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L'origine des contes

populaires européens et les


théories de M. Lang :
mémoire présenté au
Congrès des traditions [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Cosquin, Emmanuel (1841-1919). L'origine des contes populaires
européens et les théories de M. Lang : mémoire présenté au
Congrès des traditions populaires de 1889 / par Emmanuel
Cosquin ; Congrès international des traditions populaires en 1889.
1891.

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EN 18S9

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CONTES POPULAIRES EUROPÉENS

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ET LES THÉORIES .DE M. LANG

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CONGRÈS INTERNATIONAL DES TRADITIONS POPULAIRES

EN 1889

L'ORIGINE
DES

CONTES POPULAIRES EUROPE»^


1 'UJM~
ET LES THÉORIES DE M. LANQrgLvHrZ' 'Iv
Mémoire 'présenté au Congrès des Traditions populaires de 1880

PAR

Emmanuel COSQUIRf

PARIS
BIBLIOTHÈQUE DES ANNALES ÉCONOMIQUES
4, Rue Antoine-Dubois, 4
PLACE DE L'ÉCOLE DE- MÉDECINE

1891
L'ORIGINE
DES

CONTES POPULAIRES EUROPÉENS


ET LES THÉORIES DE M. LANG

Messieurs,

Les observations que jevaisavoirl'honneurdeprésenterau Congrès


ont, je l'avoue, quelque chose de personnel elles se proposent, en
effet, de répondre aux attaques que notre spirituel confrère M. An-
drew Lang a dirigées, à diverses reprises (1), contre les théories
développées dans mes Contes populaires de Lorraine (2) mais ce que
j'ai à dire touche assez aux questions générales pour que je puisse
me permettre de le recommander à votre bienveillante attention.
Avant d'aborder le fond même du débat, la question de l'origine
de nos contes populaires, il est nécessaire d'écarter certains malen-
tendus, qui sont un obstacle à toute discussion un peu sérieuse.
Mon honorable contradicteur se place, en réalité, sur un terrain
tout différent du mien. Il étudie les contes principalement au point
de vue anthropologique ou, si l'on préfère un terme plus précis que
cette expression à la mode, au point de vue de la psychologie il
aime à rechercher ce qui a pu donner naissance aux idées plus ou
moins bizarres qui constituent les éléments des contes dans les
divers pays; c'est, vrai dire, de ces idées qu'il s'occupe plutôt

(1) Salurday Review, du 25 décembre 1886; Academy du 11 juin 1887;


Introduction a la réimpression d'une vieille traduction anglaise de la
fable de Psyché (Londres, 1887) Introduction à la reimpression de l'édi-
tion originale des Conles de Charles Perrault (Londres, 1888); Myth- Ritual
a?id Religion 'Londres, 1887), tome II, chapitre win.
(2) Paris, librairie "Vieweg, 18S6.
que des récits où elles sont mises en œuvre. Mon point de vue, au
contraire, est tout lihtorique. J'examine uniquement s'il y a moyen
de découvrir où ont été composés, où ont pris forme actuelle,
tous ces contes dont les différentes nations européennes, pour
ne parler que de celles-là, possèdent des exemplaires identiques
au fond. Je laisse de côté l'origine des matériaux, des éléments
divers qui sont entrés dans la fabrication de chaque type de conte;
je prends le produit fabriqué lui-même, et, le retrouvant partout
avec ses combmaisons caractéristiques, je me demande s'il n'y
aurait pas eu quelque part un grand centre de production, une
grande manufacture, qui, grâce à des circonstances favorables,
aurait fait adopter, aurait naturalisé, presque dans le monde entier,
ses types spéciaux, ses créations où la marque de fabrique est
reconnaissable pour un ceil un peu attentif.
Cette marque de fabrique, M. Lang, qui, je le répète, étudie
dans chaque conte les idées générales surtout, – 'me paraît tout à
fait la négliger. Aussi admet-il d'une manière formelle que des
contes semblables aient pu naître spontanément dans plusieurs
endroits différents. En 1884, il écrivait ceci (1) « Nous croyons
« impossible pour le moment de déterminer jusqu'à quel point il
«est vrai de dire que les contes ont été transmis de peuple à
« peuple et transportés de place en place dans le passé obscur et
« incommensurable de l'antiquité humaine, ou jusqu'à quel point
« ils peuvent être dus à l'identité de l'imagination humaine en tous
« lieux. Comment les contes se sont-ils répandus, cela reste incer-
« tain. Beaucoup peut être dû à l'identité de l'imagination dans les
« premiers âges; quelque chose à la transmission. » En 1888, il dit
encore (2) « Les chances de coincidence sont nombreuses. Les
« idées et les situations des contes populaires sont en circulation
« partout, dans l'imagination des hommes primitifs, des hommes
« préscientifiques. Qui peut nous
dire combien de fois elles ont
« pu, fortuitement,
s'unir pour former des ensembles pareils,
« combinés indépendamment les uns des autres? »
M. Lang ne se borne pas à des considérations générales; il
donne un exemple. Il nous dit que les contes appartenant au type

