Vous êtes sur la page 1sur 4

Document N ° 2

Animation p édagogique «la r é cré ation» ­ mars 2015

Filles et gar ç ons à l’heure de la r é cré ation :

la cour de r é cré ation, lieu de construction des identifications sexu é es.

Sophie RUEL

Un des traits marquants des cours de r é cr é ation des écoles é l é mentaires est l’utilisation distincte de l’espace par les filles et les gar ç ons. Durant les temps r é cr éatifs, la gestion de l’espace est pratiqu é e diff é remment entre les deux genres.

Dans quelle mesure la cour de r é cr é ation demeure un lieu de formation des identit é s de genre? L’analyse de la pr é sence spatiale des filles et des gar ç ons au sein des cours de r é cré ation fournissent des indices de r é flexion pour d é crypter le mode de construction identitaire sexu é e des enfants.

Comment, immerg é s dans une soci é té sexué e, les filles et les gar çons ne sont pas des ê tres passifs mais au contraire des acteurs du processus de socialisation, producteurs d’un espace sexu é ?

Les observations recueillies mettent en é vidence l’occupation diff é rentielle de la cour en fonction du genre.

Dans un premier temps, nous montrerons que les filles et les gar ç ons s’adonnent à des jeux s épar é s et distincts au sein d’endroits diff é rents, la cour de recr éation demeurant un lieu fortement marqu é par l’ é vitement. Mais, dans un second temps, nous montrerons que la cour demeure é galement un lieu de confrontation des genres, les violations de territoire qui se donnent à voir lors des temps r é cr éatifs avalisant ce constat.

1. La cour de r é cr é ation, lieu exclusivement marqu é par l’é vitement ?

La s é paration des genres est un é l é ment significatif de la situation lors de la r é cr éation.

Nos observations effectu é es au sein de diverses é coles él é mentaires durant l’ann é e

scolaire 2004­2005 ont avalis é ce constat. Concr è tement, en majorit é , les filles et les gar­

ç ons que nous avons observ é s ne jouent pas ensemble. Ils s’adonnent à des jeux s épar é s et distincts au sein d’endroits diff é rents.

1.1. Du c ô té des filles

1.1.1. Pr é sence spatiale

Les filles utilisent les marges et les recoins de la cour pour jouer calmement ou se re­ plient sur les bancs pour discuter. S’appropriant un usage limit é de l’espace, elles sont si­ tu ées le plus souvent à la p é riph é rie de la cour et se r é unissent en couples ou en trios.

Demeurant donc sur une petite portion de la cour, elles adoptent des comportements statiques. Elles bougent peu et se d é placent moins que ne le font leurs pairs masculins, l’esprit de dynamisme et de mobilit é n’ é tant pas encourag é dans les jeux de marelle ou de corde à sauter.

Lors de leurs d é placements, contrairement aux gar ç ons, les filles courent peu. Elles se dé placent majoritairement en dansant, en se balan ç ant ou encore en marchant à petits pas. Elles se prom ènent également bras dessus, bras dessous, se tiennent par la main.

Page 1 Diffé rences de genre

Animation p édagogique «la r é cré ation» ­ mars 2015

1.1.2. Caract é ristiques des jeux (structuration et conduites des occupations).

Tout d’abord, à l’é cole primaire o ù s’organisent particuli è rement des jeux collectifs, il est remarquable que, chez les filles, le plus important, c’est de respecter des normes strictes qui commandent tous les gestes pour chacune des participantes. Elles privil é gient les jeux institu é s avec des r è gles pr éé tablies auxquelles elles se conforment. En effet, au sein d’un espace de jeux r éduit, leurs activit é s ludiques sont organis ées, planifi é es et font intervenir plus fr é quemment le langage que chez les jeux auxquels s’adonnent les gar ç ons. Le jeu du « Ploufplouf» pour l’attribution des r ô les est é galement tr è s pr é sent.

De plus, les aires de jeux des filles, dans la cour de r é cr éation, sont plus restreintes. En effet, leurs conduites de jeu demeurent plus centrip è tes. Les filles sont plus stables au sein de leurs jeux le plus souvent s é dentaires, entra înant un d é ploiement restreint dans la cour.

Enfin, les petits comit é s de filles se d é finissent par des conduites de jeu o ù la comp é ti­ tion et l’agressivit é ne sont pas valoris ées.

1.1.3. Principales activit é s ludiques des filles au sein des cours de r é cr é

tion.

Nous pouvons tout d’abord citer les jeux de r ô le et de situation (« Toi tu seras …, et moi… »). Le jeu de la ma îtresse d’ é cole, le jeu du papa et de la maman, le jeu de la mar ­ chande sont sur ce point éloquents. À c ô té des jeux de situation, les filles s’adonnent éga­ lement au sein des cours de r é cr éation à des jeux symboliques et de fiction (« Jeu de faire­semblant »). Les filles mettent en sc è ne des sc é narios de la vie quotidienne qui touchent le domaine familial et domestique. Le jeu de la poup é e­bé b é fait également par­ tie des principales activit é s ludiques auxquelles se consacrent les filles au sein des cours de ré cr é ation.

Concr è tement, les filles se livrent à des activit é s ludiques de maternage. Les filles se livrent é galement à des jeux de r è gles avec une r é gulation stricte. En effet, les jeux de filles sont marqu é s par la supr é matie des r è gles.

