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Spécial Agriculture

Le périodique des dirigeants et leaders d’opinion . Le périodique des dirigeants et leaders d’opinion . Le périodique des dirigeants et leaders d’opinion

Agriculture Ivoirienne

LES MOISSONS
DU SUCCÈS

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2 • Côte d’Ivoire Économie • www.cotedivoire-economie.com
SOMMAIRE
P.4 Salon de l’agriculture: Paris avant Abidjan...
Anader : s’adapter à la rareté des
P.5 ressources
P.6 Les faîtières, une force aux côtés
des agriculteurs

P.7 Chambre nationale d’agriculture:


immobilisme ou silence de
travail ?
P.8 Mécanisation de l’agriculture :
un levier pour l’émergence

P.11 La recherche agricole : moteur de la qualité et


de la productivité
P.13 Ces nouveaux planteurs qui
changent la donne
P.16 Exploitation des enfants dans
les plantations : réalité ou illusion ?
P.18 Géomatique un apport au secteur agricole Rédaction
P.20 La Côte d’Ivoire s’ouvre au monde Rédacteur en chef : Ibrahim Ouattara
P.22 Les dessous du Salon Secrétaire général de rédaction :
Badieto Gimenez

Secrétaire général adjoint de rédaction :


Jean-Claude Mikala

Secrétaire de rédaction : Jean-Claude Acké

Ont participé à ce numéro :


Vincent Kouassi, Dieudonné Wognin,
Jean-Philippe Esaley, Ebissié Gnamkey, Jean-
Claude Acké
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25/03/2010. Agrément CSP n°ER-291/CSP
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Evénement

Salon de l’agriculture : Paris avant Abidjan...


Le Salon international de l’agriculture (SIA 2015) de Paris a pris fin le dimanche 1er mars dernier. Avec près de 700.000
visiteurs enregistrés, la manifestation a confirmé son attractivité auprès des professionnels et du grand public. Un évé-
nement qui a vu la présence remarquée de la délégation ivoirienne. Une bonne manière de se préparer à la très atten-
due édition abidjanaise du Sara 2015.

E
n dépit d’une légère baisse de ses vestisseurs étrangers à venir travailler dans la polémique autour du palmier à huile, sans
visiteurs, l’édition 2015 du Salon le secteur agricole. oublier la mécanisation de l’agriculture et la
international de l’agriculture de transformation locale des matières premières
Paris a encore tenu ses promesses, Une aubaine pour promouvoir agricoles. Pour montrer toute l’importance
avec quelque 4.000 animaux exposés et 1.050 le Sara 2015 que l’Etat de Côte d’Ivoire accorde au Sara
exposants présents sur le site de la porte de nouvelle version, le gouvernement, sur pro-
Versailles. Ces derniers sont venus de toutes Au Salon international de l’agriculture de position du ministre de l’Agriculture, a offert
les régions de France et de plusieurs pays du Paris, la Côte d’Ivoire n’est pas venue seu- gracieusement quatorze stands d’exposition
monde, dont la Côte d’Ivoire qui avait pris lement pour nouer des partenariats. Elle en- aux ministres de l’Agriculture de la Cedeao.
ses quartiers dans un stand implanté près tendait en effet se servir de cet événement Pour revenir au SIA de Paris de cette an-
de ceux du Sénégal, du Mali, de la Guinée international pour assurer la promotion de née, notons qu’au sein du stand de la Côte
ou encore du Maroc. Au regard de la place son propre salon. Le Salon international d’Ivoire, les produits exposés et offerts à la
cruciale de l’agriculture dans son écono- de l’agriculture et des ressources animales dégustation ont attiré de nombreux visiteurs,
mie nationale, la Côte d’Ivoire était en effet d’Abidjan (Sara), qui se tiendra de nouveau amassés pour déguster les mets et breuvages
bien représentée. A la tête de sa délégation dans la capitale économique ivoirienne du proposés tout en collectant des informations
se trouvait notamment le ministre Couliba- 3 au 12 avril après une pause de seize ans, sur le pays, ses habitudes alimentaires, sa
ly Mamadou Sangafowa, accompagné des permettra au pays d’attirer des investisseurs géographie et son histoire. La présence ivoi-
membres de son cabinet, mais aussi plusieurs vers son secteur agricole. Mettant à profit rienne a donc été fort remarquée et a offert
chefs d’entreprises agricoles, notamment les sa présence à Paris, le ministre ivoirien de aux autorités agricoles ivoiriennes la possi-
représentants du Groupe Sifca et différentes l’Agriculture, Coulibaly Mamadou Sanga- bilité de s’imprégner de ce qui se faisait dans
structures étatiques telles que l’Anader, fowa, a présidé le mercredi 25 février la l’Hexagone pour promouvoir l’activité agri-
le CNRA, etc., ainsi que des membres du Journée ivoirienne au SIA 2015, profitant cole. Quant au Sara 2015, il y a lieu d’espé-
comité d’organisation du Sara 2015, em- de l’occasion pour présenter les potentia- rer que le nombre de 250 000 visiteurs sera
menés par son commissaire général, Mme lités du pays. Il a apporté des réponses ap- atteint, et même dépassé.
Diénébou Condé Touré. Les différents res- propriées aux diverses préoccupations ex-
ponsables ont présenté les opportunités et primées, notamment le faible niveau de la
les mécanismes de financement disponibles part du budget alloué au secteur agricole
Jean-Claude Acké
pour inciter la diaspora ivoirienne et les in- (moins de 3%), la reforme du foncier rural,

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Agence nationale d’appui au développement rur al

S’adapter à la rareté des ressources


En vingt-deux ans d’existence, l’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader) a gagné en expérience. Ini-
tialement structure publique, son statut a évolué pour devenir une société anonyme à participation minoritaire de l’Etat
(35%), qui a décliné un plan stratégique d’autofinancement pour parer à la rareté des ressources financières. Mais des
voix parfois discordantes s’élèvent dans le monde rural agricole…
de développement et appuyé au montage
de projets ou à leur mise en œuvre. Elle
a démontré sa capacité à influencer posi-
tivement le développement agricole du
pays au regard des résultats importants
obtenus dans le cadre du Projet national
d’appui à la sécurité alimentaire (Pnasa).
Cependant face à la rareté des ressources
financières pour décliner son plan straté-
gique de développement assorti d’un plan
opérationnel glissant tous les trois ans, et
conformément à son statut, elle s’est ins-
crite dans une logique de mobilisation de
ressources propres. Des compensations
financières, par exemple, lui sont versées

L
lorsqu’elle apporte son expertise en termes
a Société d’assistance technique à création, l’Agence a vu son statut évoluer
de formation et d’encadrement quand elle
la modernisation de l’agriculture en 1998, passant de société d’économie
est sollicitée.
en Côte d’Ivoire (Satmaci), la So- mixte de type particulier avec plus de 90%
ciété pour le développement agri- de participation de l’Etat au capital social Innovation et autofinancement
cole (Sodepra) et la Compagnie ivoirienne (500 millions FCFA) à une société ano-
de développement des vivriers (CIDV) nyme à participation minoritaire de l’Etat Ce mode opérationnel est cependant par-
ont fusionné pour donner naissance, le (35%) dans l’actionnariat. fois décrié par le monde agricole qui lui
reproche d’avoir non seulement privati-
29 septembre 1993, à l’Agence nationale
sé ses services, mais aussi de ne pas être
d’appui au développement rural (Anader). Des actions de formation et
proactive pour répondre aux exigences ac-
Une structure qui se voulait différente des de conseil
tuelles de développement du secteur agri-
ex-Sociétés de développement, jugées trop cole national. Vrai ou faux ? Quoi qu’il en
Malgré les difficultés, l’Anader n’a pas re-
onéreuses et n’ayant pas permis une réelle soit, l’Agence n’est plus réellement une
noncé pour autant à sa mission première.
maîtrise des techniques agricoles par les entité publique à participation majoritaire
Bien au contraire, elle a su tisser des parte- de l’Etat. Il lui appartient donc de réfléchir
producteurs, assistés sous plusieurs formes nariats qui lui ont permis de poursuivre ses et d’innover pour autofinancer son plan
(distribution gratuite d’intrants, primes en missions auprès des populations rurales. stratégique qui se décline en cinq points :
espèces, prêts en nature rarement rem- Dans la période 2005 à 2012, l’Agence l’amélioration du cadre et des conditions
boursés, etc.). L’Anader apparaissait donc nationale d’appui au développement ru- de travail du personnel ; la recherche de
ral a pu aider les producteurs de la filière
comme une solution à la multiplicité d’in- l’efficacité pérenne et de la qualité de ses
café-cacao à créer environ 40.000 ha de
tervenants auprès d’un même exploitant. prestations ainsi que l’adaptation de son
vergers de cacao, soit une moyenne de dispositif de conseil et de vulgarisation
La création de cette agence était égale- 5.000 ha par an, et 800 ha de café avec du aux besoins de ses partenaires et de l’Etat
ment une solution à la problématique du matériel végétal performant. Depuis 2010, sur l’ensemble du territoire national ; une
coût élevé de l’encadrement, à la forte im- ce sont environ 50.000 acteurs de la fi- politique hardie en matière de recherche
plication des agents d’encadrement dans lière (producteurs, gérants et dirigeants de de ressources financières additionnelles,
coopératives, employés) qui ont été for-
les activités qui incombent à l’exploitant de gestion administrative et de commu-
més chaque année aux bonnes pratiques
et qui font de lui un simple exécutant, à nication efficace ; une intervention qui
de récolte et post-récolte, à travers des couvre l’ensemble des spéculations agri-
l’insuffisance de formation conséquente coopératives pour la certification. Des ap- coles par filière, prenant en compte toutes
(encadrement dirigiste). Après à peine puis sont aussi apportés à des producteurs les chaînes de valeur et qui permet d’ac-
quelques années d’existence, la crise mi- d’anacarde, de palmier à huile et d’hévéa. quérir de performances durables ; une
litaro-politique survenue en 2002 a mis En matière de sécurité alimentaire, les in- culture d’entreprise et un développement
terventions de l’Anader ont touché les pro-
les activités de l’Anader en veilleuse. Le des relations efficaces et suivies, avec ses
ducteurs de vivriers et de légumes, ainsi
financement qui lui était apporté par la partenaires publics, privés et les institu-
que des éleveurs et pisciculteurs. L’Ana-
tions nationales et internationales.
Banque mondiale a été arrêté en 2003 der a aidé plusieurs collectivités territo-
alors que, conformément aux textes de sa riales à élaborer leurs plans stratégiques Dieudonné WOGNIN

