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Le guide de la

digestion
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Auteurs : MM. Charleuf-Calmets et Gentils


© Fine Media, 2013
ISBN : 978-2-36212-112-8
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204, rond-point du Pont de Sèvres - 92649 Boulogne-Billancourt cedex
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Table des matières
La digestion en un coup d’œil 8
Tout sur l’appareil digestif et la digestion 9
Les troubles digestifs 10
Les examens digestifs 11
Les maladies de l’œsophage et de l’estomac 12
Les maladies de l’intestin grêle 12
Les maladies du côlon et du rectum 13
Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas 14
Les maladies diffuses de la digestion 16

I. L’appareil digestif 17
La bouche 18
L’œsophage 22
L’estomac 23
L’intestin grêle 25
Le côlon et l’appendice 28
Le rectum et l’anus 31
Le foie 33
Les voies biliaires 35
Le pancréas 36
Les mécanismes de la digestion 38
Les phénomènes chimiques de la digestion 43
AA Pour aller plus loin 50
Astuce 50
Questions / réponses de pro 50

II. Les troubles digestifs 52


La douleur abdominale 53
Les nausées et vomissements 57
La diarrhée 60
La constipation 63
Les ballonnements ou météorismes 66
Les saignements intestinaux 68
Une déglutition difficile 71
La jaunisse 73
AA Pour aller plus loin 78
Astuce 78
Questions / réponses de pro 78

III. Les examens digestifs 80


L’échographie abdominale 81
La radiographie ASP 83
Le scanner abdominal 85
La fibroscopie gastrique 87
La coloscopie 89
L’examen des selles 92
Le gastro-entérologue, le spécialiste de la digestion 95
AA Pour aller plus loin 96
Questions / réponses de pro 96

IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac 98


Les maladies de l’œsophage 99
Les maladies de l’estomac 111
AA Pour aller plus loin 120
Astuce 120
Questions / réponses de pro 120

V. Les maladies de l’intestin grêle 123


L’ulcère duodénal 124
La gastro-entérite 126
La maladie de Crohn 129
Les parasitoses digestives 132
L’occlusion intestinale 136
La péritonite 140
La hernie inguinale et crurale 142
AA Pour aller plus loin 145
Questions / réponses de pro 145

VI. Les maladies du côlon et du rectum 147


L’appendicite 148
Le côlon irritable 151
Les colites 154
Le diverticule colique 157
Les polypes intestinaux 159
Le cancer du côlon et du rectum 161
La rectocolite hémorragique 164
Les hémorroïdes 166
Les fissures anales 168
La colique du nourrisson 170
AA Pour aller plus loin 173
Questions / réponses de pro 173

VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas 175


Les maladies du foie 176
Les maladies des voies biliaires 186
Les maladies du pancréas 192
AA Pour aller plus loin 196
Questions / réponses de pro 196

VIII. Les maladies diffuses de la digestion 198


L’allergie alimentaire 199
Les intolérances 203
L’intoxication alimentaire 206
L’indigestion 209
Les maladies métaboliques génétiques 210
AA Pour aller plus loin 213
Astuce 213
Questions / réponses de pro 213

Index des questions et des astuces 215

Trouver des professionnels près de chez vous 217


La digestion en un coup d’œil

L’appareil digestif correspond à


l’ensemble des organes qui
assurent la transformation des
aliments et l’assimilation de
leurs éléments nutritifs.

Notre alimentation et notre


rythme de vie favorisent l’ap-
parition de plus en plus de
troubles digestifs, à des degrés
plus ou moins importants.
C’est pourquoi, pour savoir
comment se traiter, mais aussi
prévenir ces troubles, il est
essentiel de connaître le fonc-
tionnement et les mécanismes
de notre système digestif.

Ce dernier comprend le tube digestif et les glandes annexes. Une partie du


tube digestif se situe au-dessus du muscle diaphragme, qui sépare le thorax
et l’abdomen. Cet étage sus-diaphragmatique comprend alors la bouche,
le pharynx et l’œsophage. L’autre partie se trouve entièrement dans la
cavité abdominale. Cet étage sous-diaphragmatique comprend, quant à lui,

8
La digestion en un coup d’œil

l’­estomac, les trois parties de l’intestin grêle (duodénum, jéjunum et iléon), le


côlon et son appendice, le rectum et l’anus, voies d’élimination des déchets
résiduels.

Les glandes situées dans la paroi de l’estomac sécrètent de l’acide chlorhy-


drique et des enzymes directement libérés dans la poche gastrique, tandis que
les glandes annexes fabriquent les substances (enzymes, sels biliaires) néces-
saires à la digestion chimique des aliments, puis les déversent dans le tube
digestif par l’intermédiaire de canaux.

Tout sur l’appareil digestif et la digestion


La digestion transforme les aliments
que nous ingérons en éléments de
base, les nutriments, que notre
intestin peut assimiler et que notre
corps utilise pour construire sa
propre matière ou produire l’énergie
dont il a besoin. Elle associe ainsi
des phénomènes mécaniques
comme le broyage et le malaxage
des aliments, la progression dans le
grêle puis le côlon, l’élimination des
déchets, et des phénomènes
chimiques grâce aux enzymes
digestives : isolement des nutri-
ments à partir des lipides, des
protides ou des glucides, assimila-
tion des nutriments, des vitamines
et des sels minéraux.

Le tube digestif se compose de la bouche, de l’œsophage, de l’estomac, de


l’intestin grêle (qui se divise lui-même en duodénum, jéjunum et iléon), et du
côlon, qui commence par le cæcum et son appendice vermiforme, puis tra-
verse tout le cadre de l’abdomen et se termine par le sigmoïde, le rectum et
l’anus.

9
La digestion en un coup d’œil

La paroi du tube digestif est globalement formée d’une muqueuse superfi-


cielle en contact avec les aliments, d’une couche musculaire et d’une couche
interne en contact avec les vaisseaux sanguins. La muqueuse exerce, de
l’estomac au côlon, des fonctions sécrétoires propres (mucus, acide chlorhy-
drique, enzymes).

Les glandes annexes déversent ensuite leurs sécrétions dans le tube digestif.
Elles se composent des glandes salivaires (parotides, sous-maxillaires, sublin-
guales), du foie et son réservoir de bile (la vésicule biliaire) et du pancréas. Les
sécrétions salivaires et pancréatiques sont riches en enzymes, et la bile facilite
la digestion des graisses en les dispersant dans l’intestin.

Les troubles digestifs


Les nombreuses maladies
digestives se traduisent
toutes par des symptômes
en nombre assez limité :
douleur abdominale ou
mal de ventre, nausée
et/ou vomissements,
diarrhée, constipation, bal-
lonnement ou météorisme,
saignement intestinal
(par la bouche ou l’anus),
déglutition difficile.

On peut toutefois ajouter à ces symptômes la jaunisse ou ictère, signe cutané


d’un désordre biliaire ou hépatique.

Chaque organe digestif peut être atteint de troubles fonctionnels (fonction-


nement anormal sans lésion de l’organe) ou de troubles organiques avec
des lésions anatomiques. Le cas le plus courant de trouble fonctionnel est la
dyspepsie, c’est-à-dire une digestion difficile due à l’accumulation d’erreurs
diététiques (repas trop abondants, trop riches, trop alcoolisés) et d’erreurs de
comportement (repas trop rapide, mastication insuffisante).

10
La digestion en un coup d’œil

Les examens digestifs


Les examens modernes ont largement rem-
placé, à moindre risque, les interventions
chirurgicales exploratoires. Ils associent l’ima-
gerie, l’endoscopie et les analyses de
laboratoire.

L’imagerie médicale de l’abdomen repose


sur la Radiographie de l’Abdomen sans
Préparation (ASP), qui est cependant de faible
intérêt hors situation d’urgence.

Sinon, l’échographie abdominale, sans risque


et facile à reproduire, ainsi que le scanner
abdominal, très utile pour explorer les organes pleins et la paroi de l’abdo-
men, sont très employés.

Une forme de scanner en 3D encore peu répandue permet de réaliser une
endoscopie virtuelle, afin de parcourir sur un écran les organes creux du tube
digestif. La qualité des résultats de cette technique mérite néanmoins une
évaluation à long terme. L’exploration des organes creux repose, quant à elle,
sur la fibroscopie de l’œsophage et de l’estomac pour la partie haute du tube
digestif, et sur la coloscopie pour la partie basse.

En parallèle, il est possible de réaliser un examen des selles ou des analyses


de sang, qui peuvent montrer un mauvais fonctionnement du foie ou du
pancréas.

Quels que soient vos troubles, le gastro-entérologue est le spécialiste des


maladies de l’appareil digestif. Il pratique des consultations et réalise des actes
techniques comme les endoscopies de l’œsophage et de l’estomac, du rectum
et du côlon.

Des examens de laboratoire, l’imagerie médicale (échographie abdominale,


radiographie de l’abdomen, scanner, IRM) et les endoscopies (fibroscopie
gastrique, coloscopie, rectoscopie) sont parfois nécessaires pour établir un
diagnostic certain.

11
La digestion en un coup d’œil

Les maladies de l’œsophage et de l’estomac


Les maladies touchant l’estomac sont le plus souvent la gastrite (inflamma-
tion banale), la gastro-entérite (avec diarrhée associée), l’ulcère gastrique et le
cancer de l’estomac.

L’œsophage, lui, est davantage touché dans sa partie basse, il peut alors s’agir
d’une hernie hiatale ou d’une œsophagite.

Les maladies de l’intestin grêle


Les troubles touchant l’in-
testin grêle peuvent être
de différentes formes :

ππ L’ulcère duodénal est


presque toujours lié
à la présence dans la
muqueuse de la bacté-
rie Helicobacter pylori.
ππ La gastro-entérite est
l’infection du tube
digestif, très fré-
quente, elle survient
souvent par épidémies. On estime par exemple que chaque enfant pré-
sente au moins une gastro-entérite chaque année.
ππ La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire rare qui peut toucher
tous les organes digestifs de la bouche à l’anus, mais souvent localisée à
l’iléon terminal et au côlon.
ππ Les parasitoses digestives, vers intestinaux ou helminthes, sont assez fré-
quentes, mais rarement dangereuses.
ππ L’occlusion intestinale est un arrêt total de la progression des matières et
des gaz dans l’intestin grêle ou le côlon ; cet arrêt est dû à un blocage
mécanique ou fonctionnel de l’intestin et dont le traitement urgent est
très souvent chirurgical.

12
La digestion en un coup d’œil

ππ La péritonite résulte de l’infection du péritoine, la fine membrane qui


entoure tout le tube digestif.
C’est une affection grave dont le traitement lourd nécessite de détermi-
ner la cause.
ππ La hernie inguinale et crurale est le passage d’organes abdominaux à tra-
vers un orifice naturel situé au niveau du pli de l’aine.

Les maladies du côlon et du rectum


Parmi les maladies du colon et
du rectum, l’appendicite est
sans doute la plus répandue.

C’est une inflammation de


l’appendice, organe situé à
l’extrémité du cæcum.

C’est le motif le plus fréquent


d’intervention chirurgicale sur
l’abdomen.

Toutefois, ces organes peuvent


être atteints de différentes
manières et à des degrés plus
ou moins importants.

Le syndrome du côlon irritable, également appelé colopathie fonctionnelle,


appartient notamment au groupe des troubles fonctionnels intestinaux dans
lesquels aucune anomalie organique n’explique les symptômes provoqués par
la maladie.

En outre, on appelle colite tous les états d’irritation qui affectent le côlon dans
son ensemble ou sur un large segment.

Un diverticule est une petite poche, une hernie développée à partir de la paroi
du côlon. Le sommet de ce diverticule s’ouvre dans la lumière intestinale alors
que la poche fait saillie à la surface externe du côlon.

13
La digestion en un coup d’œil

Les polypes intestinaux sont, quant à eux, des tumeurs bénignes qui siègent
sur la muqueuse du côlon. Le polype est unique dans la majorité des cas, mais
leur nombre peut dépasser la centaine chez certains sujets : on parle alors de
polypose colique. Dans 75 % des cas, le cancer du côlon est clairement dû à
la dégénérescence d’une tumeur longtemps bénigne, le polype du côlon ou
du rectum.

La rectocolite hémorragique est une mala-


die inflammatoire chronique de l’intestin,
probablement d’origine auto-immune (le
corps s’attaque lui-même), mais dont le
facteur déclenchant reste inconnu.

D’autre part, les hémorroïdes sont des


veines de la région anale, qui comprend
deux réseaux où se mélangent le sang
artériel et le sang veineux : le réseau
externe situé à l’extérieur du canal anal et
le réseau interne situé autour du rectum et
du canal anal.

La fissure anale est, elle, une érosion, une


petite crevasse située au bord de l’anus,
souvent le long d’un pli. Enfin, la colique du nourrisson est une douleur abdo-
minale récurrente qui touche jusqu’à 20 % des nourrissons. Elle apparaît
habituellement entre la deuxième et la troisième semaine de vie et peut durer
jusqu’à l’âge de six mois, période où elle disparaît systématiquement.

Les maladies du foie, des voies biliaires et


du pancréas
L’hépatite virale est l’inflammation du foie lorsque ce dernier est infecté par
un virus.

Elle commence toujours par une phase aiguë, puis elle guérit ou évolue vers
une forme chronique qui menace gravement le foie.

14
La digestion en un coup d’œil

Lorsque la quantité ou la puissance du


toxique dépasse les capacités métaboliques
du foie, il attaque et détruit les cellules
hépatiques : c’est l’hépatite toxique.

La cirrhose du foie résulte de la destruction


progressive, massive et irréversible des cel-
lules hépatiques, remplacées par des tissus
graisseux et fibreux disposés en nodules.
Par ailleurs, le cancer primitif du foie est une
tumeur maligne qui s’est formée à partir
des cellules hépatiques (hépatocarcinome),
des cellules des canalicules biliaires (cholan-
giocarcinome) ou des vaisseaux sanguins
(angiocarcinome).

S’agissant des maladies des voies biliaires, on peut citer les calculs biliaires,
constitués de cholestérol pur (80 % des cas) ou d’un mélange de cholestérol,
de calcium et de sels biliaires.

Près de 15 % des adultes sont porteurs de calculs biliaires qui resteront silen-
cieux toute leur vie plus de huit fois sur dix.

D’autre part, la cholécystite aiguë correspond à l’infection ou l’inflamma-


tion de la vésicule biliaire et surtout de son contenu ; elle touche surtout les
femmes à partir de 40 ans.

Et le cancer des voies biliaires touche la vésicule, le canal cystique vers le hile
du foie ou le canal cholédoque jusqu’à l’ampoule de Vater vers le duodénum.

Quant au pancréas, qui sécrète diverses enzymes qui permettent la digestion


des aliments, il est normalement protégé contre ses propres sécrétions, mais
il arrive que ces défenses soient débordées et que la glande s’autodigère :
c’est la pancréatite aiguë. Le cancer du pancréas représente environ 2 % de
l’ensemble des cancers. Plus fréquent à partir de 60 ans, il touche presque
toujours la partie du pancréas qui assure les sécrétions digestives et très rare-
ment les îlots qui sécrètent l’insuline.

15
La digestion en un coup d’œil

Les maladies diffuses de la digestion


Parmi les maladies diffuses, l’aller-
gie alimentaire touche aujourd’hui
4 % des adultes et 8 % des
enfants, soit cinq fois plus de per-
sonnes qu’il y a trente ans.

On constate également de plus en


plus d’intolérances alimentaires,
dont celle au gluten, appelée aussi
maladie cœliaque, qui traduit l’im-
possibilité à digérer le gluten, une
protéine présente dans l’enveloppe des céréales. L’intolérance au lactose est
aussi très répandue, elle correspond à un déficit en lactase, l’enzyme digestive
qui permet de transformer le lactose en galactose et en glucose. Ce n’est tou-
tefois pas une allergie aux protéines du lait.

L’intoxication alimentaire, ou toxi-infection, est l’ensemble des troubles


provoqués par l’absorption d’aliments souillés par un germe agressif pour
l’homme ou par ses toxines. L’indigestion, ou plus exactement la maldiges-
tion, traduit, elle, la difficulté de l’estomac à évacuer un excès d’aliments.

La caractéristique commune des maladies métaboliques génétiques est la


déficience d’une enzyme qui intervient dans la digestion des aliments ou dans
l’utilisation des nutriments pour la synthèse des substances corporelles.

16
I.
L’appareil digestif

L’appareil digestif est l’ensemble des


organes qui assurent la transformation et
l’assimilation des aliments, source unique
d’énergie et de matière indispensables au
fonctionnement du corps.

Il comprend une série d’organes creux for-


mant le tube digestif ainsi qu’un ensemble
de glandes annexes.

La digestion transforme les aliments que


nous ingérons en éléments de base, les
nutriments, que notre intestin peut assimiler
et que notre corps utilise pour construire sa
propre matière ou produire de l’énergie.

La digestion associe à la fois des phéno-


mènes mécaniques et des phénomènes
chimiques.

17
I. L’appareil digestif

La bouche
La bouche, ou cavité buccale, porte
d’entrée des aliments, est ouverte sur
les lèvres en avant et sur le pharynx
en arrière.

Elle est également limitée vers le bas


par le plancher buccal, vers le haut
par le palais et sur les côtés par les
joues, contenant la langue et les
dents.

La bouche reçoit la salive sécrétée par


les glandes salivaires.

Lèvres
Les lèvres s’étendent de la limite infé-
rieure du nez à la partie supérieure du
menton.

Leur zone rouge, où s’appliquent le


rouge à lèvres et les baisers, n’est qu’une zone de transition entre les parties
recouvertes de peau et la muqueuse de la face interne des joues.

Cette couleur rouge est en outre due à la présence de très nombreux capil-
laires sanguins sous la fine couche de kératine.

Les lèvres contiennent un ensemble de muscles, dont l’orbiculaire en forme


d’anneau, qui permettent d’ouvrir ou de fermer la fente labiale. L’espace
compris entre les lèvres et les gencives s’appelle le vestibule de la bouche.

La lèvre inférieure est unie à la gencive voisine par un repli muqueux, nommé
le frein des lèvres.

Par ailleurs, c’est l’absence de glandes dans les lèvres qui nous oblige à les
humecter régulièrement avec de la salive pour éviter leur dessèchement.

18
I. L’appareil digestif

Pharynx
Le pharynx est également appelé
carrefour aéro-digestif, car cette
voie de passage des aliments
vers l’œsophage y croise les voies
aériennes, qui conduisent l’air des
fosses nasales vers le larynx.

Il est en outre délimité par :

ππ une paroi postérieure pla-


quée contre les vertèbres
cervicales ;
ππ une ouverture sur les fosses
nasales vers le haut ;
ππ deux piliers encadrant les
amygdales palatines de
chaque côté ;
ππ une languette mobile, l’épi-
glotte, vers le bas.
De plus, la paroi du pharynx contient divers muscles qui permettent la déglu-
tition, réflexe ou volontaire, et propulsent les aliments vers l’œsophage.

Palais
Le palais forme le plafond de la cavité buccale. Il comprend :

ππ une partie antérieure, ou palais osseux, recouverte d’une muqueuse sur


laquelle la langue peut bloquer les aliments pendant la mastication, et
marquée en son milieu par une saillie légèrement plissée ;
ππ le raphé médian ;
ππ une partie postérieure molle, mobile au cours de la déglutition, qui se
prolonge en arrière par un appendice en forme de doigt, la luette, et sur
les côtés par deux replis, les piliers, qui encadrent les amygdales.

19
I. L’appareil digestif

Langue
La langue et les muqueuses qui la
relient aux maxillaires inférieurs for-
ment le plancher de la cavité
buccale.

La partie charnue regroupe un


ensemble de muscles orientés dans
les trois dimensions, ce qui autorise
tous les mouvements possibles pen-
dant la mastication et participe à la
phonation ou formation des sons
(parole, chant) et à quelques acti-
vités annexes comme l’humectage
des lèvres, les baisers ou certaines
formes d’expression faciale.

Le frein de la langue, situé sous sa


pointe, la relie au maxillaire et limite
ses mouvements vers l’arrière : c’est
pourquoi il est impossible d’avaler
réellement sa langue. La partie pharyngée, située tout en arrière, ne comporte
pas de papilles, mais présente un aspect bosselé.

D’autre part, la surface de la langue est hérissée de papilles gustatives,


organes de la perception des quatre goûts fondamentaux : salé, sucré, acide,
amer. Elles confèrent à la langue une rugosité utile à la mastication des ali-
ments pâteux.

On observe également des papilles :

ππ filiformes, les plus nombreuses, qui donnent une couleur blanche quand
elles s’épaississent ;
ππ fongiformes, éparpillées sur toute la surface et de coloration plus rouge ;
ππ caliciformes, au nombre de dix à douze, alignées sur une ligne en V près
du pharynx.

20
I. L’appareil digestif

Dents
Implantées sur les maxillaires inférieurs et supé-
rieurs, les dents participent largement à la
mastication des aliments.

À savoir : l’ensemble des dents s’appelle la denture,


leur formation s’appelle la dentition.

Chaque demi-mâchoire adulte comporte huit dents


définitives : deux incisives qui permettent de
couper, une canine qui permet de déchirer,
deux prémolaires (racine simple) pour écraser, et
deux ou trois molaires (racine multiple) pour broyer.

Les jeunes enfants, quant à eux, comportent deux incisives qui apparaissent


entre 6 mois et 12 mois, une canine et deux prémolaires.

Ces dents de lait tombent à partir de 6 ans et sont peu à peu remplacées par
les dents définitives. Les dernières molaires, ou dents de sagesse, poussent au
moment de l’adolescence.

Glandes salivaires
Les glandes salivaires fabriquent la
salive, dont le rôle est d’amorcer la
digestion des amidons, de nettoyer
la bouche et d’humidifier le bol ali-
mentaire. Outre des milliers de
glandes minuscules situées sur la
face interne des joues, on compte
trois paires principales de glandes
salivaires :

ππ Les parotides, situées sur la mâchoire juste devant l’oreille, se prolongent


par le canal de Sténon, qui débouche de chaque côté au niveau de la
deuxième molaire supérieure.

21
I. L’appareil digestif

ππ Les glandes sous-maxillaires, situées sous la mâchoire inférieure,


déversent la salive par le canal de Wharton.
ππ Les glandes sublinguales, situées plus en avant, sous la langue.
La sécrétion continue de salive humecte la bouche en permanence, elle aug-
mente brusquement avec l’arrivée de nourriture. L’odeur, la vue ou parfois
la simple pensée d’aliments stimulent également la sécrétion. Au total, les
glandes salivaires sécrètent entre 1 l et 1,5 l de salive par jour.

À savoir : ce sont les glandes parotides, et non l’oreille, qui sont enflammées
au cours d’une maladie virale autrefois fréquente, les oreillons.

L’œsophage
L’œsophage est un tube souple d’environ
25 cm de long sur 2 cm à 3 cm de diamètre. Il
va du pharynx (au fond de la bouche) à l’esto-
mac en traversant le thorax, avant de pénétrer
dans l’abdomen à travers le diaphragme.

Description
La portion initiale de l’œsophage, qui traverse
le cou juste en avant des vertèbres cervicales et en arrière de la trachée, est
appelée œsophage cervical. Elle mesure de 5 cm à 6 cm chez l’adulte.

L’œsophage thoracique se situe lui dans sa partie haute. Placé derrière la tra-
chée, il croise d’abord les grosses bronches et l’aorte. Sa partie principale
occupe ensuite l’arrière du médiastin, zone comprise entre les poumons et le
cœur en avant d’une part, et les vertèbres dorsales en arrière d’autre part. Il
se termine à hauteur du muscle diaphragme.

Après avoir traversé le diaphragme par un orifice appelé foramen, la très


courte partie terminale de l’œsophage se jette dans l’estomac au niveau du
cardia : c’est l’œsophage abdominal. Un léger épaississement circulaire des
muscles lisses présents tout au long de la paroi forme le sphincter œsopha-
gien, qui ferme cette extrémité inférieure.

22
I. L’appareil digestif

Épiglotte
L’épiglotte est une plaque de cartilage et de fibres, recouverte d’une
muqueuse, placée entre les entrées de l’œsophage et de la trachée. Elle est
reliée à l’os hyoïde du larynx par de petits muscles qui lui confèrent sa mobi-
lité. Au repos, l’épiglotte obstrue l’entrée de l’œsophage et laisse passer l’air
vers la trachée à chaque phase de la respiration. Au moment de la déglutition,
elle vient fermer hermétiquement l’orifice de la trachée et ouvre l’entrée de
l’œsophage. Une mauvaise coordination de ce réflexe involontaire est notam-
ment responsable de la fausse route alimentaire, dangereuse ou désagréable
pénétration d’aliments ou de liquides dans les voies respiratoires.

L’estomac
Dilatation du tube digestif placée entre
l’œsophage et le duodénum, l’estomac
est un réservoir où va débuter vérita-
blement la digestion : les aliments y
sont malaxés, en partie dégradés par
les sucs gastriques et réduits en une
bouillie pâteuse, le chyme.

Description
Grosse poche en forme de J majus-
cule d’une longueur totale de 15 cm à
25 cm, l’estomac est situé dans le haut
de l’abdomen, sous le diaphragme :
il occupe la région épigastrique.
L’estomac distendu peut contenir
jusqu’à 3 l ou 4 l d’aliments ou de
liquides. Le corps de l’estomac se situe
à gauche de l’abdomen. Son bord concave court (petite courbure), globale-
ment dans l’axe médian du corps, est tourné vers la droite, tandis que son
bord convexe, plus long (grande courbure), regarde vers la gauche.

23
I. L’appareil digestif

Il est d’autre part entouré par :

ππ le foie, placé juste devant la petite courbure ;


ππ le côlon, qui passe devant le corps de l’estomac ;
ππ l’aorte et les reins en arrière ;
ππ la rate sur son côté gauche ;
ππ le pancréas, derrière le bord inférieur de la grande courbure ;
ππ l’intestin grêle sur sa partie inférieure.

Cardia
Le cardia est la zone de
jonction de l’estomac avec
l’œsophage. Son bord
gauche se trouve dans la
continuité de l’œsophage,
alors que son bord droit
forme un repli, l’angle de
Hiss, qui empêche nor-
malement tout reflux du
contenu gastrique vers le
haut quand l’estomac se
contracte.

La remontée du cardia à travers le diaphragme constitue une hernie hiatale.

Fundus
Le fundus, ou grosse tubérosité, est la partie supérieure, la plus renflée, de la
poche gastrique. Son dôme se situe juste sous le diaphragme.

Affaissé sur lui-même quand l’estomac est vide, le fundus est la partie qui se
dilate le plus à mesure qu’il se remplit. Il est en continuité avec le corps ou
situé en partie centrale de l’estomac. La majeure partie des sucs gastriques est
sécrétée dans le fundus et le corps de l’estomac.

24
I. L’appareil digestif

Pylore
L’antre pylorique, ou pylore, forme un entonnoir dont la paroi fortement mus-
clée présente de nombreux plissements. Il correspond à la partie horizontale
du J gastrique.

L’antre communique avec le duodénum (haut de l’intestin grêle) par un orifice


fermé par un muscle circulaire, le sphincter pylorique. L’orifice ne s’ouvre que
pour laisser passer une giclée d’aliments liquéfiés sous forme de chyme.

À savoir : chez le nourrisson, une anomalie du sphincter pylorique peut pro-


voquer la sténose du pylore, responsable de vomissements en jet répétés à
chaque tétée.

Épiploons
Les épiploons sont de minces feuillets, criblés d’îlots graisseux, qui appar-
tiennent au péritoine. Ils maintiennent l’estomac en place et contiennent les
vaisseaux sanguins qui irriguent l’estomac.

Le petit épiploon relie au foie la petite courbure de l’estomac. Le grand épi-


ploon, quant à lui, recouvre le fundus et le corps, et relie l’estomac à l’intestin
et au côlon.

L’intestin grêle
L’intestin grêle est entièrement situé dans l’ab-
domen. Il commence à la sortie du sphincter
pylorique et se termine au niveau de la val-
vule cæcale du côlon. Il comprend en outre
trois segments : le duodénum, le jéjunum et
l’iléon.

À savoir : la longueur de l’intestin grêle qui


atteint 6 m à 7 m chez le cadavre ne dépasse
pas 2 m à 3 m chez le sujet vivant du fait du tonus musculaire. Les longueurs
citées sont mesurées sans tonus musculaire.

25
I. L’appareil digestif

Duodénum
Long d’environ 25 cm, le duodénum débute à la sortie du pylore. Sa forme
en C semble moulée sur la tête du pancréas et détermine quatre portions :

ππ Le bulbe duodénal, courte portion horizon-


tale, va de droite à gauche, juste devant la
première vertèbre lombaire ; le bulbe est le
siège des ulcères du duodénum.
ππ La portion descendante court le long du bord
droit des troisième et quatrième vertèbres
lombaires, devant le rein droit.
ππ Une portion transversale de droite à gauche
passe sous le pancréas et devant l’aorte.
ππ Une dernière portion oblique vers le haut et la
gauche se continue par le jéjunum.

Au milieu de la portion descendante se trouve un renflement, l’ampoule de


Vater ou papille duodénale majeure, dans laquelle s’ouvrent le canal cho-
lédoque, qui amène la bile du foie, et le canal de Wirsung, qui libère le suc
pancréatique. Le débit de ces sécrétions est réglé par un muscle, le sphincter
d’Oddi.

Jéjunum
Long d’environ 2,50 m, le jéjunum occupe globalement le centre de la cavité
abdominale qu’il parcourt en effectuant de nombreux replis appelés anses.

Il paraît plus rouge que le reste de l’intestin grêle du fait de sa riche vasculari-
sation, et il se continue avec l’iléon sans limites nettes.

Iléon
Long d’environ 3,60 m, l’iléon occupe plutôt la partie basse de la cavité abdo-
minale, entre les parties ascendante et descendante du côlon. Il est également
disposé sous forme d’anses.

26
I. L’appareil digestif

L’iléon se termine au niveau du cæcum, dans la fosse iliaque droite, où il


débouche par la valvule de Bauhin, un système anti-retour qui interdit toute
remontée de déchets du côlon vers l’intestin grêle.

Paroi
L’intestin grêle comporte une paroi interne et une paroi externe. La face
externe montre de nombreux plis circulaires dont l’activité musculaire permet
de faire tourner le chyme sur lui-même. La paroi intestinale contient de nom-
breuses fibres musculaires lisses, involontaires, qui assurent le brassage et la
progression du chyme tout au long de l’intestin. La face interne comporte des
milliers de saillies d’environ 1 mm, les villosités intestinales, qui lui confèrent
un aspect duveteux et multiplient cinq à six fois la surface interne. Chaque
villosité est le siège de microvillosités, visibles uniquement au microscope élec-
tronique. La densité des villosités diminue entre le jéjunum et l’iléon, à mesure
que l’on progresse vers le côlon. Au total, la surface d’absorption de l’intestin
grêle atteint 200 m².

Mésentère
Un feuillet de péritoine, le mésentère intestinal, relie l’intestin grêle à l’arrière
de la paroi abdominale.

Il contient les artères qui apportent le sang frais, les veines portes qui
remontent le sang chargé de nutriments vers le foie, et les fibres nerveuses
végétatives qui régulent le fonctionnement de l’intestin.

Glandes intestinales
L’intestin grêle possède ses propres glandes intestinales. Dans le duodénum,
les glandes de Brunner sécrètent un mucus qui protège la paroi contre l’aci-
dité du chyme et les enzymes gastriques.

Dans le jéjunum et l’iléon, les glandes de Lieberkühn sécrètent un mucus pro-


tecteur, produisent des hormones de la digestion, et fabriquent des enzymes
digestives et des anticorps.

27
I. L’appareil digestif

Le côlon et l’appendice
Le côlon, ou gros intestin, mesure en moyenne
1,50 m pour un diamètre d’environ 7 cm. Il forme
un cadre autour de l’intestin grêle, en bordure de
la cavité abdominale. Son rôle est de terminer la
digestion, de récupérer l’eau du chyme intestinal
et d’évacuer les déchets résiduels vers le rectum.

Description
Le côlon présente un aspect dû à l’alternance de
zones dilatées bosselées (haustrations) et de zones
resserrées par le tonus musculaire de sa paroi. Les
haustrations sont également visibles à l’intérieur
lors d’une coloscopie.

Trois bandelettes (également appelées tænias, comme les vers plats) sont


visibles dans le sens de sa longueur. Elles répondent à l’organisation muscu-
laire de la paroi colique, structurée pour faire progresser les déchets vers le
rectum. Contrairement à l’intestin grêle, la muqueuse du côlon ne présente
pas de villosités. Entre deux couches musculaires, la paroi colique contient un
système nerveux autonome, les plexus d’Auerbach. Elle possède également
de nombreux vaisseaux lymphatiques reliés à des ganglions qui filtrent les
bactéries et les toxines éventuelles.

Par ailleurs, le côlon se divise en cinq parties :

ππ le cæcum, légèrement dilaté, situé en bas et à droite de l’abdomen,


auquel s’attache l’appendice ;
ππ le côlon droit ou ascendant, qui remonte vers le foie ;
ππ le côlon transverse, qui passe de droite à gauche devant l’estomac et
remonte un peu sous les côtes gauches ;
ππ le côlon gauche ou descendant, qui redescend vers le bassin ;
ππ le côlon sigmoïde, qui pénètre dans le bassin.

28
I. L’appareil digestif

Cæcum
Le cæcum, partie initiale du côlon, est situé dans
la fosse iliaque droite. Il forme une poche qui
reçoit de l’intestin grêle les résidus encore très
liquides de la digestion.

L’intestin grêle débouche à mi-hauteur du


cæcum par un renflement, la valvule iléo-cæcale
ou valvule de Bauhin, dont la forme empêche
tout reflux de matières fécales vers l’intestin.

L’extrémité inférieure se prolonge par l’appen-


dice vermiforme, tandis que son extrémité
supérieure se poursuit avec le côlon ascendant.

Le cæcum est rattaché à l’arrière de la paroi abdominale par un vaste repli du


péritoine.

Appendice
L’appendice est situé dans la fosse iliaque droite, tout au bout du cæcum,
mais dans une position variable chez chacun. La jonction entre cæcum et
appendice est appelée point de Mac Burney, une zone palpée avec attention
par le médecin qui recherche une appendicite.

Il mesure entre 2 cm et 20 cm selon les individus, pour un diamètre de 0,5 cm
à 1 cm. L’appendice est relié au cæcum et à l’intestin grêle par une fine mem-
brane fibreuse très proche du péritoine.

À savoir : au cours d’une intervention pour appendicite, le chirurgien recherche


au niveau de l’iléon un autre appendice, le diverticule de Meckel.

Côlon ascendant
Le côlon droit ou ascendant occupe le flanc et l’hypochondre droits : il va de
la fosse iliaque droite jusqu’au dessous du foie, où il forme l’angle colique
droit avant de repartir vers le centre de l’abdomen.

29
I. L’appareil digestif

Il est relié à la paroi abdominale postérieure par une membrane à double


feuillet, le mésocôlon ascendant.

Côlon transverse
Le côlon transverse va de
l’angle colique droit, sous
le foie, à l’angle colique
gauche, situé devant la rate
et sous les côtes gauches.

Il traverse le creux épi-


gastrique en avant de
l’estomac, juste sous la
paroi de l’abdomen.

Un peu plus long que le


côlon droit, il est aussi très
mobile, ce qui lui permet de suivre les variations de l’estomac au cours du
repas ou de la digestion.

Enfin, il est relié à la paroi abdominale postérieure par le mésocôlon transverse


et à l’estomac par un vaste repli du péritoine, le grand épiploon, qui recouvre
les anses intestinales.

Côlon descendant
Le côlon gauche ou descendant occupe l’hypochondre et le flanc gauches : il
va des côtes à la fosse iliaque gauche où il se continue par le sigmoïde. Il est
en partie recouvert par des anses de l’intestin grêle.

À peu près de la même longueur que le côlon ascendant, sa paroi pré-


sente beaucoup plus de franges graisseuses qui sont autant de réserves
énergétiques.

Le côlon gauche est relié à la paroi abdominale postérieure par le mésocôlon


descendant, lui-même recouvert par les anses intestinales.

30
I. L’appareil digestif

Côlon sigmoïde
Le côlon sigmoïde (en forme de S) forme un coude avec le côlon descendant
pour revenir vers le centre et l’arrière du bassin, juste devant le sacrum. À ce
niveau, il se poursuit par le rectum.

C’est une portion très mobile de l’intestin, qui peut tourner autour d’elle-
même. Il est relié à la paroi abdominale postérieure par le mésocôlon
sigmoïde.

Le rectum et l’anus
Le rectum (qui veut dire « droit ») est le dernier segment du tube digestif. Il
assure le stockage des selles avant leur évacuation par l’anus.

Rectum
Le rectum occupe la partie basse et postérieure
du bassin, juste devant le sacrum et le coccyx. Il
fait suite au côlon sigmoïde à hauteur de la troi-
sième vertèbre sacrée après un virage brutal qui
renvoie le sigmoïde, plutôt horizontal, vers le
bas du ventre. Le rectum mesure en moyenne
15 cm de long, et son diamètre varie selon son
degré de remplissage.

La partie basse du rectum est plus large que la


partie haute et forme l’ampoule rectale, entou-
rée par les muscles releveurs de l’anus. Seule
son extrémité inférieure se rétrécit pour former
le canal anal qui traverse les muscles du plan-
cher pelvien.

La paroi du rectum est recouverte du péritoine sur la face avant de sa pre-


mière portion. Elle ne présente aucune haustration ni aucune bandelette
comme la paroi du côlon. Elle possède néanmoins trois sillons, les plis trans-
verses du rectum, dont le rôle est de séparer les gaz et les matières fécales.

31
I. L’appareil digestif

Le besoin d’aller à la selle apparaît quand la pression exercée par les gaz et les
selles atteint 30 mm de mercure sur la paroi de l’ampoule rectale. La paroi du
rectum contient de nombreuses fibres nerveuses qui inondent le cerveau d’in-
formations sensitives et jouent un rôle majeur dans la défécation.

Dans sa partie basse, elle présente un réseau veineux dense relié aux veines
du plexus hémorroïdaire de la région anale.

Anus
L’anus est l’orifice terminal du tube
digestif. Il débute quand le rectum
atteint les muscles du plancher pel-
vien, attachés au bassin osseux, et
débouche sur l’extérieur du corps.
Il comporte le canal anal et les
sphincters.

Le canal anal, long de 3 cm en


moyenne, est fermé en dehors de
la défécation ou de l’émission de
gaz. Le sphincter interne est un muscle circulaire constitué de fibres lisses,
dont le contrôle automatique échappe à la volonté. Il ferme hermétiquement
le canal anal sauf au moment de la défécation ou d’incontinence due à une
maladie. Le sphincter externe est un muscle circulaire de type strié, contrôlé
par la volonté. Il ferme également le canal anal qu’il ouvre au moment de la
défécation.

La muqueuse du canal anal comporte de nombreux plis disposés en crête,


les colonnes anales. Elle diffère de la muqueuse du rectum par la présence de
plusieurs couches de cellules qui lui confèrent une meilleure résistance à l’ac-
tion mécanique et chimique des selles. Une brève zone de transition assure la
transformation de la muqueuse en peau, avec sa pilosité habituelle. La paroi
du canal anal comporte également un important système veineux, les plexus
hémorroïdaires interne et externe, dont la dilatation est responsable des crises
d’hémorroïdes.

32
I. L’appareil digestif

Le foie
Les glandes situées dans la paroi de l’estomac sécrètent de l’acide chlorhy-
drique et des enzymes directement libérés dans la poche gastrique.

Les glandes annexes fabriquent les substances (enzymes, sels biliaires) néces-
saires à la digestion chimique des aliments, et les déversent dans le tube
digestif par l’intermédiaire de canaux. Les plus importantes sont :

ππ les glandes salivaires, qui


déversent leurs sécrétions
dans la bouche ;
ππ le foie, dont l’une des
innombrables fonctions est
de sécréter la bile, stockée
dans la vésicule biliaire entre
deux digestions et déversée
dans le duodénum au pas-
sage des aliments ;
ππ le pancréas, dont le suc est déversé dans le duodénum.

Description
Le foie est la principale usine chimique du corps. Il est donc placé entre le
tube digestif, dont il reçoit tous les éléments issus de la digestion par le sys-
tème veineux porte, et la circulation générale dans laquelle il déverse les
nutriments triés ou transformés.

