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KILTIR PARTOU

LA RÉNYON LÉ AN NOU

Document de présentation des Productions des commissions du Collectif

à destination des ETATS GÉNÉRAUX DE L'OUTRE-MER à la Réunion

Juillet 2009

Contact : mailto kolektif974@hotmail.fr

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 1 •

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 2 •

KILTIR PARTOU

LA RÉNYON LÉ AN NOU

KILTIR PARTOU LA RÉNYON LÉ AN NOU Table des matières du document Préambule p. 5 Introduction

Table des matières du document

Préambule

p. 5

Introduction : KILTIR PARTOU !

p. 9

COMMISSION MEMOIRE, PATRIMOINE, HISTOIRE ET TOPONYMIE

p. 11

Synthèse

p. 12

L’histoire, quelles vérités ?

p. 13

Le principe de la réparation

p. 15

COMMISSION LANGUE

p. 21

Synthèse

p. 22

Analyses et propositions

p. 23

COMMISSION ÉDUCATION

p. 27

UNE ECOLE REUNIONNAISE : Une école ouverte sur le monde Synthèse

p. 28

Analyse et revendications

p. 29

ANNEXE 1 - La reconnaissance du réunionnais comme langue à part entière

p. 35

ANNEXE 2 - Proposition pour l'enseignement de l'histoire régionale au collège

p. 37

COMMISSION CULTURE

+ SECTEUR PROFESSIONNEL DE LA CULTURE ET ECONOMIE CULTURELLE

Chap. 1 - Accompagnement du secteur professionnel

p. 41

Synthèse

p. 42

Analyses et propositions :

p. 43

Chap. 2 - Circulation des œuvres et des artistes

p. 47

Chap. 3 - Gouvernance locale

p. 48

Annexe 1 - Philosophie de la commission "secteur professionnel "

p. 55

Annexe 2 - Descriptif des mesures proposées au Chap. 1

p. 56

Annexe 3 - Culture et économie

p. 61

Annexe 4 - RMI et RSA pour les artistes

p. 62

Annexe 5 - Société Coopérative d'Intérêt Collectif SCIC

p. 63

Annexe 6 - Projet danse - le CIA - Comité pour l'Indépendance des Arts

p. 65

Annexe 7 - La "géographie" des acteurs du secteur artistique - Description & analyse

p. 71

Annexe 8 - Développement de la production audiovisuelle à la Réunion

p. 77

Annexe 9 - Création d’un pôle spécialisé dans la culture urbaine

p. 79

COMMISSION EMPLOI LOCAL

p. 82

11 propositions de changement pour favoriser le droit au travail pour tous les réunionnais

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Préambule

Qui donc est l’esclave sinon celui qui, en tous lieux et en tous temps, possède sa vie, ses biens et son corps, comme des choses qui lui sont étrangères ?

Achille Mbembe, De la postcolonie

"Partout sur la planète, l'intégrité culturelle, l'énergie créatrice et la vitalité des divers groupes humains se trouvent menacées par des stratégies de développement qui accentuent les conceptions d'une croissance économique ou d'une efficacité institutionnelle à tout prix

Trop souvent les valeurs fondamentales des individus et des sociétés sont irrémédiablement détériorées par des modèles de changement social technocratiques, fondés sur la consommation, la compétition, l'acquisition forcenée des biens et sur la manipulation des aspirations humaines."

Thierry Verhelst, Des racines pour vivre

humaines." Thierry Verhelst, Des racines pour vivre Les signataires de ce document s’inscrivent dans le moment

Les signataires de ce document s’inscrivent dans le moment des Etats Généraux de l’Outre- Mer pour faire entendre les convictions d’une voix collective reflétant, au-delà de son caractère minoritaire apparent, les aspirations profondes du peuple réunionnais pour l’affirmation de sa culture dans l’exercice de la responsabilité.

Les cultures se rencontrent, se mélangent, se transforment. La culture réunionnaise est issue de processus historiques réalisés en un temps très court, à peine plus de trois siècles. On ne peut bien évidemment l’empêcher d'évoluer alors qu'elle se trouve sous l'influence constante de nouveaux apports. On ne peut pas plus la contraindre à se modifier ni prédire les conséquences des apports exogènes sur son développement ultérieur.

Les facteurs d'innovation et de « progrès », qui représentent la plupart du temps une potentialité nouvelle, produisent parfois des conséquences négatives, dont le caractère masqué ou « à retardement » ne s'en révèle pas moins pernicieux. Tout dépend du pouvoir des groupes sociaux et des individus de s'approprier la dynamique de cette évolution et ses éléments les plus concrets, à les faire leur pour ne pas simplement en subir l'emprise.

La culture de la société réunionnaise se conjugue avec son pouvoir social pour refléter ses capacités à mettre en valeur son histoire et ses racines, sources de fierté et d'identité ; à maîtriser un présent toujours mobile ; à se projeter dans des futurs possibles, ambitieux, raisonnables et réalistes.

Le peuple réunionnais, dans ses rapports avec les structures dominantes, les administrations autocratiques et les cultures hégémoniques, a été mis durablement dans une posture de soumission, sans pouvoir prendre la parole, faire valoir ses besoins, ni construire une conscience collective et une solidarité puissantes.

C’est pourquoi, dans cette situation d’aliénation, l'irruption ininterrompue et indifférenciée de tous les apports extérieurs - de nature technique, économique, culturelle ou en matière de vivre ensemble, d’organisation familiale, de consommation de biens ou d’habitat - produit, en même temps que la dévastation des modes de vie et des fragiles identités culturelles, la prévalence des intérêts privés et de stratégies anarchiques d’isolement individualiste.

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Les conséquences s’en font sentir dans la dégradation des rapports sociaux et dans la qualité de la vie. Elles entraînent progressivement la détérioration économique et la destruction de l’énergie sociale d’une partie plus ou moins importante de la société elle-même. La population est spoliée de sa vitalité, livrée à toutes les influences, à toutes les dépendances, à tous les besoins d’assistance, à toutes les manipulations et toutes les impostures, qu’elles soient d’ordre culturel, matériel ou social.

Les conséquences de ce « génocide culturel soft » et du vide identitaire qui en résulte sont dramatiques.

Nous sommes témoins tous les jours de l’opportunisme désorienté qu’elles produisent dans l’exercice politique de l’organisation collective et dans la déstructuration incontrôlable des liens sociaux. Nous refusons de nous résigner devant les ravages que répète quotidiennement chez nombre de Réunionnais l’humiliation individuelle de ne pouvoir, par son travail, nourrir les siens, obtenir un statut respecté, ou réaliser ses besoins personnels de croissance.

Le comportement incivique à l’égard de l’autorité et des autres citoyens, de même que le pénible sentiment de n’apporter aucune contribution utile à ses contemporains est le fruit amer d’un processus historique qui laisse pour seul horizon de participer à son insu aux déferlements du consumérisme et de la médiocrité mondialisés, dans la soumission aux lois despotiques de l’économie et des marchés, devenus uniques critères de nos modes de vie.

La Réunion est gravement atteinte par ces processus, qui renvoient tant aux séquelles du colonialisme qu’à la faiblesse ou à l’inadaptation des réponses politiques apportées depuis la fin légale de la colonie.

Les associations signataires ont élaboré ce document pour dire leur refus de céder à la fatalité devant l’état des lieux livré par une analyse que nous ne sommes ni les seuls ni même les premiers à faire.

La culture est à nos yeux la matrice qui modèle nos rapports à nous-mêmes et au monde, notre façon de vivre, de penser et de construire le quotidien, de nous projeter dans le passé, le futur et l’absolu. Elle détermine nos relations à la société, à la conception de l’économie et à sa production, elle nous confère une identité repérable entre toutes les autres. L’effacement et la désintégration de la culture, s’ils désorganisent certainement les processus identitaires, atteignent également l’ensemble de la vie sociale et la conception même de l’organisation économique.

Nous formulons l’hypothèse que la place prise à La Réunion par l’affirmation culturelle et identitaire dans l’exigence de transformation sociale, est l’expression d’une contradiction historique caractéristique de la post-colonie : à la fois l’héritage d’une histoire complexe et chaotique ayant engendré des situations d'aliénation durable et dans un même temps le ferment capable, si elle est mobilisée pour la reconnaissance des aspirations humaines les plus fondamentales, d’assurer au peuple réunionnais la maîtrise de son destin collectif.

au peuple réunionnais la maîtrise de son destin collectif. Après le statut de citoyenneté né de

Après le statut de citoyenneté né de l’abolition de l’esclavage, en 1848.

Après le statut économique et social obtenu par les pères de la loi de 1946 d’abolition de la

colonie,

- Nous aspirons, dans le cadre de la République française, à la reconnaissance de nos identités plurielles et de leur rôle majeur et irremplaçable dans la construction de La Réunion de demain.

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- Nous affirmons que la sortie effective et définitive, pour le peuple réunionnais, du statut d’effacement post-colonial ne pourra être atteinte que par la reconnaissance pleine et entière de son originalité : nourrie d’une histoire douloureuse et contrainte tout autant que riche et complexe, cette identité constitue, dans sa contribution à l’histoire de la France moderne et contemporaine, un processus unique et fécond, réductible à aucun autre.

Né de ce processus, le peuple réunionnais aspire à assumer en tant que tel les responsabilités qui lui incombent, à devenir acteur de son histoire présente et future, à sortir du statut de colonisé confiné, par les errements du passé, aux régimes d’exception et à la citoyenneté des ombres.

Nous partons d’un état des lieux qui démontre, dans tous les domaines de la vie sociétale, politique ou économique, que la non prise en compte, l’aplatissement des valeurs culturelles de nos diverses origines et la survalorisation de modèles importés, sont à l’origine d’un effritement et d’une dépendance qui s’attaquent au cœur même de la dynamique sociale réunionnaise. Nous en appelons à une “révolution copernicienne” de non résignation devant l’effondrement social imputable à cet effritement.

Aucune construction d’avenir ne peut espérer surgir d’un renoncement identitaire. C’est la leçon à retenir du marasme économique et sociétal construit sur “l’assimilation culturelle”. Le modèle social dominant, tel qu’il s’est structuré dans les décennies passées, n’a pas su (pas voulu ou pas pu) faire de place aux valeurs et aux acquis de notre histoire, dans ce qu’ils représentent de potentiel mobilisateur des énergies sociales. C’est ce qu’il faut renverser.

La société réunionnaise est souvent décrite par les observateurs extérieurs comme très dynamique, mais cette énergie est bien loin d’impliquer la totalité de nos compatriotes, dont beaucoup vivent dans une marginalisation déprimante. Par voie de conséquence, elle ne trouve pas à s’appliquer dans un processus de construction d’ensemble, faute d’une assise qui ne peut être, à notre sens, qu’une assise culturelle, fondée sur des valeurs qui seront d’autant plus partagées qu’elles trouveront à poser des actes faisant apparaître toutes les dimensions par lesquelles la culture influe sur l’ensemble des constituants sociétaux.

C’est ce que le document qui suit s’efforce de démontrer à partir d’exemples choisis.

Nous faisons le pari que la réhabilitation de la culture réunionnaise sera le point d’appui d’un sursaut sociétal. Il s’agit de remettre au centre de nos préoccupations des valeurs jusqu’ici marginalisées, gommées ou niées par le flot des apports exogènes liés à l’introduction de la télévision, à l’essor non maîtrisé des nouvelles technologies, mais aussi à des formes de prise de décision politique, administrative et technocratique. Par manque de concertation et d’un débat profondément démocratique, celles-ci excluent une très grande partie des citoyens de la prise de conscience des enjeux qui les concernent et des moyens d’y prendre part. Ces réalités sont le produit d’une histoire qui nous a légué – entre autres – la dépendance, le clientélisme et l’illettrisme, mais aussi… les moyens de les combattre !

Les mesures proposées dans ce document ne sont pas un catalogue de revendications sectorielles. Elles visent en réalité – en prenant place dans une politique publique cohérente et de longue haleine bien concertée – à rétablir un équilibre entre les énergies endogènes et les apports extérieurs dans ce qu’ils ont d’indispensable.

Les équipes de KILTIR PARTOU, qui se sont attachées à la réflexion puis à l'élaboration des analyses et des propositions contenues dans ce document destiné aux Etats Généraux de l'Outre-Mer, sont constituées de professionnels et de militants d’une quarantaine d’associations, engagés depuis des lustres dans le combat en faveur de la culture et de l'identité réunionnaises.

faveur de la culture et de l'identité réunionnaises. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON

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Unanimes, nous croyons que l'avenir de la Réunion implique un profond remodelage des rapports de notre société et de son génie propre. Nous en exposons largement dans ces pages les bases essentielles.

Nous croyons à la nécessité de renouer avec nos racines historiques et patrimoniales, sans travestissement ni omission. Actualiser la mémoire commune des êtres et des événements qui nous ont précédés accordera à notre société la libération des pesanteurs dans lesquelles elle reste plongée, pour que puissent s'épanouir ses dynamiques endogènes, en accord avec ce que requiert la modernité. Nous ne cherchons pas à magnifier ou idéaliser, nous voulons lucidement reconnaître, respecter et réparer cette histoire partagée, douloureuse et multiple. Pour rétablir ce qui s'impose et nous nourrir de toute cette étendue restaurée. Notre histoire fait de nous un peuple particulier, comparable à aucun autre sur la planète.

Nous croyons à la promotion réfléchie de la langue créole réunionnaise, comme marqueur de notre identité composite. Elle est le vecteur de notre unité et de notre sociabilité. Elle nous donne le goût de nous-mêmes. Elle est la charnière de nos rapports au monde, le socle de notre ouverture aux autres cultures, la racine solide de notre curiosité à l'égard des peuples d'ailleurs.

Nous croyons en l'éducation. Elle est la colonne vertébrale de notre projet sociétal, autour duquel s'articulent toutes les autres dimensions d'un développement soutenable. Nous croyons à une école, clairement réunionnaise, de la réussite des jeunes générations : exigeante et valorisante. Une école qui réconcilie nos diversités et pacifie nos esprits, déchirés entre cultures populaires et cultures élitaires. Nous croyons à une école qui, à tout âge, respecte et stimule l'individu apprenant, sans jamais l'enfermer dans des préjugés, d'où qu'ils viennent.

Nous croyons que les acteurs culturels de la Réunion, artistes et artisans de toutes les créations et de toutes les disciplines, sont les témoins vivants et les inventeurs éblouissants de la totalité des formes qu'adopte notre culture. Ils sont les pionniers de nos aspirations les plus élevées, ils restaurent notre confiance en l'Homme, ils nous permettent de croire en notre propre génie. Nous leur devons soutiens structurels et financiers rigoureux, comme si nous le devions directement à nous-mêmes et à notre épanouissement.

Nous croyons que le travail est fondamental à l'homme. Il apporte la fierté de nourrir et protéger les siens, d'obtenir une place utile dans un groupe social, de se réaliser soi-même. Une population sans travail et perpétuellement assistée devient progressivement sans courage, irresponsable et honteuse d'elle-même. Nous voulons que la Réunion se batte pour accorder à chaque citoyen et citoyenne la satisfaction d'une intégration active par son travail et son utilité sociale. Que les compétences soient reconnues et valorisées, et que les énergies de tous, réhabilitées, leur permettent de devenir pleinement actifs et productifs dans la cité, sachant que notre culture n'épanouira sa pleine légitimité que dans une économie interdépendante, libérée de ses précarités et de ses assujettissements.

Que les lecteurs de ce travail en soient convaincus : nous comptons nous engager avec détermination et constance dans la réalisation de nos revendications et de nos propositions.

KILTIR PARTOU LA RÉNYON LÉ AN NOU Juillet 2009 Contact : mailto kolektif974@hotmail.fr

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Introduction

KILTIR PARTOU !

La culture associe un ensemble de structures sociales, de modes de penser, de manifestations artistiques, religieuses et intellectuelles qui définissent un groupe ou une société par rapport aux autres. Les Réunionnais sont arrivés de quatre continents : d’Europe, d’Afrique, d’Asie et même d’Océanie. Les arrivants dans l’île ont été obligés de s’adapter : au climat, à la végétation, aux autres cultures : européenne (essentiellement française), malgache, indoportugaise, africaine, indiennes (de l’Inde hindouiste et de l’Inde musulmane), chinoise, comorienne, etc. C’est ainsi que sont nés le peuple réunionnais et la culture réunionnaise. Ainsi s’est créée une nouvelle identité :

l’identité réunionnaise.

La culture créole est le noyau culturel commun à tous les Réunionnais. Elle est issue de la fusion, partielle sans doute, de toutes les cultures ancestrales. La culture réunionnaise, elle, est composée de tout ce que les cultures ancestrales ont apporté à La Réunion. Elle dépasse, déborde la culture créole. La culture réunionnaise est portée par les deux langues, le réunionnais et le français, mais aussi par les autres langues ancestrales, même si la langue créole joue un rôle fondamental dans cette culture.

Il y a plusieurs piliers à notre culture réunionnaise :

• Un premier pilier est géographique et climatique ;

• Un deuxième pilier est notre histoire commune ;

• Le troisième pilier est la langue que nous avons en commun : le réunionnais, notre

créole. Langue maternelle de la majorité des Réunionnais, au minimum co-maternelle avec le français pour les autres, le réunionnais ne peut être réduit à l’état de variété d’une

fantasmatique langue créole unique : il est langue à part entière.

Ce sont là les trois piliers de la culture réunionnaise sur lesquels il faut absolument insister car c’est un facteur essentiel pour le fait de vivre ensemble. On peut lutter ainsi contre les communalismes de quelque sorte qu’ils soient, d’où qu’ils viennent. On peut créer un sentiment d’appartenance plus grand, une solidarité plus grande.

Il y a, bien entendu, des différences culturelles entre Réunionnais, qui sont souvent d’ordre religieux. On est catholique ou on ne l’est pas, on peut être hindouiste, on peut être musulman, on peut parfois faire preuve de syncrétisme en mélangeant ou en acceptant deux religions ou davantage. Il y a donc des choses que nous ne partageons pas à 100%, que nous ne partageons que partiellement mais que nous partageons quand même, parce que nous avons des amis musulmans, des amis hindouistes, des amis catholiques. La culture réunionnaise n’est donc pas monolithique, mais elle procède d'un fond commun important sur lequel on ne peut qu’insister.

Aujourd’hui, la culture réunionnaise est menacée, d’un côté par le rouleau compresseur d’une certaine culture française avec radio, télévision, journaux, école, églises, mais aussi par le rouleau compresseur de la mondialisation. Il n’est, bien entendu, pas question de refuser les échanges mondiaux, il n’est pas question de se priver du français, de refuser la culture française, bien au contraire. Ce n’est pas contre l’addition que nous nous élevons, c’est contre la substitution.

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Un individu n’est pas seulement un être physique, un appétit, quelqu’un qui joue un rôle économique, c’est un être culturel. Ne pas lui enseigner son histoire, sa littérature, sa manière de vivre, ce qu'il y a autour de lui, c’est l’appauvrir.

Nous sommes réunionnais, nous avons une histoire, une culture, que nous voulons léguer à nos enfants. Cet héritage-là ne passe pas uniquement par la famille, c’est un héritage qui est social, et le rôle de la société est de faire que cet héritage soit le bien de tous. C’est à partir de cet héritage qu’on est un être humain ayant sa dignité, et bien debout sur ses deux pieds.

humain ayant sa dignité, et bien debout sur ses deux pieds. Comment sauvegarder notre culture réunionnaise

Comment sauvegarder notre culture réunionnaise ?

1. KILTIR PARTOU demande

la prise en compte par l’école de la culture réunionnaise. Non pas par un saupoudrage adroit, mais en profondeur et à tous les niveaux, en particulier à l’école primaire. Les manuels scolaires, le matériel pédagogique en général, doivent être repensés, la philosophie même de l’enseignement doit l’être. Pour faire œuvre éducative, il faut évidemment avoir une idée claire du but que l’on veut atteindre, mais il faut aussi partir de ce que l’enfant est. Il faut que les jeunes Réunionnais prennent appui sur leur langue maternelle, le réunionnais, pour leur développement cognitif et l’apprentissage ou l’approfondissement du français, sur leur culture maternelle, la culture réunionnaise, pour s’ouvrir au monde, aux autres cultures, en particulier à la culture française — tout en continuant à cultiver leur langue maternelle, à développer leur culture première. A l’école on commence donc par l’enfant et on découvre au fur et à mesure par cercles concentriques ce qui tourne autour de l’enfant et progressivement on élargit les cercles pour lui permettre de s’ouvrir au monde.

2 • KILTIR PARTOU souligne

le rôle extrêmement important qui est celui des médias : à la télévision, à la radio, il y a, sans doute, une amélioration certaine, mais les progrès sont encore nettement insuffisants. Si l’on veut des créations de qualité, il faut mettre les moyens en faveur de cette volonté, ce qui est loin d’être toujours le cas.

3 • KILTIR PARTOU met en valeur

les autres passeurs de culture que sont les artistes et les écrivains. Dans ces domaines de la création artistique et littéraire, une politique volontariste de soutien et de promotion est incontournable.

4 • KILTIR PARTOU proclame

de fait la culture réunionnaise dans toutes ses expressions. Au travers de ses deux langues principales essentiellement, le réunionnais et le français, dans son unité et dans ses différences, elle doit être présente partout !

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COMMISSION MEMOIRE, PATRIMOINE, HISTOIRE ET TOPONYMIE

L’histoire, quelles vérités ? Le principe de la réparation

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Synthèse

MEMOIRE, PATRIMOINE, HISTOIRE ET TOPONYMIE

Il est essentiel de permettre à chaque Réunionnais(e) de transmettre à ses enfants la fierté de ses origines, qu’elles soient issues de l’esclavage, de l’engagisme ou de la colonisation.