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Filières agricoles

Les faîtières, une force aux côtés des agriculteurs


Illustrant le principe selon lequel l’union fait la force, les faîtières jouent un rôle de régulateur et d’appui aux différentes
filières agricoles. Eclairage sur leur fonctionnement et leur impact sur le terrain.

L
a libéralisation du secteur agricole ment à la fixation des prix des produits. En producteurs et exportateurs de fruits de
n’a laissé aux producteurs ivoi- effet, au sein de l’interprofession (associa- Côte d’Ivoire), la Fenacpah-CI (Fédération
riens d’autre choix que de s’or- tion interprofessionnelle de chaque filière), nationale des coopératives des planteurs
ganiser pour prendre en main la la faîtière détermine à chaque campagne de palmier à huile de Côte d’Ivoire),
gestion de leurs filières respectives et pro- un coefficient de prudence pour prendre l’Uire-Coopag (Union interrégionale des
mouvoir leur métier. Dès lors, la réunion en compte la volatilité conjoncturelle du coopératives agricoles), la Fenacovici
en Groupement à vocation coopérative marché. C’est elle qui organise aussi le (Fédération nationale des coopératives de
était la solution efficace aux problèmes transport des produits vers les marchés vivriers de Côte d’Ivoire), l’Afficot-CI
de financement, de production et même pour la vente. Elle procède à leur stock- (Association des faîtières de la filière
de vente des produits agricoles. Toutefois, age et leur commercialisation, pour enfin coton), l’Anaprocajou (Association natio-
après l’effondrement des prix sur le mar- reverser l’argent aux coopératives, sans nale des producteurs de noix de cajou),
ché international dû à la dévalorisation toutefois omettre de retirer sa rétribution et le Synaprocci (Syndicat autonome des
du franc CFA, le secteur a connu divers surtout une part pour l’entretien des pistes. producteurs de café et cacao de Côte
problèmes. Entre autres, le désordre au Son appui pour l’accès au crédit est vital d’Ivoire), le Sapavim-CI (Syndicat auto-
sein des organisations ayant entraîné au fil pour bon nombre d’agriculteurs. Quand la nome des producteurs agricoles de vivri-
des années une baisse considérable de la commercialisation est individuelle, la faî- ers et maraîchers de Côte d’Ivoire), ou
production. L’Etat a donc procédé à la res- tière peut mener des actions collectives à encore la Promexa (Association pour la
tructuration du milieu rural en réorganisant travers le crédit-stockage warranté pour promotion des exportations agricoles non
les Groupements à vocation coopérative permettre aux producteurs d’obtenir un traditionnelles de Côte d’Ivoire).
en Coopératives agricoles et en faîtières prêt afin de se lancer dans une production
(unions, fédérations et confédérations de de qualité destinée au marché. Aujourd’hui, toutes ces faîtières par-
coopératives) par des lois votées à l’As- ticipent à la réforme des chambres
semblée nationale. Les faîtières constituent Un rôle d’interface entre d’agriculture initiée par les autorités ivo-
des acteurs incontournables dans le milieu l’administration et les pro- iriennes. Présentes dans ces organisations
agricole. Chaque filière peut disposer de ducteurs publiques, elles assurent l’interface entre
plusieurs faîtières vu le nombre important l’administration et les producteurs. Grâce
de producteurs. La filière coton compte à Le rôle important joué par la faîtière a à elles, les pouvoirs publics sont au fait
elle seule plus de six faîtières. Intervenant démontré sa force et son utilité dans le des réels problèmes du monde rural, et
dans la chaîne de production et même dans milieu rural. Aussi plusieurs coopératives peuvent de ce fait élaborer des politiques
la commercialisation des produits, la faî- se sont-elles fédérées, donnant ainsi des efficaces pour un véritable développement
tière fournit les intrants aux coopératives faîtières intervenant à différents niveaux du secteur agricole.
de base qui approvisionnent leurs pro- de l’agriculture. Sur la longue liste, non
ducteurs membres. Elle participe égale- exhaustive, on note l’Upefci (Union des Ebissié GNAMKEY

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ORGANISATION AGRICOLE

Chambre nationale d’agriculture : immobilisme ou


silence de travail ?
Organisation chargée de représenter les intérêts des agriculteurs, d’assurer leur formation et de leur apporter un appui,
la Chambre nationale d’agriculture semble plongée dans un immobilisme inquiétant.

Le gouverne-
ment a initié
depuis peu
un projet de
restructura-
tion de toutes
les chambres
d’agriculture

L
a Chambre nationale d’agriculture que sont l’assemblée générale – le président surance pour couvrir les agriculteurs et leurs
a été créée dans les années 60 pour et le Bureau – le Conseil de surveillance, les activités. Des efforts certes encourageants,
répondre aux besoins du monde différentes faitières des dix-huit filières agri- mais insuffisants. Le gouvernement a initié
agricole. Pendant longtemps, elle a coles et les organisations professionnelles depuis peu un projet de restructuration de
assuré cette fonction, contribuant à faire de agricoles animent les chambres d’agricultu- toutes les chambres d’agriculture afin de
l’agriculteur l’acteur principal de l’écono- re nationale, régionales et départementales. redynamiser et reformer la structure natio-
mie ivoirienne, mais aujourd’hui elle semble nale. La présidence du comité de pilotage a
inactive. Pas de communication sur ses ac- On y retrouve les filières café-cacao, coton été confiée à Bamba Sindou. Dans cet élan,
tivités, plaintes constantes de ses membres. et plantes textiles, palmier à huile et coco- le ministère de l’Agriculture a annoncé en
«Les agriculteurs sont confrontés au tier, hévéa et plantes à latex, canne à sucre 2014 le démarrage du processus de Recen-
manque de financement, ils ne disposent pas et plantes sucrières, anacarde, fruits et lé- sement des exploitants et des exploitations
non plus de matériels modernes et sont sou- gumes, riz, vivriers autres que le riz, élevage agricoles (REEA).
vent sans encadrement technique», dénonce de ruminants, aviculture, porciculture, pêche
Dame Deh, de la coopérative Cogesvi. C’est et aquaculture, élevages en développement, Selon le ministre Coulibaly Sangafowa, la
justement pour aider à trouver des solutions foresterie, cultures non conventionnelles, fin du projet, prévue pour cette année, servi-
que les autorités ivoiriennes ont mis en place cola et plantes stimulantes, plantes orne- ra d’instrument pour accélérer la finalisation
cette structure de type particulier. Consti- mentales. de la mise en place de la Chambre nationale
tuant l’interface entre l’administration et le d’agriculture réformée.
secteur public et privé agricole, l’organisa- Des initiatives louables mais
tion a pour principale mission d’assurer la insuffisantes Assurément, l’organisation pourra, dès
promotion et le développement de l’agricul- lors, se pencher sur les problèmes qui la
ture ainsi que l’assistance technique et fi- Quelques actions sont menées pour la pro- plombent, à savoir la non-tenue d’élection
nancière des acteurs du monde rural. Toute- motion et le développement de toutes ces ri- des membres élus de la chambre depuis
fois, le mutisme dans lequel elle est plongée chesses. Dans ce cadre, la Chambre nationale 2001, l’existence d’un passif de 400 millions
interroge sur son efficacité. Cela est d’autant participe à l’organisation de certaines foires FCFA que la structure doit apurer auprès de
plus étonnant car elle est composée essen- nationales. Elle prend part à des échanges in- ses prestataires, et la question de la mutation
tiellement des acteurs du secteur. En effet, ternationaux pour permettre à ses membres des coopératives en sociétés coopératives
l’Etat a compris, il y a des années, la néces- de bénéficier de l’expérience étrangère. Ré- selon les réformes en cours dans le droit
sité d’associer les agriculteurs à la gestion cemment, elle a même obtenu la signature Ohada.
de leur organe. Ainsi, à travers les organes d’une convention avec une compagnie d’as- Ebissié GNAMKEY

