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Maurice Allais

.Nobel de Sciences Économiques

.~ , .

Repenser les' vérités établies

CLÉMENTJUGIAR
Éditions juridiques et économiques
Pour la réforme
. de la fiscalité

Sommaire

Introduction 11

I. Principes généraux de la fiscalité d'une


société humaniste et progressiste . 15
II. Les fiscalités actuelles . 25
III. Esquisse d'une fiscalité répondant
pour l'essentiel aux exigences d'une
société humaniste et progressiste ... 37
IV. Le passage des fiscalités actuelles à
la fiscalité suggérée . 57
V. Réponses sommaires à quelques
objections . 63
VI. La réforme fiscale suggérée et les
© 1990 - AAL - Ed. CLÉMENT JUGLAR , 't's
« ven e e'tabl'leS» .....•..•...........•.. 89
ISBN 2-90873500-8
Notes ......................... . 95
Références . 107
Index . 115
Table des matières . 123

Je suis soutenu dans tout ce livre par l'espoir, peut·être fallacieux,


que la vérité finit par faire du bien, à la longue, même si elle
commence par causer quelque trouble.
John Maynard Keynes
Nouvelles considérations sur les
conséquences de la Paix, 1922

Tout imp6t qui absorbe la personnalité humaine, qui tarife


l'homme, l'individu, qui vient lui demander compte de ce qu'il
gagne, de ce qu'il fait, de ce qu'il possêde, de la manière dont
il travaille, est en contradiction avec la loi d'affranchissement de
l'homme et par conséquent rétrograde.
Pour qu'un impôt soit en accord avec cette loi du progrès
humain, il faut qu'il laisse complètement en dehors la personnalité
humaine; qu'il ne s'inquiète pas de ce que fait tel et tel individu;
qu'il ne demande pas à chacun ce qu'il gagne, comment il le
gagne; qu'il n'impose pas à ceux-ci et à ceux-là tel mode d'emploi
de leurs facultés en leur interdisant tel autre...
L'impôt doit être prélevé sur la chose, jamais sur l'homme.
Emile Justin Menier *
Théorie et application de l'imp6t
sur le capital, 1874
Cet essai est une esquisse abstraite extrêmement grossière~ je ne
le sais que trop, et fort insuffisante...
Si tous les commentaires nécessaires étaient faits~ si toutes les
distinctions subtiles étaient établies, ceUe esquisse s'enflerait jusqu'à
atteindre des dimensions monstrueuses~ mais elle est suffisamment
vraie dans l'ensemble pour fournir une solution acceptable.
Aldous Huxley
Le plus sot animal, 1945

L'objet de cet ouvrage est de présenter aussi brièvement


que possible la réforme des fiscalités européennes actuelles
qu'il conviendrait de mettre en œuvre pour développer et
dynamiser le grand marché de la Communauté Economique
Européenne.
L'exposé qui suit est donc présenté dans une optique
européenne, mais il va de soi qu'il me sera totalement
impossible d'analyser autrement qu'en termes généraux les
législations fiscales actuelles, souvent très complexes, des
douze pays membres de la Communauté Economique
Européenne 1. Je ne pourrai donc que me borner à illustrer
mon analyse par quelques commentaires sur la fiscalité
française, qu'il sera aisé de transposer dans le cas de
chacune des fiscalités des autres pays membres de la
Communauté Economique Européenne.
12 Pour la réforme de la fiscalité Introduction 13
Cet ouvrage comprend cinq chapitres 2 : Cette réforme de la fiscalité entraînerait un accroissement
- Les principes généraux de la fiscalité d'une société considérable de l'efficacité de l'économie, et par suite de
humaniste et progressiste ; l'emploi et de la production, résultant:

- L'analyse critique, au regard de ces principes, des - de l'allégement considérable de l'ensemble des charges
fiscalités actuelles ; fiscales directes correspondant au retour à l'Etat des
revenus correspondant actuellement à la création
- L'esquisse d'une fiscalité répondant pour l'essentiel à
monétaire par le système bancaire ;
ces principes ;
- Les modalités du passage des fiscalités actuelles à la - de la suppression des obstacles à l'efficacité que
fiscalité proposée ; constituent aujourd'hui l'impôt progressif sur le revenu
et l'impôt sur les bénéfices des sociétés;
- Une réponse sommaire aux principales objections
adressées à ce projet de fiscalité. - de la promotion bien plus aisée à la propriété et au
La réforme proposée des fiscalités repose à la fois sur pouvoir économique des élites issues des classes
une analyse des principes sur lesquels devrait se fonder la moyennes et des classes les plus modestes de la société.
fiscalité d'une société humaniste et progressiste (Chapitre 1)
Les seules difficultés réelles qui peuvent résulter de la
et sur une analyse critique des fiscalités contemporaines
(Chapitre II). mise en œuvre de la réforme suggérée de la fiscalité
correspondent au passage de la situation actuelle au régime
La fiscalité suggérée en remplacement des fiscalités normal de fonctionnement du nouveau système fiscal, mais
actuelles repose essentiellement sur trois éléments : elles pourraient facilement être surmontées (Chapitre IV).
- un impôt sur le capital assis sur les seuls actifs réels ; De nombreuses objections ont été présentées à ce projet
- l'appropriation par la seule collectivité des profits de réforme de la fiscalité. Non seulement leur analyse
provenant de la création de nouveaux moyens de montre qu'elles sont injustifiées, mais elle met en pleine
paiement par le mécanisme du crédit; lumière la supériorité considérable du système proposé au
regard de tous les projets alternatifs (Chapitre V).
- une taxe générale et homogène sur la valeur des biens
de consommation. Pour l'essentiel mes propositions se limiteront à la réforme
Cette fiscalité tripolaire serait accompagnée de la sup- des fiscalités en excluant l'examen général des dépenses
pression des impôts progressifs sur les revenus, des impôts publiques que je supposerai données.
sur les sociétés, des impôts sur les succeSSIOns et les donatIOns,
des impôts sur les plus-values et sur les patrimoines Quel que puisse être leur intérêt, j'ai également exclu
(Chapitre III). de mon exposé certaines questions relatives à la fiscalité
dans ses relations avec un fonctionnement efficace et équi-
Elle serait simple, transparente et impersonnelle. Elle ne table d'une économie de marchés, notamment les questions
serait susceptible d'aucune fraude et elle se prêterait à un relatives à l'indexation de tous les engagements sur l'avenir,
contrôle facile du Parlement. et en particulier des salaires 3.
14 Pour la réforme de la fiscalité

J'ai encore exclu de mon exposé d'une part les questions


soulevées par la répartition des recettes fiscales entre l'Etat
et les Collectivités locales, et. d'autre part l'analyse des
cotisations sociales que je considère également comme
données, bien qu'à de nombreux points de vue leur examen
doit être considéré comme très utile au regard de toute
réforme d'ensemble de la fiscalité. En tout cas les cotisations
sociales sont d'une nature totalement différente de celle de 1
la fiscalité 4.
Je ne me dissimule nullement combien mes propositions, PRINCIPES GÉNÉRAUX
tout à .fait hétérodoxes au regard des courants de pensée
dominants, peuvent apparaître à première vue comme irréa- DE LA FISCALITÉ
listes, mais le véritable réalisme aujourd'hui n'est-il pas de D'UNE SOCIÉTÉ HUMANISTE
repenser totalement les «vérités établies»? En tout cas ET PROGRESSISTE
elles ont certainement l'avantage de souligner quelques
aspects tout à fait essentiels de nos structures fiscales
d'aujourd'hui.
Puis-je dire enfin à tous les lecteurs de ce livre que
toutes les observations, toutes les critiques, quelles qu'elles Il n'est pas facile au commun des hommes d'apercevoir, dans
puissent être, et dont ils voudront bien me faire part, les matières de dispute et de controverse, le point fixe dont tout
le monde doit être d'accord, de le séparer de ce qui l'environne,
seront les bienvenues, car elles pourront certainement me et de le présenter pur et sans mélange... Ils ne peuvent étendre
permettre, dans une nouvelle édition éventuelle, d'éclairer leur vue jusqu'à ces propositions universelles, qui comprennent un
la signification concrète de mes propositions et de leurs nombre infini de propositions particulières... Il n'en est pas moins
implications. certain que la meilleure manière de raisonner est d'établir les
principes généraux.
David Hume
Essai sur le commerce, 1752

Les principes generaux de l'organisation d'une société


démocratique ont été amplement discutés dans le passé. Il
ne peut y avoir de société démocratiql,le que s'i! y a une
dissémination suffisante des pouvoirs, si aucune force sociale
n'est en mesure de l'emporter sur les autres,. s'il y a
décentralisation des décisions, et si l'objectif essentiel est
la promotion de la personne humaine. De telles conditions
impliquent en particulier un système économique fondé sur
la propriété privée et une économie de marchés s.
16 Pour la réforme de la fiscalité Principes généraux 17
De ces principes on peut déduire, du point de vue de citoyen selon ses propres aspirations. Dans le cadre d'une
la fiscalité, les implications suivantes: société démocratique et humaniste, c'est l'homme et non
l'Etat qui constitue l'objectif final et la préoccupation essen-
tielle. C'est à cet objectif que la fIScalité doit être subordonnée.
L'idéal démocratique implique que dans toute la mesure
Justification générale de l'impôt du possible, le citoyen soit laissé libre de ses choix et de
l'emploi de ses revenus et de ses propriétés. Il paraît peu
cohérent en effet de lui refuser le droit d'être bon juge
L'impôt en soi est justifié, car le fonctionnement de toute d~ ses besoms réels alors qu'on déclare le juger capable
société, implique des coûts qui doivent être, cquverts par d mfluencer valablement par son bulletin de vote les déci-
des ressources suffisantes. sionsd'une société complexe. Cela signifie que la fiscalité
Si les ressources que l'Etat peut détenir en propre, ne doit pas avoir pour objectif de modifier les choix
provenant par exemple de propriétés domaniales" ne suf- individuels que feraient autrement les citoyens pour satisfaire
fisent pas, ce qui est le cas général, des impôts doivent leurs besoins tels qu'ils les ressentent effectivement. Il n'est
être prélevés. pas conforme aux idéaux démocratiques de substituer aux
En fait, les impôts payés par les ménages et les entreprises besoins des citoyens tels qu'ils les ressentent eux-mêmes
peuvent être considérés comme la rémunération des services suivant leur propre échelle de valeur, «leurs prétendus
de toutes sortes que leur rend l'Etat et que seul l'Etat est besoins » appréciés par d'autres, hommes politiques ou tech-
en mesure de rendre. Les anciens auteurs l'ont parfaitement nocrates.
vu et les modernes n'ont que trop tendance à l'oublier. Il Dans une société démocratique et humaniste l'impôt ne
résulte de là que tous les agents économiques, quels qu'ils doit pas rechercher l'égalité des conditions, mais celle des
soient, doivent supporter une part des dépenses de l'Etat. chances. Il ne doit pas avoir pour objectif de s'opposer à
L'idéal naturel, mais naïf, des contribuables est évidem- l'inégalité des revenus lorsque cette inégalité provient de
ment de ne supporter aucun impôt, mais c'est un idéal l'importance et de la qualité des services rendus, mais au
irréalisable. Pour des dépenses données de l'Etat et des contraire il doit favoriser l'accession à la propriété et au
Collectivités locales, la seule question véritable est celle du pouvoir économique des plus capables en affranchissant
choix entre différents systèmes de fiscalité. d'une manière générale de l'impôt les revenus correspondant
à des services rendus.
Comme l'a écrit Walter Lippmann 6 :
« La conception libérale de l'égalité ne comporte
Principe individualiste finalement pas la promesse de rendre tous les hommes
également riches, également influents, également honorés
et également sages. Au contraire, ce -qu'elle promet,
Si l'on admet le principe démocratique et humaniste c'est que, si les inégalités extrinsèques dues aux privilèges
suivant lequel, en dernière analyse, c'est la personne et aux prérogatives sont abolies, les supériorités intrin-
humaine et son plein épanouissement qui constitue l'objectif sèques pourront se manifester. »
suprême, l'organisation de la vie en société n'apparaît pas
comme un objectif en soi, mais seulement comme un moyen Quant à la propriété privée, elle doit être considérée non
d'assurer un plein développement de la personnalité de chaque seulement comme une condition de l'efficacité de l'économie,
18 Pour la réforme de la fiscalité Principes généraux 19
mais comme une condition nécessaire du libre exercice des
libertés politiques 7.
Principe de neutralité et d'efficacité

Principe de non discrimination L'impôt ne doit pas s'opposer à une meilleure gestion de
l'économie et il doit être favorable à la réalisation d'une
économie efficace. Autrement dit, l'impôt ne doit pas modi-
L'impôt ne doit pas être discriminatoire. Ce principe fier les choix les plus économiques.
signifie: que l'impôt doit être établi suivanr-deS règles qui Ce principe de neutralité doit s'interpréter à un double
soient les mêmes pour tous. Il va de soi que toute mesure point de vue. Du point de vue de la recherche d'une
fiscale 'directement ou indirectement discriFQirultoire .enyers efficacité maximale de l'économie, pour des ressources et
un gro,upe social quelconque est incompatib.le; avec les des techniques données, un impôt généraLde taux uniforme
principes généraux d'une société démocratique. sur la consommation ne compromet en rien l'efficacité de
Ainsi, on peut dire qu'il est contraire au principe de l'économie 8. De même des impôts sur les rentes pures, qui
non-discrimination que le taux de l'impôt sur le revenu des résultent de circonstances indépendantes de l'activité des
contribuables soit d'autant plus élevé que les services qu'ils contribuables, et qui ne peuvent compromettre la réalisation
rendent ont une valeur plus grande. d'une situation d'efficacité maximale, apparaissent comme
De même, encore il est contraire au principe de non- particulièrement souhaitables.
discrimination que seules soient frappées par l'impôt les Du point de vue dynamique du progrès technologique et
entreprises les plus capables dont les bénéfices correspondent économique, l'impôt ne doit pas frapper les bénéfices lorsque
à des services rendus et que celles qui subissent des pertes ces bénéfices proviennent de la mise en œuvre de techniques
en raison d'une mauvaise gestion en soient exemptées en plus efficaces, d'un abaissement des coûts ou d'une meilleure
tout ou en partie. orientation de la production, car ces bénéfices constituent
le moteur essentiel d'une économie de marchés. Si les agents
économiques voient leurs bénéfices durement taxés, leur
incitation à une meilleure gestion ne peut qu'être diminuée
Principe d'impersonnalité d'autant. Ce sont en réalité les entreprises en pertes qui
devraient être pénalisées; et non les entreprises qui réalisent
des bénéfices.
L'impôt doit être impersonnel. Ce principe signifie que Si souhaitable que puisse apparaître une efficacité aussi
son prélèvement ne doit pas impliquer des recherches de grande que possible de l'économie, on peut pour le moins
type inquisitorial sur la vie des personnes. C'est là une douter que cet objectif puisse être convenablement atteint
exigence tout à fait primordiale si on admet que la finalité par la voie fiscale. En fait cet objectif implique bien plus
ultime de la vie dans une société démocratique est le respect une abstention qu'une intervention. Si la décentralisation
de la personne humaine et son plein épanouissement. des décisions est considérée, comme c'est généralement le
cas en Occident, et de plus en plus dans les pays commu-
nistes, comme une condition majeure d'efficacité, vouloir
assurer par des mesures fiscales l'efficacité de l'économie
20 Pour la réforme de la fIScalité Principes généraux 21
revient en réalité à mettre en application par une voie la majorité des citoyens des sociétés occidentales l'économie
détournée une planification centralisée incompatible avec cette de marchés ne puisse être réellement acceptable' que si elle
décentralisation. La manipulation des prix par des moyens satisfait à ce principe. .
fIScaux n'a en réalité d'autre effet final que l'inefficacité.
Si on laisse de côté le point de vue le plus répandu
tout aussi naïf que cynique, suivant lequel sont légitime~
les revenus que l'on reçoit et contestables ceux des autres
deux positions sont a priori tout à fait concevables. Suivant
Principe de « légitimité » la première tous les revenus d'une économie de marchés
sont justifiés; suivant la seconde, seuls sont légitimes ceux
de~;: reven~s d'une économie de marclîés qui correspondent
Autant qu'il est possible, les revenus pro~enanLde services à' un service rendu. Les tenants du second point de vue
effective'!1ent rendus à la collectivité, tels 'que les revenus n'Olit pas à être convaincus de l'opportunité d'une correction
du travail, les revenus provenant d'une.;.meilleuré gestion d~ la rép~rtitio~ des revenu.s. Par con'tre;il n'est pas inutile
ou de la pnse en charge de risques doivent être considérés d attirer 1attention des partisans du premier sur deux points
comme « légitimes », et rester libres d'impôts. essentiels.
De même, autant qu'il est possible, la fiscalité doit frapper
ceux des revenus qui ne peuvent être considérés comme Tout d'abord, le principe de l'appropriation privée des
« légitimes », c'est-à-dire ceux des revenus qui ne corres-
surplus, qui constitue un des fondements du fonctionnement
pondent pas à un service effectivement rendu. Tel est par d'une économie de marché.s 9, si souhaitable qu'il puisse
exemple le cas des revenus résultant de l'augmentation apparaître du pomt de vue de l'efficacité, est pour une
séculaire de la valeur des terres, et tout particulièrement grande part conventionnel. La concurrence a pour effet de
de la valeur des terrains urbains, en raison de l'augmentation rendre plus égale la répartition des revenus qui pourrait
de la population. Tel est également le cas des revenus résu!ter de la seule application de ce principe en faisant
indus générés par la création ex nihilo de monnaie et de participer tous les opérateurs à la répartition des surplus.
pouvoir d'achat par le système bancaire. Tel est encore le Mais si le compromis qui est ainsi réalisé peut trouver de
cas des revenus indus générés au profit des créanciers en nombreuses justifications, d'efficacité et de commodité
cas de déflation ou de ralentissement de l'inflation, ou des notamment, il n'en repose pas moins lui-même sur une
~even.us indus générés au profit des débiteurs lorsqu'il y a
convention, et il peut parfaitement apparaître, au moins à
mflatlOn. certams, comme contestable.
Le principe suivant lequel seuls sont éthiquement justifiés En second lieu, des règles, si utiles qu'elles soient, ne
et «légitimes» les revenus correspondant à un service peuvent être appliquées efficacement au sein d'une société
effectivement rendu, paraît correspondre à l'éthique admise que s'il existe un accord génêral pour leur application. Si
plus ou moins consciemment par les majorités politiques donc. un groupe important de la société considère que
du vingtième siècle, si relative et si subjective que puisse ~ert~~~s r~venus d'u~e économie de marchés ne sont pas
être la conception de cette éthique. Justifies, il ne sert a nen d'affirmer qu'ils le sont pour
qu'un accord puisse être obtenu.
On 'peut approuver ou désapprouver ce principe, mais
on dOIt reconnaître que tout système économique donnant Pour tous ceux qui sont partisans d'une économie de
des résultats en désaccord trop grand avec ce principe pourra marchés fondée sur la propriété privée, en raison de son
difficilement fonctionner. Il semble bien en effet que pour efficacité et du fait qu'elle permet la décentralisation du
22 Pour la réforme de la fiscalité Principes généraux 23
pouvoir économique, condition nécessaire du libre exercice
des libertés politiques, il parait plus fructueux d'essayer de
comprendre le point de vue de ceux qui en sont les Principe de non arbitraire et de transparence
adversaires pour des raisons éthiques s'identifiant dans
l'ensemble au principe de légitimité, et d'examiner s'il est
possible de leur donner satisfaction quant à la répartition L'impôt doit être prélevé suivant des principes simples,
des revenus sans renoncer à rien qui soit essentiel quant aux clairs, ne pouvant donner lieu à aucun arbitraire, et dont
principes généraux d'une société démocratique. et libérale. l'application soit aussi peu coûteuse. que possible.
Ainsi· l'appropriation privée des rev~nus du. travail, des Une démocratie véritable implique que les principes
revenus provenant d'une meilleure gestion..des entreprises généraux du système fiscal puissent être discutés. aisément
ou de .Ia prise en charge des risques, correspondant à la par le Parlement, et elle exclut là' inise en appllcatlOn de
recherche et à la mise en œuvre de nO\lv~nes' techniques tOilt système compliqué qui par sa' complicàtion même, par
peut être considérée comme avantageuse peur la collectivité, les interprétations plus ou moins arbitràires et les décisions
car ces revenus apparaissent finalement comme la rému- plus ou moins discrétionnaires qu'il comporte, implique u~e
nération de services rendus à la collectivité, soit directement, délégation excessive de pouvoir à des technocrates polltz-
soit indirectement. De tels revenus peuvent être considérés quement irresponsables et aboutit inévitablement à des dis-
comme «légitimes ", et il parait souhaitable qu'ils restent criminations aussi contraires à l'efficacité qu'à l'éthique.
libres d'impôts.
Mais parallèlement, et si l'on désire réduire l'inégalité
des revenus au minimum compatible avec un fonctionnement
correct d'une économie de marchés, la fiscalité doit frapper,
autant qu'il est possible, ceux des revenus qui ne peuvent
être considérés comme « légitimes ", c'est-à-dire les revenus
« non gagnés" qui ne peuvent être regardés comme cor-
respondant à un service effectivement rendu directement
ou indirectement, comme par exemple les revenus provenant
des plus-values foncières résultant de l'augmentation de la
population 10.

