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Collectif Science-Technologies-Actions (STA)

(https://sciencetechaction.tumblr.com/)

Analyse critique des allégations sur l’Agriculture Biologique

De nombreuses études scientifiques ont comparé les différents modes de culture à


l’Agriculture Biologique (AB). Il ne s’en dégage pas un consensus pour affirmer que la
consommation d’aliments issus de l’AB présente un effet bénéfique pour la santé. Néanmoins
certaines études, celles-là très médiatisées, allèguent l’inverse (par exemple que manger bio
serait "une stratégie prometteuse contre le cancer... »). Ces études font généralement l’objet
de commentaires critiques de scientifiques, notamment car elles ont tendance à refléter un
effet du niveau de vie et de l'attention portée à sa santé, et non un effet du bio lui-même.
Autrement dit, une corrélation, pas une causalité.

Lire :
https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2707943
https://www.lesoleil.com/actualite/science/25-moins-de-cancers-pour-ceux-qui-mangent-bio-
b9ebe5f327376ef64682912dcf77abb7
http://www.forumphyto.fr/2017/10/30/consommer-bio-quel-effet-sur-le-cancer-attention-il-y-a-un-
piege/
http://seppi.over-blog.com/2018/10/alimentation-bio-et-25-de-cancers-science-a-objectif-socio-
politique.html
http://seppi.over-blog.com/2018/10/produits-bio-joie-de-vivre-eclat-de-rire-et-coup-de-colere.html
http://seppi.over-blog.com/2018/10/consommation-de-produits-biologiques-et-cancer.html
https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/oct/26/dont-believe-the-hype-organic-food-
doesnt-prevent-cancer

Les débats se focalisent généralement sur l’exclusion par l’AB des produits phytosanitaires de
synthèse, mais oublie que son cahier des charges autorise 340 « bio-pesticides » (dont
l’origine naturelle n’est pas forcément une garantie d’innocuité) et quelques fongicides de
synthèse à base de cuivre et de soufre dont l’accumulation dans les sols est préoccupante.

L’AB excluant les engrais chimiques, les agriculteurs « bio » utilisent des engrais organiques
provenant de l’élevage (fumier, lisier) susceptibles de contaminer les nappes phréatiques et
qui accroissent les risques biologiques. L’accident sanitaire le plus dramatique est celui
survenu en Allemagne en 2011, responsable du décès d’une cinquantaine de personnes et
d’un millier d’insuffisances rénales à vie à cause de graines germées provenant d’une ferme
« bio » et contaminées par une souche pathogène de la bactérie E. coli. Le risque de
contamination par des champignons (moisissures) produisant des mycotoxines (dont une
trentaine s’avère toxique pour l’homme et l’animal) est également plus élevé.

Les études comparant l’AB à l’agriculture traditionnelle sur différents critères nutritionnels,
gustatifs, présence de contaminants chimiques ou biologiques montrent que le mode de
culture est peu ou pas discriminant. Si on note, sans surprise, moins de résidus de « pesticides
» dans les produits de l’AB, dans tous les cas, « bio » ou pas, le niveau de résidus se situe bien
en-dessous du seuil de dangerosité. Les très légères différences mesurées dans la composition
en nutriments sont peu significatives et pas toujours en faveur de l’AB.

Privée d’intrants chimiques l’AB ne peut assurer une aussi bonne protection des cultures que
l’agriculture conventionnelle. Il en résulte une baisse des rendements (- 50% selon étude INRA
1998 à 2008), des charges de mécanisation et de main-d’oeuvre plus lourdes et des prix plus
chers pour les consommateurs (souvent 50% plus chers).


Sur le respect de l’environnement, argument très largement avancé en faveur de la « bio »,


l’analyse est plus complexe qu’il n’y parait. (cf. rapport INRA 2013 « vers des agricultures à
haute performance », volume 1 : performance de l’agriculture biologique)
http://inra-dam-front-resources-cdn.brainsonic.com/ressources/afile/243143-9d44c-
resource-rapport-vers-des-agricultures-a-hautes-performances-volume-1.html

Clairement les producteurs en AB utilisent globalement moins de pesticides, ce qui est un


facteur favorable (même si certains de ces produits homologués en AB sont loin d’être
anodins). Inversement, avec des rendements faibles (en céréales par exemple les rendements
en AB sont globalement inférieurs de 50% à ceux de l’agriculture dite conventionnelle) l’AB
apparait comme très consommatrice d’espace (il faut deux fois plus d’ha pour obtenir la même
production) ce qui pose un réel problème sur une planète où la terre arable devient une
ressource rare, face à une démographie qui augmente fortement. Généraliser à grande échelle
l’agriculture bio reviendrait à remettre en culture des terres qu’il faudrait trouver,
éventuellement via le défrichement de forêts, ce qui serait paradoxal.

De même l’impact de l’AB sur la « fertilité » du sol est complexe à évaluer. Globalement les
exploitations en AB ont un taux de matière organique plus élevé dans le sol, élément favorable
par exemple à sa stabilité et à sa vie microbiennes (lié à la plus forte présence d’élevage et de
légumineuses). Mais inversement certaines exploitations spécialisées en productions
végétales sans élevages peuvent se heurter à de vrais problèmes de maintien de ce taux, du
fait de faibles restitutions au sol par les résidus de cultures et les racines (liés aux faibles
rendements) et au passage répété d’outils (désherbage mécanique,…)

Au plan des performances économiques, clairement l’AB, dans les conditions actuelles de
marché, peine à trouver une rentabilité suffisante, malgré la confiance des consommateurs et
leur consentement à accepter un prix supérieur, ce qui conduit les pouvoirs publics à
subventionner spécifiquement cette forme d’agriculture. Ainsi un ha de céréales en AB par
exemple touche les mêmes aides européennes que les céréales conventionnelles, auxquelles
s’ajoutent les aides à la conversion, puis les aides au maintien. Avec une production réduite
de moitié, chaque tonne de céréales « bio » reçoit donc un volume d’aide très significatif et
très supérieure aux cultures conventionnelles, qui peut poser question sur la durabilité
économique de la production.
Enfin, il n’y a pas de justification scientifique que des OGM issus des « bio»technologies
permettant de supprimer des traitements insecticides, à l’instar du maïs Bt, soient exclus de
l’AB. Il s’agit d’un choix idéologique et de marketing.

En résumé, STA considère que


-le consommateur doit être libre de consommer du « bio » malgré son prix, mais doit être mis
en garde face aux fausses promesses,
-l’information doit être honnête sur les vertus attribuées à l’AB, que ce soit sur le plan
sanitaire, sur le difficile contrôle du mode de production, sur l’impact environnemental, ou
sur le risque d’imposer des produits « bio » dans les cantines,
-les agriculteurs qui adoptent cette méthode de production, s’ils en tirent un bénéfice
économique, ne doivent pas être instrumentalisés par des groupes politisés ou commerciaux,
-l’AB peut présenter des bénéfices environnementaux (comme la qualité des sols) et peut
développer des innovations qui peuvent servir à d’autres productions, mais dans sa forme
intégrale l’AB est une production de niche, qui n’a pas vocation à devenir un modèle unique,
-que les pouvoirs publics, confrontés à un fourre-tout « bio » (de la limonade « bio » aux pneus
« bio »), doivent intégrer que l’AB favorise les pays à bas coût de main- d’œuvre et que son
développement conduira à la mise en culture de nouvelles terres avec une pression parasitaire
plus forte sans la présence à ses côtés de cultures bien protégées.