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[DOM LOUIS-MARIE BAUDIN]

[PRÉFACE]

LES PAROLES DE LA SAINTE VIERGE


OU
L’ÂME À L'ÉCOLE DE MARIE

OUVRAGE PUBLIÉ PAR M. L'ABBÉ TEXIER


DIRECTEUR
DE LA REVUE des Prêtres de Marie Reine des Cœurs

Sonet vox tua in auribus meis : vox enim tua dulcis (Cant. II, 14)
Que votre voix se fasse entendre à mes oreilles, car votre voix est douce.

TOME I

Maison Alfred Mame et Fils


Tours et Paris
1921
Édition numérique : salettensis@gmail.com

1
DÉCLARATION DE L'AUTEUR

Nous nous faisons un devoir de déclarer qu'ici, dans cet ouvrage, vous employons les mots de saints,
bienheureux, et si nous exposons des faits présentant un caractère surnaturel, nous n'entendons nullement
exprimer sur les personnes et les choses un jugement qui relève de la sainte Église seule.

Imprimatur
Turonibus, die 30 junii 1920
A. Bongendre. v. g.

UN MOT AU LECTEUR

L'ouvrage que je présente au public a été composé par un religieux contemplatif, dont les prêtres de
Marie Reine des cœurs connaissent les articles substantiels que fait paraitre tous les mois la revue de leur
association1. Après avoir beaucoup lu et beaucoup retenu, 1'auteur a agencé, dans un ordre très harmonieux,
les diverses révélations faites par la sainte Vierge à ses amis. Son œuvre a donc une haute valeur, et sans
aucun doute elle trouvera de nombreux lecteurs, avides de savourer une suave doctrine que leur enseigne le
plus aimable des prédicateurs après Jesus, c'est-a-dire la Reine du ciel. Le lecteur remarquera que la Cité
mystique de Marie d'Agreda a été mise largement à contribution. Ce livre s'est vu souvent attaqué depuis son
apparition, mais il a eu aussi l'honneur de trouver de nobles défenseurs. Des papes, des cardinaux, des
évêques, des ordres religieux, des Universités, s'en sont faits les champions et se sont proclamés ses
admirateurs. Nous sommes donc en bonne compagnie, en recevant avec respect les écrits de la pieuse
franciscaine.

Daigne Marie Reine des cœurs bénir ces pages, qu’elle-même a inspirées, et parler aux cœurs de ses
enfants, pour les gagner à Jesus son fils bien-aimé !

Saint-Laurent-sur-Sevre (Vendée),
le 18 septembre 1910,
en la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs.
J.-M. Texier.

Précision de salettensis@gmail.com

L'ouvrage sans nom d'auteur est de Dom Louis-Marie Baudin, dont on trouvera une brève
présentation à http://www.scribd.com/doc/38193255/Dom-Louis-Marie-Baudin-Biographie-Et-Bibliographie

Seule la Préface est ici donnée : l'ouvrage se propos d'organiser les enseignements de révélations
mariales, et pour édifiante que soit cette colligation et malgré l'importance qu'a eu ce travail qui a
accompagné Dom Baudin pendant presque toute sa vie, nous n'avons pas jugé que ce que nécessiterait
d'effort la numérisation et relecture des trois tomes se justifiait dans un premier temps.

L'inclusion de la table des matières donnera une idée plus précise du contenu de l'ouvrage, nous la
publierons dans une mise à jour ultérieure.

Édition numérique : salettensis@gmail.com


disponible à
http://www.scribd.com/doc/39319505/Les-Paroles-de-La-Sainte-Vierge-Dom-Baudin

1 L' association des prêtres de Marie Reine des cœurs a été fondée en 1907. Elle a pour but de sanctifier la vie privée et le
ministère de ses membres par la pratique et la propagation de la parfaite dévotion à la sainte Vierge, prêchée par le bienheureux
Louis-Marie Grignion de Montfort : Pie X l'a approuvée et bénie. Les prêtres de Marie jouissent du privilège de l'autel quatre fois par
semaine et peuvent gagner un bon nombre d'indulgences plénières et partielles, accordées a leur œuvre.
Cette association a son organe : la Revue des prêtres de Marie Reine des cœurs, 3 fr. par an, 4 fr. pour l’étranger, S'adresser
à M. l’abbé Texier, Saint-Laurent-sur-Sevre (Vendée).

