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LE ROLE D’INTERNET ET DES RESEAUX SOCIAUX DANS LA REVOLUTION

TUNISIENNE

La Tunisie et Internet ont une assez longue histoire commune. En effet, la Tunisie a
été le premier pays arabe et africain à se connecter à la toile, et ce dès 1991. Selon l’ATI
(l’Agence Tunisienne d’Internet1), le premier accès du grand public remonte, lui, à Mai 2000.
Avec le développement des publinets (nom donné aux cybercafés en Tunisie) et avec des
opérations comme les ordinateurs à mille dinars ou les bus informatiques, la Tunisie, ou
plus précisément les grandes villes de Tunisie, vont se trouver très vite connectées.

Cette volonté de « connecter les tunisiens », de les faire entrer dans la modernité,
n’échappait pas à un certain calcul politique : en effet, l’apparente modernité du pays était la
raison principale de la tolérance des démocraties occidentales vis-à-vis des exactions du
régime de Ben Ali. Et la démocratisation de l’accès à internet allait devenir un argument
phare de cette modernisation.

Mais le régime de Ben Ali, conscient du risque évident que les tunisiens puissent
trouver via Internet une échappatoire à la chape dictatoriale qui pesait sur le pays, n’a pas
omis de prendre certaines précautions, à titre préventif. En effet, afin d’empêcher qu’Internet
devienne un espace d’expression et de contestation, Ben Ali, que RSF qualifiera très vite
« d’ennemi d’Internet », procéda, dès les premiers jours d’ouverture de l’accès à Internet au
grand public, à la censure de certains sites d’ONG internationales.

Ainsi, dès l’an 2000, Human Rights Watch pouvait écrire dans son rapport annuel:
« Tunisians could access the Internet more easily than in previous years as prices dropped,
applications were processed more quickly, and public pay-per-use access points opened for
the first time. However, Tunisia's Internet legislation violated the privacy rights of users, the
government continued to block the website of Amnesty International, and Tunisians voiced
wariness that their online communications, like phone and fax lines, were subject to
surveillance.”2

Malgré cela, l’utilisation d’Internet pour protester contre le régime a commencé dès le
début de son ouverture au grand public. L’opposition et la société civile tunisienne vont se
montrer leaders dans le monde arabe en matière d’organisation et d’utilisation d’Internet.
Mais l’impact de cette mobilisation semblera modéré comparé à celui que l’on connaîtra au
moment de la révolution, en janvier 2011.

En effet, la démocratisation de l’accès à Internet que le régime a opérée, via les


publinets notamment, va finir par se retourner contre lui. Selon les statistiques de l’union
internationale des télécommunications, si les tunisiens n’étaient que 4,3% à être connectés à
internet en 2001, ils vont se trouver 39,10% à l’être en 2011. La Tunisie dénombre
aujourd’hui 4,4 millions de personnes connectées sur un total 10,8 millions. Et il faut noter
que, sur ces 4,4 millions de tunisiens, 3,4 millions disposent d’un compte sur Facebook, ce
qui, à n’en pas douter, explique en partie le rôle qu’a eu ce site lors de la révolution
tunisienne.

1
Agence Tunisienne d’Internet : Internet en Tunisie http://www.ati.tn/fr/index.php?id=68&rub=26
2
Human Rights Watch – 2000 world Report
1ère Partie – Historique du cyber-activisme en Tunisie

Les années 90 ont été marquées par une forte répression de la part du régime de
Ben Ali : des centaines de militants de la mouvance islamiste Nahdha ont été torturés et
arrêtés. La dictature s’est véritablement installée, les journaux se sont vus totalement
muselés. Aucun espace d’expression libre n’était permis. En 2002, Reporters Sans
Frontières classe la Tunisie 128 ème sur 139 dans son classement mondial de la liberté de
la presse.3Le message envoyé par le régime était très clair : propagande ou silence, la
critique était strictement interdite.

Au début des années 2000, l’opposition tunisienne n’avait ainsi pour seul choix que
de profiter de cette nouvelle technologie qu’était Internet. Les leaders politiques de
l’opposition, tel que l’actuel président de la république Moncef Marzouki, se sont donc mis à
utiliser ce nouvel outil pour diffuser leurs idées.

Le cyber-activisme tunisien s’est étendu sur un peu plus d’une décennie, nous allons
étudier ici son évolution ainsi que son impact.

1 - Rompre le Tabou

Au tout début des années 2000, le cyber activisme consistait essentiellement à


diffuser une information autre que celle du discours officiel. Sans véritable structure, la liste
de diffusion tunisnews4 était la source principale d’information sur la dictature et l’état des
libertés en Tunisie.

Créée en mai 1999 par un groupe de militants anonymes de la diaspora tunisienne


vivant essentiellement à Stockholm en Suède, cette liste de diffusion permettaient aux
associations, aux activistes ainsi qu’aux partis politiques d’envoyer par e-mail à des milliers
de tunisiens leurs essais et communiqués de presse afin d’alerter le monde sur les exactions
du régime de Ben Ali.

