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édito

édito © Francois Lombard D e la randonnée pédestre à l’alpinisme, il n’y a qu’un pas…
© Francois Lombard
© Francois Lombard

D e la randonnée pédestre à l’alpinisme,

il n’y a qu’un pas… À la fois pratique

sportive d’ascension mais aussi objet

politique à la conquête des grands sommets, la haute montagne reste le dernier espace non humanisé. L’alpiniste est libre. Est-ce pour cette raison que cet espace de jeu nous attire ? La montagne est un espace d’une beauté saisissante, à chacun de trouver son chemin. Ainsi, si certains souhaitent grimper léger, profiter de l’ambiance des refuges, d’autres préfèrent bivouaquer, contempla- tifs, tombant de sommeil sous une voûte céleste hypnotique.

Historiens, philosophes, alpinistes ont tenté de comprendre pourquoi cette envie d’éléva- tion. Peut-être pour répondre à un autre besoin, celui d’identité. La haute montagne offre un cadre sans limite pour s’exprimer, sortir de sa zone de confort, se (res)sentir, apprendre sur

soi et les autres, une école de la vie. Mais elle peut être cruelle et exposer le pratiquant à certains risques. C’est pourquoi son accès repose sur des techniques de progression qui s’enseignent, et donc, s’apprennent.

Et si l’on faisait un pacte ? À l’issue de cette lecture, réaliser la course de ses rêves… Peut-être la Traversée de la Meije ? Alors, que devra-t-on comprendre, expérimenter ? Un peu d’histoire avec une mise en perspective de la notion d’aventure. Puis une réflexion sur ce qu’offrent cet espace et nos motivations, mais aussi un éclairage sur les dangers en montagne, avec qui partir, où se former, quels techniques et matériels, et bien sûr des courses pour s’entraîner. Atteindre les sommets, plus d’un(e) y sont parvenu(e)s, et tou(te)s en sont capables.

Cathy Jolibert

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WWW. montagnes-magazine.com Montagnes Magazine est disponible en édition numérique Montagnes Magazine #456

Montagnes Magazine#456

4_ sommaire _sommaire

MONTAGNES MAGAZINE

#456 DÉBUTER EN ALPINISME

8 © François Lombard
8
©
François Lombard
72 © Jan Novak
72
©
Jan Novak

6 La brèche Zsigmondy

Tiapa Langevin et Sébastien Foissac nous livrent une brève histoire de la brèche Zsigmondy, mythique passage des arêtes de la Meije.

8 Motivations pour débuter l’alpinisme

Courageux, Sylvain Tesson et Alain Ghersen tentent de percer le mystère des motivations alpinistiques…

10 Entretien : l’excellence en alpinisme

Delphine Moraldo a sorti une thèse de sociologie dans laquelle elle retrace les conditions politiques et sociales de l’excellence de l’alpi- nisme, au Royaume-Uni et en France, du XIXème siècle à nos jours. Nous l’avons rencontrée pour en discuter.

20 Les dangers en montagne

Viser son créneau météo pour ne pas se retrouver sous l’orage, gérer le risque d’avalanches et de chutes de pierres, connaître le niveau de sa cordée et les principes de l’acclimatation… et, en cas de besoin, savoir préparer sa trousse de secours et les déclencher : la montagne est pleine de dangers, autant savoir s’y préparer !

30 Se former à l’alpinisme

Où se former, où pratiquer ? Pourquoi partir avec un guide ? Présentation des différents acteurs de formation français, avec les coordonnées des bureaux et compagnies des guides !

38 Planifier sa course en montagne

L’alpinisme demande de savoir évaluer ses capacités physiques, techniques et mentales, ainsi que de préparer son itinéraire avec soin… voire un brin de paranoïa : le « worst case scenario », comme les anglo- saxons l’appelle !

42 Choisir son matériel

Du sac à la corde en passant par la multitude de matériel technique, l’alpinisme est une activité friande d’équipement. Savoir choisir son matériel, et l’utiliser, est un gage supplémentaire de sécurité en montagne.

60 Noeuds et manips à connaître

Avant d’aller en montagne, révisez vos nœuds et manips de base !

72 Techniques pour devenir autonome

Progression encordée, en crampons, et sur le mouflage Mariner livret illustré des techniques de progression en terrain « montagne », avec en prime les préconisations de l’ENSA.

88 Mes premières courses d’alpinisme

Une sélection de huit itinéraires classiques pour débuter sa carrière de montagnard avec panache !

En couverture : © Jan Novak

Un grand merci à tous ceux qui ont participé et ont aidé à la rédaction de ce numéro, ainsi qu’à Ortovox et Climbing Technology pour la mise à disposition de leurs contenus, notamment leurs dessins techniques.

MONTAGNES MAGAZINE

INCORPORANT ALPINISME ET RANDONNÉE 3, rue Paul-Valérien-Perrin, 38 170 Seyssinet-Pariset, France. 33 (0) 4 76 70 54 11 / Fax 33 (0) 4 76 70 54 12

France. 33 (0) 4 76 70 54 11 / Fax 33 (0) 4 76 70 54
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RÉDACTION Directeur de la rédaction Laurent Belluard / Rédacteur en chef Fred Labreveux fred.l@montagnes-magazine.com / Rédactrice Cathy Jolibert jolibertcathy@gmail.com / Rédacteur Mathias Virilli mathias.v@montagnes- magazine.com / Graphiste Romain Micoud PUBLICITÉ Directeur commercial Guillaume Labergerie guillaume.labergerie@niveales.com / Chef de publicité Colin Barbé colin.b@niveales.com PÔLE DIGITAL MEDIA Directeur Pôle Digital Media Olivier Edme olivier@niveales.com / E-commerce Content Manager Anne-Lise Riou a.riou@niveales.com / Rédactrice content Manager Corinne Cuman / Rédactrice Web designer Marie Renaud marie.r@niveales.com / Journaliste Web : Aymeric Guittet aymeric.g@niveales.com DISTRIBUTION MLP 1 33 (0) 4 74 82 63 05 (réservé au réseau de distribution) SERVICE ABONNEMENT Service clients : i-abo@montagnes-magazine.com, 6 rue d’Ouessant, 35 560 Saint-

Grégoire. Tél. 01 76 41 03 24 (ligne dédiée Éditions Nivéales). Du lundi au vendredi de 9heures à 12heures et de 13heures à 17heures Télécopie : 01 55 04 94 01 (ligne générique). Étranger : www.montagnes-magazine.com / Marketing direct : Karim

COMPTABILITÉ Sophie Badoux, directrice administration et comptabilité 33(0)4 76 70 92 65 / Angélique d’Introno, clients 33 (0) 4 76 70 92 66 / Sylvain Prévot, fournisseurs et pigistes sylvain@niveales.com 33

ÉDITEUR Montagnes Magazine est un mensuel édité par la SARL Nivéales Médias, au capital de 581 400 euros. Durée : 99 ans. Siège social : 3, rue Paul-Valérien-Perrin, 38 170 Seyssinet-Pariset, France. RCS Grenoble B

400 248 324. 04 76 70 54 11. Fax 04 76 70 54 12. Principal associé : Nivis SARL. Directeur de la publication Jean-Pierre Roger 33 (0) 4 7670 54 20 / Administrateur de la publication Pascal Maltherre 33 (0) 4 76 70 54 17.

de la publication Pascal Maltherre 33 (0) 4 76 70 54 17. Bekkari 33 (0) 4
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Bekkari 33 (0) 4 76 70 54 26 (0) 4 76 70 54 18
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La reproduction, même partielle, de tous les articles et illustrations parus dans Montagnes Magazine est interdite. La rédaction n’est pas responsable des documents non commandés. Les documents reçus ne sont pas rendus et leur envoi implique l’accord de leur auteur pour leur libre publication. Ce numéro comporte un encart abonnement broché sous la couverture. Dépôt légal juillet 2018. ISSN : 0184-2595. Certificat à la Commission paritaire : n°0323 K 83073. Impression : Rotolito Spa. Imprimé en Italie/Printed in Italy. Provenance : Italie. Jupiter 550 silk. Certification : 100%. PEFC.% papier recyclé : 0%. Ptot : 0,006kg /tonne. Avertissement : l’escalade, la randonnée et l’alpinisme sont des activités dangereuses qui exigent une grande autonomie et une parfaite connaissance du terrain. Montagnes Magazine ne peut garantir l’absence d’erreurs dans les informations publiées.

Montagnes Magazine#456

Montagnes Magazine ne peut garantir l’absence d’erreurs dans les informations publiées. Montagnes Magazine #456

6_ histoire

6 _ histoire brèche Zsigmondy UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS LA BRÈCHE ZSIGMONDY En 1963, Tiapa

brèche Zsigmondy

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS

LA BRÈCHE ZSIGMONDY

En 1963, Tiapa effectuait la traversée de la Meije, comme chaque année. Soixante-cinq ans plus tard, un autre guide, Sébastien Foissac, préparait son sac pour le refuge du Promontoire. Entretemps, un événement d’importance modifia la physionomie de cette montagne puisque, de l’autre côté de la vallée, les habitants l’entendirent s’écrouler. En 1964, un éboulement entraînant plusieurs tonnes de roches creusa, par là-même, un passage qui s'effectuait auparavant sur un « trottoir » quasiment plat. La dent cassa, passant ainsi à la brèche Zsigmondy, aujourd’hui crux de la course, franchi crampons et piolet à la main, en mode couloir de glace, et à l’aide d’un câble métallique. Avec le temps, tout s’en va… Le matériel et les techniques d’alpinisme changent, et l’esprit alors ?

les techniques d’alpinisme changent, et l’esprit alors ? Propos recueillis auprès de : Tiapa Langevin (interviewé
les techniques d’alpinisme changent, et l’esprit alors ? Propos recueillis auprès de : Tiapa Langevin (interviewé

Propos recueillis auprès de :

Tiapa Langevin (interviewé en 2016) – décédé en juin dernier à l’âge de 92 ans, il a passé plus de 60 ans à vivre du métier de guide. L’homme vivait dans un décor de rêve, au Pays des Écrins, à Vallouise exactement. En 1952, il devient aspirant guide puis, avec Paul Keller, ils seront les premiers guides parisiens. Tapia, c’était la mémoire du clan des guides ; un personnage incontournable.

Sébastien Foissac – Guide de haute montagne basé à l’Argentière-la-Bessée, il est passionné d’activités outdoor depuis son plus jeune âge. Il a réalisé avec son compagnon de cordée Lionel Daudet l’ouverture en 1999 d’une voie rocheuse de 1 200 m sur la face sud-est du Burkett Needle en Alaska. Expédition de 41 jours en autonomie complète dans une région très isolée et sans aucun moyen de communication. Cet exploit sera récompensé en 2000 par la plus haute distinction, le Piolet d’or.

Sites : rock-ice-snow.com et bien sûr guides-ecrins.com

Sites : rock-ice-snow.com et bien sûr guides-ecrins.com Peut-on imaginer que les alpinistes de l’époque auraient

Peut-on imaginer que les alpinistes de l’époque auraient réussi à sortir le couloir de glace de la brèche Zsigmondy ?

Sans le câble, cela revient à une course de glace technique, nécessitant deux piolets traction, de bons crampons à glace 12 pointes et des broches à glace. Dans les années 1960-70, le débat fait rage en France concernant la technique de cramponnage imposée par l’ENSA, la « technique Eckenstein » (10 pointes) nécessitant de mettre les pieds à plat en se tordant les chevilles, rebaptisée curieusement « technique française ». Pourtant, les crampons avec pointes avant (12 pointes) sont disponibles depuis 1929 à Courmayeur. Le débat sur la technique de cramponnage était nécessaire car il concernait directe- ment l’enseignement alpin. Ainsi, au début des années 1970, les crampons 12 pointes,

Montagnes Magazine#456

1857

1970, les crampons 12 pointes, Montagnes Magazine #456 1857 LES DATES CLÉS DE L’ALPINISME 1808 Fondation

LES DATES CLÉS

DE L’ALPINISME

1808

Fondation de

l'Alpine Club

britannique,

club de gentlemen passionnés par les ascensions et le tourisme dans les Alpes

Jusqu’au XVIIIe siècle, la haute montagne demeure un territoire interdit où les croyances situent la
Jusqu’au XVIIIe siècle, la haute montagne
demeure un territoire interdit où les croyances
situent la demeure des dragons et du diable.
Puis, changement radical, la montagne comme
l’océan deviennent des espaces d’exploration.
1786

Marie Paradis, 1re

femme au sommet du mont Blanc

1786 Marie Paradis , 1re femme au sommet du mont Blanc 1821/23 1re étape vers la

1821/23

1re étape vers la profes- sionnalisation du métier

de guide

avec la fondation

de la Compagnie des guides de Chamonix

Événement fondateur de l’histoire de l’alpinisme,

conquête du mont Blanc (4 810 m) par Gabriel-Michel Paccard et Jacques Balmat

inventés par Henri Grivel dès 1929, utilisés par des grimpeurs allemands, suisses, italiens et par des cordées du GHM depuis les années 1930, vont enfin être proposés à tous en France. Une 2e différence majeure pour la progres- sion en glace est certainement le piolet traction, le « Terrordactyl », avec une lame très fortement inclinée, inventé dans les années 1970 par l’Écossais Hamish MacInnes. Les fabricants continentaux ne tarderont pas à se montrer des plus créatifs pour faire évoluer ce matériel…

Quelles différences dans le matériel et les techniques d’alpinisme en rocher avant et après 1964 ?

Le plus important progrès dans le matériel d’alpinisme aura été la mise au point de la corde moderne, donc en synthétique (nylon), dès 1947, et depuis, ses caractéristiques ont été améliorées et contrôlées par une norma- lisation (normes UIAA). Pour faire la Meije aujourd’hui, on prendra deux fois 50 m de corde alors qu’à l’époque, on aurait pris deux brins de 35 m seulement. Mais ces cordes en matière naturelle (chanvre) étaient bien plus lourdes, et surtout la chute n’était pas permise ! Globalement, le matériel s’est allégé mais on en prend plus, il n’y a qu'à regarder les photos des années 1950 pour voir que le « fast & light » ne date pas d’aujourd’hui. Nous mettons systématiquement un casque, un baudrier, et les bâtons de marche téles- copiques sont souvent dans le sac… Par exemple, pour permettre une progression simultanée dans les parties grimpantes, on prendra quatre friends ou coinceurs à came. Mais c’est seulement en 1967 que Greg Lowe produit le premier coinceur mécanique dont la forme s'approche de ceux d’aujourd'hui : le « Crack Jumar ».

1874

Aussi, on s’assure plus qu’à l’époque, avec toujours des points d’assurage corrects entre le 1er et le 2nd de cordée. Le rappel est également plus débonnaire aujourd’hui, toute la descente du Grand Pic est équipée par des relais ancrés sur des points, à priori aseptisés. Jusqu’en 1970, l’assurage du compagnon se pratiquait en passant la corde sous la cuisse et derrière l’épaule – l’assurage à l’épaule – ou encore avec le nœud de demi- cabestan depuis un point d’ancrage naturel ou artificiel (piton). Aussi, les alpinistes réali- saient de petits rappels et désescaladaient beaucoup (tu m’étonnes !). Enfin, le premier baudrier d'encordement moderne est mis au point en 1970 par Don Whillans, en Grande- Bretagne. C’est encore de l’autre côté de la Manche que l’outil en forme de huit est proposé dès 1968 pour les rappels, ce qui facilitera bien les manœuvres de corde…

À chaque époque son comportement ?

La difficulté dans une course a changé d’endroit. Avant, les gens ne grimpaient pas beaucoup, contrairement à aujourd’hui avec les salles d’escalade et la qualité des chaussons. Une traversée des arêtes était plus facile à l’époque, les pratiquants étaient plus à l’aise car ils arrivaient progressive- ment dans des courses de niveau élevé. Aujourd’hui, beaucoup d’alpinistes peuvent grimper facilement du 6a. Pour autant, ils avancent certainement moins vite qu’à l’époque dans toutes les parties faciles. Côté matériel, maintenant, quand il pleut et gèle, les habits ne se transforment pas en carcan glacé. Côté sécu, les guides prennent systématiquement des radios de secours afin d’alerter et prévenir, ce qui n’était pas le cas avant 1980, quand on partait en montagne, on devait être vraiment autonome, y compris dans l’éventualité d’un accident. De la même façon, le premier

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© camptocamp.org
© camptocamp.org

5La brèche Zsigmondy, crux actuel de la traversée de la Meije.

téléphone mobile commercial, conçu par Motorola, est lancé le 6 mars 1983 aux États- Unis. Tout cela ne nous rajeunit guère !

Est-ce que ces évolutions ont modifié l’esprit montagne ?

Le simple fait d’être toujours (ou presque) connecté, déplace le rapport au danger. Le risque est devenu politiquement incorrect, il est de moins en moins accepté. Pour des problèmes d’assurances, on met des filets au-dessus de la route, on doit trouver des responsables. À l’époque, le danger faisait partie de l’activité, il était accepté, on se vantait même d’avoir pris des risques. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Une autre différence, relative à la progres- sivité de l’apprentissage : les alpinistes passaient de la randonnée sur sentier aux sommets faciles hors sentiers, puis progres- sivement à l’alpinisme. Ils passaient plus de temps en montagne et avaient une connaissance plus pointue de ce milieu, ils étaient plus connectés à la nature, les sens davantage en éveil, ouverts sur ce qu’ils avaient comme indices… Peut-être qu’au- jourd’hui, on a plus tendance à suivre un topo que les éléments extérieurs.

