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GRÈCE 2018 : LA BATAILLE DE LA

DETTE PRIVÉE ET DES HABITATIONS


PRINCIPALES
par Emmanuel Kosadinos

Publié pour la première fois le10 avril 2018

L'accès au droit de se loger est un axe central de la lutte des mouvements citoyens,
surtout en période de crise économique et sociale où ce droit est menacé par l'austérité et
la dette. En Grèce, la bataille pour les habitations principales est aujourd'hui au centre de
la lutte sociale et politique. Elle pourrait devenir un champ de convergence des forces qui
combattent l'austérité.

Repères d'histoire économique et sociale

L'accès au droit au logement est un axe central de lutte des mouvements citoyens, surtout en
période de crise économique et sociale où ce droit est menacé. Pour accéder à ce droit, des
ménages appartenant aux classes populaires ont fait le choix de l'acquisition d'un bien contre
crédit bancaire. Ceci est davantage fréquent dans des pays où les locataires sont moins
protégés, où le coût de la construction est relativement faible, où les liens familiaux sont
sacralisés, où le taux élevé d'inflation garantissait une part décroissante des remboursements
par rapport aux revenus du foyer. La plupart de ces facteurs, voire tous, sont présents, ou le
furent, dans les pays de l'Europe du Sud, dont la Grèce, pays où la bataille pour les
résidences principales est aujourd'hui au centre de la lutte sociale et politique.

Du côté des banques: l'octroi facile de crédits, prenant souvent l'allure d'un véritable

« pousse à l'endettement », fut une opération juteuse ouvrant sur un marché quasi illimité
d'investissements et sur l'anticipation de profits conséquents. Pour l'économie ce fut un
moteur de croissance rapide, mais au détriment d'un développement harmonieux et durable,
accordant au bâtiment une part disproportionnée de l'activité industrielle. Cette distorsion
structurelle de l'économie grecque, présente dès le début des années 1970, avant même la
chute de la dictature des colonels, a été fustigiée par la Gauche, y compris social-démocrate
(PASOK), comme la marque même de l'absence de planification d'un capitalisme grec
improductif. Chose étrange (ou pas tant que ça) ni l'accès du PASOK au gouvernement, ni
l'intégration par la Grèce de l'Union Européenne n'ont inversé cette tendance mais l'ont au
contraire amplifiée. D'ailleurs, de telles tendances ont bien marqué le développement
économique des autres pays du Sud de l'UE.

Pour les dirigeants grecs, dictateurs ou élus, de Droite ou de Gauche, le surinvestissement


dans l'activité du bâtiment a été la voie facile pour le développement du pays et
l'augmentation des revenus, sans passer par les difficultés de la planification et de
l'intervention active de l'État. Pendant une première période (1970 - 1990) l'activité de
construction a pris la forme « artisanale » d'un « capitalisme populaire » d'un genre
particulier, favorisant l'épanouissement des classes moyennes et la hausse des revenus de
la classe ouvrière du bâtiment, l'instauration d'une relative paix sociale.
Image d’Epinal des « trente glorieuses » grecques

Pendant la période suivante (1990 - 2010) l'activité du bâtiment a davantage profité à des
capitaux de plus en plus importants, voire orientés vers le marché international, en
synergie croissante avec les capitaux étrangers. La classe ouvrière du bâtiment a été
recomposée, la main d'œuvre immigrée y constituant une part grandissante, travaillant
sans couverture sociale et dans des conditions de sécurité déplorables. Le point d'orgue
funeste de cette phase c’est le bilan de 37 morts d'accidents du travail lors de
l'achèvement des travaux pour les Jeux Olympiques d'Athènes de 2004.

