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DU uÊvrp AUTEUR

CITEZ POCKET MARYSE CONDtr

sÉcou
1. Les murailles cle la terre
2. La terre en miettes
DE,SIRÁ.DA
LA MIGRATION DES CGURS
LA vrE scer-ÉRare
cÉr-et.irRE cou-coupÉ
LE CCETII{
,{ RTRE ET À PLETIR
Contes vrais de rnon enfance

ITOtsERT LAFF'ONT
\
A ruLA n'te rc

Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux terrnes de I'anicle L. 12)-5"2'


et 3' a, d'une part, que les .. copies ou reproductions .strictement réservées à l'usa-ee
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propriété intellectuelie.

@ Editions Robert Laffont. S.4.. Paris, 1999


ISBN 2-266-49868-3
Portrait de f,amille

Si quelqu'un avait dernandé à mes parents


leur opinion sur la Deuxiême Guerre mondiale,
ils auraient réponclu sarls hésiter que c'étant la
période 1a plus sombre qu'ils aient j amais
connue. Non pas à cause de la France coupée en
deux, des carrrps de Drancy ou d'Aus ckrwitz, de
l'extermination de six millions de Jui.fs, ni de
tous ces crimes contre l'humantté qui n'ont pas
fini d'être payés, mais parce que pendant sept
interminables années, ils avaient été privés de ce
qui comptait le plus pour eux : leurs voyages en
France. Comme mon pàre étatt un ancien fonc-
Éionnaire et ma màre en exercice, ils bénófi-
ciaient réguliêrernent d'un congó << en métro-
pole >> a.vec leurs enfants. Pour eux, la France
rt'étatt nullernent le siêge du ponvcir colonial-
C'étatt véritablement ia màre patrie et Paris, \a
ville lumiàre qui seule donnait de l'éclat à leur
existence. Ma mêre nous chargeani la tête de
descriptions des merveilles du carreau du
Tentple et du marché Saint-Pierre avec, en
prii:re, la Sainte-Chapelle et Versailles. Mon
1i
l)i\r'(' l)l'cÍcí.rait le musée du Louvre et le dancing maintien avantageux, ma màre c()Lrvcrlc: (lr.
lir ('igale oü il allait en garçon se dégourdir les sornptueux bijoux créoles, leurs huit cn Í'ar)ts.
.iirrrrlres. Aussi, dês le rnitan de 1'année Í946, ils rn"es seurs yeux baissés, parées comrne dc,s
1't-:prirent avec délices le paquebot qui devait les châsses, mes frêres adolescents, l'un d'eux dí:-ià
nlcner au port du l{avre, premiàre escale sur le à sa premiàre année de médecine, et moi, bam-
chemin du retour au pays d'adoption. bine outrageu.sement gàtée, l'esprit précoce pour
étais la petite derniêre. Un des récits
J' son âge. Leurs plateaux en équilibre sur la
mythiques de la farnille concernait írua nais- hanche, les garçons de café voletaient autour de
sance. Mon pêre portait droit ses soixante-trois nous remplis d'admiration comme autant de
ans. Ma màre venait de fêter ses quarante-trois mouches à miel. Itrs lâchaient invariablernent en
ans. Quand elle ne vit plus son sang, elle crut servant les diabolcs menthe :
aux premiers signes de La ménopause et elle Qu'est-ce que vous çtarlez bien le fran-
courut trouver son gynécologue, le docteur çais !
Mélas qui l'avart accouchée sept fois. Aprês Mes parents recevaient le compliment sans
l'avoir examirtée, il partit d'un grand éclat de broncher ni sourire et se bornaient à hocher du
rire. chef. LIne fois que les garçons avaient tourn é \e
Ça m'a fant tellement honte, racontait ma dos, ils nous prenaient à témoin :
màre à ses amies, que pendant les prerniers mois Pourtant, nous sorrrrnes aussi français
de ma grossesse, c' éíait cofirÍne si j'étais une qu'eux, soupirait mon pêre.
fille-mêre. J'essayais de cacher mon ventre PIus français, renchérissait ma màre avec
devant moi. violence. Elle ajoutait en guise d'explication :
Elle avant beau ajouter en me couvrant de bai- Nous somrnes ph-ls instruits. Nous ãvons de
sers que sa kras à boyo* ' était devenue son petit meilleures rnaniàres. Nous lisons davanrage.
bâton de vieillesse, en entenCant cette histoire, Certains d'entre eux n'ont jamais quitté Paris
j'éprouvais à chaque fois le rnême chagrin : je alors que nous connaissons le Mont-Sai.nt-