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MECANISATION DE L’AGRICULTURE

Un levier pour l’émergence


L’agriculture a toujours été le pilier essentiel de l’économie ivoirienne. Mais sa mécanisation n’a pas
encore atteint le niveau optimum, particulièrement dans l’exploitation des cultures vivrières.

A
près plusieurs décennies ont contribué à des productions de masse Aujourd’hui, l’on est droit d’affirmer que la
d’agriculture rudimentaire, pour servir de matières premières aux usines. mécanisation de l’agriculture ivoirienne est
la Côte d’Ivoire n’est toujours aux mains des privés. Ce sont eux qui détien-
pas à la hauteur des exigenc- Des processus de privatisation nent les grandes plantations et unités indus-
es que requiert son secteur agricole. Le qui ont changé la donne trielles de production et de transformation.
temps passe et les choses ne semblent pas Ce qui requiert des financements colossaux,
vraiment évoluer. Ce sont encore, pour Cet élan a été freiné par le désengagement pro- et les agro-industriels privés ne lésinent point
la plupart des cultures, l’utilisation de la gressif de l’Etat ivoirien. Des agro-industriels sur les moyens pour être à la hauteur des
machette et la daba, le système d’arrosage privés ont pris la relève, pour certains par le innovations requises. Chez ces industriels, on
manuel, le transport physique des produits rachat des usines et plantations publiques. retrouve ce qu’il faut pour faire fonctionner
ou par des moyens assez précaires.

De l’agriculteur des années 50 à celui de


l’année 2015, il n’y a pas de grande différence
du point de vue des approches culturales,
des méthodes de semis, des techniques
d’entretien des plantations, etc. Pourtant ce
sont deux ères bien distinctes et des avancées
matérielles, technologiques et informatiques
considérables ont eu lieu. mais le secteur
agricole ivoirien, lui, est resté quasiment
inchangé. Et la mécanisation de l’agriculture
ne parvient pas vraiment à décoller.

L’Etat, précurseur de la
mécanisation

Après les indépendances, les autorités pub-


liques avaient impulsé un élan pour favoriser
la mécanisation, avec une vaste politique
nationale de diversification des produits
agricoles. Dans les plantations, aussi bien
paysannes qu’industrielles pour le palmier à
huile, la canne à sucre, l’hévéa, le coton, la
banane plantain…, des dispositifs et structures
comme la Motoragri ont accompagné le pro-
cessus de mécanisation de l’agriculture ivoiri-
enne. Ainsi, des milliers d’hectares des plan-
tations, tant pour les produits d’exportation
que pour le vivrier, ont été mis en valeur.
Des sociétés d’Etat, à l’instar de la Compagnie
ivoirienne pour le développement des textiles
(CIDT), la Cotonnière ivoirienne (Cotivo),
la Société d’Etat pour le développement des
plantations de canne à sucre (Sodesucre), la
Société pour le développement du palmier à
huile (Sodepalm), la Palmindustrie… ont été
ainsi créées. Toutes ces sociétés ont bénéficié
de financements, d’équipements techniques
et d’encadrement de la part de l’Etat ivo-
irien. L’agriculture a ainsi connu un boom
qui continue de rejaillir sur toute l’économie
nationale. Il s’agissait de grandes plantations
industrielles et de particuliers qui, par les dis-
positifs de mécanisation appuyés par l’Etat,

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toute la chaîne de production : des engins l’autosuffisance en riz. Car «les besoins mais que faire ? A combien pourrait-on
et machines pour le désherbage, l’arrosage de la Côte d’Ivoire en matière de riz sont évaluer les missions effectuées pour voir
automatisé, les dispositifs de collecte et de de 1,8 million de tonnes, alors que la pro- ce qui se passe ailleurs ? Au Brésil, en
transfert des produits fruits… La mécanisa- duction est de 1 million de tonnes», con- Chine, en Inde, en Israël, d’innombrables
tion de l’agriculture s’impose pour faire firme le directeur de l’Office national de va-et-vient ont été effectués ! Mais le
face aux exigences de transformation. In développement de la riziculture (ONDR), vivrier ivoirien reste toujours en autarcie.
fine, les produits finis ou semi-finis doi- Yacouba Dembélé. Des terres arables, bras L’heure n’est plus à la tergiversation, il faut
vent répondent aux normes internationales, valides, intrants, variétés à haut rendement, franchir le cap de la mécanisation. Et on
puisqu’une bonne partie des productions est innovations technologiques… existent. Ce aura non seulement des produits vivriers
destinée à l’exportation. Ces agro-industri- qui reste, c’est la mécanisation pure et pour les besoins primaires, la consomma-
els ivoiriens sont tenus d’être toujours à simple de la riziculture. Ou simplement la tion intérieure, le commerce, mais aussi
la hauteur des avancées technologiques volonté de le faire. La Société nationale de pour la transformation sur place. Cette
en matière de production agricole. La développement de la riziculture (SNDR) mécanisation ouvre un autre axe à exploiter.
mécanisation reste donc aujourd’hui et la Société ivoirienne de technologie Elle conduit inévitablement à la transfor-
l’affaire des industriels privés. Qui sont-ils ? tropicale (I2T), ont pris le parti d’accélérer mation locale, à commencer les petites uni-
En tête de lice, on retrouve le Groupe Sifca, la production en riz pour atteindre 1,9 mil- tés familiales, coopératives pour atteindre

qui œuvre dans trois secteurs stratégiques. lion de tonnes en 2016. «A partir de 2018, l’étape de vraies entreprises. De petites et
Le palmier à huile avec Palmci, le caou- on pourra par conséquent exporter le riz», moyennes industries (PMI) agro-alimen-
tchouc naturel avec la Saph, et le sucre avec annonce le directeur général de l’ONDR. taires fleuriront partout en Côte d’Ivoire. A
Sucrivoire. Il y en a d’autres, comme Sucaf- Une chose qui ne peut se faire sans la ce niveau, la Société ivoirienne de technol-
CI (avec le Groupe Somdiaa), le Groupe mécanisation, qui a pour prime l’accès à ogie tropicale (I2t) est en passe de déployer
Olam (dans la noix de cajou), la Société de l’autosuffisance alimentaire à moyen terme. des solutions pour que le vivrier ivoirien soit
culture bananière (SCB) qui, entre-temps mieux valorisé que dans les mets culinaires.
a rejoint le groupe Compagnie fruitière de Là se trouve la vraie valeur ajoutée pour
Côte d’Ivoire en 1987 et qui est solidement
De la mécanisation à la l’économie nationale. Vers une redyna-
installée pour l’exploitation et l’exportation transformation locale misation de l’agro-industrie ivoirienne.
de la banane dessert, l’ananas, la mangue et Il y a d’autres axes prioritaires de A l’heure de l’émergence, il faut un
autres fruits tropicaux vers des pays occiden- l’agriculture ivoirienne à mécaniser. Il s’agit changement radical pour que la mécanisa-
taux (ceux de l’Union européenne notam- bien sûr de la vanne des produits vivriers. tion de l’agriculture devienne une réali-
ment en Occident), et bien d’autres encore. Or la mécanisation est en panne sèche té et atteigne tous les compartiments.
à ce niveau… Dans le nord du pays par
Face aux enjeux de exemple, l’agriculture se conjugue depuis Des produits d’exportation
l’autosuffisance des siècles avec des techniques qui ont trait aux produits viviers…
à la traction animale. Des bœufs utilisés
Hormis les agro-industriels, il y a d’autres pour les tracées de terre et le bouturage. Il L’Etat doit s’impliquer absolument comme
initiatives mises en branle en matière de faut simplement remplacer ces animaux par il l’a déjà fait, jadis, dans des secteurs
mécanisation de l’agriculture ivoirienne. des machines et équipements spécifiques hautement stratégiques. D’autres pans sont
C’est le moment de parler de la riziculture pour améliorer les performances de pro- maintenant en vue, et leur activation (par
ivoirienne. «En parvenant à une agricul- duction… Malheureusement, les pouvoirs la mécanisation) augurerait des avantages
ture productive à travers la mécanisation, publics n’en ont pas encore fait une pri- indescriptibles… La facilitation du travail
le problème de l’autosuffisance alimen- orité. Le vivrier reste jusque-là un travail manuel des femmes et des hommes, la
taire se verra ainsi réglé», a annoncé le manuel pour des milliers de femmes qui création de la richesse, l’amélioration de la
président de l’Association nationale des n’ont pas d’autres recours. Que ce soit la santé corporelle, le bien-être social. Et, bien
riziculteurs de Côte d’Ivoire (Anarizci), tomate, l’aubergine, le piment, l’arachide, sûr, la chute de la pauvreté en milieu rural.
Thomas Tiacoh. Jusque-là, la Côte les céréales et autres, il faut un minimum
d’Ivoire n’a pas encore franchi le cap de de mécanisation. Les solutions existent, Jean-Philippe ESALEY

