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Editions Esprit

Aristote : de la colère à la justice et à l'amitié politique Author(s): Paul Ricœur Source: Esprit, No. 289 (11) (Novembre 2002), pp. 19-31 Published by: Editions Esprit Stable URL: http://www.jstor.org/stable/24278909 Accessed: 24-12-2015 12:35 UTC

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Aristote

: de la colère

à la justice

et à l'amitié politique

 

Paul

Ricoeur

AvONS-NOUS

chose à apprendre

des Anciens

en phi

losophie

encore quelque morale et politique

?

 

Je propose

de

mettre en relation la contribution

d'Aristote

concer

nant

la

colère

et

la

vengeance

avec

la

discussion

contemporaine

por

tant sur le droit de

punir et les apories

de la peine

qui

lui sont liées.

Je partirai d'un

texte pivot

d'Aristote

en Rhétorique

II,

traitant de

la colère.

Je remonterai

de

vers l'amont

du texte, à savoir

la place

des passions

sur la cartographie

de l'âme

; puis

la justice

je

me déplacerai

sous

vers

l'aval

du texte,

à savoir

l'éthique

de

sa forme correc

tive

et, au-delà,

 

l'éthique

et la

politique

de l'amitié.

Après

ce

par

cours de l'œuvre

d'Aristote, je voudrais

dégager l'enjeu

que constitue

à mes yeux la problématique

blématique,

de

la juste

vengeance.

C'est

cette pro

mise hors circuit

par le développement

du

droit pénal,

qui

me paraît

revenir au premier

plan

aujourd'hui

à

la

faveur

de

la

crise affectant l'infliction

de

la peine

à un condamné.

S'il

est en effet

un tourment permanent

de la philosophie

morale, étendu

au

droit et à

punir.

la justice

pénale,

c'est

bien

celui que

suscite

le

droit

de

Énoncé

dans

sa brutalité,

c'est

 

le scandale

intellectuel

attaché

au

trait le plus visible

par l'institution

de la peine, au

judiciaire

à savoir l'aspect

de souffrance infligée

condamné,

souffrance

qui

paraît s'ajouter

du dehors

coupable à celle éprouvée

par la

victime

du préju

dice, du dommage,

du tort. Or, la vengeance

comportait une réponse

à

cette aporie,

à

ce

scandale.

Mais

le

droit pénal

des Modernes

s'est

constitué

sur la base

d'un autre réfèrent que

la paire

de l'offensé

et de

l'offenseur,

la

paire

de

la

loi

et de

l'infraction.

L'éthique

potentielle

de la juste vengeance

est devenue

le refoulé

des

insti

tutions

de

la

justice

pénale.

La

ainsi pour nous crise

contemporaine

 

qui

affecte

EsiRrr

19

Novembre2002

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Aristote

: de

la

colère

à

la

justice

et

à

l'amitié

politique

 

aujourd'hui

le droit de

punir

qui en résultent ne nous invite-t-elle

et la

mise

pas

à nu des

apories à rouvrir un dossier

de

la peine

que

l'on

croyait clos

à jamais

? C'est

en

vue

de

cette

interrogation

terminale

que j'ouvre

le dossier

de la justice

et de la vengeance

sur la base

d'un

texte d'apparence en Rhétorique II.

infiniment modeste,

le texte d'Aristote

sur la colère

Colère

et vengeance

Pourquoi

la colère en Rhétorique

? L'horizon

du traité est limité

 

: il

traite de l'usage

public

de

la parole,

dans l'assemblée,

au tribunal,

aux jeux

et aux funérailles.

Usage

délibératif, judiciaire,

épidictique

 

du discours.

C'est

eu égard

à

cet

art que

le

Livre

II

traite des

pas

sions,

à

titre de

prémisses

d'un argument

visant à convaincre

 

et

à

plaire.

Horizon

ne soit pas

indifférent que les

passions

soient

limité, donc, quoiqu'il cœur

appréhendées

au

du

De

plus, comme

lien

social,

l'exemple

au plan de la colère

des

va

relations interpersonnelles. le montrer, la description

fait éclater

le cadre

convenu

qu'impose

 

le

traité

et

ouvre

sur

des

abîmes

de

réflexion

en

amont

et

en

aval.

