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édito

© Francois Lombard

e la randonnée pédestre à l’alpinisme, soi et les autres, une école de la vie. Mais elle

D il n’y a qu’un pas… À la fois pratique


sportive d’ascension mais aussi objet
politique à la conquête des grands sommets,
peut être cruelle et exposer le pratiquant à
certains risques. C’est pourquoi son accès
repose sur des techniques de progression qui
la haute montagne reste le dernier espace s’enseignent, et donc, s’apprennent.
non humanisé. L’alpiniste est libre. Est-ce
pour cette raison que cet espace de jeu nous Et si l’on faisait un pacte ? À l’issue de cette
attire ? La montagne est un espace d’une lecture, réaliser la course de ses rêves…
beauté saisissante, à chacun de trouver son Peut-être la Traversée de la Meije ? Alors, que
chemin. Ainsi, si certains souhaitent grimper devra-t-on comprendre, expérimenter ? Un
léger, profiter de l’ambiance des refuges, peu d’histoire avec une mise en perspective
d’autres préfèrent bivouaquer, contempla- de la notion d’aventure. Puis une réflexion sur
tifs, tombant de sommeil sous une voûte ce qu’offrent cet espace et nos motivations,
céleste hypnotique. mais aussi un éclairage sur les dangers en
montagne, avec qui partir, où se former, quels
Historiens, philosophes, alpinistes ont tenté techniques et matériels, et bien sûr des courses
de comprendre pourquoi cette envie d’éléva- pour s’entraîner.
tion. Peut-être pour répondre à un autre besoin, Atteindre les sommets, plus d’un(e) y sont
celui d’identité. La haute montagne offre un parvenu(e)s, et tou(te)s en sont capables.
cadre sans limite pour s’exprimer, sortir de sa
zone de confort, se (res)sentir, apprendre sur Cathy Jolibert

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Montagnes Magazine#456
4_sommaire

MONTAGNES MAGAZINE
#456 DÉBUTER EN ALPINISME

8 72

© François Lombard

© Jan Novak
6 La brèche Zsigmondy 38 Planifier sa course en montagne
Tiapa Langevin et Sébastien Foissac nous livrent une brève histoire L’alpinisme demande de savoir évaluer ses capacités physiques,
de la brèche Zsigmondy, mythique passage des arêtes de la Meije. techniques et mentales, ainsi que de préparer son itinéraire avec soin…
voire un brin de paranoïa : le « worst case scenario », comme les anglo-
8 Motivations pour débuter l’alpinisme saxons l’appelle !
Courageux, Sylvain Tesson et Alain Ghersen tentent de percer le
mystère des motivations alpinistiques… 42 Choisir son matériel
Du sac à la corde en passant par la multitude de matériel technique,
l’alpinisme est une activité friande d’équipement. Savoir choisir son
10 Entretien : l’excellence en alpinisme matériel, et l’utiliser, est un gage supplémentaire de sécurité en montagne.
Delphine Moraldo a sorti une thèse de sociologie dans laquelle elle
retrace les conditions politiques et sociales de l’excellence de l’alpi-
nisme, au Royaume-Uni et en France, du XIXème siècle à nos jours. 60 Noeuds et manips à connaître
Nous l’avons rencontrée pour en discuter. Avant d’aller en montagne, révisez vos nœuds et manips de base !

20 Les dangers en montagne 72 Techniques pour devenir autonome


Viser son créneau météo pour ne pas se retrouver sous l’orage, gérer Progression encordée, en crampons, et sur le mouflage Mariner...
le risque d’avalanches et de chutes de pierres, connaître le niveau de livret illustré des techniques de progression en terrain « montagne »,
sa cordée et les principes de l’acclimatation… et, en cas de besoin, avec en prime les préconisations de l’ENSA.
savoir préparer sa trousse de secours et les déclencher : la montagne
est pleine de dangers, autant savoir s’y préparer ! 88 Mes premières courses d’alpinisme
Une sélection de huit itinéraires classiques pour débuter sa carrière
30 Se former à l’alpinisme de montagnard avec panache !
Où se former, où pratiquer ? Pourquoi partir avec un guide ?
Présentation des différents acteurs de formation français, avec les En couverture : © Jan Novak
Un grand merci à tous ceux qui ont participé et ont aidé à la rédaction de ce numéro, ainsi qu’à Ortovox et
coordonnées des bureaux et compagnies des guides ! Climbing Technology pour la mise à disposition de leurs contenus, notamment leurs dessins techniques.

MONTAGNES MAGAZINE
INCORPORANT ALPINISME ET RANDONNÉE
3, rue Paul-Valérien-Perrin, 38 170 Seyssinet-Pariset, France.
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Montagnes Magazine#456
6_ histoire brèche Zsigmondy

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS


LA BRÈCHE ZSIGMONDY
En 1963, Tiapa effectuait la traversée de la Meije, comme chaque
année. Soixante-cinq ans plus tard, un autre guide, Sébastien
Foissac, préparait son sac pour le refuge du Promontoire.
Entretemps, un événement d’importance modifia la physionomie de
cette montagne puisque, de l’autre côté de la vallée, les habitants
l’entendirent s’écrouler. En 1964, un éboulement entraînant plusieurs
tonnes de roches creusa, par là-même, un passage qui s'effectuait
auparavant sur un « trottoir » quasiment plat. La dent cassa, passant
ainsi à la brèche Zsigmondy, aujourd’hui crux de la course, franchi
crampons et piolet à la main, en mode couloir de glace, et à l’aide
d’un câble métallique. Avec le temps, tout s’en va…
Le matériel et les techniques d’alpinisme changent, et l’esprit alors ?
Propos recueillis auprès de :

Tiapa Langevin (interviewé en 2016) – décédé en Sébastien Foissac – Guide de haute montagne basé
juin dernier à l’âge de 92 ans, il a passé plus de 60 ans à à l’Argentière-la-Bessée, il est passionné d’activités outdoor
vivre du métier de guide. L’homme vivait dans un décor de depuis son plus jeune âge. Il a réalisé avec son compagnon
rêve, au Pays des Écrins, à Vallouise exactement. de cordée Lionel Daudet l’ouverture en 1999 d’une voie
En 1952, il devient aspirant guide puis, avec Paul Keller, rocheuse de 1 200 m sur la face sud-est du Burkett Needle
ils seront les premiers guides parisiens. Tapia, en Alaska. Expédition de 41 jours en autonomie complète
c’était la mémoire du clan des guides ; dans une région très isolée et sans aucun moyen de
un personnage incontournable. communication. Cet exploit sera récompensé en 2000 par
la plus haute distinction, le Piolet d’or.
Sites : rock-ice-snow.com et bien sûr guides-ecrins.com

Peut-on imaginer que les alpinistes de


l’époque auraient réussi à sortir le couloir
de glace de la brèche Zsigmondy ?
Sans le câble, cela revient à une course de
glace technique, nécessitant deux piolets
LES DATES CLÉS 1857
Fondation de
traction, de bons crampons à glace 12 DE L’ALPINISME 1808 l'Alpine Club
pointes et des broches à glace. Dans les britannique,
années 1960-70, le débat fait rage en France Jusqu’au XVIIIe siècle, la haute montagne Marie Paradis, 1re club de
concernant la technique de cramponnage demeure un territoire interdit où les croyances femme au sommet gentlemen
imposée par l’ENSA, la « technique situent la demeure des dragons et du diable. du mont Blanc passionnés par
Eckenstein » (10 pointes) nécessitant de Puis, changement radical, la montagne comme les ascensions
mettre les pieds à plat en se tordant les l’océan deviennent des espaces d’exploration. et le tourisme
chevilles, rebaptisée curieusement « dans les Alpes
technique française ». Pourtant, les
crampons avec pointes avant (12 pointes)
sont disponibles depuis 1929 à Courmayeur.
Le débat sur la technique de cramponnage
était nécessaire car il concernait directe-
ment l’enseignement alpin. Ainsi, au début
des années 1970, les crampons 12 pointes,
1786
Événement fondateur de
1821/23
1re étape vers la profes-
l’histoire de l’alpinisme, sionnalisation du métier
conquête du mont Blanc (4 de guide avec la fondation
Montagnes Magazine#456 810 m) par Gabriel-Michel de la Compagnie des guides
Paccard et Jacques Balmat de Chamonix
_7

inventés par Henri Grivel dès 1929, utilisés Aussi, on s’assure plus qu’à l’époque, avec
par des grimpeurs allemands, suisses, toujours des points d’assurage corrects
italiens et par des cordées du GHM depuis entre le 1er et le 2nd de cordée. Le rappel est
les années 1930, vont enfin être proposés également plus débonnaire aujourd’hui,
à tous en France. toute la descente du Grand Pic est équipée
Une 2e différence majeure pour la progres- par des relais ancrés sur des points, à priori

© camptocamp.org
sion en glace est certainement le piolet aseptisés. Jusqu’en 1970, l’assurage du
traction, le « Terrordactyl », avec une lame compagnon se pratiquait en passant la corde
très fortement inclinée, inventé dans les sous la cuisse et derrière l’épaule – l’assurage
années 1970 par l’Écossais Hamish à l’épaule – ou encore avec le nœud de demi-
MacInnes. Les fabricants continentaux ne cabestan depuis un point d’ancrage naturel
tarderont pas à se montrer des plus créatifs ou artificiel (piton). Aussi, les alpinistes réali- 5La brèche Zsigmondy,
pour faire évoluer ce matériel… saient de petits rappels et désescaladaient crux actuel de la traversée de la Meije.
beaucoup (tu m’étonnes !). Enfin, le premier
Quelles différences dans le matériel et baudrier d'encordement moderne est mis au
les techniques d’alpinisme en rocher point en 1970 par Don Whillans, en Grande- téléphone mobile commercial, conçu par
avant et après 1964 ? Bretagne. C’est encore de l’autre côté de la Motorola, est lancé le 6 mars 1983 aux États-
Le plus important progrès dans le matériel Manche que l’outil en forme de huit est Unis. Tout cela ne nous rajeunit guère !
d’alpinisme aura été la mise au point de la proposé dès 1968 pour les rappels, ce qui
corde moderne, donc en synthétique (nylon), facilitera bien les manœuvres de corde… Est-ce que ces évolutions ont modifié
dès 1947, et depuis, ses caractéristiques ont l’esprit montagne ?
été améliorées et contrôlées par une norma- À chaque époque son comportement ? Le simple fait d’être toujours (ou presque)
lisation (normes UIAA). Pour faire la Meije La difficulté dans une course a changé connecté, déplace le rapport au danger. Le
aujourd’hui, on prendra deux fois 50 m de d’endroit. Avant, les gens ne grimpaient risque est devenu politiquement incorrect,
corde alors qu’à l’époque, on aurait pris pas beaucoup, contrairement à aujourd’hui il est de moins en moins accepté. Pour des
deux brins de 35 m seulement. Mais ces avec les salles d’escalade et la qualité des problèmes d’assurances, on met des filets
cordes en matière naturelle (chanvre) chaussons. Une traversée des arêtes était au-dessus de la route, on doit trouver des
étaient bien plus lourdes, et surtout la chute plus facile à l’époque, les pratiquants étaient responsables. À l’époque, le danger faisait
n’était pas permise ! plus à l’aise car ils arrivaient progressive- partie de l’activité, il était accepté, on se
Globalement, le matériel s’est allégé mais ment dans des courses de niveau élevé. vantait même d’avoir pris des risques.
on en prend plus, il n’y a qu'à regarder les Aujourd’hui, beaucoup d’alpinistes peuvent Aujourd’hui, c’est l’inverse.
photos des années 1950 pour voir que le « grimper facilement du 6a. Pour autant, ils Une autre différence, relative à la progres-
fast & light » ne date pas d’aujourd’hui. avancent certainement moins vite qu’à sivité de l’apprentissage : les alpinistes
Nous mettons systématiquement un casque, l’époque dans toutes les parties faciles. passaient de la randonnée sur sentier aux
un baudrier, et les bâtons de marche téles- Côté matériel, maintenant, quand il pleut et sommets faciles hors sentiers, puis progres-
copiques sont souvent dans le sac… Par gèle, les habits ne se transforment pas en sivement à l’alpinisme. Ils passaient plus
exemple, pour permettre une progression carcan glacé. Côté sécu, les guides prennent de temps en montagne et avaient une
simultanée dans les parties grimpantes, on systématiquement des radios de secours connaissance plus pointue de ce milieu, ils
prendra quatre friends ou coinceurs à came. afin d’alerter et prévenir, ce qui n’était pas étaient plus connectés à la nature, les sens
Mais c’est seulement en 1967 que Greg Lowe le cas avant 1980, quand on partait en davantage en éveil, ouverts sur ce qu’ils
produit le premier coinceur mécanique dont montagne, on devait être vraiment avaient comme indices… Peut-être qu’au-
la forme s'approche de ceux d’aujourd'hui autonome, y compris dans l’éventualité jourd’hui, on a plus tendance à suivre un
: le « Crack Jumar ». d’un accident. De la même façon, le premier topo que les éléments extérieurs.

1874
Fondation
du Club alpin
français,
devenu en 1996
1942
1er centre de formation 2010 2017
Kilian Jornet gravit 2
la Fédération de chefs de cordée, le Edurne Pasaban, fois l'Everest la même
française des collège des Praz, qui 1re femme à gravir semaine par la face nord
clubs alpins et deviendra en 1947 l’École les 14 sommets tibétaine sans oxygène
de montagne nationale du ski et de l’alpi- de plus de 8 000 m ni corde fixes (en 26h
(FFCAM) nisme (ENSA) puis en 17h)

1865 1877
Conquête de la
1953
Edmund Hillary et Tensing Norgay
2013
Ueli Steck gravit la face
Conquête du Meije (3 974 m) réussissent à vaincre l'Everest sud de l'Annapurna
Cervin (4 478 m) par les Gaspard (8 091 m) en solo (28h)
par l’équipe père et fils et
d’Edward Whymper Emmanuel Boileau
de Castelnau Montagnes Magazine#456
8_ débuter l’alpinisme

MOTIVATIONS
POUR DÉBUTER L’ALPINISME
© François Lombard

Le plus souvent, et en tant que débutant, l’alpinisme pratiqué


à partir de mai ou juin consiste en des randonnées glaciaires,
des écoles de glace ou d’escalade sur rocher.
Que ces ascensions soient sèches, c'est-à-dire présentant
uniquement des parois rocheuses, ou qu'elles proposent de
la neige ou de la glace sur le parcours, attendez-vous à ce
que les conditions météorologiques (froid, neige ou vent) et
l’environnement (altitude, pentes plus ou moins raides, roches
friables) puissent compliquer la course. Alors pourquoi se
donner tant de mal ? Quelles sont les motivations qui nous
poussent dans cet espace hostile et cette quête de l’inutile ?

Montagnes Magazine#456
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5 En montant au refuge de l’Aigle, au pied de la Meije,


par le passage du Serret du Savon.
Propos recueillis auprès de :

Sylvain Tesson – Écrivain, voyageur, alpiniste. Il Alain Ghersen – Guide de haute montagne,
découvre l’aventure à 20 ans. Dès lors, il poursuit son philosophe de l'alpinisme, formateur à l’ENSA et connu
chemin avec un tour du monde en 1993 à bicyclette, (entre autres) pour la première ascension hivernale
traverse l'Himalaya à pied en 1997, traverse les steppes solitaire de Divine Providence, qui, selon Jean-Christophe
d'Asie centrale à cheval en 1999, suit l’itinéraire des Lafaille, « est la voie la plus difficile et la plus engagée du
évadés du goulag qui l'emmène en Sibérie, puis en Chine massif du Mont-Blanc ». Du massif de Fontainebleau à
où il rejoint le Tibet à vélo, jusqu'à Calcutta en Inde à l'Himalaya, Alain Ghersen a abordé toutes les disciplines de
pied en 2003. En 2010, il va vivre six mois en ermite dans l'alpinisme, sur lesquelles il s'est penché afin d’en
une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du lac considérer le sens à travers des études de philosophie.
Baïkal. Ces voyages ont tous donné lieu à des récits de
voyages, albums photographiques, essais, nouvelles.

Montagnes Magazine#456
10_ débuter l’alpinisme

PLAISIR ET SENSUALITÉ
POUR SYLVAIN TESSON QUELS SONT LES DIFFÉRENTS TYPES D’ALPINISME ?
Dès lors que l’on essaie d’expliquer pourquoi
on se lance dans l’alpinisme, on pourra Que recouvre l’alpinisme, exactement ? S’il est difficile de répondre à cette question avec
trouver des réponses élaborées puisant précision, c’est d’abord parce que l’alpinisme est multiple : selon que l’on évolue sur le rocher,
dans les justifications sociales, politiques, la neige, la glace ou en terrain mixte, la progression en montagne, qualifiée d’alpine, a ses
intellectuelles. Mais passer un col, poser son spécificités.
regard sur l’inconnu, avoir le regard d’Adam
(Bernard Amy), impose une réponse bien L’ascension de sommets enneigés, souvent la première porte vers l’alpinisme, nécessite
moins noble mais plus importante car de savoir s’adapter à l’état de la neige et aux situations rencontrées (traversées, arêtes,
intérieure, c’est le simple mécanisme de corniches, etc.), avec l’apprentissage de techniques fondamentales (enrayer une chute,
plaisir. Gérard de Nerval, dans une explora- assurer sur un corps mort, s’encorder à bonne distance, etc.), le maniement de matériel
tion poétique des frontières incertaines du particulier (piolets et crampons notamment) et la connaissance des risques d’un terrain
rêve et du réel, propose les vers suivants : par nature changeant. Entre crevasses, rimayes et séracs, les terrains glaciaires ne sont pas
en reste. En cela, évoluer sur la glace ou en terrain mixte n’est pas différent de l’alpinisme
Soit brune ou blonde sur neige : assurage sur broches, lunules, Abalakov, l’alpinisme sur glace, qu’il s’agisse de
Faut-il choisir ? cascades ou de goulottes, a son lot de particularités.
Le Dieu du monde,
C'est le Plaisir Quant à l’alpinisme rocheux, la sûreté variable des points d’assurage et des relais en place,
l’instabilité de la roche, le cheminement pas toujours facile, le « gaz », la longueur de
J’éprouve de la jouissance quand je grimpe, l’approche et le poids du sac à dos… voilà quelques-uns des facteurs révélateurs de la
c’est un sentiment supérieur à tous les autres. complexité et de l'exigence du milieu, par exemple sur de longues courses d’arête.
Cette sobriété volontaire résonne comme un Connaissances et expérience sont ainsi requis pour être parcouru en sécurité.
retour à l’archaïsme, à la nécessité du geste
simple. Pour Nietzsche, le plus grand ennemi,
c'est l'esprit de pesanteur, et dans un air pur, montagne est une forme de braille. Les Rentrer de montagne, c’est revenir d’une
on pense limpidement (Gai Savoir) ! nouvelles technologies – crime contre parenthèse qui a permis une impression de
Quand je suis en montagne, la perception l’humanisme – ôtent la substance de la vie, réappropriation de son existence ; ce qui
du monde se fait au travers de mon équipe- annihilent l’orientation et affaiblissent les est plutôt bénéfique pour revenir en société.
ment sensoriel, l’escalade convoque les sens. Cette dépression de l’appareil senso- Par cet acte, on réaffirme que l'on s'appar-
cinq sens comme l’odorat qui est le plus riel se guérit au travers de l’alpinisme. tient à soi avant d'appartenir à un
associé à la mémoire. Une autre motivation majeure est le beau. quelconque groupe social. Les guides ont
Aujourd’hui, nous sommes encerclés par pour vocation de permettre à leur client
Le calcaire chaud, le laid, la production de masse, industrielle, de vivre cette parenthèse en réduisant au
c’est l’odeur de la lumière. globalisée, thermoformée, de la vaisselle à mieux la prise de risque. Cette parenthèse,
l’architecture. L’esthétisme est la chose la comme un souffle, amène à une forme de
L’alpinisme offre la possibilité à mes sens plus importante, que l’on trouvera dans la satisfaction personnelle que l’on peut
d’exprimer leur plein pouvoir. Qu’est-ce poésie, le visage de certaines femmes, dans assimiler à une simple joie de vivre. Il y a
qu’on touche dans une ville ? Un verre de la nature. En montagne, on se retrouve quelque chose d’extraordinairement concret
whisky, la peau d’une femme ? En montagne, rapidement dans un tableau flamand, à l’air dans le fait de gravir une montagne. C’est
le granite propose au toucher le chaud ou brumeux, l’intensité y est sublimée. ici et maintenant que ça se passe, et c’est
le froid, la rugosité ou le velouté, et alors on cette dimension du hic et du nunc qui
change encore de matière, plus molle, en LA LIBERTÉ POUR ALAIN GHERSEN conduit à la joie, laquelle se distingue du
passant les mains sur de la mousse. La La pratique de la montagne offre une occasion bonheur qui, lui, est plutôt une projection
unique de s’extraire des normes heureuse, mais hypothétique, de soi dans
sociales et du vivre-ensemble qui le futur. À l’inverse, la joie est sensorielle :
imposent, de manière quasi-perma- c’est tout ton corps qui est exposé, solli-
« L’ESTHÉTISME nente, de régler son comportement
sur celui des autres. Là-haut, on se
cité dans l’instant. Additionnée à une fatigue
importante, l’exacerbation de tes sens peut
EST LA CHOSE LA confronte à un environnement où les
habitudes sociétales perdent leur perti-
aboutir à une forme de jubilation. Aussi, le
froid, la douleur physique, l’engagement
PLUS IMPORTANTE nence. Il faut donc commencer par les
désapprendre pour mieux comprendre
psychologique permettent, par contraste, de
se réapproprier le quotidien et de mieux
EN MONTAGNE. » les priorités au sein d’une action où
l’on doit intégrer l’objectif visé, la
apprécier son confort.
L’alpinisme propose, du fait de la verticalité,
cordée et le fait de rester en vie. de s’élever dans un milieu difficile, ce qui

Montagnes Magazine#456
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© Daniel Dulac

induit par réaction un renforcement de soi. avec elles. En montagne, il y a bien sûr BIBLIOGRAPHIE :
Même si cette dernière idée est sans doute certains principes à respecter si tu veux – On a roulé sur la terre, S. Tesson et A. Poussin,
valable pour le sport en général, la dange- rester en vie, mais ils ne sont pas absolus Laffont, 1996
rosité mortelle de cette pratique et la prise et, in fine, c’est toi qui les adaptes en relation – La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers
en charge de sa propre sécurité en temps avec ton objectif et les conditions rencon- l'Himalaya, S. Tesson et A. Poussin, Laffont, 1998
réel donnent une teinte toute particulière trées. Même si le terme d’« inutilité » cher – La Chevauchée des steppes : 3 000 km à cheval à
à cette idée de renforcement. L’alpinisme, à Lionel Terray est discutable sur certains travers l'Asie centrale, S. Tesson, P. Telmon, Laffont,
surtout celui de pointe, nous met sur une aspects, on peut tout de même le défendre 2001 ; Pocket, 2013
ligne de crête (au sens figuré !) entre une en considérant qu’effectivement, rien d’exté- – L'Axe du loup : de la Sibérie à l'Inde, sur les pas des
mort possible d’un côté et une existence rieur à toi ne t’oblige à aller en montagne. évadés du Goulag, S. Tesson, Laffont, 2004 ; Pocket, 2007
démultipliée par l’expérience décalée que Et ce sentiment de liberté se poursuit dans – Éloge de l'énergie vagabonde, S. Tesson, Éditions des
l’on est en train de vivre, de l’autre. l’action elle-même. Persister dans une action Équateurs, 2007 ; Pocket, 2009
L’autre intérêt de cette activité est que tu risquée confronte inévitablement à des – Berezina, S. Tesson, Guérin, 2015
peux t’exprimer et trouver ton plaisir dans doutes, et c’est ainsi que la liberté et le – Sur les chemins noirs, S. Tesson, Gallimard, 2016
n’importe quel niveau. L’âge avançant, tu risque rentrent en résonnance. Même si – Une très légère oscillation, S. Tesson, Éditions des
peux aussi devenir plus contemplatif, sans l’insistance à continuer peut amener à ce Équateurs, 2017
la recherche de performance, avec toujours que ton destin se retrouve dépendant d’élé- – Un été avec Homère, S. Tesson, Éditions des
en arrière-plan une idée d’effort récom- ments qui te dépassent, il reste que le choix Équateurs/Inter, 2018
pensé et sublimé par l’environnement dans de poursuivre t‘appartient en propre. Le – Risque et alpinisme – Réflexion philosophique sur
lequel tu te trouves. risque mortel en montagne te renvoie à ta l'homo alpinus, Alain Ghersen, Glénat, coll. « Hommes
Enfin, la prise de risque soulève la question conscience et au doute qui, selon Descartes, et montagnes », 2016.
du rapport aux règles et ainsi, celle de la la caractérise. C’est en ce sens qu’il ravive
liberté qui se définit bien souvent en lien ton sentiment de liberté.

Montagnes Magazine#454
12_ entretien excellence & alpinisme

LES SOMMETS DE L’EXCELLENCE


« LES GRANDS ALPINISTES SONT CEUX
RECONNUS COMME TELS PAR LEURS PAIRS »
Qu’est-ce que l’excellence en alpinisme ?
Nous avons posé la question à Delphine Moraldo,
docteure en sociologie à l’ENS Lyon et auteure d’une thèse sur le sujet.
Propos recueillis par Mathias Virilli / Photos : Jim Herrington, The Climbers

Delphine Moraldo - Docteure à l’ENS Lyon,


elle a soutenu sa thèse « Les sommets de l’excellence.
Sociologie de l’excellence en alpinisme, au Royaume-Uni
et en France, du XIXe siècle à nos jours »
sous la direction de Bernard Lahire.

© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)

Sir Chris Bonington, à Wigton, Angleterre,


en 2010. Il fait ses débuts d'alpiniste à l’âge
de 6 ans, et réalise toujours des premières
ascensions cinquante ans plus tard.
On peut citer à son actif la première ascension
britannique de la face nord de l’Eiger,
la face sud de l’Annapurna,
et la face sud-ouest de l’Everest.

Montagnes Magazine#456
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Quels sont les critères de définition de entre en jeu aux côtés de la performance : la montagne, se battre “à armes égales”
l’excellence en alpinisme ? il faut le faire surtout dans les bonnes condi- contre elle, comme dans le sport.
C'est très difficile de définir l'excellence en tions éthiques. Faire une ascension très diffi-
alpinisme parce qu'il ne s'agit pas vraiment cile en étant amené au pied par hélicoptère Pourtant l'escalade artificielle est
d'un sport, du moins comme on l'entend ou en plantant des pitons (ce qui est proscrit aujourd'hui devenue une discipline à
habituellement, dans lequel on a des critères par les Anglais par exemple), est-ce une part entière, d'excellence, non ?
mesurables. En alpinisme, il n'y a pas de grande ascension ? Ces styles peuvent être Oui, et c'est un exemple typique de l'évolu-
critère fixe : ça dépend du climat, de la très critiqués dans le milieu de l'alpinisme. tion de l'éthique. Dans les années 1960 et
météo, du matériel utilisé, etc. 1970, des alpinistes de milieu populaire, très
Qu'est-ce qu'un bon style alors ? célèbres au Royaume-Uni, tels que Joe
En plus des ascensions effectuées, le critère Le bon style varie au fil de l'histoire. Ce Brown ou Don Whillans, sont critiqués par les
de reconnaissance par les autres alpinistes qu’on appelle “l’éthique” (ethics pour les générations antérieures, qui les considè-
me paraît être le critère le plus fiable pour Anglais), c’est-à-dire ces normes implicites, rent comme des singes qui se suspendent à
définir une élite de l'alpinisme. Il ne faut rarement formalisées et qui produisent des des échelles, puisqu’ils font de l’artif. Sauf
pas seulement regarder ce que les gens interdictions (notamment d'utiliser certains qu'ils font des choses tellement dures que
ont fait, il faut aussi regarder quels alpinistes aides artificielles), varie au fil du temps. ça finit par être accepté, malgré la persis-
sont considérés comme de grands alpinistes Les pitons, l'oxygène, la corde, les crampons tance des conflits inter-générationnels.
par leurs pairs, et c'est ce critère là que en sont des exemples.
j'utilise. Pour moi, c'est assez proche des Pour ce qui est de l'oxygène, son utili-
critères d'excellence en art. Juger de la La corde par exemple, au tout début de sation reste fortement débattue et le
valeur d'un tableau, de son excellence, c'est l'escalade au Royaume-Uni, dans les années style alpin s'en écarte, tandis que pour
quasiment impossible, alors les grands 1870-1880, était considérée comme de la les cordes, on observe un retour du solo...
artistes sont ceux qui sont vus comme tels triche : l'utiliser n'était pas fair-play. Des C'est vrai. La variation ne doit pas forcé-
par les autres. récits des premières ascensions rocheuses ment aller dans le sens d'une acceptation.
dans le Lake District, dans les années 1880, Des alpinistes que j’ai interrogés (Martin
Je regarde donc au fil du temps qui sont relatent qu'une corde était parfois Boysen par exemple, un des himalayistes
les grands alpinistes reconnus : cela corres- suspendue sur le rocher d'à côté au cas où et grimpeurs anglais des années 1970-1980),
pond effectivement à ceux qui ont fait les l'alpiniste tomberait, pour qu'il puisse se utilisaient des masques à oxygène. Son
plus grandes ascensions mais comme les jeter dessus. Elle a cependant été adoptée masque est tombé en panne dans la face sud
critères d'une grande ascension varient pour l’assurage très rapidement. de l'Annapurna et à l'époque, il avait dû
historiquement, il faut aussi regarder la redescendre. Maintenant, si tu on s’attaque
reconnaissance par les pairs. Les crampons étaient également interdits à ce type d’ascension avec oxygène, on ne
aux débuts : considérés comme non fair- peut pas être considéré comme un « grand
Les cotations ne peuvent-elles pas play, ils ont ensuite été acceptés. Il en va de alpiniste ». Martin Boysen avait d'ailleurs fait
jouer ce rôle ? même pour l'oxygène : les premiers alpinistes scandale en disant que faire l'Everest avec
Elles peuvent jouer, de la même façon que anglais qui vont sur l'Everest au début du oxygène c'est comme promener son chien
faire une première pourrait être un critère, XXe siècle ne veulent pas utiliser de l'oxy- au bord de la mer. Désormais, c'est ce que
mais beaucoup ont fait des premières de gène, des débats très forts divisent la tout le monde pense :on n'est pas un grand
faible ampleur au XIXe siècle emmenés par communauté des alpinistes, on les dénonce alpiniste si on fait l'Everest avec sherpas,
leur guide, ce ne sont pas des grands avec des lettres anonymes qui parlent de oxygène, bref, pas en style alpin.
alpinistes pour autant. Il faudrait que ce soit triche et de non-respect de la montagne…
une première difficile, mais qu'est-ce que la Une orientation générale reste difficile à
difficulté ? C’est pourquoi la reconnaissance Les pitons sont strictement interdits au dégager : l'artificiel va dans le sens de plus
Royaume Uni jusqu’à assez tard de moyens, le rejet de l'oxygène de moins…
dans le XXème siècle. t. Dans les ça montre bien que ce n’est pas aussi simple
années 1920, des pitons installés et qu’il faut penser d’autres critères, qu’il y
par des alpinistes allemands au a plusieurs paramètres qui entrent en jeu.
Pays de Galles sont immédiate-
« LE BON STYLE VARIE ment ôtés par des alpinistes gallois Vous établissez un rapprochement entre
l'alpinisme et l'art, voire avec la religion...
pour réparer l'outrage. Quelques
AU FIL DE L'HISTOIRE. » décennies plus tard, ils seront Ce sont plutôt des analogies que des compa-
raisons. L'alpinisme n'est ni de l'art, ni une
finalement acceptés, sous
certaines conditions. En bref, il y a religion (d'autant que beaucoup d'alpinistes ne
derrière tout ça l’idée qu’il faut se disent pas du tout croyants), mais il y a des
respecter son adversaire, rapprochements à faire entre ces domaines.