• Mémoire et histoire

Le respect de la mémoire et de l’identité. -1) Continuer les recherches, selon une approche pluridisciplinaire, pour une histoire la plus complète possible sur l’esclavage, dont le marronnage et l’engagisme notamment. A remarquer le retard sur l’engagisme malgache et africain. Inciter les recherches universitaires pluridisciplinaires dans ces domaines, avec une ouverture sur la collaboration avec les pays d’origine, comme Madagascar, le Mozambique et les autres. On doit parvenir à terme à une plateforme commune, avec mutualisation des moyens, de l’histoire régionale de l’Océan Indien occidental. Demander au Parc National de La Réunion d’attacher la plus haute importance à l’histoire du marronnage, en grande partie liée à ce lieu. -2) Enseigner l’histoire réunionnaise et celle de la zone de manière efficace, par la formation de tous les enseignants concernés. Mise en place de stages pour tous les intervenants avec définition précise du programme et du temps à y consacrer. -3) Accorder une plus grande attention à la reconnaissance publique de pratiques culturelles et cultuelles qui ont été diabolisées pendant l’esclavage. Il s’agit notamment des servis zancèt, malgas, kaf, kabaré sous toutes ses formes, confinés dans la sphère privée par défaut. Il faut, pour un traitement équitable de toutes les religions et sensibilités, que les collectivités et les communes leur accordent un espace dans la sphère publique pour permettre la reconnaissance et le partage avec tous les Réunionnais.

• Patrimoine et toponymie

La conservation du patrimoine passe par son repérage, son appropriation par la population. Pour cette raison, la toponymie est un élément majeur de repérage et de préservation. -1) Repérer de façon systématique les lieux patrimoniaux par une signalisation explicative, surtout s'ils ont changé de fonction. Respect des mesures comme les fouilles de prévention en cas de grands travaux. -2) Retrouver et restaurer les toponymes anciens qui sont intimement liés à l’histoire et font partie du patrimoine. Revoir l’orthographe des dernières transcriptions en se référant aux documents anciens et aux recherches étymologiques actuelles. -3) Effectuer la célébration des « oubliés » de l’esclavage et du marronnage en attribuant plus largement leurs noms aux rues et édifices publics.

Conclusion :

Il faut entreprendre une œuvre profonde de pacification sociale sans laquelle aucun développement équilibré n’est possible.

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Mémoire, Patrimoine, Histoire et Toponymie L’histoire, quelles vérités ?

Le constat est édifiant :

décembre 1848 : abolition de l’esclavage à la Réunion.L’histoire, quelles vérités ? Le constat est édifiant : mars 1946 : loi de la départementalisation.

mars 1946 : loi de la départementalisation.décembre 1848 : abolition de l’esclavage à la Réunion. 1960 : lois scélérates de Michel Debré

1960 : lois scélérates de Michel Debré exilant en France onze fonctionnaires réunionnais.à la Réunion. mars 1946 : loi de la départementalisation. Jusque dans les années 1980, maintien

Jusque dans les années 1980, maintien du maloya dans la clandestinité d’où résistances des artistes et des familles culturelles défendant cette musique.Debré exilant en France onze fonctionnaires réunionnais. Il a donc fallu attendre les années 1960 pour

Il a donc fallu attendre les années 1960 pour que soit posée la question de la culture réunionnaise perdue dans les méandres de la colonisation, restée coincée dans les filets d’une poésie axée sur l’exotisme de la langue, la rêverie des poètes et, bien entendu, la nonchalance de ces îles lointaines attachées à la mère patrie.et des familles culturelles défendant cette musique. 20 19 Cependant, ce n’est que dans les années

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Cependant, ce n’est que dans les années 1980 que l’on voit émerger Le Mouvman Kiltirel Rényoné . Il faut dire que c’était le temps où le maloya était interdit, où Ziskakan ne passait pas dans les salles publiques, où Danyèl WARO du groupe Flanboyan se faisait jeter en prison du fait de son militantisme culturel.

Les années 1980, c’est l’ère Mitterrand, la reconnaissance du 20 décembre comme journée fériée, la libération du maloya et le boum des artistes qui revendiquaient cette source comme référence. Mais si le maloya a atteint aujourd’hui ses lettres de noblesse, et que plus personne n’ose le taxer aujourd’hui de « musique boum boum », si le Mouvman Kiltirel Rénoyné a fait surgir la question identitaire et le « complexe de la langue créole » sans pour autant le régler, il n’en demeure pas moins que la question de l’histoire et de la référence aux origines reste problématique.

Il a fallu attendre 2001 et la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité pour qu’il y ait un vrai débat sur la citoyenneté des esclaves, restituée par l’abolition de l’esclavage du 20 décembre 1848.

Ce n’est donc que 150 ans après l’abolition qu’on a commencé à interroger cette période de l’histoire française et réunionnaise, et à se pencher sur les conséquences économiques, sociales et culturelles de ce rapt inhumain.

1998, c’était encore l’époque Sarda, considéré comme le sauveur, jusqu’au moment où des voix s’élevèrent pour réclamer « la vérité sur l’histoire », et la réparation face aux crimes commis.

Ces voix sorties du silence séculaire et du « fénwar » de la pensée se sont levées et ont pris la parole, les historiens ont repris leurs plumes pour révéler des pans entiers de l’histoire demeurés dans l’ombre, les acteurs culturels se sont emparés de cet objet historique pour éveiller les consciences, les artistes ont entonné à nouveau, avec toute l’emphase qu’il mérite, l’hymne des ancêtres. Tous contribuent aujourd’hui à pacifier la mémoire de la souffrance en rétablissant les responsabilités familiales et institutionnelles de ce crime.

Nous héritons tous de ce crime, et chacun d’entre nous doit réhabiliter son humanité, les descendants d’esclaves, d’engagés ou des maîtres unis dans un même élan d’émancipation, afin de retrouver de la dignité.

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Mais beaucoup préfèrent ignorer cette nécessité, cette évidence thérapeutique en ne se sentant responsables de rien, pas même de leur propre héritage. Des inégalités sociales, des injustices criantes, des dénis morbides laissent perdurer un esclavage mental qui institue d’un côté des complices d’un état de fait postcolonial, et de l’autre des victimes.

Faire la vérité sur l’histoire implique d’entreprendre cette œuvre de pacification sociale sans laquelle aucun développement équilibré n’est possible. C’est poser les termes d’une réhabilitation citoyenne des esclaves qui ont construit la cité, des marrons qui ont reconquis leur liberté et des engagés qui se sont investis dans ce pays avec « un billet aller simple », car pour la plupart d’entre eux ils n’ont pas eu la possibilité de retourner dans leur pays, de garder leur nom d’origine, escamoté la plupart de temps par les officiers d’état civil, ni même de conserver leur culture dominée par la religion apostolique.

Cette histoire plurielle, nous devons l’inscrire sur les tableaux noirs de nos écoles de la République, qui n’a longtemps été qu’une république assimilationniste et réductrice. Il est temps aujourd’hui d’ouvrir les vannes de la culture réunionnaise et de laisser jaillir la pensée plurielle comme autant de louanges à la créativité et à la liberté.

L’histoire doit bénéficier de la même liberté, sans complexes et sans tabous, dénoncer ce qui est maintenu jusqu’à aujourd'hui dans la honte et le mépris, dire l’insoutenable violence de l’esclavage, dire le racisme légalisé, l’exploitation inouïe, mais dire aussi qu’il est temps de guérir de tous ces maux et que la société doit mettre en place les remèdes pour accéder à cette guérison psychique.

Car qui donc constitue la société, si ce n’est nous, acteurs économiques, sociaux, politiques et culturels, institutions publiques et privées, tous engagés dans une même communauté de destin ? Nous devons faire preuve de lucidité face à notre avenir, pour cela nous devons savoir comment s’est constitué notre présent.

Car ceux qui profitent ne sont pas toujours ceux qui triment et si l’âme de Mme Desbassyns plane encore sur toutes sortes de négociations, les subsides de la Banque de la Réunion restent au cœur du débat. Cette banque, on le sait, a été créée avec l’argent de l’indemnisation reçue par les propriétaires d’esclaves peu après 1848. Il est nécessaire de percer cet abcès, et pour cela une commission « Vérité, Justice et Conciliation » serait très utile.

Revenir à l’histoire pour ne plus perpétuer le crime, c’est le principe même de la réparation.

Connaître, prendre conscience de l’ampleur du gâchis social pour ne pas recommencer. Mais connaître aussi pour retrouver à travers l’anéantissement le courage de résister, la volonté de combattre l’inhumain, de rompre avec l’aliénation.

Car les associations qui travaillent sur le terrain font face à cette évidence : la plupart des Réunionnais ne connaissent pas leur histoire. Des dates importantes demeurent ignorées, telles :

1663 : constitution de la première communauté réunionnaise pérenne, deux Français et dix

Malgaches, dont trois femmes venaient de Fort-Dauphin (Madagascar) pour s’installer à Bourbon.

Première révolte des Malgaches qui partent en marronnage.

L’enregistrement du Code Noir à Saint-Paul le 18 septembre 1724.

1753 : « guerre de Cilaos » contre les Marrons qui a duré environ dix ans.

La révolte de Zélindor le 23 mai 1779.

La révolte des Esclaves de Saint-Leu le 5 novembre 1811.

Le complot de Saint-Benoît, découvert le 27 avril 1833, qui impliquait des « libres de couleur » et des esclaves.

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Au lieu de faire la lumière sur cette période de notre histoire, de glorifier la résistance des marrons et des esclaves contre ce système d’oppression, le gouvernement français a longtemps préféré mettre l’accent sur Sarda Garriga, présenté comme le sauveur ou encore sur les vertus de l’assimilation censée apporter la promotion aux Réunionnais et le développement magique de l’Ile du seul fait du mimétisme érigé en modèle de progrès. Tous ces mots et ces concepts n’ont fait qu’embrouiller notre esprit car de fait, le développement économique se fait toujours attendre, seul

le commerce fleurit et entraîne toujours plus de frustration. Le constat est amer, le génie réunionnais

a été enfermé dans un placard et nous devons tout mettre en œuvre aujourd’hui pour que se

développe enfin cet imaginaire qui s’appuie sur les valeurs culturelles de la Réunion comme sources de son développement.

Faire la vérité sur l’histoire pour guérir des maux de l’esclavage, instituer les marrons et les résistants comme des grands hommes, permettrait à ceux qui n’ont reçu comme héritage que la violence de l’esclavage, de s’affilier à ces figures de la résistance, de se forger de nouveaux modèles de lutte et de combat, de persévérance et d’espoir dans l’avenir.

Partant de ce constat, le programme que notre commission « patrimoine, histoire, mémoire et toponymie » propose pour sortir de ce déni de l’histoire se fonde sur le principe de la réparation.

de l’histoire se fonde sur le principe de la réparation. Le principe de la réparation Nous

Le principe de la réparation

Nous le déclinons sous forme de revendications concrètes qui touchent l’ensemble des sphères sociales, éducatives, culturelles et économiques.

A) L’histoire, un droit fondamental

La première revendication concerne le Droit à l’Histoire qui nous paraît être un droit fondamental. À ce titre, nous avons mis en évidence la nécessité de développer les moyens pour que chaque Réunionnais, quels que soient son âge et sa condition sociale, puisse accéder à l’histoire de son pays.

Le rapatriement de toutes les archives concernant la Réunion

Pour ce faire, les archives concernant l’esclavage, l’engagisme et la colonisation doivent être rapatriées à la Réunion et réunies aux archives départementales de la Réunion, que ce soit sous forme de photocopies, de microfilms ou autres supports numériques.

La préemption des documents historiques originaux

Les documents relatifs au patrimoine réunionnais, faisant l'objet d'enchères, et particulièrement les livres anciens et les originaux, doivent être versés dans les fonds publics, notamment par le biais de préemptions.

L’enseignement et l’appropriation de l’histoire

L’enseignement et l’appropriation de l’histoire Cela passe nécessairement par l’apprentissage de

Cela passe nécessairement par l’apprentissage de l’histoire dès la maternelle et jusqu’à l’université, mais également par le développement de programmes de recherches et d’actions, menés aussi bien par l’université que par les associations ou par l’individu lui-même.

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Pour ce faire, il est nécessaire de refonder le programme de l’histoire à tous les niveaux de l’enseignement. A ce titre, nous faisons une proposition pour l’enseignement de l’histoire régionale au collège (cf. annexe)

de l’histoire régionale au collège (cf. annexe) L’appropriation de l’histoire passe par sa connaissance.

L’appropriation de l’histoire passe par sa connaissance. Cette connaissance doit être facilitée par la mise à disposition du public de moyens tels que livres, films, documents pédagogiques, archives, arbres généalogiques, etc., autant d'outils qui doivent être développés par les pouvoirs publics et les associations, et disponibles dans les bibliothèques scolaires et publiques, aux archives, au sein des associations qui développent ces ouvertures au savoir. Dans ce dessein, nous souhaitons une divulgation massive de l’histoire de la Réunion au sein des médiathèques par la mise à disposition du public des livres consacrés à l’histoire de la Réunion, que ces livres soient faciles d’accès. Que les médiathèques organisent régulièrement des journées portes ouvertes sur l’histoire pour permettre au public de rencontrer les historiens et de faire le point sur l’avancée des recherches. Par le partage des savoirs acquis par les associations lors de leurs enquêtes de terrain et leurs recherches aux archives sous forme de restitution au public, d’intervention pédagogique dans les écoles ou encore de participation aux programmes de formation des adultes. Par la mise en place, au sein des organismes d’insertion, d’une borne publique qui permettrait aux usagers d’accéder également à des informations sur l’histoire de la Réunion ; cette connaissance procède de leur intégration dans la vie de la cité, en réintroduisant des repères et des références. Par l’installation de kiosques ou de panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire.

panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire. B) Les programmes de recherche historique Il faut
panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire. B) Les programmes de recherche historique Il faut
panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire. B) Les programmes de recherche historique Il faut
panneaux informatifs sur l’histoire des lieux de mémoire. B) Les programmes de recherche historique Il faut

B) Les programmes de recherche historique

Il faut continuer et intensifier les recherches sur place, mais aussi avec une ouverture sur les archives et les ressources des pays d’origine et de transit, comme Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud et d’autres encore. Il est primordial que toute la lumière possible soit faite sur ces questions identitaires fondamentales pour l’épanouissement des descendants.

L’histoire des kartié

L’histoire orale, celle racontée par les habitants des kartié est une source précieuse de la connaissance de l’histoire. Les paroles qui viennent de la kour, du kartié, constituent la mémoire du kartié ; elles contribuent à la connaissance et à la réécriture de l’histoire en s’appuyant sur la mémoire populaire. Ces paroles sur le kartié viennent combler les lacunes des archives, des documents écrits, des romans historiques qui s’appuient sur une histoire souvent officielle, diffusée par les administrations coloniales, les maîtres ou les voyageurs. Or l’histoire des kartié n’est pas qu’une histoire administrative des communes, de la même façon que l’histoire de l’usine n’est pas l’histoire du kartié Fransé. On a trop tendance à confondre l’histoire des propriétaires de l’usine ou des plantations avec celle des ouvriers. L’histoire des possédants, des maîtres, ne doit pas effacer celle des esclaves et des ouvriers qui, elle, reste à faire. C’est la mémoire des kartié qui peut contribuer à reconstituer cette histoire populaire.

C) La recherche généalogique

La reconstitution de l’arbre généalogique ainsi que le géno-sociogramme sont également des sources d’histoire personnelle et familiale non négligeables puisqu’ils permettent de retracer le roman familial et d’inscrire l’individu dans une lignée et dans une transmission intergénérationnelle.

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D)

L’inventaire du patrimoine réunionnais

La collecte du patrimoine

Les collectivités locales, les associations, les personnes peuvent aider au recensement et à la reconstitution du patrimoine réunionnais. La collecte des archives et la compilation des documents historiques viendraient ici compléter l’histoire orale, fournie par les récits de vie et les entretiens effectués avec les personnes des villages et des kartié. Car ces personnes sont souvent une source précieuse d’histoire, notamment concernant la vie du village, du kartié et la mémoire des lieux. Combien de monuments historiques ont pu être ainsi retrouvés grâce à leurs indications. Bien entendu la confirmation du caractère historique de ces objets doit être effectuée dans un laboratoire d’archéologie, une discipline qui doit trouver sa place à l’université de la Réunion qui n’en est toujours pas pourvue.

L’inventaire et le classement des objets et des sites historiques

Tous les sites historiques doivent être répertoriés et classés. Ils doivent être sauvegardés et réhabilités.

Les objets du patrimoine relatifs à l’esclavage, au marronnage, à l’engagisme et à la colonisation doivent être recensés et préservés.

Une information publique sur les objets trouvés dans les différents sites de l’Ile par les associations, les individus ou encore par les institutions chargées de la préservation du patrimoine comme la DRAC, la Région, le Département doit être diffusée dans les plus brefs délais.

Ces objets trouvés lors de la réalisation de chantiers d’aménagement, d’une recherche personnelle ou institutionnelle ou encore dans le cadre de projets mis en œuvre par des associations doivent être recensés, datés et versés au patrimoine commun. Il en est ainsi des ossements trouvés à la caverne Phaonce par l’ONF, à Dimitile par l’association capitaine Dimitile, à Saint-Paul lors du cyclone Firinga. Les objets trouvés à Tapcal par des explorateurs, les objets collectés par le GRAHTER à Salazie lors du colloque sur l’archéologie, les chaînes de la prison Desbassyns à la Rivière-des- Pluies.

Le musée Desbassyns doit être complété par la partie "esclaves", le recensement des esclaves, mais également tous leurs outils de travail, ainsi que les objets de sévices et de contention.

Les sites historiques doivent constituer des sites publics ouverts à tous. Les heures d’ouverture des musées historiques (comme la Prison Desbassyns, les Lazarets, etc.) doivent être rendus publics. En aucun cas, ces sites ne peuvent être la propriété exclusive d'une communauté religieuse. Cependant chaque personne ou composante culturelle et cultuelle est libre de rendre hommage à ses ancêtres à la manière qui lui convient, à condition de respecter le site et de le nettoyer après chaque manifestation

E) Le Parc National de la Réunion

Le Parc national des Hauts doit instruire le dossier du marronnage et de la liberté et réhabiliter ainsi la mémoire des Hauts. Il est de son devoir de contribuer à la sauvegarde des modes de vie et du patrimoine culturel encore en usage dans les cirques et dans les Hauts. A ce propos son rôle est primordial dans le maintien et la valorisation des toponymes anciens issus du marronnage et de l’esclavage, trop souvent occultés par des nouvelles appellations parfois fantaisistes. Le respect des graphies créoles anciennes relève du respect de l’Histoire et demande une collaboration avec les

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spécialistes. Nous attirons aussi l’attention sur le besoin de consigner soigneusement l’histoire culturelle des plantes à travers leurs différents noms et leurs usages traditionnels.

D'autres autorités publiques ont le même devoir à l'égard de certains villages des Bas, telle la Grande-Chaloupe… S’intéresser uniquement au patrimoine végétal, aux plantes endémiques et aux pratiques médicinales, nous paraît être largement insuffisant au vu de l’histoire riche des Hauts de l’Ile, dont la fondation s’appuie sur l’épopée du marronnage et de son pendant, la chasse aux marrons ainsi que de nombreux échanges qui ont eu lieu entre les marrons et les « petits blancs » qui ont fui le système de l’esclavage en s’appropriant une terre dans les Hauts à Cilaos, Salazie ou Mafate.

F) L’archéologie préventive et la recherche archéologique

Tous les sites historiques doivent être répertoriés et faire l’objet d’une étude archéologique, afin que puisse être confirmé leur caractère historique : Cimetière des esclaves, camps de marrons, lieux publics de culte (sapèl malbar, temples catholiques, doany, etc.), camps des engagés, villages traditionnels.

Le classement de ces sites historiques est une des conditions fondamentales de leur préservation. Les projets d’aménagement routier ou urbain doivent respecter ces sites historiques et ces lieux de culte. La population doit être systématiquement consultée avant tout projet d’aménagement qui concerne son environnement immédiat et qui touche à son patrimoine foncier et culturel.

Le chantier de basculement des eaux d’Est en Ouest a créé une saignée dans toute la Réunion : Qu’a t-on trouvé dans ces chantiers concernant le patrimoine réunionnais ? Qu’a t-on pu extraire de ces fouilles ? Car tout le monde le sait, et l’association GRATHER l’a proclamé à maintes reprises :

« la terre peut parler, peut nous apprendre des choses de notre passé à condition qu’on ait la volonté et surtout le courage politique de la faire parler ». Car c’est bien cette découverte extraite de la terre qui nous aidera à nous réconcilier avec notre passé et à constituer notre patrimoine culturel et identitaire.

À ce titre, nous demandons la modification du tracé actuel du tram-train qui expulse les habitants de la Grande-Chaloupe et ceux de la rue Gibert des Molières, deux kartié historiquement constitués, dont le patrimoine architectural et la manière d’habiter doivent être préservés.

La commission d’archéologie préventive doit être expressément mobilisée sur le site des Lazarets afin de reconstituer le plus fidèlement possible l’histoire de la migration et de la quarantaine sanitaire.

Sur ce dernier point, il est aussi important de rappeler l'imbrication étroite des problématiques de l'aménagement du territoire, de la sauvegarde du patrimoine et de la recherche : le terrain renvoie vers les Archives et inversement. Les Archives Départementales de La Réunion permettent de mener ce travail de mémoire. Il est nécessaire d'optimiser cet outil dans sa mission d'accueil du public, dans la perspective où l’on veut reconnecter les réunionnais avec la connaissance de leurs Lieux de Mémoire. Le lecteur se heurte également trop souvent à des problèmes de communicabilité liés à l'état de conservation des documents. Nous demandons au Conseil Général le lancement d'un vrai programme de restauration systématique de tous les fonds (notamment pour les périodiques ou encore pour le fonds cartographique). Cette démarche aura des conséquences importantes sur l'inventaire des sites patrimoniaux dans les kartié et nourrira également la démarche archéologique.

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G) la toponymie

Pour un rééquilibrage immédiat des noms de rues et des places publiques

Trop de rues portent le nom d’anciens esclavagistes ou de personnes ayant fondé le système esclavagiste, tels Jacob de la Haye, Colbert (qui a conçu le Code Noir), le général Decaen (l'auteur du code Decaen), la compagnie des Indes, le nom de Desbassyns dans plusieurs villes de la Réunion, etc.

Nous demandons un rééquilibrage immédiat et une renomination des rues, des espaces et des équipements publics afin d’introduire dans la cité le nom des esclaves, des marrons et des engagés qui ont contribué à la construction de la Réunion. Nous attirons l’attention sur la présence des femmes dans ces groupes, dont les noms doivent ainsi être honorés. De la même façon, les personnalités publiques : militants politiques, syndicalistes, les acteurs culturels qui se sont battus pour la démocratie doivent trouver leur place dans la cité. Nous devons nous référer à nos propres héros de l’histoire de la Réunion en leur attribuant la place qu’ils méritent.

