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Chronologie de la Société de gestion des droits d’auteur

Martin Gladu

1976 : Le psychiatre Camille Laurin – dont la première épouse était pianiste – est élu dans
la circonscription de Bourget. Le premier ministre René Lévesque le nomme au Conseil
des ministres. Il élabore la loi 101, puis son Livre blanc sur La politique québécoise de
développement culturelle et celui sur La juste part des créateurs : pour une amélioration
du statut socio-économique des créateurs québécois, qu’il rédigera suite au Sommet des
industries culturelles de 1978. L’Union des écrivains du Québec (UNEQ) est fondée en
octobre.

1978 : La Société des auteurs-compositeurs devient la SARDEC. L’humoriste André


Dubois est élu à la présidence.

décembre 1978 : Le Sommet des industries culturelles est organisé par le Gouvernement
du Québec. La SARDEC annonce son intention de fonder une « société de gestion
polyvalente, » dont la mission sera de représenter tous les créateurs du Québec en matière
de droit de reproduction.

1979 : L’Institut québécois de l’opinion public publie un rapport dans lequel il est
mentionné que les créateurs du Québec sont privés de 20 millions de dollars en redevances
par année. Claudette Fortier est promue directrice générale de la SARDEC. La Société pour
l’avancement des droits en audio-visuel (SADA) est fondée en janvier.

septembre 1979 : Le Conseil des ministres entérine la création d’un Service


gouvernemental de la propriété intellectuelle placé sous la responsabilité du ministère des
Communications.

novembre 1979 : La Comité interministériel remet au ministre d’État au développement


culturel Camille Laurin son rapport Le droit d’auteur, instrument de développement
culturel, qui lui inspire le Livre blanc La juste part des créateurs : pour une amélioration
du statut socio-économique des créateurs québécois.

février 1980 : Une rumeur coure à l’effet que l’UNEQ travaillerait à mettre sur pied une
société de perception de droits d’auteur. Le syndicat est alors en négociation d’un contrat-
type d’édition avec l’Association des éditeurs canadiens.

mai 1980 : La SADA obtient une injonction fédérale contre quatorze cégeps pour avoir
copié illégalement des centaines d’œuvres. Les éditeurs hésitent à suivre le pas, car ils
redoutent que les institutions d’enseignements boycottent leurs publications.

octobre 1980 : Le Conseil des ministres accepte la politique sur le droit d’auteur et
demande la création d’un Service de la propriété intellectuelle au sein du ministère des

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Affaires culturelles. Denis Monière succède Louis Caron à la présidence de l’UNEQ
(Jacques Renaud est aussi élu conseiller). Le syndicat a deux priorités : 1) conclure les
négociations d’un contrat-type d’édition avec les éditeurs (ce qu’elle fera sous peu), et 2)
se voir garantir « une participation efficace » au sein des instances de la future SGDA.

octobre & novembre 1980 : Le président de la SARDEC André Dubois et le conseiller


technique (et futur directeur général) Raymond Paquin, qui, en plus de gérer la carrière de
François Dompierre et de Jacques Michel siège au conseil d’administration de la CAPAC
avec Marc Fortier et Stéphane Venne, terminent la concertation des quatre groupes
sectoriels qui composeront la future SGDA.

19 novembre 1980 : La SGDA est officiellement formée par la SARDEC, qui y investit
100 000$ (une autre source précise que l’organisme lui a plutôt prêté 247 000$). Son slogan
est « Les auteurs au service des auteurs. » André Dubois (président), Robert Gurik (un des
fondateurs du CEAD), Pierre Dupont (trésorier de la SARDEC), Louis Caron (président
sortant de l’UNEQ), François Dompierre et Maryse Pelletier sont nommés au conseil
d’administration provisoire de la société. Soutenue logistiquement par la SARDEC,
l’organisme a toutefois une entente d’aide financière de 500 000$ sur trois ans avec le
gouvernement Lévesque.