(1) Introduction aux Contes des frères Grimm, traduits en anglais par
mistress Hunt (Londres, 1884), pp. xlii, xliii.
(2) Introduction à Perrault, p. cxv.
dont la fable de Psyché est un spécimen altéré, tous ces contes qui se
retrouvent, identiques au fond, en diverses parties du monde, peu-
vent parfaitement n'avoir rien de commun pour l'origine. Je
cite (1) « Il n'est pas absolument nécessaire de supposer que le
« conte a
été inventé une fois pour toutes, et qu'il s'est répandu
« d'un seul centre originaire, bien que cela puisse avoir eu
« lieu. »
Ainsi, d'après M. Lang, une « combinaison fortuite » d'éléments
fantastiques pourrait avoir donné, en même temps, dans vingt pays,
la suite d'aventures que voici jeune fille qu'on est obligé de livrer
à un serpent ou autre monstre, lequel est en réalité un homme sous
une forme animale, et qui épouse la jeune fille –
défense faite à
Fliéroine par son mari (qui ne vient que la nuit) de chercher à le
voir, et désobéissance amenée par de perfides conseils; dispa-
rition de l'époux mystérieux; pérégrinations de la jeune femme
à la recherche de son mari; tâches impossibles qui lui sont
imposées par sa belle-mère et qu'elle finit par exécuter, grâce à
l'aide de divers animaux réunion des deux époux.
C'est M. Lang qui jugera lui-même la vraisemblance de son hypo-
thèse. Dans un de ses derniers livres (2), il m'a fait l'honneur
de reproduire, en l'approuvant et la faisant sienne, ma réfutation du
système qui explique les ressemblances des contes en faisant
dériver ceux-ci de vieux mythes se décomposant partout de même
f^içon, puis, sous leur forme nouvelle, se groupant partout sponta-
nément en des combinaisons, en des récits identiques. Je me
permets d'attirer son attention sur le passage de cette réfutation (3)
où je me demandais notamment comment l'on pouvait admettre
que, « 'sans entente préalable, plusieurs peuples se soient accordés
pour grouper les prétendus éléments mythiques dans le cadre de
tel ou tel récit bien caractérisé. » « N'est-ce pas là, ajoutais-je, une
impossibilité absolue »
Mettez « éléments anthropologiques » au lieu d'« éléments mythi-
ques », et le raisonnement, ce me semble, ne perdra rien de sa
force, et l'impossibilité d'attribuer au conte de Psyché, ou à
n'importe quel autre conte répandu partout, plusieurs lieux
d'origine, restera également certaine.

(1) Introduction à Psyché, p. xix.


(2) Myth. Ritual and Religion, t. II, pp. 296, seq.
ContMpopM~rM
13) Coules
f3) populazres ds /,on'aMM, t.],
de Lorraine, t. 1, pp. x,
X, xi.
xi.
Je vais plus loin; car vraiment c'est trop concéder que d'admettre
que les éléments des contes existent, partout les mêmes, n'atten-
dant que la main qui les combine. Si je ne craignais d'être trop
long, il serait intéressant d'examiner de près ces éléments et de
montrer comment telle ou telle idée générale, qui peut, à la rigueur,
naître partout dans l'esprit humain, a revêtu, en fait, dans les élé-
ments des contes, une forme spéciale, caractéristique, parfois plus
que bizarre, qui ne s'invente pas deux fois. Quand, par exemple,
nous trouvons, et dans un conte grec moderne (1), et dans un conte
indien du Bengale (2), contes qui, du reste, n'ont entre eux
aucune ressemblance pour l'ensemble, ce trait étrange d'un
personnage s'arrachant les yeux, lesquels deviennent deux oiseaux
qui conversent ensemble et se racontent des choses mystérieuses,
on aura beau nous dire que cette idée d'oiseaux prédisant l'avenir
ou révélant des mystères est une idée générale, qui peut germer
spontanément partout; la forme que cette idée a prise ici est
évidemment trop particulière pour qu'un Grec et un Hindou aient
pu l'inventer, chacun de son côté.