C’est un gros organe rouge foncé, qui pèse à l’autopsie 1,4 kg chez l’adulte,
mais peut atteindre 2,5 kg chez le vivant quand il est gorgé de sang.

Il mesure en moyenne 28 cm de largeur, 16 cm de profondeur et 8 cm de


hauteur.

Situé en haut et à droite de l’abdomen, plaqué sous le diaphragme et en


avant de l’estomac, il est en grande partie caché sous les dernières côtes
droites.

33
I. L’appareil digestif

La surface lisse du foie est recouverte par une capsule de péritoine reliée aux
éléments qui le fixent à sa place :

ππ le ligament falciforme du foie, qui sépare le lobe droit du lobe gauche et


rattache le foie au diaphragme et à la paroi abdominale antérieure ;
ππ le ligament rond, accolé en partie au ligament falciforme ;
ππ les ligaments coronaires et triangulaires ;
ππ les veines sus-hépatiques et la veine cave ;
ππ le petit épiploon, qui relie le foie et la petite courbure de l’estomac.

Par ailleurs, le foie se sépare en quatre lobes par des ligaments issus de sa


capsule fibreuse : le lobe droit (le plus volumineux), le lobe gauche (placé
devant l’estomac), le lobe caudé et le lobe carré (nettement plus petits, ils ne
sont visibles que si on regarde le foie par le dessous).

Le foie est également divisé en


huit segments qui correspondent aux
huit branches veineuses issues de la
veine porte.

C’est grâce à cette segmentation,


plus que par la division en lobes, que
le chirurgien peut opérer une partie
du foie sans menacer l’ensemble de
l’organe.

Enfin, le hile du foie, situé sous sa face


inférieure, présente :

ππ un pédicule comportant l’artère hépatique, qui nourrit le foie en sang


oxygéné ;
ππ la veine porte, qui draine tout le sang venant du tube digestif ;
ππ le canal biliaire, qui draine tous les canalicules internes au foie où se
forme la bile et qui rejoint le canal cystique issu de la vésicule biliaire ;
ππ trois veines sus-hépatiques, qui renvoient le sang vers le cœur.

34
I. L’appareil digestif

Structure interne
Le foie contient environ 300 milliards de cellules hépatiques, les hépatocytes,
organisées en petites unités fonctionnelles : les lobules. Un lobule est un
cylindre hexagonal centré autour d’une veinule qui rejoindra une veine sus-
hépatique. Les hépatocytes sont disposés autour de cette veinule comme des
rayons autour d’un moyeu de roue.

À chacun des six angles du lobule se trouve un espace porte qui contient une
veinule porte, c’est-à-dire un capillaire nourricier issu de l’artère hépatique et
un canalicule biliaire.

Chaque élément émet des prolongements dans le lobule pour y déverser des
nutriments, en récupérer la production ou en drainer la bile. Les canalicules
biliaires se rejoignent pour former le canal biliaire au niveau du hile.

Les voies biliaires


Les voies biliaires relient le foie au duodénum. Elles comportent trois canaux
et un réservoir, la vésicule biliaire. Elles ont pour rôle de stocker et de trans-
porter de la bile en fonction des besoins de la digestion.

Canaux biliaires
Le canal hépatique réunit au niveau du pédicule,
sous le hile du foie, les canalicules biliaires droit et
gauche issus des lobes du foie. Il plonge sur 2 cm
ou 3 cm avant de rejoindre le canal cystique pour
former le canal cholédoque.

Le canal cystique, long de 2 cm à 4 cm, relie le


canal hépatique et la vésicule biliaire. La bile excré-
tée par le foie en permanence remonte le canal
cystique pour y être stockée entre deux digestions.

Elle suit le chemin inverse dès que des aliments


pénètrent dans l’estomac.

35
I. L’appareil digestif

Le canal cholédoque réunit le canal hépatique et le canal cystique. Long de


5 cm, il plonge derrière le pylore de l’estomac et traverse la tête du pancréas
où il rejoint le canal de Wirsung qui draine les sucs pancréatiques.

Au contact de la paroi du duodénum, ces derniers traversent un anneau mus-


culaire, le sphincter d’Oddi, et forment un léger renflement, l’ampoule de
Vater, dont la papille s’ouvre dans la lumière intestinale. D’un diamètre de
5 mm à 6 mm, les canaux biliaires peuvent être facilement obstrués par un
calcul formé dans la vésicule par la cristallisation du cholestérol, notamment.

Vésicule biliaire
La vésicule biliaire est une poche verte en forme de poire, de 8 cm à 10 cm
de long sur 3 cm de large, pour une contenance maximale de 50 ml. Le fond
de la poche ou du corps est appendu sous le foie auquel il adhère, alors que
la partie étroite ou col, long d’environ 2 cm, s’en détache pour se continuer
avec le canal cystique.

Entre deux digestions, la vésicule biliaire reçoit la bile primitive fabriquée par


le foie, qu’elle concentre jusqu’à dix fois en réabsorbant de l’eau. Les fines
fibres musculaires de sa paroi se contractent en début de repas, chassant la
bile concentrée vers le canal cholédoque et le duodénum.

Le pancréas
Le pancréas assure une double fonction :

ππ d’une part, fabriquer et excréter dans le


duodénum des enzymes indispensables à la
digestion des graisses, des protéines et des
amidons ;
ππ d’autre part, synthétiser et sécréter dans
le sang plusieurs hormones dont les
deux principales sont l’insuline, qui abaisse
le taux sanguin de glucose, et le glucagon,
qui élève ce même taux de glucose.

36
I. L’appareil digestif

Description
Le pancréas est situé dans l’abdomen, derrière et un peu sous le bord inférieur
de l’estomac, juste en avant de l’aorte abdominale et des vertèbres lombaires.

C’est une glande en forme de têtard, d’aspect lisse, rose pâle, de consis-
tance ferme, mais friable sous le doigt. Orienté de droite (la tête) à gauche (la
queue), il mesure en moyenne 15 cm de long, 4 cm de large et 2 cm de haut,
pour un poids d’environ 80 g. Par ailleurs, le pancréas se divise en quatre par-
ties : la tête, partie la plus large autour de laquelle s’enroule la forme en C du
duodénum ; l’isthme, courte portion rétrécie visible entre la tête et le corps ;
le corps, globalement rectangulaire ; la queue, extrémité effilée en contact
avec la rate. La tête et le corps du pancréas sont séparés chez le fœtus et ne
sont réunis par l’isthme que peu avant la naissance.

Canaux
Le pancréas possède deux canaux
excréteurs. Le canal le plus important,
le canal de Wirsung, parcourt toute la
longueur du pancréas, drainant les
sucs pancréatiques de la queue
jusqu’à la tête. Il se dilate un peu au
niveau de la tête du pancréas, pour
former l’ampoule de Vater.

Il y est rejoint par le canal cholédoque


des voies biliaires : les sécrétions pan-
créatiques et la bile se mélangent
avant de s’écouler dans l’intestin.

Au moment où le chyme intestinal pénètre dans le duodénum, le contenu de


l’ampoule de Vater passe à travers un anneau musculaire, le sphincter d’Oddi,
qui s’ouvre de manière réflexe.

Enfin, le canal de Santorini, canal accessoire, ne parcourt et ne draine que la


tête du pancréas. Il se jette dans le duodénum par un orifice indépendant.

37
I. L’appareil digestif

Structure interne
Le pancréas contient deux types de tissus : le pancréas exocrine et le pancréas
endocrine.

Le pancréas exocrine exerce la fonction digestive et occupe 80 % à 85 %


de la glande. Il est formé de lobules (les acini) disposés le long du canal de
Wirsung comme des grains de raisin sur une grappe.

Le pancréas endocrine exerce la fonction hormonale et occupe 15 % à 20 %


de la glande. Il est constitué d’un million d’îlots (découverts en 1869 par
Langherans qui leur a donné son nom) disposés à proximité des vaisseaux
sanguins qui irriguent l’intérieur de la glande. Le poids total des îlots séparés
du tissu conjonctif qui les entoure ne dépasse pas 2 g.

Les mécanismes de la digestion


L’action de digérer regroupe un
ensemble de phénomènes méca-
niques et chimiques étroitement
imbriqués.

Mécanismes
La digestion a pour fonction de
transformer des aliments, subs-
tances étrangères à l’organisme,
en éléments nutritifs assimilables
dans le sang et utilisables par le
corps comme matériau ou comme
source d’énergie. L’ensemble des
phénomènes digestifs aboutit à
des éléments nutritifs simples (glu-
cose, acides gras, acides aminés, sels minéraux, vitamines, eau) absorbés par
la muqueuse intestinale et transportés vers le foie pour entrer dans le méta-
bolisme ou y être stockés.

38
I. L’appareil digestif

Pour digérer, des phénomènes mécaniques se succèdent :

ππ la mastication dans la bouche ;


ππ la déglutition à travers la gorge et l’œsophage ;
ππ le malaxage dans l’estomac ;
ππ la propulsion du bol alimentaire dans l’intestin ;
ππ l’élimination des déchets par le rectum et l’anus.
Les phénomènes chimiques de la digestion sont, quant à eux, liés au rôle des
sucs gastriques (salive, suc gastrique, bile, suc pancréatique), ainsi qu’à l’ac-
tion des enzymes digestives sur les glucides, les lipides et les protides.

Mastication
La mastication des ali-
ments est la première
étape mécanique de la
digestion. Les dents
agissent grâce à la
contraction des muscles
masséters qui resserrent
avec force, de chaque
côté de la bouche, la
mâchoire inférieure contre
la mâchoire supérieure.

Les incisives coupent


ensuite les aliments en
gros morceaux, elles déchirent les fibres animales (viandes) ou végétales
(fruits, légumes), tandis que les prémolaires et les molaires broient les aliments
en les écrasant entre leurs faces aplaties.

Pendant ce temps, la salive déversée par les glandes salivaires humidifie le


contenu de la bouche, et la langue malaxe les différents morceaux en les
poussant contre le palais et en les faisant passer d’une mâchoire à l’autre,
jusqu’à la formation d’une boule pâteuse (le bol alimentaire) facile à avaler.

39
I. L’appareil digestif

La mastication favorise l’éclosion des saveurs (sucré, salé, acide, amer) et


des arômes des aliments, ce qui stimule les sécrétions des différents organes
digestifs.

Pendant la mastication, une enzyme contenue dans la salive, l’amylase, com-


mence la digestion des amidons. Il est indispensable d’avoir de bonnes dents
pour bien mastiquer et donc pour bien digérer.

À savoir : la mastication envoie au cerveau des messages d’information sur le


volume d’aliments ingérés. Une bonne mastication accélère la satiété et facilite
la perte de poids.

Déglutition
La déglutition, le fait d’avaler une bou-
chée d’aliments ou de salive, est un
mécanisme complexe qui suppose la
coordination de la langue, du palais
postérieur mou, de l’épiglotte dans le
pharynx et de la paroi de l’œsophage.

Dans un premier temps, contrôlable


par la volonté, la langue pousse le
bol alimentaire contre le palais, puis
se contracte pour le propulser vers
l’arrière.

La suite est entièrement réflexe et


incontrôlable par la volonté :

ππ L’épiglotte vient fermer les voies


aériennes du larynx, ce qui ouvre
l’orifice de l’œsophage (il est
impossible de parler ou de respirer
pendant qu’on avale sans provoquer une fausse route alimentaire).
ππ Le palais mou se relève pour obturer l’ouverture vers les fosses nasales.

40
I. L’appareil digestif

ππ Le bol alimentaire est propulsé dans l’œsophage, à travers le pharynx, par


le jeu des contractions de muscles dans la gorge.
ππ Les muscles de la paroi œsophagienne créent une onde qui continue à
propulser le bol alimentaire tout au long de l’œsophage.
ππ Une bouchée solide atteint alors l’estomac en quatre à huit secondes, et
une bouchée liquide en moins de deux secondes.

Malaxage
La paroi de l’estomac
contient des muscles
indépendants de la
volonté.

Ils sont stimulés par l’arri-


vée d’aliments dans la
poche gastrique, par un
excès d’acidité ou par un
jeûne prolongé (provo-
quant alors une sensation
de gargouillement). Leur
activité cesse pendant la déglutition, pour éviter une remontée des aliments à
travers l’œsophage.

Ces muscles brassent les aliments et les mélangent aux sécrétions gastriques
jusqu’à obtention d’une bouillie liquide, le chyme. Les muscles poussent
ensuite le chyme vers le pylore qui s’ouvre brièvement pour laisser passer une
giclée, dont le volume ne dépasse jamais 3 ml.

Ce processus se répète d’innombrables fois pour évacuer tout un repas, ce qui


demande en général 3 h à 4 h.

Dès son arrivée dans le duodénum, chaque giclée de chyme est mélangée
avec la bile et les sucs pancréatiques déversés par le sphincter d’Oddi. Des
ondes musculaires naissent dans la paroi intestinale, se succédant par vagues :
c’est le péristaltisme intestinal. Ces contractions successives poussent le

41
I. L’appareil digestif

chyme tout au long de l’intestin grêle où il subit divers phénomènes


chimiques. À l’arrivée dans le cæcum, il ne reste pratiquement plus que des
déchets indigestes et une quantité d’eau encore importante.

Les déchets de la digestion


restent 12 h à 24 h dans
le côlon, qu’ils parcourent
lentement sous l’effet des
lentes contractions du péris-
taltisme colique (une onde
toutes les trente minutes
environ). Ils y subissent une
concentration avec réab-
sorption d’eau et de sels
minéraux (sodium, potas-
sium). Il se forme ainsi
peu à peu des selles plus
compactes, plus ou moins
pâteuses ou solides.

Des contractions longues et puissantes, qui ne se produisent que trois ou


quatre fois par jour, propulsent alors les selles vers l’ampoule du rectum où
elles sont stockées quelques heures.

Le besoin d’aller à la selle est ressenti quand la pression des selles devient trop
forte sur la paroi rectale. La défécation associe ainsi des actes réflexes (ouver-
ture du sphincter interne, activité des muscles releveurs de l’anus) et des actes
volontaires (ouverture du sphincter externe, poussée des muscles abdomi-
naux). Un blocage prolongé du sphincter externe suspend provisoirement
l’ensemble du processus.

La défécation se produit entre deux et trois fois par semaine selon le mode


de vie, les habitudes et le régime alimentaire plus ou moins riche en fibres
végétales.

La perte du contrôle volontaire du sphincter externe, qui s’acquiert chez l’en-


fant entre 2 ans et 4 ans, conduit à l’incontinence anale.

42
I. L’appareil digestif

Les phénomènes chimiques de la digestion


La digestion chimique des aliments repose sur l’action des enzymes, facilitée
ou non par les diverses sécrétions des glandes digestives.

Sucs digestifs
La salive humidifie le bol ali-
mentaire et en fait une bouillie
accessible aux différentes enzymes
de l’estomac.

L’acide chlorhydrique sécrété


en abondance par l’estomac est
indispensable à l’action d’en-
zymes gastriques actives sur les
protéines : il inhibe l’action de
l’amylase salivaire.

De plus, une substance présente


dans le suc gastrique, le facteur
intrinsèque, permet l’absorption
ultérieure de la vitamine B12.

Le suc gastrique très acide exerce également une fonction désinfectante puis-
sante contre les bactéries présentes dans l’alimentation : aucune bactérie ne
peut vivre dans ce milieu, à l’exception de l’Helicobacter pylori découvert seu-
lement en 1990.

Le suc intestinal, dont nous fabriquons un à deux litres par jour, est neutre
ou légèrement alcalin. Composé d’eau et de mucus, il contient peu d’en-
zymes, mais permet l’activité des enzymes pancréatiques. La bile contient
entre autres substances des sels biliaires dont le rôle majeur est de disperser
les graisses alimentaires en millions de minuscules gouttelettes appelées chy-
lomicrons, condition indispensable à la bonne activité des lipases ou enzymes
digérant les lipides. Le suc pancréatique contient de nombreuses enzymes
digestives.

43
I. L’appareil digestif

Enzymes
Une enzyme est une protéine
qui, présente en infime quan-
tité, induit et accélère une
réaction chimique spécifique.

Les enzymes digestives


transforment les molécules
complexes des aliments en
molécules simples capables de
traverser la barrière intestinale
et utilisables par le corps pour synthétiser ses propres substances ou fournir
de l’énergie.

Dans la bouche, l’amylase salivaire commence à transformer les amidons en


glucose. Si l’on mastique de longues minutes de la mie de pain, par exemple,
le léger goût sucré qui apparaît traduit cette transformation.

Dans l’estomac, un groupe d’enzymes regroupées sous le nom de pepsine


fragmente les grosses molécules de protéines (plusieurs centaines d’acides
aminés) en molécules plus petites, les peptides (une ou deux dizaines d’acides
aminés).

Quelques substances simples commencent alors à être absorbées : l’eau, l’al-


cool, un peu de glucose.

Dans l’intestin grêle, les enzymes sont très actives : les lipases pancréatiques
transforment les graisses alimentaires, dispersées par l’action des sels biliaires,
en acides gras simples ; les protéases pancréatiques démontent en acides
aminés les peptides issus de la digestion gastrique des protéines (parmi ces
protéases, les plus connues sont la trypsine, la chymotrypsine et la carboxy-
peptidase) ; l’amylase pancréatique, la dextrinase, la lactase, la maltase, la
saccharase et la glucoamylase des cellules intestinales réduisent tous les glu-
cides en sucres simples, tels le glucose, le galactose et le fructose.

Enfin, des nucléases découpent l’ADN et l’ARN des cellules animales ou végé-
tales en unité de base, les nucléotides.

44
I. L’appareil digestif

Au terme de l’action des enzymes, tous les aliments sont transformés en élé-
ments nutritifs élémentaires qui vont traverser la membrane intestinale et
passer dans le sang, ainsi que l’eau, les vitamines et les sels minéraux qui sont
absorbés sans modification.

Les déchets non digestibles par les enzymes, comme les fibres végétales
dures, sont évacués vers le côlon.

Digestion des glucides


L’alimentation nous apporte :

ππ des glucides complexes


digestibles, le glyco-
gène animal ou l’amidon
végétal, qui sont de
longues chaînes de cen-
taines d’unités de base,
le glucose ;
ππ des glucides complexes non digestibles par nos enzymes, les celluloses
des fibres végétales, que seuls les animaux herbivores peuvent digérer ;
ππ des glucides composés de deux unités de base, le saccharose ou sucre de
table (glucose + fructose), le lactose du lait (glucose + galactose), le mal-
tose (glucose + glucose) ;
ππ et enfin, une faible quantité de glucides simples, glucose et fructose
surtout.
La digestion des glucides complexes commence dans la bouche sous l’effet
de l’amylase salivaire. Le peu de glucose libéré à ce stade pourra être absorbé
au niveau de l’estomac. La digestion finale des glucides complexes et des
glucides composés se poursuit dans l’intestin grêle sous l’effet des enzymes
pancréatiques et intestinales.

En moins de dix minutes, tous les glucides complexes sont fragmentés. Il n’en


ressort que trois nutriments : du glucose, du fructose et du galactose, seuls
susceptibles d’être assimilés par l’organisme.

45
I. L’appareil digestif

Les glucides élémentaires passent, eux, par le foie où la plus grande partie est
stockée sous forme de glycogène pour être relarguée dans le sang au fur et à
mesure des besoins tout au long de la journée.

À savoir : diverses maladies métaboliques héréditaires sont dues à l’absence ou


la défaillance d’une enzyme, comme la galactosémie congénitale due à l’ab-
sence de lactase capable de dissocier le lactose en glucose + galactose. L’intolé-
rance de nombreux adultes au lait de vache tient aussi à une perte progressive
de la fabrication de lactase.

Digestion des lipides


Presque tous les lipides alimen-
taires sont fournis sous forme de
triglycérides, soit trois molécules
d’acides gras fixés sur une même
molécule de glycérol.

Une part plus faible de lipides


est fixée sur des protéines, sur
du phosphore ou sous forme de
cholestérol.

Peu d’acides gras libres sont présents dans les aliments.

La mastication dans la bouche et le malaxage dans l’estomac diluent les


lipides alimentaires au sein du chyme.

Les sels biliaires les dispersent en chylomicrons, ce qui les rend très accessibles
à l’action des lipases pancréatiques.

Les lipases pancréatiques cassent ensuite les molécules de triglycérides,


libérant un monoglycéride (glycérol + acide gras qui seront séparés ultérieu-
rement par les cellules intestinales) et deux acides gras. D’autres cassent les
lipoprotéines ou les phospholipides pour en isoler les acides.

Les acides gras sont absorbés directement par la muqueuse intestinale, avec
les vitamines liposolubles qui les accompagnent.

46
I. L’appareil digestif

Digestion des protides


Les protides, ou protéines,
sont de longues chaînes
composées à partir de
vingt éléments de base,
les acides aminés. Les
chaînes plus courtes ne
comportent que quelques
dizaines d’acides aminés,
elles sont appelées poly-
peptides, tandis que les
chaînes très courtes, les
peptides, n’en contiennent que quelques-uns.

La digestion des protéines commence dans l’estomac, quand la pepsine


gastrique découpe les protéines en gros polypeptides. Cette action se fait
d’autant mieux que le milieu gastrique est très acide.

Dans l’intestin grêle, les protéases pancréatiques, dont la trypsine et la chy-


motrypsine, fragmentent les gros polypeptides en petits polypeptides et en
peptides.

Ces petits protides sont finalement démontés en acides aminés par les
enzymes dans les cellules de la muqueuse intestinale, dont l’aminopeptidase
qui détache les acides aminés les uns après les autres au bout de la chaîne
peptidique. Seuls les acides aminés traversent la muqueuse intestinale.

Tout passage d’un peptide ou d’une protéine complexe provoquerait une


réaction immunitaire de l’organisme qui ne supporte aucune protéine étran-
gère, sauf les anticorps du lait maternel chez le nourrisson.

Digestion des fibres


Les fibres constituent l’enveloppe ou l’armature des végétaux. Elles facilitent
le transit intestinal en augmentant le volume du bol alimentaire, puis des
selles, ce qui stimule les fibres musculaires intestinales et coliques.

47
I. L’appareil digestif

On peut en outre évoquer deux types de fibres :

ππ Les fibres insolubles, comme la


lignine, très dure et qui n’est pas
du tout digérée, et les celluloses
partiellement dégradées par les
bactéries du côlon par un proces-
sus de fermentation ;
ππ les fibres solubles, comme les
pectines, les gommes et les muci-
lages, que l’on trouve dans les
fruits ou le son d’avoine.
Les fibres solubles traversent l’intestin grêle et subissent une fermentation
bactérienne dans le côlon, libérant des glucides absorbés par la muqueuse et
des gaz émis par l’anus.

Outre leurs bienfaits sur le transit, les fibres piègent le cholestérol et les pig-
ments de la bile, contribuant à abaisser le cholestérol sanguin.

En revanche, un excès de fibres insolubles (plus de 35 g par jour) peut avoir
un effet irritant aggravé par une quantité insuffisante de boissons.

Absorption intestinale
La plus grande partie des produits de la
digestion est absorbée dans l’intestin grêle,
en dehors des quelques substances absor-
bées dans l’estomac. Les éléments finaux
absorbés par la muqueuse intestinale sont
les sucres simples (glucose, fructose, galac-
tose), les acides gras et les acides aminés.

L’absorption des nutriments se fait tout au


long de l’intestin grêle. Chaque nutriment
pénètre dans une cellule de la surface
intestinale, la traverse passivement (glucose, sels), avec l’aide de ­transporteurs

48
I. L’appareil digestif

(acides aminés) ou sous forme de gouttelettes ou micelles (acides gras) avant


d’être libéré dans un capillaire sanguin à l’autre extrémité de la cellule
intestinale.

Les sels minéraux, l’alcool,


les vitamines sont absorbés
sans modification par l’intestin
grêle.

Cette absorption se produit


tout au long de l’intestin grêle,
sauf pour le fer et le calcium,
absorbés dans le duodénum.
Entre les boissons et les sécré-
tions digestives, 9 l d’eau
traversent chaque jour l’intestin grêle qui en récupère déjà 95 %.

Le reste passe avec les déchets résiduels dans le côlon où la plus grande par-
tie sera à son tour réabsorbée, sauf en cas de diarrhée. Tous ces capillaires se
regroupent dans les veines portes qui se dirigent vers le foie.

49
I. L’appareil digestif

AA Pour aller plus loin


Astuce

La digestion commence dans la bouche : faites soigner vos dents !


Pour que les sucs gastriques soient efficaces dans l’estomac, il faut d’abord que
les aliments y parviennent bien mastiqués et qu’ils soient humectés par la salive,
qui commence la digestion des amidons.
Pour que cette étape soit respectée, il est nécessaire de prendre le temps de mas-
tiquer chaque bouchée. Cela nécessite donc d’avoir de bonnes dents.
C’est pourquoi il est conseillé de consulter son dentiste régulièrement, et bien
sûr, de se brosser les dents deux à trois fois par jour.
En cas de dent cariée, faites-vous également soigner rapidement.

Questions / réponses de pro

Causes des palpitations ?


Est-ce qu’un parasite peut provoquer des palpitations, des nausées ou un
essoufflement ?
Question de Google
ΔΔ Réponse de Pédébé
Oui, notamment via les maladies ou affections que le parasite peut
transmettre.

Sténose du sigmoïde
Qu’est-ce qu’une « sténose du sigmoïde » ?
Question de Mamautou
ΔΔ Réponse de Joachim
Une sténose est un rétrécissement pathologique du calibre d’un organe en
occurrence du sigmoïde, c’est-à-dire de la partie terminale du côlon.
Généralement, à ce niveau, cela signe un abcès ou une pathologie cancéreuse.

50
I. L’appareil digestif

Intolérance alimentaire
Cela fait environ trois mois que je suis sous traitement à cause de problèmes de
digestion : j’ai des reflux, j’ai mal à l’estomac et je dors presque assise, j’ai soif
continuellement et je dors mal.
Je ne sais pas quoi faire pour calmer cette douleur. Auriez-vous quelques astuces ?
Question de Naina

ΔΔ Réponse de Lili
Je ne suis pas médecin, mais je suis presque sûre que vous faites une into-
lérance au lactose ou au gluten : vos symptômes ne sont pas ceux d’une
allergie, mais ceux d’une intolérance. Attention, ce n’est pas la même chose :
en cas d’intolérance, des signes indésirables apparaissent quand votre seuil
en lactose est dépassé.
Vous devez donc supprimer toute trace de lait (attention aux plats préparés)
dans votre alimentation, c’est le seul moyen de vous soulager. Si vous vous
sentez mieux après, alors vous présentez bien une intolérance au lactose. Si
rien ne change, il faudra consulter un allergologue.
De toute façon, consultez votre médecin traitant pour un diagnostic réalisé
par un professionnel de la santé !
Je suis moi-même intolérante au lactose, mais sachez qu’il existe des laits
végétaux : avoine, soja, riz, noisette, châtaigne, etc. De plus, pour bien
digérer, consommez un légume vert à chaque repas de la journée.

51
II.
Les troubles digestifs

La plupart des maladies de l’appareil


digestif se signalent par des troubles
digestifs : douleur abdominale et mal
de ventre, nausée et vomissement,
diarrhée, constipation, ballonnement,
météorisme, saignement digestif par la
bouche ou par l’anus, déglutition diffi-
cile, jaunisse ou ictère.

Pour donner leur sens à ces symp-


tômes, le médecin doit en évaluer
la durée, l’intensité, l’évolution dans
le temps, la relation aux repas et les
signes associés (fièvre, troubles circula-
toires, troubles neurologiques).

Mais ces signes digestifs peuvent aussi


indiquer une maladie non digestive.
Par exemple, la nausée accompagne

52
II. Les troubles digestifs

les vertiges ou le mal des transports, la jaunisse peut être due à une des-
truction brutale des globules rouges, le mal de ventre peut être d’origine
psychologique.

Il est souvent inutile, voire dangereux, de vouloir soulager un symptôme


digestif à l’aide de médicaments ou de techniques alternatives (tisanes, mas-
sages…) avant que le médecin ne puisse établir un diagnostic. Le retard induit
par un soulagement transitoire peut être fatal.

La douleur abdominale
La douleur abdominale ou le mal de ventre est un symptôme très fréquent
qui répond à des causes très variées. Il est important d’en analyser les diffé-
rents caractères pour choisir la réaction la mieux adaptée à la situation.

Caractères
Plusieurs paramètres peuvent caractériser une
douleur abdominale ; ils devront être analysés
et communiqués au médecin traitant.

Tout d’abord, l’âge du malade doit être pris


en compte, puisque nourrissons, jeunes
enfants, adolescents, adultes et personnes
âgées ne présentent pas les mêmes maladies.
L’ancienneté de la douleur aussi a son impor-
tance : aiguë ou chronique, date d’apparition,
durée des crises. Un médecin cherchera éga-
lement à localiser de manière précise la douleur : maximale ou limitée à une
zone de l’abdomen, diffuse, remontant derrière le sternum.

Par ailleurs, il est utile de rechercher si les douleurs sont liées à des événe-
ments/critères extérieurs comme un lien avec les repas (surtout si plusieurs
membres de la famille présentent la même douleur), le lien éventuel avec
d’autres événements tels des rapports sexuels, des cycles menstruels, une
contusion ou un accident, une pratique sportive ou physique inhabituelle.

53
II. Les troubles digestifs

Il convient aussi d’observer la présence de signes digestifs associés : nausée,


vomissement, diarrhée, constipation, selles sanglantes ou anormales, ballon-
nement, contracture des muscles abdominaux.

Mais également de symptômes non digestifs : saignements urinaires ou géni-


taux, difficultés à uriner, rapports sexuels douloureux, troubles neurologiques
(perte de conscience, troubles de la vue, vertiges) ou circulatoires (pâleur,
sueurs, pouls rapide et filant), ou encore de troubles généraux, comme de la
fièvre, une fatigue intense, une perte de poids et d’appétit.

Critères de gravité
Une douleur abdomi-
nale aiguë est qualifiée
de grave dès qu’elle dure
plus de trois heures (le
temps d’une digestion).

Il en est de même quand


elle s’accompagne de
vomissements intenses,
de ballonnements impor-
tants, de contractures des
muscles abdominaux, de
diarrhée, et/ou de signes non digestifs ou généraux, comme la fièvre.

Une douleur chronique même modérée impose une consultation médicale


quand elle s’accompagne de signes généraux ou qu’elle résiste aux traite-
ments déjà prescrits.

Causes
Selon la localisation, une douleur abdominale peut avoir de très nombreuses
origines.

Le tableau de la page suivante présente les causes possibles en fonction de la


zone du corps concernée.

54
II. Les troubles digestifs

Causes des douleurs abdominales

Localisation Causes
• Hépatite
• Cholécystite (infection de la vésicule biliaire)
Hypochondre droit (sous les côtes • Calcul biliaire
droites) • Colite
• Pyélonéphrite (infection)
• Calcul du rein droit
• Ulcère de l’estomac
• Ulcère duodénal
• Cancer de l’estomac
Creux épigastrique (sous la pointe • Gastrite
du sternum) • Pancréatite
• Cancer du pancréas
• Calcul biliaire dans le cholédoque
• Infarctus du myocarde
• Rupture de la rate
• Colite
Hypochondre gauche (sous les
• Diverticules du côlon
côtes gauches)
• Pyélonéphrite
• Calcul urinaire du rein gauche
• Colite
Flancs droit et gauche
• Diverticules du côlon
• Gastroentérite
• Maladie de Crohn
Région péri-ombilicale (autour du • Volvulus du grêle
nombril) • Parasitose digestive
• Colite
• Côlon irritable
• Appendicite
Fosse iliaque droite • Causes génitales (kyste ou cancer de l’ovaire,
salpingite, grossesse extra-utérine)

• Diverticules coliques
• Sigmoïdite
Fosse iliaque gauche • Constipation aiguë ou chronique
• Rectocolite hémorragique
• Causes génitales

55
II. Les troubles digestifs

Localisation Causes
• Infections et maladies de la vessie ou des voies
Petit bassin urinaires
• Causes génitales (maladies de l’utérus)
• Hernie hiatale
Région sternale • Reflux gastro-oesophagien en plus de toutes
les causes cardiaques ou pulmonaires

• Hémorroïdes
• Fissure anale
Région anale • Infection ano-rectale
• Plaie anale
• Oxyures
• Contractures après effort
Paroi abdominale
• Fièvre aiguë (grippe, syndrome grippal)
• Péritonite
• Colites et rectocolites
Douleurs diffuses • Infarctus mésentérique
• Angoisse intense
• Dépression

Par ailleurs, lorsque les douleurs intestinales appa-


raissent chez le nourrisson (avant 2 ans), d’autres
causes peuvent venir expliquer ces symptômes. Si
les douleurs sont accompagnées de fièvre, cela peut
provenir d’une gastro-entérite, d’une appendicite,
d’une infection urinaire, d’une angine, d’une otite
ou d’une pneumonie.

Sans fièvre, elles peuvent s’expliquer par une colique


du nourrisson jusqu’à 4 mois, une invagination
intestinale aiguë, une sténose du pylore, une allergie
au lait de vache ou au gluten, une hernie étranglée,
une erreur diététique (biberon trop concentré), une
intolérance alimentaire, des vomissements acétoniques, et plus rarement la
première crise d’une maladie génétique (drépanocytose, porphyrie).

56
II. Les troubles digestifs

Après 2 ans, les douleurs abdominales accompagnées de fièvre peuvent être


causées, en plus des origines précédemment citées pour le nourrisson, par
une grippe ou un syndrome grippal, ou une intoxication alimentaire. Sans
fièvre, cela peut s’expliquer par des allergies et intolérances alimentaires, un
abus de boissons acides (jus d’orange) ou de sodas caféinés, des parasites
intestinaux, des erreurs diététiques, mais aussi un trouble psychologique,
une phobie scolaire, etc. Chez l’enfant, 95 % des douleurs abdominales
chroniques sont d’ordre fonctionnel (erreurs diététiques) ou d’origine psycho-
logique. Chez la jeune fille, les règles en sont aussi souvent à l’origine.

Qui consulter ?
Une douleur abdominale isolée, sans signe asso-
cié et de courte durée, ne justifie qu’une simple
surveillance en famille.

En revanche, une douleur aiguë accompagnée


de signes associés justifie une consultation rapide
chez le médecin traitant.

Si la douleur est accompagnée de signes neuro-


logiques ou circulatoires, cela justifie l’appel des
secours médicalisés (le 15).

Une douleur chronique ou qui se répète plusieurs


fois exige, quant à elle, une consultation non
urgente chez le médecin traitant.

Les nausées et vomissements


Le vomissement est le rejet actif du contenu gastrique avec contraction du
diaphragme et des muscles abdominaux. La nausée est la perception désa-
gréable d’une envie imminente de vomir.

Le rejet sans contraction musculaire est une régurgitation, phénomène banal


chez le nourrisson.

57
II. Les troubles digestifs

Mécanismes
La nausée et le vomissement inaugurent ou accompagnent de très nom-
breuses maladies aiguës ou chroniques, médicales ou chirurgicales, et même
l’état naturel de début de grossesse avec ses modifications hormonales.

Ils sont dus à une stimulation excessive du système nerveux végétatif ou à un


trouble du système de l’équilibre.

La nausée et le vomissement sont aussi, comme chez l’animal, des réflexes


destinés à protéger l’organisme contre l’ingestion de produits toxiques, souil-
lés ou périmés.

C’est aussi un réflexe provoqué par la stimulation de la luette (doigt, corps


étranger), à l’absorption de certains liquides (café salé) ou à la perception
d’odeurs nauséabondes.

Caractères
Avant de consulter son
médecin traitant, il est
bon de préparer les
réponses aux questions
qu’il va poser en préci-
sant certains caractères
de la nausée ou du
vomissement : le début
brusque ou annoncé par
une nausée prolongée, la
répétition régulière ou le
caractère occasionnel, le
délai d’apparition par
rapport au dernier repas,
les troubles digestifs associés ou non (diarrhée, constipation, ballonnement,
douleurs abdominales), et les signes généraux éventuels, comme de la fièvre,
une jaunisse, des maux de tête, des vertiges, des sueurs froides, des palpita-
tions, une toux.

58
II. Les troubles digestifs

Causes
De nombreuses maladies digestives provoquent nausées ou vomissements.
Les causes médicales nécessitent une consultation dès que les nausées durent
plus de 3 h ou s’accompagnent généralement d’autres signes : indigestion
par excès de volume ou de matières grasses, gastrite spontanée, toxique ou
médicamenteuse, ulcère gastrique, gastro-entérite, infections intestinales,
hépatites virales ou toxiques, infection et calcul des voies biliaires, pancréatite
aiguë, intolérances alimentaires (lactose, lait de vache, gluten) ou allergies ali-
mentaires, intoxications alimentaires par des aliments vénéneux, souillés ou
périmés, et chez le nourrisson, erreur diététique ou forçage alimentaire, crise
acétonémique.

Les causes chirurgicales nécessitent, quant à elles, une consultation plus


rapide, parfois en urgence. C’est notamment le cas de l’appendicite, la périto-
nite, un calcul biliaire bloqué, la cholécystite aiguë, les cancers et kystes du
pancréas, l’occlusion intestinale quelle qu’en soit la cause, la perforation d’ul-
cère gastrique, et chez le nourrisson, la sténose du pylore et l’invagination
intestinale aiguë.

Par ailleurs, des troubles neurologiques peuvent


être à l’origine de vomissements. En effet, la
nausée accompagne notamment les vertiges
et les troubles de l’équilibre, les migraines, les
suites de traumatisme crânien, les méningites et
encéphalites, les tumeurs cérébrales ou ménin-
gées, les hémorragies méningées, les chocs
émotionnels violents, le mal de mer ou des
transports, et enfin diverses maladies psychia-
triques, dont les crises d’anorexie/boulimie ou
d’hystérie.

Nausées et vomissements peuvent également


faire suite à des problèmes métaboliques. Parmi
eux, on peut notamment citer l’état d’ivresse
alcoolique ou lié à la prise d’un stupéfiant, l’hyperglycémie (taux sanguin de
sucre très élevé), les crises acétonémiques chez le diabétique, l’insuffisance

59
II. Les troubles digestifs

rénale, le taux élevé d’urée dans le sang, la prise de nombreux médicaments


(lire les notices), la chimiothérapie, et l’effort intense et prolongé (marathon,
par exemple).

On peut aussi ressentir une nausée ou vomir dans des situations très diverses,
telles que le premier trimestre d’une grossesse, lors de la prise de contra-
ceptifs oraux ou d’un traitement hormonal de la ménopause, de maladies
génitales aiguës (kyste ovarien, salpingite, endométrite), d’infections urinaires
ou calculs rénaux, d’un infarctus du myocarde ou encore d’une infection ORL
(angine, otite), surtout chez le nourrisson.

Qui consulter ?
En situation d’urgence (début
brusque, signes associés inquié-
tants), il est nécessaire d’appeler
votre médecin traitant ou le médecin
de garde.

Ils orienteront les décisions (visite à


domicile, hospitalisation) en fonction
des éléments que vous décrirez.

Ils vous indiqueront aussi les gestes


à faire ou à ne pas faire : donner à
boire ou laisser à jeun, donner ou
non des médicaments, par exemple.

Sans signes d’urgence, consultez votre médecin traitant, et ne donnez pas de


médicaments anti-émétiques (contre les vomissements) sans son avis.

La diarrhée
La diarrhée est l’émission trop fréquente (au moins trois fois par jour) de selles
trop liquides. Elle représente une menace chez les sujets fragiles : nourrissons
et jeunes enfants, personnes âgées ou vulnérables.

60
II. Les troubles digestifs

Diarrhée aiguë
La diarrhée aiguë est
très fréquente, c’est la
première cause de mor-
talité infantile dans le
monde. Elle survient
brusquement, parfois
accompagnée de dou-
leurs abdominales, qui
peuvent la précéder
de quelques heures ou
quelques minutes, de nausée ou vomissements, de fièvre, de fatigue, d’une
sensation de malaise, de soif et bouche sèche.

Les principales causes de diarrhée aiguë sont de nature infectieuse et donnent


habituellement une gastro-entérite avec fièvre et vomissements. Les virus
intestinaux, comme les entérovirus ou les rotavirus, sont très souvent en
cause dans les diarrhées saisonnières ou épidémiques. On les trouve dans
l’eau, les aliments souillés ou lavés à l’eau contaminée, mais leur principal
mode de transmission est d’individu à individu, par l’intermédiaire des mains
sales.