Pour une nouvelle signalétique

Pour cela nous devons procéder à un marquage patrimonial de notre territoire, une signalétique urbaine qui retrace ces lieux historiques, camps et kour, pratiques et monuments qui ont jalonné la vie d’un kartié, d’un village et constitué la ville moderne.

H) L’Institut Réunionnais de l’Histoire et du Patrimoine

Pour toutes ces raisons et pour continuer ce vaste chantier qui nous paraît capital pour le développement social, économique, culturel et humain de la Réunion, la commission Mémoire, Histoire, Patrimoine et Toponymie souhaite que la dynamique enclenchée par le collectif ne s’arrête pas aux Etats généraux, qui nous semblent n'être qu’un moment institutionnel, mais qu'elle continue bien après la clôture des travaux. D’ores et déjà, ce groupe qui est constitué de plusieurs associations qui font depuis de longues années un travail sur l’histoire et le patrimoine s’engage à poursuivre ses réflexions et ses travaux en se dotant d’une structure conforme à son évolution.

Cette structure nommée Institut Réunionnais de l’Histoire et du Patrimoine, composée de responsables associatifs, d’historiens, d’archéologues, de juristes, de sociologues, d’anthropologues et de psychologues doit être un organisme ouvert au public et ayant pour objectif de développer la connaissance sur l’histoire et le patrimoine, de faire valoir les droits des citoyens concernant l’histoire et le patrimoine, et de tout mettre en œuvre pour procéder au recensement et à la sauvegarde du patrimoine réunionnais. Il constitue en son sein un comité de vigilance capable de dénoncer les atteintes à la loi sur le patrimoine, et de mobiliser l’archéologie préventive dans tout type de chantier public.

I) Les servis

Il faut accorder une plus grande attention à la reconnaissance publique de pratiques culturelles et cultuelles qui ont été diabolisées pendant l’esclavage et la colonisation.

Il s’agit notamment des servis zancèt, malgas, kaf, kabaré sous toutes ses formes, confinés dans la sphère privée aujourd’hui encore par défaut. Ils ont servi, au même titre que le maloya, de moyens de lutte pour la liberté et de préservation culturelle durant la période de l’esclavage et de la colonisation. C’est en grande partie à travers eux que l’esclave a pu garder sa dignité et son humanité. Ils ont servi à recréer en captivité une nouvelle forme d’ancestralité, garante de leur survie et de la pratique de la spiritualité. Si la pression des grandes religions « officielles » n’a pas

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réussi à les faire disparaître, c’est que les servis ont joué et continuent à jouer un rôle vital dans la spiritualité de nombreux Réunionnais. Pourquoi ne pas les aider à vivre cette spiritualité sans suspicion d’obscurantisme, sans complexe et en pleine lumière ?

On peut toujours arguer de la liberté de culte et d’opinion effective dans notre société moderne, et qu’il ne tient qu’aux pratiquants de faire ce qu’ils veulent. C’est tout à fait vrai en théorie, sauf qu’au moment par exemple où se bâtissaient les églises et les mosquées, ces personnes, des Malgaches et des Africains pour les nommer, n’étaient pas vraiment en position de faire quoique ce soit. Au moment où les engagés indiens arrivaient, ils pouvaient parfois construire des chapelles, leur contrat stipulant le respect de leur culture et de leur religion, ce qui ne fut pas le cas des engagés malgaches et africains. Ces derniers n’ont toujours pas la possibilité de disposer de lieux souvent publics au départ, devenus privés par la suite, de lieux de cultes. Aujourd’hui encore où sont les chapelles, les sanctuaires malgaches et africains accessibles à tous ? D’aucuns osent même dire que l’essence de cette religion, le culte des ancêtres ne se prête pas à une célébration publique ! Qu’en est-il alors des servis qui regroupent parfois jusqu’à 150 personnes et plus chez les gramouns connus ? Qu’en est-il des grands sanctuaires publics des pays d’origine ?

Effectivement il y a une forme privée comme dans toute religion : de la même manière que l'édifice cultuel public, si prestigieux soit-il, église, chapelle ou mosquée, n’a jamais empêché les familles de consacrer un petit espace dans la maison ou dans un coin de cour à un autel familial, le servis familial ne doit pas empêcher un lieu de célébration publique, comme c’est le cas à Madagascar ou en Afrique.

La mise à disposition de lieux qui seront laissés à la discrétion des groupes de servis est un geste fort de reconnaissance et de respect de leur identité religieuse profonde. C’est à eux de dire ce qu’ils veulent en faire. Peut-être dans un premier temps s’agira-t-il simplement de se connaître, de se rencontrer, de se reconnaître. Il n’est pas évident de sortir des 4 siècles de fénoir et de méfiance d’une religion minorée et dévalorisée, pour pratiquer au grand jour avec aisance. Mais le temps est venu de dépasser les clichés esclavagistes et coloniaux qui perdurent à l’endroit de la religion des Noirs.

Il faut, pour un traitement équitable de toutes les religions et sensibilités, que les collectivités et les communes leur accordent un espace dans la sphère publique pour permettre la reconnaissance et le partage avec tous les Réunionnais. Ce petit coup de pouce à l’égard de groupes qui se sentent encore parfois les laissés pour compte de la société réunionnaise sera apprécié comme un geste de réparation et d’encouragement à devenir de véritables acteurs de développement, pour eux-mêmes et pour la Réunion.

Propositions :

• Chercher, répertorier des lieux susceptibles de servir à la fonction de ronds de services et mettre à disposition des groupes adeptes un lieu digne, par exemple : une ancienne usine, ou une ancienne maison de maître, que les collectivités et la municipalité du lieu aident à aménager. Autre exemple : un espace naturel qui sera réservé, ou dans une nouvelle zone aménagée. Ceci est valable pour les grandes régions de l’île : Nord, Est, Ouest, Sud, avec une répartition Hauts et littoral, ce qui donne dans le meilleur des cas 8 espaces réservés pour commencer. • Aide et soutien matériel et financier dans un premier temps pour aménager les lieux. La séparation de l’église et de l’état n’a jamais empêché par exemple, le financement d’une restauration d’un édifice cultuel important, ou d’une grande fête aux confins de la culture et de la religion quand on veut bien. Alors quand il s’agit d’agir au bénéfice de la paix sociale et de l’équilibre entre les groupes, tous les efforts sont nécessaires.

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COMMISSION LANGUE

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Synthèse

COMMISSION LANGUE

Du fait de l’absence de politique publique et faute d’un statut légal, les langues régionales sont particulièrement menacées dans leur transmission et leur développement. Sur le plan institutionnel, l’absence de politique de valorisation de notre langue créole ne permet pas d’instaurer un bilinguisme heureux à La Réunion. Peu de mesures sont prises en sa faveur, ce qui se manifeste par une sous-exploitation de la compétence bilingue réunionnaise.

• Pour ces raisons KILTIR PARTOU demande :

- La ratification par la France de la Charte Européenne des langues minoritaires (avec la modification qui s’impose au niveau de la constitution).

- Le vote d’une loi donnant un véritable statut aux langues régionales de France qui devrait reprendre les éléments suivants :

• Médias

- une plus grande diffusion d’émissions en créole, et plus particulièrement la création d’un

espace spécifique pour la valorisation et la diffusion de notre langue créole sur RFO, télévision publique, aux heures de grande écoute (19h-21h), notamment (mais pas exclusivement) par la diffusion d’un journal télévisé en créole dans cette tranche horaire;

- la création d’un service public complet de radio et de télévision émettant dans notre langue

créole.

Nous demandons une aide spécifique accrue pour les opérateurs privés (radios associatives, télévisions, presse, nouveaux médias) qui œuvrent à la diffusion de notre langue créole.

• Création et le développement de la culture

Le soutien à la création dans notre langue régionale constitue une politique spécifique en faveur de l’édition, du théâtre, du spectacle vivant en général, du cinéma et de la musique. La population doit pouvoir découvrir notre culture souvent occultée.

• Enseignement

Il faut que chacun puisse choisir, s’il le souhaite, un enseignement sous des formes diverses :

- Un enseignement bilingue à parité horaire.

- Un enseignement en immersion.

- Un enseignement spécifique en direction des adultes, y compris dans le cadre de la formation professionnelle publique et privée. Les apports de notre langue et culture doivent être intégrés au socle commun de connaissances. Il s’agit d’une politique d’offre généralisée de la maternelle à l’université, ainsi que dans la formation permanente.

• Vie publique

Notre langue créole doit être présente dans la vie publique et sociale. Nos demandes s’adressent à l’Etat et aux collectivités territoriales (Communes, Communautés de Communes, Département, Région).

• Plus spécifiquement en ce qui concerne la langue réunionnaise, 2 mesures structurelles importantes doivent être prises :

- La signature d’une charte par l’Etat et les collectivités locales en faveur de la promotion et du respect du bilinguisme créole/français.

- La pérennisation et le développement d’un outil au service du réunionnais (langue

créole de La Réunion), outil qui pourrait être Lofis la lang kréol La Rénion et/ou un pôle régional pour la valorisation et la promotion de la langue régionale.

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Analyses et propositions de la Commission Langue

La préservation de la diversité linguistique et culturelle est un enjeu majeur pour l’humanité. Du fait de l’absence de politique publique, et faute d’un statut légal, les langues régionales sont particulièrement menacées dans leur transmission et leur développement.

Depuis plus de trente ans, les organismes internationaux et européens (Parlement européen, Conseil de l’Europe, Conférences sur la sécurité et la coopération en Europe, Nations unies, UNESCO) n’ont cessé de rappeler l’importance des langues dans le patrimoine de l’humanité et d’inciter les Etats à prendre des mesures efficaces pour assurer leur défense et leur développement, spécialement en ce qui concerne les langues régionales ou minoritaires.

Paradoxalement, la France « Pays des droits de l’Homme », mène depuis trop longtemps, une politique linguistique négative envers les langues autres que le français, présentes sur son territoire. Aujourd’hui encore, elle refuse de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (1992), elle détourne de son objectif l’article 2 de la Constitution (1992) pour l’utiliser contre les langues régionales.

À La Réunion, le réunionnais (langue créole de La Réunion) demeure le mode d’expression habituel de la très grande majorité de la population et de plus elle reflète l’affirmation forte de l’identité réunionnaise. Bien que conscients de l’importance de la langue française pour leur île et pour eux-mêmes, les Réunionnais sont fiers de leur langue créole : 87% des Réunionnais pensent qu’il est important que leurs enfants parlent créole plus tard (sondage Ipsos-Région), mais en même temps sous l’influence de l’école unilingue française, des médias… le réunionnais se perd d’année en année.

Sur le plan institutionnel, l’absence de politique de valorisation de notre langue créole ne permet pas d’instaurer un bilinguisme heureux à La Réunion. Peu de mesures sont prises en sa faveur, ce qui se manifeste par une sous-exploitation de la compétence bilingue réunionnaise. L’importance du réunionnais, langue maternelle de la communauté, n’est pas prise à sa juste mesure par les autorités, ce qui rend largement inefficaces les politiques publiques (lutte contre l’illettrisme, contre l’échec scolaire…) et conduit à un gaspillage de l’argent public.

Cela dit, la plupart des problèmes rencontrés pour la reconnaissance des autres langues minoritaires ou régionales de France se posent aussi pour le réunionnais et en pleine conformité avec les textes internationaux et européens nous pensons que :

-

Dès lors qu’elles servent de moyen d’expression à des êtres humains, les langues sont

égales ;

-

La valeur de toutes les langues est identique de même que la dignité des personnes qui les

parlent ;

-

Elles ont toutes, en soi, les mêmes capacités de développement ;

- Tous les locuteurs doivent être traités à égalité, avec le droit de recevoir et de transmettre, d’utiliser et de développer leur langue tant dans le domaine privé que dans le domaine public.

Pour ces raisons KILTIR PARTOU demande :

- La ratification par la France de la Charte Européenne des langues minoritaires (avec la modification qui s’impose au niveau de la constitution).

- Le vote d’une loi donnant un véritable statut aux langues régionales de France.

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Cette loi donnant un statut légal à toutes les langues régionales sera forcément applicable au réunionnais. De plus cette loi doit reconnaître le réunionnais

1. Comme langue à part entière, à côté des autres créoles ;

2. Comme langue au minimum co-maternelle des Réunionnais ;

3. Comme langue partenaire du français dans la vie publique et dans l’enseignement.

Ce cadre juridique étant posé, nos revendications sont les suivantes :

• Médias Nous voulons :

- une plus grande diffusion d’émissions en créole, et plus particulièrement la création d’un

espace spécifique pour la valorisation et la diffusion de notre langue créole sur RFO, télévision publique, aux heures de grande écoute (19h-21h), notamment (mais pas exclusivement) par la diffusion d’un journal télévisé en créole dans cette tranche horaire;

- la création d’un service public complet de radio et de télévision émettant dans notre langue

créole.

Nous demandons une aide spécifique accrue pour les opérateurs privés (radios associatives, télévisions, presse, nouveaux médias) qui œuvrent à la diffusion de notre langue créole.

Création culturelle et développement de la culture

Le soutien à la création dans notre langue régionale constitue une politique spécifique en faveur de l’édition, du théâtre, du spectacle vivant en général, du cinéma et de la musique. La population doit pouvoir découvrir notre culture souvent occultée.

Enseignement

Il faut que chacun puisse choisir, s’il le souhaite, un enseignement sous des formes diverses :

- Un enseignement bilingue à parité horaire.

- Un enseignement en immersion.

- Un enseignement spécifique en direction des adultes, y compris dans le cadre de la formation professionnelle publique et privée. Les apports de notre langue et culture doivent être intégrés au socle commun de connaissances. Il s’agit d’une politique d’offre généralisée de la maternelle à l’université, ainsi que dans la formation permanente.

Vie publique

Notre langue créole doit être présente dans la vie publique et sociale. Par exemple :

- Par le respect de la toponymie et la mise en place de la signalisation bilingue.

- Par l’encouragement à l’utilisation de la langue dans les lieux publics et dans la vie sociale (activités périscolaires, petite enfance…)

Ces mesures ont pour seul but de permettre à notre langue créole de vivre et à ceux qui le désirent de l’utiliser. Elles devront être dotées des moyens humains et financiers propres à ce dessein. Elles seront un encouragement à la transmission familiale de notre langue.

Nos demandes s’adressent à l’Etat et aux collectivités territoriales (Communes, Communautés de Communes, Département, Région). Chaque niveau des institutions doit prendre en charge ce qui relève de ses attributions.

Il appartient à l’Etat d’adapter sa législation en conséquence (adaptation de la Constitution, loi spécifique, co-officialité de notre langue créole à la Réunion…)

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• Plus spécifiquement en ce qui concerne la langue réunionnaise, 2 mesures structurelles importantes doivent être prises :

- La signature d’une charte par l’Etat et les collectivités locales en faveur de la promotion et du respect du bilinguisme créole/français.

- La pérennisation et le développement d’un outil au service du réunionnais (langue

créole de La Réunion), outil qui pourrait être Lofis la lang kréol La Rénion et/ou un pôle

régional pour la valorisation et la promotion de la langue régionale.

Lofis la lang kréol est un organisme au service de l’ensemble de la population et de ses représentants. Malgré la somme de travail importante investie par Lofis depuis sa création, la configuration actuelle de cette association loi 1901 ne permet pas d’engager, à la mesure des besoins (équipement, information, recherche, …), une politique linguistique d’envergure en faveur de la langue créole de La Réunion. Pour qu’il puisse devenir une instance démocratique au service effectif de la population réunionnaise et de la langue créole, Lofis la lang kréol La Rénion (ou un pôle régional similaire pour la valorisation et la promotion de la langue régionale) doit bénéficier de moyens importants, stables, d’une assise solide, permettant à cette structure de travailler efficacement en faveur du bilinguisme créole/français réunionnais.

Dans ce but, KILTIR PARTOU demande :

a) une reconnaissance d’utilité publique pour Lofis et/ou la création d’un pôle régional

pour la valorisation et la promotion de la langue régionale;

b) une réelle implication de tous les pouvoirs publics, s'engageant à reconnaître et soutenir le

travail des structures agréées, notamment par une intégration active dans leurs conseils d’administration et un financement significatif de leurs actions, leurs procurant ainsi les moyens nécessaires à leur fonctionnement. Cette contribution pourrait prendre la forme d’un financement annuel à hauteur minimum de 1 euro/habitant/an à répartir entre l’Etat, la Région, le Département et les mairies (en fonction du nombre de citoyens).

KILTIR PARTOU demande que l’engagement des financeurs se concrétise par la signature de conventions appropriées.

se concrétise par la signature de conventions appropriées. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON

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COMMISSION EDUCATION

UNE ECOLE REUNIONNAISE :

Une école ouverte sur le monde

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 27 •

Synthèse

Une véritable école de la réussite : une école réunionnaise

L’article 29 de la convention internationale des droits de l’enfant (ONU) précise qu’un Etat doit « […] favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités » et « inculquer à l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ».

À la Réunion, l’enseignement s’est toujours fait en français. L’élève réunionnais est très peu au centre de l’action pédagogique, car il y a une très faible prise en compte de sa langue, de sa culture et de son identité au sein de l’école. Pourtant la langue créole est le mode d’expression de la majeure partie de la population et l’affirmation forte de l’identité réunionnaise. On en arrive alors à un conflit d’appartenance entre la culture de l’école, trop éloignée de celle de l’enfant, et la culture réunionnaise. La politique éducative actuelle maintient ainsi un grand nombre d’enfants réunionnais en situation d’échec scolaire et elle ne contribue pas assez à leur épanouissement.

Il faut donc trouver les solutions qui permettent de dépasser ces conflits désastreux. C’est pourquoi il faut changer de cap, donner clairement et hautement de nouvelles finalités à l’école à La Réunion pour que les Réunionnais puissent véritablement se l'approprier et qu’elle devienne l’outil de leur épanouissement.

Nous devons donc repenser l’école pour une meilleure adaptation à l’enfant réunionnais.

Une école avec pour objectifs de :

Faire que l’enfant réunionnais maîtrise ses deux langues, créole et français dans la paix linguistique.

Faire des enfants réunionnais des citoyens de demain, tolérants, responsables, fiers d’être eux-mêmes, conscients de leur histoire, du patrimoine qui les entoure et qu’ils portent en eux.

Faire des jeunes réunionnais des êtres de culture, conscients aussi bien de leur culture réunionnaise que de la culture française et autant que faire se peut des cultures ancestrales, des cultures voisines et de celles du monde.

Conduire l’immense majorité des enfants réunionnais à la réussite scolaire, à la réussite dans la vie, dans le respect de leur identité, afin de construire le Réunionnais d’aujourd’hui et de demain en harmonie avec son histoire et son environnement.

KILTIR PARTOU exige une école :

qui sache prendre en compte notre unité dans sa diversité ; qui cultive notre unité dans le respect de la diversité ; qui soit tolérante.

KILTIR PARTOU exige une école ouverte sur l’individu et le monde :

une véritable Ecole Réunionnaise.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 28 •

Analyse et revendications de la Commission Éducation

• Notre analyse

L’article 29 de la convention internationale des droits de l’enfant (ONU) précise qu’un Etat doit « […] favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités » et « inculquer à l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ».

À la Réunion, depuis le début de la mise en place du système éducatif, l’enseignement a toujours été prodigué en français, depuis la maternelle jusqu’à l’université. Pourtant la très grande majorité des enfants réunionnais ont toujours eu et ont encore aujourd’hui le créole réunionnais pour langue maternelle, une langue d’affection, de communication, de réflexion et d’imagination avec ses structures et son lexique bien spécifiques. Une partie plus minoritaire possède le français comme langue maternelle. La langue créole est donc le mode d’expression normal de la majeure partie de la population et surtout plus qu’une langue, elle représente l’affirmation forte de l’identité réunionnaise.

Malheureusement l’élève réunionnais est très peu au centre de l’action pédagogique, car il y a une très faible prise en considération de sa langue, de sa culture et de son identité au sein de l’école. De cette situation résultent de nombreux conflits d’affiliation entre cultures en rivalités. La culture scolaire s’impose comme celle du plus fort et le rapport au savoir en est complètement perverti, provoquant échec, dénis, clivages et aliénations de toutes sortes. On en arrive alors à un conflit d’appartenances entre une école singulière (se voulant universelle mais restant fermée à notre identité) et la famille créole (langue maternelle, entourage de référence, ancestralité).

Cet aspect a été analysé depuis longtemps, mais rien n’a bougé parce qu’il y a un autre problème à démêler simultanément, celui d’un conflit de citoyennetés entre la République et le pays tel que l’histoire nous l’a légué. Les partisans d’une république mono-culturelle continuent à imposer leurs conceptions et à justifier les entreprises d’assimilation dans l’académie. Pour eux l’histoire se réduit à l’histoire coloniale et le créole n’est pas une culture digne de l’enseignement scolaire, alors qu’il s’agit pour nous de notre essence même. Pour sortir de l’impasse, il faut dépasser les oppositions.

La politique éducative actuelle maintient un très grand nombre de Réunionnais dans un bilinguisme soustractif. En maintenant une didactique et une pédagogie faites pour un enfant unilingue francophone, elle nous présente l’élève comme étant en difficulté scolaire alors que toute une partie de ses compétences n’est pas évaluée et valorisée. Aussi, la question du créole à l’école ne doit pas se poser en termes de langue régionale comme dans les autres régions de l’hexagone, car ce dispositif ne considère pas à sa juste mesure notre contexte sociolinguistique.

Cet état de fait se concrétise par la faiblesse des résultats obtenus selon divers indicateurs d’évaluation : illettrisme entre 13 et 20% à La Réunion contre 5% dans l’hexagone, évaluation toujours en dessous de la moyenne nationale, qualification insuffisante en fin de cursus… Plus que dans l’hexagone, l’école de la république, dès le départ n'accorde pas une égalité des droits à tous les élèves réunionnais. Pire, tous les élèves, même ceux qui parviennent à réussir à l’école, ne tirent pas pleinement profit d’un bilinguisme additif.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 29 •

Pour toutes ces raisons, on ne peut se contenter des seules remédiations pédagogiques. Il faut trouver les solutions qui permettent de dépasser ces conflits désastreux. C’est pourquoi il faut changer de cap, donner clairement et hautement de nouvelles finalités à l’école à La Réunion pour que les Réunionnais puissent véritablement se l'approprier et qu’elle devienne l’outil de leur épanouissement.

