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L’orientalisme dans l’ouvre d’Adonis « le retour du soleil »

En s’inscrivant dans un style de pensée, une vision politique de la réalité qui divise
le monde en deux catégories ou régions différentes mais complémentaires, la conception
de l’orientalisme chez Edward Saïd est fondée sur la distinction ontologique et
épistémologique entre « l’orient » et « l’occident ». L’orientalisme est vue comme un style
occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’orient :
« …le raisonnement, réduit à sa forme la plus simple, est clair, précis, facile à suivre. Il y a
les occidentaux et il y a les orientaux. Les uns dominent, les autres doivent être dominés,
c'est-à-dire que leur pays doit être occupé, leurs affaires intérieures rigoureusement prises
en main, leur sang et leur finances mis à la disposition de l’une ou l’autre des puissances
occidentales. » ( p : 50 )
« l’orientalisme aussi peut exprimer la force de l’occident et la faiblesse de l’orient_ telles
que les voit l’occident » ( p : 61 )
l’Orient, qui en dépit de la vision de l’orientalisme, n’est pas un fait de nature
inerte :
« […] tout autant que l’Occident lui-même, l’Orient est une idée qui a une histoire et une
tradition de pensée, une imagerie et un vocabulaire qui lui ont donné réalité et présence en
Occident et pour l’Occident. Les deux entités géographiques se soutiennent ainsi et, dans
une certaine mesure, se reflètent l’une l’autre. » (p. 17)
De ce fait, on peut caractériser globalement l’orientalisme comme étant un savoir et
un imaginaire – légitimes et institutionnalisés – construits discursivement et patiemment
pendant des siècles par «l’Occident» sur «l’Orient», savoir et imaginaire issus d’une
position de puissance et qui portent les signes de l’autorité et de l’évidence comme
marques de cette position et des intérêts qui s’y attachent :
« … depuis le milieu du XVIIIe s, les relations entre l’Est et l’ouest ont comporté deux
éléments principaux. L’un es que l’Europe possède un savoir systématique croissant sur
l’orient, savoir renforcé aussi bien par le fait colonial que par un intérêt général pour ce qui
est autre et inhabituel, exploité par les sciences nouvelles : ethnologie, anatomie
comparative, philologie et histoire ; bien plus, à ce savoir systématique s’est ajouté une
masse considérable d’œuvres littéraires produites par des romanciers, des poètes, des
traducteurs et des voyageurs de talent. » ( p : 55 )
À proprement parler, il ne désigne pas un ensemble de faits de savoir mais un
ensemble de faits humains situés à la frontière du savoir et du pouvoir. L’orientalisme
trouve son apogée dans l’expansion de l’Europe vers des pays dont elle a préalablement
dessiné la géographie imaginaire. Que l’Orient soit une sorte de texte à déchiffrer et à
interpréter pour des lecteurs non avertis. Il ne faut pas croire que la structure de
l’orientalisme n’est rien d’autre qu’une structure de mensonges ou de mythes qui seront
tout bonnement balayés quand la vérité se fera jour :
« […] l’orientalisme n’est pas une création en l’air de l’Europe, mais un corps de doctrines
et de pratiques dans lesquelles s’est fait un investissement considérable pendant de
nombreuses générations. » (p. 19)
Quantitativement, il concerne un nombre impressionnant de textes, de Dante à
Gide, de Renan à Massignon, en passant par W. Scott, F. de Lesseps, Nerval, Hugo,
Flaubert, Marx, T.E Lawrence, etc. Pour tous ces textes, l’Orient n’existe pas pour lui-
même, mais uniquement comme objet d’étude, de description, d’analyse, de jugement, de
fantasmes, de rêves. Surtout chez l’orientaliste et le grand poète Adonis, né dans un désert
de langue, qui le reconstruit par ses dires et ses maximes ; il a ouvert la poésie arabe à la
modernité en mariant mysticisme et surréalisme, en usant du vers libre ; cette nouvelle
forme d’écriture poétique. Mais à travers quelles idées s’illustre l’orientalisme chez
Adonis ?
La présente étude est faite à propos de l’un de ces poèmes : « Le Retour du Soleil »,
on va dégager les signes de l’autorité, la puissance, la position et l’intérêt que portent
l’occident sur l’orient.
Le Retour du Soleil
Le destin frisonne su les mers
Les anneaux de la légende se brisent
Et voici les précipices
Laisse-nous alors semer nos rives de coquillages
Amarrer notre arche sur Sannine
Laisse-nous foudroyer la chimère marine
O maître de la légende