Dans les années 1990 les entreprises grecques du BTP se placent sur l'international

En parallèle, les bas taux d'intérêt garantis par l'adhésion de la Grèce à la zone euro ont
propulsé l'endettement privé (resté toutefois inférieur à celui en Espagne ou en Italie) et ont
élargi la partie des classes populaires ayant accès à la propriété de leurs logements,
accessoirement aussi à d'autres biens de consommation. De nouveaux quartiers habitables
ont émergé à la périphérie des villes grecques pour loger les nouvelles classes populaires,
essentiellement salariées du secteur tertiaire. Le résultat positif est que, vers la fin de cette
période, 80% des ménages habitaient dans des logements dont ils étaient propriétaires
avec des superficies moyennes supérieures à celles en Europe du Nord. Cependant, même
avant le déclenchement de la crise économique, la situation de plusieurs de ces ménages
était particulièrement tendue car la part des remboursements exigés par les banques
grecques « généreuses » laissait peu de marges pour finir les mois ou les travaux de
construction. Nombre de ménages ont du se satisfaire d'habitations inachevées pour y loger
leur vie de famille. À noter que cette situation correspondait à une période où le chômage
était encore autour des 10% et la croissance flirtait avec les 4%.
Or, si le capitalisme grec s'est pendant un temps senti droit dans des bottes en béton armé, il
s'est avéré qu'il n'avait que des jambes en argile et au cou une laisse à rallonge, celle de sa
dépendance des capitaux de l'Union Européenne et de ses banques. Ce n'est pas nécessaire
de rappeler ici en détail l'historique de la crise grecque et de la mise du pays sous protectorat
de la Commission européenne et du FMI. Beaucoup mais mal médiatisé, l'épisode désormais
historique dévoile entre autres les mécanismes cryptiques du déport des dettes du privé vers
le public et inversement, dans le système néolibéral mondial. La question est traitée sous son
aspect particulier dans cet article, mais traiter la crise grecque dans sa globalité relèverait d'un
article différent. Contentons-nous de rappeler les conséquences de cette crise: le taux de
chômage autour de 25% de ces dernières années, le taux de décroissance annuelle
moyen de 10% . Pendant ce temps les banques grecques ont bénéficié de la part des
gouvernements grecs successifs, de subventions cumulées à hauteur d'environ 240
milliards d'euros, 1,2 fois le PIB annuel, sous les auspices des « instances
européennes », par le biais des recapitalisations, pour être finalement bradées par le
gouvernement SYRIZA-ANEL à des investisseurs étrangers obscurs contre une bouchée de
pain.
Il est facile d'imaginer dans un tel contexte la détresse et la colère des classes populaires et
moyennes grecques, dont les revenus ont baissé les dernières années de 30% en
moyenne, et les menaces qui pèsent sur leur survie, notamment sur leur droit de se loger
dignement, car ni les remboursements, ni les taux d'intérêt, ni les prix des biens de
consommation, ni l'imposition n'ont baissé de manière significative. Cette situation rend
impossible pour une grande partie de ces ménages le remboursement des crédits
empruntés.

Une société surendettée et saisie

Le surendettement des ménages grecs, notamment de ceux à revenus modestes, est un


fléau social sans précédent. Et la question globale de la dette privée grecque est une bombe
économique et sociale dont nous sommes spectateurs de la projection au ralenti du film de
son explosion. Aujourd'hui les dettes en suspension de paiement représentent en Grèce
près de 43% de la totalité, accordant à la Grèce la deuxième place dans l'Union Européenne
pour cet indicateur, juste après Chypre qui est à 50%.
Il est estimé qu'autour de 1,5 millions de contribuables grecs sont dans l'incapacité
absolue de régler leurs dettes, soit plus de 24% de l'ensemble. Il s'agit de dettes envers

Le surendettement des ménages grecs à revenus modestes et la menace consécutive de saisie de leur
logement est aujourd’hui un fléau social sans précédent.

les banques pour prêts immobiliers et prêts à la consommation, mais aussi de dettes envers
le guichet public (impôts et caisses d'assurances), et de dettes de particuliers à particuliers.

La lecture des données officielles sur la dette privée grecque révèle qu'environ 4,4 millions
de contribuables (près de 70% de l'ensemble) ne sont pas à jour de leurs dettes. Parmi
ceux-là, tous quasiment ont des dettes en suspension de paiement envers le guichet public
(impôts et cotisations) et 2,7 millions (35% des contribuables) des dettes envers les
banques.