Les bactéries sont responsables de foyers (plusieurs cas groupés) de gastro-


entérite. Les salmonelles, les shigelles, les Escherischia coli, les staphylocoques
proviennent d’aliments souillés comme les fruits de mer, les œufs et les
volailles, les crèmes pâtissières, les graines germées, les plats cuisinés ou mal
conservés. Dans divers pays, le choléra sévit par épidémies quand l’hygiène
de l’eau est défaillante. Les parasites sont plus rarement en cause en France,
telles les amibes encore fréquentes dans le monde et au Maghreb ou les bil-
harzies intestinales en zone équatoriale. Les champignons, comme le Candida
albicans, se développent généralement dans un intestin démuni de sa flore
naturelle par un traitement antibiotique.

En outre, d’autres causes peuvent entraîner une diarrhée aiguë : prise de


médicaments, consommation de fruits non mûrs, maladie inflammatoire de
l’intestin pendant une crise, émotion intense.

61
II. Les troubles digestifs

Diarrhées chroniques
Une diarrhée est chronique quand elle dure
depuis plus de trois semaines. Elle peut être
accompagnée de douleurs abdominales, de
fièvre, d’une perte de poids et d’appétit, d’une
émission de sang dans les selles.

Les causes infectieuses sont identiques à celles


de la diarrhée aiguë en l’absence de traitement
adapté. Les causes organiques sont les cancers
du côlon, les maladies inflammatoires de l’intes-
tin comme la maladie de Crohn ou la rectocolite
hémorragique, ainsi que les diverticules du côlon.

D’autres causes sont possibles : les allergies


alimentaires, les intolérances alimentaires au lac-
tose, aux protéines du lait de vache ou au gluten par exemple, la destruction
du pancréas par une pancréatite, l’hyperthyroïdie, l’abus de laxatifs, l’intestin
irritable, les suites de chirurgie digestive.

Qui consulter ?
Devant une diarrhée qui dure
plus de trois heures ou qui
s’accompagne de fièvre et de
vomissements, il est néces-
saire de consulter son médecin
traitant. Des signes de déshy-
dratation (soif, bouche sèche,
pli cutané persistant, fontanelle
effondrée chez le nourrisson)
justifient une hospitalisation rapide après avis du médecin traitant ou d’un
médecin de garde.

Avant de consulter ou en attendant le médecin, l’essentiel est de prévenir une


déshydratation.

62
II. Les troubles digestifs

Il faut absolument donner à boire pour compenser les pertes digestives. Par
petites gorgées fréquentes, le malade prend de l’eau sucrée et légèrement
salée pour le grand enfant et l’adulte, ou un biberon d’eau préparée avec un
sachet de sels de réhydratation orale, un produit en vente libre dans toutes les
pharmacies, s’il s’agit d’un nourrisson.

Sauf avis du médecin, aucun médicament n’est administré, notamment les


médicaments anti-diarrhéiques vendus en pharmacie.

Devant une diarrhée saisonnière banale, un régime à base de riz, de purée de


carottes, de yaourt, de gelée de coings et de crème gélifiée au chocolat est
instauré chez l’enfant ou l’adulte. Les biberons de lait sont maintenus, en plus
des biberons d’eau préparée, chez le nourrisson.

À savoir : la caféine contenue dans les sodas au cola accélère le transit intesti-
nal et accentue la diarrhée.
Pour aller plus loin, consultez notre fiche pratique :
Lutter contre la diarrhée

La constipation
La constipation est l’émission trop espa-
cée, difficile et parfois douloureuse, de
selles trop dures. Permanente, récidivante
ou occasionnelle, elle concerne chaque
année 40 % des Français de tous âges.

La constipation s’accompagne souvent de


ballonnements, d’une émission de gaz, et
d’une fausse diarrhée faite de liquides mal
digérés.

Ne pas confondre : l’arrêt brusque et com-


plet des matières et des gaz avec vomisse-
ments, ballonnement et douleur abdominale
n’est pas une constipation, mais un signe
d’occlusion intestinale.

63
II. Les troubles digestifs

Constipation passagère
Une constipation passagère peut être liée à la fièvre ou une maladie infec-
tieuse, la prise d’un médicament contre la toux ou la douleur (codéine ou ses
dérivés, la diarrhée, les vomissements, l’hypertension), un régime trop pauvre
en fibres végétales, un stress émotionnel, la grossesse, un réflexe inconscient
pendant un voyage, une déshydratation.

Mais une première période de constipation peut aussi en annoncer d’autres,


elle devient alors chronique.

Chez la personne âgée, la constipation passagère est liée aux mêmes causes
que chez l’adulte, notamment la déshydratation et le manque de fibres végé-
tales. Mais ce risque est majoré par le vieillissement du tube digestif, dont l’un
des effets est de ralentir le transit intestinal.

Constipation chronique
L’émission rare de petites
selles dorées est normale
chez le nourrisson nourri au
sein, puisque cette alimenta-
tion naturelle produit très
peu de déchets.

Chez l’enfant, les causes


fonctionnelles possibles sont
les erreurs diététiques avec
abus de féculents sans rési-
dus et apport insuffisant en
eau et en végétaux, la sédentarité, et à partir d’un an, une trop grande exi-
gence parentale sur la propreté anale prématurée provoque habituellement
un réflexe de rétention des selles. Mais cela peut aussi provenir de troubles
organiques : mégacôlon congénital ou maladie de Hirshprung, malformations
de l’intestin grêle, du côlon ou du rectum, troubles neurologiques, maladie
cœliaque, rachitisme, ou encore saturnisme (intoxication au plomb).

64
II. Les troubles digestifs

Chez l’adulte et la personne âgée, la constipation peut s’expliquer par des


erreurs diététiques (apport insuffisant en eau et en fibres végétales), une
forte sédentarité, un abus prolongé de laxatifs irritants ou de médicaments
constipants, un intestin irritable ou colopathie fonctionnelle, et des troubles
psychologiques incluant un refus de la fonction anale.

Par ailleurs, un cancer du côlon ou du rectum (surtout quand la constipation


progressive s’accompagne d’un peu de sang dans les selles ou de fatigue), des
cicatrices internes de chirurgie abdominale, un alitement prolongé pour mala-
die ou accident, une hypothyroïdie, un diabète mal équilibré, des hémorroïdes
internes ou externes douloureuses, des fissures anales, des malformations du
côlon en principe déjà repérées chez l’enfant, des fibromes et des tumeurs
génitales chez la femme peuvent également provoquer une constipation.

Prévention
La constipation fonctionnelle est
évitable avec un bon régime ali-
mentaire, une activité physique
modérée, mais quotidienne, des
habitudes régulières pour aller à
la selle.

En cas de constipation passa-


gère, il est conseillé de boire
beaucoup d’eau riche en
magnésium, type Hépar, et
de jus de fruits type orange
ou pamplemousse si vous le
supportez bien. C’est aussi le
moment de manger une bonne
ration de légumes verts bien
cuits, de salade et de fruits très mûrs. En parallèle, il est recommandé de faire
de l’exercice, du vélo, des massages abdominaux. Attention toutefois à ne
pas abuser des fibres végétales dures proposées sous forme de gressins ou de
biscuits, elles peuvent avoir l’effet inverse.

65
II. Les troubles digestifs

Il faut aussi être vigilant avec les laxatifs ou les tisanes proposés en paraphar-
macie, certains sont très irritants pour le côlon : usez brièvement de laxatifs
lubrifiants (paraffine, glycérine) ou à effet osmotique (lactulose, sorbitol).

Qui consulter ?
Le médecin traitant est idéalement placé pour coordonner la recherche d’une
cause de constipation et de son traitement. Pour ce faire, il procède à un exa-
men clinique et demande éventuellement un bilan comportant par exemple
une coloscopie ou une rectoscopie, ainsi qu’un bilan sanguin ou un examen
des selles.

Les ballonnements ou météorismes


Le météorisme ou ballonnement abdominal est une augmentation de volume
de l’abdomen lié à une ingestion (dans l’estomac) ou une production exces-
sive (dans le côlon) de gaz.

Bien qu’il fasse partie des signes de certaines maladies plus graves, il n’est
toutefois pas toujours inquiétant, mais peut s’avérer gênant au quotidien.

Météorisme gastrique
Le météorisme gastrique est dû à la présence
d’un excès d’air dans l’estomac, provoqué par :
ππ l’ingestion trop rapide d’aliments pas assez
mastiqués ;
ππ l’ingestion répétitive d’une production
excessive de salive, chez les anxieux par
exemple ;
ππ la mastication prolongée de chewing-gum ;
ππ l’absorption de boissons gazeuses (sodas, eau pétillante, cidre) ;
ππ la déglutition volontaire d’air à la recherche d’éructations, un jeu fréquent
et anodin chez l’enfant.

66
II. Les troubles digestifs

Météorisme intestinal
Il n’y a normalement pas ou très peu de gaz dans l’intestin grêle. La présence
d’un météorisme intestinal, facilement vérifiable par une simple radiographie,
évoque avant tout une occlusion intestinale et toutes ses causes possibles
(intestinales ou coliques), ou bien une constipation prolongée.

Météorisme colique
Le météorisme colique est dû à un excès de
production pendant la phase finale de la
digestion. Les principales formes possibles
sont la fermentation d’aliments farineux ou
cellulosiques et la putréfaction de protéines
non digérées.

Les gaz de fermentation, riches en méthane


et en gaz carbonique, sont globalement ino-
dores. En revanche, les gaz de putréfaction,
contenant de l’ammoniac et de l’hydrogène
sulfuré, ont souvent une odeur désagréable.

Parmi les principaux facteurs favorisants, on


peut citer les erreurs diététiques avec déséqui-
libre important en faveur des féculents ou des aliments protéiques, les excès
de fibres végétales semi-dures (telles les pectines), la digestion insuffisante
des protéines par défaut d’acide chlorhydrique dans l’estomac, le ralentis-
sement du transit intestinal, la constipation, quelle qu’en soit la cause, la
modification de la flore intestinale, notamment après la prise d’antibiotiques,
et les maladies avec malabsorption intestinale.

Il existe de plus beaucoup d’aliments qui produisent des gaz coliques : arti-
chauts, haricots secs, choux de Bruxelles, oignons et autres bulbes (échalote,
ail), céleri, topinambours, jus de pruneau, raisins secs, germes de blé, bei-
gnets. Et d’autres aliments peuvent être mal tolérés, tels que les pommes de
terre, les aubergines, les agrumes, les pommes, les pâtes, le pain (complet le
plus souvent), les fromages et les fibres végétales dures.

67
II. Les troubles digestifs

Prévention
Pour diminuer le risque
de météorisme, il est
conseillé d’éviter les
boissons gazeuses, de
manger lentement en
mastiquant bien vos ali-
ments, et de diminuer le
volume de vos repas.

En parallèle, pensez à
équilibrer vos menus,
évitez les graisses cuites,
faites un peu d’exercice
après les repas, ne portez pas de vêtements serrés qui freinent la digestion, ne
fumez pas à jeun, et relaxez-vous.

Qui consulter ?
En dehors de la suspicion d’occlusion intestinale, il
n’y a aucune urgence.

Le médecin traitant trouvera la cause du météo-


risme et proposera les mesures appropriées à cette
cause.

Le volume de gaz colique peut en outre être réduit


par des produits absorbants à base d’argile, de sili-
cone, de kaolin ou de charbon animal.

Les saignements intestinaux


Un saignement intestinal traduit toujours une lésion organique.

L’abondance du saignement peut en outre induire un état de choc ou une


détresse circulatoire, dont la prise en charge est une urgence absolue.

68
II. Les troubles digestifs

Vomissement de sang
Un vomissement de sang (hématé-
mèse) ne peut provenir que de
l’œsophage ou de l’estomac.

Avoir du sang dans la bouche ou cra-


cher du sang peut provenir de causes
locales ou pulmonaires qui ne sont
pas considérées comme des saigne-
ments digestifs.

Trois lésions œsophagiennes pro-


voquent un vomissement de sang.
La rupture de varices œsophagiennes
est la cause majeure, dont l’abon-
dance peut dépasser un litre, chez un
malade porteur d’une varice connue
ou découverte à cette occasion quelle
qu’en soit la cause (alcoolisme hépa-
tite virale, hépatite toxique, cirrhose
biliaire).

Le cancer de l’œsophage peut aussi se signaler par la présence d’un peu de


sang dans un vomissement alimentaire ; et l’ulcère du bas œsophage, lié à un
reflux acide persistant, peut aussi saigner un peu.

Sinon, quatre causes gastriques peuvent également être à l’origine d’un


vomissement de sang : la perforation d’un ulcère gastrique est encore une
cause d’hémorragie abondante, avec vomissement de sang presque pur, mal-
gré les progrès du traitement médical de l’ulcère de l’estomac.

Par ailleurs, le cancer de l’estomac peut se révéler par la présence de sang


dans un vomissement alimentaire ; et les gastrites infectieuses ou médicamen-
teuses (aspirine, anti-inflammatoire) peuvent donner de petits saignements
avant de se transformer parfois en ulcère perforé.

Enfin, la hernie hiatale avec reflux acide peut être en cause.

69
II. Les troubles digestifs

Sang dans les selles


La présence microscopique
de sang dans les selles ne
peut être décelée qu’au
laboratoire, à la demande
du médecin traitant ou par
dépistage systématique du
cancer du côlon.

La présence de sang digéré


(maelena) donne des selles
noires. Les causes les plus
fréquentes sont situées au
niveau de l’intestin grêle : la perforation d’ulcère du duodénum malgré les
progrès du traitement médical, les maladies inflammatoires de l’intestin grêle
comme la maladie de Crohn, la tuberculose intestinale, les parasitoses intes-
tinales (vers, amibes), l’invagination intestinale aiguë chez le nourrisson,
l’infarctus mésentérique et le volvulus du grêle chez la personne âgée.

En cas de diarrhée, le sang issu de l’intestin grêle n’est pas entièrement digéré
et les selles prennent une teinte variée, du rouge vif au brun foncé. Il en est
de même lorsque le saignement se produit dans le côlon, avec une coloration
variée et homogène ou non des selles selon le siège du saignement.

Les principales causes sont les polypes et les tumeurs bénignes, le cancer
colique, la rectocolite hémorragique, la tuberculose et certaines colites infec-
tieuses, ainsi que les parasites (bilharzies, amibes).

Enfin, un saignement situé au niveau du rectum ou de l’anus ne colore pas


l’ensemble des matières fécales, mais il laisse apparaître le sang rouge à la
surface des selles ou tache les sous-vêtements. Les principales causes de sai-
gnement anal sont les hémorroïdes, internes ou externes, et la fissure anale
qui les complique parfois, le traumatisme local par introduction de corps
étranger, notamment le thermomètre chez les jeunes enfants, le cancer du
rectum ou de l’anus, les parasitoses avec démangeaison et grattage (oxyures),
et les infections sexuellement transmissibles.

70
II. Les troubles digestifs

Qui consulter ?
Un vomissement de sang
abondant avec signes de
détresse circulatoire (pouls
rapide et filant, respiration
haletante, grande pâleur,
sueurs froides) justifie l’ap-
pel des secours médicalisés
(le 15) et une
hospitalisation.

Le rejet de sang dans un


vomissement alimentaire
exige, quant à lui, une
consultation rapide du
médecin traitant.

La fibroscopie œsopha-
gienne et gastrique sera systématiquement demandée après un premier
saignement.

La présence de sang dans les selles exige habituellement une consultation


rapide auprès du médecin traitant. Une coloscopie ou une rectoscopie seront
très souvent demandées après un premier saignement.

Dans un contexte de douleur intense ou qui évoque une occlusion intestinale


(vomissements associés, ballonnement progressif), appeler des secours médi-
calisés est préférable.

Une déglutition difficile


La déglutition, c’est-à-dire le fait d’avaler un liquide ou un solide, est un acte
dont la commande volontaire déclenche un ensemble complexe de réflexes.

Tout ce qui affecte le fonctionnement du pharynx ou de l’œsophage peut


provoquer une déglutition difficile ou dysphagie.

71
II. Les troubles digestifs

Causes pharyngées
Simple gêne ou douleur gênant toute déglu-
tition, les dysphagies d’origine pharyngées
sont parfois associées à des régurgitations, à
une salivation excessive ou à de fausses routes
alimentaires.

Cela peut être lié à des angines et amygdalites


bactériennes (douleur intense localisée aux
amygdales avec forte fièvre), des angines et
pharyngites virales (douleur plus diffuse à l’ensemble de la gorge avec fièvre
variable entre la rhinopharyngite banale et la forte grippe, par exemple), des
brûlures et irritations par ingestion accidentelle de produits chimiques ou de
liquides trop chauds, une irritation pharyngée compliquant un reflux gastro-
œsophagien, des corps étrangers (arête de poisson, fragment osseux, épingle)
fichés dans la paroi pharyngée, des cancers de la base de la langue, de
l’amygdale, du pharynx ou du larynx, dont les signes sont longtemps limités à
une simple gêne sans véritable douleur.

En outre, les goitres thyroïdiens remontant sous la langue et les maladies neu-
rologiques ou neuromusculaires (poliomyélite, sclérose en plaques, maladie de
Parkinson, accident vasculaire cérébral, myasthénie, myopathie) peuvent aussi
engendrer une déglutition difficile.

Causes œsophagiennes
Une déglutition difficile ressentie à la base du
cou ou dans le thorax a une origine œsopha-
gienne. Cela peut alors s’expliquer par une
œsophagite par reflux gastro-œsophagien ou
par hernie hiatale ; les cancers du larynx ou de
l’œsophage peuvent aussi en être à l’origine.

Les troubles de la déglutition peuvent aussi être


un symptôme d’infections virales (herpès) ou de
mycosiques (Candida albicans), plus fréquentes

72
II. Les troubles digestifs

en cas de sida. Ils signent aussi parfois des tumeurs bénignes de l’œsophage
(papillome, kyste), des brûlures par ingestion de produit caustique, prise de
médicament ou radiothérapie, ou encore la présence de corps étrangers, plus
fréquents chez les jeunes enfants (morceaux de jouets, petits objets, noyaux
de fruits).

Enfin, les spasmes chroniques du sphincter œsophagien au niveau du cardia,


les diverticules de l’œsophage, plus fréquents chez la personne âgée, la défor-
mation de l’œsophage par un organe ou une tumeur du voisinage (bronche,
poumon), et les maladies neurologiques ou neuromusculaires peuvent aussi
être des explications.

Qui consulter ?
Toute déglutition difficile doit conduire à
consulter son médecin traitant, qui précise les
caractères de la dysphagie et dont l’examen cli-
nique étudie le pharynx (angine, pharyngite).

La laryngoscopie pratiquée par l’ORL et la


fibroscopie œsogastrique pratiquée par le
gastro-entérologue sont indispensables pour
déceler un corps étranger, un cancer débutant,
une œsophagite ou un reflux gastro-œsopha-
gien. Un scanner thoracique peut également
être utile si le médecin suspecte une compression de l’œsophage par un
organe voisin. Le traitement de la déglutition sera celui de sa cause. Si
l’alimentation naturelle est impossible, une sonde gastrique permettra d’ali-
menter le malade.

La jaunisse
La jaunisse ou ictère est une coloration jaune des conjonctives (le blanc des
yeux), de la peau et des urines. Les degrés de la jaunisse sont divers, mais les
premiers symptômes (jaunissement) apparaissent au niveau des conjonctives
de l’œil.

73
II. Les troubles digestifs

Mécanisme
La jaunisse est due à un taux élevé
de bilirubine dans le sang. La bili-
rubine est l’un des principaux
pigments biliaires fabriqués par le
foie à partir de l’hémoglobine des
globules rouges.

Son taux peut augmenter par


excès de production, en cas de
destruction massive des globules
rouges (hémolyse) ou par défaut d’élimination dans la bile, dans des maladies
du foie ou des voies biliaires.

Le taux sanguin normal de bilirubine est inférieur à 10 mg/l. Entre 10 mg/l


et 20 mg/l, on note une coloration du blanc des yeux et des urines plus fon-
cées : c’est un subictère. Au-dessus de 20 mg/l, la peau devient d’un jaune
d’autant plus intense que le taux de bilirubine est élevé. L’ictère s’accom-
pagne souvent d’un prurit, diffus et permanent.

Jaunisse par excès de production


Les jaunisses liées à une destruction accrue de globules rouges sont des ictères
hémolytiques. Les principales causes sont :

ππ les maladies génétiques, qui fragilisent les globules rouges ou comportent


une hémoglobine anormale comme la thalassémie, la drépanocytose, la
sphérocytose, le déficit en enzyme G6PD ;
ππ les agressions immunitaires contre les globules rouges au cours de cer-
taines maladies auto-immunes, de cirrhoses, de cancers, de leucémies, ou
par la prise de certains médicaments ;
ππ les agressions mécaniques, en cas d’hypertension majeure ou chez les
porteurs de valvules cardiaques artificielles, par exemple ;
ππ les infections parasitaires (paludisme, toxoplasmose) ou virales (fièvre
jaune, fièvres hémorragiques tropicales).

74
II. Les troubles digestifs

Chez le nouveau-né, l’ictère physiologique est


normal dans les heures et les jours qui suivent
la naissance. Les globules rouges de la vie
fœtale sont détruits pour être remplacés par
des globules rouges de type adulte. Cette
hémolyse naturelle provoque un ictère néona-
tal normal et de courte durée.
Par ailleurs, l’incompatibilité rhésus était
une cause majeure d’ictère dramatique du
nouveau-né avant la surveillance et la géné-
ralisation des vaccins anti-rhésus chez les
femmes à risque. Son seul traitement était
l’exsanguino-transfusion, soit le remplacement
total du sang du nouveau-né ictérique.

Dans de très rares cas, l’ictère du nouveau-


né est dû à une malformation du foie ou des voies biliaires ou à une infection
néonatale (herpès, cytomégalovirus, hépatite virale, toxoplasmose).

Jaunisse due au foie


Les causes de jaunisse dues au foie sont très
nombreuses, puisqu’elles peuvent aussi bien
être d’origine infectieuse, toxique, etc. Parmi
les causes infectieuses, on retrouve, en pre-
mière ligne, les hépatites virales :

ππ L’hépatite A, la plus fréquente, transmise


par l’eau ou des aliments souillés, est géné-
ralement bénigne, mais peut demander
une convalescence de quelques mois.
ππ L’hépatite B, la plus grave, transmise par
le sang et les sécrétions sexuelles (sperme,
sécrétions vaginales), peut être évitée par
la vaccination désormais généralisée.

75
II. Les troubles digestifs

ππ L’hépatite C, transmise également par le sang et le sexe, semble un peu


moins sévère.
ππ Les hépatites liées à d’autres virus (D, E, F…) sont plus rares.
D’autre part, certaines formes graves de grippe ou d’herpès et les fièvres
hémorragiques dues à un virus transmis par piqûre de moustique (fièvre
jaune, dengue, fièvre de Lassa ou de la vallée du Rift, fièvres à virus Marburg
ou Ebola, etc.) peuvent aussi être à l’origine d’une jaunisse.

D’autres ictères sont également dus à des parasites hépatiques : petite


et grande douve, amibes, kyste hydatique du taenia échinocoque,
toxoplasmose.

Les causes toxiques représentent 5 % des cas


de jaunisse.

Parmi les toxiques, on trouve plus de trois cents


médicaments répertoriés pour leur toxicité
potentielle sur le foie, qui s’exprime en fonction
de sensibilités individuelles : le paracétamol (en
cause une fois sur trois), les antibiotiques, les
statines contre le cholestérol, des psychotropes (tranquillisants, anti-épilep-
tiques ou neuroleptiques), des anesthésiants, le fer, les contraceptifs oraux,
l’allopurinol contre l’acide urique, etc.

On trouve également certains champignons (amanites phalloïde, verna ou


virosa) et diverses plantes vénéneuses, des produits industriels tels que des
solvants comme le tétrachlorure de carbone, des insecticides et des pesticides,
l’alcool dans une forme d’intoxication aiguë, et les métaux lourds (arsenic,
plomb, mercure).

Les hépatites toxiques prennent souvent une forme fulminante, avec un taux
de mortalité élevé (40 % à 50 %) malgré les mesures de réanimation et une
éventuelle greffe de foie.

Bon à savoir : les risques de toxicité hépatique sont cités dans la notice de
chaque médicament concerné dès qu’un premier cas a été signalé dans le
monde.

76
II. Les troubles digestifs

Enfin, la cirrhose, qu’elle soit due à une maladie des canalicules biliaires, à
l’alcoolisme chronique ou à une hépatite virale évolutive, peut aussi entraî-
ner une jaunisse. Il en est de même de la toxémie gravidique (complication
majeure de la fin de grossesse), du cancer primitif ou des métastases dans
le foie, ainsi que des déficits enzymatiques liés à une maladie génétique
métabolique.

Jaunisse d’origine biliaire


Tout obstacle à l’écoule-
ment de la bile provoque
une jaunisse par accumula-
tion de la bilirubine dans le
sang.

C’est le cas notamment des


calculs biliaires, quand ils
sont bloqués dans le canal
cholédoque ou l’ampoule
de Vater, mais aussi des
infections de la vésicule
(cholécystite) ou des voies
biliaires, du cancer des voies biliaires, du cancer de la tête du pancréas, et des
parasitoses biliaires (ankylostomes, anguillules) ou duodénales (ascaris).

Qui consulter ?
Il est impératif de consulter son médecin traitant dès l’apparition d’un subic-
tère ou d’un ictère. Sa connaissance du patient, de ses habitudes, de ses
médicaments est indispensable pour orienter les recherches parmi les mul-
tiples causes. Le médecin traitant décidera d’une hospitalisation si des
examens techniques ou des gestes de réanimation s’imposent.

Le traitement d’une jaunisse est celui de sa cause, mais une insuffisance hépa-
tique aiguë (défaut majeur de fonctionnement du foie) peut conduire à une
greffe si le temps de trouver un donneur et l’état du patient le permettent.

77
II. Les troubles digestifs

AA Pour aller plus loin


Astuce

Digestion difficile ? Fractionnez vos repas


L’estomac n’est pas extensible à volonté. Il ne peut malaxer qu’une quantité
limitée d’aliments par repas : environ 400 g chez le jeune enfant et 1 000 g chez
l’adulte.
Ce principe régit le grammage des repas proposés en restauration collective, en
milieu scolaire comme en entreprise.
Toutefois, chaque individu est différent, et certains estomacs ne peuvent digérer
qu’une quantité réduite d’aliments. Ce n’est toutefois pas un problème, il suffit
de fractionner vos repas.
Prendre quatre repas par jour était d’ailleurs naturel pour nos ancêtres. Le dîner
correspondait au goûter actuel, qui est resté un quatrième repas incontournable
pour les enfants.
Si vous ne digérez pas bien de grosses quantités de nourriture, préférez donc
prendre un petit déjeuner, un déjeuner et un dîner légers, et prévoyez des en-
cas équilibrés pour les milieux de matinée et d’après-midi. Par exemple, une ou
deux tranches de pain, un yaourt et un fruit.
D’une façon générale, l’estomac digère mieux les repas légers. Pensez-y !

Questions / réponses de pro

Problèmes gastriques
J’ai 57 ans et depuis un mois, j’ai des problèmes gastriques. Tout a commencé
par des crampes d’estomac pendant une semaine, le médecin m’a alors prescrit
des médicaments, mais cela s’est transformé en douleurs gastriques.
Ce qui me rassure, c’est que j’ai encore de l’appétit, mais ça me gâche la vie.
Cela fait un mois que ça dure et rien n’y fait ! J’aimerais trouver une solution
avant d’être obligé de passer des examens.
Question de Kiki0009

78
II. Les troubles digestifs

ΔΔ Réponse de Martinez Laetitia


Le premier réflexe était en effet de voir votre médecin.
Ce qui pourrait grandement vous aider, en complément de votre traitement
médical, serait de consulter une diététicienne.
Elle vous donnera tous les conseils utiles pour améliorer votre confort diges-
tif. C’est une professionnelle de santé, vous pouvez y aller en confiance.

Problèmes digestifs
Je ne mange ni pain, ni fruits, ni légumes, ni laitages. Je mange lentement de
la viande grillée et des compotes. Je bois 1 l d’eau par jour, mais je souffre de
ballonnements et flatulences en permanence.
Je suis récalcitrant à tout traitement. Que faire ?
Question de Peguy

ΔΔ Réponse de Lili
Prenez du charbon végétal, des probiotiques, et réduisez les sucres. Il ne
faut pas non plus boire pendant les repas, mais entre, et surtout pas après
manger, car cela fait gonfler le ventre.
Prenez aussi une goutte d’huile essentielle de cannelle de Ceylan + une
goutte d’huile essentielle de basilic sous la langue après chaque repas.
ΔΔ Réponse de Martinez Laetitia
Vous ne vous nourrissez donc que de viande, compotes, fromages et fécu-
lents (hors pain) ? Voilà une alimentation bien déséquilibrée et carencée en
de nombreux nutriments…
Êtes-vous allée voir une diététicienne ? Cela pourrait grandement vous
aider. Méfiez-vous aussi des compléments alimentaires lorsqu’ils ne sont
pas conseillés par votre médecin. Ce n’est pas anodin.

79
III.
Les examens digestifs

Les examens de l’appareil


digestif permettent au méde-
cin de préciser de nombreux
diagnostics avant de propo-
ser le traitement adapté.

Les techniques modernes


ont largement remplacé, à
moindre risque, les inter-
ventions chirurgicales
exploratoires. Elles associent
l’imagerie, l’endoscopie et les
analyses de laboratoire.

L’imagerie médicale de l’abdomen repose sur trois procédés : la radiogra-


phie de l’Abdomen Sans Préparation (ASP), de faible intérêt hors situation
d’urgence ; l’échographie abdominale, sans risque et facile à reproduire ; et
le scanner abdominal, très utile pour explorer les organes pleins et la paroi de
l’abdomen.

80
III. Les examens digestifs

Une forme de scanner 3D encore peu répandue permet également de réali-


ser une endoscopie virtuelle, parcourant sur écran les organes creux du tube
digestif. La qualité des résultats de cette technique mérite une évaluation à
long terme. L’exploration des organes creux repose quant à elle sur la fibros-
copie de l’œsophage et de l’estomac pour la partie haute du tube digestif, et
sur la coloscopie pour la partie basse.

Enfin, les examens des selles permettent d’analyser le résultat de la digestion,


tandis que les analyses de sang peuvent montrer un mauvais fonctionnement
du foie ou du pancréas.

Attention : il appartient au médecin traitant ou au gastro-entérologue de déter-


miner quels sont les examens utiles ou non pour leur diagnostic ; on ne passe
pas un scanner uniquement pour se rassurer, mais pour affirmer ou démentir un
diagnostic possible.

L’échographie abdominale
L’échographie abdominale est une
technique d’imagerie par ultrasons.
Indolore et non invasive, elle peut
être répétée sans problème.

C’est l’examen idéal pour explorer


les organes pleins : le foie, la vési-
cule et les voies biliaires, les reins et
la rate.

Principe
L’échographie abdominale utilise les ultrasons émis par une sonde, réfléchis
par les organes en fonction de leur densité et récupérés par un récepteur situé
également dans la sonde. Les ultrasons sont absorbés par les gaz et arrêtés
par les structures dures (os, calcifications). La sonde balaye quant à elle toute
la surface abdominale pour étudier tous les organes : leur taille, leur forme,
leurs anomalies ou irrégularités de structure.

81
III. Les examens digestifs

L’échographie n’utilise aucun rayonnement de type rayons X, contrairement


à la radiographie et au scanner. Les images sont reconstituées sur l’écran du
moniteur que regarde le radiologue. Elles peuvent être enregistrées sur CD ou
faire l’objet d’un tirage sur papier des images les plus significatives.

Rôle
L’échographie abdominale fournit
de nombreux renseignements, bien
plus riches que la radiographie stan-
dard, sur les organes abdominaux.
Les principaux organes explorés sont
alors :

ππ la vésicule et les foies biliaires


(calculs, dilatation, tueurs, abcès,
inflammation de la paroi) ;
ππ le foie (taille et homogénéité en cas de cirrhose ou stéatose, kystes,
abcès, tumeurs, métastases de cancers non hépatiques) ;
ππ la rate (taille, gonflement, suspicion de rupture) ;
ππ le pancréas (kyste, pancréatite sur calcul biliaire, cancer) ;
ππ les reins (calculs, dilatation des bassinets ou des uretères, tumeurs, atro-
phie, malposition, kystes, malformations) ;
ππ l’aorte et la veine cave inférieure ;
ππ la paroi musculaire de l’abdomen.
L’échographie peut également montrer des ganglions anormaux, la présence
d’ascite, de sang ou des masses suspectes dans la cavité abdominale. Les
progrès de la discrimination des appareils permettent désormais d’étudier
les organes creux comme les parois de l’estomac et du côlon ou l’appendice,
même si d’autres examens, tel un scanner, sont parfois nécessaires pour affi-
ner ces images.

Au bloc opératoire, l’échographie peut aussi servir à guider une ponction


d’organe, le foie par exemple.

82
III. Les examens digestifs

Déroulement de l’examen
Aucune préparation n’est nécessaire. Il est
seulement demandé d’être à jeun et de ne
pas avoir bu ou fumé depuis au moins
trois heures.

L’échographie se déroule dans un cabinet


de radiologie, parfois chez le médecin trai-
tant équipé et formé.

Le sujet est allongé sur le dos, déshabillé


jusqu’au bas du bassin. La peau du ventre
est enduite d’un gel conducteur qui facilite
le passage des ultrasons.

L’examen est totalement indolore et ne pro-


voque aucune gêne. Seule la pression de
la sonde peut réveiller provisoirement une
douleur, liée à un calcul biliaire par exemple.

L’échographie abdominale dure environ vingt minutes, pendant lesquelles le


radiologue donne un premier avis. Un compte-rendu complet est établi au
plus tard le lendemain avec le CD ou les images imprimées sur papier. Il est
remis au patient ou adressé à son médecin traitant.

Aucun risque particulier n’est lié à l’échographie abdominale.

À savoir : les organes pelviens sont explorés quand le médecin traitant de-
mande une échographie abdomino-pelvienne, chez une femme jeune pour
surveiller une grossesse ou chez l’homme plus âgé pour explorer la prostate,
par exemple.

La radiographie ASP
La radiographie ASP est une radiographie classique qui montre une image
globale de l’abdomen sans injection ou administration de produits de
contraste opaques aux rayons X.

83
III. Les examens digestifs

Rôle
L’ASP est une radiogra-
phie de débrouillage qui
vise surtout à éliminer
les causes évidentes de
douleurs abdominales
violentes telles que :

ππ l’occlusion intesti-
nale, avec une ou
plusieurs images typiques de niveaux hydro-aériques dans lesquelles une
bulle d’air (zone noire sur le cliché) surmonte un niveau liquide (plus clair)
bloqué dans une anse intestinale, plus visibles sur le cliché en position
debout ou assise ;
ππ le calcul biliaire ou urinaire, d’autant plus opaque aux rayons X qu’il
contient plus de calcium ;
ππ la présence d’air dans le péritoine, sous le diaphragme, témoin d’une per-
foration d’ulcère gastrique ou duodénal ;
ππ plus rarement, des signes de grossesse extra-utérine au niveau du bassin.
D’autre part, cet examen de première intention peut être complété par un
scanner abdominal ou pelvien, une échographie abdominale ou pelvienne,
une IRM ou une cœlioscopie.

Déroulement de l’examen
Aucune préparation n’est nécessaire, il n’est même
pas demandé d’être à jeun.

La prise du cliché ne dure que quelques secondes.


Le sujet, en position debout ou assise, puis allongée
sur la table de radiologie, est invité à ne pas respirer
pendant les deux ou trois secondes de la prise du cli-
ché. Le résultat est connu quelques minutes plus tard,
après le développement du film.

84
III. Les examens digestifs

Le scanner abdominal
Le scanner utilise les mêmes rayons X, plus ou moins absorbés selon la densité
des tissus traversés, que la radiographie classique.

Les rayons X ne sont pas reçus sur un film, mais sur une plaque radiosensible
reliée à un ordinateur.

Principe
Plusieurs millions de mesures sont
effectuées en quelques minutes.
L’ordinateur les utilise pour
reconstituer l’image des organes
abdominaux plan par plan, par
niveaux séparés de quelques mil-
limètres, sur les scanners les plus
anciens, en 3D et parfois en couleur
sur les scanners les plus récents.

Les images reconstituées sont


reproduites sur un film radiographique classique ou sur un DVD visible sur
écran et dont on peut extraire des photographies. Avec les appareils actuels,
la dose de rayonnements reçus lors d’un scanner abdominal est équivalente à
la dose de rayonnements naturels reçus pendant un vol aérien de six heures.

En outre, le scanner abdominal permet d’explorer le foie (tumeurs, kystes,


abcès, traumatismes, cirrhose ou stéatose), la rate (traumatismes, infec-
tion, taille anormale), le pancréas (traumatismes, cancer, kystes, pancréatite
aiguë), les voies biliaires (calcul, dilatation, infection), les reins (calculs, can-
cers, dilatation des bassinets, taille anormale, malposition), l’intestin et le
côlon (taille des anses, épaisseur de la paroi, tumeurs), le péritoine ou mésen-
tère (ganglions, signes d’infection), les vaisseaux abdominaux (aorte, artère
mésentérique, veine porte) et la paroi musculaire et graisseuse de l’abdomen.

L’extension de l’examen au bassin (scanner pelvien) permet d’explorer les


organes génitaux, la vessie et la prostate chez l’homme.

85
III. Les examens digestifs

Déroulement de l’examen
Dans certains cas, un pro-
duit opaque aux rayons X
sera donné à boire
quelques heures avant
l’examen pour opacifier
l’estomac et l’intestin.

Dans d’autres cas, un pro-


duit iodé sera brièvement
injecté par voie veineuse
pendant le scanner. Cette
injection, indolore, peut
déclencher une sensation de chaleur dans tout le corps ou un goût bizarre
dans la bouche.

Pendant le scanner, le sujet est allongé, les bras derrière la tête, sur une table
d’examen qui se déplace lentement dans l’anneau émetteur de rayons. Le
sujet est seul dans la pièce, relié par des micros au radiologue placé derrière
une vitre épaisse. Il peut ainsi signaler toute sensation anormale, notamment
pendant l’injection de produit iodé.

Sa coopération (rester immobile, respirer ou non selon le moment, suivre les


demandes du radiologue) est essentielle pour obtenir de bonnes images dans
le délai le plus bref.

Au total, l’examen dure une dizaine de minutes, dont la moitié est consacrée
à la prise des images.

Il est conseillé de boire au moins un litre d’eau après l’examen pour accélé-
rer l’élimination du produit injecté. Les résultats sont connus et délivrés au
patient dès que les images ont été analysées en détail par le radiologue.

Précautions : si vous devez passer un scanner abdominal, n’oubliez pas de pré-


venir le radiologue si vous présentez une allergie ou une intolérance à l’iode,
possible ou certaine, si vous êtes susceptible d’être enceinte, si vous êtes at-
teint d’une insuffisance rénale chronique.

86
III. Les examens digestifs

La fibroscopie gastrique
La fibroscopie gastrique est devenue
l’examen de référence dans l’explora-
tion de l’œsophage, de l’estomac et du
duodénum.

Principe
Elle permet au gastro-entérologue de
voir l’intérieur des organes digestifs
hauts à l’aide d’une sonde souple munie
d’une caméra miniaturisée, l’endoscope
ou le fibroscope. Les images sont projetées sur écran, et des photographies
ou un film vidéo sont enregistrés.

La fibroscopie gastrique permet d’observer directement la paroi des organes


explorés pour déterminer la cause des symptômes ressentis, d’effectuer des
prélèvements de fragments de muqueuse (biopsie) pour examen au micros-
cope (recherche de cancer ou d’Helicobacter pylori, par exemple) et de traiter
directement certaines maladies à l’aide d’un bistouri électrique ou d’un laser
placé dans la sonde, ou encore d’injecter un produit sclérosant dans des
varices œsophagiennes.

Déroulement de l’examen
La fibroscopie gastrique se pra-
tique sur un estomac vide.
Pendant les six à huit heures qui
précèdent l’examen, le patient ne
doit ni manger, ni fumer, ni boire.

Seule la prise de médicaments


indispensables avec une gorgée
d’eau est possible avec l’accord
du médecin. Un éventuel ­appareil

87
III. Les examens digestifs

dentaire sera également retiré. Dans de rares cas (peur panique, obstacle
œsophagien), la fibroscopie doit être remplacée par d’autres examens comme
la radiographie.

