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Université d’Alger

Faculté de Médecine
Département de médecine dentaire

PHYSIOPATHOLOGIE DE L’INFECTION
Présenté par Dr R. Kanoun-Kamel

Cours de pathologie buccodentaire/3ème année/2018-2019

PLAN :
Introduction
Monde des agents infectieux :
1. Les différents types d’agents infectieux
2. Les différents types de relation hôte-bactérie (Relation paisible / Relation
conflictuelle)
3. Types de bactéries pathogènes
Les principaux mécanismes mis en jeu pour qu'une infection se développe et facteurs de
pathogénicité :
1. Adhésion
2. Agression et invasion
 Éléments de la paroi bactérienne
 Sécrétion d'enzymes
 Toxines protéiques (cytotoxines, exotoxines)
-- Les toxines à 2 composants
-- Cytolysines ou hémolysines
-- Superantigènes
3. Echapper aux défenses de l'hôte
Conclusion

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DEFINITION :
Une infection est la prolifération d’un micro-organisme pathogène au sein d’un organisme
hôte, responsable de troubles ou de dysfonctionnements

MONDE DES AGENTS INFECTIEUX :

Les différents types d’agents infectieux :

A. Virus : un acide nucléique (ADN ou ARN) isolé, sans structure cellulaire dont la
multiplication est strictement intracellulaire Son pouvoir pathogène: Effet
cytopathogène (détruire les cellules cibles, inactiver leurs fonctions)
B. Bactéries : cellules primitives dites procaryotes (sans noyaux), capables de se
multiplier en milieu inerte. Leur pouvoir pathogène : adhésion, infection, libération
de toxines (endotoxines / exotoxines), synthèse d’enzymes, multiplication
(extracellulaire obligatoire, intracellulaire facultative, intracellulaire obligatoire)
C. Eucaryotes (organismes uni ou pluricellulaires avec noyaux) :

 Champignons : prolifération et invasion tissulaire, destruction et réaction


inflammatoire ;
 Parasites dont les prions : agents transmissibles non conventionnels n’ayant
pas d’acide nucléique) capables d’invasion et d’éclatement cellulaire.

Les différents types de relation hôte-bactérie :


Relation paisible entre bactérie et organisme humain :

L'homme est en contact étroit permanent avec les bactéries. Un être humain est en fait un
amoncellement de bactéries plutôt que de cellules eucaryotes (Il y a 10 fois plus de bactéries
que de cellules eucaryotes). Cette association intime et durable, sans qu'il y ait de problème
particulier entre les organismes de différentes espèces est appelée la symbiose. Elle est régie
par un bénéfice mutuel entre ces organismes (on parle de mutualisme). En microbiologie on
parle de commensalisme et de bactéries commensales (les bactéries qui vivent en contact
étroit avec l'homme). La flore commensale ou le microbiote est l'ensemble de ces espèces
commensales. Il y en a plusieurs types au sein d'un individu (microbiote intestinal, aéro-
pharyngé, cutané...)

Exemple: le microbiote intestinal possède des propriétés importantes :

 digestion de certaines molécules (que l'organisme humain ne digère pas)


 synthèse en partie de la vitamine K
 maturation du système immunitaire (au niveau digestif)
 effet barrière : les micro-organismes présents empêchent l'installation d'une bactérie
pathogène provenant de l'extérieur, le microbiote peut être altéré voire dévasté par
l'antibiothérapie.)
MAIS certaines flores ne seraient pas toujours aussi bénéfiques, elles seraient en partie
responsables de pathologies (obésité, certaines maladies inflammatoires).

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Les bactéries commensales sont à distinguer des bactéries saprophytes capables d'utiliser les
matières organiques en décomposition c’est à dire les déchets d'autres organismes vivants. Ce
sont donc des bactéries de l'environnement. Leur présence au sein d'un organisme humain est
le plus souvent transitoire (phénomène de passage très bref) sauf lors de la déstabilisation du
microbiote, notamment au cours d'une antibiothérapie où l'organisme humain est colonisé par
des bactéries saprophytes résistantes aux antibiotiques.

Relation conflictuelle entre bactérie et organisme humain :

A côté de cette relation paisible, il peut exister un conflit entre l'organisme humain et la
bactérie, les espèces bactériennes capables d'induire une infection ont un pouvoir pathogène
dont le mécanisme est appelé pathogénicité.
Bactérie pathogène / bactérie virulente : un germe pathogène est capable d'induire une
maladie, un germe virulent provoque une simple fièvre même s’il y a un inoculum
extrêmement important.

