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L’émergence

de l’agriculture biologique et du
commerce équitable au Burundi

Pierre Johnson
Consultant transition écologique et échanges internationaux
Diffusion limitée – vient de paraître – Revue Pour n°227 février 2016


Présentation

Cet article est issu du travail effectué par l’auteur de décembre 2014 à décembre 2015
dans le cadre du Programme de Renforcement des Capacités Commerciales du Burundi1. Il
contient des éléments sur la structuration de la filière café de ce pays, et les enjeux qu’elle
représente pour son évolution vers la certification biologique et équitable.


Introduction

Petit pays enclavé au cœur des grands lacs d’Afrique de l’Est, le Burundi bénéficie des
avantages et des inconvénients de sa situation, mais aussi de son histoire. Davantage connu pour
les séquelles de la colonisation et la longue guerre civile qui a marqué la fin du XXe siècle que
pour sa production agricole, le Burundi tire pourtant 90% de ses recettes en devises du café et
du thé, le premier ayant une qualité désormais reconnue sur le plan international. Avec une
population à majorité rurale, et 90% de l’emploi dépendant de l’agriculture, le Burundi connaît
actuellement un mouvement vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de
l’être humain. Il est vrai que depuis la colonisation et jusqu’à récemment, le secteur du café était
conditionné par des politiques officielles favorisant la monoculture, l’usage des fertilisants et des
pesticides chimiques, et par des lois sociales peu satisfaisantes.

Le mouvement de l’agriculture biologique a émergé au cours des dernières années au
Burundi dans le contexte de la dynamique d’intégration économique de l’Afrique de l’Est, qui a
l’ambition de devenir le marché le plus intégré du monde au cours des prochaines années. Si le
pays reste en avant-dernière position africaine de l’indice du développement humain (IDH), son
agriculture bénéficie également de la présence d’une population rurale importante, et d’un
secteur entrepreneurial indépendant. La richesse des sols, en partie volcaniques, et la capacité
des coopératives et des entreprises à progresser sur les plans de la qualité et de la traçabilité,
permet d’atteindre des niveaux de qualité et par conséquent des débouchés intéressants sur les
marchés internationaux.

Pour comprendre les avancées et les opportunités, ainsi que les difficultés, représentées
par l’émergence de l’agriculture biologique au Burundi, nous nous appuierons presque
exclusivement sur l’exemple du café, parce qu’il est emblématique, mais aussi parce que nous
pouvons en rapporter des informations et des analyses récentes de première main, issues de
notre travail pour l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel en 2014 et
2015. Si le cas du café ne reflète pas l’ensemble de l’agriculture du Burundi, et notamment les


1 Pour plus d’informations sur ce programme, vous pouvez écrire à l’auteur :

contact@pierrejohnson.eu
cultures vivrières, il offre cependant un éclairage sur l’évolution des pratiques agricoles et des
organisations paysannes impliquées dans les cultures d’exportation. D’autres cultures pouvant
être associées au café, l’émergence d’une caféiculture biologique et équitable pourrait ainsi
entrainer dans son sillage des territoires complets et d’autres filières agricoles.

1. Importance et répartition de la caféiculture au Burundi

1.1. Situation générale



Le café a été introduit au Burundi au cours des années 1930 à 1950 par les puissances
coloniales successives. Cette culture tropicale a longtemps constitué la principale source de
revenus et de devises pour l’Etat. Sous la pression du gouvernorat belge, tout homme adulte
valide devait cultiver quelques pieds de café, obligation que l’Eglise catholique fut appelée à
relayer (1). Des conditions géographiques et environnementales particulièrement favorables,
avec une altitude moyenne des cultures de 1 700 mètres, et des variétés arabica réputées,
permettaient aux paysans de produire un café de qualité élevée. Aujourd’hui encore, au moins
60% des familles rurales possèdent des pieds de caféiers, alors que cette culture est concentrée
dans certaines provinces, particulièrement au Nord du pays.