Pour être en état de juger s'il existe entre tel et tel récit une
ressemblance véritable, il importe de ne point perdre de vue les
observations que jeviens d'essayer de formuler. Quand on se borne à
considérer, dans les contes, les idées générales, dépouillées des
détails caractéristiques qui les spécialisent; quand, de plus, on
n'examine que d'un œil distrait les combinaisons, si caractéristiques
elles aussi, de ces idées spécialisées, on en arrive facilement a voir
des ressemblances partout. C'est ainsi que M. Lang trouve, dans les
productions informes de l'imagination des sauvages, force rappro-
chements à faire avec nos contes c'est ainsi qu'il va demander
à toutes ces peuplades la solution du problème qui nous occupe.

Au premier rang des races plus ou moins sauvages que M. Lang'a


aime à citer, on peut mettre les Zoulous. Les Zoulous, à l'entendre,
auraient des « douzaines » de contes semblables aux conles d'Eu-
rope. « M. Cosquin, dit-il, ne supposera peut-être pas que les

(1) J. G. von Uahn. GriechUclie und albanesisclie Mxrchen (Leipzig, 1S6S),


I, p. 206.
(2) Miss M. Stokes. Indian Fainj Tales (Londres, 1880), p. 148.
contes zoulous ont été empruntés à l'Inde dans la période histori-
que (1). » « Nous ne pouvons guère supposer, dit-il encore, que les
Zoulous aient emprunté à des colons hollandais ou anglais leur
répertoire si abondant et si caractéristique de contes qui, pour
le plan général des récits et pour les incidents, ressemblent aux
contes d'Europe (2). » Et M. Lfing paraît d'avis que l'existence,
chez les Zoulous, de contes semblables aux nôtres est un argument
capital contre la transmission des contes par voie orale.
J'ai examiné, après M. Lang, un bon nombre de contes zoulous,
et je ne fais nulle difficulté de reconnaître que quelques-uns de ces
contes peuvent être légitimement rapprochés de nos contes euro-
péens. Mais, et je diffère ici grandement d'opinion avec notre
confrère, les ressemblances que l'on constate sont, à mes yeux,
le résultat d'emprunts et en portent la preuve en elles-mêmes. On
pourra, je crois, s'en convaincre par quelques exemples.
Dans un conte zoulou (3), figure une caverne qui s'ouvre d'elle-
même quand on prononce certaines paroles, absolument comme la
caverne d'Ali-Baba, quand on dit Sésame, ouvre-toi. Y a-t-il
communauté d'origine entre le conte zoulou et le conte arabe des
Mille et une nuits? Un petit trait tout à fait caractéristique per-
mettra d'en juger. Dans le conte zoulou, une jeune fille, qui s'est
échappée de cette caverne magique où elle était retenue, jette
derrière elle, dans ta fuite, des graines de sésame, pour que les
ogres qui la poursuivent s'arrêtent à les ramasser. Ce sisame,
voilà, n'esl-il pas vrai? la marque de fabrique, le souvenir des Mille
et une nuits; voilà le trait révélateur, qui s'est conservé matérielle-
ment, bien qu'on en ait perdu le sens.
Ailleurs encore, dans la curieuse histoire zoulou du petit fripon
d'Ulhlakanyana, si l'on étudie les diverses aventures qui ressem-
blent à nos contes, il sera facile de voir que ces ressemblances ne
peuvent être expliquées que par une seule cause une transmission
de peuple à peuple. Dans une de ces aventures (4), Uthlakanyana,
poursuivi par un vieux bonhomme a qui il a volé son pain, se réfu-
gie dans un trou de serpent. Le bonhomme arrive, met la main

(1) Introduction à Psyché, pp. xwn et xxxiv.


