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Ironie dramatique dans la mise

en intrigue de l’empire en

Romains 13, 1-7


ROBERT HURLEY

Abstract: Most attempts to explain Romans 13:1-7 proceed from the


premise that Paul is speaking plainly and directly as he recommends
that Christians adopt a respectful and obedient attitude towards those
servants of god, the Roman authorities. Historically, Christians have
read the passage as an endorsement of all governmental authority, a
conclusion which appears repugnant to most exegetes in the wake of
the Shoah and similar government-sponsored atrocities. While some
authors explain the passage away by supposing it to be an interpola-
tion, others maintain that it becomes understandable only if one takes
into account a very particular set of historical circumstances. Given that
elsewhere Paul clearly condemns the lords of the age and their ma-
gistrates—most notably for the crucifixion of Jesus and their corrupt
practises—a reading of his recommendation in Romans 13 at face value
produces insurmountable internal contradictions in the Pauline cor-
pus. When this passage is approached with literary sensibilities, another
interpretive option presents itself. The following article proposes an
ironic reading of Romans 13:1-7 based on an analysis of a set of internal
textual clues (suggested by the theoretical work of Wayne Booth) and
supported by recent research into the relations between the nascent
church and the oppressive Roman Principate.

: Les exégètes sont presque unanimes à considérer que Paul


Résumé
s’exprime de façon claire et directe en Rm 13,1-7 quand il recomman-
de aux chrétiens d’adopter une attitude respectueuse et obéissante à
l’égard de ces serviteurs de dieu que sont les autorités romaines. Selon
la lecture traditionnelle de ce passage, Dieu sanctionne toute autorité
gouvernementale. Mais de nos jours, dans le sillage de la Shoah et d’au-
tres atrocités commises par des gouvernements, une telle conclusion
répugne à la majorité des interprètes. Si certains auteurs contournent
les difficultés du texte en supposant qu’il s’agit d’une interpolation,

Robert Hurley est professeur d’exégèse du Nouveau Testament et de catéchétique à la Faculté
de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, Québec, Pavillon Fèlix-Antoine-
Savard G1K 7P4, courrier électronique: Robert.Hurley@ ftsr.ulaval.ca.

0 2006 Canadian Corporation for Studies in Religion/ Corporation Canadienne des Sciences Religieuses
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d’autres soutiennent que le passage ne s’explique qu’à condition que


l’on tienne compte d’un ensemble de circonstances historiques assez
particulières. Puisque ailleurs, Paul condamne les seigneurs de cet âge
et leurs magistrats, notamment parce qu’ils ont crucifié Jésus et qu’ils
sont corrompus, une lecture au premier degré de cette recommanda-
tion ne peut que conduire à des contradictions insolubles à l’intérieur
du corpus paulinien. Mais dès qu’il considère ce passage avec une sen-
sibilité littéraire, le lecteur se voit devant une autre option interpréta-
tive. L’auteur de cet article propose une lecture ironique de Rm 13,1-7
qui tient compte d’un ensemble d’indices internes (suggérés par le tra-
vail théorique de Wayne Booth) et s’appuie sur la recherche récente
concernant la question des relations entre l’Église
naissante et la tyran-
nie du principat romain.

Qu’est-ce un dieu ? L’exercice du pouvoir (to kratoun).


Qu’est-ce un roi ? Celui qui est 6gal a un dieu ( isotheos) 1.
(Tel que cite par Price 1997 : 65)
13 1Que tout Ame soit soumise aux autorit6s qui exercent le pouvoir, car il n’y a
d’autorit6 que par dieu et celles qui existent sont 6tablies par lui. 2Ainsi, celui qui
s’oppose;h 1’autorite se rebelle contre 1’ordre voulu par dieu, et les rebelles attireront
la condamnation sur eux-m~mes. 3En effet, les magistrats ne sont pas a craindre
quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas avoir a craindre 1’au-
torit6 ? Fais le bien et tu recevras ses 6loges, 4car elle est au service de dieu pour
t’inciter au bien. Mais si tu fais le mal, alors crains. Car ce n’est pas en vain qu’elle
porte le glaive : en punissant, elle est au service de dieu pour manifester sa colere
envers le malfaiteur. 5 C’est pourquoi il est n6cessaire de se soumettre, non seule-

ment par crainte de la colere, mais encore par motif de conscience. 6C’est encore la
raison pour laquelle vous payez des imp6ts : ceux qui les perçoivent sont charges par
dieu de s’appliquer a cet office. 7 Rendez a chacun ce qui lui est du : l’imp6t, les
taxes, la crainte, le respect, a chacun ce que vous lui devez.

Introduction
Parlant de la fonction narratrice de la conscience humaine ( narratizing en
anglais), Julian Jaynes observait que 1’etre humain est toujours en train de
se fabriquer des r6cits et que c’est grace a cette
capacite de mettre en recit
(une capacite exerc6e souvent a un niveau subconscient) qu’il arrive a inter-
pr6ter ce qu’il rencontre (Jaynes 1976 : 63-64, 29-30). Partant de cette in-
tuition jaynesienne, Herbert Schneidau (1986 : 136) se demande si 1’616-
ment cr6ateur et synth6tique de la perception humaine ne serait pas le recit
subliminal cr66 par celui qui regarde quelque chose, un schema qui lui per-
met non seulement d’anticiper et d’agencer ce qu’il voit, mais finalement d’y

imposer un sens 2. La lecture de Rm 13,1-7 propos6e dans ce qui suit tient


compte de cette propension humaine a se doter de strat6gies interpr6tatives
sous forme de r6cits, attendu qu’elle discerne en filigrane dans les lettres de
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Paul les grandes lignes d’un recit qui, selon toute apparence, a servi a cet au-
teur de cl6 herm6neutique pour lire les structures politico-religieuses et
socio-6conomiques de son monde. L’interpretation de ce passage necessite
d’ailleurs une compr6hension des corr6lations qui se sont nouees entre la
lettre aux Romains et le contexte religio-politique et socio-economique d’ou
elle 6mergeait.
Dans 1’etude qui suit, j’entends montrer que Rm 13,1-7 se lit mieux
sous unjour ironique qu’au pied de la lettre et qu’une telle lecture a le m6-
rite de r6soudre en fait les grandes difficult6s soulev6es par l’interpr6tation
du passage, considere selon ses divers contextes, soit le contexte de la lettre
aux Romains, celui du corpus paulinien (les 6crits dits « authentiques »), et

plus largement celui du NT ou l’on trouve d’autres expressions des id6es po-
litiques de la toute premi~re generation de chretiens 3.
Mon hypothese pourrait se formuler comme suit: 6tant donn6 que Paul
adopte ailleurs une attitude subversive mais pacifiste vis-a-vis de 1’empire
romain et qu’il pr,6sentej6sus comme celui qui vient accomplir ce que Cesar
pretend faussement accomplir - c’est-A-dire sauver le monde entier et lui of-
frir une paix et une securite veritable ( cf. Donfried 1997 : 227 )4 -, ne serait-
il pas possible que, dans un texte sur 1’amour chr6tien, il se permette d’iro-
niser sur la possibilite de trouver la justice aux mains de magistrats qui sont
les agents de 1’empire ? En 1 Co 6, 4, Paul avait deja laisse entendre que les
chr6tiens, meme s’ils sont en train de faire la volont6 du seul vrai dieu, ne
peuvent esp6rer de justice de la part de paiens que « I’tglise m6prise ». Paul
se trouverait a critiquer non seulement l’antique vision paienne de la divi-

nit6 mais simultan6ment les rapports sociaux et 6conomiques qui en d6-


coulent. Au milieu d’un d6veloppement sur 1’amour chr6tien, il offrirait
ainsi en 13,1-7 une illustration de tout ce qu’il ne faut pas etre et de tout ce
qu’il ne faut pas faire quand on vit en christo.
Compte tenu de la situation historique globale de 1’Eglise naissante et
des affirmations que Paul a faites ailleurs, il parait plausible de sugg6rer
que les destinataires de la lettre aux Romains n’aient pas ete capables de lire
les sept versets en question autrement que sous un jour ironique. Je suis port6
a penser qu’ils devaient reconnaitre d’embl6e dans ce passage la rh6torique
vide de la propagande romaine. Ce qui m’amene a soutenir que les traces
de cette ironie politique doivent toujours etre perceptibles dans la lettre
aux Romains.

