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Discussions sur 1 ‫ ه‬structure de l’Épître aux Hébreux

Albert V anhoye - Rome

Dans son livre sur le cb. 13 de répître aux Hébreux (1), Jukka
Thurén donne grande place aux problèmes de structure littéraire. De
chapitre d’introduction est en bonne partie dédié à une discussion
concernant la structure de toute l’épître (pp. 25-49), discussion dont
les conclusions doivent servir de base à la suite du travail. D’auteur
accorde une attention particulière à la contribution de son «vénéré
maître » R. Gyllenberg (*) et ensuite à mon ouvrage sur la question (3).
Du comparaison qu’il £ait entre les deux positions aboutit selon lui à
accorder la préférence à R. Gyllenberg.
Je voudrais ici répondre à j . Thurén et saisir en même temps
l’occasion pour examiner d’autre positions qui diffèrent des miennes»
celles, en ^ rtic u h e r, de mon confrère j . Swetnam, exprimées dans
Bíblica (4).

١٠ A ccueil reçu
Dans une première présentation de mon livre, faite très briève-
ment p. 22, j . T. commence par noter qu’il a été reçu avec grand
enthousiasme, mais, aussitôt après, il jette le doute dans l’esprit des
lecteurs en ajoutant qu'à sa connaissance, seul c. H. Giblin a accepté
sans changement mes in clu sio n s et que, si l’analyse des petites sec-

‫ رم‬Ju k k a T hurén, Das Lobopfer der Hebräer. Studien zum Aufbau


und Anliegen von H ebräerbrief 13 (Acta Acadenriae Aboensis, Ser. A,
vol. 47 nr. 1; Abo 1973). Cet ouvrage ne m anque pas de mérites. J ’en
rendrai com pte p ar ailleurs.
(2) R. GyeeEnber G, « Die Kom position des H ebräerbriefes », Svensk
Exegetisk Ârsbok 22-23 (1957-1958) 137-147.
(‫ )و‬A. V anhoye , La structure littéraire de répître aux Hébreux (P aris-
Bruges 1983).
(4) j . S wetnam, « Form and Content in Hebrews 1 -6 » , Bib 53 (1972)
368-385; « Form and Content in Hebrews 7 - 1 3 », dans le présent numéro,
pp. 333-348.

Bíblica 55 (1974)
350 A. Vanhoye

tions a pu se montrer £éeoude pour rinterprétation, il !!,en a pas été


de même pour la structure d’ensemble.
On ne peut dire que cette façon de présenter les choses soit très
fidèle à la réalité. Les faits sont plutôt difiérents. On m’excusera d’en
rappeler ici quelques-uns:
I o Plus d‫״‬un recenseur a accepté mes conclusions sans change-
ment. E n plus de c. H. Giblin, on peut nommer L. F. Rivera dans
Revista Bíblica 26 (1964) 120 s.; K. GatzwiUer dans Ephemerides
Theologicae Lovanienses 41 (1965) 592 s.; j . Radermakers dans Nouvelle
Revue Théologique 92 (1970) 93 s.
2° Plusieurs autres ont reconnu la solidité de la stru c tu re d’en-
semble que j ’ai établie, ainsi que son utilité pour l’exégèse, et n ’ont
exprimé que des réserves de détail. Ainsi, par exemple, w. Bieder:
« Aufs Ganze gesehen wird man durch seine Arbeit von der literarischen
Einheitlichkeit des Hebräerbriefes so überzeugt, dass man die eigent-
hche exegetische Arbeit auf dieser soliden Basis mit Freuden aufneh-
men kann ». Theologische Zeitschrift 20 (1964) 63. — A. Cody: « I/u n
ou l’autre détail prêtera inévitablement à discussion, mais même les
esprits les plus sceptiques auraient de la peine à ne pas se laisser
convaincre par la force de l’ensemble de son analyse. ( . . . ) Nous
trouvons très peu de choses à m ettre en question ». Revue Biblique
71 (1964) 135 s. — E. Haenchen: « Dass V. s Untersuchung, im Eingang
von St. Eyonnet nach Gebühr empfohlen, einen Markstein in der
Geschichte der Hebr.-Forschung bildet, wird auch ein Leser erkennen,
der nicht jeder Einzelheit zustimmt », Gnomon 36 (1964) 36-40. Je
pourrais encore citer d’autres noms.
3° Plusieurs commentaires ou études de l'épitre ont déjà pris
cette structure d’ensemble pour base: le commentaire de A. Cody
dans A New Catholic Commentary on Holy Scripture (London 1969); —
celui de p. Andriessen - A. !,englet. De Brief aan de Hebreeër (Roer-
mond 1971) (j. T. le mentionne p. 22 pour dire qu’il n ’a pas pu le
consulter); — le livre de j . Smith, A Priest for Ever (London and
Sydney 1969) (j. T. en cite une recension p. 10).
Dans le Manual Bíblico, vol. 4 (Madrid 1968), M. A. Patón adopte
ma structure en disant: «Consideramos este plan de gran uti-
lidad para la inteligencia de la Catta y es el que seguimos»
(p. 260).
La structure d’ensemble est de même acceptée dans A. Wiken-
hauser - j . Schmid, Einleitung in das N .T . (Freiburg i.B. 1973) 544;
S. Zedda, Lettera agli Ebrei (Roma 1967) 20; et dans la Traduction
Discussions sur la stru ctu re de l’Ê p ître aux H ébreux 351

Œcuménique de la Bible (à laquelle j'ai collaboré): Épître aux Hébreux


(Paris 1969) 1 9 ‫ة‬.‫ ت‬Nouveau Testament (Paris 1972) 668.
Personnellement, la structure d'ensemble me sert beaucoup pour
l'interprétation de l'épître que je donne dans mes cours à l'Institut
Biblique. Depuis quelques années, je ne trouve ^ h e u re u s e m e n t
plus le temps de rédiger mon exégèse en français pour la publication,
parce que je suis pris par d'autres charges.

2. Une structure perceptible ?


j . T. termine son bref paragraphe de la p. 22 en reprenant une
objection faite par quelques recenseurs, selon laquelle seule la structure
des petites sections, mais non la structure d'ensemble telle que je la
présente, était perceptible aux auditeurs.
Il s'appuie sur une critique faite par T. c. G. Thornton dans The
Journal ٠/ Theological Studies 15 (1964) 140, critique qui m 'a paru bien
étrange, en vérité. Thornton me reproche de méconnaître les condi-
tions dans lesquelles l'épître a été écrite et lue au premier siècle.
Selon lui, je considère Héb. comme une œuvre qui a été publiée avec
tous les moyens de l'édition moderne, « titres de chapitres, paragraphes
bien distincts, ponctuation etc. », moyens qui aident ta n t le lecteur
à se faire une idée de l'ensemble. Or, m'objecte-t-il, ces moyens n'exis-
talent pas au 1er siècle et l'œuvre devait être enregistrée et appréciée
par les oreilles plutôt que par les yeux.
Ma réponse est simple: les indices que j'ai relevés sont précisément
des indices qui frappent les oreilles et qui sont donc spécialement
adaptés à la situation dont parle Thornton. Dans mon livre, je les ai
soulignés par des procédés typographiques, parce qu'un livre est
fait pour des lecteurs, mais en eux-mêmes les indices sont auditifs.
Un mot-crochet est ‫ س‬indice auditif, je le dis dans mon livre: «le
son du mot doit encore, pour ainsi dire, résonner à l'oreille de l'audi-
teur, lorsque se produit la reprise » (p. 35). Une inclusion est ‫ س‬indice
auditif: il s'agit d'une répétition verbale. E t de même l'usage de ter-
mes caractéristiques, souvent repris dans ‫ س‬même développement.
Tes auteurs modernes évitent plutôt ce genre de procédés, parce qu'ils
ont d'autres moyens d'indiquer la composition de leur œuvre. Iy’au-
teur d'Hébreux les utilise parce qu'il reste davantage tributaire de la
littérature orale. Loin de supposer les moyens de l'édition moderne,
ces procédés en tiennent lieu! Quant au changement de genre litté-
raire (exposé ou parénèse), il est, lui aussi, beaucoup plus sensible
352 A. Vanhoye

à raudition qu’à la vue, car il s’agit d’un changement de ton. Dans un


livre imprimé, ‫ س‬paragraphe d’exhortation ne se distingue pas au
premier coup d’œil d’un paragraphe d’exposé; si je ne connais pas la
langue utilisée, il m’est impossible de faire la distinction; mais à
l’oreille, je peux la percevoir tout de suite, suivant le ton employé,
même si je ne comprends pas ce qui est dit. L ’objection de Thornton
m e semble donc in co n sistan te.
Une autre question est de savoir jusqu’à quel point tel ou tel
auditeur saisira la disposition d’ensemble du discours. L ’orateur peut
l’y aider beaucoup, grâce à des pauses judicieusement ménagées, à
des insistances, des gestes, des changements de ton et de débit. Mais le
r é ^ t a ^ ^ n d de la capacité de chacun et de son éducation. Écoutant
une symphonie, un connaisseur en analyse tous les mouvements et
remarque les rapports qu’ils ont entre eux; une personne sans culture
se contente d’admirer confusément. Thornton semble supposer que
personne au 1er siècle n ’était capable de concevoir une stiucture d’en-
semble pour un discours. Je lui laisse bien volontiers cette opinion.

$ans avoir de préjugé contre une structure d’ensemble, plusieurs


recenseurs expriment des réticences contre la structure que je propose,
parce qu’elle est trop parfaite jusque dans le détail. Ils estiment peu
vraisemblable que l’auteur ait pu penser à ta n t de correspondances
minutieuses et qu’il se soit soumis à ta n t d’exigences diverses. La per-
fection même de ma démonstration leur semble être un argument
contre mes conclusions: «C’est trop beau pour être vrai! »
Je dois ici dissiper un malentendu. Le travail qne j ’ai fait est un
travail d’analyse; le travail qu’a fait l’auteur a été un travail de corn-
position. Il faut se garder de confondre l’un avec l’autre et d’attribuer
à l’auteur le genre de conscience du détail que donne le travail d’analyse.
Pour comprendre une œuvre que je n’ai pas composée moi-même,
je dois nécessairement procéder à un travail d’analyse. Je ne peux pas
décider a priori que l’auteur a dû avoir telle et telle idée et qu’il a dû
les relier de telle et telle manière. Si c’est la pensée de l’auteur que je
veux trouver et non la mienne, il me faut partir de son texte et l’exa-
miner dans tous ses éléments. Je peux ainsi retrouver les procédés de
composition de l’auteur et constater leur application dans l’ensemble
et dans le détail. Si l’auteur est un écrivain de grand talent, mon ana-
lyse pourra être poussée très loin et elle manifestera de multiples cor-
respondances de détail, qui confirmeront que je ne me suis pas trompé
dans la détermination de la structure d ’ensem ble.
Discussions su* la stru ctu re de l'^ p h r e aux H ébreux

