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DROIT INTERNATIONAL ET EUROPÉEN : Droit

international de l'action humanitaire

Points-clés
1. – L'action humanitaire internationale est enserrée aujourd'hui dans un corps de règles juridiques, qui sont
fondées sur ce que l'on appelle désormais le principe de la responsabilité de protéger (V. n° 10 à 17 ).
2. – Les textes onusiens constituent la source principale du droit international de l'action humanitaire (V. n° 20
à 23 ).
3. – La multiplication des ONG humanitaires est un élément institutionnel essentiel dans l'application de ce droit
(V. n° 35 et 36 ).
4. – L'accent est mis actuellement sur la question de la sanction pénale du non-respect de ce droit, grâce à la
constitution de tribunaux pénaux internationaux (V. n° 51 à 53 ).
Table des matières
Points-clés ...................................................................................................................................................................................... 1
I) Introduction : Définition du droit international de l'action humanitaire ........................................................................... 3
A) Spécificité du DIAH : droit international humanitaire, droit international des droits de l'homme et droit international
de l'action humanitaire .............................................................................................................................................................. 3
B) Globalité de l'action humanitaire internationale : activité, assistance, intervention, ingérence humanitaires ............... 4
C) Légitimité et légalité de l'action humanitaire internationale ............................................................................................ 7
II) Sources du droit international de l'action humanitaire ...................................................................................................... 9
A) Textes des organisations intergouvernementales ............................................................................................................ 9
1) Textes de l'Organisation des Nations Unies .................................................................................................................. 9
2) Autres textes ............................................................................................................................................................... 10
B) Textes des organisations non gouvernementales ........................................................................................................... 11
C) Arrêts et avis de la CIJ ..................................................................................................................................................... 12
III) Institutions du droit international de l'action humanitaire .......................................................................................... 12
A) Organisations inter-gouvernementales .......................................................................................................................... 13
1) Participation de l'Organisation des Nations unies à l'élaboration du droit international de l'action humanitaire .... 13
2) Autres organisations ................................................................................................................................................... 14
B) Organisations non gouvernementales ............................................................................................................................ 15
1) ONG humanitaires ...................................................................................................................................................... 15
2) Participation du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à l'élaboration du droit
international de l'action humanitaire................................................................................................................................... 16
IV) Contenu du droit international de l'action humanitaire ............................................................................................... 17
A) Statut des missions humanitaires internationales .......................................................................................................... 17
B) Structures de l'action humanitaire internationale .......................................................................................................... 18
C) Activités humanitaires internationales ........................................................................................................................... 19
1) Activité proprement dite des missions humanitaires ................................................................................................. 19
2) Ingérence sanitaire et médicale .................................................................................................................................. 19
3) Problème de l'emploi de la force militaire .................................................................................................................. 20
4) Coordination de l'action humanitaire internationale ................................................................................................. 21
D) Sanction du non-respect du droit international de l'action humanitaire ....................................................................... 21
E) Législation nationale et compétence universelle ............................................................................................................ 24

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I) Introduction : Définition du droit international de l'action humanitaire
A) Spécificité du DIAH : droit international humanitaire, droit international des droits
de l'homme et droit international de l'action humanitaire
1. – Nouvel ordre humanitaire international –

Il est concevable d'envisager globalement l'humanitaire comme ce qui a "en vue le sort de l'homme, pris en sa seule
qualité d'être humain, et non pour la valeur qu'il représente en tant qu'élément militaire, politique, professionnel ou
autre" (J.-S. Pictet, Commentaire des Conventions de Genève : Genève, CICR, 1972, p. 118-119, à propos de l'article
commun 9/9/9/10 aux quatre conventions de 1949).L'humanitaire semble, aujourd'hui plus que jamais, un objet
particulier d'étude du droit international, notamment dans le cadre de ce que l'on appelle, depuis les années 1980, le
nouvel ordre humanitaire international (J. Ballaloud, Droits de l'homme et organisations internationales : vers un
nouvel ordre humanitaire mondial : Montchrestien 1984 ; l'expression de "nouvel ordre humanitaire international" a
été utilisée semble-t-il pour la première fois dans une lettre adressée à l'ONU le 28 octobre 1981 – A/36/245 – par le
représentant de la Jordanie, afin que ce thème soit inscrit à l'ordre du jour de la trente-sixième session de l'Assemblée
générale de l'ONU). Mais il est clair que le concept d'humanitaire présente aussi (et surtout) une dimension morale,
ce qui amène les partisans de son application dans l'ordre juridique international à parler de "logique humanitaire",
fondée sur la protection internationale des droits de la personne humaine.

2. – DIH classique et DIH moderne –

Une distinction (délicate) doit en fait être établie entre une branche déjà ancienne du droit international, à savoir le
droit international humanitaire, et cette nouvelle branche que nous appelons (1re éd., 1993, du présent fascicule) le
droit international de l'action humanitaire. Mario Bettati distingue ainsi entre le "DIH classique" et le "nouveau DIH"
(in Le droit d'ingérence : mutation de l'ordre international : Odile Jacob 1996, p. 7). Le droit international humanitaire
classique (qualifié de "droit de Genève", parce qu'il est tout spécialement établi par les Conventions de Genève
conclues sous l'égide du Comité international de la Croix-Rouge) est un droit spécialisé dans l'action humanitaire en
temps de conflit armé international ou de situation équivalente (comme les guerres civiles). Cette action humanitaire
spécifique est encadrée, grâce aux Conventions de Genève (de 1949) complétées (par les protocoles additionnels
de 1977 et 2005), par un corpus important de normes juridiques, qui constituent donc le droit international humanitaire
proprement dit. Ce dernier est ainsi amené à distinguer différentes catégories de victimes, comme les blessés sur
les champs de bataille, les prisonniers de guerre, ou encore les internés civils. L'action humanitaire est ainsi
historiquement apparue comme le droit d'humaniser la guerre. Le droit international humanitaire connaît donc par
nature l'intervention humanitaire (V. J. Patrnogic, L'intervention humanitaire, le droit international humanitaire et le
Comité international de la Croix-Rouge : Ann. dr. int. médical 1986, n° 33, p. 43 à 51). Dans la pratique, il se pose le
grave problème du non-respect du droit international humanitaire.Le constat des lacunes du DIH classique a pu alors
amener, de nos jours, à envisager à la fois des actions de substitution et des actions de complément, engagées non
seulement en temps de conflit armé ou de situation équivalente mais aussi en temps de paix : lors de catastrophes
naturelles (tremblement de terre, raz-de-marée, famine due à la sécheresse), ou de catastrophes industrielles
majeures (implosion de centrale nucléaire, etc.). C'est en ce sens que s'est affirmée l'idée de l'existence ou de la
constitution d'un droit international de l'action humanitaire , que l'on peut définir comme l'ensemble des règles
juridiques établies par la communauté internationale pour la protection active des droits fondamentaux de la personne
humaine. Le DIAH apparaît comme un droit mixte, à travers son contenu et son application : il est pour partie une
branche du droit international de la paix, et pour partie une branche du droit international des conflits armés. Il est le
fer de lance de ce que l'on appelle désormais le droit international humanitaire moderne . Le rassemblement du
DIH classique et du DIH moderne constitue le DIH général (V. M. Bélanger, Droit international humanitaire général :
Gualino éd., 2e éd. 2007).

3. – Humanitaire d'État et humanitaire de la communauté internationale –

La référence à la notion (moderne) de communauté internationale, qui renvoie principalement aux organisations
internationales (les organisations intergouvernementales, notamment l'Organisation des Nations unies et les autres
organisations onusiennes), permet de souligner le rôle ambivalent de l'État en matière d'action humanitaire. D'un

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côté, l'État peut lui-même déclencher l'action humanitaire (à l'intérieur de son territoire, voire à l'extérieur, par une
action directe ou une action indirecte avec la saisine d'une organisation intergouvernementale : on peut parler de
"diplomatie humanitaire"). Mais d'un autre côté, l'État peut aussi porter atteinte aux intérêts vitaux de ses populations
(par exemple, avec la mise en œuvre de la théorie dite de la purification ethnique). Il est ainsi possible de distinguer
entre l'humanitaire d'État et l'humanitaire de la communauté internationale. À propos de l'humanitaire d'État, on peut
par exemple évoquer l'existence des "attachés humanitaires", en poste depuis 1989 dans des ambassades de
France. Deux principes généraux du droit international public, utilisés conjointement, témoignent de cette
ambivalence :
• le principe du consentement de l'État : c'est le principe de base de l'exercice du droit à l'action
internationale humanitaire ; la compétence étatique dans ce domaine est, toutefois, doublement limitée,
puisque c'est une compétence à la fois liée (application du principe de bonne foi) et partagée (rôle des
organisations internationales) ; le DIH a déjà lui-même utilisé ces limitations, et l'on peut justement dire que
"l'histoire du droit international humanitaire démontre un grignotage progressif de la sphère réservée à la
souveraineté nationale au profit de l'action humanitaire" (Y. Sandoz, Droit ou devoir d'ingérence, droit à
l'assistance : de quoi parle-t-on ? : Rev. int. Croix-Rouge 1992, p. 234), en se référant à l'article 3 commun
aux Conventions de Genève de 1949 (relatif à l'offre de services à chacune des parties à un conflit armé) et
à l'article 70 du protocole I de 1977 (énonçant le principe d'actions de secours à la population civile manquant
de biens essentiels) ;
• le principe de subsidiarité : ce principe s'applique dans les cas de refus de l'État, et se fonde sur l'idée
d'une substitution de la communauté internationale (par le biais des organisations internationales) à l'État
défaillant ; l'État territorial exerce certes le rôle premier dans la mise en œuvre de l'action humanitaire, mais
on peut envisager l'existence d'un rôle "second", ce qui apparaît dans des résolutions de l'assemblée
générale de l'ONU : ainsi la résolution 43/131 du 3 décembre 1988(V. infra) reconnaissant que c'est à
chaque État "qu'il incombe au premier chef de prendre soin des victimes de catastrophes naturelles et
situations d'urgence du même ordre se produisant sur son territoire" (2e consid.) ; on a pu dire que l'"on
pourrait donc en tirer l'existence d'un “rôle second” dévolu aux organisations humanitaires lorsque le premier
n'est pas exercé" (M. Torrelli, De l'assistance à l'ingérence humanitaire : Rev. int. Croix-Rouge 1992, p. 248-
249).

4. – DIH et droit international des droits de la personne humaine –

La notion de protection des intérêts vitaux des populations amène à distinguer le droit international de l'action
humanitaire du droit international des droits de l'homme (DIDH) (nous préférons l'expression de "droit international
des droits de la personne humaine"). Ce dernier, qui est en quelque sorte d'application "concurrente" de celle du droit
international humanitaire (V. M. El Kouhene, Les garanties fondamentales de la personne en droit humanitaire et les
droits de l'homme : Dordrecht, Nijhoff, 1986. – T. Meron, Human Rights and Humanitarian Norms as Customary Law :
Oxford, Clarendon Press, 1989. – M. Sassoli, Mise en œuvre du droit international humanitaire et droit international
des droits de l'homme : une comparaison : Annuaire suisse dr. int., vol. XLIII, 1987, p. 24 à 61), apparaît comme
ayant un domaine plus restreint que celui du droit international de l'action humanitaire, car son déclenchement est
spécifique (saisine d'instances internationales, notamment juridictionnelles, compétences pour la défense des droits
expressément reconnus par les textes internationaux).

B) Globalité de l'action humanitaire internationale : activité, assistance, intervention,


ingérence humanitaires
5. – Licéité des interventions humanitaires –

La question juridique essentielle et classique, en matière d'action humanitaire internationale, est celle de la licéité
des interventions unilatérales des États. L'analyse est aujourd'hui devenue particulièrement complexe, car non
seulement il existe plusieurs types d'interventions :
• protection des nationaux de l'État intervenant,

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• protection des nationaux de l'État où se situe l'intervention,
• ou encore protection en quelque sorte "mixte", avec le cas particulier de la protection des minorités.

Mais, en outre, il y a plusieurs supports institutionnels de l'action humanitaire internationale : un État ou un groupe
d'États, des organisations internationales, en distinguant entre les organisations intergouvernementales, qu'elles
appartiennent au système des Nations unies ou qu'elles aient une vocation régionale, et les organisations non
gouvernementales.Il convient également d'établir une distinction spécifique entre l'action humanitaire internationale
proprement dite et l'intervention armée à but humanitaire.Un certain nombre de notions sont désormais employés,
dont il faut expliciter la signification.