Principe d'exclusion de toute double imposition

Tant du point de vue de l'efficacité que du point de vue


de l'équité l'assiette de l'impôt doit être telle qu'il n'y ait
pas de double imposition, ce qui exclut qu'un même revenu,
ou une même propriété, soit taxé plusieurs fois.
II

LES FISCALITÉS ACTUELLES


.:\.; DE LA COMMUNAÛTÉ:
.<'.
ÉCONOMIQUE EUROPEENNE

L'autorité... a ses passions, ses préjugés, sa routine, et il semble


que l'expérience ne lui appren1)e rien. Combien de fautes ont été
faites ! Combien de fois elles ont été répétées! Et on les répète
encore!
Condillac
Le commerce et le gouvernement, 1776

Pour une grande part, les législations fiscales actuelles


des pays membres de la Communauté Economique Euro-
péenne ne sont conformes à aucun des principes généraux
correspondant à une société humaniste et progressiste.
Elles reposent en effet sur une conception philosophique
de la vie en société largement anti-libérale et anti-indivi-
dualiste, et elles s'opposent à un plein développement des
talents et des capacités et à la promotion sociale des plus
capables.
Les fiscalités actuelles sont discriminatoires ; elles péna-
lisent indûment les entreprises et les activités les plus
efficaces; elles impliquent des recherches de type inqui-
sitorial sur la vie personnelle des citoyens; elles sont
26 Pour la réforme de la fiscalité Les fiscalités actuelles 27
défavorables à une gestion efficace; elles frappent des
preneurs et aux actionnaires, sont diminués d'a';ltant., En
revenus dont la légitimité paraît peu contestable et elles
fait les salariés comme les entrepreneurs et les actlOnnalfes,
ne frappent pas, ou elles frappent insuffisamment, des sont spoliés d~ leurs efforts par une telle fiscalité 12.
revenus dont la légitimité paraît très discutable; elles
reposent pour une large part sur des appréciations arbi- La promotion des h?~m.es les pl~s efficaces ~a~s l'éco-
traires, et elles sont inutilement coûteuses. nomie comme leur utilisatIOn au mieux des mterets de la
collectivité, ne peuvent être assurées que s'ils ';le sont 'pas
privés des moyens, c'est-à-dire des reyenus, qUi condltl?n-
nent leur efficacité. Les gains exceptionnels, acqUis grace
La pénalisation des activités créatrices à l'habileté professionnelle et à la I?rise en ch.arge de
et la non·taxation des revenus non gagnés .. , risques, constituent des moteurs éco.nOlruques .essentlels pour
une société démocratique. Toute flScailte qUI les frappe est
en réalité antidémocratique.
Les fiscalités actuelles découragent l'effort, pénalisent Comme le soulignait déjà en 1874 le' manufacturier
bien des activités utiles et finalement se soldent par des Menier 13 :
pertes de revenu national en valeur réelle, et par suite par
des diminutions des niveaux de vie. «Les impôts sur les revenus frappent le capital en
formation et épargnent le capital (armé. Ils représentent
Une entreprise est d'autant plus touchée par les fiscalités un privilège pour la fortune acquISe et une charge pour
que ses efforts pour abaisser ses prix de revient ont été le travail... Etant un obstacle à l'accession des pro-
plus fructueux. L'entreprise inefficace, au contraire, échappe ducteurs et des travailleurs à la fortune, ils sont en
à l'impôt. Ainsi, ceux dont l'activité est la plus utile à la antagonisme avec le développement de la richesse et le
collectivité sont pénalisés au profit des incapables. progrès social. »
Les fiscalités actuelles sur les revenus 11 et sur les sociétés
relèvent d'une inspiration essentiellement anti-économique. Si l'on désire réaliser une économie efficace, l'inég,a~ité
Elles pénalisent toutes les activités créatrices de valeur et des revenus doit en être considérée comme une condition
elles ne font en réalité que favoriser les éléments les moins à la fois nécessaire et souhaitable, car, en. gén~ral, les
efficaces de la société aux dépens des plus dynamiques. hommes, tels qu'ils sont, ne sont pas dlsp?ses à ~ouer les
Elles résultent généralement d'une fausse conception de la règles de l'économie de marchés concurrentielle qUi mènent
démocratie. En effet, toute législation fiscale qui s'oppose à l'efficacité si l'application de ces .rè~les. n'est pas s!1nc-
à la juste rémunération du plus capable s'oppose en réalité tionnée par des contraintes ou des mcltatlOns m.on.étalfes.
à l'intérêt de la collectivité tout entière, lorsque cette Même dans les pays communistes, une différenCiatIOn des
rémunération correspond à un abaissement des prix de revenus s'est révélée rapidement comme nécessalfe pour
revient, à une meilleure gestion de l'entreprise, et à une éviter une trop grande inefficacité 14.
satisfaction plus grande des besoins du consommateur, ou Par contre, l'existence de revenus «. non gagnés », .souvent
lorsqu'elle résulte du succès final de décisions qui, lors- très importants dans nos SOCiétés OCCidentales et qu~ échal?-
qu'elles ont été prises, comportaient de très grands risques. pent souvent à l'impôt, constitue un facteur de demorali-
Si on considère par exemple le taux de l'impôt français sation qui en sape peu à peu les fondements et en compromet
sur les bénéfices des sociétés, de l'ordre de 50 %, les le fonctionnement.
revenus susceptibles d'être attribués aux salariés, aux entre- Ainsi, l'accroissement de la population et son accumu-
28 Pour la réforme de la fiscalité Les fiscalités actuelles 29
lation croissante dans les villes entraînent une hausse conti- de la constitution de fortunes nouvelles, mais elle résulte
n~e du prix d 7s terrains urbains. Cependant, ce ne sont d'une application erronée d'un principe correct. Le principe
fil le tf"avad, ~I les capacités productives des propriétaires correct est qu'un franc supplémentaire a pour un pauvre
eux-memes qUI ont augmenté la valeur de ces propriétés. une valeur psychologique plus grande que pour un riche
Que les· revenus non gagnés constitués par ces plus-values et que le poids psychologique de l'impôt doit être le même
soient appropriés privativement relève en réalité de l'ar- pour tous. Mais dans l'état actuel de nos connaissances sur
bitraire. Ce n'est cependant pas en interdisant la hausse la variation de la valeur psychologique du revenu en fonction
du prix de ces terrains que l'on trouvera une' solution; du revenu 16, il résulte de ce principe que pour étre équitable
C'est là une vue simpliste, bien que communémentrépan- la taxation sur le revenu devrait être proportionnelle et non
due, car c·ette· hausse, dans son principe, est aussi utile' progressive. La manière la plus simple de la réaliser est une
qu'inéyitable puisqu'elle ~end à réserver l'usage.du·solaux taxation directe de taux unif()rme sur la valeur de tous les
emploIs les plus productifs. . biens de consommation.
Dans leur ensemble les législations fiscales actuelles sur AI'action directe sur la distribution des· revenus se
les revenus et sur les sociétés aboutissent en fait, par leurs surajoute d'ailleurs une action indirecte tendant à accroître
excès, à une véritable spoliation. la charge fiscale pesant sur certains revenus par le moyen
On déplore par exemple que l'épargne française soit de taxes plus élevées sur certaines consommations dites de
insuffisante 15, mais, en réalité, le législateur s'ingénie à en luxe ou de demi-luxe.
tanr les sources. Dans le cadre de la fiscalité actuelle il Cette charge est évidemment relativement plus forte sur
.
est IJratlquement ' .
ImpOSSIble pour la presque totalité des' les classes moyennes. Elle équivaut à une imposition détour-
salanés d'accéder à un capital appréciable. née des revenus moyens, et elle vient se surajouter d'une
En fait, celui qui épargne est pénalisé. Adulte, il paie manière hypocrite à la taxation progressive sur le revenu.
l'impôt sur le revenu. Au-delà d'un certain montant plus C'est là une fiscalité au second degré, une superfiscalité
il épargne, plus il est pénalisé par l'imposition progressive sur les revenus dont l'effet est d'écraser indûment les classes
sur la fortune. Devenu âgé, il doit payer à nouveau un moyennes, tout particulièrement les membres de ces classes
impôt sur le revenu de son épargne, impôt dont est affranchi qui ne peuvent en aucune façon échapper à l'impôt. On
l'imprévoyant. Lorsqu'il disparaît, l'épargne qu'il laisse à ses peut affirmer que la fiscalité actuelle est discriminatoire vis
enfants est à nouveau frappée par l'impôt. Une telle légis- à vis des classes moyennes qu'elle pénalise d'une manière
lation pénalise la prévoyance et la responsabilité individuelle, tout à fait injuste.
facteurs essentiels d'une société libérale et humaniste. De même certaines aides (logements, accession à la
propriété, vacances, bourses pour les enfants, aide aux
ascendants âgés, etc.) ne sont accordées qu'en dessous d'un
certain revenu. Non seulement les classes moyennes en sont
La progressivité de l'impôt et son poids psychologique exclues, mais encore doivent-elles en assurer le financement
par la voie de la fiscalité.

La législation progressive sur le revenu, que l'on constate


dans toutes les fi~calités occidentales, non seulement s'op-
pose à la promotIOn des plus capables et à leur ascension
à la propriété, et elle protège la fortune acquise au détriment
30 Pour la réforme de la fiscalité Les fiscalités actuelles 31
semble la plus grande partie des revenus distribués aux
ménages se trouve ainsi exonérée d'impôt.
L'inégalité devant l'impôt Certaines exemptions de la législation fiscale française
sont particulièrement choquantes. Ainsi, sont totalement
exonérés de:1'impôt de solidarité sur la fortune (LS.F.),
Trop souvent, l'assiette de l'impôt repose sur des données une nouvelle version de l'impôt sur les grandes fortunes
mal définies. Quel est le bénéfice effectif d'une entreprise ? (I.G.F.), les œuvres d'art et les biens p;ofessionnels. Il
Il est en réalité incalculable, car il dépend essentiellement résulte de là que l'impôt frappe des cont~buables_ dont la
de la: valeur' des amortissements et cette valeur ne: .peut fortune peutêtreâixou vingt fois plus faible que-celle de
être scientifique:ment établie. De plus les comptabilités-sont certains contfiDuâbles totalement exonérés. .
tenues en valeurs nominales et non en valeurs réelles.
En fait l'impôLprogressif français sur le revenu ne porte
Bien que 'Ie'uis objectifs affichés soient sociaux, les légis c que sur les revenus perçus. Les av~ntage,~ proc~rés par les
lations "actuelles 'sont très souvent antisociales et antidé- résidences principales ou secondaues n Illtervlennent pas
mocratiques. Dans certains cas, elles sont pour le moins dans le calcul de l'impôt pour des montants comparables
étonnantes. Ainsi, en France, la législation fiscale admet aux revenus qui seraient obtenus s'ils étaient loués à des
en déduction pour le calcul des bénéfices les frais d'entretien tiers.
des machines, mais elle n'admet pas la déduction des frais
médicaux pour le calcul des revenus taxables lorsque ces En France le montant des fortunes privées évalué à partir
frais ne sont pas pris en charge par la Sécurité Sociale. des déclarations des successions et de la considération des
taux de mortalité ne correspond pas aux évaluations directes
L'impôt sur le revenu ne pèse d'ailleurs que sur une partie
des populations. Les raisons principales en sont notamment
qui peuvent en être faites .. On retr,ouve à peu Rrès le même
pourcentage global d'évasIOn et d exempnon fiscale deva~t
les exemptions de toutes sortes dont bénéficient un grand
nombre de catégories sociales et l'évasion fiscale de nombreux
l'impôt pour les successions que pour. les revenus. ,AIll~I,
deux tiers des revenus et des fortunes echappent à llmpot.
revenus. L'évasion et l'exemption fiscale apparaissent comme des sous-
En France, par exemple, il y a une inégalité flagrante produits d'une fiscalité excessive. En fait, la législation fiscale
entre les salariés du secteur privé et du secteur public et est éminemment discriminatoire.
tous ceux dont le revenu ne peut être correctement déter-
miné (professions libérales, agriculteurs, etc.). La fraude
fiscale, si importante qu'elle puisse être, est relativement
plus limitée que ne le pense une opinion commune. Ce
sont les exonérations fiscales obtenues grâce à l'action de La philosophie égalitaire des fiscalités
puissants groupes de pression qui jouent sans doute le rôle
le plus important. Ainsi, grâce au système du forfait, les
bénéfices des exploitations agricoles sont relativement beau- Pour une très large part les fiscalités actuelles se fondent
coup moins imposés. En fait une grande partie des discri- sur une philosophie égalitaire.
minations effectuées en fonction de la personnalité des
producteurs sont pour le moins discutables. La moitié Ces fiscalités reposent implicitement su; un d0l;lb!e ~o~­
environ des ménages français est actuellement totalement tulat admis sans discussion en vue de suppnmer les Illegalites
exemptée de l'impôt progressif sur le revenu. Dans l'en- au nom de la «justice sociale» :
32 Pour la réforme de la fzscalité Les fiscalités actuelles 33
- la supériorité des impôts directs sur les impôts indi- orig!ne sociale, la répartition de la population dans les
rects ; ~Ifferents groupes sociaux relève, ou d'une analyse insuf-
- la supériorité de la progressivité sur la proportionnalité. fisante des faits, ou d'une démagogie hypocrite.
Dans les revendications pour l'égalité on confond deux En géné~al, bien des gens ont quelque inclination à
choses bien différentes, la revendication de la «justice» s?uhgner l'Importance. de l'hérédité, car il est quelque peu
(si relative que puisse être la notion de justice) et la r~con~ortan~ .de. pens;r que ~i certains disposent d'une
revendication de l'égalité. Autant la revendication de la SituatIOn pnvilégœe, c .est en raison de leurs qualités intrin-
« justice» est valable, autant la revendication de l'égalité, sèques. D'autres O\1t une inclination non moins forte à tout
lorsque les capacités et/es services rendus sont très différents, rame~~r,à l'influerce.dumilieu, car rien n'est moins agréable
se réduit à une myth()Jogie irréalisable et finalement nocive. que 1I?ee .que I,apPartenance à un groupe social moins
pour tous. favonse .pUisse resu!ter, ?e quelque infériorité génétique.
Cette divergence d opmlOn se constate même chez les
Quelle que soit l'organisation sociale, l'inégalité est sans biologistes.
doute inéliminable. Elle l'est en raison de l'inégale hérédité
biologique; elle l'est en raison de l'inégale influence du E~ réalité, les généralisations hâtives et passionnelles des
milieu; et elle l'est enfin parce que toute forme de vie en partisans respectifs de l'hérédité et du milieu ont malheu-
société nécessite l'application d'un certain système d'inci- reusement compromis I~, compréhension de ce qu'il y a de
tations dont l'influence est inévitablement inégale. En fait, valable dans leurs posItions respectives qui débarrassées
au cours de l'histoire, toutes les sociétés ont été inégales, de leurs exagérations, se co~plètent mutuellement 20.
et pour toutes les sociétés sur lesquelles on dispose de Au total, l'inégalité des talents ét des services rendus
données empiriques l'inégalité moyenne est restée sensi- résultant pour une large part du jeu combiné de l'hérédité
blement la même 17. et du milieu, apparaît comme une donnée de fait. L'idée
Personne ne peut mettre aujourd'hui en doute l'existence qu'une société puisse jamais s'affranchir de toute inégalité
de l'hérédité biologique, ni son importance, renforcée par ~t de toute"st;uct.u;e de classes relève de l'utopie, mais
le libre choix réciproque des conjoints 18. Personne, non l eXistence d megalltes scandaleuses que ne justifient en rien
plus, ne saurait sous-estimer l'influence sur l'avenir des les services rendus est certainement intolérable.
enfants de l'éducation et de l'instruction reçues au sein de Je. suis .convain,~u. qu:aucune société ne peut longtemps
la famille, des relations des parents, et des héritages dont survivre SI trop d mJustices sont tolérées, mais qu'il en est
ils peuvent bénéficier. Aucune société ne peut envisager de même si une philosophie égalitaire et nivellatrice finit
d'empêcher le libre choix du conjoint lors du mariage, et, par inspirer toutes les décisions.
dès lors, l'influence cumulée au cours du temps de l'hérédité Le danger majeur auquel sont exposées les sociétés démo-
biologique est inévitable. De même, à moins d'arracher les cratiques libér,!les, c'est la démagogie. Il est trop facile de
enfants à leurs familles et de confisquer les héritages, ~agner des, VOlX au nom de l'égalitarisme, et la rentabilité
l'influence du milieu est pratiquement inéliminable. electorale 1emporte trop souvent sur le souci d'une gestion
Il s'ensuit qu'une certaine structure de classes, définie raisonnable 21.
comme l'existence d'une corrélation entre la situation des ,On oublie trop souvent que le sort des plus défavorisés
parents et celle de leurs enfants, est inévitable 19, et l'idée, depend en dermère analyse des conditions de travail et de
par exemple, que la répartition des étudiants dans l'ensei- créativité faites aux élites dans tous les secteurs de la
gnement supérieur doive fidèlement refléter, quant à leur société. Toute politique démagogique égalitaire ne peut en
34 Pour la réforme de la fiscalité Les fiscalités actuelles
35
réalité que conduire à terme à l'aggravation. d~ so.rt des plus aussi bien dans les entreprises que dans les administrations
défavorisés. La suppression de toutes les. megaht~s est. ~n pubhques. Ce sont pour le moins des centaines de millions
objectif déraisonnable; seule la suppressIOn des mégahtes ~'heu;es de .tr~vail qui, ave,c un autre système, pourraient
indues est souhaitable 22,. etre economlSees et consacrees à la production d'une foule
En fait toutes les tentatives historiques pour supprimer les de biens utiles.
inégalités Ont mené à, rinefficacité, et l'inefficacité.a mené La législation, la réglementation et la jurisprudence fis-
finalement à une in#alité a~crue et au. totalltarlSm~. cales sont dans les ,pays de la Communauté Economique
L'exemplecontemponun des.soclétés commumstes en consti- Euro~éenne d'une très" grande complexité. Qui veut s'en
tue une illustration ,é~lata)lt\)" co?vamcre en ,ce~lü concerne par exemple la France n'a
Ilest significatif que les plus chauds partisans, d~ l'é~a­ qu à consulter les enormes volumes des Feuillets de Docu-
Iitarisme se bornent einéalité à préconiser la redl~tnbutl(:m mentation Pratiqu~ ~u,rles impôts publiés par l'entreprise
des revenus et des propriétés avec l'argent d'autrui et qu'l~s F. Lefebvre, spéclahse\) dans la documentation fiscale et
se gardent bien de distribuer, à l'exemple de Samt Françms dont les publications sont très remarquables et à vrai dire
d'Assise, tous leurs biens aux pauvres. Personne ne sauraIt indispensables.
être crédible s'il ne prêche pas par l'exemple.
Qui voudrait défendre efficacement ses droits devrait
Dans l'organisation de la société, ~'est l'?!*~tif .de l'ef- c?nna~tre tous les t~xtes de lois, les décrets, les règlements
ficacité qui doit l'emporter sur ce~UI de 1 ~gahsatlOn ,des ~ apphcatIon et la 1unsprudence qui concernent sa propre
revenus, car en dernière analyse, c est la rea~lSa~lOn d .une SituatIOn, ce qUI est Impossible, sauf pour des professionnels.
économie efficace qui conditionne. tous les objectifs .so~/aux La défense des. contribuables, par simple application des
concevables. En particulier le meilleur moyen de dlmmuer textes et de la Junsprudence, est devenue une profession
la charge psychologique des impôts, c'est, pour des dépmses extrêmement rémunératrice pour ceux qui l'exercent et pour
données de l'Etat, d'augmenter l'efficacité de l'économie. ceux qUI y ont recours. En clair, cela signifie que ceux qui
Ce qui caractérise fondamental~ment ,et par exemplt; la ~'ont 1?as ~e~ moyens suffisants pour disposer d'un conseiller
politique française, c'est la, contradiction ,ecla~aI:te e~tre d un.e fiscal eclaue ne sont pas en état de défendre efficacement
part la reconnaissance génerale de la superIOrite de 1 économie leurs droits.
de marchés sur tout système alternatif, et d'autre part toutes
les mesures prises en vue de s'opposer à la ~ise en œuvre La complication même de la législation fiscale entraîne
des principes essentiels qu:implique son fonctIOnnement, et pour les contribuables des différences de traitement suivant
tout particulièrement la determmatlon des revenus par les l'interprétation donnée à des textes, dont l'application
c0J.l1porte une grande marge d'arbitraire, par ceux-là même
marchés.
qUI sont chargés de les appliquer. Les contrôleurs ont la
tâche difficile de débrouiller une foule de cas d'espèce. S'il
~rnve. qu~ par excès de travail ils n'aient pas cette possibilité,
Le maquis fiscal et le coût exorbitant ~ ~pphcatIon brutale de certains textes peut se révéler très
Injuste.
de la gestion des fiscalités
Par exemple encore, et en ce qui concerne la France
ni le législateur, ni l'administration, ne paraissent réalise;
Toutes les opérations d'ordre fiscal ont un coût consi- non seulement le casse-tête incompréhensible que repré-
dérable. Leur mise en œuvre exige un nombreux personnel, sentent pour les personnes âgées les formulaires de l'ad-
36 Pour la réforme de la fiscalité

ministration, mais également leur incapacité de faire valoir


les droits que leur accorde une législation qu'elles sont hors
d'état de comprendre. Une telle législation n'est rien d'autre
qu'oppressive et les lois votées sous la pression des adultes
aboutissent à aggraver la situation des plus faibles, mis par
la vieillesse dans l'incapacité,de, se défendre.
Dans son ensemble la législation fiscale française actuelle
n'est que l'aboutissement'd"une'longue évolution, au cours "li:I
de laquelle, chaque année" au gré des majorités successives,
de nouvelles correctionsont>#é' apportées à la fiscalité
antérieure pour. essaYtlF:·d~,gagner les voix du plus grand ,ESQUISSE mUNE l?ISCALITÉ
nombre., Loin de rèin:édier. ar4. vices fondamentaux du REPONDANT POUR L'ESSENTIEL
systèmè fiscal les corrections successives n'ont fait que susciter
de nouveaux effets pervers. AUX EXIGENCES D'UNE SOCIÉTÉ
HUMANISTE ET PROGRESSISTE