Fondation du Club alpin français, 1942 2017 2010 devenu en 1996 la Fédération française des
Fondation
du Club alpin
français,
1942
2017
2010
devenu en 1996
la Fédération
française des
clubs alpins et
de montagne
(FFCAM)
1er centre de formation
de chefs de cordée, le
Kilian Jornet gravit 2
Edurne Pasaban,
collège des Praz, qui
deviendra en 1947 l’École
nationale du ski et de l’alpi-
nisme (ENSA)
1re femme à gravir
les 14 sommets
de plus de 8 000 m
fois l'Everest la même
semaine par la face nord
tibétaine sans oxygène
ni corde fixes (en 26h
puis en 17h)
1877
1953
2013
1865
Conquête de la
Meije (3 974 m)
Edmund Hillary et Tensing Norgay
Conquête du
Cervin (4 478 m)
réussissent à vaincre l'Everest
par l’équipe
d’Edward Whymper
par les Gaspard
père et fils et
Emmanuel Boileau
de Castelnau
Ueli Steck gravit la face
sud de l'Annapurna
(8 091 m) en solo (28h)
Montagnes Magazine#456

© François Lombard

8_ débuter l’alpinisme

© François Lombard 8 _ débuter l’alpinisme MOTIVATIONS POUR DÉBUTER L’ALPINISME Le plus souvent, et en
MOTIVATIONS POUR DÉBUTER L’ALPINISME
MOTIVATIONS
POUR DÉBUTER L’ALPINISME

Le plus souvent, et en tant que débutant, l’alpinisme pratiqué à partir de mai ou juin consiste en des randonnées glaciaires, des écoles de glace ou d’escalade sur rocher. Que ces ascensions soient sèches, c'est-à-dire présentant uniquement des parois rocheuses, ou qu'elles proposent de la neige ou de la glace sur le parcours, attendez-vous à ce que les conditions météorologiques (froid, neige ou vent) et l’environnement (altitude, pentes plus ou moins raides, roches friables) puissent compliquer la course. Alors pourquoi se donner tant de mal ? Quelles sont les motivations qui nous poussent dans cet espace hostile et cette quête de l’inutile ?

Montagnes Magazine#456

sont les motivations qui nous poussent dans cet espace hostile et cette quête de l’inutile ?
_ 9 5 En montant au refuge de l’Aigle, au pied de la Meije, par

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5 En montant au refuge de l’Aigle, au pied de la Meije, par le passage du Serret du Savon.

Propos recueillis auprès de :

Sylvain Tesson – Écrivain, voyageur, alpiniste. Il découvre l’aventure à 20 ans. Dès lors, il poursuit son chemin avec un tour du monde en 1993 à bicyclette, traverse l'Himalaya à pied en 1997, traverse les steppes d'Asie centrale à cheval en 1999, suit l’itinéraire des évadés du goulag qui l'emmène en Sibérie, puis en Chine où il rejoint le Tibet à vélo, jusqu'à Calcutta en Inde à pied en 2003. En 2010, il va vivre six mois en ermite dans une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal. Ces voyages ont tous donné lieu à des récits de voyages, albums photographiques, essais, nouvelles.

Alain Ghersen – Guide de haute montagne, philosophe de l'alpinisme, formateur à l’ENSA et connu (entre autres) pour la première ascension hivernale solitaire de Divine Providence, qui, selon Jean-Christophe Lafaille, « est la voie la plus difficile et la plus engagée du massif du Mont-Blanc ». Du massif de Fontainebleau à l'Himalaya, Alain Ghersen a abordé toutes les disciplines de l'alpinisme, sur lesquelles il s'est penché afin d’en considérer le sens à travers des études de philosophie.

il s'est penché afin d’en considérer le sens à travers des études de philosophie. Montagnes Magazine

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10 _ débuter l’alpinisme PLAISIR ET SENSUALITÉ POUR SYLVAIN TESSON Dès lors que l’on essaie

10_ débuter l’alpinisme

10 _ débuter l’alpinisme PLAISIR ET SENSUALITÉ POUR SYLVAIN TESSON Dès lors que l’on essaie d’expliquer

PLAISIR ET SENSUALITÉ POUR SYLVAIN TESSON

Dès lors que l’on essaie d’expliquer pourquoi on se lance dans l’alpinisme, on pourra trouver des réponses élaborées puisant dans les justifications sociales, politiques, intellectuelles. Mais passer un col, poser son regard sur l’inconnu, avoir le regard d’Adam (Bernard Amy), impose une réponse bien moins noble mais plus importante car intérieure, c’est le simple mécanisme de plaisir. Gérard de Nerval, dans une explora- tion poétique des frontières incertaines du rêve et du réel, propose les vers suivants :

Soit brune ou blonde Faut-il choisir ? Le Dieu du monde, C'est le Plaisir

J’éprouve de la jouissance quand je grimpe, c’est un sentiment supérieur à tous les autres. Cette sobriété volontaire résonne comme un retour à l’archaïsme, à la nécessité du geste simple. Pour Nietzsche, le plus grand ennemi, c'est l'esprit de pesanteur, et dans un air pur, on pense limpidement (Gai Savoir) ! Quand je suis en montagne, la perception du monde se fait au travers de mon équipe- ment sensoriel, l’escalade convoque les cinq sens comme l’odorat qui est le plus associé à la mémoire.

Le calcaire chaud, c’est l’odeur de la lumière.

L’alpinisme offre la possibilité à mes sens d’exprimer leur plein pouvoir. Qu’est-ce qu’on touche dans une ville ? Un verre de whisky, la peau d’une femme ? En montagne, le granite propose au toucher le chaud ou le froid, la rugosité ou le velouté, et alors on change encore de matière, plus molle, en passant les mains sur de la mousse. La

« L’ESTHÉTISME EST LA CHOSE LA PLUS IMPORTANTE EN MONTAGNE. »

Montagnes Magazine#456

QUELS SONT LES DIFFÉRENTS TYPES D’ALPINISME ?

Que recouvre l’alpinisme, exactement ? S’il est difficile de répondre à cette question avec précision, c’est d’abord parce que l’alpinisme est multiple : selon que l’on évolue sur le rocher, la neige, la glace ou en terrain mixte, la progression en montagne, qualifiée d’alpine, a ses spécificités.

L’ascension de sommets enneigés, souvent la première porte vers l’alpinisme, nécessite de savoir s’adapter à l’état de la neige et aux situations rencontrées (traversées, arêtes, corniches, etc.), avec l’apprentissage de techniques fondamentales (enrayer une chute, assurer sur un corps mort, s’encorder à bonne distance, etc.), le maniement de matériel particulier (piolets et crampons notamment) et la connaissance des risques d’un terrain par nature changeant. Entre crevasses, rimayes et séracs, les terrains glaciaires ne sont pas en reste. En cela, évoluer sur la glace ou en terrain mixte n’est pas différent de l’alpinisme sur neige : assurage sur broches, lunules, Abalakov, l’alpinisme sur glace, qu’il s’agisse de cascades ou de goulottes, a son lot de particularités.

Quant à l’alpinisme rocheux, la sûreté variable des points d’assurage et des relais en place, l’instabilité de la roche, le cheminement pas toujours facile, le « gaz », la longueur de l’approche et le poids du sac à dos… voilà quelques-uns des facteurs révélateurs de la complexité et de l'exigence du milieu, par exemple sur de longues courses d’arête. Connaissances et expérience sont ainsi requis pour être parcouru en sécurité.

montagne est une forme de braille. Les nouvelles technologies – crime contre l’humanisme – ôtent la substance de la vie, annihilent l’orientation et affaiblissent les sens. Cette dépression de l’appareil senso- riel se guérit au travers de l’alpinisme. Une autre motivation majeure est le beau. Aujourd’hui, nous sommes encerclés par le laid, la production de masse, industrielle, globalisée, thermoformée, de la vaisselle à l’architecture. L’esthétisme est la chose la plus importante, que l’on trouvera dans la poésie, le visage de certaines femmes, dans la nature. En montagne, on se retrouve rapidement dans un tableau flamand, à l’air brumeux, l’intensité y est sublimée.

LA LIBERTÉ POUR ALAIN GHERSEN

La pratique de la montagne offre une occasion unique de s’extraire des normes sociales et du vivre-ensemble qui imposent, de manière quasi-perma- nente, de régler son comportement sur celui des autres. Là-haut, on se confronte à un environnement où les

habitudessociétalesperdentleurperti-

nence. Il faut donc commencer par les désapprendrepourmieuxcomprendre les priorités au sein d’une action où l’on doit intégrer l’objectif visé, la cordée et le fait de rester en vie.

Rentrer de montagne, c’est revenir d’une parenthèse qui a permis une impression de réappropriation de son existence ; ce qui est plutôt bénéfique pour revenir en société. Par cet acte, on réaffirme que l'on s'appar- tient à soi avant d'appartenir à un quelconque groupe social. Les guides ont pour vocation de permettre à leur client de vivre cette parenthèse en réduisant au mieux la prise de risque. Cette parenthèse, comme un souffle, amène à une forme de satisfaction personnelle que l’on peut assimiler à une simple joie de vivre. Il y a quelque chose d’extraordinairement concret dans le fait de gravir une montagne. C’est ici et maintenant que ça se passe, et c’est cette dimension du hic et du nunc qui conduit à la joie, laquelle se distingue du bonheur qui, lui, est plutôt une projection heureuse, mais hypothétique, de soi dans le futur. À l’inverse, la joie est sensorielle :

c’est tout ton corps qui est exposé, solli- cité dans l’instant. Additionnée à une fatigue importante, l’exacerbation de tes sens peut aboutir à une forme de jubilation. Aussi, le froid, la douleur physique, l’engagement psychologique permettent, par contraste, de se réapproprier le quotidien et de mieux apprécier son confort. L’alpinisme propose, du fait de la verticalité, de s’élever dans un milieu difficile, ce qui

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© Daniel Dulac
© Daniel Dulac
_ 11 © Daniel Dulac induit par réaction un renforcement de soi. Même si cette dernière

induit par réaction un renforcement de soi. Même si cette dernière idée est sans doute valable pour le sport en général, la dange- rosité mortelle de cette pratique et la prise en charge de sa propre sécurité en temps réel donnent une teinte toute particulière à cette idée de renforcement. L’alpinisme, surtout celui de pointe, nous met sur une ligne de crête (au sens figuré !) entre une mort possible d’un côté et une existence démultipliée par l’expérience décalée que l’on est en train de vivre, de l’autre. L’autre intérêt de cette activité est que tu peux t’exprimer et trouver ton plaisir dans n’importe quel niveau. L’âge avançant, tu peux aussi devenir plus contemplatif, sans la recherche de performance, avec toujours en arrière-plan une idée d’effort récom- pensé et sublimé par l’environnement dans lequel tu te trouves. Enfin, la prise de risque soulève la question du rapport aux règles et ainsi, celle de la liberté qui se définit bien souvent en lien

avec elles. En montagne, il y a bien sûr certains principes à respecter si tu veux rester en vie, mais ils ne sont pas absolus et, in fine, c’est toi qui les adaptes en relation avec ton objectif et les conditions rencon- trées. Même si le terme d’« inutilité » cher à Lionel Terray est discutable sur certains aspects, on peut tout de même le défendre en considérant qu’effectivement, rien d’exté- rieur à toi ne t’oblige à aller en montagne. Et ce sentiment de liberté se poursuit dans l’action elle-même. Persister dans une action risquée confronte inévitablement à des doutes, et c’est ainsi que la liberté et le risque rentrent en résonnance. Même si l’insistance à continuer peut amener à ce que ton destin se retrouve dépendant d’élé- ments qui te dépassent, il reste que le choix de poursuivre t‘appartient en propre. Le risque mortel en montagne te renvoie à ta conscience et au doute qui, selon Descartes, la caractérise. C’est en ce sens qu’il ravive ton sentiment de liberté.

BIBLIOGRAPHIE :

– On a roulé sur la terre, S. Tesson et A. Poussin,

Laffont, 1996

– La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers

l'Himalaya, S. Tesson et A. Poussin, Laffont, 1998

– La Chevauchée des steppes : 3 000 km à cheval à

travers l'Asie centrale, S. Tesson, P. Telmon, Laffont, 2001 ; Pocket, 2013

– L'Axe du loup : de la Sibérie à l'Inde, sur les pas des

évadés du Goulag, S. Tesson, Laffont, 2004 ; Pocket, 2007

– Éloge de l'énergie vagabonde, S. Tesson, Éditions des Équateurs, 2007 ; Pocket, 2009

– Berezina, S. Tesson, Guérin, 2015

– Sur les chemins noirs, S. Tesson, Gallimard, 2016

– Une très légère oscillation, S. Tesson, Éditions des Équateurs, 2017

– Un été avec Homère, S. Tesson, Éditions des

Équateurs/Inter, 2018

– Risque et alpinisme – Réflexion philosophique sur

l'homo alpinus, Alain Ghersen, Glénat, coll. « Hommes et montagnes », 2016.

Montagnes Magazine#454

12_ entretien

12 _ entretien excellence & alpinisme LES SOMMETS DE L’EXCELLENCE « LES GRANDS ALPINISTES SONT CEUX

excellence & alpinisme

LES SOMMETS DE L’EXCELLENCE

« LES GRANDS ALPINISTES SONT CEUX RECONNUS COMME TELS PAR LEURS PAIRS »

Qu’est-ce que l’excellence en alpinisme ? Nous avons posé la question à Delphine Moraldo, docteure en sociologie à l’ENS Lyon et auteure d’une thèse sur le sujet.

Propos recueillis par Mathias Virilli / Photos : Jim Herrington, The Climbers

par Mathias Virilli / Photos : Jim Herrington, The Climbers Delphine Moraldo - Docteure à l’ENS

Delphine Moraldo - Docteure à l’ENS Lyon, elle a soutenu sa thèse « Les sommets de l’excellence. Sociologie de l’excellence en alpinisme, au Royaume-Uni et en France, du XIXe siècle à nos jours » sous la direction de Bernard Lahire.

Sir Chris Bonington, à Wigton, Angleterre, en 2010. Il fait ses débuts d'alpiniste à l’âge
Sir Chris Bonington, à Wigton, Angleterre,
en 2010. Il fait ses débuts d'alpiniste à l’âge
de 6 ans, et réalise toujours des premières
ascensions cinquante ans plus tard.
On peut citer à son actif la première ascension
britannique de la face nord de l’Eiger,
la face sud de l’Annapurna,
et la face sud-ouest de l’Everest.
© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)

Montagnes Magazine#456

Quels sont les critères de définition de l’excellence en alpinisme ? C'est très difficile de

Quels sont les critères de définition de l’excellence en alpinisme ?

C'est très difficile de définir l'excellence en alpinisme parce qu'il ne s'agit pas vraiment d'un sport, du moins comme on l'entend habituellement, dans lequel on a des critères mesurables. En alpinisme, il n'y a pas de critère fixe : ça dépend du climat, de la météo, du matériel utilisé, etc.

entre en jeu aux côtés de la performance :

il faut le faire surtout dans les bonnes condi- tions éthiques. Faire une ascension très diffi- cile en étant amené au pied par hélicoptère ou en plantant des pitons (ce qui est proscrit par les Anglais par exemple), est-ce une grande ascension ? Ces styles peuvent être très critiqués dans le milieu de l'alpinisme.

Qu'est-ce qu'un bon style alors ?

Le bon style varie au fil de l'histoire. Ce qu’on appelle “l’éthique” (ethics pour les Anglais), c’est-à-dire ces normes implicites, rarement formalisées et qui produisent des interdictions (notamment d'utiliser certains aides artificielles), varie au fil du temps. Les pitons, l'oxygène, la corde, les crampons en sont des exemples.

La corde par exemple, au tout début de l'escalade au Royaume-Uni, dans les années 1870-1880, était considérée comme de la triche : l'utiliser n'était pas fair-play. Des récits des premières ascensions rocheuses dans le Lake District, dans les années 1880, relatent qu'une corde était parfois suspendue sur le rocher d'à côté au cas où l'alpiniste tomberait, pour qu'il puisse se jeter dessus. Elle a cependant été adoptée pour l’assurage très rapidement.

Les crampons étaient également interdits aux débuts : considérés comme non fair- play, ils ont ensuite été acceptés. Il en va de même pour l'oxygène : les premiers alpinistes anglais qui vont sur l'Everest au début du XXe siècle ne veulent pas utiliser de l'oxy- gène, des débats très forts divisent la communauté des alpinistes, on les dénonce avec des lettres anonymes qui parlent de triche et de non-respect de la montagne…

Les pitons sont strictement interdits au Royaume Uni jusqu’à assez tard dans le XXème siècle. t. Dans les années 1920, des pitons installés par des alpinistes allemands au Pays de Galles sont immédiate-

ment ôtés par des alpinistes gallois pour réparer l'outrage. Quelques décennies plus tard, ils seront finalement acceptés, sous certaines conditions. En bref, il y a derrière tout ça l’idée qu’il faut respecter son adversaire,

En plus des ascensions effectuées, le critère de reconnaissance par les autres alpinistes me paraît être le critère le plus fiable pour définir une élite de l'alpinisme. Il ne faut pas seulement regarder ce que les gens ont fait, il faut aussi regarder quels alpinistes sont considérés comme de grands alpinistes par leurs pairs, et c'est ce critère là que j'utilise. Pour moi, c'est assez proche des critères d'excellence en art. Juger de la valeur d'un tableau, de son excellence, c'est quasiment impossible, alors les grands artistes sont ceux qui sont vus comme tels par les autres.

Je regarde donc au fil du temps qui sont les grands alpinistes reconnus : cela corres- pond effectivement à ceux qui ont fait les plus grandes ascensions mais comme les critères d'une grande ascension varient historiquement, il faut aussi regarder la reconnaissance par les pairs.

Les cotations ne peuvent-elles pas jouer ce rôle ?

Elles peuvent jouer, de la même façon que faire une première pourrait être un critère, mais beaucoup ont fait des premières de faible ampleur au XIXe siècle emmenés par leur guide, ce ne sont pas des grands alpinistes pour autant. Il faudrait que ce soit une première difficile, mais qu'est-ce que la difficulté ? C’est pourquoi la reconnaissance

« LE BON STYLE VARIE AU FIL DE L'HISTOIRE. »

_13

la montagne, se battre “à armes égales” contre elle, comme dans le sport.

Pourtant l'escalade artificielle est aujourd'hui devenue une discipline à part entière, d'excellence, non ?

Oui, et c'est un exemple typique de l'évolu- tion de l'éthique. Dans les années 1960 et 1970, des alpinistes de milieu populaire, très célèbres au Royaume-Uni, tels que Joe Brown ou Don Whillans, sont critiqués par les générations antérieures, qui les considè- rent comme des singes qui se suspendent à des échelles, puisqu’ils font de l’artif. Sauf qu'ils font des choses tellement dures que ça finit par être accepté, malgré la persis- tance des conflits inter-générationnels.

