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Revue des Études Anciennes

Le vin gaulois
Fanette Laubenheimer

Résumé
Le vin est un moteur constant de l'évolution des Gaules dans l'Antiquité. Les termes fondamentaux des premiers échanges sont
fondés sur le métal et les esclaves contre le vin étrusque, grec puis italien qui symbolise le pouvoir des chefs. Le prodigieux
essor de la viticulture gauloise sous l'Empire se traduit par l'ingéniosité des vignerons en maintes régions. La créatin de vastes
celliers comme le développement de la fabrication d'amphores sont le signe d'une surproduction destinée à l'exportation de vins
variés de diverses qualités.

Abstract
Wine was a constant evolution mover in Gauls during Antiquity. The first exchanges's fundamental terms were built on metal
and slaves bartered for wine, either Etruscan or Greek and then Italian. It symbolizes their own leaders' power. In many places,
the fantastic vine dressing expansion under the Empire can be traced in the wine grower's craftiness. Large wine storerooms as
well as the making of amphoras attest to overproduction aimed at exporting all sorts of wines and vintages.

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Laubenheimer Fanette. Le vin gaulois. In: Revue des Études Anciennes. Tome 91, 1989, n°3-4. pp. 5-22;

doi : https://doi.org/10.3406/rea.1989.4395

https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1989_num_91_3_4395

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LE VIN GAULOIS

Fanette LAUBENHEIMER*

Résumé. — Le vin est un moteur constant de l'évolution des Gaules dans l'Antiquité. Les
termes fondamentaux des premiers échanges sont fondés sur le métal et les esclaves contre le vin
étrusque, grec puis italien qui symbolise le pouvoir des chefs. Le prodigieux essor de la
viticulture gauloise sous l'Empire se traduit par l'ingéniosité des vignerons en maintes régions.
La créatin de vastes celliers comme le développement de la fabrication d'amphores sont le signe
d'une surproduction destinée à l'exportation de vins variés de diverses qualités.
Abstract. — Wine was a constant evolution mover in Gauls during Antiquity. The first
exchanges's fundamental terms were built on metal and slaves bartered for wine, either Etruscan
or Greek and then Italian. It symbolizes their own leaders' power. In many places, the fantastic
vine dressing expansion under the Empire can be traced in the wine grower's craftiness. Large
wine storerooms as well as the making of amphoras attest to overproduction aimed at exporting
all sorts of wines and vintages.

Les bourgeois, c'est-à-dire Monsieur le Marquis, Monsieur le Comte, Messieurs ci et ça,


prétendent que, j'ôte la qualité au vin ! A quoi sert l'éducation ? à vous brouiller
l'entendement. Écoute : ces messieurs récoltent sept, quelquefois huit pièces à l'arpent et les
vendent 60 francs la pièce, ce qui fait au plus 400 francs par arpent pour les bonnes années.
Moi, j'en récolte 20 pièces et les vends 30 francs, total 600 francs. Où sont les niais ? La
qualité, la qualité ! Qu'est-ce que ça méfait la qualité ? Qu'ils la gardent pour eux la qualité,
Messieurs les Marquis ! Pour moi, la qualité, c'est les écus.
Balzac, Les illusions perdues, 1839.
Cette piquante diatribe permet de poser que la consommation du vin, depuis l'Antiquité, met
en jeu d'abord le goût des consommateurs pour ce breuvage et son prix, deux aspects
fondamentaux de la question autour desquels s'articulent de façon connexe et complexe les
problèmes techniques, économiques, politiques et religieux.

* CNRS - URA 338 Besançon, 1987.

REA, T. XCI, 1989, n° 3-4, p. 5 à 22.


187

143

48 .

53 .

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□ D1
E3 Autres

10-

100

Fig. 1. — Amphores timbrées des fouilles anciennes de Bibracte.


1. La distribution des amphores par type marque la prépotence des Dl avec 187 exemplaires sur 195.

2. Distribution dans le temps des 32 timbres sur Dl datés. En abscisse : le temps ; en ordonnée :
le nombre d'objets ;
en hachuré les timbres datés du Ier siècle av. J.-C.
LE VIN GAULOIS

I. — COMMENT LE GOÛT DU VIN VINT AUX GAULOIS.

C'est dans une Gaule où tout laisse à croire qu'elle ne connaissait pas le vin que les
premiers trafiquants étrusques débarquent vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C (Bouloumié,
1981). Excellents métallurgistes en quête des métaux nécessaires à la fabrication des bronzes, ils
proposent comme terme de l'échange amphores vinaires et vases à boire. Nous ne savons rien
des tout premiers effets de ce vin, mais l'expérience commerciale semble avoir totalement réussi,
si l'on en juge par l'abondance très remarquable des amphores vinaires étrusques dans le Midi
gaulois et par les quatre épaves chargées de telles amphores le long de nos côtes.
La consommation d'un produit nouveau, l'accoutumance au vin, marquent un aspect
fondamental et permanent (jusqu'à nos jours) de ce que je peux appeler au sens large
l'hellénisation de la Gaule. De fait, très tôt la consommation se diversifie ; avec le vin étrusque,
sur les mêmes bateaux, arrivent des amphores de vin grec.
La création du « port d'échanges » de Marseille par des commerçants grecs, vers 600,
change profondément les conditions de la vie économique. La diffusion de vins grecs
notamment se multiplie et l'on assiste, dans ce Midi gaulois où poussait la vitis vitifera, vigne
sauvage, à la création du premier vignoble gaulois, dans le territoire de la cité.