Montagnes Magazine#456
14_ entretien excellence & alpinisme

Le rapport avec l'art, en plus du fait que la “grand alpinisme”, et avec la nécessité de ils ont pris moins de risques (en arrêtant
reconnaissance est un critère important pour se distinguer de ses prédécesseurs, de faire de faire du solo, par exemple) car c'était
définir l’élite, c'est aussi que pour être excel- mieux qu’eux, on observe d’ailleurs que psychologiquement trop difficile. Ce «
lent, la performance physique ne suffit pas l'engagement devient beaucoup plus impor- resserrement du monde » est un phéno-
: par exemple, on remarque souvent que les tant au fil du temps. En dépit des amélio- mène historique relativement récent : il n’y
alpinistes mettent en avant leur attitude rations de matériel, on observe ainsi que, a rien de tel chez les premières générations
contemplative face à la montagne. C'est très au sein du groupe des « grands alpinistes d’alpinistes, pour qui cela reste un loisir qui
vrai chez les alpinistes anglais. Les premiers », la proportion de morts en montagnes passe derrière les responsabilités profes-
à faire de l'alpinisme acrobatique, critiqués croît au fil du temps, avec une accélération sionnelles et familiales.
par leurs contemporains - Albert F. Mummery après la guerre. Devenir un grand alpiniste
par exemple - vont essayer de se rattraper nécessite un travail sur soi et une conver- Vous dites que l’alpinisme se profes-
en écrivant de longs passages sur la beauté sion qui fait qu'on est complètement voué sionnalise et se sportivise de manière
des montagnes. Il y a la nécessité d'avoir à l'alpinisme, sans quoi on ne serait pas mesurée, les alpinistes professionnels
une démarche qui ne soit pas uniquement prêts à faire tous ces sacrifices : de soi- et sportifs restant fortement suspects.
sportive, mais aussi philosophique, esthé- même, de son corps, mais aussi de sa famille. Est-ce que cela reste valable
tique. Est-ce une stratégie pensée comme On se convertit à l'alpinisme un peu comme aujourd'hui, avec des exemples comme
telle par les alpinistes ? C'est difficile à dire, à une religion. Kilian Jornet ou Ueli Steck ?
mais c'est une dimension fondamentale du Il y a toujours cette suspicion à l'égard du
rapport à la montagne quand on fait du grand Vous parlez de « resserrement du monde ». professionnalisme et l'idée que gagner sa
alpinisme, qu’on trouve dans la plupart des Pour les générations les plus récentes, dans vie de l'alpinisme n'est pas très moral. Chez
textes et autobiographies les années 1970 et après, quand on regarde un alpiniste français professionnel comme
leur trajectoire, on observe qu'une fois la Lionel Daudet, on peut remarquer des
Pour la religion, l'analogie est plus ténue, découverte de l'alpinisme faite, souvent à manières de réinsérer un aspect esthétique
mais elle concerne avant tout l'éthique, avec la fin de l'adolescence, il y a effectivement ou contemplatif dans sa pratique et la
le parallèle qu'on peut faire avec un ouvrage ce que j’appelle un progressif « resserre- manière dont il la relate dans ses livres ou
célèbre de sociologie, à savoir L'éthique ment du monde » : une mise au second plan interviews. Cela contribue un peu à masquer
protestante et l'esprit du capitalisme de Max de tous les domaines qui ne sont pas de ou atténuer son professionnalisme. La suspi-
Weber (1904). Weber montre qu’il y a chez l'alpinisme. La plupart ne font pas d'études, cion est peut-être plus forte chez les Anglais,
ces premiers protestants une intériorisa- les arrêtent ou les finissent sous la pression où Chris Bonington, par exemple, est très
tion très forte de principes éthiques d’origine familiale mais ne veulent pas travailler critiqué justement parce qu'il assume
religieuse, qui se manifeste dans un rapport après, ou finissent par abandonner leur complètement vouloir gagner sa vie.
au travail particulier et qui a favorisé la carrière professionnelle. Parmi les premiers
naissance du capitalisme. de ces nouvelles génération, il y a par J’ai même interrogé un alpiniste anglais qui me
exemple Chris Bonington, sans doute l'alpi- disait mettre sur un même plan les alpinistes
Outre le fait qu’on trouve beaucoup de niste anglais le plus connu. Cadre dans une allemands qui allaient faire l'Eiger sous le
protestants chez les précurseurs de l’alpi- entreprise, il a fait le choix à un moment nazisme et les alpinistes actuels qui font des
nisme en Angleterre, il y a un autre rapport de se consacrer à l'alpinisme parce qu'il ne sommets pour un sponsor comme North Face.
avec la religion : elle est également présente pouvait pas mener les deux carrières de
dans l’idée de conversion que suppose le fait front. C'est aussi pour cela qu'il existe autant Un des points centraux de mon travail est
de devenir un grand alpiniste, dans l'inté- de profs parmi les alpinistes : cela laisse du de montrer que cette éthique, cette idée
riorisation d'une “vocation d'alpiniste”. temps, bien que insuffisamment quand on de fair play et d'honneur vient des Anglais
Devenir un grand alpiniste implique en effet veut partir en expédition. De plus en plus du XIXe siècle, de cette petite élite sociale
d’accepter de prendre des risques très d'alpinistes essaient ainsi de gagner de qui a inventé et codifié l’alpinisme. C’est
importants. Avec la généralisation de l’hima- l'argent de leur pratique. pour cela, à mon avis, que c'est encore très
layisme comme ticket d’entrée dans le présent chez eux et que cela persiste, même
Et puis il y a le domaine si les médias et Internet ont changé la donne
familial : le couple en et le public a lui aussi évolué : l'alpinisme
souffre, on voit n'est plus réservé à une petite élite sociale.
beaucoup de sépara-
« ON SE CONVERTIT tions, de ruptures, et les
enfants bien sûr.
À L'ALPINISME Beaucoup d'hommes 4
m’ont confié qu'après Martin Boysen, à Manchester, en 2014. Pionnier de
COMME À UNE RELIGION. » la naissance de leurs l’escalade traditionnelle britannique, il a participé aux
enfants, ils ont continué expéditions nationales à l’Annapurna (1970) qui sur la face
un temps, mais qu'au sud-ouest de l'Everest(1975) avant de faire la première
bout d'un moment, ascension de la Trango Tower. Il a écrit Hanging On.

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© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)


16_ entretien excellence & alpinisme

16 Parmi les 62 autobiographies


14 épluchées au peigne fin par
12 Delphine Moraldo, voici les
10 alpinistes les plus cités par les
8 autres alpinistes dans leurs
6 propres autobiographies. Être
4 cité par les autres est un indice
2 (pas le seul) de reconnaissance
0 par les pairs.

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Pourquoi partir des autobiographies ? Dans ces autobiographiques, il y a évidem- Je voulais voir aussi si la conception britan-
Cette démarche est assez peu courante en ment une défense de son excellence, un nique se diffusait dans d'autres pays, et je
sociologie, parce que c'est un matériau discours sur les bonnes manières de pratiquer pouvais regarder ça en France, même si la
suspecté d'être trop biaisé : il y aurait trop le grand alpinisme, parfois même jusqu'à la comparaison avec l’alpinisme italien ou
de reconstruction à l'oeuvre dans une caricature, sur le respect dû à la montagne allemand aurait été intéressante.
autobiographie. Comme c'est la personne ou la distinction. J'en ai lu 62 sans compter Malheureusement, je ne parle aucune de
qui écrit elle-même sa vie, elle peut mentir les articles, ce qui est un nombre suffisant ces deux langues. Comme les alpinistes
et, en quelque sorte, se “mentir à elle- pour voir apparaître des traits caractéris- anglais et français pratiquaient dans les
même” car on regarde toujours sa propre tiques et des récurrences fortes. mêmes lieux, à partir du XIXème siècle, je
vie à partir du point d'arrivée. Quand on me suis rendue compte qu'il y avait eu
écrit en tant que grand alpiniste et qu'on Est-ce que la transmission et l'incor- d'énormes échanges, des réseaux d'inter-
publie une autobiographie d'alpiniste, on poration de la conception de l’excel- connaissance entre alpinistes de plusieurs
relit tout au prisme de l'alpinisme et il n’est lence passe toujours par les livres ? pays, via leurs guides notamment (qui
pas rare de lire des phrases comme : « dès Je me suis arrêtée à des alpinistes nés dans guidaient à la fois les Français et les Anglais).
l'âge de trois ans, je suis monté sur une les années 1970-1980, et pour les plus
colline, et mon avenir était tout tracé ». jeunes, c'est sûr que la médiatisation d'alpi- Du fait de ces échanges, la conception britan-
nistes comme Jean-Marc Boivin a été une nique de l'alpinisme ne reste pas circons-
A l’origine, j'avais utilisé les autobiogra- entrée dans l'alpinisme. Désormais, il y a crite à l'Angleterre. L'alpinisme français
phies pour accéder au discours d'alpinistes Internet qui change la donne. En revanche, apparaît, en partie, à partir d'un alpinisme
décédés. Je trouvais que c'était un bon ce qui est intéressant, c'est que comme anglais qui lui préexiste, avec des Anglais
moyen d'avoir accès à leur trajectoire et à l'alpinisme attire quand même des gens admirés - Albert F. Mummery est une idole
leur vision de l'excellence. Peu à peu, j’ai plutôt éduqués, qui ont souvent fait des pour les Français au début du XXe siècle - et
réalisé que l'autobiographie est un beau études et qui viennent en général de milieux une volonté (qu’on peut voir dans les revues
matériau pour analyser l'excellence parce sociaux favorisés, ils vont être enclins à lire du CAF) de faire partie de l'Alpine club. De
que cette reconstruction autobiographique sur l'alpinisme et son patrimoine historique, nos jours, on a peut-être un peu de mal à
donne à voir les critères que les alpinistes par exemple Les conquérants de l'inutile admettre qu'on tire certains des principes
pensent comme étant ceux de l'excellence. de Lionel Terray, très lu et très cité... En de notre alpinisme national des Anglais.
Une autobiographie est par définition écrite Angleterre, c'est très vrai aussi : l'histoire
par un alpiniste excellent : quand on n’est de l'alpinisme est pour eux extrêmement Aujourd'hui, le guide est la personne
pas bon, pourquoi publier son autobiogra- importante, plus qu’en France. Ce n'est pas reconnue socialement pour sa compé-
phie d'alpiniste ? Quelques uns l'ont fait, juste une pratique mais un passé, une tradi- tence, tandis que le client anglais a un
mais pour la plupart, ce sont des grands tion. Les jeunes lisent les classiques, notam- peu des allures de touriste venu fouler
alpinistes qui ont la légitimité pour publier ment l’autobiographie de Joe Brown, l’alpi- la Mer de glace... C’était donc l’inverse
leur récit de vie, et offrent ainsi un accès au niste ouvrier des années 1960, aujourd’hui initialement ?
discours d'excellence très intéressant. une idole : en exagérant à peine, son Oui, du moins, la reconnaissance sociale
bouquin a été lu par n'importe quel ouvreur allait à l'Anglais membre de l'Alpine club, et
dans une salle d'escalade ! C'est vraiment le guide français était simplement vu
intéressant quant à la socialisation et la comme le montagnard local…même s’il était
« QUAND ON découverte de l'alpinisme. admis que c’était bien le guide qui avait
conduit l’alpiniste au sommet. Jusqu'au
N’EST PAS BON, Vous avez choisi de vous intéresser au
Royaume-Uni et à la France : pourquoi ?
début du XXe siècle, où on fait encore de
l'alpinisme excellent avec un guide, les
POURQUOI Le Royaume-Uni est le berceau de l'alpi-
nisme : c'est là qu’est apparu le premier
grands alpinistes anglais avouent sans
problème que les grands guides sont
PUBLIER SON club alpin en 1857 (l'Alpine Club). Dans les
années 1850-60, les Anglais (avec leurs
meilleurs qu'eux. Quand bien même ils
admettent qu’ils n'auraient pas pu mener à
AUTOBIOGRAPHIE guides locaux) sont les auteurs de la
majeure partie des premières dans les Alpes.
bien leur ascension sans ces guides, ils ne
les considèrent toutefois pas comme des
D'ALPINISTE ? » Ensuite, ce sont parmi les premiers à être
allés dans les massifs éloignés (le Caucase,
alpinistes, parce qu'ils ne sont pas des
gentlemen, ni des amateurs : ils gagnent
puis les Andes, l’Himalaya). de l'argent de leur pratique, et ne sont pas

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membres de l'Alpine club, et restent ainsi et à l'urbanisation du pays. Il y a aussi une Quel est le profil de l'alpiniste à la
des employés (et même des quasi-servi- volonté de conquête impérialiste : création du club alpin anglais, au milieu
teurs, dans les premières décennies) qui les Anglais cherchent à conquérir de du XIXe siècle ?
aident à réaliser une ascension : ils ne nouveaux territoires, lancent de C'est un homme (puisque l'Alpine club est
pouvaient pas être considéré comme des nombreuses campagnes d'exploration, et fermé aux femmes jusqu'aux années 1970)
alpinistes à part entière. Il faut toutefois la figure de l’explorateur est très populaire issu de la bourgeoisie ascendante anglaise
noter qu’il y avait une hiérarchie des guides à cette époque. Cependant, tous ne peuvent (contrairement à ce qu’on entend parfois, il y
comme il y avait une hiérarchie des pas participer à ces campagnes. Les a très peu d'aristocrates qui font de l'alpi-
alpinistes : les “grands guides” comme premiers alpinistes sont un peu des explo- nisme). Il y a cette nouvelle classe bourgeoise
Michel Croz ou Alexandre Burgener étaient rateurs ratés, qui se reportent sur une explo- qui émerge suite à la révolution industrielle en
très respectés (sans pour autant être consi- ration à leur portée, dans le massif le plus Angleterre et qui va, notamment, investir des
dérés comme des alpinistes). proche, les Alpes, parce qu'ils ont peu de écoles, les public schools, où est créé le sport.
Un tournant s'opère dans les années 1950- temps et une carrière à gérer. Ils donnent Ces écoles sont le vivier de l'alpinisme britan-
1960 : le métier de guide s’institutionna- d’ailleurs à leurs ascensions des allures nique de l'époque, avec à leur sortie beaucoup
lise davantage (guide devient un métier et d'exploration. Quand on lit Whymper qui d'avocats, d'officiers, d'enseignants à l'uni-
non un complément à l’activité de cultiva- va dans les années 1860 dans le Dauphiné, versité : des professions, avec de l'argent, ce
teur) ; certains partent en expédition. dans des vallées où personne n'avait jamais qui leur permet de prendre des semaines de
Lachenal, Terray, et même un peu avant été, où les habitants n'avaient jamais vu congés (chose impossible pour les autres
Armand Charlet sont les premiers grands d'étrangers, et qui raconte que les classes sociales de l’époque) et de voyager.
guides starisés. “indigènes” le regardent avec curiosité et L’alpiniste britannique va pouvoir ainsi se
que les enfants lui demandent de l'argent... rendre dans les Alpes et faire un maximum
Vous datez la naissance de l’alpinisme c'est une vision très misérabiliste, comme d’ascensions en quelques semaines. Certains
à la création de l'Alpine club en 1857. Pierre Allain quand il va dans l'Himalaya ont suffisamment d’argent pour mener des
Pourquoi cette date ? dans les années 1930. C'est vraiment le campagnes d'exploration, mais il s’agit là de
J'aurais pu partir des premières ascensions conquérant qui
du Mont-Blanc, un siècle plus tôt, mais j’ai arrive chez les
préféré choisir le moment où l'alpinisme indigènes. 100%
12%
devient une activité à part entière, détachée 90%
d’activités comme l'art ou la science. Il y a un La deuxième raison à 80%
club alpin dédié à l'alpinisme, avec des débats mon sens, c'est cette
70%
en son sein qui aboutissent à la conclusion formation sportive 62%
60%
qu'on ne va pas en montagne pour mesurer qu'ils ont eu dans
la température et la pression au sommet du leurs écoles, les public 50% 83%
Mont-Blanc, ce qui faisait partie des justifi- schools et les univer- 40%
cations d’Horace-Bénédict de Saussure, mais sités, une formation 30%
tuteurs privés
parce que l'alpinisme est un loisir à part sportive qui n'existe 20% 38%
public school ou
entière. Personne n’avait explicité le plaisir pas en France où établissement sélectif
10% (dont grammar school)
de conquérir les sommets auparavant. l'exercice corporel est 6%
0% établissement local
assez critiqué parmi avant la guerre (N=52) après la guerre (N=34)
Qu'est-ce qui explique que le Royaume- les élites (on consi-
Uni soit le point de départ de l'alpi- dère que ça rend Les public schools, ces écoles de la bourgeoisie, ont formé la très grande
nisme plutôt que la France ? bête). Seuls quelques majorité des alpinistes d’élite britanniques jusqu’à la seconde guerre mondiale,
Il y a un contexte politique. La France devait lycées parisiens vont un schéma qui se perpétue encore aujourd’hui, bien que dans une moindre
créer son club alpin un peu plus tôt mais la encourager la mesure.
guerre contre la Prusse vient freiner cet pratique du sport en
élan et repousse la création du CAF à 1874 imitant, justement, les écoles anglaises. Les rentiers, c’est-à-dire d’une minorité de
(1857 pour l’Alpine Club, soit près de 20 ans Anglais, dès le milieu du XIXe siècle, aiment personnes. Les autres doivent se contenter
avant!). Chez les Anglais, c'est à mon sens l’effort physique, l’affrontement codifié, et des Alpes, l’alpinisme alpin étant considéré
vraiment lié à l’apparition de cette nouvelle valorisent les normes sportives de fair-play: comme une forme d’exploration à échelle
bourgeoisie, suite à la révolution industrielle tout cela, ils vont l’importer dans l’alpinisme. réduite, pour ceux qui n’ont pas le temps et
le moyens d’aller plus loin.

Ce ne sont pas des professionnels de l'alpi-


nisme: l’alpinisme est un loisir, qui se pratique
Nombre d’ascensions connues du mont Blanc entre 1786 et 1904. à côté d'une carrière respectable. Les
1786- 1853- gentlemen anglais abandonnent leur carrière
Périodes 1874 1879 1884 1904 d'alpiniste après 10 ou 15 ans, quand les
1853 1874
responsabilités familiales et professionnelles
Nombre d’ascensions du mont Blanc prennent le dessus. Très peu meurent en
? ? 4 8 24 32
par des Français
montagne (Albert F. Mummery est un cas
Nombre d’ascensions du mont Blanc assez exceptionnel), ce qui change complè-
26 ? 19 19 15 9
par des Britanniques tement du profil actuel. Si on regarde, par
exemple, les “grands alpinistes” nés avant
Nombre total d’ascensions du mont Blanc 40 ? 37 38 57 75 1950 et qui pratiquaient dans les années
1970, on remarque que parmi ceux qui sont

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18_ entretien excellence & alpinisme

décédés ou qui ont arrêté l’alpinisme, soit 50 Club a été créé au début du XXe siècle parce alpinistes issus de milieux populaires étaient
personnes, 30 sont morts en montagne, ce qu'il n'y avait pas de place pour elles dans sur le devant de la scène, par exemple au
qui est beaucoup. Plus généralement, on les clubs masculins. La place des femmes moment de l’Annapurna français en 1950,
voit bien l’augmentation de la proportion reste dominée dans l'alpinisme même ce ne sont pas tant Lionel Terray, Louis
de morts en montagne au fil du temps. aujourd'hui. Quand on regarde statisti- Lachenal ou Gaston Rebuffat que Maurice
quement, c'est plus flagrant que ce qu'on Herzog, le grand bourgeois parisien, qui
Est-ce que la condition des femmes et imagine : elles représentent moins de 10% finit par tirer avantage de l'histoire. Et d’ail-
des personnes de milieux populaires des membres du GHM ; chez les guides en leurs, parmi ces hommes, seul Lachenal
dans le grand alpinisme a évolué ? France, c'est moins de 3%. avait des origines sociales populaires (Terray
Il y avait déjà des femmes alpinistes à la fin Les pratiques physiques sont considérées était fils de médecin).
du XIXe siècle, mais on ne connaît pas à comme masculines initialement, et l'alpi-
cette époque d'alpinistes du milieu populaire nisme en particulier, étant donné son Selon vous, le contexte ainsi que
: ils n'avaient ni le temps ni l'argent. En histoire croisée avec la conquête impéria- l'homogénéité sociale des alpinistes
revanche, se développe en Angleterre une liste anglaise, et l’idée de pratique dans les de l'époque, ont forgé les fondamen-
pratique sur les massifs locaux qui attire grands espaces qu’elle incarne, est consi- taux éthiques de l'alpinisme jusqu'à
des milieux un peu moins favorisés, de la dérée comme très masculine. L’idée d’explo- aujourd'hui. Dans quelle mesure cette
petite bourgeoisie (par exemple des ration féminine est en quelque sorte un doctrine éthique s'applique-t-elle
ingénieurs plutôt que des avocats). non-sens au XIXe siècle, et encore un peu aujourd'hui ?
aujourd'hui d’ailleurs, même si cela change. Ces principes de fair play et cet ethos sportif
Au XIXème siècle et au début du XXème L'hégémonie masculine existe toujours mais amateur qui s'est formé au milieu du XIXe
siècle, des femmes de la bourgeoisie ou de les stratégies évoluent pour que les femmes siècle chez ces nouvelles élites anglaises
l'aristocratie, très rares, pratiquaient l'alpi- pratiquent : des cordées féminines dans les sont tellement incorporés qu'ils les appli-
nisme - par exemple Elizabeth Le Blond, années 1920, où les femmes se mettent quent forcément à l'alpinisme. L'éthique,
qui a écrit une autobiographie - mais elles entre elles pour pratiquer librement, à la selon moi, c’est une manifestation du fair
étaient généralement ostracisées par les médiatisation de grandes alpinistes comme play sportif importé dans l'alpinisme. Le
hommes et peu reconnues. Le Ladies' Alpine Catherine Destivelle, qui implique une sport à l'époque est très différent de celui
certaine mise en scène. d'aujourd'hui pour les élites sociales :
amateurisme, stoïcisme, dignité...
Pour les pratiquants de milieux populaires, L'alpinisme est considéré comme un sport
il y a eu une intégration (dans l’élite de noble, avec des règles, la nécessité de
Joe Brown, à Llamberis (Pays de Galles), en 2014. Grimpeur l’alpinisme) à partir des années 1950-1960. respecter l'adversaire - en l'occurrence la
phare de sa génération, il est le premier Britannique à Quand on s'intéresse aux catégories socio- montagne.
atteindre l’altitude de 8586 mètres lors de l’expédition professionnelles des alpinistes du GHM par Comme la conception de l'excellence forgée
nationale sur le Kangchenjunga en 1955. S exemple, ou de l'Alpine club, ou des par l'alpinisme anglais s'est diffusée en
on autobiographie : The Hard Years. alpinistes reconnus, on remarque qu’après France, forcément les Français reprennent
6 la seconde guerre mondiale, il y a eu ces codes éthiques. Henry Cordier par
pendant une petite exemple, un des grands alpinistes français
période une part de la fin du XIXe, membre (très fier) de
plus importante l'Alpine club, rédige des articles dans lesquels
d'alpinistes des il reprend les idées d’honneur, de dignité et
classes populaires, de loyauté développées par les Anglais.
© Jim Herrington (www.jimherrington.com), The Climbers (www.theclimbersbook.com)

avant que le milieu


ne se resserre Comment expliquer que cette éthique
autour de personnes ait perduré ? Il y a toujours eu des
issues des classes débats - sur l'oxygène par exemple - et
favorisées, ou de cette éthique a sans cesse été remise
personnes sortant en question...
de l’université. Dans Les moyens adoptés sont remis en question
l’alpinisme, la valori- mais les principaux fondements, à savoir
sation du style, l'idée qu'il ne faut pas tricher avec la
l'euphémisation de montagne, reste. Après, on vient plaquer
la performance, la dessus différentes aides artificielles, mais
mise en avant de la l'esprit est tellement ancré, fait tellement
contemplation et de partie de la tradition et des fondements de
l'esthétique, corres- l'alpinisme, que ses principes perdurent.
pond à l’éthos d’une Bien sûr, il y a des débats, des oppositions,
élite cultivée, mais mais tous les grands alpinistes sont d'accord
ce n’est pas la seule sur l’idée qu'il ne faut pas tricher avec la
raison : la tradition montagne, quand bien même ils ne seraient
joue beaucoup. On pas d'accord sur ce qu'ils entendent par là.
peut aussi noter C'est aussi pour ça que l'alpinisme n'est
que, même au pas un sport : il n'y a pas de règlement
moment où des définitif qui vient trancher, il n’y a pas

Montagnes Magazine#456
_19

Nom
Date d’admission 3Dès 1864, quelques Français ont investi le très
à l’AC
sélect Alpine club anglais. Certains avaient des
Henri Patrick M. Russell-Killough
(1834-1909)
1864 compagnons britanniques, mais les Français
menaient aussi des ascensions ensemble. H.
Henri Cordier (1855-1877) 1875
Duhamel a ainsi été encordé à H. Emmanuel Boileau
L. Albert Millot (1835-1901) 1875 de Castelnau, F. Perrin ou J. Maître. Les Français
Henry Duhamel (1853-1917) 1875 devaient fournir une liste d’ascensions et être
Lionel Dècle (1859-1907) 1877 parrainés par un membre de l’AC pour entrer.
Henri Emmanuel Boileau de Castelnau
1878
(1857-1923) Ensuite, au niveau du matériel, des refus
Henri Vincent (?) 1881 se sont cristallisés sur certains outils, qui
Félix Perrin (?) 1882 sont démonisés, tandis que d'autres ont
été plus facilement acceptés. Les mousque-
Paul Perret (1856-1911) 1883
tons, quand ils sont apparus, étaient catégo-
Jean Bazillac (1856-1928) 1885
riquement refusés par les Anglais (ils sont
Henri Brulle (1854-1936) 1888 déclarés “non anglais de nom et de nature”
Jean Maître (?-1927) 1888 dans les années 1930), d'autant plus qu'ils
François Henri Dunod (1865-1946) 1888 venaient de l'ennemi germanique. Pour les
crampons, il y a cet exemple célèbre
Maurice Paillon (1856-1938) Entre 1889 et 1893
d'Armand Charlet, alors à la tête de l'ENSA,
Victor de Cessole (1859-1941) Entre 1912 et 11913
qui refusait les crampons à pointe avant
Henri de Ségogne (1901-1979) Entre 1926 et 1928 sous prétexte qu'on n'en avait pas besoin,
Jean-Antoine Morin (1897-1943) Entre 1929 et 1931 qu'on était très bien avec le modèle tradi-
Louis Wibratte (1877-1954) Entre 1932 et 1935
tionnel. Comme il avait une cheville très
souple, il arrivait à cramponner sur le côté. La thèse de Delphine Moraldo, intitulée
Quand il est parti, ils ont été acceptés. On « Les sommets de l'excellence. Sociologie de
d’arbitre, pas de spectateurs la plupart du voit le même processus de rejet-acceptation l'excellence en alpinisme, au Royaume-Uni et en
temps. Quand on regarde les instances avec les pitons au Royaume-Uni, avec des France, du XIXème siècle à nos jours » et qui
internationales de l'alpinisme comme l'UIAA, débats très vifs entre les “vieux” bourgeois sera prochainement publiée, est disponible en
les règles édictées vont pourtant toujours de l'Alpine club et les nouveaux alpinistes ligne en accès libre :
dans le même sens : respect du premier de milieux populaires ! https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01798557
ouvreur, fair-play vis-à-vis de l’itinéraire,
effort pour ne pas dénaturer en se proté- Bref, les nouvelles aides artificielles sont POUR ALLER PLUS LOIN :
geant plus que nécessaire, acceptation du acceptées à condition qu’elles permettent - Delphine Moraldo, « Les conquérants de l’inutile.
fait que certaines voies ne sont pas faisa- d'aller vers des ascensions plus difficiles Expression et diffusion d’un modèle de masculinité
bles dans l'état actuel des choses... qu'avant, avec une contrepartie cependant héroïque dans l’alpinisme français d’après-guerre »,
: utilisées sur les voies préexistantes, elles Genre, sexualité & société [En ligne], 13 | Printemps 2015,
Y a-t-il des alpinistes rebelles ? Je perdent de leur valeur. Je pense que c'est https://www.researchgate.net/publication/2825103
pense par exemple à Warren Harding, pour ça que l'oxygène a été aussi accepté 31_Les_conquerants_de_l'inutile_Expression_et_diff
Fred Beckey, ou chez nous, à Sam puis refusé : on s'est rendus compte qu'on usion_d'un_modele_de_masculinite_heroique_dans
Beaugey... ne pouvait pas faire une grande ascension _l'alpinisme_francais_d'apres-guerre .
Il y a des gens très critiqués à leur époque, sans, puis on est revenus sur ce jugement
parce qu'ils contreviennent aux règles une fois que c’est devenu possible. - « Vocation alpine. Peut-on historiciser la vocation
éthiques, mais qui après sont réhabilitées, ? Le cas de l’alpinisme », Delphine Moraldo,
par exemple Joe Brown : quand il commence Au final, votre travail ne consiste pas Sciences sociales et sport, 2018/2 (N° 12), p. 113-141,
à faire de l'alpinisme artificiel, il est très tant à retracer l’histoire de l'alpinisme accessible en version payante :
critiqué, et puis il se retrouve finalement intégrée à l'histoire nationale comme https://www.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-
réintégré dans la tradition, le respect des cela a été fait avec la conquête sport-2018-2.htm
principes moraux, parce qu'on se rend himalayenne qu'à dresser une vision
compte que c'est une pratique dangereuse, de l’alpinisme par les premiers - « Mountaineering is something more than a sport
qui demande une grande prise de risques, concernés... ». Les origines de l’éthique de l’alpinisme dans
et que c’est une manière de faire progresser Oui, c'est peut-être plus proche d’une l’Angleterre victorienne », Delphine Moraldo,
le niveau général de l'alpinisme. Il reste démarche sociologique qu’historique. C'est Genèses, 2016/2 (n° 103), p. 7-28. DOI :
dans l’éthique, c’est ce qui compte. important de regarder l'histoire de l'acti- 10.3917/gen.103.0007, en libre accessible :
vité par ses pratiquants, de savoir ce qu'ils https://www.researchgate.net/publication/3052293
Comment s'intègre l'évolution du en disent pour ensuite les replacer dans un 19_Mountaineering_is_something_more_than_a_sp
matériel dans l'histoire de l'alpinisme ? contexte plus global. Pour comprendre les ort_Les_origines_de_l'ethique_de_l'alpinisme_dans
D’abord, il y a presque toujours un débat conceptions de l'excellence, il faut partir _l'Angleterre_victorienne
générationnel sur le matériel avec des discours des principaux intéressés, mais
l'ancienne génération qui la considère toujours en replaçant ces discours dans Retrouvez également l’analyse en deux articles de
comme de la triche et estime que leur leurs “conditions d’énonciation”, pour les Delphine Moraldo sur l’alpinisme au féminin de la
manière est la seule légitime de pratiquer, expliquer : qui parle (un homme, une femme, moitié du XIXe siècle à nos jours dans les
que les jeunes vont toujours vers plus de un bourgeois, un ouvrier) ? dans quel Montagnes Magazine n°453 & 454.
facilité… Puis les innovations sont acceptées. contexte ? etc.