Lisons

le texte :

Admettons

[il

s'agit

d'une

des

opinions

communes,

des

endoxa

que

le

philosophe

avoue]

que

la

colère

[orgë\

est

le

désir

impulsif

et pénible

de

la vengeance

notoire

\épiphœnomènè\

d'un

dédain

notoire

[phœno

menon\

en

ce

qui

regarde

notre

personne

ou

celle

des

autres,

 

ce

dédain n'étant pas mérité (1378 b 30).

 

Le point important réside

dans

la

sorte de

sémiotique

du mépris

qui

est alors

engagée.

L'offenseur signifie par des paroles,

des

 

gestes,

des outrages

(hubris),

nécessairement

une supériorité

mais,

si c'est

prétendue

dont

il

ne

tire pas

plaisir.

le cas, pour

le simple

avantage Le petit traité continue

en énumérant,

sans complaisance

ni approba

 

tion,

les

situations

nous

nous

mettons

habituellement

en

colère,

 

et

dresse le portrait typique des personnes

contre qui nous

nous

irritons,

l'accent

étant mis chaque

fois sur Yhabitus

plus

que

sur l'acte

ponc

tuel. Celui

qui méprise

dédaigne

(car l'on méprise

a peu

ce que

l'on compte

sans valeur) [anaxion]

; or, ce qui

de valeur

inspire

le dédain

 

de

qui

« regarde

de

haut »

et

« tient l'autre

pour

peu

».

Suivent

vexa

tions,

entraves,

empêchements,

outrages

par

actes

et

paroles,

signes

 

d'irrespect,

de déni d'estime,

nous dirions aujourd'hui

déni

de recon

naissance

(atimia).

Tel

est

le

riche

butin

de

ce

portrait

à

la La

Bruyère.

Ce

ne sont pourtant

que

des flèches

dans

le carquois

 

de

l'orateur1, de simples

prémisses

pour l'usage

public du discours,

qu'il

1. « Nous

avons où on la ressent,

traité à la fois des

les objets

qui

sitions

personnes

l'excitent.

contre lesquelles Il est évident que

s'émeut

l'orateur

la colère,

les

dispo

doit, par le moyen

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Aristote

: de

la

colère

à

la

justice

et à

l'amitié

 

politique

 

s'agit

dans ce portrait. Toutefois,

ce

cadre

étroit professionnel,

 

en

quelque

sorte

ne

réussit

pas

à

enfermer

la

ressource

 

de

sens

du

texte,

comme

son

amont

et

son

aval

nous

le révèlent.

 

Ce

que

nous trouvons en amont de cette psychologie

sémiotique,

si

l'on

peut ainsi

parler, c'est

le fonds anthropologique

 

de la description.

Le

pas

en arrière que

nous

allons faire dans cette direction

est encou

ragé par le déploiement

du tableau

des autres passions

apparentées

à

la colère décrites

dans

la suite de Rhétorique

II.

Outre le calme

qui

se

donne comme

le juste

milieu

entre la colère

et l'apathie,

nous avons

le couple

amitié-haine,

le couple

crainte-assurance,

 

la honte

et l'im

pudeur, l'obligeance,

la pitié, l'indignation,

l'envie,

l'émulation.

 

Je

voudrais

m'attarder sur l'indignation,

qui gagne

à être rapprochée

de

la

colère

[anaxiais]

:

« C'est

la

peine

marque

ressentie

pour les

 

malheurs

immérités

» : une

d'appréciation,

d'évaluation,

est introduite

par la référence

au

mérite, qui

avait aussi

sa place

dans l'analyse

 

du

mépris générateur

de

colère.

Gardons

cette

notation

comme

une

pierre d'attente

pour une reprise

au plan éthique.

 

Mais d'abord,

le pas

en arrière

: il nous

conduit

 

au fonds anthropo

logique

de l'analyse

rhétorique

des passions.