Répartition des différents prêts en suspension de paiement par catégories:

 420.000 débiteurs ont des dettes pour des prêts immobiliers (7%)

 350.000 (6%) ont des dettes pour des prêts professionnels

 1,7 millions (27%) pour des prêts à la consommation.

L'ensemble de ces dettes appelées « dettes rouges » contractées par des particuliers, des
professionnels et des entreprises (petites, moyennes, grandes) correspond à la somme de

200 milliards d'euros, supérieure au PIB annuel.

Il est important de noter que la grande majorité (80%) des prêts immobiliers «rouges »
concerne des sommes de 10.000 à 100.000 euros, alors que près de 90% des dettes envers
le guichet public concerne des sommes inférieures à 20.000 euros, parfois même des
sommes dérisoires.

En termes de répartition du volume de la dette privée parmi les débiteurs l'image s'inverse.

En fait, 0,2% des débiteurs du guichet public pas à jour de leurs dettes doivent près de

80% de l'ardoise totale, soit 73 milliards ! Concernant les dettes envers les banques
(environ 110 milliards) l'ascension de la courbe est moins brusque, mais la tendance est la
même, les dettes des grandes et moyennes entreprises constituant près de 40% de
cette dette !

Logo du plus gros débiteur de l'Etat grec, société de courtage actuellement en faillite

A l'examen de ces données on observe que la dette privée grecque, au-delà du fait qu'elle est le
résultat de la récession de l'économie, n'est pas une situation homogène, à l'égard de ses causes
plus spécifiques, de ses conséquences sociales et économiques et des actions nécessaires pour la
traiter. On peut distinguer deux groupes de débiteurs : des débiteurs démunis, dans l'incapacité de
régler leurs dettes et des débiteurs puissants sur les plans social et économique, en mesure de se
dégager des conséquences de leur surendettement par la faillite, les arrangements politiques, la
délocalisation et la fuite des capitaux.

Sur la liste des plus gros débiteurs de l'État figure en première place (10% de la dette totale) une
société de courtage débitrice d'une énorme amende (et de ses intérêts) imposée suite à la
condamnation pour escroquerie dans une affaire de spéculation financière avec le patrimoine des
caisses d'assurance sociale.
En deuxième place on retrouve « Olympic Air SA » héritière de la compagnie publique « Olympic
Airlines » privatisée en 2009.

La compagnie publique grecque des chemins de fer (OSE) avec ses filiales occupait il n'y a pas
longtemps la première place sur la liste des gros débiteurs de l'État (taxes, cotisations sociales,
amendes imposées par la Commission européenne pour non-respect de la concurrence) mais sa
dette a été effacée par ordonnance du gouvernement SYRIZA en 2018 à la suite de la vente de sa
filiale de transport passagers (TRAINOSE) à «Ferrovie dello Stato Italiane» compagnie italienne
publique à statut de SA.

Il devient ainsi évident que le traitement de la dette grecque « privée » est une question politique
à l'égard de la répartition de sa charge parmi les classes sociales, parmi l'État, les

« particuliers » et les banques, et des actions requises pour son recouvrement ou son effacement. Ce
constat se situe à l'opposé de la vision néolibérale qui traite la question de la
dette sous un angle strictement comptable et juridiquement formaliste dans la perspective de réduction
maximale du service public et de transfert des richesses vers la finance et la spéculation au
détriment des classes populaires et des travailleur-euse-s.

Le soulagement des foyers populaires et des petites entreprises surendettés était une des mesures
phares annoncées dans le programme politique sur lequel SYRIZA a mené et gagné les élections de
2015, programme dit « de Thessalonique ». Parmi les dispositifs annoncés pour réaliser objectif,
que SYRIZA à l'époque jugeait pragmatique, il y avait la création d'un réseau de commissions sous
contrôle citoyen, censées procéder à l'étalement des dettes, leur effacement ou leur rachat par
une agence publique ad hoc. Figurait aussi dans ce programme l'interdiction du rachat des
prêts par des tiers spéculateurs, dits « fonds vautours ».