Il ne s’ensuit pas que Γauteur ait chercbé conscie^^en^, une à


une, chacune de ces correspondances de détail! Son travail, je l’ai dit,
ne consiste pas à analyser, mais à composer, ce qui est tout différent.
Il est bien difficile de déterminer ce dont l'auteur a eu une conscience
claire dans son effort de composition٩(‫ أ‬Beaucoup de traits que
l’analyse découvre résultent de son éducation littéraire: sans même
y penser, il compose de cette façon‫־‬là. Iyorsque j ’écris une phrase, je
n ’ai pas conscience de la structurer selon certaines règles, et cepen-
dant j ’observe des règles précises, qui, à des gens parlant une autre
langue, semblent étranges et difficiles à observer. Il en est de même
dans la composition littéraire. 1 /auteur de l’épître aux Hébreux corn-
pose souvent selon un schéma concentrique; c’est une façon d’exprimer
sa pensée qui lui est devenue naturelle; il se laisse spontanément guider
par ce schéma, sans avoir besoin de songer à chaque détail. Il utilise
régulièrement l’inclusion, comme un étudiant bien formé utilise tel
ou tel procédé pour conclure ‫ س‬paragraphe de dissertation. Cela ne
comporte pas de grandes complications.
Il faut noter par ailleurs que beaucoup de correspondances de
détail découlent tout naturellement de certaines options d’ensemble.
Il ne fallait pas à l’auteur un effort démesuré pour décider que dans la
2‫ ﺀ‬partie de son discours il traiterait les thèmes de la fidélité et de la
miséricorde et dans la 4e partie, ceux de la foi des anciens et de l’en-
durance. Comme ces thèmes sont apparentés, 1‫ ؛‬s’ensuit de multiples
rapports de détail entre les deux parties. 1 /analyse retrouve patiem-
ment chacun de ces rapports et fixe sur eux l’attention. Mais on aurait
to rt de s’émerveiller outre mesure de chacun d’eux, et encore plus
d’exiger que l’auditeur les ait tous présents à l’esprit (٩٠
On aurait to rt aussi d’en conclure que mon schéma est basé sur
d’impondérables symétries de détail, j . T. parle d’une «subtile Sym-
mettie », et estime qu’elle peut enchanter le lecteur de mon exposé,
mais n ’est pas perceptible à qui entend lire l’épître (p. 47). Je réponds
que, si une analyse attentive peut reconnaître de subtiles symétries,
il n ’en est pas moins vrai que le schéma d’ensemble présente une
vigoureuse symétrie de musses que l’orateur peut fort bien faire saisi*
à ses auditeurs, car son texte lui en donne tous les moyens.

(1‫ ر‬Cf. dans le même sens j . I/A M B R ECH T, Die Redaktion der Markus-
Apokalypse (Rome 1203 (67 ‫ و‬, η. 1.
(٩ Telle semble être l’erreur de j . Swetnam, qui se plaint de n'avoir
pu *éahse* cette perform ance en é c o u t â t le te x te de l'épître enregi-
stré su* bande m agnétique, Bib 33 (1072) 374, n. 3.
354 A. Vanhoye

Si rorateur souligne convenablement les annonces du sujet,


l'auditeur saisira que le discours est une suite de 5 parties, qui com-
prennent respectivement une section, puis 2, puis 3, puis 2 de nouveau,
et enfin une. Il ne faut pas être spécialement doué pour se rendre compte
que les thèmes de la 2® partie (3,1 5, 10‫ ־‬: fidélité, compassion) sont
apparentés à ceux de la 4e (11,1 - 12,13: foi, patience) et que le rapport
des masses y est analogue (33 et 12 versets d'une part; 40 et 13 d'autre
part). Quant à l'exposé central, sa masse se détache d'autant mieux
qu'il est précédé d'un préambule (5,11 24 :6,20 ‫ ־‬versets) et suivi d'une
conclusion (10,19-39: 21 versets) qui se correspondent étroitement par
la longueur, le genre et le contenu. Qu'on accepte ou non ma structure,
l'exposé de 7,1 - 10,13 reste central: il est précédé de 101 versets et
suivi de 110 versets. 11 n'y a rien de «subtil» en tout cela. Ce sont
des faits massifs. Je ne vois pas ce que l'exégèse de l’épître gagnerait
à vouloir les ignorer.

3. Atternance des genres


Revenant à mon livre quelques pages plus loin (pp. 38-49), ]. T.
mentionne alors les diverses sortes d'indices que j'ai utilisées et repro-
duit mon schéma d'ensemble. Je lui suis reconnaissant d'avoir mention-
né les indices: annonces du sujet, inclusions, alternance des genres, ter-
mes caractéristiques, mots-crochets. Certains de mes recenseurs n'en
ont pas dit ‫ س‬mot, ou n'en ont indiqué que l'un ou l'autre, alors que
toute la valeur de mon étude dépend de la convergence de ces mul-
tiples séries d'indices.
Au sujet du 3® critère, celui de l'alternance des genres (exposé-
exhortation), j . T. affirme qu'il n'est utilisé par moi que rarement pour
la délimitation des parties, à l'inverse de Büchsel et de Gyllenberg,
qui basent leurs divisions sur ce critère (p. 40).
Cette affirmation est inexacte. J 'a i été très attentif à l'alternance
des genres. Dans mon schéma général, reproduit par j . T., cette alter-
nance est notée soigneusement. Elle contribue, en 7 cas sur 10 (est-ce
«rarement»?), à assurer la distinction des diverses sections. D'autre
part, dans l'analyse de détail, l’^ternance des genres aide à préciser
la sfructare interne: dans la 1® partie en particulier (1,5 - 2,13), l’al-
temance des genres manifeste une division ternaire, deux paragraphes
d'exposé étant séparés par une brève exhortation (2,1-4).
Mais je me refuse à prendre cette alternance pour unique critère
littéraire de la structure, comme le voudraient Bfichsel et Gyllenberg,
Discussions sur ia stru ctu re de l'É p ître aux H ébreux

d ’abord parce qu’il est dangereux de se fier à une seule série d’indices
et ensuite parce que c’est un critère de valeur imprécise. Un changement
de genre indique toujours une division, mais est-ce nécessairement une
division majeure? Faut-il attribuer la même importance, dans la
structure de l’épître, à une exhortation de 4 versets (2,1-4) et à une
autre qui en a 24 (5,11- 6,20) ? Par ailleurs, il arrive que le changement
de genre manque de netteté, si bien que les auteurs ne s'accordent pas
pour la classification de tel ou tel passage. Lorsqu’un paragraphe d’ex-
posé est introduit par un appel à l’attention («considérez» 3,1), cela
suffit-il à le faire ranger dans le genre parénétique? Gyllenberg décide
que oui, Büchsel et Davies décident que non (*). Dans l’épîtte aux
Hébreux, il est fréquent qu’une exhortation soit appuyée de démons-
ttations qui ont le ton de l’exposé (4,6-10 par exemple, ou 6,13-20).
P aut‫־‬il tenir compte de ces alternances de genre? Bref, à lui seul, le
changement de genre ne constitue pas ‫ س‬critère suffisant. Il n ’est
utile qu’en union avec d’autres.

4. A n n on ces du sujet

Après avoir mentionné les cinq sortes d’indices et reproduit mon


schéma, j . T. déclare qu’il renonce à faire une vérification systéma-
tique de mon travail et qu’il se contentera de deux sondages, l’un con-
cernant les annonces du sujet et l’autre consistant en une comparaison
de mes divisions avec celles de Gyllenberg.
A quoi j ’objecterai que s’il se contente de deux sondages, il ne
peut se perm ettre d'exprimer ensuite, comme il le fait, un jugement
qui porte sur toute mon étude. Mes conclusions, je le répète, reposent
sur la convergence de cinq séries d’indices. Il ne suffit pas, pour les
ébranler, de déceler quelques points faibles dans l’une des séries, car
ces points faibles peuvent être compensés — et le sont effectivement —
par l’apport des autres indices.
Voyons cependant quelles sont les critiques, pour reconnaitre
ce qu’elles ont d’exact ou pour les réfuter, selon les cas.
1. j . t . admet (p. 40) que la première annonce: «il a hérité d’un
nom bien différent de celui des anges» (1,4) exprime convenablement

‫ ) م‬R. GyeeEnberg, «D ie K om position», 145 s.; F. B üchsee, art.


«H eb teertrief» , RGG* II, 102s, 1669-1673,· j . H . D avies, a Letter ،٠
Hebrews (Cambridge 1967), 15. Le cas similaire de 7,4 (« V o y e z... ») est
résolu unanim em ent danç le sens négatif: personne ne range ce passage
parm i les exhortations.
356 A. Vanhoye

le contenu de 1,5-14, mais il estime que je n ’ai pas bien démontré


dans ma thèse son rapport avec 2,5-18. J ’accepte cette critique. ]. T.
ajoute que dans Situation du Christ (Paris 1‫ و‬6‫) و‬, j ’ai développé et
modifié ma conception. Il serait plus exact de dire que je n ’ai nulle-
ment modifié ma conception, mais que j ’en ai amélioré la démonstra-
tion. Sur ce point comme sur plusieurs autres, une chose est arrivée:
d ’une exégèse détaillée du texte, ma position est sortie renforcée.
Alors que dans La structure. ٠ ٠ je ne relevais pour 2,5-18 que le titre
de « grand prêtre », je note dans Situation (pp. 126 et 389-390) l’appli-
cation au Christ de plusieurs autres appellations: «homme» et «fils
d’homme », «Jésus», «le pionnier du salut », «celui qui sanctifie »
les hommes, qu’il a pour « frères ». Tout cela dans une comparaison
avec les anges, ce qui vérifie parfaitement l’annonce de 1,4.
]. T. avance ensuite que j ’aurais dû inclure dans l’annonce du
sujet l’affirmation de 1,2a, parce que le thème de la parole apparaît
dans la brève exhortation de 2,1-4 et dans la citation de 2,12.
En fart, la citation de 2,12 est peu significative à ce propos, car
c’est sur l’appellation de «frères» et non sur le verbe «annoncer»
que l’auteur attire l’attention. Quant au rapport entre 2,1-4 et 1,1-2,
je ne l’ai pas ignoré (cf. La structure, pp. 77 et 83), mais j ’ai aussi noté
les différences entre ces deux passages. Celles-ci dissuadent d’inclure
le V . 2 dans l’annonce du sujet, et cela n ’est nullement nécessaire, car
l’annonce ne doit pas fournir une liste de tous les thèmes qui seront
touchés au cours du développement. Son rôle est d’indiquer le thème
principal. Or en 1,5 - 2,18, le thème de la parole n’occupe qu’une place
secondaire. Il y a donc tout lieu (l’admettre qu’He 1,4 constitue une
annonce du sujet parfaitement valable. Tes lecteurs de Situation
du Christ n ’auront guère de doute à ce propos.
2. Pour la 2e annonce « miséricordieux et fidèle grand prêtre »
(2,17), j . T. me reproche (p. 41) d’avoir omis dans mon schéma le
mot «grand prêtre» dans le titre de la première section et d’avoir
mis seulement « Jésus, fidèle ».
Ce reproche est mérité. E n om ettant «grand prêtre », je me suis
écarté du texte de l’éprtre qui reprend ce terme au début et à la fin
de la I e section (3,2; 4,14). Cette reprise est plus significative que je ne
l’avais pensé, car elle rattache au sacerdoce du Christ le thème de
1‫״‬autorité de sa parole. C’est en ta n t que grand prêtre glorifié que le
Christ parle m aintenant au nom de Dieu et qu’il doit êtte écouté.
Un des apports spécifiques de la 2® partie (3,1 - 5,19) est précisé-
ment cette union des deux aspects du sacerdoce: le prêtre, homme des
Discussions sur ia structure de l’É pître aux H ébreux 357

oracles divins (3,1 - 4,14) et homme du culte sacrificiel (4,15 - 5,10).


