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Université de Montréal

La question du sens dans la sémiotique structuraliste


L’histoire sans fin

Professeur
Daniel Robichaud

Théories générales de la communication

Maria Arce

16 avril 2010
Au fil des années, le récit a été utilisé comme moyen de communication par les différentes cultures.
À travers le récit, les sociétés ont pu transmettre leurs traditions, leur façon d’agir face au monde aux
individus et à la collectivité. Dans un moment ou un autre de notre vie, nous avons lu ou écouté une
histoire dans laquelle un héros doit réaliser une série tâches avant d’avoir une récompense. Propp
affirme que tout discours narratif est une quête « de la signification à attribuer à l’action humaine »1.
Dans cet essai, nous expliquerons comment le récit d’un film a été structuré afin de lui donner du
sens. Premièrement, nous ferons une analyse sémiotique du film selon les composantes narratives de
Greimas. Pour cela, nous parlerons seulement des transformations plus importantes qui se déroulent
dans le film. Deuxièmement, avant de conclure, nous donnerons notre point de vue sur les résultats
de l’analyse.

L’histoire sans fin

Le récit que nous avons choisi pour faire l’analyse narrative selon Greimas est le film « L’histoire
sans fin » (1984). Ce film se base sur le livre du même nom de l’écrivain allemand Michael Ende. En
résumé, le film raconte l’histoire d’un petit garçon qu’aime lire livres de contes. L’histoire du film
est divisée en deux parties : la vie réelle de Bastian, le petit garçon, et l’histoire qu’il lit dans le conte
« L’histoire sans fin ». En ce sens, il existe deux moments de la narrative à analyser que se déroulent
en même temps. Le temps et les lieux où se déroulent les deux histoires sont aussi différents, un que
nous pouvons appeler la vie réelle qui se déroule dans une ville et l’autre le conte qui se déroule dans
le pays de Fantaisie.

L’histoire commence avec Bastian que se réveille. Après, lorsqu’il parle avec son père dans la
cuisine, le père réprimande Bastian, en ce moment apparait le thème principal de toute l’histoire du
film. L’énoncé d’état est de conjonction, les rêves deviennent l’objet de valeur. Le père est une
image d’autorité qui, dans cette scène, présente un énoncé de manipulation de devoir-faire à Bastian,
le thème principal de la performance de notre anti-Programme et qui sera l’opération de
transformation de disjonction. Le film va s’organiser autour de la perte des rêves.

1
Courtés J. (1976). Introduction à la sémiotique narrative et discursive. Paris : Classiques Hachette, p. 10
2
Bastian est un rêveur éveillé Bastian doit renoncer à ses rêves
S O S O
« Père : …Renonce à être un rêveur éveillé » « Père : … Il est temps de cesser de vivre dans les nuages
et d’avoir les deux pieds sur terre, non ? Renonce à être
un rêveur éveillé. Affronte tes problèmes ».

Pour introduire le programme principal de notre film intervient autre figure d’autorité : un vendeur.
Le vendeur va convaincre Bastian de lire un livre différent de ceux qu’il connaît et ce sera le début
d’une nouvelle aventure. Lorsque Bastian commence à lire le conte, il devient le narrateur de
l’histoire. Il va nous introduire dans le Monde de Fantaisie. Ici on voit trois personnages qui ont en
commun la tâche de demander à l’aide de l’Impératrice pour les sauver et qui introduisent le
problème central. On peut analyser le principe d’opposition face à un même Objet.

Le Néant détruit toute Fantaisie L’Impératrice peut sauver Fantaisie


S1 O S2 O
« Petit homme : … Une étrange sorte de … Néant. Qui détruit tout »
« Lutin : C’est peut-être pareil partout. Peut-être que tout notre monde est menacé. Que pouvons-nous faire ?
Mange des pierres : mon peuple m’envoie à la Tour d’ivoire, pour supplier l’Impératrice.
Petit homme : Notre mission est la même. Si l’Impératrice ne peut nous sauver, qui le pourra ? »

La Tour d’Ivoire est le cœur de Fantaisie où habite l’Impératrice. Ici se présente le lien parmi
l’Impératrice et Fantaisie. En autre on voit la Manipulation principale de notre programme narratif,
c’est une relation hiérarchique du destinateur vers le destinataire.