Depuis le début de l'application en Grèce des mémorandums, une part croissante des foyers modestes,
de travailleurs indépendants et de très petites entreprises se sont trouvés face au risque de saisie de
leurs habitations et de leurs comptes.

Une grande partie des familles saisies pourrait se retrouver aujourd’hui dans la rue...

Une grande partie des familles saisies pourrait se retrouver dans la rue. Avec des salaires et
retraites réduits parfois jusqu'à 50%, voire sans aucun revenu à cause du chômage, il devient pour
elles très compliqué de retrouver un appartement à louer malgré une forte baisse des loyers. Ceci
d'autant plus qu'après la vente aux enchères de l'habitation saisie, il pourrait y avoir un important
restant de dette à rembourser.

Pour confronter cette situation, le gouvernement PASOK de Georges Papandréou avait


promulgué en août 2010 une loi accordant dérogation à la saisie des habitations principales
des débiteurs en difficulté financière, dite « loi Katselis » du nom de la ministre de l'époque.
Elle accordait le sursis d'un an à ces personnes et autorisait dans certains cas les tribunaux de
procéder à des renégociations ou des effacements de dettes envers les banques. La loi Katselis
a été prorogée plusieurs fois pendant les premières années de la crise. La Troïka a exigé sa
modification dans un sens restrictif, un point mort des négociations avec le gouvernement grec.
De ce fait, la prorogation de la loi Katselis c'est arrêtée en décembre 2014, un mois et demi
avant l'accès de SYRIZA au gouvernement. La loi Katselis avait été critiquée comme
insuffisante par SYRIZA lorsqu'il était dans l'opposition.

L'inversion politique et sociale de SYRIZA

Le 15 janvier 2015, dix jours avant la tenue des élections anticipées, le quotidien de SYRIZA titrait en
gros à la Une « Aucune habitation aux mains des banquiers » (!)

La Une du quotidien de SYRIZA, parti menteur honteux, du 15 janvier 2015

Mais comme la plupart des mesures proposées par le programme « de Thessalonique », celles
annoncées relativement à la crise de la dette privée sont passées aux oubliettes, mémorandum et
Troïka obligent. Varoufakis avait déjà dit que « le programme de SYRIZA ne valait même pas le prix
du papier sur lequel il était écrit ». Sa nomination au poste clé de Ministre des Finances aurait dû
rendre plus méfiants les militants. En effet, dès la signature de l'accord du 20 février 2015, le
gouvernement grec s'engageait à ne mettre en place « aucune mesure susceptible de menacer la
stabilité du système monétaire, financier et de crédit», selon les critères de la BCE bien entendu.
Cette clause faisait référence aux mesures de renégociation des dettes privées, annoncées par
SYRIZA avant les élections.

Le 21 mars 2015 alors que la négociation était en cours, le gouvernement grec a promulgué,à
l'initiative de la ministre Valavanis de la plateforme de Gauche de SYRIZA, une loi autorisant
l'étalement du remboursement des dettes envers le guichet public, par le dispositif dit « des 100
tranches » qui, bien que de caractère palliatif, a permis de soulager plusieurs débiteurs modestes et à
l'État encaisser des recettes dues. La question des dettes envers les banques est restée en
souffrance, véritable épée de Damoclès au-dessus des têtes des foyers populaires.

Pire encore, après la capitulation de juillet 2015, suivant les termes du 3e mémorandum et les
recommandations des créanciers internationaux de la Grèce (BCE, FMI, Commission Européenne), la
loi a donné priorité au remboursement des banques en cas de faillite d'une entreprise. Cette
priorité s'exerce au détriment de l'État, des caisses d'assurance et des particuliers, dont les salariés
aux salaires impayés. Pour homologuer cette mesure il a fallu réformer en un clin d'œil le Code
Civil grec. Quand la Troïka ordonne et que Tsipras s'exécute, la régularité juridique passe au second
plan.

En faisant fi de toute cohérence, le gouvernement SYRIZA-ANEL n'a cessé de clamer sous tous les
tons que, malgré sa capitulation (« compromis honorable » en novlangue syrizéenne) et son ralliement
au camp des banquiers, les habitations principales des ménages modestes resteraient protégées des
saisies. La désinformation a été relayée par des alliés au sein des directions des partis du Parti de la
Gauche Européenne (PGE), acculés par le besoin de sauver les apparences suite à la terrible défaite.