n'avais pas été, désirée. Michel, la Côte d'Azur et \a Côte basque.
Aujourd'hui, je me représente le spectacle Il y avait dans cet échange un pathétique qui,
peu couranÊ que nous offrions, assis aux ter- toute petite que j'étais, rne navrait. C'est d'úne
resses du QuarÊier latin dans le Paris rrlorose de grave injustice qu'ils se plaignaient. Sans raisor1"
1'apràs-gueffe. Mon pêre ancien séd.ucteur au les rôIes s'inversaient. Les ram.asseurs de pcur-
boires en gilet noir et tablier blanc se hissaient
1. Les rnots signalés par un astérisque figurent dans le glos- au-dessus de leurs généreux clients. Ils possé-
saire. daient tout naturellement cette identité franÇai se:
í2 I'l
I -1
;:ài
g,ri, malgré leur bonne mine, étatt niée, refusée
à mes parents- Et moi, je ne comprenais pas en avion-sjoué à chat perché avec res brondinets
premier et plrtagé un goüter de fruits du
vertu de quoi ces gens orgueilieux, contents secs, car
d'eux-mêmes, notabíes dans* leur- puy., rivali_ Paris connaissait encore les pénuries. pour
saient avec les garçons qui res servaient. l'heure, la nuit comrnençait de transforrner
ciel en passoire étoilée. nio*, nous re
un jou_r, je décidai d^'en avoir le ceur net. apprêtions à
cornme chaque fois que j'étais rentrer avant qu'une de mes sGurs passe
je me tournai vers rnon frêredans tr,embar.nas, par la fenêtre et nous hàle : la tête
Alexandre qui Les enfants ! papa et rnaman ont dit
s'était lui-même rebaptisé sandrino po*, faire
plus arnéricain >>. piemier de sa ...ir.rr", res
venir. de
poches bourrées des billets doux de ses gamines, Pour me répondre, Sandrino s'adossa
une porte cochêre. sa figure joviare, contre
sandrino me faisait I'effet du soreil d,ans te cier. e'core mar_
Bon frêre, iI me traitait avec une affection pro_ qu-ée par les joues rondes dei'enfan
*"i r. ,..ou-
vrit d'un masque sombre. sa voix s,alourdit
tectrice- Mais je ne me consolais pas d,átre
seu_ T'occlrpe pas, raissa-t-il tomber-. papa:
lement sa petite s*ur. oubliée alssitôt qu,une et,
t-aille de qyêpg passait arenrour ou qu'un rnaman sont une paire d, aliénés.
march Alién,és ? eu'est-ce que cera vourait
de football débutait. Est-ce qu'il y-.oÀprenait dire ? Je '
quelque chose au comportement de nos parents n'osai pas poser de questions. ce n, étant
pas la ,
Pourquoi enviaient-ils si fort des g*r.r.- qui de? premiêre fois que j'eâtendais sandino
faire des r
1?gr propre aveu ne reur arrivaienr jeux avec parents. Ma mêre avait accroché r
vitrle ? f*" á tu che- au-dessus Tes
de son rit. une photo découpée dans r
Nous habitions un appartement au rez-de- Ebony- on y admirait *rrJ farniile noiie
chaussée dans une ru? tranquille du septiême caine de huit enfants cofiIme ra nôtre.arnéri_ q
ar:rondissemenÉ. ce n'étatt p*, corrrrne médecins,,avocats, ingénieurs, architectes Tous 1
Pointe oü nous étions vissés, cadenassésààLa la
la gloire d?,-l"yrs parents- cette photo insprrart e.*, :
maiscn- Nos parents nous auÊorisaient à sortir les pires railleries ã sandriÍIo qui, ignora;;ü1ii .
autant que nous Ie voulions et r*ême à fréquen_ rrrourrait avant d'avoir seulement comm*rr.à e
ter les autres enfants. En ce temps-là, cette y-i*, jurait qu'il devienorait un écrivain célàt-rrc. ",.
í
liberté m'étonnait. Je cornpris ptus tard qu,en E me cachalr-l"r premiêres pog*. de son
rnais iI avair I'habitude de ** ié.it"o romAn. {
France, nos pai'enÊs n'avaieàt p** peur que ;.:; prorrcs e
nous qui me laissaienÉ perpiexe p*irq.r.. cr.ullr-cs
nolrs rnettions à parler le crécIã ou qLle ftous pre_ rui. .
goüt au g*ol<a* comme res perlts-nàgres* Ia poésie ne se comprenait pur. Je pussrri
$o}s
de La Poinre. Je rrle reppeile çu* suivante à ,.le tourner et rne retourrL:r- l:r rruit 1
jour_là nous lit *u risque de rérreitrIer rna s(L'.rr- ,!.rrri,:].:."ll]l]
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"ê -:s(' clu I '
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rnoment de prendre Sommeil, je lnc I'is lc s(:l'-


