiſon d'Iſrael
'mïrvez-vour offert de: luſtres E9” des ſacrifice:
dans_ le déſert pendant quarante ans? Vous y
avez porte' le tobernacle de votre Molocb, 'l'i
mage de vor idoles E9' l'étoile de votre Dieu.
(a) Ch. XLIX. v. x.
(b) Ch. VII. v. n.
(ï) Ch, V. v, 15. 16,'
76 JUIFS
On ſzæit que tous les petits peuples de ces
Chap. contrées avaient des Dieux ambulans qu'ils
XVI. mettaient dans des petits coffres que nous ap—
pellons arche , faute de temple. Les villa
'ges les plus voiſins de l'Arabie adoraient des
' étoiles , 8c mettaient une petite figure d'étoile
dans leur coffre. K
'Autre Cette opinion que les Juifs n'avaient point
preuve.
adoré Adonaï dans le déſert fut toujours ſi
répandue .malgré l'Exode 8c le Lévitique,
que St. Etienne dans ſon diſcours au Sanhé
drin n'héſite pas à dire: (*) Vous avez porté
le tabernacle de Molocb Êffffaſire de votre Dieu
Rempbam, qui ſont de: figurer que vous avez.
faire: pour les adorer ( pendant quarante ans.)
On peut répondre que cette adoration de
Melchom , de Moloch, de Rempham 8cc.
était une prévarication. Mais une infidélité
de quarante années 8c tant d'autres Dieux a
dorés depuiS prouvent aſſez que la religion
juive fut très-longtems à ſe former. ë.
'Autre Après la mort de Gédeon il eſt dit: que (j) .
preuve.
le: Juif: adorerent BaaI-Bérirb. Baal eſt la,
même choſe qu'Adonaï , il ſignifie le Seigneur.
Les' Juifs commençaient probablement alors
(V) Act. des Apôtres Chap. VII. v. 43.
f9) Juges Ch. VIII. v. 3. 8c Ch. IX. v. 4.
IDOLATRES " W
à apprendre un'peu la langue Phénicienne 8c
rendaient toujours leurs hommages à des Chap.
Dieux Phéniciens. Voilà pourquoi le Culte XV"
de Baal ſe perpétua ſi longtems dans Iſraël
Une cinquiéme preuve que la religion Autre
juive n'était .point du tout formée, eſt l'a- Preuve'
vanture de Michas rapportée dans le livre des
Juges Une juive de la montagne d'E
phraïm femme d'un nommé Michas , ayant
perdu onze cent ficles d'argent, ce qui eſt
une ſomme exorbitante pour ce tems-là, Un
de ſes fils, qui les lui avait apparemment vo
lés , les lui rendit. Cette bonne juive, pour
remercier Dieu d'avoir trouvé ſon argent, en
mit à part deux cent ſicles pour faire jett'er
en fonte des idoles qu'elle enferma dans une
petite chapelle portative. Un Juif de Beth
léem qui était. Lévite ſe chargea d'être le
prêtre de ce petit temple idolâtre , moyennant
cinq écus par an 8c deux habits. Cette bon
ne femme s'écria alors: Dieu me fera alu
bien. Parce que j'ai' chez moi un prêtre de la
race de Lévi.
Quelques jours après fix cent hommes de Hiſtoire
la tribu de Dan, allant au pillage ſelon la ËËŒM"
78 J U I F S
coutume des Juifs 8c voulant (àccager le vil
chap. lage de Laïs , palsèrent auprès de la maiſon
XVI. de Michas. lls rencontrèrent le Lévite 8c
\lui demandèrent ſi leur brigandage ſerait heu
reux. Le Lévite les aſſura du ſuccès; ils
le prièrent de quitter la maîtreſſe 8c d'être
leur prêtre. L'aumo.nier de Michas ſe laiſla
gagner; la tribu de Dan emmena donc le
prêtre 8c les Dieux, &z alla tuer tout ce
' qu'elle rencontra dans le village de Laïs qui
' fut depuis appellé Dan. La pauvre femme
courut après eux avec des clameurs 8c des
larmes. lls lui dirent: Pourquoi Erica-vou;
ainſi E* Elle leur répondit: Vou: mïemportez
me: Dieux G9' mon prêtre E5 tout ce,-que j'ai,
S9' vou: me demandez pourquoi je crie. La
Vulgate met cette réponlè ſur le compte du“
mari même de Michas ; mais ſoit qu'elle eût
encor ſon mari, ſoit qu'elle fût veuve , ſoit
que le mari ou la femme ait crié, il demeu
re également prouvé que la Michas &c ſon
mari, 8c ſes enfans, 8c leur prêtre Micas, 8c
toute la Tribu de Dan étaient idolâtres.
Ce qui eſt encor plus ſingulier 8c plus di
gne de [attention de quiconque veut s'inſ
truire., c'eſt que ces mêmes Juifs (“‘) qui
ſt) luge: Chap. XYIII. y. zo,
tDoLATREs M
avaient ainſi ſiiccagé la ville 8c le pays de .
Dan , qui avaient volés les petits Dieux de Chap.
leurs frères , placèrent ces Dieux dans la ville XV[
de Dan , 8z choifirent pour ſervir ces Dieux
un petit fils de Moïſe avec ſa famille. Du
moins cela eſt écrit ainſi dans la Vulgate.
ll eſt difficile de concevoir que le petit-fils Petit-fils
8c toute la famille d'un homme qui avait vf; ŸÆËÏŒ*
Dieu face à face , qui avait reçu de lui deux iiiolattïd'
tables de pierre, qui avait été révêtu de toute
la puiſſance de 'Dieu même pendant quarante
années, euſſent été réduits à être chapelains
de l'idolâtrie pour un peu d'argent. Si la pre
mière loi des Juifs eût été alors de n'avoir
aucun ouvrage de ſculpture; comment les en
fans de Moïſe ſe ſeraient-ils faits tout d'un
coup prêtres d'idoles? On ne peut donc
douter, d'après les livres mêmes des Juifs,
que leur religion était très-incertaine , très-
vague , très—peu établie , telle enfin qu'elle'
devait être chez un petit 'peuple de Brigands
vagabonds vivantuniquement de rapines.

*XXX*

ÛHAPI'.
80 . JUEFS

- CHAPITRE XVII.
Changemen: cantinuels dans la religion Juive
juj'ójuîau tems d: la captivité.

L Orſqu'il ne reſta que deux tribus 8c quel


ques Lévites de la maiſon de David , Jé
roboarn, à la tête des dix autres tribus, adora
d'autres Dieux que Roboam fils de Salomon.
C'eſt du moins encore une preuve ſans repli—
que que la religion juive était bien loin d”
tre formée. Roboam de ſon côté adora des
divinités dont on n'avait point encore enten
du parler. Ainſi la religion juive telle qu'el
1è parait ordonnée dans le Pentateuque fut
entiérement négligée. Il eſt dit dans l'hi
ſtoire (*) des Rois, qu'Achas Roi de Jéru
ſalem prit les rites de la ville de Damas 8c
fit faire un autel tout ſemblable à celui du
temple de Damas. Voilà certainement une
religion bien chancelante 8c bien peu‘ d'ac
cord avec elle-même.
Dzxuzb… Pendant le régne d'Achas ſur Jéruſalem ,
ÎUÎVCS . lorſqu'Oſée régnait ſur les dix tribus d'lſirael D
anéanues. . Sal_

Liv, xl. Chap. XVI.


LNCONSTANTS Ü'
Salmanalar prit cet Oſée dans Samarie .8e le .-4,43 '
chargea de chaînes , il chaſſa toutes les dix Chap.
tribus du pays ô: fit venir en leur place des XVHŸ
Babiloniens, des Chutéens , des Emathéens
&c- On n'entendit plus parler de ces dix
tribus; perſonne ne ſait aujourd'hui ce qu'el
les ſont devenues ; 'elles diſparurent de la terre
avant qu'elles euſſent une religion à elles.
Mais les petits Rois de Jéruſalem n'eurent
pas longtems à ſe réjouir de la deſtruction
de leurs frères. Nabucodonoſor emmena ca-æ
ptifs à Babilone &c le Roi de Juda Joachim,
6c un autre Roi nommé Sédécias, que ce
conquérant avait établi à la place de Joa
chim. ll fit crever les yeux à Sédécias, fic
mourir ſes "enfans , brula Jéruſalem , abattil:
les murailles , toute la nation fut emmenée
eſclave dans les états du Roi de Babilone.
Il eſt vrai que toutes ces . avantures ſont Rïïï". 55
. . . ?wallp
racontees dans le livre des Rois 8c dans ce- com".
lui des Paralipomènes de la manière la plus 'ÜÏQÏWŸ
confuſe 8c la plus contradictoire. Si on.
voulait concilier toutes les contradictions des
livres Juifs , il faudrait un volume beaucoup.
plus gros que la Bible. Remarquons ſeule
ment que ces contradictions ſont une nous
F4
sé' 7DE'S JU1FS
velle preuve que rien ne fut clairement éta-'
Chap. bli chez cette nation.
Il eſt démontré, autant qu'on peut démon
trer en hiſtoire , que la religion des Juifs
ne fut du tems de leur vie errante, 8c du
tems de leurs Rois qu'un ramas confus 8c con
tradictoire des rites de leurs voiſins. lls em
pruntent les noms de Dieu chez les Phéni
ciens ; ils prennent les anges chez les Períàns;
ils ont l'arche errante des Arabes; ils adop
tent le batême des' Indiens, la circoncifion
des prêtres d'Egypte, leurs vêtements, leur
vache rouſſe , leurs Chérubins, qui ont une
tête-de veau 8c une tête d'épervier, leur
Bouc Hazazel , 8z cent autres cérémonies.
Leur loi (en quelque tems qu'elle ait été
écrite) leur défend. expreſſément tout ouvra
ge-de ſculpture, 8c leur temple en eſt rem
pli. Leur Roi Salomon après avoir conſul
té .le Seigneur , place douze figures de veau
au milieu du temple, 8c des Chérubins à
quatre têtes dans le ſanctuaire, avec un ſer
pent d'airain. Tout eſt contradictoire , tout
eſt inconſéquent chez eux, ainſi que dans
preſque toutes les nations. C'eſt la nature
de l'homme; mais le peuple de Dieu Bem
porteen cela ſur tous les hommes.
INCONSTANTS' A
- Les Juifs changèrent toujours de .rites juſ- .
qu'au tems d'Eſdras 8c de Néhémie; mais Chap.
ils ne changèrent jamais de mœurs de leur XVÏL.
propre aveu. Voyons en peu de mots quel
les ſont ces mœurs; après quoi nous examine
rons quelle fut leur religion au retour de Ba
bilone.

CHAPITRE XVIII.

LIOIZUIXS
DES JUIFS;
Ous ne pouvons mieux faire que de
tranſcrire ici ce que dit Mylord Bo
lingbroke des mœurs antiques de ce peuple»
dans le quinzième chapitre de ſon Examen
important, écrit en 1736. Peut-être eſt-il un
peu violent, mais on doit convenir qu'il eſt
véritable.
D Si nous paſſons des fables des Juifs aux
7D mœurs de ce peuple, ne ſont-elles pas auſti
d abominables que leurs contes ſont abſurdes?
D C'eſt de leur aveu un peuple de brigands
F 2
84 MOEURS
z" D qui emporte dans un déſert tout ce qu'ils ï
Chap. i» ont volé aux Egyptiens. Leur chef Joſué
XVIII- D paſſe le Jourdain par un miracle ſemblable
a au miracle de la mer rouge. Pourquoi?
D pour aller mettre à feu 8è à ſang une ville
z qu'il ne connaiſſait pas , une ville dont
D ſon Dieu fait tomber les murs au ſon du
d cornet. '
d Les fables des Grecs étaient plus humai
:D nes. Amphion bâtiſſait des villes au ſon
D de la ſtutte , Joſué les détruit; il livre au
D fer 8z aux ſtammes vieillards, femmes , en
d fans 8c beſtiaux. Y-a-t-il une horreur
D plus inſenſée? Il ne pardonne qu'à une proſſi
D tituée qui avait trahi la patrie; quel beſoin
D avait-il de la perfidie de cette malheureu
d ſe, puiſque ſon cornet faiſait tomber les murs
d comme celui d'Aſtolphe, 8c faiſait fuir tout
D le monde? Et remarquons en paſſant que
d cette femme nommée Raab la paillarde, eſt
D une des ayeules de ce Juif dont nous avons
d depuis fait un Dieu, lequel Dieu compte
:- encor , parmi celles dont il eſt né, l'incell
a tueuſe Thamar, l'impudente Ruth, 8E l'a
. . b dultère Betzabée. ‘
‘ ;On nous conte enſuite que ce même Jo
DES JUrF"s. e;
g ſué 'fit pendre. trente 8c un Rois du pays , _.454
l) c'eſt—à—dire , trente 8c un capitaines de vil- Chap.
D lages qui avaient combattu pour leurs foiers XVIÜ-Ï
,, contre cette troupe d'aſſaſſins. Si l'auteur de
D cette hiſtoire avait formé le deſſein de ren—.
d dre les Juifs exécrables aux autres nations s'y
a ſerait-il pris autrement? L'auteur pour ajoue;
x ter le blaſphême au brigandage 8: àla bar-‘
>- barie, oſe dire que toutes ces abominations
a ſe commettaient au nom de Dieu, par or
I dre exprès de Dieu, 8c étaient autant de
,, ſacrifices de ſang humain offerts à Dieu.
D C'eſt là le peuple Saint! Certes les Hu-‘
s rons , les Canadiens, les Iroquois, ont été
a des Philoſophes pleins d'humanité comparés
D aux enfans 'cl'Hi-aël; 8c c'eſt en &veut de ces
D monſtres qu'on *fait arrêter le Soleil 8c la
s Lune en plein midi! Et pourquoi? pour
d leur donner le tems de pourſuivre 8c d'égor
:d ger de pauvres Amorrhéens a déja écraſés
I par une pluye de groſſes pierres que Dieu
D avait lancée ſur eux du haut des airs pendant
D cinq grandes lieues de chemin. Eſt-ce l'hil:
z: toire de Gargantua? Eſt—ce celle du peu
1 ple de Dieu? Et qu'y a-t- il ici de plus in-
o ſuportable , ou l'excès de l'horreur , ou l'e e'
F- 3
86' MOEURS HORRIBLES
__...————
D cès du ridicule ? Ne ſerait- ce pas même un
Chap. d autre ridicule que de s'amuſer à combattre
XVIII. a ce déteſtable amas de fables qui outragent
D également le bon ſens , la vertu , la nature
s 8c la Divinité? Si malheureuſement une
'D ſeule des avantures de ce peuple était
:d vraie , toutes les nations ſe ſeraient réunies
1 pour l'exterminer; ſi elles ſont fauſſes on ne
a peut mentir plus ſottement.
i» Que dirons-nous d'un Jephté qui immole
D ſa propre fille ‘a ſon Dieu ſanguinaire , 5C
D de l'ambidextre Aod qui aſſaſſiné Eglon
:- ſon Roi au nom du Seigneur, &z de.la di
: vine Jahel qui aſſaſſiné le général 'Sizara
D avec un clou qu'elle lui enfonce dans la
itête, &z du debauché Samſon que Dieu
i favoriſe de tant de miracles? groſſlàre imi
d tation de la fable d'Hercule.
H Parlerons-nous d'un Lévite qui vint ſur
D lon âne avec ſa concubine , 8c de la paille,
D 8c du foin , dans Gabaa de la tribu de Ben
:D jamin? Et voilà les Benjamites qui veulent:
a commettre le péché de Sodomie avec ce vi
d Iain Prêtre, comme les Sodomites avaient
d voulu le commettre avec des Anges. Le'Lé—
d vite compoſe avec eux Cz leur abandonne
l

DES JUiFsq S7'


;ſa maîtreſſe ou la femme, dont ils jouiſſent 9
,, toute la nuit , 8c qui en ,meurt le lendemain Chap; Ï'
a matin. Le .Lévite coupe ſa concubine en XVIIÏË '
D douze morceaux avec ſon couteau, ce qui
a n'eſt pourtant pas une choſe ſi aiſée, 8c de
a là s'enſuit une guerre civile. ' <
i» Les onze Tribus arment quatre cent mil
: le ſoldats contre la Tribu de Benjamin,
a Quatre cent mille ſoldats , grand Dieu f!
a dans un territoire qui n'était pas alors de
a quinze liëues de longueur, ſur cinq ou ſix
,, de largeur. Le grand Turc n'a jamais eu
,, la moitié d'une telle armée. Ces lſraëlites
,, exterminent la Tribu de Benjamin, vieil.
D lards , jeunes gens, femmes, filles, ſelon
a leur louable coutume. Il échape ſix cent
n garçons. ll ne faut pas qu'une des Tribus
ï périſſe; il faut donner ſix cent filles au
D moins à ces ſix cent garçons. Que font
d les lfiaëlites? Il y avait.dans le voiſinage
1 une petite ville nommée Jabès; ils la ſur
D prennent, tuent tout, maſtàcrent tout juſ
d qu'aux animaux; réſervent quatre cent filles
ï pour quatre cent Benjamites. Deux cent
D garçons reſtent à pourvoir; on convient avec
D eux qu'ils raviront deux cent filles deſſsilo ,
.F4
Ss MOEURS HORRIBLES
5..._ D. quand elles iront danſer aux portes de Silo.
Chap. 5,' Allons Abadie‘, Sherlok, Houteville 8c
XVIII. D conſorts , faites des phraſes pour juſtifier ces
n fables de Cannibales, prouvez que tout ce
a la eſt un Type, une figure qui nous an
: nonce Jéſu- Chriſt. .
' D Les Juifs ont un Roi,'malgré le prêtre
ä Samuel qui fait ce qu'il peut pour conſerver
;ſon autorité uſurpée; 8c il a la hardieſt"è de
‘: dire que c'eſt renoncer .à Dieu que d'avoir'
',, un R'oi. Enfin , un Pâtre qui cherchait des
',, âneſſes eſt élu Roi par le ſort. Les Juifs
',, étaient alors ſous le joug des Cananéens;
,, ils n'avaient jamais eu de temple , leur ſanc
. ,, tuaire était un coffre' qu'on mettait dans
',, une charette ;' *les Cananéens leur avaient
,, pris leur coffre; Dieu qui en fut- très-irrité
L, l'avait pourtant laiſſé prendre.” Mais pour
,, ſe venger il avait donné des hémoroïdes
,, aux vainqueurs. Les vainqueurs l'apaisèrent
,, en lui renvoyant ſon coffre , accompagné
,,. de cinq rats d'or &c de cinq trou du cu auſſi
” d'œ- ll n'y a 'point de vengeance , ni d'of
,, fraude plus digne du Dieu des Juifs. ll
,, pardonne aux' Cananéens; mais il fait mou
',, rir cinquante mille ſoixante 8c dix hommes
., des ſiens pour avoir regardé ſon coffre.
DES JUIFS; 89'
D. C'eſt dans ces belles circonſtances que _____..
D Saül eſt élu Roi des Juifs. Il n'y avait Chap.
a» dans leur petit païs ni épée., ni lance; les Xvul'
D Cananéens Ou Philiſtins ne permettaient pas
D aux Juifs leurs eſclaves d'aiguiſer ſeule
D ment les ſocs de leurs charruës 6c leurs
D coignées; ils étaient obligés d'aller aux
D ouvriers Philiſtins pour ces faibles ſecours 5_
D 8c "cependant, on nous conte que le Roi
D Saül eut d'abord une'armée de trois cent
D mille hommes , avec leſquels il gagna une
D grande bataille.. Notre Gulliver.à de pareil
D les fables , mais non de telles contradictions.
D Ce Saül, dans une autre bataille , reçoit -
D le prétendu Roi Agag à compoſition… Le
D prophète Samuel arrive de la part. du .Sei
D gneur , 8c lui dit , Pourquoi näzvcz-ÎÜÛW
D pa: tout tué .3 Et il prend un ſaint coupe
D ret, 8: il hache en morceaux le Roi A
D gag. Si une telle action eſt véritable , quel
D peuplez. était le peuple Juif l 8c quels prê
D tres était ſes prêtres l. '
D Saül réprouvé du Seigneur pour n'avoir
D pas lui- même haché en piéces le Roi Agag
D ſon priſonnier , va enfin combattre contre'
…Dles Philiſtins après la mort du .doux Pſ0:
90 MOEURS HORRIBLES
.5______D phête Samuël. Il conſulte ſur le ſuccèSde
Chap. D la bataille , une femme qui a un eſprit de
xvlll. D Python. On ſait que les femmes qui ont
D un eſprit de Python font aparaître des om
-D bres. La Pythoniſſe montre à Saül l'om—
D bre de Samuel qui ſortait de la terre. Mais
D ceci ne regarde que la belle philoſophie du
D peuple Juif. Venons à ſa morale. '
1l Un joueur de harpe pour qui l'Eternel
D avait pris une tendre affection , s'eſt 'fait ſa
D crer Roi pendant que Samuël vivait encore;
D il ſe révolte contre ſon ſouverain, il ramaſſe
D quatre cent malheureux , 8c , comme dit la
D ſainte écriture, tout ceux qui avaient de mau.
D Wiſe: affaire: , qui étaient perdu: de dette;
D E9” d'un eſprit méchant , .Raſſembler-ent avec
d lui.
D C'était'
s 'L un homme _ſelon le cœur de Dieu;

D auſſi la première choſe qu'il veut faire eſt


D däílàſſiner un tenancier nommé Nabal qui
Dlui refuſe_des contributions; il épouſe dix
D huit .femmes ſims compter les concubines;
D il s'enfuit chez le Roi Achis ennemi de ſon
D païs , il y eſt bien reçu, .Be pour récompenle
' D.il va ſaccagerles villages des alliés d'Achis;
D il égorge. tout ſans épargner les enfans à la
DES JUIFS. -91.
d mammelle, comme l'ordonne toujours le rit
D Juif; 8c il fait accroire au Roi Achis qu'il a Chap. '
H ſaccagé les villages Hébreux. ll faut avouër XVHL
:D que nos voleurs de grand chemin ont été
d moins coupables aux yeux des hommes ; mais
d les voyes du Dieu des Juifs ne ſont pas
d les nôtres.
d Le bon Roi David ravit le trône 'a Isbo
» ſeth fils de Saül. Il fait aſſaſſmer Miphi
d» boſeth fils de ſon protecteur Jonathas; il
D livre aux Gabaonites deux enfans de Saül
I) 8c cinq de ſes petits enfans pour les faire
d tous pendre. Il aſſaſſiné Urie pour cou-,
d vrir ſon adultère avec Betzabée , 8c c'eſt
1 encore cette aborninable Betzabée, mère de
D Salomon , qui eſt une ayeule de Jéſu- Chriſt.
) La ſuite de l'hiſtoire Juive n'eſt qu'un
:n tiſſu de forfaits conſacrés. Salomon com
D mence par égorger ſon frère Adonias. Si
:o Dieu accorda à ce Salomon le don de la
a» ſageſſe , il paraît qu'il lui refuſa ceux de
d l'humanité, de la juſtice, de la continen
Dce, 8c de la foi. ll a ſept cent femmes
D 8c trois cent concubines. Le cantique qu'on
D lui impute eſt dans le goût de ces livres
ï Erotiques qui font rougir la pudeur; il n'y
'92 MOEURS HORRIBLES
pî———
d eſt parlé que de tetons, de baiſers ſur la
Ch 3p. D bouche, de ventre'qui eſt ſemblable à un
XVIII. D monceau de froment , d'attitudes voluptu
D euſes, de doigt mis dans l'ouverture, de
D treſſaillements , 8c enfin, il finit par dire D
D Qye ferons nous de notre petite fear? Ecte
D n'u point encore (le tetons; ſi c'eſt un mur
urbzitiflïm: alt'ſſi: ,‘' ſi c'eſt une porte .fermant-i
Ela. Telles ſont les mœurs du plus 'ſage
D des Juifs, ou du moins les mœurs que lui
D imputent avec reſpect de miſérables Rabins ,
D i3: des Théologiens chrétiens encore plus
D abſurdes.
D De tous les Rois de-,Juda 8c de Sama
D rie, il y en a très- peu qui ne ſoyent aſſaſ
D ſms ou aſtaſiinés, juſqu'à-ce qu'enfin ce ra
D mas de brigands qui fè maſſacraient les uns
D les autres dans les places publiques 8c dans
.D le temple , pérîdantque Titus les .affiegeait ,
'D tombe ſous le fer &z dans les chaînes des
D Romains, 8c que le reſte de ce petit peu
D ple de Dieu', dont dix deuxièmes avaient
D été diſperſés depuis ſi longtems en Aſie,
'D eſt vendu dans les marchés des villes Ro
.D \naines , chaque tête Juive étant évaluée au
p prix. d'un porc ,..animal moins impur que
DES JUIFS. 931
D cette nation même , ſi elle fut telle que les .,_____
D prophètes le racontent. Chap.
,, Perſonne ne'peut nier que les Juifs n'aient XVIH*
D écrit ces abominations.. Quand on 16S ſaſ
,, ſemble ainſi ſous les yeux , le cœur ſe ſou
D lève. Ce ſont' donc .là les hérauts de la
D Providence , les précurſeurs du règne de
D Jeſu l ï*

CHAPITRE X1X.
De la religon Jui-ue au retour de la captivité
' de Babilone.

Luſieurs Savans , après avoir conféré tous


les textes de la Bible, ont cru que les
Juifs n'eurent une théologie bien conſtatée
que du tems de Néhémie après la captivité
de Babilone. ll ne reſtait que deux tribus
8c demie de toute la race Juive ; leurs livres
étaient perdus; le Pentateuque même avait
été très-longtems inconnu. Il 'n'avait été
trouvé que ſous le Roi Joſias , trente- ſix ans
avant la ruine de Jéruſalem 8c la captivité.
Le quatrième livre des Rois (*) dit qu'un
Un ſeul
P) Rois Liv. lv. Chap. nſr. s. 8c z. Baralip; .exemplais
Ch. 34. v. x4.
94 sEcTE JUIVE.
grand- prêtre nommée Helcias trouva ce livre
Chap. en comptant de l'argent, il le donna à ſon
XIX. ſecretaire Saphan qui le porta de ſa part au
re de la
loi.
Roi; le grand-prêtre Helcias pouvait bien
prendre la peine de le porter lui-même. Il
s'agiſſait de la loi de la nation , d'une loi
écrite par Dieu même. On n'envoye pas un
tel livre à un ſouverain par un commis avec
un compte de recette 8c' de dépenſe. a Les ſa
vans ont fort ſoupçonné ce prêtre Helcias ,
ou Helciah, ou Helkia, d'avoir lui-même cond
pilé le livre. Il put y avoir fait quelques ad
ditions , quelques corrections , quoiqu'un —li
vre divin ne doive jamais être corrigé ni am
pliſié; mais le grand Newton penſe que le
livre avait été écrit par Samuel 8c en donne
des preuves aſſez ſpécieuſes. Nous verrons
dans la ſuite de cet ouvrage ſur quoi les Sa
vans ſe ſont fondés en aſſurant que le Pen
tateuquc ne pouvait avoir été écrit par Moïſe.
Quoiqu'il en ſoit ,preſque tousles hommes
verſés dans la connaiſſance de l'antiquité , con
viennent que ce livre n'a été public chez les
Juifs que depuis Eſdras, 8c que la religion
Juive n'a reçu une forme conſtante que de
puis ce tems-là. Ils diſent que le mot ſeul
SEC'TE J.UIVE. ‘”
d-'lſraël ſuffit pour convaincre que les Juifs ______
n'écrivirent. pluſieurs de leurs livres que pen- Chap.
dant leur captivité en Caldée, ou immédia- XIX
tement après; puiſque ce mot eſt Caldéen
cette raiſon ne nous paraît pas péremptoire.
Les Juifs pouvaient très-bien avoir emprunë
té ce mot longtems auparavant d'une nation
l
voiſine. . .
Mais ce qui eſt plus poſitif, 8c ce qui Noms
ſemble avoir plus de poids, c'eſt la quantité ÉÊLËË
prodigieuſe de termes Perſans qu'on trouve Pa; les
dans lesécrits Juifs. . Preſque tous les noms 'mg'
qui finiſſent en el ou en nl ſont ou Perſans,
ou Caldéens. Babel, porte de Dieu; Ba—
thuel , venant de Dieu; Phegor-Béel ou
Béel-Phegor, Dieu du précipice; Zebuth
Béel, ou Béel-Zebuth , Dieu des inſectesÿ
Bethel, maiſon de Dieu; Daniel, jugement
de Dieu; Gabriel, homme' de Dieu; Jabel
affligé de Dieu; Jaïel, la vie de Dieu;
Iſraël, voyant Dieu; Oziela force de Dieu;
Raphael, ſecours de Dieu; Uriel le feu de
Dieu. '
Les noms 8c le miniſtère des anges ſont
viſiblement pris de la religion des mages.
Le mot de Sathan eſt pris du Perſan. La
96 SECTE JUIVE."
_,_.___ création du monde en ſix jours a un tel rap;
Chap. port à la création que les anciens mages di
XIX' ſent avoir été faite en ſix gahambars, qu'il
ſemble en effet que les Hébreux ayent puiſé
une grande partie de leurs dogmes chez ces
.mêmes mages , comme ils en prirent l'écri
ture lorſqu'ils furent eſclaves en Perſe.
Ce qui achève de perſuader quelques Sa-‘
vans, qu'Eſdras refit entiérement tous les livres
. Juifs , c'eſt qu'ils paraiſſent tous du même
' ſtile.
Que réſulte—t—il de toutes ces oblërva-ó
tions? obſcurité 8c incertitude.
Loi Iuive Il eſt étrange qu'un livre écrit par Dieu
ignorée.
même pour l'inſtruction du monde entier ait
été ſi longtems ignoré, qu'il n'y en ait qu'un
exemplaire trente -fix ans avant la captivité
des deux tribus ſubſiſtantes , qu'Eſdras ait été
obligé de le rétablir , qu'étant fait pour
toutes les nations , il ait été abſolument
ignoré de toutes lesnations , êz que la loi
- qu'il contient étant éternelle , Dieu lui-,mê
me l'ait abolie.

NR*

CHA'.
CHAPITRE XX, i ë
' même
,Que ſuppoſée danraucun'
l'immortalité endroit
de l'ame n'eſt de ,la loi
ni énoncée

(A.)
Juive. . ,
r Uelque ſoit 'l'auteur 'du Pentateuque ou'

plutôtquels que ſoyent les écrivains qui


l'ont compilé', 'enquelque -tems- qu'on? l'aî1'.‘ſi
écrit ,' en quelque te'ms qu'on l'ait publié ; il
eſt 'toujours de la'plus grande certitudeſque*
lé ''ſyſtêrxi'e- d'une vie future , d'une ame immer.I.
telle ne ſe trouve dans aucun endroit deſice livre#
ll eſt ſiirque preſque toutes les nationsffldoní
,iesctÛuifsî'' 'étaient entourés, Grecs, Caldéens,
,P'erſar'l'sîſiÏE'ï-Typtiens ,‘''Siriens,ſi 8rc. admettaient
. D
'PÏÏDÏIËŸIÏIÎÏË de l'ame, 8c que les Juifs "n'a-
Yaient..pa_s ſeulement examiné cette queſtions”
Y Oki-MEME: que; hi dansÏléLévitiqueni dans P! .
iÏÜDe'ſttîeÏËonomê, ’ſe légiſflàteur qu'on fait par- qu'il :reſt e
1\z… A .ir A, .,. . . ". '
ler ,. neüês menace d'aucune‘pe1ne après la mort -,, :Ëfizfflï
.Zine 'leur promet(aucunë'récompenſe.- Il y l'immor
ÔÏÏËË 'äe Îgiandes philoſophes dés
èêutë-s lâïïëxjxe-g' qui bnr"r'ii'ë“ l'immortalité de 1e Per-raw
&.21 @Lqſi-'rſ'qk :I, 431.? OD 'a ï; .zizjlg Ÿ-ÊŸIW!
.i
gg. IMMOÆRT3ALJTÉ
z____ ?grue-depuis Peïlgiu.'juſqu'à Rome ; «mais
Chap. cun
XX'
ces ſectes n'ont jamais fait une légiſlation. Au
législateut nlajfaiiiî'entſieziidreiaquîil n'y a

çle peine8c dezrécompenſequeîdans cette vie; .


Le. légiſlateurſides" Juíſs,'a~u cſiontraire, a toujours
diîſiſi-épété iriculſiqiié îqu'e”Dieu ne punirait
les hommes que ide leur'vivant. Cetſiaïſteür,
qfflelctçpfil ſoiçzr .direóàrzDieu mêmezffl_flil;
'IQFëËFE-zÎÏ .îïîëïï- > ?ſiffle 4"- RW via-fe? 12'355
&tandis -quÊ-Aæ,19èùdFë-î.- aïëſ-Êelxïzzzïîïïſêxzâ
.TPQFÊÏNÊÊQÏHUE le SHÏEÎÏÊTQE di" "fflîffll/?zï,…>ſ-rv
Warp- @!4]²Ã²²,²'P’.;Pfl²‘."’.‘² "fi" T". Dífiv-TÊWPÏ
fiflſiexrzqjſëzric.arde 'YZÆIXS Regiſtre vie. 155F( 1.19.1]

»tuteurs-Law Pour. WEP zd-EËUÊYÏÏÊ- TAF-W'


ÎÆQÎÏQ/ÏSJ). ;ſi 22:'. :3 5-' .. .
… 3."ï f. . y.
" .óesipïaoa-.æ-vèä-IÊTJ 4111.1.6 lézſiääflêï’exïlſſidlÿëzïſſqïs!
SETRA .de .-1.4 plu” au HTÊWÇW 39” 'ÊFîMPMVËE
ñ ‘, JÊJÏÔWÏÏQ Un
Pfflïibfctfë_Ë) EÏËL . * , f .ïzfirxzliçi, .': zzli .. .