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Tr ansformation des produits agricoles

De nouvelles ambitions pour le cacao et l’anacarde


L’option transformation est en marche. La Côte d’Ivoire veut passer à la vitesse supérieure. Le cacao et l’anacarde sont en
première ligne.

P
remier pays producteur mondial d’une chocolaterie de premier ordre première édition du Salon international
de cacao avec environ 1,7 million en Côte d’Ivoire. Estimée à environ des équipements et des technologies de
de tonnes en 2014 (contre 1,48 4 milliards FCFA, l’usine en cours de transformation de l’anacarde (Sietta).
millions tonnes en 2012-2013), soit construction devrait entamer le démarrage Ce salon visait en effet à promouvoir la
40% de l’offre mondiale, la Côte de ses activités à partir de mai 2015. transformation et la consommation locales
d’Ivoire s’est contentée depuis plusieurs Plusieurs autres opérateurs économiques des produits dérivés de l’anacarde, et
décennies d’exporter pratiquement tout intéressés par l’agro-industrie frappent surtout à encourager les équipementiers à
son produit à l’état brut. Le pays, selon également à la porte de la Côte d’Ivoire. s’installer en Côte d’Ivoire et à valoriser
les statistiques, ne transforme pas plus de Là-dessus, le directeur général du Centre les équipements ainsi que les technologies
30% de sa production de cacao destinée à de promotion des investissements en Côte de transformation auprès des potentiels
l’export. Mais les nouvelles ambitions du d’Ivoire (Cepici), Emmanuel Essis, est investisseurs nationaux ou internationaux.
gouvernement pourraient faire changer la formel : «L’agro-industrie est le secteur
donne. qui intéresse le plus les investisseurs qui « Il s’agit passer de producteur d’anacarde
se signalent au guichet unique du Cepici», à exportateur d’amande de cajou, et enfin
Le taux de transformation devrait pouvoir souligne-t-il. Et dans cette dynamique, à grand consommateur des produits de
atteindre les 50% à l’horizon 2020. Et l’anacarde occupe aussi une place de choix l’anacardier. Ce qui lui permettra de
le gouvernement y croit fermement. à côté du cacao. C’est d’ailleurs à juste titre s’insérer dans la concurrence mondiale
Pour le ministre Jean-Claude Brou, qui que le gouvernement a décidé de mettre en en développant de nouveaux marchés à
s’exprimait sur la question le 10 juillet œuvre une réforme dans ce secteur, visant travers la diversification de son offre»,
2014 au Plateau, à la faveur de la tribune à améliorer le taux de transformation de la renchéri Sanogo Malamine, le directeur
d’échanges avec la presse – Les rendez- noix de cajou, de 5% aujourd’hui à 35% général du Conseil du coton et de
vous du gouvernement – dont il était d’ici 2016, et même à 100% à l’horizon l’anacarde, estimant qu’il y va aussi de
l’invité, la transformation de nos produits 2020. La Côte d’Ivoire, faut-il le rappeler, la durabilité de l’activité qui fait vivre
agricoles sur place est même un impératif est le premier producteur africain et le plus de 2,5 millions de personnes en Côte
pour la Côte d’Ivoire. Indiquant que deuxième au plan mondial d’anacarde, d’Ivoire, dont 250 000 producteurs.
l’émergence économique ne peut être après l’Inde, avec 560 000 tonnes en 2014,
possible que par l’industrialisation, qui représentant 48% de l’offre continentale et Cap sur la transformation, donc. Pourvu
apporte de la valeur ajoutée à nos produits. 26% de l’offre globale. que la Côte d’Ivoire s’en donne réellement
. les moyens, par un renforcement du
Avantage comparatif 100% de transformation à cadre législatif et des mesures fiscales
l’horizon 2020 appropriées, une amélioration de
Le ministre relève que la Côte d’Ivoire a l’environnement des affaires et de la
un avantage comparatif qui milite en sa Le gouvernement ivoirien vise une qualité du «made in Côte d’Ivoire», un
faveur. «Nous avons la matière première production de 650 000 tonnes en 2016, appui ciblé aux entreprises, une lutte contre
en abondance, sur place. Les investisseurs et au moins 800 000 tonnes de noix de la contrefaçon et la mise à niveau des
n’auront donc pas à aller chercher loin cajou, transformées localement à 100% à infrastructures industrielles, notamment
le produit pour approvisionner leurs l’horizon 2020. les zones et terrains industriels, entre
usines», argumente-t-il. Il faut souligner autres, comme l’indique d’ailleurs si bien
qu’en décembre 2013, lors d’une visite A cet effet, sous l’impulsion du ministère le ministre de l’Industrie et des Mines.
en France, le ministre de l’Agriculture, de l’Industrie et des Mines, s’est tenue
Mamadou Sangafowa Coulibaly, a pu à Abidjan en novembre dernier la Vincent KOUASSI
obtenir du groupe Cemoi la construction

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Innovation

La recherche agricole : moteur de la qualité et de la


productivité
Le secteur agro-industriel, pour être performant et compétitif à l’échelle du continent et du monde, a besoin de la recherche
agricole pour améliorer la qualité de la matière première, mais également sa productivité.