,

tlorrnatit au-dessus de ma tête- C'est que je ché-


rissrlis três fort rnon pàre et ma mêre. C'est vtai, meÍrt confus de ne jamais devenir une arliénóc.
En conséquence, je rne réveillai une tout itutrc
lcurs cheveux grisonnantts, les rides Sur leurs petite fille. D'enfant modêle, je devins répli-
Íi'crnts ne me faisaient pas plaisir. J'aurais pré- queuse et raisonneuse. Comme je ne savais pas
t'éré qu'iIs soient deux jeunesses. Ah ! qu'on tiàs bien ce que je visais, il rne suffisait de ques-
prenne úla mêre pour ma grande sGur comme tionner tout ce que rnes parents proposaient.
bela ar:rivait à ma bonne amie Yvelise quand sa une soirée à l'Opéra pour écouter les tronnpettes
maman l'accompagnai.t au catéchisrne- C'eSt d'Aída ou les clochettes de Lakmé. I-Jne visite à
vrai, j'étais à 1'.§orri. quand mon pàre émaillait l'Orangerie pour admirer les Nymphéas. Ou tout
Sa conversation de phrases en latin, qu'on pou- sirnplernent une robe, une paire de souliers, des
vait trouver, j'en fis la découverte plus tard, neúds pour rnes cheveux. Ma mêre, qui ne bril-
dans le Petit Larousse illustré- Verba volent' lait pas par la patience, ne lésinait pas sur les
Scripta manent. Carpe diem- Pater fanzilias' taloches. Vingt fois paÍ jour, elle s'exclarnait :
Deus ex machina. Je souffrais surtout des bas Mon Dieu ! Qu'est-ce qui est passé dans
deux tons trop clairs pour sa peau bon teint que le corps de cette enfant-là, non ?
màre portait áans la chaleur. Mais je connaissais IJne photo prise à la f,in de ce séjour en
la tenãresse au fond de leurs creurs et je savais
,

France ÍIol-ts montre au jardin du Luxembourg.


qu'ils s'efforçaient de nous préparer à ce qu'ils Mes frêres et smrlrs en rarug d'oignons. Mon
)

óroyaient être la plus belle des existences- pàre, moustachu, vêtu d'un parCessus à revers
)

)
En mêrne temps, i' avais trop de foi $ans ãe fourrure façon pelisse. Ma mêre, souriant de
)
mon frêre pour douter de son jugement. A sa toutes SeS dents de perle, SeS yeux en amande
)
mine, au tôn de Sa voi.x, je sentais qu'<< alté- étirés sous son taupé gris. Entre ses jarnbes,
) nés >>, cette parole rnystéri.euse, dési gnant une n-roi, maigrichonflo, enlaidie par cette mine bou-
) qualité d'affection honteuse comnfte ia blennor- deuse et áxcédée que je devais cultiver jusqu'à
) rãgie, peut-être même mortelle com-rne \a fiàvre la fin de l'adolescence, jusqu'à Ce que le sort qui
) tyfnofde qui I'année passée ayait emporté des frappe toujours trop durement Les enfants ingrats
cyuantités de gens à Lt Pointe. À minuit, à force fasse de moi uÍIe orphetrine dàs vingt ans.
Depuis, j'ai eu tout le temps de corn"tr)i enCre le
)
) ,i. coller toui les indices enÉre eux, je finis par
[-râtir un semblant de théorie. {.Jne personne atrié- SenS du rnot << aliéné >> et surtouÊ de me cientan-
)
Irúc: est une personne qui cherche à être ce der Si Sandrino avait raison, Mes parents
)
(lu'crllc ne peut pas être parce qu'elle n'aime pas étaient-ils des aLténés ? Sâr et Çertann, il s
) (rtrt' c!: c1r,l;elle est. À deux heures Cu matin, âG n'éprouvaient aucun orguei.l cle leur héritutgc:
I
) t-i
l(r : a-i!

)
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:!
.Êr
ds$

É4
:i',
,i.!
:::
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africain. Ils f ignoraient. C'est un fait ! Au cours :::

de ces séjours en France, rnon pêre ne prit


jamais le chenrin de la rue des Ecoles oü la
revue Présence africaine sortait du cerveau
d'Alioune Diop. Comrne nla màre, il étatt
convaincu que seule la culture occidentale vaut
la peine d'exister et il se montrait reconnaissant
envers la France qui leur avait permis de l'obte-
nir. En mêrne temps, ni l'un ni tr'autre n'éprou-
vaient le moindre sentiment d'infériorité à cause
de leur couleur. Ils se croyaient les plus bril-
lants, les plus intelligents , la preuve par neuf de
1'avancement de leur Race de Grands-Nêgres.
Est-ce cela être << aliéné >>?
Leçon d'histoire