6. – Notion d'activité humanitaire –

L'expression "activités humanitaires" est déjà utilisée par les textes de droit international humanitaire (statuts de 1928
de la Croix-Rouge internationale, et surtout l'article 9/9/9/10 de chacune des Conventions de Genève de 1949 : "Les
dispositions de la présente convention ne font pas obstacle aux activités sanitaires que le Comité international de la
Croix-Rouge, ainsi que tout autre organisme humanitaire impartial, entreprendra pour la protection des blessés et
malades, ainsi que des membres du personnel sanitaire et religieux (...)"). Cette expression se fond en fait dans celle
d'"action humanitaire", qui a alors une signification générique. L'action humanitaire n'est pas pour autant
nécessairement impartiale, et il convient de distinguer entre l'offre d'action humanitaire et les modalités de la mise
en œuvre des actions humanitaires.Le concept d'aide humanitaire est parfois utilisé. Sa définition, au plan
international, est délicate, car : "il s'agit d'une aide qui trouve son fondement dans le droit humanitaire et dans les
résolutions de l'ONU ; (l'aide humanitaire) a pour objectif la réponse d'urgence aux besoins essentiels de toute
catégorie d'individus en situation de détresse ; elle est distribuée par des institutions publiques, privées ou par des
opérations conjointes, en conformité avec les principes d'humanité, de neutralité et d'impartialité dans le respect de
la souveraineté territoriale tenue elle aussi au respect des droits de l'homme" (M. Flory, in M.-J. Domestici-Met, Aide
humanitaire internationale : un consensus conflictuel ? : Economica 1996, p. 34. – V. également M.-L. Le Coconnier
et B. Pommier, L'action humanitaire : PUF, 2e éd. 2014, coll. Que sais-je ?, n° 3043).

7. – Notion d'assistance humanitaire –

L'assistance humanitaire internationale (ou encore la coopération internationale pour le développement humanitaire)
se fonde sur l'idée d'assistance à population en danger. L'expression d'"assistance" (liée à celle de protection) est,
elle aussi, connue du droit international humanitaire, étant apparue pour la première fois dans les statuts de la Croix-
Rouge internationale lors de la révision de ceux-ci intervenue en 1952 (V. J.-L. Blondel, L'assistance aux personnes
protégées : Rev. int. Croix-Rouge sept.-oct. 1987, n° 757, p. 471 à 489). Il convient en fait de distinguer entre
l'assistance humanitaire et la protection humanitaire, cette dernière notion visant principalement à garantir le respect
des droits fondamentaux des victimes. Quant à l'assistance humanitaire, bien qu'il semble particulièrement délicat
d'en donner une définition apodictique, on peut la considérer globalement comme l'action de proposer ses services
en vue de la satisfaction d'un besoin d'ordre humanitaire (M. Torrelli parle de "droit général d'initiative", in De
l'assistance à l'ingérence humanitaire : Rev. int. Croix-Rouge 1992, p. 240). On peut cependant faire appel à la
méthode du faisceau de critères, en en retenant trois principaux :
• le critère du moment du déclenchement : l'existence de circonstances exceptionnelles, ce qui pose un
problème d'appréciation ;
• le critère du fournisseur : la conception moderne amène à se référer à la communauté internationale, à
travers les organisations internationales ;
• et le critère du contenu, en insistant sur l'assistance médicale.

8. – Notion d'intervention humanitaire –

L'intervention humanitaire concerne aujourd'hui les actions humanitaires qui sont entreprises et conduites par la
communauté internationale en faveur des populations dont les droits fondamentaux sont violés. Le droit international
public moderne reconnaît à la communauté internationale ce que l'on peut appeler un droit de regard humanitaire
(saisine du Conseil de sécurité selon l'article 35, § 1 de la charte de l'ONU, saisine du Comité des droits de l'homme

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dans le cadre de l'application du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, etc.).
On peut également mentionner l'existence d'un droit d'intervention humanitaire ad hoc, que l'on peut tirer de
l'article 51 de la charte de l'ONU traitant de la légitime défense.

9. – Intervention d'humanité –

Il ne faut pas confondre le concept moderne d'intervention humanitaire avec la théorie de l'intervention d'humanité,
dite encore de protection d'humanité, ou encore d'auto-protection (V. E. Perez-Vera, La protection d'humanité en
droit international : Rev. belge dr. int. 1969-2, p. 401-424. – A. Rougier, La théorie de l'intervention d'humanité : RDI
publ. 1910, p. 468 à 526. – W.-D. Verwey, Humanitarian intervention under international law : Netherlands
International Law Review, 1985, p. 468-526).L'expression d'"intervention d'humanité" a, semble-t-il, été forgée par
Léon Bourgeois. L'intervention d'humanité, qui semble avoir été inaugurée par le traité Kutchuk-Kaïnardji de 1774,
conclu entre l'Empire ottoman, la Perse et la Russie, prévoyant notamment la possibilité pour cette dernière d'étendre
sa protection aux sujets orthodoxes de l'Empire ottoman, a été pratiquée, de façon unilatérale, par des États ou
groupes d'États, notamment au cours du XIXe siècle : la France, l'Angleterre et la Russie en 1826 dans l'empire
ottoman (pour défendre les insurgés grecs), la France en 1860 en Syrie, les puissances européennes en 1869 au
Japon (pour protéger les chrétiens), la France en 1877 à nouveau dans l'empire ottoman (à cause de massacres de
chrétiens maronites par des Druses musulmans), ou encore les États-Unis en 1898 à Cuba. Au XXe siècle, les
interventions d'humanité ont eu comme objectif plus manifeste la protection, par l'État intervenant, de ceux de ses
nationaux présents dans l'État où se situait l'intervention : la Belgique en 1960 au Congo, la Belgique et les États-
Unis en 1964 également au Congo-Kinshasa (à Stanleyville et à Paulis), les États-Unis en 1965 à Saint-Domingue,
Israël en 1976 en Ouganda (affaire d'Entebbe), la France en 1978 au Zaïre (à Kolwezi), les États-Unis en 1980 en
Iran (affaire de Taba), ou encore les États-Unis en 1989 à Panama (opération "juste cause"). L'opération "Amaryllis",
menée au Rwanda en avril 1994, par la France, la Belgique et l'Italie, a constitué un nouvel exemple d'intervention
d'humanité. La théorie n'a pas été seulement appliquée par les grandes puissances, mais également par des pays
en développement : les pays arabes en 1948 contre Israël, l'Inde au Pakistan oriental en 1971, l'Indonésie en 1975
au Timor-oriental, le Vietnam au Cambodge à partir de décembre 1978, la Tanzanie en 1979 en Ouganda, ou encore
l'Inde au Sri Lanka en 1987. On doit remarquer que le droit international n'a pas établi d'habilitation expresse en
faveur de l'intervention d'humanité, mais, dans le même temps, il n'y a pas d'opinio juris reconnaissant son illicéité.

10. – Notion d'ingérence humanitaire –

Ce concept a, semble-t-il, été forgé par J.-F. Revel en 1979. L'ingérence correspond communément à une assistance
non sollicitée. Le droit international public classique est fondé sur le principe de la non-ingérence dans les affaires
intérieures des États (théorie du "domaine réservé" de l'État), reconnaissant l'intangibilité des frontières et l'intégrité
territoriale des États. Ce principe est affirmé par un certain nombre de textes internationaux, en particulier onusiens :
article 2, paragraphe 7 de la charte de l'ONU, et de nombreuses résolutions de l'Assemblée générale, telles que la
résolution 2131 (XX) du 21 décembre 1965 portant déclaration sur l'inadmissibilité de l'intervention dans les affaires
intérieures des États et la protection de leur indépendance et de leur souveraineté, la résolution 2625 (XXV) du
24 octobre 1970 portant déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la
coopération entre les États conformément à la charte de l'ONU, ou encore la résolution 36/103 du 9 décembre 1981
sur l'inadmissibilité de l'intervention et de l'ingérence dans les affaires intérieures des États. D'autres organisations
intergouvernementales ont également retenu ce principe, comme l'Organisation des États américains (charte,
art. 17). La résolution 36/103 de l'Assemblée générale de l'ONU affirme ainsi que : "les États ont le devoir de
s'abstenir d'exploiter et de déformer les questions relatives aux droits de l'homme dans le but de s'ingérer dans les
affaires intérieures des États" (V. de façon générale, G. Sperduti, La protection des droits de l'homme et le principe
de non-intervention dans les affaires intérieures des États : Annuaire Institut dr. int. 1990, vol. 63, II, p. 223 à 291).On
peut en réalité considérer que "l'ingérence ne désigne pas un concept juridique déterminé" (M. Bettati, Un droit
d'ingérence ? : RDI publ. 1991, p. 641), et qu'"il n'existe pas d'affaires intérieures par nature" (J. Combacau,
Souveraineté et non ingérence, in M. Bettati et B. Kouchner, Le devoir d'ingérence : peut-on les laisser mourir ? :
Denoël, Paris, 1987, p. 231). Mais il est clair que les deux éléments essentiels de l'ingérence sont en droit
international la contrainte et l'atteinte à la compétence nationale des États.Un tableau historique des types
d'ingérence a pu être établi, notamment par M. Bettati (trame de son ouvrage Le droit d'ingérence : mutation de
l'ordre international, op. cit.), qui distingue entre l'"ingérence immatérielle", c'est-à-dire fondée sur la défense

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internationale des droits de l'homme (de 1948 à 1968), l'"ingérence caritative" (de 1968 à 1988), l'"ingérence forcée"
(après 1988, en particulier avec un droit d'ingérence humanitaire financier, qui apparaît dans les résolutions 706 et
986 du conseil de sécurité), et l'"ingérence dissuasive", recherchée plus particulièrement aujourd'hui (exprimée tout
particulièrement avec la résolution du parlement européen du 14 juin 1995 concernant un centre d'analyse pour la
prévention des crises).

11. – Types et formes d'ingérence –

Plusieurs distinctions doivent être établies. Il y a deux grands types d'ingérence, selon que celle-ci prend ou non la
forme d'une intervention armée. On peut également noter qu'il existe plusieurs formes d'ingérence, selon qu'il y a ou
non accord de l'État où elle se produit, ou bien encore quand les structures étatiques sont devenues quasi
inexistantes (comme en Somalie en 1992). Il semble aussi possible de considérer que la nature même de l'ingérence
est différente lorsque l'ingérence est le fait des États (c'est-à-dire des gouvernements), des peuples eux-mêmes (par
le biais des ONG humanitaires), ou encore de la communauté internationale (au travers des OIG, et tout spécialement
le système des Nations unies). La charte de l'ONU accepte d'ailleurs elle-même l'ingérence (des organes de
l'organisation, en particulier le conseil de sécurité), car l'article 2, paragraphe 7 ne saurait faire obstacle à l'application
des mesures de coercition prévues au chapitre VII (consacré à l'action de l'ONU en cas de menace contre la paix,
de rupture de la paix et d'acte d'agression).Il y a également, dans la charte de l'ONU, une certaine contradiction entre
l'article 2, paragraphe 7 et l'article 1er, paragraphe 3 qui, lui, en envisageant la défense des droits de l'homme, prévoit
en quelque sorte l'ingérence humanitaire.Il a pu être en outre utilisé la notion d'ingérence démocratique , pour
insister sur le fait que la philosophie de l'ingérence humanitaire emprunte aux idéaux de la démocratie pluraliste. Les
pays du Sud, qui rejettent déjà largement la notion d'ingérence humanitaire, sont opposés à la notion d'ingérence
démocratique, qui (surtout pour les pays d'Amérique latine) présente un relent de néo-colonialisme (déclaration du
sommet du Groupe des 77, La Havane, 14 avr. 2000).L'expression d'"ingérence humanitaire" est française. Les
anglo-saxons parlent d'"intervention humanitaire". Le Comité international de la Croix-Rouge n'accepte pas ces
expressions, considérant qu'il s'agit d'"intervention armée suite à des violations graves des droits de l'homme et du
droit international humanitaire" (A. Ryniker, Position du CICR sur l'"intervention humanitaire" : Rev. int. Croix-
Rouge juin 2001, vol. 83, n° 842, p. 253).

C) Légitimité et légalité de l'action humanitaire internationale


Le droit international de l'action humanitaire tente de faire de l'action humanitaire une règle juridique de portée
générale. Plusieurs notions sont alors utilisées.

13. – Droit à l'assistance humanitaire –

L'assistance humanitaire peut être considérée comme un "principe de subsidiarité à finalité humanitaire" (M. Bettati,
Un droit d'ingérence ? : RDI publ. 1991, op. cit., p. 655), puisque le droit des victimes à être secourues exige un libre
accès à celles-ci. Le droit à l'assistance humanitaire apparaît ainsi comme étant le droit à l'accès à l'assistance
humanitaire (comme le droit à la santé est, selon l'analyse classique, avant tout le droit à l'accès aux soins de santé).
Ce droit n'a pas été inscrit, en tant que tel, dans les grands textes internationaux classiques consacrés aux droits de
l'homme ; on peut cependant considérer qu'il est envisagé indirectement à travers la reconnaissance du droit à la vie
(qui en constitue le "prolongement naturel", M.-J. Domestici-Met, Aspects juridiques récents de l'assistance
humanitaire : AFDI 1989, p. 122. – V. aussi G. Gaggioli, L'influence mutuelle entre les droits de l'homme et le droit
international humanitaire à la lumière du droit à la vie : Pedone 2013) et du droit à la santé (au sens par exemple de
la charte sociale européenne de 1961, art. 13, qui parle de droit à l'assistance médicale).

14. – Droit d'assistance humanitaire –

Le droit d'offrir une assistance humanitaire est retenu depuis longtemps par le droit international humanitaire, en
particulier à travers ce que l'on appelle le "droit d'initiative" du Comité international de la Croix-Rouge, qui "n'est pas
considéré comme une ingérence injustifiée dans les affaires d'un État" (A. Meyer, L'action humanitaire : un
compromis délicat : Rev. int. Croix-Rouge 1987, n° 767, p. 512), et qui fait partie du droit international coutumier
(V. Y. Sandoz, Le droit d'initiative du CICR : German Yearbook of International Law, 1979, p. 352 à 373).Plus

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largement, on peut considérer qu'il existe un droit de la communauté internationale d'octroyer une assistance
humanitaire, ce qui soulève plusieurs questions juridiques, comme l'autorisation des États pour le transit du personnel
et des marchandises, la coordination internationale de l'assistance, ou encore le contrôle de son utilisation.