Et lorsqu’au départ du soleil quittant la ville


Les cloches et la routes sangloteront
Réveille pour nous, ô flamme du tonnerre sur les collines
Réveille pour nous le Phénix

Nous acclamerons la vision de son feu triste


Avant le matin, avant qu’elle ne soit dite
Nous porterons ses yeux tout le long du chemin
Au retour du soleil sur la ville.
Adonis.
Comme l’indique son titre « le retour du soleil », le poème d’Adonis évoque le
renouvellement, le retour de l’âge d’or d’une civilisation qui a disparus et perdus sa
grandeur et sa lueur. L’orientalisme se manifeste chez Adonis à travers l’idée de Mort /
Renaissance, régénération principalement quand il se sert de l’idée du Phénix, cette
créature légendaire qui renaît de ses cendres.
Dans la première strophe du poème, le poète nous fait découvrir les secrets de
Sannine ; l’un des trois monts saints, renommés et cités depuis la plus haute antiquité tant
dans la bible que dans le récits des conquérants mésopotamiens :
« Viens au Liban, ma bien aimée ! Des cimes du Cornat et du Sannine et de
l’Hermon le repaire des lions et des léopards… »
Cantiques des cantiques 4/8
Une montagne symbolisant le Liban, une partie d’un orient mystérieux, objet d’étude et de
découverte pour l’occident. Il lui confère le statut d’un olympe oriental où réside, vivant ou
mort, le dieu païen Adonis. En nous révélant cet amalgame de deux mondes très éloignés
géographiquement mais liés culturellement à travers les âges et l’Histoire. Lorsque Adonis
(poète) parle de Sannine tout en décrivant la nature environnante comme étant dotée d’un
pouvoir magique, implicitement comparée à une divinité qui gouverne les cieux, la mer et
la terre ; faisant trembler le destin face à sa puissance comme le souligne le 1er vers. Il nous
ouvre les portes d’un objet complexe par la révélation de la vérité à partir d’un ensemble
de métaphores et métamorphoses.
« l’anneau » dont use le poète dans le 2e vers symbolise le lieu de passage de
l’influence céleste, le trou par lequel passe l’énergie qui fait tourner la roue du destin, celui
qui protège et conserve les secrets. Ces anneaux forment une chaîne de maillons qui
entourent le mont pour garder ses vérités cachées ; le brisement de ses boucles ouvre la
porte à un univers voisin qui n’est pas familier, celui de l’occident avec tous ses mythes et
légendes. Ainsi le destin qui est un ensemble de files retracés dès le début de la création est
perturbé par cette coupure qui crée un vide où même la vérité est insaisissable : on arrive
plus à distinguer l’imaginaire du réel.
« Et voici les précipices »
Adonis.
L’emploie du mot « précipices » montre que les issues sont comme des gouffres profonds
où y a pas de fond et recelant beaucoup de secrets.
L’auteur peint un tableau de la montagne Sannine en décrivant avec précision les
lieux qui l’entourent et lui attribuent toute sa richesse tant naturelle que spirituelle et
culturelle. Le poète interpelle, prie si j’ose dire le dieu païen de la légende : 4e - 6e - 7e vers.
Lorsqu’il dit « les rives », il évoque les frontières qui limitent le territoire libanais,
autrement dit oriental, ces rives qui doivent être planter de richesses afin d’attirer autrui et
s’ouvrir sur lui. « l’arche » dans les récits prophétiques rappelle le survécue à l’inondation ;
ce qui fait qu’on peut relier ce terme aux mers évoquées dans le 1er vers. Cette renaissance
est l’avenue d’un nouveau monde après le déluge et Sannine est le lieu sacré, le cœur de
cette résurrection. Sans pour autant oublier que « foudroyer », le verbe lui-même est propre
au dieu Zeus ; et là aussi, on obtient l’apparition d’une autre culture qui n’est pas
orientale : il lui demande sa permission afin de tuer cet ennemi caché au loin tout en le
comparant à une chimère marine, créature se trouvant dans les mythes occidentaux et
possédant le même pouvoir magique et ancestrale que le Phénix –celui du feu- c’est que
les deux mondes ou religions combattent avec les mêmes armes et le même esprit
intellectuel.
L’idée de l’orientalisme s’illustre aussi dans la 2e strophe quand il
