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25/11/2018 Mélenchon, Hamon, le PS : la gauche face au miroir des gilets jaunes

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Mélenchon, Hamon, le PS : la gauche face


au miroir des gilets jaunes

Un gilet jaune à Paris le 24 novembre (Emeric Fohlen / NurPhoto)

En être ou pas ? Coller à 100% aux "gilets jaunes" ou garder ses dis‐
tances ? Depuis le 17 novembre, les leaders de la gauche apportent des
réponses nuancées.

Par Mael Thierry


Publié le 25 novembre 2018 à 13h19

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Enfiler le  "gilet jaune" ? Avec ou sans réserve ? Suivre jusqu’au bout la colère de la
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violence, sur les Champs-Elysées ? Au risque de se retrouver sur la même ligne que
Marine Le Pen, Laurent WauquiezREGLAGES ou Nicolas  Dupont-Aignan…
OK Depuis que les auto-

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25/11/2018 Mélenchon, Hamon, le PS : la gauche face au miroir des gilets jaunes

mobilistes excédés, et parfois étranglés, par la hausse du prix à laM'identifier


pompe ontJesonné la
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fronde, la gauche, ou plutôt les différents mouvements qui l’incarnent encore, se
posent ces questions, pas toujours à l’aise. Il faut dire que cette fronde issue des pro-
fondeurs du pays ne vient pas des cortèges de militants syndicaux dont elle a plus l’ha-
bitude. Et qu’une partie de cette révolte ébranle des principes qu’elle défend ou est
censée défendre : le consentement à l’impôt, instrument de la solidarité ; le principe
même d’une fiscalité écologique pour lutter contre la pollution et le réchauffement
climatique. 

Suivant leurs stratégies, leurs convictions et la lecture qu’ils font de ce mouvement, les
leaders de la gauche expriment des nuances. L’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui y
voit une insurrection populaire, s’engouffre à fond et ses amis enfilent leurs gilets
jaunes dans les manifs, quand le Parti socialiste ou Benoît Hamon comprennent la co-
lère mais n'épousent pas à 100% le mouvement. Quant aux écologistes, ils défendent -
timidement - la fiscalité carbone, à condition qu’elle soit liée à la justice sociale (voir
les positions des uns et des autres détaillées ci-dessous).

Tous, en tout cas, ont choisi de privilégier la même lecture de ce mouvement, pourtant
hétéroclite comme le soulignait Jérôme Fourquet, directeur du département opinion
de l’Ifop, auprès de "l’Obs" : il y a, disait-il, "une musique plutôt de gauche" : "Vous
nous avez baissé les APL, vous avez fait des cadeaux aux riches en supprimant l'ISF et
maintenant vous nous faites les poches en nous donnant mauvaise conscience." Et puis
il y a une musique de droite, plus poujadiste : "Ras-le-bol d'être taxé, la bagnole c'est la
liberté, on est fliqués de toute part, on est bon qu'à payer."

Mélenchon, Hamon ou encore Besancenot préfèrent évidemment voir la révolte des


Français les plus modestes contre les injustices et l’ISF plutôt qu’une fronde poujadiste
contre l’impôt. Etre du côté des damnés de la route, prisonniers du diesel. Quitte à mi-
nimiser les quelques dérives constatées ici ou là : violences, intrusion dans la propriété
d'une députée, paroles racistes ou homophobes ? 

Dans cette affaire, ce qui se joue, c’est le rapport de la gauche, ou plutôt des gauches,
aux catégories populaires. Jean-Luc Mélenchon, les socialistes, Benoît Hamon, tous
veulent évidemment " parler au peuple ". Qu’ils ont perdu depuis longtemps dans les
urnes (le PS), parce qu’ils se sont parfois adressés plus aux urbains qu’à "la France des
clopes ou du diesel". Ou parce qu’ils ne l’ont assez conquis. C’est tout la stratégie de la
France insoumise : aller chercher les "fâchés pas fachos", comme le dit son leader, qui
ont pu voter FN à la dernière présidentielle.
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Quitte, ce faisant, à remettre en cause le principe même d’une fiscalité écologique ou
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de la taxe carbone ? Dans sa campagne présidentielle, Mélenchon proposait de sortir "
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des énergies carbonées " (donc le pétrole)


REGLAGESet d’engager
  OK " la sortie du diesel ".  En com-

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mençant, précisait-t-il, par "supprimer progressivement l’avantage fiscal pour les


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flottes d’entreprises". Certes, mais après ? Dans son message Facebook avant la pre-
mière journée de mobilisation, la députée insoumise Clémentine Autain pointait cette
difficulté : " Je ne serai pas le 17 dans les blocages parce que je ne me vois pas défiler à
l’appel de 'Minute' et avec Marine Le Pen", disait-elle, avant d’ajouter, "et que je sais
combien notre enjeu est celui d’une réelle transformation, d’un changement de modèle
de développement incluant la transition énergétique…" Le PS avait lui inscrit lui inscrit
noir sur blanc la hausse de la fiscalité écolo dans la loi de Transition énergétique… dé-
fendue à l’époque par Ségolène Royal, la même qui la fustige aujourd’hui. "L’Obs" fait
le tour des positions et stratégies des uns et des autres à gauche. 

Mélenchon, la fièvre jaune

Le chef des Insoumis n’a peut-être pas le permis de conduire mais il soutient à fond les
"gilets jaunes". L'idée : apparaître comme le débouché électoral de ceux qu'il appelle
les "fâchés mais pas fachos". A Lille fin octobre, l’Insoumis n’avait pas formellement
appelé à manifester le 17 novembre mais plutôt rendu compte du malaise qui agitait
ses troupes, tiraillées entre l’envie de rejoindre le mouvement et celle de de ne pas s’y
mêler par peur d’y croiser des électeurs d’extrême droite. "Les deux positions se valent
en dignité”, défendait-il.