1er décembre 1980 : La SGDA se dit prête à accueillir les écrivains, les dramaturges, les
auteurs-compositeurs et les auteurs-compositeurs en audiovisuel. Moyennant une
commission de 10%, elle entend percevoir les redevances qui leur sont dues en raison de
l'édition de l'enregistrement et de la reproduction mécanique (disques, films, photocopies,
etc.) de leurs œuvres. Membre de la CISAC, la SGDA a déjà conclu des ententes de
réciprocité avec plusieurs sociétés étrangères et signé une licence générale avec Omnison,
le service de musique d’ambiance de Stéphane Venne, qui lui verse 15% de ses recettes.
La première assemblée générale est prévue pour le 17 décembre 1980 (elle n’aura pas lieu,
faute de quorum). La SDE et la CAPAC lui fournissent les adresses de leurs membres
respectifs afin qu’ils soient convoqués. Le Syndicat de la musique du Québec (rattaché à
la CSN) lui donne son appui de principe; mais le CEAD formule des suggestions pour la
réorganiser et l’UNEQ invite ses membres à suspendre leur adhésion jusqu’à ce qu’une
« concertation sérieuse et réelle » ait eu lieu. « Pour la première fois dans l'histoire du droit
d'auteur au Québec, les sociétés constituantes cèdent la place à des membres venues de
chacune d'elles, » écrit Jean-Paul Brousseau dans l’édition de La Presse du 26 novembre
1980.

2 décembre 1980 : Camille Laurin (Ministre de l’Éducation et ex-Ministre d'État au


Développement culturel et scientifique) et Jacques-Yvan Morin (Ministre d'État au
Développement culturel et scientifique et ex-Ministre de l’Éducation) – dont l’épouse est
musicologue – dévoilent le Livre blanc La juste part des créateurs. Le gouvernement veut
notamment faire stopper le « pillage » de la propriété créatrice dans le système d'éducation,
mais à plus long terme, il voudrait rapatrier au Québec le pouvoir fédéral de légiférer en
matière de droit d'auteur. Laurin propose, entre autres choses, une taxe sur la vente
d’appareils de reproduction, une redevance pour la location de livres par les bibliothèques
publiques et une compensation pour l’exposition d’œuvres dans des musées subventionnés.

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mi-décembre 1980 : L’UNEQ demande à la SGDA de retarder la tenue de sa première
assemblée générale. Le syndicat est d’avis que les principes de gestion et de contrôle n’ont
pas encore été convenues de manière satisfaisante. L’édition du 19 décembre 1980 du
Devoir relève d’ailleurs des anomalies et des bizarreries dans le Règlement de la société,
notamment sur la rémunération discrétionnaire d’un administrateur pour services spéciaux.

20 janvier 1981 : Tenue de la première assemblée générale. Le conseil d’administration est


composé de cinq administrateurs de la SARDEC : André Dubois (président), Claude
Jasmin, Robert Gurik, Pierre Dupont et Claire Bourbonnais; et quatre autres membres
siégeant pour représenter autant de sections : Marc Fortier, pour les auteurs-compositeurs
d'œuvres musicales; Maryse Pelletier, pour les auteurs-compositeurs d’œuvres
dramatiques; Raymond Plante, pour les auteurs-compositeurs de l’audiovisuel et Louis
Caron, pour l’assemblée sectorielle des écrivains.

28 avril 1981 : Le Conseil du Trésor accepte la création d’un seul Service gouvernemental
de la propriété intellectuelle sous la responsabilité du ministère des Affaires culturelles. Ce
service sera à l’origine de la Conférence des créateurs et créatrices du Québec, qui fera part
de diverses recommandations au gouvernement fédéral.

17 mai 1981 : Fondation de la SPACQ. L'invitation qui lui a été faite par la SGDA de tenir
une réunion de concertation est venue tardivement et la SPACQ « n'a pu y assister que
comme observatrice, » dit Stéphane Venne. La SPACQ se voit accorder une subvention de
3 500$ du ministère des Affaires culturelles pour un « projet de licence type de
reproduction mécanique d’œuvres musicales. »

18 mai 1981 : La SGDA attends sa première subvention, qui tardera à lui être versée.

