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Témoignage sur la gestion sanitaire des

incendies de l'été 2018 en Grèce


Première publication en français le 14 août 2018

Des syndicalistes grecs de la Santé signalent des erreurs et omissions graves des
autorités dans la gestion sanitaire des récents incendies en Grèce. La situation
dramatique exige un travail sincère d'investigation et un débat courageux et, autant que
faire se peut, de bonne foi.

Communiqué de de presse de la Fédération Panhellénique des Salarié-e-s des Hôpitaux


Publics (ΠΟΕΔΗΝ - POEDHN)

Traduction : Emmanuel Kosadinos

Note du traducteur :

Au moment où je publie ce texte, 3 semaines après le désastre, une personne de plus a succombé à ses
brûlures (hospitalisée à l'Hôpital KAT) alors que le gouvernement grec tente d'appliquer des mesures
palliatives dans le cadre étroit des politiques d'austérité. La polémique ne faiblit pas, dépassant parfois
les limites de la décence. La blessure collective est profonde, à peine voilée par l'ambiance estivale. Une
ambiance que les victimes directes ne peuvent pas partager. Tristesse, colère et déception, parfois
résignation, sont des affects latents, partagés de tous. Un nouvel incendie a d'ailleurs éclaté à près de
50 kilomètres des premiers, heureusement sans victimes.

Le texte traduit est à la fois un témoignage et un tract syndical et il doit être lu comme tel. Sa
reproduction traduite, n'implique pas de ma part l'adhésion à toutes les thèses, explicites ou implicites,
qui y sont énoncées. Je ne suis aucunement en mesure de vérifier la véracité de toutes les assertions
des auteurs, qui le signent en assumant la responsabilité. Il s'agit d'une compilation de témoignages de
personnes qui étaient en première ligne de la lutte pour sauver des vies humaines et soulager d'atroces
souffrances. C'est pour cela qu'ils suscitent le respect et l'admiration. Parfois il y a dans le texte des
interprétations qui engagent leurs auteurs. Une instruction judiciaire devrait d'ailleurs bientôt démarrer
sur les responsabilités liées aux incendies.

Mais, aujourd'hui comme la plupart des fois, je m'aligne pleinement avec les revendications des salarié-
e-s des Hôpitaux Publics grecs lorsqu'ils réclament davantage de moyens pour exercer leur travail,
lorsqu'ils dénoncent les politiques d'austérité menées par tous les gouvernements grecs depuis plusieurs
années. Je suis également de leur partie lorsqu'ils réclament d'être entendus par les autorités. C'est pour
cela que je trouve la récente déclaration du ministre adjoint Polakis de la Santé totalement inacceptable
et faisant preuve d'une arrogance déplacée. Voici cette déclaration : « les syndicalistes n'ont pas d'avis
donner sur l'organisation des soins, ni de s'autoproclamer urgentistes réanimateurs, surtout s'ils sont
d'anciens aides-soignants en psychiatrie, sans diplôme d'enseignement supérieur ».
Les situations décrites pourraient concerner d'autres pays européens, voire même la
France, notamment la question l'état de souffrance matérielle des établissements hospitaliers, de
souffrance matérielle et morale des soignants, la question sensible des urgences et des services de
Réanimation, les luttes des salarié-e-s de la Santé, l'arrogance (voire parfois le mépris) de la part des
autorités.

Emmanuel Kosadinos

Athènes, le 08/08/2018

Des erreurs et omissions graves du ministère de la Santé ont été constatés pendant la gestion
sanitaire de la crise causée par la tempête de feu, bien que le ministre, M. Polakis affirme être resté
éveillé 36 heures d'affilée.
Une opération d'invisibilisation des grands brûlés, hospitalisés en USI (Unités de Soins Intensifs /
Réanimation) a été organisée pour minimiser l'ampleur du désastre, le nombre de morts et le manque
de lits en soins intensifs.

