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com] Le pouvoir du mental pour une vie sans rancune _ Axel Allétru _
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Relecteur: Hélène Vernet

27 juin 2010.

Je suis sur la grille de départ

du Championnat du Monde de motocross en Lettonie.

Mon mécanicien est à côté de moi. Il me donne les derniers conseils.

Le panneau 15 secondes.

Le panneau 5 secondes.

La grille tombe.

Paf ! Je fais un départ canon.

Je me retrouve à une très belle 5ème place.

J'avais l'impression de survoler la piste.

Je roulais propre, à l'aise, sans prendre de risques.

Et j'arrive sur cette fameuse bosse,

une bosse difficile à négocier avec des ornières, des trous,

qui se forment à chaque tour.

Je prends l'appel du saut,

la moto m'éjecte.

J'atterris sur le bas du dos

et je sens un grand « crac » dans la moelle épinière.

Le bilan est sans appel.

Je sens que je suis paraplégique.

En un quart de seconde, j'ai un flash

où je refais le tour de ma carrière.

Je revois tous ces entraînements sous la neige, la pluie,

toute cette jeunesse sacrifiée,


et je me dis : « Tout ça pour ça ?

Tout ça pour me retrouver paraplégique à 20 ans, pour le restant de mes jours ? »

Par chance, je suis resté conscient,

ce qui m'a permis de diriger les premiers secours qui sont arrivés,

leur expliquer que la situation était très grave

et qu'il fallait me manipuler avec une très grande importance.

On m'évacue de la piste,

direction l'ambulance.

Mes parents arrivent.

Je leur dis que la situation est très grave.

Mon père part voir mon manager pour prendre de précieux conseils

qui pourraient être très importants pour la suite.

Je m'en vais, direction l'hôpital de Riga,

dans une ambulance des années 90 voire 80,

dans des conditions vraiment difficiles.

En Lettonie, des routes défoncées, des trous, des dos d'âne,

des nids-de-poule parfois :

pas les conditions idéales pour être évacué.

Au bout d'une heure, j'arrive enfin à l'hôpital de Riga,

où je suis dans une salle avec des médecins, des chirurgiens.

Ils m'expliquent que je vais devoir passer un diagnostic

pour établir la lésion précise au niveau de la colonne vertébrale.

Je passe un IRM.

Le reste, je ne m'en souviens pas car je suis tombé complètement évanoui.

Ce dont je me souviens, c'est de m'être réveillé dans une chambre.

Mes parents étaient là ainsi que mon mécanicien.

La première chose que mon père m'a dite, c'est : « Axel, comment tu te sens ? »

Je lui ai dit : « Tu sais Papa, je ne sens plus rien. »

Et là, il m'a regardé et m'a dit :


« Axel, c'est ton Grand Prix.

Celui-là, c'est le Grand Prix de ta vie.

Tu dois le gagner. Tu dois tout faire pour y arriver. »

Je l'ai regardé et je lui ai dit :

« Je vais tout faire pour y arriver. Je vais me battre jusqu'au bout. »

Ma mère était à côté, il l'a emmenée un peu plus loin car elle pleurait.

Mon mécanicien me demande comment je me sens.

Je lui dis que j'ai des plaques qui m'ont été posées dans la colonne vertébrale.

Je souffre mais je ne sens toujours plus rien.

Au bout de quelques jours, je suis rapatrié en France, chez moi, à Lille,

où je vais être opéré une seconde fois,

une seconde opération pour essayer de décomprimer la moelle épinière,

pour espérer une meilleure récupération.

Après l'opération qui aura duré presque huit heures,

on m'a posé des plaques plus longues

pour stabiliser au mieux la colonne vertébrale.

Le lendemain matin, le chirurgien vient me voir dans la chambre.

Il me dit que l'opération s'est bien passée

et que je vais être transféré en rééducation dans une semaine.

