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- Je sais le véritable père p* foutre l

LA GRANDE DOULEUR
C2 2o e ''é -tr a : 93 -- - - - ' , -

- DU PERE DU CHES N E. -
AU sujet de la mort de Marat assassiné à - -

- coups de couteau par une garce du Calvados, . . -

, * dont l'évéque Fauchet étoit le directeur.Ses


- bons avis aux braves Sans-Culottes pour -

" " qu'ils se tiennent sans cesse sur leurs gardes,


* attendu qu'il y a dans Paris plusieurs mil
- liers dé tondus de la Vendée qui ont la
* patte graissée pour égorger tous les bons ----

- citoyens. -
,- st plus, foutre.
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Peuple, gémis,
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« --- ( 2 ) · - - l -
leures ton meilleur ami, il meurt martyr de
, liberté. C'est le Calvados qui a vomi le
1onstre sous les coups duquel il vient de
érir. Une jeune fille, ou plutôt une furie
rmée par les prêtres, et pénitente, dit-on,
lu cafard Fauche t, part de Caen peur exé
uter cet horrible attentat. Elle arrive à Paris,
t après avoir acheté un large couteau au
Palais, que je ne cesserai d'appeler Royal,
puisqu'il est le rendez-vous de tous les fri
pons de la terre,elle va trois jours consécutifs
frapper à la porte de Marat, et demande à
lui parler. , - *• * : « -

Le pauvre bougre, épuisé de travail , ne


pcuvoit voir ni entendre personne. Cepen
dant la voix plaintive d'une femme, frappe
son oreille ; il croit que c'est une infortunée
qui vient implorer ses secours. Qu'on ouvre,
dit-il: la coquine se présente avec un air do
lent et elle s'approche de son bain, où il
étoit alors. « Citoyen , lui dit - elle, vous
êtes le père des malheureux, le défenseur des
opprimés,je m'adresseà vous; avec confiance,
pour obtenir justice. Mon père , vieillard in
fortuné, bon patriote, gémit dans les fers ».
Un vieillard, un père de famille, un bon
r
/
- (;) -
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- .
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»

citoyen est dans les fers, réplique Marat ;


rassurez-vous , jeune citoyenne, je serai son
vengeur. C'est m'obliger, que de me pro
curer l'occasion d'être utile à un homme aussi
intéressant. Quel est votre pays. Caen,.
--
- - - : -
Caen !. oui citoyen Marat,. eh bien, .
Votre département est-il toujours dans l'erreur

Décidémment marchent-ils contre Paris, ces ,

- Normands dont or nous fait peur ? Vous


voyez comme Pris est tranquille.Vous pou
vez juger par vous-même, les scélérats qui
cherchent à allumer la guerre civile. Ils vous -

disoient que tout étoit ici à feu et à sang ,


qu'il n'existoit plus de convention, et cepen
dant l'ordre et la paix y règnent et la conven- -

tion n'a jamais été si grande et plus respectée.


Elle reçoit de toutes parts des bénédictions
d'avoirfait une constitution toute républicaine,
toute populaire. * : * - - , - . i - i ..- .. - ----as
' , . l -

" Ami du Peuple , à mon tour, permettez


moi de vous faire quelques questions. Que
pensez-vsus vous-même des députés qui se
sont retirés dans notre département; que leur
arrivera-t-il!. ce qui leur arrivera ; la France
- A -------- -------- n --
va conneître leurs complots criminels. Bien
- (4 )
ils n'auront plus d'azile, et sous peu la
llotine. -