Dans cette première étape, on voit bien comment le vin devient tout de suite un élément
important des rapports entre un monde étrusco-grec très acculturé et les tribus gauloises qui
accusent encore vers -600 un gros décalage (Laubenheimer, 1990, 1).
Le vignoble de Marseille, si limité fût-il, connaît, comme la cité elle-même, une prospérité
sans partage pendant près de quatre siècles.
Les nouveaux équilibres établis en Méditerranée occidentale au lendemain des guerres
puniques favorisent la montée en puissance de Rome. Dès avant la conquête de la Narbonnaise,
des marchands italiens sillonnent les Gaules, d'abord en coopération avec les négociants
marseillais, puis en concurrence avec eux. Dès lors, le vin italien domine le marché gaulois dans
des proportions inégalées jusque là (Tchernia, 1986).
Un bon exemple, et je m'en tiendrai là, est celui de Bibracte, capitale des Eduens, en
Bourgogne, à peu de distance du grand axe de pénétration Rhône-Saône. Le site a été fouillé
pendant 40 ans entre 1867 et 1907. Pour les amphores, nous ne disposions que des données
subjectives, mais éloquentes, fournies par les archéologues Déchelette (1904, 1908) et surtout
Bulliot (1899) qui décrivent « des multitudes de débris » ou de « grandes quantités » ou encore
des « monceaux énormes » d'amphores. L'étude du matériel amphorique des fouilles anciennes
queje viens d'achever (Laubenheimer, 1990, 3) offre pour la première fois quelques chiffres.
Elle se fonde sur les amphores timbrées dont on peut croire qu'elles ont été systématiquement
recueillies dans les fouilles, alors que les autres ne l'ont été que très partiellement. Toutefois,
l'échantillonnage des amphores non timbrées conforte les premiers résultats. La collection
d'estampilles comporte 195 objets qui se répartissent typologiquement de façon très inégale
(Fig. 1,1). La majorité des D.l est écrasante avec 187 timbres qui représentent la plus grande
collection de ce type publiée en France à ce jour. Il n'est pas douteux que l'on en trouve
davantage encore à Toulouse. Les 8 autres timbres appartiennent à des formes de la fin du Ier
siècle avant J.-C. ou du début de notre ère : 1 ex. sur Léétanicnne 1 (?), 3 sur Pascual 1, 1 sur
D. 20 et 3 sur des formes non identifiées.
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Pour les 123 noms ou symboles différents recensés sur D. 1, nous avons recueilli, par
comparaison avec des timbres identiques trouvés dans des contextes datés, des indications
chronologiques pour 32 d'entre eux, soit environ le quart, un échantillonnage bien modeste
certes au regard de la masse des amphores de Bibracte.
Parfois fondées sur une seule occurrence et donnant à l'occasion une fourchette très large,
un demi-siècle à un siècle, ces indications doivent être manipulées avec toute la prudence
nécessaire. Néanmoins, prises globalement, elles sont signifiantes dans leurs limites
(Fig. 2,2). En amont, on ne trouve pas trace d'importation de vin italien au Mont-Beuvray
avant le début du 1er siècle av. J.-C, alors que la cité éduenne était déjà en plein essor. En aval,
ce commerce s'éteint à la fin de ce siècle, comme, au reste, la production des D.I. Peut-on tirer
davantage de l'histogramme ? Il est entaché d'un bruit de fond important, dû aux individus qui
sont classés de façon lâche au 1er siècle av. J.-C. (partie hachurée de l'histogramme). D'autre
part, on s'interdira, à partir d'un échantillonnage si réduit, d'avancer des conclusions plus
précises, notamment sur la proportion relative des importations avant et après la conquête. Ce
qui est clairement confirmé en tout cas, c'est que l'Italie se place en position de monopole pour
les importations vinaires de Bibracte pendant tout le 1er siècle av. notre ère.
De toute évidence, depuis les premiers contacts avec les Etrusques, une véritable civilisation
du vin s'est peu à peu installée et développée en Gaule. L'usage du vin est d'abord lié à une
structure aristocratique. J'en veux pour preuve ces grands banquets plébiscitaires offerts par les
chefs gaulois que décrit Poséidonios d'Apamée, l'ami de Pompée. Le vin y fait d'abord figure
de boisson de prix perçue comme un don et un moyen de convivialité (Feuvrier-Prévotat,
1978) : « Ce qu'on boit chez les riches, c'est du vin apporté d'Italie ou du pays des Massaliètes
et on le boit pur ; quelquefois on y mêle un peu d'eau ; chez ceux qui sont moins à l'aise, c'est
de la bière de froment préparée avec du miel ; chez le peuple c'est de la bière toute simple, on
l'appelle corma. Ils avalent petit à petit, à la même coupe, et pas plus d'un cyathe (= 4,5 cl) ;
mais ils y reviennent souvent. L'esclave fait circuler de droite à gauche : c'est ainsi que se fait le
service, et pour adorer les dieux on se tourne aussi à droite » (dans Athénée, Banquet des
Sophistes, IV, 36 : traduction d'E. Cougny, t. 1, p. 375-376, Ed. Errance, 1986). La gestuelle
dont s'accompagne le service du vin l'élève au rang du sacré, montrant combien sa
consommation est intégrée dans les rites, dans l'imaginaire et dans le surnaturel des Gaulois.
Le vin joue aussi un rôle politique, lorsque le prince Luern fait « enclore un espace de douze
stades carrés, avec des cuves remplies de boissons d'un grand prix (du vin sans doute), et une
telle quantité de victuailles que, plusieurs jours durant, chacun pouvait librement entrer dans
l'enceinte et user des mets qui y étaient préparés et qu'on servait à tout venant sans
interruption » (id. p. 376).