Pour ce qui est de l'oxygène, son utili- sation reste fortement débattue et le style alpin s'en écarte, tandis que pour les cordes, on observe un retour du solo

C'est vrai. La variation ne doit pas forcé- ment aller dans le sens d'une acceptation. Des alpinistes que j’ai interrogés (Martin Boysen par exemple, un des himalayistes et grimpeurs anglais des années 1970-1980), utilisaient des masques à oxygène. Son masque est tombé en panne dans la face sud de l'Annapurna et à l'époque, il avait dû redescendre. Maintenant, si tu on s’attaque

à ce type d’ascension avec oxygène, on ne

peut pas être considéré comme un « grand alpiniste ». Martin Boysen avait d'ailleurs fait scandale en disant que faire l'Everest avec oxygène c'est comme promener son chien au bord de la mer. Désormais, c'est ce que tout le monde pense :on n'est pas un grand alpiniste si on fait l'Everest avec sherpas, oxygène, bref, pas en style alpin.

Une orientation générale reste difficile à dégager : l'artificiel va dans le sens de plus de moyens, le rejet de l'oxygène de moins… ça montre bien que ce n’est pas aussi simple

et qu’il faut penser d’autres critères, qu’il y

a plusieurs paramètres qui entrent en jeu.

Vous établissez un rapprochement entre l'alpinisme et l'art, voire avec la religion

Ce sont plutôt des analogies que des compa- raisons. L'alpinisme n'est ni de l'art, ni une religion (d'autant que beaucoup d'alpinistes ne se disent pas du tout croyants), mais il y a des rapprochements à faire entre ces domaines.

Montagnes Magazine#456

14_ entretien

14 _ entretien excellence & alpinisme Le rapport avec l'art, en plus du fait que la

excellence & alpinisme

Le rapport avec l'art, en plus du fait que la reconnaissance est un critère important pour définir l’élite, c'est aussi que pour être excel- lent, la performance physique ne suffit pas : par exemple, on remarque souvent que les alpinistes mettent en avant leur attitude contemplative face à la montagne. C'est très vrai chez les alpinistes anglais. Les premiers à faire de l'alpinisme acrobatique, critiqués par leurs contemporains - Albert F. Mummery par exemple - vont essayer de se rattraper en écrivant de longs passages sur la beauté des montagnes. Il y a la nécessité d'avoir une démarche qui ne soit pas uniquement sportive, mais aussi philosophique, esthé- tique. Est-ce une stratégie pensée comme telle par les alpinistes ? C'est difficile à dire, mais c'est une dimension fondamentale du rapport à la montagne quand on fait du grand alpinisme, qu’on trouve dans la plupart des textes et autobiographies

Pour la religion, l'analogie est plus ténue, mais elle concerne avant tout l'éthique, avec le parallèle qu'on peut faire avec un ouvrage célèbre de sociologie, à savoir L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber (1904). Weber montre qu’il y a chez ces premiers protestants une intériorisa- tion très forte de principes éthiques d’origine religieuse, qui se manifeste dans un rapport au travail particulier et qui a favorisé la naissance du capitalisme.

Outre le fait qu’on trouve beaucoup de protestants chez les précurseurs de l’alpi- nisme en Angleterre, il y a un autre rapport avec la religion : elle est également présente dans l’idée de conversion que suppose le fait de devenir un grand alpiniste, dans l'inté- riorisation d'une “vocation d'alpiniste”. Devenir un grand alpiniste implique en effet d’accepter de prendre des risques très importants. Avec la généralisation de l’hima- layisme comme ticket d’entrée dans le

“grand alpinisme”, et avec la nécessité de se distinguer de ses prédécesseurs, de faire mieux qu’eux, on observe d’ailleurs que l'engagement devient beaucoup plus impor- tant au fil du temps. En dépit des amélio- rations de matériel, on observe ainsi que, au sein du groupe des « grands alpinistes », la proportion de morts en montagnes

croît au fil du temps, avec une accélération après la guerre. Devenir un grand alpiniste nécessite un travail sur soi et une conver- sion qui fait qu'on est complètement voué

à l'alpinisme, sans quoi on ne serait pas

prêts à faire tous ces sacrifices : de soi-

même, de son corps, mais aussi de sa famille. On se convertit à l'alpinisme un peu comme

à une religion.

Vous parlez de « resserrement du monde ».

Pour les générations les plus récentes, dans les années 1970 et après, quand on regarde leur trajectoire, on observe qu'une fois la découverte de l'alpinisme faite, souvent à la fin de l'adolescence, il y a effectivement ce que j’appelle un progressif « resserre- ment du monde » : une mise au second plan de tous les domaines qui ne sont pas de l'alpinisme. La plupart ne font pas d'études, les arrêtent ou les finissent sous la pression familiale mais ne veulent pas travailler après, ou finissent par abandonner leur carrière professionnelle. Parmi les premiers de ces nouvelles génération, il y a par exemple Chris Bonington, sans doute l'alpi- niste anglais le plus connu. Cadre dans une entreprise, il a fait le choix à un moment de se consacrer à l'alpinisme parce qu'il ne pouvait pas mener les deux carrières de front. C'est aussi pour cela qu'il existe autant de profs parmi les alpinistes : cela laisse du temps, bien que insuffisamment quand on veut partir en expédition. De plus en plus d'alpinistes essaient ainsi de gagner de l'argent de leur pratique.

« ON SE CONVERTIT À L'ALPINISME COMME À UNE RELIGION. »

Et puis il y a le domaine familial : le couple en souffre, on voit beaucoup de sépara- tions, de ruptures, et les enfants bien sûr. Beaucoup d'hommes m’ont confié qu'après la naissance de leurs enfants, ils ont continué un temps, mais qu'au bout d'un moment,

Montagnes Magazine#456

ils ont pris moins de risques (en arrêtant de faire du solo, par exemple) car c'était psychologiquement trop difficile. Ce « resserrement du monde » est un phéno-

mène historique relativement récent : il n’y

a rien de tel chez les premières générations

d’alpinistes, pour qui cela reste un loisir qui

passe derrière les responsabilités profes- sionnelles et familiales.

Vous dites que l’alpinisme se profes- sionnalise et se sportivise de manière mesurée, les alpinistes professionnels et sportifs restant fortement suspects. Est-ce que cela reste valable aujourd'hui, avec des exemples comme Kilian Jornet ou Ueli Steck ?

Il y a toujours cette suspicion à l'égard du

professionnalisme et l'idée que gagner sa vie de l'alpinisme n'est pas très moral. Chez un alpiniste français professionnel comme Lionel Daudet, on peut remarquer des manières de réinsérer un aspect esthétique ou contemplatif dans sa pratique et la manière dont il la relate dans ses livres ou interviews. Cela contribue un peu à masquer ou atténuer son professionnalisme. La suspi- cion est peut-être plus forte chez les Anglais, où Chris Bonington, par exemple, est très critiqué justement parce qu'il assume complètement vouloir gagner sa vie.

J’ai même interrogé un alpiniste anglais qui me disait mettre sur un même plan les alpinistes allemands qui allaient faire l'Eiger sous le nazisme et les alpinistes actuels qui font des sommets pour un sponsor comme North Face.

Un des points centraux de mon travail est de montrer que cette éthique, cette idée de fair play et d'honneur vient des Anglais du XIXe siècle, de cette petite élite sociale qui a inventé et codifié l’alpinisme. C’est pour cela, à mon avis, que c'est encore très présent chez eux et que cela persiste, même

si les médias et Internet ont changé la donne

et le public a lui aussi évolué : l'alpinisme n'est plus réservé à une petite élite sociale.

4

Martin Boysen, à Manchester, en 2014. Pionnier de l’escalade traditionnelle britannique, il a participé aux expéditions nationales à l’Annapurna (1970) qui sur la face sud-ouest de l'Everest(1975) avant de faire la première ascension de la Trango Tower. Il a écrit Hanging On.

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© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)
© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)

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excellence & alpinisme
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Whymper Mummery
Tyndall Abraham
Terray Bonatti Rébuffat
Winthrop-Young
Scott
Desmaison
Wills
Stephen Forbes Bonington

Parmi les 62 autobiographies épluchées au peigne fin par Delphine Moraldo, voici les alpinistes les plus cités par les autres alpinistes dans leurs propres autobiographies. Être cité par les autres est un indice (pas le seul) de reconnaissance par les pairs.

Pourquoi partir des autobiographies ?

Cette démarche est assez peu courante en sociologie, parce que c'est un matériau suspecté d'être trop biaisé : il y aurait trop de reconstruction à l'oeuvre dans une autobiographie. Comme c'est la personne qui écrit elle-même sa vie, elle peut mentir et, en quelque sorte, se “mentir à elle- même” car on regarde toujours sa propre vie à partir du point d'arrivée. Quand on écrit en tant que grand alpiniste et qu'on publie une autobiographie d'alpiniste, on relit tout au prisme de l'alpinisme et il n’est pas rare de lire des phrases comme : « dès l'âge de trois ans, je suis monté sur une colline, et mon avenir était tout tracé ».

A l’origine, j'avais utilisé les autobiogra- phies pour accéder au discours d'alpinistes décédés. Je trouvais que c'était un bon moyen d'avoir accès à leur trajectoire et à leur vision de l'excellence. Peu à peu, j’ai réalisé que l'autobiographie est un beau matériau pour analyser l'excellence parce que cette reconstruction autobiographique donne à voir les critères que les alpinistes pensent comme étant ceux de l'excellence. Une autobiographie est par définition écrite par un alpiniste excellent : quand on n’est pas bon, pourquoi publier son autobiogra- phie d'alpiniste ? Quelques uns l'ont fait, mais pour la plupart, ce sont des grands alpinistes qui ont la légitimité pour publier leur récit de vie, et offrent ainsi un accès au discours d'excellence très intéressant.

« QUAND ON N’EST PAS BON, POURQUOI PUBLIER SON AUTOBIOGRAPHIE D'ALPINISTE ? »

Dans ces autobiographiques, il y a évidem- ment une défense de son excellence, un discours sur les bonnes manières de pratiquer le grand alpinisme, parfois même jusqu'à la caricature, sur le respect dû à la montagne ou la distinction. J'en ai lu 62 sans compter les articles, ce qui est un nombre suffisant pour voir apparaître des traits caractéris- tiques et des récurrences fortes.

Est-ce que la transmission et l'incor- poration de la conception de l’excel- lence passe toujours par les livres ?

Je me suis arrêtée à des alpinistes nés dans les années 1970-1980, et pour les plus jeunes, c'est sûr que la médiatisation d'alpi- nistes comme Jean-Marc Boivin a été une entrée dans l'alpinisme. Désormais, il y a Internet qui change la donne. En revanche, ce qui est intéressant, c'est que comme l'alpinisme attire quand même des gens plutôt éduqués, qui ont souvent fait des études et qui viennent en général de milieux

sociaux favorisés, ils vont être enclins à lire sur l'alpinisme et son patrimoine historique, par exemple Les conquérants de l'inutile

de Lionel Terray, très lu et très cité

Angleterre, c'est très vrai aussi : l'histoire

de l'alpinisme est pour eux extrêmement importante, plus qu’en France. Ce n'est pas juste une pratique mais un passé, une tradi- tion. Les jeunes lisent les classiques, notam- ment l’autobiographie de Joe Brown, l’alpi- niste ouvrier des années 1960, aujourd’hui une idole : en exagérant à peine, son bouquin a été lu par n'importe quel ouvreur dans une salle d'escalade ! C'est vraiment intéressant quant à la socialisation et la découverte de l'alpinisme.

En

Vous avez choisi de vous intéresser au Royaume-Uni et à la France : pourquoi ?

Le Royaume-Uni est le berceau de l'alpi- nisme : c'est là qu’est apparu le premier club alpin en 1857 (l'Alpine Club). Dans les années 1850-60, les Anglais (avec leurs guides locaux) sont les auteurs de la majeure partie des premières dans les Alpes. Ensuite, ce sont parmi les premiers à être allés dans les massifs éloignés (le Caucase, puis les Andes, l’Himalaya).

Je voulais voir aussi si la conception britan- nique se diffusait dans d'autres pays, et je pouvais regarder ça en France, même si la comparaison avec l’alpinisme italien ou allemand aurait été intéressante. Malheureusement, je ne parle aucune de ces deux langues. Comme les alpinistes anglais et français pratiquaient dans les mêmes lieux, à partir du XIXème siècle, je me suis rendue compte qu'il y avait eu d'énormes échanges, des réseaux d'inter- connaissance entre alpinistes de plusieurs pays, via leurs guides notamment (qui guidaient à la fois les Français et les Anglais).

Du fait de ces échanges, la conception britan- nique de l'alpinisme ne reste pas circons- crite à l'Angleterre. L'alpinisme français apparaît, en partie, à partir d'un alpinisme anglais qui lui préexiste, avec des Anglais admirés - Albert F. Mummery est une idole pour les Français au début du XXe siècle - et une volonté (qu’on peut voir dans les revues du CAF) de faire partie de l'Alpine club. De nos jours, on a peut-être un peu de mal à admettre qu'on tire certains des principes de notre alpinisme national des Anglais.

Aujourd'hui, le guide est la personne reconnue socialement pour sa compé- tence, tandis que le client anglais a un peu des allures de touriste venu fouler

la Mer de glace initialement ?

Oui, du moins, la reconnaissance sociale allait à l'Anglais membre de l'Alpine club, et le guide français était simplement vu comme le montagnard local…même s’il était admis que c’était bien le guide qui avait conduit l’alpiniste au sommet. Jusqu'au début du XXe siècle, où on fait encore de l'alpinisme excellent avec un guide, les grands alpinistes anglais avouent sans problème que les grands guides sont meilleurs qu'eux. Quand bien même ils admettent qu’ils n'auraient pas pu mener à bien leur ascension sans ces guides, ils ne les considèrent toutefois pas comme des alpinistes, parce qu'ils ne sont pas des gentlemen, ni des amateurs : ils gagnent de l'argent de leur pratique, et ne sont pas

C’était donc l’inverse

Montagnes Magazine#456

_ 17 membres de l'Alpine club, et restent ainsi des employés (et même des quasi-servi-

_17

membres de l'Alpine club, et restent ainsi des employés (et même des quasi-servi- teurs, dans les premières décennies) qui aident à réaliser une ascension : ils ne pouvaient pas être considéré comme des alpinistes à part entière. Il faut toutefois noter qu’il y avait une hiérarchie des guides comme il y avait une hiérarchie des alpinistes : les “grands guides” comme Michel Croz ou Alexandre Burgener étaient très respectés (sans pour autant être consi- dérés comme des alpinistes). Un tournant s'opère dans les années 1950- 1960 : le métier de guide s’institutionna- lise davantage (guide devient un métier et non un complément à l’activité de cultiva- teur) ; certains partent en expédition. Lachenal, Terray, et même un peu avant Armand Charlet sont les premiers grands guides starisés.

Vous datez la naissance de l’alpinisme à la création de l'Alpine club en 1857. Pourquoi cette date ?

J'aurais pu partir des premières ascensions du Mont-Blanc, un siècle plus tôt, mais j’ai préféré choisir le moment où l'alpinisme devient une activité à part entière, détachée d’activités comme l'art ou la science. Il y a un club alpin dédié à l'alpinisme, avec des débats en son sein qui aboutissent à la conclusion qu'on ne va pas en montagne pour mesurer la température et la pression au sommet du Mont-Blanc, ce qui faisait partie des justifi- cations d’Horace-Bénédict de Saussure, mais parce que l'alpinisme est un loisir à part entière. Personne n’avait explicité le plaisir de conquérir les sommets auparavant.

Qu'est-ce qui explique que le Royaume- Uni soit le point de départ de l'alpi- nisme plutôt que la France ?

Il y a un contexte politique. La France devait créer son club alpin un peu plus tôt mais la guerre contre la Prusse vient freiner cet élan et repousse la création du CAF à 1874 (1857 pour l’Alpine Club, soit près de 20 ans avant!). Chez les Anglais, c'est à mon sens vraiment lié à l’apparition de cette nouvelle bourgeoisie, suite à la révolution industrielle

et à l'urbanisation du pays. Il y a aussi une volonté de conquête impérialiste :

les Anglais cherchent à conquérir de nouveaux territoires, lancent de nombreuses campagnes d'exploration, et la figure de l’explorateur est très populaire à cette époque. Cependant, tous ne peuvent pas participer à ces campagnes. Les premiers alpinistes sont un peu des explo-

rateurs ratés, qui se reportent sur une explo- ration à leur portée, dans le massif le plus proche, les Alpes, parce qu'ils ont peu de temps et une carrière à gérer. Ils donnent d’ailleurs à leurs ascensions des allures d'exploration. Quand on lit Whymper qui va dans les années 1860 dans le Dauphiné, dans des vallées où personne n'avait jamais été, où les habitants n'avaient jamais vu d'étrangers, et qui raconte que les “indigènes” le regardent avec curiosité et que les enfants lui demandent de l'argent c'est une vision très misérabiliste, comme Pierre Allain quand il va dans l'Himalaya dans les années 1930. C'est vraiment le conquérant qui arrive chez les

indigènes.

Quel est le profil de l'alpiniste à la création du club alpin anglais, au milieu du XIXe siècle ?

C'est un homme (puisque l'Alpine club est fermé aux femmes jusqu'aux années 1970) issu de la bourgeoisie ascendante anglaise

(contrairement à ce qu’on entend parfois, il y

a très peu d'aristocrates qui font de l'alpi-

nisme). Il y a cette nouvelle classe bourgeoise qui émerge suite à la révolution industrielle en Angleterre et qui va, notamment, investir des écoles, les public schools, où est créé le sport. Ces écoles sont le vivier de l'alpinisme britan- nique de l'époque, avec à leur sortie beaucoup d'avocats, d'officiers, d'enseignants à l'uni- versité : des professions, avec de l'argent, ce qui leur permet de prendre des semaines de congés (chose impossible pour les autres classes sociales de l’époque) et de voyager. L’alpiniste britannique va pouvoir ainsi se rendre dans les Alpes et faire un maximum d’ascensions en quelques semaines. Certains ont suffisamment d’argent pour mener des campagnes d'exploration, mais il s’agit là de

100% 12% 90% 80% 70% 62% 60% 50% 83% 40% 30% tuteurs privés 20% 38%
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tuteurs privés
20%
38%
10%
public school ou
établissement sélectif
(dont grammar school)
6%
0%
établissement local
avant la guerre (N=52)
après la guerre (N=34)

Les public schools, ces écoles de la bourgeoisie, ont formé la très grande majorité des alpinistes d’élite britanniques jusqu’à la seconde guerre mondiale, un schéma qui se perpétue encore aujourd’hui, bien que dans une moindre mesure.

rentiers, c’est-à-dire d’une minorité de personnes. Les autres doivent se contenter

des Alpes, l’alpinisme alpin étant considéré comme une forme d’exploration à échelle réduite, pour ceux qui n’ont pas le temps et

le moyens d’aller plus loin.