A quelques exceptions près, seuls les militants politiques déjà engagés sur le terrain
utilisaient leur vrai nom sur Internet. Les cyber-activistes, dans leur écrasante majorité,
restaient anonymes. C’était notamment le cas d’un groupe de jeunes qui avaient ouvert,
quelques mois plus tôt, la voie à une autre forme de cyber-activisme.

Takriz, premier collectif organisé exclusivement sur Internet :

Takriz5 a été créé en 1998 par un groupe de jeunes tunisiens anonymes. Se


revendiquant proches du mouvement anarchiste, le site Takriz.com a pris la forme d’une
sorte de « forum-défouloir ». Plusieurs jeunes s’y connectaient pour discuter de la politique
tunisienne et critiquer le régime, mais pas seulement : principalement en raison au jeune âge
des utilisateurs, certains sujets comme la sexualité, les études ou la religion y étaient aussi
traités de manière très ouverte.

3
RSF : Classement Mondial de la liberté de la presse – 2002 http://fr.rsf.org/press-freedom-index-
2002,297.html
4
Tunisnews : Du 4 mai 2000 à nos jours - www.tunisnews.net
5
Takriz est l’équivalent en arabe de l’expression anglaise « it sucks » - www.takriz.com
A la création de Takriz, très peu de tunisiens avaient accès à Internet, aucun
cybercafé n’avait encore été ouvert. Voilà pourquoi, malgré l’anonymat de la majorité des
fondateurs, il paraît évident que les Takrizards – comme ils se font appelés eux-mêmes -
appartenaient à une catégorie socio-culturelle plutôt élevée.

En 2002, le site a été soudainement suspendu. La véritable raison n’a jamais été
communiquée au public et ce même après la réouverture de Takriz en 2009. Des rumeurs
font état de pressions du régime auxquelles auraient été soumis les fondateurs, les obligeant
à fermer le site sous peine d’être emprisonnés.

Le site Takriz a été le premier espace de débat ouvert, un espace où la parole y était
enragée. Il a permis à son époque à des jeunes de rompre le silence et de les encourager à
s’intéresser à la chose publique.

2 - L’information, première arme contre la dictature :

Soutenu par ses alliés démocrates, tels que la France ou l’Italie, le régime de Ben Ali
a mené sans relâche une véritable guerre de l’information. Il n’y avait pas un seul discours
lors des festivités du 7 novembre6 sans allusions aux « progrès démocratiques ». Que cela
soit en matière de droits de la femme ou de liberté d’expression, Zine El Abidine Ben Ali
louait les efforts faits par son gouvernement en matière de technologie et d’accès à Internet.
Cette propagande « novembriste » s’est révélée très efficace puisque la Tunisie était
reconnue par beaucoup de pays démocratiques comme étant un pays stable à l’économie
saine7, où il faisait bon vivre, et tourné vers le monde occidental.

Très vite les cyber-activistes tunisiens ont compris l’importance d’utiliser Internet
comme une arme pour contrer cette propagande du régime, et la bataille de l’information a
alors commencé.

2.1 - Tunezine, la bataille de l’information.

La période Tunezine a certainement été la période de bras de fer la plus marquante


entre les internautes et le régime. D’une nature éminemment politique, le site tunezine.com
lancé par Zouhair Yahyaoui8 à l’été 2001 regroupait à ses débuts moins d’une dizaine
d’activistes anonymes, âgés pour la plupart de 30 à 40 ans et dont l’écrasante majorité avait
étudié et vivait à l’étranger.

Tunezine était un forum d’échanges politique et la source première d’information sur


les dépassements autoritaires du régime de Ben Ali. Informations sérieuses, textes
satiriques, caricatures, communiqués de presse… le site regorgeait d’informations et
dessinait une Tunisie tout autre que celle de la propagande officielle. Comme le site fut

6
Le 7 novembre était sous le régime de Ben Ali la journée nationale pour fêter le changement, c’est-à-dire le
coup d’Etat du 7 novembre 1987 organisé par Ben Ali contre l’ancien président Bourguiba.
7
Dans son Competitivness report, le World Economique Forum considérait la Tunisie comme une réussite
économique
8
Zouhair Yahyaoui a lancé le site tunezine.com sous le pseudonyme de « Ettounsi de Tunezine »
censuré dès qu’il vit le jour, tunezine.com publiait régulièrement un journal regroupant des
textes satiriques ou informatifs sur la situation de la dictature tunisienne.

Au-delà de son aspect journalistique, Tunezine était surtout un forum de discussion


où l’on pouvait y trouver des analyses politiques de haut niveau. La majorité des membres
représentait la nouvelle élite tunisienne qui étudiait ou suivait une carrière à l’étranger. On
pouvait trouver parmi eux des économistes, des médecins, des journalistes ou des avocats;
les membres de tunezine contrastaient avec l’opposition classique dont les débats
panarabes ou communistes étaient d’un autre siècle.