1er juin 1981 : Le Regroupement pour la perception des droits d’auteurs est formé. Il est
soutenu, entre autres, par l’UNEQ, l’Association des traducteurs littéraires, le CEAD,
SDRM Canada, la SADA, Me Claude Brunet, John Goodwin, Gilles Rochette (trésorier de
la SARDEC) et Intermède Musique. Il dénonce « les pratiques déloyales employées par
certains membres du conseil d'administration de la SGDA » et le fait que les modes de
fonctionnement et d’organisation n’ont pas fait l’objet d’un accord préalable entre les
quatre secteurs. On lui reproche aussi son manque de transparence, son manque de
représentativité, ses méthodes antisyndicales et ses liens étroits avec la SARDEC. André
Dubois, pour sa part, accuse « les gens du RPDA » de malhonnêteté. « Ils ne posent pas les
vraies questions, » dit-il.

7 août 1981 : Versement de la première subvention au montant de 70 000$ (le montant


total de l’aide est de 500 000$) par le ministre Jacques-Yvan Morin. L’obligation, pour la
SGDA, de rompre ses liens avec la SARDEC est ce qui explique le délai du versement. La
société se met à la recherche d’un directeur général et d’employés. Yves Brousseau en sera
le directeur administratif.

novembre 1981 : Versement d’une aide supplémentaire de 100 000$ par le ministre
Jacques-Yvan Morin. André Dubois est rapporteur auprès du Conseil international des

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auteurs dramatiques, qui lui demande d’explorer les modalités de réalisation de structures
de gestion collective de droits d’auteur en Amérique du Nord.

décembre 1981 : Signature d’un protocole entre la SGDA et l’UNEQ. De mars 1981 à
décembre 1981, la SGDA a perçu 19 257$. Elle entend percevoir plus de 300 000$ en 1982
et augmenter son nombre de membres.

janvier 1982 : Le CEAD recommande désormais à ses membres d’adhérer à la SGDA, qui
compte maintenant près de cent sociétaires.

25 mars 1982 : Débats à l’Assemblée nationale. L’opposition questionne Camille Laurin


sur les prévisions financières de la société et son financement :

Richard French, député de Westmount : Le gouvernement a choisi son véhicule dans ce


domaine, la Société de gestion des droits d'auteur, la SGDA. Le gouvernement s'est
engagé à verser un demi-million de dollars à cet organisme, de 1981 à 1984, dont 170
000 $ au moins ont déjà été versés. C'était la première tranche des séries envisagées par
le gouvernement il y a environ un an. Le choix de la SGDA a été fortement contesté à
l'époque et ce choix se révèle de plus en plus mauvais parce que la SGDA n'a pas la
confiance de la plupart des créateurs québécois. Il y a tout un groupe de créateurs qui ne
veut pas accepter la domination du conseil de direction actuel de la SGDA.

Pour comprendre cette attitude, M. le Président, il faut reculer un peu en arrière pour
savoir que la SGDA, c'est un peu l'enfant d'une autre société, la SARDEC, je crois,
composée de recherchistes, de documentalistes et de créateurs qui travaillent à la pige
pour Radio-Canada. Grâce à un entrepreneurship assez habile de la part de certaines
personnes à la direction de la SARDEC, la création de la SGDA a coïncidé avec une
nouvelle volonté de la part du gouvernement et a réussi, en quelque sorte, à capturer les
sommes que le gouvernement mettait à la disposition de sociétés polyvalentes pour la
perception des droits d'auteur. Le problème, c'est que, bien que la SARDEC joue
probablement un rôle très important pour les pigistes auprès de Radio-Canada, ce n'était
pas nécessairement le berceau parfait pour une société qui devait être beaucoup plus
importante, qui devait comprendre de façon horizontale beaucoup plus de disciplines,
beaucoup plus d'activités, beaucoup plus de créateurs (…)

Camille Laurin, Ministre de l’Éducation: La SDRM est une émanation de la SACEM de


