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Cas pratique RGO

- 4 personnes font un emprunt de 42000 euros sans intérêt auprès du collègue de l’un
d’eux.
- Ils font un acte de reconnaissance de la dette établie qui est valable tant sur le fond
que sur la forme qui précise que l’obligation est solidaire.
- Le créancier a sollicité l’un d’eux, Vincent, pour le remboursement de la dette.
- Vincent se tourne vers l’un des débiteurs, François, estime qu’il ne doit rien au
créancier car ce dernier ne lui a pas rendu les 10% qu’il lui a promis, des gains qu’il a
réalisé lors de jeu de hasard (Loto).
- Le troisième débiteur, Paul, est décédé laissant 2 héritières
- Le dernier, Gérard, a quitté le pays et l’on ne sait où il est parti.

Quelles sont les actions envisageables pour le premier débiteur, Vincent, vers qui le
créancier s’est tourné ? (I A)
Est-ce que François est vraiment créancier de Marc ? est-ce qu’il peut se décharger de sa
dette au motif que le créancier est aussi débiteur d’une autre dette qui les lie ? (I B)
Est-ce que les héritières de Paul héritent de la dette ? (II A)
En ce qui concerne le dernier débiteur, Gérard, quelles actions sont possibles contre lui ?
(II B)

I. Sur le recouvrement de la dette solidaire qui lie les codébiteurs au créancier


Marc :

A. Sur le recouvrement de la dette solidaire par Vincent débiteur « principal » :

L’obligation solidaire est un mécanisme reliant soit les débiteurs appelée solidarité passive,
soit les créanciers appelée solidarité active. Dans le cas de la solidarité passive et c’est le cas
de l’espèce, elle permet à un créancier ayant plusieurs débiteurs d’une même dette de
réclamer à chacun d’eux la totalité de la somme selon l’article 1313 du code civil.
L’intérêt pour le créancier est qu’elle lui donne le choix des débiteurs et évite donc
l’insolvabilité des débiteurs, le créancier peut donc se tourner vers l’un des débiteurs et
réclamer la totalité de la dette et c’est au débiteur qui a payé de tenter de se faire rembourser
en se retournant contre ses codébiteurs. Selon l’article 1310 du code civil, la solidarité ne se
présume pas, elle est soit conventionnelle soit légale.
L’obligation solidaire a des effets à l’égard des débiteurs, en effet, ils ne bénéficient ni de la
faculté de division, c’est-à-dire n’offrir de ne payer qu’une quote-part de la dette (Art 1313
cciv et Civ. 3 e, 12 mai 1993, nos 91-15.937) ni la faculté de discussion qui permettrait par
exemple à un débiteur d’invoquer un accord intervenu entre les codébiteurs par lequel l’un
d’entre eux aurait accepté d’assurer l’entier paiement Civ. 1re, 13 nov. 1967, Bull. civ. I, n°327.
Aussi, un autre effet de l’obligation solidaire est que le paiement effectué par l’un des
débiteurs les libère tous puisque la dette unique est éteinte toujours selon l’article 1313 du
code civil et ce quelle que soit la cause de l’extinction de la dette.
En l’espèce, le créancier Marc a 4 débiteurs et s’est tourné vers Vincent pour le recouvrement
de la dette car c’est sans doute celui qui lui semble le plus solvable. Selon l’article 1313 du
code civil, il peut demander la totalité de la dette à l’un des créanciers, règle gouvernée par la
règle de l’indivisibilité de la dette.
En principe, Vincent est tenu de lui payer la totalité de la dette au montant de 42000 euros et
cela a pour effet de libérer les autres codébiteurs mais il peut se tourner vers chacun de ses
codébiteurs pour le paiement de la dette car contrairement au rapport entre le créancier et
son débiteur, les rapports entre les codébiteurs connait un régime opposé car la divisibilité de
la dette est de principe comme le code civil l'indique à son article 1317 : « Entre eux, les
codébiteurs solidaires ne contribuent à la dette que chacun pour sa part. Celui qui a payé au-
delà de sa part dispose d'un recours contre les autres à proportion de leur propre part. Si l'un
d'eux est insolvable, sa part se répartit, par contribution, entre les codébiteurs solvables, y
compris celui qui a bénéficié d'une remise de solidarité » Principe rappelé par Civ. 3e, 28 mai
2008, n°06-20 403.