Mais pour moi, à ce moment-là, pas le temps d'attendre une semaine.

Une semaine, c'est trop.

Je décide de commencer à travailler une mini contraction

que j'avais gardée juste après mon crash,

mais qui avait disparu suite à la première opération

mais qui commençait à réapparaître suite à cette seconde opération,

une contraction musculaire infime, comme si vous bougiez vos narines,

mais il y a quelque chose.

Et je décide de commencer à travailler.

Je fais des séries de dix, de quinze, toutes les heures à l'hôpital.


Mon père est en bout de lit.

Il me fait des chatouilles dans la plante des pieds

et j'essaye de me concentrer et de ressentir la moindre sensibilité.

Mais rien n'y fait, je ne sens toujours rien.

Je suis transféré en rééducation, où pour mon premier jour,

on m'amène un fauteuil roulant.

On me transfère du lit au fauteuil roulant,

un transfert difficile à cause des plaques qui me tirent dans la colonne vertébrale.

Je me mets dans le fauteuil roulant et pars pour mon premier jour de rééduc.

Pas si facile que ça de rouler droit

avec un fauteuil roulant pour la première fois,

pour arriver juste au plateau technique, pour commencer à travailler.

Durant ma rééducation,

je suis passé par différentes étapes :

espérer, désespérer,

espérer de nouveau,

accepter le changement de ma nouvelle vie.

Mais tous les matins, je me levais pour une seule chose : remarcher.

Je voulais remarcher.

J'essayais d'inculquer au plus profond de mon subconscient,

cette image où je me voyais remarcher.

Cette image était presque réelle,

je pouvais presque la toucher, cette image.

Je savais que si je restais fidèle à cette image,

elle allait pouvoir un jour se manifester.

J'y pensais vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Je ne pensais pas : « Ah tiens, aujourd'hui, je vais remarcher », non.

Je me servais des moments de somnolence, des moments de relaxation,

pour pouvoir travailler mentalement.


80 % de mon travail était mental.

Plus tard, quand je suis sorti de la rééducation,

j'ai lu un livre, et dans ce livre, j'ai découvert

que j'avais inconsciemment utilisé la technique de la visualisation.

Au fur et à mesure de ma rééducation,

ma mini contraction du quadriceps gauche commençait à se renforcer.

Et dans la foulée, j'ai une mini contraction

qui commence à se réveiller dans la jambe droite.

Je travaille aussi beaucoup le haut du corps

pour essayer de retrouver une autonomie certaine,

pour pouvoir pousser mon fauteuil, me transférer sur le lit, sur une chaise.

Je vois que je suis sur la bonne voie et que le travail paye.

Au bout d'un mois de rééducation,

j'ai une convocation assez inattendue du médecin en chef de la rééduc,

avec ma kiné, ma prof de sport, mon ergothérapeute et l'infirmière.

Le médecin commence par demander

comment se passent les soins à l'étage avec l'infirmière, si tout se passe bien.

Elle dit que je me couche à des horaires raisonnables,

que je mange bien, que je suis poli,

contrairement à d'autres patients qui sont très arrogants

car ils ont du mal à accepter leur situation.

On passe ensuite à mon ergothérapeute, Xavier,

qui, lui, dit que je ne viens plus en ergo.

Le médecin, stupéfié, me dit :

« M. Allétru, pourquoi ne venez-vous plus en ergothérapie ? »

Là, je lui dis que Xavier, mon ergo,

voulait me faire une rééducation exclusivement pour le fauteuil roulant.

Il voulait que j'apprenne à rouler droit, à monter les marches.

Je lui avais dit : « Xavier, moi, je veux travailler


ma mini contraction dans les jambes,

des exercices qui pourraient me servir au quotidien. »

Là, il m'avait répondu : « Tu sais Axel, ta moelle épinière est très endommagée.

Je ne pense pas que tu pourras remarcher.