Nous

le déchiffrons au

Livre

I de

l'Éthique

à Nicomaque.

Nous

nous tenons

alors dans

l'es

pace

de

sens

découpé

par la grande architectonique

de

la Politique

(1,1) ;

c'est

la

science

politique,

est-il

dit,

qui

 

se

sert

des

autres

sciences

pratiques,

englobe

leurs

fins et met ainsi

sa marque

sur le

bien proprement humain :

Car

le

bien

est

assurément

aimable

même

pour

 

un

individu

 

isolé,

mais

il

est

plus

beau

et

plus

divin

appliqué

à

une

nation

ou

à

des

cités (1094

a).

Cette ampleur

du politique

convient à l'encadrement

des passions

de dimension

sociale

évoquées

en Rhétorique

II.

La transition

vers la

topique

de

l'âme

sur laquelle

nous

allons

nous

 

arrêter se

fait par

l'idée

de bonheur,

elle-même

précisée

par l'architecture

des biens,

telle

qu'elle

endoxa

qui

trouve confirmation

dans

les

C'est

opinions

communes,

 

les

suffisent à l'art oratoire.

alors

en

vue

d'une

théorie

de

la

vertu,

et

donc

à

la

charnière

entre

bonheur

 

et

vertu,

qu'Aristote

 

sa topique fois encore son projet politique

intercale

des facultés

:

de l'âme,

non sans

avoir rappelé

une

Il

est

évident

que

le

politique

doit posséder

 

une

certaine

connais

 

sance

de

ce

qui

a rapport

à

l'âme,

tout comme

le médecin

(1102

a).

Vient alors la fameuse

division

entre la partie rationnelle

et la par

tie irrationnelle

de l'âme,

celle-ci

se dédoublant

entre une part privée

de raison,

la partie appétitive,

et celle

« qui

a le logos

» ; pour

cel1

 

du discours,

dans

la disposition

favorable

à

la

colère,

représen;

 

adversaires

caractères

mettre ses auditeurs de

comme coupables

qui peuvent

l'émouvoir

paroles ou d'actes

» (1380

a, 1-5).

propres à l'exciter,

et comme

ayant 1

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Aristote

: de

la

colère

à

la

justice

et à

l'amitié

politique

ci,

« avoir

le

logos

»,

c'est

pouvoir

tenir compte

jeu

de

mot sur

« avoir

le logos

». Tenir compte,

c'est être capable

d'écouter,

d'obéir,

de s'ouvrir aux reproches

et aux admonestations,

 

mais aussi

pouvoir

s'opposer

et lutter. Ce dédoublement

 

de la partie irrationnelle

 

a son

écho

dans

la

raison

elle-même,

qui

a réciproquement

deux

faces

nous dirions

deux interfaces

raison, patient et l'intellect agent.

sortes

de

au

sens

, sans

qu'il

par ailleurs

s'agisse

pourtant de deux l'intellect

on distingue

La

colère et l'indignation

ont ainsi

trouvé leur socle

dans

les struc

tures de la psyché. L'encadrement

se précise

avec la distinction

 

dans

le genre désir (orexis) entre èpithumia,

thumos et boulèsis.

On

voit de

quoi

il s'agit

pour

les

deux

extrêmes

de

la

triade

: le

désir

aveugle

d'un

côté,

de l'autre

le souhait

qui,

en un sens,

régit le projet

entier

de l'éthique

sous

l'égide

du souhait

de

bonheur.

Reste

le

terme

médian,

thumos, que

l'on

traduit par courage,

impulsion,

emporte

ment, humeur. Or, n'est-ce

pas

le lieu

de la colère

et de l'indignation

dans

la topique

des âmes

de Rhétorique

II

? Nous

sommes

renforcés

dans

par le renvoi

au

traité De

l'Ame

(II,

3)

qui

pro

pose

cette supputation un autre découpage

: faculté nutritive, désirante,

sensitive,

 

loco

(414

 

a

30),

et distingue

 

les

trois espèces

 

de

motrice et dianoétique faculté de désirer que

nous venons d'énumérer.