Montagnes Magazine#456
20_ dangers météo

LES DANGERS
EN MONTAGNE
En mettant en place mon rappel, concentré sur les manips, je
n’avais pas remarqué que les nuages étaient arrivés ni que la
météo avait changé si vite. Pourquoi n’ai-je rien perçu de ces
changements ? Et quels sont les dangers liés à l’alpinisme ?
Lorsque l’orage tombe en montagne, les risques de glisser sont
plus importants que d'être foudroyé.
D’ailleurs, la plupart des accidents sont liés à la précipitation,
aussi faut-il pouvoir adapter sa réponse aux dangers en restant
concentré et attentif à son environnement, prudent dans ses
manœuvres et déplacements, par exemple mettre un prussik sur
sa corde lors d’un rappel, ou encore mettre des points
d’assurage lorsque l’on est en mouvement sur une arête.

CONDITIONS MÉTÉOS
Propos recueillis auprès de :
Pierre Muller - Guide de haute
montagne, médecin urgentiste, mais
aussi conférencier qui partage ses Le danger lié au brouillard est de se perdre, s’écarter de l’itinéraire,
expériences de l’engagement, du s’enfoncer dans un mauvais choix sans remettre en question le
leadership, de la gestion du stress, du chemin que l’on suit. On dispose d’outils comme les cartes, GPS,
secours en montagne. Impliqué dans des smartphone avec Iphigénie, encore faut-il savoir s’en servir.
formations à travers les Montagne Le vent refroidit, on parle d’effet windchill ou « indice de refroi-
Academy On Snow (Salomon) et le dissement éolien » qui est la capacité que le vent a de refroidir par
recyclage des guides de haute effet de convection, d’où la nécessité de prendre plusieurs couches
montagne. Il a fondé Into The White avec de vêtements, dont une veste coupe-vent. Le vent a également un
Sam Beaugey et Manu Pelissier ; à eux effet énervant, il catalyse les peurs et les angoisses, et peut provo-
trois, ils guident sur les Seven Summits. quer la précipitation. Il s’agira d’adapter sa réponse par un change-
ment de versant (moins venté), de se couvrir afin d’être apte à
Sites/contact : prendre la meilleure décision.
www.pierre-muller-guide.com/pierre-
muller/medecine-de-montagne/avant-de-
partir-composer-sa-trousse-de-secours/

www.intothewhite.fr
VISER SON CRÉNEAU MÉTÉO
La météo est un facteur décisif pour une dans des cheminées, par exemple, car le
sortie en montagne réussie, et les prévi- rocher risque d’y être mouillé.
sions météorologiques jouent donc un rôle
crucial dès la planification de la sortie. Il est conseillé de prendre des informations
météo auprès de personnes de confiance
Outre les températures, précipitations et pour les croiser avec les prévisions météo-
vents annoncés, bons indicateurs de la rologiques et vos propres observations :
météo prévue, la date des dernières préci- guides ou grimpeurs locaux, gardiens de
pitations est également à surveiller si on refuges pourront souvent vous fournir des
s’engage sur des itinéraires exposés nord ou informations fiables et actualisées.

Montagnes Magazine#456
© François Lombard
SUR LE TERRAIN
ISOTHERME 0° ET NIVEAU DE GEL. L’ALTIMÈTRE.
Déterminée par radiosondage à l’aide de Pour une même masse d'air, l'isotherme 0 Si l’altitude indiquée sur votre altimètre
ballons-sondes, l’isotherme 0 représente degré varie peu entre le jour et la nuit. change beaucoup plus qu’elle ne devrait
l'altitude minimale à laquelle la température Cependant, une variation de 1000/2000 m par rapport à votre progression, c’est que le
atteint la valeur de 0 degré Celsius dans est tout à fait normale lors d'un changement baromètre utilisé pour la calculer tient
l’atmosphère. Il ne faut pas confondre de masse d'air, comme c’est le cas lors du compte d’un changement important de la
isotherme 0 degré et niveau de gel : l’iso 0° passage d’une perturbation. pression atmosphérique. Si vous dormez
caractérise la masse d'air, tandis que le niveau en montagne, regardez votre altimètre le
de gel, paramètre propre au sol et dépendant soir avant de vous coucher et le matin en
de l’ensoleillement, donc du versant et du vous levant : si la valeur a beaucoup varié,
moment de la journée (jour/nuit). ce n’est pas bon signe.
22_ dangers orages

© François Lombard
STABLE OU INSTABLE ?.
L'atmosphère est dite stable, lorsqu'un
volume d'air « poussé » vers le haut se
retrouve plus froid que l'air ambiant : l’air a
alors tendance à descendre. L'atmosphère
est dite instable, lorsqu'un volume d'air «

LES ORAGES EN MONTAGNE


poussé » vers le haut se retrouve plus chaud
que l'air ambiant : l’air a tendance à monter.

Savoir observer la météo sur le terrain est L'air au niveau du sol est fortement chauffé Une masse d’air peut avoir des tranches
essentiel pour détecter à temps la forma- par les rayons du soleil. Au-dessus d'une stables et des tranches instables. Le matin, l’air
tion d’un orage et agir en conséquence suffi- certaine température, il s'élève sous forme froid près du sol constitue une couche stable.
samment tôt. d'air chaud et humide car il est plus chaud et Au fur et à mesure du réchauffement dû au
plus léger que l'air ambiant. Lorsqu’il arrive soleil, l’instabilité se développe : la formation
Rafales de vent, turbulences, grêle, refroi- en haut dans un environnement plus froid, de cumulus en été en est un exemple.
dissement, foudre : le cumul de ces phéno- l'air ascendant se refroidit et se condense.
mènes sont la hantise de tout alpiniste : Des orages d’origine thermique peuvent
l’orage. En Europe, le réseau Météorage ainsi se produire dans une atmosphère LES ORAGES DE FRONT
(https://www.meteorage.com/) permet humide et instable et peuvent se détecter en
d’évaluer les risques et les probabilités observant la formation d’un nuage typique Les orages de front sont des orages qui
d’orage sur une zone, une commune, d’être en forme d’enclume : le Cumulonimbus. surviennent toute l'année et qui s'accom-
alerté et de suivre l'épisode orageux. pagnent de précipitations continues, d’une
L’absence de rosée le matin, la présence d’air chute des températures ou de vents forts.
On en distingue deux types : les orages chaud, un vent faible, ainsi que des nuages Ils se produisent lorsque deux fronts météo-
d’évolution diurne et les orages “frontaux”, aux bords très marqués qui se gonflent forte- rologiques opposés se rencontrent, faisant
causés par l’arrivée d’un front froid. ment dès le matin sont des signaux d’insta- ainsi glisser une masse d'air sous une autre.
bilité à l’étage moyen. Cela ne veut pas pour Ce phénomène est particulièrement visible
autant dire que cette instabilité se traduira sur les fronts froids : les masses d'air froid
par un orage, d’autant que des orages d’évo- et dense se glissent sous les couches d'air
lution diurne peuvent survenir même dans plus chaudes au niveau du sol. Ces couches
LES ORAGES des conditions anticycloniques stables. Pour sont alors obligées de monter, créant des
anticiper un orage de ce type, rien ne remplace vents forts.
D’ÉVOLUTION DIURNE l’observation de la formation des nuages :
des cumulus (nuages isolés, denses et aux À une certaine hauteur, l'air se condense et il
Les orages d’évolution diurne sont des bords clairement délimités) aux castellanus se forme des nuages qui, dans certaines condi-
orages locaux avec de fortes pluies et des (gonflement partiel et aspect crénelé) jusqu’au tions, se transforment en nuages orageux. Les
éclairs, qui surviennent durant les mois cumulonimbus (nuage d'orage, le plus orages de front s'étendent sur des zones plus
d'été en raison du réchauffement. souvent en forme d'enclume). grandes que les orages d’évolution diurne.

Montagnes Magazine#456
_23

LES NUAGES.
L’arrivée du mauvais temps altère toujours
l’apparence du ciel. Savoir reconnaître les
premiers signes de changement météo
permet souvent de se mettre à l’abri avant
l’arrivée d’une perturbation ou d’un orage.
Les nuages sont classés selon l'altitude de
leur base et selon leur aspect, développe-
ment horizontal ou vertical.
Les cumulus sont des nuages au dévelop-
pement vertical, tandis que les stratus se
développent horizontalement. Au-dessus
de 2000/3000 mètres, les nuages se voient
dotés du préfixe “alto-” ; à partir de 6000
mètres, le préfixe change pour “cirro-”.

© Ortovox
QUE FAIRE EN CAS D’ORAGE ?
Si vous êtes pris dans un orage en arrivant Si, malgré une bonne planification, un orage Quid des piolets, mousquetons et autres
au sommet, c’est que vous n’avez pas suffi- se produit lorsque vous êtes en montagne, matériaux conducteurs ? Le bon sens
samment pris en compte l’instabilité des voici quelques mesures d’urgence à suivre : recommande de s'en séparer… Une pièce
conditions annoncées par les prévisions de métal, en tant que telle, n'attire pas l'élec-
météo, ou que vous n’avez pas anticipé ou - S'éloigner des sommets, arêtes…d'au tricité. Dans la mesure où ces objets, et
réagi assez à l’avance face aux conditions moins 30 mètres. En terrain escarpé, notamment le piolet, ne sont pas brandis
météorologiques réelles observées sur le ne pas négliger l’assurage pour autant ! au-dessus de la tête (il ferait alors office de
terrain. Les orages de front ainsi que le paratonnerre), leur présence n'ajoute rigou-
risque d’orages d’évolution diurne sont - Chercher un endroit abrité : reusement rien au danger électrique. Alors
généralement annoncés par les bulletins grotte, niche ou abri sous un surplomb, qu'en s'en défaisant, on peut par la suite les
locaux et les cartes vigilance de Météo éloigné des parois d'au moins 1m50. regretter au retour sur un terrain difficile. Le
France (émises deux fois par jour). mieux est de les poser à plat, et de mettre
- S’accroupir sous le sac de bivouac, sur le les pitons dans son sac et de déposer le tout
sac à dos ou sur la corde et attendre la fin à côté de soi…
de l’orage. La position assise, genoux
repliés et pieds joints, semble la meilleure. Attention aussi au risque de chutes de
pierres et à l’hypothermie ! Quoiqu’il en
- Ne descendre que lorsque l'orage est terminé soit, ne pas réagir trop rapidement et de
manière irréfléchie, et ne jamais se séparer
de son partenaire ou de son groupe.

Montagnes Magazine#456
24_ dangers avalanches & pierres

AVALANCHES
LE TERRAIN :
ET CHUTES DE PIERRES
LES DIFFÉRENTS
Même l’été, les avalanches sont un Les chutes de pierres et de séracs sont
problème dans les Alpes. Elles ont causé importantes, surtout en condition estivale. TYPES DE ROCHER
des accidents mortels au Tacul en juin et Il faut éviter les itinéraires trop fréquentés,
dans les Écrins en septembre, car ce risque surtout quand des alpinistes se trouvent au- L’alpinisme sur rocher n’est pas pour
n’avait pas été pris suffisamment en compte. dessus. Ne pas hésiter à partir plus tôt et autant unique : dans les Alpes, il existe un
Aussi doit-on savoir identifier une pente avoir toujours le casque. Il s’agit aussi de grand nombre de roches. Calcaire, ardoise,
glaciaire soutenue ou des situations où le différencier la facilité du danger, comme gneiss, granit… le type de roche déter-
risque existe, notamment suite à un épisode ne pas être rassuré par un itinéraire très mine la forme de la montagne, l'adhé-
neigeux, venteux, un réchauffement fréquenté. Par exemple, pour le Dôme des rence, la protection nécessaire, ainsi que
intense… On ne peut pas éviter une Écrins, un itinéraire moins fatigant consiste la robustesse et le type de rupture possible,
avalanche mais on peut éviter de se mettre à passer sous des séracs… et donc, in fine, le type d’escalade.
dans une pente à risque.

© Ortovox

LE GNEISS. LE CALCAIRE. LE GRANIT.


© Ortovox
© Ortovox

© Ortovox
dangers altitude _25

COMMENT ÇA MARCHE, L’ALTITUDE ?


En haute montagne comme en plaine, il y a toujours 21 % d’oxy-
gène. C’est la pression barométrique qui diminue et rend plus diffi-
ciles les échanges gazeux au niveau des poumons, donc avec le sang, LES BONS GESTES
le cerveau et les muscles. Le danger est de développer un mal aigu
des montagnes (MAM) qui est une manifestation d’une non- ou mal- Bien s’acclimater, c’est faire l’éloge de la lenteur : s’acclimater
adaptation du corps à la raréfaction de l’air (moins de pression). Les doucement est majeur. Il s’agit d’éviter de dormir à plus de 3 000
symptômes peuvent être : la céphalée, l’apathie, les nausées et m trop rapidement, surtout lorsque l’on vient de Paris. Lorsque les
troubles digestifs, l’essoufflement au moindre effort, la respira- symptômes sont présents, il faut en faire part au guide, ses amis
tion paradoxale nocturne qui est une alternance d’hyperventila- ou compagnons de cordée. Souvent, un traitement symptoma-
tion et d’apnée qui engendre un mauvais sommeil. Deux maladies tique avec de l’ibuprofène ou du paracétamol suffit (dans les
consécutives au MAM sont : l’œdème cérébral de haute altitude Alpes, pas en Himalaya). Il faudra aussi ralentir et s’hydrater
(OCHA) qui provoque des céphalées, vomissements, suivis de beaucoup. Si les symptômes persistent, il faut redescendre, et si
stupeur, anoxie et coma ; et l’œdème pulmonaire de haute altitude la descente est impossible, il s’agira d’envisager un caisson hyper-
(OPHA) qui provoque un essoufflement, une augmentation du bare, disponible dans certains refuges, comme aux refuges des
pouls, des crachats sanglants et un arrêt cardiaque hypoxique. Cosmiques ou Vallot.
© Ortovox

TESTER SON NIVEAU


ET SA PRÉPARATION
Côté facteur humain, la confiance en soi est importante mais une
confiance raisonnée et non de l’auto-persuasion narcissique devant
sa glace ! La confiance en soi se met en place tout au long d’un
parcours initiatique et progressif d’alpiniste. Le manque de confiance
invite l’alpiniste en herbe à rester dans son canapé (ce qui est
dommage), et l’excès peut entraîner un recourt à l’hélicoptère pour
sortir d’une situation périlleuse. Il s’agit donc d’être en mesure de
répondre aux questions suivantes.

CÔTÉ MENTAL.
Identifier les raisons personnelles, sociales, environnementales, finan-
cières, et s’interroger sur ses motivations propres. Par exemple, quels
sont les motifs qui poussent à aller en montagne ? L’argent, l’envie
de séduire, le besoin de reconnaissance, la fenêtre météo unique, le
temps qui passe… Et aussi, le niveau de sérénité avec lequel la course
est abordée : angoissé, moral de guerrier, peur de ne pas être à la
hauteur, promesse faite de laquelle il est difficile de se défausser…

CÔTÉ PHYSIQUE.
Comment je me sens aujourd’hui ? Et être en mesure de s’autoé-
valuer, par exemple : Est-ce que je suis capable de porter un sac
d’alpinisme de 7-8 kg pour deux jours (sac d’été) ? Est-ce que
j’accepte de dormir peu et mal (c’est souvent le lot en refuge) ?

CÔTÉ TECHNIQUE.
Connaître son niveau technique, c’est par exemple se demander :
Ai-je le niveau technique pour progresser en tête ou en second ?
Attention, ce que je suis capable de faire en salle n’est pas trans-
posable en montagne, à 4 heures du matin, avec des grosses mouil-
lées, dans un pas en 5+ en dalle. En effet, une contre-performance
dès le matin, au-dessus d’une rimaye, peut sacrément faire vaciller
la confiance en soi.
© Jan Novak
26_ dangers secours

LA TROUSSE
DE SECOURS
Avant de se rendre dans un pays lointain, il
est important de s’assurer que l’on est en
bonne santé, à vérifier donc avec votre
médecin généraliste. Il vérifiera notamment
vos vaccinations et traitements prophylac-
tiques (diphtérie, tétanos, polio, hépatites,
paludisme, rage, vaccin contre la fièvre
jaune, etc.). Il est également souhaitable de
voir son dentiste avant le départ. Pensez
également à vous renseigner sur l’accès aux
soins, les conditions d’assistance et de
rapatriement en cas de problème de santé.
Pour cela, n’hésitez pas à souscrire à la
meilleure assurance possible qui prend en
charge les frais d'évacuations dans la zone
où vous voyagez (pas de franchise kilomé-

© Pierre Muller
trique si près de chez vous, etc.). Enfin,
prévoyez un délai nécessaire de deux mois
avant votre départ en cas de rappel vaccinal
ou selon les soins dentaires.

AVANT DE PARTIR, COMMENT COMPOSER
SA TROUSSE DE SECOURS ?
Pour composer le contenu de sa trousse de secours, il faut tenir compte
de ses propres compétences, de ses connaissances mais aussi de
l’éloignement, des pathologies locales et des germes endémiques.

Pierre recommande de prendre systématiquement


dans sa trousse de secours :

r un antiseptique (Hexomédine ou Bétadine) r un antispasmodique type Spasfon en forme


Lyoc assimilable rapidement, efficace pour
r une attelle type Samsplint les douleurs abdominales ou génito-urinaires
(coliques néphrétiques, règles douloureuses)
r un coussin hémostatique r un antiémétique type Vogalène Lyoc en cas
de nausées ou de vomissements
r un test à l’hypoxie pour déceler
un problème d'acclimatation r un anti-diarrhéique anti-sécrétoire type
Tiorfan, plutôt que Imodium qui est contre-
r des pansements indiqué dans les diarrhées sanglantes (mais
(compresses, bandes, sparadrap…) peut sauver un voyage en bus)

r une double peau pour les ampoules ou brûlures r pour une diarrhée entéro-invasive type
amibiase sans fièvre mais avec des douleurs
r un antalgique de niveau 1, et du sang, le traitement repose sur Intetrix
efficace pour les céphalées
r un macrolide si allergie mais aussi pour
r un antalgique de niveau 2 type Tramadol ou traiter certaines diarrhées
Codéine pour les douleurs plus importantes
r un antibiotique à large spectre type Amoxi-
r un anti-inflammatoire, Kétoprofène cilline si pas d’allergie aux ß-lactamines (dé-
ou Ibuprofène rivés de la pénicilline).

Montagnes Magazine#456
© Philippe Poulet
28_ dangers secours

DÉCLENCHER
UN SECOURS
Si vous êtes bloqués sur un itinéraire et que
vous ne savez pas comment vous en sortir
(impossible de “shunter” le passage difficile,
de rebrousser chemin ou de tirer des rappels
de réchappe), ou en cas d’accident grave, il
ne vous reste plus qu’une chose à faire :
appeler les secours.

On ne déclenche pas une intervention pour


n’importe quoi, mais si votre situation
commence vraiment à devenir périlleuse,
n’attendez surtout pas ! Il vaut mieux que
l’hélicoptère vous treuille tant que la météo
est encore clémente et qu’il fait jour, plutôt
qu’en plein milieu d’un orage ou de nuit
car vous avez trop attendu pour composer
le fatidique numéro de téléphone.
De même, inutile de vouloir à tout prix sortir
une voie en prenant des risques inconsidérés :
les secouristes préféreront toujours vous trouver
installés sur une vire en train de les attendre,
plutôt que morts 200 mètres plus bas.

Pour toute demande de secours en montagne,


le numéro d’urgence européen est le 112.
Ce numéro est facile et rapide à composer,
gratuit. Difficile à oublier, il a l’avantage
de bénéficier de conditions d’achemine-
ment dérogatoires des numéros à dix
chiffres, assurées de manière rigoureuse par
les opérateurs de téléphonie, y compris
étrangers. En d’autres termes, le 112 peut
être acheminé via n’importe quel relais - les conditions météo actuelles ou prévisi- un peu ou que vous vous répétez, mais sachez
(donc accessible à partir d’un portable en « bles (vent, nuages ou brouillard arrivant) qu’à cet instant les secours sont déjà en route,
service limité »), y compris si vous êtes en - les conditions dans l’itinéraire (chutes de et que ces éléments font gagner du temps
zone frontalière, et dispose d’une priorité pierre, cordées au-dessus) par la suite (évacuation vers l’hôpital le plus
d’acheminement. Sachez que votre appel - éventuellement, les signes de reconnais- compétent selon le type de pathologie).
au 112 sera systématiquement enregistré, sance visuelle : couleur des habits, des sacs,
et peut bénéficier d’une géolocalisation. des casques, etc. Quand l’hélicoptère va approcher puis se
- communiquez votre numéro de téléphone positionner au-dessus de vous pour treuiller
Pendant votre conversation téléphonique, portable et surtout laissez-le allumé et libre un secouriste, ça va souffler très fort ! Il
vous devez transmettre des informations (au cas où les secours cherchent à vous faut donc attacher ou ranger dans les sacs
claires et concises : rappeler), tant que les secours ne vous ont tout le matériel qui risque de s’envoler (sacs,
- indiquez le plus précisément possible le pas rejoint, puis ensuite durant toute la durée cordes, casquettes, vêtements). Surveillez
lieu de l’accident, le massif, et encore mieux, de l’intervention. également les chutes de pierres qui peuvent
la commune (village à proximité), les être déclenchées par le souffle du rotor.
coordonnées GPS si possible, l’itinéraire En cas de blessure, vous allez être mis en
dans lequel vous êtes et précisez à quel niveau relation avec un médecin du SAMU qui va
- le nombre de blessés, leur âge et leur état évaluer la gravité des lésions. Vous aurez
(conscient/inconscient, saignements, douleurs) peut-être l’impression que l’échange dure

Montagnes Magazine#456
© Philippe Poulet

Neuf fois sur dix le secours sera héliporté,


et depuis le ciel l’équipage et les secouristes
doivent pouvoir vous identifier. Pour cela il
convient de leur adresser les signes de recon-
naissance internationaux :

SECOURS AÉRIENS

OUI NON
30_ encadrement où se former ?

FORMATIONS
OÙ PRATIQUER ?
Alors que chacun souhaite, le plus vite possible, réaliser au moins
un vœu de sa wish list comme dîner au 58 de la Tour Eiffel, s’offrir
un I-Phone XV, faire le mont Blanc… l’alpinisme se pratique pourtant
de façon quasi initiatique. Des premiers pas en randonnée
jusqu’aux grandes ascensions, les techniques de progressions,
d’assurages, de rappels, de secours, les nœuds, le matériel, la
nivologie, les valeurs, la résistance au froid, la prudence, l’esprit, le
flair… s’apprennent et se développent avec le temps.
Photos : P.Arpin - SNGM

Concernant la FFCAM, LA FFCAM. DE QUOI S’AGIT-IL EXACTEMENT ?


propos recueillis auprès de :
Luc Thibal - Directeur adjoint à la Les formations de la FFCAM ou Fédération Les formations
FFCAM, cadre technique sportif et française des clubs alpins et de montagne, Historiquement, la FFCAM, via ses comités
directeur technique national. notre CAF national, est une fédération départementaux et régionaux, forme des
Passionné d’escalade sous toutes ses multisport agréée par le ministère chargé brevets d’initiateurs chargés d’encadrer
formes, de ski alpinisme et de vélo, il des sports, et propose à ses adhérents des bénévolement les adhérents dans le cadre
est à l’origine des premiers BE formations dans tous ses domaines d'acti- des activités des clubs. Plus de 1 500 initia-
d’escalade et canyon, du Collège à la vité, alpinisme, escalade, canyoning et teurs ont passé le brevet fédéral l’an passé
montagne pour les collégiens, mais sports de neige, ainsi que des formations sur l’ensemble des activités. Ces initiateurs
aussi du développement de l’alpinisme transversales de secourisme en montagne, encadrent bénévolement des sorties et
féminin avec Lead the Climb. Il a cartographie, orientation. Ces formations activités au niveau des clubs, et ce sont de
également encadré cette année un sont reconnues par l'État et « labellisées » véritables passeurs de savoirs et d’expé-
étudiant en master ÉGAL'APS sur « par l'UIAA. Par exemple, en août, le CAF riences. C’est l’ADN de la FFCAM.
L’égalité dans et par les activités Étoile Balgentienne organise un UF qui En parallèle, l’une des priorités fédérales
physiques et sportives », au STAPS de s’intitule « Vers l'autonomie en rocher en est la formation des pratiquants vers l’auto-
Lyon, master unique en France. terrain d'aventure » dans le Vercors et les nomie. En 2017, 923 personnes ont été
Écrins, ainsi qu’un UF « Vers l'autonomie formées en alpinisme et 5 105 sur
progression sur terrain glaciaire ». l’ensemble des formations. Ces formations
sont proposées par les clubs via des forma-
teurs et encadrées par des initiateurs brevetés
« LE CÔTÉ SENSITIF NE PEUT ÊTRE EXCLU. BIEN SÛR, ou des professionnels, d’où des coûts diffé-
renciés mais très raisonnables. En 5 à 6 ans,
ON PEUT DIRE D'UN ALPINISTE QU'IL SE PRÉPARE on peut devenir autonome en alpinisme,
COMME UN AUTRE SPORTIF. MAIS POUR LUI, SE escalade, canyoning et sports de neige.
PRÉPARER, C'EST ÉTABLIR AUSSI UNE RELATION Les événements
AVEC LA MONTAGNE, S'EN IMPRÉGNER. » La fédération organise aussi chaque année
plusieurs événements visant à la formation
Jean-Christophe Lafaille en alpinisme estival et hivernal comme les
Grands Parcours randonnée alpine et

Montagnes Magazine#456
_31

alpinisme, les événements glace avec les


rencontres d’escalade sur glace en Haute
Maurienne et l’Ice Climbing Écrins (ICE)
à L’Argentière-la-Bessée. Ces événements
proposent plus de 3 000 journées de forma-
tion pour faire découvrir et se perfectionner
en alpinisme. Par exemple, à l’ICE, on va
pouvoir s’initier aux techniques de sauve-
tage ainsi qu’aux techniques de glace.