Très vite Tunezine est devenu une référence dans le milieu de l’information tunisien
et son fondateur Zouhair Yahyaoui, alors seulement connu sous le pseudonyme de
« Ettounsi de Tunezine », était devenu la bête noire du régime.

- L’incident « Carte de prieur » :

En mai 2002, afin de dénoncer les violations de liberté de culte en Tunisie, Omar
Khayem9 écrit une fiction dans laquelle il annonce les nouvelles mesures prises par le
gouvernement Ben Ali. Chaque tunisien aura désormais une carte de prière qu’il devra
présenter à la mosquée afin de se faire identifier. Le texte pris au sérieux par plusieurs
médias internationaux fait scandale. Le régime intensifie alors ses attaques contre le site afin
de trouver qui se cache derrière le site.

- La Tunisie est-elle une république, une prison ou un zoo ?

Quelques semaines après, Zouhair Yahyaoui propose sur le site un sondage


demandant aux visiteurs si la Tunisie est une république, un royaume, un zoo ou une
prison ? Le résultat du sondage fut sans surprise une prison. Suite à cette énième atteinte à
l’image de la Tunisie et de son gouvernement, Zouhair devient une des personnes les plus
recherchées de Tunisie. Pendant des journées entières le site subit des attaques de hacking.
Zouhair alerte ses proches, sentant que son anonymat est en danger et que ce n’est qu’une
question de jours avant que son identité soit découverte.

- L’arrestation d’ Ettounsi de Tunezine et sa campagne de libération :

Zouhair Yahyaoui travaillait comme gérant d’un publinet à Ben Arous, un quartier
populaire de Tunis. Le 4 juin 2002, il se fait arrêter ainsi que tous ses clients par la police
politique et est emmenée au poste de police pour interrogatoire. Zouhair y subira plusieurs
interrogatoires au cours desquels il sera battu et torturé. A sa sortie de prison, il racontera
qu’il avait été interrogé par des policiers qui n’avaient pas les compétences requises,
ignorants de ce qu’étaient la censure ou bien l’utilisation de proxy. Le 10 juillet 2002, Zouhair
Yahyaoui sera définitivement condamné par la Cour d’appel de Tunis à 2 ans de prison
ferme pour « propagation de fausses nouvelles dans le but de faire croire à un attentat
contre les personnes et contre les biens » et « vol et utilisation frauduleuse de moyens de
communication ».

9
Omar Khayem (pseudonyme) était un des membres éminents de Tunezine, ses textes-fictions avaient un
grand succès auprès des lecteurs.
Dès le jour de son arrestation, une alerte fut lancée sur Internet par son oncle le juge
Mokhtar Yahyaoui10 afin de mobiliser le plus de gens en vue de sa libération. Le mouvement
en faveur de la libération de Zouhair Yahyaoui a reçu le soutien, partout dans le monde, de
nombreuses ONG des droits de l’homme telle que RSF, HRW, la FIDH, IFEX... et aussi
d’internautes engagés.

Son arrestation a dévoilé la véritable nature du régime de Ben Ali, sa capacité de


répression et sa peur de la liberté d’expression. Elle a aussi poussé plusieurs de ses
camarades à dévoiler leurs identités, autant comme geste de soutien que comme un défi
lancé à l’ancien régime : Taieb Moalla, XX et XX sortent alors de l’anonymat, devenant les
premiers cyber-activistes non anonymes.

Les pressions internationales qu’ont provoqué cette grande mobilisation finiront par
aboutir à la libération de Zouhair Yahyaoui, le 18 novembre 2003. Mais, affaibli par les
tortures, les privations de soins et les différentes grêves de la fin qu’il s’infligea en, Zouhair
ne survivra pas longtemps à sa libération et décédera d’un arrêt cardiaque le 13 mars 2005.

Le site tunezine ne survivra pas longtemps à sa mort. Administré par des tunisiens et
des français, certains membres désapprouveront ce qu’ils qualifieront de manque de
souveraineté. Les guerres internes et les tensions politiques pousseront donc les
administrateurs à le fermer, le 14 mars 2006

2.2 - Nawaat.org et la campagne « Yezzi Fock » : naissance du netizen tunisien :

Nawaat a été fondée en avril 2004 par Sami Ben Gharbeia (alias Fikra), Riadh
Guerfali (alias Astrubaal) et Sofiane Guerfali (alias Centrist), tous anciens membres de
Tunezine. Nawaat.org a été d’abord un forum de discussion politique , regroupant,
contrairement à Tunezine, des membres de toutes les tendances politiques dont un grand
nombre de militants islamistes.