15. – Droit d'ingérence humanitaire –

R. Cassin est considéré comme "le père du droit d'ingérence" (M. Bettati, Droit humanitaire textes introduits et
commentés : Seuil 2000, coll. Point-Essais, p. 58).Le droit à la vie apparaît comme le fondement général du droit
d'ingérence humanitaire. On doit également noter que le fondement juridique du droit d'ingérence humanitaire est lié
tout particulièrement à l'interprétation que l'on peut donner de l'article 2, paragraphe 4 de la charte de l'ONU portant
interdiction du recours à la force. Il se pose en fait un certain nombre de problèmes pour l'application de ce droit : le
problème des critères de mise en œuvre (l'idée de violation massive des droits de la personne humaine, en particulier
pour la protection des minorités, mais aussi en cas d'infractions graves, comme notamment les crimes contre
l'humanité), le problème connexe du domaine d'action (comme en ce qui concerne l'action ou l'omission d'un État
dans une situation de génocide, ou en cas de famine), le problème du contenu (on peut distinguer entre un droit
"naturel" d'ingérence, avec la procédure d'enquête utilisée par exemple en cas d'occupation de territoire, ou l'aide
médicale en cas de tremblement de terre par exemple, et un droit "spécial" d'ingérence, dans une situation de guerre
civile par exemple), ou encore le problème des modalités de mise en œuvre. On peut aussi parler de droit d'urgence
humanitaire . L'expression de droit d'ingérence écologique a même été utilisée, à partir de l'idée du droit de la
personne humaine à un environnement sain et préservé : cette idée a connu déjà des applications (avec les "marées
noires", certains essais nucléaires, ou encore l'évacuation de déchets nucléaires), mais n'a pas été invoquée en 1986
lors de l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, et en 1991 au Koweit au moment de l'incendie des puits de
pétrole. La question de l'application de ce droit se pose aussi bien en temps de paix (résol. 44/224, 22 déc. 1989 de
l'Assemblée générale de l'ONU relative à la coopération internationale pour le suivi, l'évaluation et la prévision des
menaces à l'environnement et pour la fourniture de secours d'urgence en cas de catastrophe écologique : Rec. int.
lég. sanit. 1990, vol. 41, n° 4, p. 801 à 803) qu'en temps de guerre (V. dossier in Rev. int. Croix-Rouge, n° 798, nov.-
déc. 1992, p. 537 à 591).

16. – Devoir d'ingérence humanitaire –

La formule semble due à E. Ionesco, et la construction juridique qui en résulte est le fait du professeur M. Bettati.
Cette dimension à orientation morale du droit d'ingérence humanitaire a pu notamment être appliquée en Irak au
printemps 1991, ou encore en Somalie en décembre 1992. Le devoir d'ingérence est d'ailleurs établi par la charte de
l'ONU elle-même (art. 24) mais au profit du conseil de sécurité (mécanisme de sécurité collective) et non pas des
États. La notion de devoir d'ingérence humanitaire est, en réalité, une "notion a-juridique" (F. Sudre, Droit européen
et international des droits de l'homme : PUF, Paris V. 9e éd. 2008, coll. Droit fondamental, p. 121).

17. – De l'ingérence humanitaire à la responsabilité de protéger –

La construction juridique générale de l'action humanitaire internationale fait appel à un certain nombre de données.
On peut retenir en particulier l'obligation de vigilance (V. Charte ONU, art. 2. – Conv. Genève relative aux réfugiés,
28 juill. 1951, art. 33. – Conv. Genève 12 août 1949, art. 1er commun, ou encore Prot. additionnel I, 1977, art. 1). Il
peut également être fait référence à la théorie de la légitime défense collective, mais l'arrêt de la CIJ du 3 avril 1993,
dans l'affaire de Bosnie-Herzégovine, n'a pas reconnu le droit à la légitime défense de cet État. L'idée de prévention
peut aussi être évoquée, dans la mesure où l'action humanitaire pourrait être envisagée avant même les conflits.Le
développement de l'action humanitaire internationale soulève par ailleurs le problème de l'application des principes
de neutralité et d'impartialité (utilisés par le DIH classique). La critique a été adressée à la Croix-Rouge internationale
de ne pas avoir dénoncé les déportations de Juifs, ainsi que l'existence des camps de concentration pendant la
Seconde Guerre mondiale (V. J.-C. Fayez, Une mission impossible ? Le CICR, les déportations et les camps de
concentration nazis : éd. Payot, Lausanne, 1988. – I. Vichniac, Croix-Rouge, les stratèges de la bonne conscience :
A. Moreau, Paris, 1988). On peut toutefois noter, à l'époque de la situation d'apartheid en Afrique du Sud, que la
délégation gouvernementale de ce pays avait été suspendue de la vingt-cinquième conférence internationale de la
Croix-Rouge le 25 octobre 1986 (V. J. Moreillon, Suspension de la délégation gouvernementale de la République
d'Afrique du Sud de la XXVe conférence internationale de la Croix-Rouge, Genève, 1986 : différentes perceptions
d'un même événement : Rev. int. Croix-Rouge mars-avr. 1987, n° 764, p. 135 à 153. – Y. Sandoz, Analyse juridique

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de la décision de suspendre la délégation gouvernementale sud-africaine de la XXVe conférence internationale de
la Croix-Rouge : AFDI 1986, p. 591). On a pu également constater, le "silence" de l'ONU dans des cas de violation
massive des droits de l'homme (Cambodge, Éthiopie, Soudan, Tibet, Tchétchénie, etc.) Un certain nombre d'ONG
humanitaires, notamment médicales, refusent aujourd'hui la neutralité.Le principe de la responsabilité de protéger
, énoncé au début des années 2000, semble devoir remplacer la notion d'ingérence humanitaire (jugée trop rigide).
Ce principe, qui est en réalité déjà connu du DIH classique (étant contenu dans les Conventions de Genève
modifiées), tend à être formellement affirmé dans des textes de DIH moderne (comme la résolution 1674-2006 du
28 avril 2006 du Conseil de sécurité des Nations unies). Il a été expressément invoqué par le Conseil de sécurité des
Nations unies avec la résolution 1973 du 17 mars 2011 (à propos de la Libye). L'intérêt de ce principe est d'établir
un lien direct entre l'action humanitaire internationale (en référence expresse avec la notion de sécurité humaine) et
la souveraineté étatique (V. H. Abdelhamid, M. Bélanger et alii, Sécurité humaine et responsabilité de protéger.
L'ordre international humanitaire en question : Agence universitaire de la francophonie, éd. des archives
contemporaines, Paris, 2009).

II) Sources du droit international de l'action humanitaire


Les sources du droit international de l'action humanitaire sont constituées d'un certain nombre de textes établis par
des organisations internationales. Les règles énoncées représentent en quelque sorte "des échantillons de droit
sectoriel à l'assistance humanitaire" (M. Bettati, in M. Bettati et B. Kouchner, op. cit., p. 25). Il convient de distinguer
entre les textes adoptés par les organisations intergouvernementales, les textes émanant des ONG, et les arrêts et
avis rendus par la Cour internationale de justice (on doit y ajouter désormais les jugements des tribunaux pénaux
internationaux, V. infra).

A) Textes des organisations intergouvernementales


Il existe déjà tout un droit conventionnel, qui doit être pris en compte par le droit international de l'action humanitaire,
et qui couvre notamment la lutte contre le génocide, ainsi que la lutte contre la torture et les autres peines ou
traitements inhumains ou dégradants. Il est certain que ce corpus juridique devrait d'abord être appliqué. Plusieurs
textes actuels touchent directement à l'action humanitaire dans son ensemble, la plupart ayant été établis par l'ONU,
et certains par d'autres OIG.

1) Textes de l'Organisation des Nations Unies


20. – Catégories de textes onusiens –

Il faut distinguer les textes émanant du Conseil de sécurité (qui, d'après l'article 25 de la charte de l'ONU, sont des
décisions) et les textes adoptés par l'Assemblée générale (qui ne sont que des recommandations). On peut noter
que ces textes ont été, au départ, largement d'inspiration française.

21. – Textes de l'Assemblée générale –

Dès 1988, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté des résolutions consacrées à l'action humanitaire internationale.
On peut en particulier citer les résolutions 43/129, 43/130, 43/131, ainsi que la résolution 45/100. La résolution 43/129
du 22 novembre 1988, concerne le nouvel ordre humanitaire international (A/RES/43/129). La résolution 43/130 du
8 décembre 1988, vise la promotion de la coopération internationale dans le domaine humanitaire (A/RES/43/100).
La résolution 43/131, également du 8 décembre 1988, porte sur l'assistance aux victimes des catastrophes naturelles
et des situations d'urgence du même ordre (A/RES/43/131). Ce dernier texte insiste, au préalable, sur la
souveraineté, l'intégrité territoriale et l'unité nationale des États (2e consid.), et "réaffirme la souveraineté des États
affectés et le rôle premier qui leur revient dans l'organisation, la coordination et la mise en œuvre de l'assistance
humanitaire sur leurs territoires respectifs" (§ 2).Ceci étant noté, le reste de la résolution justifie la fourniture d'une

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assistance humanitaire "d'urgence" (5e consid.) par la "communauté internationale" (7e consid.), faisant intervenir à
la fois les États (les gouvernements), les OIG, ainsi que les ONG, ces dernières "agissant dans un but strictement
humanitaire" (11e consid.), étant considéré que : "les principes d'humanité, de neutralité et d'impartialité devraient
faire l'objet d'une particulière considération pour tous ceux qui dispensent une assistance humanitaire" (12e
consid.).Le paragraphe 3 de la résolution : "souligne l'importante contribution à l'assistance humanitaire qu'apportent
les OIG et ONG agissant dans un but strictement humanitaire", alors que le paragraphe 7 demande en particulier à
ces organisations de coopérer avec l'ex-UNDRO. L'assistance humanitaire d'urgence doit prendre la forme
principalement de l'apport de nourriture, de médicaments et de soins médicaux (§ 4). La résolution 45/100 , du
14 décembre 1990 (A/RES/45/100), reprend les éléments contenus dans la résolution 43/131 (à laquelle elle se
réfère expressément). Elle évoque également la déclaration du Caire du Conseil mondial de l'alimentation (V. infra),
et surtout, tenant compte du rapport du secrétaire général de l'ONU sur l'application de la résolution 43/131, elle
approuve l'ouverture de "couloirs d'urgence pour la distribution d'aide médicale et alimentaire d'urgence", mais la
possibilité de création de tels couloirs humanitaire n'est qu'"à titre temporaire, là où il est nécessaire et de manière
concertée entre les gouvernements touchés et les gouvernements et organisations intergouvernementales,
gouvernementales et non gouvernementales intéressées" (§ 6).

22. – Textes du Conseil de sécurité –

La compétence du Conseil de sécurité pour lutter contre les violations massives des droits de l'homme est établie
par le chapitre VII de la charte de l'ONU. Ce fondement juridique a été historiquement consacré à la fois de façon
implicite (par l'application des règles de la légitime défense dans les cas des missions humanitaires onusiennes) et
explicite (en particulier avec les résolutions du Conseil de sécurité portant création du Tribunal pénal international
pour l'ex-Yougoslavie).C'est à partir de 1991 que le Conseil de sécurité a abordé formellement, dans plusieurs de
ses résolutions, la question de l'aide humanitaire internationale. On peut notamment évoquer les résolutions 688,
733, 770 et 794. L'importante résolution 688 du 5 avril 1991, sur la répression des populations civiles irakiennes
(S/RES/688), destinée en particulier à protéger les Kurdes d'Irak, se réfère d'abord à l'article 2, paragraphe 7 de la
charte de l'ONU (2e consid.), ainsi qu'à la règle de la souveraineté étatique (7e consid.). Le Conseil de sécurité
"insiste pour que l'Irak permette un accès immédiat des organisations humanitaires internationales à tous ceux qui
ont besoin d'assistance dans toutes les parties de l'Irak [...]" (§ 3).On a pu affirmer que cette résolution n'était "pas
un texte de circonstances" (F. Satchivi, La règle de l'ingérence humanitaire en droit international : LPA 7 févr. 1992,
n° 17, p. 15), et considérer qu'avec elle le Conseil de sécurité "intègre les préoccupations humanitaires dans le droit
des Nations Unies" (M. Torrelli, op. cit., 1992, p. 251). De même, avec la résolution 770 du 14 août 1992, autorisant
le recours à la force pour l'acheminement de l'aide humanitaire en Bosnie-Herzégovine (S/RES/770), en application
du chapitre VII de la charte de l'ONU, le Conseil de sécurité "exhorte les États à prendre, à titre national ou dans le
cadre d'organisations ou d'arrangements régionaux, toutes les mesures nécessaires pour faciliter, en coordination
avec l'ONU, l'acheminement par les organisations humanitaires compétentes des Nations Unies et d'autres de
l'assistance humanitaire [...]" (§ 2), et, "exige que soit immédiatement accordée au CICR et aux autres organisations
humanitaires compétentes la possibilité d'avoir accès sans entrave et en permanence à tous les camps, prisons et
centres de détention [...]" (§ 3).Par ailleurs, ce texte s'intéresse tout spécialement à la sécurité des personnels de
l'aide humanitaire, puisqu'il "exige que toutes les parties et les autres intéressés prennent les mesures nécessaires
pour garantir la sécurité du personnel des Nations Unies et des autres personnels chargés d'acheminer l'aide
humanitaire" (§ 6). On peut dire, mais en nuançant, que "le Conseil de sécurité s'approprie le droit humanitaire"
(L. Boisson de Chazournes, in L. Condorelli et al. (dir.), Les Nations Unies et le droit international humanitaire :
Pedone 1996, p. 153).