À savoir : la prise d’aspirine, qui favorise le saignement digestif, est à éviter


pendant toute la semaine qui précède la fibroscopie.
Une heure avant l’examen, le patient anxieux reçoit un traitement tranquil-
lisant. Dans de rares cas, une brève anesthésie générale est proposée après
consultation d’un anesthésiste. Juste avant l’examen, une anesthésie de la
bouche et de la gorge est pratiquée.

Le patient est couché sur le côté gauche. La sonde souple est introduite par
la bouche, où les dents sont protégées par un anneau plastique. Le passage
de la sonde, favorisé par l’insufflation d’air, n’est pas douloureux, mais parfois
un peu inconfortable, avec une courte sensation de nausée. Il est fortement
conseillé au patient de ne pas bouger pendant la fibroscopie.

L’examen complet dure de 10 min à 20 min ; le patient reste allongé encore


une heure, puis il peut se lever et rentrer chez lui.

Un premier compte rendu visuel lui est donné immédiatement par le gastro-
entérologue ; un compte rendu complet avec résultat des biopsies est ensuite
adressé rapidement à son médecin traitant.

Conseil : organisez votre retour de fibroscopie


avec un taxi ou un proche ; il n’est pas conseillé
de conduire pendant les 48 h qui suivent.

Risques
L’insufflation d’air provoque souvent une
sensation de ballonnement sans gravité et
quelques brèves douleurs abdominales. Les
incidents graves sont extrêmement rares, mais
peuvent toujours se produire (hémorragie au
passage de la sonde, perforation de la paroi
duodénale, trouble du rythme cardiaque ou accident cardiaque).

88
III. Les examens digestifs

Ces risques justifient la réalisation de la fibroscopie gastrique exclusivement


en hôpital ou en clinique, à portée d’un bloc chirurgical.

Les risques infectieux (hépatite virale notamment) sont en principe évités par
une stérilisation rigoureuse, fixée par la réglementation, de chaque endoscope
après chaque utilisation. Les accessoires à usage unique sont jetés.

À savoir : le gastro-entérologue doit vous remettre un document d’information


lors de la consultation préalable à l’examen. Vous devrez consulter un anesthé-
siste et signer des documents administratifs si votre fibroscopie est prévue sous
anesthésie générale.

La coloscopie
La coloscopie s’adresse à toute per-
sonne qui présente des symptômes
au niveau du côlon, des antécédents
familiaux de cancer du côlon ou dont
un test de dépistage a détecté du
sang dans les selles. Elle est particuliè-
rement indiquée à partir de 50 ans.

Principe
La coloscopie (ou colonoscopie) est
l’exploration directe du côlon à l’aide
d’un coloscope. Cette sonde souple,
dotée d’une caméra vidéo miniaturi-
sée, permet au gastro-entérologue de
visualiser sur écran la paroi du gros
intestin et d’enregistrer les images ou
des photographies.

Des instruments associés permettent


de petites interventions et des biopsies. On appelle un peu abusivement
« coloscopie virtuelle » l’image reconstituée du côlon après un scanner 3D.

89
III. Les examens digestifs

Rôle
Le premier rôle de la coloscopie est le diagnostic. Pendant cet examen, le
spécialiste explore visuellement toute la paroi colique et observe directement
un cancer même de petite taille et encore superficiel, un ou des polypes, des
diverticules, une maladie inflammatoire de type maladie de Crohn ou recto-
colite hémorragique. Il effectue les prélèvements (biopsies) pour examen des
différentes lésions au microscope.

La coloscopie est un examen très performant. De très petites lésions, de


l’ordre de quelques millimètres, sont vues lors d’une coloscopie alors qu’elles
seraient indétectables avec un autre examen, tel un scanner abdominal
classique. La coloscopie permet aussi un acte thérapeutique : l’ablation au bis-
touri électrique ou la photocoagulation de polypes grâce au laser inséré dans
le coloscope. La coloscopie virtuelle ne permet cependant pas cette interven-
tion indolore.

Déroulement de l’examen
La coloscopie se pratique sur
un intestin vide. Au moins
dix jours avant (sauf examen
décidé en urgence), le patient
doit éviter de consommer de
l’aspirine et de l’ibuprofène,
susceptibles de favoriser un
saignement pendant l’exa-
men. La prise d’un
anti-agrégant plaquettaire
doit être signalée au gastro-
entérologue et la prise d’anticoagulants peut contre-indiquer l’examen.
Trois jours avant la coloscopie, un régime sans résidus est instauré : aucune
fibre végétale (fruits, légumes, pain et céréales complètes) ne doit être
consommée, et une alimentation semi-liquide, à base de soupes et de purées,
est conseillée. La veille de la coloscopie, un laxatif est absorbé, et le matin de
l’examen, un lavement évacuateur est parfois administré.

90
III. Les examens digestifs

La coloscopie se déroule en principe après injection d’un tranquillisant ou


d’un sédatif (anesthésie de courte durée) par perfusion. Le sujet est cou-
ché sur le côté gauche. Le coloscope, introduit par l’anus, remonte ensuite
le rectum puis les différents segments du côlon, gonflé par injection d’air,
jusqu’au cæcum. Cette progression, suivie sur écran, demande en moyenne
dix minutes.

Le passage des angles gauche et droit du côlon, pourtant facilité par la sou-
plesse des coloscopes modernes, peut provoquer une gêne ou une douleur
modérée passagère. C’est au cours du lent retrait de la sonde que le gastro-
entérologue observe et analyse l’image du côlon sur son écran vidéo. Il peut
aussi décider de pratiquer une biopsie ou de détruire un polype grâce aux ins-
truments associés à la caméra.

L’examen complet dure vingt à trente minutes,


parfois un peu plus si plusieurs polypes
sont détruits. Le sujet reste allongé une à
deux heures, selon la profondeur de l’anesthé-
sie pratiquée, puis il peut rentrer chez lui.

Un premier compte-rendu oral lui est donné


par le spécialiste. Un compte rendu complet,
avec photos ou DVD des images et résultats
des biopsies, est ensuite adressé au médecin
traitant dans les meilleurs délais. Une colos-
copie de contrôle peut être conseillée dans un
délai de 3 ans à 5 ans.

Risques
Le risque principal est un saignement mineur provoqué par le passage du
coloscope sur une paroi colique fragile.

La perforation colique est une complication exceptionnelle, mais qui impose


une réparation chirurgicale urgente, d’où l’obligation de pratiquer la colosco-
pie en milieu hospitalier à portée d’un bloc chirurgical.

91
III. Les examens digestifs

Les risques infectieux, notamment la transmission de l’hépatite C, sont en


principe réduits à néant avec les coloscopes modernes entièrement stérilisés
après chaque utilisation.

L’examen des selles


L’examen des selles fournit divers renseignements sur la digestion ou les mala-
dies du tube digestif. Il est pratiqué sur un échantillon de selles recueilli par le
patient et porté au laboratoire.

Examen fonctionnel
L’examen fonctionnel des selles, ou
fécalogramme, analyse d’abord la
consistance (homogène ou non,
dure ou liquide) et la couleur (plus
sombre quand les pigments
biliaires sont abondants, et presque
noire quand les selles contiennent
du sang digéré).

L’analyse recherche ensuite la


présence de viande ou de fibres
musculaires non digérées, ce qui
traduit une vidange trop rapide
ou un mauvais fonctionnement de
l’estomac. Il recherche aussi la pré-
sence excessive de graisses non digérées, signe d’un déficit de bile ou de sucs
pancréatiques ou d’un défaut d’absorption intestinale, ainsi que la présence
d’éléments de la paroi intestinale (cellules épithéliales, mucus, albumine, cel-
lules sanguines), pouvant mettre en évidence une irritation de la muqueuse
intestinale.

D’autre part, l’examen des selles permet de détecter la présence de cellulose


et d’amidons dont l’augmentation traduit une accélération du transit intes-
tinal ou une destruction de la flore colique, et dont la diminution montre un

92
III. Les examens digestifs

ralentissement du transit. Pour finir, les taux d’acides organiques et d’am-


moniaque, témoins d’un excès de fermentation ou de putréfaction, seront
surveillés ; et tout élément anormal (sang, levures, parasites ou leurs œufs)
fera l’objet d’une recherche complémentaire. L’intérêt de l’examen des selles a
beaucoup diminué depuis la généralisation des fibroscopies gastriques et des
coloscopies. Il reste utile, notamment chez le nourrisson, pour détecter des
erreurs diététiques ou des intolérances alimentaires, ou pour suivre le bénéfice
de régimes dans les maladies métaboliques génétiques.

Des dosages très spécifiques, comme les mesures d’activité enzymatique sur
les aliments ingérés, sont réalisés dans les laboratoires hospitaliers.

Coproculture
La coproculture est l’examen bacté-
riologique des selles, c’est-à-dire la
recherche des bactéries responsables
d’une gastro-entérite sévère.

La flore intestinale comprend norma-


lement de nombreux germes, dont
certains sous forme de souches inof-
fensives, et quelques levures. Une
infection intestinale peut alors prove-
nir de :

ππ la destruction de cette flore natu-


relle à la suite d’un traitement
antibiotique et son remplacement par des levures (Candida albicans, géo-
trichum) en grand nombre ou des germes agressifs ;
ππ un déséquilibre trop marqué entre les différents germes de la flore
normale ;
ππ l’invasion par des souches virulentes, comme les staphylocoques dorés,
les salmonelles ou l’Escherichia coli E104, qui agressent la muqueuse
intestinale.

93
III. Les examens digestifs

La coproculture est un examen fréquent chez le nourrisson diarrhéique, moins


souvent demandé chez l’adulte, sauf diarrhée fébrile résistante aux premiers
traitements. Quand la coproculture confirme l’infection intestinale, elle per-
met de déterminer d’emblée le bon antibiotique.

Examen parasitologique
Souvent couplé à une coproculture, l’examen parasitologique (appelé KOP
pour Kystes, Œufs et Parasites) des selles recherche soit des éléments para-
sitaires actifs (vers ronds, anneaux des vers plats), soit des formes kystiques
(amibes), soit des œufs pondus dans l’intestin.

Cette recherche s’effectue au microscope. L’identification du parasite respon-


sable de troubles digestifs permet de choisir le traitement adapté.

Le scotch-test, application d’un tissu adhésif sur les bords de l’anus, permet
de détecter la présence d’œufs d’oxyures, des petits vers qui colonisent le rec-
tum et sont responsables de démangeaisons anales, surtout nocturnes.

Recherche de sang
La recherche de sang dans
les selles repose sur l’ana-
lyse d’échantillons prélevés
par le sujet lui-même et
étalés sur des plaques
grâce à une spatule, l’en-
semble étant fourni par le
laboratoire.

Pour ne pas fausser les


résultats, il est impératif
dans les trois jours précé-
dant l’examen de ne pas consommer de viande crue, de médicaments à base
de fer ou de vitamine C, et de ne pas brosser des gencives qui saignent. Tous
les conseils utiles sont donnés par le laboratoire qui fournit le matériel.

94
III. Les examens digestifs

La recherche de sang dans les selles est à la base des campagnes de dépistage
systématique des cancers du côlon, que tout adulte devrait pratiquer régu-
lièrement au-delà de 50 ans. La présence de sang dans les selles peut aussi
signaler l’existence de polypes du côlon ou de maladies inflammatoires et
hémorragiques de l’estomac ou de l’intestin.

Tout résultat positif conduit à la réalisation d’autres examens, dont en priorité


une coloscopie à la recherche de polypes ou d’une tumeur.

Le gastro-entérologue, le spécialiste de la digestion


Le gastro-entérologue est le spécialiste des
maladies de l’appareil digestif. Il est adressé par
le médecin traitant.

Présentation
On compte un peu plus de 2 000 gastro-enté-
rologues en France, dont la moitié concentrée
en Ile-de-France, dans le Sud-Est et en
Aquitaine. Ils exercent soit dans le secteur privé
(cabinets, cliniques), soit dans le secteur hospi-
talier public.

Quand consulter ?
Dans le parcours de soin en vigueur en France, le patient doit être adressé,
sauf urgence, au gastro-entérologue par son médecin traitant pour bénéficier
du remboursement normal des soins par la Sécurité sociale.

Le gastro-entérologue pratique des consultations et réalise des actes tech-


niques comme les endoscopies de l’œsophage et de l’estomac, du rectum et
du côlon.

Les endoscopies se pratiquent obligatoirement en milieu hospitalier, clinique


privée ou hôpital, doté de moyens de réanimation.

95
III. Les examens digestifs

AA Pour aller plus loin

Questions / réponses de pro

Échographie du tube digestif


Comment réaliser une échographie du tube digestif ?
Question de Garba

ΔΔ Réponse de Lili
Commencez par aller voir votre médecin traitant, il vous fera une prescrip-
tion pour aller dans un centre de radio-échographie.
Un autre médecin prendra le relais pour assurer l’échographie, il sera apte à
trouver ce qu’il se passe.
Par contre, sur une échographie, on ne voit pas tout le tube digestif ; pour
tout ce qui concerne l’œsophage et l’estomac, il faut faire une fibroscopie
(on envoie une caméra qui part de la bouche jusqu’à l’endroit souhaité).

Fibroscopie gastrique
La copine de mon fils vient de passer une fibroscopie gastrique, ils n’ont rien
trouvé d’anormal, mais une biopsie a été faite.
Est-ce la procédure normale ?
Question de Joce

ΔΔ Réponse de Gusgusm
Il est très souvent pratiqué une biopsie, qui au final, est une simple ablation
d’une partie de tissu pour faire des examens anatomopathologiques et véri-
fier que tout est normal.

Soulager la douleur
Je voudrais savoir quelle est la conduite à tenir devant une douleur abdominale
aiguë pour soulager la douleur avant de consulter son médecin.
Question de Rakikie

96
III. Les examens digestifs

ΔΔ Réponse de Pédébé
En attendant de consulter un médecin, il est possible de prendre un antis-
pasmodique, ou de demander conseil en pharmacie.
ΔΔ Réponse de Lili
Évitez les produits laitiers. À l’âge adulte, il est normal de moins bien les
digérer, car ils produisent beaucoup de désordres intestinaux : gaz, diar-
rhées, voire des vomissements, rhinites, sinusites, etc.

97
IV.
Les maladies de l’œsophage
et de l’estomac

Parmi les maladies


provoquant des dou-
leurs abdominales et
autres symptômes, on
recense les troubles
liés plus spécifique-
ment à l’œsophage et
l’estomac.

On peut ainsi citer


l’œsophagite (souvent
causée par un reflux
gastro-œsophagien), la
hernie hiatale (remontée du haut de l’estomac à travers l’anneau musculaire
du diaphragme), les varices œsophagiennes (dilatation anormale des veines
de la partie basse de l’œsophage), les anomalies de l’œsophage (tumeurs

98
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

bénignes, rétrécissement, mégaœsophage, atrésie…), les diverticules (poche


en forme de doigt de gant qui se développe à partir de la paroi œsopha-
gienne) et le cancer de l’œsophage (tumeur maligne).

Les maladies de l’estomac sont aussi plurielles, on recense entre autres l’ulcère
gastrique (perte de substance creusée dans la muqueuse gastrique), le reflux
gastro-œsophagien ou RGO (remontée du contenu de l’estomac dans l’œso-
phage) et le cancer (tumeur maligne).

Les maladies de l’œsophage


L’œsophage est un tube souple allant du pharynx (au fond de la bouche) à
l’estomac, et traversant le thorax, avant de pénétrer dans l’abdomen à travers
le diaphragme.

Œsophagite
L’œsophagite est une irritation, une
inflammation de la muqueuse œsopha-
gienne qui se traduit surtout par des
sensations de brûlure dans la base du
thorax.

La cause la plus fréquente d’œsophagite


est le reflux gastro-œsophagien, c’est-à-
dire la remontée de liquide gastrique acide
vers l’œsophage thoracique. Le reflux
est lié soit à une hernie hiatale soit à une
insuffisance du sphincter musculaire, qui
ferme le bas de l’œsophage.

Les œsophagites caustiques, souvent accidentelles, font aussi suite à l’inges-


tion de produits agressifs tels que la soude, la potasse, l’ammoniaque, l’eau de
Javel, les produits ménagers divers, les solvants. Les œsophagites médicamen-
teuses sont, quant à elles, dues à des lésions provoquées sur la muqueuse
œsophagienne par des médicaments comme les anti-inflammatoires, ­l’aspirine,

99
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

le chlorure de potassium, le fer, et des antibiotiques tels que les tétracyclines.


Des œsophagites virales se voient parfois, notamment chez les sujets atteints
de SIDA. En outre, une douleur de type brûlure est le signe majeur d’une
œsophagite. Elle est ressentie dans la région de l’estomac ou dans la partie
basse du thorax, remontant parfois jusqu’à la gorge (pyrosis). Elle est de plus
accentuée par la position penchée en avant quand l’œsophagite est due à un
reflux gastro-œsophagien. Elle s’accompagne souvent d’une gêne ou d’un
blocage à la déglutition (dysphagie). D’autres symptômes sont néanmoins
possibles, comme les régurgitations acides, favorisées par la position couchée
ou penchée en avant, la gêne respiratoire ou la toux nocturne, une irritation
ou une douleur dans le bas de la gorge, ou encore des sensations de corps
étrangers dans l’œsophage.

L’œsophagite se guérit le plus souvent avec un traitement. Des complications,


bien que rares, restent néanmoins pos-
sibles. Ce trouble peut notamment être à
l’origine :

ππ d’un ulcère de l’œsophage, source


potentielle d’hémorragie digestive ;
ππ d’une sténose peptique, c’est-à-dire
un rétrécissement permanent qui
gêne profondément l’alimentation ;
ππ d’un œsophage de Barett (endobra-
chyœsophage) avec transformation de la muqueuse œsophagienne en
muqueuse gastrique, ce qui favorise à long terme la survenue éventuelle
d’un cancer de l’œsophage.
La consultation du médecin traitant lui permet presque toujours d’évoquer
une œsophagite. Le diagnostic est confirmé par une fibroscopie œsogastrique
qui montre les lésions, en trouve parfois la cause et permet de pratiquer des
biopsies.

Pour traiter l’œsophagite, des mesures hygiéno-diététiques devront être mises


en place afin de limiter l’importance du reflux. Cela comprend alors la frag-
mentation des repas et la réduction des portions, la suppression des ­aliments

100
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

épicés ou acides, la suppression des boissons très chaudes (thé, café), alcoo-
lisées ou pétillantes (eau gazeuse, sodas), la tenue de la position debout ou
assise au moins une heure après la fin d’un repas, le sommeil en position
légèrement assise (un ou deux oreillers), et la suppression des médicaments
irritants ou directement en cause.

En parallèle, le traitement médical associe, selon les cas, un médicament


anti-sécrétoire pour réduire la production gastrique d’acide, un médicament
anti-reflux qui empêche la remontée de liquide gastrique dans l’œsophage
en formant une sorte de bouchon, un pansement œsogastrique qui tapisse la
muqueuse d’un film protecteur, et un médicament prokinétique qui diminue
la tonicité de l’estomac.

Une intervention chirurgicale peut être proposée en cas d’échec, avec traite-
ment d’une hernie hiatale ou prothèse de l’œsophage.

Sachez en outre que la prévention du reflux gastro-œsophagien évite la plu-


part des œsophagites.

Tout médicament qui provoque une brûlure gastrique ou œsophagienne doit


être immédiatement arrêté, et tout flacon de produit caustique ou dangereux
doit être rangé hors de portée des jeunes enfants, soit par un rangement en
hauteur, soit par la pose de loquets de sécurité sur les placards bas.

Hernie hiatale
Une hernie hiatale correspond
à une remontée, permanente
ou intermittente, du haut de
l’estomac à travers l’anneau
musculaire du diaphragme
(hiatus), par lequel passent
l’œsophage et les nerfs
pneumogastriques.

Elle serait présente chez 60 %


des plus de 60 ans.

101
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Les hernies hiatales congénitales, rares, s’inscrivent souvent dans le cadre


d’une malformation du diaphragme à travers laquelle plusieurs viscères
abdominaux envahissent le thorax, compriment les poumons et gênent le
fonctionnement du cœur.

Les hernies hiatales acquises répondent, elles, à deux mécanismes : le glisse-


ment, simple remontée dans le thorax de l’œsophage abdominal et du cardia
(sommet de l’estomac) qui représente 90 % des cas ; et le roulement, dans
lequel la grosse tubérosité de l’estomac passe à travers le diaphragme alors
que le bas œsophage et le cardia restent en position abdominale. Cette forme
plus rare résulte d’une malformation congénitale ou d’un traumatisme. Dans
quelques cas, il y a glissement et roulement à la fois.

Les principaux symptômes de la hernie hiatale sont ceux du reflux gastro-


œsophagien favorisé par l’obésité abdominale, la grossesse, la constipation
chronique, les efforts de toux ou de défécation.

On peut également citer des douleurs de la région gastrique, des brûlures


derrière le sternum, accentuées en position couchée ou penchée en avant et
pouvant simuler une angine de poitrine, des régurgitations acides provoquant
une irritation de la gorge et de la bouche, une modification de la voix, une
toux nocturne sans maladie pulmonaire ou bronchique.

Plus rarement, on observe une


anémie, due à un saignement
minime, mais répété du bas œso-
phage, une véritable hémorragie
avec vomissement de sang, des
palpitations, une gêne respiratoire.
Toutefois, un grand nombre de
hernies hiatales ne se manifestent
par aucun symptôme.

Par ailleurs, la hernie hiatale peut


rester silencieuse et ne jamais inquiéter le sujet. Cependant, ses principales
complications sont, en dehors des risques de saignement ou d’hémorra-
gie, l’apparition d’une œsophagite, une inflammation du bas œsophage mal

102
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

­ rotégé contre les sucs gastriques acides, des ulcères du bas œsophage, avec
p
un risque de cancérisation surtout chez le fumeur, un rétrécissement œso-
phagien, cicatrice d’une œsophagite chronique, ou encore une intolérance
digestive majeure, plus fréquente dans les hernies par roulement.

En outre, quand le médecin évoque une hernie hiatale, il peut reproduire en


partie les douleurs ou les brûlures en appuyant fortement sur la région de l’es-
tomac ou en penchant le patient en avant. La fibroscopie gastrique confirme
ensuite le diagnostic et évalue les complications possibles. En cas d’impossi-
bilité, le diagnostic peut être fait grâce à une radiographie avec injection d’un
produit opaque aux rayons X, le TOGD (transit œsogastroduodénal). D’autres
examens, comme la manométrie qui mesure les pressions dans l’œsophage,
ne sont pratiquement plus utilisés en dehors des programmes de recherche.

Les hernies hiatales volumi-


neuses, dont les hernies par
roulement, sont traitées par
la chirurgie.

Les autres relèvent d’un


traitement médical et
hygiéno-diététique. L’acidité
gastrique est réduite par
la prise d’antisécrétoires,
de type IPP (Inhibiteurs de
Pompe à Protons), cisapride
ou anti-H2 (cimétidine, ranitidine) qui diminuent la production d’acide chlo-
rhydrique. La remontée de sucs gastriques acides est contrôlée par la prise en
fin de repas de pansements gastriques qui se gélifient en milieu acide, for-
mant un bouchon à la surface du contenu de l’estomac.

Bien sûr, les mesures hygiéno-diététiques sont aussi efficaces pour prévenir la
hernie hiatale que pour en soulager les symptômes : perdre du poids en cas
d’obésité abdominale, éviter les boissons gazeuses, l’alcool, le vinaigre, les
jus de fruits acides, le café, les épices, les graisses cuites, les fritures, ne pas
fumer, fractionner les repas en cinq ou six petites prises au lieu de deux gros

103
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

repas, manger lentement, en mastiquant bien les aliments, ne pas se coucher


au moins une heure après un repas (sieste, coucher du soir), ne pas porter de
vêtements serrés, surélever légèrement la tête du lit.

En cas d’échec du traitement médical, une opération chirurgicale peut être


parfois envisagée.

Varices œsophagiennes
Les varices œsophagiennes
sont une dilatation anor-
male des veines de la partie
basse de l’œsophage.

Elles traduisent un blocage


de la circulation sanguine
au niveau du foie.

Les veines œsophagiennes


se dilatent sous l’effet
d’une pression sanguine
anormale dans le système
porte, le réseau veineux qui
ramène vers le foie tout le
sang en provenance de l’appareil digestif. Elles sont une conséquence de l’hy-
pertension portale et permettent au sang abdominal de refluer vers la veine
cave et le cœur.

Les causes d’hypertension portale sont la cirrhose du foie, qu’elle soit due à
l’alcoolisme chronique, à une hépatite virale, une hépatite toxique ou une
maladie génétique par exemple ; le cancer avancé du foie ou de la tête du
pancréas quand il comprime la veine porte ; ou un caillot qui obstrue la veine
porte, au cours d’une maladie sanguine par exemple.

Par ailleurs, les varices œsophagiennes ne provoquent aucun symptôme tant


qu’elles ne sont pas rompues. Mais d’autres signes d’hypertension portale
peuvent attirer l’attention, tels que les veines dilatées sur la peau du ventre,

104
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

ou un gros ventre distendu par un épanchement d’eau (ascite). La rupture de


varices œsophagiennes provoque une hémorragie digestive importante qui
se traduit par des vomissements abondants de sang rouge non digéré (héma-
témèse), ainsi qu’un malaise avec état de choc (pâleur, sueurs froides, pouls
filant et rapide, tension artérielle effondrée).

Il peut se passer plusieurs années entre le développement des varices œso-


phagiennes et leur première rupture. Après une première rupture maîtrisée à
temps par le chirurgien, la récidive est fréquente (50 % dans l’année qui suit)
et l’espérance de vie limitée.

Quand le médecin traitant soup-


çonne une hypertension portale,
il demande une fibroscopie gas-
trique au cours de laquelle la paroi
de l’œsophage est examinée. Les
varices y apparaissent sous forme
de tuméfactions bleutées qui défor-
ment la muqueuse.

Le traitement préventif a pour but


d’éviter la rupture. Outre l’arrêt de
l’alcool ou le traitement d’une autre
cause éventuelle, plusieurs tech-
niques sont possibles :

ππ la prise de bêtabloquants, un
médicament qui abaisse la
tension dans le système porte
veineux ;
ππ les injections sclérosantes
dans les varices au cours de la
fibroscopie ;
ππ une opération chirurgicale lourde et d’efficacité incertaine, l’anastomose
porto-cave, qui détourne en permanence le sang du système porte vers la
veine cave en évitant le foie.

105
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Le traitement de la rupture de varices œsophagiennes est une urgence abso-


lue. Le malade est transféré par les secours dans un service d’urgence et de
réanimation. Dans un premier temps, le réanimateur pose une sonde munie
d’un ballonnet gonflable ou un ressort métallique (stent) qui vient compri-
mer la veine qui saigne. Dès que possible, le chirurgien réalise une suture de
la varice rompue sous fibroscopie. Une éventuelle anastomose porto-cave est
réalisée ultérieurement.

Avant toute rupture, c’est le médecin traitant qui coordonne les examens et
le traitement préventif. Les fibroscopies sont réalisées en milieu hospitalier par
un gastro-entérologue. En cas de rupture, le seul réflexe utile est d’appeler les
services d’urgence médicalisés (le 15).

Anomalies de l’œsophage
L’œsophage est le siège de diverses anoma-
lies responsables d’une déglutition difficile ou
dysphagie : tumeur bénigne, rétrécissement,
mégaœsophage, atrésie, etc.

Les tumeurs bénignes, comme les kystes, les


neurofibromes ou les papillomes verruqueux,
sont plutôt rares. En dehors d’une gêne tho-
racique ou d’une déglutition difficile, ces
tumeurs bénignes sont souvent découvertes
par hasard au cours d’une endoscopie ou
d’une radiographie. Les tumeurs bénignes
sont habituellement traitées au laser pendant
la fibroscopie.

Le rétrécissement du sphincter œso-gas-


trique, plus fréquent chez le sujet âgé,
provoque une déglutition très difficile et à terme, une dénutrition. Les rétré-
cissements de l’œsophage thoracique représentent habituellement la cicatrice
d’une brûlure par ingestion de produit caustique, parfois d’un corps étranger.
Le traitement des rétrécissements de l’œsophage est chirurgical.

106
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Le mégaœsophage ou achalasie est une dilatation permanente de la par-


tie inférieure de l’œsophage, au dessus d’un rétrécissement musculaire du
sphincter œso-gastrique.

Responsable de régurgitations et de dysphagie, il peut entraîner une œsopha-


gite, un cancer de l’œsophage ou des infections pulmonaires ; chez l’enfant, il
peut provoquer un retard de croissance.

Le diagnostic se fait par radio-


graphie avec ingestion d’un
produit opaque, ainsi que par
fibroscopie et manométrie œso-
phagienne (mesure des
pressions).

Le traitement chirurgical consiste


à dilater l’obstacle musculaire au
niveau du sphincter.

La place des injections de toxine botulique (Botox®) est encore discutée.

L’atrésie de l’œsophage est une malformation congénitale dans laquelle le


haut et le bas du tube œsophagien ne sont pas reliés et se terminent en cul-
de-sac chacun de leur côté.

Aucune déglutition n’est possible. Parfois dépistée par l’échographie de fin


de grossesse, l’atrésie de l’œsophage est dépistée systématiquement à la
naissance.

Elle impose le transfert du nouveau-né en milieu chirurgical spécialisé pour


une intervention immédiate.

Par ailleurs, de nombreuses maladies neuromusculaires générales retentissent


sur l’œsophage : poliomyélite, Guillain-Barré, maladie de Parkinson, sclérose
en plaques, hémiplégie, myasthénie, myopathie, sclérodermie.

Elles provoquent une gêne voire une paralysie de la déglutition avec risque
important de fausse route alimentaire.

107
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Diverticule de l’œsophage
Le diverticule de l’œsophage est une poche
en forme de doigt de gant qui se développe
à partir de la paroi œsophagienne. Il appa-
raît le plus souvent après 70 ans.

Situé presque toujours dans la partie haute


de l’œsophage, juste sous le pharynx, il
porte alors le nom de diverticule de Zenker.
La paroi postérieure de l’œsophage se
déforme peu à peu à cause de la pression
pendant la déglutition et d’une trop grande
rigidité du muscle qui unit l’œsophage au
cartilage cricoïde du larynx. Il se forme
alors une sorte de hernie de la paroi œso-
phagienne à travers les fibres de ce muscle
crico-pharyngien. Le diverticule de Zenker
peut être de petite taille (moins de 1 cm),
de taille moyenne (1 cm à 3 cm) ou de grande taille (plus de 3 cm). Plus rare-
ment, un diverticule peut se situer au niveau de l’œsophage thoracique.

Parmi les signes pouvant attirer l’attention, on peut citer une gêne ou une
douleur à la déglutition (dysphagie) responsable d’une dénutrition progres-
sive, une mauvaise haleine, des régurgitations d’aliments putréfiés, une toux
sèche chronique, une voix enrouée, une suffocation à la déglutition. Les
régurgitations peuvent entraîner une inflammation ou une infection pulmo-
naire si elles retombent dans les voies respiratoires.

En outre, la fibroscopie œsophagienne est l’examen de référence pour explo-


rer un diverticule de Zenker. En cas d’impossibilité, une radiographie avec
ingestion de produit opaque aux rayons X est possible.

Aucun traitement n’est réalisé si la gêne est très discrète. Les diverticules de
petite taille sont traités par incision du muscle crico-pharyngien soit par une
petite incision au niveau du cou, soit par voie interne pendant la fibroscopie.
Les diverticules de taille moyenne ou de grande taille sont traités par ­section

108
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

du muscle et fixation de la poche derrière le pharynx, généralement par


une incision au niveau du cou. Dans certains cas, les poches de grande taille
sont enlevées entièrement par le chirurgien. L’alimentation et la boisson sont
reprises dès le lendemain de l’intervention.

Cancer de l’œsophage
Le cancer de l’œsophage frappe
surtout l’homme à partir de 50 ans.
C’est une maladie grave, de mau-
vais pronostic. Deux facteurs
provoquent plus de 90 % des can-
cers de l’œsophage : une forte
consommation d’alcool, notamment
les apéritifs anisés et les eaux-de-
vie consommées avec du café ou
d’autres boissons chaudes, et la
consommation de tabac, surtout
quand elle est associée à l’alcool.

D’autres facteurs, de moindre


influence, ont été identifiés : la consommation abondante de boissons brû-
lantes, notamment le thé, qui explique la forte incidence de ce cancer en
Chine, l’œsophagite, irritation de la muqueuse œsophagienne provoquée par
un reflux gastro-œsophagien prolongé ou mal traité, l’ingestion accidentelle
de produits caustiques, qui provoque des cicatrices susceptibles de se cancéri-
ser, et les anomalies de l’œsophage tel un diverticule.

Le symptôme révélateur le plus fréquent est la dysphagie ou gêne à la déglu-


tition. La gêne est ressentie d’abord pour les aliments solides, puis s’étend aux
liquides. Une dysphagie mineure peut révéler un cancer avancé, alors qu’une
dysphagie rapidement intense peut révéler un cancer débutant : il n’y a pas
de corrélation entre l’importance de la dysphagie et l’avancée du cancer.

À savoir : d’autres maladies peuvent provoquer une dysphagie comme les an-
gines, les infections ORL ou les cancers de la gorge.

109
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

D’autres symptômes sont néanmoins constatés, même s’ils sont plus rares
et moins spécifiques. On peut notamment citer les douleurs mal définies au
milieu de la poitrine, les enrouements, les toux persistantes, les salivations
excessives, le hoquet irrépressible, les régurgitations, et à terme, un amaigris-
sement et une fatigue permanente dus aux difficultés alimentaires.

Par ailleurs, la tumeur envahit peu à peu la lumière de l’œsophage, interdisant


de plus en plus le moindre passage alimentaire. La tumeur peut aussi envahir
les organes voisins : aorte, trachée, bronches. À distance, des métastases se
développent dans le foie, les poumons, les ganglions lymphatiques. La chance
de survie à 5 ans du malade est d’environ 20 % quand la tumeur limitée peut
être opérée. Elle plonge à moins de 5 % quand la tumeur n’est pas opérable.

La fibroscopie gastrique est


l’examen essentiel pour dia-
gnostiquer un cancer de
l’œsophage.

Elle montre la tumeur, éva-


lue le degré d’obstruction
de l’œsophage et permet
d’effectuer des prélèvements
examinés au microscope. Le
scanner est indispensable pour
évaluer l’extension de la tumeur vers le thorax, repérer des métastases dans
les poumons, le foie ou les ganglions.

Si la tumeur d’extension limitée est opérable, le traitement associe une cure


initiale de chimiothérapie et de radiothérapie pour réduire son volume ; pen-
dant ce temps, une sonde gastrique permet d’introduire directement les
aliments et l’eau dans l’estomac. Enfin, toute la zone malade est retirée par
chirurgie, avec remise en continuité de l’œsophage restant avec l’estomac.

Si la tumeur n’est pas opérable, la chimiothérapie et la radiothérapie tentent


d’en freiner le développement et de ralentir son évolution. Une sonde gas-
trique à demeure ou une prothèse œsophagienne permettent au malade de
s’alimenter.

110
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Sachez d’autre part que pour limiter au maximum le risque de cancer de


l’œsophage, il est essentiel d’arrêter le tabagisme et l’abus de boissons alcoo-
lisées et de traiter rapidement un reflux gastro-œsophagien, une hernie
hiatale ou une malformation œsophagienne.

Les maladies de l’estomac


Les douleurs gastriques, l’ulcère,
le reflux gastro-œsophagien, ou
RGO, ainsi que le cancer sont les
maladies de l’estomac les plus fré-
quemment rencontrées.

Douleur à l’estomac
La douleur à l’estomac, ou dou-
leur gastrique, est un symptôme
très fréquent. Lorsque celle-ci est persistante, il est fortement recommandé de
consulter un médecin, car elle peut cacher des causes plus graves.

Les causes graves de douleurs persistantes attirent le plus souvent l’attention


sur une maladie de l’estomac : gastrite (inflammation banale), gastro-entérite
(avec diarrhée associée), ulcère gastrique, cancer de l’estomac.

Ce peut également être le signe d’une maladie du bas œsophage : hernie hia-
tale, œsophagite.

Trompeuse, une douleur de l’estomac peut révéler un ulcère duodénal, un


cancer du pancréas ou une pancréatite, un infarctus du myocarde, une mala-
die pulmonaire, ou encore une maladie intestinale. Il ne suffit donc pas d’être
soulagé par un pansement gastrique ou un médicament qui facilite la diges-
tion pour se rassurer. Un examen médical auprès de son médecin traitant,
puis parfois auprès d’un gastro-entérologue, est indispensable.

Pour aller plus loin, consultez notre fiche pratique :


Soigner les maux d’estomac

111
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Ulcère gastrique
L’ulcère gastrique, également
appelé ulcère de l’estomac, est
une perte de substance creusée
dans la muqueuse gastrique, le
plus souvent sur la petite cour-
bure. L’ulcère de l’estomac est
dix fois moins fréquent que l’ul-
cère du duodénum.

La majeure partie des ulcères


gastriques est liée à la présence
d’une bactérie, Helicobacter
pylori, découverte en 1983
et dont le rôle a été confirmé
en 1991. En outre, divers facteurs de risque facilitent la survenue d’un ulcère
de l’estomac : le stress, l’abus d’alcool, le tabagisme.

Les ulcères médicamenteux peuvent survenir en absence d’Helicobacter.


Dans ces cas, les médicaments bloquent la synthèse de prostaglandines pro-
tectrices par la muqueuse gastrique. Les substances en cause sont l’aspirine,
les corticoïdes, et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, type ibuprofène ou
kétoprofène.

La douleur, signe majeur, est ressentie dans le creux épigastrique, parfois dans
le bas du thorax ou autour de l’ombilic. Elle évoque une brûlure, une crampe
ou une sensation de faim impérieuse. Elle survient systématiquement avant
les repas et semble calmée par une prise alimentaire, notamment d’aliments
alcalins comme les produits laitiers. La douleur évolue par poussées de quatre
à six semaines, plus fréquentes au printemps et à l’automne.

Les autres signes, moins spécifiques de l’ulcère gastrique, sont le pyrosis (brû-
lure derrière le sternum) et la régurgitation acide, qui se voient aussi dans les
hernies hiatales et le reflux gastro-œsophagien, les éructations, les nausées et
vomissements, la perte d’appétit et de poids, la dyspepsie (digestion difficile),
l’émission de selles noires et l’anémie lorsque l’ulcère saigne.

112
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Sans traitement, l’ulcère semble guérir. Une nouvelle poussée survient le plus
souvent quelques mois plus tard. Les traitements modernes limitent considé-
rablement le risque de rechute.

Parmi les principales complications possibles, on recense l’hémorragie avec


vomissement de sang puis émission de selles noires (urgence chirurgicale), la
perforation d’ulcère avec passage de liquide gastrique dans la cavité abdo-
minale (urgence chirurgicale), la sténose de l’estomac avec altération des
capacités digestives, et la très rare cancérisation de l’ulcère.

La fibroscopie ou endoscopie
gastrique est l’examen de réfé-
rence. Elle est un peu
désagréable pour certains, mais
peu douloureuse. Elle montre
directement l’état de l’œso-
phage, de l’estomac et du
duodénum. Elle permet au prati-
cien de voir l’ulcère et d’en
observer l’aspect intime. Elle
s’accompagne d’une biopsie, prélèvement de muqueuse à la recherche d’He-
licobacter pylori qui écarte l’hypothèse d’un éventuel cancer débutant.

Généralement pratiquée sous simple prémédication (calmants et antalgiques),


la fibroscopie gastrique peut éventuellement être réalisée sous anesthésie. La
radiographie de l’estomac avec ingestion de substance opaque aux rayons X
est abandonnée, sauf quand la fibroscopie est impossible.

Par ailleurs, deux groupes de médicaments, en vente libre dans les phar-


macies, peuvent soulager temporairement les symptômes : les pansements
gastriques, qui protègent mécaniquement la muqueuse contre les sucs gas-
triques acides, et les anti-acides, qui neutralisent l’acidité. Le soulagement
n’est que temporaire et une nouvelle poussée se produira plus tard.