emploie « cloches » car qui dit « cloches » dit « église » : une religion chrétienne propre à
l’occident étrangère à l’orient et se trouve à l’encontre des religions et des croyances
orientales. Le poète reste toujours dans l’interpellation et dans la métamorphose surtout
quand il compare les rayons du soleil au flamme, cette couleur rouge qui se reflète sur les
collines du mont au crépuscule : observant ce Phénix et contemplant les changement de ses
nuances depuis l’aube jusqu’au couché du soleil ; il donne une image du soleil, de la
lumière qui commence à quitter peu à peu la ville tel un personnage qui avec son départ
installe l’ombre et la noirceur dans les routes et le lieu de pèlerinage (église) pour que toute
la ville s’engloutit dans les ténèbres et aura besoin du Phénix pour lui redonner vie et
énergie, ce mouvement, cette dynamique qu’il porte en lui. Toute une image pour arriver
au fait que l’orient à dépasser son âge d’or et sombre dans le désarrois et le rouble.
En associant le « tonnerre » au verbe « foudroyer », on obtient la concrétisation du
dieu Zeus qui donne son pouvoir à Adonis, car ce dernier proclame le dieu païen comme
maître du mont sacré. Dans le 12e vers, le poète dénonce à travers un paysage magnifique,
merveilleux un sentiment de douleur et d’oppression puisque le Phénix se brûle dans ses
flammes comme un orient qui se détruit lui-même, de l’intérieur ; on garde cette image,
vision de lui malgré que le feu paraît emplie de source vitale –l’essence de la vie– il
représente pour la créature une sentence et reste porteur d’un sens de mort, de déclin, de
chute. C’est tout une métamorphose pour nous dire que la civilisation libanaise ou plus
précisément orientale est en position de faiblesse et en voie de destruction en elle-même et
pour elle-même.
En nous offrant cette représentation triste et affligeante pour l’orientaliste « ce
savant, cet homme de lettre » et l’oriental « l’homme de l’orient » à contempler avant que
le jour se dénonce et la nouvelle de sa mort soit répondu. Là, le poète met en valeur l’âge
d’or de la culture orientale qui ne l’est plus et nous invoque à la porter dans nos cœur et
nos âmes pour ne plus la ôter, afin qu’elle soit un guide jusqu’est ce que sa gloire lui revint
et soit peinte à nouveau de prospérité et de paix pendant que l’occident la commande.
La poésie libanaise de langue française, même si le poème est traduit, est
foncièrement une question de liberté individuelle car la langue véhiculaire du pays est
l’arabe et que le français se veut la langue de communication utilitaire pour transmettre une
part de leur culture à travers la langue coloniale.
Adonis arrive à malaxer deux parties divergentes en créant cette impression de
beauté de la nature, prée d’images et laisser en même temps entrevoir une extraordinaire
filiation. Il nous offre une production de l’en croisement d’un orient faible et en déclin et
d’un occident qui le domine ; il fait connaître les richesses et les beautés de l’orient aux
travers de multiples représentations occidentales afin qu’elles ne soient plus une énigme
pour le dominateur mais le mystère l’est toujours.
Bibliographie :
- Jean chevalier alain gheer brant dictionnaire des symboles, Edition Robert Lafflont
S.A. et Edition Jupiter. Paris 1982.
- Edward W. Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Traduit de
l’américain par Catherine Malamoud, Préface de Tzvetan Todorov. Paris, Editions du
Seuil, 1980. Première Edition : Orientalism, Vintage Books, New York, 1978.
- Poésie d’orient…Adonis, posté par Emmila à 20 :20.
- Poète et conscience inaltérable –Adonis,
www.blogdemagog.com/.../orientalisme.../orientalisme_said.php -
- Où la foudre tombe par Adonis | Actes Sud | La pensée de midi 2001/2-3 - N° 5-6
ISSN | ISBN 2-7427-3393-0 | pages 10 à 13 http://www.cairn.info/article.php?
ID_REVUE=LPM&ID_NUMPUBLIE=LPM_005&ID_ARTICLE=LPM_005_0010.
- Edward W. Saïd, intellectuel palestinien – L’outsider,
www.peripheries.net/article204.html.

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