2) Autres textes
23. – Textes d'autres OIG –

À côté de l'ONU, on peut mentionner d'autres institutions du système des Nations unies, qui ont pu elles-mêmes
élaborer des textes concernant l'aide humanitaire internationale : l'UNITAR (Institut des Nations Unies pour la
formation et la recherche) avec ses règles types pour les opérations de secours en cas de catastrophe (1982), l'ex-
UNDRO (Bureau du coordinateur des Nations Unies pour les secours en cas de catastrophe) avec son projet de

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convention sur l'accélération de l'acheminement des secours d'urgence (1984), ou encore le Conseil mondial de
l'alimentation avec sa déclaration du Caire adoptée au cours de sa quinzième session en 1989 (qui a proposé
notamment un accord international sur le transport de l'aide alimentaire d'urgence). Par ailleurs, certaines instances
internationales régionales ont pu aborder, plus ou moins directement, la question : l'Organisation des États
américains avec un projet de convention inter-américaine visant à faciliter l'assistance en cas de catastrophe (1984),
l'Union européenne avec des déclarations sur les droits de l'homme (comme celle établie le 21 juillet 1986 par les
ministres des Affaires étrangères des États membres réunis au sein du Conseil des Communautés européennes, ou
celle adoptée le 29 juin 1991 par le Conseil européen réuni à Luxembourg), ou encore la Conférence (désormais
Organisation) sur la sécurité et la coopération en Europe avec la charte de Paris pour une nouvelle Europe du
21 novembre 1990, le code de conduite relatif aux aspects politico-militaires de la sécurité (Budapest, 3 déc. 1994)
ou la charte pour la sécurité et la prévention des conflits (Istanbul, 19 nov. 1999).

B) Textes des organisations non gouvernementales


24. – Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge –

On doit renvoyer aux dispositions contenues dans les Conventions de Genève de 1949 et dans les deux protocoles
additionnels de 1977. Il convient également de faire une place à part à la déclaration de principe relative aux actions
de secours en faveur des populations civiles en cas de désastre, adoptée lors de la XXIe conférence internationale
de la Croix-Rouge, réunie à Istanbul en septembre 1969 (résol. XXV. – V. Manuel Croix-Rouge int., § 6).

25. – Organismes à vocation juridique –

Le Comité de droit international médical et humanitaire a établi, lors de sa conférence de Belgrade de 1980, un projet
d'accord-type relatif aux actions humanitaires de secours. L'Académie internationale des droits de l'homme a pris,
lors du symposium de Copenhague le 31 août 1986, une résolution sur le droit à l'assistance humanitaire. On doit
surtout citer l'article 5 de la résolution adoptée par l'Institut de droit international, lors de sa session de Saint-Jacques
de Compostelle le 13 septembre 1989, sur la protection des droits de l'homme et le principe de non-intervention dans
les affaires intérieures des États (Annuaire IDI 1990, vol. 63-II, p. 339 et p. 345), qui énonce que : "L'offre par un État,
un groupe d'États, une organisation internationale ou un organisme humanitaire impartial, tel le CICR, de secours
alimentaires ou sanitaires à un État dont la population est gravement menacée dans sa vie ou sa santé ne saurait
être considérée comme une intervention illicite dans les affaires intérieures de cet État" (Annuaire IDI, ibid., p. 344).Le
conseil de l'Institut international de droit humanitaire de San Remo a adopté, lors de sa session d'avril 1993, des
principes directeurs concernant le droit à l'assistance humanitaire (texte in Rev. int. Croix-Rouge nov.-déc. 1993,
n° 804, p. 548-554). Ce texte souligne en particulier que l'assistance humanitaire doit être conforme aux principes
d'humanité, de neutralité et d'impartialité (préambule), et précise que l'assistance humanitaire "peut comprendre tous
les secours indispensables à la survie des victimes tels que les vivres, l'eau, les médicaments, les fournitures et
matériels médicaux, les abris rudimentaires, les vêtements ainsi que des services, notamment médicaux et de
dépistage, d'assistance religieuse et spirituelle et de défense civile, conformément aux tâches définies par le droit
international humanitaire".

26. – ONG humanitaires –

Au cours d'une première conférence internationale de droit et morale humanitaire, tenue à Paris le 28 janvier 1987 à
l'initiative de Médecins du monde et la Faculté de droit de Paris-Sud, il a été adopté une résolution sur la
reconnaissance du devoir d'assistance humanitaire et du droit à cette assistance (in B. Kouchner et M. Bettati, op.
cit., 1987. – Également in C. Condamines, L'aide humanitaire entre la politique et les affaires : L'Harmattan 1989,
p. 229 et 230). Ce texte fait appel à une approche globale des situations d'assistance humanitaire (conflits armés,
internes ou internationaux, violences collectives, catastrophes naturelles, catastrophes industrielles : 1er et 2e
consid.), part du constat du respect insuffisant du DIH (3e consid.) et se réfère à la fois à l'article 3 de la déclaration
universelle des droits de l'homme, à l'article 6 du pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l'article 12
du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (7e consid.). Il contient les différents
éléments du droit international de l'action humanitaire (droit des victimes à l'assistance humanitaire et devoir des
États d'assistance humanitaire). Par ailleurs, la charte de l'action humanitaire, élaborée par Médecins du monde à

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Cracovie le 31 mars 1990 et adoptée par l'assemblée générale de l'organisation le 4 novembre 1990, constitue un
engagement individuel, souscrit par les personnels de cette ONG. Le texte lie l'action humanitaire à la démocratie. Il
envisage de façon large l'assistance humanitaire (catastrophes naturelles, atteintes à l'écologie, conflits politiques).
Il souligne l'importance des ONG humanitaires. Il évoque en particulier certaines situations (torture, manipulation
génétique), et se réfère à la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant.

C) Arrêts et avis de la CIJ


27. – Arrêts et avis de la CIJ relatifs au DIAH –

Plusieurs arrêts de la Cour internationale de justice, l'organe judiciaire de l'ONU, peuvent être évoqués à l'occasion
de l'effort d'élaboration du droit international de l'action humanitaire. Dans l'affaire du détroit de Corfou (CIJ, 9 avr.
1949 : Rec. arrêts, avis consultatifs et ordonnances, Leyde, Nijhoff, 1949), la cour a rejeté l'interprétation extensive
de l'article 2, paragraphe 4 de la charte de l'ONU, et a ainsi condamné le Royaume-Uni pour violation de la règle du
non-recours à la force. Cet arrêt peut être utilisé à propos de l'intervention d'humanité. Surtout, dans l'affaire des
activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (CIJ, 27 juin 1986 : Rec. arrêts, avis consultatifs et
ordonnances, 1986), la CIJ, qui a également donné une interprétation restrictive de l'article 2, paragraphe 4 (en
évitant d'ailleurs d'utiliser l'expression d'intervention d'humanité), énonce que les États-Unis avaient l'obligation de
respecter les conventions humanitaires, car "une telle obligation ne découle pas seulement des conventions elles-
mêmes, mais des principes généraux du droit humanitaire dont les Conventions (de Genève) ne sont que l'expression
concrète" (Rec., 1986, § 219-220, p. 114).La cour a en réalité retenu du droit d'intervention humanitaire que
l'assistance humanitaire doit se limiter aux fins consacrées par la pratique de la Croix-Rouge internationale, à savoir
"prévenir et soulager la souffrance des hommes, protéger la vie et la santé, et faire respecter la personne humaine"
(Rec. 1986, § 243, p. 125).C'est à cette condition que l'action humanitaire internationale ne présente pas le caractère
d'une intervention dans les affaires intérieures des États : une aide strictement humanitaire, accordée sans
discrimination "ne saurait être considérée comme une intervention illicite ou à tout autre point de vue contraire au
droit international" (Rec. 1986, § 242, p. 124).L'apport de la CIJ au droit international de l'action humanitaire tend à
se renforcer, en particulier avec la reconnaissance explicite que l'interdiction du génocide constitue une norme de jus
cogens (CIJ, 3 févr. 2006, affaire des activités armées sur le territoire du Congo, République démocratique du Congo
c/ Rwanda).L'avis, sollicité par l'Assemblée générale de l'ONU, rendu par la CIJ le 8 juillet 1996 sur la licéité de la
menace ou de l'emploi d'armes nucléaires, se réfère également au droit international humanitaire (CIJ, avis consult.,
8 juill. 1996, motifs § 74 à 95, dispositif, lettres D et E).Également l'avis de la CIJ du 9 juillet 2004 sur les
conséquences juridiques de l'édification d'un mur dans le territoire palestinien occupé s'est expressément référé à la
quatrième Convention de Genève de 1949 ainsi qu'à l'arrêt de la cour du 15 décembre 1973 rendu dans l'affaire du
Procès de prisonniers de guerre pakistanais (Pakistan c/ Inde) : cet avis, en aboutissant à un constat d'illicéité, met
l'accent sur les obligations – en l'occurrence pour Israël – découlant du DIH, et souligne l'application conjointe du DIH
et du DIDH.La CIJ fait donc des principes d'humanité et d'impartialité (sans y inclure le principe de neutralité),
proclamés par la CRI, les conditions fondamentales de l'action humanitaire internationale.Le 1er avril 2011, la CIJ
s'est pourtant déclarée incompétente pour juger une plainte de la Géorgie accusant la Russie de "nettoyage ethnique"
à l'encontre des Géorgiens de souche dans les régions d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.

III) Institutions du droit international de l'action humanitaire


28. – Catégories d'institutions du DIAH –

Les institutions du droit international de l'action humanitaire sont constituées des deux catégories d'organisations
internationales : les organisations inter-gouvernementales et les organisations non gouvernementales. Les premières
exercent plutôt un rôle de police et de juge, les secondes un rôle de "bon Samaritain". Les ONG sont en réalité les
plus anciennes dans l'action humanitaire internationale : on parlait naguère à leur propos d'organisations de
bienfaisance ou d'associations caritatives. On doit distinguer entre les ONG de développement (dites ONG
"développementalistes") et les ONG d'urgence que sont les ONG sanitaires et médicales (dites ONG "urgentistes").

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On peut également considérer qu'il existe désormais trois générations de l'action humanitaire internationale : la
première génération a été dominée par la Croix-Rouge internationale, la deuxième a été constituée notamment des
organisations médicales françaises de l'urgence, et une troisième génération, poussée en particulier par des ONG
humanitaires, mais qui s'exprime aussi au sein d'OIG, tend vers l'ingérence. Il se pose le problème de
l'institutionnalisation de ce mouvement humanitaire international, dans la mesure où, au fond, "l'humanitaire n'est pas
subversif" (X. Emmanuelli, Les prédateurs de l'action humanitaire : Albin Michel 1991, p. 246). La prise en
considération des organisations internationales de l'action humanitaire montre une complémentarité de l'action des
ONG et des OIG (par exemple, l'Union européenne a financé en 1992-1993, à propos de l'ex-Yougoslavie, une
grande partie de l'aide humanitaire, qui a été elle-même mise en œuvre par des ONG).

A) Organisations inter-gouvernementales
29. – OIG et DIAH –

Les OIG participent, par leurs activités, à la formation d'une coutume internationale de l'action humanitaire
internationale, qui tend à prendre en considération la notion d'ingérence humanitaire (il y a eu répétition de telles
pratiques dans l'affaire irakienne ou encore dans l'affaire somalienne, et on constate ainsi la constitution d'une opinio
juris).