Manipulation Performance
Destinateur : Homme de la cour de l’Impératrice Trouver un remède pour l’Impératrice et sauver
Sujet du vouloir – faire : Atreyou Fantaisie.

« Homme : Tu es bien l’Atreyou que nous avons convoqué ? Tu veux bien partir en Quête ?
Atreyou : Bien sûr ! Quelle sorte de Quête ?
Homme : Trouver un remède pour l’Impératrice. Et sauver notre monde ».

Cette scène nous révèle la compétence du Sujet Operateur comme modalité de virtualité de vouloir-
faire, la figure construite par la combinaison de devoir-faire et vouloir-faire est de l’obéissance
active.

À la suite, Bastian comme narrateur introduit l’anti-Programme à partir de la description du


destinataire Gmork. Notons que cet anti sujet operateur est qualifié comme la créature de l’ombre.

3
Nous utilisons une partie du dialogue entre Atreyou et Gmork qui est près de la finale pour faire la
différence entre les deux programmes. La figure du bien=Fantaisie versus celle du mal=le Néant vont
s’opposer pendant le film.

PN Anti- PN
Manipulation : Demande de l’Impératrice à travers de Demande l’Ombre (Le Néant)
l’homme sage.
Acceptation du sujet
(devoir faire + vouloir faire)
Performance : Sauver Fantaisie Sauver Le Néant

Operations narratives : les transformations

Au début de notre analyse, nous avons mentionné qu’il y a deux histoires : la vie réelle de Bastian et
le conte qu’il lit. Néanmoins, il existe un moment du film où les deux histoires vont se fusionner à
partir de moment où Bastian rencontre le personnage Morla, cette scène comporte une performance
où l’objet de valeur est la connaissance pour aider l’Impératrice, donc cet objet de valeur est relié à
deux Sujet Morla et Atreyou. La transformation disjonctive de deux sujets vers un objet de valeur est
dite d’attribution parce qu’au dernier moment Morla donne une information à Atreyou. Morla fait
une sanction négative vers la performance de Atreyou de renoncer à sa quête.

Morla connaît comme aider l’Impératrice - Atreyou veut savoir comme aider l’Impératrice
F(S)  [(S1 Λ O V S2) → (S1 V O Λ S2)]
« ATREYOU : Sais-tu comment je peux aider l’Impératrice ?
MORLA : petit futé ! Nous ne le savons pas. Mais tu peux consulter l’Oracle austral »

« ATREYOU : C’est vraiment très loin


MORLA : C’est vrai. N’y pense plus. Renonces-y »

Ensuite entre en scène un allié de notre sujet operateur : le dragon Falkor. On ne mentionne pas s’il
est venu sous l’ordre de quelqu’un, mais il devient un sujet opérateur qui sauve Atreyou des
Marécages de la Mélancolie et de Gmork, qui était prêt à le tuer. L’objet de valeur du sujet operateur
est aussi de sauver l’Impératrice, mais à travers Atreyou.

Falkor est le sujet opposant de Morla parce qu’il aime les enfants, il est un Dragon porte-bonheur.
Falkor comme sujet operateur a une modalité opérative de savoir-faire. Il a emmené Atreyou près de
l’Oracle Austral pour qu’il puisse exécuter sa tâche. « Dans les récits, l’acquisition du savoir-faire
4
correspond à une phase appelée performance qualifiante. Les contes merveilleux en fournissent de
nombreux exemples. »2

Pour arriver à l’Oracle austral, Atreyou doit passer deux portes. La première porte est celle de la
confiance en soi. La transformation que nous analysons est une transformation disjonctive
d’appropriation, parce qu‘Atreyou a les deux rôles d’état et de sujet operateur : « cet acteur de
s’attribuer à lui-même l’objet-valeur : c’est une opération réfléchie ». L’objet de valeur est la
confiance, la compétence est vouloir-faire et pouvoir-faire qui peut se traduire comme volonté.

Urgl : Non… parlé de l’autre porte… elle est encore pire ! Il n’y arrivera jamais ! Non ! Ne commence pas à douter de
toi… Aie confiance ! Cours maintenant ! … Il est passé. Atreyou a franchi la porte du Sphinx ! J’étais sûre qu’il y
arriverait.

