Vous êtes sur la page 1sur 437

Ostéopathie

pédiatrique
Dans la même collection
L’anneau pelvien
T. Liévois
ISBN : 2-84299-738-7

Diagnostic ostéopathique général


A. Croibier
ISBN : 2-84299-655-0

Manipulations de la prostate
J.-P. Barral
ISBN : 2-84299-654-2

Manipulations des nerfs périphériques


J.-P. Barral, A. Croibier
ISBN : 2-84299-599-6

Manipulations viscérales 1
J.-P. Barral, P. Mercier
ISBN : 2-84299-620-8

Manipulations viscérales 2
J.-P. Barral
ISBN : 2-84299-621-6

Le thorax : manipulations viscérales


J.-P. Barral
ISBN : 2-84299-690-9

Ostéopathie. Principes et applications


ostéoarticulaires
O. Auquier
ISBN : 978-2-84299-806-6

Du même auteur
L’Odyssée de l’iliaque. Paris : Spek éd., 1985
Le B.A.BA du crânien. Paris : Spek éd., 1986
La thérapie craniosacrée chez l’enfant, Paris : Spek éd., 1988
C0, C1, C2, Données physiologiques et normalisations. Paris :
Spek éd., 1989
Normaliser la colonne sans « manipulation vertébrale ». Paris :
Spek éd., 1994
Approche ostéopathique des plagiocéphalies avec ou sans torticolis.
Paris : Spek éd., 2004
Ostéopathie
pédiatrique
Nicette Sergueef

Préface
Harold Magoun Jr
Nicette Sergueef
Kinésithérapeute, Ostéopathe,
Associate Professor,
Midwestern University, Chicago College of Osteopathic Medicine
Department of Osteopathic Manipulative Medicine
555 31st Street
Downers Grove, IL 60515 USA

Ostéopathie pédiatrique
Responsable éditorial : Marie-José Rouquette
Éditeur : Peggy Lemaire
Chef de projet : Aude Cauchet
Conception graphique et maquette de couverture : Véronique Lentaigne
Illustrations de couverture : © Nicette Sergueef
Illustrations et dessins intérieur : © Éléonore Lamoglia, en pages : 6-9, 17, 20, 23, 24, 26, 28, 51, 84, 85, 90-
93, 95, 97, 99, 100, 106, 107, 120, 121, 129, 132, 134, 136, 137, 139, 173, 259, 271, 284, 294, 332, 405, 408
Photographies : © Nicette Sergueef, en pages : 29, 55, 123, 141, 150, 156, 157, 158, 162, 163, 164, 167, 168,
169, 171, 172, 183, 184, 190, 200-248, 258, 261, 290.
Les illustrations et dessins intérieur sont aussi extraits et adaptés des livres suivants : Gray’s Anatomie pour
les étudiants. Paris : Elsevier 2006. Gray’s anatomy, 38th ed. Edinburgh : Churchill Livingstoneþ; 1995.
L’encyclopédie médico-chirurgicale. Paris : Elsevier. The Journal of Bone and Joint Surgery (Br) en page 268.
Bosma J, Oral and pharyngeal development and function, J Deut Res 1963, en page 49. Toutes les illustra-
tions sont reproduites avec l’aimable autorisation des éditeurs.

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés


62, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex
http://france.elsevier.com

L’éditeur et l’auteur ne pourront être tenus pour responsables de tout incident ou accident, tant aux per-
sonnes qu’aux biens, qui pourrait résulter soit de leur négligence, soit de l’utilisation de tous produits,
méthodes, instructions ou idées décrits dans la publication. En raison de l’évolution rapide de la science
médicale, l’éditeur et l’auteur recommandent qu’une vérification extérieure intervienne pour les diagnos-
tics et la posologie.

Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction par tous procédés réservés pour tous pays. En
application de la loi du 1er juillet 1992, il est interdit de reproduire, même partiellement, la présente publi-
cation sans l'autorisation de l'éditeur ou du Centre français d'exploitation du droit de copie (20, rue des
Grands-Augustins, 75006 Paris).
All rights reserved. No part of this publication may be translated, reproduced, stored in a retrieval system or trans-
mitted in any form or by any other electronic means, mechanical, photocopying, recording or otherwise, without
prior permission of the publisher.

Photocomposition : MCP, 45774 Saran cedex (France) ISBN : 978-2-84299-917-9


Imprimé en Italie par Printer Trento, 38100 Trento ISSN : 1768-1995
Dépôt légal : janvier 2010
Avant-propos
Dans l’écriture de cet ouvrage, je me pas encore perturbés par la multiplicité
suis appliquée à présenter au lecteur une des dysfonctions, traumatismes et sché-
approche logique du traitement ostéopa- mas de compensation que la vie distribue
thique des nourrissons, des enfants et des à chacun d’entre nous. Dès lors, les
adolescents. Ce texte représente trente modèles de ces jeunes patients sont plus
années de pratique clinique complétées faciles à comprendre que les modèles ren-
par une revue minutieuse de la littérature contrés chez les adultes où le temps a
scientifique. J’ai essayé de fournir les bases favorisé l’accumulation de dysfonctions
anatomiques qui permettent d’expliquer surajoutées les unes aux autres. Si le pra-
les dysfonctions somatiques, afin que le ticien comprend ce qui se passe chez
lecteur comprenne le raisonnement logi- l’enfant, il peut alors comprendre plus
que conduisant à l’application efficace des facilement le corps de l’adulte.
procédures ostéopathiques dans les traite- L’usage des principes de l’ostéopathie
ments pédiatriques. crânienne dans le traitement des bébés,
L’ostéopathie propose une approche des enfants et, à un moindre degré, des
holistique du patient, et ce livre, bien que adolescents est particulièrement appro-
centré sur les principes de l’ostéopathie prié. Anatomiquement, ces sujets n’ont
crânienne, suit cette philosophie : tous pas terminé leur croissance. Leurs sutures
les tissus du corps sont fonctionnelle- n’ont pas fusionné et leurs os ne sont pas
ment reliés. Par conséquent, le praticien complètement ossifiés. Leur anatomie est
ne traite pas seulement le crâne. Chaque dans un tel état de vitalité que non seule-
partie du corps où est identifiée une dys- ment les dysfonctions somatiques peu-
fonction somatique doit être traitée. vent être normalisées, mais les effets
De nombreux modèles sont déve- provoqués chez le patient par ces dys-
loppés et enseignés dans l’approche thé- fonctions sont souvent réversibles. Par
rapeutique manuelle. Toutefois, il n’y a conséquent, chez ces sujets, l’issue à long
qu’une vérité, et cette vérité est la vérité terme d’un traitement adapté revêt une
du corps ; elle est basée sur l’anatomie. En importance primordiale. Le fantastique
fait, dans la pléthore des modèles mani- potentiel de croissance des os, des articu-
pulatifs, une analyse attentive révèle que lations, et des structures myofasciales
les différents modèles représentent des doit démarrer sur de bonnes bases pour
descriptions des mêmes processus dys- une fonction optimale pendant l’en-
fonctionnels. La particularité de l’ostéo- fance, puis le reste de la vie.
pathie pédiatrique est que l’enfant De surcroît, en tant que patients, les
présente des modèles fonctionnels et dys- bébés et les enfants sont psychologique-
fonctionnels fondamentaux qui ne sont ment uniques. Ce ne sont pas de simples
versions réduites des adultes. Ils n’ont qu’ils répondent rapidement au traite-
pas encore développé d’espoir sur ce que ment. En fait, cette qualité renforce la
le thérapeute peut leur apporter. En nécessité d’une réévaluation du sujet qui
revanche, ils sentent leur malaise et sont ne répond pas rapidement au traitement.
parfaitement conscients de ce qui est Cela dit, il faut aussi reconnaître que les
tenté pour les soulager. Instinctivement, procédures ostéopathiques peuvent être
ils sentent ce qui est juste, et sont de ce employées pour traiter des dysfonctions
fait les meilleurs professeurs pour qui somatiques qui souvent compliquent des
veut bien être attentif à leurs réponses. conditions médicales spécifiques et sou-
Rien dans ce livre n’a pour but de rem- vent chroniques. Dans ce cas, le traite-
placer un avis et un traitement médical ment de la dysfonction somatique doit
adéquat. L’ostéopathie n’est pas une être considéré comme un adjuvant au
panacée. Les procédures ostéopathiques traitement médical habituel.
traitent les dysfonctions somatiques et Mon souhait est que ce texte facilite la
seulement les dysfonctions somatiques. compréhension de l’impact significatif
L’élimination des dysfonctions permet des dysfonctions somatiques sur la popu-
aux capacités d’autoguérison du corps lation pédiatrique, et que son contenu
humain de fonctionner de manière opti- aide le lecteur à traiter efficacement ces
male. Quand le traitement est efficace, la jeunes sujets. L’ostéopathie offre aux jeu-
réponse est rapide et unéquivoque. Une nes patients la capacité de répondre le
absence de réponse indique au praticien plus efficacement possible aux dysfonc-
qu’il doit reconsidérer son diagnostic et tions et de développer un corps d’adulte
chercher la consultation et le traitement sain et fonctionnel.
adéquats
L’approche ostéopathique est bien
indiquée chez les jeunes patients, parce Nicette Sergueef
Préface
Enfant, William Garner Sutherland était rement bien implantée en France. Mon
encouragé à « creuser » dans la parcelle père, l’auteur de Osteopathy in the Cranial
familiale où poussaient les pommes de Field fut l’un des premiers à enseigner en
terre. Il s’est rendu compte que plus il France il y a plus de quarante ans, et il eut
creusait, plus il était récompensé de creu- la satisfaction d’observer le fruit de ses
ser. Sa vie entière, il a conservé cette phi- efforts. Les ostéopathes français ont une
losophie. À l’école d’ostéopathie, en compréhension enthousiaste de l’ensei-
observant un crâne désarticulé, le Dr gnement à la fois de Still et de Suther-
W.-G. Sutherland est frappé par l’idée land, et à leur tour ils ont « creusé ». Non
que les surfaces articulaires sont con- seulement ils pratiquent l’ostéopathie,
çues pour le mouvement. Ne trouvant mais ils l’enseignent, et contribuent à la
aucun support pour cette idée, avec littérature ostéopathique. Nicette Ser-
beaucoup de bravoure, il expérimente gueef pratique et enseigne l’ostéopathie
sur sa propre tête, « creuse » et prouve depuis une trentaine d’années, à la fois
son « mouvement crânien ». Au début, en Europe et au Chicago College of
il ne traite que les adultes, mais devant Osteopathic Medicine. Elle est l’auteur de
son grand succès, les demandes affluent nombreux ouvrages d’ostéopathie en
pour traiter les nourrissons et les français, dont plusieurs ont été traduits
enfants. Il se porte volontaire pour tra- en allemand et en italien.
vailler dans un centre pour enfants han- Ostéopathie pédiatrique est la plus
dicapés, ce qui l’expose à de nombreux récente contribution de Nicette Ser-
cas cliniques, avec là encore beaucoup gueef. Elle traite de la totalité du sujet,
de succès. W.-G. Sutherland a minimisé depuis le processus de la naissance, du
sa contribution en disant qu’il « avait développement de l’enfant, au concept
seulement tiré de côté un rideau ». Mais crânien et à son application chez nos
quelle vue fantastique ce rideau a révélé ! jeunes patients ; elle va au-delà des limi-
L’ostéopathie craniosacrale a large- tes habituelles des considérations cranio-
ment contribué au domaine de la santé et sacrales pour aborder les nombreux
son impact le plus grand est certaine- problèmes cliniques qui peuvent affecter
ment l’aide apportée aux nourrissons et l’ensemble du corps lorsque ses différents
aux enfants pour leur permettre d’attein- constituants ne sont pas en harmonie.
dre leur plus grand potentiel, sans pour Cela constitue une importante contribu-
autant minimiser les bénéfices que peu- tion à la littérature ostéopathique.
vent retirer les adultes de cette thérapeu-
tique. Harold Magoun Jr.
L’ostéopathie s’est répandue à travers D.O., F.A.A.O., F.C.A., D.O. Ed. (Hon)
de nombreux pays ; elle est particuliè-
Abréviations
AOS apnées obstructives du sommeil OM otite de l’oreille moyenne
AP antéropostérieur OMA otite de l’oreille moyenne aiguë
ATM articulation temporomandibu- OME otite de l’oreille moyenne avec
laire épanchement
CCK cholécystokinine OO muscle orbiculaire de l’œil
CV4 compression du quatrième ventricule ORL oto-rhino-laryngologie
DDH déplacement développemental PBVE pied bot varus équin
de hanche PNS plagiocéphalie non synostotique
DT muscle dilatateur tubaire RGO reflux gastro-œsophagien
EIAS épine iliaque antérosupérieure RPS muscle releveur de la paupière
EIPS épine iliaque postérosupérieure supérieure
EVP muscle élévateur du voile du palais RVA rib-vertebra angle (angle
GALT gut associated lymphoid tissue costovertébral)
(tissu lymphoïde associé au tube SAS syndrome des apnées du sommeil
digestif) SCM muscle sternocléidomastoïdien
GI gastro-intestinal SIA scoliose idiopathique de l’adolescent
Ig immunoglobuline SIO sphincter inférieur de l’œsophage
IRC impulsion rythmique crânienne SNA système nerveux autonome
IRM imagerie par résonance magnétique SNC système nerveux central
MEO muscles extraoculaires SSB synchondrose sphénobasilaire
MRP mécanisme respiratoire primaire TMC torticolis musculaire congénital
NO nitric oxide (monoxye d’azote) TVP muscle tenseur du voile du palais
OIDA occipito-iliaque droit antérieur VIP vasoactive intestinal peptide (poly-
OIDP occipito-iliaque droit postérieur peptide intestinal vasoactif)
OIGA occipito-iliaque gauche antérieur VRS virus respiratoire syncytial
OIGP occipito-iliaque gauche postérieur
Chapitre 1

La naissance
et le nouveau-né

Fœtus à terme

Bassin maternel

Naissance
La naissance et le nouveau-né 3

Chapitre 1

La naissance
et le nouveau-né

The baby of today represents the man viscérocrâne, et le reste de la tête ou neuro-
of tomorrow. (B.E. Arbuckle) [1] crâne. Le viscérocrâne est beaucoup plus petit
que le neurocrâne. Il représente 1/8e du
(Le bébé d’aujourd’hui est l’homme
volume total de la tête, alors que, chez
de demain.)
l’adulte, il en forme la moitié.
Naître est à l’évidence l’un des événements les L’ossification est incomplète et les os de la
plus importants de la vie. C’est aussi parfois le base crânienne sont séparés par des espaces
moment où certaines de nos dysfonctions pri- cartilagineux nommés synchondroses. En
maires voient le jour, installées peut-être pour revanche, les os de la voûte crânienne ou
le reste de la vie. Un rappel des caractéristi- calvaria sont séparés par des espaces membra-
ques essentielles du fœtus à terme, du bassin neux, nommés sutures quand ils séparent
maternel, de l’environnement dans lequel le deux os, et fontanelles quand ils séparent trois
fœtus évolue, avec ses causes potentielles de ou quatre os. Les fontanelles sont au nombre
dysfonction et, finalement, de la description de six, deux médianes et quatre latérales, aux-
de l’accouchement est indispensable pour quelles peuvent s’ajouter des fontanelles
comprendre les dysfonctions somatiques accessoires.
pédiatriques, leur diagnostic et leur traite- La fontanelle antérieure, parfois nommée
ment. grande fontanelle, ou fontanelle bregmati-
que, est losangique et située entre les sutures
sagittale et coronale. Avec un diamètre d’envi-
Fœtus à terme ron 25 mm à la naissance, elle est la plus
grande. La fontanelle postérieure, encore
Tête fœtale
nommée petite, ou lambdatique, a la forme
À 40,5 semaines d’aménorrhée, le fœtus a fini d’un petit triangle placé au carrefour des sutu-
son développement et le terme est atteint. Il res sagittale et lambdoïde. Des pulsations sont
pèse en moyenne 4000 g, et le périmètre crâ- palpables au niveau de ces fontanelles média-
nien est d’environ 36 cm. La tête fœtale est nes au travers du sinus sagittal supérieur ; il
particulièrement importante, tant du point de est logé juste sous la suture sagittale dans un
vue obstétrical que du point de vue ostéopa- dédoublement dure-mérien. Les fontanelles
thique. Une de ses caractéristiques est la dis- antérolatérales ou sphénoïdales séparent de
proportion entre la partie faciale de la tête, le chaque côté la grande aile du sphénoïde, le

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
4 Ostéopathie pédiatrique

frontal et le pariétal, alors que les fontanelles – diamètre bitemporal : 80 mm ;


postérolatérales ou mastoïdiennes sont pla- – diamètre occipitomentonnier : 135 mm ;
cées entre le pariétal, l’occiput et la partie – diamètre sous-mentobregmatique : 95 mm ;
mastoïdienne du temporal (figures 1.1 et 1.2).
– diamètre sous-occipitobregmatique : 95 mm.
Les deux fontanelles sagittales sont des
Le diamètre occipitofrontal correspond au
points de repère importants pendant l’accou-
plan de la grande circonférence de la tête,
chement, car leur palpation permet de situer
normalement trop grande pour passer au tra-
la position de la tête fœtale. Puis, dans les
vers du bassin maternel. La tête fœtale doit
mois suivant la naissance, la taille des fonta-
donc modifier son orientation pour présenter
nelles permet d’évaluer l’ossification progres-
un diamètre plus en rapport avec le bassin
sive de la calvaria. Normalement, les fontanel-
maternel. La flexion cervicale complète, avec
les postérieure et sphénoïdales sont fermées
rapprochement du menton contre la poi-
vers le 6e mois, et les fontanelles antérieure et
trine, permet ce changement d’orientation
mastoïdiennes vers 2 ans [2].
(figure 1.5). En présentation du sommet, cela
Le volume de la tête fœtale peut être appré- constitue la présentation la plus favorable. Par
cié par ses diamètres (figures 1.3 et 1.4) : ailleurs, la tête fœtale doit accommoder sa
– diamètre occipitofrontal : 110 mm ; forme et ses dimensions aux formes du conte-
– diamètre bipariétal : 95 mm ; nant, le bassin maternel. Cela est possible

Épine nasale antérieure


Os nasal Suture frontale
Maxillaire
Bosse frontale

Os frontal

Suture coronale

Fontanelle antérieure

Bosse pariétale

Os pariétal
Suture sagittale

Fontanelle postérieure

Os occipital Suture lambdoïde

Figure 1.1. Crâne du nouveau-né. Vue supérieure. (Source : Gray’s Anatomy, Fig. 4.13, p. 356.)
La naissance et le nouveau-né 5

Os frontal
Os pariétal

Os ethmoïde
(lame orbitaire)
Os lacrymal

Os nasal

Maxillaire
Os occipital
(partie squameuse)
Os (partie latérale)
zygomatique

Mandibule Os temporal (partie squameuse)


(partie tympanique)
(méat acoustique externe osseux absent)
(partie pétreuse) (processus mastoïde absent)
(partie zygomatique)
(processus styloïde) (cartilage)

Os sphénoïde (grande aile)


(processus ptérygoïde)

Figure 1.2. Crâne du nouveau-né. Vue latérale. (Source : Gray’s Anatomy, Fig. 4.15, p. 358.)

grâce à la malléabilité des os et à leur chevau- plus grande distance séparant les deux acro-
chement au niveau des sutures. Diverses mions, le diamètre bisacromial, passe de
déformations plastiques de la tête fœtale en 120 mm à 95 mm. Le diamètre antéroposté-
résultent, en fonction de la présentation et rieur (AP) au niveau des épaules, ou diamètre
des particularités du bassin maternel. La césa- dorsosternal, ne fait que 95 mm (figure 1.6).
rienne peut être indiquée dans les cas de dis-
proportion fœtopelvienne importante.
Présentations fœtales
La position fœtale par rapport au canal pel-
Tronc fœtal
vien détermine l’aisance relative ou la diffi-
Bien que représentant la plus grosse partie du culté avec laquelle le mobile fœtal va chemi-
mobile fœtal, le tronc est en réalité plus petit ner dans la filière pelvigénitale. Normale-
que la tête au moment de la traversée du canal ment, le fœtus est replié sur lui-même, et pré-
pelvigénital, du fait de sa compression. La sente une convexité postérieure. La tête est
6 Ostéopathie pédiatrique

Sous-mentobregmatique

Occipitomentonnier

Occipitofrontal

Sous-occipitobregmatique

Figure 1.3. Diamètres sagittaux de la tête fœtale.

Bitemporal Bipariétal
80 mm 95 mm
fléchie sur le sternum, et les bras sont croisés
ou proches l’un de l’autre sur la poitrine. Les
membres inférieurs sont fléchis, avec les
genoux proches des coudes et les pieds près du
siège. Les pieds sont en dorsiflexion et en
légère inversion (figure 1.7).
La présentation fait référence à la partie de
l’enfant qui est la plus engagée dans le canal
pelvien, ou la plus proche. De la sorte, lorsque
l’enfant est positionné selon une direction
longitudinale, la présentation est soit la tête
pour une présentation céphalique, soit le
siège pour une présentation caudale. Pour
chaque possibilité, il existe des variantes.
Dans les présentations céphaliques, la tête
peut être plus ou moins en flexion ou en
Figure 1.4. Diamètres transversaux extension. Dès lors, les parties identifiant les
(bipariétal et bitemporal) de la tête fœtale. présentations sont respectivement le sommet,
le bregma, le front et la face.
La naissance et le nouveau-né 7

A B

Figure 1.5. Orientation de la tête fœtale pendant l’engagement.


A. Flexion cervicale modérée. B. Flexion cervicale complète.

Les présentations du siège sont classées occipito-iliaque gauche antérieur est abrégée
selon la position des jambes fœtales. Le siège OIGA. La présentation du sommet ou vertex
est dit complet lorsque le fœtus est placé « en est la plus fréquente (95 %), suivie du siège
tailleur » ; le siège est décomplété lorsque les (3 %), de l’épaule (0,4 %), et de la face (0,3 %).
hanches sont fléchies, les genoux sont déflé- Parmi les présentations du sommet, la variété
chis et les pieds arrivent à hauteur de la tête OIGA est la plus fréquente (57 %) [3] (fi-
fœtale (figures 1.8 et 1.9). gure 1.10).

La position fœtale définit le rapport entre


des zones fœtales conventionnelles et le bas- Bassin maternel
sin maternel. Le point de référence pour les
Bassin osseux
présentations occipitales est l’occiput, pour
les présentations de la face, le menton, et pour La ceinture pelvienne est formée de quatre
les présentations du siège, le sacrum. De plus, pièces osseuses et de quatre articulations.
l’occiput, le menton ou le sacrum peut être Les deux os coxaux (iliaques) s’articulent
soit sur le côté droit (D) soit sur le côté gau- avec le sacrum au niveau des articulations
che (G) du bassin maternel, et dans un place- sacro-iliaques, et entre eux, en avant, à la sym-
ment soit antérieur (A), soit postérieur (P). Les physe pubienne. Le coccyx s’unit au sacrum
différentes présentations sont ainsi définies ; pour former l’articulation sacrococcygienne.
par exemple, une orientation de la tête en La stabilité de la ceinture pelvienne repose en
8 Ostéopathie pédiatrique

Bisacromial
120 mm

Figure 1.6. Tronc fœtal en vue postérieure


(diamètre bisacromial : 120 mm).
Figure 1.7. Position fœtale typique :
tête fléchie sur le sternum, avant-bras croisés
sur la poitrine, jambes fléchies.

Figure 1.8. Présentation du siège. Figure 1.9. Présentation du siège.


Siège complet. Siège décomplété.
La naissance et le nouveau-né 9

OIGA OIDA

OIDP OIGP

Figure 1.10. Présentations céphaliques.


OIGA : occipito-iliaque gauche antérieure. OIDA : occipito-iliaque droite antérieure.
OIDP : occipito-iliaque droite postérieure. OIGP : occipito-iliaque gauche postérieure.
10 Ostéopathie pédiatrique

Articulations sacro-iliaques

Ligament sacro-
iliaque antérieur

A Symphyse pubienne

Ligament sacro-iliaque interosseux

Ligament sacro-iliaque postérieur


recouvrant le ligament interosseux

Figure 1.11. Bassin osseux. A. Vue antérieure. B. Vue postérieure.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 5.24 B, C, p. 400.)

partie sur la puissance de ses ligaments, en sur la partie supérieure de la symphyse


particulier les ligaments sacro-iliaques pos- pubienne. Le petit bassin est situé sous ce plan ;
térieurs et les ligaments de la symphyse il est limité en arrière par la face antérieure du
pubienne [4]. sacrum, qui est concave, et le coccyx. Les côtés
Le bassin représente la cavité contenue à sont limités par les parties iliaques et ischiati-
l’intérieur de l’anneau pelvien osseux. Il est ques des os coxaux, et l’avant par les branches
d’usage en obstétrique de faire la différence et la symphyse pubiennes. Au-dessus du petit
entre le vrai ou petit bassin et le faux ou grand bassin, les limites sont en arrière la base du
bassin. La ligne de division est arbitraire ; elle sacrum et les vertèbres lombales, latéralement
part en arrière du promontoire du sacrum, suit les fosses iliaques, et en avant la partie infé-
les lignes innominées et se termine en avant rieure de la paroi abdominale.
La naissance et le nouveau-né 11

Ouverture supérieure
circulaire du pelvis

80–85o

Figure 1.12. Détroit supérieur. (Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 5.27 A, p. 402.)

Le petit bassin peut être décrit comme un et le point rétropubien de la symphyse


cylindre tronqué avec une ouverture supé- pubienne. Il mesure en moyenne 10,5 cm ou
rieure, le détroit supérieur, et une ouverture plus. Le diamètre transverse est la plus grande
inférieure, le détroit inférieur (figures 1.11 à distance séparant les lignes innominées et
1.13). Ce cylindre courbé suit la concavité mesure normalement 13,5 cm. Les deux dia-
antérieure du sacrum et du coccyx. En posi- mètres obliques vont d’une éminence iliopec-
tion anatomique, la partie supérieure du canal tinée à l’articulation sacro-iliaque hétérolaté-
pelvien regarde vers le bas et l’arrière, et la rale. Ils mesurent environ 12,5 cm et sont
partie inférieure se courbe vers le bas et nommés droit ou gauche d’après le côté de
l’avant. Le cadre osseux rigide du canal pel- l’éminence iliopectinée d’origine (figures 1.14
vien va déterminer la voie suivie par la pro- et 1.15).
gression fœtale. Les mouvements possibles
entre les articulations pelviennes permettent Détroit inférieur
quelques petits ajustements, à condition que Le détroit inférieur est losangique. Il est formé
ces articulations soient libres de toute dys- en arrière par le sacrum et la pointe du coccyx,
fonction somatique. latéralement par les tubérosités ischiatiques et
les ligaments sacrotubéraux, et en avant par le
Détroit supérieur bord inférieur des branches et de la symphyse
Habituellement, chez la femme, le détroit pubiennes. La forme de ce détroit varie en
supérieur a une forme plus ronde qu’ovale. fonction de la position du coccyx. De plus,
Ses dimensions sont essentielles d’un point de l’élasticité des ligaments qui participent à sa
vue obstétrical ; elles doivent permettre le formation en réduit la rigidité. Trois diamètres
passage de la tête fœtale. Quatre diamètres sont habituellement décrits : sagittal, trans-
sont décrits : sagittal, transverse et obliques verse et sagittal postérieur. Le diamètre sagit-
droit et gauche. Le diamètre sagittal sépare le tal est la distance séparant le bord inférieur de
promontoire du sacrum de la symphyse la symphyse pubienne de l’apex coccygien ; il
pubienne. Le conjugué obstétrical diffère légè- mesure entre 9,5 et 11,5 cm. Le diamètre
rement et prend en compte la distance entre transverse sépare les bords internes des tubé-
la face antérieure de la première pièce sacrale rosités ischiatiques et mesure en moyenne
12 Ostéopathie pédiatrique

Symphyse pubienne
Corps du pubis
Arcade pubienne

Tubérosité ischiatique

Ligament sacrotubéral
Coccyx

Figure 1.13. Détroit inférieur.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 5.32, p. 406).

11 cm. Le diamètre sagittal postérieur est la – Le type gynécoïde est le plus fréquent ; avec
partie du diamètre sagittal située en arrière du un diamètre transverse égal ou légèrement
diamètre transverse ; il est normalement supé- supérieur au diamètre AP, le détroit supé-
rieur à 7,5 cm (figure 1.16). rieur présente dans ce cas une forme ovale
ou arrondie.
Formes pelviennes – Le type androïde est un bassin de forme
Une connaissance approfondie du bassin per- triangulaire dans sa partie antérieure. Le
met de comprendre la physiologie de l’accou- diamètre sagittal du détroit supérieur est
chement, comment la structure affecte la beaucoup plus court dans sa partie posté-
fonction, et dans ce cas, comment la forme rieure que dans sa partie antérieure.
pelvienne détermine la voie pour la progres- L’espace pour la tête fœtale est réduit, et le
sion fœtale. pronostic réservé pour une naissance par
La classification des formes pelviennes de voie basse.
Caldwell et Moloy est toujours d’usage. Ces – Le type anthropoïde est caractérisé par un
derniers ont identifié quatre types de bassin détroit supérieur de forme plus ovalaire,
féminin : gynécoïde, androïde, anthropoïde avec un diamètre AP plus grand que le dia-
et platypelloïde (figure 1.17) [5]. mètre transverse.
La naissance et le nouveau-né 13

transverse
13,5 cm
ob
it liq
e dro u
12 e ga
u cm ,5 u
liq cm che
ob 2,5
1
10,5 cm
sagittal

Figure 1.14. Diamètres sagittal, transverse et obliques droit et gauche du détroit supérieur.
cm
,5
10

Figure 1.15. Diamètre sagittal du détroit supérieur.


14 Ostéopathie pédiatrique

transverse
sagittal

Figure 1.16. Diamètres sagittal et transverse du détroit inférieur (position gynécologique).

– Le type platypelloïde est moins fréquent ; il du sacrum sont nommés nutation et contre-
présente un diamètre transverse important nutation. Ces mouvements sont également
et un diamètre AP beaucoup plus petit. décrits dans la littérature ostéopathique et
Par ailleurs, en plus des influences généti- sont nommés respectivement flexion anato-
ques, la forme du bassin féminin semble mique (extension craniosacrale) et extension
influencée par les activités athlétiques de anatomique (flexion craniosacrale). Cette dif-
l’adolescence ; des activités physiques inten- férence entre la nomenclature anatomique et
ses prédisposent au développement d’un bas- la nomenclature craniosacrale pour décrire les
sin de type androïde [6]. mouvements du sacrum est regrettable ; elle
Dimensions et configuration pelviennes correspond toutefois à la terminologie actuel-
sont maintenant appréciées plus précisément lement utilisée. Pour cette raison, et afin de
quand cela se révèle nécessaire, avec les pelvi- communiquer, les termes anatomiques sont
métries par scanographie et l’imagerie par utilisés dans ce chapitre suivis, quand cela est
résonance magnétique (IRM). Dès lors, les fac- nécessaire, des termes de la nomenclature cra-
teurs de dystocie des anomalies pelviennes et niosacrale placés entre parenthèses.
disproportions fœtopelviennes sont détectés L’axe de mouvement hypothétique pour la
[7]. flexion-extension anatomique du sacrum est
un axe transverse horizontal passant à travers
Mouvements pelviens la partie antérieure du sacrum, au niveau du
Les mouvements pelviens sont décrits dans la deuxième segment sacral [10]. La localisation
littérature médicale [8,9], où les mouvements précise d’un tel axe fait l’objet de débats ; elle
La naissance et le nouveau-né 15

A B C

Figure 1.17. A. Bassin de type gynécoïde.


B. Bassin de type androïde. C. Bassin de type anthropoïde.

varie probablement en fonction des modifica- détermine un axe sacral oblique droit. Les
tions survenant dans la distribution des lignes torsions sacrales, rotations du sacrum autour
de force [8]. des axes obliques, sont définies par le côté
Pendant la flexion anatomique (extension vers lequel se produit la rotation sacrale. Une
craniosacrale), la base du sacrum se déplace rotation sacrale vers la gauche est donc une
vers l’avant, et l’apex du sacrum vers l’arrière. torsion gauche (figure 1.19). En l’absence de
Lors de l’extension anatomique (flexion cra- dysfonction, les os iliaques suivent les mouve-
niosacrale), la base du sacrum se déplace vers ments du sacrum. Par conséquent, lors de la
l’arrière, et l’apex du sacrum vers l’avant. Les torsion sacrale gauche, l’os iliaque gauche se
os du coccyx suivent le mouvement du déplace en rotation interne et l’os iliaque
sacrum (figure 1.18). droit en rotation externe [12].
Les autres mouvements du sacrum sont les En fait, les dysfonctions somatiques du bas-
mouvements de torsion décrits autour d’un sin, comme les dysfonctions somatiques pos-
axe de mouvement hypothétique, oblique, turales, affectent les dimensions du petit bas-
reliant le sommet du petit bras de l’articula- sin. La dysfonction de flexion anatomique
tion sacro-iliaque d’un côté avec le sommet (extension craniosacrale) diminue le diamètre
du grand bras de l’articulation sacro-iliaque AP du détroit supérieur, et augmente le diamè-
hétérolatérale [11]. L’axe est nommé par le tre AP du détroit inférieur. À l’inverse, la dys-
côté du sommet du petit bras d’où part l’axe, fonction anatomique d’extension (flexion cra-
soit droit, soit gauche. Le sidebending (incli- niosacrale) augmente le diamètre AP du
naison latérale) de la colonne vertébrale détroit supérieur, et diminue le diamètre AP du
située au-dessus détermine le côté de l’axe détroit inférieur. Les dysfonctions de torsion
oblique. Ainsi, un sidebending vertébral droit affectent asymétriquement les deux diamètres
16 Ostéopathie pédiatrique

Figure 1.18. Mouvements pelviens. Flexion anatomique (extension craniosacrale) ;


la base du sacrum se déplace vers l’avant, et l’apex du sacrum vers l’arrière.

Figure 1.19. Mouvements pelviens. Torsion sacrale gauche :


rotation sacrale vers la gauche autour d’un axe oblique gauche.
La naissance et le nouveau-né 17

obliques du bassin maternel reliant une articu-


lation sacro-iliaque à l’éminence iliopectinée
hétérolatérale. Dans l’exemple précédent de
torsion sacrale gauche, le diamètre oblique
gauche du détroit supérieur diminue.

À noter
Le diamètre oblique du détroit supérieur
ne doit pas être confondu avec l’axe obli-
que du sacrum.

À l’inverse, avec une torsion droite, le dia-


mètre oblique droit du détroit supérieur dimi-
nue.
Ces déplacements pelviens sont essentiels
en obstétrique, car ils facilitent ou compli-
quent le cheminement du mobile fœtal, avec
parfois des contraintes sur l’enfant. Le plus
souvent, la tête fœtale s’engage dans le détroit
Figure 1.20. Engagement de la tête fœtale
supérieur, avec son diamètre AP orienté dans
la direction de l’un des deux diamètres obli-
dans le détroit supérieur
ques du bassin maternel. Une dysfonction de selon le diamètre oblique gauche.
torsion sacrale qui diminue l’un des diamètres
obliques va rendre difficile l’orientation de la
Tissus mous du bassin
tête fœtale dans ce diamètre, et par consé-
quent gêner le déroulement de l’accouche- Le petit bassin osseux complété par les tissus
ment (figure 1.20). mous que sont les muscles, fascias et liga-
Pendant la grossesse, un relâchement des ments forment un « bassin ». Les parois et
tissus de la symphyse pubienne et des articu- plancher de ce « bassin » constituent de véri-
lations sacro-iliaques résulte des changements tables guides dans les phases d’engagement et
hormonaux avec un pic de relaxine vers la de descente du fœtus. Deux groupes de mus-
12e semaine de gestation [13]. Dès lors, les cles sont essentiels ; ce sont d’une part les
mouvements de ces articulations sont facilités muscles piriformes et obturateurs internes, et
pour adapter les contraintes causées par l’aug- d’autre part les muscles élévateurs (releveurs)
mentation du volume utérin, les modifica- de l’anus et ischiococcygiens, qui participent
tions de transmission des lignes de force dues aussi à la constitution du diaphragme pelvipé-
à la gravité, et l’imminence de l’accouche- rinéal.
ment. En présence de dysfonctions somati- Les muscles piriformes forment une partie
ques sacrale et lombale, ces changements des parois postérolatérales du petit bassin. Ils
adaptatifs sont restreints, source potentielle prennent leur origine sur la face antérieure du
de douleur pendant la grossesse et l’accouche- sacrum, sortent du bassin par la grande échan-
ment. Tout ce qui contrarie le bien-être mater- crure sciatique, et se terminent sur le grand
nel affecte le bien-être de l’enfant. L’ostéopa- trochanter du fémur. Les muscles obturateurs
thie est une pratique holistique qui doit internes forment une partie des parois antéro-
prendre en considération l’environnement de latérales du petit bassin. Ils s’insèrent sur la
l’enfant, et dans ce cas, la mère. membrane obturatrice et le pourtour du fora-
18 Ostéopathie pédiatrique

SII Foramens
SIII sacraux
Muscle piriforme SIV antérieurs

Muscle obturateur interne

Figure 1.21. Tissus mous du bassin : muscles piriforme et obturateur interne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 5.30, p. 404.)

men obturateur. De là, les fibres convergent ment dans la région fessière, irradiant sur la
vers la petite échancrure sciatique, se réflé- partie postérieure de la cuisse et ressemblant à
chissent à angle droit autour de l’ischium et se une sciatique. Cependant, dans la plupart des
terminent sur le grand trochanter du fémur cas, la douleur n’irradie pas en dessous du
(figure 1.21). genou, et les réflexes tendineux sont nor-
En l’absence de dysfonction somatique, le maux, excluant de la sorte une pathologie
sacrum est en équilibre entre les deux muscles radiculaire. Les déséquilibres posturaux
piriformes. Pendant la grossesse, le fœtus se maternels doivent être impérativement nor-
développe suivant une position asymétrique, malisés, pour améliorer le confort maternel,
et il entraîne avec lui l’utérus maternel dans mais aussi parce que les dysfonctions pelvien-
une orientation oblique. En conséquence, des nes de la mère affectent le déroulement nor-
tensions asymétriques s’exercent sur le mal de la grossesse et de l’accouchement.
sacrum qui résultent en une torsion accom- Le diaphragme pelvipérinéal est un hamac
modative. Le muscle piriforme est alors sou- musculotendineux formé d’un plan pro-
mis à des contraintes plus grandes du côté de fond comprenant les muscles élévateurs de
la rotation sacrale, ce qui peut affecter le nerf l’anus et ischiococcygiens, et les ligaments
sciatique. En effet, ce nerf quitte le bassin par sacrotubéraux ; et d’un plan superficiel avec
la grande échancrure sciatique et le plus sou- les muscles et fascias superficiels du périnée.
vent se dirige vers l’arrière en passant sous le Les muscles élévateurs de l’anus forment la
bord inférieur du muscle piriforme où il peut plus grande partie du plancher pelvien. Ils
être atteint. présentent plusieurs parties, décrites en fonc-
Les femmes enceintes se plaignent souvent tion des zones d’insertion ; ce sont les fais-
de douleurs du bas du dos, localisées latérale- ceaux pubococcygiens, puborectaux et ilio-
La naissance et le nouveau-né 19

Muscle obturateur interne


Arcade tendineuse Muscle
Canal obturateur coccygien
Muscle Ligament
iliococcygien sacroépineux
Élévateur Muscle Ouverture anale
de l’anus pubococcygien
Muscle
puborectal
Hiatus urogénital

Figure 1.22. Tissus mous du bassin : muscles élévateur de l’anus et ischiococcygien.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 5.34, p. 408).

coccygiens. Les muscles ischiococcygiens bassin et les viscères intrapelviens équilibrés,


forment la partie postérieure du diaphragme comme doivent l’être les muscles abdomi-
pelvien ; ils s’insèrent sur les tubérosités naux et la colonne lombale. Toute dysfonc-
ischiatiques, se mêlent aux ligaments sacroé- tion somatique de ces régions résulte en une
pineux, et se terminent sur le sacrum et le fonction altérée de leurs « structures squeletti-
coccyx (figure 1.22). Le centre tendineux du ques, arthrodiales et myofasciales, et des élé-
périnée est une masse fibromusculaire située ments vasculaires, lymphatiques et neuraux
sous la peau entre le vagin et le canal anal, où qui leur sont rattachés » [14], affectant de la
convergent les fibres tendineuses de la plupart sorte le développement fœtal et la naissance
des muscles des plans superficiel et moyen du de l’enfant. La pratique de l’ostéopathie pré-
périnée. Lors de l’accouchement, la présenta- natale chez la mère améliore les circonstances
tion comprime et étale ce centre. Le périnée de l’accouchement [15].
doit alors s’adapter ou se déchirer. Les fibres
des muscles élévateurs de l’anus sont considé-
rablement étirées et le périnée s’amincit pro- Naissance
gressivement. Pour autant, le périnée offre en Fréquemment, l’utérus est tourné vers la
même temps une résistance contre la tête droite, avec sa face antérieure regardant en
fœtale qui facilite la déflexion céphalique. avant et à droite, et sa face postérieure regar-
En fait, pour faciliter la grossesse et l’accou- dant en arrière et à gauche (figure 1.23). De la
chement, le périnée doit être fonctionnel, le sorte, le plus grand diamètre de la présenta-
20 Ostéopathie pédiatrique

Figure 1.23. Rotation droite de l’utérus.