Souvent, aprês le dlner qu'Adélia servait à


sept heures du soir tapantes, mon pêre et ma
rnêre, se tenant par le bras, sortaient prendre La
fra?chellr. Ils descendaient notre rue jusqu'à La
somptueuse maison entre cour et jardin des
Lévêque, des blancs-pays qu'on voyait à la
grand-rnesse, le pêre, la màre, cinq enfants et
une tante demoiselle neontée en graine sous sa
mantille, rrais qui, le reste du temps, semblaient
vivre derriàre rideaux baissés et portes closes.
Apràs quoi mes parents tournaient à gauche et
en passant devant le cinéma-théâtre la Renais-
sance, ils jetaient un coup d'ceil de mépris aux
affiches des premiers fikns américains en tech-
nicoLor. trIs haíssaient l'Amérique sans y avoir
jamais mis les pieds parce qu'on y parlait
anglais et parce que ce n'étart pas la France. Ils
faisaient le tour de la darse hurnant la brise qui
venai.t de la mer, poussaient jusqu'au quai Ferdi-
nand-de-Lesseps oü une odeur de illorue salée
s'accrochait toujours aux branches basses des
amandiers-pays, revenaient vers la place cie la
45
victoir?- gt, aprê§_ avoir monté
fois et descendu trois
dã; v+;;,'Ti._ s'assevaienr
banc-'a'ée
rls cemeuraienr sur un D'investissements financiers,
car mon pêre était
demie- puis, *" I"";i;;;iá :;squ,à ,rÉ.rr heures er un excellenr gesrionnaire.
Érr.or; ;;,r-o,r, de ra
traient à Ia maison ár*" ensemble er ren_
tueux. par le même. chemin tor_ fãtf:?té.oe c*ur des e"r, de La poinre qui
rs me trainaienl
que ma mêre étaittoujours_
t"íi"
derriêre
^nor* -Jàoi,eux. parce
r eur
",
á"Jffi# ,|i :.3§, *i#,Tf;* fff#
de cette paranoía de ;"r;*.rrr*
jeune enfanr oJ*:; enfance dans I'angoisse.' , j, ai vécu rnon
une si J,u,riáil
#
prus que mür er aussi pour être ra fille oJ g;;'ordinairÃ, ã,r, -àrorrymes.
donné
ffi::"ff;?j,t,í:,,x,ij.ffiti pu,* J'avais I'impressiont;; "tL,
plaisir dans ..' p"o*;ffii{
- ,1' l:fque :. famille étaieirt m*:acés, membres de ma
L*forés au craràre d,un
rester à Ia maison i?#"J3t}:Jr:?ã volcan donr ra rav-e en feu
àrq,r,iiãã,r, insrant
que mes parenrs avec -ã"ãi"rr,
mes fràres ãI.ã.r.r.
sitôr de les consumer. Je *i!-""t*^""
reur
comÍrrençaient à chahur*.
- donné dos, ils bien que m* par des ,àii*enr
-*i"lrr. ranr
naient leurs gamin.,
ft., fr-J.* s,entrete_ tion consranteã, mais iI "ii#;ations
;;;"ngeait. agira_
"yr"^" .*, Ie pas de Ia porte. Mes parents ,'-:*.vài-"",
ã' même banc, conrre re toujours sur ie
iF"{1Jffi :": s::s" *x#uig'I., ": 1" rn :
- Éi;rô"*
était occupé par á". l;#;#bles,à rnusique. s,i,
blagues en créore
sonne bien élevée sF;-É" ri:[TI." ;f., ff:L$: tatt plantée à.rr.rrt eux, ma mêre res_ ,