Dans Γexposé central (7,1 - 10,18), l’auteur ne revient plus sur cette
union.
j . T. continue sa critique en disant que, du fait de mon omission,
il n’y a aucun rapport entre le titre donné à la section et le contenu
de 3,7 - 4,13, car les mots « foi », «croire», «incrédulité », « indocilité »,
ne s’y appliquent pas à Jésus.
Cette critique a du vrai (sauf qu’elle ne tient pas à l’omission du
mot «grand prêtre»). De titre « Jésus, fidèle » ne laisse pas prévoir
que la section consistera pour une très grande part en une exhorta-
tion contre le manque de foi. il est exagéré, cependant, de dire qu’il
n ’y a aucun rapport entre la qualification donnée à Jésus et l’exhorta-
tion adressée aux chrétiens. En grec le rapport des thèmes est évident
(πιστός d’un côté, et π ‫؛‬στις, πιστεύειν, άπιστία de l’autre). Si on traduit
« Jésus fidèle », on obtient un rapport d’exemplarité: Jésus est fidèle,
les chrétiens ont à être fidèles. Mais une étude attentive du texte ( ‫)ﺀ‬
m’a montré que le sens exact de πιστός dans ce passage n ’est pas
« fidèle », mais « accrédité », « digne de foi ». De texte de 3,2-5 ne veut
pas parler de la fidélité de Jésus, mais démontrer son autorité. Da
relation entre 3,1-3 et l’exhortation qui suit apparaît du même coup
très étroite: Jésus est digne de foi (3,1-6), il faut donc écouter sa voix
et croire (3,7-4,14). Da conclusion de la section (4,14) est mise aussi
en meilleure lumière: à cause de l’autorité de Jésus grand prêtte
glorifié, les chrétiens sont invités à tenir fermement la confession de foi.
D’annonce de la I e section (3,1-4,14) n ’est donc pas « Jésus
fidèle», mais plus exactement: «grand prêtre digne de foi ». Cette
formulation plus conforme à 2,17 et à 3,1-2 correspond aussi mieux
au contenu de l’ensemble de la section. J ’admets que ce n’est pas une
annonce parfaitement explieite, car elle n ’indique pas dans quelles
tonalités le thème sera développé (un peu d’exposé et beaucoup de
parénèse), mais elle remplit pourtant son rôle, car elle exprime le
thème de la section.
Au sujet de l’annonce de la 2e section, « grand prêtre miséricor-
dieux » (2,17), ]. T. ne dit rien p. 41. Mais il revient sur le sujet deux
pages plus loin, lorsqu’il conclut sa critique (p. 43). 11 admet alors que
la phrase de 2,17 prépare réellement le lecteur à deux développements
qui vont suivre, mais il refuse les limites que je donne au deuxième

‫ ) م‬A. V an h o y e, « Jesus ‘fidelis ei qui fecit eum ’ (Hebr 3,2) », VD


45 (1305 -291 ‫ ﻣﻮ‬7‫ر‬.
A. Vanhoye

développement (4,15 - 5,10). Il veut que celui-ci ne commence qu’en


5,1 et qu’il s’étende jusqu’à 10,18. Il défend en cela la position de
Gyllenberg qui, on le sait, situe entre 4,16 et 5,1 la division la plus
importante de toute l’épitre (selon cet auteur, l’épître se divise en deux
grandes parties, dont la 1® se termine en 4,16 et la 2® commence
en 5,1).
A quoi je répondrai que: 1‫ م‬le texte de 4,15-16 appartient clai-
rement au thème du « miséricordieux grand prêtre » et qu’il n ’y a
aucune raison valable de le rattacher au thème précédent, car il s’en
distingue nettement. Il n ’y a surtout aucun motif de m ettre entre
ces versets et le texte qui suit, la coupure la plus forte de toute l’épître;
2° le texte de cette section se termine en 5,10 et ne s’étend nulle-
ment jusque 10,18. E n effet, le thème du « miséricordieux grand prêtte »
tel qu’il est exprimé en 2,17-18, n ’est développé que là dans l’épître.
Le grand exposé central (7,1 - 10,18) prend d’autres perspectives: on
y cherche en vain le thème de la miséricorde, de la compassion, de
l’épreuve, des larmes et des supplications. Par ailleurs, en 5,4-5 l’auteur
souligne la ressemblance entre le Christ et Aaron; au ch. 7 il souli-
gnera la différence (cf. 7,11.14. etc.).
Cette 2® section (4,15 - 5,10) se distingue donc nettem ent de
l’exposé central, qui ne commence que beaucoup plus loin. Annoncée
en même temps que le thème du «grand prêtre digne de foi », elle
n ’a pas à en être séparée dans la structure de l’épître.
Cela ne signifie pas qu’elle soit sans rapport avec l’exposé cen-
ttal, car elle se termine en l’annonçant.
8. Cette annonce de la 3® partie (5,9-10) est discutée par ]. T. à
la p. 42. C’est, on le sait, une annonce qui comprend trois assertions,
réunies en une seule phrase: le Christ, 1‫ « م‬ayant été mené à l’accom-
plissement», 2‫ « م‬d e v in t... cause de salut éternel », 3‫« م‬proclamé
grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech ». Avec Vaganay et spicq,
je reconnais là l’annonce des trois sections de l’exposé central: la
3® assertion est développée en 7,1-28; la 1® en 8,1 - 9,28; la 2® en
10,1-18.
]. T. admet, en termes imprécis, que He 5,9 s. a ‫ س‬rapport très
net avec le début de l’exposé central. Il trouve moins évident le
rapport entre 1’« accomplissement » et «le morceau qui suit ». Enfin
‫ ال‬ne voit pas du tout le rapport entre le « salut éternel » et 10,1-18.
Pour conclure, ‫ ال‬suggère que ma position, au sujet de deux sections
sur trois, pourrait reposer sur des considérations théologiques plutôt
que sur un « procédé littéraire intentionnel ».
Discussions sur ia stru ctu re de l’É p ître aux H ébreux 359

En fait, ma position repose sur des constatations iittératres, qui


me semblent particulièrement impressionnantes. Ici aussi, une étude
attentive m 'a apporté de nouveaux arguments.
Dans La structure, je n'ai pas pensé à signaler une particularité
de 5,9-10: cette phrase constitue un cas privilégié d'annonce du sujet,
car c'est une annonce déclarée comme telle. Aussitôt après les ttois
assertions que je viens de reproduire, l’auteur dit en effet: « Sur ce
sujet nous avons beaucoup à dire. ٠ ٠ ». C'est le début de son préam-
bule (5,11 - 6,20). On peut difficilement être plus net. A la fin de ce
préambule, il répète, non pas toute l'annonce, mais seulement la
dernière assertion, sur le sacerdoce selon Melchisédecb (6,20‫ت‬cf. 5,10),
et il la développe systématiquement tout au long du ch. 7. Les con-
statations littéraires invitent donc à reconnaître que 5,10 annonce le
ch. 7. j . T. répugne à le reconnaitre et parle seulement de «liaison
très marquée », en quoi il me semble manquer d'objectivité.
De dernier mot du ch. 7 reprend une autre assertion de l'annonce:
elle parle du Fils « areré^à-l’acom plisrem ent « (τετελειωμένον).
Cette reprise est déjà remarquable en elle-même, car le passif du verbe
τελειουν n'est appliqué au Christ que dans ces deux textes (5,9 et
7,28). D’auditeur perspicace peut comprendre que l'auteur a l’inten-
tion de développer m aintenant cette partie du thème annoncé. Mais
ici encore, il a mieux que cet indice: l'auteur déclare lui-même son
intention. Il commence en effet son nouveau développement en
disant: « Point capital de mon exposé: c'est un tel grand prêtre que
nous a v o n s...». 1 /expression « un tel grand prêtre » renvoie immédia-
tem ent (même si ce n ’est pas exclusivement) à la qualification donnée
juste avant: τετελειωμένον. «Da parole du serment venu après la Doi
[constitue grand prêtre] un Fils pour toujours arrivé à l'accomplis-
sement. . C'est un tel grand prêtre que nous avons. . » (7,28-8,1).
٠ ٠

Des données littéraires montrent donc de façon très nette que l'auteur
conçoit la section qui commence en 8,1 comme un développement sur
le Christ « arrivé à l 'a c c o m p l i s s e m e n t ». Cette section, annoncée la
1® en 5,9, est désignée comme «le point capital de l'exposé » (8,1).
Il se trouve qu'elle occupe dans mon schéma la position centrale. C'est
d'ailleurs aussi sa position dans la masse de l'épitte: elle est précédée
de 129 versets et suivie de 128 (1).

‫ ) م‬Si on om et les 5 versets du «m ot d ’envoi » (13,19.22-25). Autre-


ment, le chiffre est de 133.
360 A. Vanhoye

Le dernier mot de 1‫ ة‬section centrale est celte de « salut » (9,28).


Il constitue un rappel de la 2e assertion de Γannonce (5,9b), la seule
qui n ’ait pas encore été développée. J ’admets qu’ici l’indice est moins
évident. 8’il était seul, il n ’aurait guère de valeur. Mais sa force lui
vient de sa place dans l’ensemble du système: ce terme a un rapport
indéniable avec ‫ ط‬phrase que l’auteur lui-même a indiquée comme
annonce de son sujet (5,9-10), il occupe une position exactement
parallèle aux deux autres reprises partielles de cette phrase (6,20 et
7,28), reprises qui ont précédé immédiatement les sections correspon-
dantes. Par ailleurs une analyse de la section 10,1-18, qui suit immé-
diatement cette dernière reprise partielle, montre que son contenu
correspond tout à fait à l’assertion de l’annonce: le Christ, par son
sacrifice, «est devenu cause de salut éternels. E n 10,1-18 l’auteur
démontre l’efficacité du sacrifice du Christ contre le péché et pour
notte sanctification (cf. 10,10.14).
Il faudrait ajouter ici les arguments tirés des autres séries d’indices
et qui montrent à l’évidence que l’exposé central (7,1 - 10,18) se
divise en trois sections, très soigneusement composées. J ’ai fait cette
démonstration dans La structure (pp. 42-44 et 125-172). j . T. n ’a
rien dit qui puisse ébranler mes conclusions.
4. A propos de la 4e annonce (10,36-39), qui prépare les sections
sur la foi des anciens (11,1-40) et sur l’endurance nécessaire aux chré-
tiens (12,1-13), j . T. m’oppose des considérations confuses (pp. 42s).
Il conteste que υπομονή (10,36) puisse annoncer la section 12,1-13,
parce qu’on trouve déjà ύπεμείνατε en 10,32, — comme si une annonce
du sujet devait être sans rapport avec le contexte qui la précède!
Ajoutons que le «vous avez enduré » de 10,32 se réfère au passé et
n ’annonce pas une exhortation, tandis que le « vous avez besoin d’en-
durance » de 10,36 remplit convenablement ce rôle, car il exprime une
exigence de la situation présente.
j . t . retese semblablement de reconnaître en 11,1 le début d’une
section, sous prétexte que le thème de la foi apparait déjà en 10,32,
le mot « illuminés » ayant un rapport avec ce thème. Il conclut que
10,32-12,13 traite un thème unitaire (« einheitliches Thema ») avec
deux motifs principaux.
C’est là une décision arbitraire, qui ne tient pas compte des faits.
Puisque j . T. accorde beaucoup d’importance, pour la division de
l’épître, aux changements de genre littéraire, il devrait en tenir compte
ici et reconnaitre que le chap. 11 se distingue nettem ent sur ce point
de son contexte précédent et subséquent. Le texte d’He 11,1-40 ne
Discussions sur la stru ctu re de l’É pître aux H ébreux 361