Le traitement actuel associe un antisécrétoire de type anti-H2 ou le plus sou-


vent de type IPP (Inhibiteur de Pompe à Protons), qui diminue la sécrétion
naturelle d’acide chlorhydrique par l’estomac, pendant un mois au moins,

113
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

couplé à deux antibiotiques actifs sur Helicobacter pylori, pendant la première


semaine. Les symptômes s’atténuent en quelques jours, et la guérison est
presque toujours définitive.

La prise prolongée d’antisécrétoires à faible dose est cependant possible en


cas d’ulcère chronique. La chirurgie de l’ulcère gastrique n’est indiquée qu’en
cas de complication grave (hémorragie, perforation, cancérisation).

Pour limiter les risques d’ulcère gastrique, ne prenez jamais de médica-


ments agressifs pour l’estomac (aspirine, anti-inflammatoire) à jeun ni sur
une longue période sans avis médical. Évitez ce qui avive la douleur comme
l’alcool, le tabac, le café, les sodas caféinés, les épices fortes et les piments.
Augmentez également votre consommation de laitages et traitez votre stress.

Pour aller plus loin, consultez notre fiche pratique :


Soigner les ulcères gastriques

Reflux gastro-œsophagien
Le reflux gastro-œsophagien, ou RGO, est
la remontée du contenu de l’estomac dans
l’œsophage. La forte acidité de ce contenu
gastrique et la présence d’une enzyme (la
pepsine) sont responsables d’une irritation de
l’œsophage et des autres signes observés. Le
RGO chronique touche près de 4 millions de
personnes en France, mais une personne sur
trois présente un reflux occasionnel.

Chez l’adulte, le reflux gastro-œsophagien


est dû à une défaillance du double système
de fermeture qui sépare l’œsophage de l’es-
tomac : le sphincter musculaire et l’angle
naturel entre la grosse tubérosité gastrique et
le cardia. La hernie hiatale, qui fait remonter
une partie du cardia dans le thorax, est une cause majeure de ce reflux.

114
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Divers facteurs favorisants ou aggravants sont connus comme le tabagisme,


les boissons gazeuses, l’obésité abdominale (le rôle de l’obésité générale n’est
pas démontré), la grossesse, les vêtements serrés sur l’abdomen, la position
allongée après les repas. Le rôle des graisses cuites et de l’alcool, souvent
cités, sont plus controversés.

Les signes directs sont en outre très évocateurs : remontées et régurgita-


tions acides dans la gorge avec une sensation de brûlure, irritation pharyngée
(fausse angine) ou modification de la voix (fausse laryngite), sensations de
brûlure derrière le sternum, aggravées en position couchée ou penchée en
avant, et douleurs de la région épigastrique. Les signes indirects sont moins
spécifiques : toux nocturne, bronchite à répétition, douleurs thoraciques fai-
sant croire à une maladie cardiaque, hémorragie digestive, déglutition difficile.

Chez le nourrisson, le reflux gastro-œsophagien, lié à l’immaturité de l’appa-


reil digestif, est largement favorisé par la position allongée juste après les
tétées ou les repas, la prise trop précoce de jus de fruits acides ou de boissons
gazeuses, ainsi que l’usage de couches trop serrées.

La régurgitation est toutefois


banale chez le nourrisson et le
jeune enfant : le médecin évoque
donc un reflux gastro-œsophagien
quand les rejets sont fréquents,
abondants, persistants et très
acides. Les signes associés aux
rejets sont plus difficiles à interpré-
ter : mauvaise prise des biberons
avec refus de boire après quelques
gorgées, ce qui peut entraîner un
retard de croissance, pleurs et agitation après le repas ou pendant le sommeil,
accès brutal de pâleur ou de cyanose (coloration bleutée) surtout après le
repas, toux sèche chronique, bronchites ou bronchiolites à répétition, infec-
tions ORL à répétition (otites, laryngites, rhinopharyngites) même en dehors
des périodes d’épidémie. En cas de RGO, l’examen de ­référence est la fibros-
copie gastrique, qui élimine en même temps d’autres maladies possibles et

115
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

montre souvent une hernie hiatale. La mesure ­d’acidité (pHmétrie) et la


mesure des pressions (manométrie ­œsophagienne) sont utiles en cas de
doute. La fibroscopie et la pHmétrie ne sont demandées chez l’enfant qu’en
cas de doute ou de saignement digestif probable avec anémie.

Le traitement du RGO associe la sup-


pression de tous les facteurs favorisants
identifiés (tabac, repas copieux, boissons
gazeuses, abus d’alcool, vêtements ser-
rés) et le maintien en position assise ou
debout pendant au moins une heure après
la fin des repas. En parallèle, sont prescrits
des antisécrétoires qui diminuent la sécré-
tion d’acide chlorhydrique dans l’estomac
(voir hernie hiatale), des médicaments qui
diminuent le tonus musculaire de la paroi
gastrique, comme la dompéridone, et des anti-acides qui se gélifient en sur-
face du contenu gastrique et tapissent la muqueuse.

Le traitement est poursuivi au moins deux mois avant d’être suspendu pour


évaluer le résultat. La chirurgie est réservée aux échecs du traitement médical
avec complications (œsophagite, ulcère, hémorragie).

Chez le nourrisson et l’enfant, le reflux gastro-œsophagien se guérit souvent


spontanément avec l’acquisition de la station debout. En attendant, le méde-
cin propose de coucher le bébé sur le dos ou sur le côté dans un lit incliné à
30° (tête plus haute que les pieds), d’éviter jus de fruits acides et boissons
gazeuses, et d’épaissir le lait des biberons avec des pectines ou des amidons.
Les médicaments ne sont proposés qu’en cas d’échec de ces mesures après
une évaluation de deux mois environ. Ils sont identiques à ceux de l’adulte,
mais à des doses adaptées à l’âge et au poids de l’enfant. Sachez par ailleurs
que la prévention du RGO repose sur les mêmes mesures hygiéno-diététiques
que son traitement médical, en évitant tous les facteurs favorisants.

Pour aller plus loin, consultez notre fiche pratique :


Lutter contre les reflux gastro-œsophagiens

116
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Cancer de l’estomac
Le cancer de l’estomac est une tumeur
maligne qui touche plus de deux hommes
pour une femme, à un âge moyen de
60 ans à 70 ans. On en dénombre environ
6 000 nouveaux cas par an en France (cin-
quième cancer le plus fréquent), contre près
de 9 000 il y a vingt ans.

Les facteurs alimentaires du cancer de l’esto-


mac ont été identifiés partout dans le monde : la consommation excessive de
viande et de poisson fumé et de salaisons ; des techniques de conservation
qui favorisent la libération de nitrosamines cancérigènes pendant la digestion ;
la consommation excessive de sel et de nitrates ; une faible consommation de
vitamines A et C dans des végétaux frais ; la consommation régulière de riz
poli sur kaolin, autrefois responsable des nombreux cancers observés en Asie,
mais aujourd’hui pratiquement abandonnée ; peut-être la consommation trop
fréquente de boissons trop brûlantes, comme on boit le thé dans de nom-
breux pays ; l’alcoolisme chronique, uniquement sur les cancers du cardia à la
jonction avec l’œsophage (en revanche, il n’existe aucun lien statistique entre
abus d’alcool et cancer du corps de l’estomac), et enfin, le tabagisme.

De plus, le risque de cancer de l’estomac est plus élevé quand il existe des
antécédents dans la famille. Mais la part de responsabilité entre les facteurs
génétiques et ceux liés au mode de vie reste encore floue.

L’infection de la muqueuse gastrique par la bactérie Helicobacter pylori est


un risque majeur. Le traitement systématique des ulcères de l’estomac avec
éradication systématique de cette bactérie explique en partie la baisse des
cancers de l’estomac depuis 20 ans. Le reflux gastro-œsophagien, les gastrites
chroniques, des antécédents de chirurgie gastrique sont d’autres facteurs
évoqués.

Les symptômes d’un cancer de l’estomac apparaissent souvent tardive-


ment, car la tumeur dispose de beaucoup de place pour se développer dans
la poche gastrique. Ils prennent longtemps l’apparence de troubles digestifs

117
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

ordinaires tels qu’une digestion plus lente, une sensation vague de pesanteur
gastrique, des régurgitations parfois un peu sanglantes, un hoquet rebelle,
une simple gêne au début, puis une douleur de la région épigastrique, parfois
rythmée par les repas comme dans un ulcère gastrique.

Par ailleurs, les signes indi-


rects et tardifs sont
inquiétants : perte de poids
et d’appétit, fatigue crois-
sante, perception d’une
masse sous la pointe du
sternum, d’un ganglion der-
rière la clavicule gauche,
hémorragie digestive
(vomissement de sang, mais
surtout selles noires), phlé-
bite ou péritonite inexpliquées. L’extension du cancer gastrique aux organes
voisins (pancréas, rate, épiploons) est plus ou moins rapide selon la nature des
cellules cancéreuses.

Puis, les cellules malignes migrent vers les ganglions lymphatiques de l’abdo-
men et du thorax ou forment des métastases en premier lieu dans le foie, qui
draine le sang des veines portes venant du tube digestif.

La survie à 5 ans reste basse, autour de 25 %, car le cancer de l’estomac est
souvent détecté trop tardivement.

Le médecin peut orienter son diagnostic vers une maladie de l’estomac grâce
aux symptômes décrits par le malade et à son examen clinique. Il ne peut
toutefois en affirmer la nature que grâce à des examens complémentaires :

ππ la fibroscopie gastrique, examen clé de toutes les maladies gastriques ;


ππ la biopsie des lésions, qui montrera la présence de cellules cancéreuses ;
ππ une échographie abdominale, souvent peu significative ;
ππ un scanner thoraco-abdominal, demandé lorsque les symptômes sont peu
évidents ou pour rechercher des métastases (ganglions, foie, poumons).

118
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

En outre, le premier traitement est la gastrectomie, c’est-à-dire l’ablation


totale ou partielle de l’estomac par le chirurgien. Il sera souvent complété par
une radiothérapie ou une chimiothérapie. Seules les tumeurs superficielles et
de petite taille peuvent être enlevées sous fibroscopie. Dans les formes évo-
luées, une gastrostomie (ouverture de l’estomac avec pose d’une sonde à
demeure) permet d’assurer une alimentation de confort.

La moindre consommation de viandes et poissons séchés, les nouvelles


techniques de polissage du riz et la lutte contre le tabagisme ont sensible-
ment réduit les facteurs alimentaires du cancer de l’estomac. Il a surtout été
démontré que l’éradication systématique d’Helicobacter pylori est une pré-
vention très efficace du cancer gastrique.

Toute personne ayant présenté un ulcère associé à cette bactérie devrait subir
une fibroscopie de contrôle, de préférence tous les cinq ans, pour s’assurer de
l’absence définitive d’Helicobacter pylori.

119
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

AA Pour aller plus loin


Astuce

Ménagez votre estomac !


Tous les jours, nous soumettons notre estomac à des agressions (aliments, tabac,
alcool) qui le fragilisent, ce qui se traduit bien souvent par différents maux et
sensations de gêne. Toutefois, il est possible de remédier à cela en adoptant
quelques réflexes simples.
Tout d’abord, si, comme un adulte sur quatre, vous souffrez de remontées acides
ou de régurgitations après avoir mangé, vous pouvez vous débarrasser de ce désa-
grément en fractionnant vos repas, afin de ne pas distendre votre estomac. Il est
aussi conseillé d’éviter la position allongée ou semi-allongée moins d’une heure
après la fin de votre repas. Si possible, une marche d’une vingtaine de minutes
après les repas vous aidera grandement à digérer. Les vieux gastro-entérologues
conseillaient même à leurs patients d’adopter un chien et de le promener.
Par ailleurs, le plus souvent, on attribue nos troubles digestifs à la mauvaise qua-
lité des aliments et au stress. Il est vrai que manger trop vite des aliments mal
préparés ou avalés sans mastication peut irriter l’estomac et perturber la digestion.
Cependant, le premier facteur de dyspepsie, nom médical de la digestion diffi-
cile, est le tabagisme. En effet, les goudrons et les résidus de nicotine, mélangés à
la salive, arrivent dans l’estomac et perturbent la digestion. Il est donc inutile, la
plupart du temps, de modifier votre alimentation. L’idéal est d’arrêter de fumer !

Questions / réponses de pro

Médicaments contre les brûlures d’estomac


Les médicaments en vente libre contre les brûlures d’estomac sont-ils efficaces ?
Question de Sheila
ΔΔ Réponse de Craquotte
Ces médicaments, encore réservés à la prescription médicale il y a quelques
années, sont parfaitement efficaces s’ils sont pris à bonne dose et surtout à
bon escient.

120
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

Une brûlure d’estomac peut relever de causes multiples, dont certaines


imposent des traitements lourds ou chirurgicaux : le soulagement procuré
par ces médicaments ne pourra être alors que de courte durée et risque de
retarder le diagnostic de ces maladies comme l’ulcère de l’estomac ou la
hernie hiatale.
Parlez-en avec votre médecin, il vous dira si vous pouvez soulager vos
brûlures avec ces médicaments sans vous mettre en danger ou si un bilan
préalable est nécessaire.

Maladie de l’œsophage
On m’a diagnostiqué il y a cinq mois une œsophagite suite à une gastroscopie,
et je suis sous médication.
J’ai encore des douleurs lorsque je mange et parfois aussi entre les repas. Combien
de temps faut-il pour que les symptômes d’une œsophagite disparaissent ?
Question de Mimosas

ΔΔ Réponse de Lili
Je vous conseille de vous tourner vers les traitements naturels. Votre trai-
tement est certainement allopathique, ce qui signifie qu’il vise surtout à
atténuer les symptômes, sans forcément en supprimer la cause.
Je pense qu’un équilibrage alimentaire améliorerait votre cas. Il faudrait
notamment supprimer les acides de votre alimentation. Sachez que l’aci-
dose (acidification de l’organisme) est très peu connue par les médecins,
pourtant elle touche plus de 80 % de la population (j’ai subi des mycoses
vaginales à répétition, accompagnées d’infections urinaires à cause de cet
état d’acidose).
Voici une liste des aliments concernés : blé, pain, brioches, sucre, agrumes,
viande rouge, produits laitiers, tomates, certains fruits (rhubarbe, pample-
mousse), alcool, chocolat, sel, café, thé, boissons gazeuses/industrielles,
céréales blanchies. Vous pouvez en revanche privilégier le bicarbonate de
soude dans l’alimentation, le citron, les bananes, les poires, les viandes
blanches, le soja, les légumineuses, les pommes de terre, le melon, l’huile
d’olive.
Bien sûr, il faut éviter au maximum les plats préparés, très agressifs pour
votre estomac/œsophage.

121
IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac

ΔΔ Réponse de Cabinet de nutrition


Oui, il faut quelques semaines, voire quelques mois, mais surtout, il faut
éviter les aliments acides (café, eaux et boissons gazeuses, jus de fruit du
commerce, la tomate cuite, etc.).
Privilégiez à la place les aliments alcalins (fruits et légumes crus ou cuits,
sauf quelques-uns comme la tomate). Vous pouvez aussi manger quelques
amandes non salées et boire du thé vert. Le jus de citron frais (pressé) et le
vinaigre de cidre sont eux aussi alcalins (les autres sont acides).

Malabsorption intestinale
Je souffre depuis des années de malabsorption intestinale. Le mois dernier, les
gendarmes m’ont détecté 0,25 g d’alcool dans le sang alors que je ne bois jamais
de boissons alcoolisées. Peut-il y avoir un lien ?
Question de Gaetanne

ΔΔ Réponse de Craquotte
La présence d’alcool dans le sang sans avoir bu est parfaitement possible. Elle
est due à la fermentation bactérienne des glucides dans le côlon en cas de
malabsorption intestinale. Ce phénomène est bien connu au Japon, sous le
nom de « Mei-Tei-Sho », et chez les gros consommateurs de riz. Il provoque
la même hépatite avec augmentation des gamma-GT (enzymes hépatiques)
que la consommation abusive d’alcool, ce qui peut poser un problème avec
les autorités judiciaires en cas de contrôle d’alcoolémie positif.
Des gastro-entérologues de Rennes ont imaginé en 1997 un test pour
démontrer l’existence de cette fermentation alcoolique intestinale : la
mesure d’alcool dans les selles après un repas de riz au lait.
Le résultat était positif 74 fois sur 98. Ce test et l’avis d’un expert gastro-
entérologue peuvent être utiles en cas de problème avec les forces de l’ordre.
Mais un résultat positif montre surtout l’importance de réduire l’apport en
glucides complexes (céréales, pain, légumes secs), car le risque de cirrhose
alcoolique est réel sans n’avoir jamais bu d’alcool !

122
V.
Les maladies de l’intestin grêle

On parle communément de maux


d’estomac ; or, ces derniers peuvent
toucher tous les organes du système
digestif. Localiser la zone atteinte est
alors essentiel pour traiter aux mieux
les symptômes, et le trouble qui en
est à l’origine. Parmi les organes de
la digestion pouvant être touchés, on
peut citer notamment l’intestin grêle.

Ainsi, l’ulcère duodénal correspond à


un trou creusé dans la muqueuse du
duodénum, tandis que la gastro-enté-
rite est une infection du tube digestif.
La maladie de Crohn, maladie inflam-
matoire rare qui peut toucher tous les
organes digestifs, et les parasitoses
digestives, soit des vers intestinaux
ou helminthes, peuvent également

123
V. Les maladies de l’intestin grêle

toucher l’intestin grêle. Par ailleurs, une occlusion intestinale correspond à


l’arrêt total de la progression des matières et des gaz dans l’intestin grêle ou
le côlon. Enfin, la péritonite (infection du péritoine) et la hernie inguinale et
crurale (passage d’organes abdominaux à travers un orifice naturel) sont aussi
des troubles qui atteignent cet organe de la digestion.

L’ulcère duodénal
Le duodénum est la première portion de l’intestin grêle, juste après le pylore à
la sortie de l’estomac. L’ulcère duodénal, dix fois plus fréquent que l’ulcère de
l’estomac, est un trou creusé dans la muqueuse du duodénum.

Causes
L’ulcère duodénal est presque toujours lié à la
présence dans la muqueuse de la bactérie
Helicobacter pylori.

Les facteurs favorisants sont identiques à ceux


de l’ulcère gastrique, c’est-à-dire le stress, l’abus
d’alcool et le tabagisme. Il existe aussi des médi-
caments agressifs pour le duodénum, comme
pour l’estomac, notamment l’aspirine, les corti-
coïdes et les anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Des maladies rares sont également parfois en


cause : le syndrome de Zollinger-Ellison (ulcères
multiples dus à des tumeurs sécrétantes du pan-
créas) et la maladie de Crohn.

Symptômes
La douleur, à type de brûlure ou de faim douloureuse au creux de l’estomac,
est le signe majeur. Contrairement à l’ulcère de l’estomac, la prise d’un repas
calme la douleur qui réapparaît une à trois heures plus tard et chaque fois que
l’estomac est vide, la nuit par exemple.

124
V. Les maladies de l’intestin grêle

Les périodes douloureuses durent un à deux mois, avec des pics de fréquence


au printemps et en automne, puis elles s’estompent jusqu’à la prochaine
poussée. On observe accessoirement des nausées, une perte de poids ou des
selles noires quand l’ulcère saigne.

Évolution
En l’absence de traitement radical, l’ulcère duodénal récidive pendant de
longues années. Mais après les traitements actuels, le taux de récidive ne
dépasse pas 2 % par an.

Deux complications majeures, révélatrices, dans près de 10 % des cas sont


néanmoins possibles. Ce sont la perforation d’ulcère avec péritonite aiguë et
l’hémorragie digestive.

Examens
La fibroscopie gastrique est l’examen de référence
pour le diagnostic d’un ulcère duodénal. Elle per-
met d’effectuer des biopsies et de rechercher la
bactérie Helicobacter pylori.

Si la fibroscopie est impossible, une radiographie


du transit œso-gastro-duodénal avec inges-
tion d’un produit opaque aux rayons X montre
l’ulcère.

Traitements
Le traitement actuel de l’ulcère duodénal asso-
cie un antisécrétoire de type IPP (Inhibiteur de
Pompe à Protons), très efficace pour réduire la
sécrétion acide de l’estomac, pendant quatre à
huit semaines, à deux antibiotiques actifs sur Helicobacter pylori, pendant les
quatorze premiers jours. La guérison de l’ulcère est ensuite contrôlée par une
nouvelle fibroscopie.

125
V. Les maladies de l’intestin grêle

Un traitement d’entretien est parfois nécessaire, avec une petite dose


quotidienne d’antisécrétoire. Attention toutefois, car le traitement des compli-
cations aiguës (perforation, hémorragie) est une urgence chirurgicale.

La gastro-entérite
La gastro-entérite est l’infection du tube digestif, très fréquente, qui survient
souvent par épidémies. On estime, par exemple, que chaque enfant présente
au moins une gastro-entérite chaque année.

Causes
Les gastro-entérites d’origine bactérienne sont dans l’immense majorité des
cas d’intoxication alimentaire, isolés ou en petit foyer (famille, restaurant
scolaire).

Les gastro-entérites épidémiques sont, quant à elles, presque toujours d’ori-


gine virale. Plus de cent virus sont connus, dont beaucoup appartiennent à
cinq familles principales :

ππ les rotavirus, souvent


en cause chez les jeunes
enfants (125 millions de
cas recensés dans le monde
chaque année) ;
ππ les norovirus, plus fréquents
chez l’adulte ;
ππ les entérovirus ;
ππ les calcivirus ;
ππ les adénovirus.
La transmission de ces virus se fait par le contact direct, les mains sales, l’eau
et les aliments lavés avec une eau souillée. Les épidémies surviennent toute
l’année, avec des pics plus fréquents début janvier, en début d’été et en
automne, en même temps que les épidémies de bronchiolite et les premiers

126
V. Les maladies de l’intestin grêle

cas de grippe. Contrairement à une rumeur tenace, les huîtres et coquil-


lages consommés en fin d’année ne sont en rien responsables des épidémies
hivernales.

Par ailleurs, la diarrhée du voyageur peut être due à une bactérie, un petit
parasite ou à un virus.

Symptômes
Les symptômes de la gastro-entérite
virale sont d’abord digestifs : des nau-
sées et des vomissements, des douleurs
abdominales diffuses, une diarrhée très
liquide, parfois un peu retardée par
rapport aux nausées.

Les autres signes, peu spécifiques, sont


une fièvre modérée autour de 38 °C et
une forte fatigue.

Par ailleurs, aucun examen de


laboratoire n’est utile en cas de gastro-
entérite épidémique.

Évolution
Habituellement, une gastro-entérite
virale guérit spontanément en deux à
quatre jours, avec une convalescence
un peu plus longue chez les personnes fragilisées par l’âge ou la maladie.

La principale complication de la gastro-entérite, surtout chez le nourrisson


et le jeune enfant, est la déshydratation. Elle est repérable par une perte de
poids du bébé, la sécheresse de la langue et de la bouche, des urines moins
abondantes, un enfoncement des yeux, un creusement de la fontanelle chez
le petit nourrisson, une apathie ou une irritabilité anormale, et une persistance
du pli cutané après un pincement de la peau.

127
V. Les maladies de l’intestin grêle

Traitements
La diarrhée est elle-même le meilleur traitement de la gastro-entérite : chaque
selle élimine des milliards de germes. Mieux vaut respecter cette défense
naturelle que tenter de la supprimer avec des médicaments.

Par ailleurs, la grande majorité des gastro-entérites épidémiques ne néces-


sitent aucun traitement spécifique en l’absence de déshydratation. Il suffit en
général de laisser le malade se reposer, de mettre son tube digestif au repos
en ne lui proposant que des aliments très digestes comme les bouillons,
soupes, purées, riz, yaourts, compotes, desserts gélifiés (la soupe de carottes
est très souvent conseillée chez le nourrisson en remplacement du lait pen-
dant un ou deux jours ; le riz blanc bien cuit et les desserts gélifiés au chocolat
sont des anti-diarrhéiques naturels), et lui faire boire très régulièrement de
l’eau un peu sucrée et salée.

Bon à savoir : évitez les sodas contenant de la


caféine (qui accélère le transit intestinal) et des
bulles, ainsi que les jus de fruits acides (agrumes).

En cas de déshydratation, il est néanmoins


possible de préparer une solution de réhydra-
tation en mélangeant une cuillère à café de sel
et deux cuillères à soupe de sucre en poudre
dans un litre d’eau ou en ajoutant un sachet de
SRO (Solution de Réhydratation Orale) acheté
en pharmacie et préparé avec la quantité d’eau indiquée, le plus souvent un
biberon de 200 ml. Il est ensuite conseillé de faire boire l’enfant par petites
quantités, quelques gorgées ou un petit verre, toutes les vingt minutes, pour
éviter ou corriger une déshydratation débutante.

Si les symptômes sont très gênants, vous pouvez utiliser, aux doses adaptées
selon le poids, un anti-vomitif de type dompéridone (sur ordonnance) ou
métopimazine (sans ordonnance), un anti-sécrétoire intestinal de type racé-
cadotril (Tiorfan®, sur ordonnance) qui diminue le volume d’eau dans les
selles, ou un absorbeur intestinal comme du charbon activé ou une argile, la
diosmectite.

128
V. Les maladies de l’intestin grêle

Sauf cas particulier (voyage urgent, par exemple), les inhibiteurs de motricité
intestinale tels le lopéramide sont déconseillés par la majorité des médecins,
car ils freinent l’élimination naturelle des virus ou des bactéries.

Pour aller plus loin, consultez notre fiche pratique :


Soigner une gastro-entérite

Prévention
Les cas isolés ou familiaux de gastro-
entérite sont moins fréquents quand on
respecte toutes les règles d’hygiène ali-
mentaire et de conservation des aliments.

Il est en revanche plus difficile d’éviter les


gastro-entérites épidémiques. Deux atti-
tudes peuvent cependant limiter les
risques : tout d’abord, se laver les mains
au savon ou avec un gel hydro-alcoolique
plusieurs fois par jour, notamment au
retour à la maison après le travail ou les
courses, avant la préparation des repas ou après avoir touché un nourrisson
malade ; ensuite, vacciner le nourrisson contre le rotavirus (vaccin disponible
depuis 2006), ce qui n’évite pas les autres causes de gastro-entérite, mais
protège le bébé contre la plus fréquente.

La maladie de Crohn
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire rare qui peut toucher
tous les organes digestifs de la bouche à l’anus, mais souvent localisée à
­l’iléon terminal et au côlon.

La première crise survient souvent entre 20 ans et 30 ans, puis de nouvelles


crises se produisent après des rémissions de durée variable. La maladie de
Crohn est regroupée avec la rectocolite hémorragique dans la famille des
MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin).

129
V. Les maladies de l’intestin grêle

Causes
Les causes précises de l’inflammation de la maladie de Crohn ne sont pas
connues, mais plusieurs facteurs sont identifiés :

ππ un facteur génétique, avec un risque relatif multiplié par cinq dans cer-
taines familles ;
ππ un facteur environnemental,
avec une plus grande fréquence
dans le mode de vie occidental
même quand il est adopté par
des populations migrantes – le
rôle des excès de protéines ani-
males (viande et poisson) a été
évoqué ;
ππ un facteur immunitaire, avec
le rôle déclenchant habituel d’une infection digestive virale ou bacté-
rienne, une modification de la flore intestinale et un probable désordre
immunitaire ;
ππ le tabac, seul facteur favorisant clairement identifié.

Symptômes
Chaque poussée inflammatoire se
traduit par des douleurs abdomi-
nales, souvent diffuses et d’intensité
variable, une diarrhée permanente,
glaireuse ou sanglante, parfois
l’émission de sang par l’anus, des
lésions anales diverses, des douleurs
articulaires, une fièvre, une fatigue et une perte de poids.

Mais la maladie de Crohn peut aussi parfois se révéler par des troubles non
digestifs tels que des rhumatismes inflammatoires ankylosants, une uvéite,
souvent confondue avec une conjonctivite allergique ou infectieuse, des
aphtes buccaux et un érythème noueux.

130
V. Les maladies de l’intestin grêle

Évolution
Les crises sont séparées par des périodes de
rémission plus ou moins complète. D’intensité
variable, elles surviennent à une fréquence
imprévisible. Les crises les plus fortes imposent
en outre une hospitalisation.

De nombreuses complications menacent comme


la dénutrition par mauvaise assimilation des ali-
ments, provoquant une perte de poids chez
l’adulte et un retard de croissance chez l’ado-
lescent. Une occlusion intestinale, des ulcérations
intestinales, des abcès évoluant vers une périto-
nite, une anémie par malabsorption du fer, des
rhumatismes invalidants, notamment du bassin
(pelvispondylite) ou des mains (arthrite), une uvéite chronique, des calculs
rénaux ou biliaires et un avortement spontané sont aussi à craindre.

Examens
La coloscopie est l’examen de référence pour les localisations coliques de
la maladie de Crohn. Elle permet d’effecteur des biopsies dont l’examen au
microscope montre des lésions inflammatoires.

L’entéroscopie par capsule vidéo a désormais remplacé l’examen radiolo-


gique dans les formes localisées à l’intestin grêle. D’autres examens sanguins
ou radiologiques sont ensuite réalisés en fonction des signes observés par le
médecin.

Traitements
Le traitement des formes légères repose sur les médicaments de la famille des
5-ASA, dérivés des salicylés (proches de l’aspirine), dont la salazopyrine est le
chef de file. Les formes ou les poussées plus sévères sont traitées par les corti-
coïdes dérivés de la cortisone.

131
V. Les maladies de l’intestin grêle

D’autre part, les formes sévères et rebelles aux corticoïdes sont traitées par
des médicaments de l’immunité : immunosuppresseurs qui inhibent les réac-
tions inflammatoires, et les très récents agents anti-TNF-alpha qui inhibent un
facteur majeur de l’inflammation.

Attention : les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène,


kétoprofène, naproxène, aspirine) sont contre-indiqués chez les malades du
Crohn, car ils peuvent déclencher ou aggraver une poussée.
En parallèle, il est nécessaire
d’exclure les aliments, différents
selon les malades, qui ont déjà
provoqué ou aggravé une crise.

Il s’agit le plus souvent de la


viande rouge, des produits lai-
tiers, des céréales, de certains
légumes.

Pendant les crises, l’apport de


fibres végétales (fruits, légumes, céréales complètes) est réduit autant que
possible pour ne pas irriter la muqueuse intestinale. L’apport en sucre et sel
doit être également limité pendant les traitements par corticoïdes.

En période de rémission, il est généralement conseillé d’éviter les légumes


secs, les choux, les salsifis, les fromages fermentés, les poissons fumés, les
épices et l’alcool.

Enfin, l’ablation de segments de l’intestin ou du côlon s’impose parfois lors de


poussées extrêmes qui résistent aux traitements ou devant une complication
(occlusion, péritonite).

Les parasitoses digestives


Les parasites digestifs, vers intestinaux ou helminthes, sont assez fréquents,
mais rarement dangereux. Chaque ver présente son propre cycle, son mode
de contamination et ses manifestations spécifiques.

132
V. Les maladies de l’intestin grêle

Vers ronds ou nématodes


L’ascaris est un ver cosmopolite blanc rosé, de 15 cm (mâle) à 20 cm (femelle)
de long. La contamination se fait par ingestion d’œufs (éliminés dans les
selles) dans l’eau ou les aliments souillés.

La phase larvaire, qui passe par le foie et les poumons, provoque une toux,
une expectoration, un essoufflement et parfois des démangeaisons ; tandis
que la phase adulte se traduit par des nausées, une diarrhée, des douleurs
abdominales. Une infestation massive (plusieurs centaines d’ascaris parfois)
peut aussi provoquer une occlusion intestinale.

L’oxyure est, quant à lui, un petit ver blanc


nacré de 3 mm (mâle) à 1 cm (femelle), qui vit
dans le rectum et pond ses œufs la nuit au bord
de l’anus. C’est le ver le plus répandu dans le
monde, notamment chez l’enfant. La contami-
nation se fait par les mains sales sur lesquelles se
déposent les œufs pendant le grattage anal ; la
larve devient adulte en trois semaines. Le signe
majeur est la démangeaison anale nocturne,
pouvant provoquer des troubles du sommeil ou
des cauchemars chez l’enfant.

Le trichocéphale est un ver effilé de 3 cm à 5 cm


de long, qui vit dans le cæcum et l’appendice. La contamination se fait par
ingestion d’œufs dans l’eau ou les aliments souillés. Une infestation massive
peut donner des douleurs abdominales et des nausées.

On trouve également des vers tropicaux comme l’anguillule, un petit ver


de 2 mm à 3 mm, qui sévit aux Antilles et parasite le duodénum. La conta-
mination se fait par pénétration des larves à travers la peau (bain en rivière
ou marche pieds nus dans la boue). L’ankylostome fait aussi partie des vers
tropicaux. De 8 mm à 15 mm de long, ce ver blanc sévit dans toute la cein-
ture tropicale. La contamination se fait par pénétration des larves à travers
la peau. Plus que l’anguillule, l’ankylostome provoque une anémie, car il se
nourrit de sang.

133
V. Les maladies de l’intestin grêle

Enfin parmi les vers que l’on ne rencontre que rarement, on retrouve la tri-
chine, un petit ver de 1,5 mm (mâle) à 4 mm (femelle) qui parasite de
nombreux mammifères et oiseaux sauvages, notamment en Europe de l’Est.
L’infestation humaine, rare et souvent liée à la consommation de gibier, pro-
voque des douleurs musculaires, de la fièvre, un œdème du visage et des
troubles digestifs. L’anisakis ou ver du hareng parasite, lui, les poissons de la
mer du Nord (harengs, maquereaux, saumons) et de l’océan Pacifique. La
contamination est liée à la consommation de poisson cru ou peu cuit. Il pro-
voque des douleurs gastriques intenses et parfois une occlusion intestinale.

Vers plats ou cestodes


Les cestodes comportent une tête munie
de ventouses ou de crochets et un corps
segmenté en anneaux qui s’éliminent les
uns après les autres dans les selles.

Le Taenia saginata et le Taenia solium sont


les deux vers les plus diagnostiqués.

Le Taenia saginata est un ver solitaire fré-


quent qui mesure entre 4 m et 10 m de
long ; ses anneaux en forme de nouille
mesurent 2 cm de long et 1 cm de large.
Dans 99 % des cas, la contamination se
fait par ingestion de viande de bœuf crue
ou mal cuite. Ce ténia provoque de plus
des troubles peu spécifiques : fatigue,
douleurs abdominales, maux de tête, insomnie, palpitations, irritabilité, perte
d’appétit.

Le Taenia solium est aussi un ver solitaire, rare en Europe, qui mesure 2 m à
8 m de long. La contamination se fait par ingestion de viande de porc mal
cuite. Il donne les mêmes troubles que le Taenia saginata, mais l’infestation
peut se compliquer d’une cysticercose, présence de kystes parasitaires sous la
peau, dans les muscles et surtout dans le cerveau.

134
V. Les maladies de l’intestin grêle

Par ailleurs, les ténias du chien et du renard peuvent exceptionnellement


infester l’homme.

L’Hymenolepis nana est un petit cestode de 2,5 cm à 4 cm, plus fréquent en


Amérique latine et autour de la Méditerranée, qui se transmet par les mains
sales. Il reste néanmoins rare en Europe.

Enfin, pouvant atteindre 20 m de long et présentant 4 000 anneaux, le


Bothriocéphale est un ver géant, dont la contamination se fait par ingestion
de poissons d’eau douce mal cuits.

Il provoque les mêmes troubles que les ténias.

Trématodes
Le seul trématode indigène en Europe est la douve du foie, parasite habi-
tuel du mouton, dont la larve transmise par un escargot d’eau contamine des
plantes aquatiques comme le cresson. La douve parasite les voies biliaires.

On peut aussi citer les bilharzies, qui sont des trématodes vivant en climat
tropical.

Traitements et prévention
Chaque parasite digestif est sensible à un
ou plusieurs médicaments antiparasitaires
comme le flubendazole, très actif sur les
oxyures.

La prévention repose sur une stricte


hygiène des mains et une surveillance vété-
rinaire rigoureuse des produits alimentaires
(viandes, cresson).

Bien cuire sa viande, de bœuf notamment,


n’est nécessaire que dans les pays où la
surveillance vétérinaire est incertaine.

135
V. Les maladies de l’intestin grêle

L’occlusion intestinale
L’occlusion intestinale est un arrêt total de la progression des matières et des
gaz dans l’intestin grêle ou le côlon, dû à un blocage mécanique ou fonction-
nel de l’intestin et dont le traitement urgent est très souvent chirurgical.

Causes mécaniques
Les occlusions intestinales d’origine mécanique sont dues à un obstacle qui
bloque la progression des aliments dans l’intestin grêle.

Parmi les causes mécaniques les plus fréquentes, on retrouve les brides, le
volvulus, l’étranglement herniaire, l’invagination intestinale du nourrisson et
différents types d’obstacle.

Les brides et adhérences péritonéales sont des cicatrices internes, des tissus
fibreux rigides qui naissent des réactions inflammatoires du péritoine après
une intervention chirurgicale sur l’abdomen ou une infection (appendicite,
salpingite, péritonite).

Les brides et les adhérences demandent de quelques semaines à plusieurs


mois pour se constituer. Elles sont plus fréquentes après une chirurgie clas-
sique par laparotomie (incision de la paroi), surtout si le ventre a saigné,
qu’après une chirurgie par cœlioscopie. Du fait de ses mouvements perma-
nents pendant la digestion, il arrive que l’intestin s’enroule ou se coude
autour d’une bride, ce qui arrête immédiatement le transit intestinal.

Le volvulus touche surtout l’in-


testin grêle, parfois le côlon.
Pour une raison inconnue, une
portion de l’intestin, une anse du
grêle ou le cæcum par exemple,
forme une boucle qui se tord
sur elle même. Les vaisseaux
nourriciers de cette portion sont
étranglés, ce qui a pour consé-
quence d’arrêter le transit.

136
V. Les maladies de l’intestin grêle

Par ailleurs, une hernie inguinale ou crurale correspond à la sortie d’une anse
intestinale hors de la cavité abdominale, à travers un orifice naturel (canal
inguinal, arcade crurale), mais anormalement élargi. La principale compli-
cation de ces hernies est l’étranglement de l’anse intestinale par le collet de
l’orifice, comme une corde serrée autour du cou d’un pendu. Outre la dou-
leur au niveau de l’orifice herniaire, l’occlusion est totale et immédiate.

On parle d’invagination en cas de pénétration d’un segment d’intestin grêle


(parfois du côlon droit), en amont dans le sens du transit, à l’intérieur de la
portion suivante placée en aval, comme un doigt de gant dont on rentre l’ex-
trémité en lui même. L’invagination intestinale aiguë se produit entre deux et
vingt-quatre mois, avec un pic entre six et neuf mois. Elle touche deux bébés
sur mille, avec une petite majorité de garçons. Plusieurs crises douloureuses
peuvent se succéder, entre lesquelles tout redevient normal dans l’aspect et le
comportement du nourrisson. L’une d’elles, parfois la première, provoque une
occlusion intestinale non réversible spontanément.

Enfin, trois types d’obstacle peuvent provoquer une occlusion intestinale : les


tumeurs, bénignes ou cancéreuses, avec une occlusion plutôt progressive ;
les corps étrangers ingérés par un jeune enfant, une pièce de monnaie ou un
fragment de jouet par exemple ; les fécalomes et bézoards, c’est-à-dire des
bouchons de matières fécales fibreuses et sèches bloqués dans le côlon.

Causes fonctionnelles
L’occlusion fonctionnelle résulte d’une
paralysie des muscles de la paroi intesti-
nale ou colique. Cette paralysie est le plus
souvent un réflexe de défense de l’intestin
agressé par une intervention chirurgicale
sur l’abdomen, avec une récupération du
transit en deux à quatre jours.

Elle peut aussi être causée par une infection aiguë (appendicite, salpingite,
péritonite), par une douleur intense d’un calcul biliaire ou rénal (colique hépa-
tique ou néphrétique), ou par un infarctus mésentérique, quand un caillot

137
V. Les maladies de l’intestin grêle

vient boucher une branche de l’artère mésentérique qui nourrit une portion
de l’intestin et le péritoine qui s’y rattache, ce qui provoque une nécrose
(mort tissulaire) de toute la portion concernée.

D’autre part, une hémorragie dans l’abdomen (rupture de la rate ou du foie


après un traumatisme par exemple, perforation d’organe digestif ou génital)
ou un abus de médicaments, contenant un opiacé par exemple (antalgiques
puissants, antitussifs), sont aussi des origines possibles d’une occlusion intesti-
nale fonctionnelle.