Vue d'ensemble
Tel pense être ~ien ~nstruit, qui ne l'est point et dont l'ignorance
est SI grande, qu Il n est pas même en état de sentir ce qui lui
Quel jugement d'ensemble peut-on porter sur les légis- manque.
lations fiscales européennes d'aujourd'hui? Sans doute un
jugement voisin de celui qu'appelle certainement la fiscalité Fénelon
française: Trailé de l'éducalion des filles, 1687
- Excessive, compliquée, coûteuse, et inefficace ,. - dis-
criminatoire, injuste, et spoliatrice,. - génératrice de mauvais
choix économiques et de fraude,. - souvent arbitraire,
contradictoire, incohérente et incompréhensible,. - démo- ,Les défauts des fiscalités actuelles sont si éclatants qu'il
ralisatrice, abusive, et oppressive,. - antisociale et antidé· n est personne pour les défendre. Il faut donc les réformer
mocratique,. - fondée sur des mythologies aussi nocives totalement. Ma!s. que cette nécessité ne soit pas clairement
qu'irréalisables, et dont la motivation profonde repose sur perçue et exphcltee est pour le moins étonnant.
la démagogie et la préoccupation de la rentabilité électorale. , Le "rojet de réforme fiscale que je me propose maintenant
Cette fiscalité est un boulet que traîne la société française. d e~9u.lsser répond pour l'essentiel aux exigences d'une
societe h~man~ste et progressist.e, telles que je les ai briè-
vement resumees dans la première partie de cet ouvrage.
ee p~ojet ~e réforme fiscale est en fait inséparable d'une
conception ~ ensemble de notre vie en société fondée Sur
une econo,:,;'e de. marchés, la décentralisation des décisions
et la proprzeté przvée, et libérale dans le plein sens du terme,
38 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité
39
c'est-à-dire aussi soucieuse de la préservation de nos libertés physiques, sur les entreprises, sur les successions et donations
politiques que d'efficacité et d'équité 23. et sur le patrimoine et les plus-values. '
Ce projet n'est pas présenté comme une panacée, mais
Elle serait simple,' transparente et impersonnelle. Elle ne
comme le moins mauvais des projets concevables au regard serait susceptible d aucune fraude et elle se prêterait à un
de ce que les hommes sont effectivement et des exigences contrôle facile du Parlement.
d'une société humaniste et progressiste.
Il se fonde sur la. convietionque deux conceptions du - L'impôt, sur le capital serait .constitué par une taxe
libéralisme doivent être. également'rejetées: la première, ~nnuelle de 1ordre de 2 %. sur." tous les capitaux physiques
c'est l'apologie aveugle' de "l'ordre existant, considéré par a l'ex~luswn de toute double"ünpositù::h et de toute exemption
beaucoup comme démocratique et lib"éral ; la seconde, c'est ou dlscr~mznatlOn. Ce serait essentiellement un impôt de
la conception naïve d'un ordre: liberal"susceptlble d'assurer substitutIOn dont ·la mise en place serait progressive. On
l'harmonie des intérêts. Notre société d'aujourd'hui présente peut estimer qu'un tel impôt "assurerait des recettes de
des imperfections majeures qui ne sauraient être approuvées. l'ordre de 8 % du revenu national.
On peut pour une grande part les atténuer ou les faire
disparaître, mais on ne saurait faire en sorte que soie.nt , - En. se~o~d lieu, la fiscalité proposée impliquerait
supprimées toutes les oppositions d'intérêt et tous les conflits 1 attnbutlOn a 1 Etat, et à l'Etat seul, des revenus provenant
auxquels elles donnent naissance" d~ l'augm~ntation de la masse monétaire. Dans l'hypothèse
d une croissance du revenu national réel au taux annuel
de 4 % et av~c un~ augmentation modérée des prix de
2 % par an, qUI parart recommandable, l'attribution à l'Etat
des revenus correspondant à l'accroissement de la masse
La structure tripolaire de la fiscalité proposée monétaire représenterait environ 4,5 % du revenu national
soit environ la totalité du produit actuel de l'impôt progressif
sur le revenu dans le cas de la France.
Pour des dépenses globales supposées données de l'Etat - En troisième lieu, une taxe générale sur les biens de
et des Collectivités locales, la fiscalité suggérée en rem- consommation de taux uniforme assurerait le financement
placement des fiscalités actuelles repose essentiellement sur des dépenses publi.ques non couvertes par l'impôt sur le
trois éléments : capital et par l'attnbutIon à l'Etat du privilège exclusif de
- une taxe sur le capital assise sur les seuls biens physiques, la création monétaire.
à l'exclusion des créances, actions et obligations notam-
Le Tableau 1 illustre dans le cas de la France la corres-
ment 1"
ponda~ce de la fiscalité actuelle et de la fiscalité suggérée.
- l'attribution à l'Etat des profits provenant actuellement On VOIt que le montant global des taxes sur la consommation
de la création de nouveaux moyens de paiement par (T.V.A. et taxes douanières) resterait sensiblement inchangé
le mécanisme du crédit; et. que ,le ~ontant global des recettes correspondant à la
- une taxe générale et homogène sur la valeur des biens fOIS à llmpot sur le capital et à l'attribution à l'Etat des
de consommation. revenus corr~s!,ondant à la création monétaire par le méca-
nIsme d~ credit permettrart de supprimer à la fois l'impôt
Cette fiscalité tripolaire serait accompagnée de la sup- progressif sur !e rev~nu, .l'impôt sur les sociétés, l'impôt
pression des impôts actuels sur les revenus des personnes sur les succeSSIOns, llmpot sur les mutations, l'impôt sur
40 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 41
les plus-values, l'impôt de solidarité sur la fortune et l'impôt cessions et les donations, Sur les plus-values et sur le
foncier. Il ne s'agit naturellement que d'ordres de grandeur. patrimoine.
r
Au regard du Tableau trois points tout à fait essentiels . Cet impôt général sur 1e capital devrait être payé qu'il y
doivent être soulignés '(p. 44-45 ci-dessous) : ait ou non revenu effectif.' Il peut être interprété comme
Tout d'abord, pour' des dépenses globales données de le prix à payer pour la jouissance paisible de ces biens
l'Etat et des Collectivités ldcales, la réforme proposée de la durables.
fIScalité correspondrait à un allégement global des charges Dans son esprit, dans ses modalités d'application, et dans
fiscales directes' de l'ordre:de17{)-millio,rds, soit environ 12 % ses effets, un tel impôt serait entièrement différent des
des charges fiscalesaàuelles;-en-,.raison de l'attributio~ à impôts actuels sur le: patrirnoine:global des ménages 25.
l'Etat de la. totalité des reyenus··résultant de la créatIOn
monétaire., ,Cet l:mjJôt sera~tassjs s~~:!Js-seuls biens physiques à
1exclUSion des creanceS. Les: cré(lnces ainsi que les droits
En second lieu,· et contrairernent à ce que l'on pourrait
sur les biens physiques; obligations ou actions, ne seraient
penser à première vue, les charges correspondant à l'impôt pas frappés par l'impôt. Il convient en effet de ne pas
sur le capital ne diffèreraient que d'un quart environ des Imposer deux fOIS le même capital. Comme l'impôt sur le
charges globales assises actuellement sur le capital. capital serait assis sur les biens physiques détenus par les
En effet les charges fiscales assises directement ou indi- entrep~ises et les ~én~ges, il convient de ne pas imposer
rectement sur le capital 24 correspondent actuellement à les actIOns, les obligatIOns, et d'une manière générale les
environ 6 % du revenu national, alors que dans la fiscalité créances, qui en fait représentent, directement ou indirec-
suggérée elles en représenteraient environ 8 %. tement, des titres de propriété sur les actifs des personnes
Enfin les estimations du Tableau 1 ne tiennent pas compte morales et des personnes physiques. Le principe de l'ex-
de l'augmentation très importante du revenu n.ational réel clusion de toute double imposition, qui correspond à la
qui résulterait de la réforme proposée, et qUI, pour des double exigence de l'efficacité et de l'équité, conduit donc
dépenses données de l'Etat et des co,tlectivités locales, dhni- à l'exclusion des valeurs mobilières et des créances de la
nuerait considérablement la charge fIScale en valeur relative. fiscalité envisagée.
Il résulte des différentes données statistiques dont nous
disposons que l'ordre de grandeur du capital national est
d'environ cinq fois le revenu national. Le capital repro-
Ressources provenant d'un impôt général ductible (structures, équipements et stocks) représente envi-
sur le capital ron quatre fois le revenu national, et le capital non repro-
ductible (terres) environ une fois le revenu national. Ces
chiffres sont du même ordre de grandeur que ceux que
La mise en place d'un impôt général sur le capital, qui l'on constate pour les Etats-Unis.
serait assis sur la valeur des seuls biens physiques durables D'après les propositions qui précèdent seraient imposés
(terres, immeubles, équipements et stocks) et. don~ l'or~re tous les biens physiques qu'ils appartiennent à des personnes
de grandeur serait de 2 % de la valeur des biens Imposes, privées, à des sociétés privées ou nationalisées, ou à des
serait accompagnée de la suppression des impôts actuels services publics vendant leurs services au public (télécom-
sur les revenus des personnes physiques et des sociétés, et munications par exemple). La valeur globale de ces biens
des impôts actuels sur le capital, notamment sur les suc- représente environ quatre fois le revenu national, soit
42 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 43
environ 80 % du capital national. Une taxe de 2 % sur sont faciles à estimer. Elles sont de l'ordre de 4 5 % du
les biens physiques détenus par les particuliers et le secteur :eve?u national. Naturellement ces ressources seraient plus
productif donnerait donc une recette de l'ordre de 8 % du elevees avec des taux de hausse des prix supérieurs à 2 %.
revenu national. ' Ainsi, dans le cas de ,'la France, et pour les taux actuels
Une taxe de 2 % peut être actuellement considérée comme de hausse des prix de l'ordre de 3,5 % par an, elles seraient
approximativement égale à.la moitié du taux d'intérêt pur de l'ordre de 5,75 %, du revenu national.
réel moyen pour l'ensemble de l'économie dans une situation II convient de.souliglJer que ce supplément de ressources
de stâbilité' approximat(v<èdes prix. ne correspondraIt pas ùn~ charge supplémentaire pour l'éco-
Naturellement un: tel produit ,de l'impôt ne serait réalisable nomie, mais à un simpletrqnsfert à l'Etat des ressources
que s:il portait égalemel'lts!!, tous les biens physiques sans correspondant à' ra" CréaÎipn monétaire qui sont actuellement
aucuneexemption9uabat(ement que ce soit, disposition qui distribuées plus ou mOÏ/1s"aveuglément à une foule de parties
résulte' du principe de non-discrimination, et qui constitue prenantes par le mécanisme du crédit et qui constituent autant
de revenus indus,
une disposition essentielle du projet présenté.
Dans le cas de la France il ne saurait y avoir de doute
quant à la décision qui serait prise si la question était
clairement posée à l'opinion publique du choix entre le
Ressources provenant du retour à l'État système actuel d'imposition progressive sur le revenu des
personnes physiques qui est aujourd'hui le nôtre et l'attri-
du bénéfice exclusif de la création monétaire. bution à la collectivité tout entière du bénéfice correspondant
à l'accroissement de la masse monétaire par le mécanisme
du crédit 26.
L'augmentation de la masse monétaire correspond à une
création de pouvoir d'achat ex nihilo. De cette création la
collectivité ne bénéficie actuellement qu'en partie pour le
montant correspondant à la base monétaire (monnaie et Ressources provenant d'une taxe générale
pièces en circulation, comptes courants postaux, dépôts à sur les biens de consommation
vue à la Banque de France et au Trésor). Elle reste frustrée
de ce bénéfice pour l'excès de l'accroissement de la masse La différence entre le montant global des dépenses bud-
monétaire sur l'accroissement de la base monétaire.
~~tair_es, et le m~Jntant global d~s ressources fournies par
Naturellement l'attribution à l'Etat de la totalité des res- llmpot sur le capital, le retour à 1Etat des revenus résultant
sources provenant de la création de monnaie par la voie du de la création monétaire, et les taxes douanières, serait
crédit supposerait une réforme profonde de la structure du financée par un impôt général et de taux uniforme sur les
crédit, telle que tous les dépôts utilisés comme encaisses biens de consommation.
soient intégralement couverts pour un montant égal par de En raison de son taux uniforme cet impôt général sur
la monnaie de base. la consommation correspondrait à une charge psychologique
Sur la base d'un taux de hausse des prix de 2 % par sensiblement égale sur tous les consommateurs quel que soit
an, et d'une augmentation de la production de 4 % par leur niveau de revenu. Il n'entraînerait aucune distorsion
an, et si cette réforme était effectivement appliquée, les de prix et il ne compromettrait pas la réalisation d'une
ressources supplémentaires dont l'Etat pourrait bénéficier efficacité maximale pour l'ensemble de l'économie.
44 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 45

Tableau 1 Notes du Tableau I


ILLuSTRATION DANS LE CAS DE LA FRANCE 1. La présentation du Tableau 1 est différente de celle donnée
DE LA COMPARAISON DES STRUCTURES FISCALES ACTUELLE ET dans Allais, 1977, L'Imp6t sur le Capital et la Réforme Monétaire,
PROPOSÉE POUR UN MONTANT TOTAL DONNÉ DES CHARGES FISCALES
ÉTAT ET COLLECTIVITÉS LOCALES p.12L
EN%·DU REVENU NATIONAL
Il a paru en ·effet souhaitable, pour une comparaison réaliste
de la fiscalité proposée avec la fiscalité actuelle, d'inclure dans
Taux de fimpôt SUT le capital: 2 %
lescharges supportées actuellement par le capital toutes les charges
assises, , directement ou "indirect~ment, sur le capital.
. Hypothèses :reténu'es poiI~' Taux de hausse des prix : 2%
la structure fiscale propoSée. ~': Taux de croissance .2. Les chàrges' 'assiSes' âctuellement, directement ou indirecte-
. . ..... . ,. du revenu national réel : 4% . ment, sur le .capital· sont les suivantes en % du revenu national
'. ,
"
pour la. moyenne des années 1987 et 1988 :
Structure fiscale Structure
Ressources globales - Taxe foncière, taxe d'habitation et autres taxes dont
Etat et collectivités locales actuelle fiscale
moyenne 1987-1988 proposée la base d'imposition est constituée par les terres et
les immeubles . 2,0 %
Impôts assis sur les revenus
Impôt progressif sur le revenu
- Droits de succession, donati~ et mutation, et divers 1,2 %
4,2 %
Impôts sur les sociétés 2,4% - Impôts sur les revenus des valeurs mobilières, timbre
et opérations de bourse, vignettes (automobiles), taxe
Total 6,6 % professionnelle (pour moitié), taxes diverses, impôt
Impôts assis sur le capital 5,8 % 8% sur les rentes foncières (pris forfaitairement égal à
(directement ou indirectement) 0,5 % du revenu national) .. 2,6 %
Ressources provenant de l'accroissement 0,9 % 4,4 %
Total 5,8 %
de la masse monétaire Pour éviter tout double emploi des éléments de ces charges
Impôts assis sur la consommation incorporées dans l'impôt progressif sur le revenu, cet impôt a
T.v.A. 9,6 % été diminué d'autant, ce qui donne: 4,85 % - 0,65 % = 4,2 %.
Droits de douane 0,2 %
Taxes sur les produits pétroliers 2,1 %
3. Les ressources provenant de l'accroissement de la masse
Autres taxes 4,9 % monétaire ont été calculées sur les mêmes principes que dans
Allais, 1977, id., p. 119-120. En particulier on a admis que la
Total 16,8 % 17,7 % masse monétaire représentait environ 50 % du revenu national.
Total général des ressources 30,1 % 30,1 % C'est là certainement une estimation par défaut. Une analyse,
déduite de la théorie de la demande de monnaie, conduirait en
PASSAGE DE LA STRUcruRE FISCALE ACTUELLE effet à une fraction de l'ordre de 75 % du revenu national (Allais,
A LA STRUcruRE FISCALE PROPOSEE 1968, Growth and Inflation, p. 414-415).
Suppression des impôts actuels 4. Dans l'ensemble les résultats obtenus sont tout à fait compa-
Impôts assis sur les revenus -6,6% rables à ceux correspondants à l'année 1975 (Allais, 1977, id.,
Ressources nouvelles p. 121).
Impôt sur le capitlll +2,2 % 5. J'ai adopté les estimations suivantes en milliards de francs
Réforme du crédit +3,5 %
Impôts assis sur la consommation +0,9 % pour 1987 et 1988 : Production intérieure brute : 5 301 et 5 659 ;
Revenu national: 4 604 et 4 917 ; Ressources fiscales: 1 353 et
Total +6,6% 1425.
46 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 47
biens détenus. Ce système serait dans son principe même
analogue aux offres publiques d'achat, mais avec les moda-
Modalités d'application d'un impôt général lités suggérées il offrirait des garanties bien supérieures 28.
sur le capital

En' ce ·qui'. 'concerne les terres et les immeubles, il n'y La réforme du système bancaire et financier
aurait pas de difficulté à une imposition de type libéral et
non inquisitorial. L'imposition aurait lieu par bien, sans se
pré?ccuper-,.,delapersonnalité du propriétaire, que ce pro- . La mise' à la disposition de la collectivité de la totalité
pnetaue.sOlt,une personne physique ou une société. Chaque du pouv-oiLdJachat correspondant à la création monétaire
bien .serait ';imposé suivant la valeur déclarée par son supposerait naturellement une réforme profonde des struc-
propriétaire sans ,que ses autres biens soient pris en consi- tures bancaires et financières. Cette réforme impliquerait
dération. . la dissociation des activités bancaires telles qu'elles se
constatent aujourd'hui et leur attribution à trois catégories
On objectera que, si on laisse les gens libres de leur
d'établissement distincts et indépendants:
déclaration, ils frauderont. En fait, ils ne frauderont cer-
tainement pas, si on prévoit la possibilité d'achat par des - des banques de dépôt assurant seulement, à l'exclusion
tiers de toute propriété à condition qu'ils surenchérissent de toute opération de prêt, les encaissements, les paiements
avec ~ne majoration qui au départ pourrait être de 100 %, et la garde des dépôts de. leurs clients, les frais corres-
ou meme de 200 %, ou plus encore. Chaque propriétaire pondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des
aurait d'ailleurs la possibilité de garder sa propriété à clients ne pouvant comporter aucun découvert,
condition de réviser sa déclaration et de payer une amende - des banques de prêt empruntant à des termes donnés
convenable qui serait partagée d'une manière appropriée et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts,
entre le fisc et le surenchérisseur. Quel propriétaire pourrait le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant
donc se plaindre si un bien dont il estime la valeur à 100 global des fonds empruntés,
se voyait offrir 200, ou même 300, ou plus? En fait seule - des banques d'affaires empruntant directement au
l'expérience pourrait indiquer quels sont les taux de suren- public ou aux banques de prèt, et investissant les fonds
chère et les pénalités qu'il faudrait envisager pour que des empruntés dans les entreprises.
déclarations correctes soient effectuées.
Dans les trois cas la concurrence des établissements
Pour éviter tout abus, tout surenchérisseur pourrait être concernés permettrait d'assurer à leurs clients les meilleures
obligé de verser une caution, et en tout cas la surenchère conditions possibles.
ne pourrait donner lieu à aucun droit de visite des propriétés
concernées 27. Dans son principe une telle réforme rendrait impossible
la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire,
Avec un système de ce genre, le marché lui-même fixerait et l'emprunt à court terme pour financer des prêts de
la valeur des biens. Chacun paierait l'impôt qui correspon- termes plus longs. Elle ne permettrait que des prêts à des
drait au capital qu'il détiendrait. Il n'y aurait aucune évasion termes de maturité plus courts que ceux correspondant aux
fiscale concevable; il n'y aurait aucun arbitraire, ni aucune fonds empruntés.
inquisition que ce soit. L'impôt serait simplement une prime
d'assurance que l'on paierait pour une libre jouissance des Les banques de dépôt assureraient les encaissements et
48 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 49
les paiements de leurs clients. Elles devraient naturellement limiteraient pas au retour à l'Etat du bénéfice exclusif de la
être rémunérées pour ces services qui aujourd'hui sont création monétaire. Ils permettraient de remédier de façon
rendus presque gratuitement grâce aux revenus que les décisive aux inconvénients majeurs du système actuel du
banques tirent de la création de monnaie ex nihilo. Mais, créd:!t; .
en réalité, rien n'est gratuit et le coût des services rendus Pour six raisons au moins, la création (ou la destruction)
par les banques à leurs clients est payé aujourd'hui par la irresponsable de monnaie par les décisions des banques et
diminJ.lliop,du pouvoir d'achat de tous les autres agents des' pàrtiéuliers, la très grande sensibilité du mécanisme du
économique.sJésultant de l'inflation engendrée par la créa- crédit àlasituation conjoncturelle, l'instabilité foncière qu'il
tion 9<:liTIonnaie ex nihilo. engendre, l'altération des conditions d'une efficacité maxi-
Quant'aux"banques de prêt et aux banques d'affaires, . tnalë;Cl' altération de la distribution des revenus qui en sont
elle servi~aient d'intermédiaires entre les épargnants et les 'leIVcoÏlséquences, et enfin l'impossibilité de tout contrôle
entreprises.. tElles seraient soumises à une obligation -impé- efficaëè:tlà'système du crédit par l'opinion publique et le
rative: emprunter à long terme pour prêter à plus' cout!' Parlement en raison de son extraordinaire complexité, l'or-
terme, à l'inverse de ce qui se passe aujourd'hui. ganisation actuelle du crédit, dont l'origine historique a été
L'efficacité du système bancaire serait fortement accrue tout à fait contingente, apparait comme tout à fait
avec une telle structure 29. irrationnelle 30.

Avec ce système il n'y aurait plus aucune création de


monnaie, sauf par la Banque centrale, et les revenus
provenant de la création monétaire par la Banque centrale Nature et effets d'un impôt général
seraient rétrocédés à l'Etat, ce qui lui permettrait de réduire sur le capital
d'autant les impôts directs.
Une telle réforme aurait l'avantage de la clarté et de la
transparence. Aujourd'hui les revenus provenant de la Impôt sur le revenu et impôt général
création monétaire sont distribués de façon anonyme entre sur le capital
une foule de parties prenantes, sans que personne ne puisse
réellement identifier qui en profite. Ces revenus indus ne Un impôt annuel sur la capital, suivant les modalités
font que susciter l'inflation et, en favorisant des investis- suggérées, est tout à fait distinct dans son principe et dans
sements non réellement rentables pour la collectivité, ils ses effets d'un impôt général sur le revenu. Les différences
ne font que susciter un gaspillage du capital. essentielles qu'un impôt annuel sur le capital présente avec
un impôt sur le revenu sont les suivantes :
Dans son essence la création de monnaie ex nihilo par
le système bancaire est identique, je n'hésite par à le dire Les revenus du travail, qu'il s'agisse des revenus des
pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, salariés ou de la rémunération des entrepreneurs en tant
à la création de monnaie par des faux-monnayeurs, si que tels, et les revenus des retraités, ne seraient pas imposés.
justement condamnée par la loi. Concrètement elle aboutit Les bénéfices des entreprises correspondant à une meil-
aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui leure satisfaction des acheteurs à un moindre coût ne seraient
en profitent sont différents. pas taxés.
En fait les avantages de la réforme proposée ne se Les revenus correspondant à la rémunération de la prise
50 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 51
en charge des risques ne seraient pas taxés alors qu'ils sont respond pas en général de revenu taxable équivalent à celui
lourdement frappés actuellement, tant au titre de l'impôt que donnerait sa location, alors qu'elle représente mani-
sur les sociétés que de l'impôt progressif sur le revenu des festement un avantage considérable. On ne voit cependant
personnes physiques. pas de raison valable de ne taxer pleinement que les
Alors que l'impôt progressif sur le revenu frappe indis- propriétaires des maisons qu'ils louent alors que ceux qui
tinctement et aveuglément toutes les catégories de revenus, occupent leurs propriétés ou possèdent une ou plusieurs
l'impôt sur le capital frapperait seulement les rentes foncières résidences secondaires, jouissent en fait d'avantages abso-
et lês intérêts purs. lument équivalents.
De 'tnême un impôt annuel sur le capital aurait l'avantage
J,,;i'bphl sùr le capital serait exigible qu'il y ait ou non de --taxer d'une manière plus efficace qu'actuellement les
rev~!ui effectif. Une telle stipulation peut ,\pparaître de
"capitaux improductifs ou mal utilisés, et de rendre plus
p;'i~abord comme injuste et techniquè!llent peu indiquée, -diffidle la survivance sur le marché de tous ceux qui se
mais't6ut au contraire elle satisfait à la fois aux nécessités c, révèlent incapables d'utiliser au mieux les biens durables
dê l'efficacité et de l'équité. Ainsi et par exemple; avec dont ils disposent.
les impôts actuels sur les bénéfices des activités industrielles
et commerciales, seules sont frappées les entreprises qui, En tout état de cause, les revenus qui serviraient de
par leurs efforts, ont réussi à faire des bénéfices. Les base à la détermination de la valeur des capitaux, par le
entreprises inefficaces échappent à l'impôt; seules les entre- mécanisme de la capitalisation, seraient plus élevés en
prises bien gérées le paient. général que ceux perçus par les propriétaires actuels. Les
capitaux prendraient en effet· la valeur qui correspondrait à
Avec l'impôt sur le capital, cette prime accordée aux leur meilleure utilisation possible dans tous les emplois
entreprises inefficaces disparaît et le principe de l'égalité alternatifs, valeur généralement plus grande que leur valeur
devant l'impôt est rétabli. Si l'entreprise n'a pas de revenu actuelle.
effectif, c'est en général, en régime de stabilité monétaire
et de concurrence tout au moins, qu'il y a eu mauvaise Certes, et à première vue, on peut soutenir qu'il n'existe
gestion, et l'impôt sur le capital rétablit des conditions pas d'autre méthode d'évaluation des capitaux que celle
égales dans la concurrence vis-à-vis des entreprises plus qui consiste à capitaliser les revenus effectifs et que dès
efficaces. Les facilités accordées actuellement à une gestion lors l'impôt sur le capital revient nécessairement à un impôt
inefficace disparaissent. S'il y a un revenu effectif, seule est sur le revenu. Cette argumentation est juste en ce sens
imposée une partie du revenu représentant une rente de que la valeur d'un capital dépend de ses revenus futurs,
rareté (celle du capital) ne correspondant pas effectivement mais il n'y a aucune raison pour que les revenus que
à un service rendu. Le revenu obtenu par la bonne gestion l'acquéreur éventuel le plus habile estime pouvoir tirer d'un
de l'entreprise lui reste en franchise de tout impôt. capital ne soient pas en général supérieurs à ceux que son
propriétaire actuel en tire effectivement. Dans le cas par
On fait souvent valoir qu'un impôt sur le capital payé exemple d'une terre mal exploitée, le propriétaire se trou-
annuellement ne peut être en réalité qu'un impôt sur le verait automatiquement imposé d'après sa valeur de marché,
revenu. Il y a là une erreur de principe, et un des avantages c'est-à-dire d'après la valeur correspondant à la meilleure
essentiels qu'offrirait précisément un impôt annuel sur le façon de l'exploiter, compte tenu des remembrements pos-
capital, c'est de devoir être payé même quand il n'y a pas sibles.
revenu monétaire effectif.
A la jouissance d'une propriété, par exemple, ne cor-
52 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 53
prises seraient incitées à émettre des emprunts obligataires
Impôt général sur le capital portant intérêt, et cela malgré l'impôt sur le capital, c'est-
et efficacité de l'économie à-dire sur les biens physiques qu'elles utiliseraient, emprunts
obligataires qui dans le cadre de la fiscalité proposée seraient
Il est facile de voir que d'une part un impôt général sur dispensés de tout impôt.
. le capital permettrait d'augmenter copsidérablement l'effi- L'économie deviendrait beaucoup plus dynamique en rai-
. cacité de l'économie et par suite d'élever sensiblement les 'son de l'incitation bien plus grande à réaliser de nouveaux
revenus -réels de chacun, et que d'autre part il permettrait investissements lorsqu'ils sont effectivement rentables.
d'assurer une répartition des revenus plus équitable.
':Dans l'ensemble l'impôt sur le capital susciterait un
.accroissement considérable de l'efficacité alors que les impôts
il) Un impôt général sur le capita:l"exercerait un effet actuels sur les revenus et les bénéfices ont des effets
dynàmique extrêmement puissant sur Tefficacitégénérale
de' l'économie. .. . . malthusiens et sont essentiellement anti-économiques.
Du fait de la suppression parallèle, et pour un montant Tout d'abord, les biens fonciers et immobiliers tendraient
correspondant, de la taxation des bénéfices industriels et à passer sous le contrôle de ceux entre les mains desquels
commerciaux et de l'imposition sur les sociétés, l'incitation ils auraient la plus grande valeur, c'est-à-dire de ceux entre
à investir augmenterait très fortement. Ce qui intéresse en les mains desquels ils seraient utilisés au mieux. Un capital
effet l'entrepreneur, c'est la différence entre les recettes atten- qui ne vaut pas grand-chose parce que mal exploité ne
dues et les coûts. tarderait pas à être racheté par ceux entre les mains desquels
il prendrait immédiatement, parce qu'utilisé de manière
Or, la seule modification par rapport à la situation actuelle rationnelle, une valeur beaucoup plus grande. Avec de
résultant de l'instauration d'un impôt général sur le capital telles dispositions un remembrement rationnel des terres se .
serait un changement partiel de titulaires relativement aux ferait naturellement de lui-même, sans contrainte, sans abus,
intérêts purs et aux rentes foncières, puisqu'au prorata de et sans qu'aucune réglementation administrative ne soit
la taxe la collectivité se trouverait simplement substituée nécessaire. Indiquons encore que l'achat de terrains à bâtir
aux propriétaires des biens physiques comme bénéficiaire à des fins purement spéculatives dans le mauvais sens du
d'une partie des in.térêts purs et des rentes foncières. Les terme deviendrait pratiquement impossible en raison de la
recettes attendues restant les mêmes et les impôts sur les charge annuelle que représenterait l'impôt sur le capital
bénéfices des entreprises et les revenus des personnes pour la détention d'un terrain inutilisé.
physiques disparaissant, le revenu net actualisé de toute
entreprise résultant d'un plan donné de production, supposé De la suppression des impôts anti-économiques actuels,
rentable dans les conditions actuelles, augmenterait consi- de l'impôt progressif sur le revenu, des impôts sur les sociétés,
dérablement. ou des impôts sur les mutations à titre onéreux ou gratuit,
il résulterait une très forte augmentation de l'incitation à
Pour chaque entrepreneur considéré individuellement l'op- promouvoir des techniques plus efficaces. La mise en place
tique changerait ainsi du tout au tout, et les perspectives de l'impôt sur le capital associée aux ressources procurées
de gains se trouveraient considérablement accrues. Il en par l'augmentation de la masse monétaire correspondant à
résulterait que la valeur globale des investissements rentables l'accroissement du produit national brut permettrait en effet
projetés s'accroîtrait considérablement. de supprimer tous ces impôts qui s'opposent considérable-
En particulier et en raison de ces perspectives, les entre- ment à une plus grande efficacité.
54 Pour la réforme de la fiscalité Esquisse d'une fiscalité 55