Actuellement 8 patients sont hospitalisés en USI, dont 1 à l'Hôpital "Thriasio", 2 au Centre


Traumatologique d'Athènes (KAT), 5 à l'Hôpital "Evangelismos". Il y a également 6 hospitalisés en Unité
de grands brûlés (ΜΑΦ) à l'Hôpital "Thriasio" avec de très graves brûlures. Au total 14 patients sont dans
un état sévère, irréversible pour certains parmi eux. Il avait été annoncé au début que 11 patients étaient
hospitalisés en USI. Près de 10 en ont été sortis, mais 8 y sont encore. Comment expliquer cela ?

Les personnels du Centre National grec de premiers Secours se sont dévoués


dans des conditions très difficiles

La chronique des transferts vers les Hôpitaux et les Centres de Santé

Au-delà des morts, des dizaines de victimes de brûlures graves ont été transférées vers les Hôpitaux
de garde de la Région de la capitale (Région d'Attique) et les Centres de Santé avant que ne se
réunisse le groupe de coordination du gouvernement.

Les registres d'accueil des patients, des Hôpitaux et des Centres de Santé qui ont accueilli les brûlés, ont
été dissimulés ou égarés pendant cette nuit-là. Pourquoi cela ?

Le traitement chirurgical des grands brûlés à l'Unité spéciale de l'Hôpital « Thriassio » (ΜΑΦ) s'est
effectué en utilisant un dermatome (instrument chirurgicale spécialisé pour la chirurgie réparatrice)
manuel.

Des médecins australiens présents en ont été choqués et s'apprêtent à offrir un un


dermatome moderne (à moteur électrique).

Chronique des transferts vers les Hôpitaux et les Centres de Santé Le


Centre de Santé de Rafina a été évacué

17h30: La directrice du Centre de Santé était longtemps en communication avec la Municipalité, le


service des Pompiers, la Police, pour savoir si elle devait évacuer ou non le Centre de Santé. Elle ne
recevait aucune instruction.

18h05: Elle a pris l'initiative d'évacuer le Centre de Santé. Le personnel et les patients ont été déplacés
vers la route de Marathon. Son initiative s'est avérée salutaire. Le feu a atteint le Centre de Santé qui
aurait brûlé, si trois agents techniques du Centre n'avaient pas pris l'initiative, au risque de leur vie, de
se déplacer vers le Centre en flammes et d'éteindre le feu avec des tuyaux à eau. Selon les
témoignages de ces agents techniques, le premier véhicule des pompiers est arrivé à 23h30 seulement.

Centre de Santé de Néa Makri

C'est l'Unité sanitaire la plus proche des fronts de l’incendie.

18h45: Quatre personnes blessées par l'incendie sont arrivées par des moyens privés. Deux avec des
problèmes respiratoires et deux avec des brûlures graves.

20h00: Arrive un patient dans un état grave. Il présente des brûlures sur tout son corps. Les médecins
prennent soin de lui et il est immédiatement transféré vers un hôpital de garde. Il a été hospitalisé pendant
quelques jours en USI mais finalement il est décédé.

Sont arrivés au Centre de Santé de Néa Makri de 18h45 à 23h30, par des moyens privés ou par les
ambulances du Centre National des Premiers Secours (ΕΚΑΒ) des dizaines de patients souffrant de
brûlures graves, des problèmes cardiaques ou respiratoires. Beaucoup d'entre eux ont été transférés
vers les hôpitaux de garde et ont été hospitalisés.

Centre de Santé de Spata

À partir de 20h30, les grands brûlés sont arrivés par des moyens privés ou par les ambulances du
Centre National des Premiers Secours (ΕΚΑΒ). À 22h00 des dizaines étaient en soins ou patientaient
en salles d'examens paracliniques. Les médecins ont soigné les blessures et plusieurs patients ont été
transférés vers des hôpitaux de garde. Plusieurs d'entre eux ont été hospitalisés.

Hôpital Sismanoglio

A partir de 20h30, des grands brûlés y sont transférés. À 22h45 a été transférée la première personne
décédée (photo communiquée à 23h03). À ce moment les personnes brûlées sont transférées par trois
dans les ambulances du Centre National des Premiers Secours (ΕΚΑΒ). 22h45 : Instruction est donnée
d'installer un conteneur mortuaire pour accueillir de nombreux morts.