tion fœtale repose le plus souvent le long du l’autre et le processus d’accommodation


diamètre oblique gauche du détroit supérieur, résulte en un alignement des diamètres fœtal
avec la colonne vertébrale du fœtus dirigée et utérin. À terme, dans des conditions nor-
vers l’avant et vers le côté maternel gauche, males et en l’absence de disproportion fœto-
ou vers l’arrière et donc le côté maternel droit. pelvienne, la présentation typique du som-
Il semble que la position de l’utérus soit met est considérée comme physiologique. Elle
influencée par la position du côlon pelvien et est attribuée, en théorie, aux effets de la gra-
de son méso. La position fœtale semble aussi vité [17], et à la nécessité pour le fœtus de
déterminée par la position droite du foie bouger et d’étirer les jambes, utilisant de la
maternel [3]. En revanche, le placement du sorte au mieux l’espace intra-utérin [18].
placenta semble n’avoir aucune influence Les dysfonctions somatiques de l’enfant
[16]. Les muscles iliopsoas peuvent réduire le peuvent survenir avant l’accouchement. La
diamètre transverse du bassin et affecter la présence de certaines affections intra-utérines
position fœtale ; dans les présentations du comme les fibromes, une insuffisance de
sommet, ils guident la tête fœtale dans une liquide amniotique, oligoamnios, ou à
direction oblique. À l’évidence, l’utérus et la l’inverse un excès de liquide amniotique,
présentation fœtale sont influencés l’un par hydramnios, associés à une augmentation de
La naissance et le nouveau-né 21

la pression intra-utérine, limitent les mouve- ment, la descente et l’expulsion de la présen-


ments du fœtus, le contraignant à prendre tation. Elle dure de 1 à 2 heures. La troisième
une position dysfonctionnelle. Les grossesses étape s’étend de la naissance de l’enfant
multiples produisent les mêmes effets jusqu’à l’expulsion du placenta ou délivrance.
lorsqu’un fœtus comprime l’autre. Ajoutons Durant le travail, plusieurs mécanismes influ-
les contractions utérines intermittentes, dont encent l’accouchement et déterminent la
la force et la fréquence augmentent avec le meilleure voie pour le cheminement du mo-
déroulement de la grossesse. En plus de leur bile fœtal dans la filière pelvigénitale.
effet sur la pression intra-utérine, elles exer- Les phénomènes d’accommodation et
cent une poussée en direction caudale sur la d’orientation de la présentation fœtale sont
tête fœtale, vers le segment utérin inférieur, et essentiels au déroulement normal de l’accou-
par conséquent le détroit supérieur. Normale- chement. Par l’accommodation, le volume
ment, la résilience des tissus fœtaux permet fœtal diminue, facilitant ainsi son passage à
une adaptation à ces pressions. En revanche, travers la filière pelvigénitale. Cela peut résul-
lorsque cela n’est pas possible, ou lorsque la ter de changements dans la position du corps
pression est trop importante, la tête fœtale fœtal, ou de mouvements dans les fluides cor-
peut être comprimée. porels. Avec l’orientation, la présentation
Du fait de la position de la tête fœtale, la fœtale se positionne pour s’adapter le mieux
région frontopariétale est particulièrement possible aux formes du canal pelvien.
sensible aux forces compressives, et ce bien L’augmentation de la fréquence et de l’inten-
avant le déclenchement de l’accouchement. sité des contractions utérines pousse le fœtus
Habituellement, le fœtus repose sur le côté vers le bas, en direction du détroit supérieur.
maternel gauche, et donc le dos tourné vers la Pendant ce temps, les ajustements position-
gauche de la mère. De la sorte, le côté gauche nels du fœtus sont constants. Par cette dyna-
de la tête fœtale subit plus de contrainte que mique, il s’adapte au canal pelvien. La com-
le côté droit, par le contact du bassin et de la préhension des mécanismes du travail, avec
colonne lombale maternels. En fait, la région un passager, le fœtus, un passage, la filière
frontopariétale est en appui sur une partie du pelvigénitale, et des forces expulsives, est très
bassin osseux, habituellement le promontoire utile pour appréhender la complexité des dys-
du sacrum. Dès lors, le frontal gauche, ou la fonctions somatiques du nouveau-né et par
région frontopariétale gauche, subit une force conséquent du futur enfant.
compressive dirigée vers la base crânienne. Si Le modelage de la tête fœtale est un autre
le fœtus reste longtemps dans cette position, processus d’accommodation survenant pen-
ou si les forces compressives sont importan- dant le travail. Des déformations plastiques
tes, il en résulte un frontal bas et une diminu- avec dépressions ont été associées aux forces
tion du volume de la cavité orbitaire de ce appliquées sur le crâne lors de l’usage des
côté. forceps, de pressions digitales de la main de
Le début du travail est marqué par l’appari- l’obstétricien, et plus fréquemment de la com-
tion de contractions utérines régulières, pression de la tête fœtale sur la symphyse
intenses, accompagnées de la dilatation du pubienne ou sur le promontoire du sacrum
col utérin. Le travail peut être divisé en trois [19]. Du fait du modelage, un déplacement
étapes. La première étape dure depuis le début des os de la calvaria est aussi communément
du travail jusqu’à la dilatation complète du décrit, associé au chevauchement des parié-
col de l’utérus, en moyenne de 6 à 18 heures taux, des frontaux et de l’occiput au niveau de
chez la primipare et de 2 à 10 heures chez la leurs sutures. En fait, dans les cas importants,
multipare. La deuxième étape se termine avec les déformations plastiques peuvent être
la naissance de l’enfant et comporte l’engage- source de tension potentielle, notamment sur
22 Ostéopathie pédiatrique

la grande veine cérébrale (veine de Galien), et survenir au début de la deuxième étape du


ce jusqu’au point de rupture [2]. Les descrip- travail, ce qui arrive fréquemment chez les
tions de chevauchement des os les uns sur les femmes multipares.
autres concernent le plus souvent les parié- Normalement, dans l’engagement, la su-
taux qui chevauchent le frontal et l’occiput ; ture sagittale de la tête fœtale s’aligne le long
des deux pariétaux, celui qui repose postérieu- du diamètre transverse pelvien ou, plus sou-
rement dans le bassin et qui est toujours celui vent, sur l’un des deux diamètres obliques
qui reçoit la plus grande pression est aussi pelviens. Théoriquement, les fœtus de taille
celui qui glisse sous le voisin [20]. normale n’orientent pas leur tête dans l’axe
Pour autant, le chevauchement des parié- du diamètre sagittal, le plus petit. En revan-
taux au niveau de la suture sagittale est moins che, pour faciliter l’engagement, la tête fœtale
fréquent qu’on le pense [21]. Un mécanisme doit se positionner dans une direction per-
de verrouillage au niveau des sutures de la pendiculaire au plan d’engagement du détroit
calvaria semble agir pour protéger le cerveau supérieur. Ce phénomène est nommé syncli-
fœtal. Les membranes dure-mériennes de ten- tisme. En conséquence, l’asynclitisme est le
sion réciproque font partie de ce mécanisme degré d’inclinaison latérale de la tête fœtale
de verrouillage. Dès lors, le changement de la par rapport au plan du détroit supérieur.
forme crânienne le plus fréquent consiste en L’asynclitisme est antérieur lorsque la tête
une diminution du diamètre sous-occipito- fœtale est inclinée vers le sacrum maternel et
bregmatique, et une tendance à l’aplatisse- la suture sagittale proche du sacrum ; dans ce
ment des pariétaux [21]. Toutefois, lorsque le cas, le pariétal antérieur proche de la sym-
travail est prolongé, les membranes dure- physe pubienne est palpable de manière intra-
mériennes subissent des contraintes impor- vaginale. Inversement, l’asynclitisme est pos-
tantes. Des dysfonctions avec déséquilibres térieur lorsque la tête fœtale est inclinée vers
des tensions membraneuses peuvent résulter la symphyse pubienne maternelle, et le parié-
qui, en l’absence de traitement, persistent tal postérieur palpable. D’ordinaire, il existe
toute la vie, se comportant comme une trame un faible degré d’asynclitisme ; cependant,
à partir de laquelle d’autres schémas dysfonc- une trop grande inclinaison de la tête fœtale
tionnels prennent naissance. peut rendre l’engagement difficile et causer
Engagement, descente et expulsion de la une disproportion fœtopelvienne.
présentation se produisent essentiellement En fonction du degré d’asynclitisme, diver-
pendant la deuxième étape du travail. Toute- ses pressions sont appliquées sur les deux
fois, l’engagement peut commencer avant le côtés de la calvaria, sources potentielles de
début du travail, en particulier chez les primi- dysfonction. Une pression plus forte d’un
pares. côté induit un déplacement en sidebending-
rotation de la synchondrose sphénobasilaire
(SSB). De plus, les forces compressives peu-
Engagement
vent se propager au niveau de la charnière
Le passage de la tête fœtale à travers le détroit craniocervicale, de la colonne cervicale, voire
supérieur définit l’engagement (figure 1.24). plus bas. La compression peut aussi causer des
La référence est le plan du diamètre transver- dysfonctions intraosseuses, en particulier au
sal bipariétal, le plus grand diamètre de la tête niveau de la base crânienne et du temporal
fœtale en flexion. Dès lors, la tête est dite ipsilatéral. Normalement, dans sa progression
engagée lorsque ce plan est situé sous le vers le détroit inférieur, la tête fœtale se
détroit supérieur. Chez les femmes nullipares, déplace alternativement en asynclitisme anté-
l’engagement peut commencer dans les der- rieur et postérieur, comme le battant d’une
nières semaines de la grossesse. Il peut aussi cloche (figure 1.25).
La naissance et le nouveau-né 23

A - Présentation non engagée

B - Présentation engagée

Figure 1.24. Engagement de la tête fœtale. Signe de Farabeuf.


A. Présentation non engagée. B. Présentation engagée.

Descente À noter
Véritables forces motrices de l’accouchement, Dans ce cas, le terme « rotation interne »
les contractions utérines poussent le fœtus fait référence à la rotation du fœtus dans
vers le bas, et le sollicitent en flexion cervicale la cavité pelvienne, et le terme « rotation
avec rapprochement du menton vers le ster- externe » s’applique à la rotation fœtale
num. Cela fait partie du processus d’accom- survenant à l’extérieur la cavité pelvienne.
modation. De la sorte, le diamètre le plus Ces termes sont utilisés dans le contexte
court de la tête fœtale, le diamètre sous- obstétrical, et ont un sens différent de
occipitobregmatique, devient le diamètre de celui utilisé dans le reste de ce livre.
la présentation facilitant ainsi le passage à
travers le canal pelvien. Normalement, une Après l’engagement de la tête fœtale, un
rotation interne suit. arrêt dans la progression ou une descente
insuffisante peuvent se produire. Il s’agit
24 Ostéopathie pédiatrique

A B C
Synclitisme Asynclitisme antérieur Asynclitisme postérieur

Figure 1.25. Synclitisme et asynclitisme.


A. Synclitisme. B. Asynclitisme antérieur, engagement de la bosse pariétale antérieure.
C. Asynclitisme postérieur, engagement de la bosse pariétale postérieure.

généralement de malposition de la tête fœtale sommet, et un engagement en occipitoanté-


ou de contractions utérines inefficaces. Par rieur, la descente qui suit est facile et rapide.
exemple, une malposition de la tête fœtale À l’approche de la symphyse pubienne, le
peut suivre une présentation du front où le fœtus doit tourner la tête pour aligner la
diamètre de la présentation est plus impor- suture sagittale le long du diamètre sagittal du
tant. Dans de tels cas, le fœtus continue à détroit inférieur ; c’est la rotation interne. En
subir les contractions utérines qui le poussent même temps, la progression de la présenta-
contre le bassin maternel. Les forces compres- tion tend à rétropulser le coccyx, augmentant
sives sont transmises le long de la colonne ainsi la tension du plancher pelvien, en parti-
fœtale, du siège à la base crânienne et calvaria. culier dans la partie postérieure du périnée.
Certaines zones sont soumises à plus de pres- De ce fait, les muscles élévateurs de l’anus et
sion. C’est fréquemment la partie antérieure les tissus adjacents forment une gouttière, et
de la calvaria, cause potentielle d’une dys- agissent comme un fulcrum et un guide pour
fonction de strain vertical, ou d’une dysfonc- la tête fœtale. Si la rotation interne fœtale n’a
tion de l’os frontal, avec impaction de la pas encore eu lieu, elle peut se produire à ce
suture fronto-ethmoïdale. Les pressions appli- moment. La contribution des muscles du
quées dans l’axe du diamètre AP de la tête plancher pelvien maternel est primordiale.
fœtale peuvent causer une compression de la Tout d’abord, ils offrent un support résistant à
SSB. La charnière craniocervicale et la colonne la pression de la tête fœtale, et lui servent de
thoracique supérieure subissent également guide dans sa progression vers la vulve. Puis
des contraintes, ce qui explique la présence dans un deuxième temps, les muscles pelviens
éventuelle de dysfonction somatique à leur doivent se laisser distendre pour l’expulsion.
niveau avec respectivement une hyperactivité À ce stade, un diaphragme pelvipérinéal
des systèmes parasympathique et sympathi- hypotonique n’offre pas suffisamment de
que. Normalement, dans une présentation du résistance, et ne joue pas un rôle de guide
La naissance et le nouveau-né 25

efficace. L’application de manœuvres instru- conséquence, les dysfonctions sont le plus


mentales, comme les forceps, peut alors se souvent asymétriques, avec un condyle occi-
révéler nécessaire pour assister la rotation de pital plus comprimé que l’autre, ou un côté de
la tête fœtale. Inversement, un périnée hyper- l’écaille de l’occipital plus antérieur, ou supé-
tonique se laisse mal distendre par le mobile rieur, ou inférieur, par rapport à l’autre. Cela
fœtal, et cela peut nécessiter la réalisation constitue un terrain propice pour le dévelop-
d’une épisiotomie pour éviter des déchirures pement de futurs désordres du squelette axial,
périnéales. plagiocéphalies ou scolioses par exemple.
Chez la mère, la liberté des structures pel-
viennes est fondamentale pour faciliter Expulsion
l’accouchement. Les os du bassin doivent Progressivement, et avec une augmentation
pouvoir répondre aux sollicitations de l’enga- de l’extension occipitale, la tête émerge du
gement et de l’expulsion fœtales. Tout coccyx bassin. Après avoir glissé le long de la gout-
dysfonctionnel, refusant de se déplacer vers tière périnéale, le front, le nez, la bouche et le
l’arrière, et dans les cas extrêmes, crochu peut menton apparaissent. Durant cette phase, la
provoquer des dysfonctions crâniennes chez tête et le squelette facial subissent des forces
le fœtus. Dans les variétés en OIGA, la face et dirigées vers le bas, en direction du menton
particulièrement le nez sont vulnérables. fœtal, ce qui peut produire une dysfonction
En fin de descente, et après le glissement de de strain vertical de la SSB, ou tout autre dys-
la tête vers l’avant, l’occiput se trouve calé fonction du frontal et/ou des os de la face. Les
sous la symphyse pubienne. Du fait de l’orien- sutures fronto-ethmoïdale et frontonasale,
tation de l’orifice vulvaire en avant et en haut, ainsi que les maxillaires sont particulièrement
la colonne cervicale et la charnière craniocer- vulnérables. Conformément à l’asymétrie du
vicale du fœtus doivent passer d’une position cheminement fœtal, les dysfonctions qui en
de flexion à une position d’extension pour résultent ne sont jamais parfaitement symé-
faciliter le passage de la tête (figure 1.26). La triques.
déflexion céphalique se fait alors autour du Après son dégagement, la tête effectue une
pivot constitué par la symphyse pubienne. De rotation de restitution spontanée qui la
fait, cette phase est fondamentale dans l’étio- ramène dans le prolongement du dos. Dans
logie de nombreuses dysfonctions crâniennes. une présentation en OIGA, la tête tourne vers
La déflexion se réalise au niveau des condyles la droite, se plaçant ainsi dans l’axe du diamè-
occipitaux, mais aussi au niveau des synchon- tre transverse. Une rotation interne du tronc
droses intraoccipitales. Dans le mouvement fœtal suit. Habituellement, les épaules s’enga-
d’extension de la charnière craniocervicale, gent dans le détroit supérieur selon un diamè-
les condyles occipitaux se déplacent vers tre oblique opposé à celui utilisé par la tête
l’avant sur les surfaces articulaires de l’atlas et fœtale. De la sorte, pendant l’accouchement,
un mouvement trop exagéré peut causer une le corps fœtal se déplace suivant un trajet en
dysfonction d’extension occipitoatloïdienne. spirale où les tissus sont forcément sollicités
De la même façon, lorsque la résilience des pour accommoder ces déplacements. Toute-
tissus est dépassée, les synchondroses de la fois, il existe une limite dans la résilience des
base crânienne, en particulier intraoccipitales, tissus, et cette limite peut être dépassée avec
peuvent être le siège de dysfonctions intraos- production de schémas dysfonctionnels de
seuses de compression. torsion entre les ceintures pectorale et pel-
Le plus souvent, la déflexion de la tête ne se vienne. Ces dysfonctions impliquent tous les
produit pas dans un plan sagittal pur, mais en tissus du corps, fascias, membranes, muscles
associant des mouvements plus ou moins et articulations. Elles sont fréquentes chez le
importants de rotation et de sidebending. En nouveau-né.
26 Ostéopathie pédiatrique

26A 26B

26C 26D

27

Figure 1.26. Dégagement de la tête fœtale dans la présentation du sommet.


Figure 1.27. Dégagement de l’épaule antérieure.
La naissance et le nouveau-né 27

Une fois les épaules engagées dans le matomes. Le caput succedaneum, ou bosse
détroit supérieur, le diamètre bisacromial sérosanguine, est une collection sérosanguine
s’oriente pour se placer dans l’axe du diamètre localisée au-dessus du périoste et résultant des
sagittal du détroit inférieur. Puis l’épaule anté- variations de pression subies par la calvaria
rieure est dégagée en passant sous la sym- fœtale. La bosse est généralement localisée à
physe pubienne, suivie du dégagement de la partie postérieure et supérieure de la voûte.
l’épaule postérieure (figure 1.27). Le reste du En présentation OIGA, elle est située sur le
corps suit. Toute difficulté survenant lors du côté droit, mais elle peut s’étendre au-delà des
dégagement des épaules peut produire des lignes de suture. En présentation occipito-
déséquilibres myofasciaux et ligamentaires iliaque droite antérieure (OIDA), elle est située
des régions cervicale et thoracique supérieure. à gauche. Habituellement, son épaisseur est
Dans les cas les plus sévères, ce sont des arra- de quelques millimètres, parfois plus dans les
chements du plexus brachial et des fractures accouchements difficiles. Les bosses sérosan-
de clavicule. guines disparaissent le plus souvent en quel-
Fréquemment, l’enfant s’engage en OIGA. ques jours.
Après l’expulsion, typiquement, il présente Un céphalohématome (figure 1.29) est un
un aplatissement de la zone située entre le hématome sous-périosté de la calvaria, causé
front et la fontanelle antérieure. La voûte est par la rupture de vaisseaux. Ils surviennent
asymétrique et le pariétal situé du côté engagé dans environ 1 à 2 % des cas et sont associés à
est bombé, alors que l’autre pariétal est plus l’usage des forceps [22]. Typiquement situés
aplati. Selon l’asynclitisme présent, d’autres sur un pariétal ou sur l’occiput, ils sont fermes
déformations plastiques peuvent être visibles à la palpation et ne dépassent pas la ligne de
(figure 1.28). Une pression du côté droit de suture. Toutefois, en raison de la lenteur du
l’occiput fœtal contre la symphyse pubienne saignement sous-périosté, les céphalohémato-
maternelle, et du frontal gauche contre le mes peuvent ne pas apparaître tout de suite
sacrum provoque un méplat occipital droit et après la naissance. Ils sont unilatéraux ou
frontal gauche. Inversement, un méplat occi- bilatéraux, et disparaissent normalement en
pital gauche et frontal droit accompagne une quelques semaines, bien qu’ils puissent par-
présentation en occipito-iliaque gauche pos- fois se calcifier, s’intégrant alors dans la calva-
térieur (OIGP). Dans les présentations en occi- ria [22].
pitoantérieur, en fin de descente, lorsque la De fait, lorsque l’on considère la naissance
tête tourne pour caler l’occiput sous la sym- par voie basse et les dysfonctions crâniennes
physe pubienne, le côté droit de l’occiput et la potentiellement associées, cet événement
zone occipitomastoïdienne peuvent être sou- semble indésirable. Néanmoins, le stress de la
mis à de fortes pressions résultant en méplats naissance présente des aspects bénéfiques par
dans ces régions. Des méplats occipitaux peu- la production de catécholamines qui stimu-
vent aussi provenir de la pression exercée par lent la capacité de survie de l’enfant, sa respi-
la symphyse pubienne pendant l’expulsion. ration, son métabolisme et sa circulation san-
Du fait de la plasticité crânienne, une guine [23]. En fait, ce stress semble aussi
déformation en cône est généralement visible bénéfique à la santé de l’enfant, en partici-
sur la partie la plus caudale de la présentation pant au développement de son système
qui est expulsée la première. Typiquement, immunitaire [24].
dans la présentation en OIGA, le sommet du
cône correspond à l’angle postérosupérieur,
Dystocies
ou occipital du pariétal droit, au niveau du
lambda. C’est aussi fréquemment la localisa- Par définition, un accouchement dystocique
tion du caput succedaneum et des céphalohé- démontre des difficultés voire des impossibili-
28 Ostéopathie pédiatrique

A B

C D

Figure 1.28. Déformations plastiques.

tés d’accouchement par voie basse. À l’oppo- the pelvis and spine of the mother, to ascertain if
sé, un accouchement eutocique se déroule they are normal in shape and position » [25] (« Le
sans difficulté. Fréquemment, les dystocies premier devoir de l’obstétricien est d’exami-
sont les conséquences d’une combinaison de ner attentivement les os du bassin et de la
facteurs fœtaux et pelviens. Les structures colonne maternels, pour s’assurer de formes
pelviennes maternelles sont primordiales, et positions normales »). Lors de l’engage-
comme le souligne Still : « The first duty of the ment fœtal, pour augmenter le diamètre du
obstetrician is to carefully examine the bones of détroit supérieur, la base du sacrum doit se
La naissance et le nouveau-né 29

quement utilisée. Cette position peut aug-


menter le diamètre du détroit inférieur de 15 à
20 mm, mais en même temps le déplacement
vers l’arrière de la base du sacrum, dans
l’extension anatomique (flexion craniosa-
crale), est freiné par la résistance de la table.
Par ailleurs, cette position est la moins effi-
cace pour pousser. Si possible, la parturiente
doit être encouragée à rechercher une posi-
tion de confort lombopelvien, ce qui contri-
bue au relâchement des tensions pelviennes
et facilite l’accouchement.

Présentation en occipitopostérieur
Toutes les présentations du sommet suivent
les mêmes principes et mécanismes que les
présentations en occipitoantérieur. Les pré-
Figure 1.29. Céphalohématomes. sentations en occipitopostérieur, soit occi-
pito-iliaque droit postérieur (OIDP), soit
déplacer vers l’arrière en extension anatomi- occipito-iliaque gauche postérieur (OIGP),
que (flexion craniosacrale), alors que l’apex représentent 15 % de toutes les présentations
du sacrum doit se déplacer vers l’avant. Pen- [28]. Elles peuvent être associées à un temps
dant l’expulsion, pour augmenter le diamètre de travail plus long. La rotation interne de la
du détroit inférieur, le coccyx et l’apex du tête fœtale est plus importante, car la tête doit
sacrum doivent se déplacer vers l’arrière et la tourner de 135°, pour déplacer l’occiput d’une
base du sacrum vers l’avant, en flexion anato- position postérieure, près de l’une des articu-
mique (extension craniosacrale). De tout lations sacro-iliaques maternelles, vers une
temps, la nécessité d’une mobilité sacrale pen- position antérieure, près de la symphyse
dant l’accouchement a été reconnue [26]. pubienne.
De toute évidence, les dysfonctions somati- Lorsqu’elles sont présentes, les bosses séro-
ques ou les disproportions du bassin maternel sanguines illustrent par leur position le type
peuvent conduire à des dystocies en influen- de la présentation. En présentation OIDP, la
çant la position fœtale. Peuvent s’ensuivre des bosse sérosanguine est localisée au niveau de
contractions utérines inefficaces, conduisant l’angle antérosupérieur du pariétal gauche,
à une augmentation des doses d’ocytocine, et mais peut s’étendre au-delà de la suture coro-
à l’instauration d’un cercle vicieux qui peut se nale. En OIGP, la bosse sérosanguine est située
terminer par la nécessité de pratiquer une sur l’angle antérosupérieur du pariétal droit,
césarienne [27]. avec un recouvrement fréquent de la suture
Depuis toujours, les femmes ont essayé coronale.
diverses positions pour accoucher, comme les Parfois, la tête ne tourne pas, aboutissant à
positions accroupie, assise sur des sièges de une présentation en occipitopostérieur persis-
naissance ou bien en décubitus dorsal ou laté- tante. Cependant, dans 62 % de ces cas,
ral. La position gynécologique, où la femme l’échographie réalisée en début de travail
est en décubitus dorsal, avec le bassin en bor- montre que la présentation initiale se fait
dure de la table d’accouchement, les hanches dans une position antérieure, suivie de malro-
et genoux fléchis, et les jambes, ou pieds sup- tation pendant le travail [28]. La persistance
portés et maintenus dans des étriers, est typi- de la position postérieure est associée à un
30 Ostéopathie pédiatrique

travail déclenché, à l’administration d’ocyto- L’expulsion de la tête survient dans une posi-
cine pour l’augmenter, et à l’analgésie péridu- tion en occipitoantérieur avec le menton
rale [29,30]. Cette présentation est aussi plus fœtal, la bouche, le nez et le front glissant le
traumatisante que la présentation antérieure long de la face antérieure du sacrum et du
[31]. De fait, dans cette variété, les interven- coccyx maternels. De ce fait, des dysfonctions
tions obstétricales sont plus fréquentes, et faciales peuvent survenir, en particulier au
chez la primipare l’accouchement par voie niveau des maxillaires, et des sutures fronto-
basse ne se produit que dans 26 % des cas [30]. nasales et fronto-ethmoïdales.
L’accouchement par le siège fait l’objet de
Présentation du siège nombreux débats, car le fœtus en siège est un
Dans environ 3 % de tous les accouchements, fœtus à risque. De plus grands risques de mor-
la présentation à terme est en siège [32], avec talité et de morbidité néonatales semblent
un facteur de risque de prématurité [3]. En exister lorsque l’on compare les résultats des
fait, l’augmentation des pratiques de version accouchements par voie basse des enfants se
externe à 37 semaines de gestation réduit la présentant en siège à terme, à ceux des
fréquence de cette présentation à terme. Tou- enfants nés par césarienne [33,34]. Pour
tefois, ces manœuvres doivent être réalisées autant, lors d’une présentation en siège, la
dans un contexte où le fœtus peut être pratique d’une césarienne augmente les ris-
contrôlé et par des praticiens expérimentés. ques de complications maternelles [32].
Un toucher ostéopathique compétent peut
Présentation de la face
faciliter cette procédure, qui ne doit en aucun
cas être forcée, un circulaire du cordon ou un Les présentations de la face sont associées à
cordon ombilical trop court pouvant limiter une hyperextension de la colonne cervicale
la version fœtale. fœtale. De ce fait, l’occiput fœtal est au
La présentation en siège est classée selon la contact du dos, et la présentation est le men-
localisation du sacrum fœtal ; c’est-à-dire ton. Classiquement, quatre variétés sont
variétés sacro-iliaque gauche antérieure décrites.
(SIGA), la plus fréquente, sacro-iliaque droite – Les deux variétés mentopostérieures avec le
postérieure (SIDP), sacro-iliaque gauche pos- front fœtal comprimé contre la symphyse
térieure (SIGP), et sacro-iliaque droite anté- pubienne maternelle : l’accouchement est
rieure (SIDA). De plus, selon la position des difficile et nécessite une césarienne.
jambes fœtales, il existe deux sortes de présen- – Les deux variétés mentoantérieures : l’ac-
tation en siège : complet lorsque les jambes couchement peut être effectué par voie
sont fléchies et le fœtus placé comme « en basse, avec toutefois des déformations
tailleur » ; ou décomplété lorsque les jambes impressionnantes. Typiquement, l’enfant
sont défléchies et les pieds à hauteur de la tête présente un aspect en « gargouille » avec
fœtale. Les mêmes principes et mécanismes tuméfaction et œdème des tissus de la face
que ceux décrits pour la présentation du som- [35]. Les dysfonctions somatiques crânien-
met s’appliquent pour l’engagement et la des- nes sont fréquentes, affectant le viscéro-
cente. crâne, la colonne cervicale et la charnière
Pendant l’accouchement, quand le siège occipitoatloïdienne.
atteint le pubis, le tronc fœtal s’incline latéra-
lement, suivi par la délivrance des hanches. Dystocie de l’épaule
Cela peut être cause de dysfonction somati- Selon les auteurs, une dystocie de l’épaule est
que articulaire ou intraosseuse pour l’enfant, présente entre 0,2 et 3 % de tous les accouche-
au niveau des articulations coxofémorales, ments [36,37]. Le plus souvent, les facteurs de
os coxaux, sacrum et colonne vertébrale. risque sont attribués à des modifications cor-
La naissance et le nouveau-né 31

porelles du fœtus, comme l’augmentation du diverses complications néonatales allant de la


poids de naissance, la disproportion entre les paralysie faciale et des fractures du crâne aux
épaules fœtales et le bassin maternel, et l’aug- hémorragies intracrâniennes, l’usage des for-
mentation du diamètre bisacromial. Pendant ceps est décrit comme une procédure relative-
la descente fœtale, l’épaule postérieure peut ment sûre dans les mains de praticiens expéri-
aussi se retrouver coincée contre le promon- mentés [41,42].
toire du sacrum maternel, et après le dégage- Pour autant, les forceps peuvent être une
ment de la tête, l’épaule antérieure peut buter source potentielle de dysfonction crânienne.
contre le pubis maternel. De ce fait, les accou- En fait, les forces compressives appliquées par
chements avec dystocie de l’épaule requièrent les cuillers peuvent être de différentes intensi-
l’usage de manœuvres spécifiques pour libérer tés. De plus, le dégagement de la tête peut
l’épaule bloquée. La manœuvre de McRoberts nécessiter des forces de traction, d’inclinai-
réoriente le bassin, en ramenant les genoux de son, et de rotation transmises aux structures
la mère vers sa poitrine ; la manœuvre de crâniennes. Habituellement, les cuillers sont
Barnum dégage d’abord l’épaule postérieure, placées de chaque côté de la tête, mais
alors que d’autres procédures visent à libérer l’emplacement dicté par la présentation peut
les épaules en mobilisant le tronc fœtal. varier. Des dysfonctions crâniennes s’instal-
La dystocie de l’épaule est associée à une lent lorsque les forces de compression et de
seconde étape de travail supérieure à 2 heures traction sont importantes. Les membranes
et à plus d’extractions instrumentales [38]. dure-mériennes, le frontal, les grandes ailes
Elle augmente aussi les risques de morbidité du sphénoïde, les os zygomatiques et les arti-
néonatale. Lors de l’expulsion, une inclinai- culations temporomandibulaires sont le plus
son latérale importante est parfois nécessaire souvent concernés.
pour dégager l’enfant ; c’est une source poten-
tielle d’obstruction du retour veineux en pro- Ventouse obstétricale
venance de la tête, d’hémorragie intracrâ- La ventouse obstétricale est une extraction
nienne et d’anoxie. La traction appliquée à instrumentale alternative. Il en existe plu-
l’enfant peut aussi être responsable d’une sieurs modèles, mais le plus souvent une
atteinte du plexus brachial ; dans la variété cupule en métal ou en plastique est appliquée
OIGA, le bras droit est le plus souvent affecté. sur le scalp. Pendant la traction, une pression
Les fractures de clavicule en bois vert sont négative est créée à l’intérieur de la cupule. La
aussi possibles. De fait, les forces responsables ventouse obstétricale est indiquée dans les
pour ces blessures sont aussi responsables de arrêts de progression de la présentation, et
dysfonction somatique de la colonne thoraci- dans les cas de malposition. Elle assiste la
que supérieure, des côtes associées, de la cein- mère fatiguée et permet le dégagement de
ture scapulaire et de la charnière cervicothora- l’enfant dans les cas où une anesthésie pré-
cique. vient un accouchement spontané.
De toute évidence, les expulsions assistées
Forceps par forceps et ventouse obstétricale présen-
L’usage des forceps survient dans 5 à 10 % des tent des avantages et désavantages. La ven-
accouchements [39]. Ils peuvent aider la mère touse obstétricale semble moins traumati-
qui est épuisée, ou chez qui une anesthésie ne sante pour la mère, mais elle est associée à une
permet pas un accouchement spontané. La plus grande incidence d’hémorragie sous-
condition du fœtus est aussi parfois l’indica- arachnoïdienne et de céphalohématome [43].
tion ; bradycardie et malposition fœtales sont Les extractions instrumentales par ven-
des exemples où le dégagement fœtal doit être touse produisent parfois des lacérations du
rapide et/ou assisté [40,41]. Bien qu’associé à cuir chevelu. Les structures sous-jacentes, les
32 Ostéopathie pédiatrique

os de la calvaria et les membranes intracrâ- 7 Sporri S, Thoeny HC, Raio L, Lachat R, Vock P,
niennes peuvent également subir des Schneider H. MR imaging pelvimetry : a useful
adjunct in the treatment of women at risk for
contraintes. Un côté est plus souvent affecté,
dystocia ? AJR Am J Roentgenol 2002 ; 179 (1) :
résultant en une asymétrie des pariétaux. Les 137-44.
membranes intracrâniennes sont étirées ; leur 8 Weisl H. The movements of the sacroiliac joint.
traction peut se propager jusqu’au niveau des Acta Anat (Basel) 1955 ; 23 (1) : 80-91.
membranes spinales, et à travers le relais dure- 9 Colachis SC Jr, Worden RE, Bechtol CO, Strohm
mérien, de l’occiput au sacrum. C’est une BR. Movement of the sacroiliac joint in the adult
cause potentielle de dysfonction. male : a preliminary report. Arch Phys Med Rehabil
1963 ; 44 : 490-8.
Analgésie péridurale 10 Glossary of Osteopathic Terminology. In : Ward
L’analgésie péridurale est pratiquée dans 80 % RC, ed. Foundations for osteopathic medicine. 2nd
des accouchements [44], pour soulager la dou- ed. Philadelphia, PA : Lippincott Williams & Wilk-
leur associée au travail. Elle est réalisée par ins ; 2003. p. 1246.
cathéter introduit sous anesthésie locale au 11 Mitchell FL Sr. Structural pelvic function. Academy
of Applied Osteopathy (American Academy of
niveau des espaces L2–L3 ou L3–L4. Normale-
Osteopathy). Yearbook 1965. Vol. 2. p. 186.
ment, l’analgésie péridurale diminue la dou-
12 Sergueef N. L’Odyssée de l’iliaque. Paris : Spek ;
leur de la dilatation cervicale sans influencer
1985.
les contractions utérines, et ensuite, lorsque
13 Kristiansson P, Svardsudd K, von Schoultz B. Serum
l’expulsion est imminente, elle produit une relaxin, symphyseal pain, and back pain during
anesthésie périnéale. Pour autant, elle ralentit pregnancy. Am J Obstet Gynecol 1996 ; 175 (5) :
parfois le travail, diminue la poussée abdomi- 1342-7.
nale et le relâchement du périnée. L’analgésie 14 Glossary of Osteopathic Terminology. In : Ward
péridurale semble aussi prédisposer à une RC, ed. Foundations for Osteopathic Medicine.
insuffisance de la rotation interne fœtale 2nd ed. Baltimore : Williams et Wilkins ; 2003.
durant la descente. De fait, l’analgésie péridu- p. 1249.
rale est associée à une augmentation des pré- 15 King HH, Tettambel MA, Lockwood MD, Johnson
KH, Arsenault DA, Quist R. Osteopathic manipula-
sentations en occipitopostérieur [45], avec le
tive treatment in prenatal care : a retrospective case
besoin d’utiliser plus de force pour dégager le control design study. J Am Osteopath Assoc 2003 ;
fœtus [44]. 103 (12) : 577-82.
16 Ververs IA, De Vries JI, van Geijn HP, Hopkins B.
Références Prenatal head position from 12-38 weeks. II. The
effects of fetal orientation and placental localiza-
1 Arbuckle BE. The selected writings of Beryl E. tion. Early Hum Dev 1994 ; 39 (2) : 93-100.
Arbuckle, D.O., F.A.C.O.P. Newark OH : American 17 Sekulic SR. Possible explanation of cephalic and
Academy of Osteopathy ; 1971. p. 179. noncephalic presentation during pregnancy : a
2 Williams PL, ed. Gray’s Anatomy. 38th ed. theoretical approach. Med Hypotheses 2000 ; 55
Edinburgh : Churchill Livingstone ; 1995. (5) : 429-34.
3 Lansac J, Body G. Pratique de l’accouchement. 18 Clarren SK, Smith DW. Congenital deformities.
Paris : SIMEP ; 1988. Pediatr Clin North Am 1977 ; 24 : 665-77.
4 Vrahas M, Hern TC, Diangelo D, Kellam J, Tile M
19 Axton JH, Levy LF. Congenital molding depres-
Ligamentous contributions to pelvic stability.
sions of the skull. Br Med J 1965 ; 5451 : 1644-7.
Orthopedics 1995 ; 18 (3) : 271-4.
5 Caldwell WE, Moloy HC. Anatomical variations in 20 Magoun HI. Osteopathy in the Cranial Field. 2nd
the female pelvis and their effect in labor with a ed. Kirksville, MO : The Journal Printing Com-
suggested classification. Am J Obstet Gynecol 1933 pany ; 1966. p. 218.
26 : 479-505. 21 Carlan SJ, Wyble L, Lense J, Mastrogiannis DS,
6 Abitbol MM. The shapes of the female pelvis. Parsons MT. Fetal head molding. Diagnosis by
Contributing factors. J Reprod Med 1996 ; 41 (4) : ultrasound and a review of the literature. J Perina-
242-50. tol 1991 ; 11 (2) : 105-11.
La naissance et le nouveau-né 33

22 Glass RB, Fernbach SK, Norton KI, Choi PS, Naidich presentation in The Netherlands from 1995 to
TP. The infant skull : a vault of information. Radio- 1999 : mortality and morbidity in relation to the
graphics 2004 ; 24 (2) : 507-22. mode of delivery of 33824 infants. BJOG 2003 ;
23 Lagercrantz H, Slotkin TA. The “stress” of being 110 (6) : 604-9.
born. Sci Am 1986 ; 254 (4) : 100-7. 35 Lansac J, Body G, Perrotin F, Marret H. Pratique de
24 Thilaganathan B, Meher-Homji N, Nicolaides KH. l’accouchement. Paris : Masson ; 2001.
Labor : an immunologically beneficial process for 36 Gherman RB. Shoulder dystocia : prevention and
the neonate. Am J Obstet Gynecol 1994 ; 171 (5) : management. Obstet Gynecol Clin North Am
1271-2. 2005 ; 32 (2) : 297-305, x.
25 Still AT. The philosophy and mechanical principles 37 Ouzounian JG, Gherman RB. Shoulder dystocia :
of osteopathy. Kirksville, MO : Osteopathic Enter- are historic risk factors reliable predictors ? Am J
prise ; 1986. p. 312. Obstet Gynecol 2005 ; 192 (6) : 1933-5 ; discussion
26 Dunn PM. Henrick van Deventer (1651-1724) and 1935-8.
the pelvic birth canal. Arch Dis Child Fetal Neona- 38 Mehta SH, Bujold E, Blackwell SC, Sorokin Y, Sokol
tal Ed 1998 ; 79 (2) : F157-8. RJ. Is abnormal labor associated with shoulder dys-
27 Compton AA. Soft tissue and pelvic dystocia. Clin tocia in nulliparous women ? Am J Obstet Gynecol
Obstet Gynecol 1987 ; 30 (1) : 69-76. 2004 ; 190 (6) : 1604-7 ; discussion 1607-9.
28 Gardberg M, Laakkonen E, Salevaara M. Intrapar- 39 Chamberlain G, Steer P. ABC of labour care : opera-
tum sonography and persistent occiput posterior tive delivery. BMJ 1999 ; 318 (7193) : 1260-4.
position : a study of 408 deliveries. Obstet Gynecol
40 Patel RR, Murphy DJ. Forceps delivery in modern
1998 ; 91 (5 Pt 1) : 746-9.
obstetric practice. BMJ 2004 ; 328 (7451) : 1302-5.
29 Fitzpatrick M, McQuillan K, O’Herlihy C. Influence
41 Roshan DF, Petrikovsky B, Sichinava L, Rudick BJ,
of persistent occiput posterior position on delivery
Rebarber A, Bender SD. Soft forceps. Int J Gynaecol
outcome. Obstet Gynecol 2001 ; 98 (6) : 1027-31.
Obstet 2005 ; 88 (3) : 249-52. Epub 2005 Jan 18.
30 Ponkey SE, Cohen AP, Heffner LJ, Lieberman E.
Persistent fetal occiput posterior position : obste- 42 Gardella C, Taylor M, Benedetti T, Hitti J, Critchlow
tric outcomes. Obstet Gynecol 2003 ; 101 (5 Pt 1) : C. The effect of sequential use of vacuum and
915-20. forceps for assisted vaginal delivery on neonatal et
31 Cheng YW, Shaffer BL, Caughey AB. The associa- maternal outcomes. Am J Obstet Gynecol 2001 ;
tion between persistent occiput posterior position 185 (4) : 896-902.
and neonatal outcomes. Obstet Gynecol 2006 ; 107 43 Wen SW, Liu S, Kramer MS, Marcoux S, Ohlsson A,
(4) : 837-44. Sauve R, Liston R. Comparison of maternal and
32 Sanchez-Ramos L, Wells TL, Adair CD, Arcelin G, infant outcomes between vacuum extraction and
Kaunitz AM, Wells DS. Route of breech delivery forceps deliveries. Am J Epidemiol 2001 ; 153 (2) :
and maternal and neonatal outcomes. Int J Gynae- 103-7.
col Obstet 2001 ; 73 (1) : 7-14. 44 Poggi SH, Allen RH, Patel C, Deering SH, Pezzullo
33 Roman J, Bakos O, Cnattingius S. Pregnancy outco- JC, Shin Y, Spong CY. Effect of epidural anaesthesia
mes by mode of delivery among term breech on clinician-applied force during vaginal delivery.
births : Swedish experience 1987-1993. Obstet Am J Obstet Gynecol 2004 ; 191 (3) : 903-6.
Gynecol 1998 ; 92 (6) : 945-50. 45 Sizer AR, Nirmal DM. Occipitoposterior position :
34 Rietberg CC, Elferink-Stinkens PM, Bret R, van associated factors and obstetric outcome in nulli-
Loon AJ, Van Hemel OJ, Visser GH. Term breech paras. Obstet Gynecol 2000 ; 96 (5 Pt 1) : 749-52.
Chapitre 2