Enfin le goût des Gaulois pour le vin et le prix incroyable qu'ils sont capables de le payer
sont parfaitement décrits par Diodore de Sicile (V, 26, 3) : « Aimant le vin jusqu'à l'excès, ils
engloutissent pur celui que leur apportent les marchands, ils boivent avec une passion furieuse
et se mettent hors d'eux-mêmes en s'enivrant jusqu'au sommeil ou à l'égarement. Aussi
beaucoup de marchands italiens, poussés par leur cupidité habituelle, considèrent-ils comme un
trésor le goût des Gaulois pour le vin. Ils l'apportent en bateau par les fleuves navigables ou en
chariot par voie de terre, et en touchent un prix incroyable : pour une amphore de vin, ils
reçoivent un esclave, échangeant la boisson contre l'cchanson. »
En Gaule, le vin auquel on avait tant pris goût reste donc, depuis le VIIe siècle et jusqu'à
Auguste, le moteur d'une économie fondée sur des échanges dont les termes fondamentaux se
perpétuent sur tous ces siècles : vin contre esclaves et métal. Tchernia (1986) l'a bien montré
LE VIN GAULOIS

pour la période romaine. La péripétie essentielle est qu'au cours des deux derniers siècles avant
notre ère, le rôle du vignoble et des négociants marseillais s'efface devant la concurrence
pressante des marchands italiens. En outre, leur quasi-monopole s'affermit par la mesure
protectionniste prise par le Sénat — au moment de la conquête de la Transalpine ou quelques
décennies après : on en discute toujours — interdisant la viticulture.

La chute de Marseille est une date symbolique dans l'histoire des mutations profondes que
subit l'économie des Gaules. Avec l'urbanisation, mais aussi avec la construction de
nombreuses villas, avec le développement des forces productives et des échanges, donc avec
l'extension de toutes les potentialités de création, d'exploitation et d'enrichissement, ce sont des
transformations essentielles qui affectent aussi l'histoire du vin en Gaule : l'extension des
vignobles, l'ouverture d'ateliers d'amphores, la genèse des formes d'amphores typiquement
gauloises en sont les manifestations les plus apparentes.

Π. — LE PRODIGIEUX ESSOR DE LA VITICULTURE SOUS L'EMPIRE.

Il n'est pas aisé de dire quelle était l'extension de la viticulture dans le Midi au dernier siècle
de la République. Il est clair, en tout cas, que le vin n'était pas commercialisé dans des
amphores, soit qu'il fût voué à une consommation locale, soit qu'il fût véhiculé autrement, dans
des contenants qui n'ont pas laissé de trace.

À partir du règne d'Auguste, ou même un peu avant, c'est un véritable décollage de


l'économie viticole.

2. 1. Les Gaulois viticulteurs : le témoignage des textes littéraires.