La supposée protection des habitations principales des foyers modestes est celle de la « loi Katselis »
mais bien rabotée suivant les recommandations des créanciers (BCE, FMI, Commission
Européenne), par l'ajout de conditions à remplir par les débiteurs pour pouvoir en bénéficier. Il s'agit
de clauses de revenus du foyer et de valeur du bien hypothéqué. Il faut qu'une partie des dettes de la
personne soit due aux banques et que le débiteur n'ait pas exercé d'activité à caractère commercial
l'année précédant sa demande de bénéficier des avantages de la loi. Il est important de citer que la
dérogation à la saisie de l'habitation principale qui pourrait être accordée a seulement caractère de
sursis, les effets de la loi prenant fin le 31 décembre 2018. Le nouveau format de la loi, dont
SYRIZA fait mine de s'enorgueillir, figurant en tant qu'article de la loi d'application du 3e
mémorandum (août 2015) et portant le nom « loi Katselis-Stathakis » (du nom du ministre actuel de
SYRIZA) est restrictif pour une grande partie des débiteurs modestes menacés de saisie de leurs
logements.

Concrètement, la loi protège les habitations principales de valeur inférieure à 180.000 euros,
bonifiée par le nombre des membres du foyer. À noter que la valeur ainsi déterminée est la «valeur
fiscale» fixée par le gouvernement, bien supérieure en temps de crise à la valeur du bien sur le
marché.
Les revenus du débiteur éligible à la protection de la loi ne doivent dépasser de 70% le montant des
«frais raisonnables de vie». Ce montant aujourd'hui fixé par le gouvernement grec à 680 euros
mensuels pour une personne seule, indique que le niveau des revenus du débiteur ne doit dépasser
les 1150 euros mensuels, dont 470 euros obligatoirement alloués au remboursement de sa dette.
Ces sommes sont indexées sur le nombre des membres du foyer. Selon des sources proches du
gouvernement, la loi actuelle protégerait les habitations principales de 60% des ménages
surendettés. Mais, même en admettant que cette estimation soit réaliste, ce qui reste à démontrer,
cette loi laisse à découvert 168.000 foyers, la précarisation desquels est susceptible de déclencher
une nouvelle crise sociale.

Grèce 2018: La pauvreté ne recule pas...

Pour dorer la pilule, le gouvernement SYRIZA-ANEL précise que des allègements plus larges
pourraient être obtenus par négociations directes «de bonne foi», entre les débiteurs et les
banques. Voilà donc un gouvernement « de gauche » qui délègue la politique sociale aux
banquiers !
Un autre retournement du gouvernement SYRIZA concerne l'interdiction aux banques de
revendre des emprunts problématiques aux « sociétés de gestion de dettes» ou fonds-
vautours. L'activité de ces sociétés (grecques, européennes ou en provenance de pays tiers)
fut cependant légalisée par la loi du 16 décembre 2015. Ces sociétés ont le plein droit de
racheter aux banques des prêts à prix jusqu'à 3% de la valeur nominale, de les revendre
sous forme de paquets de titres ou d'exiger leur remboursement par des méthodes
d’intimidation et de harcèlement dont elles ont le savoir-faire. Les banques obtiennent
également le droit de revendre des prêts en règle dans des paquets mixtes. Les critiques de
cette loi réclament la possibilité de rachat des prêts à une valeur raisonnablement inférieure à
la nominale (pas moins de 50%) par les débiteurs eux-mêmes, mais le ministre Stathakis de
SYRIZA rétorque qu'une telle disposition serait «un encouragement indirect à la fraude et à la
mauvaise foi». Au sujet des saisies de logements à venir, le gouvernement
SYRIZA soutient que leur mise en œuvre massivement « favorisera la reprise de
l’économie grecque et la consommation car, si les banques se débarrassent des prêts
problématiques elles pourront recommencer à prêter de l’argent » pour démarrer un
nouveau cycle infernal identique au précédent, en ayant entre temps ponctionné des
richesses aux classes populaires et moyennes.