Nous devons donc repenser l’école pour qu’elle soit véritablement une Ecole Réunionnaise. Une école avec comme objectifs de :

Faire que l’enfant réunionnais maîtrise ses deux langues, créole et français dans la paix linguistique.

Faire des enfants réunionnais des citoyens de demain, tolérants, responsables, fiers d’être eux-mêmes.

Faire des jeunes réunionnais des êtres de culture, conscients aussi bien de leur culture réunionnaise que de la culture française et, autant que faire se peut, des cultures ancestrales, des cultures voisines et de celles du monde.

Conduire l'immense majorité des enfants réunionnais à la réussite scolaire, à la réussite dans la vie, dans le respect de leur identité, afin de construire le Réunionnais d’aujourd’hui et de demain en harmonie avec son histoire et son environnement.

Nous devons donc repenser l’école pour une meilleure adaptation à l’enfant réunionnais. La politique éducative que nous avons dénoncée et qui a échoué à faire réussir le plus grand nombre, n’a jamais été discutée, et encore moins votée, mais nous a été imposée par une technostructure trop éloignée des réalités locales.

C’est pourquoi il faut permettre qu’un large débat soit mené sur l’école que nous voulons et dont nous avons besoin. Il faut ainsi créer les conditions pour qu’un nouveau partenariat démocratique s’instaure et pour cela aborder franchement tous les points de friction et qui restent en souffrance comme autant d’abcès : Orientations, ressources humaines, calendrier scolaire…

Une nouvelle politique éducative doit donc émerger en adéquation avec les attentes de tous les acteurs.

• Nos revendications

Pour arriver à ce but, à ces objectifs, il faut mettre les enfants réunionnais au centre du système scolaire, et tout d’abord partir de ce que les enfants réunionnais sont. S’il est vrai que tous les enfants de la Réunion ne sont pas bâtis sur le même modèle, ils ont, pour la majorité d’entre eux, énormément de points communs. Une culture commune, une culture réunionnaise, unique, même si elle est multiforme, avec :

- une langue commune, le créole réunionnais,

- un patrimoine matériel et immatériel commun : l’histoire de la Réunion dont nous sommes tous issus.

- Le système scolaire devra donc permettre à l’enfant d’inscrire son île dans son histoire, et de s’inscrire lui-même dans la culture et dans la langue de ses parents, de ses ancêtres. Il faudra donc partir de la culture réunionnaise dans sa diversité pour accéder à la culture française et aux cultures du monde. L’école devra aussi prendre en compte l’inégalité des enfants face aux deux langues principales de la Réunion. Pour cela le collectif KILTIR PARTOU demande la mise en place d’une politique éducative visant le bilinguisme équilibré et additif. Un tel bilinguisme, en développant dès le plus jeune âge une réflexion sur les langues pratiquées par l’élève (compétences métalinguistiques) est favorable et plus efficace pour leur apprentissage et pour le développement de l’enfant.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 30 •

Tout d’abord, KILITIR PARTOU demande :

Une reconnaissance officielle et affirmée du réunionnais (la langue créole de La Réunion) comme langue à part entière, co-maternelle au minimum d’une large majorité des élèves, et en même temps langue régionale.

Un pouvoir décisionnel local en matière de programmes scolaires, d’orientation, d’éducation…(conseil académique/ initiatives locales…)

L'inscription de la prise en compte réelle de l’identité, de la langue, de la culture, de l’histoire réunionnaises comme une des priorités du projet stratégique académique.

Un changement du mode de gestion de l’académie. Stabilité des responsables, transparence et communication en direction du public, évaluation de l’efficacité de la politique académique, par exemple :

- en arrêtant les changements trop fréquents de recteurs,

- en appliquant un respect et une continuité des plans en faveur du bilinguisme, de la langue et de la culture réunionnaise afin de trouver une stabilité dans nos directives éducatives…

La mise en place d’un calendrier climatique.

La signature d’une convention Etat-Région.

La mise en place (depuis la maternelle) d’une didactique et d’une pédagogie de l’enseignement en général, et du français en particulier, intégrant le contexte plurilingue réunionnais.

La création d’outils adaptés à l’environnement de l’élève réunionnais.

Pour favoriser le bilinguisme additif et équilibré à La Réunion, KILTIR PARTOU demande :

- Une promotion et un développement (aussi bien dans le premier et le second degré) de l’enseignement bilingue créole/français permettant à l’ensemble des élèves de tirer profit des avantages découlant d’un bilinguisme additif. Cette promotion pourra se faire par le biais d’une campagne d’information positive sur les bienfaits du bilinguisme en général, et du bilinguisme créole/français en particulier. Une simplification des démarches administratives pour l’ouverture des classes bilingues.

- Le choix pour les parents d’inscrire leur enfant dans un cursus bilingue.

- La création de postes fléchés pour l’enseignement bilingue de la maternelle au lycée.

- La création d'au moins une école bilingue par ville.

- La continuité de l’enseignement bilingue de la maternelle au lycée.

Pour transmettre la culture réunionnaise et l’ouvrir sur le monde, KILTIR PARTOU demande :

La mise en place d’un enseignement de l’histoire et de la géographie régionales permettant de connaître les origines et les créolisations.

L’enseignement de la littérature réunionnaise dans toutes ses formes d’expression (orale et écrite, française ou créole).

La connaissance du milieu naturel et de son écologie.

La valorisation du patrimoine matériel et immatériel (« ce que nous avons construit ensemble »).

La découverte des pratiques et des croyances pour permettre une meilleure compréhension des différences.

L’initiation aux expressions artistiques réunionnaises.

L’initiation aux cultures ancestrales.

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Pour faire vivre la citoyenneté, resserrer le tissu social et préparer la société de demain, KILTIR PARTOU demande :

Que des actions de koudmin, puissent être menées à l’extérieur de l’école où elles auront été jugées nécessaires.

Qu’inversement les établissements puissent faire appel à un lantouraz pour réaliser des projets pédagogiques.

Que l’esprit de partage soit remis à l’honneur par des jumelages ou d’autres partenariats innovants (par exemple avec le troisième âge, avec les pays de la région…)

Que la fête, comme moyen de construire une convivialité et de combattre les difficultés du moment, soit utilisée pour promouvoir des actions éducatives ou pour défendre des projets citoyens.

Que l’accueil, qui est une grande tradition insulaire, devienne un moyen de communiquer entre jeunes de différents pays.

Que le respect ne reste pas confiné aux cercles étroits du sacré mais que les jeunes apprennent à reconnaître des lieux de création ou de mémoire.

Que les échanges de toutes sortes soient favorisés avec les pays voisins

Que la participation des associations soit développée à tous les niveaux en instaurant un label d’utilité régionale qui couvrirait toutes les actions publiques (grossesses précoces, violences intrafamiliales, addictions, moustiques, sécurité routière, mobilité, racisme, maladies…)

Qu’un poste d’Inspecteur Pédagogique Régional à la Vie Régionale soit créé, qui aurait pour tâches de suivre les décisions, de participer aux projets d’établissements et d’encourager les partenariats.

KILTIR PARTOU demande aussi la pérennisation des dispositifs actuels, c’est-à-dire :

- Un enseignement réel de l’histoire, la géographie et la littérature (d’expressions française et créole) de La Réunion à l’école primaire, au collège et au lycée;

- La reconnaissance franche et la valorisation de l’enseignement de la Langue Vivante Régionale,

de la matière en elle-même, des élèves ayant suivi cet enseignement, des enseignants prodiguant cet

enseignement.

- La création de postes fléchés pour l’enseignement de la LVR dans toutes les écoles élémentaires au même titre que les langues européennes.

- L’inscription claire des établissements prodiguant un enseignement de la Langue Vivante Régionale dans les revues de l’ONISEP.

- L’ouverture des options LVR chaque fois que la demande des familles est recueillie.

- L’inscription dans la durée de l’enseignement de la LVR dans le second degré par la création de postes fléchés.

- L’inscription claire de la Langue Vivante Régionale dans le dispositif académique des langues vivantes avec ligne budgétaire spécifique.

- La mise en place de filières entières (continuité des apprentissages) du primaire au lycée pour l’enseignement de la LVR.

- La possibilité de choisir la LVR en tant que LV2 ou en option au collège.

- La possibilité de choisir la LVR en tant que LV1, LV2, LV3 ou en option au lycée.

- La création à l'Université de La Réunion d’un institut des Sciences humaines, avec des

départements Philosophie, Sociologie, Psychologie, Anthropologie et Science Politique.

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En ce qui concerne le recrutement, KILTIR PARTOU demande :

- Au concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles :

o la mise en place d’une épreuve obligatoire en créole avec si possible un coefficient (à déterminer) (pour le moment cette épreuve existe, mais c’est une épreuve facultative) ;

o l’ouverture d’un minimum de 30 postes par an au Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles Spécialisés en créole. - L’habilitation des enseignants du secondaire désirant utiliser le créole comme langue d’enseignement en dehors de l’enseignement de la LVR.

- Que l'Education Nationale assure que les enseignants affectés en maternelle comprennent la

langue créole, langue maternelle des enfants réunionnais. Elle se doit donc de prendre toutes les

mesures nécessaires pour que ce principe soit respecté.

- L’attribution d’un poste fixe aux enseignants titulaires du CAPES créole avec ligne budgétaire équivalente à celle des autres matières et un nombre d’heures minimum de moitié du temps de service dans la valence créole.

- L’habilitation des Professeurs des Lycées Professionnels volontaires pour l’enseignement de la LVR (l’enseignement de la LVR ne concerne actuellement que les professeurs titulaires d’un CAPES).

- Pour le CAPES Créole (s) : Création de 4 CAPES créoles correspondant aux 4 DOM.

- Une augmentation forte des postes ouverts au CAPES Créole réunionnais.

En ce qui concerne la formation, KILTIR PARTOU demande :

- Une formation ambitieuse (visant à atteindre au minimum le niveau A2 voire B1 du Cadre Européen des Langues) obligatoire sur le créole réunionnais, dans la formation initiale des enseignants formés à La Réunion et des enseignants arrivants à La Réunion.

- Une formation initiale et continue ambitieuse sur le bilinguisme, l’enfant bilingue, l’enseignement bilingue.

- Un département créole d’envergure à l’université de La Réunion.

- Des formateurs qualifiés et compétents dans le domaine de la langue et culture créoles.

- Qu’un poste de conseiller pédagogique départemental en langue régionale soit créé dans le

1 er et aussi dans le 2 nd degré.

dans le 1 e r et aussi dans le 2 n d degré. KILTIR PARTOU exige

KILTIR PARTOU exige une école :

qui sache prendre en compte notre unité dans sa diversité ; qui cultive notre unité dans le respect de la diversité ; qui soit tolérante.

KILTIR PARTOU exige une école ouverte sur le monde :

une véritable école réunionnaise

ouverte sur le monde : une véritable école réunionnaise KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA

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KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 34 •

ANNEXE 1

L’IMPORTANCE CAPITALE DE LA RECONNAISSANCE DU RÉUNIONNAIS COMME LANGUE À PART ENTIÈRE, MATERNELLE (OU CO-MATERNELLE) DES RÉUNIONNAIS.

Jeudi 11 juin 2009 a eu lieu la dernière réunion du groupe chargé de l'élaboration des compléments au programme académique provisoire de LCR (Langue et Culture Réunionnaises) de l’école élémentaire à la terminale. Ce groupe a commencé ses travaux en septembre 2007, ce qui a abouti à un programme académique de l'option LCR présenté à la rentrée 2008, signé du recteur Canioni, et valable pour deux ans (2008-2009 et 2009-2010). Ce programme provisoire devait être revu à la fin de cette période. Ce jour-là (11 juin), la coordonnatrice de ce groupe de travail, a annoncé sa clôture : un programme ministériel devant être établi.

Renseignements pris,

1. Ce programme sera un programme de créole (au singulier) ;

2. Les niveaux à atteindre seront le niveau A1 du cadre commun des compétences

européennes à la fin de l’élémentaire et le niveau A2, à la fin du collège.

Ce projet est extrêmement dangereux pour l’enseignement de la Langue et de la Culture Réunionnaises.

Tout d’abord, ce singulier à «créole», le fait que le créole réunionnais continue d’être considéré comme une variante de “La Langue Créole” est une aberration sur le plan scientifique, tous les linguistes le disent - de Robert Chaudenson à Marie-Christine Hazaël-Massieux, en passant par Lambert-Félix Prudent, et les autres. Les créoles atlantiques et le nôtre ont pris naissance en des lieux séparés par un continent et (presque) deux océans. Entre deux créolophones unilingues de ces deux régions la communication est complètement impossible. Mais surtout, ce singulier à créole empêche la mise au point d’un programme propre à notre langue et à notre culture régionales, adapté à nos besoins.

D’autre part, les niveaux exigés sont proprement scandaleux : à la fin du collège, (nous reprenons ici les termes même du cadre européen commun de référence) l’élève pourra :

« … Comprendre des phrases isolées et des expressions fréquemment utilisées en relation avec des domaines immédiats de priorité (par exemple, informations personnelles et familiales simples, achats, environnement proche, travail). [Il pourra ] communiquer lors de tâches simples et habituelles ne demandant qu'un échange d'informations simple et direct sur des sujets familiers et habituels. [Il pourra ] décrire avec des moyens simples sa formation, son environnement immédiat et évoquer des sujets qui correspondent à des besoins immédiats. »

À 15 ans passés, et 6 ans de LCR (cet enseignement commence au CE1, il n’existe pas en sixième et cinquième), le jeune Réunionnais aura appris à donner des informations simples sur sa famille et à faire des achats en créole, ce qu’ils font quasiment tous aujourd’hui en CP ! Quel jeune Réunionnais créolophone (ils le sont presque tous) voudra encore suivre des cours de langue et culture réunionnaises ?

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 35 •

Pour ces raisons, il est important

1 • De REJETER l’absurdité que représente ce programme de créole (au singulier), qui serait enseigné comme étant une langue étrangère.

2 • QUE LE CREOLE REUNIONNAIS (LE REUNIONNAIS) SOIT RECONNU COMME LANGUE AYANT SES SPECIFICITES PROPRES, CO- MATERNELLE (AU MINIMUM) DES REUNIONNNAIS.

3 • Qu’un CAPES de réunionnais soit enfin créé.

4 • Que le programme académique provisoire devienne le programme pour les 5 ans à venir de la Langue et Culture Réunionnaises.

les 5 ans à venir de la Langue et Culture Réunionnaises. KILTIR PARTOU - juillet 2009

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ANNEXE 2

PROPOSITION POUR L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE REGIONALE AU COLLEGE

À La Réunion, l’enseignement de l’histoire laisse à désirer. Beaucoup de parents et d’anciens élèves se plaignent d’un manque de connaissance de leur histoire au sortir de l’école. On ne cesse de s’étonner, chez les Réunionnais d’une façon générale, de l’absence de repères aussi bien dans le temps que dans l’espace. Or on demande aux jeunes générations de fournir un grand effort d’adaptation aux changements jugés nécessaires, que ce soit en les incitant à la mobilité ou en les persuadant de modifier de façon notable leur mode de vie dans leur île. Sans une pleine et entière confiance en eux-mêmes, sans une identité bien assurée, ces changements sont hors de portée.

En 2001 il a été procédé à une adaptation des programmes scolaires pour les classes de 4 e et

3 e . Jusqu’à aujourd’hui, on n'a jamais évalué ces réformes. Mais il se trouve qu’on a introduit une

certaine confusion dans l’esprit des collégiens entre l’histoire réunionnaise et l’histoire générale et notamment celle de la France. En effet, ces adaptations sont nichées à l’intérieur d’une progression notoirement centrée sur l’Europe et il est difficile de trouver une logique entre les différents chapitres.

C’est pour essayer de remédier à ces défauts et pour fournir à tous les élèves un étayage identitaire propre à leur construction personnelle que cette proposition a été pensée. Tout programme est le fruit d’un compromis. Nous avons choisi de ne pas limiter l’histoire régionale aux seules frontières de l’île. La progression commence par le contact avec les différents ancêtres. Ce n’est qu’ensuite qu’on voit se mettre en place les échanges qui conduisent au peuplement de l’île, là où va se jouer le drame de l’esclavage / colonisation avant que se cherchent les abolitions / décolonisations.

Cette chronologie est parallèle à celle qui a été établie par ailleurs. Chaque collégien suivrait ainsi deux classes d’histoire ce qui devrait le conduire à une meilleure appréhension du temps et des héritages.

Cet enseignement de l’histoire régionale retiendrait une heure de l’emploi du temps et serait soumis à habilitation pour les professeurs. L’ambition d’ancrer davantage sur cette terre sans pour autant l'isoler est la réponse aux craintes de divisions que nous avons pu entendre. Elle devrait pouvoir être soumise à concertation et être régulièrement évaluée.

CLASSE DE 6°

On étudie les Antiquités qui ont toutes en commun d’appartenir à tout le monde tout en servant de références culturelles encore aujourd’hui. Ces mondes sont tous « perdus » ce qui est le propre de la condition historique et ce qui rend nécessaire l’étude de l’histoire. Il s’agit tout au long de l’année de réfléchir sur l’ancestralité et sur les héritages.

L’accent n’est pas mis sur la chronologie mais sur la connaissance des civilisations. Si l’élève ne voit pas tout de suite « l’histoire en marche » sur son île, il se retrouve au centre de l’Océan Indien et peut découvrir toute la richesse de cette situation en découvrant :

l’Egypte - la Mésopotamie - l’Inde - la Chine

le Monde Hellénistique avec les contacts de civilisations, les périples et les échanges.

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CLASSE DE 5°

On étudie le Moyen Age dans l’Océan Indien. L’Océan a deux rives en contacts saisonniers selon l’alternance des moussons. Les échanges se dilatent et deviennent plus réguliers, ils mettent en relation des empires, des royaumes. Des cités marchandes apparaissent.

Le monde austronésien se lance dans l’Océan Indien. On voit donc successivement :

le christianisme en Orient et en Afrique

l’islam et son expansion jusqu’en Indonésie et le long de la côte swahilie

le Monomotapa, la route de l’or et de l’ivoire ; les échanges dans l’Océan Indien

les Austronésiens et leur migration jusqu’à Madagascar

la Chine dans l’Océan Indien

les îles et cités-Etats (Zanzibar, Kilwa…)

CLASSE DE 4°

On étudie les colonisations européennes. Elles se structurent en deux vagues différentes. La première est celle du mercantilisme qui voit se développer des économies de comptoirs et quelques plantations. C’est ainsi que :

les Portugais s’implantent au Mozambique et à Goa

les Hollandais fondent Le Cap et Batavia

les Anglais s’installent en Inde

les Français s’établissent à Madagascar et dans les îles alentour.

C’est à cette époque que se peuple l’île Bourbon. L’île voit se succéder deux phases différentes :

le temps des « Premiers habitants » (à partir de 1663)

le temps du Code noir (1724) et des plantations de café, c’est aussi celui du marronnage et des premières révoltes sur les habitations

le temps de la Révolution française et des guerres franco-anglaises qui voit l’abolition rejetée par les colons et l’Angleterre conquérir les Mascareignes.

Vient ensuite la deuxième vague, celle de l’impérialisme au cours de laquelle l’Europe exporte des hommes, des techniques et des capitaux. Se constituent une nouvelle rive sur le flanc sud de l’Océan Indien, celle des Terres australes :

de l’Australie

du Cap oriental et du Natal

de Madagascar.

Au cours de cette période La Réunion connaît un essor économique, c’est le cycle du sucre avec :

la Restauration et la mise en place d’une nouvelle oligarchie dans l’île qui y joue un rôle moteur,

l’abolition négociée au profit de la plantocratie et le recours à l’engagisme,

de nouvelles formes de résistances par l’isolement dans les Hauts, la religion ou le « vagabondage » (« l’itinérance »).

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CLASSE DE 3°

On étudie les décolonisations. Pour cela, on rappelle :

le rôle des tirailleurs dans les deux Guerres Mondiales

Puis on étudie :

le tableau de la situation en 1945

la départementalisation des « Quatre Vieilles » colonies françaises

l’insurrection malgache de 1947

les deux Républiques malgaches

la Guerre Populaire de Libération du Vietnam

l’Apartheid en République d’Afrique du Sud

Après cette vue d’ensemble, on se focalise sur La Réunion pour interroger :

la départementalisation est-elle une décolonisation ?

le « rattrapage » est-il une « intégration » ?

à quoi visait le combat pour l’autonomie ?

la Région française est-elle l’Europe de l’Océan Indien ?

réunis ou rayonnants, quelle est notre identité ?

? ‐ réunis ou rayonnants, quelle est notre identité ? KILTIR PARTOU - juillet 2009 -

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KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 40 •

COMMISSION CULTURE

SECTEUR PROFESSIONNEL DE LA CULTURE ET ECONOMIE CULTURELLE

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Synthèse

SECTEUR PROFESSIONNEL DE LA CULTURE ET ECONOMIE CULTURELLE

À la Réunion, la création artistique ainsi que les activités liées au patrimoine (visites

sont portées par des acteurs qui animent ce secteur avec conviction, mais qui sont bien

guidées

souvent confrontés dans leur pratique à des situations de difficile survie.

)

Or, la création artistique est justement un des espaces privilégiés où peut s'exprimer une culture - cette façon si particulière qu'un peuple a de sentir, de vivre, d'envisager le monde. Continuer à "minorer" l'expression des artistes réunionnais, c'est condamner notre société à perdre "du sens", à l'entraver dans la construction de ses références et de ses mythes, c'est aussi enlever au monde la possibilité d'être surpris, enrichi, bousculé par une expression inédite qui puise dans la créolité, qui chaque jour est en marche.

La commission "secteur professionnel de la culture et économie culturelle" de KILTIR PARTOU revendique un réel espace de développement pour la création locale à travers un parcours qui va de la formation artistique jusqu’à la diffusion des œuvres artistiques.

Cet espace de développement doit passer par :

1) La structuration du secteur professionnel de la culture par une prise en compte plus systématique des problématiques socioéconomiques "réelles" dans les politiques culturelles publiques et l’inscription dans ces orientations politiques de réponses concrètes visant au développement du secteur.