(2) Introduction à Perrault, p. cxv.
(3) H. Callaway. Nursery Tales, Traditions and Historiés of the Zoulous
(Natal, 1867), pp. 142, seg.
(4) Callaway, p. 23.
1*
dans le trou et saisit le vaurien. « Ha! ha! crie celui-ci, ce que tu
tiens, c'est une racine. » Et l'autre lâche prise pour saisir, cette
fois, une racine véritable. « Ah! tu m'as tué! » crie (Jthlakanyana.
Le bonhomme s'acharne en vain à tirer, et enfin quitte la partie.
Cette même histoire se raconte, dans la même région, au sujet
du lion qui, ayant saisi la queue du chacal, a la sottise de se laisser
persuader que c'est une racine, et la lâche (1). Chez les Lapons,
à l'autre extrémité de l'ancien continent, c'est le renard qui, après
avoir joué des mauvais tours à l'ours, est poursuivi par celui-ci et se
réfugie sous les racines d'un sapin. L'ours découvre sa cachette.
Toutes les fois qu'il attrape des racines ou des pierres et qu'il les
mord, le renard crie « Ho! ho! tu me mords la patte! » Quand
l'ours attrape réellement la patte du renard, celui-ci rit et crie
« Ha ha tu mords des racines (2). » – La prétendue racine reparaît
dans un conte grec moderne recueilli à Smyrne (3) et dans un conte
du Bas-Languedoc (4); les deux personnages sont, dans l'un et
l'autre conte, un loup et un renard. Sans chercher ailleurs
en Europe, je citerai encore un conte indien du Dekkan (8), où un
chacal fait également croire à un alligator que sa patte est une
racine de jonc.
Il y a, comme on voit, identité partout, et, si simple que soit
cette petite histoire, elle est trop caractérisée pour qu'on puisse
croire qu'elle soit née spontanément et chez les Zoulous et chez les
Lapons, et chez les Languedociens et chez les Hindous, etc.
Dans un autre épisode du même conte zoulou (6), Uthlakanyana,
pris par un ogre, est remis par celui-ci à la mère ogresse pour qu'elle
le fasse bouillir dans un grand pot. Le petit bout d'homme dit à la
vieille « Si nous jouions a nous faire bouillir tour à tour? Vous
me ferez bouillir un peu de temps, et moi je vous ferai bouillir
ensuite. » L'ogresse accepte la proposition, et, quand c'est son tour
à elle d'entrer dans legrand pot, qui a eu le temps de bien chauffer,
Uthlakanyana la fait bouillir pour tout de bon.

mt_ Kaffir
n_" Theal.
(t) Mac Call n_m. nr.n_ cn.
~oon, Voir le
mrc_. Folklore (Londres, 1882). ,1~
1~ dernier conte.
"n~r>.
(2) J. C. Poestion. Lapplxndisclie Mœrclien (Vienne, 1886), p.
(3) Emile Legrand. Quatre contes grecs, recueillu à Smyrne en iS75, n° 2
(Dans la Revue de l'histoire des religions, année 1884).
(4) Revuedes Traditions populaires, novembre 1888, p. 615.
(5) Miss M. Frère. OUI Deecan Duys. 2« édition, p. 279.
(6) Callaway, p. 18.
Cette histoire rappelle tout à fait un conte allemand bien connu
de la collection Grimm (n°15). La petite Grelhel, que la vieille sor-
cière veut faire cuire dans le four, feint de ne pas savoir comment
s'y prendre pour y entrer. La vieille s'approche alors de la bouche
du four, et avance la tôle pour montrer àGrethel comment on fait, et
Grethel la pousse dans le four ardent, qu'elle s'empresse de fermer.
Un trait du conte allemand que le conte zoulou n'a pas, c'est la
feinte maladresse du héros ou de l'héroïne. Nous allons retrouver
ce trait, avec le chaudron du conte zoulou, dans un conte de
l'île de Zanzibar et dans un conte des Kamaoniens de l'Inde
septentrionale (1). Dans ces deux contes, un démon (ou un ogre)
veut faire bouillir un jeune homme dans un chaudron, où il le
poussera par surprise pendant que le jeune homme jouera h certain
jeu (conte de Zanzibar) ou marchera d'une certaine façon autour du
chaudron (conte kamaonien); mais le jeune homme, quand le démon
lui dit de jouer (ou de marcher), répond qu'il ne sait pas comment
on fait; et, pendant que le démon le lui montie, le jeune homme
le pousse lui-même dans le chaudron.
Ces deux contes font lien, on le voit, entre le conte zoulou et les
contes européens du même type que le conte de la collection Grimm.

En appliquant une méthode de comparaison précise, rigoureuse,


aux quelques autres contes que l'on peut encore trouver à rappro-
cher des nôtres chez les Zoulous et autres peuplades de l'Afrique ou
chez les sauvages de l'Amérique, on arrivera toujours au même
résultat un détail fournira la marque d'importation. Et vraiment
je m'étonne que M. Lang voie tant de difficultés dans la théorie de
l'importation appliquée aux Zoulous.' L'Afrique septentrionale,' –
Egypte, Abyssime, populations berbères de l'Algérie et du Maroc,
– possède tout un répertoire de contes semblables à nos contes
européens, et venus d'Asie avec l'islamisme nous avons, comme
prémices de ce qu'on pourra récolter avec le temps chez ces divers
peuples, les collections si intéressantes de MM. Spitta-Bey, Dulac,
Reinisch, de Rochemonteix, du Père Rivière et de M. René Basset.
Or, les Berbères, – c'est l'avis de M. James Darmesteter(^), et rien
n'est plus vraisemblable, les Berbères ont joué un rôle importantt