Croissance
et développement
de l’enfant

Neurocrâne

Viscérocrâne

Développement postnatal

Développement psychomoteur
Croissance et développement de l’enfant 37

Chapitre 2

Croissance
et développement
de l’enfant

Théoriquement, le terme « croissance » est vésicules cérébrales primitives. Bien que la


employé pour décrire une augmentation de la plupart des os du système squelettique pas-
taille du corps ou d’une partie du corps. Le sent par les stages mésenchymateux et cartila-
terme « développement » fait communément gineux avant leur ossification, certaines par-
référence aux changements dans les fonc- ties du crâne ne suivent pas cette séquence et
tions, prises au sens large, et comprenant les ne passent pas par la phase de chondrifica-
fonctions musculosquelettiques, tout autant tion. Ainsi, les os de la voûte et certaines
que les fonctions soumises à l’influence des parties des os de la base s’ossifient à partir de
conditions environnementales, émotionnel- la membrane du tissu mésenchymateux pri-
les ou sociales. mitif ; on les qualifie parfois d’os membra-
Le crâne est composé de deux parties : le neux. Les autres os qui forment la base crâ-
neurocrâne, qui entoure et protège le cerveau, nienne passent par les stades mésenchyma-
et le viscérocrâne ou splanchnocrâne, qui teux, cartilagineux puis osseux ; on les quali-
forme la face. Le neurocrâne est par ailleurs fie d’os cartilagineux.
divisé en une base et une voûte (ou calvaria). À la fin du 1er mois de gestation, les cellules
La croissance du crâne est complexe ; les dif- mésenchymateuses qui entourent les vésicu-
férentes parties qui le forment ont plusieurs les cérébrales primitives augmentent en nom-
origines et différentes fonctions. Bien que bre et se condensent. Elles forment le desmo-
complexe, l’étude de cette croissance est pri- crâne, d’où dérivent les os membraneux et
mordiale pour la compréhension et le traite- cartilagineux. À ce stade, les cellules mésen-
ment des dysfonctions s’installant durant chymateuses localisées entre la partie crâ-
cette période. nienne du tube neural et l’intestin primitif
s’épaississent et s’organisent pour constituer
le basicrâne primordial.
Neurocrâne
Au début du 2e mois, l’arrangement des
Le neurocrâne humain se développe à partir cellules mésenchymateuses génère la meninx
du mésenchyme qui se condense autour des primitiva, ou méninge primaire. De ce tissu,

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
38 Ostéopathie pédiatrique

dérivent deux couches qui vont se différencier Lorsque le développement continue, le


en une couche interne, l’endoméninge (lep- chondrobasicrâne primitif s’étend vers l’avant,
toméninge), et une couche externe, l’ecto- dans la région de la future selle turcique,
méninge (pachyméninge). L’endoméninge autour de la glande pituitaire en développe-
donne l’arachnoïde et la pie-mère, alors que ment, pour former les cartilages polaires et
l’ectoméninge se différencie en une lame pro- hypophysaires. Ces derniers, en association
fonde pour la dure-mère, et en une lame avec les cartilages trabéculaires, participent à
superficielle pour le futur neurocrâne cartila- la formation du corps sphénoïdal primordial.
gineux et le futur neurocrâne membraneux. En même temps, de chaque côté, les cartilages
de l’orbitosphénoïde et de l’alisphénoïde se
développent. Ils deviennent plus tard, respec-
Chondrocrâne tivement, les petites et les grandes ailes du
À la fin du 2e mois, vers la 7e semaine, de sphénoïde.
nombreux centres de chondrification se déve- La chondrification continue sa progression
loppent dans le desmocrâne. Ils s’organisent vers l’avant, autour des placodes nasales, pour
en amas de tissu chondroïde ressemblant à former les capsules nasales, ébauches des
des plaques. Les premières plaques cartilagi- futurs labyrinthes ethmoïdaux et cornets
neuses qui apparaissent sont localisées en nasaux. La partie centrale génère le septum
avant de la notochorde, près de son extrémité nasal qui reste cartilagineux après la nais-
rostrale. Elles forment les plaques parachorda- sance, et joue un rôle important dans la crois-
les et prennent part dans le développement de sance faciale en tant que « matrice fonction-
la plaque basale, dans la zone du dos de la nelle » [1,2].
selle de l’os sphénoïde. La chondrification Vers la 5e semaine, les capsules otiques se
progresse dans la région occipitale pour for- développent bilatéralement autour des vési-
mer le cartilage occipital. Ce cartilage incor- cules auditives, ébauches des futurs canaux
pore les sclérotomes des somites occipitaux et semi-circulaires et cochlée. Elles vont fusion-
forme la future partie basilaire de l’occiput. En ner avec les cartilages parachordaux pour for-
raison de cette incorporation, le nerf acces- mer les futures parties pétreuse et mastoï-
soire (XI) et le nerf hypoglosse (XII), initiale- dienne de l’os temporal. Ce faisant, elles
ment extracrâniens, sont aussi incorporés. En entourent la veine jugulaire interne et les
même temps que cette progression, de chaque nerfs glossopharyngien (IX), vague (X) et
côté, les condensations mésenchymateuses accessoire (XI) ; ce hiatus deviendra le fora-
augmentent, engendrant les parties condy- men jugulaire.
liennes de l’occiput. Elles se développent en Environ à la 8e semaine de gestation, au
entourant le XII, et forment l’ébauche du niveau de la base crânienne, le chondrocrâne
canal de l’hypoglosse et la circonférence du a presque totalement remplacé le mésen-
foramen magnum (figure 2.1). chyme du desmocrâne [3]. Il forme une fon-
On retiendra que les nerfs ne traversent dation stable, une sorte de tuteur pour le cer-
pas les os. Plutôt, les nerfs et les structures veau. Les os occipital, sphénoïde, temporal,
vasculaires sont présents avant le début du frontal et ethmoïde, qui forment la base crâ-
développement squelettique, et le crâne car- nienne ou basicrâne, se développeront par
tilagineux primordial se développe en les ossification endochondrale. Cependant, à
entourant, tout en établissant un rapport l’exception de l’ethmoïde, tous ces os ont
étroit avec les tissus conjonctifs de leur péri- aussi des parties membraneuses qui ne pas-
nèvre (perineurium) et de leur adventice. De sent pas par la phase de chondrification. En
fait, il y a continuité entre les différents tissus effet, l’ethmoïde comme le cornet nasal infé-
du corps. rieur se développent complètement à partir
Croissance et développement de l’enfant 39

Branches des III, IV, V (ophtal.), VI

Figure 2.1. Développement du crâne. Vue supérieure du crâne d’un embryon humain
(40 mm). Os cartilagineux : A : capsule nasale ; B : orbitosphénoïde ; C : présphénoïde ; D :
postsphénoïde ; E : basiocciput ; F : capsule otique ; G : exocciput ; H : supraocciput ;
I : alisphénoïde ; J : cartilage de Meckel ; K : malléus ; L : styloïde ; M : hyoïde ; N : thyroïde ;
O : cricoïde ; P : aryténoïde. Os membraneux : 1 : frontal ; 2 : nasal ; 3 : écaille du temporal ;
4 : écaille de l’occipital ; 5 : pariétal ; 6 : maxillaire ; 7 : lacrymal ;
8 : zygomatique ; 9 : palatin ; 10 : vomer ; 11 : lame médiale du processus ptérygoïde :
12 : anneau tympanique ; 13 : mandibule. (Source : Gray’s Anatomy, Fig 3.137, p. 272.)

d’une ossification endochondrale [2]. En tion progressive du postsphénoïde autour de


comparaison, les os de la calvaria sont formés la selle turcique, du présphénoïde autour de la
principalement par ossification intramembra- zone du sillon chiasmatique (sulcus chiasma-
neuse (figures 2.1 et 2.2). tis), et en dernier de l’ethmoïde. L’ossification
se déroule constamment selon cette progres-
Ossification sion.
De nombreux centres d’ossification com-
Précisément à 12 semaines et 4 jours de gesta- posent la plupart des os du crâne. Certains
tion, l’ossification commence au niveau de auteurs ont identifié jusqu’à 110 centres
l’os occipital [4]. Elle progresse alors vers d’ossification dans le crâne embryonnaire [3].
l’avant dans la base crânienne, avec l’ossifica- La complexité de ce processus d’ossification
40 Ostéopathie pédiatrique

Figure 2.2. Développement du crâne. Vue latérale du crâne d’un embryon humain (80 mm).
Voir légende figure 2.1. (Source : Gray’s Anatomy, Fig 3.137, p. 272.)

repose en partie sur la multiplicité des termes le foramen magnum. Il y a un centre primaire
employés pour décrire ces centres. On retien- pour la partie basilaire antérieure de l’os occi-
dra que ces centres d’ossification se dévelop- pital ou basiocciput, un pour chacun des seg-
pent dans la trame du chondrocrâne et s’éta- ments pairs latéraux des exoccipitaux, et deux
lent vers la périphérie pour joindre leurs pour la partie inférieure de l’écaille. Ces diffé-
homologues. Ainsi, des relations intraosseuses rentes parties cartilagineuses n’ont pas
cartilagineuses s’organisent entre les divers fusionné à la naissance.
centres d’ossification qui, en fonction de l’os Le sphénoïde est une structure plus com-
considéré, peuvent être ou ne pas être totale- plexe, avec de multiples centres d’ossification
ment ossifiées à la naissance. qui s’unissent pour former les cinq unités
La partie cartilagineuse de l’os occipital habituellement décrites. Ce sont une struc-
dérive de cinq centres primaires d’ossification ture médiane, le corps du sphénoïde compre-
qui entourent la moelle épinière pour former nant les centres des pré- et postsphénoïde, et
Croissance et développement de l’enfant 41

deux structures paires, les petites ailes ou orbi- frontal, pariétaux, les parties squameuses des
tosphénoïdes et les grandes ailes ou alisphé- os temporaux et la partie supérieure de
noïdes. Le présphénoïde constitue le corps du l’écaille de l’occipital (supraoccipital). Les
sphénoïde en avant du tubercule de la selle et sutures qui séparent ces os sont la suture sagit-
du sillon chiasmatique. Le centre du posts- tale entre les os pariétaux, la suture métopi-
phénoïde s’ossifie autour de la selle turcique que entre les os frontaux, la suture coronale
pour former le dos de la selle et le corps du paire entre les deux frontaux et les deux parié-
sphénoïde en arrière du tubercule de la selle. taux, la suture lambdoïde paire entre les par-
Les présphénoïde et postsphénoïde s’unissent ties supraoccipitales et les pariétaux, et les
à la synchondrose intrasphénoïdale qui s’ossi- sutures squameuses entre les pariétaux, tem-
fie habituellement vers le 8e mois de gesta- poraux, et le sphénoïde. Le neurocrâne mem-
tion. braneux est sous l’influence du cerveau en
Le cartilage du mésethmoïde est la partie développement qui exerce un stimulus très
médiale de la base crânienne antérieure, for- significatif sur la croissance de la calvaria pen-
mée partiellement par le cartilage du présphé- dant la période fœtale. Le neurocrâne mem-
noïde. Il deviendra la lame perpendiculaire et braneux présente aussi un rapport très étroit
la crista galli de l’ethmoïde [4]. À la naissance, avec la dure-mère qui agit sur la régulation des
le mésethmoïde reste cartilagineux. Il joue un sites de croissance calvariale, dont une grande
rôle très significatif dans la morphogenèse partie s’effectue sur les bords des sutures [7].
faciale [5].
Vers la 17e semaine, l’ossification de la Viscérocrâne
condensation mésenchymateuse débute au
niveau des os temporaux, de leur partie squa- Plusieurs origines sont démontrées pour le
meuse et du processus zygomatique, et viscérocrâne, avec des interactions complexes
approximativement à la 21e semaine, la entre la migration des cellules de la crête neu-
cochlée et le canal semi-circulaire latéral attei- rale et le déplacement embryonnaire du tissu
gnent leur taille adulte [6]. Ils sont enfoncés associé à la neurulation, c’est-à-dire la forma-
dans la capsule otique cartilagineuse, où les tion de la plaque neurale et sa fermeture pour
centres d’ossification de la partie pétromastoï- constituer le tube neural [8,9]. De plus, pen-
dienne apparaissent pendant le 5e mois. La dant toute la croissance, il existe un rapport
partie tympanique des os temporaux se forme étroit entre le cerveau, les organes des sens et
aussi dans le mésenchyme. le développement du viscérocrâne. Les crêtes
Rappelons que la base crânienne du neuro- neurales proviennent de la partie dorsale du
crâne se développe à partir d’une double os- tube neural. Elles migrent et se différencient
sification endochondrale et intramembra- en différents types de cellules, comme les cel-
neuse. L’occiput, le sphénoïde et les os tem- lules sensitives des ganglions des nerfs crâ-
poraux démontrent les deux types d’ossifica- niens trijumeau (V), glossopharyngien (IX) et
tion pendant que l’ethmoïde et le cornet vague (X), et aussi une partie des méninges et
nasal dérivent entièrement de l’ossification du crâne.
endochondrale [3]. Au cours de leur migration, à partir de la
L’ossification du neurocrâne membraneux 4e semaine, les crêtes neurales forment plu-
donne la voûte crânienne ou calvaria. Les cen- sieurs proéminences ou bourgeons. De ce fait,
tres d’ossification du mésenchyme desmocrâ- les ébauches de la face sont constituées par un
nien se développent vers la périphérie, séparés bourgeon frontonasal médian, et par deux
par des tissus membraneux devenus sutures. structures paires dérivées du premier arc pha-
Le développement des centres d’ossification ryngien, les bourgeons maxillaires et mandi-
forme les os de la calvaria . Ce sont les os bulaires. Le bourgeon frontonasal se divise
42 Ostéopathie pédiatrique

Proéminence nasale médiale


Proéminence mésencéphalique

Narine primitive antérieure

Proéminence nasale latérale

Stomodéum

Proéminences maxillaires

Sillon naso-optique
Proéminences mandibulaires

5 semaines, 9 mm

Figures 2.3. Développement du viscérocrâne. Vues frontale et latérale à 5 semaines, 9 mm.


(Source : Gray’s Anatomy, Fig. 3.142, p. 278-279.)

plus tard, de chaque côté, en proéminence ment par le cerveau antérieur et caudalement
nasale médiale et proéminence nasale laté- par la proéminence cardiaque. Entre le stomo-
rale. Le bourgeon frontonasal façonne le déum et le thorax, la région mandibulaire et le
front, le milieu du nez, le philtrum de la lèvre cou se développent à partir de six paires d’arcs
supérieure et le palais primaire, pendant que pharyngiens. Le premier arc pharyngien est
la proéminence nasale latérale constitue les tout à fait différent des autres arcs. Il présente
côtés du nez (figures 2.3 à 2.6). une proéminence dorsale ou maxillaire et une
Après la plicature craniale, le stomodéum, proéminence ventrale ou mandibulaire. Une
ou future cavité orale, est délimité craniale- partie cartilagineuse, le cartilage de Meckel,
Croissance et développement de l’enfant 43

Fusion

Éminence auriculaire
6 semaines, 12 mm 7 semaines, 19 mm

Opercule

Sinus cervical

Crête épipéricardique Méat acoustique externe


Figures 2.4. Développement du viscérocrâne. Figures 2.5. Développement du viscérocrâne.
Vues frontale et latérale à 6 semaines, Vues frontale et latérale à 7 semaines,
12 mm. (Source : Gray’s Anatomy, 19 mm. (Source : Gray’s Anatomy,
Fig. 3.142, p. 278-279.) Fig. 3.142, p. 278-279.)

se développe bilatéralement dans les premiè- viennent des deuxièmes arcs. Le cartilage du
res paires des arcs pharyngiens ; le malléus et deuxième arc, ou cartilage de Reichert, engen-
l’incus pourraient en être dérivés [10]. Cepen- dre le stapès, le processus styloïde de l’os tem-
dant, c’est dans le mésenchyme des premiers poral, le ligament stylohyoïdien, la petite
arcs que l’ostéogenèse membraneuse de la corne et une partie du corps de l’os hyoïde.
mandibule et des maxillaires s’organise [9,11]. La migration médiale des proéminences
De chaque côté, les os zygomatiques, les par- maxillaires, et la fusion des deux côtés, forme
ties squameuses des os temporaux, l’anneau le toit de la cavité orale ou palais primaire. Elle
tympanique, les os lacrymaux et nasaux déri- résulte aussi dans la formation du philtrum de
vent aussi du mésenchyme du premier arc par la lèvre supérieure. Vers la 6e semaine de ges-
une ossification membraneuse. Les muscles tation, le palais secondaire apparaît. Il dérive
masticateurs dérivent également des premiers de la fusion sur la ligne médiane des processus
arcs, alors que les muscles de la mimique pro- palatins ou lames palatines développés à par-
44 Ostéopathie pédiatrique

trois premiers mois. En comparaison, à la


naissance, l’enfant mesure 50 cm, et 75 cm à
la fin de la première année ; à 4 ans, la taille de
l’enfant est normalement le double de celle de
la naissance.
À la naissance, la plupart des os n’ont pas
complété leur ossification et ils sont formés
d’une ou de plusieurs parties. Les dysfonc-
tions crâniennes somatiques peuvent déjà
être présentes, représentées par une fonction
altérée des structures crâniennes et des élé-
ments myofasciaux, vasculaires, lymphati-
Philtrum ques et neuraux qui leur sont rattachés.
8 semaines, 28 mm N’importe quelle contrainte crânienne pen-
dant la période fœtale ou traumatisme pen-
dant la naissance peut en être la cause (voir le
chapitre 4). Chacun des os du crâne peut être
impliqué, résultant en une dysfonction inte-
rosseuse ou articulaire. Les dysfonctions peu-
vent aussi être situées entre les différents
constituants d’un os, résultant alors en une
dysfonction intraosseuse.

Base crânienne
Les différentes articulations de la base crâ-
nienne sont nommées synchondroses. Par
définition, ce sont des articulations cartilagi-
Figures 2.6. Développement du viscérocrâne. neuses dans lesquelles deux os sont unis par
Vues frontale et latérale à 8 semaines, un fibrocartilage. En fait, l’union cartilagi-
28 mm. (Source : Gray’s Anatomy, neuse est un vestige du chondrocrâne. Dès
Fig. 3.142, p. 278-279.) lors, les os ne doivent pas être considérés
comme séparés par des fibrocartilages ; ils doi-
vent plutôt être envisagés comme les parties
tir des proéminences nasales latérales. Un
d’un continuum tissulaire formé par les
défaut de fusion des processus palatins résulte
méninges, les parties cartilagineuses, mem-
en fentes palatines et labiales. Pendant la for-
braneuses et osseuses des os.
mation du palais, les proéminences frontona-
sale et nasale médiale forment le septum Par leur moyen d’union cartilagineux, les
nasal, qui s’étendra vers le bas pour rejoindre synchondroses sont localisées dans la base
le palais [3]. crânienne. Elles peuvent être interosseuses,
entre deux os adjacents, ou intraosseuses,
entre les constituants d’un même os. À la
Développement postnatal naissance, les principales synchondroses
Normalement, la circonférence de la tête est sont :
de 35 cm à la naissance. Elle doit atteindre – la synchondrose sphéno-occipitale (syn-
47 cm à la fin de la première année, avec une chondrose sphénobasilaire [SSB]), entre le
croissance d’approximativement 6 cm les basisphénoïde et le basiocciput ;
Croissance et développement de l’enfant 45

– la synchondrose pétro-occipitale, entre la d’une partie supérieure qui se développe dans


partie pétreuse de l’os temporal et le basioc- le crâne membraneux. De fait, lors de l’accou-
ciput ; chement, lorsque la partie inférieure de l’occi-
– la synchondrose sphénopétreuse, entre le put est calée sous la symphyse pubienne, la
sphénoïde et la partie pétreuse de l’os tem- ligne nuchale supérieure peut servir de char-
poral ; nière autour de laquelle se déroule la
– la synchondrose sphéno-ethmoïdale, entre déflexion de la tête. Une dysfonction peut
le corps du sphénoïde et l’ethmoïde ; résulter entre les parties supérieure et infé-
– la synchondrose intraoccipitale postérieure, rieure de l’écaille de l’occipital. Par ailleurs,
entre l’écaille de l’occiput et l’exocciput ; dans les plagiocéphalies non synostotiques,
– la synchondrose intraoccipitale antérieure, les enfants présentent parfois un méplat pos-
entre l’exocciput et le basiocciput. térieur médian, qui est localisé au niveau de la
partie membraneuse de l’écaille de l’occipital,
Os occipital la partie la plus malléable.
À la naissance, l’occiput consiste en quatre Entre 2 et 4 ans, l’écaille de l’occiput s’unit
parties, le basiocciput, les deux exocciputs et de chaque côté aux exocciputs, au niveau des
l’écaille (figure 2.7). C’est toutefois à partir de synchondroses intraoccipitales postérieures.
cinq centres cartilagineux primaires que sont Les exocciputs et le basiocciput fusionnent
développées ces différentes parties, c’est-à- entre 7 et 10 ans au niveau des synchondroses
dire un pour le basiocciput, un pour chaque intraoccipitales antérieures [12]. En fait, à la
exocciput et deux pour la partie de l’écaille naissance, les condyles occipitaux sont sépa-
située en dessous de la ligne nuchale supé- rés en deux parties par la synchondrose
rieure. L’écaille de l’occipital est complétée intraoccipitale antérieure. À ce stade, les
condyles sont relativement plats ; ils ne pren-
dront une forme convexe que plus tard pen-
dant l’enfance. Ils sont particulièrement sen-
sibles aux traumatismes infantiles ; des
dysfonctions intraosseuses peuvent en résul-
ter qui affectent la forme des condyles et celle
Partie supérieure de l’écaille de l’occipital.
de l'écaille
Ligne d'union
entre les parties Os sphénoïde
supérieure
et inférieure À la naissance, neuf synchondroses sont iden-
de l'écaille
tifiées dans le sphénoïde ; la plupart sont dans
Partie inférieure
de l'écaille un état intermédiaire d’ossification [12]. De
fait, à cette période, le sphénoïde présente
Centre de Kerckring
trois parties principales : une partie centrale
formée par le corps et les petites ailes, et deux
Partie latérale parties latérales, chacune consistant en une
(Exocciput)
grande aile et un processus ptérygoïde (fi-
Partie basilaire gure 2.8). L’essentiel de la fusion entre les
(Basiocciput) différentes parties du sphénoïde se produit à
la fin de la première année. Les grandes ailes
Figure 2.7. Os occipital à la naissance. fusionnent avec le corps en entourant le nerf
(Source : Gray’s Anatomy, vidien et structurent ainsi le canal ptérygoï-
Fig. 6.167, p. 585.) dien.
46 Ostéopathie pédiatrique

Petites ailes cartilagineuse. Les parties squameuses et tym-


paniques sont d’origine membraneuse. Le
processus styloïde dérive de la partie cartilagi-
Grande Foramen
aile neuse du deuxième arc pharyngien. Les par-
rond
ties tympanique et squameuse se réunissent à
Foramen
ovale la suture squamotympanique, les parties
pétreuse et squameuse à la suture pétrosqua-
meuse, et les parties pétreuse et tympanique à
Lingula Os palatin, Hamulus de la lame
lame ptérygoïdienne médiale la suture pétrotympanique.
perpendiculaire
La suture squamotympanique se ferme
Figure 2.8. Os sphénoïde à la naissance. juste avant la naissance [10]. La suture pétros-
(Source : Gray’s Anatomy, quameuse peut s’ossifier après la naissance,
Fig. 6.172, p. 588.) bien que chez quelques personnes une fissure
reste présente jusqu’à 19 ans. La suture pétro-
tympanique s’ossifie avant la fin de la pre-
Postpartum, le sphénoïde subit des change- mière année. Les sutures pétrosquameuse et
ments significatifs. La surface dorsale du sphé- pétrotympanique participent à la constitu-
noïde suit le même modèle de croissance que tion de la fosse mandibulaire qui est le toit de
celui du neurocrâne. La plupart de cette crois- l’articulation temporomandibulaire (ATM). À
sance s’accomplit dans les dix premières la naissance, la fosse est peu profonde, et son
années de la vie. En revanche, la surface ven- tubercule articulaire absent. La fosse mandi-
trale du sphénoïde continue son développe- bulaire se creuse en même temps que se déve-
ment pendant la puberté, comme les os loppent les fonctions de succion-déglutition
faciaux dont elle forme la limite postérieure et plus tard de mastication. Toute dysfonction
[13]. Les lames médiales des processus pté- entre les parties pétreuses, squameuses et tym-
rygoïdes s’allongent et forment les limites panique peut affecter la fosse mandibulaire et
latérales du nasopharynx. Leur allongement donc, plus tard, la fonction de l’ATM.
est soumis aux tractions musculaires. Les Le tiers antérieur de la région mastoïdienne
muscles tenseurs du voile du palais stabilisent se développe à partir de la partie squameuse,
l’action des muscles ptérygoïdiens médiaux et les deux tiers postérieurs à partir de la partie
insérés pour leur plus grande partie dans les pétreuse. Le processus mastoïde est incomplè-
fosses ptérygoïdes et qui exercent une force tement formé à la naissance ; il se développe
descendante et latérale. Les muscles ptérygoï- à la fin de la première année. La traction
diens latéraux s’insèrent sur la face latérale de du muscle sternocléidomastoïdien lorsque
la lame latérale du processus ptérygoïde sur l’enfant commence à redresser la tête contri-
lesquelles ils exercent une force latérale. Les bue à ce développement. Les cellules aériques
actions de ces muscles structurent le processus mastoïdiennes sont très petites pendant
ptérygoïde. De ce fait, son développement est l’enfance ; elles ne se développent pas entière-
dépendant des activités orofaciales telles la ment avant la poussée de croissance de la
succion et plus tard la mastication. puberté. Leur rôle est prépondérant sur l’équi-
libration des pressions de l’oreille moyenne
Os temporaux et, de ce fait, leur développement est primor-
À la naissance, les os temporaux comportent dial. Les compressions occipitomastoïdiennes
chacun quatre parties : les parties squameuse, résultant en un hypodéveloppement de ces
pétreuse, tympanique, et le processus styloïde cellules, comme dans les plagiocéphalies, pré-
(figure 2.9). La partie pétreuse est d’origine disposent aux otites.
Croissance et développement de l’enfant 47

Partie Processus
squameuse zygomatique

Suture squamomastoïdienne

Fosse mandibulaire
Partie mastoïdienne

Tegmen tympani
Foramen stylomastoïdien
Anneau tympanique

Dépression Fenêtre vestibulaire


pour la partie tympanique
du processus styloïde

Figure 2.9. Os temporal à la naissance. (Source : Gray’s Anatomy, Fig. 178B, p. 593.)

Os ethmoïde du volume cérébral et les changements postu-


L’ethmoïde dérive de la capsule nasale cartila- raux. La croissance cérébrale est la plus impor-
gineuse et consiste en trois parties, la lame tante pendant la première année postnatale
perpendiculaire médiale et un labyrinthe de [16]. Cela entraîne des changements qui par-
chaque côté. À la naissance, les labyrinthes ticipent à la flexion de la base crânienne au
sont partiellement ossifiés. Pendant la pre- niveau des synchondroses sphénobasilaire,
mière année, un centre d’ossification apparaît intrasphénoïdale et sphéno-ethmoïdale, avec
pour la lame perpendiculaire et sa crista galli, une augmentation de l’activité chondrogéni-
dans la partie supérieure du septum nasal car- que dans la partie supérieure de ces synchon-
tilagineux [14]. La lame perpendiculaire s’unit droses. Cette activité chondrogénique semble
aux labyrinthes vers 6 ans [10]. être la plus active au niveau de la SSB [17]. En
La partie antéro-inférieure du cartilage du avant du neurocrâne, en réponse à la stimula-
septum nasal reste cartilagineuse et devient le tion de la croissance cérébrale, la croissance
cartilage septal, pendant que la partie postéro- de la synchondrose sphéno-ethmoïdale con-
inférieure forme le vomer. L’orientation du tribue secondairement au développement
vomer change entre la naissance et l’adoles- facial, et ce jusqu’à l’âge de 8 ans où le cerveau
cence. Par une croissance progressive vers a presque atteint sa taille adulte [18]. L’allon-
l’arrière, son bord supérieur couvre complète- gement de la partie antérieure de la base crâ-
ment la crête sphénoïdale inférieure pour nienne dû à la croissance de la synchondrose
atteindre la synchondrose sphénobasilaire sphéno-ethmoïdale est achevé en même
[15]. temps que celui des sutures sphénofrontale et
fronto-ethmoïdale.
Synchondroses Le basiocciput et le basisphénoïde s’articu-
La croissance de la base crânienne répond à lent au niveau de la SSB en formant le clivus.
diverses influences, comme l’augmentation L’ossification de la SSB peut commencer à
48 Ostéopathie pédiatrique

Os sphénoïde Os temporal
(Grande aile) (Partie pétreuse)
(Corps)
(Processus ptérygoïde) (Partie squameuse)
(Petite aile) Os pariétal
Os frontal
(partie squameuse)
(Partie orbitaire)

Os ethmoïde
(lame criblée)
(Partie labyrinthique) Os occipital
(Partie squameuse)
Os nasal
Os lacrymal (Partie latérale)
Maxillaire (Partie basilaire)
(processus frontal) Os palatin (Lame perpendiculaire)
(Processus alvéolaire) (Lame horizontale)
Cornet nasal
(Processus palatin) inférieur

Figure 2.10. Section sagittale de la base crânienne à la naissance.


(Source : Gray’s Anatomy, Fig. 4.16, p. 358.)

l’âge de 8 ans [12]. Cependant, pour la plu- Pendant les deux premières années de la
part des auteurs, la SSB commence à fusion- vie, la croissance de la base crânienne est asso-
ner juste après la puberté, et cette ossification ciée aux changements importants des structu-
se prolonge approximativement jusqu’à res adjacentes, tels le pharynx, le larynx et les
25 ans [10,17,19–21]. Par conséquent, c’est organes sensoriels. À la naissance, la base crâ-
probablement avant l’adolescence que le nienne est légèrement fléchie, mais la syn-
potentiel pour affecter la SSB par des procédu- chondrose sphéno-occipitale et le basion
res ostéopathiques crâniennes est le plus (point le plus antérieur du foramen magnum)
grand. sont alignés sur le même plan (figure 2.10). De
Sur les côtés, les synchondroses pétro- surcroît, chez le nouveau-né, la langue est
occipitales ne s’ossifient jamais, et les parties totalement contenue dans la cavité orale. Le
pétreuses des temporaux et le basiocciput res- larynx est situé dans une position haute, et
tent toute la vie séparés par un vestige cartila- l’épiglotte et le palais mou (voile du palais)
gineux du chondrocrâne [12,20]. Les sutures sont en contact pendant la déglutition et la
occipitomastoïdiennes entre l’écaille de l’os respiration [24]. Graduellement, le larynx des-
occipital et les deux parties mastoïdiennes des cend de cette position haute, entre C1 et C3,
os temporaux démontrent de grandes varia- pendant les 2 années et demie à 3 premières
tions dans leur comportement [20]. Le plus années de vie, vers une position plus basse, où
souvent, l’ossification commence lentement il est compris entre les bords supérieurs de C4
vers 30 ans, et s’arrête complètement vers et C7 chez l’adulte [25]. L’os hyoïde situé au
70 ans, bien que ces sutures soient incomplè- niveau de C1–C2 chez le nouveau-né est à
tement ossifiées [22,23]. En avant de la base hauteur de C3–C4 chez l’adulte (figures 2.11
crânienne, les sutures sphénofrontales com- et 2.12). Ces changements se déroulent en
mencent à s’ossifier vers 5 ans ; elles fusion- concomitance de la croissance de la colonne
nent vers 15 ans [12,20]. cervicale et de la traction du système aérodi-
Croissance et développement de l’enfant 49

Basiocciput
Os nasal

Muscle palatopharyngien

1re vertèbre cervicale

Dent de l'axis
Muscle génioglosse Muscle palatothyroïdien
Proéminence aryténoïdienne
Muscle géniohyoïdien Muscle aryténoïdien
Pli vocal
Muscle mylohyoïdien Muscle cricoaryténoïdien postérieur
Os hyoïde
Partie antérieure du muscle œsophagien
Muscle platysme Épiglotte
Cartilage thyroïde Muscle sternohyoïdien
Cartilage cricoïde

Figure 2.11. Section sagittale des régions orale et pharyngienne chez le nouveau-né.
(Source : Bosma J. Oral and pharyngeal development and function. J Dent Res 1963 ;
2 : 375-80. Fig. 1A : Anatomic studies of human infant at term birth.
1 : Sagittal section, p. 376.)

gestif. Lorsque le larynx descend, la partie Calvaria


postérieure de la langue est tirée vers l’arrière
et le bas, participant à la constitution de la Alors que les os de la base crânienne sont
paroi antérosupérieure du pharynx pour for- séparés par les espaces cartilagineux que sont
mer l’oropharynx. En même temps, le cons- les synchondroses, les os de la calvaria ou
tricteur supérieur du pharynx, qui s’insère sur voûte sont séparés par des espaces membra-
le tiers inférieur des bords postérieurs des neux ; ce sont les sutures. Carrefours entre
lames ptérygoïdiennes médiales et de leur plusieurs sutures de la voûte, les fontanelles
hamulus, participe par sa traction au dévelop- sont aussi des intervalles membraneux, non
pement inféropostérieur des processus pté- encore ossifiés et situés aux angles des parié-
rygoïdes. Cette différenciation pharyngienne taux. Il y a six fontanelles : deux sont médiales
se produit pendant les quatre premières et impaires, la fontanelle antérieure ou breg-
années de la vie. En fait, c’est un moment où matique et la fontanelle postérieure ou lamb-
toutes les fonctions de succion-déglutition, datique ; quatre sont latérales et paires, deux
mastication et phonation sollicitent les mus- de chaque côté, les fontanelles sphénoïdales
cles pharyngiens, linguaux et orofaciaux qui et mastoïdiennes (figure 2.13). Normalement,
sont ainsi des facteurs essentiels dans le déve- les fontanelles se ferment avec la croissance
loppement normal de la base crânienne. Réci- des os qui les entourent. Les fontanelles pos-
proquement, toute dysfonction de la base crâ- térieure et sphénoïdales sont généralement
nienne affecte ces fonctions et donc leur fermées vers l’âge de 6 mois, alors que les
développement. fontanelles antérieure et mastoïdiennes se fer-
50 Ostéopathie pédiatrique

Torus tubaire
Tonsille pharyngienne
Récessus pharyngien
Cavité nasale
Torus de l’élévateur
(repli soulevé par l’élévateur
du voile du palais)
Repli recouvrant
Arc palatoglosse le sphincter
(rebord de palatopharyngien
l’isthme du gosier) Pli salpingopharyngien
Tonsille palatine
Arc palatopharyngien
(repli soulevé par le muscle
palatopharyngien)
Langue
Ouverture du larynx
Tonsilles linguales
Vallécule

Nasopharynx
Oropharynx
Laryngopharynx Œsophage
Trachée

Figure 2.12. Section sagittale des régions orale et pharyngienne chez l’adulte.
(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.192 A, p. 987.)

ment dans la deuxième année [10]. Au niveau l’ossification de ces sutures est complète entre
des sutures sagittale et métopique, quelques 35 et 47 ans [22,23]. En fait, la fusion suturale
fontanelles accessoires peuvent être présentes. peut survenir sur une longue période qui varie
Parfois, à l’inverse, des centres d’ossification d’un individu à l’autre. Diverses méthodes
surnuméraires se développent dans les su- d’évaluation sont aussi utilisées, ce qui peut
tures. expliquer les différences entre auteurs. Un
Aussi longtemps qu’elles restent non ossi- exemple extrême peut illustrer ces différences.
fiées, les sutures de la voûte crânienne, comme En scanographie, la suture sphénosquameuse
les synchondroses, représentent des sites est décrite par certains comme commençant à
majeurs de la croissance osseuse. En revanche, fusionner entre 2 et 6 ans [12,20], alors que
une fusion prématurée des sutures empêche la l’examen de spécimens osseux identifie l’âge
formation d’os à cet endroit, comme c’est le cas de début de fusion à 40 ans, avec rarement la
pour les craniosynostoses, avec dysmorphose présence d’une fusion complète [22,23]. Théo-
craniofaciale [7]. Le plus souvent, l’oblitération riquement, la fusion d’une suture ne signifie
des sutures de la voûte crânienne commence pas que les procédures ostéopathiques crânien-
entre 20 et 40 ans, tout d’abord sur la face nes ne puissent être employées pour affecter la
endocrânienne, et 10 ans plus tard sur la face compliance osseuse. Bien sûr, le concept crâ-
exocrânienne. La fusion démarre ordinaire- nien ne saurait être réduit à des mobilisations
ment dans la partie postérieure de la suture articulaires, mais de toute évidence, le poten-
sagittale vers 22 ans, puis dans les sutures coro- tiel le plus grand pour les meilleurs résultats est
nale et lambdoïde à 25 ans. Habituellement, au plus jeune âge possible.
Croissance et développement de l’enfant 51

Fontanelle antérieure
ou bregmatique

Fontanelle postérieure
ou lambdatique

A
Fontanelle antérieure
ou bregmatique
Fontanelle sphénoïdale

Fontanelle postérieure
ou lambdatique

B Fontanelle mastoïdienne

Figure 2.13. Fontanelles. A. Vue supérieure. B. Vue latérale.