Les acteurs principaux de la production du café cerise au Burundi sont les quelques 700
à 800 000 ménages de petits producteurs, qui entretiennent environ 200 millions de caféiers,
soit l’équivalent de 70 000 hectares. Les champs de caféiers sont de petite taille et proches des
routes. Un calcul simple indique la surface moyenne consacrée à la culture du café par les
ménages ruraux, soit environ 1/10e d’hectare.

Deux faits sont marquants lorsque l’on parcourt les collines caféières du Burundi, qui
donnent à la filière sont caractère particulier. C’est d’abord la présence de stations de lavage,
dont la construction a été pour l’essentiel entreprise pendant la deuxième République (1976-
1987). Les Sociétés de Gestion des Stations de Lavage (SOGESTAL) gèrent ces outils industriels,
depuis la production, jusqu’à la transformation et la commercialisation. C’est ensuite la rigidité
de l’itinéraire technique promu par l’Etat, dénotant plus de continuité que de rupture entre
l’époque coloniale et la période contemporaine (2).

Les changements en cours depuis une dizaine d’années, sous la double pression des
institutions internationales et des producteurs eux-mêmes érodent cette construction
centralisée et rigide de la filière, laissant un espace pour l’émergence d’une production caféière
obéissant à d’autres méthodes de production agricole, et à une structuration plus souple. Avant
de décrire cette lente évolution, il nous faut présenter brièvement les éléments ressortant de
l’étude de filière du café burundais que nous avons produite en 2015 (4).

1.2. La chaîne de valeur de la filière café fully washed



Le café se présente sur le caféier comme une petite cerise dont on extrait, suivant
différentes méthodes, le noyau avant de la fermenter et de la sécher, d’où le nom de café cerise
donnée à ce premier produit. Au Burundi, environ 80 % des cerises de café produits par les
petits producteurs sont transformées en café parche (graine decafé sechée sur lequel il reste une
couche de peau ou parche) par voie humide dans les stations de dépulpage/lavage. Il y a
actuellement au Burundi plus de 180 stations de lavage de café reparties dans les régions
élevées de presque toutes les provinces, mais avec des concentrations dans celles du Nord. Cette
filière est désignée dans le métier comme café fully washed. « Le reste des cerises est dé pulpé à
l’aide de petits dé pulpeurs manuels installés dans les Centres de Dépulpage Manuel ou au
domicile du producteur. Le café parche issu du dépulpage manuel est appelé washed. » (3)

2

Pour des raisons pratiques, le Programme de Renforcement des Capacités Commerciales
du Burundi s’est intéressé principalement au café fully washed, sur lequel nous avons centré
notre étude.

La station de lavage : un maillon stratégique

Au Burundi la station de lavage (SL) apparaît comme le principal maillon stratégique de
la filière. C’est à ce niveau qu’est rassemblé le café cerise et qu’ont lieu les opérations de tri, de
lavage et de fermentation, qui en déterminent la qualité. Les relations entre la SL et les
producteurs, et la qualité des opérations réalisées en SL (traitement des eaux usées et usage des
sous-produits du dépulpage et du lavage) sont deux éléments fondamentaux pour la définition
de la qualité du produit final et de la durabilité de la filière.

Deux aspects structurant des stations de lavage sont leur situation géographique et le
type d’opérateur contrôlant la station de lavage. La carte de l’implantation des stations de lavage
montre une concentration des infrastructures dans les provinces du Nord, et notamment
Kayanza et Ngozi, et à moindre égard dans 7 provinces périphériques à cette zone.

1.3. Une filière en cours d’évolution



Le Trade for Development Centre résume l’évolution de la régulation de la filière dans un
document récent (2) :

« Dans les années 90, le secteur du café connait une crise importante, causée par
l’insécurité dans le pays, une cyclicité anormale (…), le vieillissement des caféiers, la chute des cours
mondiaux et les faibles prix, fixés par l’Etat, perçus par les producteurs. (…).