T,, . &ji-ora .ne rar-Zea par Xe-ër-cr-lnz ÆÃQËËÊFËP'


Ê?? WEÏLEHŸFÊ' la tarn-zz le -a-ÎËY-Îſaïl" ÆÆFÎËWÏËÊÏ
gguëiçgä #kite-Ti ïFFM genoux . 1342.15.11* 'ÆÆÎó-.ds-EÎÏÆÏÎMYÏE
FîſfjÎo-'Ërïniï X TËÛËCÏEJÏÎËFJIP‘Ÿ ;ieÎe
‘l *P j ÏSÏBPÎMFËËMÏTS 'ÉEPBÆÆQŸÆQHÛÆŸËÎWÎ SETE
?laſëzoss;aÿëæ.SHXPÎÏWHHEH-&PÊÛE ?ë-@PÆBÏÊFIPJÊFÉF
“î-"ïëëîà uſine. .Il IW rccommafidï pluſieurs fois
’-‘' D” E. L' À''M-'E.z” î . 99
'Ïexterminer , de maſſacrer toutes les nations . ---'
que .Dieu leur aura livrées ;ide dépargner ni ChapLig-ſſ
la' vieilleſſe, ni l'enfance, 'niz le ſexe; mais XXJ-'ñ—
pour l'immortalité de Patrie , èilïn'en parle ja- ''
mais;''ilÏnela ſuppoſe' mêmejartrais. 5-” '-145
Les philoſophes de'îtous les pays qui ont nié
cette imrnortalité-, .en ont donné desraiſoris,
telles qu'on peut les voir -dans le 'troiſièniëili-'
vre de Lucrèce; mais Tes-Juifs' ne' donnèrent'
jamais aucune .raiſom . S'ils nièrent-ïlliihmbri'.
tal'ité .de l'ame , ce fut 'ufiiquèmenrîpar' gm!!
'‘ fiéreté"& par ignorance ;H 'c'eſt parce' Ïqiie -lëèür
“légiſlateur .trè"s — greffier"- n'en' “ſavait 'ſ'iasï.Ïphi's'
quKeuxÎ-- Quand nos docteursſë ſont-this l
*les derniers tems à lirelesïrlivresî.lulfs' 'aitèô
.' quelquerattention, -ils ont été "effrayés-nèlä ’
-. voili: quéldansüles" livnesï-Ëaçtribués“,‘ä--ÏMoÏÈ '
' il \nîelt jamais queſtionïd.ïfflinevie future'. '- 'kli
flglrlbnrtbumés detoiíèîles ſens poîiſëtâähee
de. trouver dans' le--Pèntateuque cè'qul Êſÿdefi
^ pas… Ils ſe ſont îadreſſés- a Job comes.KTM? ;ou '
, ava'stí éc'citaune part-ie dtſ LPe'ntateUqÊèÊ-i' rtlâïi Anh"
Joli n'était pas Juif.. " Ifâutïéuï de.l'a parabole
‘²- de-sJobëçda-ítait 'rirèonteſtablémént unî AŸràbi
qui demeurait vers la .Çaldéeſ Sÿtljarl
qu'il. fait paraître; avçq,-Djcu. ſur la' ſcène p.
' G a
zoo LMMOR-TALITÊ.
.__...__ ſuffit pour prouver que l'auteur n'était poim
Chap( Juif. Le mot de Sathan ne ſe trouve dans
XX.. r aucun des. livres du Pentateuque, ni même.
dans .les Juges; ce .n'eſt''que dans le ſecond.
livre des Rois que lesJuifs nomment Sathan
pour- la première fois. ('*)
l D'ailleurs-ce n'eſt. qu'en inter-prêtant ridi-… .
culement leïlivre deJob, qu'on cherche à trou-.
Tiger .quelque idée' de, Ëlïixrimortalité de l'ame
dans cet. auteur' Ça'ldéen, qui écrivait très-long
tems avant-que les 'Juifs euffient écrit leur Ge--
Izèíèy zJqb- accablé de; ſes maladies , de ſa pau
VËÏIËD; encor plus des, impertinens diſcours
ÊS-ËŒÎÊ, 3.? de ſa femme, dit: (*) qu'il
!ÏPÔFG ſl guíriſbn z'. que fa peau lui .reviendra
grÿilïrauerra Dieu dansſa' chair ',' que. Dieu ſera
.Fm BËÃ-Fmpteur , que.” Rédempteurieffl vivant z
9K” ſÿïz-clévera un jour ;de la… pouſſhreſ fur t'a-î
flèlffflâil cſltoucbé. ll eſt clair que c'eſt un .max
hdXïſifllli\-dit qu'il guérira. ;Il faut être auäfi
-ï--ſ LŸPÏËTÂé que le ſont nosjCofnmentateurs pour
“"î-”-"ct' YPÏYÎCÏPÜS ce diſcours ;l'immortalité de'. Eam:
ëa-.l'avépement dcï.;Jéſi1s-.'Chriſt.. Cette an'.
PÊFÜQEÛEQ ſerait inconcevable ,- ſi 'cenùxaütres
. CËÏIÔËIX.
QR z..Œiiſſ_iig;
&a ;ſi î. . . ;—'f .. p.

:-Î’ l '0"
~ \ …lié -
‘ Ti '
Ïkx‘rtavagances
' 'de ces Meſſieurs ne".Pèrnpor- ,.__._,4‘
DuE'UAMEiſſ'

taient encor ſur celle-ci. . ' ' . Chap. '


‘ On a pouſſé le ridicule juſqu'à chercher XX*
dans des paſſages d'lſaïe 8c d'Ezéchiel 'cette
immortalité de l'ame dont ils n'0nt pas parlé
plus queJob. On a tordu un diſcours de
Jacob dans la Genèſe. Lorſque les déteſta
bles patriarches \ës”enfans ont vendu leur frè
re Joſeph 8c viennent lui dire qu'il a été dé- ' ſ
I
voré par des bêtes féroces , Jacob s'écrie; je " -'
*n'ai plus qu'à mourir ,J on me mettra dans la ' '
foſſe avec mon fils. Cette foſſe' diſent les
Calmet, eſt l'enſer, donc Jacob croyait à
l'enfer , 8c par conſéquent à l'immortaſité de
l'ame'. .Ainſi donc, pauvres Calmet! Jacob
voulait aller en enfer , voulait être damné",
parce qu'une bête avait mangé ſon fils. Eh
Paſdieüa c'était bien plutôt aux patriarche”
*frères de Joſeph, à être damnés, s'ils avaient
cru un enfer, les monſtres méritaient bien
cette punition. '
à Un auteur connu s'eeſt étonné qu'on voye
dans le Deuteronome une loi émanée de Dieu:
même touchant la manière dont un Juif doit
pouſſer \à ſelle, ( Clmp. XXÛII. v. I3- ) 5C
qu'on ne voye pas dans tout le Pentateuque
G Z
em IMMORTAÏLÂTÉ
.lſſ i". .un ſeulïmot concernant Pentendement humainj
Chap." 8: une autre vie. Sur quoi cet auteur s'écrire,
XX* Dieu avaihil plu: à sœur leur derriire que leur'
ame! . Nous ne voudrions pas avoir fait cette
zplaiſanterie. Mais certes elle a urrgrand,ſens :
-elle eſt une bien forte preuve que les Juifs
.ne pensèrent jamais qu'à leur corps.
. Notre. Warburton s'eſt épuiſé .à/ramaller . '
Mauvais
Îaiſonne- .dans ſon fatrasdé la .divine légation toutes les
ments de
warbur-
preuves 'que .l'auteur du Pentateuque n'a ja-
ton. . mais 'parlé d'une vie à. venir, 8c il n'a pas eu
;grande peine; mais -il en tire une ,plaiſante
.concluſion, digne d'un. eſprit auſſi faux
-queile; zſien.. ll imprime .en gros caractère ,
que la doctrine d'une vie à venir eſt neêeſlaireà
(toute lbciété. ,Que toute.; le: nation.: éclairée: ſe
.flmt accordée; à croire E5' à enſeigner cette doc
trinë; que. cette ſage' doctrine ne fait point par
tie dela. loi Moſaïque; Donc la lai moſaifque
divine. , .
Cette extrême” inconſéquence a fait rire tou
te l'Angleterre; nous nous ſommes moqués
de lui à l'envi dans pluſieurs écrits , 8c il a
ſi bien ſenti lui—même ſon ridicule, qu'il ne
s'eſt défendu que par les injures les plus groſ
. frères.
'DE L'AME.". frog
‘ WII' zèſtz vrai qu'il a raſſemblé dans .ſon livre _.......,
…plufiaeurs choſes curieuſes de l'antiquitë. 'CŸeà Chap. '
un priſes
ſes cloaquedans
où les
il .ruines
a. jerté de
des la,Grèce.
pierres précieuſi
Nous XX*

airrions' toujours à voir ces ruines; mais perſim


ne n'apro-uve l'uſige qu'en a fait Warburton
pour bâtir ſon ſyſtème -antiraiſonnable.

'—CHAP [TRE X.XI.


' 'Que Iaaitloiordonné
Juive e/Zdümmoler des bon,mes.
la ſeule dans ' . '~‘
l'univers
n
4

Es Juifs ne ſe ſont pas ſeulement. diſtin-.


gués des autres peuples par l'ignorancè z
.totale d'une vie. àvenir; mais c'e. qui les ea'
ractériſe &avantage , c'eſt qu'ils ſont. encór les
ſeuls dont la loi lait ordonné expreſſément de
\äcrifier des victimes humaines. 0- f3- ‘
'eſt le plus horrible effet deSſuperſtition:
qui ont inondé la terre, que Œimmoler.des
hommes à la divinité. Mais cette abomination
-eſt bien plus naturelle qu'on ne croit. Les
anciens actes de foi des Eſpagnols 8C des Por
.tugais 9 qui, graces au ciel 8c à de dignes mir
G42
I
7
I104. SACRÏFICES
1-..——.._. niſtkesjne ſe renouvellent plus, nos maſſacres
Chap. .d'Irlande, . la Saint. Bar'thelemi de France,
XXI' leszcroi,ſades des Papes contre les Empereur”
8c enſuite contre les peuples de la langue de
oc; toutes ces épouvantables effufions de
ſang humain ont—elles été autre choſe que
des victimes humaines offertes à Dieu par des .
inſenſés 8c des barbares?
ſi' On 'a 'cru dans tous les tems appaiſer les
Dieux par des offrandes, parce qu'0n Calme
ſouvent la colère des hom'mes en leur I faiſant
des .préſents , 6c que nous avons toujours fait
ÏDieu .à notre image.
Préſenter à Dieu le ſang de nos ennemis 9
,. tiiïn \ſefl plus ſimple; nous, les haïſſons ,
.nous nous imaginonsqque notre —Dieu protec
t_eur les hait auſſi. Le Pape Innocent III.
.crut donc faire une action très- pieuſe en of
frant le ſang des Albigeois à Jéſus -Chriſh
ll eſt auſſi ſimple d'offrir à nos Dieux ce
,que nous avons de plus précieux: 8c il eſt en
cQr plus naturelque les prêtres exigent de
tels ſacrifices, attendu qu'ils partagent tou
jours avecle ciel , 8c que leur part eſt la meil
leure. L'or 8c l'argent, les joyaux ſont tres
-Ptécieux , on en a toujours donné aux prêtres,
. -

x
é. ÎÏD* H. .O M .M"E's." i05- -‘
'Quoi de plus précieux que no'é .enfans, f'ur \ '
.
.tout quand i.ls ſont beaux ?" On a ?donc para Chap. '
tout dans quelques occaſions,. dans quelques XXL ‘
Calamitésr publiques, offert.ſea enfans aux prê-'-
‘ tres pour les immoler , 8c il fallait payer à ces
prêtres les frais de la cérémonie. On a pouſ
.,íé la fureur réligieuſe juſqu'à s'immoler ſoi-
même. . Mais toutes les fois que nous parlons
.'de nos ſuperſtitions ſanguinaires 8c abomina
bles, ne perdons point de vuë qu'il faut tou
jours excepter les Chinois chez leſquels on ne
'voit aucune tracé de ces iàcrifices. ſſ
Heureuſement .il n'eeſt pas prouvé que dans ËFÊÜHW
. . , . . y -\
Panuquite on art immolé des hommes reguhe- n…omPaz.
rement àcertain jour nommé , comme les Pa- ²°® °f- '
. . . fem mai!
plſtes ſont en immolant leur Dleu tous les ?mon
Dimanches; nous n'avons chez aucun peuple îîîëî'
aucune loi qui diſe, tel jour de la lune on
immolera une fille ,‘ tel autre jour un garçon.
Ou bien , quand vous aurez fait mille pri
ſonniers dans une bataille , vous en ſacrifierez
cent à votre Dieu protecteur. ''
Achille ſacrifie dans l'Iliade douze jeunes
'Troyens aux manes de Patrocle. Mais il n'eſt
point dit que cette horreur fût preſcrite par
la loi. ' '
R

106 SIA C 'R'I FI C'E S

P..——-—
.z Les. Carthag‘inois , les Egyptiens; les Grecs,
. chip;
les Romlzînn mêmes ont immolé des hommes;
XXL-j mais ces cérémonies ne ſontetablies par au
cune loi. du pays. . Vous ne' voyez ni dans
.les douze tables Romaines, ni dans les loix
de Licurgue, ni dans cellesde Solon , qu'on
tue' ſaintemene de: ſîcter E5. de: garçons avec
un couteau jim-é,- ces exécràbles 'dévotions ne
.paraiſſent établies que par l'oſage -, 8c ces cri
mes conſacrés ne ſe. commettent que très -ra
rement.
Loix iui- Le Pentateuque eſt le ſeul monument ancien
,ves ſan
guinaires. dans lequel on voye une loi expreſſe d'im—
moler des hommes; des commandemens ex
près de tuer au nom du Seigneur. Voici ces
loix.
1°. Ce qui aura été offert à Adonaï ne ſe
. rachetera point , il ſera mis à mort. Lévit. 27.
. C'eeſt ſelon cette horrible loi quïl eſt dit que
Jephté .égorgea \à propre fille E5") il lui fit
. comme il ſamir voué. Comment après un paſ
ſage ſi clair , ſi poſitif, trouve- t- on encor des
. barbouilleurs de papier qui oſent dire qu'il
ne s'agit ici que de virginité?
2°. Adonaï dit à Moîſe,vengez les en—
ſans d'Iſraël des Madianites. . . , Tucz. tous les
.D'.H.O M M—E.s.‘ .‘ 10.7
-

.mâles 'E5 .juſqu'aux enfant.. .Egorgez les fem- __._____


mer'qm' ont connu le coïrſi .r, .réſervez les pu- Chap.).
.ce/leon . .. ..ILe butin. de l'armée fut de \ſix cent XXL Ï
ſoixante 8z quinze mille brebis , ſoixante 8: p

douze mille bœuſs, ſoixante .Sc .on mille. â


.nes , trente. deux mille pucelles , qui étaient
dans le .camp rnadianite , .deſquelles pucel
.les trente -ldeuic ſeulement furent pour la
;part
8zc. dÎ-Adpnaÿi
Nambrer.( .cŸeſt
Chap.- à 3...J'ai
— dire, furent ſacrifiées
lû dans un ou

vrage_ intitulé des proportions , que le nom


.bre deS ânes n'était pas .en raiſon de celui des
.pucelles. . > 'J o* .
3°. ll paraît que les coutumes des Juifs
.étaient à peu près celles des peuples barbares
que nous avons trouvés dansle nord de l'A— .
mérique , Algonqains , Iroquois , Hurons qui
portaient en triomphe le crane 8c la chevelure
de leurgennemis tués. Le Deutéronome dit
.eiçpreſſégientzçÿapgzz v. 42. fenivrerai mes
ſtèches de leur ſang , mon épée dévorera
.leur chair; ôzgle ſang .deS.meurtris; on me
preſentera leurs têtes nuës.
4°. Preſque tous lesſçantiques Juifs que
nous récitons dévotement, (Sc quelle dévo-'
tion! ) .ne ſont remplis que .dîmprécations
/\'
/

'

'ſos s'ÏA on i F 1'c'E S


contre tous les peuples voiſine." .Il nleſt queſſi
Chap. tion que de tuer, Œexterminer , d'éventrer
XXI. les mères 8c d'écraſer les cervelleS-.des 'enfans
contre les pierres- , '
5°. Adonaï met le Roi d'Aran prince Ca
hanéen ſous' l'anathême, les Hébreux le tuent
6'z détruiſent 'ſon village. Nomb. 2l'.
6°. Adonaï dit encor expreſſément: exter
minez tous les habitans de Canaan. Si vous
ne voulez pas tuez-tous les habitons , je vous
firm' a' *vous ce que ſavais réſolu de [eur faire.
C'eeſt—à—dire, je vous tuerai vous-mêmes.
Nombres Chap. 34. v. S6. Cette loi eſt cu
rieuſe. L'auteur du Cbriflianiſme. dévoilé dit
que l'ame de Néron, celles d'Alexandre Vl.
8c de ſon fils Borgia pétries enſemble, n'au
raient jamais pu imaginer rien de plus abo
minable. ' '
7°. Vous les égorgerez tous , vous n'aurez
aucune
7. v. 2.compaſſion
' 'd'eux.
' ' Deuteronome
l Ch.

C'eſt là une petite partie' 'des loix don


nées par la bouche de Dieu-même l Gordon
.Pilluſtre auteur de ſimpa/hire ſacerdotale, dit
que \iles Juifs avaient con/nu des diables
qu'ils ne connurent 'qu'après leur captivité “a
.

D* H O M MTE S. m9"
B'abilone , ils n'auraient pas pu imputer 'â ''
'

ces êtres qu'on ſuppoſe ennemis du genre Chap.


humain des ordonnances plus diaboliques. XXI.
Les ordres donnés à Joſué 8c à ſes ſuc
ceſſeursme ſont pas moins barbares. Le mê-x
me auteur demande à quoi aboutiſſent toutes
.ces loix .qui feraient' frémir des' voleurs de
grand ;chemin Z -à cendre les Juifs preſque
toujours eſclaves. 'I'I l 1 x . '

Obſervdns 'ici . une choſesttès-importante.


Le DieU Juif [ordonne à ſon petit peuple de
tout tuer , vieillards , filles ,. enfans àla ma- .
melle , boeufs , vaches , moutons. En conſé
quence il promet à ce petit .peuple ?empire
du monde. .Et ce petit peùpóle eſtjeſclave ou
diſperſé !r Abubeker le ſecond califc écrit dé
la part de Dieuà Yéſidn- .Ne cunni vieil-L
lard.” m' fimme:, ni Oifam, ni'ànjmaux; ne
coupez; aucun arbre. Et. Abubekeï eſt le dœ.
minateur PAſie. ' .

.H.(a
Lao -. -Mïo 1s E
.

~ - < -4

Raÿſimzr de ceux qui prétendent que 'Huile ue


l peut avoir écrit le Pmtateuque.
.,,
~-.. H
.. xu- . 's.

Oici .les, preuves qdonzapporteque ſi


-.- .. MoïſeÏſiadexiſtéÏ, il'. n'a pu ſi écríœ les'li--

vres qu'on lui impute.


19.. Il eſt-îditzïſiqulil''-écrivitſile Décalogue
ſur adeux. tables. de-'. pierreſixzollaurait donc'
i auffi écritzcitnq gros-'volumesïſur desïpierres 5
ctîfiquiïétait .aſſez difficile dans- tin-déſert.
d..
- .E2‘?., lI .eſt dit quepJol'ué fit Îgraver ſur un
l autel deipkrresſbrptes. enduites de-lmortier

‘ Shuttle! Deutéronomefl? .CetteïïmanièreÏ d'écrire


uÊeí-ſit pas. faitegpour !aller à Ÿla. poſtérité.”
en gffiïMoliſeiue [pouvait pas disexqdil- était
an_ deçà ;du ,Jourdain -. quand\ &bt-tandem delàó
4°. ll ne pouvait parler des _villes qHÏYH-'ekió
ſtaiexit pas de ſon tems.
5°. ll ne pouvait donner des préceptes
pour la conduite dÊÏRoisÎ quand il n'y avait
point de Rois. ’
6°. ll ne pouvait citer le livre du droitu
Aiet-.qui
ï--4
fut écrit du tems des Rois. '
A-T-LL .É CRI T. ni
- ?7°. Il ne pouvait dire, en parlant dulRoi
.. ... . I
0g , eqçfon. voyait .ſon lit de fer,.puiſqu'il Chap; '
ſuppoſe que ce Roi 0g fut tué de.ſon tems. XXIL" 'y

. 8°; ll ne .pouvait ordonner à ſon peuple"


de payer un demi ſicle par .tête, ſelon [la me??
ſure du. ten,ple, puiſque.les Juifs n'en-Ã
-rentde temple que pluſieurs ſiècles après lui]
Mais le ;grand Neuton , le-ſizvant le Clercläd
pluſieurs autres; auteurs. célèbres a ont traitéſi
ſupérieurement cette matière, que nous mu;
girions d'en'parler”encor.' . . ſ53 ul. ' J.

Nous nïentrons point ici zdansïle détail.dei


Pïôdiges .épcwvaſàtables dont; on. rend Maille
témoíklsflëîlllflixîe… Milord Bolingbtoke relève
avec .uneextrênge .ſévéritéz ceux ‘ qui attribuent
- àx. MÛTÏÔLËEËDÏÂIÊQQQQŸ ;ôL-ifiuítoun.ceumqui
. ſont. chanter un long pqêm; Élu-CE jMoïſéſâgé
de quatrezyiizgæ-,ansx, Hixèſagtant .du fond' de
lanzerzxougezäzlëvantótroíxnxjlläons: de perſon- , .
nes.» J05ſqu'i.l.f4%llëit Hedi-M àlaurſubſiſtaiæceë
..I-ldlt,ſflfllfl. aux êzíçr aulſizfiræbäçille.äe auſi] düibadic;
Soteíſe l l
iæppudemz .cz-dune l'AÔMÏKÛÃPQËÏDËDÏËË' .apporter
e13; BËÊQYËPÊS écrits.Els Nlzzïſedpqæxæil.: lesu lut: à
*Lux .le . Peuple-:Juifi. CÏOË gréaiflémentzççrqui
=c *ÏÛEÏÈÔJÔ dnas; zdëæ.. ', ë"ffäeîoÿêzà da.. Saïd… ?g
5 ,le M139;de UÛFDÃHF Mimi CLÉ Wifllx-.matqliïsfi-Ã
'u2' .“ MO l S'.E. . ‘
eſt' en queſtion. Celui qui les écrivit 'ou "fix
Chap; ' ou ſept cent ans après lui put ſans doute dire
XXH-. que Moïſe avait Elû (on ouvrage aux trois;
millions de Juifs aſſemblés dans le déſert.
Cette circonfiancéffiétait pas plus difficile à
Ïmaginer que les autres. Milord ajoute que '
lespuérilités d'Abadie 8c de les conſorts, ne
ſhutiendront Dpas'cet' édifice monſtrueux ' qui
croule de toutes -parts 8c qui-retombe ſur leur
tête. P ç ‘ ' ' ‘
Une foule &écrivains indignes .de toutes ces.
impóſtures, 'les combat encortous les jours: ils
démontreht- qu'il.. n'y a pas une ſeule page
'dans la' Bible q'ui' ne ſoit une l'auteoùflcontè
la géographimz ou contre la-Cronologie-l, ou
tonne .toutes .lesloix -dezla nature , .c'ontre cel;
les" de l'hiſtoire, contre le ſenscommuny con
tre ?honneur ,ïla pudeur 5c la ptobité. ,Pluſieurs
. Philoſophes .empdttéë ‘Par leurÏ-ièlèï ont: cou
vert dbpprobreS ceuzè-quiîſoutiennc-nt encor
. :Di, 714Z ces' vieillesâfŸrè'éll'îslíÏz-'Noùs dap"rouvdns 'pas un
-'-"IJ-U I
zèleJ.amerç-Whom' 'condamnons les ' iflvectivesí
dans* un 'ſi'rjet-qui-ne mérite que ilaŸ pi-tié- 8d les.
lamwesñMaisinous -ſommes- forcés-dde convenir'
que 'leurs raiſons .méritenlglkxamçp ÏÊPÏPS ſé
. Nous,né voulons' examiner-gueuler vé-
rite
'A-T-'l.L EC-RLT.” 11;;
atroces
rité, &z que
nouslescomptons
deux partis
pour
vomiſſent
rien lesl'un
injures
con- Chap.
x

tre l'autre depuis ſi longtems. ' . XXII'

.ÔHAPITRE .XXIIL'

Si 'Moi/Z a èxiffll.

N Ous avons parmi nous une ſecte allez


connue , qu'on appelle les Freethinkersî,
les Francs - penſants , beaucoup plus étenduë
que celle des Francs -maçons. Nous comp
tons pour les principaux chefs de cette ſec
te , milord Herbert, les chevaliers Raleig 8c
Sidney, mylord Shaſtsburi, le ſage Loke
modéré juſqu'à la timidité , le grand Neuton,
'qui nia ſi hardiment la.Divinité de Jeſuse
Chriſt, les Colins , les Toland', les Tindal,
les Trenchard , les Gordon, leS.Wolſton ,
'les Wolaſton , 8c ſurtout le célèbre mylord
.Bolingbroke Pluſieurs d'entre eux ont pouſſé
l'eſprit d'examen 8c de critique juſqu'à. douter
de l'exiſteuce de Moïſe. Il faut de'duire avec
.impartialité les raiſons de ces doutes.
Si Moïſe avait été un perſonnage tel que
, H
Il] a M.O I S E
Salomon; à qui l'on a ſeulement attribué des
Chap… livres qu'il n'a point écrits , des tréſors qu'il
*XUL n'a pu poſſéder, 8c un ſérail beaucoup trop am-,
ple pour un petit Roi de Judée, .on ne ſe
rait pas en droit de nier qu'un tel'homme a
exiíié :'. car .on peut fort bien n'être pas l'au
teur du Cantique des' .Can't-iques., ne pas poſ
ſéder un milliard de livres ſterling dans ſes
coffres', n'avoir pas ſept cent épouſes 8z trois
:cent maîtreſſes , &Z cependant être un Roitrès
‘ fco‘niitifles nations. .
'” iFlavien,,Joÿph nous apprend que .des au
ſiteurs'"-ſ'zï'riens contemporains de Salomon ſont
Ïnctention de ce Roi dans les archives de Tyr.
;Il ſinſſ-"Ã .rien là qui répugne à. la raiſon. Ni
'"15 naiſſance.de Salomon.fils d'un. double 'adul—
îtër'eſni ſa vie , ni ſa mort , n'ont rien de ce
merveilleux qui étonne' la nature 8c qui inil
'ſpire l'incrédulité.
RMN! Mais ſi tout eſt d'un merveilleux de Ro,
touſſe man dans la vie d'un homme , depuis ſa naiſ
ÏÏÈËËW lance juſqu'à ſa mort, alors il faut des pren.
Igjſg; ves plus claires que le jour; il faut le témoi
' gnage des contemporains les plus irréprocha
bles; ce n'eſt pas aſſez que , mille ans après
"wii un prêtre ait trouve' dans un-cgffre en
'x-T-i L' E X rs T É? 1.;
comptant de l'argent un livre concernant ceſt
.— ., q
homme , 8e qu'il l'ait envoyé par un commis Chap.
à un petit Roi. l . XXIII.
Si aujourd'hui un évêque Ruſſe envoyait
du fonds de la 'Tartarie à'l'lmpératrice un li— '
vre compoſé par le Scythe Abaris , qu'il au#
rait trouvé .dans une ſacriſtie ou dans un
vieux coffre , il n'y a pas d'apparence que
.cette Princeſſe eût grande foi à un pareil ou#
vrage. L'auteur de ce livre au'rait beau aſîſ
ſurer qu'Abaris avait couru le mondeà che-l
val ſur une ſtêche ; que cette ſtêche efi pré-z
.ciſément celle dont Apollon ſe ſervit pour
tuer les Ciclopes; qu'Apollon cacha cette
.flêche auprès de Moſcou, que les vents en
firent préſent au'Tartare Abaris y grand.poète.
8z grand ſorcier , lequel fit un taliſman avec les
0s de Pelops. Il eſt certain que 1a cour die
Pétersboug n'en croirait' riendU tout au
jourd'hui ,mais les peuples de Caſau,-&c d'Ali.
tracan auraient pû le croire il' yfiadeux.ou
'trois ſiècles. . :' m ‘.. ' ?Ul ; \ ' .
La même. choſe arriverait au Roidè. Dani
nernark 8c à toutezſa cour, ſi on luizapporä
.qtait un livre écrit ïparîle- Dieu. Odin": On
sïnformerait ſoigneuſement ſi quelques. auteurs
H z
!ré M0 \SE

.5
Allemands ou Suédois ont connu cet Odin &'
Chap. \à famille , 8c s'il ont parlé de lui en termes
XXIII. honnêtes. _
Bien plus, ſi ſes contemporains ne parlaient
que desmiracles d'Odin, ſi Odin n'avait ja
mais rien fait que de ſurnaturel, il courrait
grand riſque d'être décrédité à la cour de
Dannemark. On n'y ſerait pas plus de cas
de lUi que nous en faiſons de Yeríchanteur
Merlin. '
. Moïſe ſemble être préciſément dans ce cas
aux yeux de ceux qui ne ſe rendent qu'à
?l'évidence Aucun auteur Egyptien ou Phé
Înicien ne parla de Moïſe dans les anciens
items. a Le Caldéen Béroſe n'en dit mot: car
-.s'il enÏavait fait mention, les père? de l'E
'gliſer.Lcomme nous l'avons. déja remarqué ſur
Sanchoniaton) auraient tous triomphe de ce
Témoignage. Flavien Joſeph , qui veut faire
.Valbirffl.ce ÎMoïſè, (quoiqu'il doute de tous
Éſesymiracles. )Â'ce Joſeph a .cherché ' par tout
quelques témoignages concernant lesactíons
de-TMoïſe , il n'en .a pu troû'venaucun. Il
nbl'iæpas dire que Béroſe , .né ſous Alexandre ,
ait rapporté un' ſeul des faits qu'on attribue
à Moïſe. . ' '
A-T-IL EXISTÉ. 117
Il trouve enfin un Chérémon d'Alexandrie, ____4
qui vivait du tems d'Auguſte environ quinze Chap.
ou ſeize cent ans après Pépoque où l'on place XXI-u* .
Moiſe; 8z cet auteur ne dit autre choſe de
Moïſe, ſinon qu'il fut chaſſé d'Egypte.
Il va conſulter le livre d'un autre Egyptien
plus ancien nommé Manethon. Celui-là vi-‘
vait ſous Ptolomée Èhiladelphe , trois cent.
ans avant notre ère, 8c déjà les Egyptiens
abandonnaient leur langue barbare pour la
belle langue Grecque. C'était en Grec que
Manethon écrivit; il était plus près de Moiſe
que Çhérémon de plus de trois cent années;
Joſeph ne trouve pas mieux ſon compte avec
lui. Manethon dit qu'il y eut autrefois un
prêtre d'Héliopolis nommé Oiàrſiph qui prit -‘
le nom de Moïſe &z qui s'enfuit avec des
lépreux.
.Il ſe pouvait très-bien faire que les Juifs '
ayant parlé ſi longtems de leur Moïſe à tous
leurs voiſins , le bruit en fût venu àla fin à quel
ques écrivains &Egypte; 8c de là aux Grecs
8c aux Romains. Strabon, Diodore &Tacite
. n'en diſent que très-peu de mots; encor ſont
ils vagues , très-confus ,. très-contraires à .tout
, .
ce que les Juifs ont écrit. Ce ne (ont pas
H3
118 M Ô I S E
là des témoignages. Si quelque auteur fran;
Chap. çais s'aviſait de faire mention aujourd'hui de
XXIII notre Merlin , cela ne prouverait pas que
Merlin paſſa ſa vie à faire des prodiges.
Chaque nation a voulu avoir des fonda
teurs, des législareurs illuſtres; nos voiſins
les Français ont imaginé un Francus qu'ils
ont dit fils d'Hector. Les Suédois ſont bien
ſûrs que Magog fils de Japhet leur donna
des loix immédiatement après le déluge. Un
autre fils de Japhet nommé Tubal fut le lé
gislateur de l'Eſpagne. Joſeph l'appelle Tho
bel , ce qui doit augmenter encor notre reſ
pect pour la véracité de cet hiſtorien Juif.
Toutes les nations de l'antiquité ie forgé
.tent des. origines encor plus extravagantes.
.Cette paſſion de ſurpaſſer ſes voiſins en chi
mères alla fi loin que les peuples de la Mé
ſopotamie ſe vantaient d'avoir eu pour légis
.lateur le poiſſon Oannès qui ſortait de. l'Eu
phrate deux fois par jour pour venir les
prêcher.
Moïſe pourait bien ' être un législateur auſſi
fantaſtirlue que ce poiſſon. Un homme qui
change ſa baguette en ſerpent 8c le ſerpent
en baguette, qui change l'eau en làng.ôc,lï
-

TÀ-Td L Ex I-S TÊ. 'x19


ſing en .eau, qui paſſe la mer à ñpied ſec ______.
avec trois millions d'hommes , un homme Chap. .
enfin dans les prétendus écrits duquel une
âneſſe parle, vaut bien un poiſſon qui prês \
I . -

che.
Ce ſont là les raiſons ſur leſquelles ſe ſon;
dent ceux qui doutent que Moiſe ait exiſté.
Mais on leur fait une réponſe qui ſemble être auſi
fi forte, peubêtre, que leur objections. C'eſt que
les ennemis des Juifs n'en ont jamais douté.. K
4~
CHA P ITRE XXIV,
D'une 'vie de Moïſe trè: - curieuſe ., écrite Par les
Juif: aprés la captivité. ' —

Es Juifs avaient une telle paſſion pour


le merveilleux que lorſque leurs vain
-queurs leur permirent de retourner à Jéru
ſalem, ils s'avisèrent de compoſer une hiſtoire
de Moïſe encor plus fabuleuſe que celle qui .
a obtenu le titre de canonique. Nous en
avons un fragment aſſez conſidérable traduit
“par le ſavant Gilbert Gaumin, dédié au Car
dinal de Bérule.. .Voici les principales aven-.
H 'i
ua- .' VIE Da *Y
. tures rapportées dans ce fragment auſſi ſins.z
Chap, gulier que peu connu: ,
XXIV- Cent trente ans après Pétabliſſement des -ï
Juifs . en Egypte 8e ſoixante ans après la
mort du patriarche Joſeph, le Pharaon eut
un ſonge .en dormant. Un vieillard tenait
une balance; dans l'un des baſſins étaient
tous les habitans de ?Egypte , dans l'autre
. était un petit enfant, 8c cet enfant peſait plus
que tous les Egyptiens enſemble. Le Pha- .
raon' appelle auſſi , tôt ſes Shotjm, ſes ſages.
L'un des ſages lui dit'. O Roi! cet enfant
eſt un ,Juif .qui fera un jour bien du mal à
votre royaume. Faites tuer tous les enfans
des Juifs , vous ſauverez par là votre empire,
ſi pourtant on peut s'oppoſer aux ordres du
deſtin.
Ce conſeil plût à Pharaon , il fit venir les
'ſages-Femmes 8c leur ordonna d'étrangler tous
les mâles dont les Juives accoucheraient . . .
ïIl'Y avait en Egypte un homme nommé A
braham fils de Keath, mari de Jocabed ſœur
de ſon frère. Cette Jocabed lui donna une
fille nommée Marie qui ſignifie perſecutée,
parce que les Egyptiens deſcendans de Gham
- perſécutaient les lſraëlites. Jocabed accoucha
'MOlSE. r2!
enſuite d'Aaron , qui ſignifie condamné à
mort, parce que le Pharaon avait condamné Chap. Î
à mort tous les enfans Juifs. Aaron 8c Ma- XXIV
rie furent préſervés par les anges du Seigneur
qui les nourirent aux champs 8c qui les ren
dirent à leurs parens quand ils furent dans
l'adoleſcence.
Enfin Jocabed eut un troiſième enfant: ce
fut Moïſe (qui par conſéquent avait quinze
ans de moins que ſon frère Il fut expoſé
ſur le Nil. La fille du Pharaon le rencon
tra en ſe baignant , le fit nourrir 8c l'adopta
pour ſon fils quoiqu'elle ne fût point mariée.
Trois ans après, ſon pèrele Pharaon prit
unectnouvelle femme; il fit un grand feſiin',.