(1) Voir, dans les Contes populaires de Lorraine, les pages 145-146 et 149-
150 du tome premier.
(2) Journal Asiatique, livraison do juillet 1888, p. 144.
dans la transmission des contes asiatico-européens « en bien des
endroits, ce sont eux qui ont servi d'intermédiaires entre les Arabes
et les populations jdeJ'Afnque centrale, et occidentale. » Est-ce que,
de l'Afrique centrale, quelques-uns de ces contes n'ont pas pu, de
proche en proche- priver chez les Zoulous et se mêlera leurs contes
indigènes'' Qu'y_a-t-il là d'invraisemblable ?
fa,
Quant aux contes des sauvages de l'Amérique, l'influence euro-
péenne est visible partout où il y a lieu à des rapprochements
sérieux entre ces contes et les nôtres. En voici un exemple assez
curieux.
Un des thèmes les plus connus de nos contes européens, c'est celui
de la poursuiteet des transformations, que j'ai étudié dans lesremai-
ques du conte lorrain n° 9, l'Oiseau vert. Rappelons les principaux
traits de ce thème Un jeune homme s'enfuit de chez un ogre ou
autre être malfaisant avec la fille de celui-ci. Au moment où l'ogre,
qui s'est mis à leur poursuite, va les atteindre, ils lui échappent par
diverses transformations. Ainsi, dans tel conte de cette famille, la
jeune fille se change en jardin et change le jeune homme en jardi-
nier, lequel répond (tout de travers aux questions que l'ogre lui
adresse au sujet des fugitifs. Puis elle se change en église, et le
jeune homme en sacristain, etc. On peut constater que la trans-
formation des jeunes gens en église et prêtre ou sacristain se
retrouve dans la plupart des contes européens de ce genre.
Voyons maintenant un conte algonquin, publié en 1884 par
M. Lelaud (1). Chat Sauvage poursuit Maître Lapin. Celui-ci, sans
doute un peu sorcier, piétine quelques instants la neige, y enfonce
unepetite brancheet s'assied dessus. Et, quandChat Sauvage arrive,
voilà qu'il y a en cet endroit une jolie cabane (wigwam) et, dedans,
un vieillard très respectable. Chat Sauvage lui demande s'il a vu
passer un lapin. « Des lapins ? répond le vieillard; bien sûr que
j'en ai vu beaucoup il y en a tout plein dans les bois. » II invite
Chat Sauvage à souper et à coucher. Le lendemain, Chat Sauvage
se réveille dans la neige le vvigwametle vieillard ont disparu. Chat
Sauvage reprend sa poursuite. Il arrive dans un village, près d'une
église. « Avez-vous vu un lapin? » dit-il à un homme. « Atten-
dez que l'office soit terminé. » On le fait entrer à l'église et entendre

(1) Ch. G. Leland. The Algonquin Legends of New-England (London, 1884),


p. 215.
un sermon. Puis on le conduit chez le chef du village, où il est
hébergé. Le lendemain, il seréveille au beau milieu d'un marécage.
Il est facile de reconnaître dans ce récit le thème obscurci de la
poursuite et des transformatious. M. Leland, qui paraît peu fami-
lier avec nos contes européens, ne se doute absolument pas de cette
ressemblance, et il écrit la réflexion suivante « Bien que cette his-
« toire soit fort ancienne, l'incident de l'église est manifestement
& moderne. » Or, -je l'ai déjà fait remarquer, – dans la plupart
des contes européens de ce genre, il y a la transformation en église
et prêtre ou sacristain dans le conte westphalien n° 113 de la col-
lection'Grimm, par exemple, le méchant roi qui poursuit les deux
jeunes gens, entre dans l'église et entend un sermon, tout à fait
comme Chat Sauvage. Cet « incident » de l'église n'est donc nulle-
ment l'indice de l'introduction d'un élément « moderne » dans une
vieille histoire algonquine, mais bien la marque de l'importation,
chez les Algonquins, d'un conte européen.