contient pas une seule expression exhortative; il est tout entier com-
posé à l’indicatif et à la 3® personne (1). h a section qui précède (10,
‫ ول‬3-‫ ) و‬et celle qui suit (12,1-13) sont des exhortations formelles: elles
emploient la 1®personne et la 2®, l’impératif et le subjonctif exhortatif.
On peut atténuer la différence, en faisant observer que le ch. 11 pro-
pose une série d’exemples et se trouve donc en rapport avec les exhor-
tâtions qui l’entourent. Mais la différence n ’en disparaît pas pour
autant, et on n ’a pas le droit de l’ignorer lorsqu’on étudie la composi-
tion de l’épitre. h a distinction est d’ailleurs confirmée, de façon parti-
culièrement nette, par toutes les autres séries d’indices: inclusions
très apparentes, termes caractéristiques, mots-crochets (cf. La struc-
ture, pp. 46 et 183-195). Pour le dire en passant, distinguer ne signifie
pas isoler, comme j . T. semble le croire (p. 34). h a distinction de
diverses sections permet, au contraire, de constituer un tout organi-
que, caractérisé par de multiples relations internes, une structure
n ’étant pas autre chose qu’un système de relations. En distinguant le
ch. 11, on ne nie aucunement les relations qu’il a avec son contexte,
mais on respecte les critères littéraires, entre autres celui du change-
ment de genres.
he même critère s’oppose à la division faite par j . T. en 10,32.
Ce n ’est pas en 10,32 qu’on observe un changement de genre, mais en
10,19. C’est là que l’exhortation commence, après le long exposé
central (7,1 - 10,18). Aucun doute n ’est possible à ce sujet. Ensuite,
le genre ne change plus avant 11,1.
j . t . ne dit rien de la 2®section (12,1-13), qui traite de l’endurance
nécessaire, conformément à l’annonce faite en 10,36. Je ne reviens
donc pas sur l’analyse que j ’en ai faite (La structure, pp. 46-48 et
196-204).
5. j . t . ne s’intéresse pas beaucoup non plus à l’annonce de la
5® partie, qui est la dernière. Mais ici, c’est moi qui ai des critiques à
me faire.
Dans La structure (p. 48, 57, 205), j ’ai considéré comme annonce
du sujet l’expression de 12,11: « fruit pacifique.. ٠ de justice” . Je me
laissais en cela guider par Vaganay, qui, se basant sur le rapport verbal

‫ ) م‬E n deux phrases seulement, le verbe est à la 1® personne, mais


elles n ’o n t rien d ’exhortatif: 11,3: « p ar la foi nous co m p ren o n s... »,
et 11,32: « E t que dirai-je encore? le tem ps me m a n q u e ra ... ». h a der-
nière phrase (11,40) com porte le pronom « nous », qui prépare la tran-
sitio n avec la section suivante.
A. Vaixlioye

avec 12,14 (« Poursuivez la paix. ٠٠ ») voyait là un mot-crochet qui


annonçait la dernière partie. Vaganay ajoutait «sainteté» de 12,10,
en rapport avec «sanctification» de 12,14.
En fait, je dois avouer que, malgré le rapport verbal avec 12,14,
!,expression «fruit pacifique de justice » ne constitue pas une bonne
annonce, car elle vient avant la conclusion (12,12: « c’est pourquoi... »)
et se trouve liée trop étroitement au thème précédent: « Toute corree-
tio n ... produit un fruit pacifique de justice ».
Si j ’avais été moins dépendant ici de Vaganay, j ’aurais reconnu
que l’annonce de la dernière partie se trouve dans la 2e moitié de la
phrase de conclusion (12,13), où l’on peut noter clairement l’intro-
duction d’un nouveau thème, qui est présenté en ces termes: «et
faites des sentiers droits pour vos p ie d s. . . ».
!,’expression est empruntée au !/ivre des Proverbes (4,26). Ee
contexte en cet endroit montre qu’elle se rapporte à la conduite de la
vie: «Fais des sentiers droits pour tes pieds et redresse tes chemins;
ne dévie ni à droite ni à gauche, détourne ton pied du chemin du mal».
Le thème est donc nouveau dans l’épitre, car il exprime une exigence
concernant l’activité, alors que la section commencée en 12,1 a parlé
de la «passivité» chrétienne, c’est-à-dire de la patience dans les
épreuves. En 12,13 le thème est exprimé sur le ton de l’exhortation,
ce qui correspond au genre de la dernière partie. Il reste assez vague, ce
qui lui permet de recouvrir tous les éléments qui vont suivre. Ee début
du développement (12,14) le précise d’ailleurs en disant: « Poursuivez
la paix avec tous et la sanctification...». Ee contexte de P r 4,26 dans
la EX X préparait cette précision, car il évoque la «paix» (4,27b).
Il préparait aussi, en quelque sorte, le souhait qui conclura la dernière
partie: « Que le Dieu de la p a ix ... vous rende aptes à tout bien. ٠.
faisant en nous ce qui est agréable à ses yeux. ٠٠ » (He 13,20-
21), car on y lit que Dieu « lui-même fera droits vos sentiers et
fera avancer (ou: précédera) votre marche dans la paix» (Pr 4,27b
EXX).
Je modifie donc ma position et reconnais m aintenant en 12,13
l’annonce du sujet de la dernière partie. Cette modification, il faut le
noter, n ’entraine aucun changement dans mon schéma d’ensemble.
Ici comme ailleurs, ma division du texte était basée sur de multiples
indices et l’erreur que j ’avais commise à propos de l’un d’entre eux
avait été corrigée par les autres et était ainsi restée sans conséquence
pour la délimitation des parties. Il en aurait été autrement si je m’étais
appuyé sur une seule série d’indices.
Discussions sur la structure de l'É p ître aux H ébreux 363

^٠ T., je r a i dit, ne s'intéresse guère à cette dernière annonce du


sujet. Le fait est surprenant, car son étude porte sur le ch. 13 de
l'épitre. ?lus loin, lorsqu'il compare mes positions à celles de Gyllen-
berg, il ne se soucie pas non plus de pousser la discussion. Pour toute
la fin de l'épître, mon schéma diffère beaucoup de celui de Gyllenberg:
celui-ci fait de 12,1-29 une seule section, qu'il présente comme la
dernière section de la 2® grande partie de l'épitre (5,1 - 12,29); le
ch. 13 est considéré comme un supplément (Gyllenberg l'omet dans
son schéma de la p. 141). Dans ma structure, au contraire, la section
commencée en 12,1 se termine en 12,13; le thème de l'endurance, en
effet, n'est plus touché dans la suite et tous les indices littéraires con-
firment cette division. La dernière des cinq parties de l'épitre a donc
son début en 12,14; elle s'étend, selon moi, jusqu’à la conclusion
solennelle en 13,20-21. Seuls, les vv. 19 et 22-25 du ch. 13 forment un
supplément épistolaire. L'ensemble du ch. 13 est donc intégré à la
dernière partie.
Or, malgré cet écart considérable entre nos positions, j . T. estime
que « les différences dans la délimitation de la 5® partie sont plus ap-
parentes que réelles ‫( ؤ‬p. 44). Quelques remarques de détail foi parais-
sent suffire pour fonder cette appréciation. Après quoi, il se rallie à
la division de Gyllenberg, tout en m'approuvant d'avoir donné au
ch. 13 une place organique dans l'ensemble.
Gette absence de discussion sérieuse sur le point qui intéresse
directement le texte étudié me parait difficile à justifier. A quoi bon
toutes les considérations antérieures sur la structure, si c'est pour
aboutir à cette sorte de démission? On ne peut dire que l'étude qui
suit ait trouvé là une base ferme.
Pour revenir à la discussion d'ensemble, j'observerai de nouveau,
en term inant, que j . T. n 'a examiné qu'une seule série de mes indices.
Certaines de ses critiques sont exactes et je les accepte, mais je pense
avoir montré qu'elles n ’ont qu’une portée restreinte. Liles ne permet-
tent nuhement de m ettre en doute le schéma d'ensemble que j'ai établi
de la structure d'Hébreux. j . T. refuse finalement p. 43 ma concep-
tion de «l'annonce du sujet». Il propose à la place une conception
vague, qui, m anquant de rigueur, ne peut que desservir l'exégèse.

5. Le schém a de Gyllenberg

Dans ‫ س‬dernier paragraphe (pp. 44-49), j . T. compare mes con-


elusions avec celles de Gyllenberg. Auparavant il a présenté le travail
A. Vanhoye

de Gyllenberg (pp. 32-36) et ‫ ة‬pris en considération ies critiques que


je lui avais opposées (1). Peut-on dire qu'il y ait répondu de £açon
satisfaisan te?
J'avais objecté que la différence des genres n'était pas respectée par
Gyllenberg comme elle le devrait, Les réponses de j . T. sont embarras-
sées: il minimise la portée doctrinale de 3,1-6 en alléguant que ce texte
est trop court pour être comparé aux «grands développements chris-
tologiques » de l’épître (p. 33). 11 ne songe apparemment pas à l'exposé
de 5,1-10, qui est de première importance mais ne comporte que dix
versets. Bans mon schéma, cet exposé qui compare le Christ et Aaron
correspond précisément à 3,1-6 où sont comparés le Christ et Moïse.
Quant au ch. 11, j . T. le présente (p. 34) comme une simple insertion
de ton énonciatif, faite au cours d'une exhortation. Rappelons que le
ch. 11 compte 40 versets!
J'avais montré que la distinction faite par Gyllenberg de deux
grandes parties, caractérisées l’une par le thème de 1’άρχηγός (1,1 -
4,16) et l'autre par celui de 1'άρχιερέυς (5,1 - 12,20), ne correspondait
pas aux textes de l'épître, car le thème du sacerdoce s'impose à l'at-
tention bien avant le ch. 5. h/im portant paragraphe 2,5-13, en par-
ticulier, est entièrement finalisé par la perspective du sacerdoce et
non par celle de la révélation, que Gyllenberg rattache au thème de
1'άρχηγός. j . T. répond avec Gyllenberg que les fonctions du Christ
sont inséparables. Cela ne fait que confirmer mon objection.
J'avais noté que, dans le schéma de Gyllenberg, l'étendue des
subdivisions varie dans des proportions excessives. La plus longue
comprend 59 versets (8,1 - 10,18 )‫ ت‬la plus courte n ’en comprend que
3 (4,14-16). j . t . se garde bien de rappeler ces chiffres. Il se contente
d'une réponse globale (p. 38), selon laquelle le schéma comporte une
«continuelle progression ». E n ce cas, la subdivision la plus courte
devrait se trouver au début; en fait, elle est la septième (de quinze).
E t d’autre part, l'exposé initial est moins long dans la 2e partie où il
compte seulement 10 versets (5,1-10) que dans la 1®où il en compte 14
(1,1-14). Dans celle-ci, on ne note pas de progression entre l'exposé
initial (1,1-14) et sa continuation (2,5-18); ils ont l'un et l'autre 14
versets. On ne peut donc parler de «continuelle progression » dans la
proportion des parties.
Après des réponses aussi peu satisfaisantes à mes objections et
après une critique aussi incomplète de mes positions, J.T. est mal placé,

‫ ) م‬Cf. La structure. . . , p. 21.