La deuxième raison à mon sens, c'est cette formation sportive qu'ils ont eu dans leurs écoles, les public schools et les univer- sités, une formation sportive qui n'existe pas en France où l'exercice corporel est assez critiqué parmi les élites (on consi- dère que ça rend bête). Seuls quelques lycées parisiens vont encourager la

pratique du sport en imitant, justement, les écoles anglaises. Les Anglais, dès le milieu du XIXe siècle, aiment l’effort physique, l’affrontement codifié, et valorisent les normes sportives de fair-play:

tout cela, ils vont l’importer dans l’alpinisme.

Nombre d’ascensions connues du mont Blanc entre 1786 et 1904.

 

1786-

1853-

       

Périodes

1853

1874

1874

1879

1884

1904

Nombre d’ascensions du mont Blanc par des Français

?

 

? 4

8

24

32

Nombre d’ascensions du mont Blanc par des Britanniques

26

 

? 19

19

15

9

Nombre total d’ascensions du mont Blanc

40

 

? 37

38

57

75

Ce ne sont pas des professionnels de l'alpi- nisme: l’alpinisme est un loisir, qui se pratique

à côté d'une carrière respectable. Les

gentlemen anglais abandonnent leur carrière d'alpiniste après 10 ou 15 ans, quand les responsabilités familiales et professionnelles

prennent le dessus. Très peu meurent en montagne (Albert F. Mummery est un cas

assez exceptionnel), ce qui change complè-

tement du profil actuel. Si on regarde, par exemple, les “grands alpinistes” nés avant

1950 et qui pratiquaient dans les années 1970, on remarque que parmi ceux qui sont

Montagnes Magazine#456

18_ entretien

18 _ entretien excellence & alpinisme décédés ou qui ont arrêté l’alpinisme, soit 50 personnes, 30

excellence & alpinisme

décédés ou qui ont arrêté l’alpinisme, soit 50 personnes, 30 sont morts en montagne, ce qui est beaucoup. Plus généralement, on voit bien l’augmentation de la proportion de morts en montagne au fil du temps.

Est-ce que la condition des femmes et des personnes de milieux populaires dans le grand alpinisme a évolué ?

Il y avait déjà des femmes alpinistes à la fin du XIXe siècle, mais on ne connaît pas à cette époque d'alpinistes du milieu populaire : ils n'avaient ni le temps ni l'argent. En revanche, se développe en Angleterre une pratique sur les massifs locaux qui attire des milieux un peu moins favorisés, de la petite bourgeoisie (par exemple des ingénieurs plutôt que des avocats).

Au XIXème siècle et au début du XXème siècle, des femmes de la bourgeoisie ou de l'aristocratie, très rares, pratiquaient l'alpi- nisme - par exemple Elizabeth Le Blond, qui a écrit une autobiographie - mais elles étaient généralement ostracisées par les hommes et peu reconnues. Le Ladies' Alpine

Club a été créé au début du XXe siècle parce qu'il n'y avait pas de place pour elles dans les clubs masculins. La place des femmes reste dominée dans l'alpinisme même aujourd'hui. Quand on regarde statisti- quement, c'est plus flagrant que ce qu'on imagine : elles représentent moins de 10% des membres du GHM ; chez les guides en France, c'est moins de 3%. Les pratiques physiques sont considérées comme masculines initialement, et l'alpi- nisme en particulier, étant donné son histoire croisée avec la conquête impéria- liste anglaise, et l’idée de pratique dans les grands espaces qu’elle incarne, est consi- dérée comme très masculine. L’idée d’explo- ration féminine est en quelque sorte un non-sens au XIXe siècle, et encore un peu aujourd'hui d’ailleurs, même si cela change. L'hégémonie masculine existe toujours mais les stratégies évoluent pour que les femmes pratiquent : des cordées féminines dans les années 1920, où les femmes se mettent entre elles pour pratiquer librement, à la médiatisation de grandes alpinistes comme Catherine Destivelle, qui implique une certaine mise en scène.

Pour les pratiquants de milieux populaires, il y a eu une intégration (dans l’élite de l’alpinisme) à partir des années 1950-1960. Quand on s'intéresse aux catégories socio- professionnelles des alpinistes du GHM par exemple, ou de l'Alpine club, ou des alpinistes reconnus, on remarque qu’après

la seconde guerre mondiale, il y a eu pendant une petite période une part plus importante d'alpinistes des classes populaires, avant que le milieu ne se resserre autour de personnes issues des classes favorisées, ou de personnes sortant de l’université. Dans l’alpinisme, la valori- sation du style, l'euphémisation de la performance, la mise en avant de la contemplation et de l'esthétique, corres- pond à l’éthos d’une élite cultivée, mais ce n’est pas la seule raison : la tradition joue beaucoup. On peut aussi noter que, même au moment où des

Joe Brown, à Llamberis (Pays de Galles), en 2014. Grimpeur phare de sa génération, il est le premier Britannique à atteindre l’altitude de 8586 mètres lors de l’expédition nationale sur le Kangchenjunga en 1955. S on autobiographie : The Hard Years.

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© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)
© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)

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alpinistes issus de milieux populaires étaient sur le devant de la scène, par exemple au moment de l’Annapurna français en 1950, ce ne sont pas tant Lionel Terray, Louis Lachenal ou Gaston Rebuffat que Maurice Herzog, le grand bourgeois parisien, qui finit par tirer avantage de l'histoire. Et d’ail- leurs, parmi ces hommes, seul Lachenal avait des origines sociales populaires (Terray était fils de médecin).

Selon vous, le contexte ainsi que l'homogénéité sociale des alpinistes de l'époque, ont forgé les fondamen- taux éthiques de l'alpinisme jusqu'à aujourd'hui. Dans quelle mesure cette doctrine éthique s'applique-t-elle aujourd'hui ?

Ces principes de fair play et cet ethos sportif amateur qui s'est formé au milieu du XIXe siècle chez ces nouvelles élites anglaises sont tellement incorporés qu'ils les appli- quent forcément à l'alpinisme. L'éthique, selon moi, c’est une manifestation du fair play sportif importé dans l'alpinisme. Le sport à l'époque est très différent de celui d'aujourd'hui pour les élites sociales :

amateurisme, stoïcisme, dignité L'alpinisme est considéré comme un sport noble, avec des règles, la nécessité de respecter l'adversaire - en l'occurrence la montagne. Comme la conception de l'excellence forgée par l'alpinisme anglais s'est diffusée en France, forcément les Français reprennent ces codes éthiques. Henry Cordier par exemple, un des grands alpinistes français de la fin du XIXe, membre (très fier) de l'Alpine club, rédige des articles dans lesquels il reprend les idées d’honneur, de dignité et de loyauté développées par les Anglais.

Comment expliquer que cette éthique ait perduré ? Il y a toujours eu des débats - sur l'oxygène par exemple - et cette éthique a sans cesse été remise en question

Les moyens adoptés sont remis en question mais les principaux fondements, à savoir l'idée qu'il ne faut pas tricher avec la montagne, reste. Après, on vient plaquer dessus différentes aides artificielles, mais l'esprit est tellement ancré, fait tellement partie de la tradition et des fondements de l'alpinisme, que ses principes perdurent. Bien sûr, il y a des débats, des oppositions, mais tous les grands alpinistes sont d'accord sur l’idée qu'il ne faut pas tricher avec la montagne, quand bien même ils ne seraient pas d'accord sur ce qu'ils entendent par là. C'est aussi pour ça que l'alpinisme n'est pas un sport : il n'y a pas de règlement définitif qui vient trancher, il n’y a pas

  Date d’admission Nom à l’AC Henri Patrick M. Russell-Killough   (1834-1909) 1864
 

Date d’admission

Nom

à l’AC

Henri Patrick M. Russell-Killough

 

(1834-1909)

1864

Henri Cordier (1855-1877)

1875

L. Albert Millot (1835-1901)

1875

Henry Duhamel (1853-1917)

1875

Lionel Dècle (1859-1907)

1877

Henri Emmanuel Boileau de Castelnau

 

(1857-1923)

1878

Henri Vincent (?)

1881

Félix Perrin (?)

1882

Paul Perret (1856-1911)

1883

Jean Bazillac (1856-1928)

1885

Henri Brulle (1854-1936)

1888

Jean Maître (?-1927)

1888

François Henri Dunod (1865-1946)

1888

Maurice Paillon (1856-1938)

Entre 1889 et 1893

Victor de Cessole (1859-1941)

Entre 1912 et 11913

Henri de Ségogne (1901-1979)

Entre 1926 et 1928

Jean-Antoine Morin (1897-1943)

Entre 1929 et 1931

Louis Wibratte (1877-1954)

Entre 1932 et 1935

d’arbitre, pas de spectateurs la plupart du temps. Quand on regarde les instances internationales de l'alpinisme comme l'UIAA, les règles édictées vont pourtant toujours dans le même sens : respect du premier ouvreur, fair-play vis-à-vis de l’itinéraire, effort pour ne pas dénaturer en se proté- geant plus que nécessaire, acceptation du fait que certaines voies ne sont pas faisa- bles dans l'état actuel des choses

Y a-t-il des alpinistes rebelles ? Je pense par exemple à Warren Harding, Fred Beckey, ou chez nous, à Sam Beaugey

Il y a des gens très critiqués à leur époque, parce qu'ils contreviennent aux règles éthiques, mais qui après sont réhabilitées, par exemple Joe Brown : quand il commence à faire de l'alpinisme artificiel, il est très critiqué, et puis il se retrouve finalement réintégré dans la tradition, le respect des principes moraux, parce qu'on se rend compte que c'est une pratique dangereuse, qui demande une grande prise de risques, et que c’est une manière de faire progresser le niveau général de l'alpinisme. Il reste dans l’éthique, c’est ce qui compte.

Comment s'intègre l'évolution du matériel dans l'histoire de l'alpinisme ?

D’abord, il y a presque toujours un débat générationnel sur le matériel avec l'ancienne génération qui la considère comme de la triche et estime que leur manière est la seule légitime de pratiquer, que les jeunes vont toujours vers plus de facilité… Puis les innovations sont acceptées.

3Dès 1864, quelques Français ont investi le très sélect Alpine club anglais. Certains avaient des compagnons britanniques, mais les Français menaient aussi des ascensions ensemble. H. Duhamel a ainsi été encordé à H. Emmanuel Boileau de Castelnau, F. Perrin ou J. Maître. Les Français devaient fournir une liste d’ascensions et être

parrainés par un membre de l’AC pour entrer.

Ensuite, au niveau du matériel, des refus se sont cristallisés sur certains outils, qui sont démonisés, tandis que d'autres ont été plus facilement acceptés. Les mousque- tons, quand ils sont apparus, étaient catégo- riquement refusés par les Anglais (ils sont déclarés “non anglais de nom et de nature” dans les années 1930), d'autant plus qu'ils venaient de l'ennemi germanique. Pour les crampons, il y a cet exemple célèbre d'Armand Charlet, alors à la tête de l'ENSA, qui refusait les crampons à pointe avant sous prétexte qu'on n'en avait pas besoin, qu'on était très bien avec le modèle tradi- tionnel. Comme il avait une cheville très souple, il arrivait à cramponner sur le côté. Quand il est parti, ils ont été acceptés. On voit le même processus de rejet-acceptation avec les pitons au Royaume-Uni, avec des débats très vifs entre les “vieux” bourgeois de l'Alpine club et les nouveaux alpinistes de milieux populaires !

Bref, les nouvelles aides artificielles sont acceptées à condition qu’elles permettent d'aller vers des ascensions plus difficiles qu'avant, avec une contrepartie cependant : utilisées sur les voies préexistantes, elles perdent de leur valeur. Je pense que c'est pour ça que l'oxygène a été aussi accepté puis refusé : on s'est rendus compte qu'on ne pouvait pas faire une grande ascension sans, puis on est revenus sur ce jugement une fois que c’est devenu possible.

Au final, votre travail ne consiste pas tant à retracer l’histoire de l'alpinisme intégrée à l'histoire nationale comme cela a été fait avec la conquête himalayenne qu'à dresser une vision de l’alpinisme par les premiers concernés

Oui, c'est peut-être plus proche d’une démarche sociologique qu’historique. C'est important de regarder l'histoire de l'acti- vité par ses pratiquants, de savoir ce qu'ils en disent pour ensuite les replacer dans un contexte plus global. Pour comprendre les conceptions de l'excellence, il faut partir des discours des principaux intéressés, mais toujours en replaçant ces discours dans leurs “conditions d’énonciation”, pour les expliquer : qui parle (un homme, une femme, un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel contexte ? etc.

femme, un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel contexte ? etc. _ 19 La thèse de
femme, un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel contexte ? etc. _ 19 La thèse de

_19

un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel contexte ? etc. _ 19 La thèse de Delphine
un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel contexte ? etc. _ 19 La thèse de Delphine

La thèse de Delphine Moraldo, intitulée « Les sommets de l'excellence. Sociologie de l'excellence en alpinisme, au Royaume-Uni et en France, du XIXème siècle à nos jours » et qui sera prochainement publiée, est disponible en ligne en accès libre :

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01798557

POUR ALLER PLUS LOIN :

- Delphine Moraldo, « Les conquérants de l’inutile.

Expression et diffusion d’un modèle de masculinité héroïque dans l’alpinisme français d’après-guerre », Genre, sexualité & société [En ligne], 13 | Printemps 2015,

https://www.researchgate.net/publication/2825103

31_Les_conquerants_de_l'inutile_Expression_et_diff

usion_d'un_modele_de_masculinite_heroique_dans _l'alpinisme_francais_d'apres-guerre .

- « Vocation alpine. Peut-on historiciser la vocation ? Le cas de l’alpinisme », Delphine Moraldo,

Sciences sociales et sport, 2018/2 (N° 12), p. 113-141, accessible en version payante :

https://www.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-

sport-2018-2.htm

- « Mountaineering is something more than a sport

». Les origines de l’éthique de l’alpinisme dans l’Angleterre victorienne », Delphine Moraldo, Genèses, 2016/2 (n° 103), p. 7-28. DOI :

10.3917/gen.103.0007, en libre accessible :

https://www.researchgate.net/publication/3052293

19_Mountaineering_is_something_more_than_a_sp

ort_Les_origines_de_l'ethique_de_l'alpinisme_dans

_l'Angleterre_victorienne

Retrouvez également l’analyse en deux articles de Delphine Moraldo sur l’alpinisme au féminin de la moitié du XIXe siècle à nos jours dans les Montagnes Magazine n°453 & 454.

Montagnes Magazine#456

20_ dangers

20 _ dangers météo LES DANGERS EN MONTAGNE En mettant en place mon rappel, concentré sur

météo

LES DANGERS

EN MONTAGNE

En mettant en place mon rappel, concentré sur les manips, je n’avais pas remarqué que les nuages étaient arrivés ni que la météo avait changé si vite. Pourquoi n’ai-je rien perçu de ces changements ? Et quels sont les dangers liés à l’alpinisme ? Lorsque l’orage tombe en montagne, les risques de glisser sont plus importants que d'être foudroyé. D’ailleurs, la plupart des accidents sont liés à la précipitation, aussi faut-il pouvoir adapter sa réponse aux dangers en restant concentré et attentif à son environnement, prudent dans ses manœuvres et déplacements, par exemple mettre un prussik sur sa corde lors d’un rappel, ou encore mettre des points d’assurage lorsque l’on est en mouvement sur une arête.

d’assurage lorsque l’on est en mouvement sur une arête. Propos recueillis auprès de : Pierre Muller

Propos recueillis auprès de :

Pierre Muller

- Guide de haute

montagne, médecin urgentiste, mais aussi conférencier qui partage ses expériences de l’engagement, du leadership, de la gestion du stress, du secours en montagne. Impliqué dans des formations à travers les Montagne Academy On Snow (Salomon) et le recyclage des guides de haute montagne. Il a fondé Into The White avec Sam Beaugey et Manu Pelissier ; à eux trois, ils guident sur les Seven Summits.

Sites/contact :

www.pierre-muller-guide.com/pierre-

muller/medecine-de-montagne/avant-de-

par tir-composer-sa-trousse-de-secours/

Montagnes Magazine#456

www.intothewhite.fr

CONDITIONS MÉTÉOS

Le danger lié au brouillard est de se perdre, s’écarter de l’itinéraire, s’enfoncer dans un mauvais choix sans remettre en question le chemin que l’on suit. On dispose d’outils comme les cartes, GPS, smartphone avec Iphigénie, encore faut-il savoir s’en servir. Le vent refroidit, on parle d’effet windchill ou « indice de refroi- dissement éolien » qui est la capacité que le vent a de refroidir par effet de convection, d’où la nécessité de prendre plusieurs couches de vêtements, dont une veste coupe-vent. Le vent a également un effet énervant, il catalyse les peurs et les angoisses, et peut provo- quer la précipitation. Il s’agira d’adapter sa réponse par un change- ment de versant (moins venté), de se couvrir afin d’être apte à prendre la meilleure décision.

VISER SON CRÉNEAU MÉTÉO

La météo est un facteur décisif pour une sortie en montagne réussie, et les prévi- sions météorologiques jouent donc un rôle crucial dès la planification de la sortie.

Outre les températures, précipitations et vents annoncés, bons indicateurs de la météo prévue, la date des dernières préci- pitations est également à surveiller si on s’engage sur des itinéraires exposés nord ou

dans des cheminées, par exemple, car le rocher risque d’y être mouillé.

Il est conseillé de prendre des informations météo auprès de personnes de confiance pour les croiser avec les prévisions météo- rologiques et vos propres observations :

guides ou grimpeurs locaux, gardiens de refuges pourront souvent vous fournir des informations fiables et actualisées.

© François Lombard

SUR LE TERRAIN

ISOTHERME 0° ET NIVEAU DE GEL.

Déterminée par radiosondage à l’aide de ballons-sondes, l’isotherme 0 représente l'altitude minimale à laquelle la température atteint la valeur de 0 degré Celsius dans l’atmosphère. Il ne faut pas confondre isotherme 0 degré et niveau de gel : l’iso 0° caractérise la masse d'air, tandis que le niveau de gel, paramètre propre au sol et dépendant de l’ensoleillement, donc du versant et du moment de la journée (jour/nuit).

Pour une même masse d'air, l'isotherme 0 degré varie peu entre le jour et la nuit. Cependant, une variation de 1000/2000 m est tout à fait normale lors d'un changement de masse d'air, comme c’est le cas lors du passage d’une perturbation.

