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Le nouveau mouvement multiforme

contre la politique Macron


Par Emmanuel Kosadinos
Première publication de la version française de ce texte le 10 mai 2018
La seule façon d'empêcher la mise en œuvre de la politique de Macron est la mobilisation
du mouvement populaire dans la rue et dans les lieux de travail et d'études. Pour mettre ce
gouvernement en difficulté il faut créer des foyers de résistance dans plusieurs points du
paysage géographique et social et les coordonner à travers des comités de lutte unitaires.

Ce texte est la traduction par son auteur de l'article paru dans le bimensuel grec
«Ergatiki Aristera» («Gauche Ouvrière»), numéro 406, p.17, du 18/04/2018
Une interview radiophonique à repris les contenus de ce texte sur l'antenne du
syndicat des salarié-e-s de l'audiovisuel public grec ertopen.com le 28/04/18
S'en est suivi le même jour une présentation avec débat public à l'Insitut grec d'études
sociales et théoriques «La Commune»

Paris, le 14 avril 2018

En France, en moins d'un an, le gouvernement du président Macron et du Premier


ministre Philippe a légiféré une série de mesures contre les intérêts des classes
populaires dans l'objectif de restructurer tous les niveaux de la société française en
annulant ou réduisant les conquêtes sociales et démocratiques de plusieurs décennies.
Le principal levier pour imposer le projet néolibéral est le cadre constitutionnel
autoritaire de la 5ème République française et ses ramifications institutionnelles.
Aucune des mesures de Macron n'a rencontré l'approbation de l'opinion publique
française et encore moins des couches sociales directement touchées (travailleu-r-se-s,
retraité-e-s, étudiant-e-s, fonctionnaires). De plus, le caractère manifestement
ploutocratique du gouvernement français, effrontément affiché par le président lui-
même, est une des principales raisons du divorce avec la grande majorité des Français.

La seule façon d'empêcher la mise en œuvre de la politique gouvernementale est la


mobilisation du mouvement populaire dans la rue et dans les lieux de travail et d'études.
Il faut toutefois prendre en compte le fait que le rapport des forces est asymétrique en
termes d'organisation et d'appuis internationaux. Macron agit pour le compte de la
bourgeoisie française mais aussi de la bourgeoisie internationale et de ses institutions
(UE, FMI, etc.).

Les syndicats

Dans le champ du syndicalisme des salarié-e-s, principale expression organisée de


la résistance sociale, il existe des divergences stratégiques et tactiques, aussi bien
entre les directions confédérales qu'entre ces directions et les bases.

Dans un tel contexte, la lutte contre la déconstruction néolibérale du cadre de


fonctionnement de la SNCF a caractère de lutte contre l'austérité néolibérale en général,
et ses conséquences. Cette lutte concerne tous les travailleu-r-se-s et la défense des
droits fondamentaux au travail, les étudiant-e-s et l'accès à l'enseignement supérieur,
les retraités et la décence des niveaux de vie, les fonctionnaires de toutes les branches
et l'égalité d'accès des citoyen-ne-s aux services publics , la société dans son ensemble
et la revendication de conditions environnementales compatibles avec la sécurité et la
santé de la population.
Objectivement, les cheminot-e-s sont aujourd'hui en France ce secteur qui peut agir en
avant-garde et pôle de rassemblement d'un mouvement populaire ample et multiforme
grâce à leur grand nombre (150.000 salarié-e-s), leur présence sur l'ensemble du
territoire national, leur longue tradition de luttes et leur possibilité de gêner
sérieusement le gouvernement en ralentissant la vie économique de tout le pays. Cette
position pivotale des cheminot-e-s dans les luttes est prise en compte par eux-mêmes,
mais aussi par le mouvement populaire dans son ensemble et par le gouvernement.

Malgré les divergences stratégiques au sein du mouvement et les difficultés


organisationnelles qui en résultent, les grèves et les rassemblements qui ont débuté en
France depuis le 22 mars ont atteint des niveaux de participation historiques
comparables à ceux des mobilisations de 1995. Un débat tactique qui a eu lieu parmi les
cheminot-e-s consistait à décider si la grève serait continue ou «perlée», à rythme de
deux jours tous les cinq jusqu'à la fin de juin. La majorité c'est prononcée en faveur de la
deuxième option qui présenterait des avantages tactiques.