Informer la Tunisie et le reste du monde des exactions du régime et des violations


des droits de l’homme, , tels étaient les objectifs de ce site, dans la droite ligne de Tunezine.
Mais, en 2005 que Nawaat lance la première action sur internet demandant ouvertement à
Ben Ali de quitter le pouvoir. Cette action a été nommée la campagne « Yezzi fock»11.

En Octobre 2005, alors que la Tunisie organisait le premier Sommet Mondial de la


Société d’Information, huit figures de l’opposition tunisienne ont entamé une grève de la faim
d’un mois afin d’alerter l’opinion internationale sur l’état des libertés en Tunisie. Précédant
cet événement de deux semaines, le 8 octobre 2005 Nawaat lance une campagne, inspirée
du mouvement égyptien Kifaya, de manifestation en ligne contre Ben Ali. Yezzi a réuni des
centaines de personnalités connues et anonymes, tel que l’actuel président Moncef Marzouki
ou l’actuel ministre des droits de l’homme Sami Dilou.

10
Mokhtar Yahyaoui : Ancien juge et opposant au régime Ben Ali. Militant pour l’indépendance de la justice , il
fut le premier juge à critiquer la mainmise du régime sur la justice au travers d’une lettre ouverte au président
Ben Ali, écrite le 6 juillet 2001. Mokhtar Yahyaoui est l’oncle maternel de Zouhair Yahyaoui ; il était membre
actif de Tunezine et le créateur du blog www.tunisiawatch.com
11
Yezzi fock signifie “ça suffit” en tunisien - http://nawaat.org/portail/2005/10/08/tunisians-launch-their-own-
version-of-kifaya/
« Yezzi fock » a marqué l’Histoire du net tunisien en tant que première action
demandant un engagement qui dépasse l’écriture, constituant ainsi la première véritable
action de netizens: elle a offert aux tunisiens la possibilité d’exister sur le net avec visage et
corps. Comme des citoyens, réels.

3 - Le passage du virtuel au réel :

De 2000 à 2010, les cyber-activistes ont continué à s’activer sans relâche afin de
faire tomber le régime. Plusieurs actions ont eu lieu sur la toile ainsi que plusieurs
campagnes de libération de prisonniers d’opinions. Mais, malgré cette mobilisation, les
actions sur le terrain ne concernaient qu’une très petite fraction de la population et n’avait
pour ainsi dire pas d’impact populaire.

En 2010, la censure s’est intensifiée. Aucun site d’opposition n’était bien sûr
accessible, les cybercafés étaient surveillés et, ce qui étaient nouveau, des sites comme
youtube, dailymotion, ainsi que des fournisseurs de mails comme Yahoo! tombaient aussi
sous le coup de la censure. C’est ce qui a poussé de nombreux tunisiens, jusque là assez
tolérants avec l’idée de ne pas avoir accès aux sites politisés, à commencer à parler de la
censure : leur quotidien s’était vu perturbé, il leur était devenu difficile de simplement
partager des clips vidéos, d’accéder à leurs mails...

En avril 2010, un groupe de jeunes tunisiens s’est organisé pour lancer une
manifestation qui devait se tenir simultanément à Tunis, Paris, New York et Bonn le 22 mai
2010. Cette manifestation, initialement appelée « manifestation réelle pour une liberté
virtuelle » mais plus connue sous le nom de « nhar 3la 3ammar », visait à protester contre
cette censure aveugle du régime Ben Ali, mais elle avait surtout pour but de mobiliser les
internautes en dehors de la sphère virtuelle.

Afin de toucher le maximum de gens, la stratégie d’organisation était de rendre


« sympathique » la participation à la manifestation. Des vidéos furent réalisées lors des
préparatifs, montrant notamment le charismatique duo Slim Amamou et Yassine Ayari lors
des démarches nécessaires à l’autorisation de la manifestation par les autorités. Plusieurs
page facebook furent créées, relayant les informations et invitant les tunisiens à sortir dans
la rue et à manifester avec des T-shirt blancs arborant des slogans à l’encontre d’« Ammar
404 », mascotte à la notoriété croissante depuis plusieurs mois sur la toile tunisienne et
incarnant la censure du régime.

Slim Amamou et Yassine Ayari se sont fait arrêter la veille de la manifestation, le 21


mai, et, sous pressions, sont contraints dans la nuit d’annoncer sur les réseaux sociaux
l’annulation de la manifestation. Ce qui n’a pas empêché certains des sympathisants de
sortir symboliquement vêtus de T-shirts blanc sur l’avenue Bourguiba. A l’étranger,
principalement à Paris, plusieurs dizaines de jeunes tunisiens non-impliqués jusqu’alors
dans la vie politique, sont venus manifester devant le consulat de Tunisie. La stratégie de
ces manifestations avec l’utilisation de mascottes était de faire coexister et de rassembler
autour d’une problématique commune des tunisiens engagés et d’autres plus « passifs ».