La situation est telle que tous les acteurs, y compris les producteurs, sont d’accord pour
privatiser la filière, du moins en partie. Mais la guerre civile qui éclate en 2003 bloque le processus,
jusqu’en 2008, moment où la Banque mondiale conditionne son appui budgétaire (correspondant à
51% du budget de l’Etat en 2009), à une privatisation de la filière café. »

La stratégie adoptée en 2008 s’articulait autour de deux axes principaux :

• la vente des actifs de l’Etat dans la filière (soit principalement de 133 stations de lavage,
de 2 usines de déparchage et de conditionnement du café) à des operateurs privés ;

• la mise en place d’un nouveau cadre institutionnel et régulateur de la filière.

Cette libéralisation de la filière café a des effets importants encore peu étudiés sur la
structuration de la filière. Celle-ci est déterminée par des facteurs géographiques, humains et
historiques, que le concept de « chaine de valeur » traduit assez bien. Nous avons contextualisé
et complété les éléments fournis par une première étude de 2013 pour le RCCB (3) dans le
document mentionné (4).

Dans le cadre du programme de privatisation en cours depuis 2003, les entreprises ou
les organisations de producteurs peuvent se porter acheteurs ou bien construire une station de
lavage. La propriété des stations de lavage a donc évolué d’un monopole de l’Etat vers une
diversification des opérateurs. Plus de la moitié des stations de lavage du pays est aux mains
d’entreprises privées, le reste du parc est partagé entre quelques dizaines de coopératives et les
SOGESTAL restantes. Le processus d’organisation en coopératives en cours vise notamment à
réunir les sommes nécessaires à la construction ou à l’acquisition de petites stations de lavage.

3
Une vingtaine de SL ont été construites par des coopératives au cours des dernières années(2),
et au moins 7 autres par les coopératives visitées en 2015.

2. Dynamique de la filière café au Burundi


2.1. Organisation de la filière amont



Compte tenu de la structuration actuelle du café fully washed au Burundi, les notions de
qualité, de traçabilité et de certification dépendent des relations qu’entretiennent trois types
d’acteurs : les producteurs individuels, les coopératives là où elles existent, et les entreprises
(privées ou mixtes) possédant une ou plusieurs stations de lavage. Trois types de
situations caractéristiques peuvent être décrites :

1. L’entreprise est propriétaire d’une ou plusieurs SL
et les producteurs ne sont pas organisés en coopérative

Les producteurs se tournent vers la SL de l’entreprise (1a) ou vers une coopérative qui
peut leur acheter leur production (1b).

2. Une coopérative de producteurs possède une ou plusieurs SL

La production et le lavage sont réalisés par les producteurs organisés en coopérative. Les
producteurs conquièrent une certaine autonomie dans la production de café parche. Ils
peuvent notamment définir ensemble le prix auquel est acheté le café cerise.

3. Entreprise ou coopérative possédant une ou des SL en lien avec une ou des
coopératives de producteurs sans SL

Cette configuration oblige les producteurs à vendre leur café cerise à une SL dont ils
n’ont pas le contrôle. Leurs revenus dépendent des prix proposés par les propriétaires
de la SL. Ceux-ci peuvent être une entreprise privée (1a et 1b) ou une coopérative2.



2 Si la SL est propriété d’une autre coopérative, les producteurs dans la pratique peuvent être

progressivement intégrés à cette coopérative, et on retombe sur le cas (2). Si ce n’est pas le cas, leurs
relations peuvent s’apparenter à celles d’une coopérative avec un opérateur privé.

4
Figure 1 : Configurations de la filière amont du café au Burundi


Pierre Johnson, 2015

2.2. Conséquences pour la dynamique de la filière



Lorsque la station de lavage et la production ne sont pas contrôlées par les mêmes acteurs
(cas 1 et 3), les enjeux économiques sont très différents pour chacun des opérateurs :

- Les petits producteurs font face à un ensemble d’incertitudes liées au climat et au
marché international, qu’ils maîtrisent mal. Ils sont peu capitalisés et privilégient le
paiement comptant avec des opérateurs extérieurs. En revanche, la qualité du café cerise
dépend en grande partie de leurs efforts, par l’attention donnée à la culture, à la collecte
et au transport des sacs de café jusqu’à la station de lavage.