Luttes pour la défense du logement des familles modestes

Les saisies et les ventes aux enchères s’intensifient aujourd’hui par le gouvernement Tsipras,
guidé par la Troïka, dans l’effort de prévenir un nouveau naufrage des banques en Grèce, une
fois de plus en équilibre instable. L’implémentation des mesures est « sous haute supervision
» par le biais d’évaluations régulières de l’économie et de la politique grecques, dont la
passation réussie est la condition pour le déblocage des tranches du financement à l’Etat
grec. Pour les néolibéraux, la stabilisation en Grèce du système bancaire passe par
l’expropriation et la précarisation des classes populaires et moyennes. Notons que,
même lorsque les débiteurs saisis sont des personnes fortunées, les conséquences se
reportent directement sur les classes travailleuses, dans le cas locaux alloués à la production,
la saisie marquant l’arrêt de celle-ci. Ainsi, on ne s’étonne pas de voir le Parti Communiste
de Grèce (KKE), qui ne s’est jamais positionné comme représentant des classes moyennes,
ni partisan des mouvements citoyens horizontaux, rejoindre le mouvement populaire de lutte
contre les saisies et les mises aux enchères.

Les militants font irruption dans les tribunaux

Dans le contexte catastrophique de la Grèce actuelle, la défense du logement des familles


modestes passe par des luttes massives et polymorphes d’obstruction au travail de
l’administration, des notaires et de la justice lors des procédures de saisie,
d’expropriation et de mise aux enchères. Le mouvement populaire grec, dans ses diverses
tendances, s’y est déployé depuis le début de la crise, car le fléau des expropriations y était
déjà à l’œuvre. Le grippage de la machine des saisies est une éventualité réaliste, compte
tenu du nombre énorme de cas à traiter.

La formation de Gauche Radicale "Unité Populaire" a une place centrale dans le mouvement pour la
défense du logement des familles modestes

Les mobilisations massives devant et dans les tribunaux organisées par des collectifs
citoyens ont été soutenues très activement par Unité Populaire, ANTARSYA, KKE et
d’autres formations de la Gauche Radicale. Je profite pour faire un clin d’œil aux camarades
français présents lors de certaines de ces mobilisations. Ces actions ont réussi d’empêcher
les tribunaux de tenir audience et de rendre des décisions, faisant trainer les saisies de
report en report. La répression policière violente déployée par le gouvernement SYRIZA, a
davantage attisé la combativité les militants plutôt que de décourager le mouvement. Des
dizaines d’audiences ont été empêchées.

Le gouvernement de SYRIZA, cavalier sur le jeu d’échec néolibéral, avance par petits sauts
obliques pour préserver les restes de sa cote de popularité, mission impossible ! Ainsi, la
mécanique infernale des saisies, que la Droite avait échoué de mettre en place, est
pleinement déployée aujourd’hui, deux ans et demi après la capitulation de juillet 2015. La
cerise sur le gâteau sera le démarrage des saisies électroniques par l’administration
publique le 1er mai 2018, une manière ironique pour SYRIZA de célébrer la fête des
travailleurs !

Afin de contourner cette résistance populaire le gouvernement SYRIZA implémente la mise