2
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Il y a une vingtaine d’années, paraissait le Livre des divines Paroles, par le Père Saudreau, des Frères
Prêcheurs. – Le Messager du Sacré-Cœur, par la plume du Révérend Père Ramière, appréciait ainsi ce recueil
des révélations faites par le Seigneur à ses intimes dans le cours des siècles Chrétiens : « Voici un livre qui a
pour auteur Notre-Seigneur lui-même... C'est une mine précieuse où se trouvent des trésors pour tous :
prêtres, religieuses, simples fidèles. »
« C'est chose commune en l'histoire de l'Eglise, disait de son côté l'Univers, que ces révélations
admirables, qui font participer les saints aux secrets mystères de la Divinité, et dont le Seigneur se sert pour
diriger lui-même « ses intimes » dans la voie de la perfection. Mais, sur ce sujet, un travail restait à faire :
c’était de rechercher dans la vie des saints, une à une comme autant de perles précieuses, ces divines paroles
étincelantes de vérité et pleines de l'Esprit de Dieu ; de les réunir dans un même ouvrage et d'en former un
corps de doctrine ; de présenter aux fidèles ces mystérieux colloques comme le prolongement des
prédications du Divin Maitre à travers les siècles et le commentaire autorisé de ses doctrines. »
Or, la lacune si heureusement comblée par le P. Saudreau, en ce qui concerne les. Révélations de
Notre-Seigneur, ne s'est-elle pas fait sentir péniblement jusqu'ici, pour les dévots de Marie, touchant les
instructions célestes données par la Vierge Immaculée à ses privilégiés ? Quel intérêt il doit y avoir pour la
piété chrétienne à contempler la merveilleuse fidélité avec laquelle la sainte Mère de Dieu a tenu, le long des
ages, la promesse faite par Elle aux Apôtres lorsque, se montrant à eux trois jours après son bienheureux
trépas, toute rayonnante de lumière et de gloire, Elle leur redit, pour eux et pour leurs successeurs, la parole
de Jesus : Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècle. Quel profit pour tous à méditer ces
enseignements, que notre divine Mère a tirés de son cœur avec le désir, sans doute (comme Elle 1'a déclaré
en ces derniers temps aux enfants de la Salette), de faire parvenir jusqu'au dernier des siens les échos de sa
parole, en vue de les fortifier et de les réjouir ! Votre parole est comme un vin exquis, a dit l'Esprit-Saint de
l'Epouse des des Cantiques : c'est un breuvage digne de mon bien-aimé et qui mérite d’être savouré à loisir 2.
Ce que Denis le Chartreux explique ainsi : « Cette bienheureuse Vierge a toujours dispensé à propos ses
instructions à ceux qui ont cherché auprès d'EIle des lumières plus abondantes ; et ses enseignements ont été
un vin exquis, spirituellement enivrant, digne d’être servi en breuvage à son divin Fils et à ses membres 3. »
– Or ce fruit précieux à retirer des paroles de Marie n'est pas contenu seulement dans celles qu'Elle a
proférées pendant qu'Elle cheminait encore dans nos ombres. Maintenant qu'Elle est Reine dans la région de
la lumière et en plein exercice de sa mission de Médiatrice de la grâce, cette mère de toute bonté ne doit-elle
pas, plus que jamais, surabonder en miséricordieuses effusions toutes pénétrées des senteurs du Paradis ?
« Mes paroles, dit-Elle un jour à sainte Brigitte, sont comme de belles et bonnes fleurs : elle sont aux sages
plus douces que le miel, plus perçantes et plus aiguës que les flèches, et puissantes pour aider l'homme à
parvenir à 1'éternelle récompense. »
Une gracieuse légende de la vie de sainte Zite nous montre en un tableau vivant la merveilleuse
efficacité des paroles de Marie. A la suite d'un pèlerinage qu'elle avait accompli à jeun, malgré la longueur et
la difficulté de la route, Zite, après avoir communié, était repartie, refusant les divers abris qui lui avaient été
offerts pour la nuit. Cependant, épuisée par le jeûne et la marche, elle sentit enfin ses forces défaillir et, vers
l'heure du chant du coq, disent ses biographes, elle s'assit an bord d'une fontaine. Là, elle puisait de l'eau et la
portait à ses lèvres, quand elle sentit une main se poser doucement sur son épaule ; et, en même temps, une
voix harmonieuse lui disait : « Voulez-vous venir avec moi à Lucques ? » – Sur-le-champ Zite se trouva
divinement fortifiée. La faim, la soif, la lassitude, elle avait tout oublié ; et elle se mit joyeusement en
marche. Il fallait traverser un fort, appelé Pontello ; les portes en étaient fermées ; mais, à 1'approche des
deux femmes, elles s'ouvrirent d’elles-mêmes pour les laisser passer. Arrivée devant la demeure de son
maitre, Zite tendit la main à sa mystérieuse compagne, la priant de venir prendre auprès d'elle il peu de
repos ; mais la toute clémente auxiliatrice des humbles avait disparu 4.
– Ô Marie, parlez-nous souvent, parlez à ceux qui tombent parfois d’épuisement durant le long
pèlerinage de cette vie. L'eau de la terre ne suffit pas à les ranimer ; donnez-nous l'eau de la divine
Sagesse qui jaillit jusqu'à la vie éternelle.