- Les entreprises opérant au niveau des stations de lavage et aux niveaux suivants
(déparchage, exportation et/ou torréfaction) ont une plus grande capacité économique,
et sont plus proches des informations du marché. Elles ont cependant besoin de

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rentabiliser leurs investissements. Leur processus de qualité dépend de la qualité du café
cerise fournit par les producteurs. S’y ajoutent la qualité du tri, du lavage et des
opérations de séchage du café effectuées par la station de lavage.

La fragmentation de la filière résultant du processus de privatisation des SL est donc souvent
source d’incertitude et de fragilité pour les entreprises comme pour les producteurs.

Lorsque la coopérative de producteurs possède une ou plusieurs stations de lavage en état
de marche (cas 2), elle est en situation d’autonomie et contrôle son approvisionnement. Il lui est
relativement facile d’anticiper les volumes de café cerise amenés à la SL, en fonction des
conditions météorologiques, notamment, mais aussi de l’engagement des producteurs,
engagement qui est sous sa responsabilité.

Dans le cas des relations entre une entreprise possédant une ou plusieurs stations de lavage
et une coopérative de producteurs sans station de lavage (cas 3), le risque supporté par les deux
acteurs dépend en grande partie de leurs relations. Cependant la notion de partenariat semble
moins fréquente que le rapport de force dans lequel l’entreprise impose son prix aux
producteurs.

3. Organisation des producteurs et émergence du bio et de l’équitable



Les efforts récents de structuration et de certification de la filière café en commerce
équitable et en agriculture biologique reposent en grande partie sur l’organisation des
producteurs en coopératives, et sur la volonté d’un certain nombre de chefs d’entreprises.

3.1. Avancées et limitations du secteur coopératif au Burundi



Au Burundi, seuls 4% des producteurs étaient organisés en coopératives fin 2012. La
même année était créée le Consortium des Coopératives de Café du Burundi (COCOCA), avec
pour mission de coordonner la production, la transformation et la commercialisation du café de
ses membres. Le COCOCA joue actuellement un rôle moteur pour la structuration d’un secteur
coopératif autonome au plan national. Au cours des dernières années, il n’a cessé d’étendre sa
base, passant de 11 coopératives membres en 2012 à 17 en 2014 et à 21 en 2015. Il représente
presque la moitié des producteurs organisés.

Le travail d’évaluation de coopératives effectué en 2015 a permis de faire un tri entre
celles dans lesquelles l’actionnariat et la production étaient concentrées, et celles pour lesquelles
les petits producteurs fournissent plus de la moitié du produit commercialisé, critère du label
Fairtrade. Cette étude a également mis en évidence le fait que le travail pour les stations de
lavage sans contrat saisonnier était la règle plutôt que l’exception, même pour les coopératives
certifiées sous ce label.

L’organisation en coopératives permet aux producteurs de renforcer leur pouvoir de
négociation, dans certains cas de bénéficier d’avances sur la vente et l’exportation de leur
produit, et ainsi d’obtenir de meilleurs prix. De plus, elle constitue du fait de la taille réduite des
exploitations, une étape utile pour la préparation des petits producteurs à la certification, que ce
soit en commerce équitable ou en agriculture biologique.


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3.2. Les avancées de la certification commerce équitable du café au Burundi

Les certifications « commerce équitable » apportent des avantages substantiels aux
petits producteurs ruraux. Basé sur la notion de partenariat et les principes de transparence,
d’équité et de respect entre petits producteurs et importateurs, ce type de certification a
commencé à se développer en Amérique Latine, avant de s’étendre en Afrique subsaharienne et
en Asie. Elle est particulièrement développée dans le secteur café. Dans l’Afrique des Grands
Lacs, les premières certifications Fairtrade, du nom du label historique et majoritaire du
commerce équitable, ont été octroyées en 2003 à des coopératives de Rwanda et d’Ouganda,
bientôt suivi par le Kivu en RDC.