Une antique

tradition

concernant

le

thumos

est

ainsi

évoquée,

 

remontant

à

Homère

et

pas

sant par Platon

: on pense

ici

au

char

ailé

du mythe du Phèdre

et ses

deux

chevaux,

l'un docile

et l'autre

rebelle,

confiés

aux guides

 

du

cocher avisé.

Nous touchons

ici, chez

Aristote,

au

point de

vue

épis

témique,

à

un recoupement

 

entre

 

l'architectonique

politique

 

de

l'éthique

et l'ontologie

fondamentale,

le

traité De

l'Ame s'inscrivant

dans

le

cadre

de l'acception

 

de

la notion

d'Être

déterminée

par la

substance

et la

suite

des

catégories.

Le thumos,

défini dans

les

deux

contextes de l'Éthique

et de la Métaphysique,

est ce niveau

médian

du

désir accessible

à la raison,

comme

le sera le schématisme

chez Kant

entre le sensible

et le

rationnel

; sur

ce

niveau

médian,

s'édifieront

toutes les médiations de la sagesse pratique.

 

Cette dernière remarque

nous

met sur le chemin

de l'aval

du texte

d'Aristote,

au tournant

de la sémiotique

 

du mépris

et de l'éthique

 

de

la justice.

Nous sommes

mis sur ce

chemin

par l'argument

rhétorique

qui raison, franchit le crible

lui -même

se

tient au

point

où le désir,

pour écouter

du « choix préférentiel

» -

la voix

de

la

-

dans

sa dimension

évaluative.

 

Or, la sémiotique

 

de la prohairësis du mépris relevait

déjà

de cette évaluation

par maints traits : d'abord,

le sujet

en colère

passe

de la passion

de tristesse

à l'action

en souhaitant

ou désirant

se

venger

et

mettre

son

agresseur

 

dans

la

même

position

de

passivité

que lui-même.

En outre,

et c'est

la

clé,

la référence

à la

réputation

(itimë) du côté

de la colère

et au

mérite du côté

de la colère

et de l'in

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Aristote

: de

la

colère

à

la justice

et à

l'amitié

politique

 

dignation constituent la touche éthique

 

mise sur le discours

de la rhé

torique.

Ajoutez

la composante

de hauteur

et de bassesse

du dédain.

Enfin, pour ancrer

définitivement

l'analyse

 

dans

le

notez

la

prise

en compte

de 1 'habitus,

dont on sait

qu'il

cadre éthique, est une com

vertu. Vous

avez

ainsi

une phénoménologie

du déni

de

posante de la reconnaissance

qui

met précisément

sur

le

chemin

de

la

réflexion

éthique.

 
 

Colère

et courage

 

est franchi avec

la première

des vertus considé

Un premier seuil rées dans Éthique

à Nicomaque

(III,

IV

1-3),

le courage.

Cette vertu

recoupe

la passion

de colère

 

en un point

 

précis,

bien

que

ce

ne

soit

pas

son

vis-à-vis

premier

mais

le « redoutable

» comme

prédicat

objectai

et

le danger

comme

dénomination

 

usuelle.

Tous

les

maux

sont en un sens redoutables,

qu'il

est notre devoir de craindre

et qu'il

est honteux

de ne pas

repousser

; à cet égard,

le plus

redoutable

reste

la mort. Affronter la mort, et singulièrement

 

la

mort au

combat

guer

rier, mais aussi

le péril imminent,

précis,

le courage

tel est l'axe

de référence

la colère,

le

du

cou

rage.

Sur

un

mal

mobilise

« mépris

»

précisément

(III,

9),

qui

donne

à la

colère

 

un vis-à-vis

singulier

:

à

son occasion,

la

colère

s'adresse

à

quelqu'un

à

qui

elle

est

confrontée

;

en

outre,

c'est

à

la

faveur

de

la

colère

que

le

« thumos

-l'impulsivité

Sous

l'égide

-

est encore

rapporté au courage

d'Homère,

cette passion

apparaît

» (III,

« la

1, 1116

b 23).

naturelle

de

toutes

» (1117

a 3).