L’alpinisme pour les jeunes


Pour les mineurs, les clubs organisent des
écoles d’aventure afin de les former à l’alpi-
nisme, ainsi que des écoles d’escalade. Il
existe aussi des partenariats avec
l’Éducation nationale et le département de

© SNGM / P. Arpin
Savoie, comme Ton collège à la montagne.
Ce sont 24 établissements qui font partir
deux jours en montagne 2 300 enfants de 6e.
Dans les Écrins, les écoles primaires propo-
sent également aux enfants d’aller dormir
une nuit en refuge. Pour les plus âgés, il
existe les groupes espoirs de la FFCAM. LA FFME. L’ENSA.
Ce sont 19 groupes à travers toute la France,
soit 150 jeunes hommes et femmes qui Côté stages en montagne, et afin de s’ini- Chaque année, l’École nationale de ski et
pratiquent l’alpinisme encadrés par des tier, découvrir de nouvelles techniques ou d’alpinisme (ENSA) organise des stages
professionnels. Les meilleurs pourront simplement progresser, on peut se rensei- d’application pour ses stagiaires en forma-
accéder au groupe excellence, un groupe gner auprès des clubs ou comités territo- tion guide ou aspirant-guide. Ces stages,
d’élite de 8 hommes/femmes, peut-être les riaux. La FFME a mis en place des passeports destinés à former les actuels aspirants-
futurs guides de haute montagne. qui valident un niveau technique ou de guides et futurs guides, nécessitent la
connaissances dans une discipline (escalade, présence de « cobayes », personnes désirant
Des formations pour les femmes montagne, canyonisme) et permettent d’éva- pratiquer la montagne pendant cinq jours
Côté chiffres, ce sont 50 à 60 % de femmes qui luer une progression. Des sessions dédiées consécutifs sous la responsabilité d’un
pratiquent l’alpinisme, 20 à 30 % se perfec- aux passeports sont organisées afin de valider aspirant-guide en formation et d’un forma-
tionnent et 10 à 15 % sont formées en tant que une couleur, c’est-à-dire un niveau. Un teur du département Alpinisme.
cadres. Plusieurs initiatives proposent aux deuxième type de formation, celui des Les stages d’aspirant-guide sont destinés
femmes des activités, événements et formations brevets fédéraux, permet notamment à des débutants ou des amateurs ayant peu
de tous niveaux, comme Girls to the Top, et plus d’attester de compétences afin de pouvoir pratiqué l’alpinisme, alors que le stage de
récemment le club Lead the Climb à Annecy. encadrer des activités au sein de la fédération. guide s’adresse à des pratiquants d’alpi-
Chaque région possède un comité et/ou un Enfin, il existe des formations profession- nisme capables de franchir des difficultés
club CAF au sein duquel vous pouvez prati- nelles qui préparent aux examens d’admis- d’escalade de 6a au moins en tête, et ayant
quer. Renseignez-vous ! sion (« probatoires »), et permettent de suivre réalisé des courses en montagne d’un niveau
un cursus aboutissant à certains diplômes D minimum récemment.
Plus d’infos sur : d'État (par exemple, le DE escalade).
www.ffcam.fr/les-formations.html Pour plus d’infos : ensa.sports.gouv.fr
www.cafgo.org/article/grand-parcours- Plus d’infos sur :
chartreuse--ras-1019.html ffme.fr/formation/page/les-passeports- LA FSGT.
www.ice-climbing-ecrins.com montagne-et-escalade.html
leadtheclimb.ffcam.fr ffme.fr/formation/les-differentes-formations.html A travers des stages de formation et des
rassemblements nationaux, la FSGT, héritière
du Groupe Alpin Populaire (GAP) créé en
1952, défend l'accessibilité des activités de
L’UCPA. montagne au plus grand nombre (notam-
ment des publics éloignés des pratiques
L’UCPA organise des stages d’alpinisme sous la forme de séjours pour débutants, sportives), l'apprentissage aux nouveaux
et ce, dans plusieurs massifs (Mont-Blanc, Écrins, Verdon). Les stages, sous la pratiquants afin qu'ils deviennent autonomes
conduite et les conseils d’un guide de haute montagne, sont organisés autour de et responsables (la gestion du matériel
l’apprentissage de techniques de progression afin de « tendre » vers la fameuse onéreux est mutualisée), que ce soit en
cordée, autonome donc, où chacun apprend à assurer sa sécurité et celle de son escalade, alpinisme, ski de randonnée,
compagnon. Les programmes proposent des séances au travers de courses écoles randonnée, cascade de glace, raquettes,
en glace, neige ou en rocher et des courses et ascensions en haute montagne. canyoning… En un mot, la FSGT s'est
donnée pour mission la montagne pour tous.
Plus d’infos sur :
ucpa-vacances.com/sejours/activite/alpinisme/
Pour plus d’infos :
www.fsgt.org/activites/escal_mont

Montagnes Magazine#456
32_ encadrement

PARTIR AVEC
UN GUIDE
Alpinisme et ski sont intimement liés, notamment leur
enseignement qui s’est établi de façon concomitante. On situe
l’événement fondateur de l’École nationale de ski et d’alpinisme
(ENSA) en 1937 avec le 1er stage de préparation des futurs guides
à Chamonix à l’instigation de Roger Frison-Roche et d’Armand
Charlet, à l’époque, au sein de la FFS (Fédération française de ski).
C’est seulement en 1943 qu’il y a acquisition du titre de l’ENSA,
d’abord filiale de l’Institut national des sports sous Vichy puis,
en 1946, auprès du ministre de l’Éducation nationale.
Propos recueillis auprès de François Marsigny & François Lombard / Photos : P.Arpin - SNGM

©P.Arpin - SNGM
_33

François Marsigny – Architecte de formation, guide de


haute montagne à la Compagnie des guides de Chamonix
et professeur-guide à l’ENSA. Il est chef du département
Alpinisme à l'ENSA depuis janvier 2016. À l’origine de
nombreuses premières dans les Alpes, il reçoit en 2000 le
Cristal pour avoir été nommé tous les ans depuis la
création du Cristal FFME en 1991. Il a lui-même été à
l'origine en 1990 du Piolet d'or, avec Jean-Claude Marmier,
qu’il reçoit en 1994 avec Andy Parkin pour la 1re de Los
Tiempos Perdidos au Cerro Torre, en Patagonie.

QUELS SONT LES RÔLES


ET MISSIONS DE L’ENSA ?
Les missions de l’ENSA ont trait en premier
lieu à la formation des guides de haute
montagne, des moniteurs de ski et des
moniteurs de parapente, éducateurs sportifs,
tous professionnels en charge de la sécurité.
Mais c’est aussi la recherche et l'expertise
dans le champ des pratiques sportives de la
montagne et de la sécurité comme l’étude
de l’accidentologie ou les tests de matériel.
Une part non négligeable de la mission de
l’école est également liée au développe-
ment à l’international avec la promotion
des méthodes d'enseignement et du savoir-
faire français. Dans ce cadre, l’ENSA a
notamment beaucoup aidé au développe-
ment des formations de GHM en Bolivie,
au Népal et en Équateur, permettant à ces
trois pays de rejoindre l’UIAGM, l’asso-
ciation internationale qui regroupe les
©P.Arpin - SNGM

associations nationales de guides de


montagne du monde.

LA STRUCTURATION DE LA FORMATION
A-T-ELLE EU UNE INFLUENCE SUR LA
PRATIQUE DE L’ALPINISME ?
La structuration de la formation des guides
a probablement influé sur la pratique de QUELLE APPROCHE POUR LA FORMATION DES GUIDES ?
l’alpinisme en même temps que celle-ci
influençait le développement de la forma- Afin d’aider l’apprentissage des futurs On demande également aux stagiaires de
tion. Alors que les premiers alpinistes guides, nous essayons de travailler dans la faire une liste de courses dites « de perfec-
étaient issus de l’aristocratie et de la confiance, l’empathie et l’écoute, l’idée tionnement et renforcement personnel » à
bourgeoisie, souvent britanniques, les étant d’établir une relation bienveillante présenter pour le stage final de guide. Des
guides étaient des gens du cru, cristalliers équilibrée. Les stagiaires sont impliqués courses dites « en amateur », au travers
et chasseurs de chamois qui fréquentaient dans la formation et placés très rapidement desquelles on s’assure qu’ils sont capables
déjà avant l’émergence du tourisme, les « en situation de responsabilité, bien sûr de de répondre à des situations engagées et
terres maudites » de l’altitude. Au départ, façon progressive en adéquation avec leur complexes, alimentant ainsi leur expérience.
c’est un métier de « bandit » qui, un jour, niveau de formation. Celle-ci repose égale- Enfin, on aborde les différentes facettes de
est touché par la grâce lorsqu’il contemple ment sur l’alternance : ils doivent faire des la communication car la relation guide-client
d’en haut la beauté du monde. Aujourd’hui, courses en tutorat avec un guide et, en paral- ce n’est pas seulement accumuler les sorties,
le guide possède un bon niveau technique, lèle, ils commencent à travailler selon leurs c’est aussi créer une histoire commune que
au vu de l’exigence de l’examen d’entrée prérogatives, elles aussi progressives. l’on enrichit au fil des courses.
en formation, et de fait, il a donc pratiqué Tout le long de ces trois années et demie que Aujourd’hui, la féminisation du métier me
l’alpinisme avant de se lancer dans cette dure la formation, la gestion des risques semble primordiale, par la diversité des regards
formation. Une fois guide, il devient déten- est également au centre des préoccupations. et des savoir-être que les femmes peuvent
teur d’un savoir tout autant que gardien La haute montagne étant un milieu à fort apporter à notre profession. À noter qu’en
d’un domaine dont il ouvre les portes, aléa non exclu de dangers. Gérer le risque, 2017, pour la première fois de son histoire,
comme aurait dit Rébuffat, aux voyageurs c’est peut-être en premier lieu l’accepter l’ENSA a diplômé 6 femmes guides la même
(ses clients) qu’il conduit là-haut, et devient et l’analyser, puis voir quels moyens mettre année sur une promotion de 50 guides.
un « passeur d’horizons ». en œuvre pour y parer.

Montagnes Magazine#456
34_ encadrement

POURQUOI PARTIR.
AVEC UN GUIDE ? .
Passer un bon moment,
se (re)découvrir
Pour passer un bon moment, tout simple- Assurer la sécurité
ment ! En haute montagne, il n’y a ni de Même si le guide, de par sa plus grande
loi ni société de consommation, on se maîtrise, prendra les décisions, il forme
retrouve plongé dans un autre monde, de une cordée avec son client. Par conséquent,
nature, où les relations humaines, pour la responsabilité repose sur tous les
fonctionner, sont plus directes et sans filtres. membres, notamment :
Les couleurs évoluent dans la journée, 1) en amont, lors des choix de la course et
d’autant plus qu’on se lève tôt, on assiste de la préparation, on communiquera
d’abord au lever du jour puis celui du soleil, beaucoup afin d’être cohérent dans
les formes et les ombres rapetissent puis l’objectif et de mettre en place un projet
disparaissent. Ce milieu offre de forts réaliste en fonction des compétences ;
contrastes, comme le bleu soutenu des 2) au niveau opérationnel, plus les
crevasses, le gel puis la chaleur, parfois au techniques de progression du client
calme intense succède une tempête tout évoluent, plus cela permet d’augmenter le
autant soudaine que violente. C’est parfois niveau de sécurité de la cordée en général,
difficile, mais on sent qu’on existe dans et aussi le champ des objectifs, et donc
cette confrontation, on prend conscience d’élargir les types possibles de courses.
de qui l’on est. Et parfois, en tant que guide,
j’assiste et j’accompagne cette découverte. Prêt de matériel
En montagne, on est à 80 % en mouvement ; En fonction des objectifs, c’est difficile
aussi, même si c’est beau, il faut avancer, tu d’avoir tout le matériel spécifique, surtout
n’es pas à ta place, seulement de passage. si la pratique n’est pas régulière. Cette étape
Ajouter à l’effort physique, qu’il faut mesurer, permet de créer de bons moments
il faut aussi apprendre à se nourrir, se reposer, d’échanges, parfois de moqueries bon
faire des pauses, bref, rythmer la course. Le enfant quand la personne arrive avec du
rapport au temps est différent, on se lève plus matériel désuet, comme un piolet
tôt, il peut faire très froid et aussi très chaud, Ptérodactyl, certes un modèle avant-
et les orages peuvent éclater dans l’après-midi gardiste, mais utilisé sur les cascades
alors qu’ils n’ont pas été annoncés. Il faut écossaises des années 1970. On va alors
regarder le ciel, mais aussi sa montre. Là-haut, discuter matériel et se rendre compte de
si tu n’écoutes pas les signes de l’environne- son évolution, sa diversité et sa spécificité.
ment, tu peux te retrouver dans des situations Je vais donc prêter du matériel facilitant
difficiles, c’est donc à toi de t’adapter, un autre comme des piolets, des baudriers ou des
point sur lequel on échange beaucoup. bâtons de marche légers, mais aussi du
textile, notamment une veste imperméable
Progresser techniquement et coupe-vent quand le client arrive avec
Avoir une idée claire de sa course en une parka de marin jaune qui prend toute la François Lombard – Moniteur d’escalade et de
fonction de ses moyens, préparer méticu- place du sac à dos. L’idée est d’optimiser le ski, guide de haute montagne depuis 2005, il
leusement son sac, et maîtriser toutes les rapport protection/poids/encombrement, remporte plusieurs compétitions internationales
phases de préparation en s’appropriant son sans aller jusqu’à couper les étiquettes pour comme la Coupe du monde d'escalade 1994 ou
matériel pour être efficace dans les transi- gagner 8,5 grammes, mais être attentif au encore la Coupe du monde de glace en 2000.
tions, comme mettre et enlever ses poids car on transporte sa maison sur son Organisateur du Tout à Blocs et de l’Ice Climbing
crampons, constituent la première étape dos en montagne. Écrins plusieurs années de suite, il est aussi
d’une bonne préparation. Community Manager Salomon France, formateur
Une fois en montagne, on a tendance à L’aventure humaine au sein de l'équipe du CRET et guide au sein de la
marcher trop vite car on se sent bien. Le Le rêve du guide est de construire une team PowerGuides.
guide va permettre de replacer l’instant relation d’échange et de partage avec son
présent dans un contexte global, client, c’est-à-dire une relation durable. Bibliographie :
d’apprendre à s’économiser et à ne pas Quand on sait que l’on va se revoir, cela F. Marsigny, J.-F. Hagenmuller et F. Pallandre
dissiper toute son énergie au début car une va permettre de mieux choisir ses objec- (ENSA), L'alpinisme. Des premiers pas aux
course peut être longue. tifs, de progresser ensemble et de passer grandes ascensions, Glénat, 2016.
On va aussi s’intéresser aux techniques de de super moments, pas simplement pour
progression, d’escalade, être capable de se remplir le planning d’une année sur l’autre. Sites :
concentrer au bon moment sur le crampon- C’est une satisfaction profonde lorsque l’on www.ensa.sports.gouv.fr
nage ou le planté de piolet, et le ressentir. Tout construit une relation de confiance, fondée www.powderguides.fr/en
cela peut vite faire beaucoup d’informations. sur un véritable échange. www.francoislombard.com

Montagnes Magazine#456
36_ encadrement

BUREAU.
DES GUIDES.
Association Internationale
des Guides du MONT BLANC -
74402 - CHAMONIX
04 50 53 27 05
aigmb@guides-du-montblanc.com
www.guides-du-montblanc.com

Bureau des Guides


CHARTREUSE -GRESIVAUDAN
38660 - ST HILAIRE du TOUVET -
07 89 84 61 83 contact@guides-
chartreuse-gresivaudan.com -
www.guides-chartreuse-
gresivaudan.com

Bureau des Guides d'AIME


MONTALBERT - 73210 - AIME -
04 79 09 63 94 -
cavoret.pascal@neuf.fr -
www.guidesmontalbert.com

Bureau des Guides


d'ARGENTIÈRE - 74400 -
ARGENTIERE - 04 50 54 17 94 -
info@chamonix-guides.com -
www.chamonix-guides.com

Bureau des Guides


d'AUTRANS-MÉAUDRE - 38112
MEAUDRE - 04 76 95 22 48 -
bureauguides@orange.fr
www.guides-autrans-
meaudre.fr

Bureau des Guides


d'AUVERGNE - 15000 - Bureau des Guides de Bureau des Guides de LA Bureau des Guides de Bureau des Guides des Bureau des Guides du GRAND
AURILLAC - 06 68 24 21 12 GAVARNIE - 65120 - GÈDRE CLUSAZ - 74220 - LA CLUSAZ PRALOGNAN la VANOISE BELLEVILLE - 73440 - BORNAND - 74450 - LE GRAND
antoine.cayrol@yahoo.fr 06 83 31 08 16 - 04 50 63 35 99 73710 - PRALOGNAN LA VANOISE LES MENUIRES - 04 79 01 04 15 BORNAND - 06 85 42 81 95
jeandenis.prisse@free.fr laclusaz@guides-des-aravis.com 04 79 08 71 21 guides-belleville@orange.fr grandbornand@compagnie-
Bureau des Guides de www.guides-des-aravis.com guidepralo@wanadoo.fr www.guides-belleville.com guides-aravis.com -
BESSANS - 73480 - BESSANS Bureau des Guides et www.guides-pralognan.com www.guides-des-aravis.com
06 70 63 94 65 - accompagnateurs de Bureau des Guides de LA Bureau des Guides des
mulinet.sports@wanadoo.fr GRENOBLE - 38000 - GRAVE - 5320 - LA GRAVE Bureau des Guides de SAINT CONTAMINES MONTJOIE Bureau des Guides du
www.guidesmontagnebessans.com GRENOBLE - 04 38 37 01 71 04 76 79 90 21 - LARY Vallée d'Aure - 65170 74170 - LES CONTAMINES MERCANTOUR
contact@guide-grenoble.com - info@guidelagrave.com ST LARY SOULAN - 05 62 40 02 58 MONTJOIE - 04 50 47 10 08 6430 - TENDE 04 93 04 67 88
Bureau des Guides de www.guide-grenoble.com www.guidelagrave.com/V2 info@guides-saintlary.com contact@guides-contamines.com infos@mercantour-roya.com
BONNEVAL sur ARC www.guides-saintlary.com www.guides-mont-blanc.com www.mercantour-roya.com
73480 BONNEVAL sur ARC Bureau des Guides de HAUTE Bureau des Guides de LA
04 79 05 16 21 TARENTAISE - 73640 - STE FOY PLAGNE - 73210 - AIME - Bureau des Guides de SERRE Bureau des Guides des DEUX Bureau des Guides GAP-
yannik-anselmet@orange.fr TARENTAISE - 06 14 62 90 24 - 04 79 09 79 79 CHEVALIER - 5240 - LA SALLE ALPES - 38860 - LES DEUX CHAMPSAUR-VALGAUDEMAR
www.anselmet-yves.com contact@guide-montagne- guides.laplagne@gmail.com - LES ALPES - 04 92 24 75 90 ALPES - 04 76 11 36 29 05800 - la CHAPELLE en
tarentaise.com - www.guides-laplagne.com info@guides-serrechevalier.com bdg2alpes@gmail.com VALGAUDEMAR 04 92 55 28 80
Bureau des Guides de www.guide-montagne- guides-serrechevalier.com www.guides2alpes.com contact@guides-champsaur-
BRIANÇON - 5100 - BRIANÇON tarentaise.com Bureau des Guides de valgaudemar.com
04 92 20 15 73 LUCHON - 31110 - LUCHON Bureau des Guides de St Bureau des Guides des www.guides-champsaur-
guides.briancon@gmail.com Bureau des Guides de l'ALPE 05 61 89 56 08 - info@bureau- GERVAIS MT BLANC - 74170 ECRINS - 5290 - VALLOUISE valgaudemar.com
www.guides-briancon.com D'HUEZ - 38750 - L'ALPE guides-luchon.com ST GERVAIS LES BAINS - AILEFROIDE - 04 92 23 32 29
D'HUEZ - 04 76 80 42 55 www.bureau-guides- 04 50 47 76 55 - guides-ecrins@orange.fr Bureau des Guides LES ARCS
Bureau des Guides de info@guidesalpedhuez.com luchon.com contact@guides-mont-blanc.com www.guides-ecrins.com Peisey Vallandry - 73705
CAUTERETS - 65110 - www.guidesalpedhuez.com/fr www.guides-mont-blanc.com  LES ARCS 1800 - 06 58 16 07 94
CAUTERETS - 06 42 06 33 82 - Bureau des Guides de LUZ Bureau des Guides des info@guidesdesarcs.com
christophe.laplagne@wanadoo.fr Bureau des Guides de SAINT SAUVEUR - 65120 Bureau des Guides de HOUCHES 04 50 54 50 76 www.guidesdesarcs.com
www.guides-cauterets.com L'EMBRUNAIS - 5200 LUZ ST SAUVEUR - 05 62 92 87 28 THÔNES MANIGOD - 74230 www.chamonix-guides.com
EMBRUN - 04 92 43 02 75 contact@guides-luz.com - THONES - 04 50 02 01 33 Bureau des Guides Monté
Bureau des Guides de guides.embrun@wanadoo.fr www.guides-luz.com thones@guides-des-aravis.com Bureau des Guides des Médio - 74960 - Cran Gevrier
CHAMONIX - 74400 - www.guides-embrun.com www.guides-des-aravis.com PYRENEES ARIEGEOISES 06 12 13 05 30
CHAMONIX - 04 50 53 00 88 - Bureau des Guides de 9110 - AX LES THERMES contact@montemedio.com -
info@chamonix-guides.com  - Bureau des Guides de MEGEVE - 74120 - MEGEVE Bureau des Guides de TIGNES 05 61 01 90 62 www.montemedio.com
www.chamonix-guides.com L'OISANS - 38520 - BOURG 04 50 21 55 11 73320 - TIGNES - 04 79 06 42 76 infos@guides-ariege.com
D'OISANS - 04 76 80 42 55 - contact@guides-megeve.com bureau@guides-montagne-tignes.com www.guides-ariege.com Bureau des Guides SAVOIE
Bureau des Guides de info@guidesoisans.com www,guides-megeve.com www.guides-montagne- MAURIENNE - 73500 - AUSSOIS
CHAMPAGNY en VANOISE guidesoisans.com tignes.com Bureau des Guides DIOIS 04 79 20 31 16
73350 - CHAMPAGNY en Bureau des Guides de VERCORS - 26150 - DIE bureaudesguides@gmail.com
VANOISE - 06 81 30 42 95 Bureau des Guides de L'UBAYE MERIBEL - 73550 - MERIBEL Bureau des Guides de Val 06 14 13 88 06 - 06 80 12 01 35 www.guides-savoie.com
guides-champagny@orange.fr 04400 - BARCELONNETTE - 06 43 89 72 91 CENIS - 73500 - BRAMANS, philma26@gmail.com
06 80 25 51 68 - guides.meribel@gmail.com VAL CENIS - 06 99 41 09 59 Bureau des Guides des
Bureau des Guides de lehir.jacques@gmail.com https://guides-meribel.com bureaudesguidesvalcenis Bureau des Guides du CALANQUES - 13260 - CASSIS
COURCHEVEL - 73120 @gmail.com BEAUFORTAIN - 73270 06 47 60 53 81 contact@guides-
COURCHEVEL -  06 23 92 46 12 Bureau des Guides de LA Bureau des Guides de bureaudesguides-valcenis.fr BEAUFORT - 04 79 38 83 03 calanques.com
contact@guides-courchevel.com BERARDE - 38520 - MONTCHAVIN-les COCHES www.areches-beaufort.com www.guides-calanques.com
www.guides-courchevel.com ST CHRISTOPHE en OISANS 73210 - AIME - 04 79 07 82 28- Bureau des Guides de Val
04 76 79 54 83 - www.guidemontagne.com/vanoise D'ISERE - 73150 - VAL D'ISERE Bureau des Guides du Bureau des Guides et
Bureau des Guides de GAP guides.berarde.veneon@gmail.com 04 79 06 06 60 DEVOLUY - 5250 - AGNIERES en Accompagnateurs du MONT
ESPRIT MONTAGNE - 5000 - www.guidesberarde.com ludovic.rolandone@orange.fr DEVOLUY - 06 73 87 39 00 AIGUILLE-SUD DAUPHINE
GAP - 04 92 53 48 97 - www.guides-montagne- guidesdudevoluy@hotmail.com 38650 - Monestier-de-Clermont
contact@guide-espritmontagne.com valdisere.com www.guidesdudevoluy.com 06 22 44 30 62
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Montagnes Magazine#456
©P.Arpin - SNGM
Bureau des Guides d'ANNECY
74000 - ANNECY - 06 23 43 63 55
bureauguidesannecy@gmail.com
www.annecyguidesmontagne.com

Bureau des Guides de


MORZINE-AVORIAZ - 74110
MORZINE - 04.50.75.96.65
info@guides-morzine.com
www.guides-morzine.com

Bureau des Guides de


SALLANCHES - 74700
SALLANCHES - 04 50 58 04 25
guides.sallanches@gmail.com
www.guides-sallanches.com

Bureau des Guides et


COMPAGNIES.
Accompagnateurs montagne
de SAMOENS - 74 340 Compagnie des Guides de Compagnie des Guides du
SAMOENS - 04 50 34 43 12 CHAMONIX - 74400 CHAMONIX DAUPHINÉ - 38000 GRENOBLE
info@guidesmontagnes.com 04 50 53 00 88 06 32 58 15 20
www.guidesmontagnes.com www.chamonix-guides.com compagnieguidesdauphine@gmail.com

Bureau des Guides des Compagnie des Guides de St Compagnie des Guides du
BARONNIES PROVENCALES GERVAIS Mt BLANC - 74170 MERCANTOUR
26170 - BUIS LES BARONNIES ST GERVAIS MT BLANC 6450 - ST MARTIN VESUBIE
04 75 27 03 46 - info@guides- 04 50 47 76 55 06.30.92.44.72 - info@guides-
baronnies.com contact@guides-mont-blanc.com mercantour.com -
www.guides-baronnies.com/ www.guides-mont-blanc.com guides-mercantour.com

Bureau des Guides des Compagnie des Guides et Compagnie des Guides
CARROZ - 74400 - LES CARROZ Accompagnateurs de la ECRINS HAUTE-PROVENCE
04 50 90 06 55 VANOISE - 73701 5200 - EMBRUN
contact@guidesdescarroz.com BOURG SAINT MAURICE guides.embrun@wanadoo.fr
www.guidesdescarroz.com/fr 06.40.06.05.32
contact@compagnie-guides- Compagnie des Guides
Bureau des Guides de Sixt vanoise.com OISANS-ECRINS - 5100
Fer-A-Cheval - 74740 - SIXT www.compagnie-guides- BRIANÇON
06 76 58 51 73 vanoise.com guidesoisansecrins@gmail.com
info@guidesixt.com www.guidesdemontagne.com
www.guidesixt.com Compagnie des Guides des
ARAVIS - 74450 - St JEAN de SIXT Compagnie Régionale des
Association Internationale info@guides-des-aravis.com Guides de CORSE - 20250
des Guides du MONT BLANC www.guides-des-aravis.com CORTE - 06 79 83 43 32
74402 - CHAMONIX rene.eymerie@orange.fr
04 50 53 27 05 Compagnie des Guides des Bureau des Guides de LA
aigmb@guides-du-montblanc.com PYRENEES - 31110 - LUCHON GRAVE - 5320 - LA GRAVE
www.guides-du-montblanc.com 06 01 76 56 48 - info@guides 04 76 79 90 21
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38_ préparer sa sortie

PRÉPARER
SA COURSE D’ALPINISME
Ouhou !!! Au secooours ! Derrière nous, une cordée visiblement
en mauvaise posture… En se rapprochant, nous constatons que
les deux protagonistes sont pendus comme des saucissons au
bout de leur corde, et que l’ambiance est également bancale. En
effet, l’itinéraire choisi n'est pas celui de la voie et la cordée se
trouve bloquée, ne pouvant plus avancer par manque de niveau,
ni redescendre en rappel par manque de matériel. L’alpinisme est
une activité sportive qui nécessite de connaître ses capacités
physiques, techniques mais également mentales.