La documentation est importante dans les textes du 1er siècle de notre ère concernant la
viticulture gauloise. Il ne peut être question de l'étudier dans ce cadre et il nous suffira de
présenter deux observations.
D'abord, les Gaulois se battent pour résoudre un problème décisif : la vigne peut-elle
s'acclimater en Gaule en dehors des zones les plus méditerranéennes ? Leur réussite est ici
incontestable et Pline l'Ancien fait de cette acclimatation l'un des leit-motiv de son discours. On
peut d'ailleurs distinguer au moins deux cas : celui d'une véritable création, comme Yallobrogica
« dont le raisin mûrit à la gelée » (Pline, 14, 26) ; celui d'une adaptation comme la biturica, qui
est un dérivé de la basilica de la région de Dyrrhachium en Epire (Etienne, 1962, p. 102 sq.), ou
comme la raetica des Alpes Maritimes (Pline 14,41) et de la Viennaise (14,26).
Une autre notation de Pline me passionne. En 14,43, il écrit : « On a découvert, il y a sept
ans, à Alba Helvia, dans la Narbonnaise, une vigne qui passe la fleur en un jour, ce qui la
protège des accidents ; on la nomme carbunica et la province entière en est plantée aujourd'hui. »
On a l'impression ici d'une économie d'un tel niveau que la moindre invention se répand
aussitôt sur un immense territoire. . . Et ce n'est pas la seule occasion où le Naturaliste se plaise à
rappeler la chronologie, puisque (en 14, 18) il parle d'une vigne de la Viennoise : « connue
depuis peu, elle était ignorée à l'époque de Virgile, mort il y a 90 ans. »
Mais cet énorme enrichissement du capital végétal des Gaules s'accompagne d'autres
progrès techniques de ces Gaulois qui s'avèrent d'excellents viticulteurs et dont nous voudrions
au moins rappeler les plus significatifs, toujours d'après Pline. Ainsi, les Gaulois sont habiles à
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orienter la plantation (17, 2, 21), à greffer la vigne (17, 116). Ils pratiquent le coupage (14, 68).
ils produisent un passum intermédiaire entre vin et liqueur de vin en empêchant la fermentation
(14, 83) et, dans les Alpes, il mettent le vin dans « des tonneaux de bois cerclés et même, au fort
de l'hiver, on allume des feux pour l'empêcher de geler » (14, 132).
L'archéologie n'est pas moins diserte sur le boom de la viticulture au Haut-Empire.

2. 2. Les témoignages de l'archéologie.

Les fouilles des dix dernières années ont de fait apporté maintes nouveautés.

2.2.1. Les celliers.


Ce sont tout d'abord les celliers de villas avec leurs installations pour fabriquer et conserver
le vin. La plus vaste est celle du Molard à Donzère (Drôme), à 17 km au sud de Montélimar
(Dechandol, Feuillet, Odiot, 1983). Dans un bâtiment du 3e quart du 1er siècle ap. J.-C. dont
seule la partie agricole est connue ; le cellier (70 χ 14,9 m) contenait 200 dolía répartis en deux
travées (Fig. 2,1). Les dolía dont la taille moyenne est de 1,7 m de haut pour un diamètre
maximal de 1,50 m pouvaient contenir environ 1250 1. L'analyse des parois montre qu'ils
étaient résinés et remplis de vin. De ce vin des Helviens dont parlent les textes. . . La capacité de
stockage totale est de l'ordre de 2500 hl... de quoi remplir 8333 amphores d'une trentaine de
litres !
Dans le Var, la villa du Grand Loou à la Roquebrussanne est édifiée à la fin du 1er siècle av.
J.-C. Lors d'importants remaniements de la pars rustica vers 125, on construit deux celliers
(Fig. 2, 2) qui seront utilisés jusqu'à la fin du 2e siècle (Lecacheur, 1985 ; Brun, 1986, p.
192 sq.). L'un contenait 10 dolia de 1500 à 2 000 1., soit une capacité de 150 à 200 hl ; dans
l'autre, avec 58 dolia on pouvait stocker 700 à 1 100 hl. La capacité globale des deux celliers
avoisinait 850 à 1 300 hl, soit près de la moitié de celui de Donzère.
A titre de comparaison, le cellier de la villa della Pisanella à Boscoreale avait une capacité
globale de 750 hl (Pasqui, 1897). Au reste, les celliers et installations vinaires ne sont pas rares
en Narbonnaise, mais ils sont mal connus encore. Citons, par exemple, le fouloir de la ferme
l'Ormeau à Tarradeau (Var) qui appartient encore à la fin du Ier siècle et au IIe siècle siècle
(Béraud, Bonavita, Brun et al.t 1985), les deux celliers de la villa de Notre-Dame de la
Consolation près de Béziers (Giry, Fédières, 1972), les installations vinaires de la villa de
Loupian (Hérault) et les nombreuses mentions de dolia des cartes archéologiques.
Les premiers exemples d'installations viticoles datées que nous connaissions s'accordent à
marquer un développement important du vignoble à la fin du Ier et au IIe siècles, dans des zones
de la Narbonnaise où la vigne est bien attestée par les sources littéraires. Il apparaît déjà que la
capacité des celliers est diverse et que leur organisation relève d'une réalité que nous saisissons
encore mal, et qui pose question : l'association cellier-villa n'est pas systématique. Purcell
(1985) suggère, pour le vaste ensemble du Molard, un complexe de fabrication et de stockage
indépendant, mais celui de l'Ormeau est dans une ferme. Au surplus, nous ne connaissons pas,
pour le moment, d'ensemble cohérent grand domaine, cellier et atelier d'amphores.
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2. 1. Le cellier du Molard à Donzère (Drôme) avec ses 200 dolía en 1, d'après Dechandol, Feuillet,
Odiot, 1983.
2. Les deux celliers à dolia de la'villa de la Roquebrussanne (n° 31 et 58), Ech. 1:500, d'après
Lecacheur, 1985.
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2. 2. 2. Les ateliers d'amphores.