Au Burundi, le COCOCA est le principal acteur de l’effort de certification du café en
commerce équitable. En 2013 et 2014, sept coopératives du COCOCA obtiennent la certification
Fairtrade. En 2014, le COCOCA obtient la certification de groupe, moins onéreuse pour les
coopératives, et après la mise en place d’un système de contrôle interne, COCOCA peut ainsi être
garant des coopératives certifiées par son intermédiaire.

Certaines entreprises désirent s’engager dans cette voie. L’une d’entre elle fait alors les
frais de la méconnaissance du périmètre de certification Fairtrade, et de son inadéquation au
regard des configurations de la filière café où celle-ci est fragmentée (cas 1 et 3 ci-dessus). En
définitive, seules les coopératives de producteurs possédant une ou plusieurs stations de lavage,
peuvent bénéficier de la certification Fairtrade. D’autres certifications plus récentes de
commerce équitable permettraient de contourner cette difficulté.

3.3. Les avancées de l’agriculture biologique et de sa certification au Burundi



L’agriculture conventionnelle rencontre des limites étroites au Burundi. L’achat
d’intrants chimiques et notamment des fertilisants nécessaires pour soutenir ce mode de
production se heurte à un coût important pour l’Etat burundais (environ 2 millions de $ par an
pour la filière café), avec des conséquences encore non évaluées sur la qualité des sols et de l’eau
dans les provinces du Nord où ils sont concentrés. Sur le plan agronomique, l’injonction à la
monoculture de café, répétée depuis des décennies, pose de nombreux problèmes de
productivité dans les champs.

Certains acteurs de la filière ont ainsi compris l’intérêt d’expérimenter d’autres
techniques : compostage, associations de cultures, lutte biologique contre les ravageurs.
L’évolution vers une production mieux intégrée voire biologique contribue aux efforts pour
distinguer le café du Burundi par sa qualité. Le principal frein à la certification en agriculture
biologique au Burundi est la méconnaissance de ses techniques, qui ne se réduisent pas à la
prohibition de fertilisants et d’intrants chimiques, mais représentent un système complet, à forte
valeur ajoutée de connaissance et de travail.

Ces efforts rejoignent ceux initiés dans d’autres pays d’Afrique de l’Est. En 2010 est ainsi
créé le BOAM (Burundi Organic Agriculture Movement), chapitre national du mouvement est-
africain de l’agriculture biologique. Celui-ci a développé son propre référentiel, reconnu par la
Fédération Internationale des Mouvements de l’Agriculture Biologique (IFOAM). Depuis 2015, le
programme RCCB accompagne le BOAM vers la mise en place d’une plate-forme d’échange sur
les méthodes et expérience de production du café en agriculture biologique, permettant de
définir les techniques culturales et les associations les plus appropriées pour assurer la fertilité
des sols et la protection phytosanitaire suivant les conditions locales, sur les plans édaphique,
micro-climatique, voire économique et social.

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Au sein du secteur coopératif, le COCOCA a adopté une stratégie progressive
d’engagement des producteurs vers l’agriculture biologique. Fin 2014, il a identifié 300
producteurs issus de 2 coopératives intéressés par la production biologique, et qui se sont
engagés dans ce mode de production. En 2015, le RCCB a identifié avec le COCOCA deux autres
coopératives pouvant avancer vers ce mode de production et la certification correspondante. Un
programme d’accompagnement à la production et à la certification biologique est en cours de
lancement au sein du consortium. Réunies elles aussi en consortium, six entreprises privées
pourraient participer au programme de conversion vers l’agriculture biologique en 2016, alors
qu’une d’entre elle y était déjà sérieusement engagée. La possibilité d’échanges d’expériences et
de pratiques pourrait permettre au total à une dizaine d’organisations de s’engager dans la
certification biologique en 2016, représentant plus de 5 000 producteurs et fournisseurs, soit
près de 1% des producteurs.