2) Un circuit de formation qui démarre de l’école municipale au conservatoire et parallèlement à cette chaîne, le renforcement de l’éducation artistique dans les établissements scolaires, les quartiers, les écoles d'initiative privée, les structures d’éducation populaire ou encore les établissements de santé.

3) L'établissement de politiques culturelles qui soient plus en phases avec la réalité des créateurs réunionnais. Ces politiques devront s'attacher à être véritablement à l'écoute de ce qui se passe "sur le terrain", pour accompagner les propositions diffusées sur le territoire, en établissant des dispositifs de soutien appropriés à cette créativité. Ces politiques doivent prendre en compte la culture au même titre que le social, l'environnement et l'économie, sachant que la culture est définie comme le 4 ème pilier du développement durable depuis le sommet de Johannesburg en 2002.

4) Le renforcement de la diffusion de la création locale tant au travers des lieux de programmation de La Réunion que dans la perspective d'une politique volontariste vers l’extérieur :

que ce soit dans l’Hexagone, via un centre de la création réunionnaise, véritable « vitrine » des productions artistiques, ou à l’étranger par le renforcement de la Culture dans les dispositifs d’échanges internationaux.

Ces quatre axes synthétisent notre propos. Ils sont complétés par 24 mesures exposées et regroupées dans les chapitres suivants, ainsi que des annexes structurant concrètement plusieurs propositions essentielles.

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Analyses et propositions de la Commission du secteur professionnel de la culture et de l’économie culturelle

Chapitre 1 - Accompagnement de la démarche globale du secteur professionnel par le soutien renforcé de la création et l'appui aux stratégies de structuration et de développement basées sur la dimension socioéconomique du secteur. Chapitre 2 - Circulation des oeuvres et des artistes. Chapitre 3 - Gouvernance locale.

Liste des chapitres et mesures présentés dans le document

Intitulé de la mesure

Numéro

Chapitre

CHAPITRE 1 - Soutien à la démarche globale du secteur professionnel

   

Soutien des emplois et de la formation des professionnels des arts et de la culture

1

Chap. 1

Soutien de l’emploi des permanents par une meilleure évaluation et prise en compte du budget de fonctionnement des structures (associatives ou statut commercial) (1)

1.A

Chap. 1

Adaptation du régime de l’intermittence du spectacle aux conditions de travail que rencontre l'artiste à La Réunion (2)

1.B

Chap. 1

Soutenir les initiatives structurantes et innovantes en matière de conseils, d'accompagnement et de suivi des projets et/ou des équipes artistiques (administration, production, diffusion, communication, technique) (3)

1.C

Chap. 1

Application du droit à la formation pour les artistes plasticiens (4)

1.D

Chap. 1

Mise en place d’un Revenu Minimum d’Activité Artistique (RMAA) (5)

1.E

Chap. 1

Pour les agents du patrimoine : mise en place d'une formation de "guide- interprète" (6)

1.F

Chap. 1

Augmentation du nombre de formations AFDAS sur le territoire (7)

1.G

Chap. 1

Ouvrir les financements publics aux acteurs ayant des structures juridiques économiques autres qu'associatives (8)

1.H

Chap. 1

Accompagnement de l'enseignement et de la pratique de la danse sur tout le territoire

1.I

Chap. 1

Aide à la structuration d’une agence trans-disciplinaire à la démarche participative et collective (10)

2

Chap. 1

Favoriser le mécénat en augmentant l’assiette de remise fiscale aux mécènes

3

Chap. 1

(11)

Actionnariat culturel : une bourse notionnelle "Made in Réunion" (12)

4

Chap. 1

Création d'un centre de traduction et de recherche artistique (13)

5

Chap. 1

CHAPITRE 2 - Circulation des Oeuvres et des Artistes

   

Réduire les difficultés liées à la question des distances (14)

1

Chap. 2

Création d'un fonds de développement culturel (15)

2

Chap. 2

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 43 •

CHAPITRE 3 - Gouvernance locale

   

Mise en place d’une Bourse d’aide à la Création artistique (16)

1

Chap. 3

Assouplissement des modalités d’attribution des subventions octroyées par les instances publiques locales (17)

2

Chap. 3

Critères quantitatifs et qualitatifs dans l'attribution des financements (18)

3

Chap. 3

Favoriser le 1 % pour l’art pour tout équipement ou infrastructure (source CCEE) (19)

4

Chap. 3

Mise en place du schéma départemental de l’enseignement artistique (20)

5

Chap. 3

Elargissement du champ de compétence du Conseil de la Culture, de l'Education et de l'Environnement de La Réunion (21)

6

Chap. 3

Conforter les lieux de diffusion sur le territoire dans les deux missions que sont : Le soutien à la Création et la Diffusion des œuvres artistiques (22)

7

Chap. 3

Ouvrir 50% de la programmation des salles de spectacle aux productions locales (23)

8

Chap. 3

Intégrer la Culture dans le programme GERRI et les grandes politiques publiques européennes et nationales de Développement Durable pour La Réunion (24)

9

Chap. 3

ANNEXES

   

CHAPITRE 1 – ACCOMPAGNEMENT DE LA DEMARCHE GLOBALE

DU SECTEUR PROFESSIONNEL PAR :

Le soutien renforcé de la création et l'appui aux stratégies de structuration et de développement

basées sur la dimension socioéconomique du secteur.

Mesure 1 : soutenir les emplois et la formation des professionnels des arts et de la culture

1.A Pour toutes les filières artistiques et culturelles : soutien de l’emploi des permanents (direction artistique et administration) par une meilleure évaluation et prise en compte du budget de fonctionnement des structures (associatives ou statut commercial) dans l'attribution des aides annuelles.

1.B Pour l’ensemble des filières professionnelles : Adaptation du régime de l’intermittence à La Réunion par le passage de la période d’examen des 507 heures nécessaires à l’ouverture des droits ASSEDIC de 10 à 12 mois et par le versement des allocations sur une période de 12 mois consécutifs. Et inscription dans ces 507 heures d'un nombre d'heures de formation passant de 50 à 150 heures.

1.C Pour l’ensemble du secteur : favoriser la mise en place d’outils coopératifs pour l’accompagnement des projets individuels et collectifs professionnels. Soutenir les initiatives structurantes et innovantes en matière de conseils, d'accompagnement et de suivi des projets et/ou des équipes artistiques (administration, production, diffusion, communication, technique).

1.D Pour les artistes plasticiens : application du droit à la formation pour les artistes plasticiens.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 44 •

1.E Pour l’ensemble du secteur, mise en place d’un RMAA (Revenu Minimum d’Activité Artistique).

1.F Pour les agents du patrimoine : mise en place d'une formation de "guide-interprète".

1.G Augmentation du nombre de formations AFDAS sur le territoire.

1.H Ouverture des financements publics aux acteurs encadrés par des structures juridiques économiques autres qu'associatives.

1.I Accompagnement de l'enseignement et de la pratique de la danse sur tout le territoire de la Réunion.

Principes et résultats escomptés : Il s'agit de redonner aux artistes, agents du patrimoine et aux structures encadrant leurs emplois (compagnies, groupes de musique, associations culturelles

se

oeuvrant dans le patrimoine, structures de production indépendantes,

développer et de pérenniser leur activité. La formation et l'emploi sont des leviers de la

redynamisation de l’activité économique culturelle et artistique.

),

les moyens de

Contexte : Le contexte local accuse un manque global en matière de soutien aux professionnels des arts et de la culture. Des initiatives ont vu le jour depuis au moins cinq ans afin de maintenir la "survie" de l'activité artistique et culturelle. Ces initiatives associatives, privées, collectives ou individuelles ont de plus en plus de mal à exister et à se développer.

Chacune des huit mesures de 1.A à 1.H est décrite en annexe

:

participative et collective

Mesure

2

Aide

à

la

structuration

d’une

agence

trans-disciplinaire

à

la

démarche

Principe de la mesure : Il s’agit d’un centre de ressources de compétences, de connaissances et d’outils mutualisés visant à valoriser le travail des acteurs de terrain et permettre une économie en termes de structuration.

Cette agence devra avoir une antenne au nord et une autre au sud. Chacune des antennes sera dotée d'un service "Social", dont pourront bénéficier les compagnies ou groupes de musique pour l'établissement des fiches de paye des intermittents. Le conseil et le suivi en matière de projets professionnels individuels et collectifs seraient ainsi assurés.

Par ailleurs, l'agence comportera un guichet transversal commun à toutes les disciplines, qui :

- apportera un aide juridique et administrative,

- proposera une mise en réseau des acteurs artistiques et culturels pour une meilleure

représentativité du secteur à la Réunion, dans l'environnement régional, national et international,

- permettra le développement de l’accès à l’information, ainsi que des échanges et des coopérations pour les porteurs de projets.

Cette agence devra également permettre de renforcer et de développer au niveau culturel, les politiques en matière de coopération régionale et internationale. Elle donne une visibilité globale des dispositifs existants et pourrait centraliser un Fonds unique de développement pour la coopération régionale (fonds regroupant les différentes aides Etat, Région, Département) - voir chapitre 2 - mesure A -

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 45 •

Résultats escomptés :

- Facilitation des démarches pour les structures qui emploient des intermittents du spectacle,

- Harmonisation des procédures à effectuer auprès des différents services de l’Etat (DRAC,

Préfecture, Ambassades, …) pour faciliter l’embauche d’artistes étrangers.

- Simplification des démarches lors de la diffusion des œuvres artistiques à l’extérieur,

- Multiplication et pérennisation des liens avec les pays de la zone Océan Indien ;

- Enrichissement des dispositifs d’échange mis en place par la Région et le Département au titre de la coopération régionale par un contenu culturel alimenté par les porteurs de projets.

Mesure 3 : Favoriser le mécénat en augmentant l’assiette de remise fiscale aux mécènes, par un passage de 60% à 80% (voire à 100%) du montant de l’aide octroyée à la structure parrainée.

Principe de la mesure :

- Élargir le champ du financement artistique par les apports du secteur privé.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

Compte tenu du nombre de PME à la Réunion, l'objectif est de les solliciter pour soutenir l'action culturelle locale, la contrepartie étant le bénéfice d'une mesure fiscale intéressante.

Résultats escomptés :

- Impliquer davantage le monde de l’entreprise locale dans le mécénat culturel. Jusqu’à présent, les

entreprises étaient « frileuses » ou avaient une connaissance très partielle de ce type d’implication auprès du milieu artistique et culturel.

- Permettre aux structures artistiques de redéployer leurs sources de financement

- Soutenir les efforts des politiques publiques en matière d’aide à la création, par l’apport des partenariats privés.

Mesure 4 : actionnariat culturel, une bourse notionnelle "made in Réunion" (source CCEE)

Léon Dierx, premier musée de La Réunion a existé grâce à des dons. Aujourd’hui, les réunionnais ne sont plus guère sollicités pour la culture. En même temps, il est constaté que les finances publiques consacrées à la culture ne couvrent pas tous les potentiels. Il s’agirait de mobiliser des fonds privés, comme dans une grande fondation réunionnaise ouverte à tous. Ceci ouvrirait une nouvelle source de financement, créerait du lien social, sensibiliserait à l’épargne solidaire. L’enjeu est de dégager de nouvelles sources de financement venant compléter de manière citoyenne celle du public et du marché.

Principe :

Élaborer un pré-projet :

Choisir entre un actionnariat complètement fictif ou réel

Élaborer les statuts et le cadre juridique adapté

Recueillir un intérêt pour la démarche d’au moins une centaine de personnes

Élaborer des « règles du jeu », la valeur des actions, les contreparties, …

Communiquer

Vendre des parts

Évaluer

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 46 •

Résultats escomptés :

Hausse des financements des spectacles

Relation plus distendue entre artistes et collectivités territoriales

Dynamique populaire de développement culturel

Ce groupe d’actionnaires pourrait contribuer à la remise d’un prix de l’excellence économique dans le domaine culturel pour les acteurs connexes à la création. Il pourrait également porter le label « made in Réunion »

Mesure 5 : Création d’un centre de traduction et de recherche artistique

Principe : Ce centre aura vocation à :

- Faire de la traduction « plurilingue » (créole réunionnais/français et aussi les langues des

pays de la zone Océan indien : créole mauricien, seychellois, malgache, langues africaines, …) pour la circulation des pièces de théâtre dans la zone Océan Indien et en France continentale (avec un système permettant le sous-titrage des pièces)

- Faire connaître le patrimoine oral de La Réunion et aussi de la zone Océan Indien par : le

recueil de témoignages autour de pratiques culturelles /cultuelles comme le Jako, ou l’histoire de lieux de mémoire comme Mahavel, par exemple, …

- La transversalité des disciplines artistiques transformera les sources documentaires ainsi

recueillies en « objets » présentés au public : lectures scéniques, soirées fonnkèr, performances- vidéos, rencontres, et aussi l'édition d’ouvrages divers : recueils poétiques, pièces, brochures, essais, ,…

Ce lieu, par la recherche artistique favorisera aussi bien la transmission de formes traditionnelles (comme le bal tamoul) que l’émergence de nouvelles esthétiques

-

Contexte : Ce centre pourra enrichir la réflexion autour de la question « Quel théâtre à La Réunion ? »

Résultats escomptés :

- Enrichissement des œuvres théâtrales par un travail plus approfondi sur notre patrimoine (oral, écrit).

- Propositions d’esthétiques réunionnaises.

- Élargissement de la diffusion des œuvres sur d’autres territoires (par la traduction simultanée).

sur d’autres territoires (par la traduction simultanée). CHAPITRE 2 : CIRCULATION DES ŒUVRES ET DES ARTISTES

CHAPITRE 2 : CIRCULATION DES ŒUVRES ET DES ARTISTES

Mesure 1 : Réduire les difficultés liées à la question des distances

Du fait de sa position géographique et en tant que région française, La Réunion vit une double situation : celle de l’éloignement par rapport à l’Hexagone et celle d’un contact immédiat avec l’international par les modes d’échange qui la lient aux pays voisins. Cette double situation rend difficile la circulation des œuvres et des artistes. La présente mesure vise, par un ensemble de propositions, à réduire ces difficultés de circulation.

Principe et résultats escomptés :

Mesures permettant de diminuer les freins dus aux distances :

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 47 •

- Meilleure prise en charge des coûts de transports des productions artistiques et des artistes (augmentation du fonds de transport de la LOOM).

- Révision des procédures douanières liées aux déplacements des productions artistiques sur le

territoire national : suppression du carnet ATA, exonération des droits de douanes.

- Exonération de l’octroi de mer lors de l’acquisition de matériels techniques des entreprises

culturelles.

- Application des accords de Schengen à La Réunion (actuellement, un visa européen + extension

est nécessaire). Le territoire réunionnais étant pleinement européen, il n'est plus utile de maintenir cette "extension".

Mesure 2 : Création d’un "fonds de développement culturel"

Principe :

Ce fonds de développement culturel est un guichet unique de la culture afin de simplifier, rendre lisible, mutualiser les moyens financiers consacrés à la culture… Il rassemble dans un fonds unique les différents crédits du Ministère de l’Outre-Mer (Fonds de transports -article 40 de la LOOM-, Fonds de Coopération Régional pour la culture; Fonds d’aides aux échanges culturels et artistiques du Ministère de la Culture) et apporte des moyens supplémentaires par rapport à des objectifs précis. Il fonctionne selon des critères d’éligibilité clairement définis. Un comité de suivi et d’évaluation veillera au bon fonctionnement de ce fonds.

Résultats escomptés des Mesures 1 et 2 :

- Obtenir une meilleure circulation des oeuvres d'art et du matériel pour les professionnels

locaux, tant en direction des pays de la zone que vers l’espace européen.

- Permettre une meilleure information entre les institutions et les porteurs de projets et une

articulation entre les financements.

- Prendre en compte à part entière la culture (4ème pilier du Développement Durable) à

côté de l'économique, du social et de l'environnement dans les mises en oeuvre des politiques régionales en matière de co-développement.

des politiques régionales en matière de co-développement. CHAPITRE 3 : GOUVERNANCE LOCALE Mesure 1 : Instauration

CHAPITRE 3 : GOUVERNANCE LOCALE

Mesure 1 : Instauration d’une bourse d’aide à la Création artistique

Principe : Ce nouveau dispositif vise à conforter les financements déjà existants en matière d’aide à la création. Il consiste en un fonds commun qui associe des financements émanant de l’Etat et des Communes, ainsi que des Communautés de communes. Les bénéficiaires de ce fonds seront les structures employant directement des artistes et les artistes indépendants non rattachés à une structure. La bourse pourra s’associer par exemple aux moyens dispensés par les villes au titre de résidences de création.

Contexte : Les villes de La Réunion, dans les politiques culturelles qu’elles mettent en place, se sont davantage souciées jusqu’à présent de leur dotation en équipements culturels, sans se donner les moyens d’un soutien à la création à proprement parler. Alors qu’en métropole, la part des villes en matière culturelle est la première source de financement public, ce rapport est inversé à la Réunion. Les villes sont les dernières à apporter leur soutien aux équipes artistiques en matière d’aide à la création. Il s’agirait par cette bourse de créer un effet de « levier » auprès des villes, en leur apportant un cofinancement venant de l’Etat qui sera calculé selon l’aide octroyée par les villes aux artistes.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 48 •

Résultats escomptés :

- Soutenir les efforts des villes et des communautés de communes en matière d’aide à la création

artistique : il existe par exemple, à La Réunion, une initiative émanant d’une ville qui a ouvert sur sa commune une bourse d’aide à la création artistique. En conjuguant ces deux types d’apports financiers, les artistes auront les moyens de réaliser leurs projets artistiques dans de nouvelles conditions, en étant en contact avec de nouveaux territoires de l’île. Par ailleurs, il existe aussi une

communauté de communes qui développe les diffusions artistiques sur son territoire. Là encore, ce fonds permettrait de décupler les efforts déployés par l’instance publique intercommunale.

- Impulser l’initiative des villes qui jusqu’à présent ne s’investissent pas dans le soutien à la

création : ce fonds fonctionnerait comme une mesure incitative, en vue d’ouvrir le champ de l'action communale ; car à l’inverse de leurs politiques culturelles, les villes à La Réunion appliquent des politiques sociales qui devancent leurs homologues métropolitaines. Ce fonds pourrait alors être conjugué avec les lignes budgétaires visant à soutenir les projets en matière de dynamisation sociale qu’elles ont déjà mises en œuvre.

- Replacer l’artiste au cœur de la cité, dans un échange dynamique avec les populations, comme les jeunes des quartiers.

Mesure 2 : Assouplissement des modalités d’attribution des subventions octroyées par les instances publiques locales.

Principe :

Elaboration de nouveaux types de contractualisation entre l’institution publique et la structure subventionnée (comme par exemple des contrats pluriannuels et non plus au projet « annualisé », … ) afin de pallier des problèmes tels que : le principe d’annualité budgétaire qui n’est pas en phase avec l’activité réelle de structures artistiques, la difficile constitution d’une trésorerie notamment pour les jeunes équipes…

Résultats escomptés :

- Facilitation des modes de gestion interne des structures artistiques et culturelles

- Harmonisation des modes de fonctionnement entre institution publique et structure subventionnée qui chacune fonctionne sur des logiques de gestion temporelle et administrative différentes

Mesure 3 - Introduction au sein des critères d'attribution des subventions publiques d’un aspect quantitatif et qualitatif :

- Pour le quantitatif, il s'agit du critère de l'emploi des artistes, généré par le projet qui sollicite les subventions.

- Pour le qualitatif, il s'agit de mettre en place une expertise artistique qui soit nourrie, argumentée et efficace (expertise qui propose un suivi du processus de création).

Principe :

Introduction d'un critère socioéconomique en complément de l'enjeu artistique et identitaire du projet pour l'attribution de financements publics. Et parallèlement, mise en place d'une réelle expertise artistique (définition des critères d'évaluation de l'oeuvre artistique et transparence faite sur la démarche des personnes impliquées dans cette expertise).

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

La situation géographique spécifique de la Réunion constitue, pour les artistes réunionnais, un frein à l’obtention de cachets déclarés. Le statut d’artiste professionnel s’appuyant en grande partie sur le

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 49 •

statut de salarié, il est nécessaire de développer les débouchés des artistes en termes de salariat. Le développement de l’emploi, des artistes musiciens par exemple, est complémentaire aux efforts mis en oeuvre pour l’exportation de leur musique.

Résultats escomptés :

- Développer l’insertion des artistes de la Réunion dans un statut professionnel, entre autres à partir du renforcement de leur emploi.

Remarque : au préalable, il serait intéressant de s’appuyer sur les outils de mesure quantitatifs et qualitatifs développés dans le cadre des études et observations (études qu'ont pu mener le PRMA,

le CCEE ou la DRAC

injectés dans l’économie des structures susceptibles d’employer des artistes et la masse salariale déclarée d'artistes vivant à la Réunion. Ce ratio pourrait être autant un critère dans l’attribution des subventions pour les projets (cf. critère des aides professionnelles des sociétés civiles) qu’une base de négociation globale entre les collectivités, les employeurs et les artistes ou leurs représentants.

afin d’identifier le ratio actuel entre le montant des financements publics

),

- Sortir de son opacité le fonctionnement du comité d'experts de la DRAC; ceux-ci ne prennent pas

le temps d'aller à la rencontre des équipes artistiques et leurs avis (qui, dans la réalité des faits, vaut décision et non consultation) n'est pas argumenté, alors qu'il devrait être un regard sachant enrichir la création des artistes.

Mesure 4 : Favoriser le 1 % pour l’art pour tout équipement ou infrastructure (source CCEE)

Principe :

Le 1 % pour l’art est une mesure qui peut permettre de créer un véritable marché pour les plasticiens leur apportant des commandes publiques et des vitrines de leur art, accessibles à tous. Elle peut également avoir un impact très positif dans le développement de l’urbanisation et la conceptualisation de l’urbanité réunionnaise. Elle est très peu utilisée à La Réunion.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

- L’enjeu est de surmonter les freins à la mise en oeuvre de la mesure, qui existent du point de vue des maîtres d’ouvrage, mais aussi, dans une moindre mesure, de la part des artistes.

- Sensibiliser les maîtres d’ouvrage sur le 1 % et les enjeux de son application à La Réunion

- Mobiliser les architectes pour qu’ils soient acteurs de la mesure et coopèrent avec les artistes

- Encourager les artistes à se regrouper si nécessaires pour répondre aux commandes publiques.