PRÉREQUIS ET
DE L’ESCALADE À L’ALPINISTE, QUELS SONT LES PRÉREQUIS PHYSIQUES ?
IL N’Y A QU’UN PAS ? Il n’y a pas besoin de qualités physiques

AUTOÉVALUATION
Toutes les activités de plein air demande une fulgurantes, simplement l’envie de marcher
certaine curiosité, c’est peut-être le premier sur la glace suffit pour débuter l’alpinisme.
dénominateur commun. La verticalité, mais Aujourd’hui, avec le téléphérique à
aussi les grands espaces qui contrastent avec Chamonix, on peut rapidement se retrouver
l’horizon, constituent une source de contem- en altitude, aussi n’y a-t-il pas d’âge pour
plation, de satisfaction et d’émotion. Enfin, devenir féru, juste être en capacité de
les différentes pratiques comme le bloc, la marcher et faire attention aux contre-indica-
Propos recueillis auprès de : falaise ou la salle amènent à un enrichisse- tions s’il y a des pathologies.
Daniel Dulac - Grimpeur et ment technique et gestuel, mais aussi au Par exemple, pour réaliser les Dômes de
compétiteur reconnu, notamment partage que l’on retrouve avec son guide, Miage dans le massif du Mont-Blanc, qui
depuis 2004 et son triplé champion de son compagnon de cordée, ou encore en est une traversée classique pour débutant,
France, champion d’Europe et échangeant sur les conditions de la course, je m’attache à évaluer la capacité à réaliser
vainqueur de la coupe du monde de dans un refuge à 3 000 mètres. On peut aussi un effort long et la motivation. L’été passé,
bloc, ainsi que guide de haute être attiré par l’aspect mythique de certaines une femme skippeur souhaitait faire le mont
montagne, Daniel est également voies. Faire de la fissure dans du terrain Blanc mais nous n’avions que peu de temps
entraîneur national de l’équipe de d’aventure, dormir en bivouac ou en refuge, et la fenêtre météo était juste. Alors, je lui
France de bloc pour la FFME, au pôle alimentent le côté aventureux, pour les ai proposé d’autres courses plus accessi-
France de Karma à Fontainebleau. débutants comme pour les experts. bles qu’elle a décliné. J’ai compris qu’elle
Site : www.danieldulac.com était très motivée, c’était son rêve. Elle m’a
QUELS SONT LES PRÉREQUIS dit qu’elle avait réalisé un trek à 5 000
INTELLECTUELS ? mètres d’altitude, j’ai donc supposé qu’elle
Aimer la contemplation… ce qui intéressera pouvait être endurante, qu’elle saurait doser
certainement les amoureux des grands son effort, gérer ses besoins comme l’hydra-
espaces, de l’air vif, des contrastes marqués. tation, et qu’on allait parler le même
On a besoin d’avoir un esprit aventureux langage. Effectivement, dans cette petite
pour faire de l’alpinisme, d’avoir l’apti- fenêtre météo, nous sommes partis à 5
tude à explorer mais aussi être curieux et heures du matin et sommes arrivés au
motivé. Avoir envie et, généralement, sommet 8 heures plus tard, victorieux et
l’appétit vient en mangeant ! emplis d’émotions.
Le guide est un vecteur d’accomplissement
personnel. On est là pour faciliter l’accès à
la montagne, apprendre à faire son sac, et on
saura adapter la course aux capacités des
voyageurs, peu importe leur niveau, permet-
tant ainsi de réaliser moult objectifs.

Montagnes Magazine#456
_39

QUELQUES INDICES POUR ÉVALUER SON NIVEAU TECHNIQUE


(dans des conditions parfaites de météo)

DÉBUTANT CONFIRMÉ EXPERT

CAPACITÉ À 2 à 6h, dépend de l’âge, on adapte


6 à 10h Plus de 10h
MARCHER la course et la marche d’approche

Forte fréquence dans la


pratique, réflexes dans la
0 à x, on peut redevenir Pratique régulière (5 à 10
NOMBRE préparation et la lecture d’iti-
débutant si l’on n’a pas sorties/an) avec acquis
D’ASCENSIONS néraire, d’utilisation des instru-
pratiqué depuis 10 ans ! techniques
ments de mesure, prise du
bulletin météo systématique…

NOMBRE DE Jusqu’à 6 longueurs en 5b Jusqu’à 10 longueurs, avec Autonomie en escalade,


LONGUEURS max sur site adapté, marche marche d’approche, haute maîtrise des techniques
D’ESCALADE ET d’approche limitée, pas en montagne, pas de problème (cabestan, autobloquant,
NIVEAU haute montagne… de motricité jusqu’au 6b. rappel, relais…)

Cramponner dans des pentes


École de cramponnage, Cramponner dans des pentes
CRAMPONNAGE < 40°, se retourner, capable
progresser dans une pente > 40°, utiliser pointes avant,
/PENTE de remonter des pentes
avec des marches taillées être capable de s’économiser
verglacées

CONSEILS :
Concernant le matériel, la logistique (pique-nique, eau, Le choix de l’itinéraire est prépondérant, on a souvent
vêtements), mais aussi l’assurage, l’encordement, tendance à choisir des courses trop dures, cela ne sert à
savoir régler ses crampons : s’autonomiser rapidement rien de trop pousser, si ce n’est se mettre en échec.
pour acquérir des réflexes. On peut faire demi-tour à tout moment, il s’agit alors
Apprendre à marcher en corde tendue sur glacier, c’est de communiquer, d’être prévenant et bienveillant.
le lien à l’autre, en cas de chute dans une crevasse. Anticiper, c’est prévenir, et une personne avertie en
Prévenir de l’itinéraire et de l’horaire de retour. vaut deux !

ET POUR SE PRÉPARER À LA MEIJE ?


Il y a pas mal de marche et d’escalade dans
cette longue course, aussi, l’idéal pour
acquérir une bonne technique, savoir
maîtriser son effort, son vertige et ses
émotions, serait de :
– s’entraîner avec 10 grandes voies afin
d’avoir confiance dans sa gestuelle, dans
la gestion du matériel et l’application des
techniques d’assurage, de rappel ;
– réaliser quelques marches d’approche en
refuge pour renforcer son endurance ;
– imaginer 5 courses d’arêtes rocheuses et
s’entraîner à l’assurage en mouvement ;
– et pratiquer du cramponnage dans diffé-
rentes pentes et inclinaisons.
On peut s’entraîner avec une personne
expérimentée, au sein d’un club, avec un
guide. Le choix du guide est majeur, il faut
pouvoir établir une complicité, une
confiance, aussi il ne faut pas hésiter à être
© Cathy Jolibert

conseillé, avoir un contact téléphonique


puis le rencontrer.
Les grandes réalisations dans l’histoire de
l’alpinisme se sont faites grâce aux liens
qui se nouent au sein d’une cordée…

Montagnes Magazine#456
40_ préparer sa sortie

PLANIFIER
SA COURSE
SE FIXER DES
LIMITES HORAIRES
Une course en montagne réussie est une
course bien préparée. Planifier sa sortie,
c’est d’abord anticiper son horaire - ce que
les barbares appellent “faire un rétro-
planning” - avec une heure de départ, des
marges suffisantes, des objectifs intermé-
diaires, et un horaire de demi-tour. Ces
horaires dépendent de nombreux facteurs,
en premier lieu desquels la longueur de l’iti-
néraire, le type de terrains, et la forme de la
cordée. En terrain glaciaire, on veillera
notamment à limiter au maximum les
risques lors du franchissement des crevasses
ou du passage sous des séracs en partant
suffisamment tôt.

Rien ne sert de vouloir aller trop vite pour


le plaisir de faire l’itinéraire en moins de
temps que ne l’indique le topo : gérer son
effort est primordial si on ne veut pas se
retrouver fatigué au beau milieu de la
course, car la fatigue entraîne un manque
d’attention qui peut déboucher sur un déficit
de sécurité.

Bien que l’évaluation horaire dépende en PRÉVOIR UN PLAN B


grande partie du terrain et de la cordée, Prévoir un alternative facilement accessible
voici quelques indications qui peuvent Se fixer des horaires intermédiaires permet et moins difficile que la course prévue initia-
servir d’étalons : d’évaluer l’avance ou le retard sur nos prévi- lement permet de changer d’objectif en cours
sions. Les marges sont importantes pour de route si besoin. De même, il est avisé de
Approche : prendre en compte l’imprévisible : repérer à l’avance comment redescendre une
400 - 500 mètres de dénivelée par heure problèmes d’orientation pendant l’approche, fois engagé sur l’itinéraire (rappels, échap-
de lecture de l’itinéraire, sur-fréquenta- patoires), pour pouvoir agir plus sereine-
Marche à plat : tion… Si le retard accumulé est trop impor- ment en cas d’urgence. Vous l’aurez compris,
5 kilomètres par heure tant pour pouvoir finir l’itinéraire “à temps”, une bonne cordée est aussi une cordée qui sait
ou si la météo se révèle peu engageante par se décoller du topo quand c’est nécessaire
Temps d'escalade par longueur de corde : rapport à la prévision, se concerter avec le pour réagir et s’adapter en fonction des condi-
20 - 30 minutes reste de sa cordée pour un repli. tions observées sur le terrain.

Descente en rappel : Quoiqu’il en soit, bien repérer l’itinéraire Attention cependant, à chaque type de course
5-6 longueurs par heure dès qu’il est en vue : visualiser le parcours sa préparation : traversée, courses “en étoile”
permet de confronter ses prévisions au à partir d’un camp de base, « grande course
Descente : terrain, d’observer si l’itinéraire est en bon »… on ne passe pas de l’un à l’autre indif-
600 mètres de dénivelée par heure état (chutes de pierre récentes, rimaye plus féremment sans avoir anticipé le matériel
ouverte que prévue, etc.) et donc d’identi- nécessaire et s’être préparé psychologique-
fier les passages délicats. ment au type d’effort à fournir.

Montagnes Magazine#456
_41

©P.Arpin - SNGM
5
L’arrivée au refuge, le moment de faire le
ÊTRE BIEN INFORMÉ, point sur l’itinéraire, l’horaire ou de
PRÉVENIR UN PROCHE consulter le topo du lendemain.
UN GAGE DE SÉCURITÉ
AVANT DE PARTIR
LA CORDÉE
La plupart des accidents sont corrélés à un
Si vous avez vu le film 127 heures, vous échec technique : grosse chute due à un
savez à quel point informer quelqu’un de niveau technique insuffisant ou à une erreur Compagnon d’un jour ou de toujours…
votre projet d’ascension peut se révéler salva- d’itinéraire (voie plus dure que prévue, Des compagnons de cordée n’ont pas besoin
teur en cas de pépin. Si une cordée vient à mauvais rocher, "errance" sur la montagne d’être complémentaires, ce n’est pas qu’une
disparaître, la personne prévenue pourra sans pouvoir se protéger correctement…), question d’association stratégique, cela peut
ainsi déclencher les secours avec des infor- engagement excessif dû à un manque de aussi être une association affinitaire. Dans
mations concernant le secteur voire l’itiné- matériel, conditions météorologiques une cordée, il y a souvent un leader auto-
raire sur lequel les disparus se sont engagés. dangereuses (pluie, orage…), descente "de proclamé ou de fait. Ce sont avant tout deux
Certains gardiens de refuges demandent aux réchappe", tentative de s’en sortir "coûte partenaires qui partent en montagne, les
alpinistes le sommet qu’ils projettent la veille que coûte"… Partir bien informé est un deux avis comptent.
au soir. C’est par exemple le cas au refuge du gage de sécurité car vous allez pouvoir
Promontoire, où Frédi Meignan demande à anticiper votre course en montagne au Savoir être à l’écoute de soi et de l’autre,
chacun la voie projetée, et communique tout maximum : accès, difficulté, équipement, identifier les attentes de chacun, les peurs, les
au long de la journée avec le refuge de emplacement des relais, lignes de descente, motivations, et être capable d’en parler,
l’Aigle, de l’ordre côté de La Meije, pour matériels complémentaires à prévoir, comme remettre en question un choix d’iti-
compter l’arrivée des cordées. météo, horaire, etc. néraire, sont des atouts majeurs en montagne.

Montagnes Magazine#456
42_ matériel

FAIRE SON SAC


ET PARTIR…
En haute montagne, les changements de météo ou les orages
intempestifs peuvent surprendre et être violents. L’altitude, les
modifications alimentaires, les coups de stress et le manque de
sommeil sont autant de critères difficiles à anticiper dans leurs
conséquences véritables, sur notre corps et notre comportement.
De petites erreurs peuvent nous coûter très cher dans ces
moments-là, comme oublier de prendre une deuxième paire de
gants ou ne pas prendre de papier toilette avec soi. Il nous a donc
semblé important de vous parler de la meilleure façon de préparer
son sac, en nous inspirant de l’expérience d’un grand voyageur qui
a dû faire, et certainement aussi défaire, son sac plus d’une fois…

LE SAC IDÉAL
Propos recueillis par
Cathy Jolibert auprès de :
Mathieu Maynadier
Guide de haute montagne, alpiniste Le sac, c’est ta maison. La plupart du temps, je fais avec 20 litres
professionnel et voyageur. Il passe et, d’une façon générale, il ne devrait pas faire plus de 30 litres,
d’abord par le ski-alpinisme (équipe de 35 si tu bivouaques. Je fais attention à ce qu’il soit léger et confor-
France, 2 fois champion de France et 2e table, la quantité de matière n’est pas un gage de qualité ni de
place aux championnats d'Europe de ski- confort. C’est le choix du sac, à la bonne taille, et la façon de faire
alpinisme) puis progressivement, il glisse et de régler ton sac qui sont importantes. Je préfère un sac minima-
vers l’alpinisme. Des big wall du Mexique liste, avec un rabat amovible (que tu peux vider au refuge), deux
aux montagnes de l’Himalaya en passant sangles sur le côté pour porter les skis, et un ou deux porte-piolets.
par les cascades de glace en Chine, il Plus tu as de poches et de place et plus tu vas les remplir… Soupeser
aime voyager et pratiquer la montagne son sac avant de partir permet d’éviter de trop se fatiguer, de
et l’escalade sous toutes ses formes. Il perdre du temps, d’être moins efficace, et de te mettre en danger
encadre depuis trois ans l’équipe Jeune car tu n’auras pas pu tenir les horaires.
alpinisme masculine (ENAM) à la FFME, et On a tendance à prendre trop de choses, car prises séparément, elles
remercie ses sponsors (North Face, Petzl, ne pèsent rien comme une batterie additionnelle ou un chargeur,
Scarpa, Julbo et Emargence). et au final, ton sac est trop lourd. Attention, à l’inverse, au fast and
light, c’est-à-dire d’oublier des éléments importants comme la
doudoune de secours au fond du sac qui te permettra d’attendre dans
le froid en cas de coup dur.

Astuce : s’offrir des bâtons de marche légers et pliables, avec


grosses rondelles de ski afin de ne pas les casser entre deux pierres.

Montagnes Magazine#456
_43

PRÉPARER SON SAC CORRECTEMENT


Il ne suffit pas de savoir ce qu’on va prendre : encore faut-il savoir
comment on va l’organiser. Préparer intelligemment son sac et le
positionner de manière optimale permet de ne pas finir la marche
d’approche sur les rotules, et ne pas faire de son matériel, un
handicap pour la course à venir.

BIEN RÉPARTIR LE POIDS.


Mince, serré, léger : tel est l’idéal d’un sac
d’alpinisme, qu’on peut diviser en quatre
zones : - C : La zone avant, pour les affaires moyen-
- A : le compartiment du rabat supérieur : nement lourdes, comme les vêtements ou le
pour les petites choses que l’on souhaite baudrier.
rapidement accessibles, comme le téléphone
portable, les fruits secs, le topo-guide, la - D : La zone du bas, pour les affaires légères
trousse de premiers secours, la frontale. comme le matériel de bivouac. Certains
sacs sont équipés d’un accès zippé à cette
- B : la zone de dos héberge le matériel zone, auquel cas on pourra y glisser une
lourd : dégaines, coinceurs et autres équipe- veste hardshell ou une doudoune facile-
ments de poids sont placés aussi près du ment accessibles.
corps que possible, sans que les pièces en
métal ne risquent d’appuyer dans le dos La corde peut être glissée sur le haut du sac
(les mettre en travers). La charge repose ou fixée sous le rabat supérieur à l'aide du
ainsi de façon optimale sur le bassin via la système de fixation prévu à cet effet. Le
sangle des hanches. Le matériel lourd ne casque vient en dernier, soit placé sur la
doit pas être placé trop haut, sinon le sac à corde dans le sac à dos soit attaché sous la
dos risque de vaciller. corde si elle est fixée à l’extérieur du sac.

AJUSTER LE SAC.
À SA MORPHOLOGIE.
Pour mieux ajuster son sac à dos à sa
morphologie, et ainsi le rendre plus facile
à porter tout en gardant une grande liberté
de mouvement, s’assurer que les deux tiers
du poids repose sur les hanches. Pour cela,

© Ortovox
mettre le sac, placer les deux rabats au
milieu, sur les os de la hanche, fermer la
boucle et serrer la ceinture.
Les sangles de contrôle de la charge servent
à ajuster la position du sac à dos. Sur un
terrain difficile, on les resserre fermement
: le sac à dos est ainsi plus près du corps et
ne se balance pas.

Dernière sangle à ajuster, celle de poitrine,


qui sert à éviter que les bretelles ne glissent.
On la place à une hauteur confortable et on
la serre très légèrement.
© Ortovox

Les bretelles doivent quant à elles être au milieu


© Ortovox

© Ortovox

des omoplates. Ne pas trop les serrer : les


épaules doivent porter 20 à 30 % de la charge.

Montagnes Magazine#456
44_ matériel faire son sac

QUE METTRE
DANS SON SAC ? CÔTÉ MATÉRIEL
LE FOND DE SAC. D’ALPINISME ESTIVAL. POUR L’ALPINISME
r La doudoune chaude r Casque light comme le Météor de Petzl, SUR GLACIER.
r La pharmacie à porter tout le temps
r La radio pour le guide ou le téléphone r Baudrier (utiliser un baudrier réglable r 1 autobloquant mécanique qui complète
cellulaire/tél satellite/Garmin in Reach pour pouvoir tout faire) celui du kit de sécu
rLa mini-trousse de toilette (brosse à dents, r Chaussures légères si approche glacière r 2 broches à glace longues, une de chaque
bouchon d’oreille, papier toilette) et escalade sur rocher (Ribel de Scarpa) côté du baudrier
r Chaussures chaudes et rigides si course r 2 sangles (180 et 120 cm) qui serviront
Astuce : se concerter avec les autres de neige (Fantome de Scarpa) aussi pour faire des relais pendant la course
pour partager le matériel commun r Piolet (en prendre deux légers et de rocher
comme le dentifrice techniques si couloir de glace) r 4 mousquetons à vis (1 pour la sangle
r Crampons 12 pointes légers type Sarken de 180 cm, 2 sur le réverso, 1 en plus sur le
pour les courses de neige et rocheuses avec baudrier)
LE RABAT DE SAC. approche glaciaire r 1 corde de 8 à 10 mètres pour faire le
mariner double
r Frontale Astuce : toujours avoir un piolet r 1 corde simple pour glacier, simple ou
r Lunettes de soleil marteau pour les courses rocheuses double pour les arêtes, jumelée pour les
r Crème solaire pour pouvoir (re)taper les pitons courses en neige (la longueur dépend de la
r Barres énergétiques course)
Attention : se méfier des crampons
Astuce : une casquette compressible, type légers additionnés aux chaussures Astuce : la corde Opéra de Béal est une
casquette du désert pourra vous éviter souples, et vérifier que vos chaussures corde à simple qui a les trois normes,
des brûlures au 3e degré derrière la nuque sont compatibles avec les crampons elle est polyvalente pour la montagne

POUR L’ALPINISME.
SUR ROCHER OU MIXTE.
r Rajouter des sangles, des mousquetons,
des dégaines réglables et normales, des
friends et coinceurs en fonction de la course
r Une paire de chaussons d’escalade si
besoin

Astuce : comme tu as un marteau


piolet, rajoute 3 pitons en fond de sac

Attention : mettre un piton demande de


l’expérience, avant de se pendre
dessus…

LE KIT DE SÉCU.
SUR LE BAUDRIER.
r Couteau
r 2 autobloquants (mécanique type TBloc,
poulie micro-traction et une cordelette 70
cm pour faire un prussik)
r 1 crochet à lunule ou un décoinceur
Astuce : le tout porté sur un petit
mousqueton rangé sur le baudrier

Montagnes Magazine#456
LES HABITS POUR
L’ALPINISME ESTIVAL

© Jan Novak

Penser aux 3 couches ! Une 1re couche au contact de la peau


(sous-vêtement thermique). Une 2e couche de chaleur comme
une polaire, et une 3e coupe-vent et étanche. La 4e est dans le sac,
c’est la doudoune synthétique ou en plumes comme couche de
secours. Pour la tête, j’ai toujours un tour de cou, un bonnet léger
(qui passe sous le casque), et une casquette pour me protéger du
soleil qui tape fort là-haut. J’utilise un pantalon respirant, fin ou
léger, des chaussettes montantes et fines, combinées avec un
collant trois-quarts qui arrive en dessous des genoux, et des guêtres.
Deux paires de gants suffisent l’été, une petite paire en cuir pour
grimper et une 2e paire plus chaude au fond du sac.

Astuce : penser à la veste (polaire ou doudoune) sans manche, c’est


léger, ça tient chaud au tronc et c’est une couche entre deux.

RAVITAILLEMENT ET EAU
J’emmène toujours deux litres d’eau ainsi que du sucré (barres
de céréales, chocolat, fruits secs), du salé comme un sandwich
pour la pose de midi. Le petit plus en cas de coup de mou : les
produits énergétiques comme des gels, des boissons isotoniques
ou des barres énergétiques Authentic Nutrition, fabriquées en
Haute-Savoie. Pour les bivouacs, il existe maintenant des sachets
lyophilisés excellents comme Lyofood qui propose de la nourri-
ture organique et délicieuse.
© Jan Novak

Astuce : penser à la pipette ou au Camel bag pour boire suffi-


samment. Il existe aussi une solution de filtre Be-Free,
chez Katadyn (63gr pour une capacité de 1000 L).
46_ matériel corde

CHOISIR
SON MATÉRIEL
Si l’alpinisme implique des connaissances solides du terrain de
montagne ainsi qu’un certain nombre de techniques alpines,
l’activité requiert aussi son lot de matériel pour effectuer les
“manips” et assurer sa progression : mousquetons, système
d’assurage et de descente, points de protection, relais, cordes…
Le choix du matériel en alpinisme est très important :
il est un gage indispensable de sécurité.

Si vous voulez côtoyer les sommets alpins,


il vous faudra a minima investir dans un
baudrier (40/60 €), un assureur avec un
mousqueton de sécurité (15/50 €), un
casque ainsi qu’un sac si vous êtes accom-
pagnés d’un guide qui pourra vous dépanner
pour le reste du matériel. Si vous y prenez
goût, la liste de matériel à acquérir se rallon-
gera : dégaines, cordes, sangles, crampons,
piolets… et il vous serait économique de
trouver un compagnon de cordée avec qui
partager les frais !

© Jan Novak
Alors, comment choisir ?

LA CORDE
Élément primordial de la chaîne d’assu- Elles sont composées d’une âme, la "vraie" Ces dernières doivent toutefois être toujours
rage, la corde est le lien entre vous, via partie résistante, recouverte ensuite d’une utilisées avec les deux brins pour l'assu-
votre baudrier, et votre assureur, via son gaine, qui protège l’âme des agressions rage (même en second) contrairement aux
système de freinage. extérieures (frottements, poussières, cordes à double sur lesquelles on peut
Gage numéro un de votre sécurité, il faut lumière…) et lui conserve ainsi durable- assurer un grimpeur sur chaque brin.
donc en prendre le plus grand soin en évitant ment ses caractéristiques.
de marcher dessus (surtout avec des Avoir deux brins séparés présentent
crampons), de la coincer, de lui imposer de Il existe différents types de cordes, s’allon- plusieurs avantages : chaque membre de la
trop sévères abrasions sur le rocher ou geant et absorbant ainsi plus ou moins les cordée pourra transporter un brin lors des
encore de la laisser inutilement exposée chocs et les tensions : les spéléologues ou approches, moins de torons et la possibi-
aux rayons du soleil. les services de secours utilisent par exemple lité de n’utiliser qu’un seul brin pour des
des cordes dites "semi-statiques" qui sont rappels courts. Le seul inconvénient réside
Depuis les années 60 et l’avènement des conçues pour travailler sous tension et dans la réalisation d’un nœud de jonction
composés plastiques, les cordes sont fabri- s’allongent très peu sous la charge. A pour rabouter les deux brins lors de la
quées en nylon tressé, ce qui assure une contrario, les alpinistes utilisent des cordes descente, ce nœud pouvant toujours se
grande résistance pour un poids réduit, ainsi "dynamiques" qui s’allongent en cas de coincer (fissure, buisson, arbuste) lors du
qu’une certaine élasticité qui permet chute (jusqu’à 40 % !) pour absorber une rappel de la corde…
d’absorber le choc d’une chute. grande partie de l’énergie du choc.
Outre un gain de poids et une manipulation
En montagne, on utilise des cordes "à plus fluide, les cordes très fines, "à simple"
double" (souvent appelées cordes de rappel) ou "à double", sont réservées aux alpiniste
ou "jumelées", de diamètres nettement plus de haut niveau qui ont besoin de cordes
À double (7, 7 à 9 mm) 1/2 fins (7,7 à 9 mm) pour pouvoir effectuer souples et très légères pour leurs réalisa-
une descente en rappel ou des techniques tions extrêmes. Malheureusement ces
Jumelée (7,7 mm) d’assurage réparties sur plusieurs points. modèles sont assez sensibles à l’abrasion,

Montagnes Magazine#456
_47

LOVER SA CORDE
Pour éviter de prendre plus de temps pour
s’encorder que pour aller au sommet, mieux
vaut commencer avec une corde bien lovée.
Il existe plusieurs méthodes pour bien lover
sa corde : à bout de bras, en tournant autour
du poignet ou autour du cou.
A bout de bras : prendre l’extrémité de la
corde et la tendre d’un bras à un autre,
dans toute son envergure. Passer cette
longueur de corde derrière le cou, et l’y
faire reposer. Réitérer l’opération en allant
chercher une nouvelle longueur qui formera
ainsi une deuxième boucle, et ainsi de suite
jusqu’à se retrouver avec les mains et les
épaules pleins de corde.
En tournant autour du poignet : faites des
boucles d’un mètre en passant la corde
chaque fois autour de votre poignet. Si la
corde vrille, essayez de casser le poignet
à chaque tour…
Ou alors, mixez les deux techniques, faites des
boucles autour de votre cou, avec une main
située en bas qui sert d’étalon et de maintien
pour les boucles, et une deuxième qui permet
de les faire passer autour du cou !
Une fois la corde pliée en boucles régulières,
saisir la dernière extrémité, la replier sur
elle-même et l’enrouler autour de tous les
brins avant de passer le bout dans la boucle
préparée et de verrouiller le tout.

supportent moins de chutes et nécessitent


des vérifications très régulières.
Pour une utilisation normale, on conseille
donc des diamètres moyens, entre 8,5 à 8,8
mm pour les cordes à double.

Après chaque chute, choc, pincement ou


écrasement, et de toute façon de manière
régulière, votre corde mérite une vérifica-
tion. Pour cela, examiner visuellement et
par le toucher toute la corde, en prêtant une
attention particulière aux derniers mètres © Jan Novak
des deux extrémités, sollicités par les
noeuds d’assurage et les chutes.

L’usure par abrasion n’est pas très grave car Lors d’une utilisation normale, les deux La durée de vie d’une corde, hors de toutes
elle ne concerne que la gaine extérieure qui principaux ennemis d’une corde sont les les agressions vues précédemment et pour
apparaît alors comme "pluchée". L’âme produits chimiques et la lumière. Évitez une utilisation occasionnelle, est de trois à
n’est donc pas atteinte, mais il convient donc de l’entreposer dans des lieux "à cinq ans. Pour vous aider à retrouver la date
d’observer régulièrement la dizaine de risque" tels qu’atelier, garage, coffre de de fabrication, les marques insèrent désor-
mètres de chaque extrémité. voiture, où il peut toujours y avoir des mais un fil de couleur dans l’âme dont la
Quand l’âme est touchée, le problème est éléments nocifs à proximité (essence, couleur change chaque année. Ces informa-
nettement plus sérieux et la corde doit être graisse, peinture, diluant, solvant…), et/ou tions sont disponibles sur leurs sites internet
mise immédiatement au rebut. Visuellement, en plein soleil. respectifs. Au bout de dix ans, de toute façon,
on devine une partie écrasée, et cela se une corde ne doit plus être utilisée.
confirme au toucher quand on sent que les Si vous ne l’utilisez pas durant une longue Si votre corde est sale vous pouvez la
fibres internes sont vraiment aplaties. période, il vaut mieux laisser la corde "en nettoyer en la laissant tremper dans de l’eau
Afin d’éviter toute erreur ultérieure coupez vrac" dans un sac plutôt que de la conserver claire et tiède (maximum 30°C). Vous
la corde à cet endroit. Vous pourrez toujours lovée, cela évitera les torons. pouvez utiliser un détergent non agressif,
vous reservir des morceaux restants, par type savon de Marseille ou "rope cleaner"
exemple pour faire des anneaux. vendu par les fabricants.