La seconde porte est le Miroir magique où le personnage va regarder qui il est : l’identité du moi.
Plus haut, nous avons mentionné qu’il y a un moment où les deux histoires s’unissent. Avec la
deuxième porte on observe que l’identité de Atreyou est Bastian et vice-versa. Le miroir va unir les
deux mondes. Pour continuer avec la performance principale, le sujet opérateur a besoin de
l’acceptation de Bastian qu’il fasse part de Fantaisie. En ce sens, nous pouvons dire que le Miroir
Magique a une valeur figurative pour chaque personnage : pour Bastian, l’acceptation de Fantaisie, et
pour Atreyou, la porte pour parler avec L’Oracle Austral.

Ici, le Miroir magique est le même objet de valeur pour deux sujets operateurs, pour continuer on
doit faire un échange, un contrat fiduciaire entre Bastian et Atreyou. Néanmoins, on ne le mentionne
pas textuellement, avec les images on voit que Bastian recommence la lecture du conte en acceptant
qu’il puisse faire part de Fantaisie. « Au terme de la transformation, l’objet n’est perdu pour
personne »3, ainsi qu’Atreyou entre dans le Miroir Magique en continuant avec sa quête. La
compétence sur l’objet est le savoir-faire des deux sujets operateurs.

Urgl : Absurde ! Tu n’y as rien compris. Il y a pire ! La Porte du Miroir Magique Atreyou va être confronté à lui-même.
Bastian : et si jamais ils savaient qui je suis à Fantasia ? …L’Oracle austral ?

Par la suite, l’Oracle austral est aussi un destinateur manipulateur parce qu’il donne à Atreyou la
nouvelle mission de chercher un enfant humain, l’opération est de faire-faire comme demande. Bien
que dans la dernière scène on ait vu que Bastian accepte la lecture de l’histoire et que, par
conséquent, il forme part de l’histoire, on ne voit pas l’union de deux mondes. Atreyou a vu Bastian

2
Groupe d’Entrevernes. (1988). Analyse sémiotique des textes, Lyon : Presse universitaires. p. 36
3
Ibid. p. 29
5
dans le Miroir magique, mais il ne sait pas où le trouver. Atreyou n’a pas la compétence pour
continuer la quête parce qu’il ne connait pas comment se rendre aux confins de Fantaisie. On
pourrait dire que la compétence est transmise à Bastian.

La nouvelle opération est de trouver un enfant humain, mais comme Atreyou n’a pas la compétence
pour sauver Fantaisie, donc il va tomber dans la « Mer des Possibilités au-delà de laquelle on ne peut
aller». Pour première fois, on voit le destinateur de l’anti-programme, Le Néant. Falkor et Atreyou
sont attrapés et séparés. Atreyou n’a pas de chance, il a perdu l’Auryn qui le guide pour trouver
l’enfant humain. On observe une performance disjonctive de dépossession.

« Atreyou : Non, tu n’as pas échoué. C’est moi qui ai échoué. Je devais arrêter le Néant et j’ai perdu l’Auryn. Je ne sais
pas où est mon dragon porte-bonheur. Jamais je n’irai au-delà des confins de Fantasia »

Plus tard, Atreyou va regarder dans la Chambre des peintures toutes les épreuves qu’il a dû passer
pour sauver Fantaisie, comme si son histoire était prédestinée. À ce moment, il va rencontrer l’autre
sujet opérateur de l’anti-Programme : Gmork. Il se qualifie avec cet énoncé d’état : « Je suis le
serviteur du pouvoir derrière le Néant ». Le sujet opérateur de l’anti-Programme se présente comme
la figure connaissant des débilités humaines. Du point de vu modal, Gmork a le devoir-faire, la
performance de ce sujet est l’appropriation de l’espoir humain en tuant à Atreyou. Ici on observe les
deux points de vue de chaque programme narratif, le désespoir versus la fantaisie de l’humanité.

Gmork veut le désespoir qui détruit Fantaisie - Atreyou veut sauver Fantaisie
F (2)  [(S1 Λ O V S2) → (S1 V O Λ S2)]

«Atreyou : Qu’est-ce que c’est, le Néant ?