B. Sur l’exception personnelle de François, invocable par Vincent :

D’abord est ce que François est créancier de Marc ? Art 1100 al 2. La transformation de l’oblig.
Naturelle en civile est engagement unilatéral.
Exception personnelle : 1315.
1347 : Compensation
L’on sait que l’un des coobligés est créancier de leur créancier dans le cadre d’une novation
d’une obligation naturelle en obligation civile. En effet, ce dernier fût promis 10% du gain de
son ami lors d’un jeu de hasard. Il convient donc de rechercher la possibilité pour le débiteur
principal à qui le créancier a fait appel en premier, d’invoquer une exception personnelle bien
qu’elle ne soit pas inhérente à sa personne mais plutôt à celle de la personne concernée, son
codébiteur.
La compensation équivaut à un paiement croisé, elle est un mode d’extinction d’obligations
réciproques entre deux partenaires, à hauteur de la plus faible des sommes considérées, elle
doit remplir la même condition de réciprocité, d’exigibilité, de certitude et de liquidité. Dans
le mesure où il n’y’a pas de contestation sur le caractère réciproque, liquide et exigible des
créances invoquées.
En ce qui concerne les sommes d’argent, il n’y’a aucune difficulté quant à leur nature qui est
la même et permet donc la compensation, si les autres conditions exigées par la loi se trouvent
réunies notamment la possibilité pour le codébiteur solidaire d’invoquer la compensation
entre le créancier et l’un de ses coobligés.
Aussi, elle a un effet automatique de plein droit mais elle doit être invoquée par une partie,
elle ne peut être soulevée d’office par le juge. L'article 1347-6, alinéa 2, dispose que « le
codébiteur solidaire peut se prévaloir de la compensation intervenue entre le créancier et l'un
de ses coobligés pour faire déduire la part divise de celui-ci du total de la dette ». En ce sens
que cela diminuera la dette.
En l’espèce, il s’agit bien de deux créances réciproques, liquides et exigibles car ne sont pas
écartées du jeu de la compensation comme les créances insaisissables, alimentaires, les
obligations de restitution d’un dépôt ou d’un prêt à usage … Ce sont bien des sommes d’argent,
la dette la plus faible étant 30.000, c’est la somme qui fera l’objet d’une compensation. Ce qui
diminue largement le montant à payer par le débiteur principal (12000 euros). Cette somme
sera divisée entre le reste des associés de manière égalitaire après une action subrogatoire
intentée par Vincent.

II. Sur l’action possible pour la contribution à la dette :

A. Sur l’action subrogatoire contre les héritières de Paul, défunt codébiteur :

La subrogation existe de plein droit au profit de « celui qui, y ayant un intérêt légitime, paie
dès lors que son paiement libère envers le créancier celui sur qui doit peser la charge définitive
de tout ou partie de la dette » (C. civ., art. 1346). Ainsi, le débiteur qui a payé se trouve subrogé
dans les droits et actions du créancier, y compris les éventuelles sûretés dont il pouvait
bénéficier (Civ. 21 janv. 1935, DH 1935. 116), à l'exception (évidente) de la sûreté personnelle
que constitue la solidarité. Mais cette subrogation est imparfaite : la dette cesse d'être
solidaire entre ses mains ; aussi il doit diviser son recours ce qui présente le vif intérêt pratique
d'éviter le risque d'une cascade de recours successifs, de débiteur à débiteur, que Pothier
appelait le « circuit d'actions ».