3.4. L’intégration écologique de la filière, fruit de la coopération des acteurs



Mais avant d’être un ensemble de normes, l’agriculture biologique est un mode de
production intégré permettant d’optimiser les mécanismes biologiques à l’échelle de la parcelle
mais aussi du terroir. Ces mécanismes incluent : la fixation de l’azote, la biodisponibilité des
nutriments, les mécanismes naturels de contrôle de ravageurs et maladies, et une gestion
raisonnée des ressources hydriques. Le renforcement de la nutrition végétale par l’association
des cultures et d’autres méthodes naturelles accroît la résilience des caféiers et cultures
associées, permettant un meilleur contrôle des maladies.

Au Burundi, les associations de caféiers avec des bananiers ou des espèces des genres
Ficus ou Gravilea sont couramment pratiquées dans certaines collines. La pratique du paillage
avec des résidus de culture ou de pâturages permet de protéger et d’enrichir les sols. Sur le plan
sanitaire lutte contre le parasite Antestiopsis orbaitalis est difficile. Certaines coopératives
utilisent des biopesticides, mais les maladies cryptogamiques posent elles aussi des problèmes
délicats. En l’absence de traitement, les caféiculteurs avaient reçu la recommandation d’effectuer
une récolte sanitaire, ce qui doit être pris en compte dans le bilan des méthodes respectueuses
des cycles biologiques.

Un apport essentiel de l’agriculture biologique est dans le domaine de la
fertilisation végétale. En agriculture conventionnelle, la pulpe et le mucilage de café
représentent pour la station de lavage des déchets qu’il faut traiter, à un certain coût
économique. Pour l’agriculture biologique, ce sont des ressources disponibles de biomasse qui
peuvent et sont souvent récupérées pour la fabrication de compost, lequel est réinjecté dans le
système de production. Remarquons qu’il semble plus efficace de procéder à la fabrication et à la
maturation du compost en pied de station de lavage, où de grandes quantités de biomasse sont
disponibles, que de proposer aux producteurs de ramener à leur domicile de petites quantités
individuelles de pulpe. C’est d’ailleurs la méthode expérimentée par plusieurs entreprises
privées.

3.5. Coûts et bénéfices des certifications Fairtrade et agriculture biologique



La deuxième phase du programme RCCB, actuellement en cours, à pour objectif
d’intégrer la certification dans les plans d’affaires des coopératives et des entreprises du secteur
café au Burundi. Si elle est plus exigeante en termes d’organisation et d’anticipation, la
certification biologique représente à terme un marché beaucoup plus important (dix fois en
valeur du chiffre d’affaires) et plus stable que le commerce équitable.

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Au Burundi, les coopératives qui souhaitent s’engager dans le commerce équitable ont
choisi la certification Fairtrade3, qui garantit aux producteurs un prix minimum de 140 $ les cent
livres de café vert dès la première année, à laquelle s’ajoute une prime de développement4. Cette
certification représente un coût fixe important pour une coopérative isolée (environ 2 000 € par
an). Mais le COCOCA étant lui-même certifié à son niveau, il peut réaliser les inspections pour les
coopératives qui en sont membres, faisant tomber les coûts pour elles à quelques centaines
d’euros par an. Le commerce équitable constitue souvent une première étape permettant aux
coopératives de s’engager dans l’agriculture biologique, laquelle permet une rémunération
encore supérieure.


Évaluer les coûts et les bénéfices de la certification biologiques est une opération plus
complexe. Pour cela, les premiers ont été répartis en coûts directs et indirects. Les coûts directs
sont les coûts de certification, qui varient de 400 à 1 000 euros par organisation et par an selon
la taille de celle-ci notamment. Les coûts indirects concernent les investissements matériels et
immatériels nécessaires, comme la mise à niveau des infrastructures de transformation
(traçabilité, traitement des eaux usées et recyclage en station de lavage) ou la mise en place d’un
système de traçabilité et de contrôle de qualité, ainsi que d’éventuelles pertes de production liés
à la recherche d’un équilibre sanitaire (la récolte sanitaire). Le niveau des investissements à
réaliser dépend des écarts constatés entre l’état actuel de l’organisation et des infrastructures et
le niveau à atteindre.