L’ALTIMÈTRE.
L’ALTIMÈTRE.

Si l’altitude indiquée sur votre altimètre change beaucoup plus qu’elle ne devrait par rapport à votre progression, c’est que le baromètre utilisé pour la calculer tient compte d’un changement important de la pression atmosphérique. Si vous dormez en montagne, regardez votre altimètre le soir avant de vous coucher et le matin en vous levant : si la valeur a beaucoup varié, ce n’est pas bon signe.

© François Lombard

© François Lombard 22 _ dangers orages STABLE OU INSTABLE ?. LES ORAGES EN MONTAGNE Savoir

22_ dangers

© François Lombard 22 _ dangers orages STABLE OU INSTABLE ?. LES ORAGES EN MONTAGNE Savoir

orages

STABLE OU INSTABLE ?.
STABLE OU INSTABLE ?.

LES ORAGES EN MONTAGNE

Savoir observer la météo sur le terrain est essentiel pour détecter à temps la forma- tion d’un orage et agir en conséquence suffi- samment tôt.

Rafales de vent, turbulences, grêle, refroi- dissement, foudre : le cumul de ces phéno- mènes sont la hantise de tout alpiniste :

l’orage. En Europe, le réseau Météorage (https://www.meteorage.com/) permet d’évaluer les risques et les probabilités d’orage sur une zone, une commune, d’être alerté et de suivre l'épisode orageux.

On en distingue deux types : les orages d’évolution diurne et les orages “frontaux”, causés par l’arrivée d’un front froid.

LES ORAGES D’ÉVOLUTION DIURNE

Les orages d’évolution diurne sont des orages locaux avec de fortes pluies et des éclairs, qui surviennent durant les mois d'été en raison du réchauffement.

L'air au niveau du sol est fortement chauffé par les rayons du soleil. Au-dessus d'une certaine température, il s'élève sous forme d'air chaud et humide car il est plus chaud et plus léger que l'air ambiant. Lorsqu’il arrive en haut dans un environnement plus froid, l'air ascendant se refroidit et se condense. Des orages d’origine thermique peuvent ainsi se produire dans une atmosphère humide et instable et peuvent se détecter en observant la formation d’un nuage typique en forme d’enclume : le Cumulonimbus.

L’absence de rosée le matin, la présence d’air chaud, un vent faible, ainsi que des nuages aux bords très marqués qui se gonflent forte- ment dès le matin sont des signaux d’insta- bilité à l’étage moyen. Cela ne veut pas pour autant dire que cette instabilité se traduira par un orage, d’autant que des orages d’évo- lution diurne peuvent survenir même dans des conditions anticycloniques stables. Pour anticiper un orage de ce type, rien ne remplace l’observation de la formation des nuages :

des cumulus (nuages isolés, denses et aux bords clairement délimités) aux castellanus (gonflement partiel et aspect crénelé) jusqu’au cumulonimbus (nuage d'orage, le plus souvent en forme d'enclume).

L'atmosphère est dite stable, lorsqu'un volume d'air « poussé » vers le haut se retrouve plus froid que l'air ambiant : l’air a alors tendance à descendre. L'atmosphère est dite instable, lorsqu'un volume d'air « poussé » vers le haut se retrouve plus chaud que l'air ambiant : l’air a tendance à monter.

Une masse d’air peut avoir des tranches stables et des tranches instables. Le matin, l’air froid près du sol constitue une couche stable. Au fur et à mesure du réchauffement dû au soleil, l’instabilité se développe : la formation de cumulus en été en est un exemple.

LES ORAGES DE FRONT

Les orages de front sont des orages qui surviennent toute l'année et qui s'accom- pagnent de précipitations continues, d’une chute des températures ou de vents forts. Ils se produisent lorsque deux fronts météo- rologiques opposés se rencontrent, faisant ainsi glisser une masse d'air sous une autre. Ce phénomène est particulièrement visible sur les fronts froids : les masses d'air froid et dense se glissent sous les couches d'air plus chaudes au niveau du sol. Ces couches sont alors obligées de monter, créant des vents forts.

À une certaine hauteur, l'air se condense et il se forme des nuages qui, dans certaines condi- tions, se transforment en nuages orageux. Les orages de front s'étendent sur des zones plus grandes que les orages d’évolution diurne.

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LES NUAGES. L’arrivée du mauvais temps altère toujours l’apparence du ciel. Savoir reconnaître les premiers
LES NUAGES.
L’arrivée du mauvais temps altère toujours
l’apparence du ciel. Savoir reconnaître les
premiers signes de changement météo
permet souvent de se mettre à l’abri avant
l’arrivée d’une perturbation ou d’un orage.
Les nuages sont classés selon l'altitude de
leur base et selon leur aspect, développe-
ment horizontal ou vertical.
Les cumulus sont des nuages au dévelop-
pement vertical, tandis que les stratus se
développent horizontalement. Au-dessus
de 2000/3000 mètres, les nuages se voient
dotés du préfixe “alto-” ; à partir de 6000
mètres, le préfixe change pour “cirro-”.
© Ortovox
mètres, le préfixe change pour “cirro-”. © Ortovox QUE FAIRE EN CAS D’ORAGE ? Si vous

QUE FAIRE EN CAS D’ORAGE ?

Si vous êtes pris dans un orage en arrivant au sommet, c’est que vous n’avez pas suffi- samment pris en compte l’instabilité des conditions annoncées par les prévisions météo, ou que vous n’avez pas anticipé ou réagi assez à l’avance face aux conditions météorologiques réelles observées sur le terrain. Les orages de front ainsi que le risque d’orages d’évolution diurne sont généralement annoncés par les bulletins locaux et les cartes vigilance de Météo France (émises deux fois par jour).

Si, malgré une bonne planification, un orage se produit lorsque vous êtes en montagne, voici quelques mesures d’urgence à suivre :

- S'éloigner des sommets, arêtes…d'au

moins 30 mètres. En terrain escarpé, ne pas négliger l’assurage pour autant !

- Chercher un endroit abrité :

grotte, niche ou abri sous un surplomb, éloigné des parois d'au moins 1m50.

- S’accroupir sous le sac de bivouac, sur le

sac à dos ou sur la corde et attendre la fin de l’orage. La position assise, genoux repliés et pieds joints, semble la meilleure.

- Ne descendre que lorsque l'orage est terminé

Quid des piolets, mousquetons et autres matériaux conducteurs ? Le bon sens recommande de s'en séparer… Une pièce de métal, en tant que telle, n'attire pas l'élec- tricité. Dans la mesure où ces objets, et notamment le piolet, ne sont pas brandis au-dessus de la tête (il ferait alors office de paratonnerre), leur présence n'ajoute rigou- reusement rien au danger électrique. Alors qu'en s'en défaisant, on peut par la suite les regretter au retour sur un terrain difficile. Le mieux est de les poser à plat, et de mettre les pitons dans son sac et de déposer le tout à côté de soi…

Attention aussi au risque de chutes de pierres et à l’hypothermie ! Quoiqu’il en soit, ne pas réagir trop rapidement et de manière irréfléchie, et ne jamais se séparer de son partenaire ou de son groupe.

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Ortovox

24_ dangers

avalanches & pierres© Ortovox© Ortovox 24 _ dangers AVALANCHES ET CHUTES DE PIERRES Même l’été, les avalanches sont

AVALANCHES ET CHUTES DE PIERRES

Même l’été, les avalanches sont un problème dans les Alpes. Elles ont causé des accidents mortels au Tacul en juin et dans les Écrins en septembre, car ce risque n’avait pas été pris suffisamment en compte. Aussi doit-on savoir identifier une pente glaciaire soutenue ou des situations où le risque existe, notamment suite à un épisode neigeux, venteux, un réchauffement intense… On ne peut pas éviter une avalanche mais on peut éviter de se mettre dans une pente à risque.

Les chutes de pierres et de séracs sont importantes, surtout en condition estivale. Il faut éviter les itinéraires trop fréquentés, surtout quand des alpinistes se trouvent au- dessus. Ne pas hésiter à partir plus tôt et avoir toujours le casque. Il s’agit aussi de différencier la facilité du danger, comme ne pas être rassuré par un itinéraire très fréquenté. Par exemple, pour le Dôme des Écrins, un itinéraire moins fatigant consiste à passer sous des séracs…

LE TERRAIN :

LES DIFFÉRENTS TYPES DE ROCHER

L’alpinisme sur rocher n’est pas pour autant unique : dans les Alpes, il existe un grand nombre de roches. Calcaire, ardoise, gneiss, granit… le type de roche déter- mine la forme de la montagne, l'adhé- rence, la protection nécessaire, ainsi que la robustesse et le type de rupture possible, et donc, in fine, le type d’escalade.

de rupture possible, et donc, in fine, le type d’escalade. LE GNEISS. LE CALCAIRE. LE GRANIT.
LE GNEISS. LE CALCAIRE. LE GRANIT. © Ortovox © Ortovox
LE GNEISS.
LE CALCAIRE.
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dangers

© Ortovox © Jan Novak dangers altitude _ 2 5 COMMENT ÇA MARCHE, L’ALTITUDE ? En

altitude

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COMMENT ÇA MARCHE, L’ALTITUDE ?

En haute montagne comme en plaine, il y a toujours 21 % d’oxy- gène. C’est la pression barométrique qui diminue et rend plus diffi- ciles les échanges gazeux au niveau des poumons, donc avec le sang, le cerveau et les muscles. Le danger est de développer un mal aigu des montagnes (MAM) qui est une manifestation d’une non- ou mal- adaptation du corps à la raréfaction de l’air (moins de pression). Les symptômes peuvent être : la céphalée, l’apathie, les nausées et troubles digestifs, l’essoufflement au moindre effort, la respira- tion paradoxale nocturne qui est une alternance d’hyperventila- tion et d’apnée qui engendre un mauvais sommeil. Deux maladies consécutives au MAM sont : l’œdème cérébral de haute altitude (OCHA) qui provoque des céphalées, vomissements, suivis de stupeur, anoxie et coma ; et l’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) qui provoque un essoufflement, une augmentation du pouls, des crachats sanglants et un arrêt cardiaque hypoxique.

LES BONS GESTES

Bien s’acclimater, c’est faire l’éloge de la lenteur : s’acclimater doucement est majeur. Il s’agit d’éviter de dormir à plus de 3 000

m trop rapidement, surtout lorsque l’on vient de Paris. Lorsque les symptômes sont présents, il faut en faire part au guide, ses amis ou compagnons de cordée. Souvent, un traitement symptoma-

tique avec de l’ibuprofène ou du paracétamol suffit (dans les Alpes, pas en Himalaya). Il faudra aussi ralentir et s’hydrater beaucoup. Si les symptômes persistent, il faut redescendre, et si

la descente est impossible, il s’agira d’envisager un caisson hyper-

bare, disponible dans certains refuges, comme aux refuges des Cosmiques ou Vallot.

TESTER SON NIVEAU ET SA PRÉPARATION

Côté facteur humain, la confiance en soi est importante mais une confiance raisonnée et non de l’auto-persuasion narcissique devant sa glace ! La confiance en soi se met en place tout au long d’un parcours initiatique et progressif d’alpiniste. Le manque de confiance invite l’alpiniste en herbe à rester dans son canapé (ce qui est dommage), et l’excès peut entraîner un recourt à l’hélicoptère pour sortir d’une situation périlleuse. Il s’agit donc d’être en mesure de répondre aux questions suivantes.

CÔTÉ MENTAL.
CÔTÉ MENTAL.

Identifier les raisons personnelles, sociales, environnementales, finan- cières, et s’interroger sur ses motivations propres. Par exemple, quels sont les motifs qui poussent à aller en montagne ? L’argent, l’envie de séduire, le besoin de reconnaissance, la fenêtre météo unique, le temps qui passe… Et aussi, le niveau de sérénité avec lequel la course est abordée : angoissé, moral de guerrier, peur de ne pas être à la hauteur, promesse faite de laquelle il est difficile de se défausser…

CÔTÉ PHYSIQUE.

Comment je me sens aujourd’hui ? Et être en mesure de s’autoé- valuer, par exemple : Est-ce que je suis capable de porter un sac d’alpinisme de 7-8 kg pour deux jours (sac d’été) ? Est-ce que j’accepte de dormir peu et mal (c’est souvent le lot en refuge) ?

CÔTÉ TECHNIQUE.

Connaître son niveau technique, c’est par exemple se demander :

Ai-je le niveau technique pour progresser en tête ou en second ? Attention, ce que je suis capable de faire en salle n’est pas trans- posable en montagne, à 4 heures du matin, avec des grosses mouil- lées, dans un pas en 5+ en dalle. En effet, une contre-performance dès le matin, au-dessus d’une rimaye, peut sacrément faire vaciller la confiance en soi.

effet, une contre-performance dès le matin, au-dessus d’une rimaye, peut sacrément faire vaciller la confiance en

26_ dangers

26 _ dangers secours LA TROUSSE DE SECOURS Avant de se rendre dans un pays lointain,

secours

LA TROUSSE DE SECOURS

Avant de se rendre dans un pays lointain, il est important de s’assurer que l’on est en bonne santé, à vérifier donc avec votre médecin généraliste. Il vérifiera notamment vos vaccinations et traitements prophylac- tiques (diphtérie, tétanos, polio, hépatites, paludisme, rage, vaccin contre la fièvre jaune, etc.). Il est également souhaitable de voir son dentiste avant le départ. Pensez également à vous renseigner sur l’accès aux soins, les conditions d’assistance et de rapatriement en cas de problème de santé. Pour cela, n’hésitez pas à souscrire à la meilleure assurance possible qui prend en charge les frais d'évacuations dans la zone où vous voyagez (pas de franchise kilomé- trique si près de chez vous, etc.). Enfin, prévoyez un délai nécessaire de deux mois avant votre départ en cas de rappel vaccinal ou selon les soins dentaires.

© Pierre Muller
© Pierre Muller

AVANT DE PARTIR, COMMENT COMPOSER SA TROUSSE DE SECOURS ?

Pour composer le contenu de sa trousse de secours, il faut tenir compte de ses propres compétences, de ses connaissances mais aussi de l’éloignement, des pathologies locales et des germes endémiques.

des pathologies locales et des germes endémiques. Pierre recommande de prendre systématiquement dans sa

Pierre recommande de prendre systématiquement dans sa trousse de secours :

r

un antiseptique (Hexomédine ou Bétadine)

r

une attelle type Samsplint

r

un coussin hémostatique

r

un test à l’hypoxie pour déceler

un problème d'acclimatation

r des pansements

(compresses, bandes, sparadrap…)

rune double peau pour les ampoules ou brûlures

r un antalgique de niveau 1,

efficace pour les céphalées

r un antalgique de niveau 2 type Tramadol ou

Codéine pour les douleurs plus importantes

r un anti-inflammatoire, Kétoprofène

ou Ibuprofène

Montagnes Magazine#456

r un antispasmodique type Spasfon en forme

Lyoc assimilable rapidement, efficace pour les douleurs abdominales ou génito-urinaires (coliques néphrétiques, règles douloureuses)

r un antiémétique type Vogalène Lyoc en cas

de nausées ou de vomissements

r un anti-diarrhéique anti-sécrétoire type Tiorfan, plutôt que Imodium qui est contre- indiqué dans les diarrhées sanglantes (mais peut sauver un voyage en bus)

r pour une diarrhée entéro-invasive type amibiase sans fièvre mais avec des douleurs et du sang, le traitement repose sur Intetrix

r un macrolide si allergie mais aussi pour

traiter certaines diarrhées

r un antibiotique à large spectre type Amoxi-

cilline si pas d’allergie aux ß-lactamines (dé- rivés de la pénicilline).

© Philippe Poulet

© Philippe Poulet

28_ dangers

28 _ dangers secours DÉCLENCHER UN SECOURS Si vous êtes bloqués sur un itinéraire et que

secours

DÉCLENCHER UN SECOURS

Si vous êtes bloqués sur un itinéraire et que vous ne savez pas comment vous en sortir (impossible de “shunter” le passage difficile, de rebrousser chemin ou de tirer des rappels de réchappe), ou en cas d’accident grave, il ne vous reste plus qu’une chose à faire :

appeler les secours.

On ne déclenche pas une intervention pour n’importe quoi, mais si votre situation commence vraiment à devenir périlleuse, n’attendez surtout pas ! Il vaut mieux que l’hélicoptère vous treuille tant que la météo est encore clémente et qu’il fait jour, plutôt qu’en plein milieu d’un orage ou de nuit car vous avez trop attendu pour composer le fatidique numéro de téléphone. De même, inutile de vouloir à tout prix sortir une voie en prenant des risques inconsidérés :

les secouristes préféreront toujours vous trouver installés sur une vire en train de les attendre, plutôt que morts 200 mètres plus bas.

Pour toute demande de secours en montagne, le numéro d’urgence européen est le 112. Ce numéro est facile et rapide à composer, gratuit. Difficile à oublier, il a l’avantage de bénéficier de conditions d’achemine- ment dérogatoires des numéros à dix chiffres, assurées de manière rigoureuse par les opérateurs de téléphonie, y compris étrangers. En d’autres termes, le 112 peut être acheminé via n’importe quel relais (donc accessible à partir d’un portable en « service limité »), y compris si vous êtes en zone frontalière, et dispose d’une priorité d’acheminement. Sachez que votre appel au 112 sera systématiquement enregistré, et peut bénéficier d’une géolocalisation.

Pendant votre conversation téléphonique, vous devez transmettre des informations claires et concises :

- indiquez le plus précisément possible le

lieu de l’accident, le massif, et encore mieux, la commune (village à proximité), les

coordonnées GPS si possible, l’itinéraire

dans lequel vous êtes et précisez à quel niveau

- le nombre de blessés, leur âge et leur état

(conscient/inconscient, saignements, douleurs)

Montagnes Magazine#456

saignements, douleurs) Montagnes Magazine #456 - les conditions météo actuelles ou prévisi- bles (vent,

- les conditions météo actuelles ou prévisi- bles (vent, nuages ou brouillard arrivant)

- les conditions dans l’itinéraire (chutes de pierre, cordées au-dessus)

- éventuellement, les signes de reconnais-

sance visuelle : couleur des habits, des sacs, des casques, etc.

- communiquez votre numéro de téléphone

portable et surtout laissez-le allumé et libre (au cas où les secours cherchent à vous rappeler), tant que les secours ne vous ont pas rejoint, puis ensuite durant toute la durée de l’intervention.