Plus rarement, l’occlusion intestinale fonctionnelle fait suite à un trauma-


tisme crânien, un déséquilibre du diabète, ou encore une insuffisance rénale
majeure.

Symptômes
En cas d’occlusion intestinale, quatre symptômes apparaissent de manière
constante. Tout d’abord, on ressent des douleurs abdominales, diffuses ou
plus localisées en fonction de la cause, permanentes ou entrecoupées d’accal-
mies, et d’intensité croissante. Ensuite, ces douleurs sont accompagnées de
nausées et vomissements, d’autant plus abondants que le siège de l’occlusion
est plus près de l’estomac ou que l’occlusion dure depuis plusieurs heures.
On constate également un arrêt des matières et des gaz, parfois retardé
par rapport aux débuts des autres signes. Enfin, un météorisme abdominal,
c’est-à-dire un gonflement important avec une sonorité tympanique quand
on percute le ventre avec les doigts, est aussi un symptôme régulièrement
constaté. D’autres signes dépendent de l’origine du trouble, comme la fièvre
en cas d’infection ou un état de choc en cas d’hémorragie interne abdominale
ou d’évolution prolongée de l’occlusion.

Évolution
L’intégrité de l’intestin est menacée par l’interruption de la circulation san-
guine au niveau d’une anse intestinale étranglée par une bride, un volvulus
ou un étranglement de hernie. Le segment asphyxié meurt rapidement et
risque d’éclater dans la cavité abdominale.

138
V. Les maladies de l’intestin grêle

Le même risque de perforation ou de rupture existe avec des anses très dis-
tendues par les gaz. La rétention de liquides dans l’intestin menace aussi
gravement l’équilibre de l’eau et des sels minéraux, avec un risque important
de déshydratation et d’état de choc d’évolution fatale.

Traitements
Dans un premier temps, les médecins
tentent de réduire la distension intes-
tinale, avec la mise en place d’une
aspiration par sonde gastrique, et de
rétablir un meilleur état général avec une
perfusion d’eau et de sels minéraux.

Quelques occlusions fonctionnelles,


par intoxication médicamenteuse
par exemple, cèdent pendant cette
réanimation.

En outre, dans quelques cas, un geste peu


agressif permet de résoudre l’occlusion :

ππ le lavement sous pression, qui permet de lever une invagination intesti-


nale du nourrisson ou un volvulus du côlon chez le sujet âgé ;
ππ la fragmentation, instrumentale ou manuelle, d’un fécalome ou d’un
bézoard chez la personne âgée.

Dans la grande majorité des cas, le traitement radical relève de la chirurgie,


qui associe le traitement de la cause de l’occlusion et celui d’une éventuelle
complication de type perforation ou nécrose d’une anse intestinale.

Par ailleurs, que vous appeliez votre médecin traitant ou les urgences médica-
lisées, l’hospitalisation immédiate est la règle.

Une radiographie de l’abdomen sans préparation et surtout un scanner abdo-


minal sont pratiqués en urgence pour confirmer l’occlusion et tenter d’en
déterminer l’origine.

139
V. Les maladies de l’intestin grêle

La péritonite
La péritonite résulte de l’infection du péritoine, la fine membrane qui entoure
tout le tube digestif. C’est une affection grave dont le traitement lourd néces-
site de déterminer la cause.

Causes
La contamination directe du péritoine par
des bactéries véhiculées dans le sang est
rare : seules la tuberculose péritonéale et
l’infection du liquide d’ascite chez le cir-
rhotique répondent à ce mécanisme.

La péritonite est le plus souvent la compli-


cation d’une lésion initiale : appendicite,
surtout si elle est opérée avec retard,
infection de la vésicule ou des voies
biliaires (cholécystite), perforation d’ulcère
de l’estomac ou du duodénum, rupture
d’abcès du foie ou du pancréas, infarc-
tus de l’intestin grêle par invagination
chez le nourrisson, volvulus ou artérite
mésentérique chez la personne âgée,
colite, sigmoïdite, diverticules du côlon,
cancers digestifs, suites d’une chirurgie
abdominale, y compris par cœlioscopie, plaies et traumatismes de l’abdomen,
salpingite ou infection utérine chez la femme.

Symptômes
Deux signes dominent et doivent alarmer le malade ou sa famille : la douleur
abdominale, constante, d’intensité et de localisation maximale variable selon
la cause initiale, accentuée au moindre mouvement, et la contracture des
muscles abdominaux, donnant au maximum un « ventre de bois » gênant les
mouvements respiratoires de l’abdomen.

140
V. Les maladies de l’intestin grêle

D’autres signes s’accentuent rapidement. La fièvre atteint souvent une tem-


pérature supérieure à 38,5 °C, et les nausées et vomissements deviennent
permanents et sont aggravés par la moindre prise d’aliments ou de boisson.

On note aussi une constipation aiguë, qui devient rapidement totale, avec
un ballonnement important, et l’altération de l’état général (pâleur, fatigue
intense, pouls filant, urines rares et foncées).

Des formes larvées, avec une présence de signes peu spectaculaires, peuvent
néanmoins s’avérer être une péritonite.

Évolution et examens
La péritonite est une maladie grave, dont
la mortalité avoisine 10 % dans une forme
appendiculaire, et atteint 40 % dans une
forme post-opératoire ou infection d’ascite.

Les examens ne sont demandés par le


chirurgien qu’en cas de doute, notamment
sur la cause : radiographie ou scanner de
l’abdomen, échographie abdominale et
pelvienne. Le plus souvent, le diagnostic de
l’origine du trouble est réalisé directement
à ventre ouvert par le chirurgien.

Traitements
Seules la tuberculose péritonéale et l’infection d’ascite ne reçoivent qu’un trai-
tement médical à base d’antibiotiques. Dans tous les autres cas, le traitement
obligatoire est l’intervention chirurgicale en urgence. Son but est à la fois de
traiter la cause initiale (voir ci-dessus), mais aussi de laver le péritoine et d’y
poser un drain qui permettra d’évacuer les sérosités jusqu’à guérison.

Avant que les signes ne soient typiques, la douleur accompagnée de vomisse-


ments ou de fièvre impose une consultation rapide chez le médecin traitant.
Dès que les signes, dont la contracture abdominale, deviennent typiques

141
V. Les maladies de l’intestin grêle

d’une péritonite, il est urgent de transférer le malade en milieu chirurgical


après l’avis du médecin traitant ou du médecin de garde. On peut, pour le
transporter, faire appel au centre 15 ou à un véhicule sanitaire privé.

La hernie inguinale et crurale


La hernie est le passage d’organes abdominaux à travers un orifice naturel
situé au niveau du pli de l’aine. Les hernies inguinales sont huit fois plus fré-
quentes chez le garçon ou l’homme que chez la fille, tandis que les hernies
crurales se voient surtout chez la femme âgée.

Hernie inguinale
Le canal inguinal relie la cavité abdominale et
les bourses chez le garçon. C’est par cette voie
que passe le cordon spermatique associant le
canal déférent et les vaisseaux spermatiques qui
irriguent les testicules. Un résidu de canal ingui-
nal embryonnaire peut toutefois persister chez la
fille.

La hernie inguinale indirecte (dite aussi oblique


externe) est d’origine congénitale quand la
fermeture du canal inguinal, qui survient nor-
malement entre la naissance et l’âge de 3 ans,
est insuffisante. Elle est dite directe lorsqu’elle
est due à la faiblesse de l’attache des muscles
abdominaux sur les os du bassin, ce qui entraîne
l’élargissement excessif du canal.

Les facteurs qui favorisent la hernie inguinale directe sont le port de charges
lourdes et l’excès de pression dans l’abdomen (météorisme, ascite). Chez le
garçon, le sac herniaire contient du péritoine et parfois une anse d’intestin
grêle que l’on peut longtemps faire rentrer dans l’abdomen par simple pres-
sion des doigts. Chez la fille, il n’est pas rare de trouver un ovaire dans le sac
herniaire.

142
V. Les maladies de l’intestin grêle

Hernie crurale
L’orifice crural, situé un peu plus à l’intérieur de la cuisse que le canal inguinal,
est un petit espace laissé libre par l’insertion des muscles abdominaux (for-
mant l’arcade crurale) sur le pubis.

La hernie apparaît quand le surpoids, la faiblesse des muscles abdominaux et


des efforts inadaptés élargissent cet espace et laissent passer péritoine et anse
intestinale.

Il existe aussi des hernies ombilicales, autour du nombril ; elles sont toujours
d’origine congénitale.

On diagnostique aussi des éventrations, qui correspondent au passage du


péritoine et d’organes abdominaux à travers un orifice acquis, artificiel,
comme une cicatrice chirurgicale, par exemple.

Symptômes
Une hernie se traduit par la présence d’une
saillie ou d’une tuméfaction perceptible au
niveau de l’aine ou le long du cordon sper-
matique et dans une bourse.

Elle peut être minime, ne contenant que


du péritoine, ou plus volumineuse quand
elle contient une anse intestinale ; elle peut
même disparaître plusieurs semaines avant
de ressortir.

La hernie est accentuée par la toux et l’effort


de poussée abdominale. Elle n’est cependant
pas douloureuse.

On dit que la hernie est réductible tant que


l’on peut faire rentrer l’intestin dans l’abdo-
men avec une pression douce des doigts. Elle est dite irréductible quand cette
manœuvre échoue.

143
V. Les maladies de l’intestin grêle

Évolution
Une hernie ne se corrige pas spontanément avec le temps, même chez le
jeune enfant. Elle ne peut que devenir permanente et s’accentuer au fil des
années.

La principale complication est l’étranglement, qui menace la survie de l’anse


intestinale bloquée dans le sac herniaire. Les signes d’étranglement sont la
douleur locale et le durcissement du sac herniaire, puis une occlusion intesti-
nale apparaît avec des douleurs diffuses, un météorisme, des vomissements,
un arrêt des matières et des gaz. En outre, le taux de récidive après une
chirurgie est inférieur à 1 %.

Traitements
Qu’elle soit inguinale ou crurale, le
traitement de la hernie est chirur-
gical. L’opération peut être réalisée
selon la technique classique avec
incision de la peau ou par cœlio-
scopie. Le chirurgien peut ou non
interposer une prothèse sous forme
de plaque ou de grille pour ne pas
trop étirer les muscles abdominaux.

Les cas les plus simples sont parfois opérés sous anesthésie locale ou péridu-
rale. La hernie étranglée doit en revanche être opérée en urgence, ce qui n’est
pas le cas d’une hernie réductible et indolore.

Bon à savoir : les bandages herniaires, qui compriment l’orifice inguinal ou


crural pour limiter le volume du sac herniaire, ne sont utiles que sur de grosses
hernies en attente de l’intervention qui reste indispensable.

144
V. Les maladies de l’intestin grêle

AA Pour aller plus loin


Questions / réponses de pro

Fractionner les repas


Après une résection intestinale, je dois fractionner mes repas, mais je ne sais pas
comment faire.
Comment déterminer une fraction ?
Question de Robinson.crusoé
ΔΔ Réponse de Lætitia Martinez
Fractionner un repas, c’est le décomposer en plusieurs prises alimentaires
distancées de quelques heures (1 h à 3 h, généralement), plutôt que de
prendre un repas complet en une seule prise.
Étant donné votre intervention chirurgicale, je suis étonnée que vous n’ayez
pas reçu de conseils d’une diététicienne, ou a minima d’un médecin…
Mais vous pouvez trouver des diététiciens libéraux à votre disposition.
N’hésitez pas à en consulter un.

Remplacer les légumes


Suite à un trouble intestinal, on m’a conseillé de manger plus de fibres végétales,
mais j’avoue que je déteste les légumes.
Puis-je les remplacer par des biscuits au son pour avoir ma dose quotidienne de
fibres végétales ?
Question de Sidonie
ΔΔ Réponse de Craquotte
Pour bien fonctionner, notre côlon a besoin de 15 g à 20 g de fibres inso-
lubles par jour.
L’idéal est de les trouver dans les fruits et les légumes, mais on peut aussi
les trouver en mangeant du pain complet, du pain au son ou des céréales
complètes, ou les produits industriels de type biscuits aux gressins ou au
son. Attention à ne pas dépasser la dose utile, car l’intestin est facilement
irrité par ces fibres dures.

145
V. Les maladies de l’intestin grêle

Je regrette tout de même que vous n’aimiez pas les légumes, car ils n’ap-
portent pas que des fibres. Ils sont riches en vitamines et en sels minéraux,
dont le potassium et le magnésium, mais aussi en micronutriments, dont
quelques métaux difficiles à trouver ailleurs.
Avez-vous essayé de remettre des soupes sur la table familiale ? C’est un
excellent moyen de consommer des légumes variés (le nombre de recettes
est pratiquement infini) et d’en tirer tous les éléments nutritifs sans s’en
apercevoir.

Cause de l’irritation de l’anus ?


Peut-on voir des œufs de vers au niveau de l’anus à l’œil nu ? Et peuvent-ils
causer des irritations ?
Question de Google

ΔΔ Réponse de Gusgusm
Il est possible de savoir si vous avez des vers en posant un scotch au niveau
de l’anus. Les vers vont s’y coller (la peau fera barrière).
Eh oui, les vers occasionnent des démangeaisons.

146
VI.
Les maladies du côlon et du rectum

Le rôle du côlon est de ter-


miner la digestion, de
récupérer l’eau du chyme
intestinal et d’évacuer les
déchets résiduels vers le
rectum. Le rectum est
quant à lui le dernier seg-
ment du tube digestif. Il
assure le stockage des selles
avant leur évacuation par
l’anus.

Parmi les maladies du côlon


et du rectum les plus cou-
ramment rencontrées,
on retrouve l’appendicite
(inflammation de l’appen-
dice situé à l’extrémité du cæcum), le syndrome du côlon irritable (troubles
fonctionnels intestinaux), la colite (états d’irritation), la diverticulose (hernie),

147
VI. Les maladies du côlon et du rectum

les polypes intestinaux (tumeurs bénignes), le cancer du côlon et du rectum


(dégénérescence d’une tumeur longtemps bénigne), la rectocolite hémorra-
gique (maladie inflammatoire chronique de l’intestin), les hémorroïdes (veines
de la région anale), la fissure anale (érosion), ainsi que la colique du nourris-
son (douleur abdominale récurrente).

L’appendicite
L’appendicite est une inflammation de l’appendice situé à l’extrémité du
cæcum.

C’est le motif le plus fréquent d’intervention chirurgicale sur l’abdomen.

Causes
L’appendicite est due à une
pullulation bactérienne dans
le cul-de-sac que constitue
l’appendice.

Les germes en cause sont les


germes habituels présents dans
le côlon, mais on ignore généra-
lement pourquoi ils se mettent à
proliférer.

Quelques facteurs favorisants


ont néanmoins été évoqués,
sans preuve formelle de leur implication :

ππ les régimes trop riches en viande ;


ππ et les parasitoses digestives, dont les oxyures.
Les infections virales saisonnières, tels les syndromes grippaux, peuvent par
ailleurs donner un faux tableau d’appendicite dû à la réaction de ganglions
dans le péritoine (adénite mésentérique), qui n’est souvent découvert que
pendant l’intervention chirurgicale.

148
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Symptômes
La douleur existe presque toujours,
elle est ressentie en général dans la
fosse iliaque droite et est maximale
au point de Mac Burney, à mi-dis-
tance entre l’ombilic et la crête de l’os
iliaque. Son intensité, variable, sans
aucune relation entre l’intensité de la
douleur et la gravité de l’appendicite,
peut retarder l’appel à tort au méde-
cin. Elle peut aussi être ressentie dans
le dos, la région lombaire ou sous le
foie lorsque l’appendice n’est pas à sa
place habituelle (appendice rétrocae-
cal, sous-hépatique), voire du côté
gauche de l’abdomen.

À l’inverse, des douleurs de la fosse iliaque droite peuvent être dues à


d’autres causes que l’appendicite : calcul ou infection biliaire, infection uri-
naire ou génitale, pneumonie droite, par exemple.

D’autre part, on observe dès le début ou après quelques heures d’évolu-


tion une fièvre modérée, comprise entre 38 °C et 38,5 °C, des nausées, des
vomissements, une constipation inhabituelle, et parfois une diarrhée.

L’appendicite peut se révéler d’emblée par sa complication majeure : une péri-


tonite avec occlusion intestinale.

Évolution
Sans traitement, l’appendicite évolue presque toujours vers une péritonite.
C’est le risque principal, notamment chez le nourrisson et la personne très
âgée, lorsque la douleur est très faible ou difficile à localiser.

Après l’opération d’appendicectomie, la guérison en quelques jours est la


règle, sauf complication infectieuse (abcès, péritonite).

149
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Examens
Toute suspicion d’appendicite est adressée au chirurgien par le médecin.

La numération sanguine confirme généralement une infection avec une élé-


vation du nombre de globules blancs (leucocytes) polynucléaires, mais cette
élévation s’observe dans toutes les infections bactériennes.

Demandée en cas de doute uniquement, une échographie peut confirmer la


dilatation ou l’empâtement de l’appendice.

Traitements
Le seul traitement de l’ap-
pendicite aiguë est l’ablation
chirurgicale de l’appendice ou appen-
dicectomie, pratiquée depuis 1735.
L’appendicectomie peut se pratiquer
par une incision classique, dans la
fosse iliaque droite, ou par cœliosco-
pie, avec une incision minime sous
l’ombilic. Les résultats sont équiva-
lents avec les deux techniques.

La principale complication opératoire, assez rare, est l’abcès de la paroi sur la


cicatrice. Au cours de l’intervention, le chirurgien vérifie aussi habituellement
la présence sur l’intestin grêle d’un diverticule de Meckel, dont l’infection
peut simuler une appendicite.

En outre, si l’un de vos proches se plaint d’une douleur abdominale, de nau-


sées et d’une fièvre modérée, laissez-le à jeun en attendant un avis médical,
le chirurgien pourra ainsi l’opérer plus rapidement, au besoin. Ne cherchez
pas non plus à faire tomber la température avec des antipyrétiques ou des
linges frais, ni à diminuer la douleur avec une poche de glace ou une bouil-
lotte chaude, car cela risque de masquer les signes et donc de retarder le
diagnostic et le traitement. La première chose à faire est donc d’appeler sans
tarder votre médecin traitant ou le médecin de garde.

150
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Le côlon irritable
Le syndrome du côlon irritable, également appelé colopathie fonctionnelle,
appartient au groupe des troubles fonctionnels intestinaux dans lesquels
aucune anomalie organique n’explique les symptômes provoqués par la
maladie.

Il touche en Occident 10 % à 20 % de la population adulte, avec une forte


majorité de femmes.

Causes
On ne connaît pas de cause unique identifiable
du côlon irritable. Mais deux mécanismes
sont évoqués : des couches musculaires trop
toniques dans la paroi intestinale, ou une trop
grande sensibilité à la douleur viscérale.

Plusieurs facteurs favorisants ont également


été repérés : un terrain psychologique anxieux
ou dépressif, très sensible aux effets du stress,
un rôle possible des hormones féminines
quand les troubles s’aggravent avec les mens-
truations, le rôle déclenchant d’une infection
intestinale, noté dans 25 % des cas, la répéti-
tion d’erreurs diététiques, notamment les abus
de fritures et de végétaux durs.

Symptômes
La nature et la gravité des symptômes varient beaucoup d’une personne à
l’autre et même chez la même personne d’une saison à l’autre.

La plupart des signes apparaissent après les repas. On constate notamment


une douleur abdominale, parfois sous forme de crampes ou de spasmes, qui
disparaît habituellement avec l’émission de selles, ainsi qu’une constipation

151
VI. Les maladies du côlon et du rectum

ou une diarrhée, parfois en alternance chez le même malade. La diarrhée peut


s’accompagner de mucus ou de glaires dans les selles, et parfois d’aliments
non digérés.

D’autres signes sont aussi constants, comme un ballonnement et des flatu-


lences, aussi bien en cas de diarrhée que de constipation et dont l’émission
calme provisoirement la douleur, des borborygmes (bruits intestinaux très
audibles pendant la digestion), un besoin urgent d’aller à la selle, avec une
impression fréquente d’une émission incomplète, et plus rarement des nau-
sées, une aérophagie, des douleurs à l’estomac, une mauvaise haleine.

Évolution
Le syndrome du côlon irritable est une
maladie chronique qui persiste de lon-
gues années. Il se produit généralement
par crises de quelques semaines entre-
coupées de périodes de rémission. Une
crise peut être déclenchée par un stress,
une émotion, un voyage, une erreur
diététique.

Il a été observé que certains rhumatismes inflammatoires, les douleurs de la


fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique sont plus souvent associés
au côlon irritable que dans le reste de la population.

En revanche, les risques de cancer du côlon ou de complications organiques


graves ne sont pas augmentés.

Examens
Un examen des selles et un bilan sanguin éliminent les autres causes possibles
de la douleur abdominale ou de la diarrhée, comme les parasites intestinaux
ou les excès d’hormone thyroïdienne. À partir de 45 ans, la coloscopie est la
règle pour détecter d’éventuelles anomalies du côlon (polypes, cancer) devant
des signes peu spécifiques et parfois trompeurs.

152
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Traitements
Chaque colopathe doit tenir un journal alimentaire sur lequel il note les
menus sur une colonne et les signes observés sur une autre. Il peut ainsi,
avec le temps, identifier les aliments qu’il tolère et ceux qui déclenchent des
troubles.

Il est généralement conseillé à un colopathe d’éviter les graisses cuites, sur-


tout les fritures, les sauces et les aliments gras, le lait entier, les fromages
fermentés, les boissons gazeuses, les légumes secs, les légumes qui fer-
mentent (comme les choux, artichauts, navets, salsifis, bulbes – oignons,
ail, échalote, les fruits secs ou féculents – bananes, châtaignes), les épices
piquantes, remplacées au besoin par des fines herbes, les céréales complètes
et leurs dérivés (pains au son, gressins).

Une diététicienne peut établir des menus équilibrés en fonction des goûts et
préférences de chacun. Les aliments de base seront alors le lait et les laitages
demi-écrémés, les viandes et les poissons maigres, les fruits de mer, les œufs à
la coque, le pain blanc, les pâtes, le riz blanc, les pommes de terre à l’eau ou
en purée, les légumes tendres ou bien cuits, les fruits bien mûrs ou en com-
pote, l’eau plate, en quantité.

En parallèle, les médicaments sont choisis par


le médecin en fonction de chaque cas :

ππ un antispasmodique digestif en cas de


douleur ;
ππ un laxatif qui ramollit les selles en cas de
constipation (pas de produit irritant) ;
ππ un antidiarrhéique ou un antisécrétoire en
cas de diarrhée persistante ;
ππ parfois, une pectine, du charbon actif, des
pansements intestinaux à base d’argile en
cas de ballonnement et de flatulences.
La mésothérapie, l’acupuncture, les plantes médicinales sédatives, les probio-
tiques peuvent également représenter une aide significative.

153
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Contrôler son stress est aussi essentiel pour se soigner. Plus que des médica-
ments tranquillisants, c’est par le changement de mode de vie que le contrôle
du stress peut soulager le syndrome du côlon irritable :

ππ un peu d’exercice physique régulier (20 min par jour) ;


ππ la pratique du yoga ou de diverses techniques de relaxation ;
ππ une thérapie comportementale ;
ππ la participation à des groupes de parole.
Sachez par ailleurs qu’on ne peut pas prévenir une maladie dont on ignore le
mécanisme.

Cependant, adopter à l’avance ou dès les premiers troubles les mesures dié-
tétiques et les habitudes de mode de vie peut éviter l’installation durable du
côlon irritable.

Les colites
On appelle colite, ou irritation du côlon, tous les états d’irritation qui affectent
le côlon dans son ensemble ou sur un large segment.

Causes
Les causes de colite sont très nom-
breuses : infectieuses, toxiques,
post-radiothérapiques, inflammatoires,
allergiques et fonctionnelles.

L’inflammation du côlon est due à


une infection par des bactéries : sta-
phylocoques, colibacille (E. coli, dont
quelques sérotypes sont très agres-
sifs), clostridium, bacille tuberculeux,
entérocoques, shigelles, salmonelles, vibrion du choléra en zone contaminée.
Mais elle peut aussi être causée par des virus divers, des champignons, dont

154
VI. Les maladies du côlon et du rectum

le Candida albicans, plus fréquents après une prise d’antibiotiques, ou des


parasites unicellulaires comme les amibes, les lamblias, les bilharzies ou les
infestations massives par des vers intestinaux.

L’infection chronique ou récurrente par des bactéries est de plus favorisée par
la présence de diverticules dans la paroi colique.

La colite toxique la plus fré-


quente a pour origine la
prise prolongée de laxa-
tifs irritants, qu’ils soient de
nature chimique (contenant
de la phénolphtaléine, par
exemple) ou d’origine végé-
tale (bourdaine et autres
plantes laxatives). D’autre
part, la colite post-antibiotique
peut être banale et guérir en
quelques jours, mais la forme dite pseudo-membraneuse est une complication
aussi redoutable que rare.

Par ailleurs, les irradiations abdominales lors du traitement d’un cancer géni-
tal (utérus), sanguin ou lymphatique (leucémies ou lymphomes par exemple)
peuvent induire une colite qui survient des mois ou des années plus tard.
L’évolution est alors lente et progressive, mais inexorable.

Parmi les causes d’origine inflammatoire, la rectocolite hémorragique et la


maladie de Crohn sont deux maladies chroniques de l’intestin (MICI) qui
affectent le côlon. Les allergies alimentaires sont aussi une cause possible de
colite. Les œufs, le poisson, le lait de vache, les crustacés, l’arachide, les kiwis
sont les aliments souvent retrouvés par l’enquête allergologique. Les into-
lérances alimentaires au lactose, au gluten (maladie cœliaque) ou à divers
aliments plus rarement en cause provoquent également une colite. Elles sont
dues habituellement à un défaut génétique sur une enzyme digestive.

Enfin, le côlon irritable ou colopathie fonctionnelle est le prototype de la colite


fonctionnelle, sans aucune anomalie organique.

155
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Symptômes
Les symptômes de colite, peu spécifiques et très proches de ceux du côlon
irritable, sont variables d’une personne à l’autre et selon son origine. Les plus
fréquents sont :

ππ une douleur abdominale, par-


fois sous forme de crampes ou de
spasmes ;
ππ une constipation ou une diarrhée, la
diarrhée pouvant contenir du sang,
du mucus, du pus ou des glaires ;
ππ le ballonnement et les flatulences,
dont l’émission calme provisoire-
ment la douleur ;
ππ des borborygmes, des bruits intestinaux très audibles pendant la diges-
tion, et de fausses envies urgentes d’aller à la selle.

Examen
Le médecin demande différents examens pour identifier la cause de colite :
examen des selles avec analyse bactériologique et parasitaire, bilan sanguin,
radiographies.

La coloscopie est l’examen de référence, car elle montre le côlon dans sa tota-
lité et permet les prélèvements de tissus pour un examen au microscope.

Traitements
Le traitement général repose sur les mesures diététiques qui éliminent les ali-
ments mal tolérés, la suppression des médicaments irritants et une bonne
hygiène de vie.

Des médicaments symptomatiques peuvent aider à lutter contre la diarrhée,


la constipation, la douleur, les spasmes et les flatulences. Le traitement spéci-
fique est celui de la cause, quand il est possible.

156
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Le diverticule colique
Un diverticule est une petite poche, une her-
nie développée à partir de la paroi du côlon.
Le sommet de ce diverticule s’ouvre dans la
lumière intestinale alors que la poche fait saillie
à la surface externe du côlon. Les diverticules
peuvent siéger sur toute la longueur du côlon,
mais sont plus souvent localisés dans sa partie
sigmoïde, juste avant le rectum.

Causes
Les diverticules coliques sont très fréquents :
ils sont présents chez au moins 10 % des plus
de 50 ans et 50 % des plus de 70 ans. On parle alors de diverticulose. Trois
­facteurs favorisants sont identifiés :

ππ le vieillissement, avec l’affaiblissement progressif des muscles de la paroi


intestinale ;
ππ la constipation chronique, responsable d’une pression excessive sur la
paroi du côlon ;
ππ un déficit en fibres végétales, qui favorise la constipation et réduit le
volume de selles trop dures.

Symptômes
Les diverticules coliques sont très souvent silencieux, ne se manifestant par
aucun symptôme. Ils sont parfois découverts par hasard au cours d’une colos-
copie pratiquée pour un autre motif (suspicion de cancer, saignement, colite
fonctionnelle).

L’inflammation ou l’irritation de diverticules peut néanmoins se manifester par


des douleurs, le plus souvent dans la fosse iliaque gauche, une fièvre modé-
rée, une constipation, et plus rarement une diarrhée. Le tout ressemble alors à
une crise d’appendicite, mais localisée à gauche.

157
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Évolution
La principale complication aiguë des
diverticules coliques est l’infection
(diverticulite), lorsque les bactéries
commencent à pulluler dans la poche.

Cette infection est alors responsable,


selon les cas, d’abcès localisés, d’une
péritonite, ou d’une sigmoïdite dif-
fuse. Un saignement peut également
apparaître si une petite artériole du
diverticule est lésée par l’infection.

La principale complication chronique des diverticules coliques est le rétré-


cissement (sténose) du côlon, qui peut faire croire au début à une forme de
cancer.

Examens
Deux examens s’imposent quand le médecin suspecte une diverticulose
évoluée :

ππ la coloscopie, qui reste l’examen de référence ;


ππ le scanner abdominal, avec étude soigneuse de la paroi du côlon, plus
utile que le lavement baryté autrefois pratiqué.

Traitements
Une diverticulose non compliquée
ne justifie aucun traitement autre
qu’une alimentation enrichie en
fibres végétales pour améliorer
le transit intestinal. Des antal-
giques antispasmodiques peuvent
cependant soulager une poussée
d’irritation un peu douloureuse.

158
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Les complications (abcès, péritonite, sténose du sigmoïde) sont généralement


traitées par l’ablation chirurgicale de la zone malade, ce qui représente une
intervention assez lourde.

Par ailleurs, la meilleure prévention est d’avoir dès l’enfance une alimenta-
tion riche en fibres végétales et une hydratation suffisante pour éviter toute
période de constipation chronique.

Manger au moins 400 g de fruits et légumes par jour, préférer le pain complet
au pain blanc, surtout si les ascendants présentent déjà des diverticules, boire
au moins 1,5 l d’eau par jour, sont alors les gestes indispensables à pratiquer.

Les polypes intestinaux


Les polypes intestinaux sont des tumeurs bénignes qui siègent sur la
muqueuse du côlon.

Le polype est unique dans la majorité des cas, mais leur nombre peut dépas-
ser la centaine chez certains sujets : on parle alors de polypose colique. En
outre, des polypes du côlon ne doivent pas être négligés, car ils peuvent se
transformer en cancer.

Facteurs de risque
Les études montrent que les
polypes du côlon sont favorisés
dans les pays industrialisés par
des régimes hypercaloriques,
riches en viande et pauvres en
fibres végétales.

Les facteurs génétiques sont


identifiés dans la polypose
colique familiale.

Cette maladie est due à un


gène défectueux situé sur le chromosome 5.

159
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Symptômes
Un polype colique reste longtemps silencieux, il ne se manifeste par aucun
symptôme. Dans quelques cas, l’alerte est donnée par un petit filet de sang
présent à la surface des selles, résultat d’une irritation mécanique du polype
par les matières fécales.

Un test systématique de dépistage du côlon par recherche de sang dans


les selles peut également attirer l’attention. L’émission de glaires par l’anus
évoque une forme particulière, les rares polypes villeux. La découverte de
polypes intestinaux se fait presque toujours au cours d’une coloscopie.

Évolution
Le plus souvent, les polypes restent stables et régressent même parfois
spontanément.
Le risque majeur est la transformation possible en cancer du côlon. On consi-
dère que tout polype de plus de 1 cm de diamètre présente un risque de
cancérisation et doit être enlevé ou détruit par coloscopie.
Le traitement de la plupart des polypes se fait en même temps que la colosco-
pie, par leur destruction immédiate réalisée par le gastro-entérologue pendant
l’examen.
Dans quelques cas de polypose multiple ou suspecte de cancer, leur ablation
est réalisée dans un second temps par le chirurgien.

Traitements
Seule une coloscopie peut détecter la
plupart des polypes.

Elle est effectuée, surtout à partir de


50 ans, en présence de signes diges-
tifs comme des ballonnements, des gaz
coliques abondants, un petit saignement
anal, des hémorroïdes internes.

160
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Une coloscopie de contrôle est ensuite conseillée tous les cinq ans chez les
anciens porteurs de polypes déjà traités. La coloscopie est systématique et
régulière chez les membres d’une famille atteinte de polypose colique fami-
liale, car le risque de cancérisation est réel et précoce, dès 40 ans.

Le médecin traitant insiste souvent auprès de ses patients pour qu’ils effec-
tuent un test Hémoccult à partir de 50 ans. Un résultat positif peut révéler un
cancer ou un banal polype du côlon.

Le cancer du côlon et du rectum


On découvre chaque année en France 33 000 nouveaux cancers colorectaux,
ce qui en fait le cancer digestif le plus répandu. Sa fréquence augmente sen-
siblement à partir de 45 ans et atteint un pic vers 70 ans avant de décroître
légèrement. Il affecte à égalité l’homme et la femme.

Causes
Dans 75 % des cas, le cancer est
clairement dû à la dégénérescence
d’une tumeur longtemps bénigne,
le polype du côlon ou du rectum.
Dans 5 % des cas, il existe un fac-
teur génétique familial, avec ou sans
polypose rectocolique préalable.
La polypose rectocolique familiale
dégénère en cancer dans tous les cas
avant 40 ans.

Les autres facteurs de risque identifiés sont la rectocolite hémorragique, un


apport calorique élevé et un excès de poids, ou un autre cancer (sein, utérus,
ovaire).

Le rôle de l’alimentation comme facteur de risque ou de prévention est dis-


cuté. Les excès de viandes grasses, de graisses animales et de féculents sont
globalement suspectés, mais sans preuve formelle. Les substances produites

161
VI. Les maladies du côlon et du rectum

par les grillades à feu vif sont cancérigènes, mais on ignore si les doses absor-
bées sont suffisantes pour provoquer un cancer chez l’homme. Les fibres
végétales des fruits, des légumes (choux, brocolis) et des céréales complètes
semblent protectrices dans diverses études et sans aucun effet dans d’autres ;
mais il est certain qu’elles n’ont jamais un effet négatif.

Symptômes
Le cancer du côlon et du rectum peut évoluer plusieurs années sans se mani-
fester. Les premiers signes d’alarme sont peu typiques : douleur abdominale
intermittente, ballonnement, flatulences par périodes, alternance de diarrhée
et de constipation, fatigue, perte d’appétit et de poids, petite fièvre le soir, et
pâleur due à l’anémie.

Le signe le plus alarmant est alors la présence de sang rouge ou noir dans les
selles, parfois en petite quantité à la surface des matières fécales, et un petit
écoulement de selles après la défécation.

Un cancer colorectal évolué se révèle parfois directement par une occlusion


intestinale.

Évolution
En absence de traitement, le cancer envahit le
péritoine, l’intestin grêle, la vessie, les ganglions
lymphatiques, puis les organes à distance (foie,
poumons, cerveau). Dans ce cas, la survie ne
dépasse pas 1 an à 2 ans.

Globalement, le taux de guérison des cancers


du côlon et du rectum est d’environ 50 %. Plus
le cancer est dépisté et traité tôt, plus le taux de
guérison est élevé.

La destruction d’un polype en voie de cancérisa-


tion assure une guérison définitive, mais elle impose une surveillance régulière
par coloscopie pour détecter une récidive éventuelle.

162
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Examens
L’examen des selles confirme la présence, parfois microscopique, de sang.
Mais l’examen de référence reste la coloscopie qui montre directement la
tumeur et permet d’en prélever un fragment.

Le scanner abdominal n’est utile qu’en préparation de l’intervention chirurgi-


cale, à la recherche de ganglions ou de l’extension du cancer.

Traitements
Dans la grande majorité des cas, le pre-
mier traitement du cancer colorectal est
l’ablation de la tumeur et de la portion
du côlon (droit, transverse ou gauche)
ou du rectum touchée.

La continuité du côlon est rétablie


immédiatement par le chirurgien quand
cela s’avère possible. Si ce n’est pas
envisageable, un anus artificiel est réa-
lisé, afin d’évacuer les selles dans une
poche posée sur la peau. La continuité
de l’intestin est ensuite rétablie lors
d’une deuxième intervention.

Si l’ablation d’une tumeur trop éten-


due aux tissus voisins est impossible, un
anus artificiel ou une dérivation interne
du côlon contournant la tumeur assure
un minimum de confort au malade. Une chimiothérapie complète parfois le
traitement.

D’autre part, un régime sans résidus est instauré avant l’intervention. Il exclut
tous les fruits et légumes ainsi que les céréales complètes. Ce dernier est
poursuivi quelques semaines ou quelques mois après l’intervention et en cas
d’anus artificiel.

163
VI. Les maladies du côlon et du rectum

En outre, le dépistage du cancer colorectal repose sur :

ππ la surveillance précoce par coloscopie dans les familles à risque (polypose


familiale) ;
ππ une coloscopie systématique devant des troubles du côlon dès 45 ans ;
ππ la destruction des polypes sous coloscopie ;
ππ la recherche de sang dans les selles par un test de type Hemoccult pro-
posé gratuitement par les caisses d’assurance maladie.

La rectocolite hémorragique
La rectocolite hémorragique (RCH) est une maladie inflammatoire chronique
de l’intestin.

Elle affecte toujours le rectum et remonte plus ou moins jusqu’au côlon droit,
vers l’intestin grêle. Elle débute habituellement en fin d’adolescence.

Causes
La RCH est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, probablement
d’origine auto-immune (le corps s’attaque lui-même), mais dont le facteur
déclenchant reste inconnu.

Deux facteurs favorisants sont toutefois identifiés : la RCH est plus fréquente


dans certaines familles (10 % des cas sont liés à un terrain familial) et chez les
fumeurs et anciens fumeurs, surtout dans les mois qui suivent l’arrêt du tabac.

Symptômes
Les poussées inflammatoires légères se traduisent par l’émission d’au moins
quatre selles par jour contenant des glaires et du sang, des douleurs abdomi-
nales sur le trajet du côlon et du rectum, une fièvre modérée et une discrète
fatigue.

Ces signes sont beaucoup plus intenses lors des poussées sévères, jusqu’à
vingt selles sanglantes par jour et une douleur abdominale très forte.

164
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Entre les poussées, on observe parfois une ou plusieurs selles sanglantes et


une sensibilité abdominale diffuse.

Dans quelques cas, des manifesta-


tions non digestives sont associées à
la RCH : une uvéite (inflammation de
l’intérieur de l’œil), des douleurs rhu-
matismales de la colonne vertébrale,
du bassin et des hanches, des anoma-
lies cutanées de type psoriasis, ou une
inflammation des voies biliaires (cho-
langite sclérosante).

Évolution
Chaque poussée peut évoluer vers
la rémission ou un jour, vers une
aggravation incontrôlable par les
médicaments.

Après chaque poussée, une rémission


complète peut également s’installer pour une durée imprévisible, de quelques
jours à plusieurs années.

Les principales complications sont la perforation intestinale avec péritonite


sévère, la dilatation gazeuse du côlon, l’hémorragie intestinale grave, la septi-
cémie, et l’évolution vers un cancer dans les RCH très anciennes.

Examens
L’examen de référence est la coloscopie, qui montre les lésions et permet de
prélever des biopsies examinées au microscope.

Les analyses de selles vérifient aussi l’absence de parasites ou de bacté-


ries, tandis que les analyses de sang permettent de rechercher des désordres
immunitaires et une éventuelle anémie.

165
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Traitements
Le traitement médical des poussées
légères ou modérées comprend un
régime sans résidus excluant notam-
ment les fruits, les légumes et les
céréales complètes, un médicament
de type 5-ASA ou salazopyrine, et
de la cortisone par voie orale en cas
d’échec.

Le traitement médical d’une poussée sévère comprend une alimentation


uniquement par voie veineuse, de la cortisone ou de la ciclosporine (médica-
ment immunosuppresseur), aussi par voie veineuse, et des transfusions et des
antibiotiques si nécessaire. Si ce traitement reste sans effets, le chirurgien pra-
tiquera une ablation du côlon (colectomie totale).