Alors moi, je préfère te faire une rééducation pour fauteuil roulant. »

Le médecin en chef, stupéfié, me dit : « M. Allétru,

il y a des règles, il faut les respecter.

Si Xavier, votre ergo, vous dit qu'il faut faire une rééducation pour le fauteuil,

il faut le faire.

Que je sache, il a plus d'expérience que vous

dans le domaine de la rééducation. »

Il me dit : « De toute façon, si vous ne respectez pas les règles,

je vais devoir vous virer du Centre de rééducation,

et trop travailler pourrait vous faire régresser. »

Alors là, j'étais scotché.

Le médecin en chef de la rééducation qui dit à un de ses patients

que trop travailler pourrait le faire régresser ?

Je n'en croyais pas mes oreilles !

Je sors de la réunion.

Je vais voir ma kiné, Gaëlle, je lui dis : « Mais pourquoi une telle réaction ? »

Elle me dit : « Axel, tu n'es pas un patient comme les autres.

Tu travailles beaucoup, tu progresses, mais il faut que tu respectes les règles

sous peine d'être vraiment exclu du centre de rééducation

et de ne plus pouvoir du tout progresser. »

Alors, j'ai dit : « Okay.

Je vais 'respecter les règles' ».

Mais j'avais une petite idée derrière la tête.

J'ai demandé à mes parents de me ramener des poids

pour que je puisse travailler seul dans ma chambre, le soir.


J'essayais de reproduire les exercices que me faisait faire Gaëlle en kiné,

après le repas, seul dans ma chambre.

Je faisais des séries de dix, de quinze.

Mes parents avaient aussi confectionné des barres parallèles,

avec un harnais et une poulie,

pour que je puisse travailler chez moi le week-end.

Au bout de quelques mois,

j'ai enfin la possibilité d'aller en balnéothérapie,

un moment très important pour moi,

car c'est la première fois que j'ai pu me remettre debout,

debout, dans l'eau.

Ça a été une première étape.

Au fur et à mesure des séances,

je me mets debout avec moins de force sur les bras.

Et Gaëlle, ma kiné, me dit : « Écoute, Axel, je pense

qu'on pourrait peut-être te mettre debout sur la terre ferme,

entre les barres parallèles. »

Mais pour ça, on doit confectionner une attelle

pour que je puisse essayer de pallier mes muscles paralysés.

On décide de contacter le père d'un ami d'enfance

qui est orthoprothésiste.

Au bout de trois semaines, il me confectionne une attelle.

Et enfin le jour J :

j'enfile mes attelles, je me mets face aux barres parallèles,

Gaëlle se met en face,

et là, je prends de l'élan, et pof !

J'arrive à tenir debout.

J'arrive à tenir debout, sur mes deux jambes

sur la terre ferme.


Je peux vous dire que c'était une sacrée victoire.

Je pouvais de nouveau voir le monde de mes 1,90 m.

Je me souviens que toute la salle m'avait applaudi.

C'était un moment, important, et j'étais vraiment très fier de moi.

Au fur et à mesure des séances, je fais un pas,

puis un deuxième, puis un aller, puis un retour.

Et puis j'enchaîne des centaines d'allers-retours.

Mais j'arrive à un moment où les barres parallèles, c'est bien beau,

mais je ne peux pas me déplacer seul en toute autonomie.

Gaëlle me ramène donc un déambulateur avec lequel j'essaie de remarcher.

Mais je perds l'équilibre.

J'ai beau travailler, essayer de faire tout ce que je peux,

je ne progresse pas. Je n'y arrive pas.

J'arrive presque à un an et demi de rééducation

et je dois me poser la question de mon avenir.

Qu'est-ce que je vais devenir ?

Je n'ai que 20 ans, pourquoi pas reprendre des études

ou continuer le sport ?

Après tout, le sport, c'est toute ma vie.

À ce moment-là, je décide de m'inscrire à un club de natation handisport

où je vais aller nager tous les samedis.