ſa femme était à la droite , ſa fille était à \à


gauche avec le petit Moiſe. L'enfant en ſe
jouant lui prit ſa couronne 8c la mit ſur ſ1
tête. Balaam le magicien , eunuque du Roi, ſe
reſſouvint alors du ſonge de ſa Majeſté. Voi
là, dit—il , cet enfant qui doit un jour vous
faire tant de mal; l'eſprit de Dieu eſt en
lui. Ce qu'il vient de faire eſt une preuve
qu'il a déja un deſſein formel de vous dé
trôner. Il faut le faire périr ſur le champ.
Cette idée plùt beaucoup au Pharaon.
u: V l E' D E
. On allait tuer le petit Moïſe , lorſque Dieu
Chap. envoya ſur le champ ſon ange Gabriel dégui
XXÏV- ſé en officier du Pharaon, 8c qui lui dit ï
Seigneur,, il ne faut pas faire mourir un enz
fant innocent qui n'a pas encor l'âge de diſî
crétion; il n'a mis votre couronne ſur ſa tête
que parce qu'il manque de jugement. Il
n'y a qu'à lui préſenter un rubis 8c un char
bon ardent; t'il choiſit le charbon, il eſt
clair que c'eſt un imbécille qui ne ſera pas
dangereux; mais s'il prend le rubis, c'eſt
ſigne qu'il y entend fineſſe, 8c alors il faut
le tuer.
Auſſi-tôt on apporte un rubis 8: un char
bon; Moïſe ne manque pas de prendre le
rubis; mais l'ange Gabriel par un léger de
main , gliſſe le charbon à la place de la pier
re précieuſe. Moïſe mit le charbon dans ſa
' .bouche , 8c (è brula la langue ſi horrible- x
ment qu'il en reſta bègue toute ſa vie; 8a
c'eſt la raiſon' pour laquelle le législateur des
Juifs ne put jamais articuler.
Moïſe avait quinze ans 8c était favori du
Pharaon. Un Hébreu vint ſe plaindre à lui
de ce qu'un Egyptien l'avait battu après avoir
couché avec ſa femmes Moïſe tua PEgY-z
MOlSE. r2;
\
ptien. Le Pharaon ordonna qu'on cpupât la _____.,,
tête à Moiſe. Le boureau le frappa; mais Chap.
Dieu changea ſur le champ le c—ou de Moï- xxl.VJ
ſe en colomne de marbre; 8c envoya l'ange
Michel qui en trois jours de tems conduiſit
\
Moïſe hors des frontières..
Le jeune Hébreu ſe réfugia auprès de Mé
cano Roi d'Ethiopie qui était en guerre avec
les Arabes. Mécano le fit ſon Général d'armée,
8c après la mort de Mécano Moiſe fut élu Roi
&T épouſa la veuve. Mais Moïſe , honteux d'é
pouſer la femme de ſon Seigneur, Naſa-jouir
d'elle, 8c mit une épée dans le lit entre lui 8c
la reine. Il demeura quarante ans avec elle ſans
la toucher. 'La reine irritée convoqua enfin les
états du royaume d'Ethiopie , ſe plaignit de ce
que Moïſe ne lui faiſait rien , 8c conclut à le
cbafler 8c à mettre ſur le trône le fils du feu Roi.
Moïſe s'enſuit dans le pays de Madian
chez le prêtre Jéthro. Ce prêtre crut que
ſa fortune était faite s'il remettait Moïſe
entre les mains du Pharaon &Egypte , 8C
il commença par le \faire mettre dans un
cu de baſſe-foſſe, où il fut réduit au pain -
8c à l'eau. Moïſe engraiſſa à vue d'œil dans /'-

ſim cachet. . Jéthro en ſurtout étonné. Il ne


124 vi E D E'
ſavait pas que ſa fille .Séphora était devenue
Chap. amoureuſe du priſonnier 8z lui portait elle- .
XXIV-' même des' perdrix 8c des cailles avec d'excel
lent vin. ll conclut que Dieu protégeait
Moïſe &z ne le livra point au Pharaon. '
Cependant le bon homme Jéthro voulut
marier \à fille; il avait dans ſon jardin un ar
bre de Saphirſur lequel était gravé le nom
de Jaho ou Jéhova. Il fit publier dans tout
le pays qu'il donnerait ſa fille à celui qui pour
rait arracher l'arbre de Saphir. Les amans
- de Sephora ſe préſentèrent, aucun d'eux ne
put ſeulement faire pencher l'arbre. Moïſe
qui n'avait que ſoixante 8c dix-ſept ans l'arrache
l. tout d'un coup ſans effort. Il épouſa Sépho
ra dont( il eut bientôt un beau garçon nommé
Gerſon.
Un jour en ſe promenant il rencontra Dieu
dans un buiſſon , qui lui ordonna d'aller faire
des miracles à la cour du Pharaon: il par
tit avec ſa femme 8c ſon fils. lls rencontré
rent chemin fauſant un Ange qu'on ne nom
me pas, qui ordonna à Sephora de'circon
cire le petit Gerion avec un couteau de pier
re. Dieu envoya Aaron ſur la route; mais
Aaron trouva fort mauvais que ſon frère eût
M o 1's E. 125
épouſé une Madianite, il la traita de putain
8c le petit Gerſon de bâtard; il les renvoya Chap.
dans leur pays par le plus court. XXlV
Aaron 8c Moiſe s'en allèrent donc tout
ſeuls dans le palais du Pharaon. La porte l
du palais était gardée par deux lions d'une l

grandeur énorme. Balaam l'un des magi


ciens du Roi voyant venir. les deux frères
lâcha' ſur eux les deux lions; mais Mo'i‘ſe les
toucha de \à verge, 8z les deux lions hum
blement proſternés léchèrent les pieds &Aaron
8c de Moïſe. Le Roi tout étonné ſit venir
les deux pèlerins devant tous ſes magiciens.
Ce fut à qui ferait le plus' de miracles.
L'auteur raconte ici les dix playes d'Egypte
à peu près comme elles ſont rapportées dans
l'Exode. ll ajoute ſeulement que Moïſe cou
'v'rit toute l'Egypte de poux juſqu'à la hauteur
d'une coudée , 8c qu'il… envoya chez tous les
Egyptiens des lions, "des loups, des ours,
des tigres , qui entraient dans toutes les mai—
ſons , quoique les portes fuſſent fermées aux
verroux, 8c qui .mangïeaient tous les 'petits
enfans. ' ' "
Ce ne fut point, ſelon cet auteur, ' les.
Juifs qui ?enſuirentpar la- mer rouge, ce
"x26 MORT 'DE
. flat le Pharaon qui s'enfuit par ce chemin avec
Chap. ſon armée; les Juifs coururenr après lui, les
XXIV. eaux ſe ſéparèrent à droite 8: à gauche pour
les voir combattre; tous les Egyptiens, excep
té le Roi, furent tués ſur le lable. Alors ce
- Roi voyant bien qu'il avait affaire à forte par
tie, demanda pardon à Dieu. Michaël 8:
Gabriel furent envoyés vers lui; ils le tranſ
e portèrent dans la ville de Ninive où il régna
quatre cent ans.
Que l'on compare ce récit avec celui de
‘l'Exode, 8c que l'on donne la preference à
.celui qu'on voudra choiſir; pout-.xnoi je ne
ſuis pas aſſez ſavant pour en juger. Je convien
F. drai ſeulement que l'un &c l'autre ſont dans
: le genre merveilleux.
.
.

c HA E ILÏTR XXV.
' Delta ſmart. de Moiſe.

Ütre cette- vie de Moïſe nous avons deux


rélations de ſa mort , non moins admi
.- fables. Il y a dans 1a- première une longue
converſation. de Moïſe avec Dieu dans Ia~
M O' I 'S E. ' ' 'x27
quelle Dieu lui annonce qu'il n'a plus que
trois heures à vivre. Le mauvais ange 5a- Chap.
'maël aſſiſtait à la converſation. Dès que la XXV?
première heure fut paſſée , il .ſe mit à rire de
ce qu'il allait bientôt s'emparer de l'ame de
Moïſe, 8c Michaël ſe mit à pleurer. Ne te
réjouis pas tant, méchante bête, dit le bon
ange au mauvais., Moïſe va mourir, mais
nous avons Joſué à ſa place.
Quand les trois heures furent paſſées Dieu
commanda à' Gabriel de prendre l'ame du
mourant. Gabriel s'en excuſa, Michaël auſii-'
Dieu refuſé par ces deux anges s'adreſſe à
Zinguiel. Celui-ci ne voulut pas plus obéir
que les autres; c'eſt moi , dit-il, qui ai été
autrefois ſon précepteur , je ne tuerai pas mon
diſciple. ' Alors Dieu ſe fâchant dit au mau
vais Ange Samaël , . Eh bien , méchant ,
prends donc ſon ame. Samaël plein de joye
tire ſon épée 8c court ſur Moïſe. Le mou—
rant ſe lève en colère, 1es yeux étincelans;
comment , coquin , lui dit Moïſe , oſerais — tu
bien me tuerz' rñoi qui étant enfant ai mis la
couronne d'un Pharaon ſur ma tête; qui ait fait
des miracles à l'âge de quatre-vingt ans; qui '
ai . conduit hors d'Egypte ſoixante millions
l

':28 MORT D E
m
d'hommes; qui ai .coupé la' mer rouge en
Chap. douze; qui ai vaincu deux Rois ſi grands
XXV. que du tems du déluge, l'eau ne leur venait
qu'à mi- jambe P' Va -.t- en , maraut , ſors
.de devant moi tout - à — l'heure.
Cette altercation dura encor quelques mo
mens. Gabriel pendant ce tems-là prépara
'un brancard pour tranſporter l'ame de Moiſe;
Michaël un manteau de pourpre; Zinguiel
!une ſoutane. Dieu. lui mit les deux mains
;ſur la poitrine 8c emporta ſon ame.
C'eſt à cette hiſtoire que l'apôtre ſaint Ju
.Jde fait alluſion dans ſonnEpitre, lorſqu'il dit
que l'archange Michaël dilputa le.corps de
'Moïſe. au Diable. Comme ce fait ne ſe
trouve que dans l-e livre que je viens de ci
ter , il eſt évident que St. Jude l'avait lû,
-Bt qu'il le regardait comme un livre cano
nique.
La ſeconde hiſtoire de la mort de Moïſe
.eſt encor une converſation avec Dieu. Elle
n'eſt pas moins plaiſante 6c moins curieuſe
que l'autre. Voici quelquës traits de ce dia
dogue.
Moïſe. Je vous prie, Seigneur, de me laiſ
íèr
MOlSE. x29
ier entrer dans ln terre promiſe , au moins pour .
deux ou trois ans. . Chai”
Dieu. Non, mon décret porte que tu n'y XXV
entreras pas.
Moiſe. Que du moins on m'y porte après
ma mort. '
Dieu. Non , ni 'mort ni vif.
Ivloijë, .Hélasl bon Dieu, vous êtes ſi clé
ment envers vos créatures , vous leur pardon
nez deux ou trois fois , je n'ai fait qu'un pé
ché 8c vous ne me pardonnez pas! '
. Dieu. Tu ne iàiS ce queîltu dis, tu an
commis ſix péchés….- Je me ſouviens d'a
voir juré ta mort ou la perte d'Iſraël; il faut
. qu'un de ces deux ſermens s'accompliſſe. Si
tu veux vivre , Iſraël périra.
Moiſe. Seigneur, il y a là trop d'adreſſe,
vous tenez la corde par les deux. bouts. Que
Moïſe périſſe plutôt qu'une ſeule ame d'il?
raël. . .
Après pluſieurs diſcours de la ſorte, l'écho
de la montagne dit à Moiſe,. tu n'as plus
que cinq heures à vivre. Au bout des 'cinq‘
.heures , Dieu envo'y-'a chercher Gabriel,
Zuingiel 8c Samaël. Dieu promit à Moïſe .
de Pentel-rer 8c emporta ſon ame.
I
&za BACCHUS.‘
;- -.To'us ces contes ne ſont pas plus extraorñ'
Chap. dinaires que l'hiſtoire de Moïſe ne l'eſt dans
XXV-. le Pentateuque. .Ceſt au Lecteur d'en jugera
.

CHAPITRÉ XXVI;
.Si l'hiſtoire de Bacchus Sfl tirée de celle
:le Moïſe.

Ous avons déjà remarqué une prodſi.


gieuſe .reſſemblance entre ce que l'anti
quité nous dit de Moïſe 8c ce qu'elle dit de
Bacchus. 'Ils ont le même nom, ils ont ha
bité 'la même contrée , ils ont fait les mêmes
miracles, .ils ont écrit leurs loix ſur la pierre ,
qui des deux eſt Poriginal? Qui des deux
eſtj-la copie? -Ce qui eſt trèsœertain', c'eſt
que Bacchus était connu de preſque toute la
terre avant'qu'aucune nation , excepté la Jui
ve, eût jamais entendu parler de Moïſe. Au
cun auteur Grec n'a cite' les écrits qu'on attri-
bue à ce Juif, avant le rhéteur Longin qui vi
vait dans notre troiſième ſiècle. Les Grecs ne
\avaient pas ſeulement iſi les Juifs avaient des

livres. Ubiſtorien Joſeph avoue dans le qua-.


MOISE. :gr
ttième chapitre de ſa réponſe à Appion, que .._._...—i
les Juifs n'avaient aucun commerce avec les au Chap.
tres peuples. Le pay: que nous habitons, dit-.il , XXVI.
eſt éloigné de la mer ,' nou: ne nou: appliquant
poin: au commerce , nou: ne communiquantpoint
:mec les autre: nations. Et enſuite , 'I' a— t-il
donc ſujet de .Fítanncr que notre nation babi
tant ſi loin de la mer', E5 affèctant de ne rien
rtrire, elle ait été ſi peu connue .7
Rien n'eſt plus poſitif que ce paſſage. Les.
myſtères de Bacchus étaient déjà célèbrés en
Grèce; 8c l'Aſie les connaiſſait avant qu'au—
cun peuple eût entendu parler du Moïſe Hé
breuà Il eſt' ſi naturel qu'une petite nation
barbare inconnue imite les fables d'une gran
de nation civiliſée 8c illuſtre , il y en a tant
d'exemples que cette ſeule réſtexion ſuffirait
pour faire perdre le procès aux Juifs. En
fait de fab/les comme \en fait de toute inz
vention, il paraît que les plus anciennes ont
ſervi de modèle aux autres. La légende
dorée eſt remplie de toutes les fables de
l'ancienne Grèce ſous des noms de chrétiens.
On y trouve l'hiſtoire d'Hipolite 8c celle
d'Oedipe toute entière. ll y a un ſaint à
qui un cerf prédit qu'il tuëra ſon père 8c
l
I 2
:32
l
BACCHUSÛ'
, . qu'il coucheïa avec ſa mère. La prédiction.
Chap. -du cerf eſt accomplie , le ſaint fait pénitence.
XXVI- 8c eſt dans le matirologe. Les hommes ai
' ' ment tant les fables , que quand ils ne peu
vent en inventer, ils en copient.
Nous ne faiſons ces réflexions que pour
nous tenir en garde contre l'eſprit romaneſ
que de l'antiquité , eſprit qui s'eſt perpétué
trop l-ongtems.

CHAPITRE XXVII.
De la Coſmogonie attribuée' à Moifl- E9'
de ſim Déluge.

Dieu eſt ' l 'Oute la religion Juive étant Fondée ſur


ſuppocſlé. la création de l'homme , ſur la forma
Îévctſſiſſo: tion de la femme tirée d'une côte d'Adam ,
nèſe pour ſur les ordres exprès de Dieu donnés à cet
route la
"ne, 5( Adam 8c à ſa femme, ſur la tranſgreſſion
‘°“‘² Il? de 'œs dêUX' premières créatures trompées par
\CFTC I- .
9mm_ un ſerpent quiparlait 8c qui marchait ſur ſes
pieds 6Ce.; Moïſe ayant appris toutes ces
choſes de la bouche de Dieu- même, Moïſe
les ayant écrites au nom de Dieu pour être
D E L ;J G E. 'ſ37
*un monument éternel au genre humain , ________z
comment ſe pouvait-iÿfaire qu'il fût défendu Chap..
' chez les Juifs de .lire la Genèſe avant l'âge de XXV”
vingt-cinq ans? Etait-ce parce que le San
hédrin craignait qu'on ne s'en moquât à vingt' .
ou à dix-huit? Si la lecture de la Genèſe
[èandaliſàit, plus on avance en âge, plus ellſié
' doit ſcandaliſcr. Si on refiaccte le législateut
'pourquoi défendre de lire ſa loi? '' q
Si Dieu eſt le père dc tousales hommes',
pourquoi'leur création 8c leurs premières-ac
tions écrites par Dieu-même, ont-elles été
'ignorées par tous les hommes? Pourquoi
Moïſe en ſut — il ſeul inſtruit au bout de
deux mille cinq cent ans dans un déſert ?l
D'où vient, par exemple, que du tems Adamffl;
d'Auguſte.il ne ſe trouve pas un ſeul hiſtorien , T”
1m ſeul poëte, un ſeul ſavant qui connaiſſe .Noé &c;
les noms d'Adam , d'Eve, d'Abe1 , de Cain 2
de Mathuſalem,de Noé SEQ? Chaque nation "WWF ,
'avait \à 'coſmogonie. II n'y en a pas une coma..
ſeule qui reſſemble à celle des Juifs. .Cet- '
tainement ni les Indiens, .ni les Scythes , ni
. les Perſes, ni les Egyptiens , ni les iGrecs , ni
les Romains , ne comptaient leurs années, ni .
depuis Adam , ni depuis Noé , ni depuis
a I ï
'i34. DELU GE.
ſi-d-d-.-c
Abraham. Il ſhut avouer que les Varron 8E
l Chap.
les Pline .tiraient étrangement, s'ils pouvaient
XXvII. voir aujourd'hui ‘nos almanachs, .Sc tous nos
beaux livres de cronologie. Abel mo” l'an
130. mort d'Adam l'an 930. Déluge ,mivenſel
en MSG. . . . Noé fort de l'arche en 16 57.. ôzc.
Cet étonnant uſage dans lequel nous donnons
tous tête baiſſée n'eſt pas ſeulement remarqué.
'Ces calculs ſe trouvent à la tête de tous les
al,rnanachs 'de l'Europe, 8c perſonne ne fait
réflexion que tout cela eſt encore ignoré de
fout . le re'ſte de la terre.
'Suppoſons que Sanchoniaton ait écrit du
'ftems même où Fon place Moïſe , quoique
certainement il ait éerit longtems auparavant,
comment fepeut-il faire que Sanchoniaton
n'ait 'parlé ni d'Adam, ni de Noé, ni du
Déluge 'univerſel P. Pourquoi ce prodigieux
zr
événement, qui réduiſait la terre entière à
une ſeule famille , a-t-il été abſolument
Diffêren- ignoré dans toute l'antiquité ? Il y a eu des
tes inon inondations , ſans doute; des contrées ont .
daiions ,
réelles été ſubmergées par la. fner. Le Déluge de
ſources
delafable Deucalion 8c &Ogigès ſont aſſez connus.
a du Déhv Platon dit que l'ile Atlannde fut autrefois
ge &Illl

.veneL
l'ubmergée. Que ce ſoit une fable ou une

l
D E L‘U G ſi);
Vérité, il n'importe; perſonne n'a jamais dou- _.54
té que pluſieurs parties de notre globe n'aient ChapJ. -
ſouffert de grandes révolutions; mais le Dé- 1x7":
luge univerſel tel qu'orl le raconte, eſt phiſi
quement impoſſible. Ni Thucidide, ni Hé
rodote , ni aucun ancien .hiſtorien n'a des:
honoré ſa plume par une telle fable. ' -
S'il y avait eu chez les hommes quelque
reſſouvenir d'un ſi étrange évenement , -Hé
fiode 8c Homère l'auraient- ils paſſé ſous ſilen
ce? Ne retrouverait — on pas dans ces poètes
quelques alluſions , quelques comparaiſons
tirées .de ce bouleverſement de la nature 7.*
N.?aurait-on pas conſervé quelques vers d'Or
phée dans leſquels onaurait pu en retrouver
des veſtiges?
.Les Juifs ne peuvent avoir imaginé le D'ê
luge univerſel qu'après avoir entendu parler
de quelques déluge: particuliers. Comme ils
n'avaient aucune connaiſſance du Globe, ilï
prirent la partie pour le tou; , 8c l'inondation
d'un petit pays, pour l'inondation de la terre
entière. lls exagérèrent, &z quel peuple n'a
pas été exagérateur?
Quelques Romanciers , quelques poètes
dans la ſuite des tems exag èrent chez les Grece;
I4.
e136. .a D É L Ugo E.
,dns-.._ &'deÏlŸinondation d'une' partie de la Grèce
'Chap- firent une: inondation univerlèlle. Ovide la
**WW célébra dans ſon livre charmant des Métamor
phoſes… Il àvait raiſon; une telle aventure
:ſefifaire que pour la poëſie: c'eeſt pour nous
.un miracle: äétairune fable pour les Grecs
—. 3c pour.leS Romains.
Il y eut encor d'autres .Déluges qu'en Grè
ce» .8c voici probablement qu'elle eſj la ſour
ce du récit du Déluge que leS Juifs firent:
dans leur Genèſe , quand ils' écrivírent dans la
ſuite des tems ſous le nom de Moïſe.
\ . Eusèbe &z George le .iincelle ,UefLà-dire Ie
greffier, nous ont conſervés des ſragmens d'un
.certain Abidène. Cet Abidène .avait traníl
Crit des fragmens de Béroſe ancien auteur
jÜflldëen. Ce Béroſe ?avait écrit des romans,
6C dans ces romans il avait parlé d'une inon
.dat,ionarrivée ſous un Roi de Caldée nom
:né Xíſſuther, dont on a ſait depuis Xiffllthfflä
qu'on ſuppoœ avoir vécu du tems Où l'on fait
vivre Noé.
Oſïgïnïl Il dilàit donc, ce Béroſe, qu'un Dieu Cal
Ët: Siit-u' déen dant on a fait depuis Saturne» &PP-TNT
.Vïtl'cl- à Xiiluther, &T lui dit: D le I5 du !ÎÎOÎS
D Dœíi le genre humain ſera détruit -par. ſh
\l
DÉLUGE. '-137
a
a Déluge. Enfermez bien tous vos écrits
D dans Sipara, la ville du ſoleil, afin que 1a chap.:
D mémoire des choſes ne .ſe perde pas: ( car xxvll
H quand il n'y aura plus perſonne ſur la terre,
D les écrits ſeront très — néceſſaires. ) Bâtiſſe:
,, un vaiſſeau , entrez- y avec vos parens &
D vos amis, faites‘y entrer des oiſeaux 8c des
:, quadrupèdes, mettezèy des proviſions, 8U
,, quand on vous demandera où vous voulez
d alle: avec votre vaiſſeau , répondez: vers
aD re
les humaidûu'
dieux pour; les' prier
'ſ 'î' 'de'favoriſer-le
' ‘ ' 'gen
' '

Xiſſuther ne 'rnanqua pas de bâtir ſon vaiſ- '. -


ſeau qui était' large de deux ſtades 8c long
de cinq, CÎeſt-à-dire, que ſa largeur était 'de
'deux cent 'cinquante pas géométriques, 'ſa
longueur de ſix—cent vingt-cinq. 'Ce vaiſſeau
qui devait aller ſur la mer 'noire était mau
vais voilier. Le déluge vint. Lorſque .le
déluge eut ceſſé, 'Xiſſuther lâcha quelques
uns de ſes oiſeaux, quilné 'trouvant point à

manger revinrent au vaiſſeauſ Quelques jours


après il lâcha encor ſes oiſeaux 'qni revinrent
avec de la bouë aux pattes. Enfin ils ne r'e
vinrent plus. Xiſſiſſithefflen fit autant; il ſor
tit de ſon vaiſſeau qui 'était perché ſur. une
.zzs bÉLUG'E;
5 montagne d'Arménie 8C on ne le revit plus',
Chap. les Dieux l'enlevèrent.
XXVII. C'eſt là l'anique fondement de la fable qui
a tant couru que l'Arche de Noé s'était arrê
tée ſur une montagne &Arménie 8c qu'on en
voit encor des reſtes. ,
Quelques lecteurs penſeront, peut-être, que
?hiſtoire de Noé eſt la copie de la fable de
Xiſſuther? Ils diront que ſi les'petits peuples
i
'copient toujours les grands , ſi les Caldéem
8c tous les peuples voiſins ſont inconteſtable
ment plus anciens que les Juifs , ſi 'ces Juifs
ſont en effet ſi nouveaux ,. il eſt probable encor
qu'ils ont imité leurs voiſins en tout , excep
té dans les ſciences 8c dans les beaux arts où
ce peuple greffier ne put atteindre jamais.
,Pour nous encor une fois, nous nous bor
nons à reſpecter la Bible. -
Les incrédules alléguent qu'il eſt très -vrai
ſemblable que le Pont - Euxin franchit autre
fois ſes bornes, 8c inonda une partie de
l'ancienne Arménie. La mer Egée peut en
avoir fait autant en Grèce ; la mer Atlantjde
peut avoir englouti une grande lle. Les
Juifs qui en auront entendu parler confuſe
ment, ſe ſeront aproprié cet événement z ils
x DÊLUGE dy -
.

“auront inventé Noé, Il eſt inconteſtable a- _____4x


joutent-ils , qu'il n'y eut jamais de Noé ; car Chap. "
fiun tel perſonnage .avait exiſté, 1l aurait été XXv!!
regardé par toutes les nations comme le reſ
taurateur 8c le père du genre humain. ll
_eût été impoſſible que la mémoire s'en fût
perdue; Noé aurait été le premier-mot que
toute la. race . humaine eût prononcé. Cette
fable Juive a été, comme on"l'a déja dit,
entièrement ignorée du .monde entier \juſ
qu'au tems où les chrétiens commencèrent'à
faire connaître les livres Juifs traduits en
. Enfin ., puiſque .les Juifs 'n'ont été que des pla.
giaires ſur tout le reſte , ils peuvent bien Pa- '
a Voir été ſur le Déluge: Je ne ſais que ra
' porter le raiſonnement des Franc - penſanrs auré
quels les Non-penſants répondent par l'auteu
.tieité du Pentateuque.

*#45*

'cHæ
J

140 DÈS PLAGIATS

CHAPITRE XXVIII.
Des Plagiat: reproché: aux ſuffi.
1°. 'Anclioniaton qui 1°. Les livres attri
. écrivait enPhéni— bués à Moïlè ſuppo
cie lodgtems avant que ſent auſſl dix généra
les Juifs fuſſent raſſem tions. .(
blés dans des déſerts ,
donne aux hommes
.dix générations juſ
qu'au tems du préten
du Déluge univerſel.
2°. La curioſité 2°. La curioſité
d'une femme nommée d'une Femme nommée
Pandore , eſi fatale au' Eve fait chaſſer le gen
.genre humain. re humain d'un pré
tendu paradis. '
3°. Bacchus donne 3°. Moïſe donne
une loi écrite ſur deux auſſi des loix écrites
tables de marbre , élè ſur deux tables de pier
ve les ſtots de la mer re ,traverſe la mer rou
rouge à droite 8c à ge à pied-ſec, 8c ſon
gauche pour faire paſ ſucceſſeur Joſué arrê
ſer ſon armée , ſuſpend te le Soleil 8c la Lune.
le cours du Soleil ' 8c
de la Lune.
4°. Minerve fait 4'. Moïſe ne don
jaillir une fontaine na aux juifs qu'une
d‘h.iile , Bacchus une fontaine d'eau dans lc
l fontaine de vin. déſert.
REPRQÔHÉS AUX JUIFS. 14t
5°. Philemon 8c 5°. Les Juifs imi
Baucis donnent à des tent cette fable de la Chap. '
Dieux, en Phrigie , manière la plus infâ
Xxvul.
l'hoſpitalité qu'un vil me , en diſant que les
lage leur refuſe auprès habitans du village de
de Tyane; les Dieux Sodome voulurent vio
' changent leur cabane ler deux anges. Et
en un temple» 8c le Sodome eſt changée.
Village en un lac. en un lac.
6°. Les Grecs ſuppo 6°. Les Juifsſuppo
ſent qu'Agamemnon ſent qu'Abraham vou
voulut immoler \à fille lut immoler ſon fils,
Iphigénie, 8c que les 8t qu'Adona'i envoya
Dieux envoyèrent une un bellier pour être
biche pour être ſacri immoié à la place d'l
fiée à la place de la ſaac.
fille.
79. Niobë eſt chan 7°. Edith femme de
gée en ſtatue de mar Loth eſt changée en
bre. ſtatue de ſel.
8°. Travaux d'Her 8°. Travaux .de
cule. Samſon.
9° Hercule trahi - 52°. Samſon trahi par
par des femmes. des femmes
10. L'âne de Si IO. Uâneſſe de
lène parle. Balaam parle.
11. Hercule enlevé I1. Elie monte au
au ciel dans un qua ciel dans un quadrige.
drige.. l
12. Les Dieux relÏ 12. Eliſée reſſuſcir
ſuſcitenc Pelops. œ une petite fille.

Q .
l

[42 DES PLAGXATS, &c;


m
, Si on voulait ſe donner la peine de compa
\
Chap. rer tous .les événements de la fable 8z de l'an
xxvnr. cienne hiſtoire Grecque , on ſiarait étonné de .
ne pas trouver une ſeule page des livres Juifs
qui ne fût un Plagiat. '
Enfin , les vers &Homère étaient déja chan
tés dans plus de deux 'cent villes avant que
ces deux cent villes fuſſent que les Juifs étaient
au monde. Lecteur , examinez 8c jugez.
Décidez entre ceux que nous appelons Franc
penſants 8c ceux que nous appelons Non
penſants.

CHAPITRE XXIX'.
De Ia _ſi-a'le Je: Juif? E9” de leur conduite apris
.la captivité, juſqu'au règne de Pi,lùméen
Hérode.