Gmork : C’est le vide qui reste. C’est comme un désespoir qui détruirait le monde. Et j’ai tout fait pour que cela arrive
Atreyou : Mais pourquoi ?
Gmork : les gens qui ont perdu tout espoir sont faciles à soumettre. Et celui qui obtient la soumission détient le pouvoir »

Néanmoins, Atreyou a tué Gmork et Fantaisie va disparaitre. Atreyou a retrouvé l’Auryn et son
dragon Falkor qui va l’amener chercher le cœur de Fantaisie où se trouve l’Impératrice. Atreyou
pense que le Néant a gagné la lutte. Il va faire une sanction par rapport à sa performance vue comme
un échec. Ici apparait le pouvoir de l’Auryn comme guide vers la Tour d’Ivoire.

Quand Atreyou rencontre l’Impératrice, elle va faire un jugement de la performance du sujet


opérateur comme étant un succès, la sanction, parce qu’Atreyou a réussi sa quête d’amener celui que
l’Impératrice attendait. La cure pour l’Impératrice et pour sauver Fantaisie n’est plus de tuer Gmork,
6
sinon l’acceptation de Bastian qu’existe le monde de Fantaisie. L’Impératrice donne le pouvoir à
Bastian pour sauver Fantaisie à travers l’échange de l’objet de valeur. « On appelle contrat fiduciaire
un tel accord ente les partenaires de l’échange4 ». Bastian crie le nom de l’Impératrice et sauve
Fantaisie.
Atreyou a amené à Bastian à Fantaisie - Bastian peut sauver Fantaisie

Final F (3)  [(S V O) (S Λ O)]


Impératrice : Bastian. Pourquoi ne fais-tu pas ce que rêves ?
Bastian : Je ne peux pas. Je dois garder mes pieds sur terre
Impératrice : Prononce mon nom. Bastien ! Je t’en prie ! Sauve-nous !
Bastian : D’accord ! Je vais le faire ! Je vais vous sauver ! Je vais vivre ce que je rêve.

L’architecture du sens

Le film l’Histoire sans fin, comme « ensemble signifiant5 » de notre analyse nous confirme que
l'organisation structurelle des actions donne sens à l’objet principal, à partir d’une diversité de
relations. Celle-ci donne une certaine vision du monde : les enfants doivent vivre selon leur
imagination et leurs espoirs. On voit la valeur à cette affirmation à travers les transformations des
actants principaux et de leurs relations. On peut dire que l’ensemble des images, audio et texte, ont
été construites comme signifiants afin de percevoir divers signifiés au long de l’histoire. La
signification sous-jacente a été structurée comme suit.

Dans notre analyse, nous avons trouvé une performance principale liée à un objet qui est valorisé
durant toute la narrativité de l’histoire : Vivre ses rêves. Pour donner sens à cet énoncé, nous avons
trouvé différentes actions selon l’ordre de la manipulation, de la compétence, de la sanction et de la
performance. En ordonnant le récit analysé avec le « modèle actanciel (mythique) »6 de Propp et de
Souriau nous trouvons :

4
Groupe d’Entrevernes. (1988). Analyse sémiotique des textes, Lyon : Presse universitaires, p. 28
5
Greimas A.J. (1966). Sémantique structurale recherche de méthode. Paris : Libraire Larousse, p. 13
6
Courtés J. (1976). Introduction à la sémiotique narrative et discursive. Paris : Classiques Hachette, p. 63
7
Destinateur Objet Destinataire
Impératrice Vivre ses rêves Bastian
Homme sage

Adjuvant Sujet Opposant


Artax Atreyou Père
Falkor Bastian Le Néant
Urgl et Engywook Gmork
Oracle astral Morla

La relation principale, quant au sujet-objet, est montrée grâce à l'instauration du principal objet de
valeur : le monde de la fantaisie, que nous avons trouvé dans les différentes énoncés et actions. Il y a
eu toujours une tension, des disjonctions ou conjonctions, avec l’objet de valeur, dépendamment du
moment du programme narratif par exemple : renoncer à être un rêveur éveillé, le Néant détruit tout
Fantaisie.