Alors que pour une grande part les impôts sur les revenus Dominée par une philosophie faussement égalitaire et en
et les bénéfices frappent les revenus dynamiques, l'impôt réalité démagogique, elle constitue une source majeure
annuel sur le capital ne frapperait que des rentes statiques. d'inefficacités et d'iniquités. L'impôt progressif sur le revenu
L'impôt annuel sur le capital, loin de pénaliser comme le pénalise les plus capables et favorise indûment les moins
font nos impôts actuels l'activité créatrice, lui donnerait au capables en les affranchissant de l'impôt. Il constitue à tous
contraire par la modification de l'assiette de. la fiscalité les niveaux de la société un obstacle à l'ascension sociale
qu'il permettrait une prime qui multiplierait les activités des élites. C'est un impôt conservateur et réactionnaire, qui
utiles et accroîtrait la productivité. protège la fortune acquise et compromet la constitution de
patrimoines pour tous ceux qui ne disposent d'autres res-
En fait l'avantage. essentiel de .1'ill"lPôt.sur le capital est
que non seulement Ii est compatible avec les principes de sources que de celles de leur travail.
l'économie de marchés, mais qu'iLfàcilite leur mise en On ne voit que trop facilement les profits faciles qui
œuvre et accroît considérablement Jeur'effica,cité. On peut· résultent de l'inflation, de la hausse, du prix du sol, de
prédire qu'il permettrait un essor jusqu'ici inconnu de la l'utilisation habile des règlements àclministratifs, de la cor-
production. ruption. On ne voit pas l'écrasement par un système fiscal
trop souvent inique, de toutes les élites qui se trouvent
b) En supprimant tous les impôts directs sur les revenus dans les classes moyennes et dans les classes les plus
du travail et sur les retraites, en n'imposant que les rentes modestes.
pures, en rendant très difficile le maintien des situations Au total, dans la lutte nécessaire contre les inégalités
monopolistiques résultant des biens fonciers et immobiliers indues, l'impôt sur le capital iel qu'il est proposé représenterait
détenus, l'impôt sur le capital serait un facteur puissant un élément décisif de politique économique.
d'équité.
Cet impôt favoriserait l'accession des plus capables à la
propriété et par là même au pouvoir économique; il rendrait
difficile le maintien de capitaux importants dans les mains La réforme suggérée de la fiscalité
des moins capables et favoriserait ainsi la promotion sociale. et le chômage
De ce point de vue le système actuel favorise le maintien
du statu quo même lorsqu'il ne peut se justifier. Il donne
des avantages injustifiés aux possédants actuels au détriment Il résulte de ces indications que la réforme suggérée de
de la promotion des élites, et de ce fait il est réactionnaire la fiscalité entraînerait un très fort accroissement de l'ef-
et antidémocratique. ficacité de l'économie, et par suite de l'emploi et de la
Au lieu de taxer les fortunes en voie de formation par production, résultant:
la voie des impôts sur les revenus et sur les bénéfices, _ de l'allégement considérable de l'ensemble des charges
l'impôt sur le capital, tel qu'il est proposé, taxerait sim- fiscales directes correspondant au retour aux Etats des revenus
plement les fortunes acquises. Il tendrait à supprimer les correspondant actuellement à la création monétaire par le
inégalités artificielles pour leur substituer des inégalités système bancaire 31 ;
correspondant à l'inégalité des services rendus. _ de la suppression des obstacles à l'efficacité que consti-
La fiscalité actuelle de l'impôt progressif sur le revenu à tuent aujourd'hui l'impôt progressif sur le revenu et les
d'ores et déjà atteint un niveau global tout à fait excessif. impôts sur les sociétés;
56 Pour la réforme de la fiscalité

- de l'accession bien plus aisée à la propriété et au


pouvoir économique des élites issues des classes les plus
modestes de la société.
Par là-même la vitalité des entreprises et de toutes les
activités créatrices serait puissamment accrue. La réforme
suggérée dynamiserait le Marché Communautaire et elle
entraînerait une réduction massive du chômage actuel, tare
scandaleuse de notre société d'àùjourd'hui.
IV
Ce sont là autant d'éléments majeurs en faveur d'une
r~forme profonde de notre fisé~~ sm les bases que je
viens d'exposer 32. .
LE PASSAGE
DES FISCALITÉS· ACTUELLES
À LA FISCALITÉSUGGÉIŒE

Ce qui caractérise le plus essentiellement la technique scientifique,


c'est le fait qu'elle procède de 1:expérience, et non de la tradition.
La plupart des gens ne réussissent que difficilement à faire contracter
à leur esprit l'habitude de raisonnements fondés sur l'expérience.
Bertrand Russel
L'esprit scientifique, 1947

Le principe d'une libre compéti~ion


des systèmes fiscaux des pays membres
de la Communauté Economique Européenne

Une compétition efficace et véritable des économies


européennes ne doit pas se limiter aux mouvements des
biens, des services, des capitaux et des personnes; elle
doit porter également sur les systèmes fiscaux eux-mêmes,
et permettre à chaque Etat de réaliser librement la fiscalité
la plus appropriée pour augmenter l'efficacité de sa propre
économie et la rendre plus compétitive vis-à-vis de ses
partenaires.
58 Pour la réforme de la fiscalité Des fiscalités actuelles à la fiscalité suggérée 59
S'il en est ainsi, il est certain que tout pays qui s'engagerait de tous les impôts directs sur les entreprises et les personnes
dans la voie de la fiscalité suggérée en tirerait de tels physiques.
avantages que les autres pays seraient amenés à réaliser Chaque pays membre de la Communauté Economique
les mêmes réformes. Européenne ayant une structure bancaire et financière et
La suppression en effet dans un pays donné de tous les une structure fiscale différentes, le mieux pour la clarté est
impôts directs, qu'il s'agisse des impôts surIes entreprises sans doute d'illustrer la mise en application des nouvelles
ou des impôts sur les personnes physiques, amènerait les structures dans le cas de la France, la transposition dans
entreprises et les hommes les plus dynamiques à venir le cas des autres pays ne pouvant offrir de difficultés
installer leur activité dans ce pays. particulières.
Le fait que les investissements une fois réalisés auraient
à supporter une certaine taxe, èntout étatde cause modérée,
ne modifierait en rien l'avantage présenté par l'inexistence Réforme bancaire et financi~re
de tout impôt sur les bénéfices réalisés et sur les revenus
des personnes physiques, car la motivation essentielle de L'examen détaillé des mesures à prendre pour assurer la
la mise en œuvre d'une' activité quelconque, c'est la dif- transition de la situation actuelle à la nouvelle structure
férence entre les recettes et les coûts, et non la charge des du crédit sort naturellement du cadre restreint de cet exposé.
intérêts correspondant aux biens durables utilisés. Pour les Les seules questions à résoudre sont des questions techniques
entreprises, payer une taxe sur les biens durables revient à qui ne soulèvent aucune di(ficulté de principe 34.
rétrocéder à l'Etat une partie de ces intérêts. Ce sont donc
les actionnaires qui en fait supporteraient l'impôt sur le
capital tel qu'il est proposé, mais pour eux cette perte Réforme fiscale
serait plus que compensée par la suppression de tout impôt
sur les bénéfices des entreprises et la suppression de tout
impôt sur les revenus des personnes physiques 33. Les modalités de la mise en place de la nouvelle fiscalité
pourraient être les suivantes :
- Tout d'abord le montant global des impositions fiscales
serait plafonné en valeur réelle pour /'avenir par une loi
Comment, pour un pays donné, cadre à sa valeur à la date de cette loi, ce qui avec la
croissance de l'économie permettrait de diminuer progres-
assurer le passage de la fiscalité actuelle sivement la part des dépenses publiques dans le revenu
à la fiscalité suggérée national.
En fait ce plafonnement serait tout à fait nécessaire pour
s'opposer à la tentation éventuelle des gouvernements d'uti-
La réforme suggérée de la fiscalité comporte deux aspects : liser les nouvelles ressources que je propose, non pas pour
d'une part, le retour total à l'Etat des revenus provenant supprimer tous les impôts directs, mais pour engager de
de la création monétaire qui implique une réforme des nouvelles dépenses publiques.
structures bancaires et financières; et d'autre part, la mise
en place d'une taxe de l'ordre de 2 % sur les biens physiques, - Le passage à la nouvelle fiscalité serait étalé sur une
ces deux réformes étant accompagnées de la suppression période de cinq ans, le principe général étant qu'au cours
60 Pour la réforme de la fiscalité Des fiscalités actuelles à la fiscalité suggérée 61
de cette période la valeur globale des recettes fiscales soit
maintenue, en valeur réelle, à son niveau initial. Dispositions générales
- Les revenus provenant du retour à l'Etat de la totalité
des revenus correspondant à l'accroissement de la masse Indiscutablement les seules difficultés réelles qui peuvent
monétaire (constituée désormais uniquement par la monnaie résulter de la mise en œuvre de la réforme suggérée de
de b~se), seraient affectés à la réduction pour les deux tiers la fiscalité correspondent au passage de la situation actuelle
des Impots. sur les personnes physiques et des impôts sur au régime normal de fonctionnement du nouveau système
les entrepnses (vOIr Tableau 1 ci,dessus). fiscal. .
.- L'imposi.tion dé 2 % sur les biens physiques serait Cette transition pose des problèmes techniques, dont
mise progressivement en application, la taxe étant succes- certains relativement difficiles, notamment quant au main-
sivement de 0,5 %, 1 %, 1,~% phis finalement 2 %. tes tien des ressources de l'Etat pout assurer toutes ses dépenses
taux de surenchère pourraient .être initialement de 400 % au cours de la période de transition. .
et réduit progressivement à 50 %. . Les dispositions suggérées pour la mise en place de la
P?ur cha9ue cont~ibu~ble le Il10ntant global des impôts nouvelle fiscalité ne sont naturellement données qu'à titre
payes au titre de llmpot sur le capital serait déduit de indicatif et pour ouvrir une discussion utile. Un exposé tel
l'impôt progre.ssif sur le revenu et de l'impôt sur les sociétés que celui-ci ne peut manifestement préciser tous les détails
par. ,l~s contnbu~bl~.s c~ncernés, personnes physiques ou d'application. Il ne peut qu'en préciser les aspects essentiels
socI~tes. ~u-dela llmpot payé par chaque contribuable et indiquer les directions dans lesquelles des solutions
serait dédUit de ses autres impôts directs. cohérentes et équitables peuvent être trouvées 37.
Si toutes ces déductions restaient inférieures au montant Ces dispositions présentent le double avantage d'assurer
de l'impôt sur le capital, le solde resterait dû à ce titre. la permanence des rentrées fiscales globales de l'Etat et
Le contribuable concerné pourrait exceptionnellement obtenir des Collectivités locales au niveau initialement fixé et
un moratoire. Ainsi pour les personnes âgées le montant d'assurer une transition progressive indispensable vers la
accl;lmulé des .arré,rages d'impôt au titre de l'impôt sur le nouvelle fiscalité sans risque pour quiconque et en tenant
capital resterait du par leur succession 35. compte des enseignements de l'expérience.
- Parallèlement toutes les taxes de T.V.A. seraient Il est pratiquement certain qu'au terme prévu de la
rame~ées à un taux unique, égal au taux moyen actuel, période de cinq ans suggérée les recettes fournies d'une
cet alignement étant une condition nécessaire de l'efficacité part par l'attribution à l'Etat de tous les revenus provenant
de l'économie. de l'accroissement de la masse monétaire et d'autre part
- Les taxes sur les consommations de boissons alcoolisées par l'imposition du capital (c'est-à-dire encore une fois des
et de tabac seraient portées au niveau moyen de la T.V.A. biens physiques durables) seront suffisantes pour supprimer
majoré des coûts supportés par la collectivité en raison des tous les impôts directs. Au cas improbable où elles se
cha~ges médicales et autres entraînées par ces consom-
révèleraient insuffisantes, une majoration de la taxe générale
matIOns. sur la valeur ajoutée permettrait de combler la différence.
L~s taxes actuelles sur les produits pétroliers importés
seraient mamtenues 36 après avoir été légèrement augmen-
tées pour permettre de supprimer toutes les vignettes auto-
mobiles.
V
RÉPONSES SOMMAIRES
À QUELQUES OBJECTIONS

Le préjugé doit son empire... à une multitude de petites raisons


qu'on n'a jamais comptées et il y gagne tout ce que l'imagination,
le désir, la crainte, les passions peuvent ajouter à la force des
raisons.
Turgot
Pensées, 1751

De nombreuses objections ont été soulevées à l'encontre


du projet de réforme de la fiscalité que je viens de présenter.
Dans le cadre de cet ouvrage, il est évidemment impossible
de discuter en détail toutes ces objections. Je ne discuterai
donc que les plus importantes ou les plus fréquentes en
laissant de côté celles qui ont déjà trouvé leur réponse
dans l'exposé qui précède.
64 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 65
en raison de la durée de vie limitée des capitaux repro-
ductibles et du fait que les processus d'amortissement qui
leur correspondent peuvent avoir des formes très
différentes 38.
A
OBJECTIONS RELATIVES
AU PROJET D'UN IMPÔT GÉNÉRAL Les propensions à épargner
SUR LE CAPITAL et à investir diminueraient

On dit encore que le revenu net du capital étant réduit


La matière imposable s'évanouirait dans le rapport du taux d'intérêt au taux d'intérêt diminué
du taux de l'impôt, les propensions à épargner et à investir
diminueraient, que le capital reproductible diminuerait en
Suivant un argument souvent présenté, la matière impo- valeur réelle et que l'atteinte d'une situation d'équipement
sable, du fait de l'imposition du capital~ s'évanouirait en capitalistique optimal serait compromise.
raison de la baisse des valeurs des biens durables, et
notamment de la baisse du prix des terres qui ruinerait les
propriétaires fonciers. La propension à épargner
Cette objection comporte deux aspects suivant qu'il s'agit
de la valeur du sol ou de la valeur du capital reproductible. Cet argument ne pourrait être valable en ce qui concerne
la propension globale à épargner qu'en supposant que l'offre
En ce qui concerne les terres, une taxe d'un taux do~né globale de capital diminuerait sensiblement si le taux d'in-
revient à confisquer la rente foncière dans une proportIOn térêt réel, déduction faite de l'impôt, diminuait, hypothèse
égale au rapport de la taxe au taux d'intérêt pur. Si, par qui est infirmée par toutes les recherches économétriques
exemple, le taux de l'impôt est égal à. la. moitié du ~a~ à partir des données de l'observation correspondant à des
d'intérêt pur, les rentes foncières nettes dlmmuent de mOitié, périodes de stabilité monétaire, sinon totale, tout au moins
et l'argument c.onsiste à dire que la ~al~ur du sol. va baisser approximative. En fait dans de telles périodes les motifs
de moitié. MaiS un tel argument neghge completement le déterminants de l'offre de capital ne reposent pas sur le
fait que la valeur d'un terrain résulte de l'actualisatio~ de taux d'intérêt pur perçu, mais sur le désir pour l'épargnant
ses revenus futurs, et que si effectivement les rentes fon~lères de se constituer une réserve pour l'avenir, sur le désir de
nettes diminuent de moitié, le taux d'intérêt net qUi sert posséder des capitaux et de s'assurer par là même un
de base à l'actualisation diminue également de moitié si pouvoir économique important, sur la possibilité de réaliser
l'impôt sur le capital est général, de sorte que l'effet global des gains par des investissements susceptibles d'assurer de
est nul. Le résultat peut apparaître comme quelque peu larges bénéfices, et sur le désir enfin de laisser un certain
paradoxal, mais il est correct. capital à ses enfants. Or, ces motifs, ou resteraient
En ce qui concerne les équipeme~ts, le~r valeur reste inchangés, ou seraient considérablement renforcés par la
inchangée essentiellement pour la meme raison, bien que mise en application de l'impôt sur le capital.
dans ce cas la démonstration soit un peu plus complexe
Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 67
66

La propension à investir L'i~p~t sur ~e capital dans un seul pays


L'impôt sur le capital ne compromettrait pas, mais au seraIt ImpossIble à appliquer
contraire stimulerait puissamment, l'esprit d'entreprise. Le sans un contrôle des changes
moteur essentiel du fonctionnement d'une économie de
marchés, ce sont en effet les surplus, c'est-à-dire les dif-
férences de valeur, susceptibles d'être réalisés, et non les . Un argument ~echn}que à première vue particulièrement
modalités de répartition des rentes pures. Ce qui' attire ~ppelan~ contre II~pot sur le capital est celui des échanges

l'entrepreneur, ce n'est pas le niveau du taux d'intérêt' net, mternatlO~aux., « SI un pays recourait seul à cet impôt on
c'est la marge entre le taux du marché et le taux de rentabilité constateraIt, dIt-on, une fuite des capitaux vers les 'a s
~~ . ~~p!lq~~nt un système fiscal différent en raison d~ la
A partir du moment où les impôts sur les bénéfices des mye ee .de~ taux d'intérêts nets. Cette fuite des capitaux
entreprises et l'impôt progressif sur le revenu seraient ne pourraIt etre empêchée qu'au moyen d'un contrôle des
remplacés par l'impôt sur le capital, tel qu'il a été présenté, chan,ges, et dès lors le système considéré dans son ensemble
cette marge augmenterait considérablement, et l'esprit d'en- auraIt mamfestement plus d'inconvénients que d'avantages. »
treprise se trouverait renforcé. La réalisation d'investisse- , Cet argument qui I?erdrait naturellement tout fondement
ments nouveaux serait favorisée et la valeur globale du ~I 1es .pay..s les pl~s Importants recouraient simultanément
capital reproductible ne pourrait qu'augmenter. L'impôt sur ~t l?1pot peut. a pr~mlère vue apparaître comme décisif
le capital ne frappe ni l'investissement nouveau, ni même maIS, a la reflexlOn, JI ne saurait être retenu. '
la valeur cumulée des investissements passés, mais simple- , Les différences de taux d'intérêt n'ont une très d
ment leur rente. Sans aucune exagération, l'idéal pour Importance qu'~n ce qui concerne les liquidités àgr:ur~
l'entrepreneur, l'innovateur et le promoteur serait une fiscalité terme. En ce qUI concerne les investissements à long terme
fondée sur l'impôt sur le capital. on
Suivant un argument assez courant une imposition géné- des constate
t d'" le plus
, souvent des situations d'équ'I'b
1 1 re avec
'
. aux mteret assez différents dans les divers a s
rale du capital aboutirait à favoriser les activités qui raIson de leurs conditions différentes de structure Po. y en
emploient peu de capital relativement à celles qui en d ~~.. et, précisément.. d'une part les modalités précisées
emploient beaucoup. Bien qu'elle puisse être séduisante, ,e ,Ir:npot sur le capItal ne prévoient aucune taxe sur les
une telle argumentation est tout à fait superficielle. Dans hqUl~I~es e~ les. vll:'eurs ~obilières, et d'autre part les
sa substance elle vaut intégralement dans l'état actuel des fOndltlOnS d apph.catlOn seraIent telles que, considérées dans
choses. Le fait que le capital ait à payer un intérêt décourage ~ur ,ensemble, JI. est exclu qu'un pays appliquant seul
son emploi. Cette limitation est nécessaire parce que le Ilmpot sur le capItal subirait des pertes importantes de
capital est rare. Un impôt sur le capital ne changerait en caJ(ltaux. Da,ns la situation actuelle, c'est en fait le contraire
rien cette situation ; il Y aurait simplement un changement qUI est certam.
de bénéficiaire quant à une partie de la rente constituée
. En effet, du point de vue du placement et de l'inve -
par l'intérêt pur, la collectivité se substituant pour cette
partie au propriétaire du bien physique considéré, et la t1sse~ent, le taux d'intérêt pur n'est qu'un élément et fa
charge globale de l'intérêt supportée par ce bien restant flscal!té s~r les reven~s. constitue un autre facteur q~i joue
un role bIen plus décIsIf. Entre deux investissements dont
inchangée.
Pour la réforme de la fIScalité Réponses à quelques objections 69
68
le premier ne rapporte aucun intérêt pu~, mais ,d~n~ les patrimoine à ses héritiers d'une façon plus ou moins occulte,
revenus correspondant aux progrès tech~uques reah.ses .et et pour une ~rande part il décourage l'épargne. L'impôt
aux éventuàlités heureuses sont affranchis de tout .Impot, sur les mutatIOns de biens immobiliers à titre onéreux
et dont le second rapporte un taux d'intérêt pur, mais dont s'oppose à l'utilisation la plus utile de tous les biens
immobiliers.
les revenus· sont soumis à l'impôt progressif sur le ,r~venu
des personnes physiques et à l'impôt sur les SOCI~t,:S.' le Tous ces impô~s pour~aient être r~mplacés par un impôt
premier apparaîtra comme offrant des avantages declslfs. annuel sur le capital, facIle à percevolT, n'entraînant aucune
in9wsition fiscale et ne faussant pas les décisions écono-
La plupart de ceux. qui font. état de cette objecti::m miques. .
supposent plus ou mOins consciemment que les .Impot~
actuels sur les revenus seraient maintenus,. hypothese qUi L'impôt sur le capital favoriserait naturellement les plus
est exclue dans le cadre du projet présenté. dynamiques des entrepreneurs, mais n'est-ce pas là l'intérêt
de la collectivité ?
Il faut observer enfin que la plupart de ceux qui pourraient
être imposés au titre de l'impôt sur le capital ont des
La substitution de l'impôt sur le capital revenus mixtes. Ils perçoivent des revenus du travail soit
comme salariés, soit comme entrepreneurs; ils perç~ivent
aux impôts sur les revenus, des bénéfices résultant du progrès économique et technique
sur les sociétés et sur les successions . et des ré~ultats heureux d'inyestissements comportant des
serait inacceptable pour les détenteurs de capItaux nsques; Ils reçOivent des dividendes; ils perçoivent des
retraites; ils perçoivent enfin des intérêts purs et des rentes
fonci~res. Il résul~e de là que globalement la plupart des
Au premier abord, l'éventualité d'un impô~ sur le capital contnbuables seraient avantagés par la fiscalité proposée.
suscite une protestation instinctive d'ordre emotlonnel ~e
la part de tous ceux qui possèdent quelque bl~n a,u so~eil. Cet avantage peut être illustré dans le cas de la France.
En effet, globalement, d'après le Tableau l, le revenu des
Cependant pour une grande part cette réa~tlOn emotlOn- ménages augmenterait d'environ 6,6 % en raison de la
nelle est due à ce qu'inconsciemment on surajoute le nouvel suppression de tous les impôts assis sur les revenus des
impôt aux impôts actuels alors que préci~ément le nouvel personnes physiques et sur les sociétés. Comme les charges
impôt serait compensé par une suppressIOn parallèle ~es assises sur le capital augmenteraient de 2,2 % et les taxes
impôts sur les revenus ,,:t les succes~ions dont .le moms sur la consommation de 0,9 %, leurs charges fiscales dimi-
qu'on puisse dire est qu il ne sont guere populaires. nu~raient d'.environ 3,5 % (6,6 - 2,2 - 0,9 %) du revenu
Par ailleurs, de quoi s'agit-il pour les déte~teur~ des natIOnal, SOIt sur la base de 1988 d'environ 170 milliards
capitaux? L'impôt progres~if. su~ le revenu et ll~~ot ~ur représentant environ 12 % des charges fiscales actuelles (et
les sociétés irritent par leur InJustice, décour~gent llmtlatlve correspondant au retour à l'Etat de la totalité des revenus
privée nuisent à l'efficacité de l'économie. Ils faussent provenant de la création monétaire). A cela s'ajouterait
toutes' les décisions économiques, s'opposent a~ progrès l'accroissement considérable du revenu consommable résultant
économique, et ils ne sont que trop souvent genérateurs des effets dynamiques du nouveau système d'impôts.
de fraude.
L'impôt sur les successions est lourdement re.ssenti ; il
incite le père de famille à transmettre une partie de son
70 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections
71