L
’émergence et la prévalence des les maladies et les insectes nuisibles Des impératifs de production
barrières dites tarifaires pour régir du cacaoyer. Elles ont permis d’obtenir durable
le commerce international exige beaucoup d’acquis, dont l’enrichissement
une plus grande compétitivité de de la collection de cacaoyers et de Selon le CNRA et ses partenaires associés
l’économie agricole. Une économie génotypes prometteurs pour la production, aux recherches scientifiques, l’augmentation
agricole avec de véritables avantages la qualité et la résistance aux maladies et de la production se fera par l’intensification
comparatifs en termes non seulement de coût aux insectes nuisibles, la mise au point de de la culture avec un souci de production
de production, mais également de qualité des bonnes pratiques post-récoltes. En d’autres durable. La qualité alimentaire d’huile
produits. En Côte d’Ivoire, les productions termes, tout ceci permettra d’améliorer la de palme, fortement éprouvée, doit être
agricoles sont abondantes et diversifiées. productivité des cacaoyères et de la qualité réaffirmée. Ainsi, le programme palmier
Cependant, en raison de leur faible niveau du cacao. Il y a également des actions de a conduit au cours de la période 2008-
de valorisation, ces productions sont 2011 à différentes actions de recherche
commercialisées essentiellement sous pour contribuer à la levée des contraintes.
forme de matières premières. Elles Quelques acquis ont été obtenus, en
subissent des dépréciations de la qualité et particulier dans le domaine de la création
de la valeur marchande et d’importantes variétale avec la sélection de nouveaux
pertes post-récolte. La mise au point de géniteurs qui permettront de produire
technologies efficientes de conservation les derniers hybrides de second cycle, la
et de transformation constitue une mise au point d’un protocole performant
opportunité d’amélioration de la de reproduction clonale conforme
disponibilité des productions agricoles, d’individus élites, à grande échelle…
généralement saisonnières et périssables. L’objectif est également de contribuer
En outre, l’apport de la valeur ajoutée à à l’accroissement de la production
ces productions ouvre des perspectives d’huiles, à l’amélioration de la qualité
de développement agro-industriel et de l’huile de palme. Dans le secteur de
d’accroissement du revenu des acteurs. l’hévéa, des actions de recherches sont
aussi menées. A travers le Programme
Avec une production de 1,7 million hévéa, les recherches ont permis
de tonnes en 2014, la cacao-culture l’amélioration de la productivité par la
ivoirienne occupe une superficie de plus saignée inversée précoce, d’élaborer un
de 2 millions d’hectares de superficie (6% itinéraire technique de culture dans la
du territoire national). Le cacao génère zone dite marginale du N’zi Comoé, et
plus de 30% des recettes d’exportation une méthode de lutte contre les fomes*
et participe à plus de 20% du PIB. en replantation d’hévéa. Quant à la filière
Mais plusieurs contraintes menacent la coton, l’ambition de porter la production de
culture. Il s’agit notamment de la faible recherches menées dans la filière palmier à 400 000 à 500 000 tonnes s’accompagne
performance du matériel végétal, du faible huile dont les vergers, en 2014, couvraient d’un schéma de réhabilitation de production
niveau d’application par les producteurs 250 000 hectares, répartis entre le secteur de semences et de renouvellement des
des itinéraires techniques recommandés, industriel (29%) et le secteur villageois variétés. Six variétés performantes ont été
du vieillissement du verger, de la baisse (71%). La production est d’environ 400 000 valorisées. Plus de 130 tonnes de semences
de la fertilité des sols, de la forte pression tonnes d’huile de palme brute. Le secteur G3 de bonne qualité ont été produites et
des maladies et des insectes nuisibles, génère plus de 190 milliards FCFA de chiffre mises à la disposition de la filière. Dans le
de l’existence de nombreuses menaces d’affaires. cadre de l’anacarde, la recherche dispose de
exogènes (moniliose et balai de sorcière). génotypes sélectionnés, à haut rendement
Le gouvernement qui entend porter (plus d’une tonne à l’hectare par an). La
Des recherches ciblées la production à 600 000 tonnes à liste des actions multiples pour relever le
l’horizon 2020 devra faire face, là aussi, défi de la qualité et de la productivité n’est
Face à ses contraintes, de nombreuses à de nombreuses contraintes liées au pas exhaustive. Elle s’étend aussi bien aux
actions de recherches ont été initiées par le vieillissement de plantations et à la baisse cultures de rente qu’à celles du vivrier.
Centre national de recherche agronomique de la productivité de celles-ci. La recherche
en partenariat avec des structures telles agronomique impulsée par le gouvernement
va accompagner sa vision en mettant * Le fomes est un champignon racinaire capable de
l’Anader, le Firca… au cours de la période provoquer d’importantes pourritures du bois de cœur.
2008-2011. Ces actions ont porté sur à disposition des planteurs du matériel
végétal performant, adapté aux zones
l’amélioration variétale, l’adaptation des
itinéraires techniques et la lutte contre agro-écologiques et tolérant aux maladies. Dieudonné Wognin

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GÉOMATIQUE

Systèmes d’informations géographiques Géolocalisation


SIG
Etude, conception et mise en œuvre de SIG, distribution Mise en œuvre de solutions de géolocalisation pour toute
officielle des logiciels ArcGIS, formation de référence ESRI, flotte d’engins roulants, avec intégration de couches
vente d’images satellites, collectes et traitements de d’informations SIG, géofencing, sécurisation du transport
données, réalisation et exploitation de levés par drone. et mise en œuvre de poste de contrôle.

De la localisation précise des parcelles Du suivi en temps réel de la circulation des


agricoles et des infrastructures, à la engins sur plantation, de la gestion des
planification et au suivi géographiques des hommes, de la production de rapports
opérations d’exploitation dans la plantation. statistiques des déplacements suivant les
blocs, pistes, usines, pont -bascule, etc.

Partenaires officiels

Abidjan - Côte-d’Ivoire Bamako - Mali


Boulevard de Vridi I 01 BP 3727 Abidjan 01 Rue 309 I Porte 369 Immeuble Mali Créance Hamdallaye ACI-2000
Tél: (225) 21 750 750 I Mob: (225) 48 750 750 I Fax: (225) 21 750 751 BP 1621 Bamako I Tél: (223) 20 29 02 44 I Fax: (223) 20 23 71 91
infos@comafrique-telecom.ci infos.mali@comafrique.com

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Production agricole

Ces nouveaux planteurs


qui changent la donne
L’investissement dans les plantations agricoles suscite un réel en-
gouement. Pour autant, il n’est guère aisé de s’improviser planteur
du jour au lendemain.

S
i, par le passé les produc- De nouveaux planteurs,
tions agricoles étaient sur- mais des outils archaïques
tout une affaire de paysans
analphabètes, aujourd’hui
En dehors des financements dont
les données ont changé.
ils disposent pour mettre en valeur
Une nouvelle génération de plant-
les terres acquises, que peuvent
eurs, pour la plupart lettrés, investit
bien faire ces planteurs occasion-
de plus en plus les plantations.
nels qui ne connaissent rien de la
Des fonctionnaires-planteurs, des
daba ou de la machette, ces out-
hommes d’affaires-planteurs, des
ils archaïques encore utilisés dans
directeurs généraux-planteurs,
les exploitations ? «Il est normal
etc., de nouveaux profils socio-
qu’ils confient leurs plantations
économiques ont investi la pro-
aux manœuvres. Ils n’ont pas le
fession. On veut devenir planteur
choix», rétorque un directeur de
pour assurer ses arrières et il est
coopérative de café-cacao. Même
aujourd’hui plus courant de mobil-
les jeunes déscolarisés appelés
iser son épargne pour réoccuper les
à retourner à la terre éprouvent,
terres ancestrales, acheter ou louer
pour beaucoup, d’énormes difficul-
des espaces arables, pour y faire
tés à s’insérer efficacement dans
des plantations. Tout cela sur fond
le monde agricole. Ces nouveaux
de litiges fonciers.
planteurs peuvent-ils remplacer
valablement bon nombre de pay-
C’est la fièvre des spéculations
sans aujourd’hui vieillissants ? Pas
destinées à l’exportation comme
si sûr. En tout cas, pas avec ces
l’hévéa, le cacao, l’anacarde, et
outils traditionnels.
bien d’autres. Dans certaines zones
de production, les plantations
Cela met d’ailleurs en relief la
s’étendent à perte de vue, sur plu-
problématique de la mécanisation.
sieurs centaines d’hectares.
«Si l’on veut permettre à la Côte
d’Ivoire de maintenir le cap et
L’hévéa, particulièrement, dévore
d’assurer la pérennité des filières
tout sur son passage. Avec ce
agricoles, il faut passer rapidement
nouveau prototype, les cultures
à la phase de la mécanisation»,
vivrières n’ont pas leur place.
souligne un expert d’une interpro-
«Un vrai planteur, c’est celui qui
fession agricole.
sait qu’à côté de sa production de
cacao, d’hévéa ou autres, il doit
Dans cette dynamique, la Côte
aussi faire du vivrier.
d’Ivoire devra aussi travailler effi-
Mais les nouveaux planteurs n’ont
cacement à la transformation sur
pas ce réflexe. C’est le gain rapide
place de ses produits pour produire
qui les intéresse. Avec eux, le secteur
de la valeur ajoutée. Le pays con-
C’est la fièvre des spéculations du vivrier est menacé», révèle un
tinue d’exporter ses produits sous
planteur d’hévéa à Bonoua. Notre
la forme brute, et cela ne concourt
destinées à l’exportation interlocuteur est formel : «Je ne
guère à l’essor économique des fil-
les considère pas comme des plan-
ières. L’avenir des filières agricoles
teurs. Ils n’en sont réellement pas.
se joue aussi à ce niveau.
Ils sont en ville et ce sont les
manœuvres qui travaillent pour eux
au village. Le planteur doit être
régulièrement dans sa plantation,
sinon il n’obtiendra aucun résultat
satisfaisant», poursuit-il. Vincent KOUASSI

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Souvenirs

« la Coupe nationale du progrès»