'Eli le propre des Juifs d'être partout


courtiers , revendeurs , uſuriers ; d'amaſ
ſer de l'argent par. la frugalité 8c l'économie.
L'argent ſut l'objet de leur conduite dans
tous les tems, au point que dans le Roman.
de leur Tobie (livre canonique ou non) un
CONDUITE D BSÏJUIFS- 14;
ange deſcend du ciel pendant leur captivité, _______
non pas pour conſoler ces malheureux diſper- Chap.
ſés , non pas pour les ramener à Jéruſalem, XXÎX.
(ce qu'un ange pouvait ſans doute , ) mais pour
conduire dans une ville des Mèdes le jeune
Tobie qui va redemander de l'argent qu'on
devait ,à ſon père. '
Excudent aliiſpirantid m0151” ara Cfa.
Tu prcmere uſura popular Jrad-ce Memento.
Ils trafi'czuèrent donc pendant les ſoixante
8c douze ans .de leur tranſmigrarion. lls ga
gnèrent beaucoup 5 8c comme ils ont toujours
financé 8c qu'ils financent encor pour obtenir
dans pluſieurs états, 8c mêmeà Rome, la per
miſſion d'avoir des ſlnagogues, il eſt de la
plus grande probabilité qu'ils donnèrent beau
coup d'argent aux commiſſaires de la tréſo—
rerie de Cirus 8c au chancelier de l'échiquiera
pour qu'on leur permît de rebâtir leur ville
avec un petit temple moitie' en pierre 8c ï
moitié en bois. Mais quand ils retournèrent .
à leur .Jéruſalem ou à leur Hershalaima ils
n'en furent guères plus heureux.
Sujets ou plutôt eſclaves des Rois Perſans,
enſuite d'Alexandre, tantôt des Rois de Sirie ï
tantôt de ceux d'Egypte, ils ne couiposèrent
x44 CONDUITE
plus un état; ils ne furent pas à beaucoup
Chap. près ce qu'était la province de Galles en com
XXlX. paraiſon de l'Angleterre du tems de notre
. Henri VIII. L'intérieur de leur petite Ré
publique ne fut plus adminiſtré que par des
prêtres; alors tout fut fixé 8E déterminé dans
leur ſecte, alors ils furent plus dévots que
jamais. lls furent d'autant plus Juifs que les
Samaritains dédaignèrent delêtre 8c de paſſer
pour leurs compatriotes. Ces Samaritains ne
voulaient avoir rien de commun avec le peu
ple Juif, pas même leur .Dieu. ("‘) Iîſſhiſtoe
" rien Joſe P h ra Pp orte qu'ils écrivirent au Roi de
Sirie, Antiochus Epiphanes que leur temple ne
portait le nom d'aucun Dieu , qu'ils ne parti
cipaient point aux filperſtitions Judaïques 8c
. qu'ils le ſuppliaient 'de permettre qu'ils dé
dial1'ent leur temple à Jupiter.
LorlqŒAntiochus Epiphanes fit ſacrifier des
cochons dans le temple de Jéruſalem, quel
ques Juiſs ſenſés ne murmurèrent pas; mais
la plupart crurent que c'était une impiété abo
minable. Ils penſaient que 'Dieu n'aime point
la chair de cochon , qu'il lui ſaut abſolument
des veaux'ou des chevraux a &ï que c'eſt U" pL"
ché
ffl Liv. u. C.h. 7. -
D E S 1 U 1 FS; 'cti-zç
'ché horrible d'immoler un porc. Les Ma- ' z ' r.,
chabées profitèrent de ces beaux préjugés du Cha'pg'
peuple pour ſe révolter. Cette révolte. , que 'XXſx-Ï
les Juifs ont tant célèbrée 8c 'que tousïids
prédicateurs propoſent ſi ſouvent: commei.uh‘
modèle , Ïempêcha pas Antiochus Eupator
fils d'EpiphaneS, de raſer lesîmurs du,teſmple
8c de faire couper le cou au grand-piètre
Les qui
Onias Juifsfomentait
pour quilaDieu avait faitſſtant"de
rébellion. '

miracles, les Juifs qui ſelon les .oracles de


‘ leurs prophètes devaient commander au 'mou—'
de entier , furent donc encor pluslîiriallîeùſi
reux, plus .humiliés ſous les ſéléucidesîql'äe
.ſous les Perſes &c les Babiloniens. '. . K-
Après une infinité de révolutions &' de mi—'
'sères, .il s'éleva parmi eux des citoyens qui
dépouillèrent les prêtres de leur autorité uſur-e
pée 8c 'qui prirent le nom de Rois. Ces
pretendus Rois ne valurent pas mieux .que
' les Pontifes , 'ilsségorgèrent les uns les :au
tres, comme .ils faiſaient avant la :Caplïîl'ité
ſ de Babilone.
Pompée , en paſſant.‘, 'fit' ‘'mettré‘au"caçhot*'un
de ces Rois nommé Ariſtobule, 8c fit pendre
enſuite ſon filsle tonte-let Alex'a”r'xdreilî '* ’
'-- K 'l . 1
7'243 MOEUR.S
Î.——- Quelque tems après le triumvir Marc- An;
lchap- toine donna le royaume de Judée la l'arabe l

.ŸŸÜX- lduméen Hérode. C'eſt le ſeul Roi Juif


‘ ' .quiait été véritablement puiſſant. C'eeſt lui
qui fit bâtir un temple aſſez magnifique ſur
une grande plateforme qu'il joignit à la mon
tagne Moria en comblant un pïécipice. La
-temple de Salomon bâti ſur le penchant ctde
la montagne. ne pouvait être qu'un édifice
zirrégulier 8c barbare dans lequel il fallait con
tinuellement monter 8c deſcendre.
Hérode , après avoir reprimé pluſieurs révol
tesg, fut maître abſolu ſous la protection des
Romains. '

CHAPITRE XXX.
. Der mœurs de: Juifs ſou: Héro,le.

. LE peuple Juif était ſi étrange , il vivait


. . dans une telle anarchie, il était ſi adonſi
né au brigandage avant le régne d'HérodeD
qu'ils traitèrent ce .prince de Tiran lorſqu'il
ordonna par une loi très-modérée qu'on ven
QFBÏS déſormais hors du. royaume ceux qui
DES IUIFS' 147
..voleraient dans les maiſons après en avoir per- _____,
cé les murs; ils ſe plaignirent qu'on leur Chap.
ôtait la plus chère de leurs libertés. Ils re- XXX"
gardèrent ſurtout cette loi comme une im
piete manifeſte. Comment , diſaient-ils , o-'
ſera-t- on vendre un voleur Juif à un étran
ger qui n'eſt pas de ſa ſainte religion (*) ? Ce
fait rapporté dans Joſeph caractériſe parfaite
. ment le peuple de Dieu.
Hérode régna .trente-cinq ans avec' quel
que gloire. ll fut ſans contredit le plus ri
che &c le plus puiſſant de tous les Rois Juifs
ſans en excepter David 8c Salomon , malgré
leur prétendu tréſor d'environ un milliard de
nos livres ſterling.
Comme la J udée ne fut point ſous ſon ré
gne infeſtée d'irruptionS d'étrangers, les Juifs
eurent tout le tems de tourner leur eſprit
vers la controverſe. C'eſt ce qui occupe au
jourd'hui tous les peuples ſuperſtitieux êt igno
rants, quand ils n'ont point de jeux publics
ni de ſpectacles; ils s'adonnent alors aux diſ. l
putes théologiques: c'eſt ce qui nous arriva ſous
le déplorable régne de notre Charles l. 8c c'eſt
K 2
IA
0-) Liv. Xvr'. Ch. x.
14s MOEURS. DES: JUIFS.
___ ce qui fait bien voir qu'il faut toujours tepaî-ë q
Chap. tre de ſpectacles l'oiſiveté du peuple.
XXX. Les Phariſiens 8c les Saducéens troublé
rent l'état autant qu'ils le purent , comme
parmi nous les épiſcopaux 8c les presbytériens..
Jean-Baptiſte ſe donna pour prophète , il ad.—
miniſtrait l'ancien batême Juif, 8c ſe faiſait
ſuivre par la populace- (*) Uh'iſtorien Joſeph
dir expreſſément que c'était un homme de
' bien qui exhortait le peuple à la vertu
mais qLſHérode craignant une ſédition , parce
que le peuple s'attroupait autour de Jean, le.
fit enfermer dans la' fortereſſe de Macheras
comme on dit qu'on fait enfermer en France
les Janſéniſtes.
Obſervons, ſurtout ici, que Joſsph ne dit
point qu'on ait fait enſuite mourir Jean ſous
le gouvernement d'Hérode le Tétrarque. Per
'ſonne ne devait être mieux inſtruit de ce fait
que Joſeph auteur contemporain, auteur ac
crédité , de la race des Aſmonéens, 8c revê
tu d'emplois publics. .
On diſpruta du tems d'Hérode ſur le Mel:
fie, ſur le Chriſt. C'etait un libérateur que
(*) Liv. Xvlll. Ch. 7.
(j) Suppoſé que ce paſſage ng ſoit pas inrerpclé.
SOUS HERoD'E. 14g
les Juifs attendaient,dans toutes leurs afflic- ,
tions , ſurtout ſous les Rois de Sirie. Ils Chap.
avaient donné ce nom à Judas Machabée , ils XXX,'
l'avaient donné même,à Cirus, &a quel
ques autres princes étrangers. Pluſieurs pri- -
rent Hérode pour un Meffie; il y eut une
ſecte Forme-lle d'Hérodiens. D'autres\ qui re— ."

gardaient ſon Gouvernement comme tyranniæ


que l'appellaient Anti-Meſſie, Anti-Chriſt. '
Quelque tems après ſa mort il y eut un éner
gumène nommé Theudas qui ſe fit paſſer pour
(*) Meſſie. Joſeph dit qu'il ſefit ſuivre par une
grande multitude 'de canaille , qu'il lui pro
mit de faire remonter 'le Jourdain vers ſä
ſourcecomme Joſué, 8c que tôus ceux qui
voudraient le ſuivre la paſſeraien't à pied ſec
avec lui. ll en fut quitte pour avoir le cou
coupé.
Toute la nation Juive était enthouſiaſte.
Les dévots couraient de tous côtés pour faire
des proſélites, pour les batiſer, pour les cir-;
concire. Il y avait deux ſortes de baptême ,
celui de proſelite 8c celui de juſtice. Ceux
qui ſe convertiſſaient au Judaïſme 8c vivaient
parmi les Juifs ſans prétendre être du [corps .
. ..
..
0-) Liv. xx. c1…. x
!SÔMOEURS DES .IUlFS
de la nation n'étaient forcés à recevoir ni le
Chap. bâteme, ni la circonciſion. .lls ſe contentaient
XXX. preſque toujours de ſe faire baciſer. Cela
eſt moins douloureux que de ſe faire couper
'le prepuce ; mais ceux qui avaient plus de vo
cation, 8c qu'on appellait Proſelites de juſtice,
recevaient l'un oc l'autre ſigne :. ils étaient ba
tiſés 6c citconcis. (*) Joleph raconte qu'il jr.
eut un petit Roi de la province d'Adiabene,
nommé lſath, qui fut aſſez imbécille pour
embraſſer la religion des Juifs. ll ne dit
point où etait cette province d'Adiabene;
mais il y en avait une Vers l‘Euphrate. On
batiſa 8c on circodcit Iiàth; ſa mère Hélène
ſe contenta d'être butiſe'e du batême de juſti
ce, 6c on ne lui coupa rien.
, Au milieu de toutes les factions Juives,
de 'toutes les l'xnperſtitions extravagantes 8c de
leur eſprit de rapine, on y voyait , comme
ailleurs , des hommes vertueux de même qu'à
Rome 6c dans la Grèce. Il y eut même des'
ſocietes qui reiſemblaient en quelque ſorte aux
Pitagoriciens &c aux Stoïciesis. lls en avaient
la tempérance , l'eſprit de retraite , la rigidi
té de mœurs, l'éloignement de tous les plai
ſus , le gout de la vie contemplative. 'ſels
(ï) Liv. xx. ch. 2..
SOUS HERODE. igr'
Etaient les Eſſéniens , tels étaient'les Théra
pentes. l Chap.
Ils ne faut pas s'étonner que ſous un aufli XXx-"'
méchant Prince qu'Hérode 8c ſous les Rois
précédens encor plus méchans que lui , on vît
des hommes ſi vertueux. Il Y eut des Epic
tète à Rome du tems de Néron. On a cru.
même que Jcſu- Chriſt était Efieníen , mais
cela n'eſt pas vrai. Léîs Eíſeniens avaient pour
principe de ne ſc point donner en ſpectacle D
de ne point ſe faire ſuivre par la populace,
de ne point parler en public, Ils étaient ver
tueux, pour eux-mêmes &z non pour les au
tres. lls ne faiſaient aucun étalage. Tous
ceux qui ont écrit la vie de Jeſu-Chriſt lui
donnent un caractère tout contraire 8c trèsïz
1
ſuperieur. , '. l‘ '

CHAPITRE XXXL
De Jeſu.

L n'y a qu'un fanatique ou qu'un ſh: frit'


pon, qui puiſſe dire qu'on ne doit.jamais.
'examiner l'hiſtoire de Jeſu par les lumières"
K 45
A

15a. ' . DE JESU.


' de la raiſon. Avec quoi jugera-t-on d'un
Ôliap. 'livre quel qu'il ſoit, eſt-'ce par la folie? Je
XXXL memets 'ici à la place d'un citoyen de l'an
ciçnne Rome qui lirait les hiſtoires de Jeſu
pour la p'remière fois.
Nous avons des livres Hébreux 8c Grecs
pour &c contre Jéſu qui ſont d'une égale an
tiquité. Le Toldos Jeſchu , 8c le Toldos".
Jeſu écrits contre lui en langue Hébraïque.
dans ces livres, on le traite de bâtard , d'impoſ
teur , d'inſoleut , de ſeditieux, de ſorcier;
8c dans des Evangiles Grecs on le fait preſque
participant de la divinite même. Tous ces'
écrits ſont remplis de prodiges; 8c paraiſ
ſent d'ab'ord à nos faibles yeux contenir des
contradictions preſqu'à chaque page.
**Silence Un auteur illuſtre qui naquit très-peu de
nlîfegfsî tems après la mort de Jeſu , 8c qui , ſi l'on
ſur jetù. en croit St. lrenée (*) devait être ſon con
temporain , en un mot, Flavian Joſeph pro
che parent de la femme d'Hérode, Joſeph fils
d'un lacrificareur qui devait avoir connu Jeſu,
ne tombe ni dans l'e defaut de ceux qui di
. (*‘) Sr-. lrenée aſſure que Jeſu mourut à cinquante*
ms paſſél. En ce cas Flavian Joſeph pourait bien l'a
.vokr vu.
DE JESU. :53.
ſent des injures, ni dans l'opinion de ceux
n'en
qui lui
dit donnent
rien du des
tout.
éloges
ll eſt
ſi .prodigieux;
avéré 'aujour-
il XXXL
Chap..

d'hui que les cinq ou ſix lignes qu'on attri


bue à Joſeph ſur Jeſu ,ont été interpolées
par une fraude très-mal adroite. Car ſi
Joſeph avait en effet cru que Jeſu était le
Nleffie , il en aurait écrit cent fois d'avantage,
8c en le reconnaiſſant pour Melſie, il eût été '
un de ſes Sectateurs. ’
Juſte de Tibériade , autre Juif qui écri
vait l'hiſtoire de ſon pays un peu avant Jo
ſeph, garde un profond ſilence ſur Jeſu. 'C'eſt'
Photius qui nous en aſſure. '
Philou 'autre célèbre auteur Juif contem
porain n'a cité jamais le nom de Jeſu. Au
cun hiſtorien Romain ne parle des prodiges
qu'on lui attribue 8c qui devaient rendre
la terre attentive. . '
Ajoutons encor une importante vérité àces
vérités hiſtoriques, c'eſt que'' ni Joſeph, ni
Philon, ne font en aucun endroit la moindre
mention de l'attente d'un Meſſie.
Conclura-t-on de là qu'il n'y a point eu de
Jéſu , comme quelques — uns ont ‘ oſe' conclure, .
parle Pentateuque même, qu'il n'y a point
154 JESU.
Ë-À_
eu de Moïſe? Non , puiſqu'après la mort de
Chap. Jeſu on a écrit pour 8c contre lui; il eſt clair
XXXL qu'il a exiſté. Il n'eſt pas moins évident qu'il
était alors ſi caché aux hommes qu'aucun ci
toyen un peu diſtingué ſelon le monde n'a
vait fait mention de ſa peſlbnne. s
J'ai vu quelques diſciples de Bolingbroke
plus ingénieux qu'inſtruits , qui niaient l'é
xiſtence d'un Jeſu , parce que l'hiſtoire des
trois mages , 8c de l'étoile, 8c du maſſacre
des innocents , eſt , diſaient-ils , le comble
de l'extravagance; la contradiction des deux
généalogies que Matthieu 8c Luc lui don
nent, était ſurtout une raiſon qdalléguaient
ces jeunes gens pour ſe perſuader qu'il n'y a
point eu de Jeſu. Mais ils tiraient une très
fduſſe concluſion. Notre compatriote Houel
s'eſt fait faire en France une généalogie fort
ridicule ; quelques Irlandais ont écrit que lui
&f- Jeanfin avaient un démon familier qui leur
donnait toujours des as quand ils jouaient
aux cartes. On a fait cent contes extrava
gants ſur eux. Cela n'empêche pas qu'ils
n'aient réellement exiſté ; ceux qui ont perdu
leur argent avec eux en ont été bien con
vaincus.
. J E S U. I5? ' l
Que de fadaiíës n'a - t - on pas dites du Duc
de Bukinkam. Il n'en a pas moins vécu ſous Chap.
.Jaques 6c ſous Charles. XXXL
Apollonius de Thyane n'a certainement
reſſuſcité perſonne; Pithagore n'avait pas une
cuiſſe d'or; mais Apollonius 8c Pithagore
ont été des êtres très- réels. Notre divin Jeſu
n'a peut-être pas été emporté réellement par
le diable ſur une montag'ne. ll n'a pas réelle
ment ſéché un figuier au mois de Mars pour
n'avoir pas porté. des figues, quand ce n'était
pas le tems de: figues. Il n"eſt peut - être pæ
deſcendu aux enfers 8cc. 841c. Sac. Mais il y
a eu un Jeſu reſpectable à ne conſulter que
la raiſon.
Qui était cet homme ? Le fils reconnu d'un
charpentier de village , les deux partis en
conviennent '. ils diſputent ſur la mère. Les
ennemis de Jeſu diſent qu'elle fut engroſſée
par un'nommé Panther. Ses partiſans diſent'
qu'elle fut enceinte de l'eſprit de Dieu. Il
n'y a pas de milieu entre ces deux opinions des
Juifs &c des Chrétiens. Les Juifs auraient pû ce
pendant embraſſer un troiſième ſentiment qui eſt
plus naturel ; c'était que ſon mari qui lui fit d'au—
nes enfans , lui fit encor celui-là 3 mais l'eſprit
;x55 ' JESU.—.
i de. parti n'a jamais de. ſentiment modéré. ll
Chap.. réſulte de cette diverſité d'opinions , que Jeſu
XXXL était un inconnu né dans la lie du peuple; 8c
' il réſulte que s'étant donné pour prophète cor"n
me tant d'autres , 8c n'aiant jamais rien écrit,
les Payens auraient pu raiſonnablement douter
qu'il ſût écrire, ce qui ſerait conforme à ſon
K
état 8c à ſon éducation.
Ignorants Mais humainement parlant, un charpentier
Ëgàdïïſäes de Nazareth qu'on ſuppoſe ignorant , aurait-il
ſectes. pû fonder une ſecte? Oui, comme notre Fox
cordonnier de village très ignorant , fonda la
ſecte des Quakers dans le comté de Leiceſ
ter. Il courait les champs vêtu d'un habit
de cuir;
. c'était un fou d'une ima g ination
forte qui parlait avec enthouſiaſme à des ima
ginarions faibles. Ayant lû la Bible , en fai
ſan t d es app l ications a‘ ſa mo d e , i lſe fit ſui
vre par des imbéciles; il était ignorant, mais
des ſavants lui ſuccédèrent. La ſecte de Fox
ſe forma 8c ſubſiſte avec honneur après avoir
été ſifflée 3c perſécutée. Les premiers ana
baiiſtes furent des malheureux païlans ſans
lettres.
Enfin , l'exemple de Mahomet ne ſouffre
- point de. réplique. ll ſe donna le title de

. ..—-—
ÏESU, ' 157*
.prophète ignorant. Bien des gens même _—1—:— .
doutent qu'il ſût. écrire. Le " fait eſt qu'il Chap.
écrivait mal 8c qu'il ſe battait bien. ll avait XXXL
été facteur, ou ſi l'on veut, valet d'une mar
chande de chameaux; ce n'eſt pas là un com
mencement fort illuſtre; il devint pourtant
un très— grand homme. Revenons à Jeſu qui
n'a rien de commun avec lui, 8c pour qui
nous ſommes tenus d'avoir un profond reſpect,
indépendemment même de notre religion de
laquelle nous ne- parlons pas ici.
\

.CHAPITRE XXX”. -
' Rechercher ſur Jéſu.

Olingbroke , Toland, Volſton, Gordon


13cc. , 8c d'autres Francs—penſants ont con.
clu de ce qui fut écrit en faveur de Jéſu 8c con
tre ſa perſonne, que c'était un enthouſiaſte .
qui voulait ſe faire un nom dans la populacſ'
de la Galilée.
Le Toldos Jeſchu dit', qu'il était ſuivi de
deux mille hommes armés quand Judas vint
le ſaiſir de la part du Sanhédrin, .ôc qu'il
158 RECHERCHES
. p-î
y eut beaucoup -de ſang répandu. Mais ſi le '
Chap. fait étai-t vrai, il eſt évident que Jeſu aurait
-xxffll- été auſſi criminel que Barcokebas qui ſe dit
Meſſie après lui. Ilréſulterait que ſa condui
te répondait à quelques points de ſa doctrine ,
je .ſuis venu aparter non la paix mais le gluive.
Ce qui pourait-encor faire conjecturer que Ju
' das était un officier du Sanhddrin , envoyé
pour diſſiper les factieux du parti de Jeſu , defi:
que l'Evangile de Nicodcme , reçu pendant
quatre ſiècles, 8c cité par Juſtin , par Tertul
lien , par Eusèbe , reconnu pour autentiiyue par'
l'Empereur Théodoſe, cet Evangile, dis-je ,
commence par introduire Judas parmi les prin
cipaux magiſtrats de Jeruſalem qui vinrent
accuſer Jeſu devant le Prêteur Romain. Ces
magiſtrars ſont Ànnah , Caipha 3 Summas ,
.Dathan, Gamaliel, Judas, Levi, Alexan
der , Nephtalim , Karoh.
On voit par cette conformité entre les amis
ôz les ennemis de Jeſu , qu'il fut en effet pour
Lzv… ſuivi 8c pris par un nommé J ud is. Mais ni
FETE( le ToÊCÏËS, ni le livre deſNicocäêmjeæ nêcdiſeptl:
com,,
7'35'- quetiahi
ait u as
ſonaitmaître.
été un di ciP le e e u qui

Le Toldos 8c les Evangiles ſont' encor d'ac


SUR JESU., ':59
cord ſur l'article des miracles. Le Toldos
dit que Jéſu en faiſait en qualité de ſorcier. Chap.
Les Evangiles aſſurent qu'il en faiſait en qua- XXX"
lité d'homme envoyé dîeDieu. En effet, '
dans cet âge , 8c avant 8c après, l'univers
croyait aux prodiges. Point d'écrivain qui
n'ait raconté des prodiges; 8c le plus grand
ſans doute qu'ait fait Jeſu dans une province
ſoumiſe aux Romains, 'c'eſt que les Romains
n'en entendirent point' parler. A ne juger
que par la raiſon, il faut écarter tout :mi
racle , toute divination. ' ll. n'eſt.queſtion ici
que d'examiner hiſtoriquement ſi Jéſu fut
en effet à la tête d'une faction, ou s'il eut
pas les pièces
ſeulement du procèsComme
des diſciples. fait parnous
devant Pi
n'avons

late, il n'eſt pas aiſé de prononcer.


Si on veut peſer les probabilités , il paraît Nbr; .
vraiſemblable par les Evangiles, qu'il uſa de Charge
quelque violence, 8c qu'il fut ſuivi par quel P”
qués diſciples emportés. .
Jéſu, ſi nous en croyons les Evangiles a CÃ
*a peine arrivé dans Jéruſalem , qu'il chaſſe
&- qu'il maltraite des marchands qui étaient
autofiſës par la loi à vendre des pigeons dans
le parvis du temple, pour ceux qui voulaient

l
"róo .RECHERCHES
. - y ſacrifier. Cet acte qui parait ſi ridicule XT
Chap, 'mylord Bolingbroke, à Wolſton 8c à tous
xxxu. les Franc-penſants , ſerait auſſi répréhenſible
que ſi un fanatique s'ingérait parmi nbus .de
fouëtter les Libraires qui vendent auprès de
St. Paul le livre _des communes prières. Mais
l
auſſi il eſt bien difficile que des marchands
a
. établis par les Magiſtrats ſe ſoient laiſſes bat—
' tre &c chaſſer par un étranger ſans aveu, ar
rivé de ſon village dans la capitale , à moins
' qu'il n'ait eu be,æucoup de monde à ſa ſuite.
' 'On nous dit encor qu'il noya deux mille
cochons. S'il avait ruiné ainſi pluſieurs famil
“' les qui euſſent demandé juſtice , il faut con
venir que ſelon les loix ordinaires il méri
*I .Cochons tait châtiment. Mais comme l'Evangile nous
noyés par dit que Jéſu avait envoyé le' diable dans le
Iéntôcc;
‘ corps de ces cochons , dans un pays ou‘ il
-
n'y
eut jamais de cochons, un homme qui n'eſt
u
‘ encor ni' chrétien, ni Juif, peut raiſonnable
ment en douter. Il dira aux Théologiens:
I) Pardonnez ſi en voulant juſtifier Jéſu je
7l ſuis forcé 'de réfuter'vos livres; les Evan
a giles l'accuſent d'avoir battu 'des marphands
D innocens , d'avoir noyé deux mille porcs,
D d'avoir ſeché .un figuier qui ne lui appar
' x tenait
SUR'JESU. 161
S tenait pas, 8c de n'en avoir privé le poſſeſſeur , Chap. u
:d que parce que cet arbre ne portait pas des
D, figues quand ce n'était pa: le tem: de: fi XXXIÏS
D gurr. Ils l'accuſent d'avoir changé l'eau en
B vin pour des convives qui étaient deja ivre: 5
z, de s'être transfiguré pendant la nuit pour
,, paiiler à Elie 8t'a Moïſe , d'avoir été trois
» fois emporté par le diable. Je veux faire
D de Jeſu un.juſte 8c un ſage; il ne ſerait
:- ni l'un ni l'autre, ſi tout ce que vous dites
J) était vrai: 8c ces avantu'res ne peuvent être
,, vraies, parce qu'elles ne conviennent ni à
D Dieu ni aux hommes. Permettez moi, pour
a eſtimer Jeſu, de rayer de vos Evangiles ces
H paſſages qui le deshonorent. Je défends Jee
D ſu contre vous.
D S'il eſt vrai, corrlme vous dites 8c comme
,4 il eſt très -vraiſemblable, qu'il appellait
,, les Phariſiens , les -docteurs de la loi , race
) de vipères , 'ïſépulçres blanchis, fripons ï
) intéreſſés', noms que les prêtres de tous
D leS tems ont quelquefois mérités , c'é—.
,» 'tait une témérité très-dangereuſe , 8c qui
T” a couté.plus d'une fois la vie à des impro
*D dens véridiques. Mais on peut être très
L
x62 -RECHERCHES
a honnête homme, ôz dire qu'il y a des
Chap, D prêtres fripons.- ’
XXXll- . Concluons donc, en ne conſultant que la
ſimple raiſon , concluons que nous n'avons
' aucun
tre quemonument digne de
Jeſu méritaitlle foi qui
ſuplice nous
dont mon
il mou

rut; rien qui prouve que c'était un méchant


homme. .
' Le tems de ſon ſuplice eſt inconnu; Les
Rabins différent en cela des Chrétiens de
cinquante années. Irénée diffère de vingt
1ans de noue opinion commune. Il y a une
différence de dix années entre Luc &c Mat
thieu, qui tous deux lui font d'ailleurs une
généalogie abſolument différente, 8c abſolu
ment étrangère à la .perſonne de Jeſu. Au
cun auteur Romain ni Grec ne parle de Jeſu ,
tous les Evangeliſtes Juifs ſe contrediſent ſur
Jeſu , enfin , comme on fait, ni Joſeph , ni
Philon-ne daignent nommer Jeſu.
Nous ne trouvons aucun document chez
les Romains qui , dit -on , le firent cruciſær ;
il faut donc, en attendant la foi, ſe borner à
tirer cette concluſion: il y eut un Juif obſcur
de la lie du peuple nommé Jeſu, crucifié
x comme blaſphémäteux, du tems de l'EmpO- '
P

'SURJESU x83'
.peut Tibère ,ſans qu'on puiſſe ſavoir en .quelle ___,.
année. a Chap.
. ' ' ‘'' ‘ xxxu.

CHAPITRE XXXHL? -
Dt la morale de Jeſu.

Il.. eſt très - probable que Jeſu prêçhaît dans


les villages une bonne morale, puiſqu'il
'. eut des diſciples. Un homme qui faig le pro
phète peut dire 8c faire des extravagances qui
méritent qu'on l'enferme : nos Millenaires ,
nos Piétiſtes , nos Méthodiſtes , nos Mémno
. nites , nos. Quakers en ont dit 8c fait d'énor
mes. Les prophètes de France ſont venus
chez nous 8c ont prétendu reſſuſciter des
morts. ,
,Les prophètes Juifs -ont été aux yeux de la
'raiſon Ies plus inſenſís de tous les hommes. .
. Jérérriie ſe met un bât ſur le dos 8c des cor
des au cou. Ezechiel ("‘) mange de la mn
etière .fécale ſur ſon pain. Ozéeprétend que
. Dieu" par un privilège ſpécial lui ordonne de
prendre une fille publique 8c enſuite une fem.,
L 2
(ïï) Brech, Chap. 1V. 02E: Chi rd
-154 .MOËÀT-.É . a
P . me -adultère 8c' d'en avoir des enfans( ?Cell
chap. dernier trait n'eſt pas. édifiant, il eſt, même
ïcx'xlll. très-puniſſable. Mais enfin , il n'y a jamais
eu ſur la terre d'homme ſoi—diſant envoyé
dqflDieuſqui. ait aſſemblé d'autres hommes
pour leur dire: D Vivez ſans raiſon 8c ſans
Impoffi_ D loi; abandonnez-vous à l'ivrognerie; ſoyez
ble qu'un D adultères , ſodomites; volez dans la poche;
“gm” D volez , aflaſſinez ſur les grands chemins , 8c
teur air .
toujours* D 'ne manquez pas d'aſſafiiner ceux que vous
une mau- '
\raiſe nio-
D aurez dépouillés,
.
afin
,
qu'ils ne vous accu
killed. a ſent pas; tuez ]uſqu aux enfans a la mam
D melle , c'eſt ainſi qu'en uſait David. avec
D les ſujets du roitelet Achis; aſſociez vous
7) à d'a''utres voleurs,'& tuez-les. enſuite par
î a; derrière , aulieu' de "partager avec eux le
' Dſbutiiultuez vos pères 8c vos mères pour
, :D en héſiter plutôt, 8Ce. Sec. ï
ſi' ï-Beaucoup d'hommes , beaucoup de Juifs
' ſurtout , ont commis ces abominations , mais
aucun' homme ne les a prèchées dans des pays
' un peu policés. Il eſt vrai que les Juifs , pour
excuſer leurs premiers brigandages , ont impu
té à leur Moiſe des ordonnances atroces. Mais
‘au moins ils adoptèrem les dix commande
mens communs 'à tous les peuples. Ils dé
fendirent le meurtre , le vol 8c l'adultère z ils ñ.
'T
recommandèrent l'obéiſſance aux enfans en Chap..
XXXIIL.
vers les pères 8c les 'mères , comme tous les
anciens législateurs. Pour réuſſir il faut tou
jours exhorter'à la vertu. Jeſu ne put ..
prêcher qu'une morale honnête: il n'y en a "
pas deux. Celle d'Epictètea de Sénèque, de
Cicéron , de Lucrèce , de Platon , d'Epicure, .
d'.()rphée , de Thaut, de Zoroaſtre , de Bra
ma , de Confucius, eſt abſolument la même.
Une foule de Franc-penlänts' nous .répond
que Jeſu a trop dérogé à cette morale uni
verſelle. Si on en croit les Evangiles, di
ſent-ils, il a déclaré qu'il faut haïr ſon père
8c ſa mère; qu'il eſt venu au monde pour
aporter le glaive 8c non la paix , pour mettre
la diviſion dans les familles. Son Contraint
lçs d'entrer, eſt la deſtruction de toute ſocieté.
8c le ſimbole de la tirannie. Il ne parle que
de jetter dans les cachets les ſerviteurs qui
n'ont pas fait valoir' l'argent'de leur maître
à uſure; il veut qu'on regarde comme un,
commis de la douane quiconque n'eſt pas de'
ſon Egliſe Ces philoſophes rigides .trou
\ L 3
166 M' 'O' R' A IÏE .
vent enfin dans les 'livres nommés Evangiles '
Chap. autant de maximes odieuſes' que de compa..
*mü- raiſons baſſes &c ridicules.
Qu'il nous ſoit permis de répliquer à leurs
aſſertions; Sommes-nous bien ſûrs que Jeſu'
ait dit ce qu'on lui fait dire? Eſt-il bien
vraiſemblable (' à ne juger que par le ſens
coïnmun) que Jeſu ait dit qu'il détruirait le'
temple &z qu'il le rebâtirait en trois jours;
qu'il ait converſe avec Elie 8c Moïſe ſur une
tnontagne; qu'il ait été trois fois emporté par
le raz-Mu”, par le diable, la première fois
dans le déſert , la ſeconde ſur le comble du
temple , la troiſième ſur une coline dont on
découvrait tous les royaumes de la terre, 8c a
qu'il ait argumenté avec le diable?
SHVOÛSïHIJS d'ailleurs quel ſens il atta-'
chair à des 'paroles'qui (ſuppoſé qu'il les .ait'
prononcées) peuvent s'expliquer en cent fa-'
çons differentes , puiſque äétaient‘ des 'para—'²
boles a des énigmes? Il eſt impoſſible qu'il
ait ordonné de regarder comme un commisÎ
de la douane quiconque n'écoutait' pas ſon
Egliſe , puiſqu'elle” il n'y avait point d'E—'
gliſe. '
'Mais prenons les ſentences qu'on lui attriz
I

DE JESUŸ. 167
Buc» 8c qui ſont le moins ſuſceptibles d'un _____—,,__,
ſens équivoque, nous y verrons l'.amour de Chap; Ï
Dieu 8c du prochain , la morale univerſelle. XXXHU
Quant à ſes actions nous ne pouvons en
juger que par ce qu'on nous en raporte. En
voit-on une ſeule (excepté 'ſavanture des
marchands dans le temple) qui annonce un
brouillon , un factieux, un perturbateur du. ,
repos public , tel qu'il eſt peint dans le T01- ‘
dos Jeſchut? . '
— ll va aux Noces , il fréquente des exac
teurs , des femmes de mauvaiſe vie; ce n'efl pas.
là conſpirer contre les puiſſances. Il n'excite
point ſes diſciples à le défendre quand la juſ
tice vient ſe ſaiſir de ſa perſonne. Volſton dire
tant qu'on voudra , que Simon Barjone cou
pant l'oreille au ſergent Malcus 8c Jeſu ren
dant au ſergent ſon oreille , eſt u'n des plus
impertinens contes que le fanatiſme idiot ait
pû imaginer: ll prouve du moins que l'au
teur quel qu'il ſoit , regardait Jeſu comme un q
homme pacifique. En un mot, plus on con
ſidère ſa conduite( telle qu'oi1 la raporte , ) par
la ſimple raiſon, plus cette raiſon, nous per
ſuade qu'il était enthouſiaſte de bonne foi , 8c
un bon homme qui avait la faibleſſe. de vou-W'
L 4 r
/
R8- MURALE
._...__ loir faire parler de lui , 6E qui \faimâit par
Chap. les prêtres de ſon tems.
XXXL”. Nous n'en pouvons juger que par ce quis
été écrit de ſa perſonne. Enfin, ſes panégi
riſtes. le repréſentent comme un juſte- Ses
adverſaires ne lui imputent d'autre crime que '
d'avoir ameuté deux mille hommes; 8c cette
accuſation ne ſe trouve que dans un livre
rempli d'extravagances. Toutes les vraiſem
blances ſont donc, qu'il n'était point du tout
malfailànt, &z qu'il ne méritait pas ſon ſu
plice.
Les Franc-penſants inſlſtent, ils diſent, que
puiſqu'il a été puni par le ſuplice des voleurs,
il fallait bien qu'il fût coupable au moins de
flllelque attentat contre la tranquilité publi
que.
Màis que Pon conſidère quelle foule de
gens de bien les prêtres outragés ont fait mou
tir. Non ſeulement ceux qui ont été- en
butte à la rage des prêtres ont été perſécutéà
'par eux, en tout pays, excepté dans l'am
tienne Rome. Mais les lâches magiſtrats ont
prêté leur voix 8c leurs mains à la vengeance
ſàcerdotale , depuis Priſcillien juſqu'au martire
des \ix èeut perſonnes immolées ſous notre
D E# J ES U. r 169‘
irifâmc Marie: 8c on a 'continué ces maſià
cres juridiques chez ;nos voiſins. Que de Chap; "
ſupplices &T .Æaſſaffinatsl les échaffauds , les xxxm.
gibets n'ont -ils pas été dreſſés dans tout.e
PEUrope pour quiconque était accuſé par des
prêtres? Quoi !r nous plaindrions Jean Hus,
Jérome de Prague, l'Archévêque Cranmer,
Dubourg , Server 8ze. , & nous ne plaindrions
pas Jeſu ! .
Pourquoi le plaindre? dit-on, il a établi
une ſecte ſanguinaire qui a fait couler plus
de ſang que les guerres les plus cruelles de
peuple à. peuple n'en ont jamais répandu.
Non ; ſoſe avancer , mais avec les hommes Ieſu ne
voulut. ja.
les plus inſtruits 8c les plus ſages, que Jeſu mais fon.
n'a jamais ſongé à fonder cette ſecte. Le der une
ſecte mou—.
chriſtianiſme , tel qu'il a été 'dès le tems de vellc.
Conſtantin, eſt plus éloigné "de Jeſu que de
Zoroaſtre ou dc Brama. Jeſu eſt devenu le
prétexte de nos doctrines ſantaſques , de nos
perſécutions , de nos crimes religieux; mais
il n'en a pas été l'auteur. Pluſieurs ont re
gardé Jeſu comme un médecin Juif que des
charlatans étrangers ont Fait le chef de leur
pharmacie. Ces charlatans ont voulu faire
croire qu'ils avaient pris chez lui leurs poiz
&70 MORALE DE JESU;
______' ſons. Je me ſtatte de démontrer que Jefiſ
Chap. n'était pas chrétien , qu'au contraire il aurait
xnfflffl- condamné avec horreur notre chriſtianiſme
tel que Rome l'a fait; Chriſtianiſme abſurde
8c barbare, qui avilit l'ame &c qui fait mou
rir le corps de faim , en attendant qu'un jour.
l'un.8z l'autre ſoient brulés de compagnie pen
dant l'éternité. Chriſtianiſme qui , pour enri
chir des moines 8c 'des gens qui, ne valent
pas mieux, a réduit .les peuples à la mendi
cité , 8c par conſéquent à la néceſſité du crime’;
Chriſtianiſme qui expoſe les Rois au premier
dévot aſſaſſin qui veut les immoler à la ſainte
Egliſe; Chriſtianiſme qui a dépouillé l'Euro- '
pe pour entaſièr dans la maiſon de la Madone
de Lorette, venue de Jéruſalem à la marche
d'Ancone parles airs , plus de tréſors qu'il n'en
- faudrait pour nourrir les pauvres de vingt ro
yaumes ; Chriſtianiſme enfin qui pouvaitcon
foler la terre 8c qui l'a couvefto de ſang , de
carnage 8c de malheurs innombrables de tou.
. ce eſpèce.
' /

*WW

. CHA—
‘\\,
, YŒ- W “ 17x*
c HA P 1la TR
' D: E 'de'zxarxzr/ë.
religion Jeſu. "l .