En cas de blessure, vous allez être mis en relation avec un médecin du SAMU qui va évaluer la gravité des lésions. Vous aurez peut-être l’impression que l’échange dure

un peu ou que vous vous répétez, mais sachez qu’à cet instant les secours sont déjà en route, et que ces éléments font gagner du temps par la suite (évacuation vers l’hôpital le plus compétent selon le type de pathologie).

Quand l’hélicoptère va approcher puis se positionner au-dessus de vous pour treuiller un secouriste, ça va souffler très fort ! Il faut donc attacher ou ranger dans les sacs tout le matériel qui risque de s’envoler (sacs, cordes, casquettes, vêtements). Surveillez également les chutes de pierres qui peuvent être déclenchées par le souffle du rotor.

© Philippe Poulet

© Philippe Poulet Neuf fois sur dix le secours sera héliporté, et depuis le ciel l’équipage

Neuf fois sur dix le secours sera héliporté, et depuis le ciel l’équipage et les secouristes doivent pouvoir vous identifier. Pour cela il convient de leur adresser les signes de recon- naissance internationaux :

SECOURS AÉRIENS OUI NON
SECOURS AÉRIENS
OUI
NON
Pour cela il convient de leur adresser les signes de recon- naissance internationaux : SECOURS AÉRIENS

30_ encadrement

30 _ encadrement où se former ? FORMATIONS OÙ PRATIQUER ? Alors que chacun souhaite, le

où se former ?

FORMATIONS

OÙ PRATIQUER ?

Alors que chacun souhaite, le plus vite possible, réaliser au moins un vœu de sa wish list comme dîner au 58 de la Tour Eiffel, s’offrir un I-Phone XV, faire le mont Blanc… l’alpinisme se pratique pourtant de façon quasi initiatique. Des premiers pas en randonnée jusqu’aux grandes ascensions, les techniques de progressions, d’assurages, de rappels, de secours, les nœuds, le matériel, la nivologie, les valeurs, la résistance au froid, la prudence, l’esprit, le flair… s’apprennent et se développent avec le temps.

le flair… s’apprennent et se développent avec le temps. Concernant la FFCAM, propos recueillis auprès de

Concernant la FFCAM, propos recueillis auprès de :

- Directeur adjoint à la

FFCAM, cadre technique sportif et directeur technique national. Passionné d’escalade sous toutes ses formes, de ski alpinisme et de vélo, il est à l’origine des premiers BE d’escalade et canyon, du Collège à la montagne pour les collégiens, mais aussi du développement de l’alpinisme féminin avec Lead the Climb. Il a également encadré cette année un étudiant en master ÉGAL'APS sur « L’égalité dans et par les activités physiques et sportives », au STAPS de Lyon, master unique en France.

Luc Thibal

Photos : P.Arpin - SNGM

LA FFCAM.
LA FFCAM.

Les formations de la FFCAM ou Fédération française des clubs alpins et de montagne, notre CAF national, est une fédération multisport agréée par le ministère chargé des sports, et propose à ses adhérents des formations dans tous ses domaines d'acti- vité, alpinisme, escalade, canyoning et sports de neige, ainsi que des formations transversales de secourisme en montagne, cartographie, orientation. Ces formations sont reconnues par l'État et « labellisées » par l'UIAA. Par exemple, en août, le CAF Étoile Balgentienne organise un UF qui s’intitule « Vers l'autonomie en rocher en terrain d'aventure » dans le Vercors et les Écrins, ainsi qu’un UF « Vers l'autonomie progression sur terrain glaciaire ».

« LE CÔTÉ SENSITIF NE PEUT ÊTRE EXCLU. BIEN SÛR, ON PEUT DIRE D'UN ALPINISTE QU'IL SE PRÉPARE COMME UN AUTRE SPORTIF. MAIS POUR LUI, SE PRÉPARER, C'EST ÉTABLIR AUSSI UNE RELATION AVEC LA MONTAGNE, S'EN IMPRÉGNER. »

Jean-Christophe Lafaille

Montagnes Magazine#456

DE QUOI S’AGIT-IL EXACTEMENT ?

Les formations

Historiquement, la FFCAM, via ses comités départementaux et régionaux, forme des brevets d’initiateurs chargés d’encadrer bénévolement les adhérents dans le cadre des activités des clubs. Plus de 1 500 initia- teurs ont passé le brevet fédéral l’an passé sur l’ensemble des activités. Ces initiateurs encadrent bénévolement des sorties et activités au niveau des clubs, et ce sont de véritables passeurs de savoirs et d’expé- riences. C’est l’ADN de la FFCAM. En parallèle, l’une des priorités fédérales est la formation des pratiquants vers l’auto- nomie. En 2017, 923 personnes ont été formées en alpinisme et 5 105 sur l’ensemble des formations. Ces formations sont proposées par les clubs via des forma- teurs et encadrées par des initiateurs brevetés ou des professionnels, d’où des coûts diffé- renciés mais très raisonnables. En 5 à 6 ans, on peut devenir autonome en alpinisme, escalade, canyoning et sports de neige.

Les événements

La fédération organise aussi chaque année plusieurs événements visant à la formation en alpinisme estival et hivernal comme les Grands Parcours randonnée alpine et

_31

alpinisme, les événements glace avec les rencontres d’escalade sur glace en Haute Maurienne et l’Ice Climbing Écrins (ICE) à L’Argentière-la-Bessée. Ces événements proposent plus de 3 000 journées de forma- tion pour faire découvrir et se perfectionner en alpinisme. Par exemple, à l’ICE, on va pouvoir s’initier aux techniques de sauve- tage ainsi qu’aux techniques de glace.

L’alpinisme pour les jeunes

Pour les mineurs, les clubs organisent des écoles d’aventure afin de les former à l’alpi- nisme, ainsi que des écoles d’escalade. Il existe aussi des partenariats avec l’Éducation nationale et le département de Savoie, comme Ton collège à la montagne. Ce sont 24 établissements qui font partir deux jours en montagne 2 300 enfants de 6e. Dans les Écrins, les écoles primaires propo- sent également aux enfants d’aller dormir une nuit en refuge. Pour les plus âgés, il existe les groupes espoirs de la FFCAM. Ce sont 19 groupes à travers toute la France, soit 150 jeunes hommes et femmes qui pratiquent l’alpinisme encadrés par des professionnels. Les meilleurs pourront accéder au groupe excellence, un groupe d’élite de 8 hommes/femmes, peut-être les futurs guides de haute montagne.

Des formations pour les femmes

Côté chiffres, ce sont 50 à 60 % de femmes qui pratiquent l’alpinisme, 20 à 30 % se perfec- tionnent et 10 à 15 % sont formées en tant que cadres. Plusieurs initiatives proposent aux femmes des activités, événements et formations de tous niveaux, comme Girls to the Top, et plus récemment le club Lead the Climb à Annecy. Chaque région possède un comité et/ou un club CAF au sein duquel vous pouvez prati- quer. Renseignez-vous !

© SNGM / P. Arpin
© SNGM / P. Arpin
LA FFME.
LA FFME.

Côté stages en montagne, et afin de s’ini- tier, découvrir de nouvelles techniques ou simplement progresser, on peut se rensei- gner auprès des clubs ou comités territo- riaux. La FFME a mis en place des passeports qui valident un niveau technique ou de connaissances dans une discipline (escalade, montagne, canyonisme) et permettent d’éva- luer une progression. Des sessions dédiées aux passeports sont organisées afin de valider une couleur, c’est-à-dire un niveau. Un deuxième type de formation, celui des brevets fédéraux, permet notamment d’attester de compétences afin de pouvoir encadrer des activités au sein de la fédération. Enfin, il existe des formations profession- nelles qui préparent aux examens d’admis- sion (« probatoires »), et permettent de suivre un cursus aboutissant à certains diplômes d'État (par exemple, le DE escalade).

ffme.fr/formation/page/les-passeports-

montagne-et-escalade.html

ffme.fr/formation/les-differentes-formations.html

L’ENSA. .

Chaque année, l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) organise des stages d’application pour ses stagiaires en forma- tion guide ou aspirant-guide. Ces stages, destinés à former les actuels aspirants- guides et futurs guides, nécessitent la

présence de « cobayes », personnes désirant pratiquer la montagne pendant cinq jours consécutifs sous la responsabilité d’un aspirant-guide en formation et d’un forma- teur du département Alpinisme. Les stages d’aspirant-guide sont destinés à des débutants ou des amateurs ayant peu pratiqué l’alpinisme, alors que le stage de guide s’adresse à des pratiquants d’alpi- nisme capables de franchir des difficultés d’escalade de 6a au moins en tête, et ayant réalisé des courses en montagne d’un niveau

D minimum récemment.

Pour plus d’infos : ensa.sports.gouv.fr

LA FSGT. .

A travers des stages de formation et des

rassemblements nationaux, la FSGT, héritière

du Groupe Alpin Populaire (GAP) créé en 1952, défend l'accessibilité des activités de montagne au plus grand nombre (notam- ment des publics éloignés des pratiques sportives), l'apprentissage aux nouveaux pratiquants afin qu'ils deviennent autonomes

et responsables (la gestion du matériel

onéreux est mutualisée), que ce soit en escalade, alpinisme, ski de randonnée, randonnée, cascade de glace, raquettes, canyoning… En un mot, la FSGT s'est donnée pour mission la montagne pour tous.

Pour plus d’infos :

www.fsgt.org/activites/escal_mont

Plus d’infos sur :

www.ffcam.fr/les-formations.html

www.cafgo.org/article/grand-parcours- Plus d’infos sur :

chartreuse--ras-1019.html

www.ice-climbing-ecrins.com

leadtheclimb.ffcam.fr L’UCPA.
leadtheclimb.ffcam.fr
L’UCPA.

L’UCPA organise des stages d’alpinisme sous la forme de séjours pour débutants, et ce, dans plusieurs massifs (Mont-Blanc, Écrins, Verdon). Les stages, sous la conduite et les conseils d’un guide de haute montagne, sont organisés autour de l’apprentissage de techniques de progression afin de « tendre » vers la fameuse cordée, autonome donc, où chacun apprend à assurer sa sécurité et celle de son compagnon. Les programmes proposent des séances au travers de courses écoles en glace, neige ou en rocher et des courses et ascensions en haute montagne.

Plus d’infos sur :

ucpa-vacances.com/sejours/activite/alpinisme/

Montagnes Magazine#456

©P.Arpin - SNGM

32_ encadrement

©P.Arpin - SNGM 32 _ encadrement PARTIR AVEC UN GUIDE Alpinisme et ski sont intimement liés,

PARTIR AVEC UN GUIDE

Alpinisme et ski sont intimement liés, notamment leur enseignement qui s’est établi de façon concomitante. On situe l’événement fondateur de l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) en 1937 avec le 1er stage de préparation des futurs guides à Chamonix à l’instigation de Roger Frison-Roche et d’Armand Charlet, à l’époque, au sein de la FFS (Fédération française de ski). C’est seulement en 1943 qu’il y a acquisition du titre de l’ENSA, d’abord filiale de l’Institut national des sports sous Vichy puis, en 1946, auprès du ministre de l’Éducation nationale.

Propos recueillis auprès de François Marsigny & François Lombard / Photos : P.Arpin - SNGM

nationale. Propos recueillis auprès de François Marsigny & François Lombard / Photos : P.Arpin - SNGM

©P.Arpin - SNGM

©P.Arpin - SNGM François Marsigny – Architecte de formation, guide de haute montagne à la Compagnie
©P.Arpin - SNGM François Marsigny – Architecte de formation, guide de haute montagne à la Compagnie

François Marsigny – Architecte de formation, guide de haute montagne à la Compagnie des guides de Chamonix et professeur-guide à l’ENSA. Il est chef du département Alpinisme à l'ENSA depuis janvier 2016. À l’origine de nombreuses premières dans les Alpes, il reçoit en 2000 le Cristal pour avoir été nommé tous les ans depuis la création du Cristal FFME en 1991. Il a lui-même été à l'origine en 1990 du Piolet d'or, avec Jean-Claude Marmier, qu’il reçoit en 1994 avec Andy Parkin pour la 1re de Los Tiempos Perdidos au Cerro Torre, en Patagonie.

_33

QUELS SONT LES RÔLES ET MISSIONS DE L’ENSA ?

Les missions de l’ENSA ont trait en premier lieu à la formation des guides de haute montagne, des moniteurs de ski et des moniteurs de parapente, éducateurs sportifs, tous professionnels en charge de la sécurité. Mais c’est aussi la recherche et l'expertise dans le champ des pratiques sportives de la montagne et de la sécurité comme l’étude de l’accidentologie ou les tests de matériel. Une part non négligeable de la mission de l’école est également liée au développe- ment à l’international avec la promotion des méthodes d'enseignement et du savoir- faire français. Dans ce cadre, l’ENSA a notamment beaucoup aidé au développe- ment des formations de GHM en Bolivie, au Népal et en Équateur, permettant à ces trois pays de rejoindre l’UIAGM, l’asso- ciation internationale qui regroupe les associations nationales de guides de montagne du monde.

LA STRUCTURATION DE LA FORMATION A-T-ELLE EU UNE INFLUENCE SUR LA PRATIQUE DE L’ALPINISME ?

La structuration de la formation des guides

a probablement influé sur la pratique de

l’alpinisme en même temps que celle-ci influençait le développement de la forma- tion. Alors que les premiers alpinistes étaient issus de l’aristocratie et de la bourgeoisie, souvent britanniques, les

guides étaient des gens du cru, cristalliers et chasseurs de chamois qui fréquentaient déjà avant l’émergence du tourisme, les « terres maudites » de l’altitude. Au départ, c’est un métier de « bandit » qui, un jour, est touché par la grâce lorsqu’il contemple d’en haut la beauté du monde. Aujourd’hui,

le guide possède un bon niveau technique,

au vu de l’exigence de l’examen d’entrée en formation, et de fait, il a donc pratiqué l’alpinisme avant de se lancer dans cette formation. Une fois guide, il devient déten- teur d’un savoir tout autant que gardien d’un domaine dont il ouvre les portes, comme aurait dit Rébuffat, aux voyageurs (ses clients) qu’il conduit là-haut, et devient un « passeur d’horizons ».

QUELLE APPROCHE POUR LA FORMATION DES GUIDES ?

Afin d’aider l’apprentissage des futurs guides, nous essayons de travailler dans la confiance, l’empathie et l’écoute, l’idée étant d’établir une relation bienveillante équilibrée. Les stagiaires sont impliqués dans la formation et placés très rapidement en situation de responsabilité, bien sûr de façon progressive en adéquation avec leur niveau de formation. Celle-ci repose égale- ment sur l’alternance : ils doivent faire des courses en tutorat avec un guide et, en paral- lèle, ils commencent à travailler selon leurs prérogatives, elles aussi progressives. Tout le long de ces trois années et demie que dure la formation, la gestion des risques est également au centre des préoccupations. La haute montagne étant un milieu à fort aléa non exclu de dangers. Gérer le risque, c’est peut-être en premier lieu l’accepter et l’analyser, puis voir quels moyens mettre en œuvre pour y parer.

On demande également aux stagiaires de faire une liste de courses dites « de perfec- tionnement et renforcement personnel » à présenter pour le stage final de guide. Des courses dites « en amateur », au travers desquelles on s’assure qu’ils sont capables de répondre à des situations engagées et complexes, alimentant ainsi leur expérience. Enfin, on aborde les différentes facettes de la communication car la relation guide-client ce n’est pas seulement accumuler les sorties, c’est aussi créer une histoire commune que l’on enrichit au fil des courses. Aujourd’hui, la féminisation du métier me semble primordiale, par la diversité des regards et des savoir-être que les femmes peuvent apporter à notre profession. À noter qu’en 2017, pour la première fois de son histoire, l’ENSA a diplômé 6 femmes guides la même année sur une promotion de 50 guides.

Montagnes Magazine#456

34_ encadrement

34 _ encadrement POURQUOI PARTIR . AVEC UN GUIDE ? . Passer un bon moment, se

POURQUOI PARTIR.

AVEC UN GUIDE ? .

Passer un bon moment, se (re)découvrir

Pour passer un bon moment, tout simple- ment ! En haute montagne, il n’y a ni de loi ni société de consommation, on se retrouve plongé dans un autre monde, de nature, où les relations humaines, pour fonctionner, sont plus directes et sans filtres. Les couleurs évoluent dans la journée, d’autant plus qu’on se lève tôt, on assiste d’abord au lever du jour puis celui du soleil, les formes et les ombres rapetissent puis disparaissent. Ce milieu offre de forts contrastes, comme le bleu soutenu des crevasses, le gel puis la chaleur, parfois au calme intense succède une tempête tout autant soudaine que violente. C’est parfois difficile, mais on sent qu’on existe dans cette confrontation, on prend conscience de qui l’on est. Et parfois, en tant que guide, j’assiste et j’accompagne cette découverte. En montagne, on est à 80 % en mouvement ; aussi, même si c’est beau, il faut avancer, tu n’es pas à ta place, seulement de passage. Ajouter à l’effort physique, qu’il faut mesurer, il faut aussi apprendre à se nourrir, se reposer, faire des pauses, bref, rythmer la course. Le rapport au temps est différent, on se lève plus tôt, il peut faire très froid et aussi très chaud, et les orages peuvent éclater dans l’après-midi alors qu’ils n’ont pas été annoncés. Il faut regarder le ciel, mais aussi sa montre. Là-haut, si tu n’écoutes pas les signes de l’environne- ment, tu peux te retrouver dans des situations difficiles, c’est donc à toi de t’adapter, un autre point sur lequel on échange beaucoup.

Progresser techniquement

Avoir une idée claire de sa course en fonction de ses moyens, préparer méticu- leusement son sac, et maîtriser toutes les phases de préparation en s’appropriant son matériel pour être efficace dans les transi- tions, comme mettre et enlever ses crampons, constituent la première étape d’une bonne préparation. Une fois en montagne, on a tendance à marcher trop vite car on se sent bien. Le guide va permettre de replacer l’instant présent dans un contexte global, d’apprendre à s’économiser et à ne pas dissiper toute son énergie au début car une course peut être longue. On va aussi s’intéresser aux techniques de progression, d’escalade, être capable de se concentrer au bon moment sur le crampon- nage ou le planté de piolet, et le ressentir. Tout cela peut vite faire beaucoup d’informations.