France. Il faut bien préciser que la SDRM a une activité au Québec pour une raison très
simple. Il y avait à une certaine époque au Québec beaucoup plus d'auteurs-
compositeurs français qui venaient donner des spectacles ici que l'inverse et la SDRM
avait établi déjà un réseau de perception de droits auprès des principaux postes de
télévision et de radio du Québec à tel point, M. le député de Westmount, qu'un certain
nombre d'auteurs du Québec avaient décidé d'avoir recours aux services de la SDRM,
qui était bien organisée. Il est apparu au gouvernement du Québec et à certains auteurs-
compositeurs que c'était une sorte d'aberration que de confier à une entreprise qui n'est
même pas canadienne, et encore moins québécoise, la SACEM, le soin de percevoir au
Québec des droits pour les auteurs-compositeurs d'ici. Ce qui n'empêche pas, par

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ailleurs, que la SDRM qui continue à exercer, à fonctionner au Québec a compté, parmi
ses membres, un grand nombre d'auteurs québécois et québécoises. C'est clair (…) C'est
ce qui nous fait espérer dans l'avenir de cette société. C'est après avoir constaté... Un
exemple seulement, la reprographie. Dans le système scolaire et ailleurs, vous savez très
bien que les professeurs font photocopier les livres des auteurs québécois et même
d'ailleurs et aucun droit d'auteur n'est perçu sur ces photocopies. Au Québec seulement,
cela veut dire 900 000 $ par année de droits qui devraient aller aux auteurs et qui n'y
vont pas. Nous avons l'intention de confier à la SGDA ce bloc qui est à négocier
présentement entre le ministère de l'Éducation du Québec, les Affaires culturelles ainsi
que l'Union des écrivains du Québec. Ces 900 000 $ à eux seuls seront un acquis
considérable pour rentabiliser la Société de gestion des droits d'auteur. Nous allons
prendre tous les moyens pour que l'organisme qu'on a créé soit le plus efficace et puisse
voler de ses propres ailes, tel que prévu, cinq ans après sa création, donc dans quatre
ans.

mi-1982 : L’UNEQ signe une entente avec les éditeurs pour la reprographie d’œuvres par
les institutions d’enseignements : la part de l’auteur est de 65% et celle de l’éditeur est de
35%. Le métier d’écrivain de Jean-Yves Collette et Michel Gay, tous deux secrétaires
généraux de l’UNEQ, est publié chez Boréal Express. Gay prétend que la SGDA est minée
par des « conflits de personnalités. » Il explique cet état de choses par la représentation mi-
syndicale, mi-patronale de l’organisme. L’UNEQ s'était d’ailleurs prononcé contre sa
création, suggérant plutôt la formation d’un organisme purement syndical, la Fédération
des services de perception. Dans son bulletin du mois de juin, elle recommande à ses
membres de ne pas adhérer à la SGDA. André Ménard et Robert Gurik se partagent la
présidence de la SARDEC.

septembre & octobre 1982 : La question, adressée dans le protocole, du contrat d’adhésion
que signerait les membres de l’UNEQ avec la SGDA n’ayant pas été résolue dans les délais
prescrits, l’UNEQ (300 membres) et la SGDA (160 membres) se dissocient. Jean-Pierre
Guay succède à Denis Monière à la présidence de l’UNEQ. L’auteure Henriette Major -
qui est membre de l’UNEQ - se dit insatisfaite du travail de la SGDA, qu’elle accuse de
« tordage de bras » (la société tentait de percevoir ses droits auprès de ses éditeurs). La
SPACQ et la SDRM n’ont pas d’ententes avec la SGDA.

1983 : Le gouvernement réduit de 30% son aide de fonctionnement à l’UNEQ.