1) Participation de l'Organisation des Nations unies à l'élaboration du droit international de


l'action humanitaire
30. – ONU et DIAH –

L'ONU (ou, plus exactement, le système des Nations unies) exerce désormais un rôle central dans le domaine de
l'action humanitaire internationale : on peut alors qualifier largement le droit international de l'action humanitaire de
"droit de New-York" (comme on parle de "droit de La Haye" pour le droit des conflits armés, et de "droit de Genève"
à propos du droit international humanitaire proprement dit). Le Conseil de sécurité intervient à titre principal,
établissant la protection humanitaire onusienne à travers le maintien de la paix et de la sécurité internationales ; mais
cet organe peut être bloqué par l'usage du droit de veto : l'action humanitaire internationale implique ainsi l'accord
des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ce qui peut laisser penser à la prise en compte de "l'humanité
à la carte" (M. Torrelli, op. cit., p. 252). Les opérations de l'ONU apparaissent comme étant des opérations
contractuelles, qui font en particulier appel à l'accord de l'État visé.Les opérations de l'ONU en vue du maintien de la
paix présentent, depuis le début des années 1990, un caractère nettement humanitaire, comme avec l'ONUSOM
(Opérations des Nations unies en Somalie, 24 avr. 1992), ou encore avec l'ONUMOZ (Opération des Nations unies
au Mozambique, 16 déc. 1992).L'ONU possède un Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA :
Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, www.unocha.org), qui a été installé en 1998, remplaçant le
département des affaires humanitaires (DAH) qui avait été créé en 1992. Le DAH avait lui-même absorbé l'UNDRO
(Office des Nations Unies pour les secours en cas de catastrophe) qui datait de 1971. Il existe depuis 1998 un comité
exécutif pour les questions humanitaires, et, en juillet 2004, le secrétaire général de l'ONU a nommé un conseiller
spécial chargé de la prévention des génocides. Un Fonds central d'intervention des Nations unies pour les urgences
humanitaires (CERF) a été institué en décembre 2005.Par ailleurs, il existe plusieurs fonds onusiens spéciaux
touchant au domaine humanitaire, comme le Fonds de contributions volontaires des Nations unies pour les victimes
de la torture (mis en place par la résolution 36/151 de l'Assemblée générale de l'ONU, 16 déc. 1981).On peut
introduire la notion de sous-traitance des opérations d'assistance humanitaires par l'ONU, notamment au Rwanda
(sous-traitance confiée à la France : résolution 929 du Conseil de sécurité du 22 juin 1994, qui a permis l'opération
Turquoise), mais aussi en Irak, en Somalie, ou encore à Haïti. C'est la technique juridique de l'habilitation qui est
utilisée.

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2) Autres organisations
31. – Anciennes OIG et DIAH –

On peut, tout d'abord, rappeler l'existence de l'Union internationale de secours, qui avait été créée par une convention
internationale conclue en 1927, ayant son siège à Genève, pour intervenir en temps de paix : ses activités sont en
fait restées très réduites. Également, l'UNRRA (Administration des Nations unies pour le secours et le relèvement) a
fonctionné de 1943 à 1947.

32. – Autres OIG actuelles et DIAH –

D'autres organisations onusiennes doivent être citées, qui sont souvent qualifiées d'agences humanitaires des
Nations unies. Le FISE/UNICEF (Fonds international de secours à l'enfance/ United Nations International Children's
Emergency Fund : le nom véritable de cette organisation est en réalité Fonds des Nations Unies pour l'enfance), qui
a son siège à New-York, a été constitué le 11 décembre 1946. Sur le plan statuaire, c'est une organisation spéciale,
qui, en particulier, n'a pas de membres proprement dits. L'UNICEF a notamment pour mission de répondre aux
"urgences criantes" et aux "urgences silencieuses" (J.-P. Grant, Rapport du directeur général, 1980, p. 2). La santé
est un des domaines principaux d'assistance de l'organisation, qui a notamment monté une opération commune avec
le CICR au Cambodge en 1981-1982. Le comité français de l'UNICEF a été établi en 1964 ; il a été reconnu d'utilité
publique en 1970, et grande cause nationale en 1976. L'UNICEF a signé en 1977 un accord d'accréditation avec son
Comité national français. Coordonnées du Comité français pour l'UNICEF : 139, cours Balguerie Stuttenberg, 33000
Bordeaux (www.unicef.fr).L'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for the Palestine Refugees in the
Near East – Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient)
a été institué le 8 décembre 1949 par l'Assemblée générale de l'ONU, et a commencé à fonctionner le 1er mai
1950.L'UNHCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), qui a son siège à Genève, a lui aussi été
créé par une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU le 14 décembre 1950, et est entré en activité le 1er janvier
1951. Cette organisation (www.unhcr.fr), dont la vocation première n'est pas opérationnelle, ayant avant tout une
fonction de conseil juridique, est notamment chargée de la promotion du droit international des réfugiés. Elle assure
également la protection des réfugiés, en leur dispensant en particulier une assistance matérielle.Le Programme
alimentaire mondial(www.wfp.org), créé en 1961, est tout spécialement chargé de l'aide alimentaire ; il dispose
notamment d'une réserve alimentaire internationale d'urgence (établie en 1976).

33. – Union européenne et DIAH –

L'Union européenne intervient dans le domaine de l'action humanitaire internationale. Elle fournit une aide matérielle,
qui se divise en une aide d'urgence (en cas de guerre civile, conflit interne, blocus, réfugiés étrangers, populations
déplacées, troubles, sécheresse, cyclones...) et une aide alimentaire (actions de stockage et d'alerte rapide,
participation au financement d'achats de produits alimentaires et de semences par des ONG). L'Union européenne
est un bailleur institutionnel pour des ONG humanitaires (comme Médecins du monde) : la Commission européenne
tout spécialement accorde des financements pour des opérations d'urgence, en fixant des conditions d'éligibilité pour
les ONG.L'Office humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a été créé le 1er mars 1992, et placé
auprès de la Commission européenne. Il a pour fonctions de réunir l'aide humanitaire totale de la Communauté,
d'établir des relations de partenariat avec les organisations internationales humanitaires, et d'améliorer la coopération
pratique avec les États membres. C'est à partir de 1970 que l'Union européenne a fourni une aide humanitaire, qui
comprend plusieurs volets : l'aide alimentaire, l'aide d'urgence (l'ancienne "aide exceptionnelle"), et l'aide aux
réfugiés, rapatriés et personnes déplacées. Il s'y ajoute, depuis 1990, une aide humanitaire spécifique pour l'Europe
centrale et orientale. L'aide alimentaire est financée par le budget annuel de la Communauté. L'aide d'urgence et
l'aide aux réfugiés sont financées par le Fonds européen de développement (FED) pour les pays d'Afrique, des
Caraïbes et du Pacifique (ACP) ou par le budget annuel pour les autres pays. L'aide humanitaire en faveur des pays
d'Europe centrale et orientale (PECO) est financée par le budget annuel de la Communauté. ECHO dispose de trois
bureaux à compétences régionales (ECHO 1, 2 et 3. – site Internet à partir de www.europa.eu.int).Historiquement,
la Cour de justice des Communautés européenne a considéré qu'une décision du Conseil des Communautés
européennes, accordant une aide financière au Bangladesh, devait être envisagée comme un acte pris collectivement
par les États membres de la Communauté européenne (car, dans le domaine de l'aide humanitaire, la compétence
de la Communauté européenne n'est pas exclusive) : en conséquence, un recours en annulation (introduit par le

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parlement européen sur le fondement de l'article 173 du traité CEE) est irrecevable (CJCE, 30 juin 1993, aff. C-
181/91 et C-248/91, Parlement européen c/ Conseil et Commission des Communautés européennes : Rec. CJCE,
1993-6, 3685-3721, obs. Bourgeois, et alii ; Rev. Marché unique européen, 1993, n° 3, p. 169, et 1993, n° 4, p. 206 ;
Rev. aff. eur. 1994, n° 1, p. 79, obs. Blaise et Robin).La Commission européenne a, le 5 mai 1993, approuvé un
modèle de contrat-cadre de partenariat pour le financement des opérations dans le domaine de l'aide alimentaire,
qui établit notamment les critères d'éligibilité des ONG. Une réflexion a été engagée en 2001 pour développer le
partenariat entre l'Union européenne et l'ONU en matière humanitaire (communication de la Commission européenne
du 2 mai 2001 : Édifier un partenariat efficace avec les Nations unies dans le domaine du développement et des
affaires humanitaires), et un "dialogue de programmation stratégique" a été établi entre l'UNOCHA (Bureau de la
coordination des affaires humanitaires des Nations unies) et ECHO. Un échange de lettres entre l'UNOCHA et l'Union
européenne concernant leur coopération dans le cadre des mesures à prendre en cas de catastrophe a été officialisé
en 2004 (Comm. CE, déc. 27 oct. 2004).Le règlement (CE) n° 1257/96 du Conseil du 20 juin 1996 concernant l'aide
humanitaire (JOCE, n° L 163, 2 juill. 1996, p. 1 à p. 6) prévoit que “les actions d'aide humanitaire financées par la
Communauté peuvent être mises en œuvre soit à la demande d'organismes et organisations internationales ou non
gouvernementales, d'un État membre ou du pays tiers bénéficiaire, soit à l'initiative de la Commission”(Règl. (CE)
n° 1257/96, art. 6).Les lignes directrices de l'Union européenne pour la promotion du droit humanitaire international,
du 23 décembre 2005, ont été mises à jour (JOUE, n° C 303, 15 déc. 2009, p. 12-17).

B) Organisations non gouvernementales


34. – ONG et DIAH –

Le droit international ne donne pas une habilitation automatique aux ONG pour apporter une assistance humanitaire.
La question s'est d'abord posée historiquement, dans le cadre du DIH. Les Conventions de Genève de 1949, ainsi
que les protocoles additionnels de 1977 ne mentionnent pas expressément les ONG. La première Convention de
Genève de 1949 évoque toutefois les "sociétés de secours" (art. 18), alors que le protocole additionnel I amène la
distinction (art. 15 et 16) entre ONG autorisées (comme l'Ordre de Malte) et ONG non autorisées, les premières étant
alors soumises à la supervision de la partie au conflit ou à celle de la puissance occupante ou encore de la puissance
détentrice. L'accent doit être mis aujourd'hui sur les ONG humanitaires, dont le nombre et la diversité sont
caractéristiques (seules les plus importantes seront citées ici, par ordre alphabétique, en mentionnant principalement
les ONG françaises, ce qui souligne le rôle des "French doctors").

1) ONG humanitaires
35. – ONG humanitaires actuelles –

Il est parfois proposé de remplacer l'expression d'"organisation non gouvernementale" par celle d'organisation de
solidarité internationale (OSI), afin de dépasser la distinction entre les "urgenciers" et les "militants du
développement". Cette appellation semble utile d'un point de vue fonctionnel. On peut toutefois se demander si, d'un
point de vue organique, il n'est pas important de conserver l'expression d'"organisation non gouvernementale", qui
se réfère fondamentalement à la composition de l'institution.On citera tout spécialement :
• Amnesty International : créée à Londres le 28 mai 1961 par l'avocat britannique Peter Berenson, cette
ONG a pour but la mobilisation de l'opinion publique internationale, notamment sur le problème des
prisonniers politiques (lutte contre la torture) ; elle possède un statut consultatif auprès de l'ECOSOC, de
l'UNESCO, du Conseil de l'Europe, de l'Union africaine, (ex-Organisation de l'Unité africaine), de
l'Organisation des États américains, et a obtenu le prix Nobel de la Paix en 1977 ; section française : 72-76
bd de la Villette, 75019 Paris cedex 19 (www.amnesty.fr).
• Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre solidaire : cette ONG française a été
constituée en 1960, et a établi des projets "santé" à partir de 1975 ; siège national : 4, rue Jean Lantier,
75001 Paris (www.ccfd-terresolidaire.fr).

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• Comité intermouvements auprès des évacués (CIMADE) : ONG protestante française créée en 1939 ;
64 rue Clisson, 75013 Paris (www.lacimade.org).
• Cooperative for Assistance and Relief Everywhere (CARE) : cette ONG américaine date de 1945, et
possède des branches nationales ; CARE-France a été mise en place en 1983 : 71 rue Archereau, 75019
Paris (www.carefrance.org.).
• Handicap international : cette ONG a été fondée en 1982 à Lyon ; elle fonctionne en France et en
Belgique ; en France : 138 avenue des Frères Lumière, 69008 Lyon (www.handicap-international.fr).
• Médecins du monde (MDM) : cette ONG française a été créée en 1980, et a désormais caractère
d'association d'utilité publique (D. 24 janv. 1989 : JO 28 janv. 1989, p. 1305). Elle publie un journal mensuel
"Les Nouvelles" ; 62 rue Marcadet, 75018 Paris www.medecinsdumonde.org.) ; elle comprend un réseau
international de quinze membres.
• Médecins sans frontières (MSF) : née officiellement le 21 décembre 1971, mais dans les faits dès 1968
lors de la guerre du Biafra, cette ONG au départ uniquement française a été consacrée "grande cause
nationale" en 1987. Elle s'est diversifiée : il y a désormais un centre opérationnel à Paris, et des bureaux
décentralisés à New York et Tokyo. Elle regroupe non seulement des médecins (généralistes et spécialistes,
notamment des chirurgiens et des anesthésistes), mais aussi des infirmières, des panseuses, etc. : 8, rue
Saint-Sabin, 75011 Paris (www.msf.fr).
• Ordre de Malte (Ordre souverain, militaire et hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem) : l'Ordre a été fondé
en 1099 (c'est la plus ancienne ONG connue) ; il est installé à Rome depuis 1834, ayant adopté sa
constitution (le Code Rohan) en 1772 ; sa constitution actuelle date de 1961, et est complétée par un code
rédigé en 1966. L'Ordre a lui-même constitué un certain nombre d'organismes à vocation humanitaire,
comme l'Aide internationale de l'Ordre de Malte (AIOM). Ses activités humanitaires sont essentiellement
fondées sur la déclaration de principes qu'il a adoptée en 1975, qui précise la position de l'Ordre sur le DIH.
La branche française de l'Ordre de Malte date de 1891 : les Œuvres hospitalières françaises de l'Ordre de
Malte (OHFOM) possèdent un centre du médicament, qui est installé à Versailles : le siège des OHFOM est
situé 42 rue des Volontaires 75015 Paris (www.ordredemaltefrance.org).
• Pharmaciens sans frontières (PSF) : cette ONG française (www.psfci.org), créée en 1985 par cinq
pharmaciens de la région de Clermont-Ferrand, a été amenée à déposer son bilan en 2009, mais ses actions
sont depuis poursuivies par une autre ONG française, ACTED (Agence d'aide à la coopération technique et
au développement) (www.acted.org).
• Première urgence internationale (PUI) : cette ONG française (association à but non lucratif dont le statut
est régi par la loi de 1901) est née en 2015 de la fusion d'Aide médicale internationale (créée le 1er octobre
1979 d'une scission avec Médecins sans frontières) et de Première urgence (fondée en 1992 au début de
la guerre de Bosnie) ; 2 rue Auguste Thomas, 92600 Asnières-sur-Seine (www.pu-ami.org)
• Secours catholique : le siège de Caritas-France est installé 106, rue du Bac, 75007 Paris (www.secours-
catholique.org).
• Secours populaire français : il possède une section santé depuis 1980, et publie une revue mensuelle
"Convergence" ; 9/11, rue Froissart, 75003 Paris (www.secourspopulaire.fr).
• Parmi les autres ONG humanitaires anglo-saxonnes, on peut mentionner, outre CARE, l'ARA (American
Relief Association), Health Unlimited (l'équivalent britannique de MSF), l'IRC (International Rescue
Committee), Save the Children (avec Save the Children-USA, Save the Children Fund-UK).