Ces observations ont, je l'espère, mieux délimité le champ de la


discussion et, en même temps, justifié la théorie qui explique par
des emprunts, par une transmission de peuple à peuple, les res-
semblances existant entre les contes de tant de pays.
Mais il faut préciser encore davantage. Plus on recueille de contes
chez les divers peuples, de l'Indo-Chine à l'Islande ou au Maroc,
plus on voit qu'il y a chance de rencontrer dans n'importe lequel
de ces pays n'importe quel conte du répertoire connu. Pourquoi?
La réponse me paraît être celle-ci. C'est parce que la diffusion des
contes s'est faite ù la façon d'une inondation régulière, partant d'un
immense réservoir unique, et poussant toujours devant elle dans
toutes les directions. De là cette probabilité de trouver partout les
mêmes dépôts. Si l'on suppose plusieurs petits centres de diffu-
sion, épars sur toute la surface de l'ancien continent, plusieurs petits
courants çà et là, les chances de rencontrer partout ce même réper-
toire de conlos seront infiniment moindres.
Ce réservoir, d'où les contes ont découlé à l'orient vers l'Indo-
Chine, au nord vers le Thibet et les populations mongoles, à l'occi-
dent versla Perse, le monde musulmand'Asie et d'Afrique, l'Europe
enfin, c'est l'Inde.
Je ne reprendrai pas ici tous les arguments que j'ai présentés à
ce sujet dans l'introduction aux Contes populaires de Lorraine, et je
ne m'arrêterai pas à faire remarquer toutes les modifications que
j'ai cru devoir apporter au système de Benfey. J'insisterai seulement
sur deux ou trois points.
Les contes, disais-je en commençant, sont des produits fabriqués.
Or on connaît toute une série de ces produits qui ont conservé, pour
ainsi dire, leur étiquette d'origine; on sait, d'une façon certaine,
qu'ils ont été exportés de l'Inde et introduits dans les pays circon-
voisins, d'où ils sont finalement arrivés en Europe. Ces contes, ce
sont les contes fixés par écrit dans l'Inde et transmis de tous côtés,
au moyen âge, par la voie littéraire, c' est-a-dire par des traductions
ou imitations en diverses langues.
Il y avait donc, à une certaine époque, pour cet article spécial
fabriqué dans l'Inde, des courants commerciaux bien marqués et,
si l'on peut parler ainsi, la lettre de voiture, conservée pour les
contes fixés par écrit, indique la voie par laquelle ont dù passer, en
bien plus grand nombre, les contes oraux.
Ce n'est pas, évidemment, à une seule époque que la transmission
orale s'est faite; ce n'est pas un seul exemplaire de chaque conte
qui a été porté, dans chaque direction, par une seule personne; c'obt
un nombre indéfini d'exemplaires, par un nombre indéfini de per-
sonnes, à un nombre indéfini d'époques. Et, très certainement
aussi, ce n'est pas seulement une forme de chaque conte qui a ainsi
voyagé; c'est une foule de variantes on le verra de plus en plus, à
mesure que l'on aura recueilli plus de contes hindous.

T- l'ai
Je ~l. dit
Il- déjà 7. dans 1'
_1_ l'introduction
1 n
aux Contes populaires1
n.. dea Lor-
raine ce sont des arguments extrinsèques, historiques, qui m'ont
r

fait adopter, en les modifiant et complétant d'apiès les découvertes


récentes, les théories de Benfey sur l'origine indienne des contes
européens. Si j'ai indiqué dans mon livre quelques arguments intrin-
sèques, si j'ai fait ressortir combien certains traits de nos contes
populaires, tels que l'étrange charité de leurs héros envers les ani-
maux, sont d'accord a\ec les idées et les pratiques de l'Inde, ç'a été
uniquement pour montrer que la grande fabiique indienne de contes
avait tiouvé sur place les éléments à combiner; autrement dit, que
les contes qui se retrouvent partout reflètent bien les idées de l'Inde.
Des idées analogues existent-elles également chez d'autres peuples,
comme le dit M. Lang ? c'est possible mais, la chose fût-elle prou-
vée, cela n'aurait pas grande conséquence. Le vrai argument contre
l'origine indienne des contes, ce serait de montrer qu'ils sont en
contradiction avec les idées régn.ant dans l'Inde; mais on n'appor-
tera jamais cette preuve.

T _1_- 1- ..tr -1~ _£ _1_ v.

dans ce siècle, et aussi les contes que. la littérature nous a conservés


au xvii0 siècle, au \vie et durant le moyen âge. Au sujet de ces
contes, j'ai eu l'agréable surprise de lire, dans un des derniers
ouvrages où M. Lang combat mes théories, ce qui suit (1) « Des
« contes sont certainement sortis de l'Inde du moyen âge, et sont
« parvenus en abondance dans l'Europe et l'Asie du moyen âge. »
Et M. Lang ne parle pas seulement des contes arrivés en Asie et en
Europe par la voie littéraire il mentionne également les « communi-
cations orales » qui ont dû accompagnera les grands mouvements,
missions et migrations », et il indique notamment les invasions des
Tartares, les croisades, les relations commerciales, la propagande
bouddhique.
Ainsi, M. Lang paraît admettre que, dans ce qu'on pourrait ap-
peler la stratification des contes européens, la couche supérieure,
la couche la plus récente a été apportée par des courants venant de
l'Inde. Mais il s'empresse d'ajouter qu'il ne faut pas exagérer la
portée de ce fait. « Les versions, dit-il, qui ont été apportées au
'< moyen âge par tradition orale, doivent avoir rencontré des ver-
« sions depuis longtemps
établies en Europe, versions qui, peut-
.1 être bien, étaient déjà courantes a\ant qu'aucun scribe d'Egypte
« eût fixé uns légende sur le papyrus », en d'autres termes, dans
l'antiquité la plus reculée.