Résultats escomptés :

Hausse des opérations de 1 % pour l’Art Plus forte pénétration de l’Art dans la ville Hausse des revenus des artistes plasticiens Notoriété des artistes Large sensibilisation aux formes artistiques.

Mesure 5 : Mise en place du schéma départemental de l’enseignement artistique (source CCEE) Loi n° 2004-809 du 13 août 2004, relative aux libertés et responsabilités locales.

Principe :

Le dernier acte de la décentralisation a modifié les compétences en matière de l’enseignement artistique. La Région prend en charge le niveau CNR, les communes assument le niveau qui le

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précède et le Département a vocation à élaborer un schéma de l’enseignement artistique. Celui-ci peut s’avérer indispensable à la certification des écoles existant à l’échelle de la commune ou de la communauté d’agglomérations. Il devrait permettre, sur le territoire, une cohérence d’initiatives émanant d’acteurs dispersés. À ce jour, il n’a pas été réalisé ni même entamé.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

L’enjeu est de lancer une élaboration concertée de ce schéma pour ne pas retarder la mise en oeuvre de projets municipaux en matière d’enseignement artistique.

- Demander au Département ses intentions sur la question

- Comprendre les difficultés et les relever

- Faire démarrer l’élaboration

Résultats escomptés :

- Démocratisation de l’apprentissage de la musique, de la danse et de l’art dramatique

- Cohérence dans les projets d’enseignement artistique à l’échelle des communes, du département et de la Région

- Source d’emploi pour certains artistes.

Mesure 6 : Elargissement du champ de compétence du Conseil de la Culture, de l'Education et de l'Environnement de La Réunion (CCEE).

Contexte : Les CCEE ont été conçus comme des « laboratoires d’idées », chargés de donner aux instances locales (Région d’abord, puis Région et Département depuis 1992) des avis, des propositions, des suggestions, dans quatre domaines de prédilection :

- La Culture, sous toutes ses formes d'expression : arts, langue, connaissance du passé et du contexte géographique et social, information, nouveaux médias

- La Formation initiale et continue,

- L’environnement et sa préservation,

- La Coopération régionale.

Le CCEE de La Réunion est renouvelé tous les six ans. Ses 31 membres sont désignés par le préfet. Ils représentent la vie associative, culturelle et syndicale de l’île. Ils sont organisés en trois collèges : Vie culturelle (collège 1), Vie éducative, enseignement et recherche (Collège 2), Protection et animation du cadre de vie (Collège 3).

Les attributions des CCEE peuvent se subdiviser en trois catégories :

- Les cas où la loi prévoit un avis obligatoire du CCEE: plans régionaux de développement,

discussions du budget régional (dans les domaines de compétence du CCEE), rapport annuel sur l’audiovisuel

- Les cas où une des deux assemblées, Conseil Régional ou Conseil Général, saisit le CCEE pour

avoir son avis sur un point particulier : projets de lois-programmes pour l’outre-mer, préparation

des Assises des libertés locales, etc.

- Les cas où le CCEE se saisit lui-même, afin d’alerter les collectivités sur des sujets qui lui

semblent cruciaux : construction de lycées, modification du calendrier scolaire, problèmes majeurs de santé (alcoolisme, drogue à l’école, etc.), place de l’activité culturelle dans l’économie de La Réunion.

C'est la Région qui assure le fonctionnement du CCEE, avec l'appui d'une équipe administrative.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 51 •

Principe : élargissement du champ de compétence du CCEE par le renforcement du principe «

d’auto saisine » en créant au sein du CCEE un Centre de Ressource de la Culture qui serait chargé

:

de mener les études nécessaires à une meilleure connaissance du secteur culturel du point de vue économique et sociologique :

-

-

l'Etat : Education Nationale, Jeunesse et Sports, Politique de la Ville…, par les collectivités locales et les institutions européennes,

- évaluer les pratiques culturelles des réunionnais (et connaître leurs besoins en la matière)

observer les initiatives prises en matière culturelle par les différentes politiques sectorielles de

établir un état des lieux de chaque domaine artistique,

d’être un appui aux collectivités en termes de prospective pour une meilleure définition des politiques culturelles,

réaliser des audits et expertises pour l’aménagement des politiques culturelles locales et régionales (Zone Océan Indien),

mettre en place des « rencontres » permettant le partage d’expérience et d’information entre acteurs de terrain et institutions,

créer un site Internet permettant une large diffusion des informations et données recueillies.

Résultats escomptés : Contribuer à l’harmonisation des politiques culturelles européennes, nationales et locales, mieux comprendre les attentes et les pratiques culturelles à La Réunion.

Mesure 7 : Conforter les lieux de diffusion et d’exposition dans les deux missions que sont le soutien à la création et la diffusion des œuvres artistiques

Principe : Le soutien à la création s’effectuera par l’accroissement de l’enveloppe financière dévolue aux coproductions que les lieux de diffusion et d’exposition octroient aux artistes et aux projets artistiques qu’ils réalisent eux-mêmes au sein de leurs structures. Le développement de la diffusion des œuvres artistiques consistera en l’attribution de budgets complémentaires à ces mêmes lieux.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

En ce qui concerne le théâtre, il est à noter que le centre dramatique de La Réunion est le plus petit de France en termes de moyens financiers. Or ce lieu qui fait partie du maillon 4 de la « géographie des acteurs du secteur artistique (cf. annexe 7 du présent document) a, parmi ses missions, celle de la création. Dans ce lieu, en effet « se fabriquent » des propositions artistiques et par ailleurs ce centre a aussi vocation à soutenir, par le biais de la coproduction, les compagnies de théâtre (maillon 5 du schéma). Il est donc important de lui accorder des marges de manœuvre élargies afin qu’il puisse remplir ses missions au même titre et au même niveau que les autres centres dramatiques. Par ailleurs, au-delà de la « diffusion pure », d’autres salles de spectacle oeuvrent aussi pour le soutien apporté aux artistes locaux dans leur activité de création. L’objectif de cette mesure est donc de privilégier cet aspect de leurs missions afin de redynamiser la création théâtrale sur l’ensemble du territoire.

Pour les arts plastiques, il existe des structures associatives ayant pour mission l’aide à la création et à la valorisation des projets artistiques portés par les plasticiens réunionnais. Or, peu de lieux comme ceux-ci existent à la Réunion. Il s’agit donc d’apporter un soutien accru à ces structures qui oeuvrent pour l’éclectisme et la promotion des productions dans le domaine des arts plastiques à La Réunion.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 52 •

Résultats escomptés :

- Soutenir la création réunionnaise dans les domaines du spectacle vivant et des arts plastiques

en renforçant les outils de promotion de cette création que sont les lieux de création et de diffusion

- Renforcer le lien entre les structures artistiques (compagnies de théâtre et de danse, groupes de musique), les artistes plasticiens et les lieux de création et de diffusion

- Établir des ponts plus solides entre les acteurs des maillons 4,5 et 6 du secteur artistique (cf. annexe 7)

Mesure 8 : Ouvrir 50% de la programmation des lieux de diffusion et de création aux productions locales

Principe : Réserve de 50% des budgets de programmation pour les créations locales.

Confortés financièrement dans leur mission de soutien à la création et à la diffusion (mesure 7), les lieux peuvent dès lors prendre le risque économique d’ouvrir leur programmation aux productions locales.

Cette réserve budgétaire serait également augmentée par l’économie faite sur les frais d'approche des équipes artistiques « extérieures ». Ce gain abonderait aussi les aides à la création mais surtout à la diffusion des productions locales.

La création locale devra être prise en compte dans toute sa diversité, notamment avec les arts de l'oralité (le conte, le fonnkèr) et la création en langue créole.

Résultats escomptés :

- Soutenir la création locale et les équipes artistiques professionnelles de l'île

- Les mesures 7 et 8 du présent chapitre devraient permettre que la mission de service public

(offre culturelle) soit remplie et que l’équilibre socioéconomique soit trouvé tant par les lieux

(maillon 4) que par les équipes artistiques (maillon 5 et 6).

Mesure 9 : Intégrer la Culture dans le programme GERRI et les grands politiques publiques européennes et nationales en matière de Développement Durable pour La Réunion

Le principe : Depuis le sommet de Johannesburg en 2002, la Culture est définie comme le 4 ème pilier du Développement Durable à côté de l'économie, du social et de l'environnement.

L’avis n° 2002-07 (avril 2002) de la Commission Française du Développement Durable rappelle que le « concept de développement durable n’est rien moins qu’un projet de civilisation. Et depuis les débuts de l’humanité, la civilisation est un processus – encore largement inachevé – fondé sur la culture, c’est-à-dire le déploiement de langages articulés, de savoir-faire, de rites, de coutumes, de croyances, de représentations du monde, de dessins, de constructions, de fabrications, d’inventions, d’accumulations, de connaissances empiriques puis théoriques, etc. Autrement dit, processus de civilisation et culture sont absolument indissociables ».

Aujourd'hui, force est de constater que la Culture est à peine prise en compte dans la rédaction des grands projets de développement durable pour La Réunion notamment le projet GERRI.

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Le constat nécessitant une adaptation : Le projet GERRI (Grenelle de l'environnement à La Réunion) se fixe pour objectif de faire de La Réunion d'ici 2030, le premier territoire au monde d'intégration, dans une société, de toutes les innovations environnementales intéressant la mobilité, l'énergie et ses usages, l'urbanisme, la construction et le tourisme. Le projet GERRI s’inscrit directement dans la démarche du Grenelle de l’Environnement. Il fait ainsi écho aux travaux du Comité de Pilotage Outre-mer du Grenelle, présidé par Nassimah DINDAR qui dirige l’exécutif départemental. GERRI a pris une dimension de projet présidentiel suite à l’annonce de son lancement par Nicolas SARKOZY le 25 octobre 2007.

Sur le plan local, GERRI est appuyé par l’ensemble de la classe politique réunionnaise et le projet se construit en liaison et en convergence avec tous les acteurs de l’économie et de la société.

Concernant le positionnement sous l'angle du marketing territorial du projet, les promoteurs du projet affirment que "La Réunion ne présente pas […] d’attractivité tirée de l’histoire" en prenant comme point de comparaison : Londres, Paris et Venise. Ils déclarent par ailleurs qu'il n'existe à La Réunion "[…] aucun facteur de différentiation susceptible de créer et de développer une identité territoriale puissante et structurée à l’échelle internationale."

Ces allégations tirées de la plaquette de présentation du projet témoignent de l'incohérence du propos par rapport à la réalité réunionnaise. Elles ignorent tout simplement l'Histoire de La Réunion, la structuration de son territoire sous l'angle de la colonisation et son peuplement. On ne propose même pas une lecture multiculturelle de la société réunionnaise. La méthode de travail est, dans ce projet, trop orientée vers l'environnemental, alors qu'une démarche pluridisciplinaire croisant Identités, Culture et Innovations environnementales permettrait d'éviter des erreurs d'analyses pouvant conduire au rejet d'un projet innovant par la population.

Ce constat, valable pour des programmes récents comme GERRI, l'est aussi pour des programmes de politique globale plus ancien comme l'Agenda 21 dont la réflexion, lancée au cours des premières rencontres réunionnaises sur le développement durable en février 2002, n'interroge pas suffisamment la notion de Culture. La prégnance de l'approche uniquement environnementale dans ces débats témoigne de pratiques où, pendant longtemps, on a exclu la Culture, l'Histoire et le Patrimoine du champ du développement raisonné et de l'aménagement.

Proposition et résultats escomptés : Intégrer la Culture et le monde culturel réunionnais dans les grands programmes structurants, proposant un développement raisonné émanant des politiques nationale ou européenne. Cette intégration nécessite la participation des acteurs culturels à la mise en oeuvre de ces programmes.

Concernant "les Arts et Spectacles", des acteurs de terrain demandent la valorisation économique et sociale pour les actions menées en termes de :

- promotion des solutions DD et mise en œuvre de projets innovants arts/DD sur scène et en coulisse

- coopération interrégionale et internationale afin de maintenir la diversité culturelle nécessaire à l’équilibre culturel des peuples de la planète. Partager les expériences en termes de pratiques écodurables / écoresponsabilités.

- utilisation des NTIC et mise en place du processus de dématérialisation

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ANNEXES

Annexe 1 - Philosophie générale du travail effectué par la commission "Secteur professionnel de la culture et économie culturelle"

La commission « Secteur professionnel de la culture et économie culturelle » au sein de KILTIR PARTOU a pour finalité de replacer l'artiste et l’acteur culturel au coeur du développement global de l'île en redonnant la part belle à la Création et à l’Innovation culturelle dans une société qui est en «perte de sens » et en difficulté économique.

La réflexion menée dans cette commission s’appuie sur l’expérience de professionnels du secteur qui examinent les problématiques spécifiques à chaque secteur d’activité : Spectacle Vivant, Arts plastiques, Patrimoine, Cinéma, …

Le travail mené au sein de cette commission croise des dimensions à la fois sociales, juridiques et économiques.

D’une part, il se nourrit des analyses déjà effectuées (réflexions du secteur réalisées dans le cadre de la LOOM, étude récente sur l'économie de la culture effectuée par la CCEE, étude sur le secteur de la musique du PRMA dans un contexte de préparation de la LODEOM, prise en compte des projets associant différents maillons des politiques publiques -mairie, CCAS, CUCS-). Et d’autre part, il s’intéresse aux questions concernant les nouvelles problématiques économiques (consommation de masse de produits culturels, révolution Internet qui change les pratiques de "consommation").

Un travail qui s’inscrit dans une continuité L’actuelle étape qui se donne pour objectif de faire des propositions dans le cadre des Etats Généraux de l’Outre-Mer 2009, doit être replacée dans une continuité.

En effet, cela fait une douzaine d'années, depuis le Kabar zintermitan réuni en 1997 à Jeumon que les professionnels de la culture se rencontrent régulièrement afin de remonter aux pouvoirs publics des analyses et propositions visant à une meilleure prise en compte des réalités de leur secteur par les politiques culturelles.

En 2002, un collectif des professionnels de la culture s’est constitué lors de l’élaboration de la Loi Programme pour l’Outre-Mer. Il a poursuivi en 2003 son action en accompagnant le mouvement des intermittents du spectacle à La Réunion.

Deux ans plus tard, à l’initiative de La Région, des Etats généraux de la Culture se sont tenu, au cours desquels le secteur a fait remonter à la collectivité territoriale des constats et préconisations pour définir une nouvelle politique culturelle.

Le travail effectué au sein de l’actuelle commission a pour but de poursuivre ces démarches antérieures, de les actualiser afin de redynamiser par des mesures concrètes les secteurs artistiques à La Réunion.

mesures concrètes les secteurs artistiques à La Réunion. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 55 •

Annexe 2 : Descriptif des mesures 1.A à 1.I du Chapitre 1

Mesure 1.A : Soutien de l’emploi des permanents par une meilleure évaluation et prise en compte du budget de fonctionnement des structures (associatives ou statut commercial)

Principe de la mesure : L’activité professionnelle dans le domaine artistique et celui du patrimoine ne peut exister que si elle est dotée d’un encadrement en matière de management culturel et donc de compétences spécialisées dans les domaines de l’administration, la production, la communication et la diffusion. Il s’agit donc de soutenir tout ce volet sans lequel l’activité artistique et patrimoniale ne peut exister de façon stable et construite. Par cette mesure, les structures artistiques et culturelles seront dotées de moyens pour pérenniser l'emploi permanent que nécessite leur activité.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

- Il apparaît que la Création portée par les structures artistiques (parmi lesquelles les compagnies de

) se retrouve dans une situation exiguë. Ces

structures déploient beaucoup de temps et d’énergie et compte sur le seul volontariat des acteurs du secteur sans avoir les moyens de leurs missions. En effet, le financement public du secteur culturel accuse un MANQUE MAJEUR. Alors que pour les salles de spectacles, services culturels et administratifs, le financement de postes liés à l’administration, la production, la diffusion ou encore la communication est prévu, pour les structures employant les artistes et professionnels du Patrimoine il est complètement aléatoire voire inexistant. L’objectif de cette mesure est donc de rétablir ces manques, en apportant un renfort à ces structures.

théâtre, groupes de musique, structures de production,

Résultats escomptés :

- Développement de l’emploi culturel et de l’activité économique globale du secteur permettant de

pérenniser l’emploi culturel à La Réunion

- Redonner les pleins moyens à ces acteurs culturels qui, alors qu’ils représentent les forces vives de cette création locale, vivent pourtant au quotidien une grande précarité tant pour le fonctionnement de leurs structures que pour la bonne marche de leurs projets

- Harmonisation des moyens dans l'intérêt du fonctionnement de l’ensemble du secteur

Mesure 1.B : Réexamen du régime de l’intermittence du spectacle : par le passage de la période d’examen des 507 heures nécessaires à l’ouverture des droits Assedic de 10 mois à 12 mois et par le versement des allocations Assedic sur une période de 12 mois consécutifs à la réouverture des droits de l’intermittent. Et inscription dans ces 507 heures d'un nombre d'heures de formation passant de 50 à 150 heures.

Principe : Réajustement du régime de l’intermittence aux conditions du travail artistique « vécues » localement.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales : Le contexte local pénalise l’intermittent dans l’obtention de ses droits, du fait de l’exercice actuel du régime d’indemnisation.

Deux raisons principale à cet état de fait :

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 56 •

- en comparaison des conditions offertes par la métropole, la diffusion des spectacles à La Réunion

est restreinte du fait de l’exiguïté du territoire. Cela réduit donc le nombre de contrats que peut

escompter obtenir un artiste.

- les saisons artistiques sont réduites de 4 mois (janvier/février : saison cyclonique et juillet/août :

fermetures annuelles), ce qui fait passer de 10 mois à 6 mois le temps de travail nécessaire à l’obtention des heures ouvrant droit à l’indemnisation.

- par ailleurs, les besoins en formation artistique existent sur le territoire, mais les artistes sont

pénalisés par le fonctionnement actuel du régime s'ils effectuent plus de 50 heures de formation, car au-delà de ce nombre, les heures effectuées ne rentrent pas dans les 507 heures nécessaires à l'obtention de leurs allocations de demandeurs d'emploi.

Résultats escomptés :

- Permettre à l’emploi artistique de perdurer, dans un contexte d’autant plus inquiétant que le chômage déjà important par rapport à la moyenne nationale, risque de s’aggraver du fait de la crise actuelle. - Éviter les fermetures des structures pourvoyeuses d’emploi artistique

Mesure 1.C : Soutenir et favoriser le développement d’outils coopératifs sur le territoire pour l’accompagnement des projets individuels et collectifs professionnels

Principe :

Soutenir les initiatives structurantes et innovantes en matière de conseils, d'accompagnement et de suivi des projets et/ou des équipes artistiques (administration, production, diffusion, communication, technique.)

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

Aujourd’hui, les financements publics « culture » des différentes collectivités à destination des acteurs associatifs (compagnies professionnelles de théâtre et de danse, groupes de musique, collectifs d’artistes, etc.) ne s’intéressent qu’aux actions « propres ». Il n’y a pas de réelle prise en compte du fonctionnement global des structures, alors que le financement de postes liés à l’administration, la production, la diffusion ou encore la communication est prévu en ce qui concerne les salles de spectacle, les services culturels et administratifs. Par ailleurs, pour les structures oeuvrant dans le patrimoine, ce financement est aléatoire voire inexistant.

Dans un même temps, pour pallier les grandes difficultés des artistes et des équipes artistiques dans leurs démarches de gestion administrative et de montage de projets, des initiatives locales originales et innovantes sont mises en place par les acteurs eux-mêmes (comme la constitution de structures de production et de diffusion mutualisant des compétences diverses). Ces structures déploient beaucoup de temps et d’énergie et comptent sur le seul volontariat des acteurs, sans que ceux-ci ne disposent des moyens suffisant à leurs missions.

Résultats escomptés :

L’objectif de cette mesure est donc de pallier ces manques, en apportant un renfort aux structures artistiques et aux structures de management culturel (administration, production communication et diffusion). La collectivité doit accompagner ces initiatives en matière de mutualisation de moyens de production sur le territoire (modèle des "coopératives d’activité et d’emploi", des SCIC - "Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif", des collectifs…). les résultats de cette mesure s'articulent avec celles de la mesure 1.A.

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Mesure 1.D : Application du droit à la formation pour les artistes plasticiens (source FRAAP)

La formation professionnelle n’est pas seulement un droit, mais selon la loi du 4 mai 2004 « une obligation nationale ». Cependant les artistes plasticiens n’y ont actuellement pas accès.

Le déni de ce droit est toujours accompagné d’une argumentation byzantine sur la situation sociale des plasticiens : leur précarité financière rendrait impossible l’accès à une formation professionnelle, alors qu’ils sont maintenus dans cette précarité par une culture de la gratuité institutionnalisée; alors même qu’ils contribuent sans conteste au « développement économique et culturel » du pays.

Il convient donc de rappeler que la formation professionnelle a précisément pour but l’insertion professionnelle. Répondre à la demande de formation professionnelle des plasticiens nécessite avant tout que l’État ait le courage politique de s’affronter aux problèmes de ce secteur, condition sine qua non pour enclencher la création d’un dispositif approprié, nourri d’une réflexion globale sur la situation spécifique des plasticiens. Si l’on souhaite tenir compte des spécificités liées à leur activité et à leur situation sociale, il sera nécessaire de trouver des modes innovants de financement et sans doute différents des fonctionnements actuels des grands organismes de formation.

Principe :

Quelques pistes possibles de financement:

- une cotisation des artistes eux-mêmes, proportionnelle à leurs revenus. Cette cotisation ne doit

pas être liée aux critères d’ouverture des droits de la sécurité sociale-MDa, en privilégiant les artistes affiliés et en rejetant les assujettis.

- une cotisation des diffuseurs. (Galeries, ventes publiques, agences de communication

- des subventions régionales.

- des subventions du Fond Social Européen.

- directions du travail

Il n’est pas inutile également de rappeler que la mise en place de formations permettra de créer des

emplois pour un certain nombre d’artistes formateurs.

)

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

À La Réunion, ce manque de formation professionnelle est d’autant plus criant que les plasticiens sont en butte à une réalité professionnelle ardue du fait :

- de l’accès onéreux vers d’autres espaces créatifs (la métropole et aussi les pays de la zone), dont la

« fréquentation » est nécessaire pour parfaire leur pratique. En effet, un corpus artistique ne peut se

développer que s’il se construit conjointement à la découverte d’autres courants esthétiques.