L'impôt sur le capital mèttrait en cause En portant sur les seuls biens réels
des droits acquis l" ImpoAt sur le capital serait discriminatoire
'

C'est là un argument de poids. Une société n'a géné-


D'après. certains les TD:0dalités. d'application de l'impôt
ralement pas intérêt à prendre des mesures susceptibles de
su.r le .capltal telles que Je les al précisées seraient discri-
modifier des droits acquis, sanctifiés en quelque sorte par
la coutume. ~Ina~olres. «Il ~emble anormal, dit-on, de ne faire payer
llmp~t sur. le capital que sur les biens physiques à l'exclusion
Cependant, si dans le passé on avait pris cet argument des biens InCorporels. »
à la lettre, l'Europe occidentale serait aujourd'hui encore
dans la situation de la féodalité. Il y a donc des limites à En ~é~lité cette obj~ction ne tient pas. Si en effet on
la validité de cet argument. S'il est établi que frapper les f~appalt a la fOlS les bIens physiques et les droits sur ces
rentes pures du capital au lieu des revenus dynamiques bl~n~ phYSiques, on aboutirait à une double imposition qui
p~.eclseI?ent serait une source de distorsion économique et
résultant d'une bonne gestion serait finalement plus utile
à la société que le maintien d'impôts anti-économiques, un d InJustice. Consid~rons pa~ exemple deux affaires identiques
changement peut et doit être envisagé. qua?t à leur gest~?n, ?1als dont le régime juridique est
dlfferent, la yremœre etant. une exploitation individuelle,
Ce qui est essentiel, c'est que le transfert du poids de la ~econde etant une société dont toutes les actions et
l'impôt sur les rentes pures. du . capit~l, si l'im~ôt sur le obhg~tlOns S~?t ~étenue~ par ses propriétaires. Dans le
capital était général, ne modifierait sensiblement ni l~ valeur premier. cas Ilmp?t ser~lt payé .une fois, dans le second
des terres, ni la valeur des équipements reproductibles. deux. f?ls,. ce qUi ser~lt. contraire au principe de non-
Ceux qui perdraient à ce transfert ne sont pas directement ~:hscnm~natlOn et au pnnclpe d'exclusion de toute double
intéressés à la meilleure utilisation des biens capitaux, car ImposItIOn.
dans .le mesure où ils y sont intéressés, ils recevraient une
compensation d'une valeur bien plus grande par la sup-
pression parallèle des impôts sur les bénéfices et sur les
revenus. L'impôt sur le capital appliqué sans exemption
On est donc ramené à la question de savoir si le maintien ni abattement serait antisocial
de droits acquis à caractère stérile est, ou non, souhaitable.
Une réponse négative paraît plus justifiée. De ce point de
vue, l'impôt sur le capital n'est naturellement pas une panacée, Certains n~ sauraient manquer d'objecter que l'application
mais il peut constituer un compromis raisonnable. Il n'est sans. exeI?Pt~on ni abattement de l'impôt sur le capital
pas un idéal, car l'idéal serait de ne payer aucuIl: i?1pôt ; serait. antisocial. ,En ':.éalité ce serait là un argument quelque
il paraît simplement présenter des avantages considerables p~u _s~n.guher. L Impo~ ~ur ,le capital a pour objet de faire
d'efficacité, d'équité et de simplicité vis-à-vis du système benefic~er I.a. collectivite d une partie des rentes gratuites
actuel. dont benéflclen~ tous les détenteurs de biens physiques.
Ces rentes gratuItes ne changent pas de caractère suivant le
montant de la fortune globale des intéressés. A une époque
72 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 73
où l'on prétend se proposer d'assurer des conditions .égales Comme je l'ai déjà indiqué, l'impôt sur les successions
pour tous, il convient de réaliser . l'égalité devant l'lm\?ôt, a~outit en e[[et à une dou.ble imposition et il ne fait que
ce qui implique q~e chacun p~le ,au. prorata des biens decourager 1epargne. En faIt le souci d'assurer à ses enfants
physiques qu'il possede, la collectzvlte luzassurant en contre- un certain capital représente une incitation considérable
partie la jouissance paisible de ses biens. pour les ménages à constituer une épargne suffisante.
En tout état de cause trois points doivent être soulignés. En tout état de cause l'impôt sur les successions serait
Tout d'abord, avec le système proposé, ceux qui n~ p~s­ remplacé par un impôt annuel sur les biens physiques dont
sèdent aucun' càpitàl physique ne supportent aucun Impot. le montant cumulé serait 'beaucoup plus élevé.
En second lieu', l'appropriation proposée d.es rentes pu.res
n'est pas totalé. Au taux de 2 % de l'impot sur le capItal
elle ne correspond qu'à moins de la moitié. de ces rentes,
et en tout état de cause, il convient de soulIgner que pour
le~ trois quarts cette tàxe sur le capital ne fai~ que se L'impôt sur le capital serait une mesure
substituer à des impôts existants, impôts ljUl serale~t Sl~p­ de type collectiviste
primés. Enfin l'impôt sur le capItal se substItuant aux Impots
actuels sur les revenus, tous les salariés et retraités se
trouveraient totalement déchargés du poids souvent très Dans un P'ays ~omme la !"rance,. l'impôt sur le capital a
lourd des impôts sur le revenu qu'ils supportent. un conten~ ~mo~IOnn.el, !"t I~ est bien c.ertain que tant que
ses. modalIte~ .d app,I!CatIOn et ses objectifs ne sont pas
~Ialremen.t. defmls" 1Impôt sur .le capital peut donner lieu
a des arriere-pensees et à des mterprétations très diverses.
La fiscalité ne serait plus progressive En fait, en France et par exemple, l'impôt actuel de
~ol!?an!é sur la fo~tune, d'inspiration socialiste, se surajoute
a Iimpot progressif sur le revenu, à l'impôt sur les sociétés
On peut également di~e que la fisc~li~é, prop~sée ,?e serait à l:i~pôt .sur les. succ;ssions, à l'impôt sur les plus-value~
plus progressive. En. fait la. progressIvite de Iimpot actuel ~t a 1 ~mp.ot fonCier. C est da~s son essence même un impôt
sur le revenu aboutit à faite supporter un pOIds psycho- znqulsltorlal permettant de faite un inventaire des fortunes.
logique plus élevé à ceux ljui. o~t des revenus plus élevés.
Il est donc injuste et dzscrlmznatolre, et II compromet D,eu~ dif!érences fon?ament~!es ~épare.nt le système pro-
l'efficacité de l'économie. pose d Impot sur le capital de Iimpot SOCialiste de solidarité
sur la fortune : la première est que l'impôt sur le capital
proposé serait un impôt de substitution; la seconde est
que .ce.t impôt ne porterait q~e sur les biens physiques
conslderés zndlvzduellement, qu Il ne porterait pas sur les
Les successions ne seraient plus imposées fortunes, qu'il serait impersonnel et qu'il n'y aurait aucun
inventaire des fortunes des personnes.
On peut encore objecter que .dans le c~dre d~ la nouyelle Du point de vue du fonctionnement de l'économie de
fiscalité les successions ne seraient plus Imposees. MaiS ce marchés, c~s différ~nc::es sont ~ vrai dire essentielles, puisque
serait là un argument peu fondé. la conceptIOn SOCialIste revIent à renforcer les rigidités
74 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections
75
stérilisantes de l'économie alors q~'un des p~ncipaux objets quisition administrative, que l'impôt serait impersonnel et
du système proposé est de les faITe dlsparaltre. . non progressif, que les principes démocratiques de liberté
A vrai dire, l'impôt sur le capit~1 c?nsidér~ comm.e un seraient respectés, et que les impôts actuels sur les revenus,
impôt destiné à se substituer aux Impots antieconomlques les bénéfices, les successions et les mutations seraient
supprimés.
actuels serait extrêmement favorable. aux entrepren.eur~ et
aux promoteurs de toute. espèce.'San~ aucun~ exageratlOn, On peut en second lieu observer qu'il ne faut pas exagérer
on peut dire que l'impôt sur le capital serait «La Terre les dangers d'une telle situation. La nécessité pour les
Promise» des entrepreneurs 40., surenèhérisseurs de faire" une sl,lrenchère de 100 %, voire
'Ilestvraiment étonnant de constaté;' ~ quel. point cer~ains de' ZOO % ,ouplüs encore, sur les valeurs déclarées, l'obli-
libéraux méconnaissent combien un systeme.fiscal ~o~de sur gation de verser une caution, l'impossibilité de visiter les
l'impôt sur le capital, tel qu'il est. propose; ser~lt. m~om­ biens qu'ils se proposent d'acheter, constitueraient toute
parablement plus conforme aux: pnnclpes d un hberahsme une série de protections ~fficaces contre les abus possibles.
authentique que tout autre systeme. En troisième lieu, au cours d'une année donnée, il est
La seule explication possible me paraît en être d'une inconcevable qu'une grande partie des propriétaires puissent
être évincés. A grande échelle, ils ne pourraient l'être
part l'insuffisance de la pensée économiq~e, et d'll:utre part globalement que par eux-mêmes, et c'est là une situation
et surtout, la puissance des préjugés qUi ~bSc.uTClssent. les inconcevable puisque, si les déclarations étaient correctes,
conceptions de la plus grande partie de 1opmlOn qUi se ils se ruineraient rapidement à ce jeu en raison du coût
croit et se dit libérale. des surenchères nécessaires et de l'obligation ultérieure de
payer l'impôt sur les nouvelles bases. Il y aurait naturel-
lement et inévitablement des changements, mais à tout
instant ils resteraient marginaux.
L'impôt sur le capital exercerait On ne doit donc normalement prévoir que des arbitrages
sür les détenteurs de biens capitaux correspondant à des différences tout à fait excessives de
une menace permanente insupportable valeur. De tels arbitrages ne seraient d'ailleurs que le prix
à payer pour l'efficacité. Toute économie efficace doit
exercer sur les différents agents économiques une pression
La mise en œuvre de l'impôt sur .Ie, capital sous les permanente en faveur du progrès. Cette pression peut être
modalités qui ont été précisées exercerait mcontest~blement valablement jugée insupportable par tous les partisans du
une menace potentielle permanente pour tous les. detent~urs statu quo et de la sécurité illimitée, mais pour toute société
de capitaux entre les mains desquel~ ces. capitaux n ont libérale progressiste elle est nécessaire.
qu'une efficacité réduite et elle entrameralt pour ~ux une Il faut également observer que tout propriétaire soutenant
crainte constante de se voir évincés. C'est là ~ertamem.ent un tel point de vue demanderait simplement le maintien
un des arguments auxquels les détent~urs de biens fonCiers d'un statu quo qui équivaudrait au simple maintien d'un
et immobiliers paraissent le plus sensibles. .privilège sans contrepartie. Comment pourrait-il être possible
On peut tout d'abord observer qu:en compensa~ion .de en effet de justifier le maintien de capitaux rares dans des
cette situation, les inconvénients maJeurs de. la situatIOn mains incapables d'en tirer le meilleur parti ?
actuelle disparaîtraient puisque I~s d,éclarati.ons flsc~~es Une réponse analogue peut être faite à l'argumentation
seraient entièrement libres, et qu il n y aurait plus d m- fondée sur l'impossibilité où certains se trouveraient de
76 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 77
conserver les propriétés reçues de leurs parents. C'est là l~ mise .en œuvre de l.'impôt sur le capital, resterait d'ailleurs
évidemment un argument d'un grand poids sur le plan bIen f~.lble compara~lvement à celle où se trouve le salarié
sentimental, mais qui paraît bien moins décisif sur le plan l~rsquJI co~rt effectIvement le risque d'être mis au chômage
de la justice. Le même argument pouvait être tout aussi d un Jour a l'autre.
valablement avancé pour le maintien de la propdété féodale. ~~ système d~ réconomie de marchés à base de propriété
En tout état de Cause le maintien des propriétés familiales pnvee ne saurait etr~ à sens unique, assurant de très grands
est probablement rendu, encore plus difficile avec l'impôt avantages et une sécurité illimitée aux uns et assurant une
sur les suCcessions qui doit être acquitté en une seule fois part· congrue et une insécurité très grande aux autres.
qu'avec l'impôt sUr' le capital· qui devrait être acquitté En tout état .de cause le système prévu de surenchères est
annuellement 41. dans son p ri?cipe(?r,tt ~ fait semblable au système des offres
S~ns faire· œailleu;s· aucune polémique, il serait assez publzques . '! acha!, .maIS avec les modalités d'application
singulier pour un propriétaire de protester contre le danger suggérées, zl offnrau des garanties bien supérieures.
possible de son éviction en raison du jeu de l'économie
de marchés, alors qu'il trouve par ailleurs tout naturel
d'avoir une priorité dans l'usage des biens rares de ce
monde en raison du pouvoir d'achat qu'il détient et qui La suppression de l'impôt progressif sur le revenu
lui permet d'éliminer les autres concurrents possibles lors- serait antisociale
qu'il s'agit de boire du Châteauneuf du Pape, d'être bien
habillé, de faire des voyages agréables, ou de disposer de
résidences principales et secondaires confortables. On dit encore que l'impôt progressif sur le revenu est
Tout défenseur du système d'une économie de marchés une « con9uête sociale », qu'il permet une redistribution
et de propriété privée qui ne veut pas se réduire à jouer très souh~ltable d~s r~venus,. et .que sa suppression aurait
le rôle de protagoniste naïf ou stipendié et désire rester un caractere tout a faIt « antlSoczal », et à vrai dire insup-
portable.
honnête vis-à-vis de lui-même, doit reconnaître que le
principe d'élimination et de sélection par le pouvoir d'achat, Il convient tout d'abord d'éviter une confusion. Dans la
principe conventionnel qui se trouve à la base du système mesure où la fiscalité actuelle permet une redistribution
de l'économie de marchés, ne saurait valoir à sens unique, d~s rev~nus, cette redistribution des revenus resterait inchan-
permettant au capitaliste d'éliminer les tiers disposant d'un gee pUisque e~. ~alntenant les dépenses globales de l'Etat
moindre pouvoir d'achat pour la consommation des biens et ~es. Coll.ectJvl~es. locales à leur niveau actuel, la fiscalité
fongibles dans le même temps qu'il serait protégé lui-même projetee laIsserait Inchangée cette redistribution.
dans la jouissance des biens durables contre la concurrence En second lieu, et de toute façon, les ménages qui sont
de tout pouvoir d'achat supérieur. Une telle attitude ne ac~uellem~nt exemptés de l'impôt sur le revenu le reste-
serait pas cohérente, et à vrai dire, le libéralisme ainsi raIent, pUisque cet impôt serait supprimé, et en tout état
entendu se réduirait à une fiction hypocrite tout à fait de caus~ tou~.les ménages modestes qui actuellement sont
inadmissible. assuJettIs à llmpôt sur le revenu verraient leur situation
améliorée.
Si l'on tient compte des dispositions qui ont été précisées
pour l'application de l'impôt sur le capital, l'insécurité dans En troisième lieu, il faut bien réaliser que pour la plus
la possession de ses biens, qui frapperait le capitaliste avec grande part l'impôt projeté sur les biens physiques corres-
78 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 79

pond à la simple incorporation à la taxe sur les biens ~es opé!a.tù;ms actuell~ment effe~tuées par les banques et les
physiques d'un ensemble de taxes actuelles (taxe d'habi- intermediaires financiers resteraient possibles.
tation, impôt foncier, etc.) qui seraient supprimées. Pour Les paiements et encaissements continueraient à être
l'essentiel la charge fiscale correspondante ne serait pas ef.fectués .pa! les banques de dépôt pour le compte de leurs
alourdie. cl.Iel}tsamsi 9;ue la tenue. ~e leurs comptes. La seule
En quatrième lieu, on ne saurait trop souligner que la dlfference seraIt que ces servIces seraient facturés à leurs
suppression des impôts sur les sociétés et des impôts sur coûts véritables, condition fondamentale de l'efficacité éco-
les bénéfices industriels et commerciaux permettrait une nomique.
augment,ation substantielle des salaires réels. ToutèS les. opér~ti()ns d'emprunts et de prêts qui se
constatent. aUJourd ~U1 resteraIent parfaitement possibles.
Enfin la croissance considérable que permettrait la réfonne Elles s~ra~ent assurees par les banques de prêt avec cette
proposée de la fiscalité permettrait une augmentation de seule ctlfference que ces banques emprunteraient à terme
la productiqn et une réduction du chômage qui améliorerait pour prêter à plus court terme.
la situation des plus défavorisés.
Au total on peut conclure que par elle-même et ses
implications la suppression de l'impôt progressif sur les
revenus ne saurait être considérée en aucune façon comme Le système du crédit n'offrirait plus
« antisociale ». Tout au contraire, par ses effets directs ou la même souplesse qu'aujourd'hui
indirects, elle améliorerait considérablement la situation des
plus modestes.
Tout dépend évidemment du sens que l'on donne au
mot «souplesse ». Si l'on entend par là le fonctionnement
efficace du système bancaire, il deviendraît sans doute bien
plus efficace qu'aujourd'hui. Mais si l'on interprète ce terme
comme la possibilité de créer ex nihilo de la monnaie et
B du pouvoir d'achat au profit de certains et aux dépens des
OBJECTIONS RELATIVES autres, alors il est bien certain que la « souplesse» actuelle
~spar~îtrait. Mais, ainsi que je l'ai indiqué, il est réellement
AU PROJET DE RÉFORME MONÉTAIRE
Imposs.I~I~ de la cOl}sidérer comme avantageuse pour la
collectivIte. En tout etat de cause, c'est là un des objectifs
essentiels de la réforme suggérée que de la faire disparaître.
Le système du crédit
ne pourrait plus fonctionner
Les encaisses des entreprises et des particuliers
seraient moins bien utilisées qu'actuellement
On dit encore que dans le cadre de la réforme proposée
du système bancaire le système du crédit ne pourrait plus
Il est bien certain que le système actuel de couverture
fonctionner. Il est bien exact que le système du crédit ne
fractionnaire des dépôts permet une duplication des
pourrait plus fonctionner comme maintenant, mais toutes
80 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 81
encaisses, duplication qui deviendrait totalement impossible ét~t de cause, ont un coût qu'il faut bien supporter. Si un
avec le système proposé. deposant est affranchi des frais relatifs à la tenue de son
En fait l'argùment consistant à dire que le système du compte, la banque doit les supporter. Dans la situation
crédit permet de réaliser une économie d'encaisses était actuelle elle p~ut le ,faire, car elle ~énéficie des profits
certainement valable au dix-neuvième siècle. A une époque corresp<;mdan~ a la creation de monnaie par le mécanisme
en effet où la monnaie de base était fondamentalement du crédit. QUI en supporte réellement le coût? : l'ensemble
COl)sHtuée par des espèces métalliques, on pouvait valable- des consommateurs pénalisés par la hausse des prix entraînée
lUel)t cons~d~fer comme raisonnable un système qui per- par l'accroissement de la masse monétaire. Dans le cadre
lUettaii d'effecWer plus de paiements avec moins d'encaisses de ·Ia réforme proposée et pour une même augmentation
métillIiques. Mais aujourd'hui que la monnaie a été entiè- de la masse monétaire ces consommateurs resteraient péna-
relUent' détachée de tout bien réel, c'est là un argument li~és par la même hausse des prix, mais ils recevraient par
qui" n'a plus de valeur. ailleurs une compensation, puisque les gains provenant de
Il convient d'ailleurs de rappeler que si au dix-neuvième
la création. monétaire revenant totalement à la collectivité
siècle le système de la couverture fractionnaire du crédit pourraient financer une diminution égale, à vrai dire consi-
dérable, des impôts qu'ils supportent 42.
a effectivement permis une économie d'espèces métalliques,
il a constamment conduit à une instabilité foncière et à
des crises de grande ampleur qui ont gravement compromis
le fonctionnement de l'économie tout entière.
C
UNE OBJECTION GÉNÉRALE:
La réforme du crédit aboutirait à pénaliser LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE
les bénéficiaires actuels du système du crédit

On pourrait encore avancer que la réforme générale La construction européenne et l'échéance