Je me dis que ça ne pourrait me faire que du bien

et, pourquoi pas, me faire encore progresser.

Je pense que ça a été une décision importante

car j'ai pu retrouver peu à peu le monde réel.

Et j'ai pu me rendre compte que, malgré le fauteuil roulant,

je pouvais me refaire des amis, me recréer un milieu social.

Car parfois dans le centre de rééducation,

certains patients ont peur de progresser


par peur de sortir du centre de rééducation et retrouver le monde réel.

Dans le centre de rééduc, on a tous un handicap.

Les infirmières sont là pour nous aider, tout le monde se pousse dans les couloirs

et parfois, c'est difficile de sortir du centre de rééduc.

En sortant de ma rééducation,

je sens qu'il faut que je me lance un challenge,

un challenge dans ma nouvelle vie pour me lever tous les matins.

Aujourd'hui, mon quotidien, c'est d'être nageur paralympique.

Je me suis donné pour objectif d'aller aux Jeux Paralympiques de Rio 2016.

Depuis 2014, je suis membre de l'équipe de France.

J'ai décroché de multiples titres

de champion de France, champion d'Europe, recordman.

J'ai réussi à recréer ce que j'étais avant, dans le monde valide,

mais cette fois, dans le handisport.

Je suis autonome : je peux conduire, faire du vélo.

Je peux faire toutes sortes de choses mais en étant adapté.

Aujourd'hui,

le plus important,

c'est que je peux me déplacer,

avec mes deux releveurs, toujours,

et deux béquilles.

(Applaudissements)

Je peux marcher un, deux, voire trois kilomètres.

Je peux marcher même si je veux, avec une béquille.

Vous ne vous en doutiez pas quand je suis monté en fauteuil ?

(Rires)

Je suis retourné voir le centre de rééducation

et le personnel est très impressionné de mes progrès.

Ils ne pensaient pas que j'aurais pu progresser encore,


après ma sortie du centre de rééduc.

Je suis retourné voir ce fameux médecin :

« Alors, docteur !

(Rires)

Je remarche. »

Il m'a dit : « M. Allétru, vous avez eu beaucoup, beaucoup de chance. »

Je l'ai regardé et j'ai dit : « Non, non ! Ce n'est pas de la chance.

C'est de l'acharnement et du travail. »

Donc là, vous vous demandez si j'ai réussi mon objectif d'aller à Rio.

Eh bien oui, je me suis qualifié en mars.

Au Championnat de France de Natation, j'ai réalisé les minima pour Rio 2016.

Mais malheureusement, quelques mois avant Rio,

on m'a changé de catégorie et mis dans une catégorie

avec des personnes qui ont un handicap moindre.

Et comme l'effet est immédiat et que les temps sont beaucoup plus durs,

je n'ai malheureusement pas pu participer à Rio.

Mais, quand j'étais à l’hôpital, juste après mon accident,

si on m'avait dit : « Écoute Axel, tu signes là, en bas,

tu remarcheras, mais tu ne seras jamais champion paralympique »,

je pense que je n'aurais pas hésité une seconde.

Avec tout ce parcours,

j'ai appris une chose

qui est la résilience.

Aujourd'hui, ce que j'essaye de démontrer au quotidien,

c'est que la vie peut être cruelle et généreuse à la fois.

Je suis sans rancune contre la vie.

J'ai appris la résilience

et la résilience m'a aussi appris à accepter,

accepter ce qui est, sans colère.


Car en effet, en acceptant,

ça m'a permis de continuer à avancer plutôt que de m'arrêter ;

ça m'a permis de continuer à rester en mouvement

plutôt que de végéter chez moi, à ne rien faire.

Mais attention, accepter n'a rien à voir avec se résigner.

Tu as le choix de vivre comme une victime

mais tu ne pourras jamais accéder à l'autre choix :

croire que c'est possible.

Merci.

(Applaudissements)