Les bénéfices directs que peuvent attendre les organisations et leurs producteurs de la
certification en agriculture biologique sont : un marché en pleine croissance, des clients a priori
fidèles, et un différentiel de prix de 20 à 35%, selon le cours international du café, la qualité, et
les négociations de gré à gré avec les acheteurs. Les coopératives répercuteront ces bénéfices à
leurs membres, et en investissements divers. Les entreprises devraient également en faire
bénéficier les producteurs, si elles veulent fidéliser ceux-ci, car dans certaines régions une
concurrence existe entre stations de lavage proches.

Conclusions

La filière café du Burundi est porteuse d’un potentiel économique, social et
environnemental important. Déjà reconnu comme excellent, le café du Burundi peut voir sa
valeur s’accroître au bénéfice des producteurs et des entreprises, en évoluant vers l’agriculture
biologique et le commerce équitable. Tandis que le commerce équitable opère comme une
assurance en période de chute des cours, les changements induits par la certification biologique
changent profondément et positivement les méthodes de production et les relations entre les
opérateurs de la filière.

Deux types d’organisation de la filière (organisation autonome des petits producteurs en
coopératives ou partenariat entre coopérative de producteurs et station de lavage) permettent
de mettre en place le système de contrôle de qualité et de traçabilité du café nécessaire à la


3 En 2015 leur ont également été présentées les certifications suivantes : Symbole des

Producteurs Paysans (SPP), qui propose un prix minimum plus élevé de 160 $, Ecocert
Équitable, Fair for Life et WFTO. Le label Fairtrade bénéficiait d’une antériorité et d’une image
favorable des organisations de producteurs, et a été retenu par celles-ci.
4 Au jour de la rédaction de cet article, le prix du café sur la bourse de New-York est de 114,35 $

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certification, depuis la cerise jusqu’au café parche, relayé au niveau du café vert (le café
déparché, prêt à exporter).
Tandis que le commerce équitable garantit aux producteurs un prix minimum et
représente une première étape de structuration de la qualité, la production et la valorisation du
café biologique est de plus en plus un projet fédérateur pour la filière, capable de rapprocher
producteurs, stations de lavage, coopératives et entreprises, autour d’une même approche de
qualité, pour laquelle la contribution de chacun est nécessaire, devant être rétribuée à sa juste
valeur. Malgré les difficultés de différents ordres qu’a connu le Burundi et ses campagnes au
cours des dernières décennies, l’émergence de l’agriculture biologique dans le secteur du café
représente un des principaux espoirs pour la population rurales, qui forme la majorité du pays.

Sources

(1) Alexandre Hatungimana, « Le café et les pouvoirs au Burundi », Les Cahiers d’Outre-Mer [En
ligne], 243 | 2008, mis en ligne le 01 juillet 2011, consulté le 12 décembre 2015. URL :
http://com.revues.org/5298

(2) CTB Trade for Development, « L’appui du Trade for Development Centre aux coopératives de
café burundaises », mars 2015.
CTB Trade for Development, « Café des Grands Lacs : l’appui du Trade for Development Centre à
5 coopératives », 2013

(3) Munich Advisors Group, « Analyse de la Chaîne de Valeur du Secteur Café au Burundi »,
janvier 2013. Programme « Renforcement des Capacités Commerciales du Burundi ».

(4) Pierre Johnson, « Formation des acteurs de la filière café du Burundi, Certification
agriculture biologique et commerce équitable, Note et rapport d’étape à l’attention de l’ONUDI »,
janvier 2015. Programme Renforcement des capacités commerciales du Burundi.

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