projetée pénaliserait particulièrement tous ceux qui béné- du 1er janvier 1993
ficient actuellement des avantages tirés de la création de
pouvoir d'achat ex nihilo par le mécanisme du crédit, qu'il
s'agisse des déposants qui sont affranchis pour une très Il serait impossible, dit-on, de réaliser la réforme fiscale
large part du coût de la gestion de leurs comptes ou qui proposée~ ~ondée à la fois sur l'impôt sur le capital et sur
obtiennent une rémunération de leurs dépôts, ou qu'il une modificatIOn des structures monétaires et financières
s'agisse de tous ceux qui du fait de la structure actuelle en raison des engagements européens actuels des pay~
du crédit peuvent effectivement emprunter à des conditions membres de la Communauté Economique Européenne.
plus avantageuses. Il est hors de doute que les bénéficiaires
du système du crédit verraient disparaître les profits indus Ici, il me paraît essentiel de présenter quelques obser-
dont ils bénéficient, mais on voit difficilement comment vations générales.
l'on pourrait justifier le maintien de tels privilèges. Il n'y La Commission de Bruxelles considère que la réalisation
a pas lieu de rendre gratuitement des services qui, en tout d'un grand marché européen implique à la fois: - la
82 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 83
nécessité d'harmoniser les législations fiscales actuelles dans harmonisation est nécessaire, l'harmonisation des taux de
la mesure où la suppression des frontières fiscales peut la T.V.A. ne saurait suffire par elle-même, et que pour
entraîner des distorsions dans la concurrence ; - et une une très grande part, ce serait l'ensemble des législations
politique économique commune, impliquant notamment fiscales qui devrait être rendu compatible.
l'utilisation d'une monnaie commune. La fiscalité française à elle seule comporte des dizaines
Cependant, et du point de vue méme ·de la Commission, d'impôts et l'ensemble des textes qui la régissent comporte
il ne paraît pas raisonnable de considérer qu'à l'échéance des milliers de pages, et pour l'ensemble de la Communauté
de 1993 on puisse réaliser de manière convenable «l'éli- européenne il s'agit de dizaines de milliers de pages. Une
.mination complète des obstacles physiques et fiscaux à l'in- harmonisation raisonnable et convenable des textes corres-
térieur de la Communauté, selon le programme du grand pondants, qui soit réellement compatible avec la suppression
. marché intérieur », ainsi que «l'harmonisation» des poli- des frontières internes, est en réalité un objectif parfaitement
tiques nationales impliquée par la suppression des frontières. irréalisable dans les délais envisagés, et l'harmonisation des
fiscalités européennes, déjà fondamentalement irrationnelles
en elles-mêmes, ne pourrait conduire, si elle était effectuée
dans la hâte, qu'à une irrationalité accrue en raison des
L'harmonisation des fiscalités multiples marchandages et compromis qu'une telle har-
monisation impliquerait nécessairement.
Ici les incantations verbales se heurtent à la réalité des
- Le plan de la Commission de Bruxelles pour réaliser faits. Ce ne saurait être une bonne politique que d'admettre
l'achèvement du grand marché intérieur au 1" janvier 1993 comme objectif, dans les délais envisagés, l'harmonisation
implique notamment la suppression des frontières fiscales de fiscalités qui toutes sont entachées de vices fondamentaux.
par le rapprochement des taux de T. V.A. Une telle harmonisation hâtive ne pourrait que s'opposer
Quelles que soient les hypothèses envisagées, un tel à l'objectif même que l'on déclare poursuivre: une Europe
alignement impliquerait pour un pays comme la France une économiquement intégrée, efficace et réalisant des condi-
perte budgétaire considérable qui, en dernière analyse, ne tions favorables à une élévation des niveaux de vie euro-
pourrait certainement être compensée que par une très péens.
forte augmentation de l'impôt progressif sur le revenu, à En réalité, ce qu'il faudrait faire n'est que trop évident,
la fois dans son assiette et dans son montant. ce serait: commencer par repenser les principes fonda-
En fait, un tel alignement, qui a déjà fait l'objet d'un mentaux de nos fiscalités, rechercher une fiscalité effecti-
début de mise en œuvre par l'abaissement de certams taux vement adaptée aux objectifs poursuivis, puis recommander
de T.V.A., serait totalement opposé non seulement à éventuellement à l'Europe entière les principes généraux
l'intérêt bien entendu de l'économie française, mais éga- d'une fiscalité cohérente, ainsi définie dans sa structure
lement à la réalisation d'une économie européenne efficace générale, et permettant ensuite à chaque pays de déterminer
et équitable. librement sa propre structure fiscale au regard de ces
principes généraux.
Disons tout d'abord que dans l'ensemble les fiscalités des
partenaires européens souffrent de la même irrationalité et Il faut ici se donner des objectifs réalisables dans des
de vices majeurs tout à fait comparables à ceux de la fiscalité délais appropriés. La réforme en profondeur des fiscalités
française. Soulignons encore que si l'on admet qu'une européennes, dans le choix qu'elle implique entre la fIScalité
84 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 85
directe et la fiscalité indirecte, est trop importante par ses institutions auraient des incidences considérables, notamment
implications pour chaque pays, tant du point de vue de sa quant à la politique des salaires et à la politique sociale.
structure interne que de sa compétitivité dans le cadre Ici apparaît une double contradiction: - d'une part celle
européen, pour qu'elle puisse être subordonnée à des délais qui se manifeste entre les différentes conceptions nationales
impératifs. C'est là effectivement la raison même et l'intérêt d'une politique monétaire européenne commune; - et
réel majeur de la Communauté européenne. d'autre part celle qui existe entre le principe de l'autonomie
des politiques. monétaires nationales, quels que puissent
- En tout état de. cause .le principe même .de )'[larmo- être leurs motifs, et le désir d'assurer aux différents pays
nisation autoritaire ..des. fiscalités européennes· apparait pour membres les bienfaits correspondant à la libéralisation des
le moins discutable. . échanges. C'est ce qui explique le refus actuel de fait d'une
En fait l'harmonisation des fiscalités doine faire à partir monnaie commune par certaihs pays membres et leur désir
des données de l'expérience au regard des avantages que réel de maintenir,·· au moins pour le proche avenir, des
toute économie pourrait s'assurer par l'établissement d'une politiques monétaires nationales très largement autonomes,
fiscalité favorisant puissamment son efficacité, ce qui impli- essentiellement destinées à répondre à des impératifs natio-
querait une réduction massive, et sans doute finalement la naux, voire à des idéologies particulières et à la protection
suppression totale, de la fiscalité directe sur les revenus d'intérêts sectoriels.
des personnes physiques et des sociétés. Ici encore l'échéance du 1" janvier 1993, même limitée
Ce n'est pas en se fondant sur une conception centrali- à une harmonisation plus effective des politiques économiques
satrice, bureaucratique et arbitraire des fiscalités qu'une impliquées par la suppression' des frontières internes, apparaît
économie européenne efficace pourra être édifiée. Il serait comme parfaitement déraisonnable, et tôt ou tard les rêves,
tout à fait déraisonnable pour les économies européennes si séduisants qu'ils puissent être, devront s'effacer devant
d'établir leurs fiscalités à partir d'une moyenne des taux les réalités concrètes.
d'imposition actuels considérée tout à fait arbitrairement
comme rationnelle, alors que ces fiscalités elles-mêmes sont
économiquement tout à fait irrationnelles. C'est en réalité à
partir seulement d'une compétition entre les Etats et par La voie réaliste
l'expérience qu'une fiscalité optimale pourra se dégager 43.
Des observations tout à fait analogues peuvent être
présentées quant à l'harmonisation des politiques sociales,
tout à fait irréalisable au regard des différences considérables
L'harmonisation des politiques économiques de niveaux de vie au sein de la Communauté européenne,
quant à la protection commune du marché commun européen
vis-à-vis de l'extérieur, quant à la politique d'immigration
En fait une libéralisation européenne effective des échanges de l'ensemble de la Communauté européenne, et quant à
est conditionnée par l'existence d'un système monétaire suf- la politique suivie par chaque pays pour l'octroi de sa
fisamment intégré et elle impliquerait la création d'une véri- nationalité, toutes questions d'une importance vitale pour
table monnaie commune et celle d'une banque centrale tous les pays concernés, tout particulièrement pour la France,
européenne, indépendante du pouvoir politique. De telles et qui ne sauraient être dissociées de la suppression des
86 Pour la réforme de la fiscalité Réponses à quelques objections 87
frontières internes au 1" janvier 1993. Ici encore une hâte l'alignement des taux de T. V.A. qui n'aboutirait qu'à conso-
inconsidérée ne pourrait que compromettre les objectifs lider l'irrationalité actuelle de nos systèmes fiscaux. Nous
généraux poursuivis. devons laisser chaque Etat libre de choisir librement la
Tous ces obstacles. qui s'opposent actuellement à la fiscalité susceptible de favoriser non seulement l'efficacité
réalisation d'une totale union économique européenne sur interne de sa propre économie, mais également sa compé-
des bases réalistes sont considérables. Ils sont incontesta- titivité vis-à-vis .de ses partenaires.. C'est seulement de cette
blement, parce qu'insérits dans oies faits, totalement insur- manière et par l'expérience qu'une harmonisation des fiscalités
montables si ptéalablementnesontpas établies un minimum européennes pourra se faire d'elle-même. Là encore nous
d'institutions politiques communes dotées de pouvoirs limités, devons-renOnceraux conceptions .a priori, arbitraires, bureau-
mais réels. cratiques et centralisatrices, d'une planification centralisée, et
la4ser l'expériellce déterminer, par la compétitivité de nos
Mais iF est également vain d'espérer que l'on pourra
°
structures fiscales, la structure fiscale optimale.
résoudre efficacement les multiples problèmes que poseront
l'institution et le fonctionnement d'une union économique
effective dans le cadre d'un minimum d'institutions politiques
communes si, parmi les participants, il n'y a pas une
communauté de vues européenne, si le point de vue auquel
on se place n'est pas résolument européen, et non presque
exclusivement national. Autrement dit, la constitution pro-
gressive d'une autorité politique commune, dotée de pouvoirs
limités mais réels, ne peut elle-même être réalisée s'il n'existe
pas un véritable esprit européen sans lequel rien de valable
et de durable ne pourra se faire et qui ne pourra se créer
progressivement que dans le cadre d'une Communauté
culturelle européenne 44.
En conclusion, au regard de l'échéance imprudemment et
prématurément fixée au 1" janvier 1993 pour la réalisation
d'une Europe sans frontières internes, il nous faut complè-
tement repenser aujourd'hui la voie à suivre pour la réaliser
progressivement et efficacement.
La réalisation d'une Europe économiquement intégrée, que
personnellement je n'ai cessé de défendre depuis près de
cinquante ans, est une tâche de longue haleine. A vouloir
aller trop vite on ne risque que trop de susciter de nouvelles
difficultés, dont certaines insurmontables, et de la compro-
mettre, peut-être irrémédiablement.
Dans l'immédiat nous devons absolument renoncer à la
mise en œuvre pour le 1" janvier 1993 d'une harmonisation
bureaucratique et centralisatrice de la fIScalité impliquant
f
1
1
1

VI
LA RÉFORME FISCALE
SUGGÉRÉE
ET tES VÉRITÉS ÉTABLIES

Ce que veulent en dernière analyse les libéraux, c'est l'avancement


des vraies valeurs réalisé par des. hommes qui observent, raisonnent,
méditent, inventent, fouillent et construisent, en s'efforçant d'or-
ganiser le monde pour satisfaire aux besoins de l'humanité. Les
lois, les constitutions, les déclarations de droits, les tribunaux, et
les doctrines sociales ne sont que des moyens pour atteindre ce
but en permettant au travail créateur de s'effectuer libre de toute
ingérence arbitraire.
Ce sont les énergies productives de l'humanité qui lancent un
défi à l'oppression. Le mouvement vers l'émancipation humaine
est la révolte de ceux qui plantent et labourent, creusent et créent,
inventent et construisent, explorent et comprennent,. ils ne peuvent
travailler ni récolter le fruit de leurs travaux tant qu'ils n'ont pas
vaincu ceux qui exploitent, étouffent et oppriment leur labeur
productif·
Walter Lippmann
La cité libre, 1938

Tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la


dire sera toujours odieux à celui qui exercera l'autorité.
Condorcet
Mémoire ~ur l'instruction publique, 1791
90 Pour la réforme de la fiscalité La réforme fiscale et les vérités établies 91
Considéré dans son ensemble l'exposé qui précède a lement pour moi en premier lieu, mais on m'accordera
essentiellement pour objet de susciter la réflexion sur les que, peut-être, il vaut également pour tous ceux qui ne
éléments de la fiscalité d'une société humaniste et pro- 'pensent pas comme moi.
gressiste. Les réformes que je propose ne sont pas de quelconques
Cet exposé se fonde à la fois: - sur une analyse -réformes s'ajoutant à des milliers d'autres, chacune s'ef-
approfondie et incontestable de la théorie de l'efficacité forçant simplement de réparer les dégâts résultant des
maximale, du capital, du risque, et des phénomènes moné- précédentes en en suscitant de nouveaux. II s'agit de
taires ; - sur les enseignements objectifs que nous fournit réformes fondamentales qui intéressent la vie de tous les
l'histoire de nos sociétés dans -les derniers siècles; _- et jours de millions de français. Ces réformes indispensables
enfin sur la conception d'une société démocratique, libérale n'ont été réalisées, ni même envisagées, ni par les libéraux
et humaniste, dans la ligne d'Alexis de Tocqueville, de justement préoccupés de favoriser l'efficacité de l'économie,
Léon Walras, de Vilfredo Pareto, d'Irving Fisher, et de ni par les socialistes justement attachés à l'équité de la
John Maynard Keynes. distribution des revenus.
Bien que certains, au regard de mes propositions, n'hé- La raison en est toute simple. Les uns et les autres n'ont
sitent pas à me considérer comme un crypto-socialiste, que - cessé d'être aveuglés par la répétition incessante de toutes
d'autres me qualifient de libéral sectaire, que d'autres encore parts de pseudo-vérités et par des préjugés erronés. En
me traitent de « théoricien », tout à fait ignorant des réalités, fait, plus les idées dominantes sont répandues, plus elles
que d'autres enfin m'accusent de méconnaître les ensei- se trouvent en quelque sorte enracinées dans la psychologie
gnements fondamentaux de l'analyse économique, et bien des hommes. Si erronées qu'idles puissent être, elles finissent
que, pour une large part, ces jugements divergents s'annulent par acquérir par leur simple et incessante répétition le
les uns les autres, puis-je dire que je me sens personnel- caractère de vérités établies qu'on ne saurait mettre en doute
lement tout le contraire d'un doctrinaire, et que je mesure sans s'opposer à l'ostracisme actif de groupes de pression
parfaitement le caractère tout à fait relatif de ma conception de toutes sortes.
d'une société humaniste et progressiste, et de ses implications,
tout particulièrement au regard des conceptions généralement Quelques-uns de mes correspondants m'ont fait parvenir
admises de la fiscalité. différentes questions dont les deux suivantes :
Mais, quelque jugement que l'on puisse porter sur ces - «Les entreprises et les ménages seraient-ils plus
différentes conceptions, je crois devoir souligner avec Pareto imposés, ou moins imposés, avec la réforme de la
que pour une grande part l'histoire de la science se réduit fiscalité que vous suggérez ? »
à l'histoire des erreurs des hommes «compétents », et il - «Vous dites ne vous faire guère d'illusions sur
me paraît dès lors que nous devons continuellement sou- les chances de voir votre réforme de la fiscalité adoptée.
mettre les «vérités établies» à un examen critique sans Comment expliquez-vous que jusqu'ici vos propositions
complaisance, et cela tout particulièrement en ce qui concerne n'aient pas eu plus d'écho? Avez-vous l'espoir qu'elles
les fiscalités d'aujourd'hui. en aient davantage ? Et pouvons-nous vous aider pour
Comme je n'ai cessé de le répéter à des générations que la rêforme de la fiscalité que vous proposez soit
d'étudiants, le propre de l'erreur, c'est de se croire dans adoptée? »
la vérité; et celui qui se trompe se trompe deux fois: il se
trompe parce qu'il se trompe, et il se trompe parce qu'il
ne sait pas qu'il se trompe. Cet aphorisme vaut naturel-
92 Pour la réforme de la fIScalité La réforme fiscale et les vérités établies 93
Sur la première question je puis affirmer en toute certitude Les Français, les Européens, ne doivent-ils pas tous se
que toutes les entreprises efficaces seraient puissamment poser à eux-mêmes la question: «Comment se fait-il que
avantagées par la fiscalité que je propose, et avec elles notre activité soit constamment pénalisée et entravée par
leurs cadres, leurs salariés et leurs actionnaires, et elles le une fiscalité malthusienne? N'avons-nous pas la fiscalité
seraient d'autant plus qu'elles sont plus dynamiques. que nous méritons en raison même de notre inaction ? »
En fait, seules seraient pénalisées par cette nouvelle Ma réponse est qu'il ne tient qu'à eux que les choses
fiscalité les entreprises. actuellement déficitaires, mais qui changent, et elles changeront s'ils consacrent une partie de
donc pourrait défendre des activités qui produisent moins leur dynamisme pour qu'elles changent effectivement 45.
de valeur qu'elles n'en consomment. C'est là l'intérêt des entreprises, c'est là l'intérêt des
ménages, c'est là 'l'intérêt de chacun, et c'est là l'intérêt de
De même, tous les ménages seraient avantagés par la nos pays.
fiscalité que je propose. Ils le seraient tout d'abord par la
suppression de tous les impôts directs, Ils le seraient encore En 1874, l'industriel Emile Menier avait réussi à réunir
par l'abaissement des prix résultant de l'augmentation consi- trente mille signatures pour soutenir son projet. Au même
dérable de l'efficacité de l'économie. moment une pétition analogue avait réuni cent mille signa-
tures en Angleterre. Que ne pourrait-on faire aujourd'hui
Quant aux avantages pour tous de la suppression des avec tous les moyens modernes de toutes sortes dont on
impôts directs, Emile Menier, le célèbre fabricant de cho- dispose en cette fin de siècle ?
colat du XIX< siècle, ne s'y est pas trompé, qui, en 1874, Si les Français, les Européens suivent aujourd'hui
a le premier défendu une telle fiscalité. l'exemple d'Emile Menier les choses changeront, et elles
Sur la deuxième question puis-je dire à nouveau que changeront rapidement. Sans aucun doute il nous serait bien
quelles que puissent être les perspectives que nous ouvre plus facile de nous débarrasser aujourd'hui du carcan d'une
la fiscalité que je propose, je ne me fais guère d'illusions fiscalité malthusienne qu'il ne l'a été récemment pour les
sur les chances pour que, dans les conditions actuelles, sociétés de l'Est de se débarrasser du carcan oppressif de
cette réforme soit adoptée dans le proche avenir, tant est leurs systèmes totalitaires.
grande l'emprise des préjugés et des «vérités établies ». Notre avenir, pour une large part, sera ce que nous le
Mais le pessimisme de l'intelligence n'est nullement incom- ferons 46.
patible avec l'optimisme de l'action. Les circonstances peu-
vent changer. Et elles changeraient certainement dès lors
que les réformes que je propose seraient pleinement
comprises.
On me dit: «Pouvons-nous vous aider? » Mais le réa-
lisme n'est-il pas pour moi de retourner la question? Puis-
je aider tous ceux qu'écrase la fiscalité actuelle, tous ceux
qui réalisent combien cette fiscalité compromet l'efficacité
de l'économie, combien elle s'oppose à l'élévation des
niveaux de vie, et combien elle compromet la promotion
sociale? Ma réponse est totalement affirmative. Je puis
réellement les aider en les incitant à l'action.
NOTES

* E.J. Menier, Théorie et Application de l'Impôt sur le Capital,


p. 9 et 196-198.
Menier, 1826-1881, était un industriel, fabricant de chocolat,
qui avait fondé une marque célèbre qui a prospéré pendant
presque un siècle. Il avait créé au Nicaragua de vastes plantations
de cacao.
L'ouvrage de Menier est quelquefois superficiel, maladroit et
un peu naïf, mais il est souvent passionnant et impressionnant
par sa lucidité.
(Voir Allais, 1977, L'Impôt sur le Capital et la Réforme
Monétaire, p. 273, note 30).
1. Sur la comparaison des fiscalités européennes, voir notam-
ment O.C.D.E., Statistiques des Recettes Publiques des Pays
Membres de /'O.C.D.E., Paris 1989, et Commission Economique
Européenne, Eurostat, Données Structurelles, Bruxelles, octobre
1989.
2. Ce petit ouvrage fait suite à deux conférences que j'ai faites
en 1989 et 1990 lors des Colloques organisés respectivement par
l'Association pour le Libéralisme Populaire et par l'Institut de
Liaisons et d'Etudes des Industries de Consommation.
D'une manière générale toutes les justifications utiles des
développements qui suivent pourront être trouvées dans mes
travaux indiqués dans la Bibliographie ci-dessous et dans les
références à la littérature qui y sont données. J'y ai ajouté
quelques références récentes particulièrement significatives.
3. Ainsi et par exemple, du point de vue de la fiscalité, la
tenue des comptabilités en valeur réelle et l'indexation des tranches
d'imposition apparaissent comme tout à fait essentielles.
L'indexation de tous les engagements sur l'avenir a fait l'objet
de mon article du Monde du 12 janvier 1989 et de l'interview
96 Pour la réforme de la fiscalité Notes 97
que j'ai donnée au Journal des Caisses d'Epargnes dans son net sont en tout cas beaucoup plus faibles que la retenue globale
numéro de mai-juin 1989. Cette question a également fait l'objet Cl-dessus de 119 %. On ne peut que s'interroger sur cette discri-
d'une mémoire d'ensemble présenté au Colloque du 20-22 octobre mination.
, à Nice du Club de l'Horloge, puis d'un nouveau mémoire de - En tout état de cause, le fait de considérer la rémunération
synthèse présenté le 9 février devant la Chambre Régionale de d'articles comme un salaire, et non comme un droit d'auteur
Commerce et d'Industrie de Lorraine. Elle fait également l'objet pour lequel les retenues sont plus faibles, est pour le moi";
de mon ouvrage, Pour l'indexation, 1990. juridiquement contestable.
, La réforme de l'indexation constituerait un complément extré- - Cependant dans le cas de l'auteur considéré, en l'espèce un
mement souhaitable, mais non indissociable, de mes propositions fonctionnaire retraité, la situation devient réellement exorbitante.
de réforme de' nos fiscalités d'aujourd'hui. En effet, dans leur principe, les contributions de Sécurité Sociale
4. Dans le cas de la France non seulement la fiscalité a atteint qu'elles soient payées par les intéressés ou par leurs employeurs:
des niveaux" tout, à fait excessifs,. mais il en est de méme des sont destmées à fmancer les prestations que ces organismes
transferts de Sécurité Sociale dont certains sont tout à fait abusifs. fournissent à l'ensemble des cotisants et elles ont un caractère
Il faudrait un livre entier pour en traiter convenablement.. A d'assurances. Or, en ce qui concerne l'auteur considéré il ne
titre d'illustration, je me bornerai à en présenter ici un seul recevra aucune prestation de la part des organismes auxquels les
exemple, particulièrement significatif. retenues Cl-dessus ont été vc;rsées.
- Pour un article publié en 1990 dans un grand quotidien et Il s'agit do~c, dans le cas considéré, d'un super impôt, qu'on
rémunéré 5 000 francs, la contribution patronale (qui en fait a ne peut qualIfIer que de super Impôt de solidarité, d'un montant
le caractère d'une retenue à la source) s'est élevée à 2928 francs de 4 304 francs, pour un revenu de 3 624 francs, et ce super
(Sécurité Sociale maladie, 980 ; et vieillesse, 771 ; accidents du impôt vient s'ajouter à l'impôt. progressif sur le revenu.
travail, 162 ; retraites et prévoyance, 396 ; charges diverses, 620). Dans mon ouvrage de 1977, L'Impôt sur le Capital et la Réforme
La retenue faite à l'auteur de cet article s'est élevée à 1 376 francs monétaire, note 12, p. 281, j'avais déjà critiqué les retenues sur
(Assedic, 101 ; Sécurité Sociale maladie, 295 ; vieillesse, 714 ; et les droits d'auteurs effectuées par la Caisse Centrale d'Allocations
veuvage, 5; A.N.E.P., 261), d'où une rémunération nette de Familiales (en l'espèce beaucoup plus faibles).:
3 624 francs.
Ainsi pour un article qui a coûté 7 928 francs à ce quotidien «La Caisse Centrale d'Allocations familiales s'appuyant
le transfert total de Sécurité Sociale s'est élevé à 4 304 francs (2 928 sur un article ambigu du code de Sécurité Sociale (article 153,
+ 1 376) représentant 119 % de la rémunération nette de l'auteur décret du 8 juin 1946) fait payer une cotisation d'allocations
(4304/3624). familiales pour les droits d'auteur reçus par des salariés
Naturellement, après ce transfert de 4 304 francs, cet auteur devra cotisant par ailleurs à la Sécurité Sociale. Deux obligations
acquitter en plus sur sa rémunération nette l'impôt progressif sur le sont ainsi imposées à une seule et même personne qui en
revenu. Au total la somme de 7 928 francs payée par ce quotidien tant qu'allocataire n'a cependant droit qU'à une seule pres-
sera attribuée pour la plus grande part, en l'espèce pour plus de tation, ladite Caisse n'ayant aucune obligation envers elle.
70 %, soit aux organismes de Sécurité Sociale, soit à l'Etat. Cette circonstance, à ma connaissance, n'a aucun équivalent.
- A titre de référence pour un fonctionnaire en activité dont De nombreux recours administratifs ont été présentés, mais
l'indice majoré est de 614, sa contribution personnelle et la en vain. Cette législation dénuée de tout fondement, et
contribution patronale représentent respectivement 17,1 % et inique, n'a pu jusqu'ici être modifiée. Nul doute que si des
41,2 % de son traitement net, soit en tout 58,3 %. De méme millions de gens étaient en cause, cette disposition n'aurait
pour un cadre du secteur privé dont la rémunération nette est pu être maintenue (voir Jean Couvreur, "L'écrivain dans
de 27 500 francs, sa contribution personnelle et la contribution la cité moderne", Le Monde, 21 mars 1968, p. 10). »
patronale représentent respectivement 19,3 % et 38,6 % de son
salaire net, soit en tout 57,9 %. Dans les deux cas considérés, - Au total de telles situations sont réellement intolérables et
les retenues de Sécurité Sociale de 58,3 % et 57,9 % du traitement indéfendables.
1
1
98 Pour la réforme de la fiscalité Notes 99
1. Principes généraux de la fiscalité d'une société humaniste Il. Les fiscalités actuelles de la Communauté Economique
et progressiste Européenne

