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LES BONNES DEFENSES EN CAS DE CONTROLE FISCAL

La lettre de l'Administration est là, l'inspecteur ne tardera pas. En cas de contrôle fiscal,
savez-vous vraiment que faire ? Des patrons et des experts vous disent comment surmonter
l'épreuve.

En douce, le dirigeant glisse une liasse de billets dans l'imper du contrôleur. Et téléphone à la
police, l'air affolé. « On m'extorque de l'argent ! Venez vite cueillir cet agent du fisc corrompu
! » Ailleurs, un cordonnier, terrorisé, s'évanouit à la première question du contrôleur, pourtant
courtois. S'il y a environ 50 000 contrôles annuels, tous ne donnent pas lieu à ce folklore (bien
réel).

Pourtant, il est indéniable que les chefs d'entreprise vivent mal les vérifications de
comptabilité. « Quand, à la fin de 1999, j'ai appris que j'allais avoir un contrôle fiscal, c'est
vrai, j'ai eu peur ! A tort », confie Claude Chopard-Lallier, dirigeant de Home Rental Services
(location d'appartements meublés), un bon élève qui n'a pas eu de redressement. Face à
l'inspecteur des impôts, connaître ses droits et ses devoirs est un atout pour optimiser le
contrôle.

QUAND LE FISC VOUS ANNONCE SA VISITE

Vérifiez que l'avis de vérification de comptabilité comporte toutes les informations


nécessaires.

Les chefs d'entreprise apprennent l'arrivée d'un inspecteur des impôts via l'avis de vérification
de comptabilité. Ce document est envoyé par courrier, en général recommandé. « Pour être
valable, cet avis doit comporter un certain nombre d'informations », observe Olivier Poulet,
auteur de Contrôles et perquisitions dans l'entreprise (Delmas).

- Comment réagir. Vérifiez que l'avis de vérification de comptabilité comporte toutes les
informations, notamment le nom du contrôleur, les coordonnées du service, le nom du
supérieur, le nom et l'adresse de l'interlocuteur départemental auquel s'adresser en cas de
problème. Il doit contenir aussi la date du début de vérification, les impôts concernés. Vous
devez disposer d'au moins deux jours pleins entre la date de réception de l'avis et le début de
la vérification sur place. Pour être valide, l'avis doit être accompagné de la « Charte des droits
et obligations du contribuable vérifié ». Ce document décrit les règles du contrôle fiscal et
précise que vous pouvez être accompagné d'un conseil : expert-comptable, avocat fiscaliste...
La vérification s'effectue dans vos locaux ou chez votre conseil.

SOYEZ LE BIENVENU, MONSIEUR LE CONTROLEUR

Du premier au dernier jour du contrôle, soyez poli et courtois.

D'une fenêtre de son pavillon, le plombier vise avec sa carabine l'inspecteur des impôts qui
vient de sonner à la porte. Effrayé, l'agent fait demi-tour. « Le contrôle s'est déroulé dans nos
locaux. Je n'y suis pas allé de main morte : j'ai redressé tout ce que je pouvais », reconnaît
l'inspecteur. A l'époque, 300 000 francs de redressement et une majoration de 40 % pour
mauvaise foi.
- Comment réagir. Bannissez l'agressivité, sinon vous donnez l'impression de cacher des
choses. « Du coup, nous fouillons encore plus dans les comptes », confie un inspecteur qui
tient à garder l'anonymat. Du premier au dernier jour du contrôle, soyez poli et courtois. En
tant que dirigeant, vous pouvez accueillir et accompagner vous-même l'inspecteur. Vous
pouvez aussi déléguer votre bras droit, le chef comptable ou votre conseil extérieur. Dans ce
cas, il convient d'autoriser la personne désignée à agir en votre nom, via un document écrit et
signé de votre main.

IMPROVISATION INTERDITE

Tout ce que vous racontez peut se retourner contre vous.

Face à l'inspecteur, certains dirigeants pourtant « réglos » sont tétanisés. Pour se déstresser, ils
se mettent à raconter n'importe quoi. C'est dangereux. Voici pourquoi.

- Comment réagir. « N'en dites pas plus que demandé. Tout ce que vous racontez peut se
retourner contre vous », observe l'avocat fiscaliste Jacky Deschamps. Pensez aussi à briefer
vos salariés. « Si l'inspecteur vous questionne, répondez : "Je ne sais pas, demandez au
patron" », avait expliqué un entrepreneur à ses employés.

L'INSPECTEUR N'ARRIVE JAMAIS LES MAINS VIDES

Il possède déjà un dossier que contient beaucoup d'informations sur votre situation, et il
l'a étudié avant de venir.
« A son arrivée, le contrôleur connaissait déjà une foule de choses, y compris sur ma situation
personnelle. Je ne m'attendais pas à ce qu'il en sache autant ! » raconte un patron qui s'est
senti plutôt mal à l'aise.