Les problbmes interprc-tatifs dans Rm 13,1-7


Problèmes relevant du contenu
Plusieurs exégètes sont persuad6s que Rm 13,1-7 constitue une interpolation
dans le texte de Paul (Pallis 1920 :14 ; Barnikol 1961 : 69 ; Kallas 1964-65 :
365-374 ; O’Neill 1975 : 209 ; Schmithals 1975 : 191-196 ; Munro 1983 :19 ;
1990 :161-168), tant le contenu du passage semble contredire ce que Paul
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affirme ailleurs sur le th6me des pouvoirs mondains (cf. 1 Co 2,6-8 ; 6,1-7
et passim ; voir la discussion infra) . Winsome Munro ( 1990 :164-165 ) pense

que Rm 13,1-7 fait partie d’un code de subordination qui aurait 6t6 introduit
dans les 6crits de Paul a la meme époque que celle de la composition des let-
tres pastoraleS5. Que, dans ces versets, les pouvoirs civils ne soient pas pr6-
sent6s sous un jour apocalyptique ou eschatologique (cf. 1 Co 2,6s.) et que
le Christ ne soit pas mentionne (dans une lettre qui emploie ce titre 66 fois,
soit plus que dans tout autre 6crit de Paul) constituent autant d’arguments
additionnels que ces auteurs font valoir contre la paternité paulinienne
(voir Michel 1977 ; Racine 1993).
L’interpolation, une des singularites de 1’ex6g~se n6otestamentaire, de-
vient parfois le dernier recours d’exegetes g~n6s par la presence de telle ou
telle p6ricope. 11 est toutefois assez rare que la these de l’interpolation se
v6rifie dans la transmission d’un 6crit paulinien. On comprend que l’on
puisse succomber a cette tentation quand les propos se font incongrus, in-
eptes ou carr6ment stupides ( cf. Booth 1974: 52-53). En d6pit des multiples
difficult6s stylistiques et th6matiques occasionn6es par la presence de ce
passage au d6but du chapitre 13, il me semble que S. Porter a raison d’affir-
mer que 1’on doit preferer a la these de l’interpolation une interpretation

qui permette d’6tablir des liens entre un passage donn6 et ses divers contex-
tes. Rien au plan de la critique textuelle n’autorise a supposer que Rm 13,1-7
ne soit pas authentique ou qu’il ne soit pas a sa place. Et W. Booth a d6 A note
comme symptbme d’ironie la presence d’un passage dont le contenu contre-

dit ce que le lecteur est cens6 savoir par ailleurs des croyances de 1’auteur
(Booth 1974 :62).
Les exégètes qui admettent 1’authenticite de Rm 13,1-7 (Cullmann 1954;
Leenhardt 1981; Bammel 1984 ; Heil 1987 ; McDonald 1989 ; Racine 1993;
L6gasse 1994 ; Elliott 1997b ; Voelz 1999) ont tendance a lire le passage
comme 1’expression d’une sorte de Realpolitik : devant une situation politique
aussi volatile, Paul recommanderait la soumission aux autorit6s civiles (Ra-
cine 1993 :187-205) :

Cette soumission n’implique pas affection ou amour; elle est le r6sultat d’un examen
rationnel de la situation. En effet, les r6bellions couronn6es de succès sont rares dans
1’Antiquite, et un gouvernement tyrannique est souvent pr6f6rable a la repression
d’une r6volte manquee. (Racine 1993 : 201)

Que les admonitions de Rm 13,1-7 soient simplement juxtaposees


sans liensentre elles, tel que le maintient Ernst Kasemann (1974 : 337), ou
qu’elles 6pousent la forme d’un topos, comme le pretend Jean-Francois Ra-
cine, il est fort probable que Paul ait emprunte ce materiel a des sources
greco-romaines contemporaines. Willem van Unnik (1975 : 334-343) dres-
se une liste impressionnante de textes offrant des parallèles avec les versets
3 et 4 du chapitre 13, et tous tires de sources hell6nistiqueS6. Seront pr6sen-
tes 6galement dans 1’analyse qui suit d’autres textes contemporains qui ont
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ete sugg6r6s comme sources possibles des propos de Paul. Plutot que d’ex-
horter ses interlocuteurs a la soumission, comme le suggere Racine, Paul, à
mon avis, se sert du discours politique hell6nistique afin de mettre en relief
les diff6rences frappantes entre la th6ologie royale romaine et son calque au
plan de la terminologie qu’est la th6ologie royale chr6tienne. Ces deux
th6ologies affichent des positions a peu pres antith6tiques quant;l leur vision
de la divinit6, de la justice et de la vie commune.
Certains de ceux qui considèrent ces versets comme authentiques (0. Di-
belius 1960 ; Muntzer 1968 ; Stein 1989 ; Porter 1990) pr6f~rent les lire comme
une fa~on de saper I’autorit6 civile, un jugement divin prononc6 contre

ceux qui exercent le pouvoir de fa~on corrompue (Muntzer 1968 ; Porter

1990). Une telle interpr6tation ne tient pas non plus la route. Pour arriver
a cette conclusion, il faudrait lire en filigrane un message qui contredit le sens
obvie du texte sans avoir a offrir en contrepartie d’explications convaincan-
tes pour le rejet ou la modification de ce sens evident.

Puisque 1’emergence d’effets ironiques est n6cessairement tributaire


des croyances du lecteur, il me semble que 1’histoire de la r6ception cri-
tique de ce passage soulève des questions qui vont au-dela des intentions de
leur auteur. Pourquoi les uns veulent-ils rejeter ce passage comme non pauli-
nien, alors que les autres refusent de l’interpr6ter au premier degr6 ? A
l’instar de Porter et de Munzter, la majorite des exegetes cherchent a s’op-
poser a une lecture qui leur r6pugne, et sur ce point je crois qu’ils ont rai-
son.

Problbmes relevant du style


Au-delA du contenu, la majorite des objections à I’authenticit6 de ce passage
sont tir6es de son style. Les versets 1-7 interrompent abruptement une pa-
renese sur 1’amour chr6tien qui commence en 12,9 et se poursuit en 13,8.
Franz Leenhardt qualifie ces versets de « bloc qui tombe comme une meteo-
rite au milieu du d6veloppement commence au chapitre 12 » (Leenhardt
1981 : 121 ) . Au chapitre pr6c6dant, Paul exhortait les Romains a 1’amour
fraternel sur un ton que 1’on pourrait qualifier de maternel et dans un style
d6licat. En 13,1-7, il n’exhorte plus, il commande sur un ton imp6rieux qui
contraste vivement avec celui qu’il emploie au chapitre 12. En 13,8,1’apotre
renoue avec le ton de la douce persuasion qu’il employait auparavant pour

exhorter ses interlocuteurs au nom de la mis6ricorde de Dieu (12,1) et de


la grace (12,3), etc. Meme les emplois qu’il fait de l’imp6ratif au chapitre 12
sonnent comme autant d’invitations a 1’amour, a 1’estime r6ciproque, a la b6-
n6diction mutuelle,;! 1’esperance et a la joie.
En plus du style et du ton utilis6s, le contenu de 13,1-7 contraste tout aussi
intens6ment avec les sections qui pr6c~dent et qui suivent. Plut6t que de par-
ler de 1’amour fraternel, Paul introduit un discours sur la soumission servile
a 1’autorite impos6e, sur la crainte physique et morale qu’inspire dieu a tra-
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vers ses agents, sur la rebellion, sur la violence, sur la collecte d’imp6ts. Si on
lit les textes des chapitres 12 et 13 au premier degr6, il parait presque impos-
sible que ce soit la meme personne qui ait insere entre deux sections par6-
n6tiques, clairement destin6es au cercle restreint et intime des initi6s lib6-
res par leur vie dans le Christ, des injonctions qui prescrivent sommairement
des devoirs publics et légaux.
A ce point, il est peut-etre opportun de noter que W. Booth consid~re
1’emploi de styles discordants dans un meme passage comme le signal d’une
possible ironie ( 1974 : 64-73) . Lorsque le style de discours employ6 par 1’au-
teur differe sensiblement du style que le lecteur considere normal, ou tout
au moins normal pour cet auteur-la et ce th~me-IA, le lecteur
peut en d6dui-
re qu’il s’agit d’un cas d’ironie.
En d6pit de ces diff6rences th6matiques et stylistiques, A. F. C. Webster et
Stanley Porter pr6tendent deceler un lien direct entre le contexte des cha-
pitres 12-13 et le passage controverse. Porter est d’accord avec les conclusions
de Webster qu’il cite :
The transition from 12:21 to 13:lff. thus was a perfectly logical, natural one; the pol-
icy of non-resistance to evil would require submissiveness to the governing author-
ities of the Roman empire, who would not only providentially and in accordance
with God’s wrath punish evildoers such as the persecutors of the Christians in Rome
but also reward the good-doers-that is, the authorities would prove beneficial and
not merely irrelevant to the essentially good Christians. (Webster 1981)