On me permettra de m'arrêter un instant pour poser une ques-


tion à M. Lang.
Ces « vei sions » que les contes venus de l'Inde ont rencontrées
dans l'Europe du moyen âge, étaient-elles semblables à ces contes
indiens ? et le mot semblables, je l'entends de cette ressemblance
ou plutôt de cette identité pour les idées et pour leurs combinai-

(I) li/ylh. liitualand Religion, II, p. 313.


sons, que présentent aujourd'hui les contes d'un bout a l'autre de
l'ancien continent.
Si M. Lang répond non, s'il nous dit que les contes indigènes
présentaient simplement une grande analogie pour les idées avec
les contes importés, je n'aurai pas même à discuter. Jamais, en
effet, je n'ai prétendu qu'il ne se soit pas fait de contes en dehors de
l'Inde, avec les éléments du fantastique universel: bêtes qui par-
lent, transformations, objets magiques, etc. Ce que j'ai cru pouvoir
affirmer, c'est seulement que les contes qui se sont répandus par-
tout, qui ont été goûtés partout, chez les Portugais comme chez les
Annamites, chez les Tartai es de Sibérie comme chez les Grecs mo-
dernes ou chez les Kabyles, viennent, en règle générale, de l'Inde.
Si, au contraire, M. Lang répond oui, s'il estime que les contes
indigènes étaient au fond identiques aux contes importés, pour les
éléments et pour les combinaisons, je lui dirai, avec le bon sens,
qu'un lien historique, un lien de transmission d'un centre originaire
commun a certainement existe entre ces deux classes de contes.
Pour moi, si j'en juge par le conte de Psyché, seul conte propre-
ment dit qui nous soit parvenu du monde gréco-romain du com-
mencement de notre ère, des contes indiens ont dû pénétrer dans
notre occident avant le moyen tige. Et pourquoi cela serait-il plus
invraisemblable que la transmission admise pour le moyen âge par
M. Lang lui-même ? Je ne puis que renvoyer sur ce point à mon
introduction aux Contes populaires de Lorraine.

Quant aux traits, peu nombreux, du reste, qui, dans la


mythologie grecque ou plutôt dans l'histoire de héros mythologiques
tels que Persée ou Jason, ressemblent à des traits de nos contes
actuels, je n'essaierai pas d'en donner l'oiigine; il me faudrait, ce
qui manque a peu près complètement, des renseignements précis
sur les emprunts faits parles anciens Grecs au monde oriental. Je
constaterai seulement que les contes grecs actuels ne rappellent en
général pas plus la mythologie grecque que ne le font les contes
allemands ou bretons les contes grecs actuels appartiennent, bien
certainement, à la couche supérieure, et les marques d'une importa-
tion orientale relativement récente y sont souvent très visibles.

Reste encore à examiner deux questions intéressantes.


Il s'agit d'abord d'un récil péruvien, que M. Lang a découvert
dans un ouvrage écrit en 1608 par un prêtre espagnol, Francisco
de Avila, et relatant les idées et pratiques superstitieuses des In-
diens de la province de Huarochiri (1).
Dans ce récit, un pauvre homme entend par hasard la conversa-
tion de deux renards, et apprend ainsi le moyen de guérir un
homme riche il le guérit, en effet, et épouse sa fille. Mais le frère
de celle-ci, mécontent de se voir devenu l'allié d'un homme de
rien, le défie de bâtir une maison dans un temps très court. Le
pauvre homme n'a que sa femme pour l'aider. Pendant la nuit, ar-
rive un nombre infini d'oiseaux, de serpents et de lézards qui, pour
le matin, ont construit la maison.
Les deux suites d'aventures dont se compose ce conte péruvien
rappellent, cela est incontestable, divers contes de l'ancien monde,
dont il présente les thèmes avec quelques altérations, ainsi qu'on va
le voir.
D'abord, l'intervention des animaux secourables (qui, dans la
forme complète, étaient évidemment des animaux reconnaissants,
auxquels le héros avait rendu service) n'est motivée d'aucune façon.
De plus, dans la première partie du conte, laquelle se rattache
aux contes européens et asiatiques étudiés dans les remarques du
n° 7 de mes Contes populaires de Lorratne, le passage relatif à
la maladie de l'homme riche est très bizarre si cet homme est ma-
lade, c'est que sa femme a commis un adultère, et, depuis ce temps,
un serpent se penche au-dessus de la maison pour dévorer cette
maison, et un crapaud à deux têtes se tient aux aguets sous la
meule. Le pauvre homme révèle la faute de la femme qui, après
avoir nié, finit par avouer on tue le serpent, le crapaud s'enfuit et
l'homme riche se trouve guéri.
Que l'on se reporte à deux contes de la Basse-Bretagne, recueillis
par M. Luzel et appartenant à la même famille de contes que le
récit péruvien (2), on y retrouvera le détail du crapaud, mais mieux
motivé. La princesse qu'il s'agit de guérir est malade, mais bien
par sa propre faute et non par la faute d'un autre après avoir
communié, elle a rejeté l'hostie, qu'un crapaud a avalée; c'est depuis