Montagnes Magazine#456
48_ matériel baudrier, casque & chaussures

LE BAUDRIER LE CASQUE
Durant les phases d’assurage, de descente en
rappel, d’attente au relais et bien évidemment Le casque est un élément clé de la sécurité de
en cas de chute, le baudrier est l’interface qui l’alpiniste. Il protège d’une mauvaise chute,
permet de répartir les efforts et les charges mais aussi des chutes de pierres et de glace,
entre la taille et les cuisses de l’alpiniste. qu’elles soient déclenchées naturellement
Il faut donc que le baudrier soit bien adapté (érosion, pluie, vent), lors de l’ascension
à la morphologie et correctement réglé, au- (“parpinnage” de la cordée de devant) ou par
dessus des os des hanches, pour être finale- divers éléments extérieurs (animaux en haut
ment assez confortable. de la falaise, oiseaux), ainsi que des chutes de
Il existe également des modèles adaptés à matériel échappé des cordées du dessus.
la morphologie féminine, aux sangles avant
plus longues et à la ceinture plus galbée. Ces dernières années, les fabricants de matériel ont fait de gros efforts quant à l’ergo-
nomie, le design et surtout le poids des casques. On regardera principalement les
Le cuissard est le baudrier le plus répandu possibilités d’ajustement (mousses internes et systèmes de serrage) pour qu’il ne
car il est léger et permet une grande liberté soit pas une gêne (rien de plus agaçant qu’un casque qui "bringuebale"…) et
de mouvements. surtout pour qu’il protège effectivement, car un casque qui ne couvre que la moitié
Les "porte matériel" installés sur la ceinture du crâne ne sert pas à grand chose…
permettent d’avoir à portée de main le
matériel tel que dégaines, mousquetons,
descendeur, coinceurs…

Pour une utilisation occasionnelle ou multi-


activités, il est conseillé de prendre un
modèle réglable. Le pontet solidarise la
ceinture ventrale avec les sangles de cuisses
et permet d’installer directement le matériel
d’assurage ou de descente.

Il existe aussi des baudriers ultra-légers


(150/300 grammes) adaptés à la pratique
de l’alpinisme. Ils répondent bien évidem-
ment aux certifications des normes de résis-
tance internationales, mais les sangles
ventrales et de cuisses étant très fines, ils
s’usent plus vite et nécessitent des vérifi- RÉGLER SON BAUDRIER
cations régulières. Certains modèles peuvent Les baudriers se règlent avec une boucle
s’enfiler comme une ceinture grâce à un de fermeture à la ceinture, ainsi qu’au
clip ventral, ce qui peut s’avérer particuliè- niveau des cuisses, en fonction des
rement pratique pour des courses glaciaires. vêtements portés. Veiller à ce que la
ceinture soit positionnée à la bonne hauteur
et que le baudrier adhère au corps sans
néanmoins être trop serré : une main doit
pouvoir passer entre la jambe et la cuisse
du baudrier. Les noeuds de huit doivent
passer dans les deux boucles du baudrier
plutôt que dans le pontet.
© Climbing Technology

Montagnes Magazine#456
LES CHAUSSURES D’ALPINISME
En alpinisme, il n’y a pas que la sécurité qui compte : le confort
aussi. De bonnes chaussures sont indispensables pour pouvoir
progresser sereinement et donc, en toute sécurité. D’autant que les
chaussures d’alpinisme sont rigides, en tige (haute) et en semelle, que
des chaussures de randonnée. Résistantes à l’eau et à l’abrasion,
elles sont prévues pour les terrains techniques, que ce soit dans des
pierriers ou sur des terrains glaciaires et sont dotées a minima d’un
débord arrière pour pouvoir y fixer des crampons. Les modèles les
plus avancés ont un débord avant pour les crampons dits automatiques.
© François Lombard

GROSSES OU CHAUSSONS ?
Éternel dilemme de l’alpiniste en partance pour une course d’arête,
la question de savoir si on se contente des « grosses » (comprendre
grosses chaussures) ou si on prend les chaussons pour les pas
d’escalade dépend de plusieurs critères : de la difficulté et de la conti-
nuité des passages à franchir, de votre niveau d’escalade et de
votre aisance en montagne… A vous de choisir en fonction de
votre habitude et du timing de votre course !
50_ matériel mousquetons & coinceurs

LES MOUSQUETONS LES MAILLONS RAPIDES.


Héritiers de Pierre Allain, les mousquetons Conçus à l’origine pour des utili-
modernes sont aujourd’hui composés sations industrielles, et classés
d’alliages d’aluminium et équipés d’un comme E.P.I (Équipement de
système de ressort qui le referme automa- Protection Individuelle), les
tiquement. Extrêmement solides, les maillons permettent de
mousquetons doivent toujours être utilisés remplacer les mousquetons pour
dans le sens de leur longueur, c’est-à-dire certaines utilisations : installa-
leur grand axe, pour offrir la meilleure résis- tion de relais et de lignes de
tance possible. rappels, jonction de matériel de progres-
sion, fixation de longe, etc.
Il existe deux grandes familles de mousque- Leur fermeture à vis nécessitant une clef,
tons : les « classiques » et ceux dit « de ils ne peuvent donc pas être utilisés comme
sécurité », dont le doigt se verrouille pour des mousquetons classiques. Il convient
empêcher toute ouverture intempestive. d’en avoir toujours un sur son baudrier, qui
peut ainsi servir à une réchappe en paroi,
Doigt classique pour un son petit diamètre permettant de le mettre
mousqueton de progression.
LES MOUSQUETONS. en place dans une plaquette ou un ring où
se trouve déjà un mousqueton.
CLASSIQUES.
Les mousquetons classiques sont princi-
palement utilisés avec une sangle cousue MOUSQUETONNER
afin de constituer les « dégaines », qui Pour insérer la corde dans la dégaine avec
permettent de relier la corde de progres- la main droite, utiliser le majeur pour stabi-
sion au point d’assurage. Les fabricants liser le mousqueton inférieur, et pousser la
proposent différentes tailles, formes de corde avec le pouce.
corps et de doigts (droit, incurvé, à fil…) qui
sont plus ou moins ergonomiques et qui
peuvent faciliter les mousquetonnages.
Employés seuls, ils peuvent également
servir à la connexion avec des sangles, des
anneaux de corde, des coinceurs ou encore
au portage du matériel.

LES MOUSQUETONS.
La courbe facilite le
DE SÉCURITÉ. clippage de la corde.

Les mousquetons de sécurité sont utilisés


pour la jonction des matériels d’assurage, de
descente, de progression ou pour les relais.
Afin d’éviter que ces installations ne s’ouvrent Avec la main gauche, pincer la corde entre
accidentellement, leur doigt se bloque par l’index et le majeur et stabiliser le mousqueton
une fermeture filetée à vis ou par un verrouil- avec le pouce et le majeur, tandis que l’index
lage automatique à ressort. Ils sont généra- pousse la corde dans la dégaine.
lement plus grands que les mousquetons
classiques et l’ouverture du doigt est donc
plus large afin de pouvoir effectuer facile-
ment les diverses manipulations techniques
aux relais : passage de plusieurs cordes et de
nœuds, installation des matériels d’assurage
et d’auto-assurance…
© Climbing Technology

Un anneau de maintien pour sangle permet,


sur les dégaines, de stabiliser le mousqueton
côté corde, tout en prévenant sa rotation et
en le gardant en axe.
Une barrette de maintien existe sur certains
mousquetons le maintenir dans le bon sens
sur le pontet. Bague à vis qui fait office de sécurité
supplémentaire pour ce type de mousqueton.

Montagnes Magazine#456
_51

LES COINCEURS
Points d’assurage mobiles et récupérables
s’installant dans les fissures du rocher, les
coinceurs sont très utiles en alpinisme.
DES POINTS D’ASSURAGE SUPPLÉMENTAIRES
Le principe de fonctionnement des PROTECTEURS MAIS PRÉCAIRES
coinceurs est simple : soit ils restent en Sur des courses d’arête, vous devrez sûrement placer quelques
place par des contraintes physiques entre points d’assurage supplémentaires (coinceurs, anneaux de sangle
deux faces de rocher (bicoins, stopper, nuts, ou de corde) afin de mieux vous protéger. Toujours essayer de choisir
exentric), soit ils s’écartent mécaniquement un endroit où vous êtes bien équilibré pour placer votre protec-
(coinceurs à came tels que les friends). On tion ; sinon, vous risquez de vous épuiser et de ne pas réussir à
s’assure ensuite dessus en les mousque- mettre correctement le matériel, et chuter…
tonnant par l’intermédiaire d’une dégaine.
Celle-ci permettra d’absorber une partie Ces protections doivent toujours être considérées comme "aléatoires",
des mouvements de la corde qui risquent de car susceptibles de ne pas supporter un vol. Certes, un arbuste ou
les déloger de leur emplacement durant le un coinceur peuvent bien évidemment "tenir" et enrayer une chute,
reste de l’ascension. mais la plupart du temps ils permettent surtout de vous rassurer
psychologiquement le temps d’atteindre un meilleur point ou une
section plus facile. Pour cette raison, il est préconisé de mousquetonner
alternativement chacune des deux cordes, afin de limiter le tirage sur
ces points demeurant précaires.

LE FRIEND.
Le « friend » ou coinceur à cames
fonctionne comme une pince à sucre : on le
comprime pour le mettre en place puis les
cames s’écartent quand on le relâche.
Ensuite, plus on le sollicite et plus il
s’écarte… Il a donc la particularité de L’évolution des matériaux permet de fabri-
pouvoir tenir dans des fissures droites, et quer aujourd’hui de minuscules formats
même évasées vers l’extérieur. capables de s’insérer dans les fissures fines
Par leur facilité de pose et de récupération à la place des pitons, jusqu’à des modèles
ainsi que par leur tenue à l’arrachement, « géants ». Le système d’écartement permet
ces coinceurs sont les références actuelles d’utiliser un même modèle dans plusieurs
en matière de protection amovible. Lors de tailles de fissures, mais également dans des
leur mise en place, il faut vraiment bien trous du rocher. Le couplage de plusieurs
réfléchir à l’axe de la force de traction qui coinceurs est, quelquefois, la solution qui
s’exercera sur le coinceur en cas de chute, permet à chacun de rester en place en leur
afin qu’il ne s’arrache pas. imposant une traction dans leur sens idéal
de verrouillage.

Les modèles équipés de sangles cousues


peuvent être utilisés avec un seul
mousqueton, bien que cela augmente le
phénomène de tirage dans la longueur, alors
que ceux simplement câblés, comme les
bicoins, nécessitent de placer une dégaine
complète qui évite qu’ils ne bougent durant
l’ascension. Le seul inconvénient de ces
"friends" réside dans leur prix élevé, ce ne
sont pas vraiment les amis du porte-
monnnaie : de 30 € à plus de 150 € pièce !

Montagnes Magazine#456
52_ matériel coinceurs

LE CÂBLÉ.
Le « bicoin » ou coinceur à câble (ou «
câblé », « nuts » ou « stopper ») est le
modèle le plus simple de conception : un
simple morceau de métal taillé en V qui se
bloque à l’endroit le plus étroit de la fissure.
En tirant dessus d’un coup sec, il se
verrouille à l’endroit désiré. Vu leur petite
taille, les bicoins sont plutôt destinés à de
fines fissures (+/- de 0,3 à 3 cm).
Il faut préférer les modèles courbes ou
crantés (qui peuvent d’ailleurs se jumeler
en cas de besoin) car ils tiennent mieux en
place que les bicoins droits et lisses.
Une boucle de câble permet le mousque-
tonnage, mais il faut utiliser une dégaine
complète qui absorbera les mouvements
de la corde lors de la progression car un
mousqueton simple risquerait de faire
bouger le coinceur, et finalement le déloger
de son emplacement.
Un jeu de tailles variées est nécessaire car
chaque coinceur correspond à une largeur
précise de fissure, bien que la majorité soit
utilisable dans l’épaisseur comme dans la
largeur (10 à 15 € pièce).
Le bicoin.

© Ortovox
L’Excentric.

L’« Excentric », ou coinceur hexagonal, a une L’idéal est de s’entraîner dans une voie
utilisation similaire à celle du bicoin : il se équipée "normalement", sur spit ou ring, et
verrouille en force, par effet de levier. Ainsi, dans laquelle vous placez des coinceurs entre
un même coinceur peut être utilisé sur plusieurs les points. Vous ne risquez ainsi pas grand
largeurs de fissures (+/- de 3 à 9 cm). chose et cette expérience vous permettra de
Il peut également être placé dans sa plus grande vous rendre vite compte de vos erreurs.
longueur selon le même principe de blocage
qu’un bicoin (10 à 20 € pièce). Loin d’être un gadget, le décoinceur permet,
comme son nom l’indique, de récupérer
Vous l’avez bien compris, la pose idéale, et les coinceurs récalcitrants. Vu son faible
surtout sécuritaire, de coinceurs demande coût (5/10 €), n’hésitez donc pas à investir,
une grande pratique et de l’expérience. sans quoi vous risquez de regretter amère-
Il convient également de bien savoir ment de devoir laisser dans un itinéraire
anticiper leur positionnement par rapport un ou plusieurs coinceurs que vous n’arri-
au rocher : une seule ou plusieurs fissures, verez pas à déloger… Sans compter que
le sens de la fracturation, la profondeur, etc. cela peut s’avérer dangereux si vous en
avez besoin dans les longueurs suivantes.

Montagnes Magazine#456
© François Lombard
54_ matériel freins, dégaines & sangles

SANGLES ET DÉGAINES

© Jan Novak
Fabriquées en nylon comme les cordes, les sangles permettent de
s’assurer sur des amarrages naturels (arbuste, becquet rocheux,
lunule…) et de rallonger ou de jumeler des points d’assurage
(coinceurs, points décalés, relais…).

Vendues sous formes d’anneaux cousus en usine, gage de résistance


et d’encombrement minimal, les sangles peuvent être remplacées
par des anneaux de cordes ou de cordelettes en assemblant les
extrémités par un noeud de pêcheur double. Il est également
possible d’acheter de la sangle au mètre afin de se constituer un
éventail de différentes longueurs.

Anneaux de sangle cousue équipés d’un mousqueton à chaque


extrémité, les dégaines sont de préférence montées avec des
mousquetons aux doigts différents. Le "droit" passe dans le point
fixe (plaquette, ring, piton…), tandis que la corde sera mousque-
tonnée plus facilement dans un mousqueton à doigt incurvé.
Pour éviter que celui-ci ne tourne durant les manipulations et ainsi
garantir qu’il travaille toujours dans l’axe de sa plus grande résis-
© Jan Novak

tance, il est conseillé de le maintenir bloqué par un élastique ou


un "string" en caoutchouc, qui a aussi l’avantage de protéger cette
partie de la sangle des frottements contre le rocher. Les mousque-
tons peuvent être placés les doigts du même côté ou alors inversés,
LES SYSTÈMES D’ASSURAGE ce n’est qu’une question d’habitude.

Fabriqués en alliages légers, les freins agissent par friction et


permettent de diminuer la force musculaire à exercer pour bloquer
ou maîtriser le défilement d’une corde. Les vies de la cordée TÊTE D’ALOUETTE
passent toujours par ces systèmes, leur manipulation nécessite Le noeud en tête d’alouette sert à relier un anneau de sangle cousu
donc un apprentissage et une grande attention à l’utilisation. Il ou un anneau en cordelette au pontet du baudrier. En mettant un
convient de lire attentivement les notices et manuels techniques. mousqueton à vis à l’extrémité de la sangle ou de la cordelette, il
Les freins sont toujours employés avec des mousquetons de sécurité. est possible de se longer au relais.

Du fameux "huit" aux diverses plaquettes et autres "reversos", le


principe est toujours le même : la corde, en cheminant à travers le
système, crée des frictions sur les angles, ce qui réduit ainsi les
efforts pour maîtriser le coulissage.
Ces modèles s’utilisent avec une corde simple ou avec une corde
"à double" et peuvent ainsi servir aussi bien à l’assurage que pour
© Climbing Technology

la descente en rappel. Le classique "descendeur en huit" a quasi-


ment disparu ces dernières années, remplacé par les plaquettes, plus
légères, et qui présentent l’avantage de séparer les cordes à double
lors des manipulations, ce qui évite l’emmêlement des brins et le
toronnage. (10/20 €).

Montagnes Magazine#456
_55

Les dégaines permettent d’éviter ce qu’on


appelle "le tirage", provoqué par le fait que
les points d’assurage ne sont pas positionnés
de façon totalement rectiligne lors de la
progression.
Si la corde était reliée au point par un seul
mousqueton, il y aurait trop d’angles et de
frottements pour qu’elle coulisse facile-
ment. Au bout de quelques mètres, le
grimpeur de tête ne pourrait plus progresser.
Les dégaines (ou les anneaux de sangles)
diminuent ainsi ce tirage qui peut s’avérer
très handicapant, surtout en fin de longueur.

Dans le lot "classique" d’une douzaine de


dégaines (de +/- 10 cm), il convient donc
d’en avoir deux ou trois un peu plus longues
(15/25 cm). Des dégaines rallongeables
sont également très utiles pour minimiser le
tirage et améliorer le guidage de la corde.
Il ne faut jamais qu’il y ait de friction entre
deux éléments en nylon (sangle/sangle,
sangle/corde, corde/corde), notamment lors
des rappels. En quelques instants, l’un des
deux fera fondre l’autre et c’est alors la
chute assurée… Il y a tous les ans des
accidents dus à cette grave erreur technique.
Mettez donc toujours en place un
mousqueton ou un maillon pour ce type de
jonction.

Prévoyez toujours dans votre sac ou sur


votre baudrier un ou plusieurs anneaux pour
remplacer une sangle abandonnée à laquelle
vous ne feriez pas confiance.

RALLONGER UNE DÉGAINE


Pour obtenir une dégaine rallongeable,
rien de plus simple que de prendre une
longue sangle et de la clipper dans deux
mousquetons. Sauf qu’une dégaine longue,
ça pend au baudrier… Pour la ranger, passer
le mousqueton du bas dans celui du haut,
© Ortovox

puis clipper la sangle à nouveau avec le


mousqueton du bas.

Montagnes Magazine#456
56_ matériel crampons

LES CRAMPONS
Pour la plupart des courses en montagne,
des crampons d’alpinisme équipés de douze
pointes en acier et munis d’un système
“anti-botte” pour éviter la formation d’un
sabot de neige, feront l’affaire.
2
Cependant, il existe de nombreux modèles
basées sur plusieurs variables, en premier Troisième variable : les pointes avant. Les
lieu desquels, le matériau. Si la plupart des glaciéristes utilisent des crampons avec des
crampons sont faits d’acier, gage de solidité, pointes avant crantées (en forme de lames
de durabilité et de sécurité pour l’ancrage en de piolets), qui permettent un meilleur
neige dure ou en glace, il existe depuis ancrage et sont plus résistantes que les
quelques années des crampons en alumi- pointes plates.
nium, plus légers, ainsi que des crampons
hybrides, avec l’avant en acier et l’arrière en Dernier facteur de choix : le système 3
aluminium. Moins résistants, les crampons d’attache. Les crampons peuvent être entiè-
en aluminium conviendront pour les neiges rement manuels (lanières à l’avant et à
molles et les approches glaciaires, mais sont l’arrière), semi-automatiques (système de
à éviter en terrain mixte ainsi que pour les blocage sur le débord arrière de la chaus-
pentes en neige et en glace soutenues. sure, lanière à l’avant) ou entièrement
Deuxième critère de différence : le nombre automatiques (système de blocage à
de pointes. Si douze reste la référence des l’arrière, barre de fixation à l’avant) et
modèles acier, on peut aussi évoluer avec s’adaptent ainsi en fonction des caractéris-
dix pointes acier et parfois sans anti-botte tiques des chaussures dont on dispose
pour un crampon plus léger mais moins (débord avant et/ou arrière). Les crampons 1-2-3.
technique et moins sécurisant, qui automatiques apporteront plus de préci-
conviendra pour la randonnée glaciaire. sion, tandis que les lanières permettent une Mettre ses crampons tous neufs ? Facile ! Cette
Les glaciéristes privilégieront un crampon plus grande polyvalence ; les semi-automa- manœuvre, a priori simple sur le plat, devient plus
en mono-pointe à l’avant (plutôt qu’un bi- tiques offrent le meilleur compromis tenue délicate si le terrain est accidenté et pentu. Il s’agira
pointe) pour plus de précision. du pied/polyvalence. donc de tester ses nouveaux crampons dans son salon,
sans faire de trous dans la moquette. On commencera
dès lors par régler la taille de ses cramons à la taille
de ses chaussures grâce au système de languette
4 amovible sous le crampon. Puis, le principe consiste à
aller chercher la boucle de devant, et de revenir vers
l'attache au niveau du talon.

4-5-6.
5
mment autour de la
cheville, et s’assurer
qu'il ne reste trop de
longueur de sangle que
l’on pourra coincer dans
les lacets de la
chaussure. Ce surplus
doit être bien rangé,
bien attaché, ou l’on
risquera de se prendre
les pieds dedans. Ce
serait ballot…

Montagnes Magazine#456
_57
58_ matériel piolets

5 Le kit de sécurité sur glacier tient


sur un mousqueton que l’on range
sur le baudrier.

LES PIOLETS
Un piolet est composé d’un manche, d’une
pointe, d’une lame et d’une panne ou d’un
marteau et parfois d’un ergot. Il existe
plusieurs types de piolets et plusieurs façons
de le tenir, selon ce qu’on veut faire avec :

- Le piolet technique, d’une taille de 50


centimètres, offre un meilleur ancrage pour
l’escalade en glace. Légèrement galbé, doté
d’une poignée pour faciliter l’adhérence,
il vient souvent par deux : l’un est muni
d’une panne, l’autre d’une tête de frappe.
Ils conviennent pour l’alpinisme en glace
- Le piolet classique est et mixte.
droit. Dit piolet-canne, long
d’environ 60 centimètres, il - Le piolet ergonomique est plus technique
se tient verticalement et encore que le piolet technique. Davantage
permet de s’appuyer - galbé, muni d’un ergot pour retenir la main,
toujours du côté amont, main le manche est souvent déporté pour faciliter
sur la panne et lame en avant l’ancrage en cascade de glace et en dry-
- jusqu’à 50/55°. En descen- tooling, ces deux principaux usages. Ces
dant, on positionnera la lame piolets peuvent s’accompagner de leaches,
vers l’arrière pour enrayer fixées au baudrier, pour éviter de les perdre
une glissade plus facilement. lors de l’ascension.
Le compagnon des alpinistes
pour les courses de neige et
de randonnée glaciaire.
LES NORMES DE SÉCURITÉ
Le matériel d’alpinisme répond à des Ces classifications indiquent les charges Attention, ces tests portent sur des
normes de sécurité, et fait donc l’objet de maximales auxquelles le produit a été équipements sortis des chaînes de
tests de résistance et d’usure répondant à soumis avant rupture. Généralement, cela fabrication et ne prennent pas en
trois standards : se situe au-delà des deux tonnes pour les compte l’usure à l’utilisation. Ainsi, il
équipements classiques de sécurité. ne faut pas hésiter à mettre au rebut
- la certification CE des matériels trop anciens ou abîmés,
(Communauté Les résultats sont, la plupart du temps, même légèrement.
Européenne) qui gravés sur le matériel métallique (mousque-
indique que les tests de tons, descendeurs, poulies, etc.) ou
résistance sont mentionnés dans les notices d’utilisation.
conformes aux lois de L’unité utilisée est le kilonewton (kN), une
l’Union européenne. mesure de force correspondant à la multi-
plication de la masse par l’accélération afin
- le label UIAA (Union de symboliser l’impact d’une chute. Un kN
Internationale des Associations est équivalent à environ 100 kg.
d’Alpinisme) qui est plus
exigeant que la norme CE sur
certaines catégories de produits.

- la norme ISO qui indique que la marque


dispose d’une "assurance qualité" tout au
long de sa chaîne de fabrication.
60_ nœuds à connaître encordement

LES NŒUDS & MANIPS


À CONNAÎTRE
En montagne, les nœuds d’encordement sont tout aussi utiles
pour l’ascension (encordement, assurage, installation de relais)
que pour la descente (rappel), voire pour les réchappes et
sauvetages (jonction de cordes, auto-assurance, remontée,
mouflage, mariner). Il en existe plusieurs types en fonction de
leur utilisation et certains sont des indispensables, par ordre
d’apparition : le nœud de huit, le nœud de chaise, le cabestan...
Il est conseillé d’apprendre à les réaliser à deux mains, certains
comme le cabestan à une main. Entraînez-vous consciencieusement
et régulièrement, un nœud peut vous sauver la vie.
Illustrations : Philippe Poulet

Nœud de huit d’encordement

LES NŒUDS
D’ENCORDEMENT
LE HUIT.
Nœud d’encordement le plus couramment
utilisé en alpinisme car facile à mémoriser
et à contrôler. Le nœud de huit servira à
s’encorder au baudrier ou au niveau du
mousqueton directionnel. Le nœud en huit
est le premier nœud à être enseigné aux
débutants. Pourquoi ? Tout simplement
parce que c’est le plus utile de tous les
nœuds, le plus sûr pour l’encordement et le
plus facile à vérifier.

Nœud de huit comme nœud d’encordement


Sa confection est décrite ci-contre dans le
cas de son utilisation en nœud d’encorde-
ment. Il doit être réalisé près du baudrier
Nœud de huit de blocage ou "double huit"
pour ne pas gêner lors du mousquetonnage.
Une fois réalisé, le brin libre doit dépasser
d’au moins la largeur d’une main. Si ce
brin est trop long, on peut confectionner
un nœud de pécheur double pour éviter que
le brin ne pende et vienne gêner.

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LE NOEUD DE CHAISE.
Un peu plus compliqué à apprendre, et plus
difficilement vérifiable, mais aussi indis-
pensable que le nœud de huit ! Souvenez-
vous du serpent qui sort du puit, fait le tour
de l’arbre et re-rentre dans le puit (CQFD !).
Le nœud de chaise est l’autre nœud d’encor-
dement sur le pontet, il est facile à défaire
après une chute mais doit toujours s’accom-
pagner d’un nœud d’arrêt. L’autre avantage
: son volume est restreint, et il est élégant !
Photos : Jan Novak

2 3

5 6 7 8

Montagnes Magazine#456
62_ nœuds à connaître blocage, assurage & autobloquants

LES NŒUDS DE BLOCAGE LES NŒUDS D’ASSURAGE


Ces nœuds sont très utiles pour réaliser les relais, que Les nœuds d’assurage permettent d’assurer le premier ou second
ce soit lors d’une escalade classique sur rocher, ou de cordée par des effets de friction et/ou de blocage.
pour mettre en place une corde fixe lors d’un rappel.

© Ortovox
PLEIN POING OU.« QUEUE DE VACHE ».
C’est le nœud le plus simple et rapide à réaliser, facile à contrôler
soi-même, facile à contrôler visuellement par le compagnon de
cordée, de près ou à une certaine distance (ou sans ses lunettes).
Sur brin simple, il est difficile à desserrer une fois mis sous tension.
Il s’utilise en encordement sur glacier en milieu de corde, pour
s’auto-assurer, ou pour fixer une corde sur un ancrage.

DEMI-CABESTAN OU « ITALIEN ».
Très simple à réaliser, sur corde à simple ou à double, il permet de
faire coulisser la corde par frottement puis à l’extrême par blocage.
Son freinage est très efficace et il peut être utilisé dans de multi-
ples situations de l’assurage du premier ou du second de cordée,
ou comme frein de charge ou encore comme descendeur. Réversible
même sous tension, il a tendance à vriller (« toronner ») la corde.
Le demi-cabestan permet de remplacer occasionnellement un
descendeur, par exemple d’assurer son second sur terrain de
moyenne difficulté, et il peut être rendu auto-bloquant en passant
un mousqueton dans le nœud pour empêcher le retournement.
© Ortovox

3 Le nœud de
cabestan, réalisable
à une main.

CABESTAN OU « D’AMARRE ».
Le cabestan permet de bloquer facilement la corde et de le vérifier
immédiatement : soit il bloque, et c’est bel et bien un cabestan, soit
il coulisse, et c’est un demi-cabestan. Réglable sans avoir à ouvrir
le mousqueton, il a aussi le mérite de pouvoir se réaliser d’une seule
main. Le cabestan est utilisé pour se vacher au relais, la longueur
se règle facilement mais ne peut être utilisé en rappel. Une fois sous
tension, il se desserre assez facilement. En revanche, veiller à ne
jamais l’utiliser en bout de corde car il peut coulisser sous la charge.

CŒUR.
Fait sur deux mousquetons identiques, il permet d’assurer le second
de cordée depuis le relais mais peut également permettre de
remonter sur une corde fixe en l’utilisant au niveau de la pédale
de pied. Bien que le freinage, voire le blocage, soit très efficace,
il n’est pas très sûr.

Montagnes Magazine#456
_63

LES NŒUDS AUTOBLOQUANTS


Réalisés en ajoutant un anneau de cordelette enroulé autour de la Il en existe de nombreux : le prussik, le machard et machard tressé,
corde principale, les nœuds autobloquants permettent de coulisser le français et français sur mousqueton, le valdôtain, les boucles
le long d’une corde tant qu’ils ne sont pas soumis à une force de autodébloquantes de Chisnall, le nœud polonais (nœud autoblo-
traction. Ils bloquent la descente en rappel lorsque le grimpeur ne quant de secours)… chacun ayant des avantages et inconvénients,
les fait plus suivre (c'est-à-dire lorsqu'il les lâche, par exemple à vous de choisir !
suite à une chute de pierres...). Dans des conditions où la corde peut se retrouver mouillée puis
Ils sont utilisés pour l’auto-assurance lors des rappels, ou pour gelée comme en alpinisme, il est recommandé de savoir particu-
des manœuvres de secours. Il est impératif que le diamètre de la lièrement se servir du prussik, efficace sur corde gelée.
cordelette soit nettement inférieur au diamètre de la corde princi-
pale. On utilise un brin d’environ 1,20 m en 6 ou 7 mm, fermé par
un nœud de pêcheur double.