Nous pouvons citer le jeu de l’ é lastique (« J’ai toujours un é lastique dans mes poches ou dans mon cartable. C’est petit, on peut l’emmener partout et avec mes copines, on adore y jouer.»), la marelle (« Comme les cases de la marelle sont d éj à dessin ées sur le sol, on perd moins de temps à jouer.»), et la corde à sauter qui compte aussi parmi les jeux de r è gles avec une r égulation stricte.

Les jeux ritualis é s font é galement parti des principales activit é s ludiques auxquelles se consacrent les filles au sein des cours de r é cr éation. Les filles effectuent le plus souvent des rondes accompagn é es de formules et de chants.

Enfin, les filles privil é gient les discussions lorsqu’elles sont en r é cr é ation. En effet, les filles âg é es surtout de 9 à 10 ans passent le temps de la r é cr éation à converser. Elles dis­ cutent tranquillement entre elles, souvent à deux ou en petits comit é s dans un lieu d’intimi­ té .

Page 2 Diffé rences de genre

Document N ° 2

Animation p édagogique «la r é cré ation» ­ mars 2015

1.2. Du cô té des gar ç ons

1.2.1. Pr é sence spatiale

Les gar ç ons occupent majoritairement l’espace et particuli è rement le centre de la cour. Ils é tendent leurs jeux à la totalit é de l’espace disponible. S’appropriant un usage non cir ­ conscrit de l’espace, les gar çons investissent et sillonnent en tout sens la cour.

De plus, les gar çons se distinguent des filles par leur mobilit é . Lors de leurs d é place­ ments, ils marchent à grands pas, courent à grandes enjamb é es au sein de la cour, ex­ plorent les espaces en se courant apr è s, en grimpant, en criant. Ils bougent, remuent, se bousculent et fonctionnent en groupes plus larges, souvent mobilis é s autour d’objets at­ tractifs, comme les ballons.

1.2.2. Caract é ristiques des jeux (structuration et conduites des occupations)

Leurs activit é s ludiques sont le plus souvent d é sorganis ées, peu ré glement é es, à faible dominance langagi è re et s’organisent autour de la pr é sence d’un guide (leader).

Par cons équent, les gar ç ons s’adonnent la plupart du temps à des jeux actifs, vigoureux impliquant l’agilit é , l’habilet é , la comp é tition physique. Ils se consacrent principalement à des jeux li é s au mouvement, à la comp é tition, à la bagarre, au combat.

1.2.3. Principales activit é s ludiques des gar ç ons au sein des r é cr é ations.

Nous pouvons tout d’abord citer les jeux o ù le dé fi est valoris é , la comp é tition en consti­ tuant la base essentielle. Les épreuves de lancers, de courses, de sauts, d’adresse mus­ culaire, de dext é rité et de force, simulacres de combat auxquels se livrent les gar çons illustrent ce constat. Les gar ç ons s’adonnent é galement au sein des cours de r é cré ation à des jeux moteurs et d’exercice qui regroupent des activit é s physiques.

Concr è tement, cette exub é rance motrice est tr è s fr équente au sein de jeux d’ équilibre et d’acrobaties. Courir, grimper, sauter, se bousculer, se poursuivre, enjamber, escalader, glisser, s’accroupir, s’accrocher, se suspendre, tels sont les exemples que nous pouvons mentionner.

Les jeux de r è gles font é galement parti des principales activit é s ludiques auxquelles se consacrent les gar ç ons au sein des cours de r é cr éation. Nous pouvons nommer des jeux de ballon (football) ou encore des jeux traditionnels, tels que l’ épervier.

Ainsi, nous pouvons conclure sur le fait que l’organisation de l’espace demeure tr è s souvent impos é e par les jeux des gar ç ons. Ces derniers finissent toujours par occuper le centre de la cour, ne laissant aux filles que les marges pour jouer.

Les espaces o ù filles et gar ç ons é voluent dans la cour de r é cr éation sont donc d é limi­ té s, les gar ç ons occupant toute la cour, et les filles se rassemblant en petits groupes dans les coins.

Page 3 Diffé rences de genre

Animation p édagogique «la r é cré ation» ­ mars 2015

Conclusion

Les enfants mettent continuellement en jeu des actions d’am é nagement du territoire, des modes d’appropriation de l’espace.

Notre travail d’observation nous a effectivement permis de r é vé ler le fait que les é vite­ ments spatiaux et les violations de territoire demeurent des moments cruciaux dans la constitution de l’identit é de genre des enfants. Le processus de la construction culturelle des sexes prend forme dans l’espace. Et l’espace de la cour de la r é cr éation est un des lieux o ù se r éalise ce processus. En effet, la cour de r é cr éation demeure un espace de gestion de la construction sexu é e pour les enfants. Poss édant une dimension sociale et culturelle, elle est un lieu d’apprentissage de la diff é rence des genres au sein duquel les enfants d é veloppent des comp é tences sociales. Elle demeure un lieu de socialisation o ù se cristallise la diff é rence des genres et joue de ce fait un r ôle important dans la construc­ tion de l’identit é sexu é e.

La socialisation masculine comme f é minine se d é roulent donc dans les cours d’ é cole, lieu où les enfants organisent l’usage de fa ç on quasiment exclusive et au sein duquel ils dé veloppent des comp é tences sociales. Il convient de ne pas n é gliger la ré ception active des enfants dans le cadre de leur socialisation de genre.

Page 4 Diffé rences de genre