Les ateliers d'amphores apportent, pour leur part, une réalité archéologique déjà mieux
connue et d'une grande richesse, si l'on tâche de saisir globalement le contexte de la production.

Signalons tout d'abord que les 52 ateliers de potiers recensés pour leurs amphores (Fig.
3) sont en fait des complexes de fabrications de céramiques diverses qui évoluent dans le temps.
On y fait généralement des amphores, mais aussi de la vaisselle et des matériaux de
construction. Au reste, la nécessité de produire des amphores peut être le moteur de la création
d'une officine, ou, au contraire, intervenir dans une phase ultérieure de son existence. C'est le
cas de l'atelier d'Aspiran (Hérault) où l'on fabrique des amphores par intermittence, ou de celui
de Sálleles d'Aude qui se transforme totalement à partir du moment où débute la fabrication
d'amphores (Laubenheimer, 1985, p. 97 sq. et p. 167 sq. ; Laubenheimer 1990, 2). Toutes les
amphores gauloises ne sont pas destinées au vin, qui concerne cependant la très grande majorité
de celles dont l'usage nous est connu (Fig. 4). Ainsi peut-on recenser aujourd'hui 41 ateliers
d'amphores vinaires (Fig. 5) (Laubenheimer, 1989, 1) essentiellement en Narbonnaise, mais
aussi en Bourgogne (Laubenheimer, 1986, 1) et dans le bassin de la Loire (Laubenheimer,
1986, 2).

Les ateliers, en majorité en zone rurale, sont implantés dans de riches terroirs très largement
cadastrés, proches des voies de communication, terrestres, fluviales ou maritimes. Dans la basse
vallée du Rhône notamment un schéma se dégage : les officines se situent, comme les villas
qu'elles accompagnent, à faible altitude, dans une zone de piémont où naissent les sources, en
bordure de plaine, au pied de collines boisées, jouant ainsi sur l'exploitation simultanée de
terroirs complémentaires (Fiches, Gaseo, Michelozzi, 1987).

L'ensemble des ateliers cependant ne se laisse pas classer dans un modèle unique.
— Dans le Midi, les officines rurales se répartissent, d'après leur surface, en trois groupes
dont la capacité de production est sans doute bien différente suivant qu'ils occupent 1/3 d'ha,
lha ou 2 à 2,5 ha. Les uns sont nettement liés à la villa d'un domaine. Les plus grands, en
revanche, pourraient bien être des centres indépendants, au service d'une large clientèle : c'est
l'hypothèse queje propose pour Sálleles d'Aude (Laubenheimer, 1985, p. 212 sq.).

— On doit envisager pour quelques officines urbaines ou périurbaines, liées à des ports,
comme Fréjus ou Marseille, une vocation à produire des amphores destinées à contenir les vins
étrangers importés en vrac dans les navires chargés de dolia (Laubenheimer, 1987).
Par leur implantation, qui est surtout à l'intérieur des terres, et par leur taille relativement
modeste, les ateliers de notre Midi se distinguent des vastes ensembles de l'Italie tyrrhenienne
installés sur la côte même (Hesnard, Lemoine, 1981). Ils se rapprochent en revanche des
officines du Maresme (Pascual, Guasch, 1977).
— Dans la Gaule centrale, les très grandes fabriques de céramique de la vallée de la Vienne,
du Cher et de l'Arroux couvrent 10 à 15 ha. Ce sont de véritables usines où les amphores
n'occupent qu'une place minoritaire (Laubenheimer, 1986, 1 et 2).
— Malgré ces résultats très encourageants — les découvertes se multiplient dans tous le
pays au fur et à mesure que progresse l'intérêt pour la production et pour les officines — les
ateliers sont encore trop peu étudiés pour que l'on mesure pleinement leur spécificité dans les
LE VIN GAULOIS 13

Fig. 3. — Localisation des 52 ateliers de potiers fabriquant des amphores en Gaule (état 1987).
Gauloise 1 Gauloise 2 Gauloise 3 Gauloise 4

Gauloise 5 Gauloise 7
Gauloise 6

10cm
I

Gauloise 1 1

Gauloise 8 vin
O
Gauloise 9 Gauloise 10 >Λ poisson

Fig. 4. —
IT

Dressel 1 Pascual I Dressel 2/4

Fig. 4. — Typologie des amphores gauloises (état 1987). Dressel 7/13

••ν.