Types de germes pathogènes :

 Le pathogène strict : sa présence dans l'organisme signe obligatoirement une


infection car n’a jamais de relation de commensalisme avec l’organisme humain.
 Le pathogène occasionnel est un germe de portage transitoire ou de la flore
commensale, qui occasionnellement provoque une infection, le plus souvent en raison
d'un facteur favorisant. Exemple : l’Escherichia Coli est présent dans nos tubes
digestifs mais on n'en est pas malade (on parle de porteur sain). En lien avec des
facteurs favorisants, il peut être responsable d'infections urinaires.
 Le pathogène opportuniste : germe pathogène uniquement chez des individus à
défenses altérées de façon profonde et durable (++ l’immunodéprimé sévère). Ces
pathogènes opportunistes peuvent appartenir à la flore commensale ou être des
saprophytes.

LES PRINCIPAUX MECANISMES MIS EN JEU POUR LE


DEVELOPPEMENT D’UNE INFECTION ET FACTEURS DE
PATHOGENICITE :

3 étapes successives :
1. Adhésion = entrer en contact étroit avec l'hôte.
2. Agression (l'infection proprement dite) : le germe envahit l'organisme humain.
3. Persistance du germe en développant des facteurs pour échapper aux défenses de
l'organisme humain.

NB/ Il y a certains germes qui court-circuitent les 2 premières étapes : ils n'ont pas besoin
d'envahir car utilisent un vecteur (= un système qui fait pénétrer le micro-organisme
directement chez l'homme.)

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1ère étape : Etablir un contact étroit avec l'hôte : Adhésion

 Mobilité de certains germes grâce à des flagelles, pour traverser le mucus afin d'aller
au contact des cellules épithéliales (c’est le cas de l’Helicobacter pylori responsable
d’ulcère gastrique)
 L'adhésion grâce à des adhésines = structures qui reconnaissent spécifiquement les
récepteurs des cellules eucaryotes et s'y accrochent (le streptocoque A de l’angine
utilise une adhésine appelée protéine M pour adhérer sur les amygdales).
 Après l’adhésion, le germe doit se nourrir pour survivre et éventuellement se
multiplier : c’est la guerre entre le germe et l'hôte pour le fer qui est toujours lié à des
protéines de transport (la transferrine) ou de réserve (la ferritine). Les germes ont
développé des systèmes étonnants pour capturer le fer en sécrétant des molécules
appelées sidérophores qui arrachent le fer à la transferrine ou à la ferritine et le
capturent. Ces sidérophores sont indispensables pour qu'un germe soit pathogène.

2ème étape : Agresser l’hôte et éventuellement y entrer : Invasion

Les mécanismes d'agression peuvent être de 3 types :

1. des éléments au niveau de la paroi bactérienne vont provoquer une réaction


inflammatoire
2. une sécrétion d'enzymes ayant des effets délétères au niveau des tissus, sans toucher
les cellules (simplement ce qui est en péri-cellulaire)
3. une sécrétion de toxines protéiques (cytotoxines ou exotoxines) ayant un effet
délétère sur les cellules eucaryotes elles-mêmes.

Les éléments de la paroi bactérienne : la paroi bactérienne possède des molécules telles que
le lipopolysaccharide (élément de la membrane externe), constitué du polysaccharide et du
lipide A. Chez un individu sain, ces éléments sont reconnus par les récepteurs des cellules
immunitaires (les TLR =Toll Like Receptors). Ces récepteurs agissent comme un système de
veille qui va permettre de détecter une bactérie étrangère et de déclencher les systèmes de
défense (réaction inflammatoire, recrutement de cellules phagocytaires...). Mais dans certains
cas, le système de veille est débordé avec une réaction exagérée conduisant à un choc avec
une défaillance multiviscérale: pour les bactéries à Gram - le lipide A peut être responsable
de cette réaction exagérée conduisant à un choc endotoxinique (le lipide A ayant une
fonction de toxine, et étant un constituant de la membrane, on parle d'endotoxine, par rapport
aux exotoxines sécrétées à l'extérieur).

La sécrétion d'enzymes: enzymes capables d'altérer des tissus ou des éléments de défense en
épargnant les cellules qui favorisent la dissémination des bactéries :

 Les protéases hydrolysent les défensines (peptides antibactériens)


 Les collagénases ou hyaluronidases détruisent le tissu environnant des cellules
(collagène, acide hyaluronique...) pour que les bactéries progressent et se multiplient.