Discussions sur la stru ctu re de l’É pître aux H ébreux

me semble-t-il, pour jouer le rôle de juge entre Gyllenberg et moi. Il


était clair, dès le début, qu’il donnerait la préférence à Gyllenberg.
Il estime avoir pour cela trois raisons (p. 47):
1) La première est que Gyllenberg prend pour « entscheidendes
Kompositionsprinzip » l’^ternance des genres (e^os^exbortation). —
J ’ai montré déjà que cette position est critiquable (ci-dessus, p. 354 s).
J ’ai noté en passant que Gyllenberg n ’y est d’ailleurs pas fidèle et
que j . T. s’y tient encore moins que son maître (ci-dessus, p. 360s). Je
ne reviendrai donc pas sur ce sujet.
2) La 2e raison est que la division de Gyllenberg tient compte
des rapports étroits qui existent entre 3,1.6 et 4,14-16 et 10,19-23.
j . t . parie à ce propos d'inclusion. — J 'y reviendrai tout de suite.
3) La 3e raison est que cette division est plus satisfaisante du
point de vue « i^altlich-logisch ». — Je traiterai ce point en terminant,

6. Inclusions
Dans sa discussion de mon étude, j . T. n 'a accordé aucune atten-
tion à la série d 'inclusions ‫ رم‬que j'ai observées dans l’épître et qui
contribuent beaucoup à assurer mes conclusions. Il parle d’inclusion
en term inant (p. 47), mais de la même façon approximative qui a été
la sienne, à la p. 43, à propos des « annonces du sujet ». Il faut dire à
sa décharge que plus d'un exégète ignore la notion précise d'inclusion
et utilise cette appellation de façon impropre, pour désigner toute
correspondance entre deux éléments symétriques d'une structure
concentrique, ou même tout contact verbal entre deux passages éloi-
gnés l'un de l'autre. Comprise ainsi, l'inclusion ne peut pas jouer un
grand rôle dans l'établissement d'une structure.
Au sens propre, une inclusion consiste en une correspondance
verbale entre le début et la fin d'une unité littéraire. C'est ainsi que
le Ps 8 est encadré par la r é p é titio n ; au début et à la fin, d'une même

(1‫ ر‬Dans « The stru c tu re of Hebrews », The Heythrop Journal 5


( 1 7 7 ‫ ־ل‬964( ‫ل‬7 ‫ ه‬, j . B ^igh a critiqué cette appellation (p. 173), utilisée,
selon lui, « conformément à l’usage de Cornely-Merk et de beaucoup
d ’autres exégètes catholiques ». L n fait, elle rem onte à Ps. Rufin.: « latine
dicitur inclusio » (De schematis lexeos, 9). Le procédé est défini par Quin-
tilien: « respondent prim is et ultim a » (Inst. Orat. 9,3,34). Cf. H. L ausberg ,
Handbuch der literarischen Rhetorik (München 1960) t. I, P. 317, n° 625.
P om son usage dans la Bible, cf. D. H. MÜEEER, Die Propheten in ihrer
ursprünglicheren Form (Vienne 1896).

Bíblica 55 (1924) 24
A. Vanhoye

acclamation: « Yaliweh, notre Seigneur, qu’il est grand ton nom. ٠٠ ».


Pour qu’il y ait inclusion, il faut donc pouvoir montrer que le premier
emploi du terme ou de la formule est bien situé dans un début et que
l’emploi correspondant se trouve effectivement dans une finale.
]. T. ne se soucie pas de ces exigences et parle d’inclusion à propos
de mots qui, apparus en 3,1.6 ou 4,14-16, se retrouvent en 10,19-23 ‫ رم‬.
Mais le texte de 10,19-23 n ’est pas une finale‫ ؛‬c’est de toute évidence
un début d é p o rta tio n ; le V . 23 n ’est même pas une fin de phrase, car
la phrase se poursuit encore jusqu’au V . 2$ inclus. On ne peut donc
pas parler d’inclusion en cet endroit.
j . T. ne dit d’ailleurs pas clairement quelles conclusions il tire,
pour la structure de l’épître, de cette prétendue inclusion. E n général,
il semble se rallier aux divisions de Gyllenberg‫ ؛‬pour cet auteur, 10,19
est le début d’une petite section qui va jusqu’à 10,39 et d’une grande
section qui va jusqu’à 12,29. Mais à la p. 42, j . T. présente 10,32 - 12,13
comme une unité littéraire et semble donc s’accorder cette fois avec
w. Nauck (qu’il a pourtant critiqué p. 32) pour mettre une division
importante après 10,31 (٩٠ Dans un cas comme dans l’autre, la posi-
tion est bancale, car l’observation de contacts entre 4,14-16 et 10,19-2‫ﻣﺢ‬
ne permet pas de fixer en 10, 7‫ ﻣﺢ‬la fin d’une section.

‫ رم‬P. 47 e t déjà p. 31: “ eine so vielfache in clu sio ... ».


‫ رم‬W. N auck, « Zum A ufbau des H ebräerbriefes », dans Judentum,
Urchristentum, Kirche (Fests. j . Jerem ias‫ ؛‬Berlin I960), 199-206. Dans
La structure (pp. 31-32), je n ’ai pas cru nécessaire de réfuter longuement
les positions de w . Nauck, car la dém onstration qui les appuie est par
tro p lacuneuse. C’est une systém atisation bâtie tro p vite sur quelques
éléments du tex te. Il me sem blait que ce m anque de solidité serait reconnu
facilement p a r les lecteurs qui auraient suivi de près m a propre démons-
tration. C'est, de fait, ce qui est arrivé pour plus d'un. J 'a i été d 'a u ta n t
plus surpris de constater que, dans son rap p o rt de TRu 30 (1964) sur
«D er H ebräerbrief 1938-1963 », E. Grässer présenté l'article de Nauck,
p aru avant m on livre, comme «ein die Diskussion abschliessender Beitrag»,
auquel il donne son adhésion (pp. 166-167). Grässer s'exprim e ainsi juste
après avoir accepté mes propres contusions', il se trouve de ce fait en con-
tra(iiction avec lui-même, car mes conclusionâ excluent celles de Nauck.
Il est vrai que dans u n rap p o rt qui présente une telle masse de publi-
cations et rend ta n t de services aux exégètés, on ne peu t exiger que to u t
soit parfait. J e me dem ande si Grässer n ’av ait pas rédigé sa présentation
de N auck av a n t d'avoir p u prendre connaissance de m on livre. De mes
résultats, il parle en term es sym pathiques, mais sans donner une idée
précise de m a méthode.
Discussions sur la structure de rÉ p ître aux H ébreux 367

Il faut donc pour le moins renoncer ici à Γ appellation technique


،inclusion. Mais cela pourrait n ’être qu’une querelle de mots. Que
penser des correspondances invoquées ( pp. 1‫ و‬et 47) entre 3,1 et 4,14‫־‬
16 d’une part et 10,19-23 d’autre part? Ne faut-il pas leur accorder un
rôle dans la structure?
J ’admets tout à fait qu’elles ont un rôle dans la structure, mais
on ne doit pas les invoquer de façon confuse et sans tenir compte des
autres séries d’indices.
Les rapports les plus étroits s’observent entre 3,1 et 4,14 (Jésus,
grand prêtre, cieux-céleste, confession): ces deux versets forment une
inclusion proprement dite; la phrase de 4,14, qui reprend aussi les
mots «fils» et «Dieu» de 3,4.6 et résume toute l’exhortation de 3,7-4,11,
constitue pour la section qui commence en 3,1 une excellente con-
elusion.
De son côté, la phrase de 10,19-25 joue un rôle de premier plan
dans l’épitre, mais c’est d’abord paree qu’elle assure une liaison très
étroite entre l’exposé central et la parénèse. ]. T. tend à obscurcir cet
aspect:‫ ال‬présente les expressions de 10,19: «pour l’entrée du sanctuaire»
et «le chemin qu’il inaugura pour nous », comme des contacts avec
4,14: « qui a traversé les cieux », alors qu’elles sont bien plutôt en
rapport avec les expressions de la section centrale: «le chemin du
sanctuaire » (9,8), «Christ... entra dans le sanctuaire » (9,11-12.24),
à quoi ‫ ال‬faut ajouter la mention du « sang de Jésus » (10,19) qui rap-
pelle 9,12: « par son propre sang », 9,14: « le sang du Christ » et 9,25.
Ces contacts très étroits s’imposent à l’attention; dans ‫ س‬tel contexte,
le mot παρρησία ne peut à lui seul faire prévaloir ‫ س‬rapport avec 3,6
ou 4,16, d’autant qu’il est lui-même précisé de façon nouvelle.
En deuxième lieu, la phrase établit un contact littéraire étroit
avec la fin du préambule de la partie centrale (6,19-20) en parlant
semblablement d’« entrer», de « voile », de «Jésus» (10,19-20).
C’est seulement en troisième lieu, au V . 21, qu’on trouve une allu-
sion nette à la 2® partie de l’épître (3,1 - 5,10). Ce troisième rang est
significatif. Il montre bien que le rapport avec les ch. 3 - 4 n ’a pas à
jouer ici un rôle déterminant dans la structure. Il est intéressant de
noter que l’allusion consiste, au V . 21, en une formule qui rappelle à
la fois 4,14 (« Ayant un grand-prêtre ém inent. ٠. ») et 3,6 (« sur sa
maison »); l’expression de 10,21 est en effet: « (ayant ) un prêtre émi-
nent sur la maison de Dieu ». Cette observation confirme indirecte-
ment le rapport entre 4,14 et l’exposé de 3,1-6 et l’appartenance de
4,14 à la 1®section (3,1 - 4,14) selon ce qui a été dit ci-dessus.
A. Vaiihoye

De 10,22 à 10,25 la phrase contient les exhortations proprement


dites. On y retrouve, dispersés, plusieurs termes importants des
exhortations des ch. 3 - 4 (et non pas seulement de 3,1.0; 4,14-16):
« approchons-nous avec » (4,16), « foi » (4,2), « cœur » (3,12), «*mauvais ٠
(3,12), « maintenir » (3,6.14), «confession» (3,1; 4,14), «espérance»
(3,6), «promettre» (4,1). Mais on y trouve aussi beaucoup de termes
du ch. 6 (ce sont parfois les mêmes): « plénitude » (6,11), « foi » (6,12),
«espérance» (6,11), «ayant promis » (6,13), « charité » (6,10), œuvre
(6,10). Cela n ’empêche pas ces exhortations d’avoir une structure
originale, qu’on ne retrouve pas ailleurs dans l’épître; elles sont bâties
sur la triade foi-es^ance-charité.
On peut montrer par ailleurs ‫ ) م‬que ce texte de 10,22-25 a des
rapports avec tout le reste de l’épître. Il s’agit donc bien d’un texte
très important, mais on voit quelle erreur il y a à insister unilatérale-
ment sur ses rapports avec 3,1.6 et 4,14-16. Pour établir la structure de
l’épître■ il faut se baser sur une enquête plus complète.