N s'en rapportant aux ſeuls Evangiles ,


n'eeſt-‘il pas de la plus grande.évidence '
que Jeſu nâquit d'un Juif 8c d'une Juive,
qu'il fut-circoncis comme Juif , qu'il fut b-a-.
tiſé' comme Juif, dans le Jourdain , du batême
de juſtice' par le 'JuifJ-ean , à la manière Jui
've , qu'il allait au temple 'Juif ,‘ qu'il' ſuivait
tous les rites Juifs , qu'il obſervairlesqabatr
8c toutes les fêtes Juives , 8c qu'enfin il- mou-'
rùt Juif. ” . ‘ . ‘ '
, Je dis plus; tous ſes 'diſciples furent conſ- (èeſiâzſä

tamr'nentJuifs. Aucun de ceux qui ont écrit P195 5435 .


l'es Evangiles n'oſe faire dire à Jeſu- Chriſt Ëîäſä,
.qu'il veut abolir la loi de Moïſe. Au con--ÜÏQW
traire ils -lui-font dire: Je ne ſui: pa; venu
algſſbudre lu loi, mai: Paccomplir. 'Illldit danſ

un autre endroit: N'ont—ils pas la loi' &les


prophètes ? Non ſeulement je défie qu'on trou
ve un ſeul paſſsge Où il' ſoit dit que Jelu re
nonça à la religion dms laquelle il naquit;
mais je défie qu'on puiſſe en tordre , en cor
172 RELjIGPON
rompre un ſeul, d'où .l'on puiſſe raiſonnable
Chap. ment inſérer qu'il voulût établir un pulte nou
xxxiv. veau ſur les ruines du Judaïſme. '
Liſez les Actes des apôtres. Bolingbrokc ,
Colins , Toland 8c mille autres diſent que c'eſt
un livre farci de menſonges , de miracles ridir
cules., de contes ineptes , Æanacroniſmes,
de contradictions ,comme tous lesautres livres
Juifs des tems antérieurs. Je l'accorde pour
un moment. Mais c'.eſt par cette raiſon là
même que je le propoſe. ' Si dans ce livre où.
Porſoſe rapporter , ſelon ‘vous , tant de fauſſetés,
?auteur des Actes n'a jamais oſé dire que
Jeſu ait inſtitué une religion nouvelle', ſi l'au
teur de ce livre n'a jamais été aſſez hardi
pour dire que Jéſu fût Dieu, ne faudra
t- il pas convenir que notre Chriſtianiſme d'au—
jourd'hui eſt abſolument contraire à la religion
de Jeſu, 8c qu'il eſt même blaſphêmaroire?
Tranſportonsqious au jour de la Pentecôte
où l'on fait deſcendre l'eſprit , ( quel que ſoit
cet eſprit ) ſur la tête des Apôrres en langues
de feu dans un grenier. Faites réſtexion (eu
lement au diſcours que l'auteur des Actes fait
tenir à Pierre , diſcours qu'on regarde com
me la première Profeſſion de foi des Chré
'\

DE JESU. 'x73
'tiens. Vous me dites que c'eſt un galimatias: ____
mais à travers ce galimatias même voyez les Chap.
traits de la "vérité ' ' XXXIVŸ
D'abord Pierre cite le prophète Joel qui
a dit: Je répandrai mon eſprit ſur toute chair.
Pierre conclud delà, qu'en qualité de bons
Juifs lui 8c ſes compagnons ont reçu l'eſprit.
Remarquez ſoigneuſement ſes paroles. '
Vous ſil-vez que Jeſu de Nazareth étai: un
homme que Dieu a rendu célébre par le: 'vertus
U par le: prodigef”que Diiu a fait: par lili.
un Remarquez ſurtout la valeur de cesvoilà
mots,
homme que Dieu a rendulcélêbre; un

aveu bien authentique que Jéſu ne pouſſa ja


'mais le blaſphême juſqu'à ſe dire participant
réellement de la divinité, 8: que-ſes diſciples
étaient bien loin. d'imaginer ce blaſphême.
Dieu l'a rfflidſcité en arrêtant l” doulcui-"de
l'enfer , 89%. C'eſt donc Dieu qui a reſſuſcité
un homme; ‘ '
C'ejZ ce ſéſu que Dieu a-rqfliifcílé, E9' aprés
qu'il a été élevé par la pnffliïn'ce de Dieu Êïc.
Obſervez que dans tous ces paſſages Jeſu
eſt un bon Juif, un homme juſte' que Dieu
a protégé , qu'il a laiſſé mourir à la vérité pu
'bliquement du dernier ſupplice, mais qu'il
a reſſuſcité ſecrétement.
.174 RELIGION
_____. En ce même tem: Pierre E9” Jean montaienï
Chap. au temple pour la prière d( la neuvième heure. ‘
WWW. ' Voilà qui démontre ſans replique que les
, . apôtres perſiſiaient dans la religion Juive com
.me Jeſu y avait perſiſté.
Moïſe a dit ànor pire!, le Seigneur 'votre
Dieu' vou: ſuſcitent d'entre vo: frère: un pro
phète comme mai, écoutez - le dan: tout ce qu'il
.vous dira.. . .. .. Quiconque rfécoutera pas ce
.Prophète ſera exterminé du milieu du peuple.
Fuſe, J'avoue' que Pierre à qui on fait tenir ce
*Îïïïífflïs . diſcours, rapporte .très-mal les paroles du
Ïzieljä,, Deuteronome attribuées à Moïſe. ll n'y a
:Ïîäïflï point dans le texte du Deuteronome: qui
dam, à .conçue nÏ-'courera pas ce prophète ſera extermine'
&Pïfflïſ du milien du peuple. l ,
.Pavouë encor qu'il y a plus de trente tex
-tes de. l'ancien Tefiai-nent qu’on a falſifiés
dans le nouveau, pour les faire cadrer avec
ce qu'on y dit de Jeſu; mais cette falſifica
.tion même eſt une preuve que les diſciples
, .de Jeſu ne le regardaient que comme un pro
.phête Juif. Il eſt vrai qu'ils appellaient quel
h quefois Jeſu fils de Dieu; ê; l'on n'ignore
.pas que fil: de Dieu ſignifiait homme juſte, 6c
_fils de Béliahſiomme injuſte. Les ſavants diſent
DEJESU. i7;
' qu'on s'eſt- ſervi de cet équivoque pour attri
buer dans la ſuite la divinité à .leſu—Chriſt.
On prend à la vérité le nom de .fils de Dieu
au* propre dans l'lîvangile attrib/ue' à Jean.
Auſſi eſt -il dit que cette expreſſion fut regar
dée en ce ſens comme un blaſpliême par lc .
grand prêtre.
Lorſqu'Etienne parle au peuple avant d'ê
\x

trelapidé, il lui di't: ,Quel qi le propbi”


que vo: pire: :ſont pa: perſécuté? Vous avez
me' tous ceux qui vou: prédzjſaient la venue du
juſte dan: vous avez été proditoirement les ho
micide). Etienne ne"donne à Jeſu que le
nom de juſte , il ſe garde bien de l'appeller
Dieu. Etienne en mourant ne renonce point
à la religion Judaïque; aucun apôtre n'y re
nonce; ils bat'iſaient ſeulement. au nom de
de .leſu, comme on batiſait au nom de Jean
du batême de juſtice.
Paul, lui-même, qui commença par être va
let de Gamaliel 8c qui finit par être ſon en
nemi; Paul, que les Juifs piétendent ne
s'être brouille avec Gamaliel que parce que
‘ce prêtre lui avait refuſé ſa fille en mariage;
Paul, qui après avoir été ſatellite de Gama
liel 8c avoiï perſécuré les diſciples de Jeſu,
176 RELIGION'
ſe mit lui- même de ſa propre autorité au
Chap. rang des Apôtres , Paul qui était ſi enthou
xxxlvi' ſiaſte 8c ſi emporté, regarde toujours Jeſu
Chriſt comme un homme; il eſt bien loin
de l'appeller Dieu, il.ne dit en aucun en
droit que Jeſu' n'ait pas été. ſoumis à la
loi Juive; Paul lui-même fut toujours juif
'Jc n'ai péché (*) , dit-il au proconſul Feſtus ,
'ni contre la loi Juive , ni .contre le temple. Paul
va ſacrifier lui-même dans le temple pendant
.ſept jours: Paul circoncit Timothée fils'd'un
payen 8c d'une fille de joye. '
Le vrai Juif ( j), dit-il dans ſon Epitre
'aux Romainsſi ç/Z celui qui ejl Juif intérieure
ïment. En un mot, Paul ne fut jamais qu'un
'Juif' qui ſe mit au rang des partiſans de Jeſu
î contre les autres Juifs. Dans tous les paſſa
-ges où il parle de Jeſu-Chriſt, il le préco
niſe toujours comme un bon Juif à qui Dieu
'S'eeſt communiqué', que Dieu a exalté, que
-Dieu a mis dans ſa gloire. Il eſt vrai que
-Paul- place Jeſu, tantôt immédiatement au
‘- deſſus deSAnges tantôt au deſſous. Que pou
-vons—nous en conclure , que l'inintelligible
"Paul eſt un Juif qui ſe contredit.
Il
P) AQ. czuzzxxnr; Chap. Il.
l

‘ DE JESU. S77
Il eſt très-certain .que les p'remiers diſci- '
ples de Jeſu rfétaient autre choſe qu'une ſecte Chap.
particulière de Juifs, .comme les Viclefiſtes xztxlv.
:ſont été parmi nous qu'une ſecte particulière.
Il fallait certainement que Jeſu .ſe fût fait ài
mer de ſes diſciples, puiſque pluſieurs années
après .la mort de Jeſu ceux qui embraſſérent
ſon parti écrivirent cinquante- quatre Evangiz
les , dont quelqucs- uns ont été conſervés en'
entier» dont. les autres ſont connus par de
' longs ſragmens , 8c quelques - uns cités ſeu
lement par les .pères de l'Egliſe. Mais ni '
dans ces citations, ni dans ces ſragmensa ni
dans aucun des Evangiles entièrement conſer- .
vés , la perſonne de -Jeſu n'eí'c jamais annon
céequ'en
8 répandu qualité
les plusd'un juſte graces.
ſur lequel Dieu,
grandes l
Il n'y a quel'Evangile attribué à Jean,
Evangile qui eſt probablement le dernier de
tous , 'Evangile évidemment ſalſifié depuis,
dans lequel on trouve des paſſages concernant
la divinité de Jeſu. On indique dans .le
premier chapitre qu'il eſt le verbe, 8c il eſt
clair que ce premier chapitre fut compoſé
dans des tems poſtérieurs par un Clirétien
M
z”' RELIGION
platonîcien. Le mot 'de verbe ,' Lagos ayant
Chap. été abſolument inconnu à tous les juifs.
xxxiv. Cependant cet Evangile de Jean fait dire
poſitivement à Jeſu , Je monte a' mon pire qui
el! votre père. A mon Dieu qui ej! votre Dieu.
Ce paſſage contredit tous' les paſſages qui
pouraient faire regarder Jeſu comme un Dieu
homme. Chaque Evangile eſt contraire à
lui-même 8c contraire aux autres. Et tous l
ont été , dit-on, falſiſiés ou corrompus par'
les copiſtes.
On falſiſia bien davantage une Epïtre at
tribuée à ce même Jean. On lui fait dire
qu'il): en a trois qui rendeni témoignage dans le
ciel, le pére, le verbe E9” Peflarit ſaint , CÊÎ ce:
trois .ſont un,- EO' il y en a trois qui rendent
témoignage .ſur la terre, l'eſprit, Peau &c le
ſang , 8c ces trois ſont un.
Il a été prouvé que ce paſſage avait été ajou
te' à 1'.Epître de Jean vers le ſixiéme ſiècle.
Nous dirons un mot dans un autre .chapitre
des énormes falſifications que les Chrétiens
ne rougirent pas de faire, 8c qu'ils appelle
rent .des fraudes pieuſes. NouS ne voulons"
ici que faire toucher au doigt la vérité de
tout ce qui concerne la perſonne de _leſu, 8c
DE JESU. 179
Faire. Voir clairement que lui 8c ſes premiers Ëí

diſciples ont toujours été conſtamment de la Chap.


religion des Juifs. Diſons en paſſant qu'il eſt XXXW
démontré par là , que c'eſt une choſe auffi
abſurde qdabominable à des Chrétiens de
bruler les Juifs qui ſont leurs pères. Car les
.Tuifs envoyés aux buchers ont dû dire à leurs
juges infernaux. MOn/fret, nou: flamme: de la
religion de votre Dieu , nou: faiſons tout ce quo
'votre Dieu a fait. Et vous nous brulez!

~
CHAPITRE XXXV
Des mœurs de .ſefu , :le Pétablrflêment de ID
ſecte de Jeſu EF du cbrj/lian,ſîna.

Es Plus g rands ennemis de Jeſu doivent


.
convenir qu'il avait la qualité très-tare
de s'attacher des diſciples. .On dacquierc
point cette domination ſur les eſprits ſans des.
talenà, ſans des mœurs exemptes de vices hon
teux. Il faut ſe rendre reſpectable à ceux
.qu'on veut conduire; il eſt-impoſſible de ſe
ſaire croire quand on eſt mépriſe. Quelque
choſe qu'un ait écrit de lui , il fallait qu'il
M 2
180 MOEURS.
/
eût de l'activité, de la force, dela douceur,
Clint). de la tempérance , l'art de plaire, 8c, ſurtout,
xxx V.. . de bonnes mœurs. J'oſerais .l'appeller un So- .
crate ruſtique , tout deux prêchzuit la morale ,
tout deux ſans aucune miſſion apparente ,.
tout deux ayant des diſciples 8c des ennemis ,
tout deux diſant des injures aux prêtres , tout
deux .ſuppliciés 8zzditriniſés. Socrate mourut .
en ſage.- .Jeſu eſt peint par ſes diſciples com
me craignant la mort. Je ne ſais quel écri
vain à idées creuſes 8c à paradoxes contra
dictoires, s'eſt aviſé de dire en inſultant le
Chriſtianiſme, que Jeſu était niort en Dieu.
A—t-'il vu mourir des Dieux? Les Dieux
meurent-ils? Je ne crois pas que l'auteur
de tant de ſatras ait jamais rien écrit de plus
abſurde; 8c .notre 'ingénieux Mr. Walpole a
bien raiſon d'avoir écrit qu'il le mépriſe.
'll ne paraît pas que Jeſu ait été marié ,
quoique tous ſes diſciples le fuſſent, &ë quo.
chez les Juifs ce fût une eſpèce d'opprobre
de nec pas Fêtre. La plûpart de ceux qui
?étaient donnés pour prophètes .vécurent ſans
femmes, ſoit qu'ils vouluſſent s'écarter en \OUT
de l'uſage Ordinaire., ſoit parce qkſffmbïñffiîït
une profeſſion qui] les expoläítztoklſlouſï .à L*
æ

DE .IESUX "x81
haine , à la perſécution , à la mort même, 8c _____
qu'étant tous pauvres , ils trouvaient ra- Chap.
rement une femme qui oſât partager leur xxx"
.misère 8c leurs dangers. '
Ni Jean le batiſeur, ni .Ïeſu rŸeurent de
femme; du moins à ce quïon croit', ils s'a
donnèrent tout entiers à la profeſſion qu'ils
îembraſsèrent; 8c ayant été ſuppliciés comme
la plûpart des autres prophètes , ils laiſièrent
après eux des diſciples. Ainſi Sadocavait for
gé les Saducéens. Hilleſétait le père des Pha
. riſiens. On prétend qu'on nomm"éaludas fut
'le principal fondateurdeiæ Eſſeniensffäu tems ' - .
même des Maccabées , les Récabîtes encor- plus
auſtères que les Eſſeniens étaient les plus an
. ciens de tous.
Les diſciples de Jean S'etablirent vers l'Eu
rphl-ate 8c en Arabie, il y ſont encore. Ce
ſont eux qu'on appelle par corruptiofi les
Chrétiens de St. Jean. (*) Les actes des apô— Îehäéeïäſiï
tres racontent que Paul en rencontra pluſieurs
'à Ephèſe. Il leur demanda qui leur avait
conferé le St. Eſprit. Nous n'avons jamais
'entendu parler de votre ſaint-Eſprit , lui ré
M 3
182 MOEURS
pondirent-ils. Mais quel batême avez-vous
Chap.- donc reçu? Celui de Jean; Paul les aſſura
333V- que celui de Jeſu valait mieux. Il faut qu'ils'
n'en aient pas été perſuadés: .car ils ne re
gardent aujourd'hui Jeſu que comme un ſim
ple diſciple de Jean. '
Leur antiquité 8c la différence entre eux
8c les Chrétiens ſont aſſez conſtatées par la
formule de leur barème; elle eſt entièrement
Juive' 9 .la voici. Au nom du Dieu antique pu,ſl
_ſant , qui eſt avant la lumière E5" qui fai! ce que
.nous faiſons.
55,51… Leggiſciples de Jeſu reſtètent quelque tems
dc Fïſïl- en .Îudéeg mais étant pourſuivis ils ſe re
tirèrent dans les villes de l'Aſie mineure 8c
de la Sirie où il Y avait des Juiſs. Alexan
drie s Rome même étaient remplies de cour
tiers Juifs, Les diſciples de Paul, de Pierre,
de Barnabé allèrent dans Alexandrie 8c dans
Rome. '
Juſques là nulle trace d'une religion nou
velle. Les ſectateurs de Jeſu ſe bornaient a
z dire aux Juifs; vous avez'fait cruciſier notre
.maître qui était un homme de bien. Dieu
.l'a reſſuſcité , demandez pardon à Dieu. Nous
ſommes Juifs comme vous p circonc"is comme
DE JESU. 18g
vous , fideles comme vous à la loi Moſaïque,
ne mangeant point de cochon, point de bou- Chap.
din, point de lièvre parce qu'ils rumine 8c xxxv.
qu'il n'a' pas,le pied fendu (quoiqu'il ait le
pied fendu 8c qu'il ne rumine pas) mais nous
vous aurons en horreur juſqu'à—ce que vou:
conſeſliez que Jeſu valait mieux que vous, 8c
que vous viviez avec nous en frères.
La haine diviſait ainſi les Juifs ennemis de
Ieſu 8: ſes ſectateurs. Ceux—ci prirent enfin le
nom de Chrétiens pour \è diſtinguer. Chré
tien ſignifiait ſuivant d'un Chriſt, d'un oint D
d'un Meſſie. Bientôt le shiſrne éclata entre
eux ſans que l'Empire Romain en eût la moin
dre connaiffiince. C'était des hommes de la
plus vile populace qui (è battaient entre eux
pour des querelles ignorées du reſte de la
terre.
Séparé: entièrement des Juifs , comment
les Chrétiens pouvaient-ils ſe dire alors de
la religion de Jeſu? Plus de circonciſion,
excepté à Jéruſalem; plus de cérémonies Ju
daïques, ils Ïobſervèrent plus aucun des ri
tes que Jeſu avait obſervés; ce ſut un culte
abſolument nouveau.
Les Chrétiens de diverſes villes écrivirent Cbrëtiïi
M f ne mons
:M, MOEURS
leurs Evangiles qu'ils Îcachaient ſoigneuſement
Chap. aux autres Juifs , aux Romains , au? Grecs;
XXXv- ces livres étaient leurs myſtères ſecrets. Mais
I quels myſtères , diſent les Franc-.penſantsi
vangflesà un ramas de prodiges &c de contradictions ;
Pfflomœ- les 'abſurdités de Matthieu , n.e ſont point cel
ÎÊS de 163D 9 &: celles de -lean ſon differentes
de celles de Luc. Chaque petite ſocieté
chrétienne avait ſon grimoire , qu'elle ne
montrait qu'à ſes initiés. C'était parmi les
Chrétiens un crime horrible de laiffer'voir
leurs livres à d'autres. Cela eſt ſi .vgai qu'au
cun auteur Romain, ni Grec , parmi les Paiensr
pendant quatre ſiècles entiers n'a jamais parlé
‘ CFEvangiles. La ſecte chrétienne déſendait
très-rigoureuſement à ſes initiés de montrer
leurs livres, encor plus de les livrer à ceux
qu'ils app-allaient profanes. lls faiſaient ſubir
de longues pénitences à quiconque de leurs
frères en faiſait part à ces infideles.
Le shiſme des Donatiſtes a comme on fait,
arriva' en 305. à l'occaſion des Evêques ,
Prêtres 8c Diacres qui avaient livré les Evan
giles aux officiers de l'Empire ; on les appeller
traditeurs 8c de là vint le mot traître. Leurs
œnfrèïes voulurent les punir. On aſſemble:
D E J E S U. da;
le concile de Cirthe, dans lequel il y eut les
plus violentes querelles , au point qu'un E7 chap.
vêque nommé Purpurius, accuſé d'avoir aſſaſ- XXXV
ſiné deux enfans dc ſa ſoeur, menaga d'en
.faire autant aux Evêques' ſes ennemis (‘*)
On voit par là qu'il futimpoffible aux Em
pereurs Romains d'abolir la religion Chrétien
ne, puiſqu'ils ne la connurent qu'au bout. de
trois ſiècles. ' ' '

CHAPITRE XXXVI. \

Fraude: innombrables Je: Chrétiens.

Endant ces trois ſiècles, rien ne fut plus Fſlüçleï


pneuſesin q
aiſé aux Chrétiens que de multiplier ſe: Hembra_ ‘
crétement leurs Evangiles juſqu'au nombre de 51°5
cinquante — quatre. ll eſt même étonnant qu'il
n'y en ait pas eu un plus qgrand nombre.
' Mais en récompenſe avoüons qu'ils s'occupè—
rent continuellement à compoſer des fables ,
à' ſuppoſer de fauſſes prophéties, de ſaulï
' ſes ordonnances , de fauſſes aventures , à fal
fifier d'anciens livres, à forger des martires
(t) Hifi. Ecçl. Liv, 1x.
186 FRAUDES
8c des miracles. C'eſt ce qu'ils appellaient
Chap. des fraudes pieuſes. La multitude en eſt
!XXvI- prodigieuſe. Ce ſont les Lettres de Pilate “a
Tibère 8c de Tibère à Pilate; des Lettres
de Paul à Sénèque 8c de Sénèque à Paul;
une hiſtoire de la femme de Pilate; des Let
tres de Jeſu à [un prétendu Roi dÏEdeſſe;
Je ne ſais quel édit de Tibère pour mettre
.Ïeſu au rang des Dieux; cinq ou ſix Apo
calipſes reſſemblent à des rêves d'un malade
qui a le tranſport au cerveau; un Teſtament
des douze Patriarches qui prédiſent Jeſu
Chriſt 8c les douze Apôtres. Le Teſtament
de Moïſe . le Teſtament d'Enoc 8c de Jo
Eph; l'aſcenſion de Moïſe au ciel , celle d'A
braham, d'Elda , de Moda, d'Elie , de So
phonie 8Ce. Le voyage de Pierre, l'Apo
calipſe de Pierre p les Actes de Pierre, les
récognitions de Clément à mille autres.
On ſuppoſà, ſurtout: des conſtitutions, des
décrets apoſtoliques , dans .leſquels on ne man
que pas de dire que les Évêques ſont au deſ
ſus des Empereursd . _
On pouſſa l'impudence juſqu'à ſuppoſer des
vers Grecs attribués aux Sibilles qui ſont rares
par l'excès du ridicule.
DES CHRETIENS. 187
Enfin les quatre premiers ſiècles du Chriſ
tianiſme n'offrent qu'une ſuite continuelle de Chap.
fauſſaires qui n'ont guères écrit que des œu- ŸXXVÏ.
vres de menſonge. Nous l'avoüons avec dou- Trois
leur; c'eſt de ces menſonges que les prêtres ÊËÏŸÎÆË*
Chrétiens nourrirent leurs petits troupeaux. fauſſaircs.
Ils le ſavent bien , les Abadie 6c les autres
écrivains à gages qui pour obtenir quelque pe
tit bénéfice de l'Archévêque de Dublin en
graiſſé de notre ſubſtance , eſſaient encor de
juſtifier, s'il eſt .poſſible, ' . lespyſectes Chré;
tiennes. lls n'ont rien à répondre à ces accu
ſations terribles , auſſi niy ont-ils jamai: ré
pondu. Et quand ils ſont forcés' d'en dire
-quelques mots, ils paſſent rapidement ſur
toutes ces faffifications, ſur ces crimes de faux
.des premiers ſiècles , ſur les brigandages des
conciles , ſur ce long amas de fourberies. lls
font comme les délèrteurs Pruſſiens qui cou
rent de toutes leurs forces quand ils paſſent
par les verges, afin d'être .un peu moins
ſouſétés. . .
Il ſe rejettent enſuite au plus vite ſur les
prophéties, .comme dans -un déſert couvert
tfépines 8: de bruières , dans lequel ils croyent
qu'on ne pourra pas les ſuivre; ils. penſent s'y
188 FOURBEZRIES."
ſauver à la faveur des équivoques. Si un Pa#
Chap. trial-che nommé .Iacob a dit que Juda (a)
XXXvI. lieraitſon ânon à la vigne, ils vous diſent
, que jeſu eſt entré dans Jéruſalem ſur un âne ,
8c ils prétendent que l'ânon de Juda eſt une
.prédiction de l'âne de Jeſu.
Si Eſaïa (b) dit qu'il fera un enfant à
la prophêteſſe ſa femme, ' &C que cet enfant
s'appellera Maher ' Sal- al- as-bas, cela veut
dire que,Marie de Bethléem étant vierge ae
eouchera de l'enfant Jeſu. '
Si le même Eſaïa (c) ſe plaint qu'on ne
l'écoute pas , s'il &compare à une racine dans
'une terre ſéche , s'il dit qu'il n'a nulle répu
tation , qu'il eſt regardé comme un lépreux ,
' qu'il a été frapé par les iniquitës du peuple ,
qu'il eſt mené à la boucherie comme une
brebis Bec. tout cela eſt apliqué à Jeſu.
J'ai lû dans le Teſtament .du célèbre Curé
Meſtier qu'en expliquant ainſi les ouvrages
de ceux qu'on appelle Nabi, prophètes
chez les Juifs , il y avait trouvé toute l'hiſ
toire de Don Quichote clairement prédire.