52 Ostéopathie pédiatrique

Comme pour les os de la base crânienne, la sance et la 7e année, le neurocrâne grandit


morphogenèse des os de la calvaria est le rapidement, et la plupart de sa croissance est
résultat de forces intracrâniennes et extracrâ- alors effectuée. À cet âge, le foramen magnum
niennes. Les forces internes exercées par le et les parties pétreuses des os temporaux ont
cerveau en croissance sont équilibrées par les atteint leur taille maximale. Vers 5 ans, la
forces musculaires externes. Ces forces exter- croissance du cerveau est presque terminée,
nes proviennent des muscles qui s’insèrent alors que la face n’a seulement atteint que la
sur le crâne, en particulier les muscles postu- moitié de sa taille adulte [5]. Une deuxième
raux en arrière et les muscles du système aéro- phase de croissance démarre à la puberté, et
digestif en avant. Modulant les influences implique principalement le viscérocrâne qui
musculaires, les membranes durales de ten- continuera de grandir au-delà de l’adoles-
sion réciproque maintiennent l’équilibre cence, jusque dans la vie adulte. L’éruption
entre les parties antérieures et postérieures du des dents déciduales et plus tard des dents
crâne. Toute dysfonction dans les membranes permanentes, ainsi que la pneumatisation des
durales, les muscles posturaux ou les muscles sinus paranasaux contribuent à un agrandis-
du système aérodigestif résulte, cependant, en sement conséquent de la face et des mâchoi-
un déséquilibre de la croissance crânienne. res (figure 2.14).
Normalement, lors de l’acquisition de la Typiquement, la morphogenèse du viscéro-
position debout, plusieurs caractéristiques crâ- crâne s’étale sur une longue période se pro-
niennes associées à l’hominisation apparais- longeant jusqu’à la 3e décennie de vie. Les os
sent. Pendant que la base crânienne subit une du viscérocrâne subissent un mécanisme de
flexion, la voûte crânienne augmente de vo- croissance par apposition, résultat de l’addi-
lume, les bosses frontales et pariétales devien- tion de nouvelles couches, et résorption de
nent plus proéminentes, et le diamètre biparié- l’os précédemment produit. Bien que, dans le
tal augmente. En même temps, les os frontaux neurocrâne, une partie des sutures fusionne,
se verticalisent et l’écaille de l’os occipital se dans le viscérocrâne, typiquement, une union
développe postérieurement [26]. fibreuse persiste entre les os de la face jusqu’à
la 7e ou 8e décennie de vie [7]. Dès lors, la
morphogenèse faciale est sous la double
Viscérocrâne
influence de facteurs génétiques et épigénéti-
À la naissance, le crâne est beaucoup plus ques tels la succion, la déglutition, la mastica-
grand proportionnellement que les autres par- tion, la respiration nasale et le langage. Les
ties du squelette, et dans la tête, le neurocrâne facteurs épigénétiques et les forces qui leur
est beaucoup plus grand que le viscérocrâne. Il sont associées modulent l’héritage génétique,
égale les 7/8e du volume crânien total, en et de cette façon la croissance osseuse et car-
comparaison à la moitié du volume chez tilagineuse. Les forces en cause régulent
l’adulte. En fait, les maxillaires et la mandi- l’expression, les prolifération, différenciation,
bule n’ont pas fini leur croissance, les dents maturation, et synthèse cellulaires, avec
ne sont pas encore sorties, et les cavités nasa- comme résultat la croissance et le développe-
les et sinus paranasaux sont encore immatu- ment [27].
res, ce qui explique la petite taille de la face La croissance faciale est associée à la crois-
chez le bébé. L’ouverture nasale antérieure sance orbitaire et maxillaire. Les os de la
infantile est très légèrement au-dessous du cavité orbitaire, les os frontaux, lacrymaux,
niveau du plancher orbitaire. palatins, zygomatiques, maxillaires et sphé-
Il y a une grande différence dans le rythme noïde se développent dans la membrane et
de la croissance du neurocrâne comparative- sont très réactifs à n’importe quelle force qui
ment à celui du viscérocrâne. Entre la nais- peut stimuler leur croissance. Ainsi, la crois-
Croissance et développement de l’enfant 53

Figure 2.14. Développement du viscérocrâne. La croissance du neurocrâne


et celle du viscérocrâne suivent des rythmes différents.
(Source : Gray’s Anatomy, Fig. 4.28 A, B, p. 372.)

sance de la cavité orbitaire est le résultat glo- différencie en une partie centrale, le méseth-
bal de l’augmentation de volume du bulbe moïde, dont l’ossification et la croissance
oculaire, et de l’activité des muscles extraocu- commencent dans la première année et
laires associée aux mouvements oculaires. durent au moins jusqu’à la fin de l’adoles-
Chez le nouveau-né, les bulbes oculaires de cence, et deux parties latérales, les ectethmoï-
grande taille se projettent au-delà du bord des. Toutes ces structures cartilagineuses sont
orbitaire, et la hauteur de l’orbite représente réunies par l’aponévrose faciale et les tissus
55 % de sa taille adulte. À 3 ans, elle est de mous de la face. Le mésethmoïde forme le
79 %, et à 7 ans, d’environ 94 %, bien que la septum nasal et agit comme une « matrice
hauteur de la face ne représente que 80 % de fonctionnelle » poussant et positionnant la
sa taille définitive [1]. partie inférieure des frontaux, les os nasaux,
Les changements morphologiques de et les prémaxillaires [1,2,5]. Par conséquent,
l’orbite sont associés à la modification du les traumatismes du nez, fréquents pendant
foramen optique. Il évolue d’un foramen à un l’accouchement et les activités normales de
canal d’environ 4 mm de long, pendant la l’enfance, peuvent résulter en une dysfonc-
première année, et d’une position horizontale tion, qui pourra affecter ultérieurement le
à une inclinaison d’environ 15 à 20° vers développement et la croissance du viscéro-
l’avant avant la cinquième année [28]. Ces crâne ainsi que la dentition.
changements vont de pair avec les change- Par suite de la propulsion du mésethmoïde
ments structuraux des ailes du sphénoïde et et du développement orbitaire, le complexe
ceux de la croissance de la base crânienne. maxillaire est déplacé vers le bas et vers
Parmi les facteurs qui influencent la mor- l’avant. Simultanément, sa dimension trans-
phogenèse faciale, le développement des cap- versale augmente, en partie à cause de la
sules nasales cartilagineuses est prépondérant. croissance survenant au niveau des sutures
Les forces multidirectionnelles que ces capsu- internasales, frontomaxillaires, zygomatico-
les exercent sont considérées comme ayant le maxillaires, ptérygopalatines, et surtout de la
même effet sur le viscérocrâne que celui de la suture palatine médiale. L’expansion des pro-
croissance cérébrale sur le neurocrâne [5]. Les cessus ptérygoïdes vers le dehors et le bas
capsules nasales forment le chondro-eth- contribue aussi à cet élargissement. Par
moïde, véritable squelette facial des deux pre- ailleurs, la dimension sagittale augmente par
mières années de vie. Le chondro-ethmoïde se la croissance osseuse au niveau de la suture
54 Ostéopathie pédiatrique

palatine transversale, entre les lames palatines maxillaires, des processus ptérygoïdes et des
des maxillaires et les lames horizontales des muscles adjacents. Chez le nouveau-né, sa
palatins, et par la croissance survenant au longueur est la moitié de celle de l’adulte et,
bord postérieur des os palatins. L’augmenta- vers 7 ans, elle a atteint 97 % de sa longueur
tion de la dimension sagittale des maxillaires définitive. À la naissance, la trompe auditive
correspond aussi à l’expansion du nasopha- est presque horizontale, alors que chez
rynx [28]. Les sutures palatines ne sont jamais l’adulte elle est oblique vers l’avant et le
totalement fusionnées avant la troisième dedans en direction du nasopharynx.
décennie [29].
Développement psychomoteur
Sinus paranasaux
De grandes différences existent dans le Du fait des multiples facteurs qui contribuent
rythme auquel se développent les sinus para- au développement moteur de l’enfant ou
nasaux. Les sinus maxillaire et sphénoïdal se interfèrent avec lui, de multiples théories ont
développent les premiers, au 4e mois de gesta- été proposées. Une première théorie est fon-
tion. Vers le 6e mois, ils sont suivis des sinus dée sur la maturation progressive du système
frontaux et ethmoïdaux. nerveux central et l’existence de modèles
À la naissance, les sinus paranasaux sont préétablis qui règlent le développement de
tout petits. Le sinus maxillaire mesure envi- l’enfant. Dans les théories écologiques,
ron 7 mm de long sur 4 mm de large, et les l’accent est mis sur les divers facteurs qui
cellules ethmoïdales, 2 à 5 mm [30]. Ces der- modulent l’héritage génétique comme l’envi-
nières atteignent leur taille adulte entre 12 et ronnement intra-utérin ou familial. Enfin,
13 ans. La forme pyramidale des sinus maxil- plus récemment, on accepte l’existence à la
laires se dessine entre 5 et 8 ans, et leur taille naissance d’une myriade de réseaux neuro-
adulte vers 15 ans. Les sinus sphénoïdaux naux modulables par migration, division et
commencent leur pneumatisation vers 5 ans mort cellulaire, choisis par tâtonnement et
[31]. Vers l’âge de 6 ans, le développement des renforcement des expériences les plus positi-
sinus frontaux permet de les observer radiolo- ves [33].
giquement. À cet âge, la croissance cérébrale Pendant la vie embryonnaire, le dévelop-
ralentit, et la table interne de l’os frontal se pement du système musculosquelettique
stabilise. En revanche, la table externe conti- inaugure des actions qui apparaissent dès la
nue d’être sollicitée vers l’avant par la crois- 7e semaine de gestation comme de simples
sance nasomaxillaire, ce qui agrandit l’espace mouvements d’extrémités ou d’extension du
sinusal entre les deux tables du frontal. cou [10]. Ces mouvements simples, le plus
Normalement, les sinus paranasaux conti- souvent des torsions et des étirements, peu-
nuent leur développement jusqu’à l’adoles- vent aussi impliquer le reste du corps. Ils sti-
cence et parfois au-delà. Les forces masticatri- mulent la croissance et la souplesse de la peau,
ces combinées avec l’action des hormones de tout en participant à l’organisation neurophy-
croissance semblent stimuler ce processus siologique et au développement du système
[32]. Inversement, les dysfonctions somati- musculosquelettique. Deux semaines plus
ques de la base crânienne, ou des os du viscé- tard, le fœtus démontre des mouvements
rocrâne peuvent affecter le développement d’un seul bras ; c’est le premier signe de laté-
sinusal. Ajoutons les dysfonctions posturales ralité [34,35]. Dans les semaines suivantes, des
et vertébrales qui affectent les fonctions oro- mouvements de mâchoire avec déglutition
faciales et indirectement les sinus paranasaux. rythmique sont visibles dès la 11e semaine, et
La trompe auditive subit aussi de grands des mouvements de langue après 14 semai-
changements corrélés avec la croissance des nes. Typiquement, lorsque le fœtus approche
Croissance et développement de l’enfant 55

la main des lèvres, un réflexe de succion du


pouce apparaît [36]. De plus, entre 15 semai-
nes et le terme, l’échographie montre une
préférence fœtale pour sucer le pouce droit
dans environ 90 % des cas [37], et cette préfé-
rence est corrélée avec la latéralité postnatale
[38]. Entre 12 et 16 semaines, on peut obser-
ver des mouvements plus complexes, avec
l’action combinée des membres, du tronc et
de la tête, et vers la 20e semaine des mouve-
ments bilatéraux comme l’extension des jam-
bes, la flexion des bras, les deux mains bien
souvent placées près de la face. Normalement,
les mouvements de flexion et d’extension
sont plus fréquents entre 28 et 31 semaines, Figure 2.15. Position de sommeil
alors que les mouvements de rotation du en décubitus. La tête est souvent
tronc le sont vers les 40e et 41e semaines [39]. tournée vers la droite.
Typiquement, à la naissance, un nouveau-né
a développé un comportement moteur suffi-
samment élaboré pour survivre, avec la capa-
38 semaines de gestation [44], comme plus
cité de sucer, de têter ou d’avaler, et des
tard chez le nouveau-né placé en décubitus
réflexes protecteurs comme cligner des yeux
dorsal, qui a tendance à tourner la tête vers la
ou tousser.
droite et à utiliser la main droite dans les
Tous les mouvements fœtaux, activités oro- tâches visuellement dirigées à 19 semaines
faciales ou autres, sont essentiels pour le déve- (figure 2.15) [45]. D’autres facteurs comme les
loppement de réseaux dans le système ner- dysfonctions somatiques lombosacrales ma-
veux. Cependant, des facteurs environne- ternelles peuvent entraver le positionnement
mentaux peuvent entraver cette maturation. du fœtus et sa capacité de se déplacer. Par
L’amplitude et la vélocité des mouvements exemple, une torsion sacrale gauche chez la
fœtaux peuvent être altérées par des contrain- mère affecte le diamètre oblique gauche du
tes intra-utérines [40], et les viscères mater- détroit supérieur pelvien, diamètre qui relie
nels comme le foie [41], le rectum ou la vessie l’articulation sacro-iliaque droite maternelle à
[42] peuvent influencer la position fœtale. l’éminence iliopectinée hétérolatérale. En
D’habitude, le fœtus est dans une position conséquence, un ajustement de la position
jambes croisées et dans une présentation du fœtale est nécessaire, ce qui implique une asy-
sommet, le plus souvent en occipito-iliaque métrie.
gauche antérieur (OIGA). Typiquement, il
repose sur le côté gauche maternel, avec le dos À noter
placé à gauche de la mère et la tête contre le
pelvis [43]. De ce fait, la plus grande stimula- Le diamètre oblique du détroit supérieur
tion de l’utricule gauche résultant de l’asymé- pelvien ne doit pas être confondu avec
trie fœtale prédispose à une asymétrie du l’axe oblique sacral.
développement neurologique de l’oreille et
du labyrinthe, et à une prédominance otoli- Après la naissance, les activités motrices de
thique gauche à la naissance [42]. La présenta- l’enfant participent au développement du
tion du sommet OIGA est aussi associée à une tonus musculaire. Normalement, les premiers
préférence pour la rotation droite de la tête à jours, les extrémités inférieures et supérieures
56 Ostéopathie pédiatrique

sont fléchies ; les amplitudes de mouvement schémas dysfonctionnels, dans les périodes
doivent cependant être symétriques. Les initiales du développement. La charnière cra-
extrémités sont capables d’extension entre 3 niocervicale, la colonne thoracique supé-
et 5 mois. En même temps, la musculature rieure et le bassin doivent être examinés avec
axiale se développe ; elle permet l’acquisition soin. Dès les premiers jours, un enfant doit
progressive d’une posture verticale stable de la pouvoir accepter une rotation de tête des
tête et du tronc contre les forces de la gravité. deux côtés et une asymétrie doit être considé-
Pour acquérir le tonus axial nécessaire pour rée comme une anomalie. Quand il y a une
ensuite s’asseoir, se tenir debout et marcher, préférence, habituellement du côté droit [49],
l’enfant doit être stimulé. elle doit disparaître vers 12 semaines [50]. Une
asymétrie dans la rotation de la tête prédis-
La campagne inaugurée en 1992 par l’Ame-
pose aux plagiocéphalies, associées au déve-
rican Academy of Pediatrics (AAP) recom-
loppement de dysfonctions musculosqueletti-
mande que « les nouveau-nés en bonne santé
ques [51], de scoliose [52], et de retard psycho-
soient placés sur le côté ou sur le dos pour
moteur [47].
dormir », afin d’empêcher le syndrome de
mort subite du nourrisson [46]. Toutefois, La période des 3 mois est une période de
lorsqu’un enfant est placé en décubitus dor- transition neurologique majeure où la qualité
sal, la partie supérieure du tronc, les muscles des mouvements a une valeur prédictive pour
des membres supérieurs et de la ceinture sca- le développement [53]. Habituellement, à ce
pulaire sont moins stimulés. De ce fait, depuis moment-là, l’enfant peut tenir la tête en équi-
cette campagne, des retards de développe- libre et il fait de plus en plus souvent face à
ment psychomoteur sont observés, en parti- des situations où il doit contrôler et stabiliser
culier dans l’acquisition du passage de la posi- la tête comme le corps contre les forces de la
tion à plat ventre à la position sur le dos, et gravité. De ce fait, des ajustements posturaux
dans l’acquisition de la position assise en tri- se mettent en place, régulés par les informa-
pode, du ramper, de la marche à quatre pattes, tions visuelles, vestibulaires et somatosensiti-
et dans la capacité de tirer pour se tenir ves. La vision est essentielle au développe-
debout [47]. Le choix de la position de som- ment moteur. Elle fournit des informations
meil est aussi associé à l’acquisition de la mar- primordiales aux systèmes vestibulaire et pro-
che ; les enfants qui dorment en procubitus prioceptif, et au développement des fonctions
ont tendance à marcher 1 mois et demi plus cérébelleuses. Cette importance est confirmée
tôt que les autres [48]. On retiendra cepen- par l’observation d’enfants aveugles, où la
dant les recommandations actuelles concer- coordination visuomotrice initiale, comme la
nant la position décubitus pour le sommeil, coordination œil–tête présente dans les pre-
tout en encourageant les jeux sous sur- mières semaines de vie, disparaît après plu-
veillance en procubitus, pour produire la sti- sieurs semaines ; de plus, ces enfants présen-
mulation axiale nécessaire. En fait, le dévelop- tent des retards développementaux, en
pement moteur et les capacités intellectuelles particulier dans l’acquisition spontanée des
de l’enfant s’améliorent lorsqu’il peut explo- postures et de la locomotion [54].
rer l’environnement. La répétition des mou- Pratiquement, la stabilisation de la tête et
vements et des activités fournit des informa- du tronc et le contrôle postural sont sollicités
tions sensorielles visuelles, vestibulaires et dans chaque activité motrice. Normalement,
somatosensitives indispensables au dévelop- dans la petite enfance, la fréquence d’activa-
pement psychomoteur et postural. Dès lors, tion des muscles dorsaux est plus importante
les dysfonctions somatiques devraient être que celle des muscles ventraux, et les latences
recherchées et traitées le plus tôt possible, afin du début d’activation plus brèves pour les
d’éviter l’intégration sensitive et motrice de muscles dorsaux du tronc et des jambes que
Croissance et développement de l’enfant 57

pour les muscles ventraux [55]. Les synergies postural satisfaisant, les normalisations
posturales se développent rapidement dans devraient être effectuées le plus précocement
les muscles du tronc, où l’oscillation du corps possible. Cela peut aussi présenter des effets
vers l’avant résulte en une synergie des mus- cognitifs supplémentaires, puisqu’un déve-
cles dorsaux extenseurs, et l’oscillation du loppement rapide durant la première année
corps vers l’arrière, en une synergie des mus- de vie est corrélé avec une plus grande proba-
cles ventraux fléchisseurs [56]. bilité d’acquérir une éducation supérieure
ultérieurement [58].
Habituellement, avant de pouvoir s’asseoir
tout seul, le plus souvent entre 6 et 12 mois, Les capacités d’interaction avec l’entourage
un enfant peut tenir assis avec un appui des et le développement du langage se dévelop-
bras à 3 ou 4 mois et sans appui vers 5 ou pent en même temps que l’acquisition des
6 mois, tout en contrôlant les transferts de compétences motrices grossières et fines. À
poids associés aux rotations de la tête et du 3 mois, quand un enfant est assis, la tête
tronc, et sans asymétrie posturale significa- immobile, il peut aussi joindre les mains, les
tive. La plupart du temps, l’enfant rampe sur observe, commence à imiter des sons et
le ventre entre 6 et 8 mois avant de marcher à engage des jeux cognitifs. À 6 mois, assis sans
quatre pattes. Ainsi, quand l’enfant marche à soutien, il prononce des syllabes, et à 9 mois,
quatre pattes vers 9 ou 10 mois, il est aussi quand il commence à tirer sur ce qui l’entoure
capable de prendre la position assise et d’en pour se tenir debout, il combine des syllabes
changer. Cette étape développementale est et réalise une pince entre le pouce et les
primordiale, et nécessite une fonction satisfai- doigts.
sante des structures pelviennes, vertébrales et Classiquement, dans l’étude du développe-
appendiculaires. Tout retard ou défaut dans ment de la petite enfance, « naturel » et
l’acquisition du ramper ou de la marche à « acquis » sont toujours source de débat. Des
quatre pattes peut être associé à une dysfonc- indications neurophysiologiques montrent
tion somatique de l’articulation coxofémo- cependant que le contrôle postural peut être
rale, de l’os iliaque, de la colonne thoracique, amélioré par l’entraînement quotidien. Par le
lombale ou sacrale. L’observation attentive de jeu d’essais et d’erreurs, le renforcement des
l’enfant dans ses activités permet de préciser réponses les plus positives permet à l’enfant
la ou les zones dysfonctionnelles. Parfois, cer- de sélectionner les meilleures connexions
tains enfants restent assis par terre, et se parmi les multiples réseaux neuronaux d’un
déplacent en avançant sur les deux fesses ; répertoire génétiquement prédéterminé [59].
d’autres essaient de marcher à quatre pattes L’entraînement à un « moment opportun »
avec une jambe fléchie, toujours la même, affecte le développement des schémas
pendant que l’autre jambe reste dans une moteurs impliqués dans le contrôle postural,
position plus ou moins étendue sans flexion et par le biais d’interactions multisensorielles,
alternée avec l’autre côté. Dans ce dernier module les divers systèmes sensoriels.
exemple, une dysfonction somatique de l’os Se tenir debout est un accomplissement
iliaque en rotation externe (antérieure) est majeur dans une vie d’enfant. Cela arrive pro-
très souvent présente, responsable de la res- gressivement, commence vers 9 à 10 mois,
triction de flexion de jambe. En fait, toutes les avec des oscillations significatives du corps
dysfonctions doivent être normalisées, car par suite de l’instabilité posturale. La colonne
ramper et marcher à quatre pattes est une vertébrale réagit à cette nouvelle posture par
expérience primaire d’importance suprême le développement d’une lordose lombale et
dans le développement des systèmes senso- d’une protrusion abdominale. Les enfants
riels et des acquisitions motrices [57]. Pour évoluent de l’instabilité posturale au contrôle
optimiser les chances d’un développement de l’équilibre par maturation du système ner-
58 Ostéopathie pédiatrique

veux, quand la stabilité de la tête et le déve- les premiers mois de vie, tout ce qui interfère
loppement de la coordination apparaissent, avec un mouvement de tête symétrique, ou la
modulés par les indications sensorielles capacité de s’asseoir ou de ramper, peut ralen-
visuelles, vestibulaires et proprioceptives. Puis tir le développement de fonctions motrices
la marche, à son tour, enrichit l’intégration qui sont, à leur tour, nécessaires pour des
sensorielle [60]. De cette façon, à 18 mois, la acquisitions motrices et cognitives ultérieu-
plupart des enfants marchent sans assistance, res. De plus, lorsque l’enfant grandit et que se
deviennent plus autonomes, avec la possibi- développe la conscience du soi, les gênes
lité de s’approcher ou de s’éloigner des gens fonctionnelles peuvent encourager des senti-
qui les entourent. La coordination pendant la ments d’infériorité. Aussi, les dysfonctions
marche s’améliore considérablement pendant somatiques, qui sont réversibles et répondent
les premiers mois de cette expérience, avec facilement aux procédures ostéopathiques
une augmentation de la longueur du pas et de correctement appliquées, doivent être identi-
sa fréquence, et une diminution des mouve- fiées et traitées le plus tôt possible.
ments oscillatoires de la tête et du tronc. En
présence d’un développement moteur nor-
Références
mal, l’enfant doit démontrer la capacité de
garder l’équilibre dans une position statique 1 Scott JH. The growth of human face. Proc Roy Soc
immobile. À 18 mois, il marche rapidement et Med 1954 ; 47 (2) : 91-100.
monte les escaliers tenu par une main. À 2 Sperber GH. The cranial base. In Sperber GH : Cra-
24 mois, il court, monte et descend les esca- niofacial embryology. Chicago : Year Book Medi-
cal ; 1976. p. 78-87.
liers tout seul, et à 36 mois, il alterne les pieds
3 Ricciardelli EJ. Embryology and anatomy of the
en montant les escaliers, peut sauter d’une cranial base. Clin Plast Surg 1995 ; 22 (3) : 361-72.
marche, marcher sur la pointe des pieds ou 4 Nemzek WR, Brodie HA, Hecht ST, Chong BW,
sauter à cloche-pied deux ou trois fois. Le Babcook CJ, Seibert JA. MR, CT, and plain film
système sophistiqué de la stabilité en position imaging of the developing skull base in fetal speci-
debout atteint des niveaux adultes vers 7 ou mens. Am J Neuroradiol 2000 ; 21 (9) : 1699-706.
8 ans [61]. 5 Couly G. Le mésethmoïde cartilagineux humain.
Son rôle morphogénétique sur la face humaine en
La dominance latérale apparaît générale- croissance. Applications. Rev Stomatol Chir
ment entre 6 et 12 mois au niveau de la main, Maxillofac 1980 ; 8 : 135-51.
comme au niveau du pied et de l’œil. La com- 6 Nemzek WR, Brodie HA, Chong BW, Babcook CJ,
préhension des mots apparaît entre 8 et Hecht ST, Salamat S, et al. Imaging findings of the
10 mois et plus tard, entre 10 et 17 mois, developing temporal bone in fetal specimens. Am J
l’enfant répète les mots. Pendant la 2e année, Neuroradiol 1996 ; 17 (8) : 1467-77.
la compréhension des mots, leur production 7 Opperman LA. Cranial sutures as intramembra-
nous bone growth sites. Dev Dyn 2000 ; 219 (4) :
et la connaissance grammaticale s’améliorent
472-85.
formidablement. L’enfant commence à com-
8 Couly GF, Coltey PM, Le Douarin NM. The triple
biner deux mots entre 20 et 24 mois. L’usage origin of skull in higher vertebrates : a study in
du « je » apparaît à ce moment-là, et les signes quail-chick chimeras. Development 1992, 117 :
d’une conscience réflexive plus élaborée entre 409-29.
30 et 36 mois [62]. Vers 3 ans, un enfant peut 9 Helms JA, Cordero D, Tapadia MD. New insights
se dessiner et connaît les différentes parties de into craniofacial morphogenesis. Development
son corps. 2005 ; 132 (5) : 851-61.
10 Williams PL, ed. Gray’s Anatomy. 38th ed.
Cette progression du développement mus- Edinburgh : Churchill Livingstone ; 1995.
culosquelettique et cognitif, fondée sur un jeu 11 Delaire J. Le rôle du condyle dans la croissance de
d’essais et d’erreurs, peut être perturbée par la mâchoire inférieure et dans l’équilibre de la face.
des dysfonctions musculosquelettiques. Dans Rev Stomatol Chir Maxillofac 1990 ; 91 : 179-92.
Croissance et développement de l’enfant 59

12 Madeline LA, Elster AD. Suture closure in the 27 Mao JJ, Nah HD. Growth and development : here-
human chondrocranium : CT assessment. Radio- ditary and mechanical modulations. Am J Orthod
logy 1995 ; 196 (3) : 747-56. Dentofacial Orthop 2004 ; 125 (6) : 676-89.
13 Nakamura S, Savara BS, Thomas DR. Norms of size 28 Moss ML, Greenberg SN. Post-natal growth of the
and annual increments of the sphenoid bone from human skull base. Angle Orthodontist 1955 ; 25 :
four to sixteen years. Angle Orthod 1972 ; 42 (1) : 77-84.
35-43. 29 Persson M, Thilander B. Palatal suture closure in
14 Scott JH. The cranial base. Am J Phys Anthropol man from 15 to 35 years of age. Am J Orthod 1977 ;
1958 ; 16 (3) : 319-48. 72 (1) : 42-52.
15 Takagi Y. Human postnatal growth of vomer in 30 Gruber DP, Brockmeyer D. Pediatric skull base sur-
relation to base of cranium. Ann Otol Rhinol gery. 1. Embryology and developmental anatomy.
Laryngol 1964 ; 73 : 238-41. Pediatr Neurosurg 2003 ; 38 (1) : 2-8.
16 Bosma JF, ed. Symposium on development of the 31 American Academy of Pediatrics. Subcommittee on
basicranium. Bethesda Maryland : US Department Management of Sinusitis and Committee on Qua-
of Health, Education, and Welfare (DHEW publica- lity Improvement. Clinical practice guideline :
tion [NIH] 76-989) ; 1976. management of sinusitis. Pediatrics 2001 ; 108 (3) :
17 Melsen B. Time of closure of the spheno-occipital 798-808.
synchondrosis determined on dry skulls. A radio- 32 McLaughlin RB Jr, Rehl RM, Lanza DC. Clinically
graphic craniometric study. Acta Odontol Scand relevant frontal sinus anatomy and physiology.
1969 ; 27 (1) : 73-90. Otolaryngol Clin North Am 2001 ; 34 (1) : 1-22.
18 Lieberman DE, Ross CF, Ravosa MJ. The primate 33 Changeux JP. Variation and selection in neural
cranial base : ontogeny, function, and integration. function. Trends Neurosci 1997 ; 20 : 291-3.
Am J Phys Anthropol 2000 ; Suppl 31 : 117-69. 34 Ververs IA, de Vries JI, van Geijn HP, Hopkins B.
19 Irwin GL. Roentgen determination of the time of Prenatal head position from 12-38 weeks. II. The
closure of the spheno-occipital synchondrosis. effects of fetal orientation and placental localiza-
Radiology 1960 ; 75 : 450-3. tion. Early Hum Dev 1994 ; 39 (2) : 93-100.
20 Mann SS, Naidich TP, Towbin RB, Doundoulakis 35 Hepper PG, McCartney GR, Shannon EA. Latera-
SH. Imaging of postnatal maturation of the skull lised behaviour in first trimester human foetuses.
base. Neuroimaging Clin N Am 2000 ; 10 (1) : 1-21, Neuropsychologia 1998 ; 36 (6) : 531-4.
vii. 36 Gaspard M. Acquisition et exercice de la fonction
21 Okamoto K, Ito J, Tokiguchi S, Furusawa T. High- masticatrice chez l’enfant et l’adolescent. Première
resolution CT findings in the development of partie. Revue Orthop Dento Faciale 2001 35 (3) :
spheno-occipital synchondrosis. Am J Neuroradiol 349-403.
1996 ; 17 (1) : 117-20. 37 Hepper PG, Shahidullah S, White R. Handedness in
22 Todd TW, Lyon DW. Endocranial suture closure. Its the human fetus. Neuropsychologia 1991 ; 29 :
progress and age relationship. Part I. Adult males 1107-11.
and white stock. Am J Phys Anthropol 1924 ; 7 : 38 Hepper PG, Wells DL, Lynch C. Prenatal thumb
325-84. sucking is related to postnatal handedness. Neu-
23 Todd TW, Lyon DW. Cranial suture closure. Its ropsychologia 2005 ; 43 (3) : 313-5.
progress and age relationship. Part II. Ectocranial 39 Kozuma S, Okai T, Nemoto A, Kagawa H, Sakai M,
closure in adult males of white stock. Am J Phys Nishina H, Taketani Y. Developmental sequence of
Anthropol 1925 ; 8 : 23-45. human fetal body movements in the second half of
24 Laitman JT, Heimbuch RC, Crelin ES. Developmen- pregnancy. Am J Perinatol 1997 ; 14 (3) : 165-9.
tal change in a basicranial line and its relationship 40 Sival DA, Visser GH, Prechtl HF. Does reduction of
to the upper respiratory system in living primates. amniotic fluid affect fetal movements ? Early Hum
Am J Anat 1978 ; 152 : 467-82. Dev 1990 ; 23 (3) : 233-46.
25 Laitman JT, Crelin ES. Developmental change in 41 Lansac J, Body G. Pratique de l’accouchement.
the upper respiratory system of human infants. Paris : SIMEP ; 1988.
Perinatol Neonatol 1980 ; 4 : 15-22. 42 Previc FH. A general theory concerning the prena-
26 Delaire J. Essai d’interprétation des principaux tal origins of cerebral lateralization in humans.
mécanismes liant la statique à la morphogenèse Psychol Rev 1991 ; 98 (3) : 299-334.
céphalique. Actualités Odonto-Stomatologiques 43 Fong BF, Savelsbergh GJ, van Geijn HP, de Vries JI.
1980 ; 130 : 189-219. Does intra-uterine environment influence fetal
60 Ostéopathie pédiatrique

head-position preference ? A comparison between digms and their consequences. The 1999 Ronnie
breech and cephalic presentation. Early Hum Dev MacKeith lecture. Dev Med Child Neurol 2001 ; 43
2005 ; 81 (6) : 507-17. (12) : 836-42.
44 Ververs IA, de Vries JI, van Geijn HP, Hopkins B. 54 Prechtl HF, Cioni G, Einspieler C, Bos AF, Ferrari F.
Prenatal head position from 12-38 weeks. I. The Role of vision on early motor development : les-
effects of fetal orientation and placental localiza- sons from the blind. Dev Med Child Neurol 2001 ;
tion. Developmental aspects. Early Hum Dev 43 (3) : 198-201.
1994 ; 39 : 83-91. 55 Hedberg A, Carlberg EB, Forssberg H, Hadders-
45 Goodwin RS, Michel GF. Head orientation position Algra M. Development of postural adjustments in
during birth and in infant neonatal period, and sitting position during the first half year of life.
hand preference at nineteen weeks. Child Dev Dev Med Child Neurol 2005 ; 47 (5) : 312-20.
1981 ; 52 (3) : 819-26. 56 Hadders-Algra M, Brogren E, Forssberg H. Develop-
46 AAP Task Force on Infant Positioning and SIDS : ment of postural control--differences between ven-
positioning and SIDS. Pediatrics 1992 ; 89 : 1120-6. tral and dorsal muscles ? Neurosci Biobehav Rev
47 Davis BE, Moon RY, Sachs HC, Ottolini MC. Effects 1998 ; 22 (4) : 501-6.
of sleep position on infant motor development.
57 McEwan MH, Dihoff RE, Brosvic GM. Early infant
Pediatrics 1998 ; 102 : 1135-40.
crawling experience is reflected in later motor skill
48 Widhe T. Foot deformities at birth : a longitudinal
development. Percept Mot Skills 1991 ; 72 (1) :
prospective study over a 16-year period. J Pediatr
75-9.
Orthop 1997 ; 17 (1) : 20-4.
58 Taanila A, Murray GK, Jokelainen J, Isohanni M,
49 Vles J, van Zutphen S, Hasaart T, Dassen W, Lodder
Rantakallio P. Infant developmental milestones : a
J. Supine and prone head orientation preference in
31-year follow-up. Dev Med Child Neurol 2005 ; 47
term infants. Brain Dev 1991 ; 13 (2) : 87-90.
(9) : 581-6.
50 Hopkins B, Lems YL, van Wulfften Palthe T,
Hoeksma J, Kardaun O, Butterworth G. Develop- 59 Hadders-Algra M, Brogren E, Forssberg H. Training
ment of head position preference during early affects the development of postural adjustments in
infancy : a longitudinal study in the daily life situa- sitting infants. J Physiol 1996 ; 493 (Pt 1) : 289-98.
tion. Dev Psychobiol 1990 ; 23 (1) : 39-53. 60 Bril B, Ledebt A. Head coordination as a means to
51 Biggs WS. Diagnosis and management of positio- assist sensory integration in learning to walk. Neu-
nal head deformity. Am Fam Physician 2003 ; 67 rosci Biobehav Rev 1998 ; 22 (4) : 555-63.
(9) : 1953-6. 61 Steindl R, Kunz K, Schrott-Fischer A, Scholtz AW.
52 Wynne-Davies R. Infantile idiopathic scoliosis, Effect of age and sex on maturation of sensory
causative factors, particularly in the first six systems and balance control. Dev Med Child Neu-
months of life. J Bone J Surg 1975 ; 57-B : 138-41. rol 2006 ; 48 (6) : 477-82.
53 Prechtl HF. General movement assessment as a 62 Changeux JP. L’Homme de vérité. Paris : Odile
method of developmental neurology : new para- Jacob ; 2002.
Chapitre 3

Le concept crânien

Anatomie

Insertions durales

Mouvements du concept crânien


Le concept crânien 63

Chapitre 3

Le concept crânien

Anatomie latérale, antérieure et inférieure. L’aspect


interne du crâne peut être décrit en deux par-
Le crâne est divisé en deux parties : le neuro- ties : la voûte et la base crânienne.
crâne, formé de 8 os qui entourent et protè-
gent le cerveau, et le squelette facial ou viscé- Vue supérieure du crâne
rocrâne, formé de 13 os. À ces 21 os, il faut
ajouter la mandibule qui n’appartient ni au Quatre os composent la voûte crânienne ou
neurocrâne ni au viscérocrâne, les trois osse- calvaria, et sont d’avant en arrière (figure 3.1) :
lets pairs de l’oreille moyenne, et l’os hyoïde, – le frontal qui s’articule avec les deux parié-
impair, suspendu sous la base crânienne, pour taux au niveau de la suture coronale ou
un total de 29 os. bregmatique ;
Ainsi, pour récapituler, le crâne est com- – les deux pariétaux qui s’articulent l’un avec
posé des os suivants : l’autre au niveau de la suture sagittale et
avec l’os occipital au niveau de la suture
– le neurocrâne, 8 os :
lambdoïde ;
• 4 os impairs et médians : l’occipital,
– l’os occipital.
l’ethmoïde, le sphénoïde et le frontal ;
Les sutures coronale et sagittale se croisent
• 2 os pairs et latéraux : les pariétaux, les
au bregma. Les sutures lambdoïde et sagittale
temporaux.
se croisent au lambda. Quelques petits os
– le squelette facial ou viscérocrâne, 13 os : suturaux ou os wormiens peuvent être pré-
• 12 os pairs et latéraux : les maxillaires, les sents au lambda ou à proximité, comme l’os
palatins, les os zygomatiques, les os « interpariétal » ou os de l’Inca.
lacrymaux, les os nasaux et les cornets
inférieurs ; Vue postérieure du crâne
• 1 os impair et médian : le vomer.
– la mandibule ; L’os occipital et les deux pariétaux sont visi-
bles en vue postérieure (figure 3.2). De chaque
– l’os hyoïde ; côté, et sous les pariétaux, une partie des tem-
– les 3 osselets de l’oreille moyenne : le mal- poraux est aussi visible.
léus (marteau), l’incus (enclume) et le sta-
pès (étrier). Os occipital
De surcroît, le neurocrâne peut être divisé La partie squameuse de l’os occipital est visi-
en deux parties : la voûte ou calvaria, d’ori- ble au centre. Légèrement convexe, elle pré-
gine membraneuse, et la base, d’origine car- sente en son centre l’inion, sommet de la
tilagineuse. L’aspect externe du crâne peut protubérance occipitale externe, et deux
être considéré en vue supérieure, postérieure, lignes courbes de chaque côté, les lignes

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
64 Ostéopathie pédiatrique

Os frontal

Suture coronale
Bregma

Suture sagittale
Os pariétal

Foramen pariétal

Suture lambdoïde

Os occipital Lambda

Figure 3.1. Vue supérieure du crâne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.21, p. 806.)

nuchales supérieure et inférieure. L’os occipi- temporale. Le bord pariétal du frontal s’arti-
tal s’articule à sa partie supérieure avec les cule avec le pariétal au niveau de la suture
deux pariétaux au niveau de la suture lamb- coronale. À sa partie inférieure, le frontal
doïde. De chaque côté, il s’articule avec les s’articule avec la grande aile du sphénoïde, au
deux parties mastoïdiennes des temporaux au niveau d’une articulation en forme de L.
niveau des sutures occipitomastoïdiennes.
Os pariétal
Vue latérale du crâne La face externe de l’os pariétal est totalement
La vue latérale (figure 3.3) montre partielle- visible. Le bord frontal du pariétal s’articule
ment le neurocrâne et le squelette facial, ou avec le frontal pour former la moitié de la
viscérocrâne, et la mandibule. Le neurocrâne suture coronale. Le bord occipital s’articule
comprend les os frontal, pariétal, temporal, avec l’os occipital pour former la moitié de la
sphénoïde, occipital et ethmoïde. Le squelette suture lambdoïde. Le bord squameux s’arti-
facial inclut les os maxillaire, zygomatique, cule en avant avec la grande aile du sphénoïde
lacrymal et nasal. pour former la suture sphénopariétale, au
milieu avec la partie squameuse de l’os tem-
Os frontal poral pour former la suture squameuse, et en
Une seule partie du frontal est visible sur la arrière avec la partie mastoïdienne de l’os
vue latérale du crâne. La surface temporale du temporal pour former la suture pariétomastoï-
frontal forme la partie antérieure de la fosse dienne.
Le concept crânien 65

Suture sagittale

Os de suture

Os pariétal Os pariétal

Partie squameuse
Suture lambdoïde
de l’os occipital

Protubérance
Suture
occipitale externe
occipitomastoïdienne
Incisure
mastoïdienne

Processus mastoïde
Ligne nuchale supérieure
Ligne nuchale inférieure
Crête occipitale externe Inion

Figure 3.2. Vue postérieure du crâne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.20, p. 805.)