Il semble que nous touchons à cette époque fortunée, entrevue et annoncée par le Bienheureux
Grignion de Montfort, où Marie doit être plus connue et plus aimée, où son règne doit s'affermir et se dilater
dans les âmes et dans les nations. Jamais on n'a vu un zèle aussi actif, un accord aussi unanime à promouvoir
2 Guttur tuum sicut vinum optimum, dignum dilecto meo ad potandum, labiisque et dentibus illius ad ruminandum. (Cant. VIII, 9)
3 haec ipsa (virgo) opportune docuit alios ad ipsam pro pleniori informatione confugientes : quae informatio fuit optimum vinum,
spiritueliter inebriativum, dignum Filio suo ejusque membris ad acceptandum atque potandum. (Enarr. In Cant. Art. XXIII)
4 Grand Bolland. t. Ill, avril 669.

3
tout ce qui peut rehausser le culte de l'auguste Mère de Jesus. Pèlerinages,Congres, Revues mariales, études
approfondies sur les privilèges et les gloires de la Vierge des vierges, c'est une vraie profusion de louanges et
de supplications qui, montées vers son trône céleste, proclament que ses perfections sont au-dessus de tout
hommage humain : De Maria nunquam satis. Or, dans ce pieux concert donné par tous les peuples à la gloire
de Celui qui se forma une mère et si belle et si bonne, quelle suprême convenance que l'humble fille de Juda
introduise l'harmonie d'un cantique nouveau, faisant écho à son sublime Magnificat : le cantique des
Révélations où sont davantage détaillées les merveilles que le Tout-Puissant a opérées en Elle en faveur de
toutes les générations qui la proclameront Bienheureuse : La Sagesse célébrera ses propres louanges, et sa
gloire éclatera au milieu de son peuple5.
– Reine du Paradis, ceux qui vous aiment écoutent aux portes du ciel ; daignez nous faire entendre
votre voix.

La division de notre travail est simple et s'impose comme d’elle-même. Toutes les Révélations que
nous possédons de la Sainte Vierge se trouvent résumées en cette instruction qu'elle donna autrefois aux
serviteurs de Cana : Faites tout ce qu'il vous dira6, et vont à illuminer de plus en plus le mystère de Jesus en
secondant l'action de l'Esprit-Saint : Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit 7. Or, dans la doctrine du
Christ, on distingue : le dogme, renfermé en abrégé dans le Symbole des Apôtres, – la morale, contenue dans
les Commandements de Dieu et de l'Eglise, – et le culte, qui comprend la prière et les Sacrements. Nous
exposerons donc les enseignements donnés par la Vierge très prudente sur ces trois éléments constitutifs de
notre sainte religion, et, dans une quatrième partie, nous verrons quelle a été son action sur la vie de l'Eglise
et des sociétés, tout spécialement quelle a été sa souveraine influence sur la fondation des Ordres religieux et
leur stabilité .
Nous croyons utile d'ajouter que, comme le Père Saudreau, nous nous fixons une loi de laisser de
côté tout ce qui pourrait être taxé d'illusion ou d'imposture, nous bornant à citer des paroles rapportées dans
les Vies de saints personnages par de pieux et savants auteurs, avec l'approbation de l’autorité ecclésiastique.
Nous n’hésiterons pas, toutefois, à mentionner certaines révélations qui ont été l'objet de controverses,
lorsque nous verrons des auteurs très recommandables ne pas craindre de leur faire des emprunts. « Je ne me
porte certes point garant de tous les dires de Marie d'Agreda, a écrit Mgr Gay, quoique, sous le rapport de
l'orthodoxie et de la théologie, je les croie justifiables. Je sais ce qui se mêle ordinairement d'humain aux
communications les plus certaines que Dieu fait de Lui aux saintes âmes. Mais que m'importent ces
inévitables mélanges, lorsque je trouve des monceaux d'or et que je ne lis point un chapitre sans aimer
davantage Jesus-Christ8 ! »
Abandonnant à la Providence le soin de répandre ce livre là où il lui plaira et de lui faire porter les
fruits qu'Elle voudra, nous le dédions tout d'abord à nos frères en religion. Ecouter Marie pour mieux
comprendre les paroles de Jesus, n'est-ce pas l'un des premiers devoirs et l'une des plus douces joies du
contemplatif, vaquant à Dieu dans la solitude ? Et de quelles intimes relations, de quelles sollicitudes
maternelles les fils de Saint-Bruno ont eu le privilège depuis huit siècles, de la part de Celle qui s'est montrée
à l'un d'eux, Dom Hugues de Miromars, pour fixer ses incertitudes sur sa vocation, sous les traits d'une
vierge de toute beauté, revêtue des livrées cartusiennes, et venant le supplier de ne point lui ravir son cœur 9 !