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Depuis le début du quinquennat, malgré des appels répétés à descendre dans la rue,
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Jean-Luc Mélenchon n'a jamais inquiété le pouvoir avec ses manifestations peu sui-
vies. Alors depuis la démonstration de force du 17 novembre, le député des Bouches-
du-Rhône multiplie les marques de soutien pour ne pas laisser Marine Le Pen capter
seule la colère des gilets jaunes.

"La France insoumise, qui dispute à l’extrême droite aujourd’hui dominante la repré-
sentation politique du ‘peuple-populaire’, s’est directement liée au mouvement dans le
plus total respect de ses caractéristiques d’autonomie", écrit-il dans sa note de blog in-
titulée "le mouvement révolutionnaire en jaune". Un texte où il déplore "l'aveuglement
du monde traditionnel de la gauche" face à ce qu'il voit comme un mouvement "popu-
laire" et "de masse".

En le soutenant sans réserve ce mouvement composite, Mélenchon minimise complè-


tement sa dimension poujadiste et anti-Etat. Et déroule sa stratégie populiste qui vise
à "fédérer le peuple contre l’oligarchie". A gauche, certains estimaient qu’il l’avait relé-
guée au second plan en attirant dans ses filets les ex-socialistes Emmanuel Maurel et
Marie-Noëlle Lienneman. "La parenthèse unitaire ouverte à la rentrée pour justifier
leur débauchage s’est très vite refermée", observe Mehdi Ouraoui, proche de Benoît
Hamon. Les gilets jaunes se rangeront-ils derrière Jean-Luc Mélenchon ? "C’est une
course de vitesse avec Marine Le Pen", analyse auprès de "l’Obs", Jérôme Fourquet di-
recteur du département Opinion de l'Ifop. "Dans les intentions de vote pour les euro-
péennes, le FN est à 20-21, La France insoumise à 11-12. Pour l’instant, le trou est fait."

Hamon, le soutien lointain

L’ex-candidat à la présidentielle n’a pas participé à la mobilisation des gilets jaunes du


17 novembre ni à celle du 24 novembre. S’il dit “comprendre la colère” des Français qui
manifestent en jaune et formulent selon lui “une demande d’égalité”, pas question
d’apparaître au côté de l’extrême-droite. Il faut dire aussi que ce n’est pas vraiment
dans cette France des ronds-points, où la voiture est indispensable, mais plutôt dans
les centres urbains que l'ex-socialiste a fait ses meilleurs scores.

Lors de la dernière présidentielle, Benoît Hamon militait pour une sortie du diesel à
l’horizon 2025 en misant à fond sur les véhicules électriques.   Pour cela, il appelait no-
tamment à supprimer les niches fiscales sur le diesel et à la mise en place d’une taxe
carbone. Mais il s’engageait dans le même temps à ce que le fruit de ces taxes soit ren-
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"Les gilets jaunes sont un miroir terrible pour toute la gauche. Car c’est elle qui devrait
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représenter la petite classe moyenne et les classes


REGLAGES   OK
populaires qui composent ce mouve-
ment", déplore Mehdi Ouraoui, le porte-parole de Génération(s). Pour autant, Hamon
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et ses amis veulent se garder de toute récupération. M'identifier Je m'abonne

"On n’aime pas ça, on ne se jette pas dessus, on ne veut pas faire de l’excitation",
défend Ouraoui.  

Le PS, mal à l’aise

Comme nombre de partis politiques, le PS est contraint de regarder de loin le mouve-


ment des gilets jaunes.

"Tous les partis, mais aussi les syndicats et les corps intermédiaires en général ont
vu surgir ce mouvement en dehors d'eux, reconnaît Olivier Faure, le chef de file des
socialistes. Le phénomène n'est pas nouveau, c'était déjà le cas de la dernière
grande manifestation : la marche pour le climat."

Ce qui rend, selon lui, toute tentative de récupération vouée à l'échec.

D'autant que les gilets jaunes sont multiples et, donc, plus difficiles encore à saisir.
Pour le premier secrétaire du PS, "il y a une exaspération commune contre le gouver-
nement, mais il y a trois sous-mouvements : un mouvement fiscal qui peut virer au
poujadisme, un mouvement social contre les mesures favorisant les plus riches et un
mouvement territorial contre les fractures entre les territoires ".

Si les socialistes disent se retrouver dans les deux derniers mouvements, la question de
la délégitimation fiscale est plus compliquée. D'autant que la mère de la taxe carbone
est une certaine Ségolène Royal.

"Nous sommes évidemment pour la taxe carbone, poursuit Faure. Mais pas avec
cette trajectoire : le gouvernement actuel l'a tellement augmentée qu'il l'a rendue
insupportable. Sans compter que 20% seulement sont alloués réellement à l'envi­
ronnement. "

D'où l'appel du PS, il y a une quinzaine de jours, à l'ouverture d'"états généraux du


pouvoir d'achat". Faure se réjouit d'ailleurs de voir Emmanuel Macron appeler désor-
mais au "dialogue" sur la question et promettre de nouvelles mesures sociales et fis-
cales pour la semaine prochaine. Même si l'opinion publique accorde la paternité de
l'idée au leader de la CFDT, Laurent Berger...

 Rémy Dodet, Julien Martin et Maël Thierry
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