7. Form e et contenu
Da dernière raison avancée par ]. T. pour préférer le schéma de
Gyllenberg au mien consiste à dire qu’il est plus satisfaisant pour la
pensée. Il développe cette raison en trois arguments, qui tous les trois
me paraissent tenir du cercle vicieux:
1) Ce schéma montre mieux que le but parénétique domine la
composition de l’épîtte. — Da primauté de la parénèse dans Hébreux
est un point controversé (٠). Il n ’est pas de bonne méthode de prendre
une opinion controversée comme critère pour juger de la valeur d’une
étude de composition. Il faut noter, par ailleurs, que Gyllenberg gonfle
artificiellement ^importance de la parénèse, en m ettant dans son sché-
ma deux subdivisions parénétiques de 3 et 4 versets (4,14-16; 2,1-4),

‫ رم‬J e l’ai noté dans La structure, 256-258.


(2) Rappelons ce que d it à ce sujet N. A. DAHr,: « The relation of
th e doctrinal and th e paraenetic (hortatory) sections of the Epistle has
been the subject of m uch discussion. W hether the m ain emphasis should
be placed on th e one or th e o tte r, however, is a futile question. The doc-
trine leads to th e exhortation, th e exhortations are based on the doctrine»
(Interpretation 5 [1951] 401). Cette réflexion prend plus de force encore, si
on rem arque que les exhortations de l’épitre insistent av ant to u t sur la
confession de foi, comme Gyllenberg et Thurén le soulignent eux-mêmes.
Elles sont donc orientées vers la doctrine.
Discussions sur ia stru ctu re de l’É pître aux H ébreux

qui y occupent autant de place que des exposés de 28 et 59 versets


(7,1-28; 8,1 - 10,18). Quant à mon schéma, il donne à la parénèse
une part très importante (5 grandes sections sur ‫ س‬total de 11),
m ontrant qu’elle est présente dans toute l’épître et dominante à la fin(1) ٠
2) La bipartition du schéma est expliquée par une Christologie
correspondante. — J ’ai noté déjà que la bipartition du schéma ne
correspond pas au texte de l’épitre et J.T. a dû reconnaître (p. 87)
que l’auteur de l’épitre n ’efiectue nullement dans son texte une bipar-
tition de sa Christologie et qu’il faut bien plutôt parler de la « von Hb
hervorgehobenen Zsamm engehörigkeit der Ämter Christi » [ibid.).
3) he schéma met mieux en lumière l’importance des textes de
8,1; 4,14-16 et 10,19-23, car ils y marquent 3 des 4 limites ^nincipales.
— Je crois m ’être expliqué déjà suffisamment sur ce point et avoir
montré qu’il n ’y a pas lieu de majorer indûment les rapports des deux
premiers textes avec le troisième. Dans mon schéma, chacun d’eux
occupe une place importante (débuts ou fin de grandes sections),
mais qui tient compte de l’ensemble des données littéraires.

Au cours de cette discussion, j . T. se réfère à plusieurs reprises à


l’article de mon confrère et collègue j . Swetnam, paru en 1972 dans
Bíblica, et dont la suite se trouve dans le présent fascicule pp. 333-
348 11 .(‫ م‬est sans doute utile que je prenne position à ce sujet, d’autant
plus que certains de mes correspondants m’ont demandé de le faire.
Je dois dire d’abord que je suis tout à fait d’accord avec mon
confrère sur le principe qu’il affirme au début (p. 369): dans l’étude
de la structure, il faut considérer à la fois la forme et le contenu,
j . s . semble m’attribuer la position contraire et croire que je me suis
basé sur des observations purement formelles sans me soucier du
contenu. Ce n ’est absolument pas le cas. Sans doute le premier chapi-
tre de mon livre a-t-il pu donner cette impression, car il marque une
forte opposition entre «plans conceptuels » et «plans littéraires »;
mais cette impression ne correspond pas à la réalité.
Ma position consiste à dire que, pour établir la structure d'un texte,
il faut rechercher attentivem ent les indices littéraires de composition,
au lieu de se contenter de rechercher les idées du texte. J'accorde

‫ ) م‬Cf. La structure, pp. 52 et 59.


(2) j . Thurén n’accepte nullement la rtructure proposée par j .
Swetnam. Il ne recourt à son article que pour renforcer l’une ou l’autre des
critiques que lui-même m’adresse.
370 A. Vanhoye

une priorité aux indices littéraires, mais non une exclusivité. Il faut
d'ailleurs remarquer que ces indices ne sont pas tous « purement
formels»; 1'« annonce du sujet », par exemple, a un rapport direct
avec le contenu et j'ai dit ci-dessus que pour pouvoir reconnaître une
« inclusion », il faut avoir vérifié que la répétition verbale se situe bien
à la fin d'un paragraphe, ce qui suppose une attention au contenu.
A l'époque où je composais mon livre, lors du Congrès d'Oxford
de 1961, j'ai déclaré ceci: « Si les critères conceptuels ne sont pas de
bons guides pour le début des recherches, ils sont de bons juges à la
fin; une structure qui ne satisfait aucunement à leurs exigences doit
être considérée comme suspecte»(1). Dans mon livre même, j'ai
accordé une attention particulière à l'étude des phrases de conclusion
qui term inent chaque section de l’épitte. J 'a i noté que « l’auteur s'en-
tend à merveille à résumer alors sa pensée, en des formules prégnantes,
qui tout à la fois reflètent ce qui vient d'être dit et préparent ce qui
va suivre » (p. 223). Il s'agit bien, on le voit, d'une attention au contenu
du texte.
Pour justifier la priorité donnée aux indices littéraires, j'aime
proposer une comparaison. Soft la phrase latine: « Filium am at suum
pater ». De mauvais élève, qui ne fait pas attention aux indices formels,
la traduira sans sourciller: « Un fils aime son père », et il pourra mon-
tte r que cette traduction correspond parfaitement aux concepts
exprimés; elle est tout à fait cohérente. Cependant, ce n'est pas le
sens du texte. Seuls, les indices formels — dans le cas présent, les
désinences — perm ettent de construire correctement la phrase et de
traduire: « Un père aime son fils ». $ans être identique, la situation est
analogue lorsqu'il s'agit de comprendre l'ensemble d'une œuvre. Si
on ne donne pas la priorité aux indices littéraires, on risque fort de
reconstruire l'œuvre d'une fa‫؟‬on cohérente, mais inexacte.
Mais priorité ne signifie pas exclusivité. De ce point de vue, je
me sépare nettem ent de j . Bligh, qui veut déterminer toute la struc-
ture d*Hébreux et de Galates à partir de la seule figure du chiasme,
sans se soucier ni des autres indices littéraires, ni de l'articulation
logique exprimée par le texte. J'estim e que pareille méthode ne peut
rien établir de solide.
D'accord avec j . s. sur le principe, — précisé de la façon que je
viens ‫ ﻟﺞ‬expliquer.- — je ne puis pour autant accepter l'a p p lic a tio n

‫ « ) م‬Des indices de la structure littéraire de l'Ê p ître aux H ébreux »,


Studia Evangélica, I I (T.U. 67; Berlin 1964) 495.
Discussions su* ‫ ط‬stru ctu re de l'É p ître aux H ébreux 371

qu'il en fait au texte de répître aux Hébreux. A vrai dire, sur un


certain nombre de points je n'ai pas de difficultés, car mon confrère
s'y inspire de mes propres conclusions. C'est le cas lorsqu’il dit (p. 373)
qu'en Héb 1 ,5 -2 ,1 8 “the discussion is seen as centering first on the
divinity of Christ and then on his humanity ‫و‬. Dans Situation, en effet,
j'intitule 1,5-14 «Fils de Dieu» (p. 389) et 2,5-18 « Frère des hommes »
(p. 390). J'adm ets aussi depuis toujours que 3,1 forme le début d'une
partie et 6,20 la fin d'une section.
Mais sur beaucoup d’autres points, j'ai des objections très fortes.
Je remarque d'abord que ]. s. ne respecte pas le critère du changement
de genre, qu'il présente cependant comme ‫ س‬des fondements de sa
division. Il refuse, en effet, de tenir compte du genre exhortatif de
2,1-4 et soude cette parénèse à l'exposé qui précède (1,5-14). Il néglige
de nouveau ce critère en 5,1 et en 5,11, et présente 4,14 - 6,20 comme
une seule unité littéraire, qu'il qualifie d'exhortation (p. 383), alors
que tous les auteurs reconnaissent, à juste titte, que 5,1-10 est un
exposé.
Adm ettant l'existence de «l'annonce du sujet» et l'importance
de ce critère, ]. s. critique l'usage que j'en fais. En 1,4 il ne veut pas
voir l'annonce d'une partie qui s'étend jusqu’à 2,18, mais celle seule-
ment d'une section 1,5 2, 4‫ ־‬. Son motif est que, selon lui, 2,5-18 ne
parle plus de supériorité sur les anges, mais seulement d'infériorité
(pp. 373 s.). Il oublie que l'inttoduction qui fixe le sens de cette sec-
tion (2,5) évoque nettem ent la supériorité sur les anges et que les
versets suivants insistent sur la glorification de Jésus, «couronné de
gloire et d'honneur» (2,7.9), l'infériorité étant présentée comme une
phase passagère. Pour cette section de 2,5-18, ]. $٠propose une autre
annonce du sujet: elle se trouverait en 2,3a-4 et exprimerait le thème
de l'humanité du Christ (pp. 373 et 375). En fait, le texte de 2,3a-4
ne dit pas un mot de l'humanité du Christ (1‫ ر‬et c'est par de laborieux
raisonnements que j . s. s'efforce d’y mettre ce thème. Comment parler
encore d'annonce du sujet?
E n 2 ,1 7 - 1 8 j . 8 . r e c o n n a i t avec moi une annonce du sujet, mais il
n'adm et pas que la partie annoncée se termine en 5 ,9 - 1 6 par l'annonce
de la partie suivante (quoique l'auteur l'indique explicitement en 5,11).
Il divise Héb 3 - 6 en deux sections, qu'il présente comme deux exhor-
tâtions ( 3 , 1 - 4 , 1 3 et 4 , 1 4 - 6 , 2 0 ) , qui seraient parallèles aux deux
exposés précédents ( 1 , 5 - 2 , 4 et 2 ,5 - 1 8 ) . Le mot ομολογία en 4 ,1 4 est

‫ رم‬Le titre de Kurios indique bien p lu tô t sa gloire divine (cf. 1,10).