…conçue et réalisée par Félix
Houphouët-Boigny
‘’Le progrès’’, ce mot
avait provoqué, une
réelle résonnance en
Félix Houphouët-Boi-
gny, qu’il a invento-
rié le contenu du mot
‘’progrès’’ pour l’es-
sentiel du comporte-
ment des Ivoiriens au
travail surtout dans le
domaine agricole, de-
puis l’indépendance
de la Côte d’Ivoire.
Félix Houphouët-Boi-
gny avait créé la
‘’coupe nationale du
progrès’’, instrument
original de motivation
et de développement
agricole. La ‘’coupe
nationale du progrès’’
formait, informait,
conseillait, et aidait
surtout, au bien-être
des masses rurales. Fé-
lix Houphouët Boigny,
lui-même planteur,
initiateur de la ‘’coupe
nationale du progrès’’ avait incité les paysans ivoiriens, pour l’immense
œuvre, en souhaitant que les paysans ivoiriens, soient les ‘’premiers’’
dans la lutte pour la libération économique de la Côte d’Ivoire. Pour at-
teindre cet objectif, Félix Houphouët-Boigny avait utilisé la radio et la
télévision ivoirienne, pour donner une ampleur nationale, à la ‘’coupe
nationale du progrès’’, qui deviendra une compétition entre les collec-
tivités paysannes. Une véritable compétition, avec des éliminatoires
départementales, régionales…puis la finale à l’échelon national, pour
récompenser les meilleurs paysans, la meilleure communauté rurale et
les meilleurs exploitants agricoles. Mais tenez-vous bien !, la coupe na-
tionale du progrès’’ conçue et réalisée par Félix Houphouët-Boigny, avait
suscité des intérêts, et influences considérables chez les populations ru-
rales d’Amérique du Nord, d’Europe Occidentale et d’Afrique Australe.
La ‘’coupe nationale du progrès’’ s’était révélée particulièrement heu-
reuse pour la sous-région ouest-africaine. La ‘’coupe nationale du pro-
grès’’ est élargie aux Etats de l’organisation du conseil de l’Entente, où
les premiers lauréats sont récompensés à Yamoussoukro, village natal du
président Félix Houphouët-Boigny. En tout état de cause, la ‘’coupe na-
tionale du progrès’’ avait été pour le président Félix Houphouët-Boigny
le ‘’combat pacifique’’ pour le développement économique de la Côte
d’Ivoire, et particulièrement pour le développement agricole de la Côte
d’Ivoire. Félix Houphouët- Boigny, aimait bien le dire avec vigueur. «
L’avenir de ce pays, repose sur l’agriculture ». Chaque année Félix Hou-
phouët-Boigny recevait à sa table à Yamoussoukro, les paysans ivoiriens.
Ben Ismaël
Publié le jeudi 11 avril 2013 dans le quotidien : L’intelligent d’Abidjan

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Plantations industrielles

Regard sur la problématique de la disponibilité des terres


Les terres arables existent, mais sont-elles toujours disponibles pour les industriels ? En dépit des actions menées dans le
cadre du Programme national de sécurisation foncière rurale, l’incompréhension subsiste parfois entre les acteurs de terrain.

I
l y a suffisamment de terre pour n’épargnent pas les agro-industriels également. ode. Ignorant cela, les autochtones jugent
l’exploitation industrielle, et il con- A qui appartient réellement la terre ? Et qui en légitime de demander toujours plus. Sans
vient de faire la nette distinction entre a les droits requis ? En Côte d’Ivoire, l’Etat est ignorer les revendications salariales ou
celles qui sont cultivables pour les le détenteur légal de la terre et la concède à ses l’accès au travail aux enfants de la région.
populations, d’une part, et pour les administrés. De même, les pouvoirs publics
agro-industriels d’autre part. En préalable, la ont toute la latitude de répondre favorablement Ce qui est fait n’est pas toujours jugé
disponibilité des terres doit être un prérequis aux sollicitations des agro-industriels qui sol- suffisant et concourt à vouloir plus,
pour toute personne (physique et morale) qui licitent des portions de terre pour des planta- sans parfois tenir compte des qualifica-
la sollicite. C’est à juste titre que le gouverne- tions. C’est ainsi que des milliers d’hectares tions requises ou exigés par les agro-
ment ivoirien s’est lancé dans une optique de de terre sont valorisés à travers des contrats de industriels. Un autre débat qui rent-
sécurisation foncière à grande échelle pour baux emphytéotiques, allant de 18 à 99 ans. re dans le volet syndical et politique.
couvrir tout le territoire national. Depuis 2013,
la Direction du foncier rural (DFR) a entrepris Ces industriels ont donc des accords et
plusieurs initiatives pour que les terres soient agréments des autorités ivoiriennes pour
réellement disponibles. Le ministère en charge l’exportation de la terre. Mais, l’on se retrouve
de l’agriculture, par la loi n°98-750 relative dans de nombreux cas de conflits, surtout entre
au domaine foncier rural, s’est engagé dans le industriels et riverains. Le dilemme se trouve Jean-Philippe ESALEY
Programme national de sécurisation foncière dans le fait que les populations se croient, elles
rurale (PNSFR). Il s’agit pour les pouvoirs aussi, propriétaires terriens. En zone rurale, la
publics de permettre aux populations et autres mentalité est telle que les populations, du fait
acteurs d’avoir les documents requis pour pro- de résider sur un territoire donné des décennies
téger leurs biens et se faire valoir. Ainsi, l’on est durant, se considèrent de facto comme ayants
arrivé en l’espace d’une année à des résultats droit. Il est difficile de sortir cela des pensées.
relativement satisfaisants. Sur 7.422 demandes On a souvent eu affaire à des individus qui se
de certificats fonciers, les autorités ivoiriennes donnent des prérogatives pour céder, faire louer
avaient délivré 670 et signé 403 baux ruraux. et même vendre la terre à de tierce personne…
L’on est maintenant à 413 baux emphytéo- y compris des industriels. Et les victimes
tiques en état de concession provisoire contre sont bien sûr ces agro-industriels qui viennent
337 en état de détention de titres de propriétés, s’installer. Dans certaines situations, des popu-
en tenant compte des récentes statistiques lations, même indemnisées pour l’occupation
de la Direction du foncier rural. «J’exhorte de leurs terres, continuent de revendiquer.
donc tout le personnel de la direction du fon-
cier rural, fonctionnaires et contractuels, à Des clauses d’attribution parfois
s’inscrire dans cette lancée et à mettre tout en incomprises
œuvre pour relever le défi. Je tiens à encour-
ager tous les directeurs régionaux et départe- Normalement, les opérateurs économiques
mentaux de l’agriculture qui ont mis tout en qui s’installent sont tenus par des clauses
œuvre pour la création des comités villageois les obligeant à réaliser des investissements
de gestion du foncier rural et je leur demande à caractère social (adduction en eau pota-
par la même occasion de s’atteler à ce que les ble, électrification villageoise, construction
éventuels comités qui ne sont pas encore fonc- de centres de santé, reprofilage de pistes,
tionnels le soient dans les plus brefs délais», etc.). La plupart des industriels s’y attellent,
a fait savoir le directeur du foncier rural, surtout au démarrage de leurs exploitations.
Zirignon Constant Delbé. La Côte d’Ivoire
est aujourd’hui dans une nouvelle dynamique
pour apporter un plus dans la gestion du fon-
La confiance se crée ainsi et les choses font Le gouvernement
cier rural. Mais il ne faut pas perdre de vue les
innombrables couacs entre les agro-industriels
bon train. Mais parfois, les populations con-
sidèrent que ceux qui exploitent leurs terres ivoirien s’est lancé
et populations dans diverses contrées du pays.
ne font pas assez, ou ont les moyens de faire
plus, s’estimant ainsi exploités au même titre dans une optique
Les sources de conflits récurrents
que leurs terres. Et les conflits s’installent
progressivement. Il arrive également que l’Etat de sécurisation
La question de l’accès à la terre avec des titres
s’accorde avec des industriels sur des clauses
que les populations ignorent ou ne compren- foncière à grande
appropriés reste une préoccupation qui date de
belle lurette. Certes, les terres existent, mais
nent que partiellement. A titre d’exemple,
l’arrêt des allocations financières et autres échelle...”
la mise en valeur conduit à divers remous qui appuis matériels à partir d’une certaine péri-

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MONDE RUR AL

Exploitation des enfants dans les


plantations : réalité ou illusion ?
Les accusations perpétrées à l’égard des conditions d’exploitation du cacao ivoi-
rien risquaient de ternir l’image de marque de la filière, et surtout d’obérer sa force
de commercialisation sur les marchés internationaux. Retour sur cette polémique.

