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Grèce. La défaite stratégique et les impasses tactiquesactuelles du gouvernement SYRIZA-ANEL
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Kammenos (ANEL) et Tsipras (Syriza): «les yeux dans les yeux»…en vue de quoi?
Par Antonis Ntavanellos
L’expérience de la défaite du parti de Lula au Brésil ne devrait pas laisser Tsipras et sesamis dormir sur leurs deux oreilles.Tsipras et son parti, qui ont signé le troisième mémorandum [en juillet 2015
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, dans lecadre du MES], sont depuis trois ans et demi au pouvoir, tributaires de la tolérance descréanciers et de la classe dirigeante locale. Ils ont mené une politique en conflit direct avecles intérêts de la base sociale qui avait voté pour eux en 2015. Cette défaite stratégiqueannule toute marge tactique du gouvernement SYRIZA-ANEL. Toutes les velléités decontre-offensives élaborées sur le papier par le gouvernement ont été annulées et se sontretournées contre lui. On se demande même si Tsipras sera capable de conserver uncontrôle, fût-il minimal, sur les évolutions à venir et de se maintenir au palais du Premierministre jusqu’en mai 2019
.Les exemples d’impasses tactiques sont nombreux
Autrement, l’alternative serait de faire payer l’addition aux petits actionnaires et auxdéposants. Mais quel gouvernement pourrait survivre à un tel scénario? C’est bien pourquoigouvernement SYRIZA-ANEL et banquiers s’accordent sur la ligne de l’intensificationmassive des saisies et des enchères électroniques, en espérant réduire ainsi la part deprêts non performants, dits «rouges», des actifs des banques. Il ne leur reste sinon que dese remettre à la Providence divine, dont le nom est l’espoir d’une amélioration de l’étatgénéral du capitalisme international.Le cas des allocations de retraite est encore plus édifiant. Tsipras et ses collaborateursétaient convaincus que l’UE et le FMI leur feraient un cadeau et leur permettraient dereporter la suppression de la «compensation personnalisée» prévue dans la loi du ministre
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SYRIZA Georgios Katrougalos, un palliatif précaire contre la dévalorisation des anciennesallocations de retraite, dans l’attente de leur égalisation par le bas avec celles desnouveaux retraités, sabrées après 2016. Cependant le FMI s’est mis à pinailler sur ce point,déclarant qu’il fallait immédiatement réduire les retraites pour financer les allégementsfiscaux des sociétés, le gouvernement s’est retrouvé pris au piège et confronté àl’effondrement de tout espoir d’une éventuelle survie politique de SYRIZA lors desprochaines élections.
Les retraité·e·s manifestent: ils ont perdu 11,5 milliards suite«aux mémorandums»
La résolution finale de ce drame n’est pas visible pour le moment. Entre-temps, des milliersde retraité·e·s, incités par l’affirmation que la Grèce serait «sortie des mémorandums»[formellement en août 2018], font appel à la justice pour réclamer le paiement rétroactifdes réductions illégales de leurs retraites, depuis 2012. D’après Tassos Petropoulos,ministre adjoint chargé des Assurances sociales, la somme en jeu, réclamée par lesretraités, atteindrait les 11,2 milliards d’euros! Ce chiffre nous donne la mesure du pillageillégal des retraites qui se poursuit encore sous le gouvernement actuel.Nous ne croyons pas que la voie judiciaire soit la voie principale pour obtenir gain de causepour les revendications ouvrières et populaires. Cependant, si retraité·e·s ettravailleurs/travailleuses parvenaient, par des mobilisations persistantes, à se servir de ladémagogie du gouvernement sur la supposée «fin des mémorandums» afin de réclamertout ce qui leur a été volé, alors le cadre économique et budgétaire du compromis deTsipras avec les créanciers volerait en éclats. Il existe aujourd’hui assez d’indices d’unenouvelle montée des revendications dans de nombreux secteurs de la société. Nouspensons que vraie gauche radicale doit se focaliser sur le soutien à cette dynamique.Il y a encore un autre aspect du naufrage gouvernemental, susceptible d’engendrer degrands dangers réels. Nous évoquons la politique étrangère et les «initiativesgéopolitiques» de SYRIZA-ANEL.Le gouvernement espérait que sa campagne de communication sur la question de laMacédoine, appuyée par les Etats-Unis et l’Union européenne, permettrait un remaniementde la carte politique grecque et d’éventuelles nouvelles alliances possibles entre partis. Le