ne marsó pas oani pied, avec une rnine terlement battant ra mesure du t
cours de ces sorties:,T.J Ia rue, âu
ni pisÉachls ui."-Jtltéesl fÃ"rrr, rle m,offraienÉ ne tardaienr pas a oeg;:*;;: impatiente qu,ils r
rédrrite à convoitãr ãillukoko. J,en étais sais comm"-jã pouvaiã. Seute, je m,arnu_ r
toutes Je^ ,ã.rt*i, a'.iá"he_pied
poster devant les ..-, douceurs et à me dans les a1réãs.^Je shoot.irê, r
march..ro.,
malgré mes vêternents dans t;ãlpoi, que tais les br.as ej je devenais cailro*x- J,écar_ {
prendraienr en,pitià. achetJs à parir,-Lu", dans les airs- J'i"t.rpetrIais un êvl?r, qui s,éIàve a
n^9,6IJ, ia ruse maichairme sant de lune. À oõix t., etoiles êu'r* crois_ |
Lfifffi:: *.;,,5at, r* ::'.*Jã,,e* par gestes, je me raconrais ir""i*, avec cie grands
et
o"*rirroires. un ;j#T; ü
milieu de, mes jeux solitai.**,
Tiens pour ,"i l*Éil, :
u'e petite fille t
-En ptrur:rT"r ã=rrãiãêeine
perents ne ,'o"".rpaient
surgit de Ia noiiceur- gtonoinette,
moi er pariai*nf enrre guàre cie uÍ.e queue de cheval racaiãJ'durr* mài fagciée, ü
eux. De ã;#t"; qu,oil m'apostropha en créoie ie iJt
Lrans Ie dcs" trile ü
D'une de rnes scellrs Iü non a_w{. ? : r)
qui n,etúãiait pes à
l,éco,e. i Je rne demancai erl
elle n1e prenait. Fo*r mon for intérieur- prrri- rJrri
46 t,enràru de ni., .i.-, Í,rrÍ ,.) :
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E,spérant produire mon petit effet, je déclinai bourreau gambader en toute irnpunité prês du
mon identité avec emphase. Elle ne sembla pas kiosque à musique.
ébranlée, caÍ il était visible çlu'elle entendait Le lendemain, Anne-Marie rn'attendait au
mon patronyme pour La prerniàre fois et elle même endroit. Pendant plus d'une semaiflÊ, elle
poursuivit avec la même autorité, toujours en fut fidêle au poste et je me livrai sans protester à
créole : ses sévices. Aprês qu'elle eut manqué m'ébor-
Moi, c'est Anne-Marie de Surville. On va gÍter, je finis par protester, lassée de sa bruta-
jouer ! Mais attentiofl, ma mamarl ne doit pas me Irté :
voir avec toi sinon, elle me battrait. Je ne veLlx plus que tu rne donnes des
Je suivis son regard et j'aperçus quelques coups.
femmes blanches immobiles, assises de dos, les Elle ticana et m'allongea une vicieuse bour-
cheveux flottant uniformément sur les épaules. rade au creux de l'estomac :
Les façons de cette Anne-Marie ne rrle plaisaient Je dois te donner des coups parce que tu
pas du tout. LIn moment, je fus tentée de tourner es une négresse.
les talons et de rejoindre mes parents. En même J'eus la force de m'éloigner d'elle.
temps, j'étais trop heureuse de trouver une par- Sur le chemin du retour, j'eus beau méditer sa
tenaire de mon âge mêrne si elle rne cornrnan- réponse, je ne lui trouvai ni rirne ni raison. Au
dait coÍrune à sa servante. firoment du coucher, aprês les priêres aux divers
Immédiatement, Anne-Marie prit la direction bons anges gardiens et à tous les saints du para-
de nos jeux at, toute La soirée, je me sourrris à dis, j'interrogeai ma rnêre :
ses caprices. .Ie fus la mauvaise élêve et elle me Pourquoi doit-on donner des coups aux
ttra les cheveux. En plus, elle releva rna robe nêgres ?
pour m'adrninistrer la fessée. Je fus le chevatr. Ma mêre sembla estomaquée, eÍLe s'exclarna :
Elie monta sur mon dos et elle rne boulra les Comrrrent Lrrre petite fille aussi intelligente
côtes de coups de pied. Je fus 7a bonne et eiie que toi peut-elle posãr pareilles questions ?
me souffleta. Elle rn'abreuvait de gros rnots. Je Eile traça en vitesse un signe de croix sur
frémissais en entenCant voler les kouni à rnnrc- nron front, se leva et se retira en éteignani \a
finan ú-w* et les tonrtà dso'\'- interdits. Finaie- lumiàre de ma chambre. Le lendemain rnatin, à
ment, une ultime talcche me fit tellernent rnal l'heure de la coiffure, je revins à la charge. Je
que je coT;rus rne réfugier dans les bras de ma sentais que la réponse fournirait la cLé, à l'édifice
rlàre. Dans fiIa honte, je ne m'expiiquai pas. Je souvent mystérieux Ce rnon ntonde. La vérrté
prétextai que j'ar.ais pris un saut et laissai rnon sortirait de 7a .iarre oü oÍI la tenait enferinóc.
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.'í6â .
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:l*4l-:-: ,-,.
Devant mon insistance, ma mêre rne frappa secret honteux dont
sàchement avec le dos du peigne : il aurait été inconvenant
et peut-être dangereux de forcer la connaissance.
Enfin, cesse de raborrter des bêtises. n valait mieux l'enfouir au fin fon,c de ma,
Est-ce que tu vois querqu'un donner des coups
ton papa ou à moi ? à mérnoire cofirme mon pàre et ma mêre, corrrrr.rel
suggesrion était invraisemblable. pourranr, lous l"r_gens que nous fréquentions, semblaient,
"la \ffébrilité de ma mêre trahissait son embamas.
I'avoir fait.
Les jours suivants, je retournai sur la place oe,
I

EIle me cachàit. -querque chose. a-*úi, j,allai la victoire avec mes parents, bien décidée à:
rôder dans la cuisine autour des jupes-ã,ao éi,,a, refuser de jouer avec Ànne-Marie. Mais i1á"*'
Hélas ! Elle faisait tourner une sauce. Aussitôt beau la chercher tout partout, ,"*orrt"i i;;,
qu'elle m'aqgrçut, avant seulement que j'ouvre allées, errer de droite et dã gauche, je ne la revis I
la bouche, elie se mit à crier : pas. Je courus jusqu'au banã oü s,éiaient assisesr
Sors de là ou j,appelle ta rnaman. sa maman et ses tantes. trt était vide. Je ne les r
-re ne pus qu'ouêir. J'hés itar, puis montai r:.vil plus jamais. I-[i elle. Ni les femmes de sâr
frapper à Ia porte du bureau de mon pêre. Alors famille.
qu'à tout momelt je me sentais .rrL1oppée de Aujourd'hui, je me demand.e si cette o**- l
l'affection chaude êt rarillonne o. Àã àb.u, je contre ne .fut pas surnaturelle. puisque tant ae l
savais que je n'intéressais guàre mon pàre. i. vieilles haines, de vieilles peurs jamais fiqúàé;; r
n'étais pas _ un garçon. a.pies tout, j , étais sa demeurenr ensevelies dan§ la rer:re de
dixiàme enfant, car- il u"uit eu cleux fits d, un je rne demande si Anne-Marie pãvrl.
prernier n?ariage- Mes pleurs, mes caprices, mon ""i
et rnoi, ,ro,ri r
l'avgÍls pas été,, l'espace de nos prétendus jeux, r
désordre l'excédaient. Je lui posai ma question les réincarnations rniniatures c'uire ma?tresse ett
en fcrme de leitmotiv : ^
de son esclave souffre-douleur.
Pourquoi doit-on donner ces coups aux sinon comment expliquer rna docili té àmoi ,i
lr
nêgres ?
rebelle ? ;
E me regarda et me répondit ciistraitement : I
I Qu'est-ce que tu raconÉes ? on nolrs clon- I
nait des coups dans le ternps. va trouver ta a
manlan, veux-tu ?
Désorn:.ir, je r:avarai mes questigns. Je ne a
demandar- rien à sand,rino, car j,urrui*- p*", C
de a
ilrl son explicaÉion. Je devinais q,r;,rr, ,*.i*t étatt
i.i