22 & 23 mars 1983 : La SGDA organise le symposium Culture & Télématique. La société
y propose un « modèle d’organisme central de répartition que pourraient gérer les auteurs
et les producteurs canadiens conjointement. » (Pierre Parent, membre de la SGDA). Elle a
inscrit 209 membres (15 000 œuvres), intenté six actions en justice, recouvert 289 000$
(93% des créances dues) et emploie neuf personnes à temps plein. Elle a également mis en
place un système bimensuel de paiements et a retrouvé des contrats perdus et des ayants
droits disparus. Elle a reçu, à ce jour, une subvention de 500 000$. Son budget d’opération
est de 200 000$. Elle propose une base de données nationale qui contiendrait une
reproduction en haute-fidélité de l’œuvre et des informations sur son auteur, ses

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caractéristiques, etc. Cependant, elle refuse toujours des membres-éditeurs au motif qu’ils
sont des exploitants d’œuvres.

avril 1983 : Les avocats Dominique Jobin et Claude Brunet critiquent la SGDA dans la
presse écrite.

30 octobre 1983 : Luc Plamondon fait une sortie remarquée au Gala de l’ADISQ. Il s’en
prend aux producteurs de spectacles et au président de l’ADISQ qui s’étaient fait entendre
lors des audiences devant le Tribunal d’appel du droit d’auteur en février 1983 (ils
prétendaient que les droits d’auteur « allaient jeter par terre » l’industrie du spectacle).

novembre 1983 : Jean-Pierre Guay dit que le ministère de Clément Richard préfère voir la
gestion des droits d’auteur passer par la SGDA plutôt que par l’UNEQ. Raymond Paquin,
lui, affirme que le gouvernement a tout fait pour « sortir » la SGDA. « Ce gouvernement
est tellement petit, qu’il préfère acheter la paix en laissant faire l’UNEQ, » dit-il. Le cœur
du litige entre l’UNEQ et la SGDA est, depuis la fondation de cette dernière, la gestion des
droits découlant de la reproduction d’œuvres par les institutions d’enseignement, que le
gouvernement souhaite légaliser. L’UNEQ lui reproche, entre autres choses, son manque
de transparence et sa politique d’ultimatum. La SGDA, pour sa part, accuse le
gouvernement de ne pas respecter l’engagement qu’il a pris en 1980 de soutenir qu’une
seule « société de gestion polyvalente. » La principale raison pour laquelle la SARDEC a
prêté de l’argent à la SGDA était précisément parce qu’elle croyait que celle-ci détiendrait
un monopole. La SGDA doit à la SARDEC 160 000$. La journaliste Mireille Simard écrit :
« Mais pourquoi tout ce bruit autour d'un problème comme celui de la reprographie? Dans
un contexte géo-politique ou l'industrie culturelle dépend inévitablement de subventions,
la seule façon de survivre consiste à tirer le maximum de la manne gouvernementale. »
Pour Raymond Paquin, le simple fait que le gouvernement cède la gestion des droits
d’auteur à l’UNEQ, permet aux « sociétés d’auteurs françaises » de pouvoir continuer à
défendre les intérêts de leurs membres d’outre-Atlantique. « Or, dans tous les pays non-
colonisés, ce sont les sociétés nationales qui s’occupent de percevoir les droits des
étrangers. Et nous aurions vu à déloger ces sociétés françaises avec qui tout terrain
d’entente s’est avère impossible. Mais c’est un gouvernement tellement peureux qu’il
préfère ne pas bouleverser l’oligarchie française. » dit-il le 19 novembre 1983. « Écoutez,
explique Clément Richard, on ne peut pas forcer les éditeurs et les écrivains à donner leur
mandat à la SGDA. Si les écrivains, de concert avec les associations d’éditeurs, ont cédé
leurs droits de négociation, qu’y puis-je? Dans le litige entre l’UNEQ et la SGDA, il ne
m’appartient pas de trancher. C’est sûr qu’idéalement, il ne devrait y avoir qu’une société
de perception des droits d’auteur. Mais la SGDA n’a pas été capable d’aller chercher des
mandats; on ne peut prétendre négocier en insultant tout le monde comme elle l’a fait ! Et
puis, elle est bien en deca de ses objectifs de recrutement. A peine 278 membres sur 2 000
créateurs potentiels, c’est loin d’être concluant. »

décembre 1983 : Négociations sur le contentieux de la reprographie d’œuvres par les


institutions d’enseignements. Bien qu’elle ait été évincée des négociations, la SGDA
propose quand même sa solution, soit la constitution, par le ministère des Affaires
culturelles, d'un répertoire national et la création d’un organisme central de répartition, géré

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par un fiduciaire, qui bloquerait la subvention de 2 millions tant que les parties ne seraient
pas parvenues à un accord. Elle se propose pour mettre en place un système
d'échantillonnage et d'analyse capable de fournir la valeur de chaque utilisation des œuvres.