- du nombre restreint de lieux de diffusion pour leurs productions artistiques; sachant que l’art visuel par définition se constitue et s’alimente en se confrontant au regard du public.

- de l’étroitesse du marché local de l’art.

Résultats escomptés :

Permettre une continuité de la formation pour :

- les jeunes artistes formés localement (notamment à l’école des Beaux Arts)

- les artistes en général en tenant compte des pratiques autodidactes qui sont très fréquentes à La Réunion

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Mesure 1.E Mise en place d'un RMAA (Revenu Minimum d’Activité Artistique)

Principe :

La mise en place du RMA permet sans doute de réfléchir à un RMAA (Revenu Minimum d’Activité Artistique). Cette extension de l’exception culturelle à la précarité ouvrirait des voies nouvelles aux pratiques professionnelles non conventionnelles tout en offrant aux artistes dont notre société a besoin des conditions de vie décentes, quoi qu’il arrive.

S’agissant d’un dispositif dérogatoire en ce qui concerne les critères et les modalités, mais pas dans son principe, les coûts supplémentaires que génèrerait un tel système sont très mesurés au regard du bénéfice social et politique de sa création. Ce dispositif pourrait accueillir dans un premier temps ceux qui ne pourraient plus entrer ou se maintenir dans les annexes 8 et 10 du fait des nouvelles règles. Il pourrait ensuite être étendu aux autres artistes, écrivains, plasticiens, selon le modèle d’autres pays européens.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

La Constitution de la Vème République autorise les DOM à sortir du droit commun au nom de l’expérimentation en raison de spécificités reconnues. Toutefois, cet article peut entrer en contradiction avec un autre article considérant qu’aucune dérogation à la loi organique n’est possible à La Réunion, adopté sur proposition des parlementaires réunionnais. (source CCEE)

Résultats escomptés :

- insertion professionnelle des artistes toutes disciplines confondues

- lutte contre la précarité et la pauvreté des artistes

Mesure 1.F Pour les agents du patrimoine : mise en place d'une formation de "guide- interprète"

Principe :

Cette mesure se décline en étapes :

a) - Mise en place de modules de formation débouchant sur un brevet labellisé de « guide-interprète

». Ces modules, financés conjointement par l’Etat et les collectivités territoriales (La Région, le

Département et les Villes qui sont propriétaires de musées), s’adresseront aux personnes déjà identifiées par leur expérience (comme les « guides péi »), ainsi qu’à toute personne souhaitant se former à cette pratique professionnelle.

b) - À la suite de cette formation labellisante, les textes régissant ce corps de métier pourront alors

s’appliquer sur l’île.

c) - Par des appels à projets, les collectivités ou particuliers détenteurs de lieux de visites permettront alors aux « guides - interprètes » d’intégrer leurs structures pour des visites payantes dont les recettes seront partagées entre la structure et le guide.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

La fréquentation des musées de La Réunion gagnerait à se développer. Il s’agit par cette mesure de renforcer l’offre de visites guidées, notamment auprès des touristes qui par nature constituent un public captif. Par ailleurs, cette mesure permettrait à des compétences locales déjà existantes d’exercer leur métier de « guides-interprètes » et de former de nouveaux professionnels.

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Résultats escomptés :

- accroître l’emploi culturel,

- favoriser les mesures d’insertion professionnelle pour des personnes ayant déjà des compétences en matière de visites de musées et de sites patrimoniaux,

- ouvrir le champ d’action des associations ayant le label « AAABM » : Association des Amis des

Archives, des Bibliothèques et des Musées » en leur facilitant l’intégration de compétences au sein

de leur structure,

- ré-impulser les politiques muséales de l’île par un développement de la médiation auprès des

publics.

- augmenter l’offre d’activités touristiques, sachant que La Réunion possède un nombre importants de sites patrimoniaux,

- favoriser l’appel des collectivités vers le secteur privé.

Mesure 1.G Augmentation du nombre de formations AFDAS sur le territoire.

Principe : Elargir le principe de continuité territoriale pour les intermittents du spectacle qui veulent suivre de la formation professionnelle.

Contexte

nécessitant

une

adaptation

des

pratiques

aux

spécificités

locales

:

Lorsqu’un

intermittent souhaite se former en Métropole, les frais de déplacement sont à sa charge.

Mesure 1.H Ouvrir les financements publics aux acteurs ayant des structures juridiques économiques autres qu'associatives.

Contexte : Actuellement les lignes de financements des différentes collectivités, affectées à la culture, sont essentiellement ouvertes aux projets des acteurs associatifs. Ce critère d’attribution ne prend pas en compte le rôle que peuvent jouer des initiatives développées à partir d’autres modes de fonctionnements que l’associatif, dans le développement de la filière culturelle, micro-entreprises, sociétés commerciales. Cette situation engendre plusieurs effets négatifs pour la structuration du secteur :

Afin de répondre à ces critères, des projets peuvent être mis en oeuvre sous forme associative sans que ce soit nécessairement la forme juridique la plus appropriée.

Certains projets se montent en articulant organisation associative (pour l’obtention de financements publics) et organisation commerciale, par défaut de pouvoir procéder autrement.

Dans d’autres cas, des acteurs travaillant à partir d’entreprises commerciales tentent de justifier que leur activité relève d’une fonction de service public, qui n’est portant pas la leur, générant une confusion entre exercer une fonction essentielle pour le développement d’un secteur et développer des missions de service public ;

Il s’agirait donc de développer, en concertation, des dispositifs d’aides ouverts aux porteurs de projets, quelles que soient leurs structures juridiques. Les critères d’aide seraient davantage orientés vers l’évaluation du projet, en prenant en compte la qualité professionnelle, l’impact en termes d’emploi, la capacité à créer du partenariat, la viabilité économique…

Résultats escomptés :

- Faciliter le développement de porteurs de projets travaillant sur l’accompagnement et le

développement d’artistes.

- Favoriser la présence, auprès des artistes, des métiers périphériques (managers, tourneurs,

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 60 •

producteurs, éditeurs,…) dont ils ont besoin dans leur processus de développement.

- Encourager le partenariat et la complémentarité entre les collectivités publiques, les structures conventionnées et les structures et microstructures économiques.

Mesure 1.I Accompagnement de l'enseignement et de la pratique de la danse sur tout le territoire de La Réunion

Principes :

Pour l'enseignement de la danse, création d'un centre habilité à former et délivrer les diplômes. Renforcement de la professionnalisation sur le territoire, en valorisant le BAFA, véritable relais en matière socioculturelle, l'EAT (examen d'aptitude technique) et le DE (diplôme d'Etat).

Pour la pratique, mise en place de centres de développement chorégraphique (sorte de maisons de la danse amateur) sur tout le territoire, afin de permettre une véritable visibilité des pratiques amateurs en matière de danse. Ces centres seront en lien avec le Centre Régionale Chorégraphique destiné aux professionnels.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

L'enseignement et la pratique de la danse, "des danses" (traditionnelles, urbaines), maintenus vivaces par des initiatives privées, manquent cruellement de soutien et de coordination sur le territoire. Une meilleure prise en compte par les pouvoirs publics notamment des pratiques amateurs des danses classique, modern jazz, contemporaine et surtout urbaine et traditionnelle est nécessaire. La formation et la délivrance des diplômes nécessitent encore aujourd'hui le départ vers l'Europe et cela sans suivi des postulants. Plusieurs expériences ont été négatives avec la non-obtention du diplôme. De plus les danseurs professionnels ou professeurs de danse ne reviennent pas à La Réunion. Il convient de favoriser la professionnalisation des danseurs sur le territoire de La Réunion.

des danseurs sur le territoire de La Réunion. Annexe 3 : La culture et l'économie Comment

Annexe 3 : La culture et l'économie

Comment ne pas se résigner à voir l’Economique déterminer les évolutions culturelles, sans pour autant laisser la Culture pâtir d’une dichotomie totale avec les logiques de marché ?

L’économisme ambiant ?

• Comment concilier la logique du marché fondée sur le profit et la logique de la Culture orientée vers la création du lien social et l’épanouissement de l’individu ?

• Comment faire de la Culture un vecteur de développement, tant économique (profit, emploi, …) que social (lien social, identité, …) ?

Dans le contexte réunionnais, la problématique peut être mieux ciblée :

• La Culture est-elle un moteur de développement économique et social, non seulement en termes

de création d’activités, mais également d’image de La Réunion à l’intérieur comme à l’extérieur ?

• Comment accorder à la culture sa dimension transversale aux diverses politiques publiques :

formation, culture, cohésion sociale, et même d’aménagement ?

• Comment valoriser l’image des activités culturelles (ou des acteurs) du point de vue de la société ?

(ou des acteurs) du point de vue de la société ? KILTIR PARTOU - juillet 2009

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Annexe 4 : Le RMI et le RSA, c'est aussi pour les artistes

Le grand nombre de candidats à des carrières artistiques et le faible nombre d'élus en ce domaine conduisent à une forte représentation du secteur culturel parmi les bénéficiaires du revenu minimum d'insertion (RMI) et sans doute bientôt du revenu de solidarité active (RSA). Ceci vaut notamment dans les grandes villes, sièges d'une importante activité culturelle, et plus encore à Paris. Sur les 54.595 allocataires du RMI au 31 décembre 2007, la capitale compte ainsi environ 8.000 artistes. La même situation se retrouve en matière de communication, secteur dans lequel Paris est également surreprésentée avec environ 2.000 allocataires.

Cette situation a conduit la ville à commander à l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa) - créée en janvier 2006 à l'initiative de Martin HIRSCH - une étude intitulée "Lever les obstacles au retour à l'emploi dans les secteurs du spectacle et de la communication". Ses résultats montrent le profil particulier des allocataires issus du secteur artistique, qui justifie la mise en oeuvre d'actions spécifiques d'insertion : majorité d'hommes (59% et jusqu'à 94% dans certaines filières techniques du spectacle comme les métiers du son), niveau de formation le plus souvent élevé, travail intermittent… L'étude passe également en revue, avec un regard critique, différentes explications possibles à ce poids des artistes parmi les allocataires du RMI : effet de la réforme du régime des intermittents du spectacle, nombre d'artistes trop important par rapport aux possibilités d'emploi, offre culturelle insuffisante, inadaptation du dispositif RMI…

Le rapport de l'Ansa propose un ensemble de mesures regroupées en quatre axes.

- Le premier consiste à mettre en place un suivi, un accompagnement et des lieux communs.

Ce nouveau dispositif remplacerait l'actuelle cellule d'appui aux artistes, mise en place par la ville de Paris et jugée "très peu développée dans ses rôles et missions".

- Le second axe consiste à augmenter les débouchés et à "stimuler l'emploi" des allocataires

du RMI, grâce à la valorisation des cultures de communauté, au développement des activités d'éducation artistique et culturelle, à la diversification des budgets d'action culturelle et à la modification des critères d'attribution des aides.

- Le troisième axe propose de soutenir les projets collectifs et de mettre à disposition des

outils utiles à ces projets, en particulier à travers la création d'une coopérative d'activité culturelle.

- Enfin, le quatrième axe doit permettre de mieux concilier ressources de solidarité et revenus d'activité pour éviter les "trappes à RMI" et offrir une vraie alternative aux allocataires artistes. À ce titre, le rapport juge le RSA particulièrement bien adapté au secteur culturel et propose d'engager une réflexion sur la mise en place d'un statut alternatif à celui d'allocataire du RMI, ouvert aux artistes qui le souhaitent. Les propositions relatives au secteur de la communication s'inspirent assez largement de celles formulées pour la culture, avec toutefois une proposition originale : la création d'une agence de conseil en communication d'insertion.

Le plan départemental d'insertion (PDI) 2008, adopté par le conseil de Paris le 7 juillet 2008, reprend notamment l'idée d'un accompagnement renforcé. La ville va donc lancer prochainement un appel d'offres en vue de mettre en place un dispositif d'accompagnement personnalisé des allocataires artistes. Jean-Noël Escudié / PCA

des allocataires artistes. Jean-Noël Escudié / PCA KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ

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Annexe 5 : Société Coopérative d'Intérêt Collectif

Les Sociétés Coopératives d'Intérêt Collectif (SCIC)

L’analyse du contexte actuel fait apparaître :

- Un besoin en matière de cohésion sociale, d’environnement et de revitalisation des territoires

- Un processus continue de décentralisation

- Une multiplication nécessaire des partenariats publics/privés.

Dans ce cadre, la SCIC est une des réponses les plus prometteuses pour des projets qui concilient efficacité économique et utilité sociale.

Elle permet en effet :

- D’impliquer dans le développement de l’entreprise, l’ensemble des parties prenantes (salariés, initiateurs, bénéficiaires, collectivités locales),

- D’associer partenaires publics et privés,

- De préférer un système de gestion « sans but lucratif » tout en fonctionnant en SA ou SARL,

- D’entreprendre autrement au service d’un territoire.

Contexte nécessitant une adaptation des pratiques aux spécificités locales :

Les collectivités territoriales et les entreprises locales doivent apprendre à travailler ensemble, être associées autour d’un objectif collectif. Un changement des mentalités doit s’opérer afin que la SCIC puisse jouer son rôle de société économique de développement local à plus value sociale.

Résultats escomptés :

- Permettre aux acteurs culturels de jouer un rôle dans la société, en associant dans le projet un

grand nombre d’acteurs locaux.

- Resserrer les liens entre artistes et habitants par une visibilité des actions culturelles sur le

territoire partagé.

- Développer l’emploi artistique et culturel en décuplant les sources de financements des structures « employeuses ».

sources de financements des structures « employeuses ». KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON

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Annexe 6 : Analyse et propositions d’un

Projet danse Le CIA - Comité pour l’indépendance des arts

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Annexe 6 : Analyse et propositions d’un

Projet danse Le CIA - Comité pour l’indépendance des arts

La Réunion représente l’un des grands carrefours mondiaux de la danse, du fait de sa situation géographique et de la diversité de sa population. C’est, par excellence, le lieu où est possible la mise en présence de différents types de danses, issus de traditions multiples, et parfois créolisés. Beau terrain pour le « comparatisme chorégraphique » de qui se demanderait ce qui distingue l’ondulation de la danseuse orientale des trémulations de la danseuse africaine ou des coups de reins du saleg.

La danse déroule à nos yeux, de la manière la plus éclatante et la plus festive, l’arc-en-ciel humain de notre île. Ici plus qu’ailleurs, le climat favorise les manifestations en plein air. Aussi la danse participe-t-elle de notre vie quotidienne, rythmée par les calendriers des festivités et des différentes religions. Ici, des « kariokas » se trémoussent sous le soleil du Grand Boucan ; là, des rondes gracieuses animent les processions organisées pour le nouvel an tamoul ; là encore, une réunion sportive est ponctuée par les danses de « pom pom girls » malbaraises ; au Barachois, pour le 20 décemb’, des kafs sont réunis pour un kabar au bord de la mer.

L’enchantement visuel procuré par les manifestations d’un groupe tend bien sûr à en produire une image positive. Ces aperçus instantanés ne peuvent que contribuer à une coexistence heureuse de toutes les diversités, pour le meilleur et l’harmonie de la communauté réunionnaise. La danse, c’est l’appât d’une curiosité bienveillante envers la culture et les rites festifs de l’Autre. Curiosité à usage interne, ou disponibilité aux apports extérieurs – jazz, tectonique… - que La Réunion, avide d’Ailleurs toujours renouvelés, ne se prive pas d’intégrer.

Mais cessons de rêver à la rencontre de toutes ces couleurs et de nous extasier sur la fonction identitaire, sur la force de cohésion que représentent dans notre vie quotidienne ces pratiques chorégraphiques, « sauvages » ou organisées.

Et posons-nous deux questions qui font mal :

• Pourquoi le nombre de compagnies réunionnaises invitées à se produire en France et à l’étranger reste-t-il limité ?

• Pourquoi les centres de danse locaux doivent-ils pour la plupart faire appel à des danseurs et à des professeurs étrangers ?

Ces questions mettent en évidence l’échec d’une politique se résumant à chercher des solutions à l’extérieur, du côté de la mobilité des jeunes, d’une part, du côté de l’importation des compétences sur l’île, d’autre part. Oui, les échanges sont vitaux. Dans une phase préalable, ils seront utilisés en vue d’une autonomie future de La Réunion en matière de formation et de création, avec pour objectif, d’obtenir dans le domaine de la danse des résultats comparables à ce que l’on peut constater au niveau du sport.

Notre projet prétend offrir une réponse dans une série de mesures concrètes, réalistes, incitatives et dynamisantes au service de l’éducation artistique et de la création chorégraphique. Il repose sur l’idée que la garantie d’un minimum vital pour les artistes est nécessaire, mais pas suffisante. La culture est un droit. La considérer comme une ressource potentielle pourrait la faire entrer dans une dynamique favorable, où les investissements privés et publics seraient générateurs

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de profits – créateurs d’une forte « valeur ajoutée » sur les plans moral, humain, économique. Quiconque a vécu en métropole peut sonder à quel point La Réunion est méconnue, à la différence des Antilles. Pourquoi ne pas faire de la danse l’une des ambassadrices de La Réunion, de ses compétences, de ses productions locales, de son tourisme, dans l’hexagone et à l’étranger ?

Ce projet repose sur le principe de l’exception culturelle : l’Etat et les collectivités doivent investir dans la culture, l’éducation et la création artistiques ; ils doivent aussi accorder à l’art un statut préférentiel, quitte à en attendre des retours sur investissement, directs ou indirects. D’un point de vue formel, on n’a pas, ici, choisi de disjoindre les principes, les mesures et les spécificités locales. Les différents angles de la question abordée sont mis en lien les uns avec les autres.

Chapitre I

Gouvernance

- Au plan local, se donner les moyens de créer un équilibre entre une diversité d’organes

compétents et une gestion d’ensemble cohérente des crédits, des « politiques culturelles » et des attributions.

- Mise en place d’une concertation des acteurs culturels de l’île (artistes, administratifs, politiques) sur les critères de « l’expertise artistique » dans le domaine de la danse :

+ Comment le personnel des instances culturelles est-il recruté ?

+ Selon quels principes les équipes des instances de décision sont-elles composées ?

+ Est-il légitime que les instances de décision favorisent un courant artistique et, si oui, sur

quelle base ; ou bien doivent-elles faire preuve d’éclectisme ?

- Création à La Réunion d’un bureau indépendant des alternances politiques qui, faisant

intervenir selon une proportion constante des personnalités extérieures, superviserait avec la plus grande neutralité possible la gestion de tous les dossiers de demandes de subventions déposés auprès des organismes relais, chargés de faire remonter les propositions depuis la base. Ce bureau,

une sorte de « cour suprême » des affaires culturelles, travaillerait dans un esprit délibérément indépendant des options politiques, des styles et des appartenances religieuses et « groupales » avec pour seuls critères la qualité des artistes impliqués et la pertinence des projets

- À l'égard du public et des artistes, transparence et mise à jour régulière des comptes pour

les centres culturels, les attributions de crédits (informations diffusées sur Internet), l’emploi des

subventions.

- Création d’un Office Régional de la Danse

- Création d’un Centre Chorégraphique Régional (ou d'un centre habilité pour la formation au D.E.)

- Institution régulière de grands rassemblements autour de et par la danse (associer la danse aux grandes célébrations nationales et locales).

Chapitre II

Formation/éducation artistique

Éducation du grand public

- Créer un schéma dans les quartiers et dans les villes selon les principes suivants :

+ établissement d’un plan définissant le ratio entre l’implantation d’antennes culturelles locales et la

population dans les différents quartiers des 24 communes de l’île,

+ respect de ces quotas pour une politique culturelle de proximité,

+ implication des citoyens (tissu associatif), de l’Etat, de la ville et de la région dans cette politique

culturelle de proximité .

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- Développer toutes les mesures sociales et budgétaires permettant aux plus modestes et à

toutes les tranches d’âge d’accéder à des loisirs artistiques de qualité :

+ différenciation des tarifs + création d’un pass pour les jeunes : possibilité, grâce à ce pass, d’obtenir des cours à tarifs réduits.

- Favoriser la place de la danse dans les écoles

Formation des futurs formateurs

- Développer des préparations au BAFA, comme premier pas dans un parcours de formation

diplômante, préparant aux métiers de l’éducation artistique (danse…), même pour des jeunes

n’étant pas en possession du bac.

- Transposer le principe de la VAE (validation des acquis de l’expérience) aux pratiques artistiques.

- Réactiver l’EAT : examen d’aptitude technique (premières unités de valeur nécessaires à

l’accession au diplôme supérieur, le D.E. ou diplôme d’Etat) / Rappel de l’unique précédent sur l’île en la matière : compagnie Ismaël Aboudou.

- Voir plus haut : nécessité impérieuse de créer à La Réunion un lieu préparant d’un bout à

l’autre les jeunes au D.E. [actuellement, les jeunes doivent aller se former en métropole ; des

sommes considérables sont englouties en pure perte dans leur mobilité sans aucune retombée positive pour La Réunion : aucun jeune ne revient avec son diplôme en poche].

- Ces formations seraient ouvertes à la région Océan Indien (Mayotte, Maurice, Réunion, Madagascar), [sélection des candidats par la visioconférence].

- Encourager la mobilité des jeunes (échanges à double sens de La Réunion vers la métropole et inversement), mais à charge de mettre sur pied un dispositif de suivi des jeunes artistes Réunionnais en déplacement et en phase de retour au pays natal.

Chapitre III

Valorisation et diffusion du patrimoine et de la création locale

La valorisation et la diffusion passent par trois mesures :

- Stimuler l’intérêt pour la création dans l’Océan Indien

- Développer des échanges avec la métropole

- Développer des échanges avec l’étranger

- Valorisation de la culture et de la création chorégraphiques locales

- Ouverture des scènes locales aux compagnies locales, dans l’objectif de parvenir, à court et moyen terme, à la parité avec les interventions des artistes extérieurs.

- Préservation et redynamisation du patrimoine local par l’interaction entre la recherche,

la culture du témoignage et la fête (moringue, bals poussière, kabars, séga, maloya, jako).

- Redynamisation du Nord et de l’Est de l’île en matière de programmation artistique.

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- Reconnaissance du patrimoine populaire réunionnais en matière de danse et de la

danse urbaine.