Des lors, les chr6tiens a Rome devaient pouvoir compter sur les autori-
tes civiles pour punir les malfaiteurs de la meme faron qu’ils 1’avaient tou-
jours fait dans le passe. Les autorit6s romaines ne savaient-ils pas tres bien
punir de grands criminels comme Jesus de Nazareth ? Ce pr6tendant a la cou-
ronne judeenne n’avait-il pas ete execute en tant que criminel politique sur
une croix consideree comme l’instrument
par excellence de la terreur im-
p6riale (voir Elliott 1997a : 171-176) ? D’ailleurs Luc dans les Actes et Jean
n’offrent-ils pas des motifs politiques expliquant la condamnation de Jesus
et celle des premiers chr6tiens ? En Lc 23,2, des accusateurs d6noncent
j6sus en ces termes : Nous avons trouve cet homme mettant le trouble dans
notre nation : il empêche de payer le tribut a C6sar et se dit Messie, roi ». En
Ac17,7, Paul lui-meme est accuse de repandre la meme sedition. « Ces gens
[Paul et Silas] qui ont soulev6 le monde entier sont maintenant ici..., ils pr6-
tendent qu’il y a un autre roi, Jesus. » Jn 19,12 r6p~te l’accusation alors que
la foule scande devant Pilate : « Si tu le relachais, tu ne te conduirais pas
comme 1’ami de Cesar ! Car quiconque se fait roi, se declare contre Cesar. »
En tant que criminel, Paul avait lui-même merite soit des autorites jui-
ves soit des autorites romaines cinq fois les trente-neuf
coups de fouet
(2 Co11,24), trois fois la flagellation (2 Co 11,24), il avait aussi merite 1’em-
Co la
prisonnement (2 6, 5), lapidation (2 11,24), Co ainsi que des pers6cu-
tions et des insultes de toutes sortes (2 Co 12,10-11). Pour qu’il ait pu dans
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cettelettre conseiller la meme r6forme vis-A-vis des Romains, il faudrait s’i-


maginer que Paul, le criminel, se fut lui-meme repenti.
Deux récits, deux weltanschauungs
Le recit chr6tien devait entrer en contradiction flagrante avec le recit qui do-
minait alors dans 1’empire et cette contradiction peut se resumer en quelques
mots. Le mythe de la pax romana s’etait construit a partir de la bataille d’Ac-
tium. Selon la propagande imperiale, Auguste avait;~ cette occasion mis un
terme aux affrontements qui avaient pendant un siecle dechire la R6pu-

blique romaine, et il avait fond6 un nouveau r6gime au b6n6fice du monde


entier. Grace a ses victoires sur le champ de bataille, 1’empereur, tel un dieu,
avait 6tendu la paix et la civilisation a toute la terre habit6e. Ce « fils de
dieu » s’6tait ainsi couvert de gloire. 11 avait place Rome et tous ses citoyens
au-dessus de tout autre peuple et lui-même au sommet d’une pyramide
sociale et politique d’ou il s’6tait enrichi et avait exerce un pouvoir quasi
absolu. Vu dans cette perspective, le tribut qu’exigeait Rome des vaincus
n’etait que justice, un prix raisonnable pour des gens incapables de se gou-
verner eux-m~mes.

Le recit chr6tien troque la perspective des conqu6rants pour celle de vic-


times pour qui Actium n’6tait gu~re une bonne nouvelle. Cet autre roi
qu’est le Christ est venu annoncer la paix a tous ceux qui n’avaient plus aucun
espoir, a 1’ecume de la societe qui se faisait 6craser sous le poids de 1’empire.
Plutot que d’assujettir ses disciples et de chercher la gloire, ce roi de la lignee
de David s’est vide de lui-même et a accepte la condition d’esclave. Plut6t que
d’emprisonner, il est venu annoncer la libert6 aux captifs. Plut6t que de
condamner, il est venu pardonner. Plutot que d’estropier et de rendre aveu-
gle, il est venu gu6rir et rendre la vue. Plut6t que d’exiger l’ob6issance, il a
accepte meme de mourir sur une croix. Plut6t que de tuer sur le champ de
bataille, il est venu vaincre la mort une fois pour toutes.
La recherche r6cente sur le NT, et plus pr6cis6ment sur le corpus pau-
linien (entre autres, Hays 1983 ; Horsley 1997 ; Longenecker 2002 ; Meeks
1983 ; Ogle 1978 ; Theissen 1996 ; Wright 1990 ; Wright 1992), fournit tous
les 616ments n6cessaires pour esquisser le recit qui portait la weltanschauung
de 1’Eglise naissante. Surtout indirectement, mais parfois directement, le recit
que 1’on lit a fleur du corpus paulinien met en intrigue 1’empire romain, un
r6gime brutal que les historiens caract6risent autant par ses conquetes san-
guinaires (Brunt 1997: 27-29) que par le client6lisme7 qu’il imposait aux
peuples conquis.
Lorsque les Romains 1’estimaient n6cessaire, ils employaient les m6tho-
des de repression les plus brutales, la mort ou 1’esclavage 6tant la punition
commune pour les combattants de la libert6 (Brunt 1997: 28). A une occa-
sion, C6sar, qui vantait sa clemence, a fait couper les mains droites de tous
ses prisonniers, et il est repute avoir pr6lev6 un million d’esclaves durant sa
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campagne enGaule (Brunt 1997 : 28) . La pax romana 6tait analogue a celle
qui s’instaurait a la fin d’une bataille quand le vainqueur tuait sans merci les
combattants adversaires ou, s’il 6tait bien dispose, les prenait comme escla-
ves. Tacite rapporte une remarque du chef caledonien Calgacus qui s’avere
a cet 6gard fort revelatrice : « Le monde entier est leur proie. Ces Romains
qui veulent tout ne trouvent plus de terre a ruiner... Rafler, massacrer, sac-
cager, c’est ce qu’ils appellent &dquo;empire&dquo; et IA ou ils font une d6solation, ils
1’appellent la &dquo;paix&dquo; (Agricola 30) . »
Une fois soumise la population locale, un syst6me pyramidal d’organes
gouvemementaux (Bammel 1984 : 373) permettait a Rome d’exercer son em-
pire « urbi et orbi » sur des soci6t6s rigidement hiérarchisées. Les conqu6rants
latins institutionnalisaient partout la spoliation du plus faible par le plus
fort, encourageant chaque couche sup6rieure;l lever un tribut sur les popu-
lations qui lui 6taient inf6rieures dans la pyramide sociale (Brunt 1997:
29-31 ; Georgi 1997 :152-153). En revanche, en 1’absence d’6tat providence,
le bien-etre des individus restait largement tributaire de la bienveillance des
gens mieux places aux plans social et 6conomique ( cf. Chow 1997). Pour avan-
cer, ou simplement pour manger dans un tel contexte, on allait jusqu’a user
de flagornerie 6hont6e. Garnsey et Saller peignent bien la vie concrete de
ces gens : ,

Clients could contribute to their patron’s social status by forming crowds at his door
for the morning salutatio (Tactitus, Ann. 3.55) or by accompanying him on his
rounds of public business during the day and applauding his speeches in court. In
return they could expect handouts of food or sportulae (small sums of money ... ) and
sometimes an invitation to dinner. (Garnsey, Saller 1997 : 99)

Vu de la perspective romaine,les guerres qu’ils avaient faites 6taient


justifiees pour des raisons de securite imp6riale de sorte que les dominions
qu’ils avaient acquis par des guerres de pr6vention leur appartenaient à
juste titre. Aucun autre peuple, remarquait Cic6ron, n’avait un si grand ap-
de
petit gloire (De republica 5.9), une gloire qui s’exprimait au mieux sur le
champ de bataille avec un general qui ne se permettait de parler de triom-
phe que s’il avait tu6 cinq milles soldats ennemis (Brunt 1997 : 26).
Face a la politique belliciste de Rome, la voie chr6tienne devait donner
l’impression d’une philosophie pernicieuse. C’est bien ce que Dieter
Georgi (1997 : 156) a not6 quand il a soutenu que l’interpr6tation de la let-
tre aux Romains devait exiger 1’inclusion du politique dans la sphere du spi-
rituel. Cet auteur s’est d’ailleurs demande si l’introduction d’un roi de la li-
gnee de David aux v. 3-4 de Rm 1 ne pouvait pas etre d6jA l’indice d’une
intention satirique ( 1997 :151 ) . La premi~re generation de chr6tiens aurait
compris 1’avenement du Christ comme 1’acte central d’un drame historique:
Dieu avait d6ji rachete Israel, et 6tait maintenant en train d’en faire autant
pour les gentils (Wright 1992 : 445). Cette nouvelle donne religieuse devait
etre inseparable d’une nouvelle orientation politique et d’un nouveau rap-
port aux pouvoirs mondains.
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La doctrine chr6tienne de 1’amour des ennemis devait paraitre risible à


l’int6rieur d’un syst~me politico-religieux qui consid6rait comme une menace
a sa propre securite la simple existence d’un autre peuple independant
(Veyne, 1975 : 793-855). En exhortant les forts a se mettre au service des fai-
bles, les chr6tiens risquaient 6galement de d6ranger les normes sociales et
culturelles de 1’empire. Il est fort possible, comme le remarque N. T. Wright,
que le mode de vie quasi familial, quasi ethnique des chr6tiens ait ete per~u
comme une contre-culture subversive (Wright 1992 : 450). N6ron persecu-
tait les chr6tiens par pr6dilection (Wright 1992 : 449-450), en depit du fait
qu’il y avait de nombreuses autres confr6ries accus6es de pratiquer le vice en
secret ou en public, des groupes qui refusaient de rendre le culte a 1’empe-
reur, et 6galement bien d’autres gens accus6s d’ath6isme. Wright se de-
mande si ce n’6tait pas pr6cis6ment a cause de leur style de vie que 1’empire
avait tant pers6cut6 les chr6tiens.
Si j’ai raison de pr6tendre que le recit chr6tien pr6sente une sorte
d’image invers6e de la propagande imp6riale, les indications d’une telle in-
version ironique devraient pouvoir se detecter dans un texte qui semble abor-
der de front la question du rapport entre le disciple du Christ et 1’etat. Les
grands traits de ce recit de reference 6mergeront au fur et a mesure de
1’analyse propos6e de Rm 13,1-7.