1984 : Jean-Pierre Plante succède Robert Gurik à la présidence de la SARDEC.

juin 1984 : Le Gouvernement du Québec signe trois ententes couvrant les droits d’auteurs,
dont une avec la SARDEC. Celle avec l’UNEQ (pour la reprographie d’œuvres par les
institutions d’enseignement) prévoit le versement d’une somme annuelle d’un million de
dollars du 1er juillet 1983 au 30 juin 1988. Tous les auteurs, membres ou non de l’UNEQ,
sont protégés par le règlement, les éditeurs québécois ayant accepté de céder, il y a deux
ans, la gestion de leurs droits reprographiques à l’UNEQ. Pour administrer le contentieux,
cette dernière touchera 100 000$. Ce règlement met fin à la poursuite entreprise par la
SADA.

septembre 1984 : Le ministère des Affaires culturelles consent à donner 100 000$ de plus
à la SGDA pour qu’elle paye ses dettes.

20 décembre 1984 : La SGDA signe un protocole de fermeture avec le ministère des


Affaires culturelles. Raymond Paquin dit : « Les conditions politiques ont changé, on nous
laisse tomber. » Le gouvernement Lévesque y a investi plus de 500 000$ sur trois ans, avec
la promesse qu’un montant d’un million pour la gestion des droits de la reprographie dans
les institutions d’enseignement – qui était l’enjeu de la lutte entre l’UNEQ et la SGDA –
serait éventuellement disponible. Le gouvernement s’engage à payer les salaires des
employés, les dépenses courantes et les créances de l’organisme. Robert Vinet est nommé
administrateur par les deux parties. On explique le fiasco par le fait que, pour se développer
pleinement, la SGDA devait absolument négocier des accords avec les éditeurs de livres
en vue d’occuper le champ de la reprographie, ce qu’elle n’a pas su faire. Donc, au terme
d’une bataille qui aura duré plus de deux ans, l’UNEQ, qui avait conclu une entente avec
les éditeurs, a finalement obtenu, à l’été 1984, le million tant convoité. La SGDA compte
alors 372 membres (20% de tous les créateurs) et a perçu 1,3 millions en quatre ans. La
SPACQ informe Clément Richard qu’elle œuvre à former une société de gestion collective
(la future SODRAC).

31 décembre 1984 : La SGDA met fin à ses opérations courantes.

31 mars 1985 : la SGDA rétrocède à ses membres les mandats qu’elle avait reçus d’eux.

avril 1985 : Les auteurs reçoivent de l’UNEQ un premier paiement de leurs droits pour la
reprographie dans les écoles du Québec. Ce paiement, qui couvre la période du 1er juillet
1983 au 30 juin 1984, est versé sur une base forfaitaire et représente, globalement, 25$ par
titre. De cette somme, 65% vont à l'auteur, et 35% à l'éditeur. Ne sont pas payés les auteurs
de titres pour lesquels l'UNEQ n'a pas reçu de mandat de l'éditeur. C'est le cas d'éditeurs
qui ne seraient pas partie à l'entente, ou d'éditeurs disparus. L’opposition libérale demande
au Ministre des Affaires culturelles Clément Richard de faire une analyse post-mortem de
la SGDA :