Et

« quand

s'y ajoutent

 

plus le choix et le

motif, elle

semble

constituer

le courage

 

au

sens

propre »

(ibid.)

;

« comme

les

bêtes,

les

hommes

ressentent

la

souffrance

 

et,

s'ils

se

vengent,

le

plaisir

» (1117

a 5).

Hors

de tout contrôle

rationnel,

chez

ces hommes

de courage

rappelle

le vrai courage

» (1117

: « ils ont cependant

a 9).

on ne peut parler chose

quelque

qui

à la colère

la

Que manque-t-il

au courage

pour en faire la réplique

plus appropriée

au plan éthique

? Le

rapport

à l'autre

sous

le signe

de

l'égalité.

Ce

sera

le second

seuil de notre propre parcours

dans

le cor

pus aristotélicien.

 
 

La justice et l'égalité

 

Ce

seuil

est franchi

au Livre

V de VÉthique

à Nicomaque.

Ce

seuil

ne pouvait

l'être par la rhétorique,

laquelle,

 

rappelle le Livre

I de

la

Rhétorique,

se borne

au

« pouvoir

de faire dans

chaque

cas

la théorie

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Aristote

: de

la

colère

à

la justice

et

à

l'amitié

politique

du

persuasif

qui convient2

» (1356

b 25-6).

La rhétorique,

dit un texte

de

Rhétorique

I,

n'est

à

cet

égard

qu'un

« rejeton

de la dialectique,

 

ainsi

que

de

la

discipline

qui

traite des

personnes,

à laquelle

il est

juste

de donner

le

nom

 

de

politique

»

(1358

b 20-33).

La proximité

entre

rhétorique

et sophistique,

à l'occasion

principalement

des

notions communes

(endoxa), est

ce

qui

tient le persuasif

à l'orée

du

concluant.

Barbara

Cassin,

à

 

qui

je

dois

l'attention

à

ces

textes

d'Aristote

sur les limites

 

de la rhétorique3,

conclut

: « Ainsi

la rhéto

rique pousse-t-elle

pour ainsi dire au-dessous

de la greffe éthique4.

 

»

 

C'est

cette greffe qu'opère

 

le

Livre V

de

YÉthique

à Nicomaque

consacré

à la justice.

La connaissance

des

« mœurs

» au

niveau

rhé

torique

aura

offert sa « topique

des

âmes5

» à

la

discipline

éthique.

Le

texte-clé

sera

pour nous

la définition

de

la justice

de l'injuste

par l'inégal.

 

C'est

là, note Aristote,

par l'égalité et unanime

une opinion

(V,

6).

Égal,

c'est-à-dire

« moyen, médian

»

entre

le

trop et

le

pas

assez,

et

aussi

« moyen

»

en

tant que

relatif

aux

personnes.

Donc,

rapport

à

quatre

termes

:

deux

choses

à

partager

et

deux

personnes,

rapport de proportion.

C'est

là,

 

il est vrai,

la définition

de

la justice

distributive,

mais

le juste,

au

sens

nous

intéresse

ici,

en garde quelque

chose,

 

à savoir

« correctif » qui -

la proportion

cette

il n'est

question

fois la propor

tion arithmétique,

dans

la mesure

que de choses

et non de personnes.

Mais est-ce

bien

le cas

pour la punition

? Il est

vrai que

ce n'est

pas

elle

qu'Aristote

a d'abord

en vue, traitant de jus

tice

corrective,

 

mais

des

transactions

privées,

soit

volontaires,

soit

involontaires.

Toutefois, c'est

 

bien

le vol et l'adultère,

donc

des tort9

(blabë),

qui

de l'injuste,

de l'inégal.

Et

c'est

bien

l'échange

figurent du côté entre blessures,

subies

d'un

côté,

agies

de l'autre,

qui

constitue

l'égalisation

propre

à la justice

corrective.

échangées,

sans

Voilà

les coups

égard

pour

et blessures

assimilés

à des

choses

les

personnes,

réduites

à

un

échange

négatif dans

la

dimension

de