2) Participation du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à


l'élaboration du droit international de l'action humanitaire
36. – Croix-Rouge et DIAH –

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La dénomination de Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a été retenue par une
résolution adoptée le 31 octobre 1986 par la XXVe conférence internationale de la Croix-Rouge, portant sur l'adoption
de nouveaux statuts pour la Croix-Rouge internationale. Le "droit de Genève" est une partie significative du droit
international de l'action humanitaire, et le Mouvement participe largement à la dispensation de l'aide humanitaire
internationale aux populations civiles : la quatrième Convention de Genève de 1949 notamment établit la protection
des populations civiles en cas de conflit armé ou d'occupation (V. F. Bugnion, Le CICR et la protection des victimes
de la guerre, Thèse Genève, 1992 : Institut universitaire des hautes études internationales. – J. Courten et F. Maurice,
L'administration du CICR en faveur des réfugiés et des populations civiles déplacées : Rev. int. Croix-Rouge janv.-
févr. 1991, n° 787, p. 9 à 22. – J.-F. Golay, Le financement de l'aide humanitaire : l'exemple du CICR : P. Lang,
Berne, 1990. – D. Plattner, L'assistance à la population civile dans le DIH : évolution et actualité : Rev. int. Croix-
Rouge mai-juin 1992, n° 795 p. 259 à 274). Notons par ailleurs que le CICR a obtenu, le 16 octobre 1990, le statut
d'observateur à l'ONU (www.croix-rouge.fr).On peut aussi mentionner l'existence de la Commission indépendante
sur les questions humanitaires internationales , qui a été créée à la suite d'une résolution de l'Assemblée générale
de l'ONU de 1983. Cet organisme, qui regroupe vingt-six personnalités est installé à Genève, et a publié plusieurs
rapports (notamment, en 1986, Famine : mieux comprendre, mieux aider, Berger-Levrault, Paris). Par ailleurs, le
Tribunal international des peuples , créé à Bologne en 1979 par L. Basso, qui a pris la succession du Tribunal
Russell, a pu, au cours de sa session tenue à Paris en octobre 1990, accuser le Brésil de "non-assistance à Indiens
en danger".

IV) Contenu du droit international de l'action humanitaire


37. – Problèmes d'application du DIAH –

L'application de l'action humanitaire internationale soulève de nombreux problèmes, en particulier celui de son
soutien (selon que l'intervention est celle d'un État, d'un groupe d'États ou de la communauté internationale), celui
de sa mise en œuvre face à un État puissant (ou soutenu tout spécialement par un État membre permanent du
Conseil de sécurité de l'ONU), celui des priorités (quand il y a simultanéité de situations), ou encore celui des risques
d'escalade (est-il fondamentalement possible de limiter l'action d'ingérence aux seuls besoins humanitaires ?).

A) Statut des missions humanitaires internationales


38. – Missions humanitaires internationales –

Le "droit de Genève" comporte déjà quelques éléments concernant la protection des personnels des ONG
humanitaires :
• le personnel participant aux actions de secours "sera respecté et protégé" (Prot. additionnel I, 1977, art. 71,
§ 2) ;
• "nul ne sera puni pour avoir exercé une activité de caractère médical conforme à la déontologie, quels
qu'aient été les circonstances ou les bénéficiaires de cette activité" (Prot. additionnel I, 1977, art. 71, § 2 et
(Prot. additionnel II, 1977, art. 10, § 1).

La question du statut des missions humanitaires internationales passe par la reconnaissance de la personnalité
juridique des ONG. Le Conseil de l'Europe a ainsi adopté, le 24 avril 1986, une Convention européenne sur la
reconnaissance de la personnalité juridique des organisations internationales non gouvernementales (V. M.-O.
Wiederkehr, Annuaire français de droit international 1987, p. 749 à 761), qui est entrée en vigueur le 1er janvier
1991.On doit citer en outre la Convention sur la sécurité du personnel des Nations unies et du personnel associé
(9 déc. 1994, non encore entrée en vigueur) (V. notamment les études d'A. Bouvier in Rev. int. Croix-Rouge nov.-
déc. 1995, p. 695-725, et de C. Emanuelli, in RGDI publ. 1995, n° 4, p. 849-880), qui ne protège que certains agents
d'organisations humanitaires. On peut par ailleurs évoquer les jugements du tribunal administratif de l'Organisation
internationale du travail (TAOIT), qui se réfèrent aux notions de "missions dangereuses", "risques évitables" ou

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"risques inévitables" (V. en particulier le jugement n° 402, Grasshoff. – de façon générale, V. M. Bettati, La protection
des organisations humanitaires en mission périlleuse : Mélanges Thierry, 1998, p. 23 à 42).Une déclaration sur la
protection des défenseurs des droits de l'homme a été adoptée le 3 avril 1997 par l'ex-Commission des droits de
l'homme de l'ONU.

39. – Protection juridique des personnels humanitaires –

Il est également apparu nécessaire de renforcer la protection juridique des personnels des ONG humanitaires. La
Fédération internationale des droits de l'homme, MSF, AMI et Hôpital sans frontière ont en ce sens présenté à
Strasbourg au Conseil de l'Europe le 29 février 1984, grâce au professeur Bettati, un projet de charte pour la
protection des missions médicales (V. Annales dr. int. médical, n° 33, 1986, p. 74 et 75. – V. également M. Bélanger,
Droit international de la santé par les textes : Berger-Levrault 1989, p. 219 et 220), qui repose sur l'existence d'un
double droit : le droit de toute population civile d'être soignée par un personnel sanitaire offrant des garanties de
compétence et d'impartialité (d'où l'idée d'obligations mises à la charge de ce personnel), et le droit d'une véritable
protection du personnel sanitaire dans l'accomplissement de ses missions de soins.Plusieurs affaires ont en effet
soulevé, en particulier dans les années 1980, la question de la protection de ces personnels (comme en 1983 l'affaire
Augoyard, du nom de ce médecin français d'Aide médicale internationale fait prisonnier par l'armée soviétique en
Afghanistan, ou comme l'expulsion en décembre 1985 de MSF par les autorités éthiopiennes).

40. – Statut des personnels des ONG humanitaires –

La question du statut des personnels des ONG humanitaires a pu aussi se poser, au plan interne, en France (V. par
ex., J. Henon, Vers un statut du pharmacien responsable d'associations humanitaires ? : Annales pharm. fr. 1992,
vol. 30, n° 1, p. 25 à 82).Le décret n° 95-94 du 30 janvier 1995 relatif aux volontaires et aux associations de volontariat
pour la solidarité internationale (JO 1er févr. 1995, p. 1692), concerne les missions comprises entre une et six
années. Il prévoit une contribution forfaitaire de l'État, et crée une commission du volontariat pour la solidarité
internationale.

B) Structures de l'action humanitaire internationale


41. – Structures de l'action humanitaire internationale –

Un certain nombre de structures peuvent être envisagées en vue du renforcement de l'action humanitaire
internationale, comme l'établissement de "centres" ou de "relais humanitaires", ou encore la constitution d'un "corps
humanitaire international". Quelques-unes de ces structures se mettent en place :
• les zones de sécurité humanitaires : il s'agit d'enclaves ou de zones de protection (la notion est déjà
utilisée depuis longtemps en DIH) ; de telles zones ont été établies au Kurdistan irakien en 1991 ; la notion
de zone de sécurité a été utilisée à plusieurs reprises : "zones de sécurité de fait" (en Irak lors de l'opération
Provide Comfort), "zones humanitaires sûres" (au Rwanda lors de l'opération Turquoise), "zones protégées
des Nations unies" (en Croatie).Une distinction doit être établie entre les zones préventives (visant à
réduire les flux migratoires résultant d'une situation de grande détresse, comme cela a été le cas avec l'appel
interorganisations du 15 juillet 1992 concernant les réfugiés installés en Somalie le long de la frontière avec
le Kenya), les zones protégées par les Nations unies (ZPNU) (application en Croatie en 1992), les zones
de sécurité (destinées à interdire toute activité militaire sur une partie du territoire d'un État pour en protéger
les nationaux : par exemple avec la zone de Zakho au Kurdistan irakien en 1991), et les zones d'interdiction
de survol (comme en Irak et en Bosnie-Herzégovine). L'existence de telles structures fonctionnelles semble
justifier la notion d'espace humanitaire (selon l'expression utilisée par P. Dabezies dans la préface de
l'ouvrage de M.-C. Delpal, Politique extérieure et diplomatie morale : le droit d'ingérence humanitaire en
question, Paris : Fondation pour les études de défense nationale, 1993, 127 p. ).Avec la "zone humanitaire
sûre", établie au sud-ouest du Rwanda après le 5 juillet 1995, on trouve une application significative d'un
certain passage de l'"humanitaire" au "sécuritaire".Le droit de Genève a lui-même, depuis longtemps, établi
des zones protégées, avec les "zones neutralisées" ou encore les "zones et localités sanitaires" (Conv. de
Genève), ainsi qu'avec les "zones démilitarisées" (prot. I).La pratique des zones de sécurité humanitaires,

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telle qu'elle est mise en œuvre aujourd'hui par l'ONU, semble en fait assez "incohérente" (M. Torrelli, Les
zones de sécurité : RGDI publ., 1995, p. 809) ;
• les couloirs (ou corridors) humanitaires : il est fait référence au principe du libre accès, ou encore à la
notion de "passage inoffensif" (bien connu en droit de la mer), d'où l'idée d'un "droit de passage
humanitaire" ; on a ainsi pu parler de "couloirs d'urgence humanitaires" (V. M. Bettati, op. cit., p. 658) ; un
premier corridor humanitaire a été ouvert vers le Haut-Karabahk en avril 1992, puis un autre vers Gorazde
(ex-Yougoslavie) également en 1992... Des "routes bleues" ont été tracées par l'ONU dans le nord de l'Irak
en 1991 : la route bleue n° 1 entre Isikveren (à la frontière turque) et Zakho, et la route bleue n° 2 entre
Usumlu, Kakho et Al Amadiyak ;
• les "gardes bleus" : ces personnes, militaires ou civils, agissant sous le contrôle de l'ONU (comme on parle
de "casques bleus" ou de "bérets bleus"), ont été utilisées pour les centres humanitaires (UNHUC) mis en
place en 1991 par le HCR, avec l'accord de l'Irak, en vue de protéger les Kurdes et les Chiites. Des "gardes
bleus" ont également été mis en place en 1993 dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine
(FYROM, selon les sigles anglais), à la frontière de cet État avec l'ex-République fédérative de Yougoslavie.

C) Activités humanitaires internationales


42. – Générations de l'action humanitaire internationale –

La distinction de générations de l'action humanitaire internationale se réfère aux principes de neutralité et


d'impartialité, selon qu'ils sont pris en compte (première génération, avec la Croix-Rouge internationale) ou plus ou
moins écartés (deuxième génération, avec MSF...) ; l'amorce d'une troisième génération semble devoir axer l'action
humanitaire internationale sur l'idée de prévention. On peut avancer le concept d'ingérence humanitaire préventive,
dont on trouve des éléments d'ordre juridique dans plusieurs résolutions du conseil de sécurité de l'ONU (notamment
la résolution 983 de 1995 à propos de l'ancienne République yougoslave de Macédoine). Plusieurs questions doivent
être envisagées sous un angle juridique.