« Nhar 3la 3ammar » a été une première dans l’histoire du net tunisien, car cela a
été le premier rassemblement sur Internet à aboutir à une action concrète des netizens sur le
terrain. Son mode d’organisation, participatif, transparent, apolitique et sans leader en a fait
son succès : les préparatifs s’étaient faits sur un « google group » ouvert (tous les e-mails
échangés à cette occasion ont été mis en téléchargement libre par la suite). Le succès de
cette opération, dont témoignaient les milliers de « like » sur la page facebook, a amené les
membres du google group (nombreux, on y retrouvait, entre autre, Slim Amamou, Yassine
Ayari, Lina Ben Mehnni, Malek Khadraoui, Aziz Amamy, Tarek Kahlaoui… d’autre restés
anonymes comme Li Liopatra, Arabasta, Malek404…) a continué dans les mois qui suivirent
à publier des vidéos et à tenter d’organiser d’autres happenings.

C’est dans ce contexte d’une relative mais certaine agitation sur le net et les réseaux
sociaux tunisiens qu’est survenu l’événement déclencheur des manifestations qui vont faire
tomber le régime de Ben Ali.

2ème Partie : Le rôle d’internet dans les soulèvements

La révolution tunisienne a été provoquée par l’immolation de Mohamed Bouazizi, un


vendeur ambulant de fruits et légumes qui s’était vu retiré son chariot par la police
municipale de Sidi Bouzid. Alors qu’il contestait cette décision qu’il jugeait arbitraire,
Mohamed Bouazizi s’est fait humilier par deux agents de la municipalité. Dans un geste de
désespoir, il acheta un bidon d’essence et s’immola devant le siège du gouvernorat, le 17
décembre 2010.

Mohamed Bouazizi devint très vite le symbole d’une jeunesse victime d’un contexte
socio-économique désastreux. Son suicide provoqua la colère et l’indignation des jeunes de
Sidi Bouzid. Des affrontements avec la police ont vite eu lieu et ont fait l’objet d’une violente
répression. La foule ne se calma pas, bien au contraire, l’indignation se propagea à d’autres
villes de Tunisie comme Thala et Kasserine, jusqu’à gagner toutes les régions de Tunisie.
Ce mouvement atteignit finalement son apogée le 14 janvier 2011, au centre-ville de Tunis,
où des milliers de personnes demandent, devant le ministère de l’intérieur tunisien, la
démission de Ben Ali. Cette ultime manifestation finit par pousser ce dernier à s’enfuir en
Arabie Saoudite.

1 - Le rôle des réseaux sociaux dans la révolution

Après la chute du régime de Ben Ali, de nombreux journalistes des médias étrangers
se sont empressés de qualifier la révolution tunisienne de « révolution Facebook » ou de
« révolution Twitter ». Il est vrai que Aziz Amamy ainsi que Slim Amamou se sont fait arrêté12
le 6 janvier, soupçonnés d’être derrière des attaques d’Anonymous contre des sites

12
Arrestation de Slim Amamou et Aziz Amami http://nawaat.org/portail/2011/01/06/tunisie-arrestation-du-
blogueur-slim-amamou/
tunisiens. Cette arrestation a été vue par plusieurs internautes comme une reconnaissance
du rôle qu’ont eu les cyber-activistes dans la révolution. Mais cette qualification de
« révolution internet » a reçu un très mauvais écho en Tunisie.

Devant les centaines de morts qui avaient fini par joncher les rues, parler ainsi de
« révolution Internet » semblait totalement irréel aux yeux des tunisiens. Parmi les
arguments les plus répandus contre cette appellation, il y avait le fait « qu’il y ait eu de vrais
morts, avec de vrais balles, et du vrai sang qui a coulé ». De plus, cette désignation tend à
donner un rôle trop important aux cyber-activistes, qui, pour une grande majorité, se
trouvaient à l’étranger, loin des combats.

Il est clair que ceux qui insistent pour minimiser le rôle qu’ont joué les réseaux
sociaux lors de la révolution le font en partie en opposition à l’exagération du rôle que
certains bloggeurs ou autres cyber-activistes13 ont eu tendance à s’attribuer. Rares sont les
bloggeurs qui se sont déplacés sur les lieux des manifestations ; on peut citer néanmoins
Lina Ben Mhenni et Aziz Amamou qui sont aller sur place filmer afin d’envoyer des vidéos
sur la toile.

Mais, on ne peut nier que le rôle de Facebook et, dans une moindre mesure, celui de
Twitter est certain.

1.1 – Le rôle de Facebook

Bouazizi, le premier à utiliser Facebook

Le 18 décembre 2010, un jour après l’immolation de Mohamed Bouazizi, le site


d’opposition en ligne nawaat.org publie deux vidéos prises avec des téléphones portables
montrant la contestation à Sidibouzid. Nawaat reporte l’immolation de Bouazizi et publie
également un statut Facebook de ce dernier, où, s’adressant à sa mère, il exprime son
dégoût de la vie misérable qu’il mène et annonce qu’il va partir loin à jamais.