D’autre part, nous avons constaté le point de vu du signifié grâce aux personnages du Néant contre
l’Impératrice. Cette relation que Greimas appelle idéologie se dévoile grâce aux actions perpétrées
par les personnages et les relations qu’ils ont. Du côté du Néant on trouve, Morla ; son intervention
est à travers une transformation, disjonctive en opposition avec la Fantaisie. Le fait que Morla soit
une tortue enfermée dans sa carapace dans le marais et qu’elle soit allergique à la jeunesse manifeste
un signifié négatif en opposition au dragon Falkor, qui aime les enfants, sourit, vole et aide dans les
moments difficiles. Dans cette scène nous observons la corrélation entre les deux programmes : le
Programme Narratif et l’anti-Programme Narratif, Morla versus Atreyou. Bien que Atreyou cherche
aide en Morla, il a une figure qui s’oppose avec son discours et son image. On pourrait dire que c’est
le conflit de communication entre les adultes et les jeunes. Le point de vue de la structure narratif est
de sauver fantaisie, parce que toutes les performances vont être présentes à partir du personnage de
Atreyou qui est le héros du film.

On peut dire que les programmes narratifs que nous avons mentionnés se transforment grâce aux
personnages de Morla et Falkor en désespoir et en espoir. Le fait que Falkor un dragon porte-
bonheur le qualifie positivement face à Morla. Ainsi, il y a une sanction positive envers le
comportement de Atreyou de la part de Falkor lorsqu’il dit « Ne renonce jamais et la chance saura te
retrouver ». Falkor est l’adjuvant principal de Atreyou pour trouver l’objet de valeur. Nous pensons

8
que les relations des actions et des énoncés par rapport à Falkor donnent comme résultat la
signification de l’amitié.

D’autre part, nous avons trouvé l'apparition de l’anti-sujet le Néant et son sujet opérateur Gmork,
considéré comme le pôle négatif. Nous n’avons pas fait une analyse détaillée de l’image, néanmoins
ce personnage est un loup noir, ici on peut affirmer la relation de conjonction parmi le loup noir et la
méchanceté parce qu’il veut tuer à héros de l’histoire. Gmork est celui qui s’oppose pour trouver
l'objet souhaité, l’objet de valeur. Le film nous a aidé à confirmer que « le sens est fondé sur la
différence : il y a du sens lorsqu’il y a de la différence »7. Pour notre analyse aussi c’est important de
dire que les Marécages de la Mélancolie sont un anti-sujet opérateur qui lutte contre Atreyou. On
regarde la scène au moment où Atreyou assume le rôle de sujet d’opérateur qui avait une quête (état
de conjoint), et après il renonce parce qu’il s’enfonce dans la mélancolie (état de disjoint). C’est une
performance disjonctive de renonciation.

Le film montre l'obtention d'un objet souhaité et sa qualification à travers un sujet destinateur et un
sujet destinataire. La manipulation qui est observée dans l'histoire analysée a une charge politique de
pouvoir de l'homme sur l'homme comme dit Greimas, pour exécuter un programme déterminé des
relations de pouvoir « la relation entre le Destinateur et le sujet, telle qu’elle apparaît dans le récit
proppien, est celle d’une hiérarchie établie et le rapport dominant/dominé qui le caractérise »8.
Comme on a vu il y a l'homme de la cour de l’Impératrice qui a un pouvoir hiérarchique et ordonne à
Atreyou d’effectuer une mission : le Faire. Cette action persuasive sur le destinataire a pour but de
faire transmettre une série de valeurs objectives, pragmatiques qu’Atreyou doit affronter afin de
trouver l’objet souhaité.

Atreyou n'a pas d’échappatoire, il se sent intimidée en écoutant comment s’il n’effectue pas la tâche
l’Impératrice mourra et que cela entrainera par conséquent la disparition de toute la fantaisie. La
modalité qu'utilise le manipulateur a été le pouvoir face à la modalité de vouloir d'Atreyou. On voit
ici le symbole de l'Auryn qui signifie que le pouvoir de l’Impératrice transmis à Atreyou est en
opposition avec la dépossession des armes pour aller combattre contre le mal outre la menace de
décès. C’est situation du personnage Atreyou nous fait penser à la dualité dans la qu’on vit chaque

7
Groupe d’Entrevernes. (1988). Analyse sémiotique des textes, Lyon : Presse universitaires, p 13
8
Courtés J. (1976). Introduction à la sémiotique narrative et discursive. Paris : Classiques Hachette, p. 24
9
jour et le discours qu’on entend par les médias d’être blanc ou noir, homme ou femme, de droit ou de
gauche il n’a pas d’échappatoire, on doit suivre les règles selon le discours des manipulateurs : le
gouvernement, l’Église, les parties politiques.