Jusqu'à 23h30 ont été transférées à l'hôpital plus de 30 personnes brûlées dans des états sévères et
plusieurs en hypothermie (car restées en mer pendant plusieurs heures). Beaucoup parmi elles ont
été hospitalisées.
23h45: La deuxième personne décédée a été transférée

Hôpital « Evangelismos »

À 20h30 sont arrivées les premières personnes gravement brûlées depuis le front des incendies.
Jusqu'à 23h30, plus de cinquante personnes brûlées avaient été accueillies dans les services des
Urgences (ΤΕΠ).

Jusqu'à 23h00, quatre personnes ont été intubées (deux sont arrivées à Evangelismos déjà intubées)
et ont été hospitalisées à l'USI.

Hôpital des Enfants Malades "Aghia Sophia"

À partir de 20h30, des jeunes enfants brûlés arrivaient depuis le lieu des incendies.
À 20h30 a lieu la première admission en Chirurgie Plastique d'un enfant avec des brûlures sévères
(enregistrée par les Urgences).
À 22h10 est transféré mort un bébé de six mois, décédé de ses brûlures (données du livre des
Urgences)

Ces heures tragiques, les Hôpitaux et les Centres de Santé de la région étaient comme en zone
de guerre, voire pire.
En même temps, le ministre M. Polakis, évoquait "des informations non confirmées" concernant des
décès. Qu'a-t-il mentionné sur les dizaines de blessés? Alors que les Unités sanitaires étaient en
communication constante avec le Centre National Opérationnel (ΕΚΕΠΥ) et le ministère de la Santé.

M. Polakis connaissait qu'il y avait des morts et un nombre élevé de victimes des incendies qui étaient
transférées vers les Centres de Santé et les Hôpitaux, bien avant la messe médiatisée du groupe de
coordination du gouvernement.
Ils cachent la réalité. C'est pourquoi les registres des mouvements des Unités de soins de cette nuit-
là ont été égarés.

Il y a eu des erreurs graves dans la gestion sanitaire de la tragédie.

Après de telles catastrophes, ayant laissé derrière elles des dizaines de blessés et de morts, les
responsables ne doivent pas cacher les problèmes sous le tapis. Il y a eu des erreurs graves de gestion
et des omissions du gouvernement dans la prise en charge (cardiologique, pneumologique, etc.) des
victimes cette nuit fatale. L'état de santé publique ne s'améliorera pas par le recours aux faux semblants.
Il ne s'améliorera pas tant que se poursuivent les politiques du mémorandum et des excédents
budgétaires primaires élevés. L'autogratification des ministres du gouvernement sur leur bonne manière
de gérer la situation suscite seulement la peine et la colère. Au moment même où nous pleurons des
dizaines de morts et où certains blessés donnent encore la lutte pour la vie.
Le très controversé ministre adjoint à la Santé (SYRIZA), M. Pavlos Polakis

Les Hôpitaux de garde, le lundi 23/07/2018

En application de l'agenda du tour de garde des hôpitaux, le soir de l'incendie étaient de garde dans la
région d'Attique les hôpitaux « Sismanoglio », « Evangelismos », KAT (Centre Traumatologique) pour
des cas spécifiques (dont pour les victimes de brûlures), l'Hôpital « Attiko » et, pour les enfants, à
l'Hôpital des Enfants malades « Aghia Sophia ». Les hôpitaux militaires ont été réquisitionnés pour être
de garde pour les civils, ce fut cependant une garde formelle, puisque aucun patient n'y fut transféré et
le seul effet de l'annonce du ministre de la Défense M. Kammenos, a été d'y créer une situation
chaotique.

