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MERCK AFRICA ASIA LUMINARY :

ENJEUX FINANCIERS OU DE SANTÉ


PUBLIQUE ?
4 nov. 2018 Par MOHAMED LAMINE LY
- Mediapart.fr
La presse officielle sénégalaise s’est fait un large écho de la célébration, les 30 et 31 octobre
derniers, au CICAD de Diamniadio, des 350 ans du laboratoire Merck et du 1er anniversaire
de sa Fondation, suivie du lancement du vaccin contre le cancer du col, en présence de 9
premières dames africaines.

MERCK AFRICA ASIA LUMINARY À DAKAR

La presse officielle sénégalaise s’est fait un large écho de la célébration, les 30 et 31 octobre
derniers, au CICAD de Diamniadio, des 350 ans du laboratoire Merck et du 1er anniversaire
de sa Fondation, suivie du lancement du vaccin contre le cancer du col, en présence de 9
premières dames, 12 ministres de la santé et de prestataires de soins.

On pourrait, donc, penser qu’il s’agit, dans une optique de partenariat public-privé, d’une
noble manifestation de plaidoyer contre la stigmatisation de l’infertilité chez les femmes et
la lutte contre les maladies non transmissibles, plus particulièrement les cancers. Nous nous
trouvons face à ce qui semble être un fort engagement politique au plus haut niveau en
faveur d’une initiative sanitaire, censée contribuer à la lutte contre le cancer du col de
l’utérus, premier cancer gynécologique, représentant 34% des cas de cancers et 30 % des cas
de décès.

D’ailleurs, un ambitieux programme dénommé "Merck Oncology Fellowship Program" y a


été présenté, ayant pour objectifs de renforcer les capacités professionnelles en matière de
prise en charge du cancer et d’accroître le nombre d’oncologues en Afrique et dans les pays
en développement.
Mais en réalité, il s’est plutôt agi d’une gigantesque et onéreuse campagne de marketing
commercial, clôturée par l’introduction du vaccin contre le Cancer du col de l'utérus dans le
Programme Élargi de Vaccination.

Si nous mettons ce sujet en exergue, ce n’est pas seulement à cause de nos honorables
premières dames, avec tout le respect, qui leur est dû, c’est pour illustrer la force de frappe
des lobbies médico-pharmaceutiques contrastant avec la vulnérabilité de nos populations
obligées de subir des politiques publiques inspirées par des logiques qui leur sont tout à fait
étrangères.

Il est en effet curieux que l’introduction d’un vaccin, qui fait l’objet de beaucoup de
controverses, se soit faite non pas à la suite d’un consensus national issu de larges débats,
mais dans la foulée d’un impressionnant sommet parrainé directement ou indirectement,
par les personnalités les plus marquantes de nos États.

De fait, ce vaccin, malgré son homologation par l’OMS ne confère qu’une immunité
partielle, n’étant efficace, que contre les papillomavirus de types 6, 11, 16, 18, certes les
plus fréquents (75% environ). Il pourrait être à l’origine de plusieurs effets secondaires
(lésions pré-cancéreuses, maladies auto-imunes…), ayant parfois été temporairement
suspendu dans certains pays (Espagne) ou ayant cessé d’être recommandé par les autorités
sanitaires dans d’autres (Japon).

Malheureusement, les rares objections soulevées par certains spécialistes de la question (Pr
Celestino Rodrigues Pereira) ou des personnalités publiques (Bruno D’Erneville) ont été
noyées par les dispositifs communicationnels des cabinets de plusieurs premières dames
africaines, sous la supervision des ténors du marketing de la Fondation Merck.

Comprenons-nous bien ! Il ne s’agit pas, ici, de rejeter l’introduction du vaccin préventif


contre le cancer du col de l’utérus, mais plutôt de déplorer l’absence de prise en compte des
préoccupations et inquiétudes des usagers des services et programmes de santé, en
instaurant un débat franc, ouvert et sans tabous.

C’est ce qui nous fait croire qu’il y a une nécessité urgente de renforcer l’intervention de la
société civile sur les questions sanitaires, qui restent encore trop souvent l’affaire des seules
autorités politiques et des professionnels de la Santé, qui ont leurs propres agendas soit
politiciens, personnels ou purement techniques, voire académiques.

L’implication des acteurs de la société civile ne doit pas seulement servir de faire-valoir à
des stratégies souvent élaborées par des Partenaires Techniques et Financiers
méconnaissant nos réalités socio-culturelles ou par des firmes médico-pharmaceutiques
privilégiant la recherche de gain immédiat, au détriment de progrès réels du bien-être
socio-sanitaire des populations.

Dr Mohamed Lamine LY, membre de la COSAS

Adresse originale de l'article :

https://blogs.mediapart.fr/mohamed-lamine-ly/blog/041118/merck-africa-asia-luminary-enjeux-financ
iers-ou-de-sante-publique