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II n'a pas été possible, compte tenu des intérêts divergents, d'établir un consensus des
milieux culturels autour de cette société. Il y a eu un certain consensus qui a été établi
mais pas suffisamment large pour rendre viable la SGDA (…) Il y a des groupes qui ne
sont pas assez importants quantitativement pour assumer la gestion de la perception des
droits d'auteur. Il va falloir les aider. Il y a la SPACQ, qui est dans le décor, il y a la
SARDEC et le CEAD, qui va jouer un rôle très important. Heureusement, d'ailleurs,
qu'on a eu le CEAD, parce que cela aurait été difficile à résoudre. C'est le Centre d'essai
des auteurs dramatiques. Il aurait été très difficile à résoudre, tout le problème de la
SGDA. Je peux vous dire que j'ai personnellement négocié avec la sous-ministre, Mme
Martin, en particulier, et on a eu d'innombrables rencontres avec tout le monde pour
aboutir à cela (…) La plupart des autres organismes que j'ai mentionnés, sauf le CEAD,
seront capables de s'arranger seuls. Regardez l'Union des écrivains, par exemple; la
reprographie, c'est eux qui s'en occupent. Cela leur donne 1 000 000 $ par année. Ils
sont capables d'ajouter à leur mandat. Ils l'ont déjà, la reprographie. C'était le mandat
qu'ils réclamaient et, à partir du moment où les éditeurs - cela aussi a joué, c'est très
important, j'oubliais de mentionner cela – ont donné le mandat à l'Union des écrivains
plutôt qu'à la SGDA, on venait de régler le sort de la SGDA parce que l'Union des
écrivains pouvait se réclamer du mandat des éditeurs. Donc, si on voulait régler tout le
problème de la reprographie, c'est avec l'Union des écrivains qu'il fallait faire affaires et
c'est ce que nous avons fait. Cela n'a pas été très bien reçu à la SGDA et on peut le
comprendre parce que cela la privait de ces 1 000 000 $. Maintenant on sait que même
avec les 1 000 000 $ de la reprographie, la SGDA n'aurait pas été rentable, n'aurait pas
pu s'autosuffire.

André Dubois Robert Gurik

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François Dompierre Raymond Paquin

Jean-Yves Collette Michel Gay Louis Caron

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Jacques-Yvan Morin Clément Richard Camille Laurin

André Dubois, président de la SARDEC de 1978 à 1982. Président fondateur de la SGDA.


Ami de Claude Jasmin, membre du premier c.a. de la SGDA. Auteur des séries télévisées
Du tac au tac avec Raymond et Jean-Pierre Plante, Moi et l’autre et du Bye Bye. Membre
du groupe humoristique Les Cyniques.

Robert Gurik, membre fondateur du CEAD et son premier président. Membre du premier
c.a. de la SGDA. Président de la SARDEC de 1982 à 1984. Auteur de plusieurs pièces de
théâtre (publiées chez Leméac). Auteur de la série télévisée Jeune délinquant.

Raymond Paquin, gérant de Jacques Michel et François Dompierre. Conseiller technique


de la SGDA de 1980 à 1984. A travaillé à Radio-Nord, CKLM, CJMS et CKRV.
Réalisateur de disques pour l’étiquette Solo. Élève du guitariste Claude Sirois. Travaille
pour les éditions Chant de mon pays (Yvon Hubert).

François Dompierre, pianiste et compositeur dont la carrière est gérée par Raymond
Paquin. Membre fondateur de la SACQ en 1974. Membre du premier c.a. de la SGDA.

Louis Caron, président de l’UNEQ de mars 1979 à octobre 1980. Membre du premier c.a.
de la SGDA. Publie chez Robert Laffont et au Seuil.

Jean-Yves Collette, membre fondateur de l’UNEQ et secrétaire général de celle-ci en 1978.


Écrit pour la revue La Barre du jour et cofonde La Nouvelle Barre du jour. Travaille pour
les éditions Le Biocreux. Publie chez Estérel et l’Hexagone.

Michel Gay, assistant de Jean-Yves Collette. Cofonde avec ce dernier La Nouvelle Barre
du jour. Coauteur, avec le précédent, de quelques livres.

Jean-Pierre Guay, romancier et poète. Président de l’UNEQ d’octobre 1982 à novembre


1984.

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Le Soleil, 16 avril 1983

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