A ce mot, la guenon tire de son sein le


uteau qu'elle avoit caché, et l'enfonce
ns la gorge de Marat. Au secours, à moi ,
cria-t-il. Ce mot est le dernier qu'il ait
ononcé. Deux femmes accourent , elles
yent le sang jaillir de la plaie, elles veulent
rêter la garce qui vient de commettre ce
ime, mais elle bataille et joue des jambes
isqu'à la porte. Les voisins accourent au
ruit , et saisissent la scélérate. La garde
ccourt ; toute la section de Marseille en
oure aussi-tôt la porte avec ses canons.
Cette fatale nouvelle est bientôt répandue
dans tout Paris. Les aristocrates sont au
comble de la joie. Les bons citoyens au dé
sespoir vont pleurer sur le lit de leur véri
table ami. Je ne fus pas des derniers à m'y
rendre,foutre, et j'assistai à l'interrogatoire
de la coquine. Elle a la douceur d'une chatte
qui fait patte de velours, pour mieux égra
tigner; elle ne paroissoit pas plus troublée,
que si elle avoit fait la meilleure action. Le
eommissaire lui demande , son nom ; elle
ré pond qu'elle s'appelle Charlotte Cordet ,
( 5)
fille d'un ci-devant gentilhomme ; elle défile
tranquilement son chapelet, et avoue qu'elle
n'étoit venue à Paris que pour tuer Marat
qu'elle regardoit comme l'ennemi de la patrie,
et elle se félicite de l'avoir égorgé. « Je
m'attends à mourir, dit-elle, mais mon parti
est pris depuis long-tems ; moi seule j'ai
formé ce projet; il me sembloit si beau ,
que je ne l'ai communiqué à personne, afin
d'en avoir seule la gloire. » - ,
Si je m'étois cru, j'aurois mis cette tigresse
en chair à pâté. Que t'avoit fait Maret, lui
dis-je l Tu as menti, quand tu as avancé que
tu le regardois comme un ennemi de ton
pays. Toi-même l'as reconnu pour un bon
citoyen et un brave bougre, puisque pour le
voir, tu as cherché à exciter sa pitié. -
Elle ne répond pas à cette question. On
la fouille , on lui trouve les poches bien
garnies de gros écus et d'assignats faux Eile
répond à tout avec assurance, et marche aussi
tranquillement en prison, que si elle alloit
au bal. Ce coup là n'est pas le dernier que
nos ennemis doivent porter aux patriotes. Les
mêmes jean-foutres qui ont tant de fois ex
cité les pillages, n'ont plus d'autre moyen
- ( 6)
de mettre Paris sans-dessus-dossous , que de
massacrer en détail les bons citoyens. Ro

bespierre , Pache , Chaumet et moi, nous


sommes sur leurs listes. Tous les jours je
reçois des billets doux , dans lesquels on
m'annonce que je dois être massacré, pendu,
rompu, brûlé à petit feu ; d'autres me man
dent qu'ils mangeront mon cœur en papil
lotes ; d'autres qu'ils boiront mon sang, d'au
tres qu'ils me fendront le crâne , et boiront
dedans à la santé du roi. ' -
- -

Je me fous des menaces , et elles ne


m'empêcheront pas de dire la vérité ; tant
qu'il me restera un soufle , je défendrai les
droits du peuple et ma république , foutre.
Ma vie n'est paint à moi , elle est à ma
patrie , et je serai trop heureux si ma mort
pouvoit être utile à la Sans-Culotterie qui,
malgré les assassins et les empoisonneurs ,
sera toujours la plus forte, Si je meurs, au
surplus , ce sera le plus tard que je pourrai,
et j'ai de quoi répondre aux scélérats qui
m'attaqueront. J'invite les bons citoyens à
se tenir sur leurs gardes , à protéger les vé
ritables amis du peuple. Malheureusement
(7)
leur nombre est petit. Songez bien , Sans
Culotes, que si Marat et Robespierre n'avoient
pas existé, vous n'auriez pas plus de liberté
que dessus ma main. ,

J'espère , foutre , que nos frères des dé


- partemens, qui se sont laissé buzoter, vont
, revenir de leur erreur. Ils vont voir de que l
côté sont les poignards. Voilà déjà deux
députés égorgés par les Brissotins , et les
Brissetins vivent encore. Pas un d'eux n'a reçu
aucune chiquenaude.Je m'attends cependant
que le prêtre Fauchet et son camarade Du
perret, complices de la garce du Calvados, et
qui sifflent avec elle la linotte, vont recevoir
le prix de leurs forfaits. Qu'il soit élevé un
tombeau à l'Ami du Peuple ! que ses restes
précieux y soient exposés à la vue des
citoyens ! que sur la même place et en
face du tombeau, un échaffaud soit dressé
peur Brissot , Duperret , Fauchet et la
normande. D'un côté, les larmes du peuple
prouveront sa reconnoissance , de l'autre,
les malédictions précéderont sa vengeance ;
mais ce n'est point assez que la guillotine
pour punir les traîtres , il faut un nou
|
( 8) ) - -

1 supplice plus terrible et plus infamant,


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l au crine, s'il est possible , foutre. . -

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éros par semaine , à raison de cinquante sols par -
;, franc de port , pour tous les départeneus. Le -
eau de l'abonnement est rue Neuve de l'Égalité ,
r des Miracles , à la ci-devant Caserne
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de 1'Egalité, ci-devant Bourbon - Villeueuve

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