À noter aussi qu'aucun patient victime des incendies n'a été transféré à l’Hôpital « Attiko », bien que
cet hôpital dispose d'une unité pour grands brûlés.
Ce n'était peut-être pas l'hôpital le plus proche, mais compte tenu de la situation chaotique qui régnait à
« Sismanoglio » et à « Evangelismos », la prise en charge des victimes de brûlures aurait été, malgré la
distance, plus rapide.
Quand l'incendie a éclaté, et qu'il est devenu connu qu'il y avait des dizaines de morts et de blessés, les
ambulances transportant par trois les victimes de brûlures graves vers les hôpitaux de garde, auquels
s'ajoutaient les patients transférés par des moyens privés, le Centre National Opérationnel Sanitaire
(ΕΚΕΠΥ) et le ministère de la Santé n'ont pas exercé leur rôle.
Ils n'ont pas a coordonné le transfert des victimes de brûlures, pour les dispatcher dans tous les hôpitaux
de garde et ils n'ont pas étendu la garde à d'autres grands hôpitaux de la région d'Attique, proches du
lieu du désastre et disposant d'unités spécialisées. Comme par exemple à l'Hôpital "Genimatas", qui était
plus proche que l'Hôpital « Evangelismos », qui était surchargé. Ils n'ont même pris soin d'étendre
d'emblée la garde à l'Hôpital « Thriasio », qui dispose d'un département pour grands brûlés, le
département « Latsio ». Finalement, l'unité « Latsio » a commencé à accueillir des brûlés à 2 heures du
matin.
Le Centre pour grands brûlés « Latsio »

Le département « Latsio » pour grands brûlés

Le département « Latsio » pour grands brûlés a été créé grâce aux dons privés justement pour faire face
à de telles situations tragiques. Cependant, à aucun moment jusqu'à présent, il n'a fonctionné comme
Centre National de Référence pour la prise en charge des victimes de brûlures.

Il avait été prévu qu'il y ait dans le sous-sol de son bâtiment une Unité de soins Spécifiques renforcés
(ΜΑΦ) de 16 lits, et une unité de chirurgie réparatrice de 8 lits. Il avait été également prévu qu'il y ait au
premier étage deux blocs opératoires ainsi qu'une Unité de Soins Intensifs (Réanimation / ΜΕΘ) de 8
lits.

Voici comment ce département fonctionne aujourd'hui:

À partir de l'année 2005 a commencé à fonctionner l'Unité de soins Spécifiques renforcés (ΜΑΦ) avec
10 lits (6 lits restaient fermés à cause du manque de personnel) et 8 lits pour l'unité de chirurgie
réparatrice.
Les deux blocs opératoires ne fonctionnent pas faute de personnel.

L'Unité de Soins Intensifs (Réanimation / ΜΕΘ) de 8 lits est en service depuis 2008 et fonctionne en tant
que service de Réanimation généraliste, pas pour répondre aux besoins spécifiques pour lesquels elle
était initialement prévue.
En fait, cela se passe ainsi car il y a d'énormes pénuries en lits de soins intensifs.

Si le Centre « Latsio » pour grands brûlés fonctionnait comme il avait été initialement prévu, et doté en
personnel suffisant, il aurait été en mesure de prendre en charge la plupart des victimes de la tempête
de feu. Finalement, seulement 12 patients y ont été transférés, quelques heures après les premiers
moments critiques du désastre !!!

Encore, pour que cela soit rendu possible, des patients déjà hospitalisés à l'Hôpital « Thriasio » ont
été déplacés vers d'autres services, pour faire de la place aux victimes de l'incendie. Le lendemain,
l'Unité de soins spécifiques renforcés (ΜΑΦ) a ouvert les 6 lits jusque-là fermés par redéploiement
de personnel depuis d'autres services.
Le président de la Fédération Panhellénique des Salarié-e-s des Hôpitaux Publics grecs,
M. Mikhalis YANNAKOS

Organisation sanitaire pour la prise en charge des personnes brûlées

Les hôpitaux « Sismanoglio » et « Evangelismos » ont accueilli la charge des blessés des incendies
(brûlures, infarctus cardiaques, problèmes respiratoires, etc.). Plus de 200 cas médico-chirurgicaux ont
été transférés vers ces deux hôpitaux. Il y avait de la panique dans les Urgences. En même temps,
l’Hôpital « Attiko », qui était de garde et qui dispose d'un service spécialisé dans les brûlures, a été
oublié. La justification, selon laquelle cet hôpital était mis à disposition pour accueillir les blessés du
second foyer d'incendie, celui de Kineta, ne tient pas la route car la demande de soins en provenance de
ce deuxième foyer était minime.