1) Activité proprement dite des missions humanitaires


43. – Spécialisation humanitaire internationale –

Deux questions juridiques doivent être tout particulièrement soulevées à propos de l'activité des missions
humanitaires internationales. Il faut tout d'abord préciser la notion de respect des instruments pertinents. Il est en
effet nécessaire que les organisations internationales de l'action humanitaire respectent les traités internationaux
existants, et, plus généralement, les principes, règles et normes établis par le droit international, qui sont contenus
dans des instruments internationaux. C'est le cas tout spécialement des ONG, pour qu'elles bénéficient, dans leur
action humanitaire internationale, de l'accord et même de l'appui des autorités étatiques et des OIG.La seconde
question, qui est d'ailleurs en partie liée à la précédente, est celle de la dénonciation, par les ONG humanitaires
agissant sur le terrain, des violations des droits de la personne humaine. Cette question est essentielle, car les
autorités étatiques concernées vont considérer cette dénonciation à la fois comme un acte politique et une atteinte à
la sécurité intérieure de l'État. Une proposition intéressante (A. Meyer, L'action humanitaire : un compromis délicat :
Rev. int. Croix-Rouge 1987, n° 767, p. 518 à 522) consiste dans la possibilité de transmission d'informations à une
organisation comme Amnesty International.L'idée de spécialisation humanitaire internationale peut être avancée
en référence tout spécialement à l'application ou non par les ONG du principe de neutralité dans les activités des
missions humanitaires.

2) Ingérence sanitaire et médicale


44. – Notion d'urgence humanitaire –

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L'ingérence se fonde sur l'idée d'une urgence réelle. La notion d'urgence est bien connue en médecine, où il en existe
au moins trois catégories (les urgences absolues, les urgences potentielles et les urgences différées : on peut ajouter
une quatrième catégorie avec les urgences dépassées). Il existe ainsi une médecine d'urgence internationale. Le
droit international, quant à lui, doit distinguer, en ce qui concerne les modalités d'application de la notion d'urgence,
entre les conflits armés (avec les situations de conflit armé international, de guerre civile...) et les catastrophes
naturelles ou industrielles majeures. La notion d'urgence internationale a d'abord été utilisée en matière de maintien
de la paix et de la sécurité internationales (certaines forces des Nations Unies sont d'ailleurs qualifiées de "force
d'urgence"). Il tend à glisser vers le domaine proprement humanitaire, avec l'idée d'une diplomatie de l'urgence
humanitaire (V. le discours du président Mitterrand du 29 septembre 1988 devant l'assemblée générale de l'ONU).

45. – Notion d'urgence sanitaire et médicale –

La notion d'urgence sanitaire et médicale conforte la notion d'urgence humanitaire, même si l'on doit distinguer le
médical du sanitaire (le HCR ou le CICR ont ainsi un rôle plutôt juridique, économique et socio-sanitaire que
proprement médical, alors que MSF ou MDM interviennent à titre principal sur le plan médical). L'urgence sanitaire
et surtout l'urgence médicale se fondent sur la notion juridique d'absence de distinction négative, ce qui signifie que
la discrimination entre les bénéficiaires de l'action humanitaire internationale doit être fondée sur la priorité à accorder
à certaines personnes (enfants, mères allaitantes, femmes enceintes...), alors qu'elle ne doit pas être basée sur des
critères tels que la nationalité, l'ethnie, la religion, le statut social ou les opinions politiques.L'Assemblée mondiale de
la santé, l'organe plénier de l'OMS , a adopté plusieurs résolutions sur les opérations de secours d'urgence et d'aide
humanitaire (WHA 44.41 de mai 1991, WHA 46.6 de mai 1993, WHA 48.2 de mai 1995), ainsi que sur les services
sanitaires et médicaux en période de conflit armé (résolution WHA 46.39 de mai 1993). La résolution de l'Assemblée
mondiale de la santé WHA 65.20 du 26 mai 2012 (Action et rôle del'OMS en tant que chef de file du groupe de
responsabilité sectorielle Santé face aux besoins sanitaires croissants dans les urgences humanitaires) établit les
fondements organisationnels de l'intervention de l'OMS dans ce type de situation.

3) Problème de l'emploi de la force militaire


46. – Ingérence humanitaire armée –

L'ingérence humanitaire armée est apparemment la plus efficiente. Une telle pratique est très ancienne : elle remonte
au moins au Moyen-Âge, en particulier avec l'emploi de la notion de "guerre juste".On peut se référer d'abord au
"droit de Genève". En effet, les Conventions de Genève n'excluent pas fondamentalement le recours à la force (non
coercitive ou même coercitive). C'est ainsi que l'article 1er commun aux quatre conventions de 1949 fait obligation
aux États de “respecter et faire respecter le droit humanitaire en toutes circonstances”, alors que l'article 89 du
protocole additionnel I de 1977 prévoit que : "dans les cas de violations graves des conventions et du présent
protocole, les HPC s'engagent à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l'ONU et
conformément à la charte des Nations unies".D'autres textes de la CRI peuvent également être utilisés. Le
mémorandum du CICR du 10 novembre 1961 a rappelé aux gouvernements des États parties aux Conventions de
Genève et membres de l'ONU leur responsabilité quant à l'application de ces conventions lorsqu'ils fournissent un
contingent militaire à l'ONU. Dans le même sens, la résolution XXV de la XXe conférence internationale de la Croix-
Rouge (Vienne 1965) relative à l'application des Conventions de Genève par les forces d'urgence des Nations unies
a recommandé notamment que des accords appropriés soient conclus afin d'engager les forces armées mises à la
disposition de l'ONU à observer les règles des Conventions de Genève (et également à être protégées par elle).

47. – Application du DIAH par l'ONU –

La question doit être posée aujourd'hui en référence non pas aux États en tant que tels, mais à la communauté
internationale tout entière. Or, on sait que l'ONU n'est pas partie elle-même aux Conventions de Genève, et on a pu
remarquer que "les cas où il peut être question, pour les forces de l'ONU, d'appliquer le droit international humanitaire
(...) sont (...) plutôt rares" (Y. Sandoz, L'application du droit humanitaire par les forces armées de l'ONU : Rev. int.
Croix-Rouge 1988, n° 713, p. 282). La question est en effet posée dans le cadre d'opérations onusiennes de maintien
de la paix (ex-Yougoslavie, Somalie...). Le secrétaire général de l'ONU a, en ce sens, établi le 6 août 1999 une

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circulaire concernant le respect du droit international humanitaire par les forces des Nations Unies (ST/SGB/1999/13).
Cette circulaire réglementaire fixe des règles, qui ne "constituent pas une liste exhaustive" (art. 2).

4) Coordination de l'action humanitaire internationale


48. – ONU et coordination de l'action humanitaire internationale –

La Croix-Rouge internationale a longtemps joué un rôle central dans la coordination de l'action humanitaire
internationale. L'article 5, paragraphe 4, b) des statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-
Rouge prévoit que l'assistance internationale en temps de guerre ou de situation équivalente est coordonnée par le
CICR, pour ce qui est des organisations humanitaires rattachées à la CRI.La question de la coordination de l'action
humanitaire internationale accorde désormais une place primordiale à l'ONU (sans abandonner nécessairement le
rôle traditionnel joué par le CICR : V. par exemple, la déclaration du président du CICR, C. Sommaruga, à
l'Assemblée générale de l'ONU à New-York le 20 novembre 1992 sur "le renforcement de la coordination de l'aide
humanitaire d'urgence de l'ONU" : Rev. int. Croix-Rouge janv.-févr. 1993, n° 799, p. 54 à 60), à travers les relations
institutionnelles et fonctionnelles que cette organisation entretient avec d'autres OIG et un certain nombre d'ONG
(par application notamment de la charte de l'ONU, art. 71). Un poste de coordinateur chargé des affaires
humanitaires à l'ONU avait ainsi été créé le 19 décembre 1991.Il a été envisagé l'établissement de ce qui a pu être
qualifié de "SAMU mondial". L'assistance médicale d'urgence au plan mondial présente essentiellement une
dimension pratique. Sa constitution éventuelle soulève cependant des questions multiples.

49. – France et action humanitaire internationale –

En France, un effort de coordination de l'action humanitaire extérieure a été développé, avec en particulier la création
du secrétariat d'État à l'action humanitaire (Gouvernement Rocard, D. 23 août 1988 : JO 24 août 1988, p. 10742), la
mise en place d'une cellule interministérielle d'urgence (Action humanitaire France), rattachée au ministère des
affaires étrangères, un fonds d'action humanitaire, un réseau d'"attachés humanitaires", ou encore la création d'un
"SAMU (français) sans frontières", (inauguré par le ministre de la santé et de l'action humanitaire, Bernard Kouchner
en juin 1992).En France, le programme Globus, programme expérimental appliqué en 1991-1993, a permis à de
jeunes appelés volontaires, quel que soit leur niveau d'études, d'effectuer leur service national pendant seize mois
dans le cadre de projets à caractère humanitaire (aide à l'enfance, aide médicale...).Le décret n° 94-407 du 18 mai
1994 du Premier ministre, portant création de la commission consultative de l'action humanitaire(JO 22 mai
1994), a prévu que cet organisme, qui pouvait être saisi de demandes d'avis ou d'étude par le Premier ministre, le
ministre chargé de l'action humanitaire ou les ministres intéressés, donnait des avis sur les questions de portée
générale liées à l'action humanitaire d'urgence en dehors du territoire national.L'article L. 3142-32 du Code (français)
du travail modifié par la loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008 a prévu que : “le salarié a le droit ayant au moins douze
mois, consécutifs ou non d'ancienneté dans l'entreprise, a droit à un congé de solidarité internationale pour participer
à une mission hors de France pour le compte d'une association à objet humanitaire”. Ce congé ne peut excéder six
mois. L'employeur doit être prévenu un mois à l'avance. En cas d'urgence, le salarié peut solliciter un congé d'une
durée maximale de six semaines avec un préavis de 48 heures (l'employeur, qui peut refuser s'il estime que l'absence
du salarié aura des conséquences préjudiciables à la production et à la marche de l'entreprise, doit lui faire connaître
sa réponse dans un délai de 24 heures).La loi du 23 février 2005 a créé le volontariat de solidarité internationale
(VSI).

D) Sanction du non-respect du droit international de l'action humanitaire


50. – Droit d'ingérence judiciaire internationale –

On peut considérer toute sanction internationale comme de l'ingérence. Certaines sanctions établies par la
communauté internationale (comme dans l'affaire de l'ex-Yougoslavie) peuvent être analysées comme constituant
une ingérence humanitaire (c'était déjà le sens des sanctions entreprises à l'encontre de l'ex-Rhodésie du Sud et de
l'Afrique du Sud visant la politique d'apartheid). Les sanctions internationales peuvent être modulées pour tenir

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compte de considérations humanitaires (pour permettre, par exemple, en cas d'embargo, l'importation de produits de
première nécessité, comme les aliments pour bébés ou les médicaments).La communauté internationale peut
prendre des sanctions économiques et politiques au travers des OIG, et notamment de l'ONU. C'est le comité des
sanctions de l'ONU qui définit les critères de l'aide humanitaire (toutefois, à propos de l'Irak en septembre 1990, il a
dû confier la définition de ces critères au conseil de sécurité, faute d'accord).L'activité des tribunaux mixtes s'est
développée dans les années récentes :
• Tribunal spécial pour les Khmers rouges (TKR) : premier procès (17 févr. 2009-26 juill. 2010) pour un
génocidaire cambodgien (Kaing Guck Eav – dit "Douch", ex-chef du centre de détention de Phnom Penh).
• Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) : le 11 mars 2009, condamnation de trois anciens chefs
rebelles pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre civile entre 1991
et 2002. La première condamnation d'un chef d'État (depuis celle du dernier chef de l'Allemagne nazie –
l'amiral Dönitz – à Nuremberg en 1946) est intervenue le 26 avril 2012, concernant l'ancien président du
Liberia (Charles Taylor), reconnu coupable de crimes contre l'humanité en Sierra Leone.
• Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui a commencé à fonctionner (c'est le premier tribunal international
antiterroriste) le 1er mars 2009 (à Leidschendam, banlieue de La Haye) : le 17 août 2011, il a rendu public
l'acte d'accusation émis contre des auteurs présumés de l'attentat commis contre l'ancien premier ministre
libanais, Rafic Hariri.

On peut ainsi parler de droit d'ingérence judiciaire internationale .