aux enchères des biens saisis par voie électronique, notamment des logements des familles
populaires. Ce dispositif avait initialement rencontré l’opposition des notaires grecs, surtout
des petites villes de province, refusant de se connecter à la plateforme. Par la « loi-valise »
d’application du mémorandum de janvier 2018, SYRIZA rend obligatoire et exclusif, à partir
du 21/02/18, le recours à la voie électronique avec la possibilité de délocaliser la procédure
en cas de situation locale compliquée. L’objectif est d’effectuer des mises aux enchères par
centaines, et par milliers si possible. Il n’empêche que les études notariales, certes moins
repérables que la salle d’audience du Tribunal d’Instance, sont des lieux physiques, lieu de
rendez-vous possibles du mouvement populaire, qui y a déjà répondu présent plusieurs fois
depuis l’application du nouveau dispositif.
Les poursuites à l'égard des militant-e-s et l'intensification de la répression restent donc des
recours nécessaires pour le gouvernement SYRIZA qui veut mener le projet néolibéral
jusqu’au bout. Un amendement de loi a donc été déposé, arguant dans le rapport préalable
que les actions d’obstruction aux mises aux enchères « nuisent à l'intérêt budgétaire suprême
de l'État, à la stabilité du système financier et à l'approvisionnement des banques en liquidités
» (!) L'amendement ouvre la possibilité de poursuites d’office de ces militant-e-s et de
jugements en comparution immédiate. L’entrave aux mises aux enchères est considérée
comme un délit spécifique, sui generis. Auprès de l'opinion publique grecque, les dispositifs
légaux d'exception ont très mauvaise presse, faisant écho au droit de la dictature des
colonels et des suites de la guerre civile. La partition du néolibéralisme austéritaire version
SYRIZA s'achève par l’usage immodéré de la force scélérate et brute : mensonges
médiatiques, faux témoignages devant les tribunaux, matraquages, gazages, violences
infligées aux militant-e-s-qui manifestent. Malgré le risque de «de faire des héros des
opposants» de la vraie Gauche Radicale selon l'aveu d'un député de SYRIZA, exprimé lors de
la réunion du groupe parlementaire.

Avec « Unité Populaire » contre l'austérité et le néolibéralisme, pour les droits du peuple!

Selon les propos des porte-paroles de la formation de la Gauche radicale « Unité


Populaire » :

« Ni les intimidations, ni la violence, ni la désinformation massive, ni les lois sui generis


n’arriveront à faire fléchir le mouvement de résistance des citoyen-ne-s grec-que-s face aux
saisies et mises aux enchères des logements des familles populaires. Le recours du
gouvernement SYRIZA aux plateformes électroniques pour désamorcer concrètement la
contestation fera émerger de nouvelles formes efficaces de combat, notamment par
l’essaimage du mouvement dans les quartiers populaires… »

La bataille pour les habitations principales des classes populaires pourrait devenir
aujourd’hui un champ de convergence des forces qui combattent l'austérité en Grèce.
Il y a besoin de construire un large mouvement unitaire citoyen

Lire aussi :

 14 députés de Gauche au Parlement Européen condamnent l'agression des membres


de l'Unité Populaire (Laïki Enotita) par la police grecque https://unitepopulaire-
fr.org/2018/03/16/14-deputes-au-parlement-europeen-agression-de-membres-de-
lunite-populaire-grece

 Grèce : Conséquences de la politique européenne de libéralisation du transport


ferroviaire https://unitepopulaire-fr.org/2018/04/08/grece-consequences-de-la-
politique-europeenne-de-liberalisation-du-transport-ferroviaire

 Grèce 2018 : Le désastre néolibéral de la protection sociale et sanitaire


http://silogora.org/grece-2018-desastre-neoliberal-de-protection-sociale-sanitaire
Grèce: La droitisation de SYRIZA: un gouffre social, moral et idéologique
https://alencontre.org/laune/grece-la-droitisation-de-syriza-est-un-gouffre-ideologique-
et-moral-sans-fond.html

 Les « fonds vautour » prospèrent sur la misère en spéculant sur l’endettement des
particuliers (par Eric Toussaint) https://www.bastamag.net/Les-fonds-vautour-
prosperent-la-misere-en-speculant-sur-l-endettement-des

 Manifestation tendue devant le tribunal d'Athènes contre les ventes aux enchères de
biens saisis auprès de familles endettées https://unitepopulaire-
fr.org/2017/12/21/manifestation-tendue-devant-le-tribunal-dathenes-contre-les-ventes-
aux-encheres-de-biens-saisis-aupres-de-familles-endettees

 Ventes aux enchères : mobilisations et graves incidents à Athènes


https://unitepopulaire-fr.org/2018/03/07/ventes-aux-encheres-mobilisations-et-graves-
incidents-a-athenes-lae
Ancienne URL source: https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/100418/grece-2018-la-bataille-de-
la-dette-privee-et-des-habitations-principales