Source : nawaat.org

Ceci est en quelque sorte la première interaction de ce réseau social avec la révolution. Mais
il va surtout servir de relai à l’information via notamment les vidéos montrant les
manifestations.

13
Jillian C. York Not Twitter, Not WikiLeaks: A Human Revolution http://jilliancyork.com/2011/01/14/not-
twitter-not-wikileaks-a-human-revolution/
Facebook comme une plateforme de partage vidéo

La révolution a été filmée, du premier jour de manifestation jour jusqu’au dernier, et il


existe ainsi de nombreuses vidéos des soulèvements dans toutes les régions de Tunisie.
Armés de smartphones, les jeunes défiaient la police et filmaient toutes ses exactions. Vu le
niveau socio-économiques des villes où sont née la révolution, il est clair qu’une grande
majorité de ces jeunes n’avaient pas d’accès à internet à leur domicile et donc que les
publinets ont été le point d’envoi de ces vidéos sur la toile, notamment sur Facebook et
Youtube.

Plongé dans un blackout médiatique total (la presse et les journaux télévisés
tunisiens ne relayaient bien entendu pas les événements), les jeunes des régions de Thala,
Kasserine, Gasfa… n’avaient que très peu de sources d’informations, provenant
essentiellement des communications téléphoniques et puis d’Internet. Si l’on étudie les
vidéos de la première semaine du soulèvement, nous pouvons constater que les
revendications, mais aussi les slogans, étaient les mêmes. Ce qui démontre que les
manifestants des autres villes avaient écho de ce qui se passait à Sidibouzid et nous permet
de faire le lien avec les vidéos partagées sur Facebook ou Youtube.

Très vite, les vidéos parvenant de plusieurs villes voisines, le partage via les réseaux
sociaux a permis de galvaniser les jeunes et de les pousser à rejoindre le mouvement. Plus
les actions s’intensifiaient et plus les partages des vidéos augmentait.

Deux millions de tunisiens soit le cinquième de la population tunisienne était sur


Facebook pendant la période de la révolution. C’est de loin l’espace de communication qui
rassemblait le plus grand nombre de tunisiens et aussi donc d’information. Dans les régions
où les protestations prenaient place, facebook a été utilisé comme site de partage de vidéo.
Mais plus largement facebook est devenu une des sources principales d’information minute
par minute de la progression de la révolte.

Le 24 janvier 2012, Alexis Madrigal écrivait dans The Atlantic « By January 8, Facebook
says that it had several hundred thousand more users than it had ever had before in Tunisia,
a country with a few more people than Michigan. Scaled up to the size to the U.S., the burst
of activity was like adding 10 million users in a week. And the average time spent on the site
more than doubled what it had been before. »14

Facebook comme accélérateur de la révoltion

Enormément de tunisiens ont ouvert des comptes facebook pour se tenir informés.
Cette information a eu un impact de galvanisation qui était à l’origine du rôle d’accélérateur
qu’a eu facebook sur la révolution tunisienne.

Comme plusieurs tunisiens l’ont exprimé15, le audio/visuel virtuel (photos, vidéos,


statuts, chansons,..) a eu un impact réel sur eux pour les pousser à sortir dans la rue.
Certains jeunes et adultes sans lien avec des partis politiques ou les syndicats n’avaient pas

14
The atlantic : The inside story of how facebook responded to tunisian hacks
http://www.theatlantic.com/technology/archive/2011/01/the-inside-story-of-how-facebook-responded-to-
tunisian-hacks/70044/
15
How Social Media accelerated Tunisia’s revolution http://www.huffingtonpost.com/colin-delany/how-social-
media-accelera_b_821497.html
accès à des une structure organisatrice qui aurait pu les pousser à sortir dans la rue. Leur
mobilisation a été une réaction spontanée à un mouvement visuel.

Du 13 au 14 janvier, la propagande et la contre propagande :

D’abords via le travail qu’ont fait les cyberactivistes avec les médias (Partie 2) mais
aussi parce qu’il n y a pas eu besoin de leader pour mobiliser les foules, beaucoup de
tunisiens appelaient leurs familles et amis à sortir dans la rue. Le 13 janvier 2012 était
d’ailleurs une des journées phares d’appel à la manifestation sur les réseaux sociaux et en
particulier facebook.