La pluralité des liens obligatoires se manifeste également lors du décès de l'un des débiteurs.
La solidarité ne disparaît pas en ce cas, mais ses effets sont atténués : la dette se divise entre
tous les héritiers du débiteur prédécédé C. civ., art. 1309, al. 1 er. ( Civ. 14 déc. 1897, DP 1901),
sans qu'il soit nécessaire de distinguer selon qu'ils sont acceptants purs et simples ou
bénéficiaires (Civ. 1re, 3 déc. 2002, n° 00-13.785). Le créancier ne pourra donc réclamer à
chaque héritier que la part de celui-ci dans la dette totale, avec le risque de se heurter à
l'insolvabilité de certains. Ceci se justifie parfaitement : chacun ne continue la personne du
défunt que pour une partie de l'actif et, corrélativement, du passif. Les héritiers n'étant pas
solidaires entre eux, la demande formée contre l'un d'eux n'a aucun effet à l'égard les autres.
En revanche, la solidarité subsiste entre les débiteurs survivants et les héritiers du prédécédé
(Civ. 3e, 19 févr. 2014, no 12- 17.263), mais seulement dans la limite de la part de chacun de
ces derniers. Dès lors, la demande formée contre un héritier ne produit effet contre les
survivants que dans la mesure de sa part ; pour qu'elle joue envers tous les survivants, il
faudrait qu'elle fût formée contre tous les héritiers du débiteur prédécédé. L'article 2245 du
code civil applique ces diverses solutions à l'interruption des prescriptions. Pour les écarter,
les parties doivent stipuler l'indivisibilité. La solidarité prend normalement fin par l'exécution
intégrale de l'obligation, mais point par le décès de l'un des débiteurs solidaires.

En l’espèce, le débiteur Paul est décédé, laissant deux héritières. Vincent devra donc formuler
sa demande de recouvrement de la dette vis-à-vis des deux héritières afin qu’elle puisse
produire des effets sur les deux survivantes. Nous n’avons pas d’information sur les parts
héritées par chacune de ses filles mais une chose est certaine, elles héritent de la dette et sont
solidairement responsables au regard des débiteurs originaires dans le sens où elles vont
devoir payer la dette proportionnellement à leur part ; (Cass 1ère civ 10 Mai 2018) donc 3000
euros chacune à moins que l’une d’elles apporte la preuve qu’elle est insolvable et donc
l’héritière qui reste solvable devra s’acquitter de la dette du défunt dans sa totalité, soit 6000
euros étant donné que le dernier des codébiteurs survivants est insolvable et donc la dette
est répartie entre les codébiteurs solvables.

B. Sur l’impossibilité de recouvrement de la dette par Gérard, codébiteur


« insolvable » du fait de son absence :
La répartition se fait en fonction du degré de gravité de la situation dans laquelle se trouve le
codébiteur.
Il se peut qu'un des codébiteurs n'ait aucune part dans l'affaire pour laquelle la dette a été́
contractée solidairement : il sera alors totalement déchargé́ de toute contribution à la dette
(dans ses rapports avec les autres débiteurs, car envers le créancier il reste évidemment tenu
au tout). Selon l’article 1317 du code civil dans son troisième alinéa « si l’un d’eux (codébiteurs)
est insolvable, sa part se répartit, par contribution, entre les codébiteurs solvables, y compris
celui qui a fait le paiement et celui qui a bénéficié d’une remise de solidarité » Il dispose en
effet que la part de l'insolvable se répartit « par contribution » entre les codébiteurs solvables,
c'est-à-dire en proportion de la part que chaque débiteur doit supporter dans la dette (Civ. 3
e, 22 juin 1994, no 92-20.158). Cette mesure joue même lorsque le créancier a déchargé un
ou plusieurs débiteurs de la solidarité (C. civ., art. 1316). Chacun contribuera donc à la perte,
et dans ce cas chacun (hormis, par hypothèse, l'insolvable) paiera plus que sa part. À la dette
commune succède la perte commune. Toutefois seule doit être répartie l'insolvabilité
existante au moment du règlement de la dette solidaire ; l'insolvabilité ultérieure resterait à
la charge du solvens qui a été négligent dans le recouvrement de sa créance.
En somme, si l'un des débiteurs demeurés solidaires devient insolvable, tous contribuent à la
perte, y compris le débiteur ayant bénéficié de la remise (C. civ., art. 1215 ; Req. 7 juin 1882).

En l’espèce, Gérard est insolvable ayant disparu après avoir négligé le paiement de son loyer.
Il est donc déchargé de la contribution à la dette dans ses rapports avec les autres débiteurs.
Le montant de la dette auquel il devait contribuer sera réparti entre les autres coobligés, le
solvens compris. Ils devront donc s’acquitter de 6000 euros chacun.

Avant la réforme 5 cas de subrogation légale.

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