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Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a

été désignée présidente de l'Éthiopie


le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile
Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière
de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.

Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante


de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?

Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”

Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a


été désignée présidente de l'Éthiopie
le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile

Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière


de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.

Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante


de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?

Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”

Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a


été désignée présidente de l'Éthiopie
le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile

Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière


de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.
Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante
de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?

Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”
Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a
été désignée présidente de l'Éthiopie
le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile

Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière


de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.

Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante


de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?

Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”

Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a


été désignée présidente de l'Éthiopie
le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile

Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière


de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.

Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante


de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?

Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”
Diplomate de carrière, Sahle-Work Zewde a
été désignée présidente de l'Éthiopie
le 25 octobre. Retour sur le parcours
de cette francophile, que rien ne
prédestinait à une carrière politique
dans son pays.
Tout le monde la croyait proche de la retraite après une carrière de diplomate bien
remplie. Mais c’est peu connaître Sahle-Work Zewde qui, avant de devenir la
première femme à la tête de l'Éthiopie, était la représentante spéciale du secrétaire
général de l'ONU auprès de l’Union africaine.

Les parlementaires ont désigné, jeudi 25 octobre, à l'unanimité, Sahle-Work Zewde


présidente du pays, après la démission de Mulatu Teshome, qui occupait cette
fonction depuis 2013. Hasard du calendrier ? C’est un peu plus d’une semaine après la
nomination d’un gouvernement paritaire composé de dix hommes et dix femmes dont
certaines à des postes stratégiques de ministres de la Défense ou de la Paix.

La seule chef d’État femme en exercice en Afrique a d’ailleurs donné le ton lors de
son investiture. Elle a salué les réformes réalisées par le Premier ministre éthiopien,
Abiy Ahmed, depuis son arrivée au pouvoir en avril. "Si les changements réalisés
actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur
élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée
sur le genre", a déclaré la sexagénaire. "Les femmes sont les premières victimes de
l'absence de paix", a-t-elle ajouté. "Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle
des femmes en vue d'assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les
femmes. J'appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation
des femmes, car c'est une source d'instabilité".

En Éthiopie, la fonction de chef de l’État est symbolique et honorifique. C’est le


Premier ministre qui concentre tous les pouvoirs. “ Les présidents éthiopiens, ils ne
font rien. Ce sont des éléments de décor. Mais au regard de la grande expérience de
Sahle-Work Zewde et de la confiance que lui accorde Abiy Ahmed, je doute qu’elle
reste une potiche représentative”, estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de la
Corne de l’Afrique et un proche de la nouvelle cheffe d'État.

Francophone et francophile

Issue de la communauté Amhara, Sahle-Work-Zewde, née en 1950, débute sa carrière


de diplomate sous le régime militaire communiste dans les années 80, après des
études à l’Université de Montpellier, en France. Parlant couramment français, elle
exerce l’essentiel de ses fonctions dans des pays francophones. D’abord au Sénégal
où elle est nommée en 1989.

Entre 1993 et 2002, elle occupe à Djibouti le poste d'ambassadrice et de représentante


de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.
“C’est une période où elle a beaucoup appris sur le commerce et le monde somali.
C’était un poste important pour l’Éthiopie. Parce qu’après la perte de l’Érythrée et de
son unique façade maritime en 1993, le pays s’est tourné vers Djibouti où transitent
aujourd’hui 95 % des échanges éthiopiens”, affirme le chercheur.

Puis elle revient à Paris comme ambassadrice de l’Éthiopie. “C’était le bonheur pour
elle. Parce qu’elle adore la France et le français. Elle est totalement francophone”,
précise Gérard Prunier. En 2006, elle est rappelée à Addis-Abeba où elle se charge de
la direction Afrique au ministère des Affaires étrangères. À partir de 2009, elle
connaîtra une traversée du désert avant de se relancer, deux ans plus tard, au sein de
l’ONU, en tant que directrice générale du bureau des Nations unies à Nairobi, avec le
statut de sous-secrétaire général de l'ONU.

Rien ne la prédestinait donc à un poste politique en Éthiopie. “La politique intérieure


ne la passionnait pas plus que cela. Mais elle connaissait presque tout le monde. Cela
pourrait bien être un atout pour elle. Parce qu’elle n’a pas d'ennemis et qu’elle est
neutre”, explique Gérard Prunier.

D'ailleurs, son premier chantier sera sans doute la gestion des conflits politiques
internes au sein de la grande coalition au pouvoir, le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), composée de quatre partis ethnocentés.
“Sahle-Work Zewde est une Amhara, l’ethnie qui a régné durant le régime
communiste et qui a été marginalisée pendant longtemps. L’élite issue de cette
communauté voudrait revenir aux affaires. Et les Amharas ont soutenu le Premier
ministre Abiy Ahmed. Elle jouera un peu le rôle de l’ambassadrice interne pour
atténuer les divisions qui pourraient y avoir au sein de cette communauté”.

Une alliée pour la France ?


Dans le même temps, ses absences répétées du territoire peuvent être aussi un
handicap. “On l’aime bien. Mais on ne la prend pas très au sérieux. C’est la dame qui
a longtemps été à l’étranger. Elle n’a pas vraiment tissé d'alliances productives et
efficaces”.

À l’international, la France pourrait bien tirer profit de ce nouveau visage francophile


de l’Éthiopie. Dans un contexte où la deuxième économie de l’Union européenne perd
des parts de marché sur le continent, et que l’économie éthiopienne est en plein boom,
Sahle-Work Zewde pourrait bien être un atout et jouer de son influence auprès du
Premier ministre éthiopien. “Pour la France, elle peu être une bonne alliée. C’est un
pays qui est dans le futur parce qu’il est au croisement de deux zones d’influence très
différentes et très compliquées. Les Chinois d’un côté et de l’autre l’Arabie saoudite”