- Comment réagir. Le contrôleur a épluché votre dossier. Celui-ci contient les déclarations
annuelles de bénéfices, de TVA, les procès-verbaux d'assemblées générales, les rapports
d'éventuels contrôles précédents, des analyses de votre entreprise, des ratios adaptés à votre
secteur. L'inspecteur peut aussi savoir que vous possédez un château, une Porsche, un
voilier...

OU L'INSTALLER ?

L'idéal est qu'il soit seul, et dans une pièce neutre.

Certains patrons prennent un malin plaisir à mal installer l'inspecteur : dans le froid et les
courants d'air, dans la cave, dans un cagibi. En fait, « ils jouent contre leurs intérêts. Si on est
mal installé, on devient plus intransigeant », reconnaît un inspecteur des impôts.

- Comment réagir. « L'idéal est une pièce neutre, vidée des documents internes, sans
téléphone, loin de la machine à café, où les salariés se répandent en général sur l'entreprise »,
conseille Olivier Poulet.
MOMENT CLE : LA VISITE DES LOCAUX

L'inspecteur va tout regarder, et au besoin vérifier les factures correspondant à votre


installation.
A son arrivée, le vérificateur visite les locaux professionnels en présence du chef d'entreprise.
« Je regarde tout, en particulier le matériel technique, confie un inspecteur. Je vérifie ensuite
que les trois fours que j'ai aperçus au cours de la visite figurent bien à l'actif du bilan du
boulanger. Je recoupe mes informations. Un patron se fait rembourser 50 000 kilomètres en
frais kilométriques : je regarde le compteur de la voiture et la facture d'entretien du garagiste.
Je vérifie aussi que l'entrepreneur n'habite pas personnellement dans les locaux de la société. »

- Comment réagir. « Il faut faire un grand ménage ! » recommande ce dirigeant peu honnête
qui a envoyé sa famille à la campagne pendant les deux mois du contrôle et a déménagé une
bonne partie de son mobilier personnel ! Tous ne sont pas aussi précautionneux... Ainsi, un
architecte parisien, officiellement domicilié chez ses parents, habitait un appartement de 180
m2 et faisait passer tout le loyer en charges professionnelles, chambres et salle de bains
comprises. Faute de temps, ou de courage, il n'a rien changé. Après avoir vu l'appartement, le
contrôleur n'a pas lésiné : redressement de trois ans de loyer, plus l'année en cours.

PREPAREZ (BIEN) LES DOCUMENTS.

Il est important de soigner son image. Rangez et classez vos dossiers.

Dans la comptabilité, le patron avait laissé sur certaines factures des Post-it indiquant «
Megève ». Personne n'y avait touché par négligence... jusqu'à l'arrivée du fisc !

- Comment réagir. L'inspecteur a accès à tous les documents concernant l'entreprise et son
résultat. « Il est important de soigner son image. Rangez et classez vos dossiers. Cela permet
aussi de se remémorer des points délicats et d'anticiper certaines questions », insiste l'avocat
fiscaliste Mabrouk Sassi. Car le contrôleur va éplucher documents et pièces comptables, livres
et registres dont la tenue est obligatoire. Il peut se pencher sur le registre des assemblées et
conseils d'administration, sur celui des mouvements de titres, sur les contrats. Vérifier
l'inventaire du stock, des valeurs en caisse, le relevé des prix. S'il veut emporter des
documents, il doit passer par des procédures précises.

"JE PEUX FAIRE DES PHOTOCOPIES ?"

Proposez de les faire vous-même, pour savoir ce qui l'intéresse.

« Pas question d'utiliser notre photocopieuse, et puis quoi encore ! », s'énerve le patron.
Mauvaise idée ! Le contrôleur est en droit de demander l'usage de votre machine. Quitte à
vous rembourser les frais de papier.

- Comment réagir. Proposez-lui d'effectuer ses photocopies. « Vous ferez un double pour
vous et vous saurez exactement ce dont il dispose », conseille Jacky Deschamps.
LE JEU DES QUESTIONS-REPONSES

Rien ne vous oblige à répondre immédiatement : mieux vaut lister les demandes
d'informations, puis les regarder avec votre expert-comptable.
Avec la visite, « j'ai perdu 20 000 euros de contrats, notamment parce que l'inspecteur me
posait des questions toutes les deux minutes et que je n'avançais pas dans mon travail »,
maugrée un consultant.

- Comment réagir. L'inspecteur a le droit de vous poser des questions. Mais rien ne vous
contraint à être à son service minute par minute. « Je lui demande de lister ses questions et de
me les communiquer en fin de journée pour que le chef comptable lui donne les réponses dès
le lendemain », note Claude Chopard-Lallier.

ET SI VOUS PRENIEZ L'INSPECTEUR EN FAUTE ?

Repérez les erreurs de procédure éventuelles de l'inspecteur, pour vous en servir en cas
de contentieux.

« Gardez le maximum de traces de la visite, quitte à tout noter », recommande Olivier Poulet.

- Comment réagir. Si vous voyez que cela énerve le contrôleur, gardez en mémoire le plus
d'informations possible : les questions posées, les réponses, les documents vus... Listez les
documents photocopiés. Repérez les fautes de procédure éventuelles de l'inspecteur. Elles
peuvent jouer un rôle décisif en votre faveur lors d'un contentieux.