(a) Genèſe Chap. XLIX. Ÿ. [l, .Ji


(b) Eſaie: Chap. VIII. ÿ J.
(c) Chap. LllI.
FOURBERIES. 189
Remarquons que ce Curé le plus charitable ._____.'
des hommes 8c le plus juſte , a demandé par- Chap.
don à Dieu en mourant d'avoir accepté un XU"
emploi dans lequel on eſt obligé de tromper
les hommes. [l'a conſigné dans un gros Teſ
tament les -motifs de ſon repentir , *c'eſt un
fait connu 8c avéré ', mais l'opinion d'un Curé
.Picard n'eſt pas une preuve pour un Anglais»
il m'en faut d'autres encore.
Les premières ſont les erreurs 8c les Fauſ- Fang-M
ſes citations qui ſe trouvent dans les Evan- “WTO
. . . . . en Luc.
giles. St. .Luc dit (*') que Cirémus était
gouverneur de .Syrie quand Jeſu naquit. Cet
te fauſſeté eſt reconnue de tout le monde;
on ſait que le gouverneur était Quintilius
Varus. Voilà, dit- on , un des plus groſſier:
menſonges, &c des plus avérés 'dont on ait ja
- mais ſouillé l'hiſtoire. ll ſuffirait ſeul pour
décréditer tous les Evangiles, &- pour dé
montrer qu'i.ls ne furent écrits que longtem's
après, par des fauſſaires ignorans. C'eſt pré
ciſément comme ſi un de nos Pamphleters
écrivait que la bataille de Bléheim qui a ſi
gnalé le règne de la Reine Anne , s'eſt don
née ſous le règne de George premier- J'avoue
.
(4) Luc. Chap. I. j. 8( I*
190 PROPHETIES..
que je ſuis accablé de ce menſonge, 8:
Chap. que le plus effronté, ou le plus imbécile
XXXVL commentateur, fût—ce un Calmet, ne peut
le pallier.
com…. Matthieu dit (*‘) que lafuite de Jeſu en
dictiffl" Egypte a été prédire par Oſée , (f) &z ſelon
Luc il n'alla jamais en Egypte.
Matthieu dit que Jeſu habita à Nazareth
pour accomplir la prophétie qui aſſure qu'il
fera appellé Nazca-c'en; 8c cette prophétie ne
ſe trouve nulle part.
Mylord Bolingbroke ne ceſſe de dire dans
ſon Examen [important, que tout eſt rempli
de pareilles prédictions, ou entierement ima
ginaire: , ou interprétée: comme celle: de Merlin
ê? de NQ/lra,lumur, avec une mauvaiſe foi qui
indigne , un ridicule qui fait pitié. Je ne
fais que rapporter ſes paroles, je ne les adop
te pas, c'cſt au lecteur à les peſer.
Fables. Les récits des miracles ne ſont pas moins
' extravagans, ſi l'on en croit tous les Franc
pcnlänts. Jérome écrit ſérieuſement qu'un
corbeau apporta tous les jours la moitié d'un
pain à l'hermite Paul dans le déſert de la Thé..
(s) Matth. CliapJL v. 14. 8c i5.
(7 j ore: Chap. x11. z. z.
PROPHETIES. :9:
Baïde pendant quarante .années , que le cor
beau apporta un pain entier le jour que l'her- chap.
mite Antoine vint rendre viſite à l'hermite xxxvl.
Paul, 8z que Paul étant mort "le jour. ſuivant ,
. il vint deux lions qui creusèrent la foſſe avec
leurs ongles. Saint Pacome allait faire ſes vi
ſites .monté ſur un crocodille.
L'hiſtoire des martyrs eſt encor plus mer Marty-SE."
veilleuſe. Le préfet de Rome fait cuire le
diacre Laurent ſilr un gril de ſix pieds de
long. Ste. Potamienne, pour n'avoir pas voulu
coucher avec le Gouverneur d'Alexandrie ï
eſt bouillie dans de la poix réſine 8c en ſort
avec la peau la plus fraiche 8c la plus blan
che, qui dût inſpirer de nouveaux déſirs au
Gouverneur. Sept demoiſelles chrétiennes de
la ville d'Ancire, dont la plus jeune avait
ſoixante 8c dix ans, ſont condamnées à être
violées par tous les jeunes gens d'Ancire,' ou
plutôt ces jeunes gens ſont condamnés à les
violer , 8c c'eſt là l'événement le plus natu
rel de leur hiſtoire. \‘
Tous les miracles des Chrétiens égalent
leurs martyres. Le plus terrible de ces mi
racles eſt celui qui eſt rapporté dans les actes
des Apôtres. Ils diſent qu'Anania 8c Sa
x92. zMrHAcLEs..
phira \a femme , deux proſélites de St. Pier
Chap. re, _moururent l'un après l'autre de mort
XXXvL ſubite pour n'avoir pas donné tout leur ar
\ ' gent aux apôtres. lls étaient coupables d'a‘
voir caché quelques shelings pour vivre 8c
de ne l'avoir pas avoué à St. Pierre. Quel .
miracle, grand Dieu, êz quels apôtres! /
Etrange: La plupart des autres miracles ſont plus
miracles.
plaiſans. St. Gregoire Thaumaturge, deſt
à-díre , .l'opérateur admirablfl, apprend d'a
bord ſon catéchilme de la bouche d'un beau
vieillard qui deſcend du ciel. A peine ſait
il ſon catéchiline qu'il écrit une lettre au dia
ble. Il la pole ſur un autel, la lettre eſt fi
délement portée à ſon adreſſe., 8c le diable
ne manque pas de faire tout ce que l'opéra
teur admirable lui ordonne. Les Payens irri
tés veulent le ſaiſir lui &Z ſon diſciple. lls ſe r
changent tout deux ſur le champ en arbres
8c échapent à la pourſuite de leurs ennemis.
On croira aiſement que les Chrétiens groſ
.10 firent à la fois le nombre de leurs martyres
&t celui de leurs rriiracles. Quels écrivains
de parti n'en: pas'exagéré tout ce qui pou
vait leur attirer la bienveillance publique?
On exagère pour le ſeul plaiſir d'être lû ou
écouté,
PROPHETIES.: 19;"
Écoute , à plus forte raiſon quand Penthou
fialrne &à l'intérêt. d'une' faction ſemblent au .Chap.
toriſer le menſonge. Mais les archives ſecre xxxvr. Y
tes des Chrétiens furent perdues depuis Pan
5'00. Le Pape Grégoire L. l'avouë dans ſa
ſeptième lettre à Euloge. On ne retrouvait
plus de ſon tems qu'ui1e très-petite partie
des actes des martyrs conſervés par Eusèbe..
Tout ce qu'on.a écrit depuis ſur les anciens'
martyrs 6c les anciens miracles .ne peut donc .
être qu'un recueil de fables. '*
'Qu'0n nous montre un ſeul miracle évíſi
demment prouvé , c'eeſt celui- là ſeul que nous
croiſons. Nous avons entendu parler de cinq
ou ſix cent miracles faits de nos jours en
France en faveur des convulſionn.aires'; la liſte
en a été donnée au Roi de France par un
magiſtrat qui lui-même était témoin de mi
racles , qu'en eſt-il arrivé ?' Le magiſtrat a
été enfermé comme un fou qu'il était, on
. Feſt moqué de ſes miracles à Paris 8c .dans
le reſtede l'Eur0pe. .
Pour conſtater les miracles , il' faut faire Manière
de con
tout le contraire de ce qu'on fait. à Rome ſtater un
quand on canoniſè un ſaint. On commence miracle.
par attendre que le ſujut \bit mort, Ô; on av.
z ' N- .
x94 FOURBERIES
, b|”-——
tend cent 'années au moins; après quoi lorſ
. Chap. que la famille du ſaint ou même la province
xxxvn qui ?intéreſſe à ſon apothéolë, a cent mille
écus tout prêts pour les frais de la chambre
apoſtolique , on .fait comparaître des témoins
qui ont entendu dire il y a cinquante ans à
de vieilles femmes qui le ſavaient de bonne
part , que cinquante ans auparavant le ſaint
en queſtion avait guéri leur tante ou leur
couſine d'un mal de tête effroyable , en -di
\änt la Meſſe pour leur guériſon.
Miracle 'Ce n'eeſt pas ainſi que l'on met l'œuvre dc
à Lon Dieu au deſſus de tout ſoupçon. Le mieux ,
dies.
ſans doute, eſt de s'y prendre comme nous
fimes en 1797. lorſque Fatio Duillier 8z le
bon homme Daudé vinrent chez nous des
montagnes du Dauphiné 8c des Cevennes a
vec deux ou trois cent prophètes au nom du
Seigneur. Nous leur demandâmes par que]
prodige ils voulaient prouver leur million.
Le ſaint Eſprit déclara par leur bouche qu'ils
étaient prêts de reſſuſciter un mort. Nous
leur permimes de choiſir le mort le plus
puant qu'ils puſſent trouver. Cette pièce ſe
joua dans la place publique en préſence des
commiſſaires de la Reine Anne, du régiment
I
*d
cHRET1E'NNE. 195
cles gardes &d'un peuple immenſe. Le ré
ſultat, comme on ſait, ſut de mettre les pré Chap. '
tendus reíſuſciteurs au pilori. Peut— être dans xxxvr.
.cent ans d'ici quelque nouveau prophète trou
vera dans ſes archives que ?enthouſiaſte Fatio
8c l'imbécile Daudé rendirent en effet un
mort à la vie, 8c qu'i]s ne furent piloriés
que par la perverfité -des mécréans qui ne
' ſe rendent jamais à l'évidence.
Les premiers Chrétiens devaient en' uſer
ainſi, 8c c'eſt ce que notre docteur Midla
ton a très-bien apperçu. Ils devaient ſe p'ré Miracles
que les
tenter en plein ſénat, 8c dire : pères conſcripts , premier:
ayez la bonté de nous donner un mort àchréricm
reſſuſciter; nous ſommes ſûrs de notre fait , devaient
faire.
quand ce ne ſerait qu'une couturière, com
me la couturière Dorcas qui rétabliſſait les
robes des fidèles 8c que ſaint Pierre reſſuſ
cita; nous voici prêts, ordonnez. Le ſénat
n'aurait pas manqué de mettre les Chrétiens
à l'épreuve ; le mort rendu à la vie par leurs
prières ou par un jet d'eau benite, aurait ba
tiſé tout' le ſénat de Rome, l'Empereur 8c
Plmpérarripe; 8c on aurait batiſé tout le peu
ple Romain 1ans la moindre difficulté. Rien
\fêtait plus aiſe' , plus ſimple. Cela ne s'eſi pas
N 2.
Ï9'6 PROGRES
—_________ fait, qu'on en diſe s'il ſe peut, la raiſon;
Chap. Mais qu'on nous diſe d'abord pourquoi la
XXXvÏ* religion chrétienne parvint enfin à ſubjuguer
l'Empire Romain avec des ſables qui ſem
ble aux Bolingbroke , aux Colins, aux To
. land, aux Volſtons, aux Gordons, ne méri
ter que Phorreur 8c le mépris. On n'en ſera
pas ſurpris ſi on lit les chapitres ſuivans. Mais
:il les ſaut lire dans l'eſprit d'un philoſophe,
homnre de bien , qui n'eſt pas encor illuminé.

CHAPITRE XXXVII.
D” cauflrr des progres du Chriſtianiſme. De
la _fin du momie Q9” de la Yaſyn-action an
noncée de ſon tems. '

. Ous n'avons parlé que ſuivant les faibles


principes de la raiſon. Nous continue
rons avec cette honnête liberté. La crainte 8c
Peſpérance d'un côté, 8c le merveilleux théo
logique de l'autre ont eu toujours un empire '
abſolu ſur les eſprits faibles; 8: de ces eſprits "
faibles il y en a parmi les grands, comme par
mij les lërvantes d'hotellerie.
4

DESCHRETIENS. "x97.
mort de Céſar,
ll s'éleva une opinion
dans ?Empire aſſez commune
Romain; après la Chap.

que le monde allait finir. Les horribles guer- \WWW


res des triumvirs , leurs preſcriptions , le ſac
cagement des trois parties de la terre alors
u . .
connues , ne contrrbuèrent pas peu à fortifier
cette idée chez les fanatiques. .
l Les diſciples de Jeſu en profitètent fi bien La fin 'du '
-
que dans un de leurs Evangiles cette fin du monde
fauſſe_
monde eſt clairement prédire , 8c l'époque en mem pré-,
eſt fixée à la fin de la génération contempo— dm" ‘
taine de Jeſu-Chriſt. Luc eſt le premier Par Lue
qui parle de cette prophétie , bientôt adoptée CÏÙQËL
par tous les Chrétiens. Il y aura des figues
dans la lune E9' dans les S'Miles , des bruits
Je la mer Re? des flot: , les hommes ſéchant Je
"crainte atte,ódront ce qui doit arriver à Punís
vc” entier. Les vertus de: cieux ſeront ébran
léer , QF alors il: 'verront le fil: de l'homme 11e..
grande
mm: dam* majcfle'. En avec
une nuée véritégrande
je vouspuiflanu
dis que la

génération preflnte ne paffiêra point que tout


cela ne s'acompl,flê. <
La tête illuminée de Paul effraya plus d'une Ëïÿ PW!
fois ſes drſclples de Theſſàlonique en enche- Tälêſſäfl
riſſant ſur cette prophétie. Nous qui vivons,
N3
x98 FRAUDES
_________e leur dit-il , E9* qui parlons, "Oüífiſûïlſ empor
Chap. té: au devant du Seigneur au milieu de: airs.
xxxvu' Simon Barjone ſurnommé Pierre , 8è
Par Píer- que Jeſu par une ſingulière équivoque nom
'e P L ma ,. dit—on, pour etre la pierre angulaire
E l ' A ' .

de ſon Egliſe , dit dans ſa première Epitre .


que la fin du monde approche, 8c dans la ſe
co'nde qu'on attend de. 1. uveaux cieux E9” une'
nouvelle terre. '
Par !can
La première Epitre attribuée à Jean aſſure
EP- I- que le monde eſt u' ſa derniere heure. Thadée ,
P,, judelude ou Juda voit le Seigneur qui va venir
dans
Epine.ſon - -
avec des m,ct,err -
de ſa,ntr -
pour juger les hom
m”.
Comme cette cataſtrophe n'arriva point dans
la génération où elle était annoncée , on re—
mit la partie à une ſeconde génération , 82:
puis 'a une troiſième. Une nouvelle Jéruſa—'
lem parut en effet dans l'air pendant pluſieurs
nuits. Quelques pères de l'Egliſe la virent diſ
tinctement; mais elle diſparaiſſait au point du
jour , comme les diables s'enſuyent au chant
du coq. tz

On remit donc les nouveaux cieux &t la


nouvelle terre pour une quatrième généra
' tion; 8c de ſiècle en ſiècle les Chrétiens at-.
ET PROGRES. x99 ‘
rendirent la fin de ce monde qui était fi pro— ____'__
chaine. ' Chap;
A cette crainte ſe joignait Peſpérance d'un XXXvU*
royaume des cieux que les Evangiles comparent
à de la moutarde, à des noces , à de l'argent
mis auſure. Quel était ce royaume? Ou était
il? Etait—ce dans les nuées où l'on avait vu
la Jéruſalem de Pikpqcxalypſe? Etait-ce dans
une des ſept planètes, ou dans un étoile .de la a
première grandeur, ou dans la voye'lactée,
à travers laquelle /notre vicaire Dérham a vû
le firmament? ‘
Paul avait aſſuré les Juiſs de Theſſaloni
que qu'il irait avec eux par les airs à ce fir
mament en corps 8c en ame. Mais il régnait
une autre opinion du tems de Paul 8c de Jeſu
…nain moins ſéduiſante , deſt qu'on reſſuſciterait
' pour entrer dans le royaume des cieux.
Paul avait beau dire aux . Theſſaloniciens Paul doit
qu'ils iraient droit au firmament ſans mourir; :ETF6'31"'
ils ſentaient bien qu'ils paſſeraient le pas tout en l'air.
comme les autres hommes , &Ôque Paul
mourait lui .- même; mais ils ſe ſtattaient
.de la réſurrection.
Cette eſpérance n'était pas une idée neuve; lléſutrcG-j
la métempſrcoſe était une eſpèce de réſur— “V”
. N 4
200 FRAUDES
Chap. rection. Les Egyptiens .ne faiſaient embauí
xxxv”, mer leurs corps que pour qu'ils reçuſlent un”
jour leur ame. La réſurrection eſt nettement"
annoncée dans l'Enéide. “ -.
Anima quilzur altero ſata
Corpora debentur [ath-ri url fluminis ûn'dani '.
Secure: latices Y langa oblivia potane. '
On diſputait déja dans Jéruſalem ſur cette '
réſurrection du tems de Jeſu. La choſe ri-'eſt
guères poſſlble aux yeux d'un (âge qui rai-i
ſonne; mais elle eſt conſolante pouïjun igno
rant qui eſpère 8c qui ne raiſonne pas. Il'
#imagine 'd'abord que ſa faculté de penſer 8c
de ſentir ira droit en paradis , où elle penſe#
ra 8c ſentira ſans organes. Enſuite il ſe fi-'
gure que ſes organes devenus une pouſſière
'diſperſée dans les quatre parties du monde,
viendront reprendre leur première forme dans'
des millions de ſiècles , trnverſcront tous les
globes céleſtes, qu'il ſera le même homme
qu'il était autrefois; qu'ayant penſé 8c ſenti
ſans corps pendant tant de ſiècles dans le pa—'
radis , il penſera 8c ſentira enfin avec ſon
corps, dont à la vérité il n'a nul beloinï'
maris qu'il aime toujours.
, Platon n'était pas ennemi de la réſiurrec-Û;
ET PROGRES. 201
tion; i1 fait' reſſuſciter Hérès pouhquinzè __,___.
jours, dans ſa république. Je ne ſais pas bien Chapù. .
poſitivement pour combien de tems Lazare xxxvl,ÏÏ
reſſuſcita. Mes compatriotes qui voyagent
dans les parties méridionales de France pou
ront aiſément s'en inſtruire: car Lazare alla
à Marſeille avec Marie Madelaine; 8c les'
moines de ce pays-là ont ſans doute ſon ex
trait morruaire.
Monſieur Bonnet d'ailleurs très eſiimable, Efrange
dans un-recueil de facéties appellées par lui imaginaz
tion de.
Palingénffie, paraît perſuadé que nos corps reſ Mr.
ſuſciteront ſans eſtomac, 8c ſans les parties de BCharles
Oflflefl
devant 8c de derrière, mais avec des Fibres
intellectuelles, 8c d'excellentes têtes. .le crois
celle de Monſieur Bonnet ſort bonne, mais
il faut la mettre avec celle de notre Ditton;
je lui conſeille quand il reffuſcitera , de deman
der encor plus de bon ſens, 8c des fibres en."
cor plus intellectuelles que celles qu'il eut en
partage de ſon vivant. Mais que Charles
Bonnet reſſuſcite ou non , Mylord Boling-—
brake, qui rfleſt pas encor reſſuſcité, nous
prouvait pendant ſa vie combien toutes ces
chimères tournaient la tête des idiots ſubju-
.dés par des enthouſiaſtes.

\
'n02 EitAuDEs
Il eſt utile .que les hommes croient un
Chap. Dieu rémunérareur 8c vengeur. Cette idée
xxxvrl. ?.n-courage la probité 8c ne choque po.int le
ſens commun: mais la réſurrection révolte tous
.les gens qui penſent , 8c encore plus ceux qui
calculent. C'eſt. une très-mauvaiſe politique
de vouloir gouverner les hommes par des fic
tions Car tôt ou tard les yeux s'ouvrent,
8c on déteſte d'autant plus \les erreurs dans
leſquelles on a été nourri, qu'on y a été aſ
ſervi davantage.
Dans les 'commencements la populace ſi:
livra en aveugle aux demi? Juifs , demi—Chré—
tiens , demi - Platoniciens qui avaient la fu
reur de faire de proſélites: fureur ſi chère .a ,
l'amour-propre. Des ignorants, diſciples d'i
gnorants en attirai'ent .d'autres au parti ; 8c les
femmes toujours bien dévotes 8c bien cré
dules ſe faiſaient chrétiennes par la même fai
bleſſe que (l'autre: ſe faiſaient ſorcières.
Cela ne ſuffiſait pas ſans doute , pour que
des ſénateurs Romains, des ſucceſſeurs de
Scipion, de Caron , de Métellus, de .Cicé
ron, de Varron s'embéguinaſſent d'un tel
conte du tonneau. Et en effet, il n‘y eut
preſque. aucun ſénateur juſqu'à Théodoſe qui
\

ET PROGRES. 20g:
embraſſât une ſecte ſi chimérique. Conſtan
tin même , lorſque l'argent des Chrétiens l'eut Chap.
fait Empereur, &lorſqu'il donna ouvertement xxxvu.
dans ce parti qui était devenu le plus riche ,.
fut obligé de quitter pour jamais Rome ,
dont le ſénat le haiffiiit , &z il alla établir le
Chriſtianiſme dans ſa nouvelle ville de Con
ſtantinople.
Il avait donc fallu pour que le Chriſtianiſï
me triomphât à ce point, employer *des refl
ſorts plus puiffiuis que cette crainte de la ſin
du monde, cette eſpérance d'une nouvelle
terre8c d'un nouveau ciel; 8c ce plaiſir d'ha-.
biter dans une nouvelle Jéruſalem céleſte.
Le Platoniſme fut cette force étrangère qui, Platoníl;
me.
appliquée à la ſecte naiſſante, lui donna de la
conſiſtance 8c de l'activité. Rome n'entra
pour rien dans ce mélange de Platoniſme 8c
de 'Chriſtianiſme Les .Evêques ſecrets de
Rome dans les premiers ſiècles, n'étaient que
des demi- Juifs' très - ignorans qui ne ſavaient
qtſaccumuler de l'argent; mais de la théolo
gie philoſophique, c'eſt ce qu'ils ne connurenc
pas. On ne compte aucun Evêque de Rome
parmi les pères de l'Egliſe pendant ſix ſiècles
entiers-. C'eſt dans Alexandrie devenue le
2045 FRAUDES
centre des ſciences que les Chrétiens dévin
Chap. rent des théologiens raiſonneurs, 8c c'eſt ce qui
xxxvIl. releva la baſſeſſe qu'on reprochait à leur ori-
gine; ils devinrent Platoniciens dans l'école
d'Alexandrie. .
l Certainement aucun homme de diſtinction,
aucun homme d'eſprit ne ſerait entré dans leur
faction, s'ils s'étaient contentés de dire: d .le
,, ſu eſt né d'une vierge , les ancêtres de ſon
a père putatif remontent à David par deux
a généalogies _entièrement différentes. Lorſ
3 qu'il .nâquit d.ans une étable , trois Mages
,, ou trois Rois, .vinrent du fonds de l'O
,, tient l'ad0rer dans ſon auge. Le Roi Hé
D 'rode , qui 'ſe mourait alors , ne douta pas que
a Jeſu ne ſut un Roi qui le détronerait un
,, jour , 8c il fit égorger tous les enfans des
1 villages voiſins, comptant que Jeſu ſerait
D envelopé dans le maſſacre. Sesparens, ſe
,, lon les Evangeliſtes qui ne peuvent mentir,
:d l'emmenèrent en Egypte , &c ſelon d'autres,
,, qui ne peuvent mentir non plus, il reſia
x e11 Judee. Son premier miracle fut d'être
ï emporté par lc diable ſur une montagne
,_, d'air l'on découvrdit tous les royaumes de
d la terre. Son ſecond miracle ſut de cl13Il‘
ET ËROGRES. ' zo;
d ger l.'eau en vin dans une nôce de payſans" '
D lorſqu'ils étaient déja ivres. Il ſécha par ſa Chap.
:d toute puiſſance un figuier qui ne lui appar- XXXvW
'J> tenait pas, parce qu'il n'y trouva point de
D fruit dans le tems qu'il ne devait pas en
.,, porter: car ce n'était pas le tems des fi
D gues. ll envoya le diable dans le corps
J) de deux mille cochons 8c les fit périr au
D milieu d'un lac, dans un pays où il n'y a
D point de cochons' Bec. &C- Et quand il eut
z fait tous ces beaux miracles, il fut pendu. “
Si les premiers .Chrétiens n'avaient dit que
cela, ils n'auraient jamais attiré perſonne à
leur parti; mais. ils s'envelopèrent dans .la
doctrine de Platon, 8c alors quelques demi
raiſonneurs les prirent pour des philoſophes. ' ſi

CHA P 1 TRE XXXVHL


Chrétien: , Platonicícnr , Trinité.

' ' Ous les métaphiſiciens , tous les th'ëolo_


giens de l'antiquité , furent néceſſaire
q ment des charlatans qui ne pouvaient Semen
dre. Le mot ſeul l'indique. Métapbſſtſiqrde au
!s

n06 CHRETIENS
,___ deſſus de la nature. Théologie connaiſſance
Chap. de Dieu. Comment connaître ce qui n'eſt
‘ xxxvul . pas naturel? Comment l'homme peut-il ſiz
voir ce que Dieu a penſé 8c ce qu'il eſt?
Il fallait bien que les métaphiſiciens ne diſſent
que des paroles, puiſque les phiſiciens ne di
ſaient que cela , 8c qu'ils eoſaient raiſonner
‘ ſans faire d'expériences. La métaphiſique n'a
été juſqu'à Loke qu'un vaſte champ de chi
mères; Loke n'a été vraiment utile que par
ce qu'il a refferré ce champ où l'on s'égarait.
Il n'a eu raiſon 8c il ne S'eſt fait entendre
que parce qu'il eſt le ſeul qui ſe ſoit enten
du lui-même. '
L'obſcur Platon, diſert plus qlſéloquent,
poëte plus que philoſophe , ſublime parce
qu'on ne Fenteridait guères, s'était fait ad
mirer chez ILS Grecs , chez les Romains , chez
les Aſiatiques 8c les Africains par des ſophiſ
mes éblouiſſans. Dès que les Ptolomées éta
blirent des écoles dans Alexandrie , elles fu
rent Platoniciennes.
Trinité Platon dans un ,ſtile ampoulé avait parlé
de Platon.
d'un Dieu qui forma le monde par ſon ver
.
be. Tantôt ce verbe eſt un fils de Dieu,
.tantôt c'eſt la ſageſſe de Dieu, tantôt' c'eſt
\
PLATONICIENS. 207
le monde qui eſt le fils de Dieu. Il n'y a _._._.
point à la vérité de St. Eſprit dans Platon ;Chap.
mais il y a une eſpèce de Trinité. Cette xxxvffl.
Trinité eſt, ſivous voulez , la puiſſance ,, la
ſageſſe 8c la bonté. Si vous voulez auffi, c'eſt
Dieu le verbe 8c le monde. Si vous vou
lez , vous la trouverez encor dans ces belles
paroles d'une de ſes lettres à ſon capricieux
8c méchant ami Dénis le titan. Les plu: bel
les choſes ont en Dieu leur cauſe première , le:
_ſecondes en perfection ont en lui une ſeconde
cauſe, E? il efl la :roi/ième cauſe Je: ouvrage:
'du troiſieme degre'.
N'êtes—vous pas content de cette Trinité?
En voici une autre dans ſon Timée. C'eſt la
ſubſtance indivijîble, la diviſible E? la troiſieme
qui tient. du même SF de Pautre.
Tout cela eſt bien merveilleux; mais ſi
vous aimez des Trinité-s vous en trouverez
partout. Vous verrez en Egypte Iſis , Oſiris
8c Horus; en Grèce Jupiter, …Neptune &t
Pluton qui partagent le monde entre eux, ces
pendant Jupiter ſeul eſt le maître des Dieux.
Birmà, Brama 8c Viſnou ſont la Trinité des
Indiens. Le nombre trois a toujours été un
terrible nombre.
208 C H R E T l E N S‘
Outre ces Trinités , Platon avait ſon monde
z-:-ñ

Chap. intelligibled 'Celui-ci était compoſé d'idées


XXXvIII. archétipes. qui demeuraient toujours au fond
du cerveau 8c qu'on ne voyait jamais.
Sa grande preuve de l'immortalité de l'ame
dans ſon dialogue de Phedon 8c (Flîkecrates,
était "que le vivant vient du mort E5' Ie mo”
du vivant. Et de là il conclut que Ier amer
après la mort vont dan: 1c royaume de: enfers.
Tout ce beau galimatias valut à Platon le
ſurnom de divin , comme les ltaliens le don
nent aujourd'hui à leur charmant fou'l'ArioſÎe
qui eſt pourtant plus intelligible que Platon.
ï Mais qu'il y ait dans Platon du divin ou
un peu de ce profond enthouſiaſme qui ap
proche de la folie, on Pétudiait dans l'école
d'Alexandrie depuis plus de trois cent années.
Toute cette métaphiſique eſt même beaucoup
plus ancienne que Platon, illa puiſa dans Ti
mée de Locres. On voit chez les Grecs une
belle filiation d'idées romaneſques. .Le Logos
eſt dans ce Timée. Et ce "Iimée ſavait pris
chez l'ancien Orphée. Vous trouvez dans
Clément d'Alexandrie 8c dans Juſtin ce fra
gment d'un hymne d'Orphee, je jure par la
parole
PLATONICIENS. 209
plai-Ole qui procédez du père , E9” qui devint fim ___…_'
oonjïeiller quand il créa le monde. Chap.
Cette doctrine fut enfin tellement acréditée **WWW
par les Platoniciens, qrfellepénétra juſque:
chez les Juifs d'Alexandrie..
Philon né dans cette ville, llun des plus
ſavans Juifs 8c Juif de très-bonne foi, fut
un Platonicien zèlé- Il alla même plus loin
que Platon, puiſqu'il dit que Dieu fle maria
au verbes E9** que le monde nâquit de ce maria
ge. Il appelle le verbe, Dieu.
Les premiers ſectateurs de Jeſu qui vini
rent dans Alexandrie y trouvèrent donc de]
Juifs Platoniciens. ll faut remarquer qu'il
y" avait alors beaucoup plus de Juifs en Egypte
qu'on ne peut en ſuppoſer du tems des Pha
raons. lls avaient même un très-beau tem#
ple dans Bubaſte, quoique leurs loix défend'
diſſent de ſacrifier ailleurs qu'à Jéruſalem.
Ces Juifs parlaient tous Grec; &E c'eſt poura
quoi les Evangiles furent écrits en Grec. Les
Juifs Grecs étaient déteſtés de ceux de Jé
ruſalem qui les maudiſiäient pour avoir tra
duit leur. Bible , 8c qui expiaient tous les an!
ce ſacrilège par une fête lugubre.
Il ne fut donc -pas difficile aux ſectsteurs Grand(
Q ,écolo dl
210" 'OHRET1ENs
de Jeſu d'attirer à eux quelques-uns de leurs
ſi-'À-cñ
frères d'Alexandrie 8c des autres 'villes qui.
Chap.
\ XXXVIII haïſſaient les Juifs de Judée. lls ſe joigni

Fhrétiens rent ,
ſurtout , à ceux qui avaient embraſſé la
dans Ale doctrine de Platon. C'eſt la 1e grand nœud
Sand-is 8c z le premier dévelopement du Chriſtianiſme
C'eſt là que commence réellement cette reli
gion. Ily eut dans Alexandrie une,école
publique de Chriſtianiſme Platonicien , une
chaire où Marc enſeigna. (Ce n'eſt pas ce—
lui dont le nom eſt à la tête d'un Evangile.)
.A ce Marc ſuccéda un Athénagore, à celui
ci Panthène; à Panthène, Clément ſurnom
mé Alexandrin; 8z à ce Clément , Origène 8ze.
C'eſt là que le verbe fut connu des Chré
tiens; c'eſt là que Jeſu fut appellé le verbe.
Toute la vie de Jeſu dévint une allégorie , &z
. la Bible Juive ne fut plus qu'une autre allé
gorie qui prédiſait Jeſu. Les Chrétiens , avec
le tems, eurent une Trinité; tout devint
myſtère chez eux; moins ils furent compris,
plus ils obtinrent de conſidération.
' Il n'avait point encor été queſtion chez
Trinité les Chrétiens de trois ſubſtances diſtinctes
Chrétien compoſant un ſeul Dieu, 8c nommées le
[Aî
pète z le fils 8c *le Saint Eſprit.
PLATÔNICIÉNS. er:
On fabriqua .l'Evangile de Jean 8e on y .
Couſut un premier chapitre où Jeſu fut ap- Chap.
pellé verbe 8c lumière de lumière: mais pas XWVÏÜ'.
un mot de la Trinité tellerqu'on. l'admit ded'
puis , pas un mot du Saint Eſprit regardé
comme Dieu. ' . . " 2 .
Cet Evangile dit, de ceuxkqui écoutent Je
ſu, Il: n'avaient par encor reçu l'eſſai-it; 'il
dit, l'eſprit [buffle où íl' veut, ce quime ſi*
_ gnifie que le vent; il dit , que Jeſu fut troublé
' d'eſprit lorſqu'il annonça qu'un' de ſes diſci
ples le trahirait, il rendit Pgſprit, ce qui
veut dire, il mourut; ayant proflré ce;
mo”, il ſouffla ſur eux E9' leur ,dit, reco
vez Pefprit. Or .il n'y a pas d'apparence
. qu'on envoye Dieu dans le corps .des gens
en 'ſouſtant ſur eux. Cette méthode était
pourtant très-ancienne, l'ame était un ſou
fle , tous les prétendus ſorciers ſouſtaient 8G
ſouſtent encor ſur ceux qu'ils imaginent en
ſorceler. On faiſait entrer un malin eſprit
dans la bouche de ceux à qui on voulait
nuire. Un malin eſprit était un ſouſte; un
eſprit bienfaiſant était un ſoufle. Ceux qui
inventèrent ces pauvretés , n'avaient pas cers
., O2
213! …CHRETEENS
p...__..—
tainement beaucoup d'eſprit, en quelque ſens
Chap. qu'on preuve ce mot ſi vague 8c ſi indéter
XXXVIII* miné. '
z.
Aurait-on jamais pû prévoir qu'on ferait
un jour de ce mot ſouſte ,venu eſprit, un
être. ſuprême, un Dieu, la troiſième perſonne
de'. Dieu, procédant du père , procédant du
.Eils, n'ayant point la paternité, n'étant ni
fait, ni engendré , quel épouvantabIe non [dz-nſc ?
Une grande objection contre. cette ſecte
Théolo naiſſante, était": ſi votre Jeſu eſt le verbe de
gie Chré Dieu , comment Dieu a-t-il ſouffert qu'on
ſienne.
pendît ſon verbe? Ils répondirent à cette
queſtion aſſommante , par des myſtères encor
plus incompréhenſibles. Jeſu était verbei
mais il.était un ſecond Adam. Or le pre
-L
mier Adam avait péché, donc le ſecond de
vait être puni. .I'joffeníè était très-grande
envers Dieu: car Adam avait voulu être ſa
vant, 8z pour le devenir il avait mangé une
pomme. Dieu étant infini, était irriré infini
ment; donc il fallait une ſatisfaction infinie.
Le verbe en qualité de Dieu était infini auſſi;
donc il n'y avait que lui qui pût ſatisfaire.
Il ne fut pas pendu ſeulement comme verbe,
mais comme homme. Il avait donc deux
PLATONICIENS. zx;
lnatures : 8c de l'aſtemblage merveilleux de _ _.1
ces deux , il réſulta des myſtères plus merveil- Chap.
leux encore. xXXVffli
Cette théologie ſublime étonnait les eſprits
8c ne faiſait tort à perſonne. Que des demi
Juifs adoraſſent le verbe ou ne l'adoraflènt
pas , le monde allait ſon train ordinaire; rien
.n'était dérangé. Le Sénat Romain reſpectait
les Platoniciens, il admirait les Stoïques, il
aimait les Epicuriens, il tolérait les reſtes de .
la religion lſiaque. ll vendait aux Juifs la
liberté d'établir des Sinagogues au milieu de
Rome. Pourquoi aurait-il perſécuté des Chré-.
tiens? Fait-on mourir les gens pour avoir:
dit que Jeſu eſt un verbe?
Le gouvernement Romain était le plus
doux de la terre. Nous avons déja remar
qué que perſonne n'avait été jamais perſécuté
pour avoir penſé.

*NA-IE*

CHA'
ſ. . .