Le pariétal a une forme quadrilatère avec point de rencontre des sutures lambdoïde,
quatre angles. L’angle antérosupérieur ou pariétomastoïdienne et occipitomastoïdienne
angle frontal est au niveau du bregma. L’angle est nommé l’astérion.
antéro-inférieur ou angle sphénoïdal est situé
entre le frontal et la grande aile du sphénoïde. Os temporal
Le point où la grande aile du sphénoïde ren-
contre l’angle antéro-inférieur du pariétal est L’os temporal est primitivement composé de
le ptérion. À ce niveau, la suture sphénoparié- trois parties qui sont les parties squameuse,
tale entre l’angle antéro-inférieur du pariétal tympanique et pétromastoïdienne. Pour faci-
et le bord apical de la grande aile du sphé- liter sa description, la partie pétromastoï-
noïde forme la ligne horizontale d’un H. Les dienne est fréquemment divisée en une partie
os frontal, pariétal, sphénoïde et la partie mastoïdienne et une partie pétreuse. Toutes
squameuse de l’os temporal se rejoignent au les parties de l’os temporal sont visibles sur
niveau de cette zone. L’angle postérosupérieur une vue latérale, sauf la partie pétreuse visible
ou angle occipital du pariétal est au niveau du sur une vue inférieure.
lambda. L’angle postéro-inférieur ou angle La partie squameuse ou écaille correspond
mastoïdien s’articule avec la partie mastoï- à la partie antérosupérieure de l’os temporal.
dienne de l’os temporal et l’os occipital. Le Elle participe à la constitution de la face laté-
66 Ostéopathie pédiatrique

Suture sphénosquameuse
Suture sphénopariétale Suture squameuse
Portion squameuse (de l’os temporal)
Suture coronale

Os pariétal
Ptérion
Suture
Os frontal pariétomastoïdienne

Grande aile (de


l’os sphénoïde)

Suture
Os lacrymal lambdoïde

Os nasal Astérion
Foramen
zygomaticofacial Os occipital
Os zygomatique
Suture
occipitomastoïdienne
Maxillaire Partie mastoïdienne
de l’os temporal
Processus mastoïdien

Portion alvéolaire Os tympanal (de l’os temporal)


(de la mandibule) Processus styloïde
Foramen mentonnier Processus condylaire
Angle
Branche de la mandibule
Corps de la mandibule Processus zygomatique (de l’os temporal)
Processus temporal (de l’os zygomatique) Processus coronoïde

Figure 3.3. Vue latérale du crâne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.19, p. 803.)

rale du crâne. Le bord supérieur est biseauté le processus zygomatique s’articule avec le pro-
vers l’intérieur et recouvre le pariétal pour cessus temporal de l’os zygomatique pour for-
former la suture squameuse. Le bord antéro- mer la suture temporozygomatique.
inférieur est biseauté vers l’intérieur dans sa La partie tympanique de l’os temporal est
partie supérieure, et vers l’extérieur dans sa située sous la racine longitudinale du proces-
partie inférieure ; il s’articule avec la grande sus zygomatique et en avant du processus
aile du sphénoïde pour former la suture sphé- mastoïde. Elle est en forme de cône entourant
nosquameuse. le méat acoustique externe.
Le processus zygomatique de l’os temporal La partie mastoïdienne est la partie posté-
présente deux racines, antérieure et postérieure, rieure de l’os temporal. Elle se prolonge vers le
qui entourent la fosse mandibulaire. En avant, bas par le processus mastoïde qui n’est pas
Le concept crânien 67

totalement développé chez l’enfant de moins situé en avant du sphénoïde ; son bord posté-
de 2 ans, et est de petite taille chez la femme. rieur s’articule avec la grande aile du sphé-
Le bord postérieur de la partie mastoïdienne noïde pour former la suture sphénozygomati-
s’articule avec l’os occipital pour former la que. L’os zygomatique est placé en dehors du
suture occipitomastoïdienne. En avant et en maxillaire, avec lequel son bord antéro-infé-
dedans du processus mastoïde, le processus rieur s’articule pour former la suture maxillo-
styloïde descend vers l’avant et le dedans vers zygomatique. L’os zygomatique est situé en
le bord postérieur de la branche de la mandi- dessous du frontal avec lequel le processus
bule. frontal du zygomatique s’articule pour former
la suture frontozygomatique. En dehors, le
Os sphénoïde processus temporal du zygomatique s’articule
Une partie de la face latérale de la grande aile avec le processus zygomatique de l’os tempo-
du sphénoïde est visible en avant de l’écaille ral pour former la suture temporozygomati-
du temporal. C’est la surface temporale ou la que. Les processus temporal et zygomatique
partie supérieure de la grande aile. La partie forment ensemble l’arcade zygomatique.
inférieure, non visible sur une vue latérale,
située en dedans du processus coronoïde de la
Maxillaire
mandibule, regarde vers le bas ; elle est conti- Les deux maxillaires constituent les pièces
nue avec le processus ptérygoïde. Une seule essentielles du squelette facial et forment la
partie de la face latérale de la lame latérale du mâchoire supérieure. À leur partie inférieure,
processus ptérygoïde est visible sur une vue les dents supérieures sont logées dans les
latérale du crâne. alvéoles du processus alvéolaire. À leur partie
supérieure, le maxillaire participe à la consti-
Os occipital tution des bords inférieur et médial de la
cavité orbitaire . Le processus zygomatique du
La moitié de la partie squameuse de l’os occi-
maxillaire s’articule avec l’os zygomatique. Le
pital est visible. Le bord pariétal présente de
processus frontal du maxillaire s’articule en
nombreuses dentelures et s’étend de l’angle
haut avec l’os frontal, en avant avec l’os nasal
occipital supérieur à l’angle occipital latéral. Il
et en arrière avec l’os lacrymal. La face latérale
s’articule avec le pariétal pour former la moi-
du processus frontal est divisée verticalement
tié de la suture lambdoïde. Inférieurement, le
par la crête lacrymale antérieure, en arrière de
bord mastoïdien s’articule avec la partie mas-
laquelle se trouve le sillon lacrymal, qui forme
toïdienne de l’os temporal au niveau de la
avec le sillon analogue de l’os lacrymal la
suture occipitomastoïdienne.
fosse du sac lacrymal.
Os ethmoïde Os lacrymal
Une partie de la face latérale d’un labyrinthe Le plus petit des os crâniens est situé sur la
ethmoïdal est visible. C’est la lame orbitaire paroi médiale de l’orbite. Le bord postérieur
de l’ethmoïde qui forme la majeure partie de s’articule avec la lame orbitaire de l’ethmoïde,
la paroi médiale de l’orbite. Elle s’articule en le bord inférieur avec la face orbitaire du
haut avec le frontal, en avant avec l’os maxillaire, le bord antérieur avec le processus
lacrymal, en bas avec le maxillaire et le pala- frontal du maxillaire, et le bord supérieur avec
tin, et en arrière avec le sphénoïde. le frontal. La face latérale ou orbitaire est divi-
sée verticalement par la crête lacrymale posté-
Os zygomatique rieure, en avant de laquelle se trouve le sillon
La face latérale de l’os zygomatique forme la lacrymal qui participe à la constitution de la
proéminence de la joue. L’os zygomatique est fosse du sac lacrymal.
68 Ostéopathie pédiatrique

Os nasal temporaux. À la partie inférieure, cette vue


L’os nasal est un petit os allongé. Le bord montre le squelette facial « suspendu » sous
supérieur s’articule avec le frontal, le bord l’os frontal.
latéral avec le processus frontal du maxillaire,
le bord médial est accolé à l’os nasal opposé Os frontal
pour former l’arête nasale, et le bord inférieur L’os frontal forme le front et le toit des cavités
répond au cartilage latéral du nez. orbitaires. De chaque côté, sur l’écaille du
frontal, deux bosses asymétriques sont visi-
bles. Au-dessus des sourcils, les arcs supraci-
Mandibule liaires se rejoignent au niveau d’un relief
Une seule moitié de la mandibule est visible médian, la glabelle. Ces arcs représentent la
sur la vue latérale. L’hémicorps mandibulaire localisation des sinus frontaux ; ils sont
forme un coude presque à angle droit avec absents chez l’enfant et peu marqués chez la
une des deux branches mandibulaires. L’angle femme. Les bords supraorbitaires se terminent
de la mandibule et son sommet, le gonion, de chaque côté par un processus zygomatique
sont formés par le bord inférieur du corps articulaire avec le processus frontal de l’os
mandibulaire et le bord postérieur de la bran- zygomatique. En dedans, les bords nasaux for-
che mandibulaire verticale. Le bord supérieur ment une échancrure en V renversé articulaire
du corps mandibulaire est creusé, de chaque avec les os nasaux et les processus frontaux
côté, de huit alvéoles pour les dents. La partie des maxillaires.
supérieure de la branche mandibulaire verti-
cale présente deux processus : le processus Os zygomatique
condylaire en arrière qui s’articule avec la
Les os zygomatiques forment de chaque côté
fosse mandibulaire de l’os temporal pour for-
la proéminence des pommettes. La face orbi-
mer l’articulation temporomandibulaire, et le
taire de chaque os zygomatique participe à la
processus coronoïde en avant. Les deux sont
constitution des parois latérale et inférieure
séparés par l’incisure mandibulaire.
des cavités orbitaires. Le processus frontal
répond à sa partie supérieure au frontal, et son
À noter bord postérieur à la grande aile du sphénoïde.
Le bord antéro-inférieur de l’os zygomatique
Un petit os en forme de U, l’os hyoïde, est
s’articule avec le processus zygomatique du
situé sous la mandibule dans un plan pres-
maxillaire.
que horizontal. Le corps de l’os hyoïde est
placé en avant et forme la base du U. Les
deux grandes cornes forment les deux Os nasal
bras du U. Le sommet de la grande corne Les deux os nasaux sont situés au-dessus de
est situé au niveau de l’angle de la l’orifice antérieur de la cavité nasale ou orifice
mandibule. piriforme. Leur bord postérieur s’articule avec
le processus frontal du maxillaire. Le bord
médial répond à l’autre os nasal et le bord
supérieur au bord nasal du frontal. Le nasion
Vue antérieure du crâne correspond au carrefour des sutures frontona-
L’os frontal est visible à la partie supérieure de sales et internasale.
cette vue (figure 3.4). De chaque côté, en des-
sous de l’os frontal, une partie des os parié- Maxillaires
taux et de l’os sphénoïde est visible, et en Les deux maxillaires sont les os les plus volu-
dessous des os pariétaux, une partie des os mineux du massif facial, situés entre les cavi-
Le concept crânien 69

Arc supraciliaire
Os frontal
Incisure
supraorbitaire (foramen)
Glabelle
Processus zygomatique
Nasion (de l’os frontal)
Os nasal

Ouverture piriforme Processus frontal (du maxillaire)


Os zygomatique
Cornet nasal inférieur Foramen infraorbitaire
Crête nasale

Épine nasale antérieure


Processus zygomatique Processus alvéolaire
(du maxillaire)
Ligne oblique
Branche de la mandibule
Maxillaire Partie alvéolaire de la mandibule
Angle de la mandibule Mandibule
Corps de la mandibule
Foramen mentonnier
Protubérance mentonnière Tubercule mentonnier

Figure 3.4. Vue antérieure du crâne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.18, p. 801.)

tés orbitaires et la cavité orale. Ils s’articulent Orifice piriforme


ensemble au-dessous de l’orifice piriforme L’orifice piriforme est limité en dehors et en
pour former la suture intermaxillaire, bas par les maxillaires, et au-dessus par les os
au-dessus de laquelle les maxillaires dessinent nasaux. Un septum vertical divise la cavité
la large incisure nasale. À la partie supérieure, nasale en deux ; la lame perpendiculaire de
chaque maxillaire présente une face orbitaire l’ethmoïde en forme la partie supérieure, et le
qui constitue l’essentiel de la paroi inférieure vomer la partie inférieure. Le bord inférieur
de l’orbite. Le processus frontal s’articule avec du vomer repose sur la crête nasale constituée
l’os frontal, et latéralement, le processus zygo- par l’union des processus palatins des maxil-
matique s’articule avec l’os zygomatique. En laires en avant et des lames horizontales des
bas, le processus alvéolaire porte les dents palatins en arrière.
supérieures.
70 Ostéopathie pédiatrique

Mandibule Partie moyenne


La mandibule forme la mâchoire inférieure, et L’orifice postérieur des cavités nasales est
sur vue une antérieure du crâne, elle repré- limité à sa partie supérieure par le corps de l’os
sente l’os le plus inférieur. Le corps, en forme sphénoïde, en dessous par les lames horizon-
de fer à cheval, se continue sur les côtés par les tales des os palatins, et latéralement par les
deux branches mandibulaires verticales. La lames médiales des processus ptérygoïdes du
symphyse mentonnière est au centre ; une sphénoïde.
crête verticale inconstante indique la fusion
des deux ébauches primitives de l’os ; elle se À noter
prolonge vers le bas par la protubérance men-
tonnière avec de chaque côté un tubercule et Dans ces descriptions, les termes font
un foramen mentonniers. Au-dessus, l’arcade référence à la position anatomique.
alvéolaire contient les dents. Le corps de l’os sphénoïde est donc tou-
jours au-dessus du palais dur et des cavi-
tés nasales.

Vue inférieure du crâne L’os sphénoïde a un corps, deux petites


ailes, deux grandes ailes et deux processus
Cette vue est complexe, et habituellement
ptérygoïdes. La vue inférieure du crâne nous
divisée en trois parties qui sont les parties
montre seulement le corps, les grandes ailes et
antérieure, moyenne et postérieure (figure
les processus ptérygoïdes. Chaque processus
3.5). La partie antérieure est formée du palais
ptérygoïde comporte une lame latérale, la
dur et des arcades alvéolaires. La partie
plus large, et une lame médiale dont l’extré-
moyenne est localisée entre le palais dur et le
mité inférieure se prolonge par un crochet,
foramen magnum. La partie postérieure va
l’hamulus ptérygoïdien. En dehors des proces-
jusqu’à la protubérance occipitale externe et
sus ptérygoïdes, les grandes ailes du sphé-
la ligne nuchale supérieure.
noïde participent à la constitution de la base
crânienne et se projettent vers le dehors et le
haut pour former une partie des parois latéra-
Partie antérieure les du crâne. De chaque côté, les bords posté-
Le palais dur consiste en l’union des processus rieurs de la grande aile sont unis à la partie
palatins des maxillaires en avant et des lames pétreuse de l’os temporal, pour former la syn-
horizontales des palatins en arrière. Les pro- chondrose sphénopétreuse. Le bord latéral
cessus palatins des maxillaires se réunissent s’articule avec la partie squameuse de l’os tem-
pour former la suture intermaxillaire ; les poral, pour former la suture sphénosqua-
lames horizontales des palatins forment la meuse.
suture interpalatine. Au carrefour des deux En arrière des cavités nasales apparaît la
tiers antérieurs et du tiers postérieur du palais partie basilaire de l’os occipital. Celui-ci
dur, la réunion des os palatins et des maxillai- forme, avec la surface postérieure du corps
res constitue la suture palatine transverse. Le sphénoïdal, la synchondrose sphéno-occi-
palais dur sépare les cavités nasales de la pitale, ou sphénobasilaire (SSB), et avec la par-
cavité orale. En arrière du palais dur, l’orifice tie pétreuse de l’os temporal, la suture pétro-
postérieur des cavités nasales ou choanes est occipitale ou pétrobasilaire.
visible. Les deux cavités nasales sont séparées Les parties pétreuses des temporaux ou
en arrière par le vomer qui se continue vers rochers ont la forme de pyramides quadran-
l’avant par la lame perpendiculaire de l’eth- gulaires, logées en dehors et en avant de la
moïde pour former le septum nasal. partie basilaire de l’os occipital, et en dedans
Le concept crânien 71

Épine nasale postérieure Fosse incisive


Palais dur (os maxillaire)
Arcade alvéolaire Palais dur (os palatin)
Ouverture nasale postérieure (choane) Foramen grand palatin
Hamulus Foramen petit palatin
Processus pyramidal de l’os palatin Corps de l’os sphénoïde
Lame médiale du processus
Fosse ptérygoïde ptérygoïde
Lame latérale du processus
Vomer ptérygoïde
Grande aile Fosse scaphoïde
(de l’os sphénoïde)
Orifice du canal Foramen lacerum (déchiré)
ptérygoïdien
Tubercule articulaire Foramen ovale
Fosse mandibulaire Foramen spinosum
Sillon de la trompe auditive (épineux)
Canal carotidien
Processus styloïde
Foramen jugulaire Foramen stylomastoïdien

Processus mastoïde

Incisure mastoïdienne
Partie basilaire de l’os
occipital
Canal hypoglosse
Tubercule pharyngien
Condyle occipital
Foramen magnum

Crête occipitale externe Ligne nuchale inférieure


Ligne nuchale supérieure
Protubérance occipitale externe

Figure 3.5. Vue inférieure du crâne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.23, p. 807.)

et en arrière de la grande aile du sphénoïde. cavités s’articulent avec les condyles de la


Chaque partie pétreuse présente un orifice mandibule et forment les articulations tem-
pour le canal carotidien, et forme latérale- poromandibulaires.
ment, avec la grande aile du sphénoïde, un
sillon pour le segment cartilagineux de la Partie postérieure
trompe auditive. Ce sillon se prolonge dans la La vue inférieure montre les quatre parties de
partie pétreuse de l’os temporal par le canal l’os occipital. La partie basilaire est en avant
osseux de la trompe auditive. du foramen magnum, les deux parties latéra-
les sur les côtés, et l’écaille en arrière. La partie
Les fosses mandibulaires sont visibles de basilaire a déjà été décrite. Les parties latérales
chaque côté en arrière des tubercules articulai- présentent les condyles occipitaux, surfaces
res des écailles des temporaux, et en avant des convexes articulaires avec les faces supérieures
pores des méats acoustiques externes. Ces des masses latérales de l’atlas. Leur grand axe
72 Ostéopathie pédiatrique

Crête frontale
Os frontal

Sillon de la branche antérieure


Sillon du sinus sagittal de l’artère méningée moyenne
supérieur

Bregma Suture coronale

Sillons pour l’artère Fossettes granulaires


méningée moyenne

Suture sagittale

Os pariétal

Os occipital Suture lambdoïde


Lambda

Figure 3.6. Vue interne de la voûte crânienne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.24, p. 810.)

est oblique vers l’avant et le dedans. En avant supérieure de l’écaille de l’occipital. Plusieurs
et en dehors se trouve l’orifice du canal du sutures sont visibles : en avant la suture coro-
nerf hypoglosse. Le bord latéral des parties nale, le long de la ligne médiane la suture
latérales montre un processus jugulaire, en sagittale, et en arrière la suture lambdoïde. En
avant duquel l’os occipital forme avec le bord avant, sur la ligne médiane, la crête frontale
postérieur de la partie pétreuse de l’os tempo- correspond à l’insertion de la faux du cerveau.
ral le foramen jugulaire. Latéralement, les par- Les berges de la crête bifurquent à la partie
ties mastoïdiennes, les parties pétromastoï- supérieure de l’écaille de l’os frontal pour for-
diennes et les processus styloïdes de l’os mer le sillon du sinus sagittal supérieur. De
temporal sont aussi visibles. Les lignes nucha- chaque côté du sillon se trouvent des fossettes
les supérieures et, au milieu, la protubérance granulaires, où sont logées les granulations
occipitale externe ou inion sont les repères les arachnoïdiennes.
plus postérieurs.

Vue interne de la voûte crânienne Vue interne de la base crânienne


La surface interne de la voûte crânienne La vue interne de la base crânienne est nette-
(figure 3.6) est concave et inclut l’essentiel des ment divisée en fosses antérieure, moyenne et
os frontal et pariétaux, ainsi que la partie postérieure.
Le concept crânien 73

Crête frontale
Crista galli Foramen cæcum

Partie orbitaire Foramens de la


de l'os frontal lame criblée

Lame criblée

Petite aile du sphénoïde Corps (du sphénoïde)


Processus clinoïde antérieur

Figure 3.7. Vue interne de la base crânienne : fosse antérieure.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.25, p. 812.)

Fosse antérieure Le corps du sphénoïde forme la partie cen-


La fosse crânienne antérieure (figure 3.7) trale du plancher de la fosse crânienne
est située au-dessus des cavités nasales et moyenne. La selle turcique derrière le sillon
orbitaires. L’os frontal forme l’avant et les chiasmatique présente une profonde excava-
côtés de cette fosse. Les parties orbitaires de tion, la fosse hypophysaire, pour l’hypo-
l’os frontal, la lame criblée de l’os ethmoïde physe. En avant, la selle turcique est limitée
et la partie antérieure du corps et des petites par le tubercule de la selle, et en arrière par
ailes du sphénoïde forment le plancher de une lame osseuse quadrilatère, le dos de la
cette fosse. La crista galli de l’os ethmoïde se selle. Le bord supérieur de ce dernier se pro-
projette vers le haut, en arrière de la crête longe latéralement par les processus clinoïdes
frontale, et donne attache à la faux du cer- postérieurs où s’attache la grande circonfé-
veau. En dedans, chaque petite aile se joint rence de la tente du cervelet.
au corps sphénoïdal par deux racines qui Latéralement, la fosse moyenne consiste
entourent le canal optique. Le bord posté- en les faces cérébrales de la grande aile du
rieur de la petite aile se continue vers le sphénoïde, l’écaille de l’os temporal, et la face
dedans et forme le processus clinoïde anté- antérosupérieure de la partie pétreuse du
rieur, insertion de la petite circonférence de temporal. La fissure orbitaire supérieure est
la tente du cervelet. limitée au-dessus par la petite aile du sphé-
noïde, au-dessous par la grande aile, et en
dedans par le corps sphénoïdal. Elle fait com-
Fosse moyenne muniquer la fosse moyenne et la cavité orbi-
La fosse crânienne moyenne (figure 3.8) est taire. Les foramens rond, ovale et épineux
plus profonde que la fosse antérieure. Elle est sont formés par les racines de la grande aile
limitée en avant par les bords postérieurs des du sphénoïde. Le foramen déchiré est
petites ailes du sphénoïde, les processus cli- l’espace cartilagineux présent entre le sphé-
noïdes antérieurs, et le bord antérieur du noïde et l’apex pétreux.
sillon chiasmatique qui s’étend entre les deux
canaux optiques. Postérieurement, elle est Fosse postérieure
limitée par les bords supérieurs des parties La plus grande et la plus profonde des trois
pétreuses des os temporaux. fosses est délimitée par les faces postérosupé-
74 Ostéopathie pédiatrique

Processus clinoïde moyen


Canal optique
Sillon chiasmatique Foramen rond
Tubercule de la selle Fissure orbitaire supérieure
Grande aile (du sphénoïde)
Orifice du canal
carotidien
Fosse
hypophysaire Sillon de l’artère
méningée moyenne
Processus
clinoïde Dos de la selle
postérieur
Foramen lacerum
Sillon
et hiatus Foramen ovale
du nerf Fossette trigéminale
Foramen
petit pétreux Tegmen tympani épineux
Sillon et hiatus
Éminence arquée du nerf grand pétreux

Figure 3.8. Vue interne de la base crânienne : fosse moyenne.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.26, p. 813.)

Clivus
Tubercule jugulaire
Sillon du sinus pétreux inférieur Méat acoustique interne
Bord supérieur de la partie pétreuse Foramen jugulaire
de l’os temporal
Sillon du sinus sigmoïde Canal hypoglosse

Sillon du sinus transverse


Foramen magnum

Crête occipitale interne Protubérance occipitale interne

Figure 3.9. Vue interne de la base crânienne : fosse postérieure.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 8.27, p. 814.)

rieures des parties pétreuses des os temporaux, selle et la partie postérieure du corps du sphé-
les parties mastoïdiennes, les angles mastoï- noïde (figure 3.9). Le basiocciput et la partie
diens des pariétaux, l’os occipital, le dos de la postérieure du corps du sphénoïde avec le dos
Le concept crânien 75

de la selle forment le clivus, qui est légère- une couche interne, l’endoméninge (lepto-
ment incliné, concave transversalement et en méninges). L’arachnoïde, l’espace sous-arach-
avant du foramen magnum. La SSB, l’articula- noïdien et la pie-mère dérivent de l’endomé-
tion entre la partie postérieure du corps du ninge, alors que l’ectoméninge devient la
sphénoïde et le basiocciput, est visible sur le dure-mère ainsi que les futures parties cartila-
clivus. De chaque côté, le clivus est en rapport gineuse et membraneuse du neurocrâne.
avec les parties pétreuses des os temporaux Vers la fin du 2e mois gestationnel
par les sutures pétro-occipitales (pétrobasilai- (57e jour) [2], l’endoméninge recouvre une
res). Les foramens jugulaires sont situés en partie significative des vésicules cérébrales
arrière de ces sutures. Les pores des méats primitives ; elle devient l’arachnoïde et la
acoustiques internes sont au-dessus des fora- pie-mère. Sécrété par le plexus choroïde, le
mens jugulaires, sur les parties pétreuses des liquide cérébrospinal envahit et remplit les
os temporaux. Les fosses cérébelleuses sont espaces sous-arachnoïdiens en développe-
séparées par la crête occipitale interne qui ment ; des trabécules de collagène se forment,
donne insertion à la faux du cervelet. Les réunissant l’arachnoïde et la pie-mère. À ce
sutures occipitomastoïdiennes et pariétomas- stade, la pie-mère a investi très intimement la
toïdiennes sont aussi logées dans la fosse pos- surface cérébrale ; elle épouse les circonvolu-
térieure. tions qui se forment, recouvre chaque sillon
Foramens du crâne (sulcus), et se propage jusqu’au toit des ventri-
cules où elle participe au développement du
Le tableau 3.1 liste le contenu et indique la
plexus choroïde.
localisation des différents foramens du crâne.
Dès le stade initial de son développement,
la matrice mésenchymateuse ou méninge pri-
Insertions durales mitive entourant le cerveau ressemble à une
capsule. Alors que la partie interne de la cap-
sule devient l’endoméninge, la transforma-
All these parts of bones are held together by the tion progressive de la partie externe de la
dura mater, “mother dura”, functioning as an capsule constitue l’ectoméninge. En même
intraosseous membrane. (W.G. Sutherland) [1] temps, la croissance cérébrale considérable se
Toutes ces portions osseuses sont mainte- produit excentriquement et sollicite forte-
nues ensemble par la dure-mère, « mère ment la capsule. Cette dernière grandit avec
dure », agissant comme une membrane le cerveau, totalement réceptive aux deman-
intraosseuse. des d’accroissement spatial dans les différents
plans de l’espace. Toutefois, des différencia-
Chez le fœtus, un mésenchyme lâche entoure tions biodynamiques se manifestent, et cer-
la masse neurale. Ce tissu nommé « meninx taines parties du cerveau grandissent plus vite
primitiva » ou méninge primitive est à l’ori- que d’autres. La base de la capsule mésenchy-
gine des différentes couches méningées [2]. mateuse s’épaissit plus qu’ailleurs ; c’est la
D’après Arbuckle, dans ses premiers cours, future base crânienne. C’est aussi l’endroit où
Sutherland faisait référence à ces couches en le cerveau s’expanse le moins. Pendant ce
parlant de la dure-mère et de la « dure- temps, l’évolution morphologique du tube
père » [3]. Cette image met l’accent sur l’ori- neural continue, et les vésicules cérébrales
gine commune et les rapports de toutes les primitives se différencient en cervelet, et en
structures dérivées de la méninge primitive. segmentation occipitale, temporale et fron-
Deux couches dérivent de la méninge pri- tale des hémisphères cérébraux. Au fur et à
mitive. Elles se différencient en une couche mesure que ces parties s’expansent, le mésen-
externe, l’ectoméninge (pachyméninge), et chyme qui les sépare se densifie, s’épaissit, et
76 Ostéopathie pédiatrique

Tableau 3.1
Contenu et localisation des foramens du crâne
Foramen Contenu Localisation
Canal optique Nerf optique (II) Entre les racines de la petite aile
Artère ophtalmique du sphénoïde
Fissure orbitaire Nerf oculomoteur (III) Entre la grande et la petite aile
supérieure Nerf trochléaire (IV) du sphénoïde
Nerf ophtalmique du nerf trijumeau divisé
en branches nasociliaire, lacrymale et
frontale (V1)
Nerf abducens (VI)
Veine ophtalmique
Foramen rond Nerf maxillaire du nerf trijumeau (V2) Entre les racines antérieure et moyenne
Veine émissaire de la grande aile du sphénoïde
Foramen ovale Nerf mandibulaire du nerf trijumeau (V3) Entre les racines moyenne et postérieure
Rameau méningé accessoire de la grande aile du sphénoïde
Foramen Artère méningée moyenne En arrière du foramen ovale
épineux Rameau méningé du nerf mandibulaire
Foramen Nerf du canal ptérygoïdien Entre l’apex du rocher et le corps
déchiré sphénoïdal
Pore acoustique Nerf facial (VII) Face postérosupérieure des rochers
interne Nerf vestibulocochléaire (VIII)
Artère labyrinthique
Canal Artère carotide interne Face inférieure du rocher
carotidien Plexus sympathique carotidien interne
Plexus veineux
Foramen Nerf facial (VII) Entre les processus styloïde et mastoïde
stylomastoïdien Artère stylomastoïdienne
Foramen Nerf glossopharyngien (IX) Entre les parties pétreuses de l’os
jugulaire Nerf vague (X) temporal et la partie basilaire de l’occiput
Nerf accessoire (XI)
Sinus pétreux inférieur
Bulbe supérieur de la veine jugulaire
interne
Canal du nerf Nerf hypoglosse (XII) En avant et en dehors des condyles
hypoglosse Branche méningée de l’artère occipitaux
pharyngienne ascendante
Plexus veineux
Foramen Moelle allongée et ses méninges En arrière de la partie basilaire de l’os
magnum Artères vertébrales occipital
Nerfs accessoires
Rameaux sympathiques ascendants
Le concept crânien 77

constitue des bandes d’étirement dural [4]. orbitaires, et la crista galli qui évolueront pour
Cinq bandes sont ainsi formées : donner respectivement les arêtes des parties
– deux bandes orbitaires, entre les lobes fron- pétreuses des os temporaux, les petites ailes
taux et temporaux ; du sphénoïde et la crista galli ethmoïdale.
– deux bandes otiques, entre les lobes occipi- Ce rapport développemental entre le cer-
taux et le cervelet ; veau et la dure-mère est très intime. Les gaines
– une bande ethmoïdale, entre les deux lobes durales se développent en même temps que le
frontaux. cerveau grossit, avec une continuité entre tou-
Ces bandes d’étirement dural et la dure- tes les couches et les régions de la dure-mère.
mère qui les relie forment de véritables gaines À la partie antérieure et inférieure, au niveau
[4], où les bandes d’étirement servent de des cellules primordiales de la base crânienne,
baleine de renforcement. La dure-mère située les cinq bandes convergent et forment le
entre les bandes d’étirement offre moins de diaphragme de la selle, à l’emplacement de la
résistance et permet facilement l’expansion future selle turcique de l’os sphénoïde. Cauda-
cérébrale à ce niveau. lement, elles se continuent avec la dure-mère
Au niveau de la voûte, les bandes d’étire- spinale.
ment dural sont partiellement responsables C’est dans la capsule mésenchymateuse
de la création des sutures qui se développent qui entoure le cerveau que se développe
le long des lignes d’étirement. Alors qu’entre l’ossification du crâne. Cela explique le rap-
les bandes d’étirement dural, au sein de cha- port étroit entre la dure-mère et le crâne
cune des zones les moins résistantes de la osseux. Dure-mère et neurocrâne aussi bien
capsule, des plaques membraneuses s’organi- cartilagineux que membraneux dérivent de
sent en réponse à la traction produite par la l’ectoméninge. Au niveau de la base, le des-
croissance cérébrale. Ces plaques membra- mocrâne apparaît dans l’ectoméninge à
neuses forment l’emplacement des futurs cen- 4 semaines de gestation. Du fait de la
tres d’ossification des os crâniens, et pendant chondro-ossification, à 8 semaines, le desmo-
l’ossification, la dure-mère participera à la for- crâne est remplacé par du cartilage, et l’ossifi-
mation du périoste. Entre les plaques mem- cation commence dans le chondrocrâne à
braneuses, les lignes d’étirement dural devien- 12 semaines et 4 jours, tout d’abord au niveau
dront les sutures. Leur fonctionnement de l’os occipital [6]. Durant cette période, la
biologique est sous le contrôle de gènes de partie interne du chondrocrâne qui est la
développement et de facteurs de croissance. dure-mère se différencie en deux couches,
Pour autant, la tension dure-mérienne joue une couche interne méningienne et une cou-
un rôle primordial dans l’émission de signaux che externe ou endostéale.
modulant la fusion des sutures [5]. Au niveau de la voûte, les os ne sont pas
Au niveau de la base crânienne, les bandes préformés dans le cartilage, mais se dévelop-
d’étirement dural exercent des influences pent directement par ossification du mésen-
similaires. Elles se laissent moins étirer que les chyme. À ce niveau aussi, un rapport intime
zones adjacentes en réponse aux forces biody- existe entre les os de la voûte et la dure-mère.
namiques de la croissance. Cela forme des L’adhérence de la dure-mère aux os du crâne
duplications durales où les zones d’étirement est la plus forte dans les régions des sutures, de
représentent les bords les plus internes de la la base crânienne, et autour du foramen mag-
tente du cervelet et des faux du cerveau et du num où la couche endostéale est continue
cervelet. Dès lors, la chondrification des cinq avec la dure-mère spinale. Ce lien est particu-
bandes d’étirement dural s’organise au niveau lièrement important dans le concept de
des cellules primordiales ostéoformatrices de l’ostéopathie crânienne. La connexion de la
la base. Ainsi sont formées les ailes otiques, dure-mère spinale entre l’os occipital au
78 Ostéopathie pédiatrique

niveau du foramen magnum et le pelvis est Faux du cerveau


nommée par W.G. Sutherland le core-link
(lien central) [7]. La faux du cerveau en forme de croissant des-
cend verticalement dans la fissure sagittale
Du fait de la présence des fibres durales entre les hémisphères cérébraux. Son bord
dans les sutures, la couche endostéale de la supérieur est courbé, en harmonie avec la
dure-mère est en continuité avec le péricrâne. convexité interne de la voûte crânienne. Elle
Elle l’est aussi par l’intermédiaire des fora- s’étend de la crête frontale, à la protubérance
mens crâniens. Par la fissure orbitaire supé- occipitale interne, appliquée de chaque côté
rieure, la dure-mère est continue avec le de la ligne médiane du crâne. À cet endroit,
périoste orbitaire. En fait, le crâne osseux est les deux couches de la faux du cerveau parti-
organisé autour des structures nerveuses et cipent à la formation des parois du sinus sagit-
vasculaires préexistantes, et il ne devrait pas tal supérieur. Le bord inférieur est concave et
être considéré comme ayant des orifices et des peut être divisé en trois parties :
fissures pour permettre le passage de ces struc- – antérieurement, il est fixé sur la crista galli
tures. Plutôt, il faut se souvenir que lorsque les de l’os ethmoïde ;
nerfs se développent, ils entraînent avec eux – en arrière, sa partie libre repose au-dessus
une enveloppe tubulaire protectrice prove- du corps calleux, où il enveloppe le sinus
nant de la couche méningienne de la dure- sagittal inférieur ;
mère. Puis, lorsque le crâne osseux s’organise
– postérieurement, il s’élargit et se connecte
autour de ces structures, des foramens appa-
au fulcrum de Sutherland, au sommet de la
raissent, avec des adhérences résiduelles entre
tente du cervelet. Le sinus droit est situé le
le foramen et l’enveloppe durale protectrice.
long de cette ligne, entre les couches dura-
Hors du crâne, les fibres durales s’unissent
les ; il reçoit le sinus sagittal inférieur et la
avec le périnèvre.
grande veine cérébrale (veine de Galien)
La dure-mère consiste en un dense réseau (figure 3.10).
fibreux, avec des fibres organisées en fascicu- En fait, la faux du cerveau est un lien entre
les, ou fibres de contrainte. Constituée de col- les parties antérieure et postérieure du crâne.
lagène et de fibres élastiques, elle est riche- Elle représente aussi une connexion entre le
ment innervée, essentiellement par les trois neurocrâne et le viscérocrâne par son ancrage
divisions du nerf trijumeau, à l’exception de sur la crista galli de l’os ethmoïde. Ainsi,
la dure-mère de la fosse crânienne postérieure, quand le viscérocrâne présente une dysfonc-
innervée par des rameaux méningés prove- tion, cela peut être associé ou secondaire à
nant des trois premiers nerfs cervicaux. une dysfonction du neurocrâne ; ce rapport
entre le crâne antérieur, le crâne postérieur
Bien que, pour faciliter la description, la et la face, par l’intermédiaire de la faux du
dure-mère soit divisée en deux couches, la cerveau, doit être envisagé. De surcroît,
couche méningienne et la couche endostéale, l’os occipital sert d’interface entre les forces
ces deux couches sont intimement unies, à exocrâniennes postérieures des structures
l’exception des emplacements où se sont myofasciales qui s’y insèrent, et les forces
développés les sinus veineux. Les duplications antérieures transmises vers l’arrière par la faux
dure-mériennes qui résultent en tente du cer- du cerveau. Par conséquent, les déséquilibres
velet, et faux du cerveau et du cervelet ont la entre le crâne antérieur et les structures myo-
forme de trois faucilles. Elles sont réunies au fasciales postérieures peuvent résulter en ten-
niveau du sinus droit, nommé le « fulcrum de sions dysfonctionnelles reflétées dans la
Sutherland » où se manifeste la tension réci- forme externe de l’os occipital ou de celle du
proque entre les trois duplications [8]. viscérocrâne.
Le concept crânien 79

Sinus pétreux supérieur


Faux du cerveau Nerf trochléaire

Sinus Nerf trijumeau


sagittal
supérieur

Diaphragme
de la selle

Bulbe olfactif

Nerf optique
Artère carotide
interne
Nerf oculomoteur

Sinus droit Tente Sinus Nerf Nerfs facial Nerf abducens


du cervelet sigmoïde hypoglosse et vestibulocochléaire Nerf trochléaire
Grande veine
cérébrale Nerfs glossopharyngien,
vague et accessoire

Figure 3.10. Dure-mère crânienne. (Source : Gray’s Anatomy, Fig. 8.317, p. 1210.)

L’équilibre postural, en particulier dans la phères cérébraux. Son bord antérieur, ou


région thoracique supérieure et la colonne petite circonférence, est libre et concave. Il
cervicale, est sans aucun doute relié à la bio- forme une grande ouverture ovale, l’incisure
mécanique du crâne et du viscérocrâne. Dans tentoriale, où est localisé le cerveau moyen.
ce rapport, la faux du cerveau est une pièce Le bord externe, ou grande circonférence, est
maîtresse. convexe ; il s’insère postérieurement sur la
face interne de l’os occipital, sur les lèvres des
Tente du cervelet sillons des sinus transverses ; la tente du cer-
velet contient ces sinus dans son insertion. De
Dès la 8e semaine de gestation, la tente du chaque côté, la tente du cervelet est fixée à la
cervelet est reconnaissable, et vers 3 mois les suture pariétomastoïdienne, la couche supé-
côtés droit et gauche se réunissent au sinus rieure sur l’angle postéro-inférieur de l’os
droit [9]. Classiquement décrite comme une pariétal, et la couche inférieure sur la portion
tente, comme son nom l’indique, la tente du mastoïdienne de l’os temporal. Puis, les deux
cervelet couvre la surface supérieure du cerve- couches s’insèrent sur les arêtes supérieures
let, et supporte les lobes occipitaux des hémis- des parties pétreuses des os temporaux, où
80 Ostéopathie pédiatrique

sont situés les sinus pétreux supérieurs. Près utilisé pour localiser le niveau de l’insertion
de l’apex du rocher, la couche inférieure de la tente du cervelet. Elle est presque locali-
forme le cavum trigéminal (cavum de Meckel) sée au même niveau que la protubérance
qui entoure la racine et le ganglion du nerf occipitale interne, point de rencontre des
trijumeau (V). Au sommet de l’apex, les deux sinus veineux contenus dans la dure-mère, les
circonférences de la tente se croisent l’une sinus droit, sagittal supérieur et transverses.
l’autre, de telle façon que les bords libres de la Au-dessus de la tente du cervelet, l’écaille de
petite circonférence se prolongent vers l’avant l’os occipital est d’origine membraneuse, alors
pour s’insérer sur les processus clinoïdes anté- qu’au-dessous elle est d’origine cartilagineuse.
rieurs du corps du sphénoïde, et les extrémités La différence entre ces deux parties peut
de la grande circonférence sur les processus être palpée chez le nouveau-né. Cette zone
clinoïdes postérieurs. Le bord postérieur de la d’insertion de la tente du cervelet sur l’os
faux du cerveau rejoint le toit de la tente du occipital peut servir de pivot dans la produc-
cervelet au fulcrum de Sutherland. Le sinus tion de dysfonctions occipitales intraosseuses,
droit est contenu dans cette jonction (figure en particulier pendant la naissance. La partie
3.11). supérieure de l’écaille occipitale, plus flexible,
La tente du cervelet est en rapport étroit peut être poussée vers l’avant, avec comme
avec les nerfs crâniens oculomoteur (III), tro- résultat un méplat postérieur au niveau de l’os
chléaire (IV), trijumeau (V) et abducens (VI). occipital. Dans le traitement de telles dysfonc-
Par conséquent, elle peut constituer une tions, la normalisation de la dure-mère est
contrainte potentielle pour ces nerfs, et doit essentielle.
être considérée dans le diagnostic et le traite-
Latéralement, la tente s’insère de part et
ment des dysfonctions trigéminales et oculai-
d’autre des sutures pariétomastoïdiennes.
res [10]. Selon les mêmes principes, d’autres
À cet emplacement, elle contient le sinus
emplacements sont potentiellement critiques,
transverse, là où il devient le sinus sigmoïde.
comme la partie antérieure de la tente du
Pendant l’accouchement, le processus d’ac-
cervelet, où elle participe à la constitution du
commodation avec ses déplacements poten-
toit du sinus caverneux. Les fibres situées
tiels du pariétal peut mettre ce sinus veineux
entre la petite et la grande circonférence de la
sous tension. Parfois, des hémorragies crâ-
tente du cervelet s’enroulent, et passent d’une
niennes se produisent qui, comme les problè-
direction oblique à une direction plus hori-
mes de drainage veineux, peuvent être asso-
zontale. Les nerfs oculomoteur (III) et tro-
ciées à des dysfonctions durales [11].
chléaire (IV) traversent la dure-mère à ce
niveau et passent à travers le sinus caverneux
avant d’entrer dans la fissure orbitaire supé-
rieure. Le nerf abducens (VI) est particulière- Faux du cervelet
ment vulnérable. Il passe au-dessus de l’arête La faux du cervelet est un petit repli de dure-
pétreuse selon un trajet nettement courbé, mère triangulaire, localisé au-dessous de la
avant de passer sous le ligament pétrosphé- faux du cerveau. Elle s’insère en arrière sur la
noïdal, pour rejoindre le III et le IV dans le crête occipitale interne où elle contient le
sinus caverneux. Le ligament pétrosphénoï- sinus occipital. Parfois, elle se divise en deux
dal, une bande fibreuse qui relie le sommet de replis plus petits qui s’insèrent sur le pourtour
l’apex pétreux des os temporaux au bord laté- du foramen magnum. À sa partie supérieure,
ral du dos de la selle est un site où le VI peut elle est fixée à la partie postérieure de la tente
être vulnérable [10]. du cervelet, alors que son bord antérieur est
La protubérance occipitale externe, ou libre, localisé entre les deux hémisphères céré-
inion, est un repère palpable qui peut être belleux.
Le concept crânien 81

Artère ophtalmique
Nerf optique Nerf oculomoteur
Sinus pétreux supérieur Tente du cervelet, bord libre

Attache périphérique
de la tente du cervelet

Sinus transverse gauche Tente du cervelet

Foramen magnum Sinus transverse droit

Confluence des sinus Sinus droit

Figure 3.11. Vue supérieure de la tente du cervelet.


(Source : Gray’s Anatomy, Fig. 8.318, p. 1211.)

Diaphragme de la selle Dure-mère spinale


Le diaphragme de la selle est un petit repli de La dure-mère crânienne est adhérente sur le
dure-mère, horizontal, arrondi qui recouvre pourtour du foramen magnum. La couche
la fosse hypophysaire de la selle turcique de externe ou endostéale se termine à ce niveau ;
l’os sphénoïde. Au centre du diaphragme, elle devient le périoste qui revêt le canal ver-
une ouverture permet le passage de la tige tébral. La couche dure-mérienne interne ou
pituitaire et des vaisseaux sanguins reliant méningienne se prolonge par la dure-mère
l’hypophyse (glande pituitaire) à la base du spinale, séparée du périoste du canal vertébral
cerveau. par l’espace épidural ou extradural. Ce tube
dural adhère au ligament longitudinal posté-
rieur sur les faces postérieures des corps verté-
braux de C2 et C3.
82 Ostéopathie pédiatrique

Espace subarachnoïdien
Artère spinale postérieure
Pie-mère

Rameaux méningés récurrents

Ligament dentelé

Arachnoïde

Artère spinale antérieure

Dure-mère

Figure 3.12. Dure-mère spinale.


(Source : Gray’s Anatomie pour les étudiants, Fig. 2.56, p. 71.)