Les jeunes enfants blessés accueillis par l'Hôpital « Aghia Sophia »

Les personnels de Santé ont donné leur cœur et âme pour accueillir les victimes des incendies dans tous
les hôpitaux, notamment les hôpitaux « Sismanoglio », « Evangelismos », Hôpital d'enfants malades
« Aghia Sophia » et « Thriasio ». Les carences tragiques en personnel médical et infirmier ont été
dépassées par le sens du dévouement, le professionnalisme et la solidarité des personnels restants qui
se sont précipités pour revenir de leurs congés et repos, et qui sont restés à l'hôpital, de leur propre
initiative, pendant trois tours de poste d'affilée. Quelle était la coordination par le Centre National
Opérationnel Sanitaire? Quelle coordination par le ministre, M. Polakis, qui affirme être resté éveillé
pendant 36 heures?

La masse des admissions a été portée par les hôpitaux "Evangelismos" et « Sismanoglio »
(80 admissions pour les 2). En revanche, le Centre Traumatologique d'Athènes (KAT) qui était de
garde, l'hôpital le plus proche à « Sismanoglio », KAT étant davantage spécialisé dans la prise en
charge des brûlés, car disposant d'une unité de chirurgie réparatrice et d'expertise dans le domaine,
a accueilli seulement 11 patients et effectué 8 admissions.

L'Hôpital « Sismanoglio » ne dispose pas de service de chirurgie réparatrice. Le chirurgien de KAT a été
convoqué à minuit à « Sismanoglio » pour apporter son aide. En même temps, les patients transférés
vers KAT étaient très peu nombreux par choix du Centre National Opérationnel Sanitaire.

Les victimes de brûlures admises à l'Hôpital « Sismanoglio » ont été dispatchées dans divers services
(pas en chirurgie réparatrice), tout comme celles admises à « Evangelismos » puisque les lits de
chirurgie réparatrice avaient été saturés.

Les victimes de brûlures doivent être prises en charge dans des services de chirurgie réparatrice,
dans des Unités de soins Spécifiques renforcés (ΜΑΦ) ou dans des Unités de Soins Intensifs
(Réanimation / ΜΕΘ), en raison du risque élevé d'infections auquel leurs plaies sont exposée,
d'autant plus que beaucoup d'entre eux étaient sous transfusion.

Et pourtant, ils ont été hospitalisés dans des services d'Urologie, de Médecine Interne et de Chirurgie
Générale. N'importe où il y avait de la place.

Les moyens des grands hôpitaux (KAT, « Attiko », « Genimatas », Centre « Latsio » pour grands
brûlés) sont restés inutilisés.

Unités de Soins Intensifs (Réanimation / ΜΕΘ)

Pour faire face de tels incendies meurtriers, avec des dizaines de blessés et de morts, la première
nécessité dans un système de santé est le fonctionnement d'un nombre suffisant de lits de soins
intensifs. Dans le Système National grec de Santé (ΕΣΥ), si on tient compte du total de lits hospitaliers
déclarés, devrait fonctionner 3 000 lits de soins intensifs. Cependant seulement 420 lits de soins intensifs
sont opérationnels et 150 autres lits sont techniquement équipés mais restent fermés en raison des
pénuries en personnel médical et infirmier.

Les affirmations du ministre qu'il y aurait 570 lits de soins intensifs sont mensongères. Où l'a-t-il vu?
Nous attendons de sa part la communication des chiffres par hôpital.

Durant les étés, en raison de la désinfection des USI, 370 lits de soins intensifs sont opérationnels
en moyenne sur l'ensemble des hôpitaux grecs. C'est pourquoi des listes d'attente existent, même
si les besoins diminuent pendant l'été.
Le lundi 23/7/2018, au moment où l'incendie produisait des ravages et que nous avions déjà des
personnes grièvement blessées et décédées, la liste d'attente pour l'admission en soins intensifs était
déjà de 35 personnes, en attente pour d'autres graves problèmes de santé. Cette liste est gérée par le
Centre National des Premiers Secours (ΕΚΑΒ). Par conséquent, il n'y avait pas de service de soins
intensifs disponible pour accueillir les victimes de la tempête de feu.