Ô Vierge bénie, recevez donc l'offrande que je vous fais de ce petit ouvrage; il doit être vôtre à tant
de titres. C’est Vous, j'aime à le croire, qui avez inspiré la pensée de l'écrire à ma jeunesse religieuse, et en
avez fait, des lors, le rêve de ma vie monastique. C'est Vous qui m'avez soutenu par les secours surnaturels
que Vous m'obteniez et les encouragements autorisés que Vous me faisiez donner durant les longues années
ou j'ai dû, jour par jour, recueillir les fleurs qui devaient en former la gerbe. Que la bénédiction de votre divin
Fils et la vôtre, jointes à la vertu de l’obéissance, valent à cette gerbe grâce et consistance ! Je n'ai pas cessé,
en la composant, d'avoir présente à l'esprit cette sentence tombée de vos lèvres : « Celui qui porte les fleurs
de mes paroles se doit garder du vent, de la pluie et de la chaleur : du vent de l'éloquence profane, de la pluie
d'une vaine délectation, de la chaleur d'une faveur mondaine ; car celui qui se glorifie de ces choses fait
qu'on méprise ces fleurs, et lui-même se montre moins capable de les porter 10. »

En la fête de Notre Dame Auxiliatrice, le 24 mai 1908, Année Jubilaire de Notre Dame de Lourdes

5 Sapientia laudabit animam suam et in medio populi sui gloriabitur. (Eccli., XXIV, 1.)
6 Quodcumque dixerit vobis, facite. (Joan., II, 5.)
7 Suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis. (Joan., XIV, 26.)
8 Lettres de direction spirit. 1ere série, p. 53.
9 Annalia Ordinis Cartusiensis, IV, 94-95.
10 Révélations à sainte Brigitte, liv. VII, XVI.

4
PRÉLIMINAIRES

A l’école de Marie, vous allons aborder l'étude de la doctrine chrétienne. Auparavant peut-être serait
il bon de savoir ce que notre divine Maîtresse pense de la science. Cette question a sa place naturelle en tête
de se travail.
Reine des sciences comme son divin Fils en est le Roi, Marie pour toutes a des bénédictions ;
chacune peut se réclamer de son patronage. Elle garde néanmoins des préférences ; méditons-le.

La science de l'unique nécessaire

Poussée par un ardent désir d'entrer chez les Religieuses Augustines de Sainte Marthe de Milan,
Véronique de Binasco passe une partie des nuits à apprendre à lire. Vains efforts ; l'humble fille dépensé en
pure perte son travail et son énergie. Elle se tourne vers la Sainte Vierge et lui demande instamment de l'aider
à triompher de 1'obstacle qui s'oppose à sa sortie du monde. La Mère de Dieu lui apparaît. « Ne crains pas,
ma fille, lui dit-elle, je viens t'enseigner une science qui pourra suppléer, au besoin, à celle de la lecture. Elle
est tout entière en ces trois lettres que je t'apporte du ciel ; applique-toi à les connaitre parfaitement. La lettre
blanche représente la pureté du cœur, qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses. Prends garde qu'une
affection déréglée vienne jamais ternir la blancheur de ton âme. Que mon amour, que l'amour de mon divin
Fils soient l'unique passion de ta vie. – La lettre noire t'apprendra à supporter avec patience les défauts du
prochain. Ne sois jamais scandalisé des actions des hommes. Si tu vois accomplir des œuvres mauvaises, aie
compassion des malheureux qui les commettent, et redouble de prières pour obtenir leur conversion. Garde-
toi de tout murmure, s'il arrive que l'un de les frères soit contrarié ou que tu sois toi-même lésée en quelque
chose : envisage tons les événements dans le bon plaisir divin. La lettre rouge, enfin, te rappellera que tu
dois, chaque jour, méditer avec ferveur quelque scène au moins de la Passion du Sauveur. – Et maintenant, si
tu peux apprendre les autres lettres, fais-le : mais n'oublie jamais celles dont je viens de te donner
connaissance11. »