Les toxines protéiques (cytotoxines, exotoxines) : Secrétées par la bactérie, elles ont une
action à distance, altérant les fonctions des cellules eucaryotes. Elles peuvent être
responsables à elles-seules de toute la pathogénicité de la bactérie. Dans certains cas, cette
toxine est produite par la bactérie dans l'organisme mais parfois elle est produite à l'extérieur

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en particulier dans un aliment (ingestion de la toxine sans qu'il y ait la bactérie dans l'aliment
=> c'est la toxine à elle-seule qui va provoquer la symptomatologie). Certaines de ces
protéines ont un effet toxique majeur (létal +++).

3 types de toxines protéiques :

➔ Les toxines à 2 composants :


 Un 1ercomposant impliqué dans la reconnaissance d'une cible spécifique à la
surface d'une cellule eucaryote ; puis qui permet la translocation de la toxine
(pénétration à l'intérieur de la cellule).
 Un 2èmecomposant qui, une fois dans la cellule, exerce un pouvoir toxique
proprement dit (exemple : le Tétanos avec Clostridium tetani secrète une
toxine puissante appelée la Tétanospasmine).

➔ Les cytolysines ou hémolysines ne pénètrent pas à l'intérieur des cellules, mais s'arrêtent
au niveau de la membrane cellulaire eucaryote et y forment un pore provoquant la mort rapide
de la cellule. Exemple: les streptocoques béta-hémolytiques synthétisent la streptolysine
qui agit sur les hématies provoquant une hémolyse du milieu.

➔ Les toxines de type super antigènes : synthétisées par certains germes (Staphylocoque
aureus, streptocoque A) : une cellule phagocytaire envahie par le germe, devient antigénique,
on parle de cellule présentatrice d’antigène (CPA). Les lymphocytes, en le reconnaissant,
s’activent et grâce aux cytokines, provoquent 1inflammation localisée et spécifique de ce
super antigène, ce super antigène est capable d'activer quasiment tous les lymphocytes qu'il
va rencontrer provoquant un orage cytokinique au niveau de l'organisme et conduisant à un
choc toxinique et éventuellement au décès (en quelques heures).

3ème étape : Echapper aux défenses de l'hôte :

Différentes structures le permettant :

La capsule généralement de type polysaccharidique protège la bactérie vis-à-vis des


systèmes de défense (Anticorps et compléments) → haute capacité de la bactérie à disséminer
au niveau de l'organisme et en particulier au niveau du sang. Certaines capsules très
particulières peuvent inhiber l'activation du complément et des saccharides se comportant
comme des antigènes du soi contre lesquels on ne peut pas élaborer des anticorps.

Certaines structures antigéniques exposées aux anticorps présentent une grande variabilité :

 Le LPS, sa partie polysaccharidique est antigénique mais on trouve au sein de


certaines espèces plusieurs centaines de polysaccharides différents
 La protéine M du streptocoque A possède plus de 70 variants → Les anticorps anti
M qui sont protecteurs en théorie, deviennent inefficaces. L’être humain peut faire
jusqu'à 70 angines dans sa vie (s’il rencontre les 70 sérotypes différents).
 Vivre caché au sein même de l'ennemi, entrer dans la cellule et essayer d'y survivre
pour être complètement protégé, sans avoir un effet délétère trop massif : Il y a des
bactéries qui ont des capacités de survie intracellulaire (dans les cellules épithéliales
voire les cellules phagocytaires). Exemple : le Chlamydia se multiplie et survit au sein
de la cellule provoquant l’éclatement de la cellule envahie et la colonisation

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immédiate d’une autre cellule pour entamer de nouveaux cycles de multiplication
intracellulaire…

CONCLUSION :

Il est extrêmement important de connaître ces mécanismes de pathogénicité puisqu'ils


permettent :

 De cibler, d'optimiser le diagnostic. Connaîssant certains facteurs de virulence dont la


bactérie est totalement dépendante, on peut établir un diagnostic par la recherche
spécifique de ces facteurs de virulence.
 De développer des vaccins, le plus souvent dirigés contre les facteurs de virulence.
 De développer de nouvelles stratégies thérapeutiques : des traitements anti-
pathogénicité versus antibiotiques (qui visent à tuer la bactérie) . On va chercher à
atténuer la bactérie pour bloquer sa virulence, ce qui permettrait de protéger les
microbiotes (les antibiotiques altèrent les microbiotes qui sont bénéfiques pour
l'organisme).
 De faire des progrès en biologie cellulaire et en immunologie pour comprendre les
réactions de l'organisme vis-à-vis de ces bactéries pathogènes.

DR R. KANOUN / KAMEL