Montagnes Magazine#456

Assurer la sécurité

Même si le guide, de par sa plus grande maîtrise, prendra les décisions, il forme une cordée avec son client. Par conséquent, la responsabilité repose sur tous les membres, notamment :

1) en amont, lors des choix de la course et de la préparation, on communiquera beaucoup afin d’être cohérent dans l’objectif et de mettre en place un projet réaliste en fonction des compétences ; 2) au niveau opérationnel, plus les techniques de progression du client évoluent, plus cela permet d’augmenter le niveau de sécurité de la cordée en général, et aussi le champ des objectifs, et donc d’élargir les types possibles de courses.

Prêt de matériel

En fonction des objectifs, c’est difficile d’avoir tout le matériel spécifique, surtout si la pratique n’est pas régulière. Cette étape permet de créer de bons moments d’échanges, parfois de moqueries bon enfant quand la personne arrive avec du matériel désuet, comme un piolet Ptérodactyl, certes un modèle avant- gardiste, mais utilisé sur les cascades écossaises des années 1970. On va alors discuter matériel et se rendre compte de son évolution, sa diversité et sa spécificité. Je vais donc prêter du matériel facilitant comme des piolets, des baudriers ou des bâtons de marche légers, mais aussi du textile, notamment une veste imperméable et coupe-vent quand le client arrive avec une parka de marin jaune qui prend toute la place du sac à dos. L’idée est d’optimiser le rapport protection/poids/encombrement, sans aller jusqu’à couper les étiquettes pour gagner 8,5 grammes, mais être attentif au poids car on transporte sa maison sur son dos en montagne.

L’aventure humaine

Le rêve du guide est de construire une relation d’échange et de partage avec son client, c’est-à-dire une relation durable. Quand on sait que l’on va se revoir, cela va permettre de mieux choisir ses objec- tifs, de progresser ensemble et de passer de super moments, pas simplement pour remplir le planning d’une année sur l’autre. C’est une satisfaction profonde lorsque l’on construit une relation de confiance, fondée sur un véritable échange.

relation de confiance, fondée sur un véritable échange. François Lombard – Moniteur d’escalade et de ski,

François Lombard – Moniteur d’escalade et de ski, guide de haute montagne depuis 2005, il remporte plusieurs compétitions internationales comme la Coupe du monde d'escalade 1994 ou encore la Coupe du monde de glace en 2000. Organisateur du Tout à Blocs et de l’Ice Climbing Écrins plusieurs années de suite, il est aussi Community Manager Salomon France, formateur au sein de l'équipe du CRET et guide au sein de la team PowerGuides.

Bibliographie :

F. Marsigny, J.-F. Hagenmuller et F. Pallandre (ENSA), L'alpinisme. Des premiers pas aux

grandes ascensions, Glénat, 2016.

Sites :

www.ensa.sports.gouv.fr

www.powderguides.fr/en

www.francoislombard.com

36_ encadrement BUREAU. DES GUIDES.
36_ encadrement
BUREAU.
DES GUIDES.

Association Internationale des Guides du MONT BLANC -

74402 - CHAMONIX

04 50 53 27 05

aigmb@guides-du-montblanc.com

www.guides-du-montblanc.com

Bureau des Guides

CHARTREUSE -GRESIVAUDAN

38660 - ST HILAIRE du TOUVET -

07 89 84 61 83 contact@guides-

chartreuse-gresivaudan.com -

www.guides-chartreuse-

gresivaudan.com

Bureau des Guides d'AIME

MONTALBERT - 73210 - AIME -

04 79 09 63 94 -

cavoret.pascal@neuf.fr -

 

www.guidesmontalbert.com

Bureau des Guides d'ARGENTIÈRE - 74400 - ARGENTIERE - 04 50 54 17 94 - info@chamonix-guides.com - www.chamonix-guides.com

Bureau des Guides d'AUTRANS-MÉAUDRE - 38112

MEAUDRE - 04 76 95 22 48 - bureauguides@orange.fr

www.guides-autrans-

meaudre.fr

Bureau des Guides d'AUVERGNE - 15000 -

Bureau des Guides de

AURILLAC - 06 68 24 21 12

GAVARNIE - 65120 - GÈDRE

antoine.cayrol@yahoo.fr

06

83 31 08 16 -

jeandenis.prisse@free.fr

Bureau des Guides de

BESSANS - 73480 - BESSANS

Bureau des Guides et

06

70 63 94 65 -

accompagnateurs de

mulinet.sports@wanadoo.fr

GRENOBLE - 38000 -

www.guidesmontagnebessans.com

GRENOBLE - 04 38 37 01 71

Bureau des Guides de BONNEVAL sur ARC

contact@guide-grenoble.com - www.guide-grenoble.com

73480

BONNEVAL sur ARC

Bureau des Guides de HAUTE

04

79 05 16 21

TARENTAISE - 73640 - STE FOY

yannik-anselmet@orange.fr

TARENTAISE - 06 14 62 90 24 -

www.anselmet-yves.com

contact@guide-montagne-

tarentaise.com -

Bureau des Guides de

www.guide-montagne-

BRIANÇON - 5100 - BRIANÇON

tarentaise.com

04

92 20 15 73

guides .brianc on@gmail. c om www.guides-briancon.com

Bureau des Guides de l'ALPE D'HUEZ - 38750 - L'ALPE

Bureau des Guides de

Bureau des Guides de

Bureau des Guides de CAUTERETS - 65110 - CAUTERETS - 06 42 06 33 82 - christophe.laplagne@wanadoo.fr www.guides-cauterets.com

Bureau des Guides de CHAMONIX - 74400 - CHAMONIX - 04 50 53 00 88 - info@chamonix-guides.com - www.chamonix-guides.com

Bureau des Guides de CHAMPAGNY en VANOISE

D'HUEZ - 04 76 80 42 55 info@guidesalpedhuez.com www.guidesalpedhuez.com/fr

L'EMBRUNAIS - 5200 EMBRUN - 04 92 43 02 75 guides.embrun@wanadoo.fr www.guides-embrun.com

L'OISANS - 38520 - BOURG D'OISANS - 04 76 80 42 55 - in f o@guidesoisans . c om guidesoisans.com

 

73350

- CHAMPAGNY en

VANOISE - 06 81 30 42 95 guides-champagny@orange.fr

Bureau des Guides de L'UBAYE 04400 - BARCELONNETTE -

06

80 25 51 68 -

Bureau des Guides de

lehir.jacques@gmail.com

COURCHEVEL - 73120 COURCHEVEL - 06 23 92 46 12 contact@guides-courchevel.com www.guides-courchevel.com

Bureau des Guides de LA BERARDE - 38520 - ST CHRISTOPHE en OISANS

04

76 79 54 83 -

Bureau des Guides de GAP

guides.berarde.veneon@gmail.com

ESPRIT MONTAGNE - 5000 -

www.guidesberarde.com

GAP -

contact@guide-espritmontagne.com

www.guide-espritmontagne.com

04 92 53 48 97 -

Montagnes Magazine#456

Bureau des Guides de LA

CLUSAZ - 74220 - LA CLUSAZ

04 50 63 35 99

Bureau des Guides de PRALOGNAN la VANOISE

73710 - PRALOGNAN LA VANOISE

laclusaz@guides-des-aravis.com

04

79 08 71 21

www.guides-des-aravis.com

guidepralo@wanadoo.fr

www.guides-pralognan.com

Bureau des Guides de LA GRAVE - 5320 - LA GRAVE

Bureau des Guides de SAINT

04

76 79 90 21 -

LARY Vallée d'Aure - 65170

info@guidelagrave.com

ST LARY SOULAN - 05 62 40 02 58

www.guidelagrave.com/V2

info@guides-saintlary.com www.guides-saintlary.com

Bureau des Guides de LA PLAGNE - 73210 - AIME -

Bureau des Guides de SERRE

04

79 09 79 79

CHEVALIER - 5240 - LA SALLE

guides.laplagne@gmail.com -

LES ALPES - 04 92 24 75 90

www.guides-laplagne.com

info@guides-serrechevalier.com

Bureau des Guides de

guides-serrechevalier.com

LUCHON - 31110 - LUCHON

Bureau des Guides de St

05

61 89 56 08 - info@bureau-

GERVAIS MT BLANC - 74170

guides-luchon.com

ST GERVAIS LES BAINS -

www.bureau-guides-

04

50 47 76 55 -

luchon.com

contact@guides-mont-blanc.com

www.guides-mont-blanc.com

Bureau des Guides de LUZ SAINT SAUVEUR - 65120 LUZ ST SAUVEUR - 05 62 92 87 28 contact@guides-luz.com - www.guides-luz.com

Bureau des Guides de THÔNES MANIGOD - 74230 THONES - 04 50 02 01 33 thones@guides-des-aravis.com www.guides-des-aravis.com

Bureau des Guides de

 

MEGEVE - 74120 - MEGEVE

Bureau des Guides de TIGNES

04 50 21 55 11

73320 - TIGNES - 04 79 06 42 76

contact@guides-megeve.com

bureau@guides-montagne-tignes.com

www,guides-megeve.com

www.guides-montagne-

tignes.com

 

Bureau des Guides de

 

MERIBEL - 73550 - MERIBEL

Bureau des Guides de Val

06 43 89 72 91

CENIS - 73500 - BRAMANS,

guides.meribel@gmail.com

VAL CENIS

-

06 99 41 09 59

https://guides-meribel.com

bureaudesguidesvalcenis

@gmail.com

 

Bureau des Guides de

bureaudesguides-valcenis.fr

MONTCHAVIN-les COCHES 73210 - AIME - 04 79 07 82 28-

Bureau des Guides de Val

www.guidemontagne.com/vanoise

D'ISERE - 73150 - VAL D'ISERE

04 79 06 06 60

ludovic.rolandone@orange.fr

www.guides-montagne-

valdisere.com

Bureau des Guides des BELLEVILLE - 73440 - LES MENUIRES - 04 79 01 04 15

guides -belle ville@or ange . fr

www.guides-belleville.com

Bureau des Guides des CONTAMINES MONTJOIE 74170 - LES CONTAMINES MONTJOIE - 04 50 47 10 08 contact@guides-contamines.com www.guides-mont-blanc.com

Bureau des Guides des DEUX ALPES - 38860 - LES DEUX ALPES - 04 76 11 36 29

bdg2alpes@gmail.com

www.guides2alpes.com

Bureau des Guides des ECRINS - 5290 - VALLOUISE AILEFROIDE - 04 92 23 32 29

guides -ecrins@or ange . fr www.guides-ecrins.com

Bureau des Guides des HOUCHES 04 50 54 50 76 www.chamonix-guides.com

Bureau des Guides des PYRENEES ARIEGEOISES

9110 - AX LES THERMES

05 61 01 90 62

infos@guides-ariege.com

www.guides-ariege.com

Bureau des Guides DIOIS VERCORS - 26150 - DIE

06 14 13 88 06 - 06 80 12 01 35

philma26@gmail.com

Bureau des Guides du BEAUFORTAIN - 73270 BEAUFORT - 04 79 38 83 03 www.areches-beaufort.com

Bureau des Guides du

DEVOLUY - 5250 - AGNIERES en DEVOLUY - 06 73 87 39 00 guidesdudevoluy@hotmail.com www.guidesdudevoluy.com

Bureau des Guides du GRAND BORNAND - 74450 - LE GRAND BORNAND - 06 85 42 81 95

grandbornand@compagnie-

guides-aravis.com -

www.guides-des-aravis.com

Bureau des Guides du MERCANTOUR 6430 - TENDE 04 93 04 67 88 infos@mercantour-roya.com www.mercantour-roya.com

Bureau des Guides GAP- CHAMPSAUR-VALGAUDEMAR

05800 - la CHAPELLE en

VALGAUDEMAR 04 92 55 28 80

contact@guides-champsaur-

valgaudemar.com

www.guides-champsaur-

valgaudemar.com

Bureau des Guides LES ARCS Peisey Vallandry - 73705 LES ARCS 1800 - 06 58 16 07 94 info@guidesdesarcs.com www.guidesdesarcs.com

Bureau des Guides Monté

Médio - 74960 - Cran Gevrier

06 12 13 05 30

contact@montemedio.com -

www.montemedio.com

Bureau des Guides SAVOIE

MAURIENNE - 73500 - AUSSOIS

04 79 20 31 16

bureaudesguides@gmail.com

www.guides-savoie.com

Bureau des Guides des

CALANQUES - 13260 - CASSIS

06 47 60 53 81 contact@guides-

calanques . c om www.guides-calanques.com

Bureau des Guides et

Accompagnateurs du MONT AIGUILLE-SUD DAUPHINE

38650 - Monestier-de-Clermont

06 22 44 30 62

contact@guidesmontaiguille.com

guidesmontaiguille.com

©P.Arpin - SNGM

©P.Arpin - SNGM Bureau des Guides d'ANNECY 74000 - ANNECY - 06 23 43 63 55
©P.Arpin - SNGM Bureau des Guides d'ANNECY 74000 - ANNECY - 06 23 43 63 55

Bureau des Guides d'ANNECY

74000 - ANNECY - 06 23 43 63 55

bureauguidesannecy@gmail.com

 

www.annecyguidesmontagne.com

Bureau des Guides de MORZINE-AVORIAZ - 74110 MORZINE - 04.50.75.96.65 info@guides-morzine.com www.guides-morzine.com

Bureau des Guides de SALLANCHES - 74700 SALLANCHES - 04 50 58 04 25 guides .sallanches@gmail. c om www.guides-sallanches.com

Bureau des Guides et Accompagnateurs montagne

COMPAGNIES.
COMPAGNIES.

Compagnie des Guides de

de SAMOENS - 74 340 SAMOENS - 04 50 34 43 12

CHAMONIX - 74400 CHAMONIX

info@guidesmontagnes.com

04

50 53 00 88

www.guidesmontagnes.com

www.chamonix-guides.com

Bureau des Guides des BARONNIES PROVENCALES

Compagnie des Guides de St GERVAIS Mt BLANC - 74170

26170

- BUIS LES BARONNIES

ST GERVAIS MT BLANC

04

75 27 03 46 - info@guides-

04

50 47 76 55

baronnies.com

contact@guides-mont-blanc.com

www.guides-baronnies.com/

www.guides-mont-blanc.com

Bureau des Guides des

Compagnie des Guides et

CARROZ - 74400 - LES CARROZ

Accompagnateurs de la

04

50 90 06 55

VANOISE - 73701

contact@guidesdescarroz.com

BOUR G S AINT MA URICE

www.guidesdescarroz.com/fr

06.40.06.05.32

contact@compagnie-guides-

Bureau des Guides de Sixt

vanoise.com

Fer-A-Cheval - 74740 - SIXT

www.compagnie-guides-

06

76 58 51 73

vanoise.com

info@guidesixt.com

www.guidesixt.com

Compagnie des Guides des

Association Internationale des Guides du MONT BLANC

ARAVIS - 74450 - St JEAN de SIXT info@guides-des-aravis.com www.guides-des-aravis.com

 

74402

- CHAMONIX

04

50 53 27 05

Compagnie des Guides des

aigmb@guides-du-montblanc.com

www.guides-du-montblanc.com

PYRENEES - 31110 - LUCHON

06

01 76 56 48 - info@guides

pyrenees.fr

 

www.guides-pyrenees.fr

Compagnie des Guides du

DAUPHINÉ

06 32 58 15 20

compagnieguidesdauphine@gmail.com

Compagnie des Guides du MERCANTOUR

6450 - ST MARTIN VESUBIE

06.30.92.44.72 - info@guides- mercantour.com - guides-mercantour.com

Compagnie des Guides

ECRINS HAUTE-PROVENCE

5200 - EMBRUN

guides.embrun@wanadoo.fr

Compagnie des Guides OISANS-ECRINS - 5100 BRIANÇON guidesoisansecrins@gmail.com www.guidesdemontagne.com

Compagnie Régionale des Guides de CORSE - 20250 CORTE - 06 79 83 43 32 rene.eymerie@orange.fr Bureau des Guides de LA GRAVE - 5320 - LA GRAVE

04 76 79 90 21

info@guidelagrave.com

www.guidelagrave.com/V2/

- 38000 GRENOBLE

des Guides de LA GRAVE - 5320 - LA GRAVE 04 76 79 90 21 info@guidelagrave.com

38_ préparer sa sortie

38 _ préparer sa sortie PRÉPARER SA COURSE D’ALPINISME Ouhou !!! Au secooours ! Derrière nous,

PRÉPARER

SA COURSE D’ALPINISME

Ouhou !!! Au secooours ! Derrière nous, une cordée visiblement en mauvaise posture… En se rapprochant, nous constatons que les deux protagonistes sont pendus comme des saucissons au bout de leur corde, et que l’ambiance est également bancale. En effet, l’itinéraire choisi n'est pas celui de la voie et la cordée se trouve bloquée, ne pouvant plus avancer par manque de niveau, ni redescendre en rappel par manque de matériel. L’alpinisme est une activité sportive qui nécessite de connaître ses capacités physiques, techniques mais également mentales.

capacités physiques, techniques mais également mentales. PRÉREQUIS ET AUTOÉVALUATION Propos recueillis auprès de :

PRÉREQUIS ET AUTOÉVALUATION

mais également mentales. PRÉREQUIS ET AUTOÉVALUATION Propos recueillis auprès de : - Grimpeur et compétiteur

Propos recueillis auprès de :

- Grimpeur et

compétiteur reconnu, notamment depuis 2004 et son triplé champion de France, champion d’Europe et vainqueur de la coupe du monde de bloc, ainsi que guide de haute montagne, Daniel est également entraîneur national de l’équipe de France de bloc pour la FFME, au pôle France de Karma à Fontainebleau.

Site : www.danieldulac.com

Daniel Dulac

Montagnes Magazine#456

DE L’ESCALADE À L’ALPINISTE, IL N’Y A QU’UN PAS ?

Toutes les activités de plein air demande une certaine curiosité, c’est peut-être le premier dénominateur commun. La verticalité, mais aussi les grands espaces qui contrastent avec l’horizon, constituent une source de contem- plation, de satisfaction et d’émotion. Enfin, les différentes pratiques comme le bloc, la falaise ou la salle amènent à un enrichisse- ment technique et gestuel, mais aussi au partage que l’on retrouve avec son guide, son compagnon de cordée, ou encore en échangeant sur les conditions de la course, dans un refuge à 3 000 mètres. On peut aussi être attiré par l’aspect mythique de certaines voies. Faire de la fissure dans du terrain d’aventure, dormir en bivouac ou en refuge, alimentent le côté aventureux, pour les débutants comme pour les experts.