914 'D'ES DOGMES

CHAPITRE XXXIX.
DE: dogmes Chrétiens abſolument différer” de
' ceux ;le Jeſu,
A-Proprement parler, ni les Juiſs ni jeſu.
n'avaient aucun dogme. Faites ce qui
eſt ordonné dans la loi. Si vous avez la lè-'
pre , montrez-vous aux prêtres, cc ſont d'ex—
cellens médecins. Si vous allez à la ſelle ,
ne manquez pas de porter avec vous un bâd
ton ferré 8c couvrez vos excrémens. Ne re
muez pasle jour du Sabat. Si vous ſoup
çonne: votre femme , faites- lui boire des eaux
de jalouſie. Préſentez des óffrandes le plus
que vous pourrez. Mangez au mois de Ni-
ſan un agneau rôti avec des laitues ayant
ſouliers aux pieds , bâton en main , ceinture
aux reins , &T mangez vite, 8Ce. &a
Ïïffl n'a Ce ne ſont point là. des dogtfflnes , des diſ
um": :u:
lëigÿé n- Cüſſlons thcolog1ques;
. . . ce ſont des obſervan
.<'-\²“ 30g' ces auxquelles nous avons vû que Jeſu fut
me
chfflſh.u toujours
. . . Nous ne faiſons
aſſujetti. . .
nen de
Blum? ce qu'il a fait, 8z il ifannonça rien de ce que
nous croyons. Jamais il ne dit dans nos E

O
CHRETIENS. 215
vangiles: n Je ſuis venu 8c je mourraî pour ____'q
D extirper le péché originel. Ma mère eſt Chap.
D Vierge. Je ſuis conſubſtantiel à Dieu 8c xxxlxí
D nous ſommes trois perſonnes en Dieu. .Fai
a pour ma part deux natures 8c deux vo
s lontés 8c je ne ſuis qu'une perſonne. Je
D n'ai pas la paternité 8c cependant je ſuis la.
a même choſe que Dieu le père. Je ſuis lui
»Sc je ne ſuis pas lui. La troiſième per
»ſonne procédera un jour du père. Selon
d. J) les Grecs , 8c du père 8c du fils,ſelon leo
d Latins ; tout l'univers efi né damné &z ma
:a mère auſſi: cependant ma mère eſt mère
Dde Dieu. Je vous ordonne de mettre, par
D des paroles , dans un petit morceau de pain
D mon corps tout entier, mes cheveux, mes
D ongles, ma barbe , mon urine, mon ſang:
a 8c de mettre en même tems tout mon ſang
J) à part dans un gobelet de vin. Do façon
D qu'on boive le vin , qu'on mange le pain
D &c que cependant ils ſoient anéantis. Sou
venez- vous qu'il y a ſept vertus, quatre
UUUU cardinales 8è trois théologales, qu'il. n'y

a que ſept péchés capitaux, comme il n'Y


a que ſept douleurs, ſept béatitudesa ſept' ‘
cieux, ſept anges devapt Dieu, ſept (àcre- \
.0 4
5H5 DES DOGMES
D mens, qui ſont ſignes viſibles de choſes in! '
Chap. s viſibles; 8c ſept ſortes de grace, qui répon
:XXXIX. x- dent aux ſept branches du chandelier.D
Que dis-je? Nous apprit-il jamais ce que
c'eſt que notre ame; ſi elle eſt ſubſtance ou
faculté reſſerrée dans un point, ou répandu
dans le corps préexiſtante à notre corps , ou
en quel tems elle y entre ê ll nous en a don-
hé ſi peu de notion que pluſieurs pères ont
écrit que l'ame eſt corporelle.
Jeſu parla fi peu des dogmes que chaque
ſociété Chrétienne qui s'éleva après lui eut .
une croyance particulière. Les premiers qui
raiſonnèrent , s'appellèrent Gnoſtiques, c'eſt.
ä-dire ſavans, qui ſe diviſérent en Barbelo
:rites, Floriens, Phébéonites, Zachéens, Co
dices', Borborites, Ophrites &c encor en plu—
ſieurs autres petites ſectes. Ainſi l'Egliſe
Chrétienne n'exiſta pas un ſeul moment réu
nie; elle ne l'eſt pas aujourd'hui; elle ne le
ſera jamais. Cette réunion eſt impoſſible, à
moins que les Chrétiens ne ſoient aſſez \ages
pour ſacrifier les dogmes de leuï invention
à la morale. Mais qu'ils deviennent ſages ,
!l'eſt-ce encor une autre impoſſibilité? Ce
qu'on peut ſeulement aſſurer a c'eſt qu'il en
, r

cHllETd'ENsz_ 2x7
. eſt beaucoup. qui le deviendront' ôvqui mê
me le deviennent déjà tous les jours, maL Chap,
gré les barbares hypocrites qui veulent con- XXX!!
ſtamment mettre la théologie à la place de la
vertu. l

CHAPITRE XL.
De: querelles Cbrétienner.

A diſcorde ſut le berceau de la religion


Chrétienne, 8c en ſera probablement
le tombeau. Dès que les Chrétiens exiſtent ,
ils inſultent les Juifs leurs pères , ils inſul
tent les Romains ſous l'Empire deſquels ils
vivent, ils S'inſultent eux -mêmes réciproque
ment. A peine ont-ils préché le Chriſt,
qu'ils s'accuſent les uns' les autres d'être Anti
chriſts.
Plus de ſix cent querelles , grandes ou peti
tes, ont porté 8c entretenu le trouble dans
PEgliſe Chrétienne , tandis que toutes les au-'
tres religions de la terre étaient en paix; 8E
ce qui eſt très-vrai , c'eſt qu'il n'eſt aucune
de ces querelles théologiques qui n'aic été
-
:t8 QUERÉLLES
*____ fondée ſur l'abſurdité 8c ſur la fraude. Vo;
Chap. yez la guerre de langue, de' plume , d'épée:
XL. 8c de poignards entre' les Ariens 8c les Atha
naſiens. Il s'agiſſait de ſavoir ſi Jeſu était
ſemblable au créateur , ou s'il était identifie’
avec le créateur. L'une &c l'autre de ces pro
poſitions étaientlégalement abſurdes 8c im
pies. Certainement vous ne les trouverez
énoncées dans aucun des Evangiles. Les par
tiſans d'Arius &z ceux d'Athanaſe ſe battaient
pour l'ombre de l'âne. L'Empereur Conſtan
tin en qui les crimes n'avaient pas éteint le
bon ſens, commença par leur écrire qu'ils
. .étaient tous des ſous , 8c qu'ils ſe deshono
raient par des diſputes ſi frivoles 8c ſi im
pertinentes. C'eſt la ſubſtance de la lettre
qu'il envoye aux chefs des deux factions ; mais
bientôt après la ridicule envie (l'aſſemblelî
un Concile, d'y préſider avec une couronne
en tête, 8c la vaine eſpérance de mettre des
théologiens d'accord, le rendirent auſſi fou
qu'eux. Il convoque] le Concile de Nicée
pour ſavoir préciſément ſi un Juif était Dieu.
Voilà l'excès de l'abſurdité 5 voici tnaintenant
l'excès de la fraude.
Je ne parle pas des intrigues que les deux
.jCI-IRETI.ENIÔTES. M9
factions employèrent; des menſonges, des -í

calomnies ſans nombre.; je m'arrête aux deux Chap. '


beaux miraclesſſque les Athanaſiens firent à ce XL.
d
Concile de Nicée.
L'un de ces deux miracles qui eſt. rappor- Drole de.
té dans l'appendix (a) de ce Concile , eſt fflffldë
que les. pères étant fort embarraſſés à déci
der quels Evangiles , quels pieux écrits il falæ
lait adopter 8c quels il fallait rejetter, s'avi—
sèrent de mettre pèle-mêle ſur l'autel,.tous
les livres qu'ils purent trouver, 8; &invoquer
le St. Eſprit qui ne manqua pas de faire tom—
ber par terre tous les mauvais livres 5 les bons
reſtèrent, &t depuis ce moment on ne deñ.
vait plus douter de rien. .
Le ſecond miracle rapporté par Nicepho Miracle
re (b) , Baronius (c), Aurelius Peruginus (d : non
moins
c'eſt que deux Evêques nommés Chriſante 8c drole.
Muſonius étant morts pendant la tenue du
Concile &z n'ayant pû ſigner la condamnation
d'Arius, ils rcſſuſcitèrent, 'ſignèrent 8c re
moururent. Ce qui prouve la néceſſité de
condamner les hérétiqueï.
(a) Concil. Labb. Tom. l. pig. 84.'
(b) Liv. vul. Ch. 1.3.
' (r) Tom. IV. n. 82..
(d) Ann. 315.
‘ .E2d. QUERELLES
i ‘ ,_'_;__ Il ſemblait qu'on dirt attendre de ce grand

Chap. Concile une belle. déciſion formelle ſur la


XL. Trinité; il n'en fut pas queſtion. On ſe con
tenta d'en dire à la fin un petit mot dans la
profeſſion de foi du Concile. Lespères après
avoir déclaré que Jeſu eſt engendré 8c non
fait, 8c qu'il eſt conſubſtanriel au père , dé
clarent qu'ils croyent auſſi au ſouſte que nous
.a appellons Saint Eſprit, &z dont on a fait de
puis un troiſième Dieu. Il faut avouer avec
un auteur moderne que le St. Eſprit fut traité
fort cavaliérement à Nicée. Mais qu'eſt-cc que
ce Saint Eſprit? On trouve dans le vingtiè
me chapitre de Jean, que Jeſu reſſuſcité ſé
cretement apparut à ſes diſciples , ſouſta _ ſur
eux ,a 8c leur dit recevez mon ſaint lſouſte.
Et aujourdhui ce ſouſte eſt Dieu.
Le Concile d'Ephèſe qui anathématiſir le
, patriarche de Conſtantinople Neſtoriusa n'eſt
pas moins curieux que le premier Concile de
Nicée. Après avoir déclaré Jeſu Dieu , on
ne \avait en quel rang placer ſa mère. Jeſu
en avait uſé durement avec elle à la noce
de Canaa; il lui avait dit: Femme , qu'y a-t
il entre vou; Cgf mai? 8c lui avait d'abord
refuſe tout net de changer l'eau en vin pou!

.'.
CHRETlENNES. '221
les garçons de la noce. Cet affront devait
être répareſ. St. CirilleEvêque d'Alexandrie chap_
réſolut de faire reconnaître Marie pour mère XL.
de Dieu. L'entrepriſe parut d'abord hardie.
Neſtorius patriarche de Conſtantinople dé
clara hautement en chaire que c'était trop
faire reſſembler Marie à Cibèle; qu'il était
bien juſte de lui donner quelques honneurs ,
mais que lui donner tout d'un coup le rang
de mère de Dieu , cela était un peu trop
roide.
Cirille était un grand faiſeur de galima
tias , Neſtorius eauſii. Cirille était un perſéu.
cuteur , Neſtorius ne l'était pas moins. Ci
rille—s'était fait beaucoup d'ennemis par \à tut
bulence, Neſtorius en avait encor davanta—
ge, 8c les pères du Concile d'Ephèſe en 431
ſe donnèrent le plaiſir de les dépoſer tous
deux. Mais ſi ces deux Evêques perdirent
leur procès, la Ste. Vierge gagna le ſien: elle
. fut enfin déclarée mère de Dieu, 8c tout le
peuple battit des mains. .
On propoſa depuis de l'admettre dans Mari"
la Trinité, cela paraiſſait fort juſte: car étant
mère de Dieu, on ne pouvait lui refuſer la
qualité de Déeſſe. Mais comme la Trinité.
222 .QUERÉLLÈS
ſerait devenue par là une quaternité , il eſt
Chap. à. croire que les arithméticiens s'y opposèrent.
XL. Ô On aurait pul répondre que puiſque trois fai
ſaient un, ils feraient aufli bien quatre; ou
que les quatre feraient un ſi on l'aimait mieux.
Ces fières diſputes dure'nt encor ,.& il y a
aujourdhui beaucoup de Neſtoriens qui ſont
courtiers de change chez les Turcs 8c chez
les Perſans , comme les Juifs le ſont parmi
nous. Belle cataſtrophe d'une religion !
Jeſu n'avait pas plus parlé de ſes deux na
tures 8c de ſes deux volontés _que de la di
vinité de ſa mère. ll n'avait jamais laiſſé
ſoupçonner de ſon vivant-qu'il n'y avait en
lui qu'une perſonne avec deux volontés 8c
deux natures. On tint encor des Conciles pour
éclaircir ces ſyſtèmes , &z ce ne fut pas. ſans de.
très —grandes. agitations dans l'Empire.
Jamais Jeſu n'eut aucune image dans ſa
maiſon , à moins que ce ne fût le portrait
de ſa mère qu'on dit peinte par St. Luc. On
a beau répéter qu'il n'avait point de maiſon,
qu'il ne ſavait où repoſer tête; que quand
il aurait été auſſi bien logé que notre Ar
chévêque de Kenterburi, il n'en aurait pas
plus connu le culte des images; on a beau

-X9
N

CHRETIENNES. 2.23'
prouver que pendant trois cent ans les .ChréÀ
tiens n'eurent ni ſtatues , ni portraits dans leurs Chap.
aſſemblées. Cependant un ſecond Concile de XL).
Nicée a déclaré qu'il fallait adorer des ima
ges. \
On fait aſſez quelles ont été nos diſputes
ſur la tranſubſtantiation , (k ſur tant d'autres.
points. Enfin diſent les Franc- peníänts ,ï
prenez l'Evangile d'une main 8c vos dogmes
de l'autre , voyez s'il y a un ſeul de ces dog-.
mes dans l'Evangile; 8c puis jugez ſi les Chré- .
tiens qui adorent Jeſu ſont' de la religion de
Jeſu. Jugez ſi la ſecte Chrétienne n'eſt pas.
une bâtarde Juive , née en Syrie , élevée en E-,
gypte , chaſſée avec le tems du lieu de ſa naiſ
ſance 8c de ſon berceau , dominante aujourdhui
dans Rome moderne 8c dans quelques autres
pays d'Occident par l'argent , la fraude 8c les
boureaux. Ne nous diſiimulons pas que ce ſont \
là les diſcours des hommes de l'Europe les
plus inſtruits, 8c avoüons devant Dieu que
nous avons beſoin d'une réforme univerſelle.
I

de.;
F1141

-ç-g-dy ï .u—.———l ,
'n., DES MOÆUDRS

CHAPITRE XLL.
D” mœurs, Je Jeſu E5 Je PEgIi 'Ïï

J' 'Entends ici par mœurs les uſages, "la conä


duite, la dureté ou la douceur, l'ambi
tion ou la modération, l'avance ou le deſin
téreflement. Il ſuffit d'ouvrir les yeux 8c
'les oreilles pour être certain qu'en toutes ces
choſes , il'y eut toujours plus de différence en
t're les Egliſes Chrétiennes 8c Jeſu, qu'entre
l'a tempête 8c le calme, entre le feu 8c l'eau,
entre le ſoleil 8c la nuit.
ſ Parlons un moment du Pape de Rome,
quoique nous ne le reconnaiſſions pas en An<
'gleterre depuis près de deux ſiècles 8c demi
N'eſt—il pas évident qu'un Faquir des Indes
reſſemble plus à Jeſu qu'un Pape? .Ieſu fut
pauvre, alla ſervir le prochain de Bourgade
en Bourgade , mena unevie errante; il mal*
chair à pied , ne ſavait jamais où il couche
rait , rarement où il mangerait. C'eſt préciſé
ment la vie d'un Faquir, d'un Talapoint, d'un
Santon, d'un Marabou. Le Pape de Rome ,
.au contraire., eſt logé à Rome dans les palaiï
‘ des
DEJS PAPE'S..
L223.
'des Empereurs. Il poſsèdc envitonlxhuit-'à __-_-iùfl.
neufcent mille livres ſterlingde revenu, quand Chap. '
ſes finances ſont bien adminiſtrées. ll eſt hum— XLI
"
blement Souverain abſolu , il eſt ſerviteur
des ſerviteurs, 8z en cette qualité il a* dépoſé. ,
des Rois 8c donné preſque tous les royan-À
mes de la chrétienté, il a même encor un.
Ro'i pour vaſſal àla honte du trône'. .

Paſſons du Pape aux Evêques. . Ils ont. '


tous imite le Pape autant qu'ils ont pû. Ils.
ſe \ont arrogé partout les droits régaliensë ils
ſont Souvcrains en Allemagne, 8c parmi.
nous Barons du royaume.. Aucun Evêque!
ne prend, à la vérité , le titre de ſerviteur des,
ſerviteurs; au contraire , preſque tous les E-í .
vêques Papiſtes s'íntitulent Evêques par la per-i
miffion du Serviteur çleshServiteurs; mais;
tous ont affecté 1a puiſſante( .Souveraine.. Il
ne s'en eſt pas trouvé 'parmi eur: un .q'ui'.
(fait voulu écraſer
Magiſtrature. Ce ſont
ſhutoritenſſéculière
eux-lr'næîmes qui lap-z.

prirent aux Papes à détroner les Izpig;fllçs_


Evêques de France avaient dépoſé Louis -filg
de Charlemagne longterns avant que zFire-Er.
.goire Yllr fût aſſez inſolent pour dépoſeg
?Empereur Henri .IV, . I5
P l " .
7*.
526 USURPA*T'IONS
' Des .Evêques Eſpagnols déposèrent leur
Chap. . Roi Henri lV. Pimpuiſſant; ils prétendirent
XLI. qu'un homme dans cet état n'était pas digne'
de régner. ll faut que le nom de Henri IV.
ſoit bien 'malheureux puiſque le Henri IV. de
'France qui était très-digne de régner par
line raiſon contraire , fut pourtant déclaré in
capable 'du trône par les trois quarts des Evê
ques du royaume, par la Sorbonne, par les
moines ainſi que par les Papes.
l. Ces exécrables momeries ſont aujourd'huí
regardées avec autant de mépris que d'hor
r'eurpar toutes les nations; mais elles ont'
été révérées pendant plus de dix ſiècles, 8c
les Chrétiens ont 'été ;traités partout com
me des bêtes de ſomme par les Evêques. Au
jourd'hui même encor dans les malheureux:
pays papilles , iesſEvêques ſe "mêlent deſpo
tiquement de la cuiſine des particuliers; ils
Ï‘eílr" .font manger ce qtſilsveulent dans cer
tain tems de l'année; ils ſont plus, ils ſuſpen
dent'à "leur gré la culture de la terre. Ils'
ordonnant aux nourriciers du genre humain
ï
de ne point labourer , de ne point ſemer , dc
ne point recueillir certains jours de l'année ,
.&- ils pouſſent dans queiques occaſions la tie
\

'CI-IRÉTIENNÉS.” M7
!annie juſqu'à déſendrependant troisjours de
ſuite , d'obe’ir à la providence 8e à ' la nature. î Chap. ..>
Ils condamnent les peuples à une oiſiveté cri- XL).
minelle 8c cela de leur autorité privée; ſans
' que les peuples oſent ſe plaindre, ſans que.
les magiſtrats oſent interpoſer le pouvoir des
loix civiles , ſeul pouvoir raiſonnable.
Si les Evêques ont partout uſurpé les droits
des Princes , il ne faut pas croire que les paſteurs
,de nos Egliſes réſormées ayent eu moins d'am
bition 8c de fureur. On n'a qu'à lire dans:
notre hiſtorien philoſophe Hume les ſombres
8c abſurdes atrocités de . nos presbytériens
d'Ecoſſe. Le ſang s'allume à une telle lec
ture , on eſt tenté de punir , des inſolences de
leurs prédéceſſeurs, ceux d'aujourd'hui qui éta
lent les mêmes principes. Tout prêtre, n'en
doutons point, ſerait , s'il le pouvait , tiran
du genre humain. _Îeſu n'a été que victime.
Voyez donc comme ils. reſſemblent à Jeſu!
S'ils nous répondent de queïai entendu dire
à pluſieurs d'entre eux , que Jeſu leur a corn
rnuniqué un droit dont il n'a pas daigné uſer,
je répéterai ici ce que je leur ai dit , qu'en
.ce cas c'eſt aux Pilâtes de nos jours à leur.
P 2
'W
Has BARBARIES
faire ſubir le ſupplice que ne méritait pa
Chap; leur maître.
XLI. Nous avons encor brulé deux Ariens ſous
le régne de Jaques premier. De quoi étaient
ils coupables ? De n'avoir pas attribué à Je
ſu l'épithète de conſubſtantiel, qdaſſurément
il ne S'était pas donné lui-même.
Le fils de Jaques premier a porté ſa tête
ſur un échafaud , .nos inſames querelles de
religion ont été- la principale cauſe de ce
parricide. \l n'était pas plus coupable que.
nos deux .Ariens exécutéS ſous ſon père.

CHAPITRE XLII.
.De Jeſu E9” de: meurtre: commis en ſon noml

L ſfaut prendre .leſu - Chriſt comme


on nous le donne. Nous ne pouvons ju
/
ger de ſes mœurs que par la conduite qu'on
lui attribue. Nous \ſavons ni de Claren
don, ni de Hume qui ait écrit ſa vie. Ses
Evangeliſtès ne lui imputent d'autre action,
d'homme violent 8c emporté, que celle d'a
Moi: battu ôc chaſſé très-mal à propos les
cHRETrENNEsî 229
.marchands de bêtes de ſacrifice qui tedäient ______,
leur boutique à l'entrée du temple. A cela ,Chap.
près' , c'était un homme fort doux, qui ne XL”
battit jamais perſonne , 8c il reſſemblait aſſez
à nos Quakers, qui n'aiment pas qu'on répande
le ſang. 'Voyez même comme il remit l'o—
reille à Malchus quand le très-inconſtant 8c
très-faible St'. Pierre eut coupé l'areille à cet
archer du guet ('*), quelques heures avant
de renier ſon maître. Ne me dites point
que cette aventure eſt le comble du ridicu
le , je le (ais tout auſſi-bien que vous. Mais
je ſuis -obligé encor une fois. de ne 'juger
ici que d'après les pièces qu'on produit au
procès. ' l J

le ſuppoſe donc que Jeſu a été toujours


honnête , doux , modeſte; examinons en peu
.de mots comment les Chrétiens l'ont imité
8z quel bien leur religion a fait au genre
humain. ‘
ll ne \era pas mal-à-p'ropos de faire ici un
petit relevé de tous les hommes qu'elle a fait
maſſa'crer , ſoit dans les ("éditions , ſoit dans
P3_ l
l (*) Il y a dans l'Anglais to :hat conſlnblr. On l'a
traduit pas archer du guet.
.
. z
.
230 . BARBARIES —>
les batailles , ſoit ſur les échafauds ,' ſoit dans
Chap. les buchers , ſoit par de ſaints aſſaſſinats, ou
XLH' prémédités , ou ſoudainement inſpirés par l'eſ
prit.
LeSChrétiens avaient déja excité quelques
troubles à Rome lorſque l'an 251. de notre
ère vulgaire, le prêtre Novatien diſputa ce
que nous appellons la .chaire de Rome, la
Papauté au prêtre Corneille: car c'était déja
une place importante qui valait beaucoup d'ar
gent. Et préciſément dans le même tems
la chaire de Carthage fut diſputée de même
par Ciprien &z un autre prêtre nommé No
vat qui avait tué ſa femme à .coups de pieds
dans le ventre (*). Ces deux shiſmes occa
ſionnèrent beaucoup de meurtres dans Car
thage 8c dans Rome. L'Empereur Décius
fut obligé de réprimer ces fureurs par quel—
ques ſupplices , c'eſt ce qu'on appelle la gran
de , la terrible perſécution de Décius. Nous
n'en parlerons pas ici; nous nous bornons aux
meurtres commis par les Chrétiens ſur d'au
tres Chrétiens. Quand nous ne compterons
que deux cent perſonnes tuées ou griéve
ment bleſſées dans ces deux premiers shiſmes
(*‘) Hiſt. Eccléſiaſtiq.
CHRETIELÏNES. .231
'qui ont été
croyons quelecetmodèle
articledenetans
ſerad'autres , nous
pas trop fort. Chap.

Poſons donc . . . . . . . . . 200. XI-ui


Dès que les Chrétiens peuvent ſe '
livrer impunément à leurs ſaintes
vengeances ſous Conſtantin, ils all
ſaffinent le jeune Candidien (*) fils FJ
de l'EmpereUr 'Galere , ?eſpérance
de l'EmpÎre 8: que l'on comparaît
à Marcellus; un enfant de huit ans
fils de l'Empereur Maximin; une
fille du même Empereur agée de
ſept ans; l'lmpératrice leur mère fiat
traînée hors de ſon Palais avec ſes
femmes dans les ruës d'Antioche , 8c
furent jettées avec elle dans l'O
ronte. Ulzmpératrice Valérie veu

ve de Galère &. fille de Dioclétien


fut tuée à Theſſalonique en 315 8c
eut la mer pour ſépulture
ll eſt vrai que quelques auteurs
n'accuſent pas les Chrétiens de ce
meurtre 8z l'imputent à Licinius;
mais réduiſons encor le nombre de
. ceux que les Chrétiens égorgèrent
. P 4
(*) Arméczig.
'L32 BARBARIES
De l'autre part. 20C."
Chap.dans cette occaſion à deux cent. Ce
XL”. n'eſt pas tropuèi . '. . '. . .
200.
[Dans le shiſme des Donatiſtes en l
Afrique on ne peut guères compter
moins de quatre cent perſonnes aſ
ſommées à coups-de maſſues , car les .
Evêques ne voulaient pas qu'on ſe
battît à coups d'épées. poſe. . . . . 4.00.
On ſait de quelles horreurs 8c de
combien de guerres civiles le ſeul
mot de conſubſtantiel ſut l'origine
8c le prét'exte. Cette incendie em—'
braſa tout l'Empire à pluſieurs re
priſes' 8c ſe ralluma dans toutes les
Provinces dévaſtées par les Goths,
les Bourguignons , les Vandales pen
dant près dc quatre cent années.
Quand nous ne mettrons que trois
cent mille Chrétiens égorgés par
des Chrétiens pour cette querelle,
ſans compter les familles errantes
réduitesà la mendicité , on ne pour
ra pas nous reprocher d'avoir enſté
;dz-nm

800.
CHRETIENNES. "ZZ-J
De l'autre part. 809.
nos comptes. ci. . '. ‘. 360000. Chap.
La querelle des Iconoclaſtes 8c XLII.
des Iconolâtres n'a pas certainement
couté moins de ſoixante mille vies., 60000.
Nous ne devons pas paſſer ſous
ſilence les cent mille Manichéens
que l'lmpératrice Théodora ,. veuve
de Théophile, fit égorger dans l'Emj
pire Grec en 84-5. C'était Line pé
nitence que ſon conſeſſeur lui avait
ordonnée , parce que juſqu'à cette
époque on n'en avait encor pendu,
' empalé , 'noyé que vingt mille. Ces
gens-là méritaient bien qu'on les
tuât tous pour leur apprendre qu'il
n'y a qu'un bon principe 8c point
de mauvais. Le tout ſe monte à
cent vingt mille au moins." ci. . . IZZOOOOH
N'en' comptons que vingt mille
dans les ſéditions fréquentes excitées
par les prêtres qui ſe diſputèrent par
tout des chaires épiſcopales. Il ſaut
avoir une extrême diſcrétion. po
534: BARBARIES
De l'autre part. 4.80806.
Chap. . . 20000.
XLIL On a ſupputé que Phorrible folie
des ſaintes Croiſades avait couté la
vie à, deux millions de Chrétiens. .
Mais je veux bien par la plus éton
nante réduction qu'on ait jamais faite
les réduire à un million. ci IOOOOOO.
La Croiſade des religieux Che
valiers Porte - glaive, qui dévaſtèrent
ſi honnêtement 8c ſi ſaintement tous
les bords de la mer baliique, doit
aller au moins à cent mille morts.
ci . . . - — - ï . IOOOOO
Autant pour la Croiſade contre
le Languedoc, où l'on ne vit long
tems que les cendres de; buchers 8c
des oſſemens de morts dévorés par
les loups dans les campagnes. ci. 100000.
Pour les Croiſades contre les Em
pereurs/ depuis Grégoire VII. nous
voulons bien n'en compter que cin
quante mille. ci.. . goooo.
Le grand shiſme d'Occident au

r7 50800.
\

CHRETLENNES 235
De l'anſe part. 1750800.
quatorzième ſiècle fit périr aſſez de Chap.
monde pour qu'on rende juſtice à
notre modération, ſi nousne comp
tons que cinquante mille victimes
de la rage papale, rabbin papale,
comme diſent les Italiens. ci. goooo.
h
La dévotion avec laquelle on fit
brûler à la fin de ce grand shiſme l

dans la ville de Conſtance les deux


prêtres Jean Hus &c Jérome de
Prague, fit beaucoup d'honneur à
l'Empereur Sigiſmond &c au Conci
le; mais elle cauſa, je ne ſais com
'ment, la guerre des Huſſites dans la—
quelle nous pouvons compter har
diment cent cinquante mille morts.
ci. . . . ‘. . . rgoooo.
Après ces grandes boucheriesa
nous avoüonsque les maſſacres de
Mérindol êz de Cabrières ſont bien
peu de choſe. ll ne s'agit que de
vingt-deux gros Bourgs mis en
cendres, de dix-huit mille' inno
———-————

1950800.
. /
l

zzó BARBARIES
m
j De l'autre part. ' r9 508004
Chap. cens égorgés , brulés, d'enfans à la
XLII. mammelle jettés dans les ſtammes,
de filles violées 8c coupées enſuite
par quartiers, de vieilles femmes
qui n'étaient plus bonnes à rien 8c
'qu'on faiſait ſauter en l'air en leur
'enfonçant des cartouches chargées
de poudre dans leurs deux orifices.
Mais comme cette petite exécution
fut faite juridiquement, avec toutes
les formalités de la juſtice, par des
gens en robe, il ne faut p.as omet
tre cette partie du droit Français;
poſedonc. . . . . . . . . I 8000.
Nous voici parvenus à la plus
ſainte, à la plus glorieuſe époque
du Chriſtianiſme que quelques gens
ſans aveu voulurent réformer au
commencement du ſeizième ſiècle.
. Les Saints Papes, les Saints Evê
ques, les Saints Abbës ayant refu
ſé de s'amender, les deux partis
marchèrent ſur des corps morts pen

1968800. .
cHRET1E'1~zNESſſ~z37
De l'autre part. '19688oo. .
dant deux ſiècles entiers 8c n'eurent Chap.
que quelques intervalles de paix. XLÏÏ
Si l'ami lecteur voulait bien ſe
donner la peine de mettre enſemble . I I
tou's" les aſſaſſinats commis depuis le
règne du Saint Pape Léon X. juil
.qu'à celui du Saint Pape Clément
. 1X,, aſſaſſinats ſoit juridiques, ſoit
non .juridiques, têtes de prêtres, de
ſéculiers, de Princes abattue: par le
boureau, le bois renchéri dans plu- l .
ſieurs Provinces par la multitude des '
buchers allumés , le ſang répandu
d'un bout de l'Europe à l'autre,
les boureaux laſſés en Flandre, en
' Allemagne , en Hollande , en Fran
ce, en Angleterre même , trente
guerres civiles pour la tranſubſtan
tiation, la prédeſtination , le ÏUTPIÏS
8c l'eau bénite, les mjſſacres de la
' St. Barthelemi, les. maſſacres d'Ir
lande, les maſſacres des Vaudois,
les maſſacres des Cévennes 8re. 8re..
—-—-"ñd--4

1968800.
2Ë8' 'BARPARIES
Ÿ-_î
De l'autre part. 1968800.
Chäp. 'Ï8zc. &c- On trouverait ſans doute
XLII; ‘plus de deuxmillions de morts Pan
glantes avec plus de trois millions de
familles inſortunées , .plongées dans
une misère pire , peut - être , que la
mort. Mais comme il ne s'agit ici
que de morts, paſſons vite avec hor
reur , deux millions. ci. . . . 2000000
Ne ſoionspoint injuſtes , n'impu—
tons point à l'inquiſition plus de cri
mes qu'elle n'en a”c'ommis en ſun 'î
plis 8c en 'é.t0le; n'exagerons rien ,
réduiſons a deuxſcelnt mille le nom
bres des ames qu'elle 'a envoyées au
ciel ou en enfer. ci . .. . . . 200000
Réduiſohs même à cinq millions
les douze* millions d'hommes .que
l'Evêque Las Caſas prétend avoir
été immolées à la'religion Chré-'
tienne dans l'Amérique , 8c ſaiſons,
ſurtout ,la réſtexion conſolante qu'ils
n'étaient pas des hommes , puiſqu'ils
iſétaient pas Chrétiens. ci . . . 5000000;
_————í—
a
U..
9r688po.
CHRETIENNEËÛ. a”.
De l'autre part; 9168800. _îàí
.
Réduiſons avec la même écono- chap. -.
mie les quatre cent mille hommes XLII. ‘
qui périrent dans la guerre. civile
du Japon, excitée par les revérends
pères Jéſuites , ne portons. notre
compte qu'à trois cent mille. ci . 300000.
——

Total 9468800.
. Le tout calculé ne montera qu'à la ſomme
de neuf millions quatre cent l ſoixante huit
mille huit cent perſonnes , ou égorgées, ou
noyées, ou brulées, ou rouées ou pendues
pour l'amour de Dieu. Quelques fanatiques
demi-ſavants me répondront qu'il.y eut une
multitude effroyable .de Chrétiens expirans
par les plus horribles ſupplices ſous les Em
pereurs romains avant Conſtantin; mais je
leur dirai avec Origène (*) Qu'il _y a en
irês- peu de perſécutions E9" encor de loin à loin.
j'ajouterai , quand vous auriez eu autant de
martyrs que la Légende dorée 8c Dom Rui
nard le Bénédictin en étaient, que prouve
riez-vous par là? Que vous avez toujours
été intolérans 8c cruels; que vous avez ſor
." P) Origène contre. Celſe , Liv. 3.
'x40 BARBARlES
.cé le gouvernement 'Romain,'ce gouverne
Chap. ment le plus humain dela terre, à vous per
XLIL. ſécuter, lui qui donnait une liberté’ entière
aux Juifs &z aux E SYP tiens; ue votre
. into
. lérance n'a ſervi *l u'à verſer votre
. ſan g 8c à
faire répandre celui des autres hommes vos
frères , 8c que vous êtes coupables non ſeu
lement des meurtres dont vous avez couvert
la terre 5 mais encor de votre propre ſang
qu'on a répandu autrefois. Vous vous êtes
rendus les plus malheureux de tous'les hom
mes parce que vous avez été les plus injuſtes.
. Qui que tu ſois., lecteur , ſi tu conſerves
les archives de ta famille , conſulte-les , 8c tu
verras que tu as eu plus d'un ancêtre immolé
au prétexte de la religion , ou du moins cruel
lement perſécuté ( ou perſécuteur, ce qui
eſt encor plus funeſte) t'appelles-tu Argile,
ou Perth, ou Montroſe, ou Hamilton, ou
Douglas , ſouviens -toi qu'on arracha le cœur
à tes pères ſur un échafaud Pour la .cauſe
,d'une lithurgie 8c de deux aunes de toile.
Es-tu Irlandais? Lis ſeulement la déclara
/ .tion du Parlement d'Angleterre du 25. Juil
let 164-3. elle dit que dansla conjuration
d'Irlande il périt cent cinquante quatre mille
''I. ‘ ’ Pro
.. .

