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Il faut imaginer Meursault heureux

“Il faut imaginer Meursault heureux” fait référence à un ouvrage d’Albert Camus qui traite de

Sisyphe, le protagoniste du mythe grec. “Il faut imaginer Sisyphe heureux,” peut servir de morale à une

histoire de la vie absurde, une vie de travail incessant, une vie sans espoir (Le Mythe de Sisyphe). Avec

cette invocation, on entrevoit la possibilité de trouver le bonheur dans la peine quotidienne. Tout en

affirmant que la vie est absurde, Albert Camus suggère qu’il y a moyen de trouver un sens à l’existence,

même si ce sens réside dans le manque de sens. En fait, ce sens peut se trouver dans le parcours

existentiel du protagoniste. En trouvant des points comuns entre la condamnation de Meursault et celle de

Sisyphe on peut déchiffrer un sens dans le manque de sens, et voir comment cette prise de conscience

finit par libérer les deux protagonistes.

Dans son essai, “Le Mythe de Sisyphe,” Albert Camus arrive à la conclusion que Sisyphe est “le

heros absurde” par excellence après avoir analysé les interprétations différentes du caractère de Sisyphe

(Ibid 110). D’un côté, Sisyphe est “le plus sage et le plus prudent des mortels,” et de l’autre il est

simplement un brigand qui manque de respect pour l’autorité. Avec “son mépris des dieux, sa haine de la

mort, et sa passion pour la vie,” Sisyphe a bien mérité son destin terrible : faire le même travail tous les

jours sans rien achever (Ibid 110). Deux fois, Sisyphe a dupé les dieux pour gagner la richesse et la vie

éternelle pour lui et pour sa communauté. Quand il reussit à convaincre Asope de lui donner une

bénédiction, ou quand il “enchaine la mort,” Sisyphe montre qu’il n’en a rien à faire des règles imposées

par les dieux (Ibid 111). Comme résultat, les dieux se sentent intimidés par son intelligence. Le fait d’etre

condamné pour “les passions de cette terre” rend sa peine pareille à celle de Meursault (Ibid 111).

Meursault, le protagoniste de L’étranger, est puni parce que les gens ne le comprennent pas et,

précisément à cause de cela, il leur fait peur. Même le titre du roman, L’etranger, montre la position de

Meursault en dehors de la societé. Un étranger n’appartient ni au pays, ni au groupe, ni à la société. Un

étranger est étrange, et il demeure continuellement à l’extérieur de la vie. Il existe, mais dans le sens

étymologique du mot exister: se tenir debout a l’extérieur. Par conséquent, il n’est pas tenu aux règles.

Comme Sisyphe, Meursault est condamné parce que les gens ne peuvent pas comprendre ce qui l’incite à
l’action. Par exemple, les gens qui jugent Meursault essaient de déterminer si le meurtre de l’Arabe était

un crime de haine raciste ou de revanche passionelle. En fait, Meursault a simplement tiré son arme au

hasard avec le soleil dans les yeux. Pendant le procès, l’avocat affirme que “le lendemain de la mort de sa

mère, cet homme prenait des bains, entamait une liaison irrégulière, et allait rire devant un film comique”

pour prouver que Meursault est un sociopathe capable de commettre un crime prémédité (L’etranger

142). En utilisant son manque de sensibilité vis à vis de la mort de sa mère, Meursault est dépeint comme

un homme intelligent avec “une âme criminelle” (Ibid 150). Ce type de preuve indique que ce n’est pas

tellement à cause de son crime violent que les gens ont peur de Meursault, plutôt parce qu’il n’était pas en

deuil.

Même si Meursault et Sisyphe ont été condamnés pour les mêmes raisons, ils continuent à se

ressembler jusque dans leurs punitions. Dans son essai, Camus affirme “qu’on ne recouvre pas l’absurde

sans être tenté” pour souligner que c’est impossible de trouver un sens à l’existence sans souffrir (Le

Mythe 111). Pour cette raison, la douleur des deux protagonistes devient l'aspect le plus important de leurs

parcours existentiels.

En décrivant le moment où Sisyphe descend de la montagne pour récupérer le rocher, Camus dit

que “cette heure est celle de la conscience” (Ibid 110). C’est dans ce moment- là que Sisyphe devient

conscient qu’il travaille sans cesse pour ne rien achever. Cette “pause” le transforme en héros tragique,

parce qu’il sait qu’il souffre en vain et “les images de la terre tiennent trop fort au souvenir” (Ibid 110).