© Ortovox
PRUSIK.
C’est l’autobloquant le plus simple à réaliser
: il s’agit à la base d’un nœud de tête
d’alouette enroulant avec trois ou quatre
tours la corde principale. Symétrique, il a
l’avantage de fonctionner dans les deux
sens et de bien se tenir en main. Sa potence
mobile et bi-directionnelle permet une
progression à 3 (ou plus) sur glacier. Il reste
efficace sur corde gelée, et nécessite peu
de cordelette. En revanche, il peut être diffi-
cile à desserrer sous une forte tension, et il
doit être confectionné avec soin pour être
efficace (les brins ne se chevauchant pas à
l’intérieur du nœud). Autre inconvénient, le
risque de perte de la cordelette lors des
3 Pour le nœud manœuvres est élevé, puisque l’anneau doit
français, la boucle être entièrement sorti du mousqueton pour
inférieure passe confectionner ou défaire le nœud (enlever
dans la boucle ses moufles, donc…).
supérieure puis est
© Ortovox

mousquetonnée.

MACHARD SIMPLE.
ET NŒUD FRANÇAIS.
La confection de ces nœuds est identique
et tout aussi simple, puisqu’il s’agit de faire
des tours autour de la corde de progres-
sion. Pour le machard, on mousquetonne les
deux boucles de la cordelette, alors que
pour le français, la boucle du bas passe
dans celle du haut puis se mousquetonne.
Le machard simple est bidirectionnel, alors
que le français ne fonctionne que dans un
sens. Tous les deux se débloquent assez
facilement. Le machard est un nœud
autobloquant utilisé pour : s'auto-assurer
sur la corde de rappel, remonter sur corde,
effectuer un mouflage.

Montagnes Magazine#456
64_ nœuds à connaître jonction

LES NŒUDS DE JONCTION DE CORDE


Les nœuds de jonction permettent de « rabouter » des cordes ou
des sangles. Ils sont utilisés principalement pour l’installation des
rappels et/ou la fabrication d’anneaux de cordes ou de sangles :
simple, pêcheur double, sangle…

PÊCHEUR DOUBLE.
Bien que simple à faire (deux tours de demi-nœuds), il nécessite
un peu d’expérience pour être fait dans le bon sens afin que les
nœuds finaux s’emboîtent parfaitement.
Dans le cas de cordes de différents diamètres ou en matières «
glissantes », type Dyneema, on peut même être amené à faire un
triple tour de demi-nœuds et ainsi confectionner un pêcheur triple.
Attention, il faut toujours laisser les bouts de corde dépasser d’une
bonne dizaine de centimètres.

Pour réaliser un noeud


de pêcheur double,
mieux vaut savoir faire
un noeud de pêcheur
simple,
présenté ci-dessus.

Attention, on n’utilise
pas le noeud de pêcheur
simple en alpinisme,
uniquement sa
déclinaison doublée
(voir ci-dessous).
© Ortovox

NŒUD SIMPLE.
Comme son nom l’indique, il se réalise
presque naturellement, mais il très difficile
à desserrer. Étant asymétrique, il est moins
volumineux que le nœud de huit et présente
moins de risques de coincement que le nœud
de pêcheur double lors du rappel de la corde.
Attention, pour une sécurité optimale, ce
nœud doit être doublé, le second nœud
simple devant venir en butée sur le premier.
De plus, il faut toujours laisser les bouts de
corde dépasser d’une bonne trentaine de
centimètres.

Montagnes Magazine#456
66_ manips à connaître relais

QUE FAIRE AU RELAIS ?


Dès que la cordée s’élève de plus d’une « tomber » que sur des relais déjà en place
longueur de corde au-dessus du sol, le donc équipés. N’oubliez pas que vous
leader devra alors effectuer un relais. On suspendrez tout votre poids (certes, plume)
distingue alors deux types de situations : et donc votre vie sur ces amarrages, qui
les voies équipées en terrain préparé, et les doivent être posés par des professionnels.
voies non équipées, dites en « terrain Arrivés donc en bout de corde, sur un relais
d’aventure ». Amis débutants, soyez précau- en place, quelles techniques adopter ?
tionneux et renseignez-vous afin de ne Application et entraînement…

SE VACHER AU RELAIS

© Climbing Technology
ASSURER LE SECOND DEPUIS LE RELAIS
LE RELAIS PAR ÉTAPES

Un relais “sécurit” est constitué d’au moins


deux points placés l’un au-dessus de l’autre
ou légèrement écartés. Le point le plus bas
peut être équipé d’un maillon à demeure, qui
permet de descendre en rappel.

Le grimpeur de tête s’installe pour assurer


le second qui va le rejoindre. Dès que l’on
arrive à un relais, en premier ou en second,
© Climbing Technology

on s’auto-assure. Le terme courant est "se


vacher", qui découle du nom du nœud de
"queue de vache".
On utilise couramment le nœud de cabestan
qui présente l’avantage de ne pas à avoir à
sortir la corde du mousqueton pour se faire
ou se défaire. Il suffit simplement d’en
ouvrir le doigt pour se bloquer ou se déblo- En effet, même si les fabricants garantissent mauvaise manipulation. Il faut donc
quer pour effectuer la manip suivante, et il des normes de rupture très largement au- toujours se trouver assuré en deux points.
a également l’avantage de pouvoir se dessus des charges réelles que le matériel
réaliser d’une main. peut avoir à encaisser un jour, il faut Une fois correctement vaché, le premier de
Le relais étant composé d’au moins deux toujours partir de l’idée qu’une des pièces cordée installe le système d’assurage du
points, l’idéal est de doubler cette assurance de notre chaîne d’assurage (mousqueton, second (descendeur, plaquette, reverso) direc-
: une vache en sangle ou en corde sur un sangle, cordelette, maillon, voire le rocher tement sur le relais, en prenant bien soin de
point, et la corde bloquée sur l’autre point. lui-même) peut venir à s’ouvrir lors d’une toujours répartir les efforts sur les amarrages.

Montagnes Magazine#456
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TRIANGULATION DU RELAIS

© Climbing Technology
Le principe de précaution de l’assurage sur
deux points vaut bien évidemment pour les RÉPARTIR LES CHARGES SUR LE RELAIS
amarrages, à relier entre eux au moyen de
la corde (et de nœuds de cabestan, de huit,
de plein poing) ou par une biangulation de
deux sangles. Surtout lors de la progres-
sion en terrain montagne, où l’on est
souvent obligé d’utiliser des installations
plus précaires (relais sur lunules, arbres,
blocs, coinceurs, pitons, etc.) : plus il y a de

© Climbing Technology
points reliés entre eux, plus on est en
sécurité. Une triangulation permet ainsi de
relier trois points entre eux au moyen d’un
anneau de corde ou d’une longue sangle.
Afin de répartir convenablement les forces,
il faut toutefois que les amarrages ne soient
pas trop écartés les uns des autres. L’angle
maximal admis doit être inférieur à 60°.

Quand le second arrive au relais, il se vache Dans le cas d’une escalade en réversible, le ment projeté contre le relai (ou contre le
selon les règles vues précédemment : second repart en tête comme premier de rocher, un surplomb, par exemple) en cas de
toujours relié à deux points et au moyen cordée. Avant qu’il ne se dévache, l’assu- chute du premier de cordée.
d’un nœud de cabestan. On distingue alors reur replace le frein sur son baudrier. Il est
deux types de progression : soit le second important de ne pas assurer un grimpeur Afin de diminuer le facteur de chute en cas de
repart directement dans la longueur suivante, en tête directement sur le relais car s’il vol avant le premier point de la longueur
cela s’appelle grimper en réversible (chacun tombe, la chute sera dynamisée par le corps suivante, il faut impérativement mousque-
à son tour en tête), soit le premier continue du second. Cependant, s'il y a une impor- tonner un des points du relais (on appelle cela
l’escalade en menant la cordée. tante différence de poids entre l'assureur et un point de renvoi) ou un point très proche du
Techniquement, la seule différence consiste le grimpeur de tête, certains préconisent relais (souvent prévu et placé à cet effet). Si
à prévoir une installation du relais légère- d'installer le matériel d'assurage (plaquette, cela gêne ensuite les manipulations de corde,
ment différente, afin de ne pas perdre de descendeur) directement sur un point du il est possible d’enlever cette dégaine pour
temps dans des manipulations inutiles pour relai et non sur le baudrier du second. Ce plus de confort dès que deux ou trois points
pouvoir enchaîner les longueurs au mieux. dernier risquerait en effet d'être trop violem- ont été mousquetonnés dans la longueur.

Montagnes Magazine#456
68_ manips à connaître rappel

LES RAPPELS
Enfin arrivés au sommet, émus, nous nous Nous l’aurons compris, en montagne, c’est
accordons avant de repartir, une pause lors de cette phase de descente qu’a lieu la
casse-croûte. La suite, cinq rappels avant majorité des accidents, soit par un
d’arriver à la course d’arêtes, va être longue "arrachage" du relais, soit par une rupture
et surtout, va retenir toute notre attention. de la corde lors d’une chute de pierres, soit
Détendus donc, mais concentrés ! En effet, par une mauvaise installation du matériel ou
plusieurs sources convergentes montrent encore « en passant à travers le rappel » si
que les accidents mortels sont en premier le nœud en bout de corde n’a pas été fait…
lieu causés par des chutes au sol, suite à Le rappel est donc un moment bien agréable
des dévissages et à des glissades. Ils ont mais qui doit être installé et effectué avec
majoritairement lieu à la descente (61% la plus grande attention.
des cas). Les risques habituellement quali- Pour toutes les "manips", nous rappelons
fiés « d’objectifs » (avalanches, chutes de qu’elles doivent être effectuées avec la plus
pierres) ne représentent qu’une faible grande concentration, et celle-là, bien que
proportion des accidents mortels (sauf sur très simple, est la plus délicate de toutes
le massif du Mont-Blanc). Il est à noter que puisque l’alpiniste dépend uniquement de
les chutes en crevasse et autres chutes de son matériel et de son installation.
séracs ne représentent que 3% chacune des
causes de décès en alpinisme.

LA DESCENTE : TIRER UN RAPPEL


Le rappel permet de descendre en Pour les non-initiés, cela paraît toujours
autonomie sur deux brins et de récupérer sa impressionnant, mais il n’y a en fait rien
corde. La descente en rappel est symbo- de très compliqué à se laisser glisser le long
lique en alpinisme : suspendus en plein vide d’une corde, si ce n’est d’accepter de faire
à plusieurs centaines de mètres d’altitude, une entière confiance à toute la chaîne de
impressionnés, c’est uniquement à soi- matériels : relais, corde, mousqueton,
même que l’on doit son déplacement dans descendeur et baudrier.
cette absolue verticalité…

POSER LE RAPPEL brins ou qu’ils ne sont pas coincés dans un


En premier lieu, les membres de la cordée arbre ou dans une fissure. S’il y a plusieurs
s’installent correctement au relais en s’auto- rappels de suite, il faut faire le fameux nœud
assurant. Vient ensuite la pose de la corde. en "bout de corde" qui vous évitera toute
Avec deux brins de cordes de diamètre mauvaise surprise…
identique à relier, on passe un des brins dans Si vous avez joint deux brins de corde,
le maillon et par un nœud de jonction (pêcheur mémorisez bien le positionnement du nœud
double, plein poing/queue de vache…) on de jonction et la couleur du brin où il a été
"fabrique" ainsi une corde de rappel. effectué car vous devrez tirer uniquement
sur celui-là pour rappeler votre corde.
© Climbing Technology

Une fois l’installation des cordes effectuée Durant ces phases de mise en place, il faut
au relais, on peut alors les jeter dans le vide, faire très attention à ne pas laisser échapper
loin de la paroi. la corde. Un petit mousquetonnage sera
Si l’on voit la ligne de descente, il faut alors toujours le bienvenu si vous ne voulez pas
vérifier qu’il n’y a pas de nœuds sur les gâcher votre belle journée.

Montagnes Magazine#456
_69

1. En étant toujours
1 auto-assuré au relais,
on place un brin dans
l'anneau métallique du
relais, on relie les deux
brins par un nœud bien
serré, et on crie «
CORDE ! » afin de
prévenir avant
d'envoyer les deux
cordes. On place son
brin de corde dans le
réverso.
INSTALLER
2. On tresse son nœud
LE DESCENDEUR ET auto-bloquant que l’on
L’AUTO-BLOQUANT a relié au pontet à
l'aide d'un mousqueton
Toujours bien auto-assuré au relais, vous à vis, on installe son
pouvez commencer à installer votre frein sur les deux brins
matériel de descente : le frein ou descendeur au-dessus de
(plaquette, réverso…) et l’auto-bloquant l'autobloquant et on le
de sécurité, l’idéal étant de placer ce dernier relie au pontet à l'aide
sous le descendeur, car s’il se retrouve sous d'une longe pour que
tension, il sera alors déblocable plus facile- l'auto-bloquant ne
ment. Il faut donc prévoir de rallonger l’ins- puisse se coincer dans
tallation du frein par une sangle passée en le frein.
"tête d’alouette" dans les deux passants du
baudrier. Ne pas installer le système de 3. On vérifie son
freinage et celui d'auto-assurance sur le installation avant
même point du baudrier (longe rallongée et d'enlever sa longe
descendeur sur les deux passants du d'auto-assurage. Et
baudrier, contre-assurance sur le pontet), et toujours le double
impérativement utiliser ses deux mains en check, on demande
étant toujours bien pendu au relais par ses aussi à son compagnon
auto-assurages. de cordée de vérifier
l’installation !
Une fois que tout le matériel est placé,
vérifiez toujours (même plusieurs fois !)
l’ensemble de votre installation : nœud de 2 3
jonction avec au moins 30 cm de corde qui
dépassent, descendeur dans le bon sens et
prenant bien les deux brins de corde, auto-
bloquant correctement positionné, mousque-
tons de sécurité verrouillés et travaillant dans
le bon axe… Tout est OK ? Vous pouvez
alors mettre doucement votre descendeur
sous tension et enlever votre auto-assurance
du relais après avoir vérifié que ce n’est plus
elle qui vous tient (longe molle).

ASTUCE : SÉPARER LES BRINS


Afin de pouvoir rappeler votre corde au mieux, il
faut éviter que les deux brins s’emmêlent. Il suffit
donc de placer une dégaine ou un mousqueton
avec une sangle (votre vache par exemple) sur le
brin à rappeler et de le relier à votre baudrier.
Durant la descente ce système va ainsi séparer
tout seul les deux brins, et une fois arrivés, vous
saurez sur quel brin tirer.

Montagnes Magazine#456
70_ manips à connaître rappel

DESCENDRE
Ca y est, vous êtes pendu ! Bien assis dans
le baudrier, les jambes bien tendues et
légèrement écartées, les deux mains sous le
descendeur évidemment, positionnez la
corde au mieux afin qu’elle ne passe ni sur
des angles vifs qui risquent de l’abîmer, ni
dans des fissures qui peuvent la coincer.
Pendant la descente, regardez bien en-
dessous de vous pour anticiper les reliefs et
les obstacles (vires, surplombs, arbustes).
Cela peut vous permettre de voir également
si la corde est bloquée ou s’il y a des nœuds
à défaire.

Vous gérez alors votre vitesse de descente


en serrant plus ou moins les brins de corde
entre les mains. Sur quelques dizaines de
mètres ce frottement est "acceptable", mais
n’hésitez pas à mettre des gants s’il y a
plusieurs descentes à enchaîner ou en cas
de rappel en fil d’araignée, c’est-à-dire dans
une zone surplombante où le rappel ne
touche pas le rocher…
Si vous avez un gros sac à dos lors de ce
type de rappel, une petite astuce consiste à
le fixer au pontet du baudrier pour qu’il
pende entre les jambes. Cela est plus confor-
table et vous évitera de vous casser littéra-
lement le dos.

Si vous devez traverser une large vire ou


vous arrêter sur un arbre par exemple pour
démêler la corde, gardez toujours votre
rappel sous tension.
Cela évitera que le grimpeur qui attend au-
dessus pour descendre pense que vous êtes
arrivé, et si vous glissez ou tombez le relais
ne subira ainsi pas de choc.
Une fois arrivé au relais, vous vous vachez,
et ensuite vous enlevez votre descendeur
et votre auto-assurage de la corde.
Essayez de garder cette dernière en contact
avec le relais en la mousquetonnant ou au
moins en la gardant dans la main, cela vous
permettra de guider le grimpeur qui arrive Vous prévenez alors votre compagnon que 5 Lors de la descente, les pieds bien à plat :
et même de le contre-assurer et de le bloquer vous avez enlevé votre matériel. Le rappel détendu mais concentré !
au moindre problème en tirant sur la corde. étant disponible, on a l’habitude de crier,
Attacher la corde de rappel au relais est voire de hurler : "LIBRE ! ".
obligatoire dans les zones déversantes, car
si vous la lâchez elle balancera dans le vide Lorsque le dernier grimpeur descend, il Surveillez désormais ce qui se passe au-
à plusieurs mètres de vous... Non seule- doit récupérer tout le matériel qui peut dessus de vous car celui qui descend peut
ment votre compagnon aura des soucis pour encore rester sur le relais et placer la corde laisser échapper du matériel ou faire tomber
vous rejoindre, mais en cas de problème, si au mieux afin qu’elle ne se coince pas, une pierre que vous devriez pouvoir éviter
vous devez utiliser la corde pour remonter principalement dans des fissures, quand si vous êtes attentif.
(on ne sait jamais ce qui peut se passer), vous allez la ravaler. Cela est surtout valable Arrivé à son tour au relais, aidez-le si besoin
vous serez coincé en pleine paroi ! si vous avez fait un nœud de jonction ! à s’auto-assurer et à enlever son matériel.

Montagnes Magazine#456
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© Climbing Technology

RAPPELER LA CORDE 5 Bien se mettre d’accord sur le bon brin avant de


tirer le mauvais de toutes ses forces… utiliser un
Et voilà d’où vient le nom… de rappeler ! Normalement, jusque là tout va bien. moyen mémo-technique pour les couleurs de brins.
L’intérêt de ce type de descente est de pouvoir Malheureusement, une fois sur dix environ, Dans le doute, demandez au 1er à être descendu de
récupérer sa corde, soit pour continuer à le brin croise un arbre, un bosquet, une réaliser un essai de coulissage de la corde depuis le sol.
grimper, soit pour enchaîner d’autres rappels. fissure, et finit par s’entortiller dedans. Cela
Donc, une fois que tous les membres de la crée souvent un léger silence au relais… Il ENCHAÎNER
cordée sont arrivés en bas du rappel et se sont faut alors continuer à la ravaler doucement
mis en sécurité, vient un moment délicat et en espérant qu’elle se décoince. Quelquefois DES RAPPELS
toujours attendu avec fébrilité : tirer sur un des ça fonctionne, d’autres fois il faut vraiment
brins de la corde pour la récupérer…Attention tirer dessus, à plusieurs personnes même, Si vous devez continuer la descente par un
de bien tirer du côté où il y a le nœud ! pour la libérer. Vérifiez alors toujours si elle autre rappel, il est conseillé de passer le
Quand vous aurez récupéré la première moitié ne s’est pas abîmée pendant la manœuvre. brin sur lequel on tire directement dans le
de la corde que vous aurez pris soin de lover maillon de votre nouveau relais. Ainsi, le
au fur et à mesure, l’autre moitié va alors Si elle est vraiment coincée : rappel sera directement mis en place pour
s’échapper du maillon du relais et tomber en - soit vous remontez, en grimpant tant bien la suite des événements.
glissant le long de la paroi. S’il y a du monde que mal, mais encordé sur le brin déjà Vous rappelez donc en tirant sur le brin que
autour de vous, prévenez quelques instants rappelé, pour aller la libérer (attention cela vous avez passé dans le maillon. Arrivé au
auparavant en hurlant "CORDE !". risque d’être acrobatique car vous allez nœud de jonction, vous n’avez qu’à bloquer
Vient alors une longue attente… Celle-ci ne devoir vous assurer un peu comme vous la corde et faire filer le deuxième brin, dans
dure en fait que quelques secondes, mais on pouvez…). Ne remontez jamais sur le brin le vide, de l’autre côté du maillon.
a l’impression que ce sont des minutes, coincé car vous ne savez pas sur quoi il tient. Comme toujours, vérifiez bien toute la
voire des heures. La corde file, fouette, - soit vous êtes coincé, et vous ne regretterez sécurité de votre installation et notamment
ramassant au passage ce qu’elle trouve : pas d’avoir pris votre téléphone portable… l’absence de nœuds ou de blocages sur les
herbe, brindille, petits cailloux ou grosses deux brins de la corde.
pierres… Il faut donc toujours regarder ce Vous pouvez y aller, votre second rappel
qui va arriver du haut. est maintenant prêt.

Montagnes Magazine#456
72_ techniques pour progresser

TECHNIQUES
POUR PROGRESSER
Sur glacier ou sur rocher, les techniques de progression sont
bien différentes. Pour aller plus loin, nous proposons
d’aborder certaines techniques fondamentales en alpinisme
comme les anneaux de buste, les nœuds et « manip » à
connaître, quelques techniques de cramponnage, relais,
rappel et sauvetage. A vos crampons !? Partez !
Photos : Jan Novak (sauf mentions)
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POURQUOI
MANIPS À BLANC
S’ENCORDER ?
Ne soyez pas dupes : si ces images ont été En cas de progression en haute montagne,
faites en extérieur, près d’une arête rocheuse une personne non-encordée court un certain
et d’une belle pente de neige, elles n’ont pas nombre de risques, par exemple sur un
été faites par des débutants. Assurez-vous glacier enneigé, où l'épaisseur de neige
de bien maîtriser les techniques de progres- cache des crevasses. Le poids d’un alpiniste
sion avant de les appliquer en montagne. peut faire céder le pont de neige et le faire
Pour ça, rien de plus simple que de les faire tomber dans la cavité. Aussi, des compa-
chez vous, dans votre jardin ou votre salon, gnons, correctement équipés et attentifs,
c’est selon ! pourront bloquer la chute dans une grande
majorité des situations.

LES GRANDS PRINCIPES


DE SÉCURITÉ
L’alpinisme est une activité à risques, mais si l’on respecte scrupu-
leusement et continuellement ses règles de sécurité, alors on en
minimise les dangers :

- Utilisez du matériel non-usagé et dont vous maîtrisez l’utilisation.


N’installez jamais de matériel nylon contre nylon
(sangle/sangle, corde/corde, sangle/corde).

- Ne vous laissez jamais distraire pendant une manip.

- Soyez toujours vigilant face au matériel que vous trouvez dans


un itinéraire : relais, points, cordelettes et sangles, "coinceurs
coincés", vieux piton, etc.

- Grimpez avec des compagnons dans lesquels vous avez confiance


(assurage, manips, engagement dans de grandes voies…).

- Pensez aux autres... à ceux du dessus qui peuvent échapper du


matériel ou faire tomber une pierre, à ceux du dessous auxquels
il faut essayer de ne pas réserver le même sort (vigilance pendant
les manips/matériels tels que sacs, gourdes vachés au relais...).

- Rassemblez le maximum d’informations avant de vous engager


dans un itinéraire

- et enfin n’y allez que si vous vous sentez bien, surtout dans votre tête !

Montagnes Magazine#456
74_ techniques pour progresser encordement

ENCORDEMENT
ANNEAUX DE BUSTE,
BLOQUÉS OU BIEN ?

Sur glacier, comme le préconise l’ENSA,


les anneaux de buste ne seront pas solida-
risés par un nœud afin de permettre, en cas
de chute en crevasse, de mobiliser rapide-
ment les anneaux de corde. En revanche, sur
rocher, solidariser ses anneaux de buste
permet de régler rapidement la distance de
corde entre deux personnes encordées. Cette
technique permet également de poser son
sac à dos sans avoir à défaire et refaire ses
anneaux puisqu'ils sont solidarisés au
niveau du baudrier.

2
3
S'encorder en bout de corde (nœud en 8), puis mettre son Avant le double nœud
sac à dos et faire des anneaux de buste. Ils ne doivent ni de pécheur, on fait
être trop serrés, ni descendre en dessous du baudrier. passer la corde dans le
6 pontet central du
baudrier afin qu'une
1 traction sur la corde
d'assurage soit
transmise au baudrier
et non sur les anneaux.

4
Puis on ferme les
anneaux par un nœud
de chaise ou de nœud
de huit ou un double
nœud d'arrêt.

Commentaire : pour
ajouter de la corde,
défaire le nœud et
laisser filer un à un les
anneaux de buste.

Montagnes Magazine#456
76_ techniques pour progresser protections

POSER SES PROTECTIONS


PLACER UNE SANGLE OU UN ANNEAU DE CORDE
On utilise les anneaux, de sangle ou de corde, considérablement l’anneau et lui fait perdre
dans trois principaux types de "points" supplé- jusqu’à 40 % de sa résistance nominale !
mentaires : dans une lunule (trou traversant On conseille donc plutôt de faire un simple
dans la roche), autour d’un arbre ou arbuste, tour de l’amarrage, ou plusieurs tours si
autour d’un béquet ou bloc rocheux. l’on veut éviter qu’il coulisse, avant de le
On a généralement tendance à vouloir mousquetonner.
positionner l’anneau en le bloquant par un Placé sur un béquet ou un bloc rocheux, il
nœud de tête d’alouette afin qu’il ne coulisse convient de réduire l’angle d’effort en
pas le long du support. Si l’amarrage est de mettant un anneau plus long, qui pourra
petite section (arbuste, branche, lunules) il être bloqué par un nœud (coulant ou "tête
faut savoir que l’angle créé dans les fibres d’alouette") s’il y a un risque qu’il sorte de
synthétiques par ce type de nœud fragilise son emplacement.

Montagnes Magazine#456
_77

1 2 3

4 5 1-2-3.

Quand on progresse sur


une arête « facile »,
c’est-à-dire un terrain
sur lequel le premier de
cordée se sent
suffisamment à l’aise
pour ne pas avoir besoin
de s’assurer lui-même,
on réduit la longueur
d’encordement à 1
mètre en faisant des
anneaux de corde à la
main, ce qui permet à
chacun d’assurer les pas
de la personne qui la
précède en tenant
fermement cette corde.

6 4-5-6.

Le « terrain montagne
» est un terrain
rocheux de mauvaise
qualité dans lequel la
progression ne mérite
pas encore l’appellation
« escalade », mais n’est
plus tout à fait de la
marche. Il faut mettre
les mains régulièrement
pour s’équilibrer, faire
attention aux cailloux
qui tombent, et
chercher sans cesse le
meilleur itinéraire.

Montagnes Magazine#456
78_ techniques pour progresser protections

1 2 3

1-2-3.
La légende de la montagne raconte que sur une 5
arête, si une personne tombe à droite il faut que
l’autre saute à gauche pour la retenir : je ne m’y
aventurerais pas…
4-5-6.
Le risque majeur sur une arête, c’est la chute dans la Dans les terrains plus pentus et instables, le
pente. La personne qui tombera, avant de tendre la premier de cordée doit protéger sa propre chute.
corde, aura pris de la vitesse, et sera difficile à retenir.
On ne progresse plus en cordée volante, et il n’y a
La philosophie de la progression en arête est donc pas de règle générale. Étant donnée l’infinie
celle-ci : il ne s’agit pas de stopper la chute, mais diversité des situations, chaque cas devra être
de l’empêcher, purement et simplement. évalué sur le terrain.

La démarche consiste à s’encorder plus long (10


mètres) et à faire passer la corde dans tous les
accidents du terrain qui pourront la bloquer en cas
de chute comme les becquets.

Montagnes Magazine#456
80_ techniques pour progresser cramponnage

LE CRAMPONNAGE
TECHNIQUE 10 POINTES
ET PIOLET CANNE
L’objectif de cette technique de crampon-
nage est de faire mordre le maximum de
pointes dans la glace, en s’appuyant sur son
piolet à la façon d’une canne. Elle est utilisée
tant sur du plat, dans les descentes ou les
traversées en devers. Elle a l’avantage de
réduire la sollicitation des mollets. Le piolet,
lui, constitue avec la corde le couple
mythique et symbolique de l'alpinisme.

Et sinon, panne ou marteau ?


Pour débuter, le piolet avec panne permet
une meilleure préhension du piolet en
randonné glacière. La panne permet aussi de
tailler des plateformes et de creuser des
trous dans la neige pour faire un ancrage, si
besoin pour un secours en crevasse. Le
marteau sert à taper des pitons ; jusqu'à des
courses difficiles (D), la présence du marteau
ne sera donc pas nécessaire.

3La main amont tient le piolet, pouce sous le col


de la panne, paume sur la lame, doigts sous la lame.
En cas de chute, la main amont est déjà en place
pour un appui. Dans bien des cas, la glissade sera
enrayée dès le départ en inclinant simplement le
piolet vers l'amont pour que la lame vienne se
planter dans le sol. Il suffit d'attraper le manche
avec la main aval pour se mettre en position
d'arrêt. Quand on change de côté de marche,
changer le piolet de main.

1 2 3

Montagnes Magazine#456
_81

4 5 6

Contrairement à la marche sans crampon, où l'on


frappe la carre de la chaussure, la marche en
crampons nécessite une flexion constante de la
cheville afin que l'ensemble des pointes verticales
pénètre la neige. En montée et traversée (photos 1,
2, 3), il s’agira d’être souple de la cheville et
d’adopter une flexion latérale.

Ici, il manque encore quelques degrés de pente pour


réaliser la technique mixte (un pied en 10 pointes et
un pied en pointes avant).