caché, au fond de mo* passé, secret dcuio*reux, 'tf


e
5S f
e
e
Chemin d'école

Je devai"s avoir ttetze aÍrs. Encore un séjour en


<< métropole >>. Le troisiêrne ou le quatriême
depuis La fin de la gueffe. J'étais de moins en
moins persuadée que Paris est la capítale de
l'univers. En dépit de l'existence Églée comme
papier à musique que j'y menais, La Pointe,
ouverte sur le bleu de la darse et du ciel, me
manquait. Je regrettais Yvelise, mes camarades
de lycée et nqs déambulations sous les sabliers
de la place de La Victoire, seule distraction qui
nous soit permise jusqu'à six heures du soir.
Car, alors, la noirceur s'instaltre ot, d'aprês files
parents, tout pouvait arriver. Sortis d'au-deià le
camal Vatable, des nàgres au sexe vorace pou-
vaient s'approCher des vierges de bonne farniile
et les dérespecter avec des paroles eÉ Ces gestes
obscànes. A Paris je regrettais aussi les lettres
d'amour çlue, malgré toutes les bariàres dres-
sées autolrr de rnoi, les garçons parvenaient à
me glisser.
Paris, pour rnoi, étaít une vilie sans scleil, un
enferrnement de pierres arides, uÊ enchevêtre-
i 13
ment de métro et d'autobus oü les gens
mentaient sans se gêner sur ma personne com_
être acheté- Aussi, mon pêre remprissait
El-ie fitgnonrle, la petite ,egresse !
:
diquement d-e grandes ."rrti"., métho_
."rt
Ce n'étatt pas fer peinturées
<< négresse ,, qui en vert- Au lycée Fénelor, Ie chahut,
"r,
Iait- En ce QqgtiI était
me brü_ i", paresse
étaient des pratiques inconnues. pourtant,
-r?*pr-rà,
surprise. J'étaii
isuer. c, étair re ron. programmes ayant été bouclés, Ies
une gurprise. L,.o."pii"r, d,une on sentait
race que les Blancs s'obitinaient Ies classes comme un parfum de dans
à crôire repous_ Iégêreté, voire
sante et barbare. Un jour, te professeur de"français
cette
-année-rà, rnes frêres et s*urs étant
ÍkftãI,a, eur
entrés à I'université, je jouais res fiEes uniques, Maryse, faites-nous un exposé
rôIe qui me pesait foít,;"; il mpnquair de votre pays. sur un rivre
croit d'attenrions maternelles. retáis étêve un sur_ MIle Lemarchand était re seul professeur
lycée Fénelon, à deux pas de ra rue au lequel je rn'étais assez bien avec
Dauphine entendue.
mes parents avaient loué un appartement.
nans
oü d'une fois, eile m'a\rait donné à cornprendre prus
ce bahut prestigieux, mais austàre, je ses cours sur res philosophes que
comme à I'accúturnée, mis à dos m,étais, du xvrr.
,o'étaient destinés tout spécialernent. , siêcre
fesseurs par rnes insolences. par íol* Ies pro_
communiste dont nous nous étionsc étattune
la même raison , j-'.rri, -g;g"it-,"*Ii*r,r,
contre, et pour
de
main en main ra photo * prerniêre'p.g. passé de ,

meneuse. e.t je m'étais fait pas L'Í{wrríG- Nous ne savions pas de I

Nous trainions en bande àur* unmar d,amies.