372 A. Vaiilioye

censé constituer ‫ س‬lien avec Γexposé sur l’humanité du Christ de 2,5-18


alors que le même mot en 3,1 doit constituer un lien avec l'exposé sur
la divinité du Christ de 1, 5- 2, 4 ‫( ־‬p. 383). Il est bien diffieile de percevoir
cette opposition, car 4,14 insiste plus encore que 3,1 sur la glorification
du « Fils de Dieu », thème de 1,5-14.
La section 5,11 6,20 se voit rattachée à ce qui précède. La raison
٠

donnée est qu'une parénèse doit normalement suivre un exposé et non


pas le précéder (p. 385). j . 8. ne voit pas que l'auteur lui-même ren-
voie explicitement à ce qui va suivre (cf. le futur « nous ferons », en
6,3) et que son exhortation constitue un appel à l’attention. Or la
place d'un appel à l'attention se situe avant ce que l’on veut dire et
non après (1).
Par ailleurs, la façon dont est menée cette étude est pour le moins
paradoxale. En efiet, c’est en partant du sens de deux ou trois termes
isolés et difficiles que j . s. prétend déterminer la structure du texte.
Le genre de déduction qu'il utilise manifeste assurément une grande
capacité de spéculation, mais il est permis de douter que ce soit là
un bon moyen pour découvrir la structure d'un texte (2).
Dans le second article, publié dans le présent numéro, les spécu-
lations tiennent moins de place et j . s. s’écarte moins de mes positions.
Il serait difficile, en effet, de nier que 7,1 - 10,18 forme un grand exposé
central, j . s. se contente d’ignorer que cet exposé a été annoncé en
5,9-10. Il admet avec moi que 6,20 introduit la section sur le Christ
et Melchisédech et que 7,27-28 prépare la section qui suit (cf. La struc-
ture, p. 135). Mais ‫ ال‬prolonge cette section jusqu’à 10,18, sans prendre
la peine de démontrer cette division et sans accorder la m oindre atten-

‫ ) م‬N*est-ce pas avant la com m unication à faire que l’on dit « atten-
tion, atten tio n » dans les halls de gare ou autres lieux publics?
(2) Il serait tro p long de discuter ici ces spéculations et ce n ’est pas
nécessaire, car elles ont peu de rap p o rt avec la structure. J ’attirerai seu-
lem ent l’atten tio n sur deux exemples, laissant au lecteur le soin de porter
un jugem ent: I o j . s . rapproche les deux usages de ύπόστασις en 1,3 et
3,14 et les assinûle l’un à l’autre (pp. 378 s.) sans jam ais observer que
1’ύπόστασις de 1,3 est définie p ar un génitif comme é ta n t « de lui », c’est-à-
dire de Dieu, alors q u ’en 3,14 on ne trouve pas cette déterm ination capi-
taie,· 2° l’expression de 4 ,1 3 πρός δν ήμιν ‫ ة‬λόγος se voit interprétée (p. 383
η. 1) comme se référant au Christ-Logos, e t plus précisément en ces ter-
mes: « Christ’s relation to God being pictured as th a t of an intercessor
(προς δν ήμ‫؟‬ν) in a context of sacrifice (τετραχηλισμένα) ». On aim erait que
j . s . donne une traduction précise de ce bref passage (13- 12 , ‫ ) ه‬et q u ’il
le compare avec 5,11 où revient l’expression ήμ‫؟‬ν ό λόγος.
Discussions sur la structure de l'^ p ître aux H ébreux 373

tion aux nombreux arguments, de forme et de contenu, par lesquels


j'ai confirmé la division 8,1 - 9,28, acceptée par beaucoup de commen-
tateurs. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, l'article de j . s.
se présente comme l'expression d'une opinion et non comme une
démonstration scientifique. Les affirmation approximatives sont nom-
breuses en ces pages rapides. Relevons-en quelques-unes: « Christ’s
being brought to fulfilment is discussed in ch. 9 and his sacrifice in
ch. 19» (p. 335)‫ ت‬en fait les 10 premiers versets du ch. 9 ne disent
pas un mot du Christ et d'autre part il ne faut pas attendre le ch. 10
pour avoir un exposé sur son sacrifice; l'auteur en parle dès 9,11-14
et ne perd pas de vue ce sujet dans tout le reste du chapitre (cf. 9,15.
23.25.28). « The relation between Christ's priesthood and sacrifice was
discussed in a previous part, 4,14 - 6,20 » (p. 336); en fait, de 5,11 à
6,19 l'auteur ne dit pas un mot du sacerdoce du Christ ni de son
sacrifice. Pour être précis, il faudrait dire 4,15 -5,10, ce qui corres-
pond aux limites de la section dans mon schéma. Selon j . s. l'exhorta-
tion de 10,19-39 est une «exhortation to love » (p. 336); «Christians
should be charitable and perform good works » (p. 343). Cette interpré-
tation lui permet de dire que «les trois exhortations de l’épître ont
trait à la foi, à l'espérance, à la charité» (p. 338), c'est-à-dire, 3,1 -4,13
pour la foi, 4,14-6,20 pour l'espérance, et 10,19-39 pour la charité
(p. 339). C'est là évidemment une distribution intéressante, mais, à
y regarder de plus près, on voit que la charité n'est nullement le thème
de 10,19-39; elle n'y vient que dans la triade: foi (10,22), espérance
(10,23), charité (10,24), triade qui se retrouve en sens inverse dans
l’exhortation parallèle de 6,10-12: charité (6,10), espérance (6,11),
foi (6,12). 11 est arbitraire de restreindre l’application de 10,26-31
aux péchés contre l'esprit communautaire (p. 337), alors que 10,29
parle de bien autre chose. En 10,33b-34a on trouve deux expressions
qui parlent de solidarité, mais on ne peut pour autant définir tout le
passage 10,32-38 en (lisant qu’il a pour sujet « the positive aspects
of the exhortation to charity » (p. 338), car ce texte parle avant tout
d'endurance dans les persécutions et puis de foi.
En réalité, l'exhortation de 10,19-39 n'est pas centrée sur un thème
unique. J 'a i montré dans La structure (pp. 256-258) qu'elle joue, par
rapport à toutes les autres exhortations de l’épître, un rôle central.
Elle reprend toutes celles qui ont précédé; elle annonce toutes celles
qui suivront et elle assure — ce point est capital — leur connexion
étroite avec le grand exposé central. J 'a i noté en particulier (p. 258,
n. 1) que la triade reconnue en 10,22-25 résume à l'avance tout le
374 A. Vanhoye

reste de l'épître: ‫ ظ‬foi, célébrée dans le cb. 11, Γespérance, en rap-


port direct avec rendurance (12,1-13), et la charité, qui fournit la
substance de la dernière parénèse (12,14- 13,21). Je dois reconnaître
que ce rôle de 10,19-39 n ’apparaît pas dans mon schéma. Un schéma
ne peut tout exprimer et c’est dommage. Mais je n ’ai pas publié
qu’un schéma; j ’ai exprimé les divers aspects de la structure dans ‫س‬
livre. Il serait mieux de ne pas l’oublier.
Au sujet des dernières sections de l’épître, je note que ]. s. fixe
en 12,2 la fin de la section sur la foi; en quoi il est de nouveau infidèle
à son critère de la distinction des genres littéraires. Après 11,40 en
effet, le genre change et tous les autres indices confirment que la
section sur la foi se termine en 11,40, comme le reconnaissent l’ensem-
ble des commentateurs.
Refusant de reconnaître en 10,36 l’annonce d’une section sur
l’endurance, j . $٠ ne se préoccupe pas d’en identifier les limites et se
contente de la division en chapitres, m ettant la fin de la section en
12,29. A part cela, ce qu’il dit du ch. 13 et de son rapport avec 12,28
rejoint ce que j ’ai écrit dans La structure (p. 215).
A la fin de son article, il rappelle ses trois principaux critères
(p. 347). A cet endroit, on voit plus clairement qu’il refuse à l’auteur
la possibilité d’annoncer ensemble plusieurs sections successives,
groupées en une même partie, car le premier critère est défini de la
façon suivante: « announcements of a following section at the end of
a section ». C’est là un parti-pris que rien ne justifie et qui ferme la
voie à une véritable étude de structure, car il condamne à ne trouver
qu’une succession de sections, et non pas une structure organique. Ce
parti-pris a deux conséquences: 1) lorsqu’une annonce comporte les
thèmes de plusieurs sections, elle est ou bien passée sous silence (c’est
le cas de 5,9-10) ou bien réduite à un seul thème (c’est le cas de 2,17-18
et de 10,36-39); 2) d’autres annonces sont recherchées dans des textes
qui n ’en contiennent pas: combien de lecteurs reconnaîtront en 2,3a-4
l’annonce d’un exposé sur l’humanité du Christ? en 4,13 l’annonce d’une
exhortation à l’espérance? en 10,18 l’annonce d’une exhortation à
la charité? Personnellement, je n ’en vois pas la possibilité (1).

(1‫ ر‬Pour plus de clarté, citons ici les textes:


— H éb 2,3-4: « com ment nous-mêmes ^happerons-nous, si nous uégli-
geons un pareil salut, qui commença à être annoncé p a r le Seigneur, puis
fu t confirmé pour nous p ar ceux qui avaient entendu, et fu t appuyé aussi
Discussions sur 1‫ ه‬stru ctu re de l’E p h re aux H ébreux 375

Quant au deuxième critère, ceiui de la distinction des genres,


j ’en ai discuté la valeur dans le paragraphe 3 de cet article; et j ’ai
relevé ci-dessus divers endroits où ]. s.
ne le respecte pas.
De troisième critère est celui de la longueur des sections, laquelle,
au jugement de j . s.,doit rester plus ou moins la même (cf. Bib 53
[1972] 372, 384). Il ne me parait pas raisonnable d’attribuer une impor-
tance décisive à pareil critère, car un auteur est bien libre de décider
de la longueur à donner à tel ou tel développement. Mais puisque ]. $٠
met ce critère en avant, je lui ferai remarquer que sa 4e partie (10,
19-39) ne comporte que 21 versets, alors que les deux sections qui l’en-
cadrent comportent respectivement 59 versets (8,1 - 10,18) et 42 ver-
sets (11,1-12,2); si on fait la comparaison avec les parties plutôt
qu’avec les sections, on obtient les chiffres de 87 versets (7,1 - 10,18)
et de 89 versets (11,1 - 13,21) contre 21 (10,19-39). Que devient le cri-
tère invoqué?
A la fin de son article, j . s.
confronte son schéma général et le
mien, qu’il présente cependant d’une façon particulière. Au début
de chacune des 5 parties, il insère le titre d’un des trois thèmes princi-
paux de l’épître, eschatologie, ecclésiologie, sacrifice. Cette présenta-
tion ne me satisfait pas, car je n ’ai jamais dit que ces thèmes définis-
saient les différentes parties. J ’ai seulement observé qu’on pouvait
reconnaître tel ou tèl thème comme dominant dans une partie, m’em-
pressant d’ajouter (La structure, p. 241) que l’auteur, dans chaque par-
tie, a mis en œuvre les trois thèmes. Doin de « dénier à 11,1-40 une
couleur eschatologique », comme me le reproche j . 8. (p. 345), j ’ai
explicitement noté que cette section a un rapport spécial avec l’escha-

du témoignage de Dieu p ar des signes e t des prodiges, des miracles de


toute sorte, e t p ar des dons de l ’E sp rit Saint répartis selon sa volonté ».
Selon j . s ., ce texte, pris à p a rtir de « qui commença », constitue
l’annonce d ’une section d ’exposé qui parlera de l'hum anité du Christ
(2,5-18).
‫ ־‬Héb. 4,13: « Il n ’est pas de créature qui échappe à sa vue; to u t est nu,
to u t est subjugué p a r le regard de celui-ci, προς ôv ^ ‫؟‬٧ ό λόγος » (De
sens du dernier m em bre de phrase é ta n t discuté, je le laisse en grec).
Selon j . s ., ce te x te constitue l’annonce d ’une section d ’exhortation
qui appellera les chrétiens à l’espérance (4,14-6,20).
- - H éb 10,18: « ٠٢ là où il y a rémission de ceux-ci, on ne fait plus d ’of-
frande pour le péché ».
Selon J.S., ce te x te constitue l’annonce d ’une section d ’exhortation
qui appellera les chrétiens à la charité (10,19-39). — N ’est-ce pas là une
étrange façon d ’être a tten tif au contenu des textes?
376 A. Vanhoye