En effet, juste après le 3 ème discours de Ben Ali16, les chaines de télévision tunisienne
ont fait la propagande du régime en montrant des groupes en train de faire la fête sur
l’avenue Bourguiba à la gloire du régime. Cette mise en scène a été très vite démasquée par
les réseaux sociaux. Plusieurs personnes ont posté des photos et des vidéos de voitures
louées qui ramenaient les « fêteurs » à l’avenue Bourguiba et dans d’autres quartiers de
Tunis 17. Dans une des vidéos un jeune commente « toutes les voitures qui klaxonnent sont
des voitures de locations, tous ceux qui scandent Ben Ali avec des drapeaux sont des sont
dans des voitures de location. Voilà maintenant on sait ce qui c’est »

Ce fut une nième tentative de propagande du régime qui a été vite démasquée par
des preuves largement partagées. Un appel à la manifestation sur l’avenue Bourguiba a été
lancé, le matin du 14 janvier on a pu lire sur les murs, les pages et twitter des personnes
comentant leur « marche vers l’avenue Bourguiba » et des « appels à la mobilisation »

1.2 - le rôle de Twitter

Pendant les manifestations qui ont constitué la révolution et amené à la chute du


régime de Ben Ali, le hashtag #Sidibouzid sur twitter est resté « trending topic » pendant
plusieurs jours. De nombreux journalistes, comme Andy Carvin18, ont témoigné de la
manière avec laquelle ils ont pu suivre pas à pas cette révolution sur twitter.

Si, pour les journalistes étrangers, c’est surtout Twitter qui a permis de suivre la
révolution, ce n’est pas parce que c’ était le média social le plus utilisé en Tunisie, bien au
cTontraire. Une infime minorité de tunisiens y était active : moins de cinq cents comptes
tunsiens actifs, contre deux millions sur facebook19.

Mais, parmi ces comptes, on pouvait y trouver la majorité des cyber-activistes


tunisiens aguerris, habitués aux contact avec les médias, comme notamment Sami Ben
Gharbeia (@ifikra) qui twittait en anglais et expliquait, rompu au travail journalistique, de
manière plus professionnelle ce qui se passait sur le terrain.

16
Lors de son 3ème discours Ben Ali en s’adressant au peuple tunisien promet des réformes et de ne plus se
présenter aux prochaines élections. Il explique qu’il a été trompée et qu’il demandera un cessez le feu et
appellera tout le monde au calme. Quelques heures plus tard, les mêmes vieilles habitudes de propagande ont
été mise en place, ça a été une de trop.
17
Propagande du 13 janvier et voitures de location
http://www.archiverevolution.com/manifestations/propagande-du-13-janvier-et-voitures-de-location.html
18
NPR’s Andy Carvin on tweeting revolutions http://wknofm.org/post/npr-s-andy-carvin-tweeting-revolutions
19
How Social Media Accelerated Tunisia’s Revolution: An Inside View
http://www.epolitics.com/2011/02/10/how-social-media-accelerated-tunisias-revolution-an-inside-view/
Ceci nous amène à montrer les limites de l’impact que ces réseaux sociaux auraient
eu dans la transmission de l’information s’ils n’avaient pas été épaulés par les cyber-
activistes tunisiens.

1.3 – L’opération Open Tunisia et l’arrestation de cyberactivistes

Le 5 janvier 2012, le groupe anonyme Anonymous a postée une vidéo sur Internet dans
laquelle une voix déclarait le soutien de ce mouvement à la révolution tunisienne et le
lancement de la campagne « opération Tunisia »20. Cette opération visait à attaquer
plusieurs sites du gouvernement tunisien en réponse à l’opression du régime etau phishing
de Gmail et de facebook que le gouvernement n’a cessé de faire en janvier 2012.

Le 7 janvier 2012 soupçonnés d’être membres d’Anonymous, Slim Amamou et Aziz


Amami, membres organisateurs de la manifestation Nhar 3la 3ammar quelques mois avant
se sont fait arrêtés par la police.

Le régime Ben Ali a très vite compris le pouvoir viral de facebook et a commencé une
grande opération de Phishing. Comme le raconte au journal The Atlantic, Joe Sullivan, chef
de sécurité chez Facebook explique que le régime essayait de récupérer les nom
d’utilisateurs et password de tous les utilisateurs tunisiens. Le 5 janvier 2012 Facebook, les
responsables de la sécurité chez facebook racontent au journal qu’ils n’ont jamais vu une
attaque de cette envergure. "We've had to deal with ISPs in the past who have tried to filter
or block our site," Sullivan said. "In this case, we were confronted by ISPs that were doing
something unprecedented in that they were being very active in their attempts to intercept
user information."21

La meilleure mesure de l’impact de facebook sur la révolution tunisienne reste la réaction


de Mubarak, Salah, Bachar ou dernièrement Erdogan par rapport au soulèvement de leurs
peuples. Les 4 ont eu comme premier réflexe de mettre sous silence les réseaux sociaux,
leçon apprise de la Tunisie.