Fig. 5. — Distribution des 42 ateliers d'amphores vinaires en Gaule et localisation par des étoiles des vignobles
mentionnés par Pline l'Ancien.
16 REVUE DES ETUDES ANCIENNES

Gaules. La carte des ateliers répond en grande partie aux zones de vignobles qu'indiquent les
sources littéraires pour le Ier siècle (Fig. 5). Deux nouveautés cependant : Gueugnon en
Bourgogne et Crouzilles-Mouêon dans la vallée du Cher. Des incertitudes encore : la situation
du vignoble des Bituriges.
Une évolution très nette se dessine dans le temps.

1. Les premières amphores vinaires, augustéennes — Dl, G2, PI et, dans une mesure que
nous précisons encore mal, D2/4 — sont produites dans un nombre restreint d'ateliers (Fig. 6)
localisés surtout dans l'ancien pays de Marseille, sur la côte provençale et en Languedoc ; mais
en en connaît aussi sporadiquement à Lyon, St-Just en Ardèche (Laubenheimer, Leclère, Odiot,
1989, 2) et Montans. La production de D. 2/4 à Crouzilles-Mougon (L. et Cher) est datée du Ier
siècle sans plus de précision et ne peut donc entrer dans un essai plus fin de chronologie.
2. Seconde grande étape. Après Auguste, dans le courant du Ier siècle de notre ère, on
assiste à un essor considérable des ateliers (Fig. 7) : surtout dans la plaine languedocienne et
sur la rive droite du Rhône, nettement moins en Provence et un peu dans le centre des Gaules où
se constate une progression signifiante (même si le nombre des témoignages est encore très
faible). Certains blancs de la carte, la région de Vienne, par exemple, (compte tenu de
l'importance de Yallobrogica dans les textes), doivent dépendre des aléas de l'archéologie. En
revanche, les ateliers qui jalonnent maintenant le cours de la Durance peuvent s'expliquer par la
soumission définitive des provinces alpines par Auguste, qui crée désormais un marché.

Ce qui caractérise en tout cas clairement cette seconde étape, c'est qu'on rencontre
essentiellement des formes typiquement originales, gauloises — et non plus des formes
d'imitation — qui sont produites en grandes séries standardisées.

2. 3. Une création originale : de nouvelles amphores.


La fabrication des amphores n'est pas dans la tradition des Gaules. Les deux premières
phases de production, dans la Marseille phocéenne et dans la Transalpine romaine, sont
réalisées sous l'impulsion des « intrus », colons ou conquérants, qui développent la viticulture
et ont besoin d'amphores pour le vin qu'ils produisent. Ces amphores fabriquées en Gaule n'ont
rien de gaulois, mais sont l'écho de modèles transmarins : les marseillaises imitent des formes
grecques, les premières transalpines s'inspirent de modèles italiens à fond pointu : Dressel 1 ,
Pascual 1 qui en dérive et Dressel 2/4 (Fig. 6). Ces emballages sont aussi lourds que le poids
de vin qu'ils contiennent. Il faut noter, en outre, que les divergences sont nombreuses dans
chaque série d'un atelier à l'autre.

Cependant, dès la période augustéenne, apparaît à Marseille la première amphore à fond


plat, G.2, beaucoup plus performante que les précédentes, puisqu'un exemplaire restitué ne
pèse que 8,75kg, pour un volume de 26,4 1. (Bertucchi, 1982). C'est un modèle qui n'est pas
standardisé, avec notamment beaucoup de variantes sur la lèvre, et qui s'apparente à la forme
Oberaden 74 fabriquée à la même période en Catalogne (Laubenheimer, 1989, 1). On le retrouve
dans plusieurs ateliers de la région marseillaise.
Lacréation de modèles propres à la Gaule s'affirme au cours du Ier siècle. Avec les formes
Gl, G5 et G4 apparaissent les amphores vinaires gauloises caractéristiques. Ce sont de grandes
séries à fond plat dont la production couvre des régions entières essentiellement dans le Sud : les
LE VIN GAULOIS 17

Fig. 6. — Les premiers ateliers d'amphores vinaires dans la Gaule romaine.


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G4 G5
Fig. 7. — La production des grandes séries d'amphores vinaires gauloises sous l'Empire.
LE VIN GAULOIS 19

Gl sur la rive droite de la basse vallée du Rhône et en moindre quantité dans le reste du
Languedoc ; les G5 en Provence ; les G4 beaucoup plus largement que les précédentes, dans
tout le Sud de la Narbonnaise, mais aussi en Bourgogne et dans le bassin de la Loire.