tologie (La structure, p. 242). E t quant à la symétrie d’ensemble, je


n ’ai jamais affirmé que les sujets de la I e et de la 5e partie étaient
parallèles (j. s. p. 345)‫ ت‬j ’ai explicitement noté le contraire (La struc-
ture} p. 233).
Un autre détail: pour la 1®partie de mon schéma, j . s. donne ma
division de détail, qui y montre une brève parénèse. Pourquoi ne tait-il
pas de même pour la 2®partie, où j ’indique que la parénèse s’y étend de
3,7 à 4,16?
Iye schéma d’ensemble proposé par j . s.(p. 3 4 4 - 3 4 5 ) se base,
comme celui de Gyllenberg, sur la distinction des genres (exposé et
exhortation). Ce schéma présente une alternance régulière. C’est une
belle construction. Iye seul ennui, c’est qu’elle ne correspond pas au texte.
Il est significatif de constater l’ampleur des différences qui existent
entre les schémas de j . s. et de Gyllenberg, alors qu’ils sont, en prin-
cipe, basés sur le même critère. Mais j ’ai noté, ci-dessus, que j . s. ne
respecte pas son propre critère, spécialement pour le développement
5 ,1 - 1 0 . On ne peut présenter 4 , 1 4 - 6 , 2 0 comme une unique section,
qui serait parénétique et exhorterait à l’espérance. Gyllenberg s’est
gardé de cette erreur.
Un autre aspect remarquable du schéma de j . s.est la systémati-
sation opérée autour des trois vertus théologales. Mais cette systémati-
sation conceptuelle ne correspond pas non plus au texte: je l’ai montré
ci-dessus pour 10,19-39 et je viens de le dire pour 4,14-6,20.
A beaucoup d’autres éléments du schéma je peux donner mon
assentiment, mais non pas à la construction d’ensemble. Iye schéma
de j . s. a sur le mien cette supériorité d’être plus explicite et plus faci-
lement intelligible. Iy a raison en est que je me suis astreint, pour mon
schéma d’ensemble, à conserver les formulations de l’auteur de l’épî-
t t e , formulations qui parfois déconcertent le lecteur moderne. Mais je
peux fort bien employer d’autres expressions et c’est ce que j ’ai fait,
par exemple, dans mon opuscule Le Christ est notre prêtre (pp. 12-13),
publié en 1969.
I,es lecteurs de Bíblica seront peut-être heureux de trouver ici
ce schéma. Divers aspects du texte y sont indiqués:
— alternance des genres: les exposés sont en caractères ordi-
naires, les exhortations en caractères italiques;
— entre parenthèses ( ) sont indiquées les comparaisons dont
l’auteur se sert pour développer sa pensée;
— la lettre A indique les développements qui concernent
davantage les relations avec Dieu; la lettre B ceux qui concernent
Discussions sur la stru ctu re de l'É p ître aux H ébreux 377

davantage ies relations avec les hommes. Dans l‫״‬un ou Γautre cas,
cependant, l'appréciation prête à discussion, le titre alors permet de
s'en rendre compte.

EXORDE: Iy’intervention divine dans l'histoire humaine He 1,1-4

I e P a r t i e : S it u a t io n d u Ch r is t 1 ,5 — 2 ,1 8
(comparaison avec les anges)
A. Intronisation du Fils de Dieu (1,5-14)
- Exhortation à reconnaître son autorité {2,1-4)
B. Solidarité avec les hommes
acquise par la Passion glorifiante (2,5-18)

2® P a r t i e : P r é s e n t a t i o n du C h r is t n o t r e grand p r ê tr e
3,1—5,10
A. grand (hgne de foi
en ta n t que Fils de Dieu (3,1-8)
(comparaison avec Moïse)
Mise en garde contre le manque de foi
et appel à réaliser la vocation céleste {3,7-4,14)
{comparaison des du Christ
avec ceux de Moïse et de Josué)
B. g r a d ^ é t o e q r á c o ^ a t i ^ e c les hommes
et s'accomplit par sa Passion (4,15 - 5,10)
(co m p a ra iso n a v e c A aron )

3® P a r t i e : T r a it s s p é c i f i q u e s d u s a c e r d o c e d u Ch r is t 5,11—‫ل‬0 ‫م‬3 ‫و‬


— Appel à Vattention et à la générosité {5,11-6,20)
{comparaison avec Abraham)
A. De sacerdoce glorieux du Fils de Dieu (7,1-28)
(relation avec Melchisédech, contraste avec Aaron)
X. Synthèse centrale: l'accomplissement du sacerdoce
grâce au sacrifice personnel par lequel le Christ médiateur
s'élève ^ s q u 'à Dieu (8,1-9,28)
(comparaisons avec les sacrifices anciens)
B. Eificacité du sacrifice du Christ
contre les péchés des hommes (10,1-18)
(contraste avec l'impuissance du culte ancien)
378 A. Vanhoye

— Jonction exposé-parénèse: Appel à s*appro-


cher de Dieu par le Christ (10,19-29)
(comparaison avec la loi de Moïse)

4* P a r t ie : A dh ésio n au Christ par ea foi persévérante


11,1—12,13
A. Exemples de foi en Dieu, donnés par les anciens (11,1-40)
(rapprochements avec le mystère du Christ)
B. Appel à tenir bon parmi les hommes, comme Jésus,
et à accepter Véducation divine par la souffrance (12,1-18)
{comparaison avec Véducation humaine)

5e P a r t ie : C ^ entations d e vie chrétienne 12,14—13,18


(comparaison avec la condition religieuse sous VAncien
Testament)
A. Relation à garder avec les réalités célestes (12,14-29)
— Directives £ ٠۶٧٢ ^^ (13,1-6)
B. Solidarité dans VÉglise, centrée sur la Passion du
Christ (13,7-18)

CONCLUSION: Que Dieu agisse en vous par Jésus-Christ! 13,20-21

Quant à raccord de mes propres divisions avec une analyse du


contenu de l’épître, j ’en ai trouvé une sorte d’attestation à laquelle
je ne m’attendais pas dans un livre édité à Rome en 1914. Il s’agit de
l’ouvrage de Marc Dal Medico, intitulé Uauteur de Vépître aux Hébreux.
Dal Medico veut démontrer que l’épître es^ de 8. Paul et, pour ce faire,
il analyse successivement l’épitre aux Romains et l’épître aux Hébreux,
de façon à souligner entre elles de multiples rapports. D’analyse est
présentée sous la forme « d’une glose un peu développée » et l’auteur
affirme à ce sujet: « De notre exégèse, nous ne donnons d’ordinaire
d’autre preuve que la suite des idées qu’elle établit » (p. 6). Or en
cherchant ainsi la « suite des idées », il se trouve que Dal Medico abou-
tit aux mêmes divisions que moi, qui me suis basé sur des indices lit-
téraires. On les trouve dans son livre aux pp. 187-189. Je reproduis
ici les divisions de Dal Medico (D.M.) et les miennes (A.V.), pour que
le lecteur puisse faire la comparaison.
Discussions sur la stru ctu re de i’Ë pître aux H ébreux 379

1) Grandes divisions
D.M. I: 1,1-5,10; - II: 5,11-10,39; - II I : 11,1-12,13; - IV: 12,14-13,17.
A-V- I + I I : 1,5-5,10; - I I I : 5,11-10,39; - IV: 11,1-12,13; - V: 12,14-13,21.

‫ ج‬le voit, les seules différences sont que Dal Medico unit mes
deux premières parties en une seule et fixe 4 versets plus tô t la fin de
la dernière partie, donnant ces 4 versets à la finale épistolaire.

2) Détail
D.M. 1,1-14; 2,1-18; 3 ,1 4 ,1 3 ; 4,14-5,10; - 5,11-6,20;
A.V. 1,1-4.5-14; 2,1-4.5-18; - 3 ,1 4 ,1 4 5,11 ‫ﺑﻢ‬- ;‫ ؛‬20,‫ت‬
5,10-
4,15
D.M. 7,1-10.11-28; 8,1-13; 9,1-10.11-14.15-28; 10,1-18;
A.V. x7,l-10.11-28; x 8 ,l-6 .7 10
13‫־‬-;9,1 ‫م‬1 ‫ ل‬1-‫ه‬ 15 ‫م‬
23- 24 ‫ن‬
28‫־‬ x l0 ,l-18;
D.M. 10,19-39; - 11,1-40; 12,1-13; - 12,14-29; 13,1-6.7-17; - 13,18-25.
A.V. xl0,19-39; - 11,1-40; 1 2 , 1 - 1 3 2 5 -13, 19. 22 - ;21-6.7-13,1

Dans ce schéma du détail, j ’ai noté par un tiret (par exemple


après 2,1-4.5-18) les endroits où est fixé le début d’une grande partie.
Dans la partie qui va de 5,11 à 10,39, j ’ai noté par une X les endroits
où, dans mon schéma, commence une nouvelle section. On remarquera
que toutes les divisions de Dal Medico correspondent à des divisions de
ma srtucture, avec cette différence que Dal Medico, qui n ’a pas discerné
les annonces du sujet, ne distingue pas grandes sections et subdivisions
plus petites. De plus, une différence d’un verset se remarque en 4,14,
Dal Medico ayant été plus sensible à la ressemblance de ton entre
4,14 et 4,15-16 qu’au changement de thème (1).

(‫ )ل‬J'a d m e ts q u 'on puisse hésiter sur la façon de diviser le tex te en


4,14. J e ne vois pas grand inconvénient à ce qu'on présente 4,14-16 comme
un court paragraphe de transition entre les deux sections de la deuxième
partie. Il reste que cette transition se divise n ettem ent en deux parts:
la prem ière phrase (4,14) conclut la section précédente, elle évoque l'au-
torité du Christ glorifié et ne d it pas un m ot de sa compassion; les deux
versets suivants (4,15-16) form ent l'introduction de la 2e section, ils
parlent de la compassion du Christ et n'insistent pas sur sa glorification.
Mais ce qui me semble inadmissible, c’est de m ettre à cet endroit (4,14
ou 5,1) une division m ajeure, séparant arb itraitem ent deux sections qui
ont été annoncées ensemble (en 2,17) e t qui tra ite n t des thèm es complé-
m entaires Çemèt et hèsèd) de m anière parallèle (en p a rta n t de la ressem-
blance avec Moïse en 3,2 et avec Aaron en 5,4-5).
380 A. Vanhoye

Cette convergence presque parfaite entre deux études menées de


deux points de vue très différents ne manque pas, semble-t-il, de valeur
probante. Elle donne à penser que, dans son effort pour suivre les
idées exprimées. Dal Medico est resté, plus que d’autres, fidèle au
texte et que, d’autre part, mon effort pour déterminer les divisions
littéraires aboutit à une structure qui n ’est pas seulement formelle.

٠٠٠

En terminant, il me reste à remercier mes collègues de l’attention


qu’ils ont accordée à mon travail. Eeurs critiques m’ont amené à
rectifier mes positions sur l’un ou l’autre point et m’ont fourni l’occa-
sion de mieux m’expliquer sur beaucoup d’autres. J ’espère que mes
explications leur paraîtront éclairantes et qu’elles seront utiles aussi
à de nombreux lecteurs.
‫آلﻣﺂورلم؛‬

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