Tout au long de la colonne, au niveau de avec le périoste. Il est nommé le ligament


chaque foramen intervertébral, la dure-mère central de la moelle épinière pour son rôle
spinale entoure les nerfs spinaux en formant dans le maintien de la position médullaire
un manchon tubulaire qui se mêle au périnè- spinale pendant les mouvements de la
vre dans ou après le foramen intervertébral colonne. Chez le nouveau-né, le sommet du
[12]. Le manchon dure-mérien peut être adhé- cône médullaire est situé au niveau du bord
rent au périoste, en particulier au niveau des supérieur de L3, plus bas que chez l’adulte, où
nerfs spinaux C5–C6 [13] (figure 3.12). il est localisé entre L1 et L2.
Au tiers moyen [14] ou au bord inférieur de On retiendra que toutes ces structures, bien
S2 [2], la dure-mère spinale fusionne avec le que décrites séparément, sont en fait en conti-
filum terminal, un mince filament de tissu nuité. Le plus souvent, la tente du cervelet est
conjonctif investi par la pie-mère, qui pro- visualisée comme une cloison relativement
longe le cône médullaire i. e. le sommet de la horizontale, et la faux du cerveau considérée
moelle spinale. Le filum terminal descend au comme un lien antéropostérieur. Pour autant,
milieu des nerfs spinaux qui forment la queue il faut se souvenir que la dure-mère de la tente
de cheval, et se mêle à la dure-mère au niveau du cervelet se réfléchit de chaque côté pour
de S2. Il se prolonge alors sur la face dorsale du couvrir les temporaux, et en arrière l’écaille de
premier segment coccygien, où il fusionne l’occipital, pendant que la faux se prolonge de
Le concept crânien 83

chaque côté de la suture sagittale pour couvrir base crânienne inclut des parties de l’os occi-
les os pariétaux et retrouver latéralement la pital, la plus grande partie du sphénoïde,
tente du cervelet. Vers l’avant, au niveau du l’ethmoïde et les parties pétreuses des os tem-
sinus caverneux, les fibres de la tente du cer- poraux. Ces éléments crâniens s’organisent à
velet sont en continuité avec celles de la cou- partir du chondrocrâne ; ce sont des sites de
che supérieure du diaphragme de la selle, et développement et de croissance précoces. Le
dans la selle turcique elles se mêlent intime- basicrâne fournit un support pour le cerveau,
ment à la capsule hypophysaire. Postérieure- et présente de nombreux foramens livrant
ment, les duplications durales se prolongent passage à d’importantes structures vasculo-
par la dure-mère spinale. nerveuses. Il peut aussi être considéré comme
Toutes ces structures continues constituent une interface entre les unités craniofaciales
les membranes de tension réciproque, un élé- que sont la voûte du neurocrâne et le viscéro-
ment significatif du concept crânien. Elles crâne. Dès lors, une interaction peut être envi-
unissent les différentes zones du crâne et le sagée entre ces différents constituants, où la
crâne au bassin ; elles forment le core-link. Les morphogenèse de la base impacte la face, et
dysfonctions de la tension membraneuse peu- où inversement les fonctions et dysfonctions
vent être intraspinales et/ou intracrâniennes, du viscérocrâne affectent le basicrâne. Ajou-
et survenir aux périodes prénatales et/ou pos- tons à cela l’environnement où tout ce qui
tnatales. Chez l’enfant, cela revêt une impor- influence les comportements affecte aussi la
tance particulière, car les os incomplètement structure. Ainsi, l’évolution du crâne reflète
ossifiés peuvent se développer selon des aussi les activités déterminées par l’environ-
modèles membraneux dysfonctionnels. De nement des primates non humains et des
plus, chez tous, l’incapacité de reconnaître les êtres humains.
dysfonctions durales peut résulter en une Si une créature ayant une structure corpo-
impossibilité de traiter efficacement les dys- relle parfaitement à l’horizontale, comme le
fonctions somatiques des autres parties du crocodile, essaie de passer de l’horizontale à
corps. une position redressée verticale, ses yeux se
retrouvent dirigés vers le ciel. De ce fait, pour
regarder devant et conserver le regard vers
Mouvements du concept crânien l’avant, une flexion de la tête est nécessaire.
Tout d’abord, la flexion se produit dans les
Évolution phylogénétique vertèbres cervicales et la charnière occipitoat-
Les études d’anatomie et d’anthropométrie loïdienne. Puis, pour compléter le processus
comparées entre les primates non humains et d’orientation des yeux, une flexion vers
les êtres humains modernes sont très utiles l’avant des synchondroses de la base crâ-
pour comprendre non seulement l’évolution nienne est nécessaire. Cette adaptation à la
du crâne, mais aussi celle des dysfonctions posture bipède est la raison la plus communé-
crâniennes au fil du temps. Durant les diffé- ment proposée pour expliquer la flexion de la
rentes phases de l’évolution depuis les pre- base crânienne chez les humains. En fait, la
miers primates aux anthropoïdes, puis finale- flexion de la base crânienne est une des carac-
ment à l’Homo sapiens, les changements dans téristiques les plus significatives de l’évolu-
la forme de la base crânienne semblent avoir tion phylogénétique du crâne, avec une
été extrêmement importants [15]. En fait, une flexion de la base crânienne plus importante
des différences fondamentales entre humains chez les êtres humains que chez les autres
et autres primates est l’augmentation de la primates [16] (figure 3.13).
flexion de la base crânienne dans le sens de la Une autre différence significative entre les
longueur chez les humains. Le basicrâne ou humains et les autres primates est la crois-
84 Ostéopathie pédiatrique

Figure 3.13. Flexion de la base crânienne associée à l’acquisition de la posture bipède.

sance du cerveau ; cette croissance est consi- chez l’Homo sapiens, et 1400 ml chez l’Homo
dérée comme l’un des facteurs significatifs res- sapiens sapiens [18]. Classiquement, la crois-
ponsables des changements dans la forme de sance du cerveau humain est considérée
la base crânienne. À la naissance, le cerveau comme une force expansive qui stimule le
humain est loin d’avoir fini sa croissance. Il développement du crâne osseux. En réponse,
présente alors 25 % de sa taille adulte, en les dimensions de la base crânienne augmen-
atteint 50 % vers la fin de la première année, tent, et dans ce processus, le rôle des synchon-
et 95 % à 10 ans [17]. En comparaison, le droses est essentiel. Pour augmenter encore
cerveau des chimpanzés atteint 80 % de la plus efficacement le volume de la boîte crâ-
taille du cerveau adulte vers la fin de leur nienne afin d’accommoder un cerveau tou-
première année de vie. jours plus gros, une autre possibilité consiste
Au regard des processus évolutionnistes, en l’accroissement de l’angulation de la base,
l’encéphalisation, l’augmentation du volume et par conséquent, la création d’une flexion
du cerveau humain, est une autre caracté- basilaire. Ainsi, le développement de la base
ristique qui explique les différences mor- crânienne humaine commence prénatale-
phologiques de la base crânienne entre ment et continue après la naissance. Vers l’âge
humains et autres primates. À travers l’évolu- de 2 ans, la flexion basilaire est bien établie,
tion humaine, le volume de la boîte crâ- bien que la croissance cérébrale ne soit pas
nienne a progressivement augmenté. Ainsi, le pour autant complétée. En revanche, le pri-
volume crânien est de 500 ml chez l’Australo- mate non humain démontre une flexion de la
pithecus afarentis, 700 ml chez l’Homo habi- base crânienne avant la naissance, puis une
lis, 1000 ml chez l’Homo erectus, 1230 ml extension après la naissance.
Le concept crânien 85

Figure 3.14. L’angle de la base crânienne est ouvert vers le bas et l’avant, et mesure environ
120° chez les humains et 140° chez les anthropoïdes.

L’angle de la base crânienne est l’angula- – la synchondrose intrasphénoïdale, entre le


tion entre le clivus (dos de la selle du sphé- pré- et le postsphénoïde ;
noïde et basiocciput) et le planum sphénoïdal – la synchondrose sphéno-ethmoïdale, entre
(plan de la surface supérieure du sphénoïde). la partie antérieure du sphénoïde et la partie
Il est ouvert vers le bas et l’avant, et mesure postérieure de l’ethmoïde ;
environ 120° chez les humains et 140° chez – la synchondrose sphéno-occipitale ou sphé-
les anthropoïdes (figure 3.14). nobasilaire (SSB), entre la partie basilaire de
Les changements dans la base crânienne l’os occipital et le corps de l’os sphénoïde.
qui résultent dans la flexion se produisent au Ces synchondroses agissent comme des
niveau des trois synchondroses : charnières, et l’augmentation de l’activité
86 Ostéopathie pédiatrique

chondrogénique dans la partie supérieure de Cependant, il y a une limite au degré de


la synchondrose produit une flexion, alors flexion basilaire possible sans interférence
que l’augmentation dans la partie inférieure avec les fonctions et les rapports entre le basi-
de la synchondrose produit une extension. crâne et le viscérocrâne, le pharynx, et le
Chez les primates, la SSB semble être la plus larynx. De ce fait, d’autres modifications sur-
active [19]. La synchondrose intrasphénoï- viennent pour accommoder l’expansion céré-
dale participe à la flexion crânienne pendant brale. Ainsi, concomitamment à la flexion
la période prénatale, et la plupart du temps est basilaire et au développement de l’écaille de
complètement ossifiée à la naissance. La syn- l’os occipital, la taille des os temporaux aug-
chondrose sphéno-ethmoïdale reste un site mente, et les parties pétreuses ajustent leur
actif de croissance basilaire pendant la crois- orientation. Elles se déplacent vers le bas et le
sance cérébrale jusqu’à 6 à 8 ans, où l’essentiel dehors, avec un plus grand déplacement à
de la croissance est atteint. La synchondrose leur partie postérieure, ce qui augmente la
sphéno-ethmoïdale joue aussi un rôle primor- largeur postérieure du crâne [21]. En fait,
dial dans le développement de la face. l’augmentation du volume de la boîte crâ-
nienne évolue toujours parallèlement à
La croissance du cerveau stimule le proces-
l’accroissement du cerveau. De complexes
sus de déposition ostéoblastique suturale et le
interactions se produisent également dans les
remodelage périosté, phénomènes fondamen-
autres parties du crâne, comme l’expansion
taux dans la croissance osseuse crânienne.
latérale des écailles des temporaux [22], la
Simultanément, une résorption ostéoclastique
verticalisation de l’os frontal, et l’augmenta-
se produit aux différents sites, modulant la
tion du diamètre bipariétal. Dans le crâne
déposition osseuse et résultant en une crois-
humain moderne, les dimensions sont modi-
sance apparemment différente selon les zones
fiées dans les trois plans de l’espace pour don-
de la base crânienne. Ces phénomènes se
ner un crâne plus sphérique [23].
retrouvent également entre les diverses parties
d’un os, donnant l’apparence d’une croissance Avec sa localisation au centre de la base
inégale entre les différentes parties. Ainsi chez crânienne, l’os sphénoïde occupe une place
l’humain, parmi les quatre parties de l’os occi- prépondérante ; il connecte le basicrâne et les
pital, le basiocciput ou partie antérieure os du viscérocrâne. Il contient de multiples
démontre la plus faible croissance. En revan- foramens et fissures où logent de nombreuses
che, l’écaille est la partie qui grandit le plus. Ce structures vasculonerveuses, et il s’articule
différentiel de croissance entre ces deux parties avec plusieurs os de la face situés devant lui.
explique pourquoi le foramen magnum sem- De surcroît, la longueur de son corps influence
ble être plus antérieur chez l’humain que chez le degré de la projection faciale par rapport à la
les primates non humains. L’augmentation de fosse crânienne antérieure. En fait, le sphé-
taille de l’écaille de l’os occipital semble pous- noïde humain démontre une diminution de sa
ser le foramen magnum vers l’avant. Une rota- dimension antéropostérieure, ce qui diminue
tion postérieure de l’os occipital ou rotation la projection faciale et peut expliquer la forme
« positive » apparaît, dans le sens des aiguilles moderne du profil humain [24]. Les humains
d’une montre en regardant le crâne du côté présentent des orbites plus fléchies vers l’avant
gauche [20]. Cette modification de la forme que les autres primates [22]. En même temps,
occipitale est le résultat à la fois des forces leur bloc facial a fait une rotation antérieure
intracrâniennes engendrées par le cerveau en par rapport à la base crânienne postérieure ;
croissance, et des forces extracrâniennes cela est associé à une denture beaucoup plus
engendrées par les muscles qui s’insèrent sur réduite et à une diminution de la longueur
l’écaille et se contractent pour maintenir la antéropostérieure de la branche verticale de la
tête dans une position verticale. mandibule. Cette rotation antérieure du bloc
Le concept crânien 87

facial diminue la longueur antéropostérieure dial. Lors de la succion et de la déglutition, les


du nasopharynx [25], ce qui pourrait contri- muscles du pharynx et du palais mou tractent
buer à l’organisation structurale nécessaire les processus ptérygoïdes vers le bas et le
pour le langage [24]. dehors. En entraînant le sphénoïde dans une
rotation antérieure, cette action participe
aussi à la flexion de la base crânienne. Du fait
Développement ontogénétique des tractions qu’elles exercent, la succion et la
Le développement ontogénétique de la base déglutition contribuent au développement de
crânienne suit le même modèle séquentiel l’hamulus ptérygoïdien qui double presque de
que la phylogenèse décrite ci-dessus. À la nais- taille entre l’enfance et l’âge adulte [27]. En
sance, la base crânienne décrit une ligne légè- fait, lorsque l’enfant grandit et que les hamu-
rement courbée, et la synchondrose sphéno- lus ptérygoïdiens se déplacent vers le bas et le
occipitale et le basion, le point le plus dehors, le palais dur s’élargit, et la hauteur des
antérieur du foramen magnum, sont placés orifices postérieurs des cavités nasales, les
sur une ligne presque rectiligne. Le larynx est choanes, augmente. En même temps, le bord
en position haute dans le cou, près de l’os supérieur du vomer se développe vers l’arrière
hyoïde, et la langue est totalement contenue pour atteindre le niveau de la SSB [28].
dans la cavité orale [26] (figure 2.11). Le cerveau humain grossit rapidement pen-
La flexion basilaire initiée pendant la dant les premières années de la vie, stimulant
période fœtale continue après la naissance la croissance du neurocrâne qui est très rapide
jusqu’à la période de l’adolescence [15]. Là les deux premières années de la vie. Vers
encore, les différentes synchondroses de la 2 ans, le périmètre crânien peut atteindre
base crânienne sont sollicitées pour produire 90 % de sa dimension adulte [16]. Vers 3 ans,
la flexion basilaire. Ce sont aussi des sites de la flexion basilaire est pratiquement accom-
croissance ; la synchondrose sphéno-occi- plie [29]. À la même période, les structures
pitale est l’un des plus actifs, ce qui contribue aériennes supérieures ont changé de position
à l’allongement du clivus. La synchondrose [26]. L’os hyoïde et le larynx sont plus bas. La
sphéno-ethmoïdale entre le présphénoïde et langue qui était totalement contenue dans la
la lame criblée contribue à l’allongement de la cavité orale à la naissance descend de telle
partie antérieure de la base crânienne. La façon que, maintenant, sa partie postérieure
croissance s’arrête entre 6 et 8 ans, et cette définit la paroi antérosupérieure du pharynx.
synchondrose fusionne entre la puberté et Un nouvel espace se crée sous la concavité de
l’âge adulte [15]. La base crânienne atteint la base crânienne ; c’est le nasopharynx dont
90 % de sa taille adulte vers 13 ans [16]. la voûte est la synchondrose sphéno-occipi-
En arrière du crâne, la traction exercée par tale. Ce nouvel espace aérien supralaryngien,
la musculature postérieure développe la partie combiné avec la position basse du larynx et
squameuse de l’os occipital lorsque l’enfant avec la mobilité de la langue, permet la pro-
essaie de relever la tête. Plus tard, lorsqu’il duction des sons nécessaires au langage. La
rampe et se redresse, cette action musculaire descente de la langue et du larynx est conco-
est maintenue pendant des périodes plus lon- mitante du changement d’orientation des
gues, ce qui continue à former l’os occipital. muscles constricteurs du pharynx qui tendent
En avant du crâne, les structures myofas- à se verticaliser. Le muscle constricteur supé-
ciales contribuent aussi au développement rieur du pharynx s’insère en partie sur la base
des pièces osseuses sur lesquelles elles sont crânienne, sur la lame médiale des processus
fixées. En effet, les fonctions du viscérocrâne, ptérygoïdes du sphénoïde et sur le raphé pha-
telles que la succion, la déglutition, la masti- ryngien médian qui se prolonge sur le tuber-
cation et le langage, jouent un rôle primor- cule pharyngien de la partie basilaire de l’os
88 Ostéopathie pédiatrique

occipital. En fait, le développement et l’orien- crâne, basicrâne, voûte et viscérocrâne. Il


tation de ces structures par rapport au basioc- démontre aussi l’interdépendance du crâne et
ciput laissent à penser qu’elles contribuent du reste du corps. Ce même modèle de flexion
peut-être aussi à la flexion basilaire [26]. basilaire, couplé à l’expansion latérale des
Ainsi, la base crânienne subit de multiples écailles des os temporaux et à l’augmentation
influences. La traction des muscles posturaux du diamètre bipariétal, est aussi celui décrit
postérieurs combinée avec celle des structures pendant les mouvements crâniens de la phase
myofasciales antérieures participe au proces- inspiratoire du mécanisme respiratoire pri-
sus de flexion basilaire. Pour autant, ces forces maire (MRP).
musculaires externes sont équilibrées par la
résistance interne des membranes de tension Description des mouvements
réciproque que sont la faux du cerveau, la
tente du cervelet et la faux du cervelet. La La description suivante des mouvements
tension membraneuse répartie sur les surfaces osseux du mécanisme craniosacral est un
internes des os du crâne limite efficacement modèle mécanique simple, fondé sur les prin-
les forces exercées par les muscles externes. cipes proposés à l’origine par Sutherland [33].
Les reliefs crâniens, les processus et les crêtes Le but de cette présentation est de décrire la
sur les surfaces externes autant que sur les base hypothétique d’une modalité qui a mon-
surfaces internes reflètent à l’évidence ces for- tré son efficacité durant de nombreuses
ces de traction. années, dans son application clinique sur des
La projection externe du viscérocrâne patients innombrables.
s’exprime dans les traits de la face, caractéristi- À travers tout le corps, il est possible de
ques essentielles dans l’identification d’un palper un micromouvement rythmique, le
individu. Le profil humain comme la position MRP de Sutherland. Le MRP est un phéno-
de la mandibule sont corrélés avec la forme de mène cyclique divisé en deux phases, nom-
la base crânienne [30]. Le profil humain résulte mées l’inspiration et l’expiration crâniennes.
de l’interaction entre les structures nasales, Durant la phase inspiratoire, les structures
oculaires, orales et pharyngiennes incorporées médiales impaires du crâne et du bassin se
au viscérocrâne, et la base crânienne. La pos- déplacent dans la direction de la courbure
ture de la colonne cervicale participe aussi à la fœtale, ce qui est nommé flexion craniosa-
morphogenèse craniofaciale. Une posture avec crale, alors que les structures paires font une
inclinaison cervicale vers l’avant tend à aug- rotation externe. Dans la phase expiratoire,
menter la dimension verticale antérieure de la les structures médiales se déplacent dans la
face ; inversement, une inclinaison cervicale direction opposée, ce qui est nommé exten-
vers l’arrière diminue cette dimension [31,32]. sion craniosacrale, et les structures paires dans
De ce fait, les influences épigénétiques sont le sens de la rotation interne. On retiendra
extrêmement importantes dans l’élaboration que la flexion et l’extension craniosacrales
des structures, fonctions et dysfonctions. À ce décrites ci-dessous diffèrent parfois, et ne doi-
titre, les différentes activités humaines doivent vent pas être confondues avec la flexion et
être évaluées, en particulier celles des premiè- l’extension anatomiques. La description des
res années de la vie. mouvements osseux qui suit est une descrip-
Les influences multifactorielles qui s’exer- tion du mouvement en l’absence de dysfonc-
cent pendant la phylogénie résultent dans tion somatique. Les mécanismes dysfonction-
l’hominisation et la flexion basilaire. Ce mo- nels, précurseurs de la dysfonction somatique,
dèle fondamental de flexion basilaire est sont décrits dans le chapitre 4.
répété pendant l’ontogénie. Il démontre La colonne, la cage thoracique, comme les
l’interdépendance des différentes parties du structures des membres supérieurs et infé-
Le concept crânien 89

rieurs démontrent un mouvement biphasique


Typiquement, chez l’individu qui se repose
associé aux phases inspiratoires et expiratoires
paisiblement, la respiration pulmonaire est
du MRP. Chaque segment vertébral démontre
entraînée au rythme du MRP.
une flexion et une extension craniosacrales.
Le mouvement global de la colonne, en syn-
chronie avec le MRP, entraîne une diminution Mouvement des structures impaires
des courbures antéropostérieures (AP) pen- dans la flexion-extension crânienne
dant la phase d’inspiration et une augmenta- Les structures impaires sont le sacrum et le
tion des courbures pendant la phase d’expira- coccyx, les segments vertébraux de la
tion. Le sternum, en tant que structure colonne, l’os hyoïde, le sternum, l’os occipi-
impaire, démontre un mouvement de flexion tal, l’os sphénoïde, l’os ethmoïde et le vomer.
dans la phase inspiratoire et un mouvement La discussion suivante décrit le mouvement
d’extension dans la phase expiratoire. Les des structures médiales impaires, la flexion
structures paires, les côtes, la ceinture scapu- pendant la phase de l’inspiration crânienne
laire, les membres supérieurs et inférieurs du MRP et l’extension pendant la phase de
démontrent une rotation externe pendant la l’expiration crânienne. La flexion se produit
phase inspiratoire et une rotation interne dans le plan sagittal, autour d’un axe transver-
pendant la phase expiratoire. Ces mouve- sal ; l’extension est le mouvement contraire à
ments sont essentiels dans une approche glo- la flexion.
bale du corps, en particulier dans le traite-
ment des problèmes du système appendi- ■ Sacrum et coccyx
culaire chez les nourrissons et les enfants. L’axe du mouvement pour la flexion-
Lorsque le MRP est palpé par un praticien extension craniosacrale du sacrum est un axe
expérimenté, un mouvement cyclique est hypothétique, transversal et horizontal, qui
perçu, l’impulsion rythmique crânienne est décrit comme passant par la pointe du
(IRC), avec une fréquence de 4 à 14 cycles par processus épineux du deuxième segment
minute [34,35]. L’IRC est différente de la res- sacral [37]. L’emplacement exact de cet axe est
piration pulmonaire et des pulsations cardia- débattu. Pendant la flexion craniosacrale, la
ques. Elle est démontrée concomitante de base du sacrum se déplace vers l’arrière, et
l’oscillation de basse fréquence de Traube- l’apex du sacrum vers l’avant. Pendant
Hering-Mayer, une manifestation du tonus l’extension craniosacrale, la base du sacrum se
sympathique dans le système nerveux auto- déplace vers l’avant, et l’apex du sacrum vers
nome. l’arrière. Les segments sacraux n’ont pas
fusionné chez les nourrissons et les enfants
prépubaires, de telle sorte que la courbure
« Cette oscillation a été mesurée en asso- sacrale normalement convexe vers l’arrière
ciation avec la pression artérielle, la fré- diminue pendant la flexion craniosacrale et
quence cardiaque, la contractilité myocar- augmente pendant l’extension craniosacrale.
dique, le flux sanguin pulmonaire, le flux Le coccyx suit le mouvement du sacrum dans
sanguin cérébral et du liquide cérébrospi- la flexion-extension craniosacrale (figure 3.15).
nal, et les flux sanguins périphériques pre-
nant en compte les activités thermorégu- ■ Vertèbres
latrices. Ce phénomène impliquant tout le
Les mouvements vertébraux peuvent être
corps, avec une fréquence le plus souvent
envisagés segmentairement et par groupe de
légèrement inférieure, et indépendante
vertèbres. L’axe du mouvement pour la
de la respiration présente une ressem-
flexion-extension craniosacrale des vertèbres
blance frappante avec le MRP. [36] »
est un axe transversal horizontal. Pendant la
90 Ostéopathie pédiatrique

Figure 3.15. Mouvement du sacrum. A. Flexion crânienne. B. Extension crânienne.

flexion craniosacrale, la colonne vertébrale jacent. La lordose lombale diminue lorsque


démontre une diminution des courbures AP chaque segment lombal, y compris L5 sur la
dans la phase inspiratoire du MRP. Donc, la base du sacrum, s’incline vers l’avant par rap-
lordose cervicale diminue lorsque chaque seg- port au segment sous-jacent. À l’inverse, pen-
ment cervical, y compris l’occiput sur l’atlas, dant l’extension craniosacrale, la colonne
s’incline vers l’avant par rapport au segment démontre une augmentation des courbures
sous-jacent. La cyphose thoracique diminue AP dans la phase expiratoire du MRP. Donc, la
lorsque chaque segment thoracique s’incline lordose cervicale augmente lorsque chaque
vers l’arrière par rapport au segment sous- segment cervical, y compris l’occiput sur
Le concept crânien 91

styloïdes des os temporaux ; il est donc


influencé par le mouvement des temporaux.
Pendant la flexion craniosacrale, l’os hyoïde
démontre un mouvement où le corps, qui est
la partie centrale, se déplace vers le bas et
l’arrière, et les grandes cornes vers le haut et
l’avant. Pendant l’extension craniosacrale, le
corps se déplace vers le haut et l’avant, et les
grandes cornes vers et le bas et l’arrière. Ces
mouvements sont concomitants de ceux de la
mandibule et de la colonne cervicale.

■ Sternum
Pendant la flexion craniosacrale, tout le ster-
num se déplace vers l’avant, et l’angle sternal
de Louis augmente. Pendant l’extension cra-
niosacrale, le sternum se déplace vers l’arrière,
et l’angle sternal diminue.

■ Os occipital
L’axe du mouvement pour la flexion-exten-
sion crânienne de l’os occipital est un axe
B
transversal horizontal localisé au-dessus du
foramen magnum, au niveau des processus
A jugulaires. Pendant la flexion crânienne, la
surface articulaire antérieure de la partie basi-
laire de l’os occipital se déplace vers l’avant et
Figure 3.16. Mouvement des vertèbres.
le haut, le lambda se déplace vers l’arrière et le
A. Flexion craniosacrale : diminution des bas, et les angles latéraux vers l’arrière et le
courbures vertébrales sagittales. dehors. Pendant l’extension crânienne, la sur-
B. Extension craniosacrale : augmentation face articulaire antérieure de la partie basilaire
des courbures vertébrales sagittales. se déplace vers l’arrière et le bas, le lambda
vers l’avant et le haut, et les angles latéraux
vers l’avant et le dedans (voir ci-après le para-
l’atlas, s’incline vers l’arrière par rapport au graphe « Remarques ») (figure 3.17).
segment sous-jacent. La cyphose thoracique
augmente lorsque chaque segment thoraci- ■ Os sphénoïde
que s’incline vers l’avant par rapport au seg- Nul ne peut comprendre les subtilités du
ment sous-jacent. La lordose lombale aug- mouvement de l’os sphénoïde et ses rapports
mente lorsque chaque segment lombal, y au reste du crâne sans se rappeler que cet os
compris L5 sur la base du sacrum, s’incline consiste en trois parties distinctes à la nais-
vers l’arrière par rapport au segment sous- sance. Le corps et les petites ailes forment la
jacent (figure 3.16). partie centrale, alors que de chaque côté du
corps, les parties latérales sont chacune créées
■ Os hyoïde par la combinaison de la grande aile et du
L’os hyoïde est suspendu par les ligaments processus ptérygoïde. Habituellement, l’ossifi-
stylohyoïdiens aux extrémités des processus cation des synchondroses entre ces trois par-
92 Ostéopathie pédiatrique

Figure 3.18. Mouvement du sphénoïde


dans la flexion crânienne.
Figure 3.17. Mouvement de l’occiput
dans la flexion crânienne.

ties est terminée entre la première et la


deuxième année de la vie. Néanmoins, ces
zones charnières conservent un certain degré
de flexibilité. Pour cette raison, le corps du
sphénoïde est considéré comme une structure
impaire, et les deux unités grande aile–pté-
rygoïde comme des structures paires qui
seront décrites ci-après (voir « Mouvement
des structures paires dans la flexion-extension
crânienne »).
L’axe du mouvement pour la flexion- Figure 3.19. Mouvement de la synchondrose
extension crânienne de la partie centrale du sphénobasilaire dans la flexion.
sphénoïde est un axe transversal horizontal
localisé en avant et en dessous de la selle
turcique. Pendant la flexion crânienne, la par-
tie antérieure du corps se déplace vers le bas,
et le dos de la selle vers le haut, réalisant une
rotation antérieure du corps sphénoïdal dans
le plan sagittal. Pendant l’extension crâ-
nienne, la partie antérieure du corps se
déplace vers le haut, et le dos de la selle vers le
bas, produisant une rotation postérieure du
corps dans le plan sagittal (figures 3.18 à
3.20).

■ Os ethmoïde
Comme l’os sphénoïde, l’os ethmoïde con-
siste en une partie médiale, la lame perpendi- Figure 3.20. Mouvement de la synchondrose
culaire, qui se comporte comme une structure sphénobasilaire dans l’extension.
Le concept crânien 93

Figure 3.22. Mouvement du vomer


dans la flexion crânienne.

Figure 3.21. Mouvement de l’ethmoïde


dans la flexion crânienne. postérieure se déplace vers le bas. Pendant
l’extension crânienne, la partie antérieure du
vomer se déplace vers le bas, et la partie posté-
impaire, et deux parties paires, les labyrinthes, rieure vers le haut (figure 3.22).
qui seront décrites ci-après (« Mouvement des
structures paires dans la flexion-extension ■ Remarques
crânienne »). Le vomer est dans le prolongement caudal à la
L’axe du mouvement pour la flexion- fois de la lame perpendiculaire de l’os eth-
extension crânienne de la partie médiale de moïde et du septum sphénoïdal sagittal. Ce
l’os ethmoïde est un axe transversal horizon- septum sagittal divise le corps du sphénoïde
tal, perpendiculaire à la lame perpendiculaire en deux cavités sinusales. Cet ensemble sagit-
ethmoïdale. Pendant la flexion crânienne, la tal peut être considéré comme une cloison
partie antérieure de la lame perpendiculaire se verticale continue avec la faux du cerveau
déplace vers le haut, et la crista galli, le point au-dessus et le cartilage septal en avant et
de l’insertion antérieure de la faux du cerveau, au-dessous, qui sépare les structures paires et
se déplace vers le haut et vers l’arrière. Le bord unit le neurocrâne et le viscérocrâne.
postérieur de la lame criblée se déplace vers le L’os frontal consiste en deux parties avant
bas, accompagnant ainsi la partie antérieure l’ossification de la suture métopique. Cette
du corps sphénoïdal. Pendant l’extension crâ- origine, et l’insertion de la faux du cerveau sur
nienne, la partie antérieure de la lame perpen- la partie inférieure de la suture métopique
diculaire se déplace vers le bas, et la crista galli entraînent l’os frontal à se comporter comme
vers le bas et l’avant. Le bord postérieur de la une structure paire. Le mouvement de cette
lame criblée se déplace vers le haut avec la structure est décrit dans le paragraphe suivant.
partie antérieure du corps sphénoïdal (figure La mandibule consiste aussi en deux os
3.21). avant la fin de son ossification. Son mouve-
ment est décrit dans le paragraphe suivant.
■ Vomer Tout os vivant consiste en une trame de
L’axe du mouvement pour la flexion-exten- tissu conjonctif calcifié de plus ou moins
sion crânienne du vomer est un axe transver- grande densité selon l’âge et la santé de l’indi-
sal horizontal, perpendiculaire au vomer. Pen- vidu. Durant toute la vie, cette matrice
dant la flexion crânienne, la partie antérieure ouverte permet un certain degré de flexibilité.
du vomer se déplace vers le haut, et la partie Cette flexibilité est évidemment présente
94 Ostéopathie pédiatrique

dans les structures osseuses des nourrissons et Les mouvements des structures paires sont
des enfants. Dès lors, en plus des mouvements décrits par rapport aux trois plans de l’espace.
de flexion-extension crânienne décrits ci-des- Le mouvement majeur, celui de la plus grande
sus, une expansion latérale est aussi palpable amplitude, se produit dans l’un des plans ; les
au niveau des os impairs. C’est le cas des mouvements mineurs d’amplitude variable
angles latéraux de l’occiput, où un déplace- sont situés dans les deux autres plans. On
ment postérieur et latéral peut être palpé dans retiendra que, bien que ces mouvements
la flexion crânienne, et un déplacement anté- soient désignés comme majeur et mineurs,
rieur et médial dans l’extension crânienne. Ce cette désignation est fondée sur l’amplitude
mouvement est mis en évidence dans l’appli- du mouvement et non pas sur l’importance du
cation de la procédure de la compression du mouvement dans le traitement de la dysfonc-
quatrième ventricule (CV4) chez les adoles- tion. En fait, dans le traitement des dysfonc-
cents et les adultes. tions somatiques, tous les aspects du mouve-
ment doivent être considérés également.
À noter Dans chaque cas, les rotations externe et
interne peuvent être décrites comme la résul-
CV4 n’est pas une procédure appropriée tante des mouvements combinés dans les
chez les nourrissons, les enfants, et plus trois plans de l’espace [38]. Cela est un modèle
généralement, avant que l’ossification proposé pour faciliter la visualisation de mou-
occipitale ne soit terminée, en raison du vements autrement complexes. Dans de nom-
risque potentiel de créer des dysfonctions breux cas, le mouvement véritable est la rota-
intraosseuses. tion autour d’un axe qui n’est pas fixe, mais
qui se déplace constamment dans les trois
dimensions de l’espace. De plus, les asymé-
Mouvement des structures paires tries anatomiques résultent en des variations
dans la flexion-extension crânienne de mouvement lorsque l’on compare une
Les structures paires sont les os coxaux, com- structure avec son homologue.
munément nommés iliaques, les membres Ainsi, un axe fixe ne peut être décrit pour
inférieurs, les membres supérieurs, les côtes, aucune des structures paires, puisque cela ne
les os temporaux, les os pariétaux, les deux permettrait qu’un mouvement dans un seul
moitiés de l’os frontal, les parties latérales de plan de l’espace. De ce fait, il est plus satisfai-
l’os sphénoïde (grandes ailes et processus pté- sant de discuter de centres du mouvement qui
rygoïdes), les parties latérales de l’os eth- sont des manifestations de l’interaction entre
moïde, les os zygomatiques, les maxillaires, les différents axes. Ces centres du mouvement
les deux moitiés de la mandibule, les os pala- peuvent se déplacer en fonction des os et des
tins, lacrymaux, nasaux et les cornets. La des- changements dans la posture. En outre, cette
cription suivante indique la rotation externe combinaison des trois composantes du mou-
et la rotation interne des structures paires vement peut varier d’une personne à l’autre et
associées aux mouvements de flexion et chez le même individu d’un moment à
d’extension des structures impaires, pendant l’autre, en fonction des contraintes musculai-
le MRP biphasique. La rotation externe, le res et gravitationnelles, et de la capacité de
mouvement synchrone à la flexion des struc- l’individu de compenser. L’âge, les habitudes
tures impaires, se produit pendant la phase alimentaires, le degré de fatigue, l’état psy-
d’inspiration crânienne ; la rotation interne, choémotionnel, la santé physique et l’exis-
le mouvement synchrone à l’extension des tence de dysfonction somatique sont autant
structures impaires, se produit pendant la de facteurs qui affectent la capacité de com-
phase d’expiration crânienne. penser.
Le concept crânien 95

En raison de la flexibilité des os vivants,


surtout chez les nourrissons et les enfants, les
différents points d’un os ne bougent pas dans
les mêmes amplitudes, ou dans les mêmes
directions. Des zones de résistance variable
sont palpables en fonction des travées osseu-
ses qui résultent des forces de tension. Les
différentes parties d’une structure ne subis-
sent pas les mêmes influences. Ainsi, la des-
cription du mouvement est relative ; c’est tou-
tefois un modèle permettant la visualisation A B
du système, et qui incorpore une convention
Figure 3.23. A. Pendant la flexion-rotation
de langage facilitant la communication entre
les ostéopathes.
externe crânienne, les dimensions
transversales du crâne augmentent et les
dimensions verticales diminuent.
■ Aperçu général
B. Pendant l’extension-rotation interne
Pendant la flexion-rotation externe crâ- crânienne, les dimensions transversales
nienne, tout le crâne s’élargit sous l’influence
du crâne diminuent et les dimensions
du mouvement vers le dehors de la rotation
externe des os pairs. L’arrière du crâne s’élargit
verticales augmentent.
plus que l’avant.
La voûte du crâne descend avec une des-
■ Os iliaques
cente plus importante en arrière du crâne
qu’en avant. Pendant la rotation externe craniosacrale,
chaque os iliaque (ou coxal) démontre un
Les voûtes pariétale, orbitaire et palatine mouvement complexe qui peut être décrit
démontrent des mouvements similaires. dans le contexte des trois plans de l’espace.
Pendant la flexion-rotation externe crâ- Dans le plan sagittal, il démontre une rotation
nienne, globalement, les dimensions trans- antérieure, où l’épine iliaque antérosupé-
versales du crâne augmentent, et les dimen- rieure (EIAS) se déplace vers le bas, le tuber-
sions verticales diminuent. cule pubien vers le bas, l’épine iliaque posté-
rosupérieure (EIPS) vers le haut, et la
Pendant l’extension-rotation interne crâ-
tubérosité ischiatique vers l’arrière et le haut.
nienne, les dimensions transversales du crâne
Ce sont les composantes majeures de la rota-
diminuent, et les dimensions verticales aug-
tion externe.
mentent (figure 3.23).
Les mêmes remarques peuvent être faites Les composantes mineures de la rotation
au niveau du pelvis. externe des os iliaques se produisent dans les
plans coronal (frontal) et transversal (hori-
– Pendant la flexion-rotation externe cranio-
zontal). Dans le plan coronal, l’os iliaque
sacrale, les dimensions pelviennes transver-
démontre une abduction de la crête iliaque et
sales augmentent, et les dimensions vertica-
une adduction de la tubérosité ischiatique.
les diminuent.
Les EIAS et EIPS se déplacent vers le dehors.
– Pendant l’extension-rotation interne cra- Dans le plan transversal, tout l’os iliaque se
niosacrale, les dimensions pelviennes trans- déplace vers le dehors, mais à un degré plus
versales diminuent et les dimensions verti- important au niveau de l’EIPS que de l’EIAS
cales augmentent. (figure 3.24).
96 Ostéopathie pédiatrique

Le mouvement complexe résultant de la une composante majeure et deux composan-


rotation externe de l’os iliaque consiste en la tes mineures tout aussi importantes. En fait, la
combinaison des trois composantes. Cela se rotation externe craniosacrale dans le pied
manifeste comme un mouvement net de peut être comparée à une miniaturisation des
l’EIAS vers le bas, et un mouvement net de mouvements d’inversion du pied, alors que la
l’EIPS vers le haut et le dehors. rotation interne est similaire à une miniaturi-
À l’inverse, pendant la rotation interne cra- sation de l’éversion.
niosacrale, chaque os iliaque démontre un Pendant la rotation externe craniosacrale,
mouvement en sens inverse à ce qui a été dans le plan sagittal, les os du pied démon-
décrit précédemment. La composante trent une flexion plantaire. Cela représente le
majeure est toujours dans le plan sagittal, et mouvement majeur de la rotation externe.
les composantes mineures dans les plans Les composantes mineures de la rotation
coronal et transversal. Le mouvement com- externe surviennent dans les plans coronal et
plexe résultant de la rotation interne de l’os transversal. Dans le plan coronal, les os du
iliaque consiste en la combinaison des trois pied démontrent une supination. Dans le
composantes, et se manifeste comme un plan transversal, les os du pied démontrent
mouvement net vers le haut de l’EIAS et un une adduction.
mouvement net vers le bas et le dedans de Pendant la rotation interne craniosacrale,
l’EIPS. dans le plan sagittal, le mouvement majeur
Le mouvement biphasique des deux EIPS des os du pied est une dorsiflexion. Les com-
est synchrone avec l’action du MRP, et accom- posantes mineures se produisent dans les
mode la flexion et l’extension craniosacrale plans coronal et transversal, et consistent res-
du sacrum. Pendant la phase d’inspiration du pectivement en pronation et abduction.
MRP, lorsque les os iliaques se déplacent en
rotation externe, le déplacement latéral des ■ Membres supérieurs
EIPS ouvre les deux articulations sacro- En synchronie avec le MRP, chacun des os des
iliaques, permettant à la base du sacrum de se membres supérieurs démontre une rotation
déplacer postérieurement pendant la flexion externe et interne. Là encore, les mouvements
craniosacrale. Pendant l’expiration de MRP, des os longs sont relativement simples. Pen-
lorsque les os iliaques se déplacent en rotation dant la flexion craniosacrale, ils démontrent
interne, le déplacement médial des deux EIPS une rotation externe, et pendant l’extension
ferme les articulations sacro-iliaques, accom- craniosacrale, une rotation interne.
pagnant la base du sacrum dans son déplace- Les mouvements des os de la main sont plus
ment antérieur pendant l’extension craniosa- complexes. Ils consistent en mouvements
crale (figure 3.25). combinés dans les trois plans de l’espace avec
une composante majeure et deux composan-
■ Membres inférieurs tes mineures également importantes.
Chacun des os des membres inférieurs démon- Pendant la rotation externe craniosacrale,
tre une rotation externe et interne biphasique les os de la main réalisent une extension dans
en synchronie avec le MRP. Les mouvements le plan sagittal ; c’est le mouvement majeur.
des os longs sont relativement simples ; ils Les composantes mineures se produisent dans
présentent une rotation externe pendant la les plans coronal et transversal. Dans le plan
flexion craniosacrale, et une rotation interne coronal, les os de la main démontrent une
pendant l’extension craniosacrale. abduction, et dans le plan transversal, une
Les mouvements des os du pied sont plus supination.
complexes et consistent en mouvements Pendant la rotation interne craniosacrale,
combinés dans les trois plans de l’espace, avec dans le plan sagittal, le mouvement majeur
Le concept crânien 97

Figure 3.24. Mouvement des os iliaques dans la rotation externe.

Figure 3.25. Mouvement du bassin dans la flexion-rotation externe craniosacrale.