La fabrication de ces formes vise, dans une très large mesure, à la standardisation. En effet,
les caractéristiques de façonnage et les dimensions ne permettent pas de distinguer les
productions des divers ateliers (Laubenheimer, 1985, p. 290).
L'observation du processus de standardisation se fonde sur l'étude des cols et des fonds
disponibles dans les ateliers et l'on souhaiterait en développer l'analyse sur des objets complets.
Pour les G.4, on voit déjà un modèle caractéristique de la Narbonnaise, tandis que celles de
Gueugnon sont plus petites et celles de Crouzilles-Mougon plus grandes. Au reste, on connaît
mal encore l'évolution d'une production qui a duré près de 3 siècles.

C'est encore au transport du vin qu'étaient destinées, semble- t-il, les amphores d'une forme
originale produites au cours du Ier siècle à Gueugnon (Laubenheimer, 1986, 1). D'autres
formes, sans doute, l'ont été également parmi celles dont nous ne connaissons pas l'emploi ;
elles représentent, cependant, des séries beaucoup moins développées.
Les travaux de Dressel sur les formes et les marques peintes des amphores de Rome sont
les premiers à montrer par de nombreux exemples qu'à un type d'amphore correspond un
contenu. Mais cet usage souffre quelques exceptions, notamment en Gaule où nous savons par
un exemple récent qu'à Amibes on mettait dans des D.2/4 une sauce de poisson nommée
liquamen (Laubenheimer, 1989, 1). On peut donc hésiter sur la destination des D.2/4 des
ateliers côtiers. En revanche, il est clair que c'est bien du vin que l'on mettait dans celles des
officines situées à l'intérieur des terres. Au reste, le vin transporté était très généralement
gaulois, mais, dans quelques cas, des G.4 et des G.5 ont été remplies de vin d'importation,
comme le montrent les mentions de vin du Massique que l'on peut lire peintes sur le col
(Laubenheimer, 1985, p. 400). Il s'agit ici encore d'une partie limitée de la production des
amphores que l'on doit associer aux quelques ateliers des grands ports.

2. 4. Qualités et variétés des vins gaulois.


Les textes littéraires et les inscriptions permettent d'aborder sous plusieurs approches le
problème de la qualité des vins gaulois.

Il y a d'abord la variété des appellations. Si l'on ajoute les informations des textes et celles
de la très belle collection de marques peintes sur amphores gauloises perdues dans la rade de
Fos-sur-Mer, on peut distinguer plusieurs types (Liou, Marichal, 1978 ; Laubenheimer, 1985,
p. 399^):
— lepicatum, vin poissé lors de la vinification selon une pratique courante dans l'Antiquité,
qui n'était d'ailleurs pas nécessaire avec une vigne des Allobroges dont le raisin avait un goût
naturel de poix (Pline 14, 18) ;
— Yamineum. qui porte le nom d'un cépage fameux originaire peut-être de Grèce, mais
largement répandu en Italie et ensuite dans les provinces ;
— lepassum, vin doux et liquoreux préparé avec des raisins confits au soleil ;
20 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES

— peut-être aussi du mulsum, un vin miellé (Laubenheimer, 1985, p. 403).

Toutes ces appellations sont d'origine italienne, ce qui est signifiant. Il n'est pas possible de
les mettre en relation avec les cépages gaulois mentionnés dans les textes, sauf pour lepicatum.
Deuxième critère de qualité : l'âge du vin. Le label vinum vêtus n'est pas rare sur les
amphores en Gaule comme en Italie.

Troisième critère : l'origine géographique. Mais ici apparaît la subjectivité propre aux
amateurs de la précieuse boisson. Marseille « donne le meilleur vin des Pyrénées aux Alpes »
(Pline, 14, 68), ce qui n'empêche pas Martial de le trouver imbuvable à cause d'un séjour
prolongé dans la fumée (3, 82, 22-23 ; 10, 36, 1-2 ; 13, 123 et 14, 118). Pour les productions
de Béziers : « leur réputation faisait autorité dans les Gaules », si l'on comprend bien Pline (14,
68), mais les exportations d'amphores portant l'inscription « vin de Béziers » (CIL XV, 4542,
4543) retrouvées au Castro Pretorio à Rome sont bien la preuve que cette réputation allait au-
delà.

Quatrième critère : l'usage des amphores. Les diverses formes d'amphores gauloises ne
semblent pas destinées à contenir des crus particuliers, si l'on en juge par les G.4 et les G. 5
pour lesquelles nous avons la preuve qu'elles étaient remplies de vins différents.