5. Sur cette question tout à fait essentielle voir notamment: 11. Je rappelle qu'en France le revenu imposable suivant l'impôt
Allais, 1959, Les Conditions Economiques d'une Société Libre; progressif sur le revenu inclut les bénéfices industriels et commer-
1967 Les Conditions de l'Efficacité dans l'EconomIe; 1969, La éiaux, les revenus fonciers, les bénéfices agricoles, les traitements,
Société Libérale en Péril; 1978, La Théorie Générale des surpl~ ; salaires, pensions et rentes viagères, les bénéfices non commer-
1987 Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marches. ciaux, les plus-values, et les revenus immobiliers.
De fa Réflexion sur le Passé à la Préparation de l'Avenir.
Tout au long de cet ouvrage je considèr" une ,~conom~e .de 12. La répartition des gains réalisés par l'entreprise entre ses
marchés (au pluriel), au lieu du terme habItuel d economle de salariés et ses actionnaires serait certainement facilitée si le salaire
marché (au singulier). , comprenait trois éléments, un élément principal indexé sur le niveau
La raison en est qu'il n'y a pas un marché unique où se général des prix suivant un contrat de salaire limité dans le temps,
négocieraient tous les biens mais un système complexe de marchés. un élément spécifique intéressant les salariés à la bonne gestion
Il ne s'agit pas là d'une distinction. purement formelle, mais d'une et différencié suivant les activités considérées dans l'entreprise, et
enfin un élément complémentaire indexé sur le revenu réel de
question de fond (sur ce yomt vOIr A,ual~, 19?1, Les théoms de
l'équilibre économique genéral et de 1efflcaclte maxImale). l'entreprise et susceptible de varier, en plus ou en moins, suivant
les résultats de l'entreprise.
6. Walter Lippmann, La Cité Libre, 1938, Librairie de Médecis, Contrairement à une opinion commune l'indexation des salaires
p.422. est parfaitement possible, et elle est certainement souhaitable, à
condition qu'elle porte sur une- période de temps limitée à l'ex-
7. Partout, à l'origine, la propriété s'est fondée sur le vol, la piration de laquelle chaque partie reprenant sa liberté, les termes
violence et la conquète. Mais il y a eu depuis tellement de du contrat de salaire pourraient être reconduits, ou modifiés (voir
changements de propriétaire~, le plu~ so?vent à la suite d'a~­ Allais, 1989, L'Indexation Obligatoire en Valeur Réelle de tous
quisitions avec des revenus dune légllImlte peu contestable, qu Il les Engagements sur l'Avenir - Condition Majeure d'Efficacité et
paraît impossible aujourd'hui de la remettre en cause. . . d'Equité ; et - , 1990, Pour l'indexation).
En la supprimant les sociétés communIStes ont about!. a des
situations pires que celles auxquelles elles voulatent remédIer. 13. Emile Justin Menier, Théorie et Application de l'impôt sur
Les bouleversements récents dans les pays de l'Est en ont le Capital, 1874, p. 472.
donné une nouvelle et éclatante confirmation (Voir Allais, 1989~
Les Bouleversements à l'Est; et 1990, Les Bouleversements a 14. En fait l'inégalité dans les pays communistes est certai-
nement plus forte qu'en Occident, mais, échappant pour une
l'Est. Que faire ?). large part au fonctionnement d'une économie de marchés, elle
8. Sur ce point essentiel voir tout particulièrement Allais, 1978, est très largement arbitraire.
La Théorie Générale des Surplus, § 524, p. 278-284.
15. De 1970 à 1988 le taux d'épargne des ménages en France
9. Voir notamment Allais, 1967, Les Conditions de l'Efficacité a diminué de 18,7 % à 12,2 % de la production intérieure brute.
dans l'Economie; et 1978, idem, § 115, p. 32-33.
16. Allais, 1988, Cardinal Utility. History, Empirical Findings
10. Pratiquement les revenuS non gagnéS sont souvent difficiles and Applications.
à cerner. La plupart disparaîtraient dans une économie de marchés
fonctionnant dans un cadre approprié. 17. L'inégalité de la distribution des revenus apparaît comme
Pour une analyse d'ensemble approfondie des revenus non un élément pratiquement invariant de toutes les sociétés. Voir
gagnés, voir Allais, 1977, L'Impôt sur le Capital et la Réforme Allais, 1973, Classes Sociales et Civilisations, p. 313-330.
Monétaire, Chapitre III, p.51-99. Suivant la loi de Pareto la valeur du rapport MIR où M
100 Pour la réforme de la fiscalité Notes 101
représente la moyenne des revenus supérieurs à R, est approxi- promotion sociale et de réduire au minimum possible la structure
mativement indépendante de R. de classes qui se constate.
Ce rapport, qui peut être pris comme indice d'inégalité, est En fait, et comme il est indiqué ci-dessous, une réforme générale
généralement de l'ordre de 2 à 2,5 pour tous les pays du xx' siècle de notre société fondée sur la substitution d'un impôt général
(Allais, id., Tableau J, p. 318-319). sur le capital aux impôts anti-économiques et anti-sociaux actuels
L'inégalité de la distribution des fortunes est actuellement sur les revenus, et sur la suppression des profits monopolistiques
beaucoup moins fort.e qu'elle n'a été autrefois dès qu'on tient et inflationnistes par la mise en œuvre de structures institution-
compte de la valeur capitalisée des retraites. Elle n'est plus nelles appropriées, serait extrêmement favorable à la promotion
aujourd'hui très différente de l'inégalité de la distribution des des plus capables et à la réduction de la structure de classes au
revenus (voir le Rapport de 1977 du CREPS). minimum réalisable.
18. Allais, 1973, Classes Sociales et Civilisation, p. 286-287, et
note 6, p. 344-346.
Ill. Esquisse d'une fiscalité répondant pour l'essentiel aux
19. Allais, 1973, id. § 16, p. 296-298, et notes 42, 48 et 49, exigences d'une société humaniste et progressiste
p. 348-353.
Il ressort des études que j'ai poursuivies à différentes reprises
depuis 1950 sur ce sujet aussi difficile que fascinant que la 23. Voir les références données dans la note 5 ci-dessus.
situation sociale des enfants peut s'expliquer approximativement à 24. En fait la présentation du Tableau 1 que j'ai donnée en
peu près également par l'hérédité, la situation sociale des parents, 1977 dans mon ouvrage l'Impôt sur le Capital, p. 121, et qui a
et par ce qu'il est convenu d'appeler le hasard, c'est-à-dire la été repris dans l'interview du Figaro Magazine du 1" juillet 1989,
chance. était susceptible de donner une vue tout à fait inexacte, car il
20. Allais, 1973, id. p. 296-298, et notes 6, 7, 42, 48,49, p. 344- ne rattachait pas à la fiscalité actuelle sur le capital tous les impôts
352. assis actuellement, directement ou indirectement, Sur le capital.

21. Quel que soit son niveau de revenu, chacun supporte mal 25. Ainsi dans le cas de la France l'impôt de solidarité sur la
que d'autres aient des revenus plus élevés. En revanche, chacun fortune (I.S.F.) est caractérisé par de multiples exemptions d'un
juge normal que certains aient des revenus plus bas que les Siens. caractère tout à fait arbitraire; il est inquisitorial, et il se surajoute
Si alors on adopte le critère de la majorité pour prendre des à l'impôt progressif sur le revenu, à l'impôt sur les sociétés et
décisions, il se trouvera toujours une majorité pour confisquer à l'impôt sur les successions.
les revenus supérieurs à ceux de cette majorité. Si demain un 26. La justification détaillée des estimations du Tableau 1 est
homme politique très démagogue annonce qu',l veut confisquer donnée dans Allais, 1977, L'Impôt sur le Capital et la Réforme
les revenus au-delà d'un certain seuil, disons au-delà du plus Monétaire, p. 118-122, 257-267, et 302-303.
grand revenu de la moitié de la population ayant les revenus les
plus bas, il est sûr d'obtenir une majorité d'électeurs. Il y a là Voir également Allais, 1966, L'Impôt sur le Capital, Annexe J,
p.525-532.
une perversion de la démocratie.
C'est là la raison pour laquelle une majorité qualifiée des deux 27. Il va de soi que des modalités d'application très diverses
tiers devrait être exigée au Parlement pour la fixation de la peuvent être envisagées pour l'application de l'impôt sur le capital.
législation fiscale relative à l'impôt sur le revenu des personnes Pour une analyse détaillée de ces modalités d'application, voir
physiques. Allais, 1977, L'Impôt sur le Capital et la Réforme Monétaire,
22. Ainsi, dans notre société d'aujourd'hui, il est certain· que p. 102-113, et les notes correspondantes, p. 299-300.
par des mesures appropriées, un véritable salaire pour les meilleurs Pour certains biens durables (équipements, stocks, œuvres d'art,
étudiants, l'enseignement post-scolaire, une fiscalité favora~le aux etc.) des difficultés techniques d'application pourraient se pré-
éléments les plus capables ... on peut s'efforcer de favonser la senter. Dans l'ensemble, des modalités appropriées pourraient
102 Pour la réforme de la fiscalité Notes 103

être facilement trouvées, notamment à partir de la considération majoration d'environ 38 % (8/5,8 = 1,38). L'imposition prévue
des contrats d'assurances. de 2 % ne correspond donc en moyenne qu'à une taxe supplé-
mentaire d'environ 0,5 % sur le capital (2 - 2.5,8/8 = 0,5).
28. Au regard des abus qui se commettent actuellement en
France dans les procédures d'expropriation pour cause d'utilité 34. Qu'il suffise ici d'en souligner les aspects essentiels à titre
publique, ou dans les procédures résultant de la loi sur le tout à fait indicatif:
remembrement du lljuillet 1975, et qui dans certams cas abou- - Dans le délai de deux ans les b~nques qui assurent actuel-
tissent à de véritables 'vols, les propriétaires trouveraient dans le lement la double activité de dépôts et' de prêts emprunteraient
système fiscal proposé une protection ·efficace contre l'arbitraire à la Banque de France les fonds nécessaires pour assurer une
et la spoliation. . couverture intégrale de leurs dépôts à vue en monnaie de base.
Ces avances porteraient intérêt au bénéfice du Trésor.
29. Dans le cas de la France une telle structure impliquerait - Parallèlement les paiements et recouvrements de leurs clients
naturellement que toutes les barlques soient dénationalisées (y et les frais de la tenue de leurs comptes leur seraient intégralement
compris, la Caisse des Dépôts), sauf la Banque de France. Cette facturés.
dernière devrait être rendue. indépendante du pOUVOir poiltlque - Dans le même délai de deux ans chaque banque émettrait
comme c'est le cas de la Federal Reserve aux Etats-Unis ou de des emprunts obligataires auprès du public de manière à ce qu'à
la Bundesbank en Allemagne Fédérale. l'expiration de ce délai tous les prêts effectués par la banque
soient d'une' maturité plus courte que les dettes contractées par
30. Sur tous ces points voir notamment Allais, 1977, L'Impôt la banque.
sur le Capital et la Réforme Monétai~e, chapitres VIl et VIlI,
- Les banques rembourseraient leurs emprunts à la Banque
p. 161-209 ; 1984, The Credit Mechamsm and lts ImpilcatlOns ;
1987, Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés.
de France au fur et à mesure que leurs prêts leur seraient
remboursés par leurs clients.
De la Réflexion sur le Passé à la Préparation de l'Avenir; 1990,
Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés, édition - Enfin dans le même délai de deux ans toute banque qui
actuellement a la double activité de dépôts et de prêts opterait
complétée. entre l'activité de banque de dépôts et l'activité de banque de
31. Ce qui représente pour la France environ 170 miliards, prêts.
soit 12 % des charges fIScales actuelles (Tableau 1). Ces options seraient accompagnées des transferts de banque à
banque des activités correspondantes, les emprunts et les prêts
32. Tous ces avantages se trouveraient encore considérablement des banques ayant opté pour une activité de banque de dépôts
accrus si on adoptait, comme je le préconise, une indexation étant transférés à des banques ayant opté pour une activité de
généralisée de tous les engagements sur l'avenir. Allais" 197~, banques de prêts, et les dépôts des banques ayant opté pour
Inflation, Répartition des Revenus et Indexatzan ; 1977, L Impot une activité de banques de prêt étant transférés à des banques
sur le Capital et la Réforme Monétaire, p. 210-226 et 321-323 ; ayant opté pour une activité de banques de dépôt.
1989 L'Indexation obligatoire en Valeur réeile de tous les Enga- - Avec de telles dispositions et dans le délai de deux ans au
gem~nts sur l'Avenir - Condition majeure d'Efficacité et d'Equité ; plus, l'Etat disposerait de l'intégralité des avoirs correspondant
et 1990, Pour l'Indexation. à la création monétaire.
- Dans mon ouvrage de 1977, L'Impôt sur le Capital et la
Réforme Monétaire, note 10, p. 319-320, j'ai présenté des moda-
IV. Le passage des fiscalités actuelles à la fiscalité suggérée lités de transition légèrement différentes.
33. Je crois devoir rappeler ici que dans le cas de la France 35. Pour des indications plus détaillées voir Allais, 1977, id.,
(Tableau 1) les charges fiscales assises actuellement, directement p. 102-109.
ou indirectement, sur le capital s'élèvent à 5,8 % du revenu 1
,
36. Ces taxes se justifient par les coûts impliqués par l'entretien
national, alors que la charge fiscale de l'impôt suggéré sur le
capital en représenterait 8 %, correspondant seulement à une et le développement du réseau routier, par la nécessité d'éco-
104 Pour la réforme de la fiscalité Notes
105
nomiser les ressources énergétiques, et enfin par la facilité de c:est par le taux de change que l'équilibre sera réalisé. De ce
leur recouvrement. sl!Uple exemple on peut déduire quelques conséquences d'ordre
genéral.
37. En fait les difficultés techniques d'application d'une impo-
sition générale de tous les biens physiques ne se.présentent guère . Tout d'abord l'arbitrage entre la fiscalité direct~ et la fiscalité
que pour des cas marginaux; elles' se rapportent. surtout à la mdirecte est indissociable du taux de change. En i:Jloquant pré-
période de transition et elles ne correspondent qu'à .une fraction maturément les tala de change on empêche l'adoption d'une fiscalitê
relativement réduite de l'ensemble des capitaux physiques. opumale.
1 . En. s,econd lieu si on considère, comme il faut le faire, que la
flscalite corre~pond ,à des coûts. indi~ects du système productif,
V. Réponses sommaires à quelques objections [1. faut COnSI?erer qu un pays qUi assoIt ses impôts sur la fiscalité
dIrecte pralique en. fait une politique de·. dumping vis-à-vis de
38. Sur tous ces points, voir Allais, 1966, L'Impôt sur le l'é!ran~er. pUIsque cette politique revient à faire supporter les
Capital, Annè~e II, p. 533-540. couts md[rects des productions par· ses seuls ressortissants. Il
résulte de là que pour être cohérente avec elle-même l'administration
39. Alors qu'à l'arrivée au pouvoir du Président Reagan les de Brlaelles devrait préconiser le remplacement de la fiscalité
taux d'intérêt réels étaient négatifs, ils se sont élevés progres- dITecte par la génêralisation de la T. V.A.
sivement à des valeurs positives très élevées et la croissance . E~ tout état de cause une efficacité maximale de l'économie
américaine n'en a été nullement compromise. Implique l'adoption à l'intérieur de chaque pays d'un taux uniforme
de la T.V.A.
40. En fait toute entreprise pour laquelle le montant global
de tous les impôts qu'elle supporte est supérieur à 2 % de la 44. Sur la Communauté culturelle européenne, voir mes deux
valeur globale des biens physiques détenus serait avantagée. C'est artIcles du Monde des 12 et 13 juillet 1989. Voir également Allais
le cas de la presque totalité des entreprises. 1990, La Construction Européenne face ala Bouleversements d
Pratiquement seules les entreprises actuellement en perte pour- l'Est. ~our une Communauté Culturelle, Politique et Economique
raient voir leur situation empirer. Elles devraient donc se réformer Europeenne; et, 1990, Les Bouleversements à l'Est. Que Faire?
ou disparaître. Mais c'est là l'intérêt de l'économie tout entière.
41. Je crois devoir rappeler ici encore que dans le cas de la
France par exemple l'impôt proposé sur le capital ferait simplement VI. La réforme fiscale suggérée et les vérités établies
passer les charges global~s supportées actuellement sur le. capital
de 5,8 % à 8 %, ce qUi représente seulement une majoratIOn 45. Un premier pas, sans doute indispensable serait la création
d'un tiers (voir le Tableau 1 ci-dessus et sa note 2). d'une «Fondation pour la Réforme de la Fisc~litê ».
Il est certain en effet que jamais le Ministère des Finances
42. Pour une analyse plus détaillée des objections faites à la paralysé par ses préjugés et la routine, ne prendra l'initiativ~
réforme bancaire suggérée, voir Allais, 1989, Les. Conditions d'étudier et de .promouvoir la réforme fiscale d'envergure que je
Monétaires d'une Economie de Marchés - Prolégomènes pour propose et qUi permettrait à l'économie française d'accroltre
une Réforme, Chapitre IV A ; voir également Allais, 1990, Les consIdérablement son efficacité.
Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés, MémOIre de En tout état de cause, et dans le cas de la France par exemple,
1987 complété. la fl~calité actuell~ est si complexe que l'élabQration d'un projet
43. En fait la question de l'alignement des taux de T.V.A. détaIllé pour la mIse en œuvre de la nouvelle fiscalité nécessiterait
n'est qu'un faux problème. la collaboration. d'experts particulièrement qualifiés en matière
Si l'on considère par exemple deux pays, l'un assurant totale!Uent fisc~le et bancaIre pendant au moins une période de plusieurs
mOlS.
ses dépenses de fonctionnement par une T.V.A. de taux umque,
et l'autre les assurant par un impôt uniforme sur tous les revenus, 46. Effectivement ma première proposition de réforme de la
106 Pour la réforme de la fiscalité

fiscalité date de 1948 ; et mon premier exposé d'ensemble, L'Impôt


sur le Capital, que j'ai utilisé pour la rédaction de ce livre qui
en reprend un grand nombre de passages, date de 1966.
Pourquoi donc, dira-t-on, une proposition qui n'a trouvé depuis
tant d'années que des échos nombreux, mais limités, pourrait-
elle s'imposer aujourd'hui?
Mais il en est ici de la fiscalité comme des Pays de l'Est. Il
a fallu quarante-quatre ans pour qu'ils brisent leurs chaînes.
Cependant six mois avant la chute du mur de Berlin, le 9 novembre
1989, personne ne pensait qu'une telle. revolutionfût possible. RÉFÉRENCES
Il en est de même de la Révolution fiscale à venir. Les esprits
aujourd'hui sont mûrs pour une telle Révolution, et de même
que le mur de Berlin était devenu insupportable, de même
aujourd'hui la fiscalité est devenue tout aussi intolérable. Il faudra ALLAIS (Maurice)
bien la réformer. En fait, il ne dépend que de nous que cette
réforme se fonde sur les propositions de ce livre. 1946 Quelques Réflexions sur l'Inégalité, les Classes et la P _
motlOn socIale ro
E c0 nomie et Humanisme, juillet-août et septembre-octobre
19 46, p. 357-374 et 484-499.
1948 Pour un Impôt Annuel Sur le Capital
Centre d'Analyse Economique, 8 p.
Le Populaire, 18 et 19 novembre et 22 et 23 décembre
1948. '
1951 L'Union Politique, Condition Première de toute Union
EconomIque
Bu!letin de la Chambre de Commerce des Provinces de
LIege, mars-avnl, p. 7-8 et 7-9.
1958 Fondements Théoriques, Perspectives et Conditions d'un
Marché Commun Effectif
N,uméro spécial .consacré au Marché Commun, Revue
d EconomIe Polztzque, 68' année, janvier-février 1958
p.56-99. '
1959 L'Europe Unie, Route de la Prospérité
Calmann-Lévy, Paris, 1959, 369 p.
Seconde édItion, Editions Clément Juglar, Paris, 1990.
1959 Les Conditions Economiques d'une Société Libre
Revue des Travaux de l'Académie des Sciences Morales et
Polztzques, 112' année, 1959, p. 37-51.
1966 L'I,,!pôt sur le Capital
DroIt social, n° 29~ NU~éro spécial, septembre-octobre
1966, p. 465-544. LIbraIrIe Sociale et Economique 3 rue
Soufflot, Pans 5'. ' ,
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109
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Editions Clément Juglar, Paris, 1990. Le Monde, 27 et 29 juin 1989.
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maugurale de la Chambre de Commerce et d'Industrie de
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Le Journal des Caisses d'Epargne, n° 3, mai-juin 1989, Revue des Deux Mondes, juin 1990, p. 54-74.
p.4-8.
1990 La Construction Européenne Face aux Bouleversements à
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Le Figaro Magazine, n° 13 948, 1·' juillet 1989, p. 52-57, nomzque Européenne
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1989 Principes Fondamentaux de la Fiscalité d'une Société Huma- national de l'Institut Euro 92, 67 p. .
niste et Progressive. Contradictions d'Aujourd'hui et Pers- 1990 Pour l'Indexation
pectives d'Avenir Editions Clément Juglar.
Mémoire présenté le 4 octobre 1989 lors du Colloque
organisé par l'Association pour le Libéral!!tme Populaire, 1990 Les Bouleversements à l'Est, Que Faire?
« Baisse des Impôts, Efficacité et Justice », 73 p.
Editions Clément Juglar.
1990 Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés.
1989 L'économie française et l'échéance de 1993 De. la (?éflexion sur le Passé à la Préparation de l'Avenir.
Le Monde, 20 octobre 1989. MemOIre de 1987 complé,té par l'addition d'un Post-Scrip-
tum très circonstancié.
1989 L'indexation obligatoire en valeur réelle de tous les enga- Editions Clément Juglar.
gements sur l'avenir. Condition majeure d'efficacité et
d'équité , , BABEAU (André)
Mémoite présenté le 22 octobre 1989 lors de la Cmqmème
Université annuelle du Club de l'Horloge, 50 p. 1977 La Richesse des Français
Presses Universitaires de France, Paris.
1989 Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés - 1988 Le Patrimoine Aujourd'hui
Prolégomènes pour une Réforme Nathan, Paris,
Association Française de Science Economique, jeudi
9 novembre 1989. COMITÉ POUR L'ÉTUDE DE L'UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE
1989 Les Bouleversements à l'Est 1988 Rapport de l'Union Economique et Monétaire dans la
Le Figaro, 18, 19, 20 et 21 décembre 1989. Ces quatre Communauté Européenne (Rapport Delors)
articles ont été republiés dans Le Figaro du 27 décembre Communauté Economique Européenne, Bruxelles.
(p. 11-12) et dans, l'Europe en Formation, Centre Inter-
national de Formation Européenne, Printemps 1990, p. 7- COMMISSION DE RÉFLEXION ÉCONOMIQUE POUR LA PRÉPARATION
29. DE L'ÉCHÉANCE DE 1992 (présidée par Marcel Boiteux)
1990 Quelle Fiscalité adopter pour développer et dynamiser le 1988 Fiscalité et Marché unique européen
Marché Communautaire. Repenser les Vérztés Etablzes La Documentation française, 92 p.
Mémoire présenté le 10 janvier 1990 lors de l'Assemblée
générale de l'Institut de Liaisons et d'Etudes des Industrzes
de Consommation, 87 p.
112 Pour la réforme de la fiscalité Références 113
COMMISSION DE LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT
ÉCONOMIQUE (O.C.D.E.)
1988 Le Rapprochement de la Fiscalité indirecte dans le Grand
Marché Intérieur - Les Réponses aux Questions que vous 1989 Statistiques des Recellès Publiques, 1965-1988
vous posez O.C.D.E., 257 p.
Bureau de Presse et d'Information pour la France, 32 p.
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1986 8' Ràpport sur l' Impositiol). du Capital de Réflexion économique pour la préparation de l'échéance
de 1992 .
1987 9' Rapport sur la Fiscalité des Entreprises
Rapport de la Commission Boiteux (voir ci-dessus) p. 79-
M. '
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1989 . Données Structurelles STRAUSS-KAHN (Dominique), KESSLER (Denis),
Bruxelles, octobre 1989, 30 p. et MASSON (André)

GAILLARD (Emmanuel), CARREAU (Dominique), 1977 Rapport du Centre de Recherche Economique sur l'Epargne
au Commissariat général du Plan
LEE (William L.) C.R.E.P.S.
1989 Le Marché Unique Européen
Pedone, Etudes Internationales, 286 p.

LEFEBVRE (Francis)
1989 Memento Pratique Fiscal 1989 SOURCES STATISTIQUES DU TABLEAU 1
Editions Francis Lefebvre, Paris, 1279 p.
INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DES ÉTUDES
MARTINEZ (Jean-Claude) ÉCONOMIQUES (I.N.S.E.E.)
1989 L'Impôt sur le Revenu en Question (ouvrage collectif) 1988 Annuaire Statistique
Litec, Paris.
1988 Les Comptes de la Nation
MARTINEZ (Jean-Claude) et de MALTA (Pierre)
BANQUE DE FRANCE
1986 1. L'Impôt, le Fisc, le Contribuable
1989 Bulletin Trimestriel, mars-avril 1989
1989 Il. Les Impôts, le Droit Français, le Droit Comparé
Litec, 478 et 486 p.