98 Ostéopathie pédiatrique

des os de la main est la flexion. Dans les plans Pendant la rotation interne crânienne, les
coronal et transversal, les composantes mi- os temporaux réalisent les déplacements
neures consistent respectivement en adduc- opposés. La composante majeure est toujours
tion et pronation. dans le plan sagittal, et les composantes
mineures dans les plans coronal et transver-
■ Côtes sal. Le mouvement de rotation interne qui en
Chaque côte présente un mouvement bipha- résulte consiste en la combinaison des trois
sique synchrone avec le MRP, de rotation composantes, où le bord supérieur de la partie
externe et interne. Ainsi, la rotation externe squameuse se déplace vers l’arrière, vers le
craniosacrale des côtes est similaire à une dedans et vers le haut, et la pointe du proces-
miniaturisation du mouvement produit pen- sus mastoïde vers l’avant, vers le dehors et
dant l’inspiration thoracique. Inversement, vers le bas.
pendant la rotation interne, le mouvement Le mouvement biphasique des temporaux
est similaire à une miniaturisation du mouve- est synchrone avec le MRP, et accommode la
ment de la côte pendant l’expiration thoraci- flexion et l’extension crânienne de l’os occipi-
que. tal. Pendant la phase d’inspiration du MRP,
lorsque les temporaux se déplacent en rota-
■ Os temporaux tion externe, le déplacement latéral de la par-
Pendant la rotation externe crânienne, les os tie postérieure des temporaux ouvre les articu-
temporaux démontrent un mouvement com- lations occipitomastoïdiennes et pétrobasi-
plexe qui peut être décrit dans le contexte des laires, permettant à la partie squameuse de
trois plans de l’espace, similaire au mouve- l’os occipital de se déplacer en arrière et en bas
ment des os iliaques. Dans le plan sagittal, ils pendant la flexion crânienne (figure 3.27).
réalisent une rotation antérieure, où le bord Durant la phase d’expiration du MRP, lorsque
supérieur de l’écaille du temporal se déplace les temporaux se déplacent en rotation
vers l’avant et vers le bas, le processus zygo- interne, le déplacement médial de leur partie
matique se déplace vers le bas, et la pointe du postérieure ferme les articulations occipito-
processus mastoïde vers l’arrière et vers le mastoïdiennes et pétrobasilaires, accompa-
haut. Le mouvement dans ce plan sagittal est gnant la partie squameuse de l’os occipital
la composante majeure de la rotation externe. dans son déplacement antérosupérieur pen-
Les composantes mineures de la rotation dant l’extension crânienne.
externe de l’os temporal se produisent dans
les plans coronal et transversal. Dans le plan ■ Os pariétaux
coronal, le temporal démontre une abduction Pendant la rotation externe crânienne, l’os
du bord supérieur de la partie squameuse et pariétal démontre également un mouvement
une adduction de la pointe du processus mas- qui peut être décrit par rapport aux trois plans
toïde. Dans le plan transversal, l’ensemble du de l’espace. Le mouvement majeur se produit
temporal se déplace latéralement mais à un dans le plan transversal. L’ensemble du parié-
plus grand degré au niveau de sa partie posté- tal suit la partie squameuse de l’os temporal
rieure que de sa partie antérieure. dans son déplacement latéral. Ainsi, les bords
Lors du mouvement de rotation externe médial et latéral de l’os pariétal se déplacent
qui résulte de la combinaison des trois com- latéralement, à un plus grand degré en arrière
posantes, le bord supérieur de la partie squa- qu’en avant. Dans le plan coronal, l’ensemble
meuse se déplace vers l’avant, vers le dehors et du pariétal se déplace vers le bas mais à un
vers le bas, et la pointe du processus mastoïde plus grand degré au niveau du bord médial
vers l’arrière, vers le dedans et vers le haut que du bord latéral. Dans le plan sagittal, le
(figure 3.26). bord médial se déplace vers l’arrière avec la
Le concept crânien 99

Figure 3.26. Mouvement des os temporaux dans la rotation externe.

partie squameuse de l’os occipital. Le mouve- ■ Os frontaux


ment de rotation externe des pariétaux parti-
cipe ainsi à l’augmentation de la dimension Les deux moitiés de l’os frontal démontrent
transversale du crâne pendant la flexion- aussi un mouvement qui peut être décrit par
rotation externe. rapport aux trois plans de l’espace. Pendant la
À l’inverse, pendant la rotation interne crâ- rotation externe, dans le plan transversal, la
nienne, le mouvement majeur dans le plan suture métopique se déplace postérieurement
transversal consiste en un déplacement mé- pour répondre à la traction de la faux du
dial du pariétal, avec un plus grand déplace- cerveau. Les processus zygomatiques du fron-
ment au niveau du bord postérieur qu’au tal se déplacent vers l’avant et le dehors. Les
niveau du bord antérieur. Dans le plan coro- bosses frontales s’effacent et l’incisure eth-
nal, l’ensemble du pariétal se déplace vers le moïdale s’élargit. Dans le plan sagittal, la
haut, mais à un plus grand degré au niveau du suture métopique se déplace vers l’arrière et
bord médial que du bord latéral. Dans le plan légèrement vers le haut, accommodant la
sagittal, le bord médial se déplace vers l’avant traction de la faux du cerveau ; le bregma se
avec la partie squameuse de l’os occipital. Ce déplace vers l’arrière et vers le bas, et le bord
mouvement des pariétaux contribue à la postérieur des faces orbitaires et de l’incisure
diminution de la largeur crânienne. ethmoïdale légèrement vers le bas.
100 Ostéopathie pédiatrique

Figure 3.27. Mouvement de l’occiput et des os temporaux


dans la flexion-rotation externe crânienne.

Dans la rotation interne, dans le plan trans- rotation autour d’un axe transversal, et le
versal, la suture métopique se déplace anté- frontal, dont le mouvement autour d’un axe
rieurement, et les processus zygomatiques en similaire est une rotation en sens inverse. Lors
arrière et en dedans. Les bosses frontales sont des tests d’écoute, les deux mouvements ne
plus proéminentes et l’incisure ethmoïdale doivent pas être confondus. Par ailleurs, les
plus étroite. Dans le plan sagittal, la suture parties inférolatérales du frontal reposent sur
métopique se déplace vers l’avant et légère- les grandes ailes du sphénoïde qu’elles restrei-
ment vers le bas, le bregma vers l’avant et le gnent, et qui, de ce fait, ne se déplacent pas
haut, et le bord postérieur des faces orbitaires inférieurement autant que le corps sphénoï-
et de l’incisure ethmoïdale légèrement vers le dal dans la flexion-rotation externe.
haut.
■ Parties latérales du sphénoïde
■ Remarques
Les faces latérales des grandes ailes du sphé-
Les articulations frontosphénoïdales et les noïde peuvent être considérées comme des
processus zygomatiques du frontal sont des prolongements antérieurs des parties squa-
zones charnières importantes entre le sphé- meuses des os temporaux. Le sphénoïde est
noïde, dont le mouvement simplifié est une souvent comparé à un oiseau. Les processus
Le concept crânien 101

ptérygoïdes représentent les pattes de l’oiseau les de la grande aile donne une sensation de
et les grandes ailes, les ailes de l’oiseau qui se déplacement médial lorsque le corps du sphé-
déplient lorsqu’il prend son envol. noïde se déplace vers l’arrière. Simultané-
Les parties latérales du sphénoïde consis- ment, les extrémités inférieures des processus
tent, de chaque côté, en une grande aile et un ptérygoïdes se déplacent vers l’avant, le
processus ptérygoïde. Pendant la rotation dedans et le haut.
externe crânienne, ces parties démontrent un
mouvement complexe qui peut être décrit ■ Labyrinthes ethmoïdaux
dans le contexte des trois plans de l’espace. Les labyrinthes ethmoïdaux sont suspendus
Dans le plan sagittal, les grandes ailes et les sous les bords de l’incisure ethmoïdale du
processus ptérygoïdes se déplacent en rotation frontal et s’articulent à leur partie inférieure
antérieure en suivant le corps du sphénoïde, avec les maxillaires ; ainsi, ils subissent
mais ils sont restreints par le frontal. Ainsi, ils l’influence des deux. Pendant la rotation
sont maintenus dans une position haute par externe crânienne, les labyrinthes ethmoï-
rapport au déplacement vers le bas du corps daux démontrent un mouvement dans les
sphénoïdal dans la flexion crânienne. Dans le trois plans de l’espace. Dans le plan sagittal,
plan coronal, les grandes ailes se déplacent ils font une rotation postérieure, accompa-
latéralement avec les parties squameuses des gnant la lame perpendiculaire de l’ethmoïde.
os temporaux, comme les processus ptérygoï- Les parties antérieures des labyrinthes eth-
des qui se déplacent latéralement avec les os moïdaux se déplacent vers le haut, comme la
palatins. Dans le plan transversal, les faces crista galli, et les parties postérieures vers le
externes des grandes ailes se déplacent vers bas. Dans le plan coronal, les labyrinthes
l’avant et le dehors, « remplissant » les fosses s’écartent l’un de l’autre, comme les bords de
temporales. Bilatéralement, l’angle entre les l’incisure ethmoïdale et les maxillaires, parti-
faces orbitaire et temporale des grandes ailes cipant ainsi à l’élargissement global du crâne.
augmente. À la palpation, la partie supérieure Le mouvement des labyrinthes ethmoïdaux
des faces temporales de la grande aile donne est plus grand au niveau inférieur. Dans le
une sensation de déplacement latéral lorsque plan transversal, les labyrinthes se déplacent
le corps du sphénoïde se déplace vers l’avant. de telle sorte que la face latérale se dirige vers
Pendant ce temps, les extrémités inférieures l’avant et la face médiale vers l’arrière. Les
des processus ptérygoïdes se déplacent vers parties latéropostérieures présentent le plus
l’arrière, le dehors et le bas. grand déplacement.
Pendant la rotation interne, dans le plan Pendant la rotation interne crânienne dans
sagittal, les grandes ailes et les processus pté- le plan sagittal, les labyrinthes ethmoïdaux
rygoïdes du sphénoïde se déplacent en rota- font une rotation antérieure. Les parties anté-
tion postérieure en suivant le corps du sphé- rieures se déplacent vers le bas et les parties
noïde, mais dans une amplitude moindre, en postérieures vers le haut. Dans le plan coro-
raison de l’influence du frontal. Dans le plan nal, ils se rapprochent, comme les bords de
coronal, les grandes ailes se déplacent média- l’incisure ethmoïdale et les maxillaires, parti-
lement avec les temporaux, et les processus cipant à la diminution de la largeur du crâne.
ptérygoïdes se déplacent médialement avec Le mouvement est plus grand au niveau infé-
les os palatins. Dans le plan transversal, les rieur. Dans le plan transversal, les labyrinthes
faces externes des grandes ailes se déplacent ethmoïdaux se déplacent de telle sorte que la
en arrière et en dedans, creusant les fosses face latérale se dirige vers l’arrière et la face
temporales. L’angle entre les faces orbitaire et médiale vers l’avant. Les parties latéroposté-
temporale des grandes ailes diminue. À la pal- rieures démontrent le plus grand déplace-
pation, la partie supérieure des faces tempora- ment.
102 Ostéopathie pédiatrique

■ Os zygomatique par conséquent, les dents présentent une ves-


Les os zygomatiques sont des structures essen- tibuloversion ; l’espace interincisif s’élargit.
tielles qui équilibrent les forces entre le sphé- Dans le plan transversal, les parties latérales se
noïde, les temporaux et les maxillaires. Pen- déplacent en avant et les parties médiales en
dant la rotation externe crânienne, les os arrière. Les parties latéropostérieures présen-
zygomatiques démontrent des mouvements tent le plus grand mouvement et le palais
dans les trois plans de l’espace. Dans le plan s’élargit.
sagittal, ils se déplacent de telle sorte que les
bords orbitaires vont vers l’avant et le bas, et À noter
les bords inférieurs vers l’arrière et le haut. Les
Il existe une similitude avec les pariétaux,
pommettes, qui sont le reflet des parties infé-
la voûte pariétale démontrant le même
rieures des faces latérales des os, sont donc
déplacement que la voûte palatine.
effacées. Dans le plan coronal, les os zygoma-
tiques contribuent à l’élargissement général
Les faces latérales des processus frontaux se
du crâne et des cavités orbitaires. Leurs bords
frontalisent.
supérieurs se déplacent latéralement, et les
bords inférieurs médialement. Dans le plan Pendant la rotation interne crânienne,
transversal, tout le zygomatique se déplace dans le plan sagittal, la partie antérieure des
latéralement, avec un plus grand déplacement maxillaires se déplace vers le bas, la partie
de la partie médiale que de la partie latérale. postérieure vers le haut, et le palais se creuse.
Pendant la rotation interne, dans le plan Dans le plan coronal, les parties latérales vont
sagittal, les bords orbitaires des zygomatiques vers le dedans et le bas, et les parties médiales
se déplacent vers l’arrière et le haut, et les vers le dedans et le haut. Là encore, le mouve-
bords inférieurs vers l’avant et le bas. Les ment est plus important au niveau inférieur
pommettes sont alors plus marquées. Dans le des maxillaires, et les dents sont, par consé-
plan coronal, ils participent à la diminution quent, en linguoversion ; l’espace interincisif
de largeur du crâne et des orbites. Leur bord est resserré. Dans le plan transversal, les par-
supérieur se déplace médialement et leur bord ties latérales se déplacent en arrière et les par-
inférieur latéralement. Dans le plan transver- ties médiales en avant. Les parties latéroposté-
sal, tout le zygomatique se déplace médiale- rieures présentent toujours le plus grand
ment, avec toujours un plus grand déplace- mouvement. Dès lors, le palais est plus étroit,
ment de la partie médiale que de la partie et les faces latérales des processus frontaux se
latérale. sagittalisent.

■ Maxillaires ■ Hémimandibules
Les maxillaires sont des structures primordia- Les deux hémimandibules sont réunies à la
les dans le viscérocrâne. Pendant la rotation symphyse mentonnière. Elles subissent
externe crânienne, ils démontrent des mouve- l’influence du viscérocrâne et des temporaux
ments dans les trois plans de l’espace. Dans le à leur partie supérieure. Elles sont influencées
plan sagittal, la partie antérieure des maxillai- par diverses structures, comprenant la langue,
res se déplace vers le haut, la partie posté- l’os hyoïde, les muscles hyoïdiens, et les élé-
rieure vers le bas, et le palais descend. Dans le ments myofasciaux de la région cervicothora-
plan coronal, les parties latérales vont vers le cique à leur partie inférieure. Pendant la rota-
dehors et le haut, et les parties médiales vers le tion externe crânienne et le déplacement
dehors et le bas, et la concavité palatine dimi- postérieur des fosses mandibulaires tempora-
nue. Le mouvement est plus important au les, le corps de la mandibule recule et le men-
niveau de la partie inférieure des maxillaires ; ton est donc en retrait.
Le concept crânien 103

Pendant la rotation interne crânienne, le le bas. Dans le plan coronal, le bord inférieur
corps de la mandibule avance et le menton se déplace vers le dehors et le haut, et le bord
devient plus proéminent. supérieur vers le dehors et le bas ; le déplace-
ment latéral est plus important au niveau du
■ Os palatins bord inférieur. Dans le plan transversal, le
Les os palatins sont localisés en arrière des bord antérieur se déplace vers l’arrière et le
maxillaires et en avant du sphénoïde. La réu- bord postérieur vers l’avant, avec un déplace-
nion de leurs lames horizontales forme la par- ment plus important au niveau postérieur.
tie postérieure du palais dur. Les os palatins Pendant la rotation interne crânienne,
suivent les mouvements des maxillaires dans dans le plan sagittal, le bord antérieur se
la rotation externe et la rotation interne crâ- déplace vers le bas et le bord postérieur vers le
niennes. Pendant la rotation externe, ils haut. Dans le plan coronal, le bord inférieur se
démontrent un mouvement dans les trois déplace vers le dedans et le bas, et le bord
plans de l’espace. Dans le plan sagittal, ils se supérieur vers le dedans et le haut ; le déplace-
déplacent vers le bas, la partie postérieure ment est plus important au niveau inférieur.
avec une plus grande amplitude que la partie Dans le plan transversal, le bord antérieur se
antérieure. Dans le plan coronal, ils se dépla- déplace vers l’avant et le bord postérieur vers
cent comme les maxillaires, la partie latérale l’arrière, avec un déplacement plus important
vers le dehors et le haut, et la partie médiale au niveau postérieur.
vers le dehors et le bas. Ce mouvement est
plus grand au niveau de la partie inférieure ■ Os nasaux
des os palatins. Dans le plan transversal, Les os nasaux sont localisés en avant des pro-
comme pour les maxillaires, les parties latéra- cessus frontaux des maxillaires, eux-mêmes
les se déplacent vers l’avant et les parties placés juste en avant des os lacrymaux. Par
médiales vers l’arrière. Par conséquent, conséquent, les os nasaux démontrent un
l’arrière du palais s’élargit. mouvement dans les trois plans de l’espace
Pendant la rotation interne, dans le plan similaire à celui des processus frontaux des
sagittal, les deux os se déplacent vers le haut, maxillaires et des os lacrymaux, comme décrit
la partie postérieure avec une plus grande ci-dessus. Chez les nourrissons et les enfants,
amplitude que la partie antérieure. Dans le bien que petits, ces os contribuent d’une
plan coronal, la partie latérale se déplace vers manière significative à la physiologie nasale.
le dedans et le bas, et la partie médiale vers le
dedans et le haut, avec un plus grand mouve- ■ Cornet nasal inférieur
ment à la partie inférieure des os palatins. Chacun des deux cornets inférieurs s’articule
Dans le plan transversal, les parties latérales se latéralement avec la face nasale de l’os maxil-
déplacent vers l’arrière et les parties médiales laire homolatéral. À la partie supérieure, le
vers l’avant. Par conséquent, le palais est plus processus ethmoïdal du cornet s’articule avec
étroit. le processus uncinatus de l’ethmoïde, et le
processus lacrymal s’articule avec le bord infé-
■ Os lacrymaux rieur de l’os lacrymal. Leur mouvement dans
Les os lacrymaux sont de petite taille. Pendant les trois plans de l’espace est similaire à celui
les rotations externe et interne, ils présentent des os maxillaires, comme décrit ci-dessus.
le même mouvement dans les trois plans de
l’espace que les faces latérales des labyrinthes Autres mouvements physiologiques
ethmoïdaux. Pendant la rotation interne, La flexion-extension craniosacrale et les rota-
dans le plan sagittal, leur bord antérieur se tions externe et interne sont perceptibles
déplace vers le haut et le bord postérieur vers comme une succession de micromouvements
104 Ostéopathie pédiatrique

qui se répètent rythmiquement et sont palpa- sacrale vers la gauche est nommée torsion
bles à travers tout le corps s’il n’existe pas de gauche. En l’absence de dysfonction, les os du
dysfonction. Ce mouvement existe durant bassin suivent le mouvement du sacrum.
toute la vie d’un individu. Cependant, des Donc, avec une torsion sacrale gauche, l’os
facteurs endogènes aussi bien qu’exogènes iliaque gauche démontre une rotation interne,
peuvent affecter le modèle du MRP décrit où le mouvement postérieur est le déplace-
ci-dessus. Par exemple, lors de l’inclinaison de ment majeur ; et l’os iliaque droit démontre
la tête, le maintien du regard à l’horizontal une rotation externe, où le mouvement anté-
pour fixer les yeux sur un objet produit une rieur est le déplacement majeur.
contraction des muscles extraoculaires qui, à
leur tour, agissent sur le sphénoïde, l’empê- ■ Colonne vertébrale
chant de suivre l’occiput dans l’inclinaison Les autres mouvements physiologiques
craniocervicale. Le point d’équilibre entre le démontrés par les vertèbres de la colonne sont
sphénoïde et l’occiput est localisé à hauteur de le sidebending et la rotation, similaires aux
la SSB, qui est par conséquent placée dans une mouvements décrits par Fryette [40]. Le side-
torsion compensatrice. Cela constitue une bending se produit autour d’un axe antéro-
réponse secondaire à un changement de posi- postérieur horizontal et est défini par le côté
tion et, parce que cet état n’est pas fixé, cela de la concavité. Le processus transverse du
n’est pas une dysfonction. Ainsi, un individu côté de la concavité est rapproché du proces-
fonctionnellement équilibré doit pouvoir sus transverse sous-jacent, alors que du côté
assumer de telles compensations bila- de la convexité, ils sont séparés. Le processus
téralement et symétriquement tout en mainte- épineux est incliné du côté de la concavité.
nant le rythme biphasique du MRP. Dès lors, La rotation se produit autour d’un axe ver-
en plus de la flexion-extension crânienne et tical ; elle est définie par la direction vers
des rotations externe et interne, d’autres mou- laquelle la partie antérieure du corps vertébral
vements peuvent être identifiés au niveau du a tourné. Le processus transverse du côté de la
sacrum et du bassin, de la colonne et du crâne. rotation est postérieur, alors que de l’autre
côté il est antérieur. L’extrémité du processus
■ Sacrum et bassin épineux est déviée du côté opposé à celui de la
Les autres mouvements physiologiques rotation.
démontrés par les vertèbres sacrales sont le Ces mouvements sont le plus souvent cou-
sidebending (inclinaison latérale) et la rota- plés et peuvent se produire dans la même
tion. Le sidebending se produit autour d’un direction ou en direction opposée. Lorsqu’un
axe antéropostérieur horizontal, et la rotation individu est dans une position d’inclinaison
autour d’un axe vertical. Bien que les seg- et de rotation, le MRP biphasique est toujours
ments sacraux ne soient pas totalement ossi- palpable, reflétant toutefois la position prise
fiés pendant l’enfance, en l’absence de dys- par le sujet. De ce fait, ce qui est senti n’est pas
fonction, le sacrum s’incline et tourne comme une flexion-extension pure, mais un mouve-
une seule unité. La combinaison du sideben- ment biphasique consistant en une combinai-
ding et de la rotation sacrales résulte en une son de flexion-extension, et de sidebending et
torsion, comme si les mouvements se produi- de rotation positionnels. On retiendra que ces
saient autour d’un axe oblique [39]. Le side- modèles mécaniques ne sont pas dysfonction-
bending de la colonne sus-jacente détermine nels. En l’absence de dysfonction somatique,
le côté de l’axe oblique ; ainsi, une inclinaison cette asymétrie dans ce qui est palpé redevient
droite engage l’axe oblique droit. La torsion une flexion-extension pure lorsque le sujet
sacrale est nommée par le côté vers lequel la retourne à une position anatomique symétri-
rotation sacrale se produit ; ainsi, une rotation que.
Le concept crânien 105

■ Crâne se déplace vers le bas. En l’absence de dysfonc-


Pendant toute la vie, le crâne conserve une tion somatique crânienne, ce mouvement
certaine flexibilité, permettant des mouve- existe symétriquement, avec les déplacements
ments de flexion-extension et des ajuste- en torsion droite et gauche démontrant les
ments compensateurs. Cette capacité de mêmes quantité et qualité.
micromouvement qui diminue avec l’âge est La torsion est accompagnée de mouve-
en revanche incontestable chez les nourris- ments au niveau des os pairs, avec une ten-
sons et les enfants. Les autres mouvements dance vers la rotation externe du côté de la
physiologiques crâniens consistent en torsion torsion, et vers la rotation interne de l’autre
et sidebending-rotation de la SSB. Ces mouve- côté. Ainsi, avec une torsion droite, le tempo-
ments surviennent lors d’activités physiologi- ral droit suit l’occiput dans son déplacement
ques, telle la mastication, et comme accom- vers le bas, et a tendance à tourner en rotation
modation au mouvement vertébral sous- externe. Le temporal droit, cependant, s’arti-
jacent. Ces mouvements sont traditionnel- cule aussi en avant avec la grande aile droite
lement décrits comme se produisant au du sphénoïde, qui se déplace vers le haut pen-
niveau de la SSB, mais le reste du crâne accom- dant la torsion droite. Donc, le mouvement
mode tout autant. Afin de comprendre ces du temporal droit, dans cet exemple, n’est pas
mouvements, on doit se souvenir de la com- une rotation externe pure, mais modulée. La
pliance des os vivants et de leur capacité de modulation survient principalement au
s’adapter aux contraintes qu’ils subissent. niveau de la partie membraneuse de l’os tem-
Ainsi, avec la torsion et le sidebending- poral. Cette torsion intraosseuse squameuse
rotation, les mouvements se produisent non est particulièrement possible dans un crâne
seulement au niveau de la SSB, mais aussi à flexible comme chez un nourrisson ou un
travers tout le crâne, avec des manifestations enfant.
suturales et intraosseuses.
Sidebending-rotation
Torsion Le sidebending-rotation de la SSB se produit
La torsion de la SSB se produit comme un comme un mouvement complexe qui
mouvement autour d’un axe antéroposté- consiste en deux composantes, impliquant
rieur. Cet axe est la ligne qui joint le nasion et chacune des axes de mouvement différents.
l’opisthion. Lors de la torsion, le sphénoïde et L’occiput et le sphénoïde tournent dans la
l’occiput tournent autour de cet axe, en direc- même direction autour d’un axe antéroposté-
tions opposées. Ainsi, lorsque le corps du rieur. Cet axe est la ligne qui joint le nasion et
sphénoïde tourne autour de cet axe, un côté l’opisthion. Ainsi, lorsque le corps du sphé-
est plus haut que l’autre. La grande aile du noïde tourne autour de cet axe, un côté est
sphénoïde est déplacée vers le haut de ce côté, plus haut que l’autre. La grande aile du sphé-
pendant que la grande aile de l’autre côté est noïde est déplacée vers le haut de ce côté,
déplacée vers le bas. En même temps, l’occi- pendant que la grande aile de l’autre côté est
put tourne, se déplaçant vers le bas du côté de déplacée vers le bas. En même temps, l’occi-
la grande aile haute et vers le haut de l’autre put tourne avec le sphénoïde, se déplaçant
côté (figure 3.28). vers le haut du côté de la grande aile haute et
La torsion est nommée du côté où la vers le bas de l’autre côté.
grande aile du sphénoïde se déplace vers le Simultanément, l’occiput et le sphénoïde
haut. Par exemple, lors d’une torsion droite, la se déplacent dans des directions opposées
partie latérale droite du corps du sphénoïde et autour de deux axes verticaux, un pour cha-
la grande aile droite se déplacent vers le haut, que os, un passant par le centre du corps du
alors que la partie latérale droite de l’occiput sphénoïde, l’autre par le foramen magnum.
106 Ostéopathie pédiatrique

Figure 3.28. Mouvement de la synchondrose sphénobasilaire dans la torsion droite.

La grande aile du sphénoïde et l’occiput ment, avec les déplacements en sidebending-


s’écartent l’un de l’autre d’un côté, la grande rotation droit et gauche démontrant les
aile se déplaçant vers l’avant et l’occiput vers mêmes quantité et qualité.
l’arrière. De l’autre côté, la grande aile et
l’occiput se rapprochent l’un de l’autre. Cela Le sidebending-rotation est accompagné de
produit un sidebending entre le sphénoïde et mouvements au niveau des os pairs. Sur le côté
l’occiput au niveau de la SSB, avec comme du sidebending-rotation, où la grande aile se
résultat une convexité d’un côté et une conca- déplace vers le bas, les os influencés par le
vité de l’autre (figure 3.29). sphénoïde ont tendance à démontrer une
rotation interne. Sur ce même côté, il y a une
Le sidebending-rotation est nommé du tendance vers la rotation externe de l’os tem-
côté où la grande aile et l’occiput sont dépla- poral qui suit l’occiput. Le temporal s’articule
cés vers le bas. Par exemple, dans un aussi en avant avec la grande aile du sphé-
sidebending-rotation gauche, la partie latérale noïde qui se déplace vers le bas et vers l’avant.
gauche du corps du sphénoïde et la grande Deux influences affectent le temporal, une
aile gauche se déplacent vers le bas et vers l’entraînant vers l’avant, l’autre vers l’arrière.
l’avant, alors que la partie latérale gauche de Le temporal est au milieu, et bien qu’il suive
l’occiput se déplace vers le bas et vers l’arrière. l’occiput, sa partie antérieure de l’écaille est
En l’absence de dysfonction somatique crâ- aussi affectée par le sphénoïde. Si l’influence
nienne, ce mouvement existe symétrique- postérieure est plus importante que l’influence
Le concept crânien 107

Figure 3.29. Mouvement de la synchondrose sphénobasilaire


dans le sidebending-rotation gauche.

antérieure, alors le sphénoïde sera affecté par niveau de la partie membraneuse des os, telle
le temporal. Un compromis doit survenir, soit que la partie squameuse de l’os temporal ou la
au niveau de la grande aile du sphénoïde, soit grande aile du sphénoïde. Les espaces anato-
au niveau de la partie squameuse de l’os tem- miques comme la fissure orbitaire supérieure
poral. Dès lors, ici encore, le mouvement de permettent aussi un certain jeu.
l’os temporal n’est pas une rotation externe
pure. De nouveau, pour comprendre le Remarques
sidebending-rotation il faut se souvenir de la Les mouvements de torsion et de sidebending
modulation des mouvements des os pairs. peuvent être comparés aux mouvements ver-
Cette modulation, qui est extrêmement pro- tébraux. La SSB peut être considérée comme
bable dans les crânes flexibles des nourrissons une articulation intervertébrale modifiée,
et des enfants, se produit essentiellement au dont l’orientation comparée à celle du reste
108 Ostéopathie pédiatrique

de la colonne, par rapport à la position anato- Références


mique, a changé. Bien que l’orientation des
disques intervertébraux soit d’une manière 1 Sutherland WG. Teachings in the science of Osteo-
pathy. Fort Worth, TX : Sutherland Cranial Tea-
prédominante dans le plan transversal, du fait
ching Foundation, Inc. ; 1991. p. 107.
de la flexion de la charnière craniocervicale 2 Williams PL, ed. Gray’s Anatomy. 38th ed.
nécessaire à l’accommodation posturale de la Edinburgh : Churchill Livingstone ; 1995.
bipédie, l’orientation du plan de la SSB est 3 Arbuckle BE. The selected writings de Beryl E.
oblique vers le bas et l’avant. Arbuckle, D.O., F.A.C.O.P. Newark, OH : American
Ainsi, la torsion peut être comparée à une Academy de Osteopathy ; 1971. p. 67.
4 Bosma JF, ed. Symposium on development of the
simple rotation vertébrale, où le déplacement
basicranium. Bethesda Maryland : US Department
du corps du sphénoïde peut être comparé au of Health, Education, and Welfare (DHEW publica-
déplacement du corps vertébral, et le déplace- tion [NIH] 76-989) ; 1976.
ment des grandes ailes à celui des processus 5 Opperman LA, Passarelli RW, Morgan EP, Reintjes
transverses. Les mouvements couplés du M, Ogle RC. Cranial sutures require tissue interac-
sidebending-rotation diffèrent de ceux de la tions with the dura mater to resist obliteration in
colonne vertébrale parce que le sphénoïde et vitro. Journal of Bone and Mineral Research 1995 ;
10 (12) : 1978-87.
l’os occipital tournent ensemble dans la
6 Nemzek WR, Brodie HA, Hecht ST, Chong BW,
même direction. Seule la composante du side-
Babcook CJ, Seibert JA. MR, CT, and plain film
bending peut être comparée au mouvement imaging of the developing skull base in fetal speci-
du sidebending vertébral. mens. Am J Neuroradiol 2000 ; 21 (9) : 1699-706.
En ostéopathie crânienne, quel que soit le 7 Glossary of Osteopathic Terminology. In : Ward
mouvement physiologique considéré, il faut RC, ed. Foundations for Osteopathic Medicine.
2nd ed. Baltimore : Williams et Wilkins ; 2003.
se souvenir que tout le crâne est impliqué à
p. 1232.
travers l’influence des membranes intracrâ-
8 Sutherland WG. Teachings in the science of Osteo-
niennes. La couche externe de la dure-mère est pathy. Fort Worth, TX : Sutherland Cranial Tea-
contiguë au périoste des os crâniens, unissant ching Foundation, Inc. ; 1991. p. 45.
fonctionnellement de cette façon tous les os 9 Klintworth GK. The ontogeny and growth of the
du crâne. La faux du cerveau joue un rôle human tentorium cerebelli. Anat Rec 1967 ; 158
significatif en reliant les os frontal et ethmoïde (4) : 433-41.
dans la partie antérieure du crâne à l’os occipi- 10 Magoun HI Sr. Entrapment neuropathy of the cen-
tal dans la partie postérieure du crâne. Du fait tral nervous system. II. Cranial nerves I-IV, VI-VIII,
XII. J Am Osteopath Assoc 1968 ; 67 (7) : 779-87.
de ces membranes de tension réciproque, les
11 Arbuckle BE. The selected writings of Beryl E.
mouvements de torsion et de sidebending-
Arbuckle, D.O., F.A.C.O.P. Newark OH : American
rotation impliquent le sphénoïde et tous les os Academy of Osteopathy ; 1971. p. 135.
localisés dans la partie antérieure du crâne, 12 Wiltse LL. Anatomy of the extradural compart-
autant que l’os occipital et les structures qui ments of the lumbar spinal canal. Peridural mem-
lui sont associées. En plus, ce lien se prolonge brane and circumneural sheath. Radiol Clin North
par les fibres durales dans le canal vertébral, Am 2000 ; 38 (6) : 1177-206.
unissant fonctionnellement le crâne avec la 13 Sunderland S. Mechanisms of cervical nerve root
colonne vertébrale et le sacrum. Cela participe avulsion in injuries of the neck and shoulder. J
à la constitution du core-link. Ces principes de Neurosurg 1974 ; 41 (6) : 705-14.
l’unité fonctionnelle doivent être continuelle- 14 McDonald A, Chatrath P, Spector T, Ellis H. Level of
termination of the spinal cord and the dural sac : a
ment présents à l’esprit lors du diagnostic et magnetic resonance study. Clin Anat 1999 ; 12 (3) :
du traitement des dysfonctions somatiques de 149-52.
n’importe quelle partie du corps. L’ostéopa- 15 Lieberman DE, Ross CF, Ravosa MJ. The primate
thie crânienne n’est pas, comme son nom cranial base : ontogeny, function, and integration.
semble le suggérer, limitée à la tête. Am J Phys Anthropol 2000 ; Suppl 31 : 117-69.
Le concept crânien 109

16 Scott JH. The cranial base. Am J Phys Anthropol 28 Takagi Y. Human postnatal growth of vomer in
1958 ; 16 (3) : 319-48. relation to base of cranium. Ann Otol Rhinol
17 Coqueugniot H, Hublin JJ, Veillon F, Houet F, Jacob Laryngol 1964 ; 73 : 238-41.
T. Early brain growth in Homo erectus and implica- 29 Stamrud L. External and internal cranial base. Acta
tions for cognitive ability. Nature 2004 ; 431 Odontol Scand 1959 ; 17 : 239-66.
(7006) : 299-302.
30 Moss ML, Greenberg SN. Post-natal growth of the
18 Kamina P. Précis d’anatomie clinique. Paris :
human skull base. Angle Orthodontist 1955 ; 25 :
Maloine ; 2002.
77-84.
19 Melsen B. Time of closure of the spheno-occipital
synchondrosis determined on dry skulls. A radio- 31 Solow B, Tallgreen A. Head posture and craniofacial
graphic craniometric study. Acta Odontol Scet morphology. Am J Phys Anthropol 1976 ; 44 :
1969 ; 27 (1) : 73-90. 417-36.
20 Delattre A, Fenart R. Le développement du crâne 32 Solow B, Siersbaek-Nielsen S. Growth changes in
du gorille et du chimpanzé comparé au développe- head posture related to craniofacial development.
ment du crâne humain. Bull Mem Soc Anthropol Am J Orthod 1986 ; 89 : 132-40.
1956 ; 6 : 159-73. 33 Sutherland WG. The cranial bowl. Mankato, MN :
21 Delattre A, Fenart R. La torsion du rocher des pri- Free Press Company ; 1939. Reprinted : Indianapo-
mates et de l’homme. J Sci Med Lille 1961 ; 79 : lis, IN : American Academy of Osteopathy ; 1986.
304-7.
34 Becker RE. The stillness of life. Brooks RE, ed. Port-
22 Ross C, Henneberg M. Basicranial flexion, relative
land, OR : Stillness Press ; 2000. p. 122.
brain size, and facial kyphosis in Homo sapiens
and some fossil hominids. Am J Phys Anthropol 35 Nelson KE, Sergueef N, Glonek T. Recording the
1995 ; 98 (4) : 575-93. rate of the cranial rhythmic impulse. J Am Osteo-
23 Lieberman DE, McBratney BM, Krovitz G. The evo- path Assoc 2006 ; 106 (6) : 337-41.
lution and development of cranial form in Homo- 36 Nelson KE, Sergueef N, Lipinski CL, Chapman A,
sapiens. Proc Natl Acad Sci USA. 2002 ; 99 (3) : Glonek T. The cranial rhythmic impulse related to
1134-9. Epub 2002 Jan 22. the Traube-Hering-Mayer oscillation : Comparing
24 Lieberman DE. Sphenoid shortening and the evol- laser-Doppler flowmetry and palpation. J Am
ution of modern human cranial shape. Nature Osteopath Assoc 2001 ; 101 (3) : 163-73.
1998 ; 393 (6681) : 158-62. 37 Magoun HI. Osteopathy in the cranial field. Kirks-
25 McCarthy RC, Lieberman DE. Posterior maxillary ville, MO : The Journal Printing Company ; 1951.
(PM) plane and anterior cranial architecture in pri- p. 19.
mates. Anat Rec 2001 ; 264 (3) : 247-60.
38 Sergueef N. L’Odyssée de l’iliaque. Paris : Spek ;
26 Laitman JT, Heimbuch RC, Crelin ES. Developmen-
1985.
tal change in a basicranial line and its relationship
to the upper respiratory system in living primates. 39 Mitchell FL. Sr. Structural pelvic function. Aca-
Am J Anat 1978 ; 152 : 467-82. demy of Applied Osteopathy (American Academy
27 Krmpotic-Nemanic J, Vinter I, Marusic A. Relations of Osteopathy). Yearbook 1965. Vol. 2. p. 186.
of the pterygoid hamulus and hard palate in chil- 40 Fryette HH. Principles of Osteopathic Technic. Aca-
dren and adults : anatomical implications for the demy of Applied Osteopathy, Carmel CA (Ameri-
function of the soft palate. Ann Anat 2006 ; 188 can Academy of Osteopathy, Indianapolis IN) ;
(1) : 69-74. 1954.
Chapitre 4

Les dysfonctions

Définitions de la dysfonction

Schémas des dysfonctions

Étiologies de la dysfonction
Les dysfonctions 113

Chapitre 4

Les dysfonctions

Définitions de la dysfonction variation du mouvement normalement perçu


dans l’état sain. Cela se manifeste dans le
In describing spinal lesions, I prefer the term corps par une dysfonction somatique définie
ligamentous articular strains ; for lesions in the comme :
cranium, membranous articular strains. The
spinal lesions include the ligaments as well as the la fonction perturbée ou altérée des com-
joints. The cranial lesion includes the intracranial posantes associées au système somatique
membranes as well as the articulation. (W.G. (la structure de corps) : squelettiques,
Sutherland) [1] structures arthrodiales et myofasciales et
éléments vasculaires, lymphatiques et ner-
(Dans la description des lésions vertébrales, veux qui leur sont rattachés. [2]
je préfère les termes de tensions articulaires
ligamentaires ; pour les lésions dans le crâne, Une dysfonction somatique peut être clas-
tensions articulaires membraneuses. Les sifiée selon :
lésions vertébrales incluent les ligaments
– les tissus impliqués : dysfonctions osseuse,
autant que les articulations. Les lésions crâ-
articulaire, ligamentaire, membraneuse,
niennes incluent les membranes intracrâ-
fasciale, musculaire, viscérale, ou vascu-
niennes autant que l’articulation.)
laire ;
– l’étiologie de la dysfonction :
Chaque créature vivante doit pouvoir s’adap- • physiologique, qui se produit dans les
ter à l’environnement. La santé peut être défi- amplitudes normales du mouvement ;
nie comme la capacité de subir différents • traumatique, par suite de forces exogè-
stress, et de répondre favorablement, avec une nes ;
dynamique appropriée, quel que soit le • réflexe, par une réponse neurologique
niveau de référence (articulaire, myofascial, venant d’autres parties du corps.
vasculaire, cellulaire, etc.). – le mouvement impliqué : dysfonction de
La vie est le mouvement. Le terme « mou- flexion, d’extension, de rotation, de side-
vement » s’applique à des conditions dynami- bending, de rotation externe, de rotation
ques multiples. Cela peut impliquer les mus- interne, et de torsion ;
cles, fascias, os, viscères, fluides et une – la chronologie dans le temps : dysfonction
multitude de phénomènes, parfois nommés primaire si elle existe indépendamment, ou
bioénergétiques, qui lient le corps, l’esprit et secondaire si c’est une compensation à une
l’âme. dysfonction adjacente ou à distance ;
Une dysfonction est la perte de ces dynami- – la durée : dysfonction aiguë, subaiguë, et
ques. L’ostéopathe apprécie cela comme une chronique quand elle dure plus de 3 mois.