Le mouvement étudiant

L'autre espace qui pourrait agir dans le sens de la convergence nationale des
mouvements de lutte est celui de la jeunesse étudiante, en lutte contre l'imposition de
la sélection à l'entrée aux établissements de l'enseignement supérieur, et contre
l'austérité néolibérale exprimée par les fusions et suppressions de départements et
d'établissements. Les mobilisations étudiantes ont été lancées depuis le début de 2018
avec des manifestations et des occupations de départements et d'établissements, et
elles ont aujourd'hui essaimé dans toute la France, malgré la répression féroce,
l'incursion systématique des forces de police spéciales dans les campus, suppléées
même par des bandes néo-fascistes auxquelles certaines autorités rectorales ont fait
appel pour «rétablir l'ordre» dans les établissements.

On ressent au quotidien que la France est hantée aujourd'hui par le spectre,


d'un mouvement généralisé de résistance et de désobéissance, faisant écho au
réveil de la mémoire collective de mai 68 à l'occasion du cinquantième
anniversaire du soulèvement. Le gouvernement et tous les «décideurs» sont
dans un état de nervosité expectative, oscillant entre les choix d'accorder des
concessions et d'intensifier la répression.

La ZAD et les mouvements citoyens

Un épisode récent, illustrant la dynamique actuelle en France, est l'évacuation violente,


il y a quelques jours, de la ZAD (Zone à défendre) de Notre Dame des Landes, dans la
région de Nantes, occupée par des militants écologistes depuis six ans. Le
gouvernement par cette action, dans la tentative de faire la démonstration de son
pouvoir et de son contrôle de la situation, a réussi à susciter une vague de
protestations et mobilisations dépassant l'espace des mouvements organisés et les
frontières nationales de la France. Les militants écologistes restent mobilisés et se
préparent d'occuper à nouveau la ZAD.

Il est tout aussi important de mentionner que les mobilisations d'aujourd'hui s'appuient
beaucoup sur des intersyndicales locales, des coordinations horizontales élargies et des
assemblées générales, qui décomplètent les directions syndicales confédérales
historiques. Ces formes d'organisation, ainsi que des slogans entendus lors des
manifestations, témoignent de la continuité avec le mouvement «Nuit Debout» de 2016
et les luttes contre la loi El Khomri.

Dans les semaines à venir nous pourrons constater si le mouvement populaire


s'élargira, par l'extension et l'approfondissement de la solidarité sociale avec les
grévistes, et par l'unité d'action entre citoyen-ne-s, travailleu-r-se-s et étudiant-e-s.
Déjà les caisses de grève ont récolté des fonds supérieurs à un million d'euros, alors
que la participation des cheminot-e-s aux «grèves perlées» ne diminue pas au fil des
semaines contrairement à ce que le gouvernement avait prévu et souhaité.

À Marseille, à Lille, à Nantes, à Montpellier sont organisées pour aujourd'hui des


marches unitaires visant à rassembler grévistes, étudiant-e-s et citoyen-ne-s alors que
la grève nationale interprofessionnelle est annoncée pour le 19 Avril.
Enfin, le 4 Avril a été organisée à la Bourse du Travail de Paris, à l'initiative de Ruffin
et Lordon, une assemblée ouverte des syndicalistes et des militant-e-s, qui a appelé à
une manifestation nationale à Paris le samedi 5 mai avec pour revendication l'arrêt de
la mise en œuvre des politiques de Macron. Cet appel (https://www.change.org/p/le-
peuple-appel-au-samedi-5-mai-faire-sa-fête-à-macron) a l'ambition, en prolongeant la
manifestation de la fête du Travail, prévue comme chaque année pour le 1er mai, de
devenir le point de départ d'un mouvement généralisé de contestation et de
renversement de l'austérité néolibérale.

Quelqu'un pourrait commenter que le mouvement populaire en France aujourd'hui,


dépourvu d'un centre de coordination centrale d'acceptation générale, pourrait se
retrouver trop faible pour renverser une offensive politique planifiée de longue date par
la classe dirigeante, et mise en œuvre depuis un centre qui ne se prive pas de moyens
pour y parvenir. Toutefois, la participation massive aux mobilisations, ainsi que
l'émergence dans tout le pays de coordinations de luttes, suscitent l'optimisme. Encore,
la diversité, la mobilité et l'inventivité des formes de lutte créent un sérieux problème au
gouvernement français qui se retrouve en difficulté, malgré sa domination des médias,
aussi bien pour les désamorcer politiquement que pour les réprimer par la force
policière, dans la mesure où elles apparaissent sans avertissement dans plusieurs
points du paysage.

Publication originale :
Γαλλία: Το νέο πολύµορφο κίνηµα ενάντια στην πολιτική Μακρόν
(https://rproject.gr/article/gallia-neo-polyuorfo-kiniua-enantia-stin-politiki-
makron)

Ancienne adresse de la publication:


https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/100518/le-nouveau-
mouvement-multiforme-contre-la-politique-macron