La Sainte Vierge fit une réponse analogue un frère lai de l'Ordre de Saint-François, Marc de
Scotonet. Ce religieux ne parvenant pas à apprendre à lire, comme on le lui demandait, ses confrères le
pressèrent de prier Marie de l'instruire. L'amie des cœurs simples vint en personne rassurer l'humble convers.
« Marc, lui dit-elle, la Règle exige seulement que tu récites un nombre de fois déterminé l'oraison
dominicale. Qu'as-tu besoin pour cela de savoir lire ? Sois exact à réciter la prière marquée par la Règle et
borne-toi à cela ; tu auras rempli tout ton devoir12.

Grande leçon, que les religieux voués par état aux labeurs si nobles parfois, si périlleux, de l’étude,
ne doivent pas non plus perdre de vue. Qu'ils travaillent : c'est le devoir, mais que leur principale application
soit toujours de progresser dans la science de Jesus crucifié. Notre divine Mère sait, à l'occasion, rappeler
cette obligation à ses enfants qui l'oublient.
– Au commencement du seizième siècle vivait parmi les Célestins un religieux passionné pour
l'étude. Dans son ardeur, il s'attaque aux questions les plus ardues ; les mystères les plus profonds piquent sa
curiosité ; il rêve de s'élever à des hauteurs inaccessibles, sans se douter des périls auxquels de si
présomptueuses aspirations exposent son âme. Mais Marie veillait sur ce fils, qui s’était toujours montré fort
dévoué à son service. Elle lui apparut et lui recommanda de lire les œuvres de saint Bonaventure. La lecture
du Docteur séraphique, qui déclare humblement avoir plus appris aux pieds de son crucifix que dans tous les
livres mis à sa disposition, produisit sur notre jeune religieux la plus salutaire impression. Elle tempera son
ardeur immodérée pour l'étude et le corrigea de son imprudente curiosité en lui découvrant la voie qui seule
peut conduire sans danger aux cimes les plus élevées de la science 13.

11 Gr. Bolland., I. 890.


12 Rovère, Annales des Capucins, année 1508.
13

5
La science sacrée

Nous ayons vu les préférences de Marie pour la science des saints ; ne nous hâtons pas d'en conclure
qu'elle doit attacher peu de prix à la science sacrée. Non, Elle en recommande l'étude, Elle l'encourage, Elle
la bénit, et rien n'ajoute à sa félicité comme d'avoir à transmettre de la part du Seigneur, à quelque privilégié,
de ces illuminations merveilleuses qui ouvrent, en un instant et d'une façon étonnante, aux clartés de la
théologie, des esprits demeurés, malgré les efforts les plus assidus, obstinément fermés et impuissants. Nous
verrons plus loin avec quelle munificence la Sainte Vierge se plait à enrichir ces serviteurs du trésor des
connaissances naturelles ; quelle joie plus vive pour son cœur maternel quand on implore de sa bonté la
science des choses du ciel !

Le jeune Albert, que l'histoire devait surnommer le Grand à cause de son éminent savoir, était arrêté
dans ses études par les difficultés de la philosophie. Tout entier aux nécessités du moment, il demande à sa
Mère du ciel, qui lui a laissé le choix entre la science de la nature et celle de la grâce, de rendre accessibles à
son intelligence les problèmes de la sagesse humaine. « Qu'il te soit fait comme tu as désiré, lui répond
Marie1. Toutefois, parce que tu as préféré la philosophie à la théologie, je te préviens, mon enfant, qu'à la fin
de ta vie tu perdras toute espèce de science et retomberas dans l'ignorance d'où je te tire aujourd'hui. 14 »

Ces communications extraordinaires, par lesquelles il plait à la Reine des sciences de récompenser
parfois les labeurs infructueux de ses serviteurs, et surtout leur tendre piété, ne doivent jamais servir de
prétexte à la paresse. Marie sème abondamment ; mais c'est à l’âme comblée de cultiver le germe divin.
– Celui qui devait être plus tard le célèbre Rupert, abbé de Tuits, une des gloires de l'Allemagne, ne
rencontrait tout d'abord dans l'étude que difficultés insurmontables. Il désirait vivement pouvoir entendre les
Ecritures ; mais il lui fallait pour cela posséder les connaissances qui en sont la clef et mènent à l'intelligence
des sacrés oracles. Il recourut donc à Celle que l'Eglise nomme le Siège de la Sagesse. Ses ardentes
supplications touchèrent le cœur de Marie, qui répondit magnifiquement aux désirs du studieux Bénédictin.
« J'ai exaucé tes prières, lui dit-Elle. Les saintes Lettres n'auront plus désormais pour toi aucun secret ; mais
prends garde de t'arrêter tellement à ce don gratuit que tu cesses de poursuivre l'étude des Livres saints 15. Le
jour où tu viendrais à te reposer ainsi sur la faveur qui t'est faite, tu t'en rendrais indigne et tu mériterais de la
perdre. »