Les premieres indications d’ironie


Le premier indice d’une possible ironie dans ce texte tient à un conflit la-
tent entre les croyances exprim6es en Rm 13,1-7 et mes propres croyances,
ou pour le dire de mani6re un peu plus rassurante, entre les croyances ex-

prim6es dans ce texte et ce que je suppose etre les v6ritables croyances de


Paul ( cf. Booth 1974 : 73-76). Le fait qu’il apparaisse ou non au moment de
la lecture certains effets ironiques depend largement, sinon entierement, des
presuppos6s et des croyances du lecteur.
A 1’exception de Jacques Ellul qui a reconnu qu’il y avait possibilit6
d’ironie dans ces versets dans un court texte de deux pages publi6es en
1990, la critique r6cente n’ajamais, a ma connaissance8, explore cette pos-
sibilite (Ellul 1990). tcrivant certes dans le sillage de la Shoah et de 1’apar-
theid, la majorite de ceux et celles qui commentent Rm 13 sentent le besoin
de qualifier et de circonscrire les propos que Paul semble y tenir. Meme Ellul,
qui remarque que, dans ces versets, Paul dit le faux pour faire comprendre
le vrai, n’y explique toutefois pas le fonctionnement de l’ironie. Les uns
apres les autres, les exégètes imaginent des situations historiques tres parti-
culieres aptes a expliquer le caractère unique de ce passage et son 6trange-
t6 dans le cadre de la pensee de I’ap6tre, ou decelent dans le texte une cer-
taine intention implicite de condamner des autorit6s corrompues. La these
de l’ironie ouvre, semble-t-il, une troisieme voie.
Mais il est plus facile de detecter la presence de l’ironie que de la prou-
ver, car l’ironie demeure un mode d’expression « pluraliste », une evasion
48

hors du discours engage (Booth 1974 : 48). Pour que ce clin d’oeil textuel
r6ussisse, il faut pouvoir tabler sur les croyances du lecteur tout autant que
sur celles de 1’auteur, et c’est pour cette raison que l’ironie releve bien
plus
du probable que du certain. Un texte qui, de 1’aveu meme de son auteur, se
veut ironique peut aussi se lire sans ironie a la condition que le lecteur
ignore cette prise de position et partage les croyances ridiculis6es par
1’auteur (Booth 1974 : 81). Plut6t qu’une preuve de la presence d’ironie en
Rm 13,1-7, je pr6sente dans ce qui suit une argumentation en faveur d’une
lecture au second degr6 de ce passage controverse.
Je propose une argumentation en trois moments. La premiere partie de
cette argumentation consistera a repertorier les principales difficult6s inter-
pretatives identifiees par 1’exegese contemporaine. Suivra une lecture imma-
nente (a close reading) de 13,1-7 à l’aide de la stylistique affective9, une ver-
sion de la critique de la reponse du lecteur. Cette lecture d6taill6e devrait
permettre d’identifier divers 616ments des deux r6cits matrices, l’un ayant
servi a Paul et a la premi~re generation de chr6tiens comme cl6 herm6neu-
tique pour lire leur monde, l’autre 6tant celui que proposaient les autorit6s
romaines. Cette attention accrue aux moindres d6tails de 13,1-7 devrait per-
mettre de mettre en lumi6re certains dispositifs litt6raires pouvant permet-
tre a une ironie dramatique de surgir en ce passage. Se fondant sur les re-
cherches socio-historiques et religio-politiques pertinentes presentees ici, la
conclusion r6capitulera les grandes lignes de deux r6cits qui se font concur-
rence dans le corpus paulinien.

La mise en recit de 1’Empire romain


131 pasa psyche exousiais hyperechousais hypotassestho ? Ou gar estin exousia ei
me ? hypo theou, hai de ousai hypo theou tetagmenai eisin.
131 Que toute Ame soit soumise aux autorit6s qui exercent le pouvoir, car il n’y a
d’autorit6 que par [un] dieu et celles qui existent sont 6tablies par [un] dieu.

Certains manuscrits (P46, D*, F, G


et la version VL) omettent 1’expression
toute time ou ( pasa psyche ) et mettent le verbe hypotassesthõ à l’im-
toute personne
pératif. Cette variante doit donc se lire comme suit : « Soyez soumis aux
autorit6s qui exercent le pouvoir (Fitzmyer 1993 : 665). S’il faut pr6f6rer la
le~on la plus difficile a la variante privil6gi6e par Nestl6-Aland et 1’UBS,
cela implique qu’il fautjustement retenir la version la plus courte et la plus
tranch6e. Il est plus vraisemblable qu’un copiste ait effectu6 ces change-
ments dans le but d’adoucir la transition entre 12, 21 et 13,1. En ajoutant
« toute ame une expression h6braisante que Paul emploie ailleurs (Rm
» -

2,9) et en remplacant l’imp6ratif par le subjonctif, le scribe devait etre


-

convaincu qu’il ne faisait rien de plus que d’aplanir les asp6rit6s d’un texte
stylistiquement heurte. Si 1’on retenait cette variante, le ton et le contenu des
versets 1-7 s’avereraient encore plus genants pour le lecteur qui ressentirait

;;
,¡r ,
49

davantage le choc cause par un changement de ton aussi brusque qu’impr6-


vu. Pour que l’ironie surgisse, le lecteur doit reconnaitre que quelque chose
cloche dans le texte. 11 doit se sentir force de rejeter le sens qu’il lit en sur-
face. Cette correction de copiste parait pointer dans cette direction.
Exousiais hyperechousais : expression longuement discutée depuis les pre-
mi~res pr6sentations du texte par les P~res de 1’Eglise, bien que son inter-
pr6tation paraisse maintenant faire une certaine unanimite. Elle d6signerait
les autoiit6s civiles, et notamment certains magistrats de 1’administration im-
p6riale (voir Bammel 1984 : 365).
«
Hypo » : ce premier verset se trouve a juxtaposer hyper et hypo (dans les
mots hyperechousais, hypotassesthõ, hypo theou). En jouant sur ces mots et l’uti-
lisation des pr6fixes, Paul produit un effet de hi6rarchisation. Peut-~tre
6voque-t-il meme la notion de domination ? S’agit-il d’une premiere allusion
au syst~me de hi6rarchisation pyramidale utilise par les Romains pour 1’ex-

ploitation 6conomique optimale des soci6t6s vaincues sous 1’Imperium (voir


Brunt 1997 : 28-32) ? On ne peut que rester attentifs.
« Theou » : exception faite de la note ex6g6tique de Jacques Ellul, peu
d’ex6g~tes se sont demande a quoi peut bien referer le mot theou dans ce
verset. En traduction modeme, le mot « dieu » s’ecrit invariablement avec une
lettre majuscule. Mais ce choix renferme d6ji une decision interpr6tative, un
choix herm6neutique. Dans toute sa recherche, N. T. Wright a sagement
decide d’6crire dieu avec une minuscule, non pas par irr6v6rence, maisjus-
tement parce que les premiers chr6tiens pol6miquaient avec leurs coreligion-
naires et implicitement avec les Romains a propos de la bonne compr6-
hension de ce terme (Wright 1992 : xiv-xv) 10. Si 1’on connait a 1’avance le
referent de ce mot, on limite radicalement les possibilit6s de lecture des
textes qui nous int6ressent ici. Notons que Paul emploie ailleurs le mot
« dieux » pour designer des « pretendus dieux ... sur la terre » (voir 1 Co 8, 5) .
Est-il donc possible que les propos de surface de 13,1-7 contiennent
d’importants 616ments de la weltanschauung dominante, de celle que repand
la propagande romaine ? Est-il possible que le dieu qui établit et 16gitime la
magistrature romaine du premier siecle soit celui qui se trouve au centre du
culte imp6rial ? 11 semble que le culte de 1’empereur introduit par les Thes-
saloniciens (Donfried 1997 : 217-219) ait ete une strat6gie employee par la
classe dirigeante pour rivaliser avec d’autres cites m6diterran6ennes cher-
chant elles aussi a s’attirer des privil~ges et des avantages de leur maitre
commun (Horsley 1997b : 88-89 et voir ~~<x). De nouvelles possibilit6s in-
terpr6tatives surgissent des que 1’on s’ouvre a la possibilite que le mot theou
puisse referer a autre chose qu’au seul dieu d’Israel.
Cette question est d’autant plus 6pineuse que 1’on oppose normale-
ment le monoth6isme judeo-chretien au polyth6isme gr6co-romain. Si le
dieu de Rm 13,1-7 est un dieu paien, pourquoi ne pas plut6t parler des
« dieux » au pluriel. Avant de continuer la lecture du passage, il me semble
utile de proposer imm6diatement une reponse a cette objection 16gitime.
50

De quel dieu s’agit-il ?