C
’est en 2001 que la menace contre Matraquage médiatique dénommé Système de suivi du travail des
la Côte d’Ivoire, relative au phé-
enfants (SSTE). Les efforts ont permis de
nomène dit de «travail d’enfants Le matraquage médiatique qui a eu lieu baisser quelque peu la tension, puisque
esclaves» est entrée véritable- autour de la question a même fait dire à cer- «d’enfants esclaves» au début des incrimi-
ment en action. Les accusations taines personnes que la menace s’apparentait nations, on parle désormais plutôt de «pires
ont été menées à partir des Etats-Unis plutôt à un complot ourdi contre le cacao ivo- formes de travail des enfants». Les termes
d’Amérique par des groupes de pression et irien, pilier du développement économique. ont donc changé, mais la Côte d’Ivoire n’a
ONG. Accusé d’utiliser des enfants dans Aussi cette attaque venait-elle juste après pas pour autant baissé la garde. A preuve,
les plantations de cacao, le pays cour- la bataille sur l’introduction des matières la Première Dame Dominique Ouattara
ait le risque de voir sa production cacao- grasses végétales (MGV) dans le beurre de s’est aussi investie pleinement dans la lutte
yère placée sous embargo des Etats-Unis. chocolat imposée par les pays consomma- depuis l’accession du Président Alassane
teurs. La fondation Initiative internationale Ouattara au pouvoir. Au sein du Conseil
Sous la menace du législateur américain, pour le cacao (ICI), une organisation créée national de surveillance, elle multiplie les
l’industrie du chocolat a signé en sep- par l’industrie du chocolat, soutenait que sensibilisations et autres actions à destina-
tembre de la même année un protocole le nombre d’enfants travaillant en Côte tion des populations cibles. Mais à quand
baptisé Harkin-Engel, du nom de ces lég- d’Ivoire dans la culture du cacao était la fin de ce débat qui n’a que trop duré ?
islateurs américains, principaux plaignants. d’au moins 300.000 et pouvait s’élever
Le protocole obligeait les parties concernées jusqu’à un million. Vrai ou faux ? En
Vincent Kouassi
à concevoir et à mettre en œuvre un système tout cas, les planteurs, eux, acceptent dif-
crédible permettant de certifier que la produc- ficilement qu’on leur colle de tels maux.
tion du cacao n’avait pas recours au travail
des enfants. La Côte d’Ivoire a signé égale- «Le travail dans les plantations de cacao
ment le document, mais en tant que témoin. est très délicat. Il faut être aguerri pour
ne pas blesser les plans lors du désherb-
Dans le protocole d’accord, le lég- age. La cueillette et le cabossage se font
islateur américain avait accordé un sur- aussi avec minutie. Le cacao n’est pas
sis qui conditionnait, au-delà de 2005, un travail pour les enfants», souligne à
l’exportation du cacao ivoirien sur le cet égard un président de coopérative.
sol américain à un traitement adéquat
de la question du travail des enfants. Une évolution sémantique
Le Parlement européen est aussi entré dans la N’empêche, le gouvernement ivoirien a pris
danse en enclenchant en 2005 un processus la menace au sérieux et s’est engagé dans
visant à inclure une clause relative au traite- des mesures nécessaires en vue de soigner
ment adéquat de la question du travail des l’image de son cacao. Il a alors multiplié
enfants dans les accords commerciaux et de les actions de lutte et de lobbying et a jugé
partenariat économique avec les pays ACP. nécessaire, en 2007, la création d’un organe

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Spécialiste du palmier à huile

POUR PALMCI,
L’AGRICULTURE DE DEMAIN
C’EST AUJOURD’HUI

filiale de

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TECHNOLOGIES

La géomatique : un apport au secteur agricole


Les grands opérateurs mondiaux de l’agriculture utilisent depuis plusieurs années la géomatique sur
l’ensemble de leurs process : suivi et contrôle des opérations, gestion des hommes, planification et sé-
curisation des biens. Zoom sur ce dispositif de pointe.

D
e nos jours, avec l’avènement cartographie dynamique à jour et précise. infrastructures, d’autres techniques révo-
de l’informatique, le traitement Aidé de solutions d’identification des tra- lutionnaires apparaissent maintenant en
de l’information géographique vailleurs avec des outils comme la biomé- particulier les levés par drone. Avec ce
a été complètement boulever- trie, le SIG facilite également une gestion dernier, la localisation est effectuée au
sé, depuis l’automatisation de optimale des ressources humaines avec un bureau par saisie à l’écran à partir d’une
la production cartographique jusqu’à aider système d’affectation des travailleurs à des image de très grande précision (résolution
à la prise de décision à partir de sélection tâches sur des zones de travail déterminées. 3 cm), le travail de terrain étant réduit à
et d’identification d’information localisée. la réalisation du vol. Sa simplicité de mise
La géomatique regroupe l’ensemble Interface SIG/Géolocalisation en œuvre et la pertinence des données
des outils et méthodes permettant pour la sécurité collectées (topographie, indice de végéta-
d’acquérir, de représenter, d’analyser et tion, stress hydrique) permettent de suivre
d’intégrer des données géographiques. Avec la géolocalisation des véhicules dans
Elle se traduit en particulier par la mise les plantations, la géomatique permet de
en œuvre de Systèmes d’information
géographique (SIG), de systèmes
de géolocalisation de flotte de véhi-
cules, et par l’acquisition très précise
de données sur le terrain (GPS, Drone).
En Afrique de l’Ouest et plus particulière-
ment en Côte d’Ivoire, la géomatique
intervient dans la plupart des secteurs
d’activité, en particulier le secteur agricole.

SIG pour le suivi, le contrôle et


la planification des opérations

contrôler les déplacements à l’intérieur des


plantations et de sécuriser la marchandise
transportée entre les plantations jusqu’aux
usines. Pour ce faire, des dispositifs de
sécurité sont installés sur des citernes, per-
mettant de lancer des alertes localisées
d’ouvertures non prévues. Par ailleurs, un
accès aux couches du SIG dans l’interface
de géolocalisation permet à la fois de visu-
aliser très précisément les blocs, les pistes,
Plusieurs projets de mise en œuvre de SIG les ouvrages, mais aussi de produire des
ont été réalisés dans les plantations notam- statistiques de circulation tenant compte l’état des cultures de manière récurrente
ment de palmier à huile, de caoutchouc et réellement des infrastructures de la plantation. suivant les étapes de végétation. Le drone
de cacao. Le SIG permet de gérer la locali- est l’un des instruments de référence de
sation des infrastructures et des zones de l’agriculture de précision. Si nécessaire,
Acquisition de données par
production agricole dans une base de don- un levé Lidar peut compléter l’information
drone et Lidar du drone. Son rayonnement laser en tra-
nées géographiques. Celle-ci est mise en
relation avec les données opérationnelles de versant la végétation, fournit un modèle
En complément des levés GPS, largement très précis de la surface topographique du
la base d’exploitation pour faciliter la plani- utilisés dans le secteur de l’agriculture
fication, le suivi et le contrôle des opéra- terrain naturel et un état de la végétation.
pour localiser les parcelles agricoles et les
tions d’exploitation agricole à partir d’une Ibrahim OUATTARA

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Dossier
SARA 2015

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SAR A 2015

La Côte d’Ivoire s’ouvre au monde


Pendant dix jours, à compter du 3 avril 2015, la Côte d’Ivoire expose à la face du monde son poten-
tiel agricole, dans l’objectif de le promouvoir et d’apporter une nouvelle visibilité à l’investissement
agricole durable.
en miniature, offrant matière à réflexion afin,
pourquoi pas, d’impulser le développement
agricole de l’Afrique tout entière. Si, pour les
deux éditions précédentes, les esprits en ont été
plus où moins marqués, le Sara 2015 se donne
quant à lui les moyens, à tout point de vue, de
s’inscrire dans les annales de l’histoire. «L’in-
vestissement public et privé dans le secteur
agricole», «L’efficacité de l’aide au dévelop-
pement dans le secteur agricole», «La création
d’une bourse des matières premières agricoles
: outil de développement du secteur agricole»,
« Le financement des exploitations agricoles
et l’assurance agricole», «La formation et la