Le secours apporté par la Sainte Vierge aux disciples de la divine sagesse ne revêt que rarement ces
formes de miracles ; le plus souvent Elle se contente d'encourager au travail ceux qui déjà y sont préparés par
leurs études antérieures. Ainsi Elle se fit voir un jour à un Ange de Paz, de l'Ordre des Recollets, pour
l'engager à continuer sans relâches une explication des quatre Evangiles que le Pape Sixte-Quint lui avait
demandée16.

Mais quelle scène gracieuse entre toutes celle où Marie vient prier le Bienheureux Hermann Joseph
de commenter le Cantique des Cantiques. – « Un jour, dit le pieux fils de Saint Norbert à un confrère qui
s'étonnait de le voir entreprendre ce travail, la Mère du Seigneur Jesus se présente devant moi tenant à la
main un vase d'une rare beauté. Quelques gouttes d'huiles reposaient au fond de ce vase, qui pouvait en
contenir une certaine quantité. « ce reste est pour toi, me dit-Elle en souriant ; je te l'ai gardé ! Veux-tu le
recueillir ? » – Puis Elle ajouta : « les explications faites jusqu'à ce jour du Livre des Cantiques ont extraites
des paroles du céleste Epoux presque tout le parfum qu'elles renferment. Voudrais-tu achever d'épuiser toi-
même cette huile de douceur et de joie ? » – L'exquise senteur de cette huile merveilleuse enivrait à tel point
l’âme du bon religieux que pendant qu'il commentait ainsi la parole inspirée, il éprouvait de fréquents
ravissements et oubliait parfois de se rendre au réfectoire pour prendre part au repas de la communauté 17. Ô
Marie, faites-nous trouver dans l'étude des saintes Lettres un peu de cette douceur mystérieuse qui pénètre
l’âme et la rende forte contre les épreuves de l'exil ! Nous n'osons vous demander d'accorder aux pénibles
labeurs de vos enfants, dans l'étude de la science sacrée, la récompense promise par Notre-Seigneur au
bienheureux Livinus.

14 Léandre, De viris Illustr.


15 De viris illustr. Ordinis S. Benedicti, cap. 109.
16 Chronique des Mineurs, t. IV, I, 9.
17 Gr. Bolland. t. 1, Apr. 707.

6
Durant les heures de loisir quo lui laissaient le service des âmes, ce religieux de Saint-François
travaillait à composer quelques opuscules à la louange de l'Enfant Jésus et de sa très sainte Mère ; et Marie,
pour l'encourager dans cette œuvre, lui apparut plusieurs fois, tenant son divin Fils dans ses bras. Sous un
prétexte peu plausible, sans doute, il abandonna un jour le livre commencé ; la Vierge revint encore, mais
cette fois sans le divin Enfant. – « Ô sainte Mère, s'écria Livinus, où avez-vous donc laissé votre Fils ? » –
« Jesus, répondit-Elle, s'est éloigné de toi, parce que tu as cessé le travail entrepris pour sa gloire. Reprends
cette œuvre de piété, et non seulement Jesus te visitera de nouveau, mais il t'accordera encore la palme du
martyre, objet de tous tes vœux. » Le frère mineur reprit sans délai l'ouvrage interrompu et le mena à bonne
fin. Plus tard, la prédiction s'accomplit : Livinus versa son sang pour attester la divinité de l'Enfant dont il
avait célébré par la plume les ineffables charmes 18.

Les servantes de la Foi

Dans l’énumération des connaissances qu'il déclare devoir aux libéralités de la Sagesse, Salomon
proclame le domaine de Marie sur les sciences naturelles. Admirons-en la richesse et la variété. « C'est Dieu
qui m'a donné, dit l'auteur inspiré, la vraie notion des choses me faisant connaitre l'agencement de l'univers,
les propriétés des éléments , le commencement, le milieu, et la fin des temps, la succession des solstices, les
changements des saisons, la révolution des années, les positions des astres, la nature des animaux, les
instincts des bêtes, la puissance des vents, les opinions des hommes, la variété des plantes, la vertu des
racines. En un mot, tout ce qui est caché et inconnu, je l'ai appris, car la Sagesse qui a tout créé me l'a
enseignée19.