Entre les poussées, un traitement d’entretien (médicament) et la consom-


mation régulière de probiotiques (yaourts spécifiques, par exemple) sont
conseillés.

Les hémorroïdes
Les hémorroïdes sont des veines de la région anale, qui comprend
deux réseaux où se mélangent le sang artériel et le sang veineux : le réseau
externe situé à l’extérieur du canal anal et le réseau interne situé autour du
rectum et du canal anal. Un adulte sur deux présente au moins une hémor-
roïde à 50 ans.

Causes
La cause principale des hémorroïdes est la faiblesse congénitale de la paroi
veineuse. Les facteurs déclenchants ne provoquent pas les hémorroïdes, mais
les révèlent, comme la sédentarité, le travail en position assise, le port régulier
de charges lourdes, l’excès de poids, les épices, l’abus d’alcool, la constipation
chronique, la grossesse et les tumeurs abdominales.

166
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Symptômes
En dehors des crises, les hémorroïdes
externes forment une dilatation locali-
sée à la marge de l’anus, non
douloureuse et qui s’aplatit sous la pres-
sion du doigt. Les hémorroïdes internes
ne sont détectables que par le médecin
quand il pratique un toucher rectal. Elles
peuvent aussi saigner, laissant un filet
de sang rouge à la surface des selles ;
un suintement et une démangeaison anale sont également possibles. La crise
hémorroïdaire est une poussée d’inflammation qui provoque des douleurs, sur-
tout au moment de la défécation, et une rougeur autour de la veine atteinte.
La crise majeure est la thrombose hémorroïdaire : lorsqu’un caillot sanguin
s’est formé dans la veine dilatée, la douleur intense est permanente, encore
accentuée par la marche et la position assise, et empêchant le sommeil.

Évolution
Une veine dilatée le reste. Ainsi, les hémorroïdes acquises pendant une gros-
sesse peuvent régresser après l’accouchement, quand la pression baisse dans
le ventre, mais elles ne disparaissent pas.

Certaines hémorroïdes volumineuses ne se manifestent jamais alors que


d’autres, plus petites, sont le siège de thromboses répétées.

Traitements
Les hémorroïdes externes ne nécessitent
aucun examen, tandis que les hémor-
roïdes internes, détectées par le toucher
rectal, sont évaluées par une rectosco-
pie, examen du rectum à l’aide d’un tube
lumineux. Les hémorroïdes qui ne gênent
pas ne méritent aucun traitement. En cas

167
VI. Les maladies du côlon et du rectum

de poussée modérée, les traitements locaux sous forme de pommade ou de


suppositoire contiennent généralement un désinfectant, un anti-inflamma-
toire souvent de type cortisone, et un anesthésique local. Les médicaments
par voie orale, de type veinotonique ou homéopathie, n’ont pas prouvé for-
mellement leur utilité. Certaines personnes en sont satisfaites, d’autres ne
remarquent aucune différence.

En revanche, en cas de thrombose hémorroïdaire, une incision chirurgicale


de la veine devra être pratiquée pour extraire le caillot. Il existe alors diffé-
rentes techniques : la sclérose par injection de produit chimique dans la veine,
la coagulation par courant électrique, le froid ou les rayons infrarouges, la
ligature élastique du paquet veineux, ou l’ablation chirurgicale. Si vos hémor-
roïdes vous gênent ou sont irritées, quelques gestes quotidiens peuvent être
utiles. Il est notamment conseillé de bouger, marcher, et renforcer doucement
ses abdominaux. Les longues positions assises ou traumatisantes (vélo, che-
val, moto) doivent également être évitées.

En outre, les médecins recommandent de manger des fruits et des légumes,


de boire beaucoup d’eau pour lutter contre la constipation, et d’aller à la selle
tous les jours, mais sans prendre de laxatif irritant. Mieux vaut aussi supprimer
les épices fortes, les mets acides et l’alcool. Enfin, une toilette locale deux fois
par jour avec de l’eau tiède et un savon désinfectant doit être effectuée, et les
sous-vêtements en coton seront à privilégier.

Les fissures anales


La fissure anale est une érosion, une petite crevasse située au bord de l’anus,
souvent le long d’un pli.

Causes
Les facteurs de risque connus de la fissure anale sont l’âge (la fissure anale est
fréquente chez le bébé avant 2 ans, puis chez les personnes âgées), la consti-
pation chronique avec émission de selles dures, des diarrhées persistantes et
prolongées irritant la muqueuse anale, l’accouchement, les maladies inflam-
matoires chroniques de l’intestin, ainsi que le psoriasis.

168
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Symptômes
Une fissure anale se manifeste par une douleur vive ou une sensation de brû-
lure déclenchée par la défécation.

On constate aussi un léger saignement de sang rouge, visible sur le papier de


toilette, des démangeaisons, une rougeur anale, et des spasmes musculaires
du sphincter anal.

Traitements
Une fissure anale guérit une
fois sur deux sous traite-
ment médical. L’évolution
vers une plaie chronique,
atone, qui ne cicatrise pas,
peut toutefois imposer une
réparation chirurgicale.

Le traitement médical
associe des soins locaux
(hygiène rigoureuse, bains
de siège, crème ou supposi-
toire anti-inflammatoire), à un laxatif émollient pour ramollir les selles et à un
régime assez riche en eau, en fruits bien mûrs et légumes cuits.

Une pommade à 2 % de nitroglycérine parvient à guérir une partie des fis-
sures en voie de chronicité.

Très peu utilisée, car coûteuse, l’injection de Botox® peut également contrô-
ler les spasmes du sphincter.

Par ailleurs, le traitement chirurgical, simple et rapide, ne nécessite pas d’hos-


pitalisation, sauf en cas d’anesthésie.

Un patient sur deux présente toutefois une légère incontinence pendant les
quelques jours qui suivent l’opération.

169
VI. Les maladies du côlon et du rectum

La colique du nourrisson
La colique du nourrisson est
une douleur abdominale
récurrente qui touche jusqu’à
20 % des nourrissons. Elle
apparaît habituellement entre
la deuxième et la troisième
semaine de vie et peut durer
jusqu’à l’âge de six mois,
période où elle disparaît
systématiquement.

Causes
La colique du nourrisson est attribuée à l’immaturité des fibres nerveuses dans
le tube digestif du bébé.

Une intolérance aux protéines du lait de vache ou au lactose est parfois en


cause. Aucune autre hypothèse n’a été démontrée.

Symptômes
Au moins trois heures par jour, plutôt après les repas et le soir, et trois fois par
semaine, le bébé pleure très fort et hurle en se tordant dans tous les sens. Il
devient aussi tout rouge sous les efforts pour crier, et replie les jambes sur son
ventre qui semble ballonné et dur sous les doigts.

On observe également que le nourrisson s’agite pendant le sommeil et émet


des flatulences.

Ces crises de pleurs intenses inquiètent beaucoup les parents impuissants


à calmer leur enfant. Pourtant, le nourrisson mange et prend du poids
normalement.

Dès que la crise est terminée, le nourrisson sourit, gazouille et redevient un


bébé détendu.

170
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Examens

Aucun examen n’est indispensable quand le médecin ou le pédiatre ont iden-


tifié une colique du nourrisson.

En cas de doute, quelques examens radiologiques élimineront une malforma-


tion encore méconnue, un reflux gastro-œsophagien ou une hernie.

Traitements
Les médicaments allopathiques sont ineffi-
caces, mais l’homéopathie peut avoir un
effet bénéfique modéré.

Dans le cas de bébés allaités au lait mater-


nel, sachez que ce dernier est parfait pour le
nourrisson. Il est seulement recommandé, si
le bébé est nourri au sein, de ne présenter à
chaque tétée qu’un seul sein, que le nourris-
son doit vider complètement.

La mère doit aussi éviter les boissons


gazeuses, l’alcool et les aliments qui peuvent
altérer le goût du lait maternel.

Pour les bébés nourris au lait artificiel, il est


recommandé de diminuer le volume des
biberons et d’augmenter leur nombre, cela
fonctionne parfois. Il faut aussi bien respecter les proportions : une cuillère
rase de poudre pour 30 g d’eau.

Le biberon doit en outre être donné lentement, sans précipitation et dans


une atmosphère calme (pas de musique ou de télévision trop forte). De plus,
mieux vaut ne pas changer de lait sans en avoir parlé avec son pédiatre.

Après la tétée, il est possible de coucher le bébé à plat ventre sur ses genoux
et de lui masser le dos et de caresser doucement son ventre.

171
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Le bébé doit aussi être couché


dans une chambre silencieuse et
sombre, et une bouillotte pas trop
chaude peut être posée sur son
ventre.

Le nourrisson pourra également


garder sa tétine à sucer.

Enfin, il est possible de le tenir


bien droit contre soi, sa tête reposant sur une épaule, et en marchant
lentement.

Attention ! Ne secouez jamais votre bébé, même si ses hurlements vous exas-
pèrent. Inutile de tenter une diversification précoce, remplaçant le lait par des
aliments, pour un bébé dont le tube digestif est probablement immature.

172
VI. Les maladies du côlon et du rectum

AA Pour aller plus loin


Questions / réponses de pro

Inflammation du côlon
Je souffre d’une inflammation du côlon depuis maintenant 2 ans. Mon spécia-
liste m’a prescrit du Fivasa, ce qui me soulage un peu, mais j’ai toujours des
nausées et des effets indésirables comme des vertiges.
Je suis un peu perdu. Est-ce qu’il existe des médicaments naturels qui pourraient
m’aider ?
Question de Papillon2

ΔΔ Réponse de Martinez Lætitia


Pourquoi avoir uniquement le réflexe des médicaments ou autres complé-
ments alimentaires ?
Avant d’en arriver là, je vous conseille de vous adresser à une diététicienne
qui pourra vous donner des conseils personnalisés sur votre alimentation,
pour améliorer votre confort digestif.

Côlon nerveux
Je souffre depuis un bon moment du côlon nerveux : à la moindre contrariété,
mon côlon gonfle et me fait très mal.
Avez-vous des conseils à me donner pour soulager la douleur ?
Question d’Amariane18

ΔΔ Réponse de Lili
Vous pouvez appliquer ce mélange à chaque moment désagréable : huile
essentielle d’estragon, huile essentielle de basilic tropical, huile essentielle
de menthe poivrée, huile essentielle de lavande, vraie huile essentielle de
petit grain bigarade.
Il faut mettre une goutte de chaque huile (soit cinq gouttes) pour
quinze gouttes d’huile végétale de noisette. Il vous suffit ensuite de masser
la zone douloureuse avec le mélange.

173
VI. Les maladies du côlon et du rectum

Attention toutefois à ne pas utiliser d’HE chez la femme enceinte/allaitante,


chez les enfants de moins de 7 ans, chez les personnes épileptiques. En
cas de doute, demandez conseil à un aromathérapeute ou pharmacien ou
médecin traitant.

Irritations chez l’enfant


Mon fils de 5 ans dort mal depuis quelque temps et me dit que ses fesses le
grattent. D’où cela peut-il provenir ?
Question de Sheila

ΔΔ Réponse de Craquotte
Votre fils est probablement porteur d’oxyures, de petits vers qui se logent
dans les lis de l’anus et du rectum et sont plus actifs en début de soirée et
la nuit.
Vous pouvez essayer de les voir en déplissant doucement l’anus de votre
fils, juste avant l’heure du coucher ou d’en repérer dans des selles fraîche-
ment émises.
Un petit test de laboratoire, qui consiste à récolter des œufs d’oxyures sur
la muqueuse anale grâce à un ruban adhésif, confirmera cette hypothèse.
Le traitement est simple, avec un vermifuge pris à deux reprises, à quinze jours
d’intervalle pour éviter les récidives.

174
VII.
Les maladies du foie, des voies biliaires
et du pancréas

Les glandes de la paroi de l’estomac


sécrètent de l’acide chlorhydrique et des
enzymes directement libérés dans la poche
gastrique. En parallèle, des glandes annexes
fabriquent les substances (enzymes, sels
biliaires) nécessaires à la digestion chimique
des aliments, et les déversent dans le tube
digestif par l’intermédiaire de canaux.

Les plus importantes sont alors les glandes


salivaires, qui déversent leurs sécrétions
dans la bouche, et le foie, dont l’une des
innombrables fonctions est de sécréter la
bile, stockée dans la vésicule biliaire entre
deux digestions et déversée dans le duodé-
num au passage des aliments. Enfin, le suc
du pancréas est déversé dans le duodénum.

175
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Parmi les maladies touchant le foie, on dénombre l’hépatite virale (inflamma-


tion du foie infecté par un virus), l’hépatite toxique (attaque et destruction
des cellules hépatiques), la cirrhose (destruction irréversible des cellules hépa-
tiques), et le cancer (tumeur maligne).

Les maladies des voies biliaires comprennent les calculs biliaires (constitués de
cholestérol pur ou d’un mélange cholestérol/calcium/sels biliaires), la cholé-
cystite (infection ou inflammation de la vésicule biliaire), et le cancer des voies
biliaires (touche la vésicule, le canal cystique vers le hile du foie ou le canal
cholédoque jusqu’à l’ampoule de Vater vers le duodénum).

D’autre part, la pancréatite (la glande s’autodigère) et le cancer (tumeur


maligne) sont deux maladies qui touchent le pancréas.

Les maladies du foie


Les maladies du foie sont l’hépatite virale, l’hépatite toxique, la cirrhose et le
cancer.

Hépatite virale
L’hépatite virale est l’inflammation
du foie infecté par un virus. Elle
commence toujours par une phase
aiguë, puis elle guérit ou évolue
vers une forme chronique qui
menace gravement le foie. Les
trois virus les plus souvent rencon-
trés sont appelés A, B et C. Mais
d’autres sont parfois en cause.

Le virus de l’hépatite A est un virus


très résistant en dehors du corps, qui se transmet par l’eau, les aliments souil-
lés et les mains sales, à partir des déjections de personnes porteuses du virus,
malades ou non. L’incubation entre la contamination et la déclaration de l’hé-
patite dure entre quatre et six semaines.

176
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Le virus de l’hépatite A est de plus très répandu dans le monde, notamment


en Afrique, y compris le Maghreb, en Asie et Amérique du Sud. En Europe et
en Amérique du Nord, la vaccination presque systématique des jeunes géné-
rations a fortement diminué la fréquence et les risques.

Le virus de l’hépatite B, très résistant, est cent fois plus contagieux que celui
du sida. Il se transmet par le contact avec le sang, les seringues et les aiguilles
(notamment chez les toxicomanes), un matériel médical non stérilisé, le
tatouage, le piercing, les rapports sexuels non protégés, et de la mère à l’en-
fant pendant l’accouchement.

L’incubation dure de 45 à 180 jours, avec une moyenne de deux à trois mois.


Ce virus est en outre très répandu (plus de 350 millions de porteurs dans le
monde) avec, dans les pays développés, une forte coïncidence avec le risque
de sida en raison des comportements toxicomaniaques ou sexuels.

Le virus de l’hépatite C, dont on connaît six varié-


tés ou génotypes et de nombreux sous-types,
ne se transmet que par le sang : transfusions,
seringues partagées, instrument contaminé.
L’incubation dure d’un à trois mois. Assez répandu
(170 millions de porteurs dans le monde), on le
retrouve souvent en association avec le virus du
sida.

En dehors de ces trois virus fréquemment obser-


vés, on en rencontre également d’autres à l’origine d’hépatites. Ainsi, le
facteur delta de l’hépatite D est toujours associé au virus de l’hépatite B, dont
il dépend pour sa réplication. Il n’est cependant fréquent que dans les régions
équatoriales d’Afrique et d’Amazonie. Le virus de l’hépatite E, peu fréquent
en Europe, se transmet comme celui de l’hépatite A, avec le porc comme hôte
intermédiaire possible.

Le rôle des virus de type F et G reste, quant à lui, hypothétique dans la sur-
venue d’hépatites. D’autres virus peuvent aussi être impliqués : les virus du
groupe herpès, de la fièvre jaune, du type B19, d’Epstein-Barr (responsable de
la mononucléose), et les cytomégalovirus.

177
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Par ailleurs, une partie des hépatites virales (plus de la moitié pour le virus A)
ne se traduisent par aucun symptôme, et la guérison survient sans que la
maladie soit apparue. Quand l’hépatite se déclare, elle commence par un
état grippal banal avec fièvre, courbatures, maux de tête, nausées, perte
d’appétit, et un foie un peu sensible à la palpation. L’ictère ou jaunisse appa-
raît quelques jours plus tard et présente des urines foncées, une conjonctive
oculaire colorée en jaune, une coloration plus ou moins jaune de la peau,
des selles normales ou décolorées, et des démangeaisons diffuses possibles.
L’ictère, accompagné de fatigue, dure deux à six semaines.

Les hépatites à virus A ou E guérissent


presque toujours spontanément, avec une
fatigue qui persiste deux à trois mois.
L’hépatite à virus B guérit, elle, spontanément
dans 90 % des cas, devient chronique dans
environ 10 % des cas et risque alors d’évoluer
vers une cirrhose ou un cancer du foie. Chez
un petit nombre de malades, il se produit
d’emblée une hépatite fulminante, qui détruit
totalement le foie en quelques jours ou
quelques semaines.

Enfin, l’hépatite à virus C guérit sponta-


nément une fois sur quatre. Elle évolue
lentement (plus de 10 ans parfois) vers une fibrose du foie avec risque de cir-
rhose ou de cancer. L’évolution des hépatites dues à d’autres virus dépend de
leur virulence et de la résistance immunitaire du malade.

Par ailleurs, pour diagnostiquer une hépatite, on passe d’abord par un bilan
sanguin, qui montrera une inflammation du foie : les enzymes hépatiques
seront élevées (plus de vingt fois la normale), et la bilirubine sera aussi élevée
en cas de jaunisse déclarée sur le bilan hépatique. Le bilan sanguin permettra
également de déceler la présence d’antigènes et/ou d’anticorps spécifiques
au virus en cause sur le sérodiagnostic. La ponction-biopsie du foie n’est pra-
tiquée que devant une forme grave, fulminante ou chronique sévère, pour
laquelle on envisage une greffe de foie.

178
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Dans tous les cas, il est conseillé de s’abstenir d’alcool et de médicaments


toxiques pour le foie (paracétamol, par exemple). Il n’y a pas de traitement
spécifique des hépatites A et E, ni des hépatites B et C en phase aiguë ou
débutante. Les hépatites B actives sont traitées par une injection hebdo-
madaire d’interféron pour éviter le passage à la chronicité, tandis que les
hépatites C actives sont traitées par interféron associé à un antiviral tel la riba-
virine. En cas d’hépatite fulminante ou de fibrose avancée, le seul espoir de
guérison repose sur une greffe du foie.

Les hépatites sont des maladies pouvant avoir des conséquences mortelles, il
est donc vivement recommandé de mettre en place toutes les précautions
connues.

En ce qui concerne l’hépa-


tite A, la prévention la plus
efficace est la vaccination,
très bien tolérée à tout
âge. Elle est particulière-
ment recommandée avant
un voyage, même court,
en pays à risque. Les autres
mesures préventives sont
du domaine de l’hygiène :
se laver les mains très sou-
vent, ne boire que des boissons embouteillées, bien éplucher les fruits et les
crudités, cuire les autres légumes.

Pour l’hépatite B, la vaccination est aussi la prévention la plus efficace, par-


ticulièrement recommandée avant 7 ans et obligatoire dans les professions
à risque comme les métiers de la santé. Malgré quelques présomptions et
campagnes médiatiques, il n’existe aucune preuve formelle de responsabi-
lité du vaccin anti-hépatite B dans la survenue de maladies comme la sclérose
en plaques. Aucun effet secondaire de ce type n’a été rapporté après une
vaccination chez les enfants, chez qui le risque d’hépatite chronique est plus
élevé que chez l’adulte. Il est donc fortement conseillé de vacciner les nour-
rissons en même temps et dans la même seringue que les vaccins obligatoires

179
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

de la première année, avec un rappel au début de l’adolescence. Les autres


mesures préventives portent sur l’utilisation de seringues à usage unique par
les toxicomanes, de matériel à usage unique pour les tatouages, piercings et
le plus d’actes médicaux possible. Le port de préservatifs et le dépistage régu-
lier du virus B sont indispensables afin de briser la chaîne de contamination.

Enfin, il n’existe aucun vaccin contre l’hépatite C. Des mesures d’hygiène


identiques à celles de l’hépatite B peuvent néanmoins être appliquées.

Hépatite toxique
Parmi ses multiples fonctions, le
foie assure la neutralisation et
l’élimination de nombreuses subs-
tances présentes dans le sang.
Lorsque la quantité ou la puissance
du toxique dépasse les capacités
métaboliques du foie, il attaque
et détruit les cellules hépatiques :
c’est l’hépatite toxique.

Certains toxiques attaquent systématiquement le foie, mais leur effet dépend


de la dose ingérée. D’autres produits, comme certains médicaments, ne sont
toxiques que chez un faible pourcentage de sujets particulièrement sensibles
à la molécule ou à ses dérivés métaboliques. L’alcool est le principal agent des
hépatites toxiques dans le monde. Il peut provoquer une hépatite si le buveur
y est très sensible, bien avant la stéatose ou la cirrhose.

Près de mille médicaments sont répertoriés comme susceptibles de pro-


voquer une hépatite toxique. Si la fréquence dépasse une hépatite pour
cent malades, le médicament est retiré du marché. Les produits répertoriés
provoquent en moyenne une hépatite pour 1 000 à 10 000 malades.

Parmi les médicaments courants connus pour leur toxicité hépatique se


trouvent notamment le très banal paracétamol, à doses massives (risque de
mort au-delà de 25 g pour un adulte sain, bien en dessous sur un foie déjà

180
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

lésé par l’alcool) ou en traitement prolongé, l’aspirine, le diclofénac, antal-


gique et anti-inflammatoire, les contraceptifs oraux et autres hormones
oestrogènes, des antibiotiques (érythromycine, cycline, nitrofurantoïne,
chloramphénicol, isoniazide, kétoconazole, un anti-champignon), des antié-
pileptiques dérivés de l’acide valproïque, des antipsychotiques de type
phénothiazines, des hypotenseurs (captopril, méthyldopa, diurétiques thiazi-
diques), des médicaments, fibrates ou statines, contre le cholestérol, des gaz
anesthésiques (chloroforme, halothane), des anticancéreux, les antithyroïdiens
de synthèse… et bien d’autres.

À noter : pour savoir si vos médicaments présentent un risque de toxicité hé-


patique, consultez la notice incluse dans sa boîte. Ce risque sera signalé dès
qu’un seul cas a été prouvé. En cas de doute, demandez des examens de labo-
ratoire (bilan hépatique) à votre médecin.
Par ailleurs, plusieurs cas mortels d’hépatite toxique ont également été
provoqués en Europe par des médecines traditionnelles chinoises ou une phy-
tothérapie dans lesquelles une confusion avait été faite entre deux plantes
voisines. Les champignons comme l’amanite phalloïde, l’amanite panthère
et certaines variétés de lépiotes provoquent également une hépatite toxique
grave, souvent mortelle.

D’autre part, de nombreux produits


industriels ou ménagers sont
toxiques pour le foie : les solvants
comme le tétrachlorure de carbone,
le toluène ou le xylène, les hydro-
carbures halogénés (chlorés,
fluorés, bromés), le benzène, le
phosphore et ses dérivés, le chlo-
rure de vinyle, les métaux lourds
(plomb, arsenic, béryllium, cuivre), et des insecticides et pesticides agricoles.

Dans toutes les formes légères, c’est souvent un bilan par prise de sang qui
montre l’hépatite. Dans les formes modérées, outre les signes spécifiques au
toxique en cause, les principaux symptômes sont peu spécifiques : altération
de l’état général (fatigue, perte d’appétit et de poids, fièvre parfois), et signes

181
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée). Dans les


formes sévères ou fulminantes, c’est une jaunisse qui attire l’attention en
premier.

En outre, l’évolution de cette maladie est variable selon le toxique. Dans de


nombreux cas, l’arrêt immédiat et définitif de l’exposition au toxique per-
met de stopper l’intoxication et donne au corps le temps de se régénérer. La
longue convalescence demande jusqu’à plusieurs mois.

Dans les formes graves, une évolution brutale (hépatite fulminante) conduit
au décès en quelques jours dans 50 % à 90 % des cas.

Pour déceler une atteinte


du foie, on effectue un
bilan sanguin, qui montre
des enzymes hépatiques
(gamma-GT, transami-
nases) très élevées, un taux
de prothrombine abaissé,
des phosphatases alcalines
augmentées avec certains
toxiques, dont les médica-
ments. Mais des analyses très
spécifiques sont parfois nécessaires pour identifier le toxique en cause.

Concernant les traitements, les formes légères ou modérées ne nécessitent


que l’arrêt de l’exposition au toxique. Les formes sévères sont traitées, quant
à elles, en réanimation.

Lorsque le foie est détruit de manière irréversible, le seul espoir réside dans la
greffe à condition de trouver à temps un donneur compatible.

La prévention de l’hépatite toxique repose sur l’éviction du toxique possible


(alcool, champignon non identifié, médicament mal toléré), mais aussi sur une
surveillance du bilan hépatique en cas de traitement prolongé par un médi-
cament répertorié. Les mesures de protection individuelle et collective dans le
monde industriel ou agricole sont aussi essentielles.

182
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Cirrhose du foie
La cirrhose du foie résulte de la destruction progressive, massive et irréversible
des cellules hépatiques, remplacées par des tissus graisseux et fibreux dispo-
sés en nodules. À ce stade, le foie ne remplit plus les innombrables fonctions
digestives et métaboliques dont il est le siège. Le foie cirrhotique est alors plus
petit, plus dur et moins régulier qu’un foie normal. La stéatose ou dépôt de
graisses dans le foie donne un gros foie lisse (comme un foie gras animal),
mais qui fonctionne encore presque normalement.

Les causes de la cirrhose du foie sont :

ππ l’alcoolisme chronique dans 75 % des


cas, dont 10 % en association avec le
virus de l’hépatite C ;
ππ l’hépatite chronique à virus C seul
dans 15 % des cas ;
ππ l’hépatite chronique à virus B dans
5 % des cas.
Les autres causes représentent ensemble
5 % des cas : hépatite toxique (médica-
ments, champignons, produits industriels),
hémochromatose (surcharge en fer), maladie de Wilson (surcharge en cuivre),
obstruction prolongée des voies biliaires, hépatites auto-immunes.

Par ailleurs, la cirrhose reste longtemps silencieuse, sans se manifester, c’est


la cirrhose compensée. Le foie est un peu gros, dur, indolore, et de petits
angiomes stellaires (taches rouges en étoile sur la peau) apparaissent sur
le thorax. Peu à peu se développent une fatigue, des nausées, une perte
d’appétit.

Les signes les plus typiques apparaissent quand le foie n’assure plus assez
ses fonctions. On observe alors une jaunisse, une ascite (épanchement de
liquide dans la cavité abdominale), des œdèmes des membres inférieurs, des
saignements prolongés en cas de blessures, des troubles du caractère, de la
personnalité, de la mémoire et de la parole.

183
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

La complication majeure est la rupture de varices œsophagiennes qui se sont


développées avec l’hypertension portale (excès de pression dans les veines
portes qui vont du tube digestif au foie).

Cette rupture se traduit par un malaise intense, une pâleur extrême et des
vomissements de sang très abondants.

Une fois la cirrhose décompensée, les complications se multiplient : sai-


gnements prolongés, hémorragies digestives, ascite abondante, parfois
surinfectée, et troubles neurologiques et psychiatriques.

Le bilan médical d’une cirrhose


comprend des prises de sang pour
mesurer les enzymes du foie
(gamma-GT, transminases ASAT et
ALAT, phosphatases alcalines), les
facteurs de coagulation (prothrom-
bine), les différentes protéines
sanguines, et la présence de virus
d’hépatite.

Les médecins procèdent aussi à une échographie ou un scanner abdominal,


à une fibroscopie gastrique pour rechercher des varices œsophagiennes, et à
une biopsie (prélèvement de cellules) pratiquée à travers la peau.

Pour freiner l’évolution, il faut faire cesser une cause encore active : arrêt
absolu et définitif de l’alcool, traitement antiviral contre l’hépatite chronique B
ou C, arrêt des médicaments toxiques, saignées en cas d’hémochromatose.

Dans les cas les plus avancés et si aucune cause ne persiste, le dernier espoir
est la greffe du foie.

Le régime alimentaire doit également être équilibré, avec une ration normale
en sel (5 g à 6 g par jour), même en cas d’ascite ou d’œdèmes.

La prévention de la cirrhose du foie repose sur la lutte contre l’alcoolisme


chronique, un problème qui peut commencer à tout âge, la vaccination contre
l’hépatite B, le dépistage et le traitement précoce des hépatites C.

184
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Cancer du foie
Le cancer primitif du foie est une tumeur maligne qui s’est formée à partir des
cellules hépatiques (hépatocarcinome), des cellules des canalicules biliaires
(cholangiocarcinome) ou des vaisseaux sanguins (angiocarcinome). Il touche
l’homme plus que la femme, souvent entre 40 ans et 50 ans. Il est également
plus fréquent en Afrique et en Asie que dans les pays occidentaux. Les can-
cers secondaires du foie sont des métastases de cancers touchant d’autres
organes, digestifs ou génitaux en particulier. Les cellules de ces métastases
sont identiques à celles du cancer initial.

L’hépatocarcinome survient le plus


souvent sur un foie lésé par une cir-
rhose (alcoolique ou toxique) ou une
hépatite B chronique active. Mais
on constate que le rôle du virus de
l’hépatite C augmente peu à peu en
France. Des facteurs alimentaires ont
aussi été évoqués, notamment en
Afrique et en Asie, avec la consom-
mation d’arachides ou de graines
contaminées par un champignon qui libère une toxine cancérigène (l’afla-
toxine B1 pour l’arachide). Le cholangiocarcinome, rare en Europe, pourrait
être favorisé en Asie par une infection parasitaire de la famille des douves.
Et l’angiocarcinome, exceptionnel, pourrait également être aggravé par des
intoxications chroniques (arsenic, chlorure de vinyle).

Les cancers de petite taille ne donnent aucun symptôme, alors que les can-
cers évolués peuvent se signaler par des signes peu spécifiques tels que de la
fatigue, une perte d’appétit et de poids, une fièvre modérée, plus élevée le
soir, et une douleur modérée dans la région du foie. En pratique, le cancer du
foie est le plus souvent découvert grâce à la surveillance de maladies du foie
déjà connues comme la cirrhose et l’hépatite chronique virale ou toxique.

Sans traitement, le cancer du foie s’étend et produit des métastases dans


d’autres organes (poumons, cerveau) à une vitesse variable, de quelques
semaines à plusieurs années.

185
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Les complications hémorragiques et infectieuses sont fréquentes. Le caractère


souvent trop tardif du diagnostic est responsable du faible taux de survie à
5 ans.

L’examen de référence pour diagnostiquer un cancer du foie est l’échogra-


phie, qui montre une ou plusieurs masses anormales et permet de déclencher
des examens plus techniques comme le scanner, l’IRM ou la ponction-biopsie
du foie. Le bilan sanguin, quant à lui, montre des éléments non spécifiques :
enzymes hépatiques augmentées, globules blancs trop nombreux, tests d’in-
flammation élevés. Le taux d’alpha-feotoprotéine est augmenté neuf fois sur
dix, mais il l’est également avec d’autres maladies hépatiques ou des cancers
digestifs, comme pendant la grossesse.

Le traitement du cancer du foie se concentre sur l’ablation du segment


hépatique dans lequel siège la tumeur : c’est l’hépatectomie partielle. Dans
de rares cas, une greffe du foie peut être envisagée. La chimiothérapie et
la destruction de la tumeur par le froid (cryothérapie), par le chaud ou par
les micro-ondes ne sont indiquées qu’à titre palliatif, quand le cancer est
inopérable.

Les maladies des voies biliaires


Les maladies des voies biliaires comprennent les calculs biliaires, la cholécystite
et le cancer.

Calculs biliaires
Les calculs biliaires sont constitués de cholestérol pur
(80 % des cas) ou d’un mélange cholestérol/calcium/
sels biliaires. Près de 15 % des adultes sont porteurs
de calculs biliaires qui resteront silencieux toute leur
vie plus de huit fois sur dix.

Le cholestérol, le calcium et les sels biliaires sont des


constituants de base de la bile dans laquelle ils sont dissous ; ils ne se trans-
forment en calcul que si la bile est trop concentrée. La lithiase biliaire est en

186
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

outre plus fréquente chez la femme que chez l’homme, sous l’effet des hor-
mones féminines. Les autres facteurs qui augmentent le risque sont l’âge,
la prise de progestatifs et la grossesse, l’obésité et le surpoids, le diabète de
type 2 lié au surpoids, une hémolyse (destruction des globules rouges) due à
une maladie génétique ou à une crise de paludisme par exemple, un terrain
familial héréditaire, et les intolérances alimentaires, notamment au gluten ou
au lactose.

La grande majorité des calculs biliaires ne donne aucun symptôme. Ils sont
découverts par hasard, à l’occasion d’une échographie abdominale le plus
souvent ou lors d’une intervention chirurgicale sur l’abdomen pour un autre
motif. Les calculs peuvent aussi se révéler par une complication telle que la
colique hépatique, la cholécystite ou l’ictère (jaunisse).

La colique hépatique est une crise de dou-


leur aiguë, localisée sous les côtes droites.
Elle est due à la mise sous pression de la
vésicule quand un calcul (toujours de petite
taille) se trouve bloqué dans le canal cystique
ou le canal cholédoque. La douleur semble
monter vers l’épaule ou se prolonger vers le
dos et bloque la respiration, qui devient très
pénible. Il n’y a ni fièvre ni jaunisse. Survenant
en général après un repas plus copieux que
d’habitude, la crise de colique hépatique dure
de quinze minutes à quatre heures. Elle cesse
dès que le calcul se débloque sous l’effet de
la pression et des contractions de la vésicule
biliaire.

La cholécystite aiguë correspond à une infection de la vésicule biliaire et de


son contenu, provoquée par le blocage prolongé d’un petit calcul dans les
voies biliaires ou de gros calculs dans la poche vésiculaire. Elle est due à des
bactéries véhiculées par le sang venant du tube digestif. Les symptômes
typiques sont alors une douleur sous-costale droite, proche d’une colique
hépatique, une fièvre supérieure à 38,5 °C, et en quelques heures, un ictère

187
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

avec coloration jaune des conjonctives de l’œil puis de la peau. Le risque


majeur est alors la péritonite aiguë. De plus, la répétition de cholécystites
aiguës peut aboutir à une cholécystite chronique, moins douloureuse, mais
qui représente une gêne permanente.

Par ailleurs, le blocage prolongé d’un calcul empêche l’élimination des sels
biliaires, ce qui se traduit par un ictère ou jaunisse. Outre la coloration des
conjonctives et de la peau, un ictère intense s’accompagne de démangeaisons
permanentes.

On peut très bien vivre des années avec des calculs biliaires, sauf si une com-
plication survient. On peut également très bien vivre sans vésicule biliaire,
qu’elle soit complètement saturée de sludge et de calculs ou qu’elle soit enle-
vée par le chirurgien. Il est alors prudent d’éviter les repas trop gras, car la bile
est nécessaire à la digestion des graisses.

Sachez d’autre part que la


radiographie de l’abdomen
ne montre que 20 % des
calculs, quand ils contiennent
du calcium, mais ne montre
pas les calculs de cholestérol
pur.

L’échographie abdominale
est l’examen de référence. Le
radiologue peut ainsi obser-
ver toutes les situations, du
gros calcul unique à la centaine de calculs millimétriques. Un taux sanguin
élevé de bilirubine et d’enzymes hépatiques (transaminases ASAT et ALAT,
gamma-GT) confirme ensuite le blocage des voies biliaires. Des examens plus
invasifs, comme la radiographie des voies biliaires sous endoscopie, ne sont
pratiqués qu’à l’hôpital pour des situations particulières.

On ne traite pas les calculs biliaires s’ils ne se manifestent pas. En outre, une
crise de colique hépatique se soulage avec des médicaments antalgiques et
surtout antispasmodiques, tandis qu’une cholécystite aiguë se traite avec des

188
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

antibiotiques particulièrement concentrés par le foie dans les voies biliaires.


Trois types de traitements sont possibles quand la lithiase biliaire devient
gênante :

ππ Un médicament (de type acide ursodésoxycholique) capable de dissoudre


les calculs de cholestérol pur en douze à dix-huit mois ; l’inconvénient
majeur est que plus le calcul fond, plus il peut migrer dans les voies
biliaires et provoquer une colique hépatique.
ππ La lithotritie ou lithotripsie, dans laquelle des ultrasons éclatent les calculs
en petits fragments ; le principal inconvénient possible est là aussi la
migration d’un fragment dans les voies biliaires.
ππ La cholécystectomie, ablation chirurgicale de la vésicule biliaire,
aujourd’hui pratiquée plus souvent sous cœlioscopie que par ouverture
large de l’abdomen ; elle s’impose notamment en cas de cholécystite
chronique ou de coliques hépatiques à répétition.
Quelques habitudes peuvent diminuer le risque de calculs biliaires, notam-
ment la prévention de l’obésité et du surpoids par une alimentation équilibrée
et une activité physique régulière. La consommation quotidienne d’huile
d’olive et de végétaux riches en fibres est aussi très efficace, puisque les
fibres piègent les sels biliaires et le cholestérol dans l’intestin, ce qui diminue
leur réabsorption intestinale et leur recyclage dans le foie. La prise matinale,
à jeun de préférence, d’une cuillère d’huile d’olive et de jus de citron ou de
pamplemousse, est une recette recommandée par de nombreuses médecines
alternatives.

Cholécystite
La cholécystite aiguë est l’infection ou l’inflammation
de la vésicule biliaire et surtout de son contenu. Elle
touche surtout les femmes à partir de 40 ans.

Dans 90 % des cas, l’infection se produit sur une


vésicule encombrée par de la boue (sludge) ou des
calculs biliaires, lorsque la bile ne parvient plus à

189
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

s’écouler normalement. Les facteurs de risque sont le surpoids, l’obésité,


l’alimentation excessive et trop grasse, l’excès de cholestérol sanguin, une
prédisposition familiale et des grossesses répétées.
Dans 10 % des cas, la cholécystite est due à une infection :
ππ bactérienne générale, comme la typhoïde ;
ππ virale, comme l’hépatite A ;
ππ parasitaire, notamment par les douves.
D’autre part, la cholécystite aiguë se manifeste par une douleur intense cen-
trée sous le foie et les côtes droites, irradiant vers le dos et l’épaule droite,
parfois tout le ventre, qui empêche toute respiration profonde, ainsi qu’une
fièvre entre 38 °C et 39 °C, des nausées et des vomissements, une constipa-
tion subite après quelques heures, une jaunisse avec urines foncées et une
coloration jaune des conjonctives et de la peau.

Non traitée, une cholécystite risque de se compliquer par un abcès sous le


foie, une péritonite, ou une rupture de la vésicule. Un traitement antibiotique
peut maîtriser l’infection, avec le risque de passage à une forme chronique.

Le traitement chirurgical règle, lui, tous les problèmes.

C’est habituellement une


analyse de sang qui confirme
l’infection : globules blancs
très nombreux, tests inflam-
matoires (VS, CRP) élevés.
L’imagerie de référence est
l’échographie, qui montre les
parois épaissies de la vésicule
et la présence de boue ou de
calculs. Le scanner abdominal
est quant à lui moins fiable.

Devant un signe suspect de complication, l’ablation chirurgicale de la vésicule


(cholécystectomie) est pratiquée en urgence, à ventre ouvert ou sous cœlio-
scopie. Un traitement antibiotique de cinq jours peut contrôler l’infection et

190
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

permettre une cholécystectomie différée avec moins de risques d’infection


post-opératoire. L’opération sous cœlioscopie est devenue la méthode de
référence partout dans le monde.

La prévention de la cholécystite est identique à celle des calculs biliaires. Elle


consiste en une alimentation moins grasse et moins copieuse, une correc-
tion médicamenteuse des excès de cholestérol sanguin, et en la prise d’une
contraception non hormonale. Le traitement précoce, médical ou chirurgical,
des calculs biliaires est le plus sûr moyen d’éviter la cholécystite aiguë.