quadrilatêre que recouvrait I'id3glogie
exactement ce (

délirnité par ie bourevard saint-Gerr.n due tout partout. Mais" ,*.r* enren_ I
a,Ít, re bou- ";;*-;;i;,
ra devinions
le'ard saint-Michel, Ies eaux mortes cÍe complête contradiction u"À* t*, en I
et les boutiques d'art de ra rue Bonapaite. ra seine geoises que re lycée Feneron valeurs bour-
nous arrêtions devant le Tabou oü Nous yeux' Pour nous, re communisme incarnait à nos I
Ie souvenir de Juliette Gréco. Nous flottait encore dien L'r;fuwrs sentaient r" -*À"fre. *i *ãr, quoti_ I
feuilletions Je pense que I
des. bguquins à ra Hune. Nous
1orgnioils R_ichard MIle Lernarchand s'imaÉi"ãii comprencire
Wfght, massif cornme un bonze à Ia terrasse raisons de ma mauvaise -"oid*it. res I
caf,é de Tournon. Nous n'avions d.u
sait de les exarniner. En m,invitant .f ;; propo_ I
rien
Mais sandrino m'arrait parlé o* ,o* engagement iu d,e rui. mon pays, elle ne voulait pas à parrer cic I
politique et de ses rotrnans, Btack seulernent n()r,§
Bo-y-, Native
distraire- Elie rn'of,frait I'o*à*rion
de nrc
t
son.l'aet ,Fzsh.bet$,. L'année scolaire finii Iitrc.r.t.r.
tt ce qui, d'aprês eJIe, *;-;;sait I
dete du retour à ia c,r"ãàIoupe par finir
pu, sur Ie c(r.rr.
et cette proposition bien t
cher- Ma rfiàre avaiÊ acheté tout ce appro_
qui pouvai. gea au contrair-e dans inteãtionnée,,i",r.rr
un gou Í.fl-c: r It, r.ol I t
sion. C'étaít, rappelons_le, ?c,
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années 50.La littérature des Antilles ne fleuris- gré tout de retrouver son sourire de lumiêre et
sait pas encore. Patrick Chamoiseau dormait '-â"í ieprenait ses maniêres rassurantes de grand
inform é au fond du ventre de Sa mamall', et moi- i fràre. Nous fouillâmes dans ses livres empilés
même, je n'avais jamais entendu prononcer le
:
j en désordre sur les meubles et dans la poussiàre
nom d'Aimé Césáire. De quel auteur de mon i
du plancher. GouveruteLrr de la rosée de Jacques
pays pouvais-je p_arler ? J; courus vers mon Roumain. Il s'agissait d'HaÍti. Il me faudrait
recours habituel : Sandrino- I e.xposer le vaudou et parler d'un lot de choses
E avant bien fnangé, Sandrino. Sans qu'on le que je ne connaissais pas. Bon Dieu rit d'Edris
t

Saint-Annant, un de ses derniers amis, haitien


',

sache, la tumeur quiãllait 1'emporter le rongeait


malignement. Toutes Ses maft esses l'avaient aussi. I§ous allions désespérer quand Sandrino
i
i

abandonné. It vivait dans une solitude extrême i tomba sur un trésor. La Rue Cases-Nàgres de
au neuviàme étage SanS ascenseur d'un minable i Joseph ZobeL C'étatt la Martinique. Mais la
garni de La r-ue de l'Ancienne-Comédie- Cat, Martinique est l'ile seur de la Guadeloupe.
J'emportai La Rue Cases-Nàgres et m'enfermai
1

dans l'espoir de le ramener vers les amphi-


théàtres dê la faculté de droit, mon pêre lui avait
i

i
avec José I{assan.
coupé les vivres. Il subsistait fort mal de i Ceux qui n'ont pas lu La Rue Cases-Nàgres
l'arÊent que rna màre lui adressait en cachette, ont peut-être vu le film qu'Euzhan Palcy en a
amàigri, essotlfflé, SanS forces, tapant avec trois t i
trré. C'est I'histoire d'un de ces << petits-nêgres >>

doigti sur une machine à éçnre poufsive des que rnes parents redoutaient tellement, qui gran-
I
*zrãoscrits qu'invariablement les éditeurs lui
i
dit sur une plantation de canne à sucre dans les
renvoyaient avec des f,ormules stéréotypées I affres de X"a faim et des privations. Tandis que sa
maman se loue ch.ez des békés de la ville, il est
I

Ils ne me disent pas \a vétité,'ràg*ait-i.1.


éLevé à force de sacrifices par sa grand-mêre
i

Ce sont mes idées qui lãur font peur. i


Car, bien sür, lui ãussi était communi.ste- LJne j Man Tine, arrunareuse* en robe matelassée par
photo de Joseph Staline en grande,moustache I les rapiéçages. Sa seule porte de sortie est l'ins-
ornai.t sa cloison. 11 s 'étant rtrême rendu à un Fes- i truction. I{eureusemenÉ, it est intelligent. Ii tra-
tivatr mondial de tra jeunesse communiste à Mos- vaille bien à l'école et se prépare à devenir petii-
Cou et en étatt revenu éperdu d'adrniration pour bourgeois au rnornent précis oü sa grand-mêre
i
i

les dômes du Kremlin, 1; place Rouge et le mau- i meurt, Je pleurai à chaudes larmes en li,sant les
solée de tr-énine. Comm e pffi le paísé, il ne rn'e derniêres pages du romaÍr? les plus betrles à mon
laissait pas lire ses ronlans et je m'eff,orçais sans t, avis que Zabel aLt jarnais écrites"
I