Cet humble aveu, plusieurs des serviteurs de la Vierge, pourraient le redire à la louange de Celle qui
les a merveilleusement enrichie.

Un des membres les plus distingués l'Ordre des Frères Mineurs, Duns Scott, avait d'abord très peu de
facilité pour l'étude. Son travail était opiniâtre, mais ses progrès lents et presque nuls. Un jour que, retiré à
l'écart et prosterné à l'ombre d'un arbre, il priait avec larmes Celle que l’église nomme la Reine des docteurs
d'ouvrir enfin son esprit aux clartés de la science, la Vierge lui envoya un mystérieux sommeil pendant lequel
Elle lui apparut et lui promit qu'à l'avenir les matières même les plus élevées n'offriraient plus à son
intelligence rien d'épineux, rien surtout d'inaccessible. La seule condition qu'Elle mettait à sa libéralité, c'est
que son protégé, toutes les fois qu'il le pourrait, utiliserait ses connaissances à la gloire de sa Souveraine
Bienfaitrice20.

Mais nul qui doive chanter plus haut l'hymne de la reconnaissance que le célèbre Benedictin
Hermann Contract ; nul qui puisse répéter avec autant de vérité ces paroles du Fils de David : Tout ce qui est
caché et inconnu, je l'ai appris de la Sagesse. Ecriture sainte, philosophie, histoire, astronomie, belles-lettres,
musique, poésie, langue latine, langue grecque, langue hébraïque, langue arabe, la Sainte Vierge lui a
vraiment communiqué toutes les sciences. Victime, vers l'âge de six ans d'un accident qui avait arrêté
subitement toute croissance physique (d'où son nom de Contract ou Le Raccourci), Hermann s'était vu
incapable de recevoir l'instruction de la première enfance. Par suite de sa faiblesse corporelle, il sentait ses
facultés intellectuelles comme paralysées. Seule l’âme était vivante et forte ; le jeune Suédois grandissait
dans la science des saints, rien ne favorisant, pour certaines natures, l’éclosion des vertus comme un état
d'impuissance. Dix ans se passent ainsi dans les souffrances et dans 1'ignorance. Il priait néanmoins avec
ferveur Notre-Seigneur et sa divine Mère de lui octroyer la santé, la vigueur, afin de consacrer à leur gloire et
ses forces, et son intelligences, et son cœur. Des intentions si droites et si pures devaient toucher le cœur de
Dieu. Un jour, après une communion plus fervente encore que de coutume, et dans laquelle Hermann s’était
abandonné sans réserve à Jesus et à Marie, la Reine du Ciel se montre à ses regards. « Mon enfant, lui dit-
Elle, dans les desseins adorables de Dieu, ton infirmité a pour but de faire éclater la puissance et la bonté du
Tres-Haut. Ta résignation Lui a été agréable. Tes prières de chaque jour sont montées jusqu'à Lui ; elles vont
être exaucées. Tu n'as ni santé ni savoir ; ni ton esprit ni ton corps ne sont développés. Eh bien ! de ces deux
dons : la santé ou la science, demande celui que tu préfères. Parle, ô mon fils, et il te sera fait selon ton
désir. » – Hermann n’hésite pas ; il sollicite la science. « Tu auras donc la science, reprit l'aimable Vierge ;
18 Bzovius, Chron. Deip., p. 312.
19 Sap., VII. 17-21.
20 Wadinghus, Annal. Min., ad. Ann. 1304.

7
mais je veux, de la part de Dieu, y ajouter une autre chose pour te permettre de mieux utiliser le premier. Je
te rends la santé perdue depuis tant d'années 21. »
Chose digne de remarque : avant de gratifier Hermann d'un ensemble de connaissances si riches et si
variées, Marie lui demande de faire son choix entre la science et la santé. Elle n'entend pas, en effet, imposer
à son serviteur un talent si périlleux et entrainant une semblable responsabilité avant d'avoir obtenu son
consentement formel. Si, en effet, la science sacrée mène directement à Dieu, les sciences naturelles ne sont
que les servantes de la foi ; à celui qui les reçoit de les faire converger vers un but plus noble. Bien
employées, elles deviennent occasion de mérite ; mais, pour celui qui n'en sait faire un saint usage, elles
peuvent causer les plus lamentables ruines. Nous en avons un triste exemple dans la fin du trop fameux
Évêque de Magdebourg, Udo.