Jacques Ellul apporte ici une information sur N6ron qui ouvre une nou-
velle piste pour 1’interpretation de 13,1-7. Les historiens ont eu tendance à
considerer que, depuis 1’empereur Auguste (27 av J.C.-14 apr. J.C.) jusqu’A
Aur6lien (270-275 apr. J.C.), seul Domitien (81-96) avait essay6 sans succès
(84) de se faire appeler des par ses concitoyens romains. Cela voulait dire
que jusqu’au 3e siecle, l’imperator était de son vivant qualifi6 de « divus »

[divin], mais qu’il fallait attendre le moment de sa mort pour qu’il soit
rang6 parmi les dieux (Ellul 1990 : 81 ) . On a sembl6 avoir compl6tement ou-
bli6 le cas de N6ron a qui S6n6que attribue une declaration prononcee lors
de son accession au pouvoir : « C’est donc moi qui, entre tous les mortels, ai
ete designe et choisi pour jouer sur terre le role des Dieux » (Seneque, De
clementia). Ellul découvre encore d’autres textes pertinents pour notre re-
cherche :

Lucain a la meme époque va plus loin : N6ron est un Dieu et non pas un Dieu
parmi d’autres, mais la divinite sup6rieure aux autres dieux. « Toute divinite te
c6dera le pas (La Pharsale), N6ron est le « centre de l’univers ». Bien plus, ce
n’est pas seulement I’assembl6e des dieux qui confie a N6ron la divinit6, la pri-
maut6 sur eux tous, mais c’est la Nature elle-meme ! « Et la Nature te laissera choisir
quel Dieu tu pr6f6reras etre » (Lucain). Ce qui, donc, permet a N6ron d’acc6der à
la divinit6, c’est le principe meme qui fonde l’ordre du monde. Et dans plusieurs
textes, N6ron est identifi6 a Jupiter et a Apollon, eux-mêmes 6tant une all6gorie du
Logos. « Jupiter-Logos» est la figure du principe rationnel qui gouverne tout. Et
voila, N6ron assimil6 a ce Jupiter. Or, cette construction ... n’a pas ete le fait de
quelques flatteurs et courtisans : elle est fond6e philosophiquement et r6pandue
dans 1’Empire (a Rome d’abord) par la mediation des Stoiciens. Et cela ne resta pas
dans les milieux intellectuels ... (Ellul 1990 : 82)

Si les cas de Domitien et des empereurs apr~s Aur6lien n’affectent en


rien notre interpretation de Paul, il n’en va pas de meme de celui de N6ron.
Paul 6crit sa lettre aux Romains vraisemblablement entre 54 et 59 (Fitzmyer
1993 : 87), et peut-etre plus pr6cis6ment encore vers 1’an 57 (Ellul 1990 : 81).
N6ron avait acc6d6 au pouvoir en 54. Est-il possible que Paul ait d6 A enten-
du a Corinthe ou ailleurs la nouvelle que N6ron s’6tait arrogé le titre de dieu ?
Parlant des bonnes nouvelles (eua~gelia) du sauveur Auguste (le sotõr), Die-
ter Georgi fait remarquer qu’a cette epoque-la la propagande de la religion
c6sarienne se r6pandait comme un feu de brousse (Georgi 1997 :149) .
La recherche r6cente sur les origines du vocabulaire paulinien montre
clairement que, dans ses 6crits, Paul pr6sente j6sus en utilisant un vocabu-
laire et une imagerie emprunt6s au culte imp6rial. Parmi les termes impor-
tants qui paraissent calqu6s sur le vocabulaire de la religion c6sarienne figu-
rent les termes suivants : euangelion, soter et sõteria, Pistis, dikaiosyne, eirene,

asphaleia (Georgi 1997 :148-149), kyrios, parousia, apant-sis (Donfried 1997 :


216-218) et meme theou huios (Price 1997 : 54). Georgi explique les enjeux
de cette decouverte :
51

Paul’s gospel enters into critical dialogue with the good news that universal peace has
been achieved by the miracle of Actium [31 av. J.C.]. This was a prodigious miracle
that brought respite and new life to a world tortured by a century of civil war. Even
a devout Jew like Philo could celebrate this marvel, secured by the law and might of
Rome. The sötëria represented by Caesar and his empire is challenged by the sötëria
brought about by Jesus. Like that of Caesar, the sötëria of the God Jesus is worldwide
([Rm] 1:16) (Georgi 1997 :152).
Ces bonnes nouvelles, ces 6vangiles, 6taient a cette époque 1’assise de la re-
ligion c6sarienne (Georgi 1997 : 149) .
La diplomatie et le culte imp6rial 6taient deux moyens qui devaient ser-
vir a la construction sociale-ou plus pr6cis6ment,,i la construction religio-
politique-de 1’empereur. Dans ces deux contextes, le langage religieux
constituait un element important (Price 1997 : 66). Paul emprunte bien plus
au culte de 1’empereur que quelques termes isol6s ; il met son protagoniste

en intrigue dans des formes de propagande d6velopp6es sp6cifiquement

pour le princeps lui-meme. Deja en 1Th 2,2, il disait aux Thessaloniciens


qu’ils 6taient appel6s par dieu a « son royaume et;l sa gloire ». En 1 Th 4,13-
18, on trouve un bel exemple de la manière dont Paul pouvait detourner le
scenario de la parousia du kyyios, 1’entr6e triomphale de 1’empereur dans une
ville imp6riale. En plein milieu de la scene, Paul remplace le princeps par Jesus,
signifiant par IA que la vraie parousia du vrai kyrios aurait lieu seulement lors
de 1’apocalypse a la fin des temps du Seigneur Jesus. Le Christ arrivera sur
les nuees pour juger le monde (Donfried 1997 : 210, 216-217) 11. Des lors, le
lecteur est amene a regarder les gestes de 1’empereur comme une parodie
des vrais 6v6nements qui risquaient de se produire incessamment et qui se-
raient de nature a alterer 1’histoire du monde entier. 1 Th 5,3 peut etre
interprete comme une attaque frontale contre la pax et securitas, un pro-
gramme lanc6 tot dans la p6riode du principat (Frend 1965 : 96 tel que cite
par Donfried 1997 : 217).
Ph 2,6-11 fait contraste avec la vantardise n6ronienne. N6ron se glorifie
lui-même et pretend etre celui qui domine non seulement le monde entier
mais encore les dieux eux-memes ; au contraire, Jesus se vide lui-même et
accepte la condition d’un doulos (d’un esclave). A cause de son ob6issance,
de la k6nose de la croix, dieu 1’a souverainement élevé. De manière tout aussi
saisissante, Ph 3,20-21 oppose le sauveur chr6tien au sauveur imp6rial (Hors-
ley 1997c : 141 ) : « Car notre gouvernement, a nous, est dans les cieux, d’oa
nous attendons, comme sauveur, le Seigneur Jesus Christ qui transfigurera
notre corps humili6 pour le rendre semblable a son corps de gloire avec la
force qui le rend capable de se soumettre toutes choses. » En 1 Co 2,6 et 8,
cette opposition ne saurait etre plus claire : « Pourtant, c’est bien une sages-
se que nous enseignons aux chr6tiens adultes, sagesse qui n’est pas de ce

monde, ni des princes de ce monde vou6s a la destruction ... Aucun des


princes de ce monde ne 1’a connue, car s’ils 1’avaient connue, ils n’auraient
pas crucifie le Seigneur de gloire. »
52

D’autres textes du corpus paulinienjuxtaposent 1’empereur etJesus de


manière similaire. Rm 5,12-21 pr6sente j6sus comme celui qui, par son
ob6issance, est devenu l’incarnation d’une nouvelle humanite authentique.
L’affirmation que la multitude a reçu la grace accordee a Jesus reprend un
theme que 1’on trouve dans des inscriptions d6di6es a Auguste :

Whereas the providence which divinely ordered our lives created with zeal and
munificence the most perfect good for our lives by producing Augustus and filling
him with virtue for the benefaction of mankind, sending us and those after us a
saviour who put an end to war and established all things ; and whereas Caesar
[Augustus] when he appeared exceeded the hopes of all who had anticipated good
tidings, not only by surpassing the benefactors born before him, but not even leav-
ing those to come any hope of surpassing him ; and whereas the birthday of the god
marked for the world the beginning of good tidings through his coming ... (Price
1997 : 53) 12
Le message parait clair: si j6sus est le vrai Seigneur, C6sar ne saurait
I’~tre. Cet autre roi qu’estJesus exige une allegeance et un culte susceptibles
de subvertir radicalement 1’allegeance et le culte exiges par Cesar et d’autres
seigneurs moins importants (Wright 1992 : 449).
Et si Paul n’avait pas 6t6 au fait des d6clarations de N6ron ? 11 ne pou-
vait pas ne pas avoir au moins une connaissance directe du culte de 1’empe-
reur sur son territoire de mission dans 1’est de la M6diterran6e. Dans le

monde hell6nistique, les rapports entre les maitres romains et les peuples
qu’ils gouvernaient s’exprimaient dans un langage religieux (Horsley 1997a :
22). Les voyageurs dans 1’empire ne pouvaient s’6tonner de rencontrer
n’importe ou sur leur route le culte de 1’empereur (Price 1997 : 48). Les sanc-
tuaires et temples imp6liaux 6taient normalement situ6s aux endroits les plus
en vue et les plus prestigieux de toute la ville (Price 1997: 61).
Deja en 1’an
9 av. J.-C.,1’assemblee de la province de I’Asie avait d6cern6 une couronne
a la personne qui inventerait les meilleurs honneurs pour Auguste que l’on
louangeait en tant que dieu et sauveur (Price 1997: 52-53).
En 27 av. J.-C. a Thessalonique, Jules C6sar z 44) est proclam6 dieu. La
cite reconnait ainsi la sanction divine du nouvel ordre mondial 6tabli par
Auguste : un temple de C6sar est construit et 1’on nomme un prêtre et ago-
nothète ( juge d’une comp6tition, pr6sident des jeux) de 1’empereur fils de
dieu » (Donfried 1997: 218)13.
On peut conclure cet excursus en disant qu’il est possible, et m8me
probable, que le mot dieu dans ce passage r6f6re non pas au dieu de j6sus
Christ mais plut6t a N6ron. A partir de ce moment, dire que les autorit6s im-
p6riales avaient ete 6tablies par 1’empereur-dieu n’est rien de plus qu’un
6nonc6 de fait. Meme le mot « 6tablir » que Paul emploie au v. 1, tetagmenai,
fait partie d’une s6rie de mots utilis6s en Rm 13,1-7 et emprunt6s au voca-
bulaire de 1’administration politique hell6nistique. Les autres termes issus de
ce vocabulaire specialise sont : diatagi, « ordonnance» (13,2) ; archontes, « les
53

magistrats » (13,3) ; et leitourgoi, « de plus, Paul emprunte un vocabulaire


dont il va subvertir le sens.