Cancer des voies biliaires


Le cancer des voies biliaires touche la vésicule, le canal cystique vers le hile du
foie ou le canal cholédoque jusqu’à l’ampoule de Vater vers le duodénum. Il
représente moins de 0,5 % de l’ensemble des cancers et concerne surtout les
femmes de 60 ans à 70 ans.

Aucune cause directe du cancer des voies biliaires n’est connue. La présence
très fréquente de calculs dans la vésicule n’explique pas obligatoirement ce
cancer, car c’est une situation très banale. Quelques facteurs semblent néan-
moins favoriser ce cancer rare tels que les malformations des voies biliaires,
les parasites du foie et des voies biliaires (douves), une rectocolite
hémorragique.

Le cancer de la vésicule biliaire


est souvent découvert par hasard,
à l’occasion d’une ablation de la
vésicule à cause de calculs. Dans
d’autres cas, surtout si le can-
cer siège sur un canal biliaire, ce
dernier se signale par un amai-
grissement, une perte d’appétit,
une fatigue croissante, une jau-
nisse d’apparition plus ou moins
rapide, avec des démangeaisons diffuses quand elle devient intense, des
vomissements répétés, et des douleurs abdominales sous le foie.

191
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Le cancer des voies biliaires s’étend rapidement aux organes voisins : le foie,
le péritoine, le duodénum, les ganglions abdominaux. Le pronostic est mau-
vais, avec une espérance de vie limitée, sauf s’il est découvert quand il se
limite encore à la face interne de la vésicule : les chances de guérison sont
alors élevées.

Le bilan sanguin confirme la rétention de bilirubine (le pigment biliaire res-


ponsable de la jaunisse), l’atteinte éventuelle du foie, une possible anémie et
un état inflammatoire. Les examens pouvant montrer un cancer sont, dans un
premier temps, le scanner abdominal, l’IRM (très fiable), l’échographie (moins
précise, même avec les appareils récents en 3D) et la cœlioscopie. En cas de
doute persistant, le médecin peut demander une cholangiographie par voie
rétrograde, c’est un examen radiographique avec injection de produit opaque
introduit sous fibroscopie gastro-duodénale.

Par ailleurs, l’ablation chirurgicale de la tumeur, des ganglions et des tissus


voisins est réalisée chaque fois que cela est possible. Dans les autres cas, les
interventions palliatives, qui permettent d’évacuer la bile à travers une pro-
thèse ou par une dérivation du canal cholédoque, améliorent le confort du
malade. Les soins de confort, notamment pour lutter contre la douleur, sont
instaurés dès que nécessaires.

Les maladies du pancréas


Les maladies du pancréas sont la pancréatite
aiguë, la pancréatite chronique et le cancer
du pancréas.

Pancréatite aiguë
Le pancréas sécrète diverses enzymes qui
permettent la digestion des aliments. Il est
normalement protégé contre ses propres
sécrétions, mais il arrive que ces défenses
soient débordées et que la glande s’autodi-
gère : c’est la pancréatite aiguë.

192
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

La cause la plus fréquente est le blocage d’un calcul biliaire dans l’ampoule
de Vater ou le sphincter d’Oddi. Ce calcul bloqué empêche les sucs pan-
créatiques qui s’accumulent dans le canal de Wirsung de s’évacuer dans le
duodénum. L’alcoolisme chronique est aussi responsable de pancréatites chro-
niques dont l’une des complications est la crise de pancréatite aiguë.

Les infections virales sont aussi parfois en cause : oreillons avant tout, hépa-
tite B, cytomégalovirus et divers virus favorisés par le sida. D’autres origines,
plus rares, sont possibles : parasites, excès majeur de triglycérides dans le
sang, maladies auto-immunes, intolérances médicamenteuses (cimétidine en
vente libre contre l’acidité gastrique surtout), hyperparathyroïdie, maladie de
Crohn, porphyrie, suites d’intervention chirurgicale sur l’abdomen.

Par ailleurs, la douleur est le signe le plus constant. Elle est maximale dans
la région épigastrique ou décalée un peu vers la droite, irradiant vers le foie
et dans le dos. Elle est de plus intense, de début brusque, nécessitant sou-
vent des dérivés de morphine pour être soulagée. Les vomissements, d’abord
alimentaires puis bilieux, débutent assez rapidement. La constipation aiguë
tourne à l’occlusion intestinale avec l’arrêt des matières et des gaz, un réflexe
qui traduit la souffrance de tout le tube digestif. Un état de choc avec une
respiration haletante et un pouls filant est un signe important de gravité.

La guérison peut laisser en outre des troubles digestifs résiduels et des dou-
leurs persistantes. La principale complication est l’apparition de pseudo-kystes
du pancréas, témoins de l’autodigestion de zones entières de la glande. Le
décès survient dans 5 % à 10 % des cas.

La douleur est si intense et l’état général si altéré qu’une hospitalisation est


la règle. Les prises de sang et les analyses d’urine montrent une élévation des
enzymes pancréatiques, amylase et lipase, dont les taux atteignent au moins
cinq fois la norme du laboratoire. Des analyses spécifiques recherchent aussi
une éventuelle infection virale ou parasitaire. En revanche, la radiographie
apporte peu de renseignements, sauf pour mettre en évidence un état d’oc-
clusion intestinale, mais l’échographie peut montrer un calcul biliaire bloqué
dans la tête du pancréas. Elle est complétée par un scanner abdominal, qui
met en évidence les plages d’autodigestion.

193
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

La mise au repos total du pancréas


suppose une nutrition artificielle par
voie intraveineuse, en service de
réanimation ou de
gastro-entérologie.

Elle peut être relayée par une ali-


mentation par sonde implantée
dans le jéjunum.

La douleur est soulagée par des antalgiques, pouvant aller jusqu’aux dérivés
de morphine quand elle résiste aux antalgiques de base. Le traitement de la
cause est par ailleurs indispensable : ablation d’un calcul biliaire, suppression
totale de l’alcool, antiviraux, correction des triglycérides sanguins (régime
sans sucre et sans alcool, médicaments anti-lipides).

Le lavage chirurgical du péritoine s’impose quand le pancréas déverse des


sucs directement dans la cavité abdominale.

On peut réduire le risque de pancréatite aiguë en évitant ou en traitant les


petits calculs des voies biliaires (les gros calculs dans la vésicule ne sont jamais
en cause), en réduisant la consommation d’alcool, et en évitant les médi-
caments à risque chez les personnes qui ont déjà présenté une poussée de
pancréatite ou qui présentent une anomalie des enzymes pancréatiques.

Pancréatite chronique
La pancréatite chronique est due avant tout à l’alcoolisme chronique en
Europe, et à la dénutrition en zone tropicale.

Elle se traduit par une douleur épigastrique, une diarrhée persistante, un


amaigrissement important, et parfois une jaunisse.

Par ailleurs, la pancréatite chronique peut se compliquer de pancréatite aiguë,


de diabète, ou d’une destruction complète du pancréas.

Le traitement médical et chirurgical est complexe, même avec l’arrêt complet


de l’alcool.

194
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

Cancer du pancréas
Le cancer du pancréas représente environ 2 % de
l’ensemble des cancers. Plus fréquent à partir de
60 ans, il touche presque toujours la partie du pan-
créas qui assure les sécrétions digestives et très
rarement les îlots qui sécrètent l’insuline.

Deux fois plus fréquent chez l’homme, chez le


fumeur et chez les personnes en surpoids, il serait
également favorisé par l’alcool, le café, les graisses
alimentaires et le diabète ; mais cela n’a pas été sta-
tistiquement démontré.

Les symptômes du cancer du pancréas apparaissent


tardivement et sont peu significatifs, au moins au début. On dénombre des
douleurs abdominales irradiant vers le dos, une perte d’appétit et de poids,
une fatigue, une diarrhée, une jaunisse progressive, et des démangeaisons qui
apparaissent avant la jaunisse. Toutefois, beaucoup d’autres maladies diges-
tives se traduisent par des symptômes identiques.

Par ailleurs, le cancer du pancréas est la tumeur digestive qui présente la mor-
talité la plus élevée, avec un taux de survie à un an autour de 10 %.

L’échographie abdominale peut montrer la tumeur et une dilatation des voies


biliaires habituelle en cas de jaunisse. Mais l’examen de référence est le scan-
ner abdominal qui montre la tumeur, son extension aux organes voisins et
aux ganglions abdominaux.

La chirurgie est le seul traitement possible qui permet de guérir d’une tumeur
encore peu évoluée ou de soulager les douleurs dans une forme déjà avancée.
La chimiothérapie complète parfois la chirurgie. De fortes doses d’antalgiques
puissants (morphine et dérivés) sont nécessaires pour soulager les douleurs en
fin de vie.

195
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

AA Pour aller plus loin

Questions / réponses de pro

Vaccination d’une hépatite virale


La vaccination contre l’hépatite virale n’est-elle pas plus dangereuse
qu’utile ?
Question de Jeanne28

ΔΔ Réponse de Craquotte
Le débat sur le rapport risques/bénéfices de la vaccination anti-hépatite
dure depuis des années entre ses partisans et ses opposants, souvent hos-
tiles à toute vaccination et favorables à une forme ou une autre de médecine
traditionnelle dite douce.
Aucune complication grave n’a été officiellement attribuée au vaccin contre
l’hépatite B, même si quelques cas de maladies auto-immunes figurent
parmi les conséquences suspectes de ce vaccin.
Il faut opposer ce risque faible aux 1 000 à 2 000 victimes annuelles de
l’hépatite B observées avant le début de la vaccination : le rapport est net-
tement en faveur du vaccin.
Dans le cas de l’hépatite A, le vaccin apparaît plus comme une mesure de
sécurité générale, pour couper les chaînes de contamination et casser les
épidémies, que comme une protection individuelle indispensable.
Mais comme aucune complication n’a été observée quand ce vaccin est
inclus dans ceux du nourrisson, il n’y a aucune raison sérieuse de prendre
le risque d’une maladie, certes souvent bénigne, mais qui demande parfois
plusieurs semaines de convalescence.

Cancer du foie
Quels sont les symptômes du cancer du foie ? Quels signes peuvent donner
l’alerte ?
Question de LolaS

196
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas

ΔΔ Réponse de CC
Les cancers du foie peu avancés ne montrent aucun symptôme spécifique.
C’est pourquoi ils sont durs à déceler.
Et les cancers évolués ont des signes peu spécifiques. On remarque une
forte fatigue, une perte de poids, un peu de fièvre. On peut aussi ressentir
une douleur au niveau du foie.
En réalité, le cancer du foie est le plus souvent découvert grâce à la sur-
veillance de maladies du foie déjà connues comme la cirrhose et l’hépatite
chronique virale ou toxique.

Canaux biliaires
Dans le système digestif, à quoi correspondent les canaux biliaires dans lesquels
se logent les calculs ?
Question de Pierre07

ΔΔ Réponse de CC
Les voies biliaires servent à lier le foie au duodénum, elles comportent
trois canaux.
Le canal hépatique réunit les canalicules biliaires droit et gauche issus
des lobes du foie. Il rejoint ensuite le canal cystique pour former le canal
cholédoque.
Le canal cystique relie, quant à lui, le canal hépatique et la vésicule biliaire :
la bile excrétée par le foie remonte le canal cystique pour y être stockée. Elle
suit le chemin inverse dès que des aliments pénètrent dans l’estomac.
Le canal cholédoque réunit le canal hépatique et le canal cystique, il rejoint
le canal de Wirsung qui draine les sucs pancréatiques. Au contact de la paroi
du duodénum, ils traversent un anneau musculaire, le sphincter d’Oddi, et
forment un léger renflement, l’ampoule de Vater, dont la papille s’ouvre
dans la lumière intestinale.
Les canaux biliaires peuvent être facilement obstrués par un calcul formé
dans la vésicule biliaire par la cristallisation du cholestérol, notamment.

197
VIII.
Les maladies diffuses de la digestion

L’allergie alimentaire touche


aujourd’hui 4 % des adultes et 8 %
des enfants, soit cinq fois plus de per-
sonnes qu’il y a trente ans. On observe
aussi des intolérances alimentaires,
dont les plus connues sont celles au
gluten et au lactose, qui peuvent pro-
voquer plusieurs maux intestinaux.

Une intoxication alimentaire ou


toxi-infection peut aussi causer des
problèmes digestifs. Elle correspond à
l’ensemble des troubles provoqués par
l’absorption d’aliments souillés par un
germe agressif pour l’homme ou par
ses toxines.

198
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Parmi les autres maladies diffuses de la digestion, on trouve l’indigestion


(difficulté de l’estomac à évacuer un excès d’aliments) et les maladies méta-
boliques génétiques (déficience d’une enzyme).

L’allergie alimentaire
L’ingestion d’un allergène alimentaire provoque une gamme de réactions
très variables, aiguës et graves, ou chroniques et invalidantes, même à doses
infimes. Un simple soupçon d’huile d’arachide ou d’œuf dans un plat préparé
peut provoquer une réaction chez l’allergique.

Causes
L’allergie est une réaction excessive du système immunitaire qui entre en
contact avec un allergène. Trois facteurs de risque d’allergie alimentaire sont
bien identifiés.

Tout d’abord, l’hérédité joue un rôle important : avoir un parent allergique


multiplie le risque par deux, avoir ses deux parents allergiques le multiplie par
quatre. Ensuite, la diversification précoce est un facteur favorisant : le tube
digestif de l’enfant n’est pas prêt à digérer des protéines étrangères autres
que celles du lait maternel ou maternisé avant le sixième mois, et même le
huitième mois pour le blanc d’œuf. Et enfin, les infections : beaucoup d’aller-
gies alimentaires commencent après une diarrhée virale
qui fragilise la muqueuse intestinale, parfois après une
rhinopharyngite ou une angine.

En outre, quatre aliments sont souvent responsables d’une


allergie alimentaire chez l’enfant, chacun pouvant pré-
senter une allergie à un ou deux aliments, rarement plus.

On trouve par ordre décroissant de fréquence l’œuf,


l’arachide (y compris l’huile), plus souvent en cause
que l’œuf entre 3 ans et 6 ans, le lait et le poisson. Sont
ensuite retrouvés les légumes secs, les noix et noisettes,
le bœuf, les crustacés, la moutarde, la noix de coco, le porc.

199
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Les autres aliments et les colorants représentent moins de 1 % de l’ensemble


de ces allergies chez l’enfant.

De nombreux aliments sont par ailleurs en cause chez l’adulte, avec possi-
bilité d’allergies multiples ou croisées. On retrouve, par ordre décroissant de
fréquence, les rosacées (cerise, abricot, pomme, fraises, framboises, prunes,
pêches, poires), le groupe latex (banane, kiwi, avocat, châtaigne), les fruits
secs, les ombellifères (carotte, persil, céleri, coriandre, fenouil, aneth), l’œuf,
les fruits de mer, le poisson, le lait, la farine de blé, et les légumes secs. Tous
les autres aliments et les colorants ou additifs représentent moins de 1 % des
allergies alimentaires.

Symptômes
L’allergie alimentaire doit être évoquée devant un eczéma atopique du nour-
risson, l’urticaire ou des démangeaisons de l’enfant. Un œdème, une rougeur
ou des picotements dans la bouche et la gorge, ainsi que de l’asthme sont
aussi des signes courants.

De même qu’une toux sèche persistante, une rhinite allergique hors saison
de pollens, des aphtes récidivants, une diarrhée, des vomissements, ou un
météorisme abdominal une ou deux heures après les repas.

Évolution et examen
Sans traitement, l’allergie alimen-
taire de l’enfant évolue de façon
variable : persistance toute la vie
pour les uns, régression lente chez
les autres. Deux complications
graves menacent cependant :
l’œdème de Quincke dans lequel
le gonflement de la gorge finit par
empêcher toute respiration, et le
choc anaphylactique avec effon-
drement de la tension artérielle.

200
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Le médecin confirme une allergie alimentaire grâce à une enquête alimentaire


approfondie, des tests cutanés réalisés par l’allergologue, et des tests sanguins
(dosages d’IgE sériques spécifiques d’un aliment, RAST qui regroupe plusieurs
aliments). Ils sont toutefois inutiles si les tests cutanés sont nettement positifs.
Par ailleurs, des tests de provocation, pratiqués en milieu hospitalier en cas de
doute persistant, sont aussi réalisés.

Traitements
Le traitement de l’allergie alimentaire et de ses
conséquences repose avant tout sur l’éviction
totale de l’allergène responsable : les aliments
eux-mêmes, et tout plat cuisiné ou toute pré-
paration susceptible d’en contenir, même à
dose infime.

Ce régime d’exclusion impose de ne consom-


mer que des repas préparés à la maison ou
dont la composition est parfaitement connue.
Les plats cuisinés, surgelés ou en conserve,
sont très souvent interdits. Les repas au res-
taurant sont imprudents, notamment en cas
d’allergie à l’arachide ou à l’œuf. Pour mainte-
nir l’équilibre alimentaire, il faut trouver des substituts aux aliments interdits,
avec l’aide d’une diététicienne, par exemple.

Un enfant allergique peut manger à la cantine scolaire les plats préparés par
ses parents, apportés chaque matin et réchauffés sur place. Cette possibilité
légale impose la mise en place d’un PAI (Plan d’Accueil Individualisé) co-signé
par la famille, le médecin-allergologue ou le médecin traitant, le médecin sco-
laire et la direction de l’école. L’enfant allergique doit absolument apprendre à
refuser les offres de ses camarades (pâtisseries, biscuits, confiseries).

Après une ou deux années d’éviction sans manifestation allergique, une


réintroduction prudente de l’aliment peut être tentée sous contrôle de
l’allergologue.

201
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

D’autre part, les médicaments anti-allergiques peuvent apporter un béné-


fice en traitement de crise après une erreur diététique, et en traitement de
fond en cas d’asthme ou d’eczéma chronique. Chaque allergique, ou sa
famille, doit disposer à portée de main de médicaments d’urgence à utiliser
en cas d’urticaire aiguë, d’œdème de Quincke (corticoïdes) ou de choc ana-
phylactique (adrénaline auto-injectable). Ces médicaments et leur utilisation
sont prescrits à l’avance par le médecin traitant ou l’allergologue. Une dose
est également tenue à disposition de l’enfant à l’école (dans un endroit non
fermé à clé) dans le cadre du PAI.

Basée sur le principe d’une accoutumance progressive du corps à l’allergène


identifié, la désensibilisation est une procédure longue (3 ans à 6 ans) et rare-
ment indiquée en cas d’allergie alimentaire.

Prévention
Pour diminuer le risque d’al-
lergie alimentaire chez le
nourrisson et l’enfant, privi-
légiez l’allaitement maternel,
surtout si vous appartenez
à une famille d’allergiques.
Maintenez également un
régime lacté strict, sans farines
notamment, pendant au moins
trois mois, et n’introduisez
aucun aliment protéique animal
(poisson, viande) avant la sortie des premières dents, ni de blanc d’œuf avant
huit mois. Il est aussi déconseillé de donner un nouvel aliment moins de deux
à trois semaines après une gastro-entérite virale.

Pour éviter le contact involontaire avec un allergène exclu du régime, pré-


parez vous-même vos repas à partir d’aliments frais, lisez attentivement la
composition des ingrédients (épices, cubes de bouillon, corps gras, sauces)
ou des aliments industrialisés que vous utilisez, et attention aux bâtons pour
lèvres sèches et aux baisers si vous êtes allergique à l’arachide.

202
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Les intolérances
L’intolérance au gluten, ou maladie cœliaque, traduit l’impossibilité à digérer
le gluten, une protéine présente dans l’enveloppe des céréales. L’intolérance
au lactose est, quant à elle, un déficit en lactase, l’enzyme digestive qui per-
met de transformer le lactose en galactose et en glucose.

Intolérance au gluten
L’intolérance au gluten, également appe-
lée maladie cœliaque, est une maladie de
l’intestin grêle. Elle touche environ
1 enfant sur 2 500 en France, mais 1 sur
132 en Irlande et près de 1 sur 100 en
Grande-Bretagne. Elle est plus fréquente
chez la femme que chez l’homme, avec
deux pics de survenue vers huit ou
dix mois, puis autour de 40 ans.

Le gluten est une protéine présente


dans l’enveloppe des grains de céréales :
blé, orge, seigle, épeautre (le gluten du
maïs est bien toléré). Il existe un facteur
héréditaire certain comme le montrent
une forte concentration dans certaines
régions d’Europe du Nord, la présence d’autres cas familiaux dans 90 % des
cas, et l’appartenance de tous les malades à certains groupes tissulaires HLA
(équivalent des groupes sanguins pour les cellules).

Le mécanisme de la maladie cœliaque est de type auto-immun. Un jour, la


muqueuse intestinale fabrique des anticorps pour se défendre, peut-être
contre une infection virale (rotavirus de gastro-entérite).

Quand ces anticorps sont présents, ils se lient avec le gluten des aliments, ce
qui est toxique pour la muqueuse intestinale, qui se détruit. Les villosités de la
muqueuse intestinale disparaissent et l’ensemble des aliments devient difficile
à absorber.

203
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

L’intolérance au gluten ne peut apparaître que dans une alimentation diver-


sifiée, jamais pendant l’allaitement exclusif. L’allaitement maternel semble en
outre protéger contre cette intolérance.

Les signes généraux d’intolérance au gluten sont la fatigue et la perte de


poids, parfois une anémie par carence en fer et en vitamines. Les signes
digestifs sont des douleurs abdominales diffuses, des diarrhées graisseuses,
parfois en alternance avec une constipation, des flatulences et des borbo-
rygmes. Des douleurs osseuses ou articulaires inexpliquées sont fréquentes.

La majorité des maladies cœliaques sont soulagées par le traitement dié-


tétique. Deux risques rares, mais sévères sont surveillés : l’apparition d’un
lymphome (prolifération anormale de lymphocytes) et l’apparition d’un can-
cer de l’intestin grêle.

Par ailleurs, une recherche positive d’anticorps anti-gliadine (une fraction du


gluten) dans le sang oriente le diagnostic du médecin. L’examen de référence
est la fibroscopie duodénale avec biopsie de la muqueuse. L’examen du frag-
ment au microscope montre, quant à lui, l’atrophie des villosités.

Le seul traitement efficace est le


régime d’exclusion : aucun aliment
contenant du gluten (farines de blé,
d’orge, de seigle) n’est autorisé. Sont
interdits notamment le pain et tous les
produits de boulangerie ou de pâtis-
serie à base de blé tendre, les pâtes et
tous les produits à base de blé dur, les
sauces, les crèmes glacées, les potages
en sachet, les chocolats, la bière, la
moutarde. D’innombrables produits industriels contiennent du gluten, notam-
ment quand la composition du produit stipule la mention « amidons ». Le plus
simple est de ne consommer que des produits frais ou étiquetés « sans glu-
ten » par le fabricant et distribués en rayon ou magasin diététique.

Le riz, le maïs, les châtaignes, le manioc sont autorisés. Le régime est en prin-
cipe poursuivi toute la vie : l’intolérance au gluten ne se traite pas.

204
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Intolérance au lactose
La cause de l’intolérance au lactose est
un déficit en lactase, l’enzyme digestive
qui permet de transformer le lactose en
galactose et en glucose. L’intolérance
n’est cependant pas une allergie aux
protéines du lait. Le déficit congénital
en lactase est rare, mais un peu plus
fréquent chez les grands prématurés
chez qui il se corrige en quelques
semaines. La sécrétion de lactase diminue naturellement chez une grande
partie des grands enfants et des jeunes adultes. Le lactose est alors digéré par
des bactéries de la flore intestinale, produisant notamment du gaz hydrogène.

Les signes d’intolérance au lactose se produisent trente minutes à deux heures


après la prise d’un aliment contenant ce sucre : ballonnement et flatulences
par production bactérienne d’hydrogène, douleurs abdominales diffuses,
crampes d’estomac, vomissements, surtout chez le nourrisson, diarrhée par
accumulation de lactose non digéré retenant l’eau dans l’intestin. Chez le
nouveau-né atteint d’une forme congénitale, les pleurs intenses après chaque
tétée et le retard dans la prise de poids alertent rapidement les parents et le
médecin.

En outre, l’examen le plus significatif est la mesure de l’hydrogène expulsé par


les poumons après une prise de lactose au laboratoire.

La sécrétion résiduelle de lactase étant variable selon l’âge et l’individu, l’ex-


clusion du lait et de produits lactés est totale ou partielle selon la tolérance
individuelle. Chez l’enfant et l’adulte, il faut penser à éviter les pâtisseries,
crèmes glacées et produits dérivés du lait pouvant contenir du lactose. Les
fromages et les yaourts sont souvent bien tolérés, car le lactose en a disparu.
Chez le nourrisson, les laits de substitution sans lactose résolvent le problème.
Et tout aliment dérivé du lait sera évité au moment du sevrage.

La prise de comprimés de lactase est aujourd’hui accessible à tous en cas de


signes digestifs importants.

205
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

L’intoxication alimentaire
Une intoxication alimentaire, ou
toxi-infection, est l’ensemble des
troubles provoqués par l’absorption
d’aliments souillés par un germe
agressif pour l’homme ou par ses
toxines.

L’absorption accidentelle d’aliments


naturellement toxiques, comme les
champignons vénéneux, des baies
ou des plantes toxiques n’est pas considérée comme une intoxication alimen-
taire, mais comme un empoisonnement.

Causes
La toxi-infection alimentaire est due à l’ingestion d’aliments contaminés par
une bactérie ou par des toxines bactériennes. Les toxi-infections alimentaires
sont souvent collectives, touchant tous les membres d’une même famille, les
convives d’un même repas ou les consommateurs du même restaurant sco-
laire ou professionnel.

Les aliments le plus souvent responsables sont les œufs et les prépara-
tions à base d’œufs comme les crèmes pâtissières, les glaces ou les sauces,
les laitages crus ou mal cuits, notamment des fromages, la charcuterie, les
coquillages, les végétaux mangés crus. Les germes retrouvés sont alors les
salmonelles ou plus rarement les shigelles, responsables de troubles de type
typhoïde ou paratyphoïde, les staphylocoques dorés, parfois redoutables,
les Escherichia coli (E. coli ou colibacilles), les souches O014.H4 et O107.H7
particulièrement agressives, plus rarement campylobacter, Clostridium perfrin-
gens et yersinia.

De plus, certains aliments contiennent des toxines, comme la mytilosine qui


s’accumule dans les moules, ou des toxines de plancton dans les huîtres sous
certaines conditions climatiques. La toxine la plus dangereuse est la botuline,
libérée dans des conserves ou des charcuteries familiales mal stérilisées.

206
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

Signes
Par rapport au repas contaminant, les troubles
surviennent soit rapidement (1 h à 2 h pour le staphy-
locoque doré) soit après un temps de développement
bactérien (6 h à 18 h pour les salmonelles ou les E. coli).

On observe surtout une diarrhée, des nausées et vomis-


sements, une douleur abdominale, parfois de la fièvre,
une grande fatigue, une déshydratation, une chute de
tension, des troubles de la conscience si la situation per-
dure, des troubles de la vision (vision double, pupilles
dilatées) en cas de botulisme, et des troubles neurolo-
giques avec d’autres toxines.

Évolution
L’évolution d’une intoxication alimentaire est très variable selon le germe ou
la toxine en cause. Par exemple, la guérison est presque systématique avec
les salmonelles et les shigelles, spontanée ou après traitement, tandis que l’on
constate une guérison rapide ou une évolution fatale avec les staphylocoques
dorés. Le botulisme conduit lui à une évolution mortelle.

Plus le sujet est fragile (nourrisson, personne âgée, porteur d’une maladie
chronique), plus la déshydratation et les conséquences de la toxi-infection
sont inquiétantes.

Prévention
La prévention des toxi-infections alimentaires
repose sur le respect du contrôle des produits
alimentaires, du lieu de production (tests sys-
tématiques sur les œufs ou les coquillages,
par exemple) jusqu’au lieu de vente avec
interdiction de distribuer ou de ramasser et
de consommer des aliments suspects.

207
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

En parallèle, il faut abolir tout aliment qui présente des signes d’altération ou
toute conserve suspecte (boîte bombée, mauvaise odeur), ainsi que toujours
respecter la chaîne du froid pour le transport et la conservation des produits,
pour la distribution comme dans la famille.

Le respect des règles d’hygiène dans la conservation des aliments et la pré-


paration des repas, à la maison comme dans la restauration collective ou
commerciale, est bien sûr indispensable.

Et il faut toujours être d’une grande prudence dans l’utilisation des restes.

Enfin, être vigilant aux durées et aux températures pour les conserves et char-
cuteries familiales (plus moderne et hygiénique, la congélation ne présente
aucun risque) est aussi important.

Qui consulter ?
En présence de signes digestifs
limités, consultez votre méde-
cin traitant.

Dès que des signes neurolo-


giques, visuels ou généraux
accompagnent les signes
digestifs, appelez votre méde-
cin traitant, le médecin de
garde ou les secours médicali-
sés quand plusieurs personnes présentent les mêmes signes. L’hospitalisation
est alors la règle.

Le traitement d’une toxi-infection légère peut se limiter à une brève diète, ou


comporter des antibiotiques, une réhydratation, des anti-émétiques contre la
nausée, et des anti-sécrétoires contre la diarrhée.

Attention : dès que deux personnes sont contaminées par le même germe, il


s’agit d’un foyer de toxi-infection dont la déclaration aux autorités sanitaires
est obligatoire pour que l’enquête détermine la source de contamination.

208
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

L’indigestion
L’indigestion, ou plus exactement la maldigestion, traduit la difficulté de l’es-
tomac à évacuer un excès d’aliments.

Parfois évoquée sous le nom abusif de crise de foie, elle ne doit pas être
confondue avec une intoxication alimentaire.

Mécanismes
L’indigestion résulte d’un excès
quantitatif (trop grande quantité
d’aliments sur un même repas),
et qualitatif (excès de matières
grasses, de boissons alcoolisées, de
pâtisseries, de glaces).

L’estomac se contracte norma-


lement pour évacuer le chyme
gastrique, mais le pylore ne s’ouvre
pas, ou pas assez, et l’estomac
reste plein plus longtemps qu’à la
normale.

Signes
Variable d’un individu à l’autre,
l’indigestion peut se manifester
par des nausées, un vomissement,
une pesanteur ou une gêne dans la
région de l’estomac, une sensation
de fatigue, l’envie de dormir, un
mal de tête, ou l’absence totale d’appétit.

La présence de fièvre, de diarrhée, d’un trouble de l’équilibre ou de la vision


élimine l’hypothèse d’une indigestion banale et évoque une intoxication
alimentaire.

209
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

En cas d’indigestion, que faire ?


Il faut un jour ou deux pour que l’esto-
mac évacue son trop-plein. Il est
conseillé de ne pas manger, mais de
boire régulièrement de l’eau ou une
infusion tant que la pesanteur gas-
trique persiste.

Provoquer le vomissement peut aussi


accélérer la récupération. La reprise de
l’alimentation est progressive et légère
pendant deux ou trois jours : soupes,
viandes blanches, fruits bien mûrs,
yaourts.

Inutile de consulter un médecin, sauf si les signes associés évoquent une


intoxication alimentaire ou si plusieurs membres de la famille ressentent les
mêmes symptômes.

Les maladies métaboliques génétiques


Les maladies héréditaires du métabolisme sont rares, une naissance sur 1 500
environ. Elles touchent à égalité les filles et les garçons et peuvent sauter une
génération. Sur près de 10 000 maladies théoriquement possibles, un peu
plus de 500 seulement ont été identifiées.

Causes
La caractéristique commune des maladies métaboliques
génétiques est la déficience d’une enzyme qui intervient
dans la digestion des aliments ou dans l’utilisation des
nutriments pour la synthèse des substances corporelles.
L’enzyme, codée par un gène de nos chromosomes, est
soit totalement absente, soit le plus souvent inefficace
du fait d’une mutation partielle du gène.

210
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

La très grande majorité de ces maladies se transmet sur le mode récessif. Il


faut que le gène défectueux soit transmis par les deux parents (porteurs sains)
pour que la maladie apparaisse. Le risque d’avoir un enfant malade est alors
d’un sur quatre à chaque naissance, celui d’un enfant porteur sain (mais qui
pourra transmettre le gène à ses propres enfants) est d’un sur deux à chaque
naissance, et chaque enfant a une chance sur quatre d’être totalement
indemne pour lui et sa descendance. Dans quelques cas, la maladie appa-
raît à la suite d’une mutation inopinée du gène impliqué, sans antécédents
familiaux.

Les maladies métaboliques génétiques sont classées en trois grands groupes


selon leur mécanisme : accumulation de substances toxiques pour les tissus,
déficit de production d’énergie qui provoque une déficience fonctionnelle des
organes (foie, cerveau, cœur, muscles), et perturbation de la synthèse ou de
la dégradation des protéines complexes. Elles sont également classées selon
le métabolisme altéré : acides aminés et protéines, glucides, lipides, stérols,
purines (résidus de l’ADN et de l’ARN), etc.

Conséquences

Chaque maladie métabolique génétique


possède ses propres symptômes, son
évolution et ses conséquences
spécifiques.

Chez le nouveau-né, les maladies de


révélation précoce provoquent sou-
vent des troubles de la conscience allant
jusqu’au coma, des convulsions, un
manque de tonus musculaire, un refus
alimentaire.

Dans les maladies à révélation plus tar-


dive, on observe le plus souvent des troubles neurologiques (du simple retard
psychomoteur au retard intellectuel profond, troubles de la coordination
motrice ou du langage, déficits visuels ou auditifs), des troubles psychiatriques

211
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

(hallucinations, délires, confusion mentale), des troubles hépatiques (jaunisse,


cirrhose précoce, malaises hypoglycémiques par défaut de métabolisme du
glycogène dans le foie), et d’autres troubles divers (cataracte, déformations
du squelette, anomalies musculaires ou cardiaques…).

Exemples de maladies
Les maladies métaboliques génétiques
sont nombreuses. On peut notam-
ment citer la phénylcétonurie, les
glycogénoses, la galactosémie et la
fructosémie, les maladies de Wilson,
de Fabry et de Gaucher. La phényl-
cétonurie entraîne l’accumulation de
phénylalanine, un acide aminé toxique
pour le système nerveux (retard mental, troubles neurologiques). Son dépis-
tage à la naissance permet d’instaurer un régime alimentaire strict à base
d’aliments synthétiques, qui évite l’apparition des complications.

Les glycogénoses sont un groupe d’anomalies qui provoque une accumu-


lation de glycogène dans le foie, le cœur et les muscles, entraînant des
hypoglycémies et des défaillances cardiaques. En cas de galactosémie ou
fructosémie, le défaut enzymatique provoque une accumulation de galactose
ou de fructose, entraînant une intoxication progressive du foie. Par ailleurs,
la maladie de Wilson correspond à un défaut enzymatique, qui provoque
une accumulation du cuivre dans le foie, les yeux et le système nerveux. Un
régime excluant les aliments contenant du cuivre freine les complications ocu-
laires, cérébrales ou hépatiques. La maladie de Fabry est elle aussi un défaut
enzymatique, qui crée l’accumulation d’un lipide complexe responsable d’at-
teintes oculaires, auditives, cutanées, rénales, cardiaques et neurologiques. Il
existe néanmoins un traitement par administration d’une enzyme de substi-
tution. Enfin, la maladie de Gaucher est un défaut enzymatique qui provoque
l’accumulation lente d’une substance complexe, les glucocérébrosides, qui
infiltre le foie, la rate, les os et le système nerveux. Un traitement par enzyme
de substitution évite l’apparition de nouvelles complications.

212
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

AA Pour aller plus loin


Astuce

Intolérance alimentaire ? Tenez un agenda !


L’intolérance à un aliment peut entraîner des troubles digestifs et parfois, des
maux de tête ou des malaises.
Si vous avez de telles réactions sans savoir quel aliment les provoque, il est
conseillé de tenir un agenda strict, dans lequel vous dessinerez un tableau à
deux colonnes.
Chaque jour, sur la colonne de gauche, notez la nature et la quantité d’aliments
(y compris les boissons et les épices) ainsi que l’heure de leur consommation.
Sur la colonne de droite, notez l’heure et la nature des troubles qui apparaissent.
Comparez ensuite les deux colonnes jour après jour, sur une période assez longue
(trois mois). De cette façon, vous pourrez identifier les aliments responsables de
vos problèmes. Il suffit alors de les exclure de vos menus pour ne plus être gêné.
Dans tous les cas, consultez un nutritionniste qui vous informera et vous conseil-
lera sur le régime à adopter pour éviter les carences.

Questions / réponses de pro

Intolérance au gluten
Je voudrais savoir avec précision quels sont les fromages et yaourts autorisés
pour un malade cœliaque (intolérant au gluten).
De plus, manger quatre à cinq repas par an avec gluten, lors des fêtes familiales,
peut-il constituer un danger ?
Question d’Edson

ΔΔ Réponse de Gusgusm
Tous les fromages et yaourts à base de céréales sont à éviter. Vérifiez aussi
sur chaque étiquette la présence de gluten, blé, amidon de blé et dérivés.
Le site de l’AFDIAG est assez complet également.

213
VIII. Les maladies diffuses de la digestion

ΔΔ Réponse de Costes
Concernant votre seconde question, et s’il s’agit d’une simple intolérance,
pas de problèmes si cela reste marginal et exceptionnel. Vous allez simple-
ment ressentir les habituels désagréments.
Un de mes amis est intolérant au gluten et il ne souffre pas tant que cela lors
des périodes de repas de famille, même s’il s’astreint ensuite à un régime
strict pour limiter les effets indésirables.

Intoxications alimentaires
Je suis choquée par la quantité d’intoxications alimentaires dont parlent les médias
et par le temps qu’il a fallu pour trouver en été 2011 la source d’E. coli qui a tué
une trentaine de personnes en Europe. Ne peut-on rien faire pour éviter cela ?
Question de Sidonie
ΔΔ Réponse de Craquotte
Vous avez raison sur un point : les médias en parlent beaucoup. La moindre
intoxication alimentaire collective dans une cantine scolaire ou un restau-
rant d’entreprise fait l’objet de multiples reportages. Savez-vous cependant
que le nombre d’intoxications alimentaires, individuelles ou collectives, a
été divisé par plus de cent depuis le début des années 1950 ?
Cette baisse considérable a été obtenue grâce à de multiples mesures régle-
mentaires et législatives sur l’hygiène des aliments, de leur production à leur
mise sur la table, en passant par le transport, la conservation, la distribution
et la préparation des repas. La grande majorité des cas résiduels sont liés à
un non-respect de ces mesures par erreur humaine, par négligence ou par
appât du gain comme les enquêtes des services de répression des fraudes le
montrent chaque année dans la restauration ou la distribution.
Malgré tous les progrès de la législation et de la surveillance, il restera
toujours des situations d’exception comme l’épisode des graines germées
contaminées par E. coli de l’été 2011. Il a fallu quelques semaines pour en
identifier la source et régler le problème. Comparez ce résultat avec l’épi-
sode du « pain du diable » qui tua cinq habitants et fit plus de trois cents
malades, dont trente internés en psychiatrie à Pont-Saint-Esprit en 1951.
Soixante ans plus tard, on ne connaît toujours pas avec certitude la cause
exacte de cette intoxication.

214
Index des questions
et des astuces

I. L’appareil digestif 17
La digestion commence dans la bouche : faites soigner vos dents ! 50
Causes des palpitations ? 50
Sténose du sigmoïde 50
Intolérance alimentaire 51

II. Les troubles digestifs 52


Digestion difficile ? Fractionnez vos repas 78
Problèmes gastriques 78
Problèmes digestifs 79

III. Les examens digestifs 80


Échographie du tube digestif 96
Fibroscopie gastrique 96
Soulager la douleur 96

IV. Les maladies de l’œsophage et de l’estomac 98


Ménagez votre estomac ! 120
Médicaments contre les brûlures d’estomac 120
Maladie de l’œsophage 121
Malabsorption intestinale 122

V. Les maladies de l’intestin grêle 123


Fractionner les repas 145
Remplacer les légumes 145
Cause de l’irritation de l’anus ? 146

VI. Les maladies du côlon et du rectum 147


Inflammation du côlon 173
Côlon nerveux 173
Irritations chez l’enfant 174

215
VII. Les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas 175
Vaccination d’une hépatite virale 196
Cancer du foie 196
Canaux biliaires 197

VIII. Les maladies diffuses de la digestion 198


Intolérance alimentaire ? Tenez un agenda ! 213
Intolérance au gluten 213
Intoxications alimentaires 214

216
Trouver des professionnels
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FIN