Il avait, dans sa jeunesse, supplié la Sainte Vierge de l'aider à vaincre les difficultés qu'il rencontrait
dans l'étude. Un jour qu'avec ferveur il renouvelait sa demande, dans l’église de Saint-Maurice, il s'endormit
et vit en songe la Mère de Dieu qui lui dit : « Non seulement je t'accorde le don des sciences, mais Je te
préviens encore qu’après la mort de l’évêque de Magdebourg tu seras choisi pour occuper se place. Je te
confie dès maintenant l’église principale de cette ville dédiée à mon serviteur Maurice. Grande sera ta
récompense si tu remplis fidèlement cette charge ; mais si tu as le malheur de t'y mal conduire, sache que tu
perdras en même temps la vie du corps et celle de l’âme. » – A son réveil, le jeune Udo se trouva
miraculeusement versé dans toutes les sciences. Plus tard, la prédiction se réalisa ; il fut élevé sur le siège
épiscopal ; mais il s'y comporta d'une façon tellement indigne que sa divine Bienfaitrice, malgré des
avertissements réitérés et des invitations pressantes à cesser un jeu qui allait lui devenir si funeste, dut
l'abandonner à son triste sort. Il mourut en réprouvé 22.

Malheureux Udo, qui fit tourner à sa perte les bienfaits de la Reine du ciel, et mérita d’être rejeté de
Celle qu'on nomme l’espérance des désespérés ! La science ne suffit pas, en effet, pour conserver jusqu'à la
fin la faveur de Marie, car si Elle est la Mère de la connaissance, Elle est aussi et avant tout la Mère du Bel-
Amour. On ne saurait être son serviteur et demeurer son fils sans aimer Jesus, sans le servir généreusement.

Une nuit, Pierre Thomas, futur patriarche de Constantinople, se promenait pensif au dortoir, au retour
de matines, se demandant comment il pourrait subvenir à l'entretien des jeunes étudiants dont il avait la garde
au couvent des Carmes d'Agen. Il est tiré soudain de ses anxieuses réflexions par une main légère qui se pose
doucement sur son bras, et il voit devant lui, souriante, l'aimable Mère de Dieu. « Mon enfant, lui dit-Elle,
n'ayez plus d'inquiétude pour les choses qui concernent l'entretien de la vie, étudiez avec ardeur ; servez
fidèlement mon Fils et moi : Je ne vous abandonnerai jamais 23. »

Nous ne saurions mieux terminer ces préliminaires qu'en rapportant la faveur signalée dont fut
gratifiée Michel le Nobletz. – La Vierge Marie, nous raconte Le Gouvello, se présenta dans une vision au
futur apôtre de la Bretagne et lui offrit trois couronnes en lui disant : « Je les ai demandées à mon Fils pour
vous. La première est celle de la virginité que vous garderez inviolablement jusqu'à la mort. Quand il s'agira
de la Gloire de Dieu et du salut des âmes, allez et conversez avec toutes sortes de personnes et confiez-vous
dans la puissance de mon Fils, qui saura protéger votre pureté. Je vous promets que vous n'aurez à supporter
aucune attaque de l'ennemi contre elle. – Cette seconde couronne est celle de docteur et maitre de la vie
spirituelle. Mon Fils vous fera la grâce d'enseigner à un grand nombre la doctrine, qu'il a prêchée sur la terre.
– La troisième est celle du mépris du monde, que vous professerez comme prêtre séculier 24. »

Ô Vierge sainte, c'est justement, écrivait votre dévot serviteur Bernard, que 1'Esprit-Saint Vous fit
voir au Disciple bien-aimé comme revenue du soleil, puisque Vous avez pénétrée dans le profond abime de la
sagesse et de la science divines plus avant que notre peu de foi ne le pourrait croire. Ouvrez ces profondeurs
à tous ceux qui viennent y puiser, pour répandre sur le monde la lumière qui vivifie et qui sauve. Vous êtes la
Reine du clergé ; tous vos serviteurs sont des Rois. Faites donc briller toujours sur le front du prêtre la
couronne de la Doctrine. Mais, ô Marie, qu'elle n'y soit point seule : elle finirait par tomber de sa tête en le
déshonorant. Enlacez ensemble les trois couronnes offertes par Vous au jeun Michel le Nobletz, pour l'aider à
continuer dans le monde l'œuvre de votre divin Fils, en gardant intacte la dignité plus que royale du
sacerdoce chrétien.
21 Chron. Deipar., p. 137.
22 Bourassé, Summa aurea, X, 1071.
23 Vie de S, Pierre Thomas, par l'abbé Parrand, p. 18.
24 Vie du Père Michel Le Nobletz, par Le Gouvello, p. 23.