2 hoste ho antitassomenos te exousia te tou theou diatagë anthestiken hoi de anthestëkotes


heautois krima lëmpsontai.
3 hoi gar archontes ouk eisin phobos ti agathõ ergo alla ti kakd. Theleis de me phobeisthai tin
exousian. To agathon poiei, kai hexeis epainon ex autis
2 se rebelle contre l’ordre voulu par [le] dieu,
Ainsi, celui qui s’oppose a I’autorit6
et les rebelles attireront la condamnation sur eux-m~mes.
3 En
effet, les magistrats ne sont pas a craindre quand on fait le bien, mais quand on
fait le mal. Veux-tu ne pas avoir a craindre I’autorit6 ? Fais le bien et tu recevras ses
eloges,
Lorsqu’il butte sur 13,2, le lecteur ne peut que se rappeler du passage si-
milaire qu’il vient de lire au chapitre 2,1-16. Les deux textes ont en commun
plusieurs mots, expressions et themes. Il est donc fort possible que la lecture
de Rm 2,1-16 conditionne la reponse du lecteur a 13,1-7.
21 Tu es donc inexcusable, toi qui que tu sois, quijuges ; car en jugeant autrui, tu te
condamnes toi-m~me, puisque tu en fais autant, toi quijuges. 2 Or, nous savons que
le jugement de Dieu s’exerce selon la verite contre ceux qui commettent de telles ac-
tions. [Ce passage est pr6c6d6 d’une liste de p6ch6s commis par les paiens : Rm 1,28-
31.] 3Penses-tu, toi quijuges ceux qui les commettent et qui agis comme eux, que tu
6chapperas aujugement de Dieu ? 40u bien m6plises-tu la richesse de sa bont6l de
sa patience et de sa generosite, sans reconnaitre que cette bonté te pousse à la conver-
sion ? 5 Par ton endurcissement, par ton coeur imp6nitent, tu amasses contre toi un
tresor de colère ou se r6v6lera le juste jugement de Dieu, 6 « qui rendra a chacun selon
ses oeuvres [Ps 62,13] : 7vie 6ternelle pour ceux qui, par leur pers6v6rance a bien

faire, recherchent gloire, honneur et incorruptibilit6, 8 mais colère et indignation pour


ceux qui, par révolte, se rebellent contre la vérité et se soumettent à linjustice. 9D6tresse et

angoisse pour tout homme qui commet le mal, le Juif d’abord et pour le Grec ;
logloire, honneur et paix a quiconque fait le bien, au Juif d’abord puis au Grec, 11 car
en Dieu il n’y a pas de partialité. 12Tous ceux qui ont p6ch6 sans la loi périront aussi
sans la loi ; tout ceux qui ont p6ch6 sous le r6gime de la loi seront juges par la loi.
13 Ce ne sont pas en effet ceux qui écoutent la loi qui sontjustes devant Dieu ; ceux-
IA seront justifies qui la mettent en pratique. l4Quand des paiens, sans avoir de loi,
font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi a eux-m~mes, eux
qui n’ont pas de loi. 15 Its montrent que l’&oelig;uvre voulue par la loi est inscrite dans leur c&oelig;ur;
leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intirieurs qui tour à tour les
accusent et les défendent. 16C’est ce qui paraitra au jour of, selon mon évangile, Dieu
jugera par Jesus Christ le comportement cach6 des hommes.
A premi6re vue, ces passages des chapitres 2 et 13 pourraient sembler li-
vrer un message tres semblable. Parmi les themes communs aux deux pas-
sages, mentionnons
1. le jugement d’un dieu en colere ;
2. la mention d’une rebellion ;
3. une recompense pour les bonnes actions et une punition pour les mau-
vaises actions;
54

4. les themes de la soumission et de l’ob6issance a la loi ;


5. l’appel a la conscience.
C’est;l cause de ces nombreuses ressemblances que le lecteur n’a pas
d’autre choix que de lire la seconde p6ricope;k la lumière de la premi~re.
Il existe pourtant une s6rie de diff6rences qui modifient de manière impor-
tante les effets produits par ces p6ricopes. Effectivement, compte tenu de la
situation historique globale et des exp6riences de pers6cution de la jeune
tglise, la reponse provoqu6c par Rm 13,1-7 6tait tout a fait previsible :
1. Le passage 2,1-16 pr6sente argumentation sous des couleurs apoca-
une

lyptique eschatologique ;
et aspect qui manque entierement en 13,
un

1-7. Cette absence s’avère fort significative. En Rm 2,1-16, on d6couvre


un exemple de la cat6ch~se apocalyptique qui ressemble aux r6cits ca-

t6ch6tiques trouv6s en Mt 25 et en Lc 16, le jugement dernier et la pa-


rabole de Lazare et du riche. Quand on les examine de pres, ces trois 6pi-
sodes n’offrent pas d’images historicisantes d’un juge divin sans pitie,
mais cherchent plutõt à pousser le lecteur a la conversion avant la parou-
sie, c’est-A-dire avant qu’il ne soit trop tard (cf. Hurley 1999 ; Hurley
2001). En Rm 2,4, Paul mentionne explicitement cette intention cat6-

ch6tique en lien avec le theme de la conversion. En empruntant une ex-
pression a la th6orie pedagogique, je dirais que les avertissements pr6-
,
sent6s dans un langage apocalyptique ont un but formatif plut6t que

sommatif. Bien plus que de se prononcer sur le destin ultime d’autrui


a la fin des temps, ces 6pisodes cherchent a transformer le lecteur hic et
nunc.

2. j6sus, par qui Dieu jugera le comportement des hommes, est au cceur du
texte de chapitre 2, mais n’est pas du tout mentionn6 au chapitre 13.
3. La soumission du chapitre 2 est une soumission a l’injustice alors qu’au
chapitre 13, elle est une soumission aux autorit6s qui exercent le pouvoir,
qu’elles soient justes ou non. Ne s’agirait-il pas dans les deux cas d’une
soumission a 1’injustice ? D’autres indications appuient une telle lec-
ture :
~ Au chapitre 2, on parle d’une rebellion contre la v6rit6, la verite de dieu
que 1’on trouve exprim6e dans la Torah ; au chapitre 13 il s’agit d’une
rebellion contre l’ordre voulu par dieu et plus sp6cifiquement contre
la loi romaine relativement au paiement des imp6ts.
~ En 13,2 on lit : « Ainsi, celui qui s’oppose a I’autorit6 se rebelle-t-il
contre 1’ordre voulu par dieu ? » Le lecteur doit alors se poser la ques-
...

tion suivante : Paul entend-il vraiment affirmer que 1’ordre 6tabli par
Rome est l’ordre voulu par le pere de Jesus Christ ?
~ Si 1’on admet que 1’empire romain aurait pu representer un r6gime et
une id6ologie n6faste aux yeux de Paul, le sens de Rm 2,8 devient fa-

cile a comprendre. On y lit: « mais colere et indignation pour ceux qui,


. .

par r6volte, se rebellent contre la verite et se soumettent a l’injustice.»


55

Se soumettre au r6gime romain en recommandant les mêmes actions


que les paiens doit 6quivaloir a une rebellion contre la verite du dieu
d’Isra~l. En 2,1-11, l’ap6tre doit etre en train de dire a ses destinatai-
res qu’ils ne doivent pas coop6rer en participant a l’injustice de ce r6-

gime corrompu.
ski cette interpretation est admissible, c’est que Rm 13 (lu au premier
degr6) et Rm 2 sont en flagrante contradiction. Une telle contradiction
constitue, selon les normes identifiees par Booth, une autre indication
de la presence possible d’ironie dans un texte.
4. Au chapitre deux, le lecteur appr6cie que la prise de conscience se pro-
.

duise par l’interm6diaire de jugements int6rieurs au pecheur qui, tour


a tour, se condamne ou se defend. Au chapitre 13, on invoque la con-
science de concert avec la crainte du glaive a la fa~on d’un chantage
moral qui pousse la personne a accepter 1’action d’autorit6s qui seraient
en accord avec la volont6 de dieu - le dieu dont il s’agit ici 6tant, comme

on vient de le voir, fort probablement N6ron ou Auguste.

5. Au chapitre 2, le langage employ6 fait appel a la logique de la rh6torique


religieuse. Au chapitre 13, le langage ordonne plut6t qu’il n’essaie de
convaincre.
4 theou gar diakonos estin soi eis to agathon. Ean de to kakon poiis, phobou ou gar eiki ten
machairan phorei : theou gar diakonos estin ekdikos eis orgin td to kakon prassonti.
4car elle [I’autorit6] est au service de Dieu pour t’inciter au bien. Mais si tu fais le mal,
alors crains. Car ce n’est pas en vain qu’elle porte le glaive : en punissant, elle est au
service de Dieu pour manifester sa colere envers le malfaiteur.