En descente, on exerce une flexion antéro-


postérieure (photos 4, 5, 6) et l’on pourra même
Quand la neige ramollit, il est toujours délicat de écarter les pieds dans la fameuse position « 10h10
savoir si l'on doit ou non quitter ses crampons… Sans ». Sur des pentes de 35 à 45°, ces flexions ne sont
crampons, la neige devient extrêmement glissante ; pas si commodes, et cela nécessite de s’entraîner
avec crampons, elle a tendance à sur des pentes écoles.
« botter » sous les crampons et oblige à donner un
coup de piolet à chaque pas sur la chaussure pour
chasser la neige. Les systèmes anti-botte qui équipent
certains crampons améliorent quelque peu les choses.
4

3La technique pointes


1 2 3 avant permet d’avoir un
ancrage frontal du pied.
Elle est souvent utilisée
dans les pentes
supérieures à 55°, et en
cascade de glace,
associée au piolet
traction.

Montagnes Magazine#456
82_ techniques pour progresser mouflage

Une fois la chute stoppée, l’alpiniste doit


confectionner un amarrage solide à partir duquel il
pourra mettre en place le mouflage.
4

LE MOUFLAGE
MARINER
Plusieurs types de mouflages existent, plus
ou moins adaptés aux différentes situations.
Comme pour toutes les situations de
secours, l’entraînement et la connaissance
préalable des techniques à employer sont les
meilleurs gages de réussite.

Le mouflage simple
Le rendement théorique est de 3 pour 1,
c’est-à-dire que le poids de la victime est
divisé par 3. Cette technique est efficace si
la victime est légère et valide. Avec peu de
matériel nécessaire, l’installation est rapide
et peu technique, mais le rendement moyen.

Le mariner double
Passer au mariner double devient très
technique et nécessite beaucoup d’entraîne-
ment. Cette technique est adaptée si la victime
est incapable d’aider à se hisser, notamment
si elle est inconsciente. Par contre, le rende-
ment théorique est efficace : 7 pour 1.

Remarque importante : durant toute la


durée des manœuvres de mouflage, la corde
doit rester tendue entre l’ancrage et la
victime, pour limiter le risque de choc. Si
la victime est active, la corde doit être avalée
à mesure.

1 2

Montagnes Magazine#456
_83

3 Première étape, le compagnon de cordée, resté en


surface mais pratiquement immobilisé par la
traction de la victime dans la crevasse, doit faire un
relais pour assurer la victime et se libérer de la
traction pour agir. La réalisation d’une tête de
mouflage peut-être la plus difficile à mettre en
place en situation.

Sur glace, visser 2 broches dans la glace. Sur neige,


utiliser un corps mort, comme son piolet (pour être
efficace, il doit être rentré dans de la neige dure à
l’aide du piolet). Une sangle est passée en tête
d’alouette autour du corps mort.

Puis un noeud de cabestan pour se vacher au relais,


4 et une poulie ou un noeud de demi-cabestan pour
assurer son compagnon si on n'a pas de matériel
spécifique. On aura ainsi sécurisé la corde par un
premier autobloquant et un mousqueton à vis.

Une fois le corps mort installé on transfère


délicatement le poids de la victime sur l’amarrage,
on libère alors sa réserve de corde (photo 5).

Remarque : On peut doubler l’amarrage de la tête de


mouflage et coupler les deux amarrages. Il faudra
aussi aménager la lèvre de la crevasse avec un
piolet, un manche de pelle, un sac pour diminuer le
cisaillement de la lèvre de la crevasse par la corde.

Montagnes Magazine#456
84_ techniques pour progresser mouflage

6 9

Deuxième étape pour mettre en oeuvre le


mouflage, placer un machard sur le brin descendant
muni d’un mousqueton à vis. Cet autobloquant doit
bloquer quand on tire dessus vers le haut.

10 Placer un troisième
autobloquant sur le brin
libre de la corde de
façon à ce qu’il bloque
quand on le tire dans le
même sens que la corde.

Comme celle-ci n’est


plus sous tension, on
peut utiliser un Grigri,
un Shunt, une poignée,
11 un Tibloc ou tout autre
modèle d’autobloquant.

On va alors fixer une


cordelette d’environ 1
mètre de long au moyen
d’un mousqueton à vis
7 sur cet autobloquant
puis la faire passer dans
le mousqueton du bas.
12
L’extrémité de cette
cordelette porte un
deuxième mousqueton à
vis que l’on vient
clipper sur le brin libre
de la corde en dessous
du troisième
autobloquant.

On est prêt à tracter.


8 Bien sûr, il faudra après
chaque traction
13 remettre les
autobloquants en place.

Montagnes Magazine#456
Afin de réduire au maximum les frottements, il est
souhaitable d’utiliser des appareils mécaniques en
tête de mouflage. Les plus couramment utilisés sont
le Grigri, la Mini Traxion ou la Pro Traxion, une poulie
simple couplée avec un Ropeman ou un Tibloc.
Leur avantage réside dans le fait que la poulie en
tête de mouflage réduit considérablement les
frottements (c’est moins vrai pour le Grigri).
Par contre on ne peut pas les mettre
en place avec une corde sous tension.

L’utilisation d’une poignée, d’un Croll ou d’un Basic,


si elle ne réduit pas les frottements, présente
l’avantage de pouvoir être installée avec une corde
sous tension. Avec ces trois appareils, il est
impératif de faire passer la corde dans le
mousqueton relié au point d’ancrage, sinon tout
l’effort est appliqué sur la gachette qui n’est pas
14
prévue pour travailler dans ces conditions.
86_ techniques pour progresser

LES PRÉCONISATIONS
DE L’ENSA
Maîtriser les rudiments dans les techniques de progression
est nécessaire lorsque l’on souhaite réaliser une course
d’alpinisme. François Marsigny livre les préceptes en
vigueur de l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme.
Propos recueillis par Cathy Jolibert

François Marsigny
Architecte de formation, guide de
LE RELAIS
haute montagne à la Compagnie des Un conseil ?
guides de Chamonix et professeur- La plupart des itinéraires classiques sont Éviter de se retrouver sur un itinéraire non
guide à l’ENSA. Il est chef du aujourd’hui équipés de relais à demeure. équipé, tant que l’on n’est pas sûr de sa
département Alpinisme à l'ENSA Cependant, si vous arrivez à un emplace- technique de pose de points et de construc-
depuis janvier 2016. À l’origine de ment supposé de relais mais qu’il a « tion de relais qui, rappelons-le, doivent être
nombreuses premières dans les Alpes, disparu », vous devrez en confectionner inarrachables. Se former auprès des profes-
il reçoit en 2000 le Cristal pour avoir un, ce qui demande de la méthode et du sionnels avant de se lancer progressive-
été nommé tous les ans depuis la savoir-faire. ment en autonomie.
création du Cristal FFME en 1991. Il a
lui-même été à l'origine en 1990 du
Piolet d'or, avec Jean-Claude Marmier,
qu’il reçoit en 1994 avec Andy Parkin
pour la 1re de Los Tiempos Perdidos
au Cerro Torre, en Patagonie.

LE RAPPEL SÉCU
SUR LES RAPPELS…
L’ENSA préconise l’utilisation systéma-
tique d’un nœud autobloquant, comme le
nœud de Machard, fixé au pontet du
baudrier, avec le descendeur déporté sur
une longe dynamique. Lors de la descente
en rappel, s’arrêter à 10-15 mètres de la fin
du rappel avec son autobloquant et faire un
nœud au bout de chaque brin de corde. On
ne préconise pas les nœuds en lançant la
corde pour éviter les risques de coince-
ments. Lorsque l’on arrive au relais
inférieur, on le teste en le sollicitant forte-
ment, tout en restant sur le rappel bloqué sur
son autobloquant.
© François Lombard

Un conseil ?
Ne jamais hésiter à refaire un relais de
rappel et donc avoir le matériel nécessaire
à cela (cordelette, couteau, maillon,
éventuellement marteau, etc.)

Montagnes Magazine#456
_87

CRAMPONNER EN TOUTES
CIRCONSTANCES
CRAMPONNAGE « TOUTES
POINTES » OU 10 POINTES
S’entraîner à progresser sans crampons en tapant simplement du
pied sur des pentes de neige allant jusqu’à 40 degrés et en taillant
des marches sur des pentes de glace raides constitue un bon exercice
pour travailler son équilibre. La taille de marches est une technique
qui ne s’improvise pas et demande de l’entraînement. Il faut aussi
s’exercer à la technique du cramponnage « toutes pointes » (aussi
appelée « 10 pointes »), avec un piolet canne sur lequel on s’appuie
comme avec un bâton. Au-delà d’un certain degré de pente, en
fonction de la souplesse de vos chevilles et de votre agilité (généra-
lement autour de 50°), essayez la technique dite du cramponnage
mixte avec un pied en pointes avant et l’autre pied en technique
10 pointes. La technique pointes avant se pratique lorsque l’incli-
naison est supérieure à 50°, comme en cascade de glace.

Un conseil ?
De l’entraînement et de la réflexion avant l’action pour éviter de se
mettre dans des situations périlleuses. Choisir des objectifs corres-
pondant à son niveau de pratique et bien préparer sa course en allant
« à la pêche » aux informations disponibles (les différents topos, la
météo, les professionnels, etc.).

ENCORDEMENT LE MOUFLAGE MARINER


LA TECHNIQUE Cette technique est utilisée pour sortir quelqu’un d’une crevasse
après une chute. Elle ne peut être mise en œuvre que si elle est
DE LA CORDE TENDUE connue, que l’on dispose du matériel nécessaire et que l’ancrage
que l’on installe pour faire le mouflage est inarrachable.
Sur glacier enneigé peu pentu, la corde tendue permet d’arrêter une Elle nécessite de savoir réaliser un amarrage en neige ou en glace, un
chute en crevasse, à condition qu’il y ait 12 à 15 mètres de corde autobloquant, s’auto-assurer, mettre en place une poulie autobloquante.
entre chaque participant. Avec moins de distance ou une corde
molle, si l’individu tombe dans une crevasse, la vitesse devient trop Un conseil ?
importante et il est alors quasiment impossible de l’arrêter. Cette technique complexe doit pouvoir être mise en place rapide-
ment, car il faut penser à son compagnon de cordée dans la crevasse.
Un conseil ? Elle doit faire l’objet d’un sérieux apprentissage lors de sorties avec
Se former aux différentes techniques de sécurité sur glacier avant un club ou un professionnel. Il ne faut pas hésiter à la pratiquer
de se lancer en autonomie. Utiliser un matériel adapté. Faire preuve régulièrement pour la maîtriser.
de prudence et de discernement dans sa pratique. Il y a quelques années déjà, l’ENSA a réalisé un DVD sur les
techniques fondamentales du métier de guide qui présente ces
différentes techniques évoquées ici et permet une bonne base
ANNEAUX DE BUSTE, d’apprentissage de celles-ci. Il est possible de se le procurer pour
une somme modique au service de documentation de l’école.
BLOQUÉS OU BIEN ? Il est également possible de se référer aux tutoriels que l’on peut
Cette technique, notamment utilisée lors de l’assurage en mouve- voir sur la chaîne TVENSA visible sur YouTube
ment permet de modifier la longueur de corde rapidement. (www.youtube.com/user/AlpinismeENSA).
Actuellement, on conseille de réaliser des anneaux non solida-
risés, fermés par un mousqueton directionnel au niveau du pontet.
Cinq à six anneaux courts autour du buste, le reste de la corde
restant dans le sac, de préférence enkitée. On reste bien évidem-
ment encordé en bout de corde. En cas de risque de chute, il est
recommandé de s’encorder au moyen d’un nœud de chaise sur le
pontet et non plus sur mousqueton.
POUR EN SAVOIR PLUS
Un conseil ? - F. Marsigny, J.-F. Hagenmuller et F. Pallandre (ENSA), L'alpinisme.
Encore une fois, le conseil à donner est celui de l’apprentissage Des premiers pas aux grandes ascensions, Glénat, 2016.
assuré par des professionnels compétents.

Montagnes Magazine#456
88_ mes premières courses

MES PREMIÈRES COURSES


EN ROUTE VERS LA MEIJE
À chaque course, son intérêt, en fonction : du début vs fin de
saison estivale, en mode reprise ou déjà entraîné(e), des
prévisions et conditions en montagne, du compagnon de cordée
et du niveau général. Nous ne décrirons pas toutes les étapes des
courses sous peine d’être soporifique, mais plutôt une impression
générale. Avant chaque course, il s’agira d’envisager un plan B,
de bien se renseigner et d’utiliser tous les réseaux, comme le site
camptocamp.org. Pendant la course, tenir ses délais est un gage
de réussite et d’évitement de situations périlleuses.
Un Homme averti en vaut deux.
Texte : Cathy Jolibert ; Photos : François Lombard

Montagnes Magazine#456
_89

Ça plane pour moi dans la traversée des Ecrins.

Montagnes Magazine#456
90_ mes premières courses

DÔME DE NEIGE DES ÉCRINS :.


versant nord (voie normale)
Rendez-vous au Pré Carle puis partir en
Durée : 2 jours direction du refuge du Glacier Blanc et
Sommet : 4 015 m celui des Écrins (3 175 m), où l’on croisera
Dénivelée : +965 m/-2 141 m forcément des guides et autres alpinistes
Cotation : F afin d’échanger, s’informer.
Localisation : Parc national des Écrins Prendre pied sur le Glacier Blanc et attaquer
(Alpes françaises) par les pentes de neige les moins exposées.
À 3 600 m, remonter cette pente d'abord
Situé au pied de la Barre des Écrins, un peu à gauche puis franchir au mieux les
le Dôme de Neige des Écrins est un sommet grosses crevasses (3 761 m), et poursuivre
marquant la limite entre les départements en tirant à droite sur le plateau supérieur
de l’Isère et des Hautes-Alpes. Accessible du glacier. Longer la base des pentes raides
à tous les alpinistes bien entraînés, le de la face nord jusqu'au pied de la brèche
parcours ne présente aucune difficulté Lory. Franchir la rimaye au mieux sous la
technique mais croise des séracs et brèche Lory, parfois très à droite sous le
crevasses (vigilance). Au sommet, le sommet du Dôme, et rejoindre le sommet.
panorama est exceptionnel sur le mont
Blanc, la barre des Écrins, mais aussi Pour la descente, prévoir 2h à pied ou 15
jusqu'au Cervin et le mont Rose en Italie. min à ski jusqu'au refuge des Écrins.

Montagnes Magazine#456
MONT PELVOUX – POINTE PUISEUX.
traversée sud-nord

Durée : 2 jours
Sommet : 3 943 m
Dénivelé : +1 250 m/-2 450 m
Cotation : PD+
Localisation : Parc national des Écrins
(Alpes françaises)

Peut-être l’une des plus belles courses des


Alpes dans son niveau de difficulté. La
traversée du Pelvoux combine la montée
par le couloir Coolidge et la descente par le
Glacier des Violettes. C’est beau, donc,
mais c’est long, gare aux courbatures, il
est possible d’exploser votre record quant
au nombre de pas réalisés en une journée.
Du refuge du Pelvoux, remonter la première
barre de rochers au nord pour rejoindre le
sentier qui amène au sommet de la moraine
rive gauche du Glacier de l'Homme. Prévoir 5
4h pour la montée par le couloir Coolidge Trois drôles de dames dans le couloir Coolidge ;
– traverser horizontalement jusqu'au replat Traversée du Pelvoux.
au nord de la Bosse de Sialouze (3 229 m).
Remonter le glacier de Sialouze rive gauche en
direction du couloir Coolidge (raide dans sa
partie supérieure) jusqu'au Glacier du Pelvoux.
Pour la descente, prévoir 5h. Du sommet,
descendre vers le Glacier du Pelvoux puis Enfin, deux options : descendre sur
rejoindre le Glacier des Violettes (itiné- Ailefroide par la vire, ou descendre sur le
raire compliqué). Pour aller plus vite et Pré de Madame Carle. Et hop, un Doliprane
avoir moins mal aux jambes, pensez à ou une aspirine avant de vous coucher, et
glisser sur le névé Pélissier. vos jambes vous en sauront gré.

ASCENSION DU GRAND PARADIS.


Durée : 2 jours
Sommet : 4 061 m
Dénivelée : +1 330 m/-1 330 m
Cotation : F
Localisation : vallée d'Aoste (Alpes italiennes)

La voie normale du Grand Paradis (Gran Paradiso en italien) est considérée comme
l’une des voies les plus accessibles pour gravir un 4 000. C’est dit. Il offre un
merveilleux environnement pour débuter en alpinisme et s’initier à la pratique de
la haute montagne, à condition toutefois d’avoir une bonne résistance à l’effort.
5 Le départ se fait de Pont (1 950 m) vers le refuge Vittorio Emanuele II (2 732 m).
Ce n’est pas un pic, c’est un dôme : Du refuge, on atteint un petit cirque rocheux par une traversée ascendante vers la
le Dôme Des Ecrins. droite. Puis sur la gauche, une nouvelle pente un peu raide et l’on voit apparaître un
gigantesque gendarme. Le laisser bien à droite, tout comme les suivants, et conti-
nuer à monter vers l'est sur une croupe. On arrive au pied d'une pente sud-sud-ouest
plus raide au niveau de la Becca de Montcorve (3 869 m), parfois en glace, à laquelle
fait suite un replat et enfin la pente sommitale, d'orientation plutôt ouest. Encore
quelques mètres à gravir et vous atteindrez le sommet du Grand Paradis, habité par
la Madone. La descente se fait par le même itinéraire.

Conseil : les derniers mètres pour accéder au sommet par l'arête rocheuse peuvent
sembler impressionnants mais des spits sont en place afin de sécuriser la progression.

Montagnes Magazine#456
92_ mes premières courses

5
Quand la pause s’impose ; Aiguilles Marbrées.
AIGUILLES MARBRÉES.

Durée : 1 jour
Sommet : 3 535 m LA TRAVERSÉE.
Dénivelée : +200 m Au départ du refuge des Conscrits,
Cotation : PD DES DÔMES DE MIAGE. prendre la direction du glacier de Tré-
Localisation : massif du Mont-Blanc (Alpes le-Tête (2 900 m) que vous remontez
italiennes), vallée d'Aoste Durée : 2 jours jusqu’au col des Dômes (3 564 m). Vous
Sommet : 3 673 m pouvez ainsi décider de réaliser l’ascen-
On poursuit l’entraînement avec une très Dénivelée : +1 150 m/-1 278 m sion du Dôme (3 673 m, point culmi-
belle traversée en glace et rocher pour Cotation : PD nant) avant de vous diriger sur l’arête
alpiniste en herbe souhaitant s’initier aux Localisation : massif du Mont-Blanc (comptez 3h depuis le refuge). La
différentes techniques de progression à (Alpes françaises) traversée des Dômes peut se faire jusqu'à
corde tendue, sur arêtes. Tout d’abord, utili- l'Aiguille de la Bérangère (3 425 m) pour
sons les nouvelles remontées mécaniques Nous sommes à Chamonix, la Mecque de réaliser le parcours intégral. La vue est
et performantes du Skyway Monte Bianco, l’alpinisme, au cœur du massif du Mont- imprenable sur la réserve des Contamines
versant italien, donc. De la gare d'arrivée Blanc, ambiance garantie le long de ce Montjoie (considérée comme la réserve
Punta Helbronner, gagner le glacier puis parcours d'arête entre deux mondes. Peu diffi- naturelle la plus haute de France) et sur
partir vers le col du Géant. Il y a peu de cile, idéal pour s’initier et maîtriser son le mont Blanc, évidemment.
dénivelée mais ce n’est pas pour autant une équilibre. Les Dômes de Miage sont composés
course sans risque (attention aux crevasses de six sommets, leur traversée peut s’effectuer La descente par la voie normale de
et corniche au sud). d’est en ouest, ou inversement. Si vous optez l'Aiguille de la Bérangère permet
Pour la traversée sud-nord, on se dirige vers pour une traversée d’est en ouest, sachez que d’atteindre par les pentes de neige et les
le pied de l'aiguille sud S et juste à sa les passages clés se font à la montée et que la névés le refuge des Conscrits. Du refuge,
gauche, on repère la première ligne traversée est plus progressive. suivre le sentier balisé.
enneigée très étroite. Attention, le premier
goulet fait 65° sur 2-3 m et est étroit.
Ensuite, suivre le couloir (2 longueurs de 40
m) et rejoindre l'arête jusqu'au sommet nord
des aiguilles Marbrées. Par grand froid, la
glace forme de magnifiques cristaux sur le
granite noir et blanc marbré, magnifique…

Du sommet, on redescend l'arête nord vers


le col de Rochefort, puis encore 30 min 4
jusqu’au point de départ. Jeu d’ombres et lumières ; Aiguilles Marbrées.

Montagnes Magazine#456
94_ mes premières courses

3
Vertige et émotions,
quand une vague de
nuages nous submerge ;
arête est du Viso.

4
Une grande classique,
l'arête est du mont Viso.

6
En équilibre sur l’Arête
des Cinéastes.

POINTE DES CINÉASTES :.


traversée des arêtes
Durée : 1 jour
Sommet : 3 205 m
Dénivelée positive cumulée :
+660 m/-539 m
Cotation : AD
Localisation : Parc national des Écrins
(Alpes françaises)

La traversée des Cinéastes est une très belle


course d’arête, j’y ai emmené mon père pour
son baptême d’alpinisme, il s’est régalé !
Le type est dégourdi car on monte d’un cran
côté entraînement. La vue sur le bassin du
Glacier Blanc et les faces nord du Glacier
Noir y est somptueuse. La pointe des
Cinéastes est le point culminant d’une crête
de 9 pointes, on se met dans l’ambiance…
Du replat derrière le refuge du Glacier Blanc,
remonter le sentier en direction du col du
Monêtier et rejoindre la grande zone
d'éboulis qui raye toute la face vers 3 000 m
jusqu’à la base du couloir rocheux issu de
la 1re brèche (terrain exposé) que vous
remontez jusqu’à la brèche. Compter 4h
pour la traversée des arêtes depuis le refuge
jusqu'à la 6e pointe. On alterne escalade,
désescalade et rappels sur les 6 arêtes. On
arrête classiquement cette traversée à la 6e
pointe, mais il est possible de continuer
jusqu’à la dernière pointe.
Pour la descente, prévoir 2h, avec un 1er
rappel de 20 m au niveau de la 6e brèche,
puis 5 rappels de 25 m pour rejoindre les
anciennes moraines du glacier Tuckett que
l'on suit jusqu'au sentier qui ramène au refuge.

Conseil : prévoir les crampons selon la


saison et l’enneigement, et des chaussons
si vous n’êtes pas à l’aise avec les grosses
pour l’escalade…

Montagnes Magazine#456
_95

ASCENSION DU MONT VISO.


arête est
Durée : 2 jours
Sommet : 3 841 m
Dénivelée : + 1 200 m
Cotation : AD-
Localisation : Piémont (Alpes italiennes)

Une bonne préparation avant la traversée


de la Meije et direction le Piémont, avec
l’ascension du mont Viso, culminant à 3
841 m, faisant de ce géant l’un des plus
hauts sommets des Alpes italiennes. Le
mont Blanc étant français, bien sûr… Cette
silhouette majestueuse se reconnaît de loin.
Compter 3h pour accéder au refuge
Quintino Sella (2 640 m) du parking de
Pian del Ré (2 020 m), via un chemin qui
passe vers les lacs Fiorenza, Chiaretto et
Grande di Viso. Du refuge de Quintino
Sella (2 640 m) où il y a des douches
(c’est suffisamment rare pour être
signalé), on peut voir deux couloirs de
neige descendant du Viso, la course
débute au pied du couloir de gauche.
La course se compose d’une succession
d’escalade (passages en IV+ max) sur
arête, ressauts, dièdre, dalles, tour, déses-
calades, et de vires plus ou moins
herbeuses. On n’hésitera pas à se protéger
au mieux dans toutes les parties de cet
itinéraire, parfois exposé. À la clé une fois
en haut : un panorama à couper le souffle
sur l’ensemble de l’arc alpin, de l’Autriche
à la Méditerranée avec notamment des
points de vue remarquables sur le mont
Blanc, le mont Rose et les crêtes enneigées
du massif des Écrins et de la Vanoise.
Retour au parking par la voie normale :
suivre un balisage jaune, rester concentré
car la marche est encore longue puisqu’il
s’agit d’un aller-retour.

Conseil : attention aux cailloux instables,


en début de saison, prendre
piolet/crampons pour l'attaque et la
descente, ainsi qu’un jeu de coinceurs,
friends, sangles.

Montagnes Magazine#456
96_ mes premières courses

TRAVERSÉE DE LA MEIJE. En redescendant de la Meije,


traversée des arêtes transcendée, je rêvais déjà
du prochain sommet.
Durée : 2 jours
Sommet : 3 983 m
Dénivelée : +1 000 m
Cotation : D-
Localisation : Parc national des Écrins (Alpes françaises)

La Meije, le jour J ! Sommet mythique, et dernier des Alpes vaincu


en 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau, Pierre Gaspard
(père et fils). La voie normale pour atteindre le Grand pic à 3 983
m, est un itinéraire d’une rare beauté. Mais attention, jeune
padawan, avec la traversée des arêtes, il s'agit d'une longue course
en altitude, nécessitant de savoir progresser en glace comme en
rocher et tenir son itinéraire. Le départ peut se faire du village de
La Grave, bien connu pour son ski sur glaciers l’hiver, via les
remontées mécaniques. La course commence réellement par les
Enfetchores qui signifient dédales où l’on se perd…
(suite page suivante)

Montagnes Magazine#456
petites annonces

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Jean Annequin et Simon Destombes, guides artisans, conçoivent des voyages depuis
26 ans pour découvrir le monde. Chaque saison des nouveaux voyages ski, escalade
et altitude inédits.

SKI DE MONTAGNE  ESCALADE


Argentine 1/16 sept Japon 15/25 sept
Siberie 22 nov 2 dec Corse 16/21 sept
Lac Baikal 1/10 dec Crète 29 sept/7oct
Altai Chinois 5/20 janv Météores 7/14 oct
Jordanie 3/11 nov – 10/18 nov

Contact : info@montagnesdumonde.fr Tel : +33 607 019 579


www.montagnesdumonde.fr

REFUGE DU NANT DU BEURRE


Perché à 2080 mètres dans un petit coin sauvage de Tarentaise et accessible par tous, le
refuge du Nant du Beurre c’est une invitation à la découverte, à savourer entre amis, en
famille ou en solitaire.
Ouverture été :
Le refuge est gardé de mi-juin à fin septembre. 
Accès : Le refuge se situe sur une  variante du Beaufortain belle et sauvage.
On peut venir à pied en vtt ou avec sa monture, cheval, âne ou mule
(grand espace pour faire un parc). 
Accès coté Tarentaise depuis le village de grand Naves, balisage GR du Beaufortain. 
Coté Beaufortain depuis le Cormet d'Arêches et traversé des trois cols jusqu'au refuge.

Références topo guides : Les sentiers de Grandes randonnées (réf 731). Tour du
Beaufortain. Le grand tour de Tarentaise (glénat).
Cartes IGN : TOP 25 35/32 OT
Restauration à toute heure en journée. Cuisine faite maison avec des produits
régionaux.
Capacité : Nous pouvons accueillir 31 personnes, en demi-pension.
Dans deux dortoirs de 6 lits, un dortoir de 5 lits, trois dortoirs de 4 lits et deux
chambres de 2 lits. Les douches, mises gratuitement à disposition, sont alimentées
en eau chaude par des panneaux solaires thermiques
Contact et réservation : Pascal Meiller – tel : 06 82 70 26 99
www.refugedunantdubeurre.fr
98_ mes premières courses

Traversée de la Meije (suite) comme le fit l’audacieux Gaspard qui venait 5


de trouver la clé de cet itinéraire bien Les Dalles Rouges de la
Compter 4 à 6h pour atteindre le refuge du complexe. Au sommet du Grand Pic de la Meije offrent un point
Promontoire, c’est déjà une course ! Puis Meije, une vue incroyable sur le Doigt de de vue extraordinaire
la 2e course commence du refuge vers la Dieu, la dernière des arêtes, qui tel un doigt sur le vallon des
Pyramide Duhamel, que de passages de granite recouvert d’une cape blanche Étançons.
incroyables – le Pas du Crapaud, le couloir s’élance vers le ciel. Il s’agira de rester
Duhamel, la Muraille Castelnau, le mythique concentré pour la traversée des arêtes,
Dos d'Âne, la dalle des Autrichiens et le pas compter 4 à 6h jusqu’au piton rocheux du
aérien du Chat, grattonnage obligatoire ! À refuge de l’Aigle, que l’on atteindra
partir d'ici, le rocher change du granite au heureux… Enfin, pour la descente, compter
gneiss. On arrive alors au Glacier Carré que encore 3 h pour rejoindre La Grave.
l’on remonte en diagonale ou en longeant les
rochers de la rive droite. Et enfin, le pas que Conseils : la traversée se passant à 4 000 m
l’on attend tous dans la dalle de rocher rouge d'altitude, une acclimatation peut s'avérer
qui se découpe dans le ciel – le Cheval utile. Aussi, l’orage étant redoutable sur les
Rouge (3c) pour passer en versant nord. arêtes, il est indispensable d’avoir des
Aussi, assis sur le Cheval Rouge, vous bonnes conditions météo, de tenir l’horaire
n’oublierez pas de vous écrier « un pied et de savoir renoncer en cas de doutes avant
dans la Romanche et l’aut’ dans l’Vénéon », de trop s’engager.

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