QUELS SONT LES PRÉREQUIS INTELLECTUELS ?

Aimer la contemplation… ce qui intéressera certainement les amoureux des grands espaces, de l’air vif, des contrastes marqués. On a besoin d’avoir un esprit aventureux pour faire de l’alpinisme, d’avoir l’apti- tude à explorer mais aussi être curieux et motivé. Avoir envie et, généralement, l’appétit vient en mangeant !

QUELS SONT LES PRÉREQUIS PHYSIQUES ?

Il n’y a pas besoin de qualités physiques fulgurantes, simplement l’envie de marcher sur la glace suffit pour débuter l’alpinisme. Aujourd’hui, avec le téléphérique à Chamonix, on peut rapidement se retrouver en altitude, aussi n’y a-t-il pas d’âge pour devenir féru, juste être en capacité de marcher et faire attention aux contre-indica- tions s’il y a des pathologies. Par exemple, pour réaliser les Dômes de Miage dans le massif du Mont-Blanc, qui est une traversée classique pour débutant, je m’attache à évaluer la capacité à réaliser un effort long et la motivation. L’été passé, une femme skippeur souhaitait faire le mont Blanc mais nous n’avions que peu de temps et la fenêtre météo était juste. Alors, je lui ai proposé d’autres courses plus accessi- bles qu’elle a décliné. J’ai compris qu’elle était très motivée, c’était son rêve. Elle m’a dit qu’elle avait réalisé un trek à 5 000 mètres d’altitude, j’ai donc supposé qu’elle pouvait être endurante, qu’elle saurait doser son effort, gérer ses besoins comme l’hydra- tation, et qu’on allait parler le même langage. Effectivement, dans cette petite fenêtre météo, nous sommes partis à 5 heures du matin et sommes arrivés au sommet 8 heures plus tard, victorieux et emplis d’émotions. Le guide est un vecteur d’accomplissement personnel. On est là pour faciliter l’accès à la montagne, apprendre à faire son sac, et on saura adapter la course aux capacités des voyageurs, peu importe leur niveau, permet- tant ainsi de réaliser moult objectifs.

_39

QUELQUES INDICES POUR ÉVALUER SON NIVEAU TECHNIQUE (dans des conditions parfaites de météo)

 

DÉBUTANT

 

CONFIRMÉ

EXPERT

CAPACITÉ À

2 à 6h, dépend de l’âge, on adapte la course et la marche d’approche

   

MARCHER

 

6 à 10h

Plus de 10h

NOMBRE

0 à x, on peut redevenir débutant si l’on n’a pas pratiqué depuis 10 ans !

 

Pratique régulière (5 à 10 sorties/an) avec acquis techniques

Forte fréquence dans la pratique, réflexes dans la préparation et la lecture d’iti- néraire, d’utilisation des instru- ments de mesure, prise du bulletin météo systématique…

D’ASCENSIONS

NOMBRE DE

Jusqu’à 6 longueurs en 5b max sur site adapté, marche d’approche limitée, pas en haute montagne…

Jusqu’à 10 longueurs, avec marche d’approche, haute montagne, pas de problème de motricité jusqu’au 6b.

Autonomie en escalade, maîtrise des techniques (cabestan, autobloquant, rappel, relais…)

LONGUEURS

D’ESCALADE ET

NIVEAU

CRAMPONNAGE

École de cramponnage, progresser dans une pente avec des marches taillées

Cramponner dans des pentes < 40°, se retourner, capable de remonter des pentes verglacées

Cramponner dans des pentes > 40°, utiliser pointes avant, être capable de s’économiser

/PENTE

CONSEILS :

Concernant le matériel, la logistique (pique-nique, eau, vêtements), mais aussi l’assurage, l’encordement, savoir régler ses crampons : s’autonomiser rapidement pour acquérir des réflexes. Apprendre à marcher en corde tendue sur glacier, c’est le lien à l’autre, en cas de chute dans une crevasse. Prévenir de l’itinéraire et de l’horaire de retour.

Le choix de l’itinéraire est prépondérant, on a souvent tendance à choisir des courses trop dures, cela ne sert à rien de trop pousser, si ce n’est se mettre en échec. On peut faire demi-tour à tout moment, il s’agit alors de communiquer, d’être prévenant et bienveillant. Anticiper, c’est prévenir, et une personne avertie en vaut deux !

c’est prévenir, et une personne avertie en vaut deux ! ET POUR SE PRÉPARER À LA

ET POUR SE PRÉPARER À LA MEIJE ?

Il y a pas mal de marche et d’escalade dans cette longue course, aussi, l’idéal pour acquérir une bonne technique, savoir maîtriser son effort, son vertige et ses émotions, serait de :

– s’entraîner avec 10 grandes voies afin

d’avoir confiance dans sa gestuelle, dans

la gestion du matériel et l’application des techniques d’assurage, de rappel ;

– réaliser quelques marches d’approche en refuge pour renforcer son endurance ;

– imaginer 5 courses d’arêtes rocheuses et s’entraîner à l’assurage en mouvement ;

– et pratiquer du cramponnage dans diffé-

rentes pentes et inclinaisons. On peut s’entraîner avec une personne expérimentée, au sein d’un club, avec un guide. Le choix du guide est majeur, il faut pouvoir établir une complicité, une confiance, aussi il ne faut pas hésiter à être conseillé, avoir un contact téléphonique puis le rencontrer. Les grandes réalisations dans l’histoire de l’alpinisme se sont faites grâce aux liens qui se nouent au sein d’une cordée…

© Cathy Jolibert
© Cathy Jolibert

Montagnes Magazine#456

40_ préparer sa sortie

40 _ préparer sa sortie PLANIFIER SA COURSE SE FIXER DES LIMITES HORAIRES Une course en

PLANIFIER SA COURSE

SE FIXER DES LIMITES HORAIRES

Une course en montagne réussie est une course bien préparée. Planifier sa sortie, c’est d’abord anticiper son horaire - ce que les barbares appellent “faire un rétro- planning” - avec une heure de départ, des marges suffisantes, des objectifs intermé- diaires, et un horaire de demi-tour. Ces horaires dépendent de nombreux facteurs, en premier lieu desquels la longueur de l’iti- néraire, le type de terrains, et la forme de la cordée. En terrain glaciaire, on veillera notamment à limiter au maximum les risques lors du franchissement des crevasses ou du passage sous des séracs en partant suffisamment tôt.

Rien ne sert de vouloir aller trop vite pour le plaisir de faire l’itinéraire en moins de temps que ne l’indique le topo : gérer son effort est primordial si on ne veut pas se retrouver fatigué au beau milieu de la course, car la fatigue entraîne un manque d’attention qui peut déboucher sur un déficit de sécurité.

qui peut déboucher sur un déficit de sécurité. Bien que l’évaluation horaire dépende en grande partie

Bien que l’évaluation horaire dépende en grande partie du terrain et de la cordée, voici quelques indications qui peuvent servir d’étalons :

Approche :

PRÉVOIR UN PLAN B

Se fixer des horaires intermédiaires permet d’évaluer l’avance ou le retard sur nos prévi- sions. Les marges sont importantes pour prendre en compte l’imprévisible :

Prévoir un alternative facilement accessible et moins difficile que la course prévue initia- lement permet de changer d’objectif en cours de route si besoin. De même, il est avisé de repérer à l’avance comment redescendre une fois engagé sur l’itinéraire (rappels, échap- patoires), pour pouvoir agir plus sereine- ment en cas d’urgence. Vous l’aurez compris, une bonne cordée est aussi une cordée qui sait se décoller du topo quand c’est nécessaire pour réagir et s’adapter en fonction des condi- tions observées sur le terrain.

400

- 500 mètres de dénivelée par heure

problèmes d’orientation pendant l’approche, de lecture de l’itinéraire, sur-fréquenta- tion… Si le retard accumulé est trop impor- tant pour pouvoir finir l’itinéraire “à temps”, ou si la météo se révèle peu engageante par rapport à la prévision, se concerter avec le reste de sa cordée pour un repli.

Marche à plat :

5 kilomètres par heure

Temps d'escalade par longueur de corde :

20 - 30 minutes

Descente en rappel :

Quoiqu’il en soit, bien repérer l’itinéraire dès qu’il est en vue : visualiser le parcours permet de confronter ses prévisions au terrain, d’observer si l’itinéraire est en bon état (chutes de pierre récentes, rimaye plus ouverte que prévue, etc.) et donc d’identi- fier les passages délicats.

Attention cependant, à chaque type de course sa préparation : traversée, courses “en étoile” à partir d’un camp de base, « grande course »… on ne passe pas de l’un à l’autre indif- féremment sans avoir anticipé le matériel nécessaire et s’être préparé psychologique- ment au type d’effort à fournir.

5-6 longueurs par heure

Descente :

600

mètres de dénivelée par heure

Montagnes Magazine#456

à fournir. 5-6 longueurs par heure Descente : 600 mètres de dénivelée par heure Montagnes Magazine

©P.Arpin - SNGM

©P.Arpin - SNGM PRÉVENIR UN PROCHE AVANT DE PARTIR Si vous avez vu le film 127

PRÉVENIR UN PROCHE AVANT DE PARTIR

Si vous avez vu le film 127 heures, vous savez à quel point informer quelqu’un de votre projet d’ascension peut se révéler salva- teur en cas de pépin. Si une cordée vient à disparaître, la personne prévenue pourra ainsi déclencher les secours avec des infor- mations concernant le secteur voire l’itiné- raire sur lequel les disparus se sont engagés. Certains gardiens de refuges demandent aux alpinistes le sommet qu’ils projettent la veille au soir. C’est par exemple le cas au refuge du Promontoire, où Frédi Meignan demande à chacun la voie projetée, et communique tout au long de la journée avec le refuge de l’Aigle, de l’ordre côté de La Meije, pour compter l’arrivée des cordées.

ÊTRE BIEN INFORMÉ, UN GAGE DE SÉCURITÉ

La plupart des accidents sont corrélés à un échec technique : grosse chute due à un

niveau technique insuffisant ou à une erreur d’itinéraire (voie plus dure que prévue, mauvais rocher, "errance" sur la montagne sans pouvoir se protéger correctement…), engagement excessif dû à un manque de

matériel,

dangereuses (pluie, orage…), descente "de réchappe", tentative de s’en sortir "coûte que coûte"… Partir bien informé est un gage de sécurité car vous allez pouvoir anticiper votre course en montagne au maximum : accès, difficulté, équipement,

emplacement des relais, lignes de descente,

à prévoir,

météorologiques

conditions

matériels complémentaires météo, horaire, etc.

_41

5

L’arrivée au refuge, le moment de faire le point sur l’itinéraire, l’horaire ou de consulter le topo du lendemain.

LA CORDÉE

Compagnon d’un jour ou de toujours… Des compagnons de cordée n’ont pas besoin d’être complémentaires, ce n’est pas qu’une question d’association stratégique, cela peut aussi être une association affinitaire. Dans une cordée, il y a souvent un leader auto- proclamé ou de fait. Ce sont avant tout deux partenaires qui partent en montagne, les deux avis comptent.

Savoir être à l’écoute de soi et de l’autre, identifier les attentes de chacun, les peurs, les motivations, et être capable d’en parler, comme remettre en question un choix d’iti- néraire, sont des atouts majeurs en montagne.

Montagnes Magazine#456

42_ matériel
42_ matériel

FAIRE SON SAC

ET PARTIR…

En haute montagne, les changements de météo ou les orages intempestifs peuvent surprendre et être violents. L’altitude, les modifications alimentaires, les coups de stress et le manque de sommeil sont autant de critères difficiles à anticiper dans leurs conséquences véritables, sur notre corps et notre comportement. De petites erreurs peuvent nous coûter très cher dans ces moments-là, comme oublier de prendre une deuxième paire de gants ou ne pas prendre de papier toilette avec soi. Il nous a donc semblé important de vous parler de la meilleure façon de préparer son sac, en nous inspirant de l’expérience d’un grand voyageur qui a dû faire, et certainement aussi défaire, son sac plus d’une fois…

et certainement aussi défaire, son sac plus d’une fois… Propos recueillis par Cathy Jolibert auprès de
et certainement aussi défaire, son sac plus d’une fois… Propos recueillis par Cathy Jolibert auprès de

Propos recueillis par Cathy Jolibert auprès de :

Mathieu Maynadier

Guide de haute montagne, alpiniste professionnel et voyageur. Il passe d’abord par le ski-alpinisme (équipe de France, 2 fois champion de France et 2e place aux championnats d'Europe de ski- alpinisme) puis progressivement, il glisse vers l’alpinisme. Des big wall du Mexique aux montagnes de l’Himalaya en passant par les cascades de glace en Chine, il aime voyager et pratiquer la montagne et l’escalade sous toutes ses formes. Il encadre depuis trois ans l’équipe Jeune alpinisme masculine (ENAM) à la FFME, et remercie ses sponsors (North Face, Petzl, Scarpa, Julbo et Emargence).

Montagnes Magazine#456

LE SAC IDÉAL

Le sac, c’est ta maison. La plupart du temps, je fais avec 20 litres et, d’une façon générale, il ne devrait pas faire plus de 30 litres, 35 si tu bivouaques. Je fais attention à ce qu’il soit léger et confor- table, la quantité de matière n’est pas un gage de qualité ni de confort. C’est le choix du sac, à la bonne taille, et la façon de faire et de régler ton sac qui sont importantes. Je préfère un sac minima- liste, avec un rabat amovible (que tu peux vider au refuge), deux sangles sur le côté pour porter les skis, et un ou deux porte-piolets. Plus tu as de poches et de place et plus tu vas les remplir… Soupeser son sac avant de partir permet d’éviter de trop se fatiguer, de perdre du temps, d’être moins efficace, et de te mettre en danger car tu n’auras pas pu tenir les horaires. On a tendance à prendre trop de choses, car prises séparément, elles ne pèsent rien comme une batterie additionnelle ou un chargeur, et au final, ton sac est trop lourd. Attention, à l’inverse, au fast and light, c’est-à-dire d’oublier des éléments importants comme la doudoune de secours au fond du sac qui te permettra d’attendre dans le froid en cas de coup dur.

Astuce : s’offrir des bâtons de marche légers et pliables, avec grosses rondelles de ski afin de ne pas les casser entre deux pierres.

PRÉPARER SON SAC CORRECTEMENT

Il ne suffit pas de savoir ce qu’on va prendre : encore faut-il savoir comment on va l’organiser. Préparer intelligemment son sac et le positionner de manière optimale permet de ne pas finir la marche d’approche sur les rotules, et ne pas faire de son matériel, un handicap pour la course à venir.

BIEN RÉPARTIR LE POIDS.

Mince, serré, léger : tel est l’idéal d’un sac d’alpinisme, qu’on peut diviser en quatre zones :

- A : le compartiment du rabat supérieur :

pour les petites choses que l’on souhaite rapidement accessibles, comme le téléphone portable, les fruits secs, le topo-guide, la trousse de premiers secours, la frontale.

- B : la zone de dos héberge le matériel lourd : dégaines, coinceurs et autres équipe- ments de poids sont placés aussi près du corps que possible, sans que les pièces en métal ne risquent d’appuyer dans le dos (les mettre en travers). La charge repose ainsi de façon optimale sur le bassin via la sangle des hanches. Le matériel lourd ne doit pas être placé trop haut, sinon le sac à dos risque de vaciller.

AJUSTER LE SAC.

À SA MORPHOLOGIE.

Pour mieux ajuster son sac à dos à sa morphologie, et ainsi le rendre plus facile à porter tout en gardant une grande liberté de mouvement, s’assurer que les deux tiers du poids repose sur les hanches. Pour cela, mettre le sac, placer les deux rabats au milieu, sur les os de la hanche, fermer la boucle et serrer la ceinture.

© Ortovox
©
Ortovox
hanche, fermer la boucle et serrer la ceinture. © Ortovox © Ortovox Les bretelles doivent quant
© Ortovox
© Ortovox

Les bretelles doivent quant à elles être au milieu des omoplates. Ne pas trop les serrer : les épaules doivent porter 20 à 30 % de la charge.

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- C : La zone avant, pour les affaires moyen- nement lourdes, comme les vêtements ou le baudrier.

- D : La zone du bas, pour les affaires légères comme le matériel de bivouac. Certains sacs sont équipés d’un accès zippé à cette zone, auquel cas on pourra y glisser une veste hardshell ou une doudoune facile- ment accessibles.

La corde peut être glissée sur le haut du sac ou fixée sous le rabat supérieur à l'aide du système de fixation prévu à cet effet. Le casque vient en dernier, soit placé sur la corde dans le sac à dos soit attaché sous la corde si elle est fixée à l’extérieur du sac.

© Ortovox
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Les sangles de contrôle de la charge servent à ajuster la position du sac à dos. Sur un terrain difficile, on les resserre fermement : le sac à dos est ainsi plus près du corps et ne se balance pas.

Dernière sangle à ajuster, celle de poitrine, qui sert à éviter que les bretelles ne glissent. On la place à une hauteur confortable et on la serre très légèrement.

© Ortovox
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Ortovox

Montagnes Magazine#456

44_ matériel

44 _ matériel faire son sac QUE METTRE DANS SON SAC ? LE FOND DE SAC

faire son sac

QUE METTRE DANS SON SAC ?

LE FOND DE SAC.

CÔTÉ MATÉRIEL
CÔTÉ MATÉRIEL

D’ALPINISME ESTIVAL.

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La doudoune chaude

rCasque light comme le Météor de Petzl, à porter tout le temps r Baudrier (utiliser un baudrier réglable pour pouvoir tout faire) rChaussures légères si approche glacière et escalade sur rocher (Ribel de Scarpa) r Chaussures chaudes et rigides si course de neige (Fantome de Scarpa) r Piolet (en prendre deux légers et techniques si couloir de glace) rCrampons 12 pointes légers type Sarken

r

La pharmacie

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La radio pour le guide ou le téléphone

cellulaire/tél satellite/Garmin in Reach rLa mini-trousse de toilette (brosse à dents, bouchon d’oreille, papier toilette)

Astuce : se concerter avec les autres pour partager le matériel commun comme le dentifrice

LE RABAT DE SAC.

 

pour les courses de neige et rocheuses avec approche glaciaire

POUR L’ALPINISME

SUR GLACIER.
SUR GLACIER.

r1 autobloquant mécanique qui complète

celui du kit de sécu r2 broches à glace longues, une de chaque côté du baudrier

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