Comme d6 A not6, van Unnik cite treize auteurs dans vingt et un


on 1’a
texteshell6nistiques et d6montre ainsi que ce theme et le vocabulaire qui sert
a le presenter 6taient des lieux communs dans le monde hell6nistique.
Le glaive 6voqu6 ici est le symbole du pouvoir coercitif de 1’6tat et en fin
de compte le symbole du pouvoir qu’il detient d’imposer la peine capitale
(Michel 1977 : 401-402).
Le lecteur se rappelle que Paul a d6jA parl6 du glaive au chapitre 8.
Dans la rh6torique des versets 31-36, Paul semble offrir une indication de la
situation malheureuse que vivent les chr6tiens au moment ou il compose sa
lettre. Mais dans ce contexte IA, le glaive est un des facteurs qui risquent de
s6parer les chr6tiens de 1’amour du Christ : « Qui nous s6parera de 1’amour
du Christ ? La d6tresse, l’angoisse, la pers6cution, la faim, le d6nuement, le
danger, le glaive ? selon qu’il est ecrit : A cause de toi nous sommes mis a mort
tout le long du jour, nous avons ete consid6r6s comme des betes de bouche-
rie. »
Arriv6 au verset 13,4, le lecteur, s’il ne 1’a pas d6ji fait, doit s’interroger
sur la nature du dieu dont parle la p6ricope. Son dieu a lui (a supposer que

les premiers destinataires étaient des chrétiens) aurait-il cautionné l’utilisa-


tion du glaive ? N’importe quel recit oral ou 6crit de la passion devait 1’avoir
56

convaincu que Jesus avait rejet6 l’utilisation de la violence aussi bien pendant
son minist~re que lorsqu’il est tombe entre les mains des Romains. Meme s’il
ne 1’avait pas su par ailleurs, il aurait appris en lisant la lettre aux Romains

que dieu ne tenait pas compte de la faute du p6cheur. « Christ, au temps fix6,
est mort pour des impies » (Rm 5,6) ; et « quand nous 6tions ennemis de dieu,
nous avons ete r6concili6s avec lui par la mort de son Fils » (Rm 5,10). Si dieu
avait t6moign6 tant de mis6ricorde a 1’egard des chr6tiens alors que ceux-ci
etaient toujours p6cheurs, n’allait-il pas en faire autant pour les malfaiteurs
qui s’opposaient aux autorit6s romaines ? Meme si Paul confirme ailleurs
l’id6e que I’tglisemene une bataille contre ceux qui ont crucifie le Sei-
gneur de la gloire, n’est jamais question de l’utilisation d’armes offensives
il
comme le glaive ; il parle plutot des mesures de defense qui sont la cuirasse
de la foi et de I’amour et le casque de 1’esp6rance du salut (1Th 5,8).
Au chapitre 8, le glaive constitue donc une menace pour les fideles alors
qu’au chapitre 13, il constitue 1’instrument de la justice divine. S’agit-il ici d’un
autre exemple de contradictions a l’int6rieur des propos de Paul ? Le lecteur
doit-il considerer la possibilit6 que 1’ensemble du texte 1’invite a rejeter le sens
qui se trouve a la surface de la p6iicope 13,1-7 ?
5 dio ananke hypotassesthai, ou monon dia tin orgen alla kai dia ten suneidësin.
5 C’est pourquoi il est n6cessaire de se soumettre, non seulement par crainte de la
colere, mais encore par motif de conscience.
6 dia touto
gar kai phorous teleite : leitourgoi gar theou eisin eis auto touto proskarterountes.
6 C’est encore la raison
pour laquelle vous payez des imp6ts : ceux qui les per~oivent
sont charges par Dieu de s’appliquer a cet office.

Le dieu de Jesus et de Paul met-il le glaive, ce symbole de la peine capi-


tale, entre les mains des autorit6s civiles pour punir ceux qui ne paient pas
leurs taxes ? Certes non. Il faut mettre de cote nos id6es modernes de l’im-
position fiscale comme d’une m6thode de redistribution des richesses a l’in-
t6rieur d’un 6tat qui reconnait, au moins th6oriquement, 1’6galit6 de ses ci-
toyens (Gamsey et Saller 1997). Chez les Romains, la perception des imp6ts
avait un lien direct avec la question de la violence imp6riale. Le denier, qui
arborait l’image de 1’empereur, une reference directe au culte imp6rial
(Georgi 1997: 148), 6tait la devise utilis6e pour payer les redoutables 16-
gions romaines (Ogle 1978: 256). Le lien entre taxe et guerre est 6gale-
ment tres bien 6tabli chez Cic6ron et Tacite. L’historien P.A. Brunt offre

quelques autres pr6cisions int6ressantes :


Indemnities or taxes might be demanded from defeated enemies as quasi victoriaerrrae-
mium ac poena belli [comme recompense de la victoire et chatiment de la guerre] and
provinces could be described as virtual estates of the Roman people (II Verr. 2.7), yet
Cicero at least felt it necessary to argue that taxation was in the interest of the pro-
vincials themselves: armies were required for their protection and revenue was in-
dispensable to pay them (ad Q.E 1.1.34). Thus taxation of the subjects was justified
by the benefits conferred on them (Brunt 1997 : 31).
57

Les discussions romaines entourant la taxation, pr6cise Brunt, ne s’em-


bourbaient pas dans des questions de justice envers les sujets mais se limi-
taient, par une logique ind6fectible, a la question de 1’exploitation rationnelle
des sujets : des fermiers ruin6s et les morts ne paient plus de taxes ( 1997 :
29, 31 ) .
Est-il envisageable qu’a Rome les chr6tiens, toujours conscients des ori-
gines juives de leur foi, aient eu des objections a payer des impbts qui pou-
vaient etre utilis6s lors des suppressions de leurs confrères en Judée ? Peu im-
porte la reponse a cette question hypothetique, je suis d’avis que le dieu
annonce par Jesus et ensuite par Paul n’est pas le dieu froidement punitif an-
nonc6 en Rm 13,1-7 ; et je pense que les premiers lecteurs de cette lettre ont
imm6diatement reconnu l’ironie du passage.

7apodote pasin tas opheilas, t6 ton phoron ton phoron, ti to telos to telos, td ton phobon ton pho-
bon, t6 ten timen ten timen.
7Rendez a chacun ce qui lui est du l’imp6t, les taxes, la crainte, le respect, a chacun
ce que vous lui devez.

Dans ces derniers mots, Paul, a l’instar de son Seigneur, ne tranche pas
la question de savoir s’il faut payer des imp6ts;l un r6gime corrompu. Une
chose me parait tres probable cependant : Paul ridiculise le pr6tendu dieu
qui valide des autorit6s corrompues et cruelles, des autorit6s qui ramassent
des imp6ts pour faire de la guerre, sanctionnant parfois de la peine capita-
le ceux qui refusaient de payer (Tacite, Annales 13.48, tel que cite par Elliott
1997b: 192). Si on lit Rm 13,1-7 a la lumière de ce qui se trouve en amont
dans la lettre, on est autoris6 a penser que Paul considere la propagande ro-
maine comme une incitation a l’injustice.
Ailleurs aux chapitres 12 et 13, Paul dit a ses amis ce qu’il convient de faire
en tant que chr6tien : ne pas juger, rivaliser d’estime reciproque, ne pas etre

pr6tentieux, rester solidaires en tant que membres du corps du Christ, pra-


tiquer la mis6ricorde quand on occupe une position de leadership, benir ceux
qui les pers6cutent, se r6jouir avec ceux qui sont dans lajoie et pleurer avec
ceux qui pleurent, ne pas avoir le gout de grandeurs, se laisser attirer par ce

qui est humble, vivre en paix avec tous les hommes, et finalement vaincre le
mal par le bien. En 12,2, il exhorte les chr6tiens de Rome en ces mots : « Ne
vous conformez pas au monde present, mais soyez transfonn6s par le renou-

vellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volont6 de


dieu. »