- Restauration, modernisation et réutilisation de locaux déjà existants.

- Intégration aux établissements déjà existants ou création autonome d’un centre de

documentation (archives) spécialement dédié à la mémoire de la danse dans l’Océan Indien avec une priorité accordée à la collecte d’informations et de documents sur La Réunion.

+ Ce centre répondra aux critères de fonctionnement et de qualité d’un organisme d’Etat.

- Encouragement des travaux de recherches sur la danse, son histoire, son langage, ses spécificités à La Réunion, par les instances locales et nationales.

+ bourses régionales, MCUR, allocations de recherches

+ création à l’Université d’un département des Arts du Spectacle et de postes budgétaires en rapport

avec cette spécialité [un poste de professeur et un poste de maître de conférences].

- Création de festivals de danse d’une portée internationale.

- Création d’une émission de télé pour les passionnés de danse (des activités de loisirs au programme des spectacles et des festivités).

- Développement des interactions entre les arts (théâtre, danse, comédie musicale, poésie, cinéma, photographie, peinture…).

- Valorisation par le développement des échanges avec la métropole et l’étranger

ou

métropolitains :

+ inscrites dans des contrats pluriannuels (deux à trois ans, renouvelables).

+ incluant une coopération autour de projets pédagogiques et artistiques communs

+ ayant une résonance du point de vue de l’animation culturelle des villes à La Réunion (spectacles, stages,

conférences)

- Identification ou création de lieux d’accueil pour les professeurs de danse et chorégraphes étrangers ou métropolitains.

- Mobilité dans les échanges : Tarifs préférentiels sur les billets d’avions, subventions

annuelles régionales pour la mobilité des professeurs et des compagnies réunionnais en métropole et

à l’étranger.

Conventions

temporaires

des

centres

locaux

avec

des

centres

étrangers

-

Chapitre IV

Questions de droit

- Droit à l’emploi et lutte contre le chômage des artistes.

- Création d’une agence spécialisée pour l’emploi des artistes

+ dotée d’un site permettant à chacun de consulter les fiches professionnelles de tous les

artistes de La Réunion qui le souhaitent

+ Elle centraliserait les offres et demandes

+ Elle mettrait directement en rapports les employeurs potentiels et les demandeurs

d’emplois.

- Reconnaissance des diplômes, y compris de ceux qui ont été passés à l’étranger.

- Alignement, pour le secteur culturel, des organismes privés et publics en matière d’exonération.

- Soutien financier de l’Etat, compte tenu des retombées des entreprises culturelles en termes d’emploi et de formation.

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- Classement en zone franche des centres de danse assurant une mission publique au regard de la culture.

- Prise en compte du nombre d’heures effectuées par les artistes en création, alors

qu’aujourd’hui, compte tenu des tarifs syndicaux, les subventions accordées aux spectacles ne couvrent pas les heures réellement consacrées à la préparation de prestations de haut niveau.

- Fin de la discrimination entre les compagnies amateurs et privées, au regard de critères plus objectifs, tels le succès et la reconnaissance procurés par le public

Chapitre V

Questions de médiation

- Compte tenu de la difficulté des déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de l’île, mise à

la disposition des artistes réunionnais de ressources mutualisées de moyens de communication à distance (accès à la visioconférence, équipes intervenant pour le conseil sur la création de sites, de

blogs…)

- Création, dotation en personnel pour la mise à jour et le financement d’un site régional

centralisant des liens vers tous les sites répertoriés à La Réunion en termes de culture - avec

possibilité d’inscription aux cours et d’achat de places en ligne

- Création à Paris, à Lyon et à Marseille, d’antennes permettant de favoriser concrètement les contacts entre la métropole et La Réunion pour :

- la reconnaissance et l’exportation des créations réunionnaises

- développement du tourisme culturel à La Réunion (alternative à la plage et aux randonnées) [coordination de la culture et du tourisme en vue de proposer des vacances combinant les activités habituelles et des propositions de spectacles et de stages de danse permettant la découverte de l’île du point de vue de l’art, de la littérature, etc. …]

- la régulation des échanges entre la métropole et La Réunion en termes de formation artistique :

+ elle jouerait un rôle d’orientation

+ elle donnerait des pistes pour permettre aux jeunes en formation de se loger.

- Création d’une maison de danse amateur.

- Création d'un centre de développement chorégraphique.

Création d'un centre de développement chorégraphique. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN

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Annexe 7

Descriptif et analyse de la « géographie » des acteurs du secteur artistique

mis en relation avec les propositions de la commission "Secteur professionnel de la culture et économie culturelle" de KILTIR PARTOU

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« Géographie » des acteurs du secteur artistique

Il s’agit d’une chaîne « d’acteurs » qui, par les échanges qui les relient les uns aux autres, tissent un écheveau qui détermine la vie artistique à La Réunion. Ce document tente de décrire les fonctions et actions des uns et des autres.

Orientations générales des politiques cult. et édiction des dispositifs de soutien aux disciplines artistiques

Attribution des subventions allouées aux projets montés au niveau local.

Création et

d’entre

Programmation /

certains

eux, Création

Aide à la

pour

La Création

*

1- Les instances chargées de définir les grandes orientations des politiques culturelles locales

La Préfecture, le Ministère de la Culture, les Présidences de la Région et du Département, les Communautés de Communes* et les Mairies* : Là sont définies les grandes orientations des politiques culturelles publiques émanant des collectivités territoriales et de l’Etat (qui sont, pour ce dernier, mises en œuvre localement par le service déconcentré qu’est la DRAC) : Y sont établis les dispositifs de soutien à la création artistique et sont votées les enveloppes budgétaires des services administratifs.

2 - Les organes décisionnels des politiques publiques en matière

Directeur et les Conseillers de la DRAC qui décident en prenant appui sur un organe consultatif : le Comité d’experts ) : Cet échelon érige les « directions opérationnelles » conformément aux grandes lignes des politiques établies au niveau supérieur tout en harmonisant les « besoins » qui remontent des échelons inférieurs : C’est là que se décide le montant des dotations financières attribuées aux structures culturelles (échelons 4 et 5) et aux projets individuels émanant des artistes « indépendants » (échelon 6).

artistique

(Les

Commissions

Culture

des

collectivités

territoriales,

le

3- Les directeurs administratifs des services ( Conseillers de la DRAC,

directeurs des services administratifs des collectivités territoriales (Région, Département, Communautés de communes, Villes)) : sont en prise directe avec les demandes émanant « du terrain », instruisent et présentent les dossiers de demande de subventions aux « organes décisionnels ».

4 - Les lieux de diffusion / centres de création

Les lieux revêtent une large diversité en fonction de leurs statuts (centre dramatique, scène conventionnée, théâtre municipal, etc…) et donc en fonction de leurs missions et du cahier des charges qui s’y rapporte.

5 - Les structures artistiques et de production :

Employeurs directs d’artistes, de techniciens, chargés de production et de diffusion, …

6 - Les artistes et techniciens « indépendants » :

artistes, techniciens,

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Analyse du schéma de la « Géographie des acteurs du secteur artistique »

Remarques préliminaires

• Cette « géographie » a d’abord été envisagée au regard des financements publics du Théâtre. En

effet, la personne qui a rédigé ces observations travaille dans ce secteur (en tant que comédienne et responsable de compagnie, elle fait partie à la fois des niveaux 5 et 6)

• À bien des égards, d’autres disciplines artistiques peuvent aussi se retrouver dans ce schéma:

- l’ensemble du spectacle vivant : Musique, Danse, Arts du cirque, Marionnettes, …

- les Arts plastiques,

- le secteur du Patrimoine

- la Création littéraire,

- le Cinéma, …

• Ce schéma ne vise pas l’exhaustivité. La création artistique peut en effet avoir d’autres modes de financements comme les financements européens ou encore le partenariat privé.

• L'esquisse réalisée a pour objectif de décrire la configuration d’un système, de faire une analyse critique de certains de ses rouages et partant d’ouvrir sur de nouveaux axes de développement.

Analyse générale de cette « géographie »

Idéalement, cette structuration des financements publics pourrait fonctionner harmonieusement car les acteurs de « cette géographie » détiennent à chacun des maillons, des fonctions différentes et complémentaires.

Mais malheureusement, son aspect pyramidal a généré des effets pervers qui se trouvent amplifiés par la diminution actuelle des financements publics de la culture. Parmi ces effets pervers, on peut trouver :

- La transformation du pouvoir (qui est déterminé essentiellement par trois facteurs : la détention

des moyens financiers, de l’information et du rôle décisionnel) en abus de pouvoir, traduit par la rétention des moyens financiers, de l’information et l’amplification exagérée du rôle décisionnel.

Il faut aussi noter deux éléments : Au fur et à mesure que l’on descend dans la pyramide, on observe une diminution graduelle de ce pouvoir. Et par ailleurs, le système ne dispose pas en interne d'instances de régulation visant à rectifier les abus de pouvoir. Ce rôle habituellement dévolu aux syndicats (quand bien même ils peuvent eux aussi recréer au sein de leurs organisations les mêmes mécanismes tout aussi pervers) n’a en tout cas à La Réunion aucune action déterminante dans le secteur artistique.

Conséquences de cette situation : La pression exercée sur les derniers échelons est d’autant plus forte que les abus de pouvoir sont importants; or ceux-ci n’étant pas régulés, ils sont légion.

Sous cette pression, les derniers échelons sont renvoyés à leur individualité, (individualisme, qui, il est vrai, est déjà latent chez certains artistes et acteurs culturels aux « ego » démesurés : « je suis le meilleur, le seul valable sur la place »). Le phénomène qui en découle est celui de l’atomisation des équipes artistiques procédant de la multiplication des propositions artistiques (ce qui en soi est signe

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de dynamisme du secteur), portées par un nombre croissant de « structures de production » (échelon 5 : compagnies de théâtre, de danse, groupes de musique, structures de management…) qui mettent en place des stratégies de développement individuel.

Ces stratégies peuvent avoir un versant bénéfique, comme la recherche de propositions artistiques innovantes. Mais elles peuvent aussi tomber dans deux travers, à savoir :

- le jeu du clientélisme : les décideurs ayant un mandat politique, favorisent dans leurs

décisions les acteurs culturels qui, en retour, leur apportent des bulletins de vote au moment des élections,

- ou encore le fonctionnement en « réseau de connivence » qui procède de la même

manière que le clientélisme à ceci près que les enjeux ne sont pas les élections mais la mise en relation de personnes ayant des affinités d’intérêt ou de complicité. Il peut s’agir de réseaux

amicaux, familiaux, ou professionnels fonctionnant sur le mode de « l’échange de bons services »…

- Le corollaire des deux effets précédemment cités est le manque de transparence des

espaces où se prennent les décisions : les critères d’attribution des financements deviennent complètement opaques.

Tout cela conduit à brouiller le fonctionnement « normal » de l’ensemble du secteur, mettant « sur la touche » ou en grande difficulté les acteurs qui ne fonctionnent pas selon ces stratégies. De fait, c’est le secteur global de la création qui en pâtit.

Abus de pouvoir, atomisation des structures artistiques, clientélisme, fonctionnement en « réseau de connivence », manque de transparence des espaces où se prennent les décisions, … : voilà posée en quelques lignes une liste peu reluisante d’effets pervers du système. Ces effets ont des conséquences directes sur les mentalités.

Conséquences de cette structuration sur les mentalités

La structure pyramidale induit une vision hiérarchisée des fonctions et pouvoirs; et parallèlement aux effets pervers décrits plus haut, les acteurs du système ont pu adopter des attitudes devenues tellement réflexives qu’elles sont intégrées dans les mentalités comme étant « habituelles ».

Ces attitudes et actions sont tout à fait délétères, mais personne n’ose vraiment les dénoncer. Il est vrai aussi qu’à La Réunion, outre le fait qu’il n’y a pas d’instance de régulation au sein du secteur artistique, le milieu est constitué par un petit cercle d’acteurs qui se connaissent et ont des liens plus ou moins resserrés d’interdépendance. Dénoncer ces actions reviendrait donc à s’exposer à plus ou moins court terme à des retours de bâtons

On rencontre toutes sortes de variantes:

- Subtiliser les projets d’un autre acteur à son profit,

- Faire pression sur un acteur d’un échelon inférieur pour asseoir son pouvoir

- Être à la course à la manne financière et par un jeu de connivence avec les décideurs, favoriser la création d’un dispositif financier « taillé sur mesure » qui corresponde exactement à la nature du projet artistique pour lequel sont demandés des crédits

- Utiliser son réseau d’influence pour obtenir des « faveurs », ce qui du même coup, défavorise les autres acteurs - Adopter une attitude de condescendance généralisée qui parcourt l’ensemble du système, …

généralisée qui parcourt l’ensemble du système, … KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 74 •

Quelques pistes de résolution et axes d’action pour un développement plus harmonieux du secteur artistique

A) Transformer la vision pyramidale au profit d’une vision « circulaire »

Il s’agit de décloisonner cette vision « par étages », en y instillant d’autres réflexes de comportement. Autrement dit, de transformer la vision pyramidale au profit d’une vision « circulaire » sachant créer entre les acteurs des ponts qui favorisent des circuits d’échanges plus « harmonieux » …

Car heureusement, qu’existent aussi, au sein du système, d’autres types de comportements, comme :

- La concertation entre les différents maillons du système (Echanges constructifs entre décideurs et acteurs, co-production que l’échelon 4 octroie à l’échelon 5, travail de médiation que les artistes proposent aux salles de diffusion pour favoriser le développement de leurs publics, etc.)

- La volonté de certains acteurs appartenant au même maillon de mutualiser leurs moyens (Echanges entre les directeurs de services administratifs de l’échelon 3 qui élaborent des montages financiers concertés pour des projets portés en commun, harmonisation de la programmation entre les acteurs de l’échelon 4, volonté des acteurs de l’échelon 5 de mettre en commun leurs compétences dans les domaines de l’administration, la production, …)

Au-delà de ces comportements « circulaires » qui fonctionnent déjà naturellement, il s’agit :

- d’une part de créer des espaces et dispositifs d’échange qui impliquent plus de concertation entre acteurs, - et d’autre part, de donner une plus grande place à La Culture au sein des grandes orientations des politiques publiques (Europe, Etat, Région, Département, Communautés de communes, Villes) ; surtout en ces temps de crise où la Culture, vecteur de « lien » et de « sens » a un rôle important à jouer face aux questions sociétales que se pose le monde actuel.

B) Mesures proposées dans le document de la commission « secteur professionnel de la culture » de KILTIR PARTOU qui favorisent la concertation entre acteurs et qui donnent une plus grande place à la Culture dans les orientations des politiques publiques

• Création d’une agence trans-disciplinaire à la démarche participative et collective (Mesure 2 du chapitre 1) : cette agence s’apparenterait à une maison des artistes où ceux-ci pourraient trouver des compétences en matière d’aide administrative, soutien au montage de projets, aide juridique, etc…(cela permettrait de favoriser les liens entre artistes et donc de rectifier le phénomène d’atomisation décrit plus haut).

• Encouragement au mécénat culturel (Mesure 3 du chap. 1) : cette mesure permettrait de

resserrer les liens entre le monde de l’entreprise et le secteur artistique et culturel et d’élargir l’espace vital du secteur en lui offrant des moyens financiers plus importants.

• Création d’un centre de traduction et recherche artistique (Mesure 4 du chap. 1) : Il s’agit

d’un espace d’échange entre artistes, un lieu de création ouvert sur différents champs disciplinaires qui aura pour objectif de « booster » l’inventivité des créateurs de La Réunion dans ce que notre île, terre de création endémique, peut offrir d’inédit.

KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ AN NOU • 75 •

• Mise en place d’un fonds d’aide à la création artistique (mesure 1 du chap. 3) : Cette

mesure permettra de resserrer les liens entre l’Etat et les Villes (puisque cette bourse vise à mettre en commun des fonds qui pourraient être gérés conjointement par la DRAC et l’Association des Maires de la Réunion (AMDR). Elle a aussi pour objectif de soutenir l’action des artistes dans les villes (resserrer le lien entre territoire et création artistique)

• Critères quantitatifs et qualitatifs dans l’attribution des financements (mesure 3 du chap.

3) : Cette redéfinition des critères d’attribution a pour but de rectifier certains méfaits du système que sont le clientélisme, le fonctionnement en « réseau de connivence », ou encore le manque de transparence des espaces où se prennent les décisions.

• Conforter les lieux de diffusion et d’exposition dans les deux missions que sont le soutien

à la création et la diffusion des œuvres artistiques (mesure 7 du chap. 3), ainsi que l’Ouverture de 50% de la programmation des salles de spectacles aux productions locales (mesure 8 du chap. 3). Ces deux mesures conjointes ont pour objectif de resserrer les liens entre les salles de diffusion et les équipes artistiques, dans une prise en compte plus systématique du devenir des productions locales, avec des efforts communs portés sur l’évolution de la qualité artistique des œuvres produites à La Réunion (un spectacle se bonifie d’autant plus qu’il est joué devant un public). Elles permettent aussi de renforcer l’impact de l’activité des maillons 4 et 5 sur l’emploi artistique et culturel sur le territoire.

Pour toutes ces raisons, ces deux mesures ouvrent sur un mode de relation entre les niveaux 4, 5 et 6 plus propice à un échange « circulaire » et non plus uniquement envisagé (comme c’est souvent la pratique) dans une vision « pyramidale ».

• Intégration de la Culture dans le programme GERRI et dans les grandes politiques

publiques de Développement Durable (mesure 8 du chap. 3) : Donner sa place pleine et entière à La Culture, 4 ème pilier du développement durable dans les grands projets structurants soutenus par l’Europe et/ou l’Etat.

projets structurants soutenus par l’Europe et/ou l’Etat. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON LÉ

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Annexe 8

Quelques axes de réflexion sur le développement de la production audiovisuelle à La Réunion.

En 2009, le secteur de la production audiovisuelle réunionnaise est à un tournant de sa jeune histoire. Après des débuts «artisanaux» et créatifs, les sociétés de productions locales rencontrent des freins à leur développement qu’il me paraît important d’appréhender dans leurs complexités.

1 • Etat des lieux

Une cinquantaine de sociétés de production existent à La Réunion. Elles font vivre quatre-vingts personnes directement et environ 150 intermittents du spectacle (techniciens et comédiens).

Chaque année, il se produit à La Réunion :

• Une soixantaine de films dont 80% de documentaires et 20% de fictions (du court-métrage),

• 16 téléfilms (fiction télé de 90 minutes) de producteurs métropolitains se sont tournés ici en 8 ans.

• 4 séries télé (sitcom) ont été réalisées localement.

• Il y a environ une dizaine de clips vidéo réalisés chaque année.

• Plus de 100 publicités sont tournées annuellement.

• Enfin, une dizaine de projets sont en écriture (en développement) en 2009.

Il est indéniable que localement, la production audiovisuelle est importante. Il se produit beaucoup plus de films à La Réunion que dans une région métropolitaine (hormis Paris).

2 • Freins au développement

L’éloignement de la métropole et donc le prix des billets d’avion est un problème récurrent sur les tournages de téléfilms. On estime à 20% le surcoût (sur un budget de 400 000 environ) dû au transport par rapport à un tournage hexagonal.

Tous les producteurs qui sont venus ici se plaignent du fait qu’ils retrouvent des prix équivalent à ceux de la côte d’azur…

Plus le temps passe et plus les problèmes de déplacement (embouteillages) deviennent envahissants pour la logistique d’un tournage.

L’étroitesse du marché local empêche l’implantation de sociétés de location de matériel de cinéma.

Les sociétés locales sont de taille réduite. Elles devraient se regrouper, pour être crédibles par rapport au groupe de sociétés métropolitaines et européennes.

La concurrence des autres régions françaises, mais aussi celles des autres régions européennes (pays de l’est, Malte, etc.) et même des pays méditerranéens (Maroc, Algérie, etc.) est de plus en plus

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agressive. La Réunion a un déficit d’image important en Europe et est, de ce fait, peu reconnue. Les producteurs Européens n’ont pas le « réflexe » Réunion… Il manque une structure à Paris facilitant le travail d’approche des producteurs nationaux et internationaux.

La formation des équipes de tournage même si elle s’est améliorée (grâce notamment à L’ILOI au Port), n’autorise pas encore « l’autosuffisance » pour prétendre par exemple, à la production de longs métrages.

Il n’y a pas actuellement de coordination des services de l’état et des collectivités locales pour faciliter l’organisation d’un tournage. À ma connaissance, il n’existe pas en métropole de collaboration de ce genre. La Réunion pourrait donc avoir un rôle pilote en la matière à condition que l’on développe vraiment le concept « La Réunion, terre de tournage ».

La coopération régionale ne fonctionne pas. Elle serait pourtant nécessaire dans le cadre par exemple d’un tournage de film français qui souhaiterait être tourné à Madagascar. La Réunion pourrait alors devenir « le porte-avion français » dans la zone Océan Indien et ainsi, permettre l’organisation d’un tournage aux normes européennes.

3 • Axes de recherche

- Baisse du coût du transport et du coût de la vie à La Réunion

- Visibilité de La Réunion à Paris

- Coordination entre les services de l’état et les collectivités locales

- Formation des jeunes aux métiers du cinéma

- Coopération régionale renforcée

- Création d’une structure d’accueil des tournages. Il en existe déjà une (l’ADCAM) mais qui reste à développer. - Simplification des demandes d’autorisation de tournage sur les routes nationales et sur l’implication éventuelle des forces de police.

4 • Synthèse

Dans une période où l’argent public devient rare, il est important de trouver ensemble des solutions souvent de bon sens qui ne sont pas forcément budgétivores. La communication et la coordination entre différents secteurs comme la préfecture, les collectivités, les chambres consulaires sont à mon avis une des clés du succès que pourrait rencontrer La Réunion sur les marchés nationaux et internationaux.

Les actions de formation des jeunes aux métiers de l’audiovisuel sont fondamentales pour garder un marché intérieur fort. Par la suite, ces jeunes ainsi formés, pourront transmettre un savoir-faire dans tout l’Océan Indien. Le poids de l’état français peut être primordial dans le renforcement de la coopération régionale. Cela peut permettre au savoir-faire réunionnais de s’exporter dans la zone Océan Indien.

réunionnais de s’exporter dans la zone Océan Indien. KILTIR PARTOU - juillet 2009 - LA RÉNYON