POINT D'ORGUE : LE DEBAT ORAL CONTRADICTOIRE

En pratique, ce dialogue se tient le dernier jour de la vérification.

En théorie, pendant toute la vérification, un débat oral et contradictoire doit se dérouler entre
le vérificateur et le contribuable. En pratique, ce dialogue se tient le dernier jour de la
vérification. Le contribuable doit absolument démontrer son point de vue. Cette gérante dans
le BTP l'a appris à ses dépens : « Je n'ai pas trop cherché à me défendre pendant le débat oral
et contradictoire. Je pensais que le contrôleur avait bien compris notre situation. En fait, il
nous a collé 130 000 euros de redressement ! »

- Comment réagir. « Préparez-vous à une négociation », recommande Jacky Deschamps. «


Schématiquement, explique Mabrouk Sassi, la transaction peut se passer ainsi. Hiérarchisez
les points soulevés en fonction de la probabilité d'obtenir gain de cause au contentieux.
Ensuite, attirez l'attention de l'inspecteur sur le fait que le maintien de certains redressements
ne pourra que vous conduire à contester l'intégralité des redressements. »

Vous pouvez commencer à faire peser certains vices de procédure constatés au fil des jours : «
Si vous ne me redressez pas sur tel point, je n'utilise pas contre vous ce vice de procédure que
j'ai repéré. » Lors de la dernière réunion du débat, faites le maximum de remarques, car, aux
yeux du juge, vous avez accepté tout ce qui n'est pas noté.
Si le contrôle finit en garde à vue...

En matière fiscale, le contribuable est informé des poursuites avant leur


engagement. Cela ôte l'effet de surprise, notamment dans l'hypothèse
d'une garde à vue. Toutefois, si le délit de fraude est associé à un autre
délit (abus de biens sociaux...), le contribuable peut se retrouver en garde
à vue à l'improviste.

« Voici le petit kit du patron prudent, observe Isabelle Schuqé-Niel,


avocat en droit pénal du travail : chaussures sans lacets, pantalon qui tient
sans ceinture (en garde à vue, on vous retire ces éléments par crainte du
suicide) ; dans un placard, jogging, gros pull (les nuits sont froides en
prison). Il a toujours sur lui une dose d'insuline s'il est diabétique. En
revanche, il laisse agenda et portable au bureau en cas de garde à vue. »

LES QUATRE PROFILS TYPES DE CONTROLEURS DU FISC

Sachez les distinguer et vous adapter, en fonction de leur expérience professionnelle et


leur personnalité.

- Les professionnels. Trentenaires, quadras, très compétents, bien formés, sérieux. Ici, pas de
règlements de comptes, mais un vrai professionnalisme. Le hic : ils vivent parfois dans un
univers déconnecté de l'entreprise.

- Les débutants. Jeunes loups frais émoulus de leur formation, mais aussi petits jeunes
manquant de confiance en eux... Leur point commun : ils ont du mal à prendre du recul, à
savoir s'ils peuvent passer l'éponge ou pas.

- Les blasés. Opérer un gros redressement n'est pas, ou n'est plus, leur priorité. On en a même
vu accepter d'être traités en clients privilégiés chez des contribuables qu'ils contrôlaient :
vêtements ou télévision proposés à des prix cassés...

- Les intégristes. Ce sont des Saint-Just, persuadés de remplir une mission sacrée contre une
population de fraudeurs riches : les entrepreneurs. Pour eux, tous ceux qui gagnent plus de 4
000 euros par mois sont des salauds.

GLOSSAIRE

L'échelle de Richter des contrôles fiscaux

- Vérification de comptabilité normale

L'inspecteur des impôts vous prévient qu'il va venir dans l'entreprise vérifier vos comptes. Un
examen de votre fiscalité personnelle est souvent mené en complément.
- Droit d'enquête

Il concerne toute personne morale qui établit des factures. L'agent a le droit de voir tous les
documents souhaités, d'interroger la personne qui l'accueille. Les sanctions sont de 15 euros
par inexactitude ou omission, et sont évidemment beaucoup plus élevées en cas de fraude.
Une vérification n'est déclenchée que si elle s'annonce lucrative.

- Vérification inopinée

Peu utilisée, elle permet au contrôleur d'observer dans l'entreprise tout ce qui est matériel :
stocks, moyens de production, valeurs en caisse, existence et état des documents comptables.
Elle déclenche une vérification de comptabilité.

- Perquisition Le fisc suspecte que vous risquez de faire disparaître des preuves si elle vous
prévient de sa visite. Elle peut donc, sur autorisation judiciaire, perquisitionner dans vos
locaux professionnels et saisir des documents en rapport avec l'objet de la perquisition. Elle
peut aussi fouiller au domicile du dirigeant et à celui de ses clients. Un procès-verbal
récapitule tout ce que les inspecteurs emportent.

Lire aussi Contrôles et perquisitions dans l’entreprise, éditions Delmas