Même s’il souffre pendant son retour, Sisyphe arriver à trouver une certaine lumière qui lui permet de

regarder le reste de l’enfer du haut de la montagne. Cette juxtaposition géographique est représentative du

sens trouvé dans la tristesse. En regardant une vue magnifique, Sisyphe peut contempler “cette suite

d’actions sans liens qui devient son destin,” une perspective qu’il n’avait pas avant cette période

inoccupée (Ibid 112). C’est à ce moment-là que son désir d’être libre devient pressant, ou il “se lève au

coeur” et laisse Sisyphe exister sans crise (Ibid 112). Autrement dit, si on subit la tristesse ou la nostalgie

profonde, on emportera une victoire contre le désespoir. L’acceptation du destin absurde anéantit la

necesité de trouver un sens à l’existence et rend l’homme heureux.


Quand il vit son propre moment de prise de conscience dans sa cellule “plus calme et plus

sombre” (L’etranger 112), ou sa vie “s’y arrêtait,” Meursault pense de son destin aussi (Ibid 113). On voit

le même symbolisme géographique quand Meursault remarque que “la prison était tout en haut de la ville,

et, par une petite fenêtre, je pouvais voir la mer” (Ibid 112). Comme Sisyphe, cette sensibilité vis-à-vis de

la nature, même s’il s’agit de l’enfer ou de la mer, représente l’espoir entrevu dans une mauvaise

situation. Ce moment de grâce lui permet de trouver une valeur jusque dans les petits plaisirs de la vie et

l’incite à “regarder la fleur du ciel” ou à embrasser sa petite amie (Ibid 118).

Tout comme Sisyphe est maître de son destin, une fois en prison Meursault réagit pareillement à

sa condamnation. Au début de son emprisonnement, Meursault souffre physiquement du “désir d’une

femme” et du manque de cigarettes (Ibid 120). Pareil a Sisyphe, Meursault éprouve “la douleur au début,”

et il montre comment il est possible de l’emporter sur la souffrance profonde (Le Mythe 112). A la fin,

Meursault reconnait sa punition comme quelque chose de juste, au lieu de simplement accepter

l’absurdité. Suivant L’ecriture du bonheur dans le roman contemporain, qui analyse le bonheur des

protagonistes absurdes, le processus de s’y habituer aux situations mauvaises est le moment ou “l’homme

trouve un equilibre entre la passion egoiste et l’exigence de la solidarite” (7). Meursault exemplifie ce

phenomene, même s’il a toujours “des pensées d’homme libre,” parce qu’il remarque que la souffrance

physique est le prix qu’il doit payer pour ses actions et il trouve un certain degré de paix dans sa nouvelle

humilite (L’étranger 117).

“Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut aussi se faire dans la joie,”

Camus dit, en decrivant le dernier etape du parcours existentiel de Sisyphe (Le Mythe 111). Ce remarque

montre que l’existence absurde ne gene pas Sisyphe et c’est representatif du “cycle de l’absurde ou

l’homme parvient au bonheur seul en face du monde” (7). Essentiellement, ca indique que la solitude est

la source du bonheur, parce que le moment ou Sisyphe pense et accepte son destin est aussi l’instant ou il

perds la douleur.

En soulignant que cet heros absurde a trouve le bonheur dans sa condamnation, Camus montre

que Meursault aussi trouve sa joie dans l'acceptation de la mort. Au moment culminant du roman,
l’aumonier rend visite à Meursault, et il lance un cri frustré pour faire face à sa mort inévitable. Ensuite,

quand “cette grand colère (lui) avait purgé du mal,” il dit qu’il avait été heureux et qu’il l’était encore,

après avoir accepté sa mortalité (L’étranger 183). Avec cette prise de conscience, on voit que, meme s’il

se sens seul, la solitude Meursault lui donne la meme opportunite a reflechir profondement.

La comparaison entre Meursault et Sisyphe souligne que le bonheur est la responsabilite de

l’homme. Les histoires de Sisyphe et Meursault montre que le destin se passe par hasard, et la seule chose

qu’on peut manipuler c’est l’attitude mental. Quand les heros absurdes acceptent leurs destins, on peut

voir que l'attitude positive resulte dans “ un combat collectif contre le mal pour avoir droit au bonheur”

(7). C’est a dire que, meme si la vie n’a aucun sen, l’absurdite est le point de depart pour sentir content et

complet.

Ouvrages Cites:

Amar, Ruth. L’ecriture du bonheur dans le roman contemporain. 2011. Newcastle upon Tyne:

Cambridge Scholars Publishing. Imprime.

Camus, Albert. L’etranger. 1942. Edition Gallimard. Imprime.

Camus, Albert. Le Mythe de Sisyphe. Paris : Les Éditions Gallimard, 1942, 189 pp. Collection :

XII. Édition augmentée, 69ieme édition, 1942.

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