2 - Le triangle Manifestants /Cyber-activistes /Médias

Les premiers jours, les vidéos des altercations avec la police n’ont pas eu beaucoup
de visibilité. Les manifestants sur le terrain uploadaient des vidéos qu’ils mettaient le plus
souvent sur leurs profils, privés, ou des pages Facebook qui présentaient un faible nombre
de « like », le baromètre absolu sur Facebook du nombre de visiteurs : malgré leur
disponibilité sur Facebook, très peu de personnes osaient les repartager, craignant la
fermeture de leurs comptes (elles étaient légion à cette période) ou, pire, des représailles,

20
Anonymous – Opération Tunisia http://www.youtube.com/watch?v=BFLaBRk9wY0
21
The Atlantic The Inside story of how facebook responded to tunisian hacks
http://www.theatlantic.com/technology/archive/2011/01/the-inside-story-of-how-facebook-responded-to-
tunisian-hacks/70044/
étant donné qu’il était impossible de prédire à l’origine la tournure que ces événements
allaient prendre.

Les cyberactivistes, déjà organisés et habitués à réagir aux crises, ont joué un rôle
crucial afin d’alerter l’opinion publique des exactions du régime Ben Ali. En particulier le
groupe nawaat, qui téléchargeait ces vidéos, les nettoyait, en vérifiait l’origine et y apposait
des titres et des commentaires, essayant de fournir une matière « solide » aux médias
étrangers avec lesquels ils prenaient contact. En Europe, d’autres activistes comme Yassine
Ayari, qui s’était établi en Belgique après l’épisode « nahr 3la 3ammar », ont servi de relais
de diffusion. L’information est devenue virale, de plus en plus de vidéos étaient publiées.

Finalement, devant l’accumulation des preuves vidéos, les médias internationaux,


sans correspondants sur place, ont pu se mettre à couvrir les manifestations. Le 20
décembre 2010, Aljazeera devient le premier média à parler des événements de Sidibouzid.
en montrant des vidéos amateurs originellement postées sur Facebook, permettant ainsi de
toucher les tunisiens n’ayant aucun contact avec internet mais disposant de la télévision

Plus personne ne pouvait prétendre ne pas être au courant. Des images atroces de
jeunes tués par balles avaient été partagées. La vidéo 22 la plus marquante fut celle prise à
l’hôpital de Kasserine dans la nuit du 9 au 10 janvier 2011. On y voit plusieurs jeunes
blessés par balles, parmi eux certains ont rendu l’âme devant la caméra. La vidéo est terrible
et a provoqué une très large indignation sur les réseaux sociaux. La barbarie du régime était
devenue insoutenable et la réaction de la majorité a été d’appeler à sortir dans les rues. Une
dizaine de jours plus tôt, les vidéos de la manifestation de Sfax suivie par des dizaines de
milliers de personnes avaient donné de l’espoir à d’autres villes et les avaient poussées à
sortir pour manifester.

Conclusion
Il n’y a pas de preuve sur une quelconque organisation des manifestations. La
révolution tunisienne n’a pas eu de leader, tout montre qu’elle a été spontanée, improvisée
par les manifestants eux-mêmes pendant la première période. Le rôle du syndicat UGTT
n’est pas à minimiser, mais il a eu un rôle d’accompagnateur plus que de créateur ou de
leader du mouvement.

En effet cette révolution a bien été la conséquence de l’exaspération d’un peuple qui
souffrait d’une conjecture socio-économique déplorable, exacerbée par la corruption et les
inégalités qui caractérisaient le régime de Ben Ali.

Ce peuple s’est soulevé de lui-même et a, par sa seule volonté, su renversé un


régime sans être organisé ou guidé par de quelconques leaders de l’opposition, ou groupes
d’activistes menant la danse via les nouveaux outils qu’Internet a su offrir.

Néanmoins, dans un pays où la presse et la télévision étaient ainsi muselés, on ne


peut nier l’importance qu’ont revêtu ces nouveaux moyens de communication dans la
transmission et le relais des informations. Une transmission qui a été d’autant plus efficace

22
Kasserine du 9 au 10 janvier https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=frXYFUioMhw
que les cyber-activistes tunisiens sont le produit d’une longue tradition d’opposants ayant su
avec le temps maîtriser ce fabuleux outil.

Les réseaux sociaux ont eu un rôle d’accélérateur, certainement d’outils. Mais n’ont
été ni l’origine ni les faiseurs de la révolution. Exagérer leur effet a eu un impact négatif sur
le cyberactivisme tunisien qui souffre aujourd’hui des théories du complot, le minimiser est
ne pas reconnaître la spontanéité du mouvement. Les réseaux sociaux ont aussi été une
arme à double tranchant, ils ont permis au régime de surveiller plusieurs comptes. Mais
comme le dit Thimothy Garton Ash « Les réseaux sociaux offrent plus d’armes à l’oppressé
contre l’opresseur » 23 d’où l’importance de les étudier et de diffuser leur utilisation.

23
Tunisia's revolution isn't a product of Twitter or WikiLeaks. But they do help – Timothy Garton Ash
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/jan/19/tunisia-revolution-twitter-facebook

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