Sources littéraires et archéologiques offrent des données forcément contingentes dont la


conjugaison laisse transparaître toutefois les grandes lignes de l'histoire du vignoble gaulois. Il
démarre de façon précoce à la période augustéenne, se répand très largement dans tout le Midi au
cours du Ier siècle, mais connaît aussi, dès cette époque, une progression vers le Centre
(Bourgogne et Bassin de la Loire) et vers l'Ouest avec la biturica dont les Vivisques du grand
entrepôt de Bordeaux sont vraisemblablement les adaptateurs. L'époque flavienne se révèle
particulièrement féconde pour la production du vin, sans qu'il y ait trace de la mise en
application de l'édit de Domitien sur l'arrachage des vignes.
On est moins renseigné sur le devenir du vignoble gaulois aux IIIe et IVe siècles, dans une
Gaule parfois bouleversée où il subit les lamentables vicissitudes que dépeint par exemple en
Bourgogne le Panégyrique adressé à Constantin en 312 (Panégyriques Latins, 8, 6). Mais, sur
plusieurs sites, on commence à savoir que la production d'amphores continue.

CONCLUSION.

J'ai délibérément laissé de côté tous les problèmes de circulation du vin des Gaules, qu'il
s'agisse des échanges internes ou des exportations vers l'Italie, vers le Limes, vers la Bretagne,
ou vers la Méditerranée orientale. De fait, les Gaules jouent un rôle capital en tant que gros pays
producteur, mais aussi de par la situation de Γ« isthme gaulois » qui donne accès à des
provinces et à des limites dangereux.
Après deux décennies d'efforts constructifs sur les amphores et sur le vin, il me paraît
important de définir une problématique qui ouvrira à des progrès rapides et décisifs, si l'on
s'organise bien.Tout en poursuivant l'étude des nouveaux ateliers et de leurs productions, c'est
vers les questions de consommation et de circulation du vin que l'on doit maintenant se tourner.
Qui boit du vin gaulois, où et en quelle quantité ? Comment se fait la répartition entre marché
LE VIN GAULOIS 21

local, régional ou lointain ? Quels sont les concurrences ? On se contentera d'abord de poser
modestement les problèmes à partir d'un nombre restreint de sites-échantillons choisis en
fonction de leur signification économique.

D'ores et déjà, pourtant, le vin apparaît comme un moteur constant de l'évolution des
Gaules sur un millénaire d'Antiquité, et cela doublement, dans l'esprit de notre boutade
balzacienne initiale. Moteur de la vie économique avec création d'un vignoble de plus en plus
vaste, création d'un paysage, création d'une richesse, création d'une circulation complexe.
Tout, à l'origine, vient de la Méditerranée orientale ou centrale, mais en fait les « Barbares » des
Gaules savent non seulement imiter, mais adapter et innover : ils se révèlent d'excellents
viticulteurs et aussi des maîtres incontestés, novateurs dans les arts prométhéens du potier et du
tonnelier. Et, grâce à eux, toute une partie de l'Europe occidentale ou moyenne connaît le vin.
De ce rôle médiatique témoigne, dans sa modestie, l'histoire des mots : le latin vinum est adopté
par les Gaulois et explique les mots celtique, germanique, voire slave (P. Chantraine, Diet,
étym. de la langue grecque* s. v. oinos ; Meillet-Ernout, Die étym. de la langue latine, s. v.
vinum), qui connotent cette boisson.
Moteur de la vie de société aussi, qui informe toute une partie de la conscience gauloise. Qui
dit vin dit aussi Bacchus, et le triomphe du vin c'est aussi celui de Bacchus, dont les
représentations — comme celles de ses travaux — sont innombrables en Gaule à l'époque
impériale (P.-M. Duval, 1952, p. 178 sq.), tandis que ses attributs végétaux ou animaux
forment le décor de tant de monuments, image et symbole de la prospérité et du bonheur qu'il
donne. De fait, les fonctions du dieu des convives se sont considérablement accrues : il est aussi
celui du consensus autour de l'empereur, d'où son importance dans les figurations triomphales
comme celles de la Porte-Noire de Besançon, élevée, après une révolte des Séquanes, à Marc-
Aurèle le pacificateur (Walter, 1986).
Même si ces processus qui créent un oecuménisme autour du dieu du vin ne sont pas
spécifiques à la Gaule, ils marquent une parfaite intégration à la romanité, à telle enseigne que le
vieux dieu celtique Sucellus, « Le Tape dur » aux connotations infernales, le dieu au tonneau
devient dieu à l'amphore (Laubenheimer, 1985, p. 71 et 1990, 1, p. 83, 84.) !
Rien d'étonnant alors à ce que vin et culture s'identifient. Qu'on nous permette de terminer
par deux évocations empruntées aux Epîtres d'Ausone. L'une est celle de son pauvre ami Axius
Paulus qui vit en Bigorre, pays sans vin, dans un misérable isolement : « il n'y reçoit pas un
ami, pas un convive ; il ne converse qu'avec des Muses rechignées » (12, 24). L'autre, celle du
grammairien Harmonius, « l'orgueil commun des Muses de Cécrops et des Camènes latines et
qui seul mêle si bien l'aminée au vin de Chios » (18, 30) : ce sont les crus qui caractérisent, chez
ce professeur au talent bilingue, les deux cultures poétiques de la Grèce et de l'Italie : « solus
qui Chium miscet et amineum ».

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