51. – TPIY et TPIR : organisation –

Des sanctions d'ordre juridictionnel peuvent ainsi être envisagées. Les Conventions de Genève retiennent le droit de
poursuivre les criminels de guerre. Les tribunaux de Nuremberg, de Tokyo et de Khabarovsk n'étaient que des
juridictions constituées par des États vainqueurs. Une avancée s'est dessinée sur le plan du droit international avec
la résolution 808 du Conseil de sécurité de l'ONU du 22 février 1993 (après la résolution 780, 6 oct. 1992, qui avait
institué une commission d'enquête sur les crimes de guerre dans l'ex-Yougoslavie) décidant la création d'un tribunal
pénal international pour juger les personnes présumées responsables de violations graves du DIH commises sur le
territoire de l'ex-Yougoslavie depuis 1991.Le Tribunal pénal international chargé de juger les personnes
présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire
de l'ex-Yougoslavie depuis 1991 a été créé en 1993 par deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU (rés.
808, 22 févr. 1993. – rés. 827, 25 mai 1993, prises sur le fondement du chapitre VII de la charte de l'ONU). Le tribunal,
qui est un organe subsidiaire de l'ONU, a été installé à La Haye le 17 novembre 1994.La loi française n° 95-1 du
2 janvier 1995 a porté adaptation de la législation française aux dispositions de la résolution 827 (JO 3 janv. 1995).Le
TPIY est constitué de quatre chambres (trois chambres de première instance et une chambre d'appel), avec onze
juges (dont un Français) élus par l'assemblée générale de l'ONU sur proposition du conseil de sécurité. C'est un
tribunal ad hoc, donc temporaire (il a été invité par le conseil de sécurité des Nations unies – résolution 1503 du
28 août 2003 – à terminer ses travaux en 2010), qui ne peut infliger la peine de mort, et qui est privé de forces de
police. On peut considérer que sa création relève d'une logique plus diplomatique que judiciaire. Pourtant, sa
constitution traduit la prise en compte de l'idée de justice dans la vie internationale, au service de la paix. D'un point
de vue proprement juridique, on doit noter que sa compétence (ratione loci, ratione temporis, ratione materiae, ratione
personae) est strictement encadrée : en particulier, les crimes punissables sont les crimes de guerre, sur la base des
Conventions de La Haye du 18 octobre 1907 et de Genève du 12 août 1949 :
• pour les violations des lois ou coutumes de la guerre sur terre (Conv. IV La Haye, 18 oct. 1907, art. 22 à
28) ;
• pour les violations graves du droit humanitaire (Conv. I Genève, 12 août 1949, art. 50. – Conv. II Genève,
art. 51. – Conv. III Genève, art. 130. – Conv. IV Genève, art. 147) ;
• pour le crime de génocide ainsi que la violation du droit coutumier relatif au génocide (Conv. pour la
prévention et la répression du crime de génocide, 9 déc. 1948, art. 2, 3, 4 et 9) ;
• pour les crimes contre l'humanité (Statut de Nuremberg, art. 5).

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Une division d'aide aux victimes et aux témoins a été établie auprès du greffier du tribunal.Une commission d'experts
(la commission Bassiouni) a été constituée (par le secrétaire général de l'ONU) conformément au paragraphe 3 de
la résolution 780 du 13 juillet 1992 du Conseil de sécurité, pour favoriser la coopération des États (pour l'instruction
au jugement et l'exécution des peines : remarquons cependant que le tribunal n'est pas habilité à statuer sur
l'indemnisation des victimes). Il se pose, en effet, un problème d'articulation des compétences entre le tribunal et les
juridictions nationales : il s'agit de compétences concurrentes, mais l'application du principe non bis in idem (nul ne
peut être jugé deux fois pour la même infraction) établit la primauté du TPIY sur les juridictions nationales.Le Tribunal
international chargé de poursuivre, juger et condamner les responsables du génocide au Rwanda a été créé,
par la résolution 955 du 8 novembre 1994 du conseil de sécurité (la Chine s'est abstenue, et le Rwanda a voté
contre). Siégeant à Arusha, il est organisé sur le modèle du tribunal pour l'ex-Yougoslavie. Notons que sa
compétence ratione temporis est limitée à l'année 1994, mais que sa compétence ratione loci lui permet de poursuivre
les crimes commis (par des ressortissants rwandais) non seulement au Rwanda mais aussi dans les pays voisins.
Le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été installé le 27 juin 1995 et a fonctionné jusqu'en 2010.

52. – TPIY et TPIR : activité –

On retiendra notamment que :


• le TPIY (www.un.org/icty) a rendu sa première sentence le 29 novembre 1996 dans l'affaire Erdemovic ;
• le TPIY a qualifié le viol de civils en temps de guerre (pour la première fois en droit international) de crime
contre l'humanité (jugement 22 févr. 2001). Il a également inculpé l'ancien président yougoslave Milosevic
(le 27 mai 1999), dont le procès a débuté le 12 février 2002.

La première condamnation pour génocide jamais prononcée par un tribunal international l'a été par le TPIR dans
l'affaire Akayesu (jugement 2 sept. 1998).

53. – CPI : organisation –

Le TPIY et le TPIR sont et restent des tribunaux ad hoc. Plusieurs tribunaux temporaires à caractère plus ou moins
international ont également été établis sous l'égide des Nations unies (comme le tribunal spécial pour la Sierra Leone
– créé en 2002 et ayant commencé ses travaux en 2004 –, les chambres extraordinaires au sein des tribunaux
cambodgiens – instituées en 2003 ou encore ayant débuté leurs activités en 2006 –, et le tribunal spécial pour le
Liban – créé en 2007 et ayant commencé à fonctionner en 2009). Un tribunal international permanent a été institué
avec la Cour pénale internationale, prévue par le traité de Rome du 17 juillet 1998, signé par 120 États. Le domaine
de compétence de la CPI comprend les crimes contre l'humanité, le crime de génocide, ainsi que les violations graves
des lois et coutumes de la guerre (crimes de guerre et crime d'agression : mais le crime d'agression n'a pas été défini,
et, on le sait, les puissances nucléaires refusent que le recours à l'arme nucléaire soit reconnu comme un crime de
guerre ; en outre, le crime de terrorisme ne figure pas dans le statut de la CPI). La compétence de la cour n'est pas
rétroactive. On peut rappeler que l'idée d'un tel tribunal international a historiquement été liée au droit international
humanitaire (projet Moynier de 1872 de création d'une juridiction pour lutter contre les violations de la Convention de
Genève de 1864).Le Traité de Rome est entré en vigueur le 1er juillet 2002, la soixantième ratification ayant été
acquise le 11 avril de cette année-là.La CPI, dont le siège est fixé à La Haye, a commencé à fonctionner en 2003
(avec un procureur et dix-huit juges). Elle est la première organisation intergouvernementale judiciaire à vocation
universelle.La première assemblée des États partie (au statut de la CPI) s'est tenue à New York en septembre 2002.
Les juges de la CPI ont été élus en février 2003, et le procureur a été désigné en avril de la même année. La cour
est composée de dix-huit juges (disposant d'un mandat de neuf ans). Elle est constituée de trois sections (une section
préliminaire, une section de première instance et une section des appels). La CPI a adopté son règlement le 26 mai
2004. Un accord de coopération entre l'ONU et la CPI a été passé le 4 octobre 2004.La cour dispose du droit d'auto-
saisine (la saisine étant alors collégiale, demandée à la fois par le procureur et les juges de la section préliminaire).Il
est réalisé un partage des prérogatives de la CPI entre sa section préliminaire et le conseil de sécurité de l'ONU. Des
prérogatives importantes sont reconnues à la section préliminaire (qui assure le contrôle des actes du procureur,
dispose d'un pouvoir général de suivi des enquêtes, et se voit conférer la garantie des droits de l'inculpé). Le conseil
de sécurité peut en outre saisir la cour (sur la base charte ONU, chap. VII) ; il peut non seulement renvoyer une
situation à la cour, mais aussi suspendre l'activité de la cour.Les États parties au statut de la CPI ont une obligation
de coopération avec la cour. Il y a toutefois deux limites :

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• d'une part l'application des procédures prévues par les lois nationales pour l'exécution des demandes
d'assistance de la cour,
• et d'autre part l'invocation de la sécurité de l'État (le secret-défense) lors des demandes de la cour.

En cas de défaut de coopération des États, deux voies sont ouvertes à la cour : soit le renvoi à l'assemblée des États
parties, soit le renvoi au conseil de sécurité de l'ONU (lorsque c'est lui qui a saisi la cour).La CPI connaît elle-même
des limites d'ordre statutaire. Tout d'abord, quant à l'exercice de sa juridiction, il est nécessaire que l'État sur le
territoire duquel le crime a été commis ou dont l'inculpé est le ressortissant soit partie au Traité de Rome (ce n'est,
par exemple, pas le cas pour la Russie à propos du conflit de la Tchétchénie, ou d'Israël en ce qui concerne la
question des territoires palestiniens). Ensuite, quant à la saisine de la cour, il n'y a pas de saisine possible par les
individus, et, lorsque la cour est saisie par son procureur, le Conseil de sécurité de l'ONU peut demander (pendant
douze mois renouvelables) la suspension des investigations. Enfin, il faut souligner la possibilité pour les États parties
de ne pas reconnaître (pendant sept ans, art. 124) la compétence de la CPI en ce qui concerne les crimes de
guerre.Seules des peines d'emprisonnement sont prévues, avec un maximum de trente ans. Les peines sont purgées
soit dans l'État du siège, (les Pays-Bas), soit dans un État ayant accepté de figurer sur une liste de pays. La cour ne
connaît que de la responsabilité pénale individuelle (avec la limite – assez théorique – de l'"action raisonnable", CPI,
Statut 17 juill. 1998, art. 31, § 1 c)).Le statut de la CPI a été amendé le 11 juin 2010 à Kampala, pour ajouter le crime
d'agression à la compétence de la cour.

54. – CPI : activité –

Dès 2003, plusieurs plaintes ont été déposées auprès de la CPI : la première a été celle de la Fédération
internationale des ligues des droits de l'homme (en février 2003, contre le président centrafricain pour crimes de
guerre).Depuis 2004, plusieurs États ont saisi le parquet de la CPI : le premier a été l'Ouganda (en janvier 2004, le
président ougandais a déféré au procureur de la CPI une affaire relative à un mouvement rebelle au Nord de son
pays, pour crimes contre l'humanité, crime de génocide et crimes de guerre commis depuis le 1er juill. 2002) ; la
République centrafricaine a, elle-même, en janvier 2005, saisi le procureur de la CPI pour crimes contre l'humanité
et crimes de guerre commis sur son territoire depuis le 1er juillet 2002 (cette plainte s'ajoutant à la plainte
circonstanciée de la FIDH). La CPI établit des priorités. La première, retenue en juillet 2003, a été la situation en Ituri
(province du Nord-Est de la République Démocratique du Congo, en proie depuis 1997 à de violents combats et à
de nombreux massacres) ; la cour a ouvert sa première audience (à huis clos) sur cette affaire le 15 mars 2005. Le
procureur de la CPI a, en juin 2005, saisi les juges de deux mandats d'arrêt – ce sont les premiers mandats émis par
lui – contre des chefs rebelles (de l'Armée de résistance du Seigneur) ougandais. Le Conseil de sécurité des Nations
unies a, lui-même, saisi la CPI de crimes commis au Darfour (à l'Ouest du Soudan), le Soudan refusant de reconnaître
la compétence de la cour sur son territoire. Le premier prisonnier a été incarcéré dans la prison, de la CPI
en mars 2006, et le procès (le premier du genre) a débuté en janvier 2009.Le premier procès, de janvier 2009 au
14 mars 2012, devant la CPI a visé un chef de guerre congolais (Thomas Lubanga) reconnu coupable de crimes de
guerre, notamment pour avoir enrôlé des enfants. La CPI a prononcé sa première condamnation le 10 juillet 2012
dans cette affaire : quatorze années de prison pour crimes de guerre).

E) Législation nationale et compétence universelle


55. – Compétence pénale universelle –

Le principe de la compétence pénale universelle est relativement ancien (ayant été admis pour la première fois par
une loi de 1884 de la République argentine). Il a été repris à plusieurs reprises par des codes pénaux nationaux :
Code pénal italien de 1889, Code pénal norvégien de 1902, Code pénal russe de 1903, etc. Il a été récemment
réactivé (notamment avec deux lois belges des 16 juin 1993 et 10 février 1999), et tend à être mis en œuvre en
particulier dans les pays européens (Belgique, Espagne, France....). Il est pourtant écarté par la plupart des pays du
monde (la Russie, par exemple, ou encore la quasi-totalité des pays en développement).Sa mise en œuvre semble
être actuellement en voie d'encadrement, à la fois au plan national (p. ex. les lois belges de 1993 et 1999 ont été
remplacées le 5 août 2003 par une loi plus restrictive, et la loi espagnole de 2005 a été remplacée, le 25 janvier 2009,
par une loi elle aussi plus restrictive), et au plan international (par la CIJ, avec l'arrêt du 14 févr. 2002 – République

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Démocratique du Congo c/ Belgique : affaire dite du "mandat d'arrêt belge", ainsi qu'avec l'ordonnance du 28 mai
2009 – Belgique c/ Sénégal –, par laquelle la Cour de la Haye a rejeté la requête de la Belgique concernant la
situation de l'ancien président du Tchad, Hissène Habré, réfugié au Sénégal).La Cour européenne des droits de
l'homme a consacré le principe de la compétence universelle avec son arrêt Ely Ould Dah (officier mauritanien qui
avait été condamné en France en 2005 pour des actes de torture et de barbarie commis en Mauritanie) du 17 mars
2009 (CEDH, 5e sect., 17 mars 2009, n° 13113/03, Ely Ould Dah c/ France : Dr. pén. 2009, ét. 23, M. Touillier).En
ce qui concerne la France, en septembre 2010, un ex-diplomate tunisien (ancien consul à Strasbourg) a été
condamné par la cour d'assises de Nancy pour des actes de torture commis en Tunisie : c'est la deuxième application
en France du principe de la compétence universelle, après la décision Ould Dah du 7 juillet 2005 de la cour d'assises
de Nîmes. Une troisième application a été faite, le 17 décembre 2010, par la cour d'assises de Paris, qui a condamné
treize agents chiliens du régime Pinochet. Une quatrième application est intervenue le 10 juillet 2012, avec la
condamnation (la première du genre) pour génocide de Pascal Simbiranga, ancien capitaine de la garde
présidentielle du Rwanda, à vingt-cinq ans d'emprisonnement par la cour d'assises de Paris.

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