CHRETIENNES. L451'
.Crois
proteſtans
, ſi tupar
veuxles
, avec
mains
l'avocat
des Brooke
I catholiques.
, qu'il Chap- L

.n'y eut que quarante mille hommes d'égo—r— XUL


. gés ſans défenſe, dans le premier mouvement
.de cette ſainte 8c catholique conſpiration.
.Mais quelle que ſoit ta ſupputation , tu dell
cens des aſſaſſins oudes aſſaſſinés." Choiſi 8c
tremble. Mais toi, Prélat demon pays , re
jouis toi ,“ notre ſang t'a valu cinq mille gui
nées de rente.
, Notre _calcul eſt effrziant, je l'avoue, ;mais
il eſt encor fort au deſſous dela vérité. Nous '
ſavons bien que ſi on préſente ce calcul à un
Prince? à un Evêque , à un Chanoine',.'?s
un Receveur des) .finances , pendant. qu'ils
ſoupéront avec leſictrs maîtreſſes , 8c 'qu'ils
chanteront des .vaudevilles orduriers, ils ne
daigneront pas nous' lire." Les dévotes de
.Vienne , 'dexMadrid , de Verſailles , ne pren
dront même jamais .la .peine &examined-ſi le
calcul eſt juſte. Si par hazard elles 'appren
nent ces étonnantes' vérités , leurs confeſſeurt
'leur diront qu'il faut reconnaître le doigt de
"Dieu dans toutes ces b‘cheries, que Dieu..
.ne.. pouvait moins faire en faveur du petit
nombre des élus; que Jeſu étant mort du
\Q
242 PROPOSITÎONÊ
dernier ſupplice , tous les Chrétiens, de quel
Chap. 'que ſecte qu'ils 'ſoyent , devraient mourir de
XLÏI- même. Que c'eſt une impieté horrible de
ne pas tuer ſur le champ tous les petits en
.fans qui viennent de recevoir le' baptême,
parce qu'alors ils ſeraient éternellement heu
\eux par les mérites de Jeſu, & qu'en les
"laiſſant vivre on riſque de les damner. Nous
ſentons toute la force de ces raiſonnemens;
mais nous allons propoſer un autre ſyſtème
'avec la défiance que nous devons avoir de
nos propres lumières.

.—˲'.jCzIFE4P‘1-'ÎREL. Xl-IIT-j.îï
" q: Propofiiíqhk bonriêter. '

'‘ ' 'Otre Doyen Swift a' fait un bel écrit


' -, -par lequel il croit avoir prouvé qu'il
'n'était' pas encor tems d'abolir -la religion. Chré
tienne. Nous ſommes de ſon avis , c'eſt un
îarbre' qui de l'aveu de' toute lacterre n'a por
Fté juſqu'ici que c, fruits 'de mort ; cepen
'dant 'nous ne voulons pasqifon le coupes
qu'on le greffe.
HONNETES' 24-3 \
Nous propoſons de conſerver dans la mo
rale de Jeſu tout ce qui eſt conforme à la Chap.
raiſon univerſelle , à celle de tous les grands XLH.L
philoſophes de l'antiquiré, à celle de tous les
tems 8c de fous les lieux, à celle qui doit
être l'éternel lien de'toutes les ſociétés.
Adorons'l'Etre ſuprême par .Jeſu , puiſque
ia choſe eſt établie ainſi parmi nous. . Les .
.quatre lettres qui compoſent ſon nom ne ſont
certainement pas un crimeu Qu'impotte que
nous rendions nos hommages à lÎEtre ſuprê
me, par Confucius , .par Marc-Aurèle, par
Jeſu ou par un autre , pourvu que nous' ſoy.
ons juſtes? La religion' confiſte aſſurément
dans la vertu 8c non dans le fatras impettinenc
.de l'a théologie. La morale vient de Dieu),
elle eſt uniforme partout. La théologielvitxnt
des hommes, elle eſt- partout différente .ôc
ridicule ; on l'a dir ſouvent 8c il faut le re'
dirç toujours. . .
. L'impertiuience 8c l'abſurdité ne peuvent
être unereligion. Uadoration d'un Dieu qui
punir &' qui récompenſe réunit tous les hom
.mes ;q la déteſtable &c mépriſable théologie
raillmeuſe les diviſcJ . .;
Cette théologie railſhneuſe eſt en même tems
Q2
N

.
!Z44 PROPOSITIONS
.ie plus abſurde 8c le plus abominable fléau
Chap. qui ait jamais affligé la terre , les nations an
'XLIH' eiennes ſe contentaient d'adorer leurs Dieux,
&c Ïargumentäient pas ; mais nous autres
.r'zo'us'avons répandu le ſang de nos frères pen
dant des ſiècles pour des ſophiſmes; hélas!
qu'imporre à Dieu 8c aux hommes que Jeſu
ſoit Homouſios ou Homoyouſios, que \à mère
\bit Theotocos , ou Jeſutocos , 8t que l'eſprit
procède, ou ne procède pas? grand Dieu!
fallait-il lè haïr, 'ſe perſécuter, s'égorger pour
. ces incompréhenſibles chimères! chaſſez1es
théologiens , l'univers eſt tranquille (du moins
en fait de religion.) Admettez -les , donnez
leur de l'autorité , la terre eſt inondée de
(äng. Ne ſommes -nous pas déja aſſez mal
heureux , ſans vouloir faire ſervir à nos mi
sères une religion qui devrait les ſoulager?
-Les calamités horribles dont la religion Chré
tienne a inondé ſi longtcms tous les pays où
elle eſt parvenue, m'affligent 8c me font ver
\èr des larmes; mais les horreurs infernales
qu'elle a répandues dans les trois royaumes
dont je ſuis membre, déchirent mes entrail
les. Je mépriſe un cœur de glace qui n'eeſt
pas des mêmes tranſports que moi, quand
\
HONNETES” 24j
il conſidère les iroubles religieux .qui ont
agité l'Angleterre , l'Ecoſſe 8c l'Irlande. Dans Chap.
les tems qui virent naître ce trop facile 8c XL!"
trop incertain Roi Charles I. , 8c cet étran
-ge Cromwellk, moitié fou, moitié héros ,
moitié fanatique , moitié fripon , moitié poli- .
tique &z moitié barbare; le Chriſtianiſme al
luma les flambeaux qui mirent nos villes en .
cendre, 8c fourbirent les épées qui couvri- '
rent fi longtems nos campagnes des cadavres
‘ de nos ancêtres.
Malheureux 8c déteſtables compatriotes qu'el- z'
' le fut la principale cauſe de vos fureurs? Vous
vous égorgeates pour ſavoir s'il fallait un ſur:
plis ou une ſoutane , pour un Covenant , pour
des cérémonies , ou ridicules ou du moins
nutiles.
Les Ecoſſais vendirent pour deux cent mil
le livres ſterling aux Anglais leur Roi refu- '
gié chez eux; Roi condamné à Rome par- .
ce- qu'il n'était pas ſoumis à la ſuperſtition pa
a
piſtique; Roi condamné à Edimbourg parce
qu'il n'était pas ſoumis au' ridicule Covenant
Ecoſſais; Roi mort à Londre ſur l'échafaut ,
Parce qu'il n'était' pas Presbitérien. -
Nos compatriotes Irlandais ont porté pluï
Q3
245 PROPOSITIONS…
loin leur fureur, quand un peu avant cette
' Chap. exécution abominable nos Papiſtes ont aſſaíl
XLIII- ſine un nombre prodigieux de Proteſtans,
quand pluſieurs ſe ſont nourris de la chair de
ces victimes, 8c ſe ſont éclairés de la chan,
delle faire ;avec leur graiſſe. ' '
Ce qui doit être remarqué avec des yeux
attentifs , mais avec .des yeux longtems mouil
lés de larmes, c'eſt que dans tous les tems
où les Chrétiens ſe ſont ſouillés par des aſ
ſaſſinats religieux, en Angleterre , en irlande D
e'n" Ecoſſe, dans les tems de *Charles I, de
de Charles II, 8c de Jacques Il, en Fran?
ce depuis' Charles IX , juſqu'à Louis Xlll,
en Allemagne, en Eſpagne, en Flandre,
en Hollande ſous Charles -Quint 8c Philippe
II , dans ces tems , dis-je , ſi horribles 8c
ſi voiſins de nous ,' dans les maſſacres réci
proques commis dans les cinq vallées de Sa—
voye 8c dans les Cévennes de France, tous
ccs crimes furent juſtifiés par les exemples de
Phinée, d'Aod, de Jahel , de .Îudith, &c;
par tous les aſſaſſmats dont l'Ecriture ſai.Jte
regorge. ,
Religion chrétienne voilà tes effets! tu
-ès née dans un coin de la Syrie dont tu ès
È
HONNzÉTES. 247
chaflée, tu as paſſé les mers pour venir por
ter ton inconcevable rage aux' extrémités du Chap.
XLIIIJ
continent; 8c cependant je propoſe qu'on te
conſerve, pourvu qu'on te coùpe les ongles
dont tu as déchiré ma patrie , 8c les dents
dont tu as dévoré nos pères. '
Encor .une .fois, adorons Dieu par Jéſu
s'il le faut , ſi l'ignorance a tellement prévalu
que ce mot Juif doive être encor prononcé ,
mais qu'il ne ſoit plus le mot du guet pour
la rapine 8c pour le carnage.
Dieu des innombrables mondes ! Dieu de
juſtice 8c d-e paix , expions par la tolérance.
les crimes que la fureur exécrable de Pintoléz
rance nous a fait commettre.
Vien chez moi raiſonnable Socinien, cher
Quaker , vien , bon Anabatiſte , dur Luthé_. -
rien , ſombre Presbitérien , Epiſcopal (* ) très
indifférent, Memnoniſte', . Millénaire , Mé
thodiſte, Piétiſte , toi-même inſenſé eſclave
Papiſte, vien , pourvû que tu n'ayes point
de poignard dans ta poche; proſternons nous
. (* )NB. On appelle Epiſcopal un homme de la ſecte
des Evêques, un homme de la haute Egliſe, au lieu
qu'en France ce mot n'eſt qu’un adjectif, la grandeur
Epiſcopale, la fierté Epiſcopale.
Q4
‘e43 P R o Po s. *H oNN ETE S. .
.

enſemble devant l'Etre ſuprême , remercions-î

Chap. 'le de nous avoir donné des poulardes, dei .


XLIII. chevreuiÿls 8c de bon pain pour notre nour-' .
riture, une raiſon pour le connaître .8c un -
cœur pour l'aimer; ſoupons enſemble gai-‘
ment après lui avoir rendu graces.
Que les Princes'Papiſtes faſſent comme ils'
voudront avec l'idole de leur Pape dont ils '
commencent tous à ſe moquer. Qu'ils eſ
ſayent tous leurs efforts pour empêcher que
la religion ne ſoit dangereuſe dans leurs Etats.
' . . - V . .
. Qu'ils changent, s'ils le peuvent d'inutiles mo,- .
nes en bons laboureurs. Qu'ils ne ſoyent plus
aſſez ſots pour demander à un prêtre la per
,miſſion de manger un poulet le Vendredi.
Qu'ils changent en hopitaux les écoles de
théologie. Qu'ils faſſent tout le bien dont ils
ſont capables , c'eſt leur affaire; la nôtre eſt
d'être inviolablement attaché; à nôtre heureu
ſe conſtitution, d'aimer Dieu, la Vérité 8c
notre Patrie , 8c d'adreſſer au Dieu père de
tous les hommes nos prières pour tous les
hommes. '

CHA
4- &dſſ 249'

CHAPITRE XLIV.
1

Comment il .faut prier Dieu.

Ous entendons les clameurs de nos Ec


cléſiaſtiques; ils nous crient , s'il faut
adorer Dieu en eſprit 8c en vérité, ſi les
hommes ſont ſages, il n'y aura plus de culte
public, on.n'ira plus à nos ſermons, nous
perdrons nos bénéfices. Raſſurez-vous, mes
amis , ſur la plus grande de vos craintes.
Nous ne rejettons point les prêtres, quoique
dans la Caroline 8c dans la Penſilvanie cha
cun de nos pères de famille puiſſe être mi—
niſtre du Très-haut dans \à maiſon. Non
ſeulement vous garderez vos bénéfices, mais
nous prétendons augmenter le revenu de ceux
qui travaillent le plus 8c qui ſont le. moins
payés.
Loin d'abolir le culte public , nous vou
lons le rendre plus pur &t moins indigne de
I'Etre ſuprême. Vous ſentez combien il eſt
indécent de ne chanter à Dieu que des chan
ſons Iuives , 8c combien il eſt honteux de n'a—
250 l COMMENT

voir pas eu aſſez d'eſprit pour faire vous


Chap mômes des hymnes plus convenables. Lou
XLIV- ons Dieu, remercions Dieu, invoquons Dieu
à la manière &Orphée , de Pindare , d'H0
race, de Driden , .de Pope, 8c non à la ma
nière Hébraïque. De bonne foi ſi vous com
menciez d'aujourd'hui à .inſtituer des prières
publiques, qui de vous' oſerait.propoſer de
chanter le barbare galimatias attribué aux
Juif' David?
Paume Ne rougiſſeæz-vous pas de dire à Dieu:
ï" Tu gouverneras toutes les nations que tu nous
ſoumettras, avec une verge de fer, tu les
briíeras comme le potier fait un vaſe.
Pſ3 3.' Tu briſeras les dents des pécheurs.
P1; 17, La terre a tremblé , les fondemens des
montagnes ſe ſont ébranlés , parce que le Sei
gneur s'eeſt fiché contre les montagnes; il a
lancé la grêle 8c des charbons.
Pc 19- ll a logé dans le ſoleil 8c il en eſi ſorti
comme un mari qui ſort de ſon lit.
,Pſ. 57. Dieu briſera leurs dents dans leur bouche ,
il mettra en poudre leurs dents machelières,
ï
ils deviendront _à rien comme de l'eau: car
il a tendu ſon arc' pour les abattre , &z ils ſe
ront cngloutis tout vivans dans ſa colère avant
\

IL FAUT PRlEli DIEU. 251'


d'entendre que tes épines ſoyent auſſi hautes _Tèz
qu'un prunier. Chap( ‘
Les nations viendront vers le ſoit affamées ÏËÊ-ÏV*
comme des chiens, 8c toi, Seigneur , tu te 5a'
moqueras d'elles 8c tu les reduiras à rien. ' P
La montagne du Seigneur eſt une monta- Pſ3 57
gne coagul-ée, pourquoi regardez-vous 'les ‘' '
monts coagulés? Le Seigneur a dit: je jet-'
terai Baſan, je Ie jetterai dans 1a mer, afin
que ton pied ſoit teint de ſang 8c que la lan
gue de tes chiens lêche leur ſang.
Ouvre la bouche bien grande 8c je la H180."
remplirai.
Rends les nations comme une rouë qui Pſ- 83..
tourne toujours , comme la paille devant la
face du vent, comme un feu qui brule une.
forêt , comme une flamme qui brule des mon
tignes; tu les pourſuis dans ta tempête 8c ta
1
colère les troublera. '
Le Seigneur racontera dans les écritures Pſ' 35
des peuples &z des Princes , de ceux qui ont
eſté en Sion. ' ' .

Et ma corne \'e'ra comme la corne de la 1259,_


licorne ( qui n'exiſte point ) 8c ma vieilleſſe
dans la miſéricorde de .la mammelle.
Ta jeuneſſe ſe renouvellera comme la jeu- Pſ- 199
252 COMMENT
,_._._. neſſe de l'aigle' ( qui ne ſe renouvelle point.)
Chap. ll jugera dans les nations, il les remplira
XLIV' de ruines , il caſſera la tête dans la terre de
Pſ- 111- pluſieurs.
Pſ. n1 Jéruſalem qui eſt bâtie comme une ville ,-
dont la participation d'elle eſt en lui- même.
Pſ. x36. Bienheureux celui qui prendfa tes petits
enfans 8c qui les écraſiara contre la’pierre.
Vous m'avouerez que l'Ode d'Horace Ca
Io tonantem cndiditnu; Jouem , 8c celle des
jeux ſéculaires valent un peu mieux que cet
effroyable non ſenſe d'antiques Ballade: (*)
-. pillé chez un peuple que vous mépriſez.
Conſidérez , je vous prie , à qui on attribue
la plûpart de ces chanſons. C'eí'c à un ſcélé
rat qui commence par être violon du roite
let Saül , qui devient ſon gendre , 8c qui ſe '
révolte contre lui; qui ſe met à la tête de
quatre cent voleurs , qui pille , qui égorge
femmes, filles ,. enfans à .la marrimelle , qui
paſſe ſa vie dans les aſſaſſinats ,' dans Padul
tère , dans la débauche &c qui aſſaſſme encor
par ſon teſtament. Tel eſt David, tel eſt
l'homme ſelon le cœur de Dieu. Notre di?
gne concitoyen Hute , ne fait nulle difficulté
(Ù)‘LC mctB-allaçl en Anglais ſignifie chanſon

«r
\..

IL. FAUT PRIER DIEU. 253


de l'appeller monſtre. (page 7 5.) Graiid Dieu,
ne peut-on pas vous louer, ſans répéter les Chap.
prétendues odes d'un Juif ſi criminel? XLIV
Au reſte , mes chers compatriotes , chan- l

tez peu; car vous chantez ſort mal.‘ Pré


chez , mais rarement, afin de prêcher mieux.
Des ſermons trop fréquensaviliſſent la prédi
cation 8: le prédicateur.
Comme parmi vous il y a néceffidirement -
beaucoup de gens qui n'ont ni le don de la
zparole , ni le don de la penſée ,- il faut qu'il: .
ſe défaſſent du ſot amour propre de débiter
de mauvais diſcours, 8: qu'ils ceſſent d'en
nuier les Chrétiens. ll ſaut qu'ils liſent au
'peuple les beaux diſcours de Tillotſon , de
Smaldrige &He quelques autres; lenom
bre en eſi'très- petit. Addiſſon 8c Steel vous
l'ont déja conſeillé.
C'eſt une très-bonne inſtitution de ſe rail
ſembler une fois par mois , ou même fi on
veut, une ſois par ſemaine , pour entendre
une exhortation à la vertu. Mais qu'un diſ
cours moral ne ſoit jamais une métaphifique
abſurde, encor moins une ſàtyre 8c encor
moins une harangue ſéditieuſe. l
Dieu nous préſerve de. bannir le culte pu
254 COM. IL FAUT PRIER DIEU.
blic. On a oſé nous en accuſer; deſt une
Chap. impoſture atroce. Nous voulons un culte
.AL-ÃV. pur. .Nouscommençames depuis deux fiè
.cles 8c. demi à.nettoier les temples qui étaient
devenus les écuries &Augias; nous en avons
ôté les toiles d'araignées, les chiffons. pour
ris , les os de morts que Rome nous avait
envoyés pour infecter les nations. Achevons
un ſi noble ouvrage.
Oui nous voulons une religion; mais ſim
.ple , ſage, auguſte, moins indigne de Dieu
8c plus faite pour nous; en un mot, nous '
.voulons ſervir Dieu EF le: boutone:.
\

AXIOME&~
Ulle ſocieté ne peut ſubſiſter ſans juſti
ce. Annongons donc un Dieu juſte.

Si la loi de. l'Etat punir les crimes con
.nus , nnnonçons donc un Dieu qui punira les
.crimes inconnus. . .

Qu'un philoſophe ſoit Spinoſifle s'il veut.


.Mais que l'homme ſoit ’ſheſiſte.” .
A X i Ô M E SS í-jſ
. 4%
Vous²ne ſavez pas ce que c'eſt que Dieu , Chap.
comment il punira, comment il récompenſe- 'XI-lvl'
ra; mais vous ſavez qu'il doit être la ſou- '
veraine raiſon, la ſouveraine équité, c'en eſt
aſſez. Nul mortel n'eſt en droit de vous con
tredire , puiſque vous dites une choſe pro
bable &z néceſſaire au genre humain.
i?
Si vous défiguriez cette probabilité conſo"
lante 8c- terrible par des fables abſurdes , vous
ſeriez coupableeenvers la nature huiîiaine.
ZF
Ne dites point qu'il Eaut tromper les hom
mes affinom de. Dieu: ce ſerait le .diſcours
d'un diable, s'il y avait des diables.
ΟË
Quiconque 'oſe dire , Dieu m'a parlé, eſt
criminel 'envers Dieu 8c les hommes. Car
'Dieu le père commun de tous ſe ſerait-ii
communiqué à un ſeul? x '- .
. ä?? > .
Si Dieu avait voulu donner quelque or
'dre , il“l'ä'utait²fait entendre à''to-u‘te 'la terre,
comme il a donné la lumière à tous les yeux;
auſſi ſa loi eſt dans le cœur de tous les êtres
I
raiſonnables , 58: non' ailleurs. " “
d
256 'A X I O M E .
df'
à? .
Chap. C'eſt
XLIV- cule le comble de l'horreur
d'annoncerl.Dieu comme un8c petit defi?

pote inſenſé 8c. barbare, qui dicte ſecrette


ment une loi incompréhenſible à quelques-uns
de ſes favoris, &qui égorge les reſtes dela
nation pour avoir ignoré cette loi.
m4,.
?MF

Dieu ſe promener! Dieu parler! .Dieu


écrire ſur une petite montagne! Dieu com
battre! Dieu devenir homme! Dieu homme
mourir. du dernier ſuplice! idées dignes de
Punch. ‘ a

. Un homme prédire l'avenir'. idée digne


de Noſtradamus.
i?
Inventer toutes ces choſes , extrême fripou
nerie. Les croire extrême bétiſe. Mettre un
. Dieu pllliſſiint 8c juſte à la place de. ces éton
w A ~
nantes farces, extreme .ſageſſer
. ?Ê .
Mais ſi mon peuple raiſonne il s'éléve”
contre moi! tu te trompes; m‘oins il ſera
fanatique, plus il ſera fidèle.
SW:
. . .. W. . - .
Des Princes ,barbares dirent à des prêtres
E: barbares ,
;If-T.X' l O M E 8.' . ' :57
barbares, trompez mon peuple pour' que je ._____,.
ſois mieux ſervi, 8c je vou's payetaî bien. Chap)
Les prêtres enſorcelèrent le peuple 8c détrôñ XLIV*
nèrent les Princes. .
R '
Calcas force Agamemnon à immoler ſa fille
. pour avoir du vent; Grégoire VII. fait ré
voltet Henri V. contre PEmPereUr HenriIV.
ſonpère qui meurt dans la misère , 8c aqui
on refuſe la: ſépulture. Grégoire eſt bien
plus terrible que Calcas- l

'Voulez -vous que votre nation ſoit. puîſſanÀ-Ï


te 8c paiſible? Que la loi de Pétat com-z
mande à la religion.
a ü
Quelle eſt la moins mauvaiſe de toutes les
Religions? Celle où l'on voit moins der dog
mes 8z plus de vertu. Quelle efi la mails r.
leure? C'eſt la plus ſimple.
il? O
Papilles , Luthériens , Calviniſtes: ce ſont
autant de factions ſanguinaires. Les Papiſteï
ſont des eſclaves qui ont combattu ſous les
enſeignes du Pape leur tiran. Les Luthe
riens ont combattu pour leurs Princes , le!
Calviniſtes pour la liberté populaire.
. . R
z]

*B58 ZXIOMES;
ñcñn-d- '* \ ''
Chap. Les Ianſéniſtes 8c les Moliniſtes ontſjoué
' ;XLIV- une farce en France. Les Luthériens , les
Calviniſtes avaient donné des Tragédies íàn-
glantes à l'Angleterre, à PAIIemagHe, à la
Hollande. ' ' '
' i?
Ledogme a fait mou rir dans les tourmens
"dix millions de Chrétiens. La morale n'eût
pas produit une égratignure.

Le dogme porte encor la diviſion , la hai


*ne ,' Patrocité dans les provinces , .dans les
villes , dans les familles. O vertu , conſole:
nous! ,

~
@a le 2S9

ADDITION.
DU.TRADUCTEUE
Près le chapitre des Chrétiens Platoni- '
ciens, j'en ajouterais un pour confirmer
Popinion de Fauteur, s'il m'était permis de
mêler mes Îdées aux ſiennes. Je pourrais di
re que toutes les opinions des premiers Chré
tiens ont été priſes de Platon juſqu'au dogme
même de Fimmortalité de l'ame que les anñ'
cíens Juifs ne connurent jamais. Je ſerais '
voir, que le royaume de: cieux , dont il eſt
parlé ſi ſouvent dans l'Evangile, ſe trouve
dans le Phedon de Platon. Voici lesſiprox
pres mots de ce philoſophe Grec, qui, ſans
le ſavoir, a fondé le Chriſtianiſme. Un au
tre monde pur eſt au dzflus de ce ciel pur où
flmt le: a/Zrer; la tÊrre qu: nou: habiton:
rffefl que le fldiment graffiti* de ce monde ítbírê
E55.
Platon ajoute enſuite , que nous -uerriuur ce,
royaume de: cieux, ce ſejour de: bienheureux
ſi nou: pouvions nous élancer au - dela' de notre
. R 2
-
"'"

.Ï-,zóo 'AUDIT.ION
- air groſſier , comme le: poiſſon: peuvent voir
notre terre en :'é/ra,rçant à fleur d'eau. .
Enſuite' voici comme il s'exprime, dan: '
cette terfe ſi pur-j'ai” tout :ſl parfait 5 'elle pio
duit de: pierre: précieuſe: dont le: nôtre: n'a
pracbent ,pas . . . . elle eſt couverte d'or Eÿ :Par
gcnt, ce ſpectacle eſl le plaiſir de: bienheureux.
Leur: ſz,ijbu: ſont toujour: tempéré”, leur: or-
garde: , leur intelligence 9 leur ſanté le: mettent
ùyïnimenr au. deſſu: de
ſi Qui nereconnait nou:cette
dans Edo.deſcription la
u \
Jéruſalem céleſte? La ſeule, difference c'eſ'c qu'il
y a dumoins quelque philoſophie dans la ville
céleſtede Plaçon , &ç qu'il'n'y en a point
dans celle de. FApoçalipſe attribuée à St. Jean.
:d Elle eſt iemblable , dit- il, à une pierre
:d de jaſpe comme du criſtal. . . . Celui qui
:d parlait avec moi avait une canne d'or pour
H lneſ'urer la ville. - . . La ville eſt bâtie en
D? quarreſ, auſſi longue que large: &C il la
J) trouva de douze mille ſtades, 8c ſa lon
D gueur, 8c ſa largeur, 8c ſa hauteur ſont
d» egales. . . . Le premier lit du fondement de
x la ville était de jalpe, le ſecond de ſaphir ,.
D; le troiſième de calcédoínes deſt-à-dirc.
J) dïægarhe , le quatrième &emeraude &C
Le Purgatoire, ſurtout, a été pris viſible
ment dans le Phédon; les paroles de Platon
lbntremarquables. Ceux qui ne .ſont m' entié
ſerpent crimmeh, ni abſolument ÎÏIÏIOCÆHU, [but
porte'. ver: fâché-On; ffçſi lrl qu'il: ſouffi-ene
de: peine: proportionnel*: à leur: faute: , jujqukſi
ce qu'ayant &îé purgé: de leur: péché” il: rc
DU TRADUcTEUR; 2511
çoivcnt' parmi le: bienheureux la récompe'nſè de
leur: bonne: actions. . .
La doctrine de la réſurrection eſt encor tou-'
te Platonicienne, puiſque dans le dixième li
vre de la République , le philoſophe Grec in
troduit Hérès reſſuſcité 8c racontant ce qui
s'eſt.paſſé dans l'autre monde. ,
ll importe peu que Platon ait puiſé ſes opi
nions, ou ſi l'on veut ſes fables , chez d'an
ciens philoſophes Egyptiens , ou chez Timée
de Locre, ou dans ſon propre fond. Ce
qui eſt très-important à conſidérer, c'eſt qu'el
les étaient conſolantes pour la nature humai
ne; &- c'eſt ce qui a fait dire à Cicéron qu'il .
aimerait mieux le tromper avec Platon que
d'avoir raiſon avec Epicure. Il eſt certain
que le mal moral 8c le !nal phiſique ſe ſont.
mis en poſſeſſion de notre courte vie,
qu'il ſeras dou-x d'eſpérer une vie éternelle
'dont nul mal n'oſerait aprocher. Mais pour
quoi
.
commencer. par le .mal . pour arriver au "à e:

bien? Pourquoi cette vie eternelle 8c heu-


reuſc ne nous a - t - elle pas été donnée d'a—.
bord? ne lèrait-il pas ridicule 8c barbare de
bâtir pour ſes enfans un palais magnifique 8c
rempli de toutes les délices imaginables, mais
dont le veſtibule ſerait un cachot habité par
des crapauds &t par des ſerpents , 8c d'empri
i,îinner les enfans dans ce cac'hot horrible pen
dant ſoixante 3c dix ou quatre — vingt ans,
pour leur fiiire mieux goûter enſuite toutes
les voluptés dont le palais abonde; voluptés
qdilszne lentirozit que quand les. ſerpents du
P- î
562 ADDlTIO'N “'
veſtibule auront .dévoré leur peau 8c leurs os?
.Quoi qu'il en ſoit , il eſt indubitable que
touie. cette' doctrine était répandue dans la
Grèce entiére avant que le peuple Juif en eût
la moindre connaiſſance. La loi Juive que
les Juifs prétendaient leur avoir été donnée
par Dieu même, ne parla jamais ni de l'im
mortalité'de l'ame, ni des peines 8z des ré
compenſes après la "mort, ni de la réſurrec
tion du corps. C'eſt le comble du ridicule
de dire que ces idées étaient ſous — entendues
dans le Pentateuque. Si elles ſont divines el
les ne devaient pas être ſous-entendues; elles
devaient être clairement expliquées. Elles
n'ont commencé à luire pour quelques Hé
breux que longtems après Platon ; donc Pla
ton eſt le véritable fondateur du Chriſtianiſ
me.
Si l'on conſidère enſuite que la doctrine
du verbe 5c de la Trinité , n'eſt expreſſé
ment dans aucun auteur excepté Platon , il
faut abſolument le regarder comme l'unique
fondateur de la métaphiſique chrétienne. Je
ſu qui n'a jamais rien écrit , qui eſt venu fi
longtems après Platon , 8c qui ne parut que
chez un peuple groſſier 6c barbare , ne peut
’etre le fondateur d'une doctrine plus ancien.
neque lui , &z qdaſt'urément il ne connait
ſait pas. ' \
Le Platoniſme, encor une fois, eſt le père d
Chriſtianiſme , &c la religion Juive eſt la mè
re. Or quoi de plus dénaturé que de battre
ſon père 6c la mèreà qu'un homme S'en tien-j
_ . ' -v-*--.- *.—'l.‘sſ .Ëg-qzr ."

'bu 'T RADUCT EUR. 263'


.ne auiourdffiui au Platoniſme ‘, un cuiſtre de
Théologie préſentera requête pour le. faire
cuire en place publique s'il le peut , .comme
un cuiſtre de Noyon fit autrefois cuire Mi
chel Server. Qu'un Eſpagnol Nuevo Chriſtia
no imite Jeſil- Chriſt , qu'il le faſſe circoncire
comme lui , qu'il obſerve le ſabbat comme
lui , qu'il mange comme lui l'agneau Paſcal
avec des laitues dans la lune de Mars , les fa
Jmiliers de Pinquifition voudront le faire bro
.ler en place publique. .
. C'eſt une choſe également remarquable 8c
horrible que la ſecte Chrétienne ait preſque
toujours verſé le ſang , 8c que la ſecte Epicuä
tienne, qui niait la Providence 8c l'immortalité .
de l'arme , ait toujours été-,pacifique. ll‘ nÏ‘Ÿ'a
. 'pas un ſouſtet donné dans l'hiſtoire des Epica
riens a .Sc il n'y a pèutêtre pas une ſeule an
née depuis Athanaíe 8c Arius .juſqu'à Quênel
' 6c le Tellier, qui n'ait‘été marquée par des
exils , des empriſonnernents, des briganda
ges , des aſſaſſinats ,des conſpirations ou des
combats meurtriers.
Platon n'imaginait pas , ſans doute , qu'un
]ourſes.ſublimes 8c inintelligibles réveries de
viendraient le prétexte de tant d.'abominationm
S1.on a pervertl ſi horriblement la philoſo
Phle ,. I8 tems eſt venu de lui rendre enfin \ä
première pureté. '
. Toutes les anciennes ſectes excepté la Chré—
tienne ſe ſuportaient les unes les autres, ſu—
portonsvdonc juſqu'à celle des Chrétiens; mais
.aufli qu 11s nous ſuportent. Qu'on ne ſoit point
" a **T-TH
-‘ .' . . :ſz b'. L ' . l

. .‘-- . ' .. “ . . , W
"FK . Ï

,e54 'ADDiTioN DU TRADUUTEURI*


.un monſtre inrolérant: parce que le premier
?chapitre de l'EVangiIe attribué 'a' Jean a été
I ' évidemment compoſé par un chretien; ce
. _ n'eſt pas là une raiſon.pour me perſécuter.
QuÎun Prêtre qui n'eſt nourri, vêtu , logé ,
que des décimes que je lui paye, qui ne ſiibſilſi '
te que par la ſueur de mon front ou par celle
.de mes fermiers , ne prétende plus être mon
.maître , 8; un maître méchant; je le paye
.pour enſeigner la morale, pour donner .l'exem
ple de la douceur &c non pour être un tiran.
Tout Prêtre eſt dans ce' cas ; 1e Pape lui
.même n'a des officiers , des valets8c des gar
des ‘qu'aux dépends de ceux qui cultivent la
terre. &t qui lont nés ſes égaux. ll n'y a per
ſonne qui ne ſente que le pouvoir du Pape eſt
uniquement fondé ſur des préjugés. Qu'il n'en
abuſe plus , 8c îqu'il tremble que ces préjugés
ne ſe diſſipent.
.ll'