Conclusion
C’est grace a la fonction narratrice de 1’esprit humain, a notre capacite a met-
tre en r6cit, que nous arrivons a imposer un sens au monde que nous habi-
tons. L’etat actuel des recherches sociohistoriques et religio-politiques per-
met de reconstituer une esquisse d’un des grands r6cits interpr6tatifs
58

v6hiculant la weltanschauung de I’tglisenaissante. Depuis les marges de


1’empire, le recit chr6tien entrait en comp6tition directe avec un autre recit
v6hiculant une vision du monde diam6tralement oppos6e a celle de 1’empire
du moment. En effet, la plupart des constituants du recit chr6tien pr6sentent
en quelque sorte une image invers6e des 616ments tires de la propagande im-

p6riale.
Les Romains avaient un roi, un soter, fils de dieu et meme dieu lui-
m~me, qui, apr~s un siecle de guerre, apportait la bonne nouvelle de la

paix et de la securite. Le roi romain s’6tait couvert de gloire au moment ou


il avait assujetti a lui et;~ Rome la terre entiere. Apr~s Actium, Auguste et ses
successeurs n’avaient gu~re besoin de mesures coercitives
pour exiger une
soumission aveugle des vaincus, des lors metamorphoses en 6tats clients ri-
valisant les uns avec les autres pour s’attirer la faveur des Romains.
Les chr6tiens avaient eux aussi un roi envoy6 du ciel pour sauver 1’hu-
manité a un moment ou elle sombrait dans les affres du p6ch6. Plutot que
de se chercher une gloire, le roi chr6tien s’en 6tait d6pouiII6, prenant la
condition d’un esclave, 6levant ainsi ses fr~res et sceurs les plus humbles a une
dignit6 de filles et de fils adoptifs du pere c6leste. Le roi chr6tien renoncait
curieusement au pouvoir et:l la domination. Rome regardait vers Actium, les
chr6tiens vers le Calvaire.
La justice et la gloire romaines avaient ete acquises par le glaive. Lors de
la conqu~te, la clémence romaine 6tait synonyme de cruaut6, d’esclavage,
sinon d’an6antissement. Les vainqueurs imposaient un systeme d’exploita-
tion du plus faible par le plus fort. Les chr6tiens, par contraste, invitaient le
plus fort a se mettre au service du plus faible. Justice et mis6licorde n’avaient
pour eux qu’un seul et meme sens et la gloire dont ils parlaient n’6tait pas
d’origine humaine. Ces pacifistes se d6fendaient avec rien de plus que la cui-
rasse de la foi et de 1’amour, et le casque de 1’esp6rance du salut.
La ou Rome 6tablissait des societes pyramidales et élevait des barri~res
entre ses membres a 1’aide des criteres de nationalit6, de sexe et de rang socio-
6conomique, les chr6tiens imaginaient un monde ou il n’y aurait ni Juif ni
Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. Les princes romains
et leurs vassaux n’y comprenaient rien. La preuve en est qu’ils crucifierent
le vrai seigneur de gloire et continuerent de pers6cuter les fr~res et soeurs
du crucifi6. Imitant son maitre, I’tglise du Christ 6tait en train de creer une
societe a l’int6rieur de la grande nation romaine. Plut6t que de rendre vio-
lence pour violence, elle cherchait a vaincre le mal par le bien.
Rm 13,1-7 doit se lire sur la toile de fond de 1’histoire de Rome a la p6-
riode du principat. Des que 1’on prend ces donn6es historiques au s6rieux,
il devient clair que Rm 13,1-7 ne peut plus se lire au pied de la lettre. L’ex6-
gete qui d6tecte une intention ironique sous-jacent au sens obvie de Rm 13,
1-7, reconnait la paternite paulinienne de la p6ricope tout en d6passant le
sens obvie du passage en faveur d’un sens
ironique. Une lecture ad6quate
59

de la lettre aux et plus largement de 1’ensemble du corpus pauli-


Romains,
nien, suppose que 1’on tienne compte des deux mises en intrigue antith6-
tiques de dieu et de 1’empire implicitement pr6sentes dans ces textes.
A la surface de Rm 13,1-7, on trouve un message tir6 de la propagande
romaine selon lequel N6ron, et Auguste avant lui, etaient les v6ritables
responsables de l’ordre social. C’est eux qui 6tablissaient la magistrature et
indirectement eux qui r6compensaient les bienfaiteurs et punissaient les
malfaiteurs. Une seule verite imp6riale passait avant toutes les autres : les peu-
ples vaincus devaient continuer a payer le tribut a Rome. Apres tout, ces taxes,
disait Cic6ron, 6taient necessaires pour payer les legions qui les prot6geaient
(ad QF. 1.1.34 tel que cite dans Brunt 1997) !
Le cote ridicule de cette propagande apparait aussit6t que les destina-
taires de Paul reconnaissent un autre 6vangile que celui de 1’empereur, celui
d’un autre roi que l’imperator. Le titre d’un article de D. Georgi le dit bien :
« God Turned Upside Down », « Un dieu a 1’envers ». En bousculant les bar-
rières de race, de sexe, et meme de religion, la pratique de la fraternite
chretienne faisait s’6crouler toute la pyramide sociale construite par les Ro-
mains.
Quant aux signes de la presence d’ironie identifiee par Booth, on les
trouve presque tous dans la correspondance paulinienne. Un grand nombre
de lecteurs (y compris les exégètes contemporains) rejettent le sens trouv6
en surface du texte pour des raisons qui ressemblent;i une liste de signaux

de la presence d’ironie present6e par W. Booth.


Ces lecteurs repoussent d’abord le sens obvie du texte en raison de la si-
tuation historique ou ils se trouvent au moment de la lecture du texte. Le
texte entre en contradiction avec ce que I’histoire revele par ailleurs : Rome
n’6tait pas une societe qui r6compensaient les bienfaiteurs et punissaient les
malfaiteurs en prenant pour bareme une loi divine. Ils crucifierentJesus, pu-
nirent Paul et persecuterent les chr6tiens.
Cette p6ricope entre 6galement en 6vidente contradiction avec des
points de vue que Paul avait explicitement exprim6s ailleurs. Il parle partout
avec m6pris desjuges paiens, des princes de ce monde, etc. 11 place Jesus en

comp6tition directe avec le princelbs, et parle même d’un devoir chrétien de


ne pas se soumettre a l’injustice par r6volte contre la verite divine.
Cette section par6n6tique de la lettre comporte 6galement des styles
discordants. La transition heurtee du chapitre 12 au chapitre 13, le change-
ment de ton et de contenu aux versets 1-7 sont des elements qui ont toujours

choqu6 les lecteurs de la lettre depuis I’Antiquit,6 et qui ont pu amener les
copistes a modifier insensiblement le texte.
Bien que l’ironie ne soit jamais a ranger parmi les certitudes, je crois
n6anmoins que Rm 13,1-7 se pr~te bien a une telle lecture.
60

Notes
1 Deux apophtegmes grecs.
2 Schneidau r&eacute;f&egrave;re dans ce contexte &agrave; la th&eacute;orie de l’imagination &eacute;labor&eacute;e par Samuel Tay-
lor Coleridge et &agrave; la notion de sch&eacute;ma de E. H. Gombrich.
3 La r&eacute;daction de cet article &eacute;tait d&eacute;j&agrave; achev&eacute;e avant que ne soit port&eacute; &agrave; mon attention le
texte de T. L. Carter, &laquo; The Irony of Romans 13 &raquo; Novum Testamentum 46, 3 (2004) : 209-
228. La forme de l’argumentation de Carter, les sources anciennes et contemporaines qu’il
utilise et l’analyse d&eacute;taill&eacute;e de Rm 13,1-7 propos&eacute;e sont fort diff&eacute;rentes de celles pr&eacute;sen-
t&eacute;es ici. &Eacute;tant donn&eacute; que Carter s’appuie aussi sur la th&eacute;orie de W. Booth et que la p&eacute;ri-
cope en question est lue de fa&ccedil;on ironique, il me semble que les deux articles peuvent
se lire de fa&ccedil;on compl&eacute;mentaire.

4 Karl P. Donfried soutient de mani&egrave;re persuasive que Paul s’attaque directement en 1 Th


au programme de pax et securitas du Principat. Dans le contexte de 1 Th 4, le vocabulai-
re employ&eacute; pour pr&eacute;senter J&eacute;sus d&eacute;signait normalement l’empereur ou un haut dignitaire

imp&eacute;rial.
5 Munro rep&egrave;re cette m&ecirc;me tendance r&eacute;visionniste dans d’autres passages des lettres de
Paul : Ep 5,21-6,9 ; Col 3,18-4,1 ;1 Co 14,33b-35 ; et 1 Pi 2,13-17. Cet auteur semble lire
Rm 13,1-7 &agrave; la lumi&egrave;re de 1 Pi 2,13s. &Agrave; mon avis, 1 Pi 2,13 est plut&ocirc;t l’exemple de la lec-
ture qu’a pu faire de Rm 13,1-7 une g&eacute;n&eacute;ration subs&eacute;quente de chr&eacute;tiens dans une situa-
tion historique les emp&ecirc;chant de d&eacute;tecter l’ironie de ces versets.
6 Les seules sources juives mentionn&eacute;es sont Jos&egrave;phe Flavius et Philon, deux Juifs hell&eacute;ni-
s&eacute;s.
7 Les patrons romains &eacute;largissaient leur influence personnelle par des proc&eacute;d&eacute;s d&eacute;mago-
giques d’attribution de privil&egrave;ges &agrave; des hommes libres mais de condition inf&eacute;rieure, ap-
pel&eacute;s clients &raquo;.
&laquo;

8 Voir la note 3 ci-dessus.


9 Cette approche interpr&eacute;tative cherche &agrave; d&eacute;crire l’exp&eacute;rience de la lecture et &agrave; rendre
compte des effets produits chez le lecteur par les divers dispositifs litt&eacute;raires d&eacute;ploy&eacute;s par
le texte.
10 C’est la raison pour laquelle j’&eacute;cris le mot &laquo; dieu &raquo; sans majuscule tout au long de ce texte.
11 Donfried cite des &eacute;tudes de W. H. C. Frend, G. Milligan, M. Dibelius et E. Best pour appuyer
son interpr&eacute;tation des termes parousia, apant sis et kyrios.
&emacr;
12 Price adapte ici une traduction de Roman Civilization, ed. N. Lewis, M. Reinhold, 2 vols.
(New York: Harper & Row, 1955) 2: 64.
13 Donfried cite la th&egrave;se de doctorat de Holland L. Hendrix, &laquo;Thessalonicans Honor
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