D
recherche agricole», «Valorisation de produits
ans le cadre de la mise en œuvre sance de 9% ou 10% du PIB agricole). L’at- agricoles et gestion des plantations agricoles :
du programme détaillé de dévelop- teinte de cet objectif n’est possible que par des faisabilité et rentabilité», voilà autant de théma-
pement de l’agriculture africaine actions publiques de valorisation du potentiel tiques qui peuvent, à en croire les promoteurs du
(PDDAA), la Côte d’Ivoire, à l’ins- agricole ivoirien, mais également par des me- Sara 2015, dessiner une vision plus large et plus
tar d’autres pays de la Cedeao, a sures d’incitation à l’investissement privé. approfondie des politiques agricoles publiques.
conçu et adopté son Programme national d’in-
vestissement agricole (PNIA), en juillet 2010. C’est donc dans ce cadre que la Côte d’Ivoire, Capitaliser sur les acquis du
Ce programme a été opérationnalisé à travers premier producteur mondial de cacao et de noix passé
le Plan d’investissement détaillé (PID), éva- de cola, premier producteur africain de latex, de
lué à 2002,8 milliards FCFA, soit 4,0057 mil- bananes et premier exportateur de noix de cajou Après seize ans de disette, le Sara revient dans
liards de dollars US. Ce programme couvre la a décidé de s’ouvrir au monde à travers le Salon un contexte de stabilité politique, mais surtout
période 2010 à 2015, et connaît déjà un début international de l’agriculture et des ressources de relance économique ponctuée par des indica-
de mise en œuvre. Le portefeuille projet, qui animales d’Abidjan (Sara) en 2015. Cet évé- teurs de performance qui, de l’avis de nombreux
était en cours de janvier 2010 à fin juillet 2012, nement, comme nous le soulignions précédem- experts, placeront la Côte d’Ivoire sur orbite à
était évalué à plus de 75 milliards FCFA. Cinq ment, va mettre en valeur les richesses agricoles l’horizon 2020, faisant d’elle un pays émergent.
autres projets également en cours d’instruction nationales et promouvoir l’investissement, Tout en capitalisant sur les acquis du passé,
pour un montant d’investissements de plus de pour le développer et le pérenniser. «C’est une ce troisième salon va innover, tant par l’ap-
80 milliards FCFA sont attendus. Le PNIA est plateforme d’opportunités d’investissements proche adoptée pour son organisation que
conçu pour s’aligner avec les grandes priorités directs dans le secteur agricole, des ressources par son contenu. Par son organisation, le Sara
nationales de développement et de réduction de animales, halieutiques et forestières», précisait 2015 se veut aussi une illustration concrète du
la pauvreté qui ont été définies d’abord par le donc, l’année dernière, le ministre de l’Agri- partenariat public-privé. En effet, l’option a
DSRP (Document stratégique de réduction de culture, Mamadou Sangafowa Coulibaly, lors été prise de confier les tâches opérationnelles
la pauvreté), et reprises par le PND (Programme du lancement de cet important événement, troi- de l’organisation du Sara à un acteur privé,
national de développement 2012-2015). sième du genre après les éditions de 1997 et 1999. un professionnel ayant une solide expérience
en matière de promotion, d’organisation et
Une porte ouverte sur les oppor- 500 000 visiteurs attendus de gestion d’événement de grande ampleur.
tunités d’investissement Outre les aspects classiques d’exposition de
La Côte d’Ivoire devient ainsi, du 3 au 12 avril produits et de visites des stands, l’accent sera
Ainsi, le PNIA concourt directement à l’at- 2015, la vitrine de l’Afrique à travers l’exposi- mis sur les assises, qui seront l’occasion de faire
teinte du résultat stratégique 2 du PND décliné tion de son potentiel agricole. Quelque 500 000 le bilan de la mise en œuvre du Programme na-
en ces termes : «La création de richesses na- visiteurs et de nombreux investisseurs décou- tional d’investissement agricole. Le Sara 2015,
tionales est accrue, soutenue, et ses fruits sont vriront le savoir-faire qui sera présenté lors de c’est enfin la distinction dans l’Ordre du mé-
repartis dans l’équité.» Le PNIA a pour am- ce salon. La Sara 2015, à l’instar des éditions rite agricole des plus méritants des acteurs du
bition non seulement de rattraper le retard ac- précédentes, sera une véritable plate-forme de développement agricole de toutes les contrées
cumulé au niveau des investissements publics réflexion autour d’un thème central très impor- de la Côte d’Ivoire, acteurs anonymes, mais
durant les dix dernières années, mais aussi de tant de par la densité de son contenu : «Investir qui se battent chaque jour pour faire avancer
jouer le rôle de catalyseur de l’investissement dans les plus pauvres et dans l’agriculture l’économie de ce pays. L’opportunité sera donc
privé et associatif en vue de réaliser au moins familiale : la clé du succès des économies saisie pour leur rendre un hommage mérité.
9% de croissance agricole à l’horizon 2020 africaines». La Côte d’Ivoire, via son poten-
(en d’autres termes, réaliser un taux de crois- tiel agricole, devient donc une sorte d’Afrique Dieudonné WOGNIN

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“Le succès de ce pays

repose sur l’agriculture”


Félix Houphouet BOIGNY
Président de la République de Côte d’Ivoire 1960-1993

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Promotion de l’ agriculture

Les dessous du Salon


Le Sara signe son retour après les deux premières éditions tenues respectivement en 1997 et 1999.
Mais ce salon, dans sa nouvelle version, suscite aussi quelques inquiétudes. Notre enquête.

Q ue réserve le Salon interna-


tional de l’agriculture et des
ressources animales d’Abidjan
(Sara 2015) ? De nombreux
observateurs s’interrogent. A l’immeuble
de la Caistab, qui abrite le commis-
privé s’approprie le salon, aussi bien dans
sa conception que dans l’organisation»,
souligne le ministre de l’Agriculture M.
Sangafowa, ajoutant que l’indicateur reste
le taux de fidélité au prochain Sara. Une
option de l’Etat qui ne reste pas inattaquable
commente un responsable d’une PME.
Chez Voodoo, on répond simplement que
les prix sont en adéquation avec la dimen-
sion et l’ambition de haut niveau portées
par les autorités vis-à-vis de cette édi-
tion. Pas plus. La réaction du ministre
sariat général au Plateau, aucun signe : «Confier le préfinancement du Sara, évalué Sangafowa ne vient pas contredire celle
d’effervescence apparent à l’endroit d’un à quelque 3 milliards FCFA au privé, c’est de l’agence. Il indique que les prix des
événement qui signe son retour après seize dévoyer l’objectif même de l’événement», stands ont été longuement étudiés et se

ans d’interruption. «C’est à croire que nous analyse un responsable d’une interprofes- situent en dessous de ceux appliqués pour
sommes dans un bois sacré», dénonce sion agricole. Il indique que le Sara a besoin d’autres salons qui se tiennent dans notre
un opérateur économique. L’engouement de se repositionner et qu’il aurait fallu que pays. Coulibaly Sangafowa fait également
au sein du personnel du ministère de l’Etat lui-même joue les premiers rôles, afin savoir que le gouvernement n’entend pas
l’Agriculture n’est pas au rendez-vous : de se donner les chances de relever le défi. subventionner le salon et qu’il veut compt-
«En dehors d’une poignée de personnes, «Voodoo n’est pas philanthrope, encore er sur les participants pour mobiliser les
la majorité du personnel ne se sent pas moins une entreprise de bienfaisance. C’est financements nécessaires à sa réalisation.
concernée par l’événement, puisque nous une entreprise commerciale qui attend
ne sommes pas associés à son organisa- nécessairement un retour sur investisse- Et pourtant les objectifs du gouverne-
tion. Nous avons été royalement ignorés», ment», poursuit le planteur. Il en veut pour ment sont clairs : «Nous voulons tirer
explique un cadre de ce département tenu preuve les coûts des stands, jugés exces- avantage de la croissance de notre agri-
par le ministre Coulibaly Sangafowa. sifs par les groupements professionnels culture pour attirer des investisseurs,
et les participants individuels potentiels. partager nos expériences et que nos coo-
Des questions en suspens Près de 500.000 FCFA le mètre carré. pératives et nos producteurs puissent
Même la réduction de 25% n’y a pas accéder au marché», souligne le ministre.
En fait, l’organisation du Sara 2015 dans sa changé grand-chose. «J’ai l’impression Mais comment y parvenir avec toutes
nouvelle version a été concédée par l’Etat qu’on veut trier les participants, ou bien ces préoccupations exprimées par
à l’agence de communication Voodoo dans c’est une manière de se faire de l’argent. les populations ? Attendons de voir !
son aspect opérationnel. Et cela s’explique: Il faut revoir les prix, sinon il y aura
«L’objectif principal est que le secteur moins de nationaux à un événement qui
leur est pourtant destiné en priorité», Vincent KOUASSI

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POUR SIFCA,
L’AGRICULTURE DE DEMAIN
C’EST AUJOURD’HUI