La gestion des victimes de brûlures nécessitant l'hospitalisation en soins intensifs n'a pas été coordonnée
par le Centre National des Premiers Secours (ΕΚΑΒ) comme il est prévu. Les blessés n'ont pas été
inscrits sur la même liste d'attente des soins intensifs que les autres patients en état grave. De cette
manière, on a dissimulée la disponibilité zéro en lits de soins intensifs. La coordination a été organisée
par les hôpitaux (administrateurs, réanimateurs, médecins traitants), par le Centre National Opérationnel
Sanitaire et par le ministère de la Santé. De toute évidence, cela a été organisé ainsi pour dissimuler le
fait que davantage de patients, atteints de brûlures et nécessitant une hospitalisation en réanimation, ne
pouvaient y être accueillis.

Mobilisations des salarié-é-s des hôpitaux grecs publics contre les mesures d’austérité appliquées
notamment par le gouvernement actuel de SYRIZA
Des patients brûlés et intubés, nécessitant une hospitalisation en soins intensifs sont restés en attente
de 24 heures avant de trouver finalement un lit. Deux patients ont été hospitalisés à l'Unité de soins
Spécifiques renforcés (ΜΑΦ) de « Thriasio », puis à l'Unité de Soins Intensifs (Réanimation / ΜΕΘ), où
finalement ils sont décédés.
Des grands brûlés ont été hospitalisés à l’USI (Réa) de l'Hôpital « Evangelismos », qui avait été fermée
pour désinfection. Elle a été ré-ouverte cette nuit-là, ce qui fut une décision judicieuse, car il n'y avait pas
de lits de soins intensifs ouverts dans d'autres hôpitaux.
Priorité exceptionnelle a été donnée aux victimes des incendies en contournant celle des autres
patients intubés en attente, au total 35. Tous les jours il y a, en Grèce, sur la liste d'attente pour la
Réanimation plus de 30 patients en état grave.

Alors, quand bien même plus une douzaine supplémentaire de personnes décédées dans les flammes
auraient été récupérées plus vite et nécessiteraient une place en soins intensifs, où la trouveraient-elles?
Comment pouvons-nous savoir, encore aujourd'hui, si des patients brûlés ayant besoin d'être hospitalisés
en soins intensifs seront bien pris en charge ? Comment le savoir puisque le ministère de la Santé ne
fournit pas de données officielles sur la gestion des lits de Réanimation, voire même les dissimule.
Plusieurs patients brûlés (au moins 10) sont sortis des Soins Intensifs, soit par décès, soit parce que leur
état s'est stabilisé. Malgré cela, il y a aujourd'hui 8 patients encore hospitalisés en Unités de Soins
Intensifs (Réanimation), dont 5 à l'Hôpital « Evangelismos », 2 l'Hôpital KAT, 1 à l'Hôpital "Thriasio". Le
ministère de la Santé avance le nombre de 6. Il faut à ceux-là rajouter les 6 personnes hospitalisées à
l'Unité de soins Spécifiques renforcés (ΜΑΦ) du Centre pour brûlés de l'Hôpital "Thriasio", dans un état
grave.

Le ministère pratique une communication au compte-gouttes pour masquer l'ampleur du désastre, le


nombre de décès et le manque de lits en soins intensifs. En bloquant la liste d'attente d'accès aux lits
Réanimation, pour prioriser l'accès pour les victimes de l'incendie, peut-être a-t-on a précipité le décès
d'autres patients en état grave, qui se trouvaient au moment de la catastrophe en début de liste.

Le fanion du syndicat des salarié-e-s des Hôpitaux Publics grecs

Pour la commission exécutive de la Fédération Panhellénique des Salarié-e-s des

Hôpitaux Publics (ΠΟΕΔΗΝ)


Mikhalis YANNAKOS, président
Christos PAPANASTASIS, secrétaire général

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 Bilan humain, social et politique à ce jour des incendies en Grèce


74 morts en Grèce : L'Europe est responsable (par Alberteins)

URL source: https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/140818/temoignage-sur-la-gestion-


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