MENIER (E.J.)
1874 Théorie et application de l'impôt sur le capital
Plon et Guillaumin, 1874, 642 p. (Edition révisée en 1975).
INDEX DES NOMS

BABEAU (André) : 111


BOITEUX (Marcel) : 111

CARREAU (Dominique) : 112


CONDILLAC : 25
CONDORCET: 89
COUVREUR (Jean) : 97 n. 3

FÉNELON: 37
FISHER (Irving) : 90
FRANÇOIS D'AsSISE: 34

GAILLARD (Emmanuel) : 112

HUME (David) : 15
HUXLEY (Aldous) : 11

KEsSLER (Denis) : 113


KEYNES (John-Maynard) : 9, 90

LEE (William): 112


LEFEBVRE (Francis) : 36, 112
LIPPMANN (Walter) : 17, 89, 98 n. 6
116 Pour la réforme de la fiscalité
MALTA (Pierre de) : 112
MARTINEZ (Jean-Claude) : 112
MASSON (André) : 113
MENIER (Emile Justin): 9, 27, 93, 95, 99 n. 13, 112

PARETO (Vilfredo) : 90, 99 n. 17


.INDEX DES SUJETS
REAGAN (Ronald): 104 n. 39
RUSSEL (Bertrand) : 57
ACTIONS (non imposition des) : 22, 38, 41, 71
ACTIVITÉS CRÉATRICES : 26
SAUN (Pascal) : 113 AGRICULTEURS: 30
STRAUSS-KAHN (Dominique) : 113 ALCOOL: 60
ALLEMAGNE FÉDÉRALE: 102 n. 29
AMORTISSEMENTS : 30
ASSOCIATION POUR LE LIBÉRALISME POPULAIRE: 99 o. 2
TOCQUEVILLE (Alexis de) : 90
TURGOT: 63
BANQUE(S)
- d'affaires: 47-49
WALRAS (Léon) : 90 - de dépôt: 47-49, 103 n. 34
- de prét : 47-49, 103 n. 34
BANQUE CENTRALE: 48
- européenne : 84
BANQUE DE FRANCE: 42, 102 n. 29
BASE MONÉTAIRE: voir Monnaie
BÉNÉFICES
- des entreprises: 19, 49
- industriels et commerciaux : 99 o. Il
BESOINS: 17
BIENS PHYSIQUES
- fonciers et immobiliers: 41, 46, 53, 74
estimation des - à partir des contrats d'assurance: 101, 102 o. 27
difficultés d'estimation des - : 104 n. 37
BOURSES: 29
BUNDESBANK: 102 n. 29

CAISSE CENTRALE D'ALLOCATIONS FAMILIALES: 97 o. 4


CAISSE DES DÉPOTS : 102 n. 29
CAPITAL (gaspillage de -) : 48
118 Pour la réforme de la fiscalité Index des sujets 119
CAPITAL NATIONAL EFFICACITÉ DE L'ÉCONOMIE: 13, 18, 19,23,26,27,34,53,55,68,91
structure du - : 41-42 - et impôt sur le capital: 52-56, 69
CAPITAUX (fuite des -) : 67 - et réforme monétaire: 48, 78-81
CAUTION: 75 ÉGALITARISME: 31-34, 55
CHAMBRE RÉGIONALE DE COMMERCE ET D'INDUSTRIE DE LORRAINE : ÉGALITÉ: 17
96 n. 3 ÉLITES: 13, 33, 54-55
CHARGES FISCALES : 13 ENSEIGNEMENT POST-SCOLAIRE: 100 n. 22
CHARGE PSYCHOLOGIQUE ENTREPRISES: 16, 18, 26, 50, 52, 66, 69, 74, 91-93
- des impôts: 28-29, 72, 99 n. 16 • - en perte: 104 n. 40
CHÔMAGE EPARGNE
- et réforme de la fiscalité: 55-56 - et impôt sur le capital : 65
CLASSES évolution en France du taux de 1'-: 99 n. 15
- modestes: 13, 55, 78 insuffisance de 1'-: 28, 99 n. 15
- moyennes: 13, 29, 55 • pénalisation de 1'- par la fiscalité: 28, 73
- $ociales: 32, 33, 99 n. 17, 100-101 n.22 EQUlTÉ : 38, 54, 91
ERREUR ET VÉRITÉ: 90-91
facteurs déterminants des - : 32, 100 n. 19 ÉTAT: 16, 39, 48, 49, 60, 61, 77
CLUB DE L'HoRLOGE: 96 n, 3 ÉTATS-UNIS: 41, 102 n, 29
COLLECTIVITÉS LOCALES: 14, 16, 40, 61, 77 ÉTHIQUE: 20, 22
COMMISSION DE BRUXELLES: 81, 104-105 n. 43 ÉTUDIANTS: 32, 100-101 n, 22
COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE EUROPÉENNE: 11, 25, 35, 57, 59, 84 ÉVASION FISCALE: 30-31
COMPÉTITIVITÉ DES STRUCTURES FISCALES: 84, 87 EXEMPTIONS
COMPTABILITÉS: 30, 95-96 n. 3 - fiscales: 30-31, 101 n. 25
CONTRÔLE DES CHANGES: 67 non - : 16, 39, 42, 71-72
COTISATIONS SOCIALES: 14, 96-97 n. 4 EXPROPRIATION: 102 n, 28
COUVERTURE FRACTIONNAIRE DES DÉPÔTS : 79-80
CRÉANCES (non imposition des -) : 22, 38, 71
CRÉATION MONÉTAIRE: voir Monnaie
FAUX MONNAYEURS: 48
CRÉDIT (organisation du -) : 48-49, voir également Monnaie
FEDERAL RESERVE: 102 n. 29
FEUILLETS DE DOCUMENTATION PRATIQUE P. LEFEBVRE: 35
FISCALITÉ
DÉCENTRALISATION DES DÉCISIONS: 19-20, 37 - actuelle : 25, 36
- et accroissement de la masse monétaire: 38. 42-43
DÉMAGOGIE: 33, 36, 100 n. 21 - et pénalisation des activités créatrices: 26-28
DÉMOCRATIE: 15, 16-17, 23, 26, 27, 33, 54 - (s) européennes: 11, 57-58, 81-87, 95 n, 1
DÉNATIONALISATION: 102 n, 29 - française: 25-36, 83
DISCRIMINATION - tripolaire suggérée: 12, 38-40
- entre les citoyens: 18, 25, 29, 31, 72 comparaison de la - avec la fiscalité actuelle: 28, 31, 39-40, 44-
- et impôt sur le capital : 71 45, 101 n, 24
non-:18 - sur les biens physiques : 39-42
DROITS ACQUIS: 70 compétition des - (s) : 57-58
coûts de gestion des - (s) : 34-36
FONDATION POUR UNE RÉFORME DE LA FISCALITÉ: 105 D. 45
FORFAIT: 30
ÉCHANGES INTERNATIONAUX: 67 FORTUNES
ÉCHÉANCE du 1" janvier 1993 : 81-82, 85-87 Inégalité de la distrihution des - : 99-100 n. 17
ÉCONOMIE DE MARCHÉS: 15, 19,20,21,27, 34,37,76-77,98 n. 5,98 FRAIS MÉDICAUX : 30
n.1O FRAUDE FISCALE: 30
120 Pour la réforme de la fiscalité Index des sujets 121
GROUPES DE PRESSION: 30 - et surenchères: 46, 60, 75
- et valeur des terres et des équipements: 64
- inacceptables pour les détenteurs de capitaux: 68·69
Effets de 1'- : 49-55, 91-92
HARMONISATION Modalités d'un - : 46-47, 101-102 n. 27
'" des fiscalités européennes: 82-84 IMPÔT SUR LE CAPITAL ET IMPÔT SUR LE REVENU: 49-51
- des politiques économiques: 84-85 INDEXATION: 13, 95-96 n. 3, 102 n. 32
~ des politiques sociales: 85-86 - des salaires: 99 n. 12
- des taux de T.V.A. : 82, 83, 104-105 n.43 INÉGALITÉ(s) : 33
- et Europe politique et culturelle: 85-87 - de la distribution des fortunes: 99-100 n. 17
HÉRÉDITÉ: 32-33, 100 n. 19 - de la distribution des revenuS: 17, 22, 27, 99-100 n. 17
HÉRITAGES: voir Successions
- devant l'impôt: 30-31
HUMANIsME (Société humaniste): 12, 16-17, 28, 37-38, 90
- des talents et des services rendus: 33
- entre les salariés: 30, 100 n. 19
-'- et chance: 100
IMMIGRATION : 85-86 - et efficacité : 34
IMPOSITION - et hérédité: 32-33
- des biens physiques: 39-42, 44-45, 46-47, 101-102 n. 27 - et loi de Pareto: .99-100 n. 17
- progressive: 28-29, 30, 76 - et milieu: 32-33
double - : 22, 41, 71, 72 - et pays communistes: 99 n. 14
IMPÔT(S) : (voir également Taxes) - indues: 17, 34, 54-55
- de solidarité sur la fortune (1.S.F.) : 28, 31, 73 - ressenties: 100 n. 21
- et rémunération des services de l'Etat: 16 - souhaitables : 27
- progressifs sur le revenu: 12, 13, 18, 28-29, 32, 53, 77-78 lutte contre les - : 55, 100-101 n. 22
- et charge psychologique: 99 n. 11 INSTITUT DE LIAISONS ET D'ÉTUDES DES INDUSTRIES DE CONSOMMATION:
- sur les bénéfices agricoles: 99 n. 11 95 n. 2
- sur les bénéfices des sociétés : 13, 53, 55 INVESTISSEMENTS
- sur la consommation: 29, 38, 43 - et impôt sur le capital : 52-53, 58, 65-67, 69
- sur les grandes fortunes (1.G.F.) : 31 - et intérêts réels: 104 n. 39
- sur les patrimoines: 12
- sur les plus-values: 12, 99 n. 11
- sur les rentes foncières : 19
- sur les revenus: 27 JUSTICE: 32
IMPÔTS DIRECTS (suppression des -) : 12, 38-41, 44-45, 53, 55, 58-59, JusneE SOCIALE : 31
68-69, 72, 78, 101 n. 22
IMPÔTS DIRECTS ET INDIRECTS: 32, 55, 83-84
IMPÔT SUR LE CAPITAL: 38, 40-42
- antisocial : 71-72 LmÉRALISME: 17, 22, 38
- et balance des paiements: 67-68 LmERTÉS POLmQUES: 17-18, 38
- et charges actuelles sur le capital: 40, 45, 101 n. 27, 102-103 n. 33, LIQUIDITÉS: 67
104 n. 41
- et collectivisme: 73-74
- et construction européenne: 81-87
- et droits acquis : 70 MAIORITÉ QUALmÉE ET FISCALITÉ: 100 n. 21
- et entreprises: 91-92, 104 n. 40 MAQUIS FISCAL: 34, 36
- et menace d'éviction: 74-77 MARCHÉ COMMUNAUTAIRE: 56, 81-87
- et suppression de l'impôt progressif sur le revenu: 77-78 MÉNAGES: 16, 69, 77, 91-.93
122 Pour la réforme de la fiscalité Index des sujets 123
MIUEU PROGRESSIVITÉ DE L'IMPOT : 28-29, 32, 72, 77-78
inégalités résultant du - : 32-33 PROMOTION SOCIALE: 13, 17, 25, 27, 28, 55, 56, 101 n, 22
MiNISTRE DES FINANCES: 105 n. 45 - et Impôt sur le capital: 53-55
MONNAIE PROPENSIONS A ÉPARGNER ET A INVESTIR : 65-66
- commune européenne : 84-85 PROPRIÉTÉ PRIVÉE: 15, 17-18,20-22, 37, 54, 56, 77, 98 n.7
- et base monétaire·: 42 PROTECTION DU MARCHÉ EUROPÉEN: 85
- et création monétaire: 13, 38-40, 42-43, 55
revenus provenant de la - : 42-43
- et fiscalité : 39, 42-43
création de - ex nihilo: 20, 42, 47-48,79-81 REDISTRIBUTION DES REVENUS ET DES PROPRIÉTÉS: 34
MYTHOLOGIES: 32, 36 RÉFORME DE L'INDEXATION: 13
RÉFORME DE LA FISCALITÉ
Effets de la - : 47-56, 64-87
Fondation pour une - : 105 n, 45
NATURALISATION: 85 Mise en application de la - : 46-47, 58-61
NEUTRALITÉ DE L'IMPOT : '19-W Possibilité de la - : 92-93
RÉFORME DU SYSTÉME BANCAIRE: 47-49, 78-81
Mise en application de la - : 103 n. 34
REMEMBREMENT: 53, 102 n. 28
OBLIGATIONS (non imposition des) : 22, 38, 41, 71 RENTES
OPA: 77 - pures: 19, 54, 64, 70-71
RETRAITES : 49, 54
Valeur capitalisée des - : 100 n. 17
REVENUS '
PARETO
- d'une économie de marchés: 21, 22
loi de - : 99-100 n. 17
- du travail: 22, 49, 78
PARLEMENT
- et fiscalité: 100 n. 21 -dynamiques: 54
contrôle du - : 12, 23 - gagnés el non gagnés: 20, 22, 26-28, 48, 79, 98 n. 10
PAYS COMMUNISTES: 19, 27, 34, 98 n. 7, 99 n. 14 - indus : voir revenus non gagnés
PERSONNES ÂGÉES: 29, 35-36, 49, 54, 60 - légitimes: 20-22
PERSONNE HUMAINE: 9, 15, 16-17, 18 - provenant de la création monétaire: 38-4Jl, 42-43, 44-45, 47-49,
PLANIFICATION CENTRALISÉE: 20, 87 60
PLUS-VALUES FONCIÈRES : 22 distribution des - : 22
POLmQUE ÉCONOMIQUE: 84-85 imposition des - : 26-28
POLmaUE FRANÇAISE: 28, 34, 55 inégalités des revenus: voir inégalités
PRÉVOYANCE RISQUES
- et fiscalité: 28 Prise en charge des - : 22, 26, 49-50
PRINCIPE
- de légitimité: 20-22
- de non arbitraire et de transparence: 23
- de non-discrimination: 18 SALAIRES RÉELS : 78
- d'exclusion de toute double imposition: 22 SALARIÉS : 26
- d'impersonnalité: 18 SÉCURITÉ SOCIALE : 30, 96-97 n. 4
- individualiste: 16-18 SOCIÉTÉS COMMUNISTES : voir Pays communistes
PROCÉDURES D'EXPROPRIATION ET DE REMEMBREMENT: 102 n. 28 SPOLIATION: 28
PRODUITS PÉTROLIERS: 60, 103 n. 36 SUCCESSIONS
PROFESSIONS LIBÉRALES : 30 imposition des - : 28, 31, 32, 39, 68, 72, 76
PROGRÈS TECHNOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE: 19 SURENCHÉRES : 46, 50, 75
124 Pour la réforme de la fiscalité
SUPERFISCAUTÉ : 29, 97 n. 4
SURPLUS
appropriation privée des - : 21-22

TABAC: 60
TAUX D'INTÉR~: 64-69, 104 n. 39
- et investissements: 104 n. 39
TAUX DE CHANGE: 105 n. 44 TABLE DES MATIÈRES
TAXE(S) : (voir également Impôts)
- douanières : 39, 44
- sur la consommation: 29, 38, 43
- et charge psychologique: 43
- sur la valeur ajoutée (T.V.A.) : 39, 44, 60
harmonisation des - : 104-105 n. 43
- sur les biens physiques: 12, 38, 44-45, 71
- SUI les boissons alcoolisées, le tabac, les produits pétroliers: 60,
103-104 n. 36 INTROllUCTION ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
TECHNOCRATIE: 17, 23, 84
TERRE PROMISE: 74 1. PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA FISCALITÉ D'UNE
TERRES. TERRAINS SOCIÉTÉ HUMANISTE ET PROGRESSISTE 15
- à bâtir: 53
augmentation séculaire de la valeur des - : 20, 28
THÉORICIEN : 90 Justification générale de l'impôt 16
TOTAUTARISME: 34, 93 Principe individualiste 16
TRANSFERTS SOCIAUX: 14, 96-97 n. 4 Principe de non-discrimination 18
Principe d'impersonnalité 18
Principe de neutralité et d'efficacité 19
VÉRITÉ DES coÛTS ET DES PRIX: 80-81 Principe de « légitimité» 20
VÉRITÉS ÉTABUES: 5, 14, 74, 90-91 Principe d'exclusion de toute double imposition 22
VOL: 102 n. 28 Principe de non arbitraire et de transparence . . . . . . . . . . . . . 23

II. LES FISCALITÉS ACTUELLES DE LA COMMU·


NAUTÉ ÉCONOMIQUE EUROPÉENNE 25

La pénalisation des activités créatrices et la non-taxation


des revenus non gagnés 26
La progressivité de l'impôt et son poids psychologique 28
L'inégalité devant l'impôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
La philosophie égalitaire des fiscalités 31
Le maquis fiscal et le cOût exorbitant de la gestion des
fiscalités 34
Vue d'ensemble 36
126 Pour la réforme de la fiscalité Table des matières 127
III. ESQUISSE D'UNE FISCALITÉ RÉPONDANT POUR L'impôt sur 'le capital da,ns un seul pays serait impossible
L'ESSENTIEL AUX EXIGENCES D'UNE SOCIÉTÉ 'à 'appliquer sans un contrôle des changes 67
HUMANISTE ET PROGRESSISTE .... . . . . . . . . . . . . . . . . 37 La substitution ,de l'impôt sur le capital aux impôts sur les
revenus, sur les sociétés et sur les successions serait
La structure tripolaire de la fiscalité proposée . . . . ... .. . . . 38 inacceptable pour lès' détenteurs de capitaux 68
Ressources provenant d'un impôt général sur le capital 40 L'impôt sur le ;caPital mettrait en cause des droits acquis 70
Ressources provenant du retour à l'Etat du bénéfice exclusif En poitantsur'les. seuls biens réels, l'impôt sur le capital
de la création monétaire 42 serait discriminatoire 71
Ressources provenant d'une taxe générale sur les biens de L'impôt sur le capital appliqué sans exemption ni abattement
consommation 43 serait antisocial 71
Modalités d'application d'un impôt général sur le capital 46 La fiscalité ne serait plus progressive 72
La réforme du système bancaire et financier 47 Les successions ne seraient plus imposées 72
Nature et effets d'un impôt général sur le capital 49 L'impôt sur le capital serait une mesure de type collectiviste 73
Impôt sur le revenu et impôt général sur le capital 49 L'impôt sur le capital exercerait sur les détenteurs de biens
Impôt général sur le capital et efficacité de l'économie 50 capitaux une menace permanente insupportable 74
La suppression de l'impôt progressif sur le revenu serait
La réforme suggérée de la fiscalité et le chômage 55 antisocIale 77

B. Objections relatives au projet de réforine monétaire .. , 78


IV. LE PASSAGE DES FlSCALITÉS ACTUELLES A LA
FISCALITÉ SUGGÉRÉE 57 Le système du crédit ne pourrait plus fonctionner 78
Le système du crédit n'offrirait plus la même souplesse
Le principe d'une libre compétition des systèmes fiscaux qu'aujourd'hui 79
des pays membres de la Communauté Economique Euro- Les encaisses des entreprises et des particuliers seraient
péenne 57 moins bien utilisées qu'actuellement 79
Comment, pour un pays donné, assurer le passage de la La réforme du crédit aboutirait à pénaliser les bénéficiaires
fiscalité actuelle à la fiscalité suggérée 58 actuels du système du crédit .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. . 80
Réforme bancaire et financière 59
Réforme fIScale 59 C. Une objection générale: la construction européenne .. ' 81
Dispositions générales 61
La construction européenne et l'échéance du 1"' janvier 1993 81
L'harmonisation des fiscalités . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. . . . . . . . 82
V. RÉPONSES SOMMAffiES À QUELQUES OBJECTIONS 63 L'harmonisation des politiques économiques . . . .. . . . .. .. . . . 84
La voie réaliste .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 85
A. Objections relatives au projet d'un impôt général sur le
capital............ 64
VI. LA RÉFORME FISCALE SUGGÉRÉE ET LES
La matière imposable s'évanouirait 64 VÉRITÉS ÉTABLIES . 89
Les propensions à épargner et à investir diminuerait
La propension à épargner 65
La propension à investir 66 NOTES .................................................... 95
128 Pour la réforme de la fIScalité
RÉFÉRENCES ... . ..... .. . .... . ........ . .......... . ....... 107

INDEX DES NOMS 115


, ~,.

INDEX DES SUJETS .. 117

DU MÊME AUTEUR

PRINCIPALES PUBLICATIONS

1943 .'"A .hl"Recherched'une Discipline Economique - Première Partie


~.L 'Economie: Pure
Première édition, Ateliers Industria, 1943, 852 p. et Annexes,
68p. .
Deuxième édition, sous le titre: Traité d'Economie Pure, Impri-
merie Nationale, 5 vol., in 4°, 984 p. Cette seconde édition ne
diffère de la première que par l'addition d'une «Introduction à
la deuxième édition» (63 p.).
Troisième édition, sous le titre: Traité d'Economie Pure avec
un Avant-Propos, Editions Clément Juglar, 1990.
1945 Economie Pure et Rendement Social'
Paris, Sirey, 1945, 72 p.
Seconde édition, Editions Clément Juglar, 1990.
1946 Abondanée ou Misère
Paris, Librairie de Médicis, 1946, 120 p.
Seconde édition, Litec, 1990.
1947 Economie et Intérêt
Imprimerie Nationale et Librairie des Publications Officielles,
"Paris, "800 pages en deux volumes.
Deuxième édition publiée avec un Avant-Propos, Editions Clé-
ment Juglar, 1990.
1949 La Gestion des Houillères Nationalisées et la Théorie Economique
Imprimerie Nationale, Paris, 1953, 126 p. in-4".
1954 Evaluation des Perspectives Economiques de la recherche Minière
sur di! Grands Espaces - Application au Sahara Algérien
Bureau de Recherche Minièrede l'Algérie, Alger, 1957, 101 p.
130 Pour la réforme de la fiscalité Du même âUteUT 131
1954 Les Fondements Comptables de la Macroéconomique - Les 1989 Autoportraits
Equations Comptables entre Quantités Globales et leurs Appli- Montchrestien, 1989, 150 p.
cations
1990 Pour l'Indexation
Presses Universitaires de France, Paris, 1954. Editions Clément Juglar.
Seconde édition, 1990.
1990 Les Bouleversements à l'Est. Que faire?
1959 L'Europe Unie, Route de la Prospérité Editions Clément Juglar.
Calmann-Lévy, Paris, 1959, 369 p.
1990 La Théorie Générale des Surplus et l'Economie de Marchés
1960 Les Aspects Essentiels de la Politique de l'Energie, Paris, Impri- (Trois mémoires de 1967, 1971 et 1988).
merie Nationale, 1961, 74 p. Editions Clément Juglar, 235 p.
1961 Le Tiers-Monde au Carrefour - Centralisation Autoritaire ou. 1990 Contributions à la Théorie Générale de l'Efficacité Maximale et
Planification Concurrentielle, Les Cahiers Africains, Vols 7 et 8. des Surplus (quatre mémoires de 1964, 1965, 1973 et 1975).
Editions des Cahiers Africains, Bruxelles. Editions Clément Juglar, 206 p.
Seconde édition révisée, Editions Clément Juglar, 1990. 1990 The Generat Theory of Surpluses and the Economy of Markets
1963 The RoIe of Capital in Economie Development (six mémoires de 1968, 1974, 1975, 1984, 1987 et 198).
Publié dans le volume Le R6le de l'Analyse Econométrique dans Editions Clément Juglar, 265 p.
la Formulation de Plans de Développement, Pontificiae Academiae 1991 SCientific Papers on Risk and Utility. Theory, Expérience, and
Scientiarum Scripta Varia, 28, Pontifica Academia Scientiarum, Applications
1965, Vol. II, p. 697-1002. Kluwer Publishing Company, 1 000 p.
Seconde édition, Editions Clément Juglar, 1990.
1965 Reformulation de la Théorie Quantitative de la Monnaie
Editions SEDEIS, in-4°, septembre 1965, 186 p.
1967 Growth without Inflation
Center for Modern Economies, Rikkyo University, Tokyo, 1968,
86 p.
1970 La Libéralisation des Relations Economiques Internationales -
Accords Commerciaux ou Intégration Economique, Gauthier-
Villars, Paris, 1971, 195 p.
Seconde édition, 1990.
1974 L'Inflation française et la Croissance - Mythologies et Réalité
Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social,
Paris, 1974, 119 p.
Seconde édition, Editions Clément Juglar, 1990.
1976 L'Impôt sur le Capital et la Réforme Monétaire
Editions Hermann, Paris, 370 p.
Seconde édition, 1988.
1978 La Théorie Générale des Surplus
Economies et Sociétés, Paris, janvier·mai 1981, Institut de Sciences
Mathématiques et Economiques, 2 Vol., 718 p.
Seconde édition, Presses Universitaires de Grenoble, 1989.
1987 Les Conditions Monétaires d'une Economie de Marchés - De
la réflexion sur le Passé à la Préparation de l'A venir
Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris.
Seconde édition avec un Postscriptum, Editions Clément Juglar,
1990.
Editions CLEMENT JUGLAR
62, avenue de Suffren
75015 Paris
Dépôt légal: aoüt 1990
Numéro d'impression: 002059