(1) Ilakluyt Society. Narrative of ihe nies and laws oftlie Yncas (Londres,
1873), n° 3, chap. v, pp. 135, seq.
(2) F.-M. Luzel. Veillées bretonnes, pp. 262, seq. et Légendes chrétiennes de
la Basse-Bretagne (II, pp. 116, seq.]^r tif\lffP*fPT Contes populaires de la
Basse-Bretagne (I, p. 131). /A^-–^</X
r(-fi F1) Si
ce temps qu'elle est malade; il faut tuer le crapaud, caché à tel
endroit, reprendre l'hostie, etc. Un conte norvégien (1) et un
conte de Bohême (2), l'un et l'autre du même type que les précé-
dents, contiennent le même passage, où le vieux conte s'est égale-
ment christianisé. •
Ici encore je ferai la réflexion que j'ai déjà faite. Ce conte péru-
vien offre une ressemblance réelle avec des contes asiatiques et
européens donc il existe entre eux et lui un lien historique. De
deux choses l'une ou une version européenne est arrivée au Pérou
avec les Espagnols, maîtres incontestés du pays depuis 1533, et
elle s'y est acclimatée durant les soixante-dix ans et plus qui ont
précédé la rédaction de l'ouvrage de Francisco de Àvila; ou bien
une version, asiatique sans doute, est venue du pays encore in-
connu d'où sont sortis les immigrants qui ont peuplé le Pérou. En
tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il y a un lien historique entre le
conte péruvien et les contes asiatico-européens, et ce lien se décou-
vrira peut-être quelque jour.

Une autre question difficile à résoudre, plus difficile de beau-


coup que la précédente, est celle que soulève le conte égyptien
des Deux Frères, fixé par écrit pour le moins au xive siècle avant
notre ère. J'ai relevé, dans mon livre (3), les ressemblances éton-
nantes que ce conte, vieux de plus de trois mille ans, présente avec
des contes actuels, de ces contes dont M. Lang admet le voyage de
l'Inde en Europe au moyen âge. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai
dit (4) au sujet de ces deux hypothèses origine véritablement
égyptienne du conte des Deux Frères, ou origine indienne.
Si la première hypothèse était démontrée, il en résulterait, je l'ai
dit, que « ce vaste réservoir indien, d'où nous voyons les contes et
les fabliaux découler dans toutes les directions, n'aurait pas été
alimenté exclusivement par des sources locales il aurait reçu l'af-
fluent de canaux restés inconnus jusqu'à ces derniers temps. »
Je tiens à reproduire ici cette phrase de mon livre. Comment, en
effet, le « réservoir indien » s'est-il rempli originairement, ou, si

(1) Asbjoernsen, t. II, p. 168 de la traduction allemande.


(2) Gnmm, III, p. 343.
(3) Conte>, populaires de Lorraine, I, pp. lvii à lxvii.
(4) Ibid., pp. xxxiii, xxxiv.
l'on veut une métaphore un peu plus précise, quels matériaux la
grande fabrique indienne de contes a-t-elle mis en oeuvre ? Parmi
ces matériaux, s'en trouverait-il quelques-uns qui originairement
seraient venus du dehors, tout travaillés déjà et parfois tout assem-
blés, et qui, en raison de leur conformité avec les habitudes d'es-
prit du pays, auraient été immédiatement employés? Je ne prétends
nullement être en état de répondre à cette question, les documents
historiques étant, pour le moment, tout à fait insuffisants.
Mais un point que je ne veux pas même toucher, je le répéte-
rai en terminant, c'est l'origine première de ce produit de l'es-
prit humain qu'on appelle le conte, l'origine psychologique de ses
divers éléments. Libre a d'autres de s'aventurer dans ces régions
peu sûres: quand je vois de loin ces terrains mouvants, hantés par
les feux follets, je me félicite de plus en plus d'avoir prisiuie-be-ànee
fois la résolution de rester sur la terre ferme.
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