<< C' étanemt ses mains qui m'apparaissaient


succàs d'en déchiffrer les titres tracés âu verso ,t
de chemises écornóes. Porir moi, il tâchait mal- ';$., slrr la blancheur clu drap. Ses mains noires, goil-
t
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f[ées, durcies, craquelées à chaque repri, et
craquelure incrustée d'une borr" indélé- et collier grenn'd'ô autour du cou, jouait aux
-ch-aque
bile- Des doigts encroüté§, déviés en tous sens bitako. comme il n'y avait pas d,eaü courante,
aux bouts usés et renforcés par des ongles pü;; on se bouchonnait avec des feuilles, tout nu
pràs de la citerne. On faisait ses besoins dans
Pour moi, toute cette histôire étatt parfaite_ un toma*._ Le soir, on s'éclairait à la lampe à
ment exotiquê, suméaliste. D,un seul coup tom_ pétrole. Yon pêre enfilait un pantalon et une
bait sur mgs épaures re poids de I'escravage, de chemise de drill kaki, abritait sa tête d,un
la Traite,,de I'oppressioir coloni are, de t,.ipioi_ bakoua et s'armai.t d'un coutelas avec lequel ii
tation d. par |homrne, des préjuge, o" ne sabrait guàre que les herbes de Guinée. Nous
J'hommé
couleur dont personne, à part quetqüefois les enfant_s, éperdus de bonheur d, aérer nos
drino, n1 _me parrart jamais. Je^ savãis úi;"san-;ã,
orteils et de pouvoir salir ou déchirer nos vieux
que les tslancs ne fráquentaient pas les Noirs. vêtements, nous dévalions les savanes à la
CependaSt ,- j, attrib,rãis cela, ^"o**. recherche d'icaques noires et de goyurà, roses.
parents, à leur bêtise et à leur aveuglement mes Les verts champs de canne semblaient nous
insondables. Ainsi, Élodie, ma grand-mêre in'iter- Parfois, intimidé par notre rnine de petits
maternelle, apparentée à des -blrrr.s_pays citadins et notre parler français, Lln cultivateur
-était-
qui assis à deux banãs d'église du nôtre ne tour_ nous tendait
lgrpectueusement une canne kongo
dont nous déchirions
naient jamais la tête vers nous. Dommage pour l'écorce violacée à belles
eux ! car ils se privaient du bonheur oe posséd.er dents.
une relation comrne ma mêre, la réussilte de sa Pourtalt, j_'eus peur d.e faire pareil aveu- J,eus
génération. Je ne pouvais en alrcune maniàre peur de révéler l'ab?me qui rrre séparait de José.
Aux yeux de ce profesteur coámuniste, arlx
Spprénender l'univêrs funeste de la plantation. yeux de la classe tout entiàre, les vraies Antitries,
Les seuls moments oü j'aurais pu rencontrer Ie
I
:

monde rural se rimitaient aux vacances scolaires c'étaient celles que j'étais coupable de ne pas
que nous passions à sarcelles. Mes pareÍrts pos_ conna?tre. Je commençai par me révolter eil pen_
sédaient da*s ce coin alors tran{uille de la sant que l'identité est cofiune uÍl vêtement qu,il
Easse-Terre une rnaison de changement d,air faut enfiler bon gré, rnal gré, qu,il vous siée ou
et
une assez belle propri été que éoupait par le lon- Puis, je cédai à la presiion er enfila i le
défroque qui rn'étatt offer{e.
mitan tra riviêre qúi dõnnait son noÍ-n à l,endroit"
Là, pour quelqúes sernaines, tout le monde, - Quelqlres se.maines plus tard, je fis devani la
excepÊé ma rnàre, Éoujours sur son quant-à-soi, classe suspendue à rfles làvres un brillant
cheveux soigneusement décrêpés sous sa résitle exposé" Depuis des jours, mon ventre traversó
des gargouiilis de la-faim s'étair uairo" Ãe. Mcs
I
118
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§4.:t. I I
t
J
i[] ",1

I .t:

jambes s'étaient arquées. Mon Íaez s,était empli


de morve . T.a tignásse grenée de mes cheveiii
s'était roussie sur ma têie sous l'effet d.u soleil.
J'étais devenue .Iosérita, srcur ou cousine d;
mon héros. c'étaít la premiêre fois que je dévo_
rais une vie. J'allais dientôt y pr"rdr. §oüt.
Aujourd'hui, tout me porle-à croire- que ce
que j'ai appelé plus tard ún peu pompeusernent
<< mon engagement politique >>
est né de ce
monlent-là, de mon identification forcée au mal-
heureux José. La lecture de Joseph zobel. plus
que des discours théoriques, *'u ouvert les
yeux- Alors j'ai compris que le milieu auquel
j'appartenais n'avait rien dê rien à offrir et j,ai
commencé de le prendre en grippe. À cause de
l-*i, j'étais saÍrs saveur ni pãrrüà, un rnauvais
décalque des petits Françaiô que je côtoyais.
J'étais << peau noire, masque ú*r. ,, êt c,est
pcur moi que Framtz Fanon allait écrire.