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rejet de l’accord des lacs Prespa
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 par le peuple du pays voisin a invalidé le récit supposédémocratique, pacifiste et internationaliste de Tsipras. Il a mis à nu la seule vérité politiquesur le but de cette manœuvre: elle était de faciliter l’expansion de l’OTAN dans les Balkansoccidentaux, projet qui se poursuivra, en dépit de l’échec du référendum en République deMacédoine, avec l’éventuel recours à des méthodes autoritaires.Suite à de tels échecs, l’espoir de voir s’élargir l’espace politique de SYRIZA, notamment parle rapprochement avec KINAL
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 a fait long feu. C’est le processus inverse qui est àl’œuvre: Tsipras se voit lâché même par son ministre des Affaires étrangères, NikosKotzias, pour se retrouver plus que jamais dans une étreinte mortelle avec PanosKammenos, ministre de la Défense issu des Grecs Indépendants-ANEL. Les déflagrationsde ce conflit, notamment les révélations possibles de Nikos Kotzias (ministre des Affairesétrangères qui a démissionné en octobre 2018), réticent à jouer le rôle d’Iphigénie sacrifiéedans le drame, pourraient être dévastatrices.Mais l’aspect le plus dangereux de l’actualité grecque est le suivant: pour se refaire uneimage de santé, le gouvernement grec avec, encore Kotzias pour ministre, a communiqué leprojet d’élargissement de la «souveraineté nationale» de la Grèce avec la déclaration, àeffet immédiat, de l’extension des eaux territoriales grecques à 12 milles nautiques au-delàde la côte de la mer Ionienne et de l’ensemble de la côte ouest. Les effets collatéraux de cegeste pourraient être nombreux. Tout d’abord, la nécessité de promulgation d’une loispécifique est l’aveu même (sans risque de contradiction par des personnalités de lagauche grecque notamment) que la règle communément admise de l’extension de lasouveraineté nationale en mer est celle des 6 milles nautiques au-delà de la côte. Parconséquent, nous rappelons que des «interceptions» militaires, excessivement coûteuseset risquées, au-delà de 6 milles nautiques des côtes grecques, sont des initiativesarbitraires visant à créer des faits accomplis
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Nikos Kotzias a insinué l’existence d’un accord de la Grèce avec l’Italie et l’Albanie. Sapublication rendra visibles certains points intéressants, dont les têtes brûlées de tousbords devraient en tenir compte lorsqu’ils réclament l’extension des eaux territorialesgrecques à partir de la côte orientale aussi, notamment en mer Egée, feignant passer outrela déclaration de la Turquie que cela serait un
casus belli,
une raison pour déclarer la guerre.Mais si le principe invoqué par le gouvernement grec (et les autres qui surenchérissent là-dessus) était appliqué par la Turquie, alors la clôture des golfes de la côte turque par uneligne droite joignant les deux caps continentaux serait la ligne à 12 milles de laquelles’étendraient les eaux territoriales turques. Plusieurs îles grecques baigneraient alors dansdes eaux territoriales turques, et cela est facile de constater par un coup d’œil rapide sur lacarte. Ceux qui réclament l’extension des eaux territoriales grecques seraient-ils prêts àmettre en œuvre un tel pari?Quelle espèce de souveraineté maritime peut s’appuyer sur l’existence d’îles faisant partied’un territoire national? Dans le cas de la délimitation de la frontière maritime occidentaleavec l’Albanie, le principe des 12 milles devrait-il s’appliquer en adoptant pour ligne dedépart la côte des îles habitées d’Othoni, au nord de Corfou, ou bien celle des îlots grecsles plus septentrionaux, cailloux rocheux inhabités, comme l’a jusqu’à présent réclamé ladiplomatie grecque? Concernant la frontière avec l’Italie, l’application des 12 millesnautiques se fera-t-elle en prenant pour ligne de départ la côte occidentale du Péloponnèse
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