Quant à la compétence, le destinataire Atreyou est chasseur de buffles dans les plaines, un rôle qui
requiert certaines habiletés et du courage. Malgré son image d'enfant, on lui accorde une
responsabilité de sauver le monde de la fantaisie. Ici il existe une relation de conjonction entre le
personnage du héros, enfant courageux, intrépide et responsable de la tâche en contraste avec l'image
du narrateur Bastian. Celui qui dans la vie réelle est tout le contraire un enfant faible, qui ne remplit
pas ses devoirs du collège et qui ne lutte pas contre ses adversaires est transformé.

La modalité du savoir s'est trouvée dans le personnage de l’Impératrice, celui qui fait des jugements
de valeur positifs sur la performance d'Atreyou, et agit au niveau de la sanction. On accepte le
discours comme « vrai », dans ce cas où l'imagination est bonne pour les enfants. Dans le récit
analysé, on trouve le sens avec la clôture où le sens final se construit avec l’acceptation de Bastian.
On est passé d’un énoncé disjonctif à un énoncé conjonctif. D'autre part, la sanction réalisée par
l’Impératrice sur la performance principale renforce le point de vu du récit. « Nous percevons des
différences et, grâce à cette perception, le monde " prend forme " devant nous et pour nous »9. Les
deux programmes narratifs nous ont montré les différents sens en opposant deux significations
distinctes, une face à l’autre.

Cette analyse nous montre comme la communication humaine n'est pas une simple transmission
d'information d'un émetteur à un récepteur qui transmettent un message, mais un « processus plus
général, celui de la signification »10, où chaque participant de cette communication acquiert un rôle
de compétence, de manipulation, d’interpréter ou d’action. Ce que Greimas propose est une
communication persuasive et structuré où les sujets vont communiquer un message à travers le savoir
et avec une série de modalités dans le but que le destinataire accepte ce message. À travers le
l’histoire on a vu les transformations d’objets de valeurs qui ont été liés aux autres sujets ou autres
objets pour donner sens : on est passé du désespoir avec Morla au bonheur d’avoir amies avec

9
Greimas A.J. (1966). Sémantique structurale recherche de méthode. Paris : Libraire Larousse, p. 19
10
Courtés J. (1976). Introduction à la sémiotique narrative et discursive. Paris : Classiques Hachette, p 33
10
Falkor, et l’importance avoir confidence en soi même avec l’Oracle austral, pour finalement avoir
une qualification.

On peut dire que la communication humaine est pleine de tensions dans la recherche continue de
signifiés, parce qu’on vit dans un monde complexe avec système de valeurs culturales, sociales
politiques qui interviennent dans ce processus. Pour cela, Greimas affirme qu'il existe « un sujet
sémiotique »11 parce qu’il doit participer dans la construction de sens dans la vie quotidienne. Les
mots, les actions quotidiennes, les images, l’architecture, tout doit acquérir un sens commun à partir
des relations, dans un contexte déterminé, dans une situation d’une histoire et non une forme isolée.

Une communication humaine est régie par certaines règles qu'elles soient organisées et dépendantes
du contexte ou de la situation de l'interaction, comme peut être la lecture d'une affiche, d'une image
dans une publicité, tout est gouverné par des structures préétablies que aident à donner du sens, « la
sémiotique essaie de déterminer l’ensemble des lois qui rendent compte en partie de cet élément
central de notre vie quotidienne, le fait de « raconter » »12

Une communication humaine d'interaction, de négociation vogue entre ce qu'on offre et ce qui est
accepté par des individus. On peut dire que les récits perpétuent et renforcent le sens de ce monde.
Greimas vérifie que les personnes reformulent et/ou récupèrent de nouveaux sens à travers les
histoires. Un processus de transformation à partir d’un sujet opérateur qui est le responsable du
mouvement de toute l'histoire. L’individu, comme sujet opérateur, doit lire chaque jour une sérié de
contextes afin de participer dans le processus de communication, parce que les personnes
différencient comme agir dans une salle de Bank ou dans une salle d’hôpital. Chaque structure donne
une signification distincte, comme l’Histoire sans fin qui est une narrativité qui à travers la
succession d’états et des transformations a démontré et donné un sens à l’espoir dans le monde de
l’imagination.

[4,045]

11
Courtés J. (1976). Introduction à la sémiotique narrative et discursive. Paris : Classiques Hachette, p, 21
12
Ibid. p, 35
11