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
114 Ostéopathie pédiatrique

Dans la pratique, les dysfonctions soma- tion. Souvent, la solution pour un traitement
tiques peuvent être identifiées en utilisant efficace réside dans la reconnaissance de la
plusieurs de ces classifications. Par exemple, contribution d’un mouvement mineur.
immédiatement après une blessure athléti-
Ces schémas mécaniques descriptifs des
que, un adolescent peut présenter une dys-
dysfonctions sont des modèles fondamentaux
fonction traumatique, aiguë, primaire, de
pour le diagnostic et le traitement. On retien-
rotation externe, du calcanéus, et de l’articu-
dra cependant que les os des enfants ne sont
lation subtalienne (sous-astragalienne). Sans
pas totalement ossifiés et sont souvent consti-
traitement, ce même sujet peut présenter des
tués de plusieurs parties. Ils démontrent ainsi
mois plus tard une dysfonction myofasciale,
des mouvements et potentiellement des dys-
secondaire, chronique, de torsion du sacrum.
fonctions entre ces différentes parties autant
De ce fait, il est prudent de ne pas se focaliser
que dans la compliance de chacune de ces
sur un seul aspect de la dysfonction, comme
parties. De ce fait, les dysfonctions de n’im-
les déséquilibres myofasciaux, les tensions
porte quel os, tels l’occiput, le temporal, ou le
ligamentaires articulaires, ou les tensions arti-
sacrum, ne peuvent pas toujours être simple-
culaires membraneuses, perdant ainsi de vue
ment décrites par rapport aux trois plans de
la globalité complexe de la dysfonction soma-
l’espace à cause des dysfonctions intraosseu-
tique.
ses potentielles.
Les dysfonctions somatiques peuvent être Le facteur temps, la quatrième considéra-
considérées dans le contexte de quatre dimen- tion, est l’inspiration ou l’expiration crâ-
sions, les trois plans de l’espace et le temps. nienne du MRP. Chez un individu en bonne
Toutes les parties du corps doivent se déplacer santé, le mouvement démontre les deux pha-
librement, chacune d’entre elles dans son pro- ses respiratoires crâniennes. En revanche, une
pre schéma spatial plus ou moins complexe. restriction de l’une de ces deux phases est
La compréhension des dysfonctions dans ce présente dans la dysfonction.
contexte peut être simplifiée en les définissant
en termes des trois plans de l’espace. Dès lors, La dysfonction est nommée selon la direc-
pendant l’examen physique, nous apprécions tion du mouvement le plus libre. Considé-
le mouvement d’une structure dans les trois rez le mouvement d’une structure médiane.
plans de l’espace et dans son rapport au temps En l’absence de dysfonction somatique, elle
avec le mécanisme respiratoire primaire démontre un équilibre entre la flexion et
(MRP) biphasique [3]. l’extension craniosacrales, avec un point cen-
tral d’équilibre entre les deux. Si la structure
Habituellement, dans la description d’une ne peut se déplacer librement que dans une
dysfonction par rapport aux trois plans de direction, vers la flexion craniosacrale par
l’espace, une composante présente la plus exemple, avec une restriction du mouvement
grande amplitude. Cela définit le mouvement vers l’extension craniosacrale, alors par con-
majeur. Les deux autres composantes, d’am- vention, la dysfonction est nommée dans la
plitude variable, dans les deux autres plans direction du mouvement le plus libre : dans ce
sont les mouvements mineurs. Bien que ces cas, dysfonction de flexion craniosacrale. De
mouvements soient identifiés comme majeur plus, le MRP biphasique n’est pas régulier,
et mineur, cette classification indique l’ampli- comme il le serait en cas de non-dysfonction ;
tude du mouvement, et pas nécessairement il est plus évident dans une phase, celle de la
son importance dans le traitement de la dys- dysfonction, et dans ce cas l’inspiration.
fonction. En fait, dans le traitement d’une Ainsi, une dysfonction peut aussi être décrite
dysfonction somatique, tous les aspects du comme une dysfonction d’inspiration ou
mouvement doivent être pris en considéra- d’expiration.
Les dysfonctions 115

Souvent, les dysfonctions somatiques sont l’amplitude normale du mouvement. Par


associées à un malaise physique. Typique- exemple : l’os temporal droit est en dysfonc-
ment, ce malaise est une manifestation neuro- tion de rotation externe quand il se déplace
logique de la nociception. L’activité afférente, librement vers la rotation externe et ne peut
nociceptive, de la zone dysfonctionnelle pas se déplacer vers la rotation interne. Ce
atteint le système nerveux central (SNC). De type de dysfonction peut résulter de
ce fait, un état d’irritabilité est entretenu au n’importe quel traumatisme subi par une
niveau anatomique du SNC où les neurones structure, mais qui ne dépasse pas l’amplitude
nocicepteurs sont activés ; c’est l’état de faci- physiologique du mouvement de cette struc-
litation. Cette irritabilité est la source des ture. De tels traumatismes peuvent survenir
manifestations réflexes neurologiques viscé- prénatalement, pendant la naissance ou à
rosomatiques, somatoviscérales, somatoso- n’importe quel moment de la vie.
matiques et viscéroviscérales des dysfonctions
somatiques. Par des voies ascendantes plus Dysfonctions physiologiques
compliquées, la facilitation segmentaire ver- de la synchondrose sphénobasilaire
tébrale de la dysfonction somatique peut se Les dysfonctions physiologiques de la syn-
manifester par une réaction somato-émo- chondrose sphénobasilaire (SSB) consistent
tionnelle, résultant dans l’irritabilité qui en flexion crânienne, extension crânienne,
affecte souvent les nourrissons et les enfants torsions droite et gauche, et sidebending-
[4,5]. rotation droit et gauche. Cependant, ces dys-
Les dysfonctions craniosacrales peuvent fonctions ne peuvent pas exister seules sans
affecter : affecter les autres parties du crâne et du corps.
– les structures membraneuses et donc les élé-
ments vasculonerveux associés ; ■ Dysfonctions de flexion crânienne
– les structures osseuses : une dysfonction et d’extension crânienne
peut modifier la forme osseuse et les rap- Une dysfonction de flexion crânienne est pré-
ports interosseux ; sente lorsque la SSB démontre un mouvement
– les structures articulaires : une dysfonction de flexion crânienne et une absence d’exten-
dans une articulation produit un état de sion crânienne. Par conséquent, le crâne
déséquilibre de tension qui interfère avec le entier peut être dans un état de flexion-
mouvement normal ; rotation externe crânienne. Le MRP est facilité
dans la phase d’inspiration. Une dysfonction
– le mouvement des fluides : une dysfonction
d’extension crânienne est présente quand la
ralentit les drainages veineux et lymphati-
SSB démontre un mouvement d’extension
que, ce qui résulte en une congestion et une
crânienne et une absence de flexion crâ-
diminution de la perfusion tissulaire ;
nienne. Par conséquent, le crâne entier peut
– la physiologie neurovasculaire – de cette être dans un état d’extension-rotation interne
façon, toutes les régions du corps peuvent crânienne. Le MRP est facilité dans la phase
potentiellement être affectées ; d’expiration.
– les viscères. Les dysfonctions de flexion et d’extension
crâniennes de la SSB peuvent affecter l’excur-
Schémas des dysfonctions sion du diaphragme thoracoabdominal. Une
dysfonction de flexion de la SSB peut résulter
Dysfonctions physiologiques en une restriction de la fin de la phase expira-
toire de la respiration pulmonaire, alors
Une dysfonction physiologique est une res- qu’une dysfonction d’extension peut limiter
triction de la mobilité dans les limites de la phase inspiratoire de la respiration pulmo-
116 Ostéopathie pédiatrique

naire. De la même manière, la flexion et haute, est dans une rotation externe relative.
l’extension crâniennes de la SSB peuvent La fosse temporale droite est plus haute que la
affecter les mécaniques vertébrale et appendi- fosse temporale gauche. La cavité orbitaire
culaire. La colonne, en tant que structure droite est plus large et le bulbe oculaire droit
médiane, démontre une diminution des cour- plus proéminent que le gauche. La narine
bures antéropostérieures (AP) cervicale, thora- droite et le passage nasal droit sont plus
cique et lombale avec la flexion de la SSB, et ouverts. La moitié droite du palais est plus
une augmentation des courbures avec l’exten- large et plus basse, et les molaires supérieures
sion. Les extrémités, en tant que structures présentent une vestibuloversion sur la droite.
paires, démontrent une rotation externe pen- L’os temporal droit suit l’occiput dans son
dant la flexion de la SSB et une rotation déplacement inférieur, avec une tendance à la
interne pendant l’extension. Par conséquent, rotation externe ; il entraîne l’oreille avec lui,
un enfant qui présente une augmentation de et provoque ainsi de ce côté un écartement de
la lordose lombale avec un genu valgum bila- l’oreille plus important.
téral démontre un schéma d’extension- En présence d’une dysfonction de torsion
rotation interne crânienne, qui peut être en droite, les ceintures pectorale et pelvienne,
relation avec une dysfonction d’extension de comme les extrémités supérieures et inférieu-
la SSB. En fait, les dysfonctions de flexion et res, ont tendance à présenter une rotation
d’extension crâniennes pures ne sont pas externe à droite. Par conséquent, l’os iliaque
ordinairement rencontrées, à cause de la ten- (coxal) droit est plus en rotation externe, et le
dance à l’asymétrie des dysfonctions somati- genou et le pied droits dans une position pré-
ques. Il est plus commun de trouver un férentielle de varus. Du côté gauche, les struc-
schéma de flexion ou d’extension crânienne tures du crâne et du corps ont tendance à
associé à une des dysfonctions asymétriques présenter une rotation interne. L’inverse est
décrites ci-après. observé dans le cas d’une dysfonction de tor-
sion gauche.
■ Dysfonctions de torsion
Une dysfonction de torsion est présente ■ Dysfonctions de sidebending-rotation
quand la torsion n’est possible autour de l’axe
Une dysfonction de sidebending-rotation est
AP que dans une seule direction. Normale-
présente quand l’os occipital et le sphénoïde
ment, la torsion peut se produire autant à
tournent ensemble dans une seule direction
droite qu’à gauche. En cas de dysfonction, la
autour de l’axe AP, et simultanément s’incli-
torsion est identifiée par le côté vers lequel la
nent en se déplaçant dans des directions
grande aile du sphénoïde est haute. Donc,
opposées autour des deux axes verticaux. Nor-
quand une torsion se produit seulement dans
malement, le sidebending-rotation se produit
une direction, vers la droite par exemple, avec
également des deux côtés. Une dysfonction
une restriction de torsion en sens inverse,
de sidebending-rotation est définie par le côté
dans ce cas vers la gauche, le sujet présente
où la grande aile du sphénoïde et l’occiput se
une dysfonction de torsion droite.
déplacent vers le bas. Donc, quand un
Des mouvements associés au niveau des os sidebending-rotation se produit d’un seul
pairs accompagnent une dysfonction de tor- côté, vers la droite par exemple, avec une
sion, avec une tendance vers la rotation restriction de l’autre côté, dans ce cas vers la
externe du côté de la torsion, et vers la rota- gauche, le sujet présente une dysfonction de
tion interne de l’autre côté. Avec une dysfonc- sidebending-rotation droite. Dans une telle
tion de torsion droite, la moitié droite du dysfonction de sidebending-rotation droite,
crâne, du côté de la grande aile du sphénoïde l’occiput et le sphénoïde sont plus bas à droite
Les dysfonctions 117

et la convexité de la SSB est également à ■ Autres dysfonctions crâniennes


droite. Ainsi, du côté droit, la grande aile du physiologiques
sphénoïde se déplace vers l’avant et l’occiput
En dehors de la SSB, les dysfonctions somati-
vers l’arrière. Cependant, la combinaison
ques crâniennes peuvent affecter n’importe
contraire peut arriver occasionnellement, où
quel os. Les structures impaires démontrent
le sphénoïde et l’occiput sont atypiquement
des dysfonctions de flexion ou d’extension
en position basse du côté de la concavité de la
crâniennes. Les structures paires démontrent
SSB [3].
des dysfonctions de rotation externe ou de
Les os pairs accompagnent une dysfonc- rotation interne.
tion de sidebending-rotation par des mouve- Selon un modèle similaire à celui décrit
ments associés. Du côté du sidebending- pour la SSB, une dysfonction de flexion crâ-
rotation, à droite dans l’exemple ci-dessus, les nienne de n’importe quelle structure impaire
os influencés par le déplacement de la grande est présente quand cette structure se déplace
aile du sphénoïde vers le bas à droite ont facilement dans la flexion crânienne, et ne
tendance à démontrer une rotation interne. peut pas se déplacer dans l’extension crâ-
Au niveau de la face, du côté du sidebending- nienne. Le MRP est alors facilité dans la phase
rotation, à droite, le frontal droit est plus bas d’inspiration. Inversement, une dysfonction
et plus antérieur, la cavité orbitaire est plus d’extension crânienne est présente quand le
petite et le bulbe oculaire moins proéminent. mouvement est plus libre dans l’extension, et
En arrière du crâne, l’os temporal influencé limité dans la flexion, avec le MRP facilité
par l’occiput a tendance à se déplacer vers la dans la phase d’expiration.
rotation externe. La partie droite de l’écaille Les dysfonctions de rotation externe et
de l’occipital est plus basse et le processus interne peuvent exister unilatéralement, ou
mastoïde droit est déplacé vers le dedans et bilatéralement, et impliquer n’importe quel
vers le bas. La rotation externe du temporal os pair du crâne. Une dysfonction de rotation
droit déplace la fosse mandibulaire droite vers externe est présente lorsqu’une structure se
l’arrière, alors que la rotation interne du tem- déplace librement dans la rotation externe
poral gauche déplace la fosse mandibulaire pendant la flexion crânienne, et ne peut se
gauche vers l’avant. En conséquence, le men- déplacer dans la rotation interne, pendant
ton est déplacé vers la droite. À l’inverse, du l’extension crânienne. Le MRP est alors faci-
côté gauche, en avant du crâne les structures lité dans la phase d’inspiration. Inversement,
tendent à démontrer une rotation externe, et dans une dysfonction de rotation interne, la
en arrière, une rotation interne. L’inverse est structure se déplace dans la rotation interne
observé dans le cas d’une dysfonction de pendant l’extension crânienne, est limitée
sidebending-rotation gauche. dans la rotation externe pendant la flexion
crânienne, et le MRP est facilité dans la phase
On retiendra que tout le crâne, membranes d’expiration.
comprises, est impliqué dans les mouvements
de flexion, d’extension, de torsion ou de Dysfonctions physiologiques
sidebending-rotation. C’est ce qui est senti des autres régions du corps
lors d’une palpation globale du crâne. Chez N’importe laquelle des régions du corps peut
les nourrissons cependant, avant l’ossifica- démontrer une dysfonction selon des princi-
tion, un mouvement articulaire de la SSB est pes similaires à ceux décrits pour le crâne. Une
présent. Pour autant, seule une bonne visuali- dysfonction physiologique de ces régions est
sation mentale des structures et fonctions de une restriction de la mobilité dans les limites
la SSB permet la précision du diagnostic et du de l’amplitude normale du mouvement, et
traitement. consiste en la restriction des mouvements
118 Ostéopathie pédiatrique

décrits dans le chapitre 3. Cela inclut la Les dysfonctions de torsion du sacrum se


flexion, l’extension, la rotation droite et gau- manifestent comme un sidebending et une
che, le sidebending droit et gauche pour les os rotation couplés dans des directions oppo-
médians, et la rotation externe et interne pour sées. Habituellement, chez les nourrissons,
les os pairs. Ces dysfonctions n’existent pas tout le pelvis suit le schéma de la torsion
isolées ; elles affectent et sont affectées par les sacrale. Ainsi, une dysfonction sacrale de tor-
autres parties du corps. sion gauche survient lorsque le sacrum se
déplace facilement dans la rotation gauche
■ Dysfonctions physiologiques couplée au sidebending droit, et ne peut se
du sacrum et des os iliaques déplacer en rotation droite et sidebending
Une dysfonction de flexion craniosacrale du gauche. Dans cet exemple, l’os iliaque droit
sacrum est présente quand le sacrum se accompagne la torsion gauche, avec une rota-
déplace librement dans la flexion craniosa- tion externe où le mouvement majeur est la
crale, et ne peut se déplacer dans l’extension rotation antérieure, et l’os iliaque gauche
craniosacrale. Par conséquent, tout le pelvis démontre une rotation interne où le mouve-
peut être dans un état de flexion-rotation ment majeur est la rotation postérieure. Dans
externe craniosacrale. Du fait du core-link, la un schéma de torsion sacrale droite, le sacrum
connexion de la dure-mère spinale entre se déplace facilement dans la rotation droite
l’occiput, au niveau du foramen magnum, et couplée au sidebending gauche, et ne peut se
le sacrum, le MRP est facilité dans la phase déplacer en rotation gauche et sidebending
d’inspiration. Une dysfonction d’extension droit. L’os iliaque gauche démontre une rota-
craniosacrale du sacrum est présente quand le tion externe avec une rotation antérieure
sacrum se déplace librement dans l’extension significative, et l’os iliaque droit démontre
craniosacrale, et ne peut se déplacer dans la une rotation interne avec une rotation posté-
flexion craniosacrale. Par conséquent, tout le rieure significative.
pelvis peut être dans un état d’extension- Ces modèles d’accommodation pelvienne
rotation interne craniosacrale, et le MRP est sont extrêmement communs et persistent
facilité dans la phase d’expiration. toute la vie lorsqu’ils ne sont pas traités.
Les dysfonctions de flexion et d’extension Ce sont alors les fondations sur lesquelles
craniosacrales du sacrum peuvent affecter la d’autres dysfonctions peuvent s’installer.
colonne sus-jacente, et par l’influence de la L’existence de cette asymétrie primaire est
colonne lombale et des piliers du diaphragme, souvent source de confusion dans le diagnos-
l’excursion du diaphragme thoracoabdomi- tic des dysfonctions somatiques iliosacrales
nal. Les dysfonctions de flexion craniosacrale et sacro-iliaques, plus tard dans la vie du
du sacrum sont associées à une diminution de sujet.
la courbure lombale AP, et à une limitation de Fréquemment rencontrées chez le nourris-
la fin de la phase d’expiration pulmonaire. son et l’enfant, les dysfonctions iliosacrales
Inversement, les dysfonctions d’extension illustrent la relation entre l’os iliaque et le
craniosacrale du sacrum sont associées à une sacrum. Ici, l’os iliaque présente un schéma
augmentation de la courbure lombale AP, et à dysfonctionnel, qui est sans rapport avec la
une limitation de la fin de la phase d’inspira- mécanique sacrale. Les dysfonctions iliosacra-
tion pulmonaire. Les flexion et extension cra- les se produisent comme des dysfonctions de
niosacrales du sacrum peuvent aussi affecter rotation externe ou de rotation interne de l’os
les extrémités inférieures paires qui démon- iliaque. Dans la dysfonction de rotation
trent une rotation externe avec la flexion cra- externe, l’os iliaque peut se déplacer en rota-
niosacrale du sacrum, et une rotation interne tion externe, et ne peut pas aller en rotation
avec l’extension craniosacrale du sacrum. interne. Dans la dysfonction de rotation
Les dysfonctions 119

interne, l’os iliaque peut se déplacer en rota- grande liberté de mouvement dans la direc-
tion interne, et est limité dans la rotation tion de la dysfonction. La phase inspiratoire
externe. du MRP est associée à une diminution des
Le mouvement du MRP est manifesté dans courbures vertébrales AP, alors que la phase
le modèle dysfonctionnel iliosacral. Du côté d’expiration est associée à une augmentation
d’une dysfonction de rotation externe de l’os de ces courbures. Donc si la dysfonction des
iliaque, la phase d’inspiration du MRP est segments vertébraux résulte dans une dimi-
libre, et la phase d’expiration limitée. Du côté nution de la courbure vertébrale AP, à ce
d’une dysfonction de rotation interne, la niveau, la phase inspiratoire du MRP est libre
phase d’expiration est libre, et la phase d’ins- et la phase expiratoire limitée. Inversement,
piration est limitée. lorsque la dysfonction résulte dans une aug-
mentation de la courbure vertébrale AP, la
■ Dysfonctions physiologiques phase expiratoire est libre et la phase inspira-
des segments vertébraux toire limitée.
Une dysfonction de flexion craniosacrale
d’un segment vertébral est présente quand ce
segment se déplace librement pendant la ■ Dysfonctions physiologiques
flexion craniosacrale, et ne se déplace pas des membres
pendant l’extension craniosacrale. Dans ce Dans une dysfonction de rotation externe de
cas, le MRP est plus libre dans la phase d’ins- n’importe laquelle des composantes des
piration. Une dysfonction d’extension cranio- extrémités supérieures ou inférieures, cette
sacrale est présente quand ce segment se composante se déplace librement dans la
déplace librement pendant l’extension cra- rotation externe pendant la flexion craniosa-
niosacrale, et ne se déplace pas pendant la crale, alors que pendant l’extension, elle ne
flexion craniosacrale ; le MRP est alors plus peut aller dans la rotation interne. Dans ce
libre dans la phase d’expiration. cas, le MRP est facilité dans la phase d’inspi-
Les dysfonctions vertébrales se manifestent ration. Inversement, dans une dysfonction
aussi comme un sidebending et une rotation de rotation interne, la composante se
couplés soit dans la même direction, soit dans déplace facilement dans la rotation interne
des directions opposées. Comme pour toutes pendant l’extension craniosacrale, est limi-
les autres dysfonctions étudiées, la dysfonc- tée dans la rotation externe pendant la
tion somatique vertébrale est nommée par la flexion craniosacrale, et le MRP est facilité
direction du mouvement libre. Le plus sou- dans la phase d’expiration.
vent, chez les enfants, les groupes de vertèbres
démontrant un sidebending et une rotation
couplés dans des directions opposées sont
Dysfonctions non physiologiques
trouvés en association avec des dysfonctions
de la base crânienne, de l’occiput et de l’atlas, Habituellement, une dysfonction non physio-
ou du sacrum et du pelvis. logique est associée à une perte totale de la
Le MRP biphasique est palpable, mais il est mobilité, à la suite d’un traumatisme impor-
modifié par la dysfonction vertébrale. De ce tant. Cela survient quand une structure est
fait, il ne démontre pas les phases d’inspira- déplacée au-delà des limites normales et phy-
tion ou d’expiration pures présentes lors de la siologiques du mouvement. On retiendra tou-
flexion-extension crânienne, mais plutôt un tefois qu’une force traumatique qui déplace
modèle de mouvement comprenant la com- une structure dans son amplitude normale et
binaison dysfonctionnelle de flexion-exten- physiologique du mouvement produit une
sion et de sidebending-rotation avec une plus dysfonction physiologique.
120 Ostéopathie pédiatrique

Dysfonctions non physiologiques


crâniennes
N’importe quelle région du crâne peut être
affectée par une dysfonction non physiologi-
que. La liste suivante présente les cas les plus
fréquemment rencontrés.

■ Compression de la synchondrose
sphénobasilaire
La compression de la SSB peut résulter d’une
naissance difficile, ou de n’importe quel trau-
matisme qui resserre le crâne et la SSB, le long
de son axe AP. Les contraintes externes, telles
que les bandeaux, peuvent aussi produire une Figure 4.1. Dysfonction de la synchondrose
compression. À la suite d’une compression sphénobasilaire : compression.
traumatique, la SSB perd toute mobilité, et le
MRP diminué démontre moins d’amplitude
et de puissance (figure 4.1).

■ Strains de la synchondrose
sphénobasilaire
Les strains résultent de forces qui déplacent
les surfaces articulaires de la SSB entre la partie
basilaire de l’occiput et le corps du sphénoïde.
Ils se produisent dans le plan des surfaces
articulaires de la SSB, qui dans la position
anatomique est incliné vers l’avant et le bas.
Ainsi, la surface articulaire antérieure de la
partie basilaire de l’os occipital regarde en
avant et en haut, alors que la surface articu-
laire postérieure du corps sphénoïdal regarde
en arrière et en bas. Les forces de strain se Figure 4.2. Dysfonction de la synchondrose
produisent soit verticalement avec un dépla- sphénobasilaire : strain vertical
cement supérieur ou inférieur, soit latérale- supérieur (haut).
ment avec un déplacement droit ou gauche.
Les strains sont nommés par la direction du
déplacement de la surface articulaire posté-
noïdal est élevée et la surface articulaire anté-
rieure du corps sphénoïdal, et se produisent
rieure du basiocciput est basse (figure 4.2).
avant l’ossification complète de la SSB.
Inversement, un strain vertical inférieur (bas)
Le strain vertical résulte de l’application est présent quand l’arrière du sphénoïde est
d’une force ascendante ou descendante sur bas et la surface articulaire antérieure du
l’avant ou l’arrière de la SSB. De ce fait, un basiocciput est élevée.
changement dans la relation verticale entre
l’occiput et le sphénoïde apparaît. Un strain Le strain latéral résulte de l’application
vertical supérieur (haut) est présent quand la d’une force latérale sur l’avant ou l’arrière de la
surface articulaire postérieure du corps sphé- SSB. Il en résulte un changement dans la rela-
Les dysfonctions 121

déplacement de la SSB donne la sensation


d’une liberté de mouvement dans la direction
du strain, et d’une restriction en sens inverse.
De telles dysfonctions de strain peuvent être
considérées comme les mouvements mineurs
d’autres dysfonctions de la SSB ; elles présen-
tent cependant une grande importance dans
le diagnostic et le traitement.

Remarque
Les dysfonctions crâniennes sont des dysfonc-
tions articulaires membraneuses. Dans la pro-
duction de la dysfonction, le déséquilibre
membraneux est combiné avec une modifica-
Figure 4.3. Dysfonction de la synchondrose tion du mouvement dicté par l’anatomie arti-
sphénobasilaire : strain latéral droit. culaire. Chez les nourrissons et les enfants, la
composante membraneuse domine ; cepen-
dant, l’anatomie articulaire dicte toujours les
tion latérale entre l’occiput et le sphénoïde. mouvements disponibles. De ce fait, se focali-
Un strain latéral droit est présent quand la ser sur l’influence membraneuse plutôt que
surface articulaire postérieure du corps sphé- sur l’influence articulaire, ou vice versa, est
noïdal est déplacée vers la droite et la surface naïf. Comme l’a dit Sutherland, « the cranial
articulaire antérieure du basiocciput est dépla- lesion includes the intracranial membranes as
cée vers la gauche. Inversement, pour un well as the articulation » [1] (« la lésion crâ-
strain latéral gauche, l’arrière du sphénoïde est nienne inclut les membranes intracrâniennes
déplacé vers la gauche, et la surface articulaire autant que l’articulation »).
antérieure du basiocciput est déplacée vers la
droite. Dans les deux cas, en vue supérieure, le ■ Autres dysfonctions crâniennes
déplacement latéral entre le sphénoïde et non physiologiques
l’occiput produit une déformation du crâne en Par définition, les forces qui produisent une
parallélogramme (figures 4.3 et 4.12). dysfonction non physiologique ne respectent
Lorsque les dysfonctions de strains résul- pas nécessairement les amplitudes du mouve-
tent de forces traumatiques importantes, la ment. Ainsi, après un traumatisme important,
restriction du mouvement de la SSB est pro- une dysfonction non physiologique crâ-
portionnée à ces forces. Cependant, des nienne peut s’ensuivre dans n’importe quelle
strains mineurs de la SSB peuvent compenser région du crâne. Typiquement, des dysfonc-
d’autres déséquilibres ou peuvent suivre un tions de l’os zygomatique et des articulations
traumatisme mineur. De plus, les strains de la frontosphénoïdales sont très communes après
SSB peuvent être rencontrés conjointement à des traumatismes faciaux.
d’autres dysfonctions, comme la torsion et le
sidebending-rotation de la SSB. De ce fait, la
combinaison d’un strain latéral et d’une tor- Dysfonctions non physiologiques
sion, ou d’un sidebending-rotation résulte en des autres régions du corps
une sensation palpable d’un déplacement ver- N’importe laquelle des régions du corps peut
tical ou latéral du sphénoïde associé à une être affectée par une dysfonction non physio-
élévation ou à un abaissement de la grande logique. La liste suivante présente les cas les
aile du sphénoïde sur un côté. Dans ces cas, le plus fréquemment rencontrés.
122 Ostéopathie pédiatrique

■ Dysfonctions non physiologiques multiples noyaux d’ossification joints par du


de la base crânienne tissu cartilagineux ou membraneux flexible,
site potentiel de dysfonction jusqu’à leur ossi-
Bien qu’impliquant le crâne, les dysfonctions
fication.
de la base crânienne sont décrites ici en raison
de leur relation avec la colonne cervicale. Ces Ainsi, une dysfonction intraosseuse résulte
dysfonctions peuvent être le résultat de tout en la perte de la flexibilité normale des fibres
traumatisme dans lequel la base du crâne est constituant la matrice du tissu osseux, ou des
comprimée directement ou indirectement sur zones cartilagineuses ou membraneuses non
la colonne cervicale supérieure. Cela peut être encore ossifiées. L’ossification squelettique
un coup direct sur la tête ou une chute brutale n’est pas complètement terminée avant 20 à
sur le derrière. Dans ce cas, le mouvement 30 ans et, par principe, une dysfonction
entre l’occiput, l’atlas et un os temporal ou les intraosseuse peut survenir dans toute struc-
deux est bloqué, et la sensation palpable du ture qui n’est pas complètement ossifiée. Le
MRP dans la région de la charnière cranio- plus souvent, ce type de dysfonction survient
cervicale est diminuée, avec moins d’ampli- pendant la vie intra-utérine, ou pendant
tude et de puissance. l’accouchement lorsque le crâne est particu-
lièrement vulnérable. Pour autant, les trauma-
tismes subis pendant l’enfance peuvent aussi
■ Dysfonctions non physiologiques
produire ces dysfonctions, et n’importe quel
du sacrum et des os iliaques os peut être concerné, avec pour résultat une
Les dysfonctions non physiologiques du modification de sa forme et de sa fonction.
sacrum et des os iliaques peuvent résulter de Les dysfonctions intraosseuses doivent être
n’importe quel traumatisme affectant directe- différenciées des dysfonctions interosseuses.
ment ou indirectement le bassin. Les exem- Une dysfonction intraosseuse se produit dans
ples sont divers : une chute brutale sur le la structure d’un seul os, alors que les dysfonc-
derrière, des forces traumatiques appliquées tions interosseuses se produisent entre des os
bilatéralement ou unilatéralement sur les adjacents.
membres inférieurs, ou même un coup impor-
tant sur le sommet de la tête. En conséquence,
le mouvement entre le sacrum et un os iliaque Dysfonctions intraosseuses crâniennes
ou les deux est limité. La sensation palpable
du MRP dans la région du bassin est diminuée ■ Dysfonctions intraosseuses
dans son amplitude et sa puissance. Cela peut de l’os occipital
secondairement affecter le mécanisme crâ-
À la naissance, l’os occipital consiste en qua-
nien par le core-link, et l’ensemble du corps
tre parties : la partie basilaire, deux parties
par la relation entre le MRP et le système
latérales, et postérieurement, la partie squa-
nerveux autonome (SNA).
meuse. L’ossification entre la partie squa-
meuse et les parties latérales est complète vers
Dysfonctions intraosseuses 2 à 3 ans, et entre les parties latérales et la
partie basilaire vers 7 à 9 ans. Les condyles
Tout os vivant consiste en un réseau de tissu occipitaux sont situés à la jonction entre les
conjonctif calcifié, de plus ou moins grande parties latérales et la partie basilaire. La partie
densité, en fonction de l’âge et de la santé de antérieure de chaque condyle est localisée sur
l’individu. En l’absence de dysfonction soma- la partie basilaire, et la partie postérieure sur la
tique, cette matrice ouverte conserve une cer- partie latérale. Leur fusion s’organise autour
taine flexibilité toute la vie. La plupart des os du nerf hypoglosse et forme le canal de l’hypo-
des nourrissons et des enfants présentent de glosse.
Les dysfonctions 123

Les dysfonctions intraosseuses de l’os occi-


pital résultent de forces compressives ou de
forces de traction, qui affectent les zones entre
les différentes parties de l’os et/ou la matrice
osseuse de chaque partie. De ce fait, des modi-
fications de la circonférence du foramen mag-
num, de la forme des parties condyliennes et
de l’écaille de l’occipital peuvent apparaître.
La déformation de l’os occipital rencontrée
dans les plagiocéphalies non synostotiques
est un exemple de dysfonction intraosseuse
facilement visible, où l’asymétrie des forces
compressives résulte en une asymétrie des
moitiés gauche et droite de l’écaille de l’occi-
pital et des synchondroses intraoccipitales [6].
En raison des changements de la structure
occipitale et des modifications consécutives
dans la mécanique vertébrale, les dysfonc-
tions intraosseuses de l’occiput peuvent être
un facteur étiologique dans le développement Figure 4.4. Une dysfonction intraosseuse
des scolioses infantiles. En fait, scolioses résulte en une modification
infantiles et dysfonctions intraosseuses sont de la forme osseuse.
souvent associées [7,8], comme le sont aussi
les plagiocéphalies non synostotiques et les
scolioses [9]. La structure membraneuse qui constitue la
En plus des conséquences sur la colonne couche externe de la dure-mère est intime-
sous-jacente, les rapports occipitaux sont ment associée au périoste et contribue à la
potentiellement affectés. Les structures ner- cohésion crânienne avant l’ossification. La
veuses incluent les nerfs crâniens IX, X, XI, couche interne de la dure-mère forme les
XII et la moelle allongée. Les dysfonctions duplications que sont la faux du cerveau, la
intraosseuses occipitales peuvent résulter, faux du cervelet et les deux parties de la tente
entre autres, de difficultés dans la déglutition du cervelet. Ces quatre cloisons, toutes fixées
(IX), de problèmes gastro-intestinaux fonc- sur l’os occipital, peuvent par conséquent être
tionnels, de dysfonctions cardiovasculaires affectées par les dysfonctions intraosseuses
telles les irrégularités du rythme cardiaque, de occipitales. De plus, la circonférence du fora-
désordres respiratoires (X), de difficultés dans men magnum est une zone essentielle d’inser-
le développement des acquisitions comme tion pour la dure-mère, qui se prolonge
relever la tête (XI), et de difficultés de succion ensuite comme le manchon dural vertébral,
(XII). s’insère sur le sacrum et le coccyx, et forme le
Les structures vasculaires peuvent aussi être core-link. N’importe laquelle des dysfonc-
affectées par les dysfonctions intraosseuses tions intraosseuses occipitales peut affecter
occipitales. Le site du foramen jugulaire loca- des zones à distance par le core-link. Les dys-
lisé entre l’os occipital et la partie pétreuse de fonctions intraosseuses occipitales sont parmi
l’os temporal est considéré comme un site les dysfonctions intraosseuses crâniennes les
potentiel pour la compression des sinus vei- plus fréquentes (figure 4.4).
neux.
124 Ostéopathie pédiatrique

■ Dysfonctions intraosseuses nasale et pharyngienne. De ce fait, les dys-


de l’os sphénoïde fonctions intraosseuses entre le corps et les
grandes ailes du sphénoïde peuvent résulter
Le sphénoïde se développe à partir de multi-
en complaintes fonctionnelles des yeux, du
ples centres d’ossification. Jusqu’à 12 syn-
nez, de la bouche et du pharynx.
chondroses ont été identifiées à la naissance
dans le sphénoïde. En raison des diverses éta- Le sinus caverneux repose de chaque côté
pes de l’ossification de ces synchondroses, le du corps du sphénoïde, au-dessus de la syn-
sphénoïde est habituellement décrit comme chondrose ali-basi-postsphénoïdale. Ce ré-
consistant en trois parties. Le corps et les seau veineux entoure l’artère carotide interne
petites ailes forment la partie centrale. Les et les nerfs crâniens III, IV, V1 et VI. Dès lors,
deux parties latérales, une de chaque côté du les dysfonctions intraosseuses du sphénoïde à
corps, sont créées par la combinaison de la ce niveau peuvent affecter fonctionnellement
grande aile et du processus ptérygoïde. De le drainage veineux de l’orbite, l’artère caro-
surcroît, le corps sphénoïdal consiste en une tide et son plexus sympathique, ainsi que les
partie antérieure, le présphénoïde, et une par- nerfs crâniens énumérés ci-dessus.
tie postérieure, le postsphénoïde, typique-
ment fusionnées vers le 8e mois fœtal. Typi- Le processus ptérygoïde, une composante
quement, les synchondroses entre la partie de la partie latérale du sphénoïde, sert d’ori-
centrale et les parties latérales sont ossifiées gine aux muscles ptérygoïdiens, et par ses rap-
entre 1 et 2 ans. ports myofasciaux influence les muscles oro-
Le sphénoïde exerce une influence impor- pharyngiens. Par conséquent, une dysfonc-
tante sur la région orbitaire. Six des sept mus- tion intraosseuse impliquant la synchondrose
cles extraoculaires s’insèrent sur le sphénoïde. ali-basi-postsphénoïdale peut affecter la fonc-
Parmi ceux-là, les quatre muscles droits sont tion des muscles oropharyngiens. Récipro-
fixés postérieurement à un anneau tendineux quement, une dysfonction de ces muscles
commun, près du canal optique. La fissure peut résulter en une dysfonction intraosseuse
orbitaire supérieure, l’espace entre la petite et de cette région du sphénoïde.
la grande aile, fait communiquer la cavité
crânienne et la cavité orbitaire. Le drainage
veineux de la région et tous les nerfs du ■ Dysfonctions intraosseuses
contenu orbitaire, sauf le nerf optique, pas- de l’os temporal
sent par la fissure orbitaire supérieure. Dès L’os temporal résulte de la réunion des parties
lors, les dysfonctions intraosseuses du sphé- squameuse, pétromastoïdienne, tympanique
noïde peuvent affecter de nombreuses fonc- et styloïdienne. L’anneau tympanique s’unit
tions oculaires. avec l’écaille juste avant la naissance ; par
Les grandes ailes et les processus ptérygoï- conséquent, ce n’est pas une zone où les dys-
des s’unissent bilatéralement avec le corps du fonctions intraosseuses sont habituellement
sphénoïde au niveau des synchondroses ali- identifiées. La suture pétrosquameuse entre
basi-postsphénoïdales, et forment les deux les parties pétromastoïdienne et squameuse
canaux ptérygoïdiens. Entre le foramen n’est pas ossifiée avant la fin de la première
déchiré et le ganglion ptérygopalatin, chaque année de vie. Cette suture est ainsi potentiel-
canal laisse passer le nerf du canal ptérygoï- lement sujette aux dysfonctions intraosseu-
dien (nerf vidien). Ce nerf comporte les raci- ses. Du fait des structures contenues dans la
nes sympathique et parasympathique du gan- partie pétromastoïdienne des os temporaux, à
glion ptérygopalatin. Les branches de ce savoir l’organe de l’audition dans la cochlée,
ganglion sont distribuées à la région orbitaire, et l’organe de l’équilibre dans le vestibule et
la glande lacrymale, la bouche, les régions les canaux semi-circulaires, toute dysfonction
Les dysfonctions 125

intraosseuse à ce niveau peut perturber les la naissance que chez l’adulte [11]. Elle passe
récepteurs sensoriels de l’audition et de l’équi- d’une inclinaison de 10° par rapport au plan
libre. horizontal à 45° chez l’adulte. Ainsi, une dys-
La partie postérieure de l’os temporal est fonction intraosseuse du complexe temporal
d’origine cartilagineuse ; la partie antérieure peut compromettre les fonctions de la trompe
est d’origine membraneuse. La partie cartila- auditive et de la cavité tympanique. Chez les
gineuse postérieure suit l’occiput, alors que la enfants qui présentent des otites séromuqueu-
partie antérieure d’origine membraneuse est ses, la partie osseuse de la trompe auditive, la
plus influencée par la grande aile du sphé- partie verticale du muscle tenseur du voile du
noïde. Dans les mouvements crâniens comme palais et les cellules aériques mastoïdiennes
la torsion, où la grande aile est déplacée vers le sont plus petites que chez les enfants sans
haut du côté de la torsion, et l’occiput déplacé otites [12].
vers le bas, les parties antérieures et postérieu- Les parties pétreuses des os temporaux sont
res de l’os temporal sont soumises à des forces anatomiquement et fonctionnellement reliées
opposées. Une dysfonction intraosseuse peut l’une à l’autre par la tente du cervelet et, de ce
en résulter, selon la sévérité des forces de tor- fait, toute dysfonction de l’une affecte l’autre.
sion et la résilience de la suture pétrosqua- Un rapport dysfonctionnel peut secondaire-
meuse. ment affecter l’équilibre global du crâne.
Le plus souvent, une dysfonction intraos-
seuse apparaît comme la conséquence de for-
■ Dysfonctions intraosseuses de la voûte
ces exogènes affectant asymétriquement le Les os pariétaux présentent le plus grand
développement de l’os temporal. Les proces- potentiel d’accommodation pendant la nais-
sus mastoïdes se développent bilatéralement à sance. Par conséquent, ils sont très souvent
partir des parties pétromastoïdienne, en sujets aux dysfonctions intraosseuses. Ces
réponse à la traction des muscles sternocléi- dysfonctions se présentent sous la forme de
domastoïdiens. Ainsi, toute asymétrie muscu- déformations plastiques, parfois associées à
laire résulte en une asymétrie des processus d’autres affections, tels les céphalohémato-
mastoïdes. Les pressions appliquées plus fré- mes (figure 4.5) et le caput succedaneum
quemment sur un côté du crâne, comme dans (figure 4.6), et à certaines procédures comme
une position de sommeil chroniquement asy- l’usage de la ventouse obstétricale et des for-
métrique, responsables du développement ceps.
des plagiocéphalies non synostotiques, affec- Le sinus veineux longitudinal repose entre
tent tout autant la croissance des os tempo- les deux pariétaux, en dessous de la suture
raux. sagittale, dans le dédoublement dure-mérien
Entre la naissance et l’âge adulte, un grand que forme la faux du cerveau. Une dysfonc-
nombre de changements se produisent dans tion intraosseuse unilatérale du pariétal
la base crânienne. La flexion de la base crâ- résulte dans des tensions asymétriques entre
nienne est couplée à une expansion latérale les deux pariétaux et la dure-mère associée.
des parties squameuses des os temporaux, et à Ces tensions pourraient affecter le flux vei-
une rotation externe des parties pétromastoï- neux du sinus sagittal [13].
diennes. Cela affecte la position des structures
associées aux os temporaux. Bien que les osse- ■ Dysfonctions intraosseuses
lets aient atteint leur taille adulte vers le des os frontaux
milieu de la gestation, les méats acoustiques Les dysfonctions intraosseuses des os frontaux
externe et interne ainsi que l’aqueduc du ves- sont fréquentes, car dans la présentation du
tibule continuent à grandir après la naissance sommet, ce sont souvent les premières struc-
[10]. La trompe auditive est plus horizontale à tures à contacter le bassin maternel. Par suite
126 Ostéopathie pédiatrique

monasal, par son rapport entre le bord supé-


rieur de l’os lacrymal et l’os frontal, est une
autre zone potentiellement affectée par les
dysfonctions intraosseuses frontales.
Les os frontaux présentent d’étroites rela-
tions avec de nombreux os du viscérocrâne.
Les dysfonctions intraosseuses frontales doi-
vent donc être prises en considération pour
résoudre les dysfonctions de la face. Par exem-
Figure 4.5. Céphalohématome. ple, la fonction des voies respiratoires supé-
(Source : Encycl Méd Chir [Elsevier, Paris]. rieures peut être affectée. En fait, comme l’eth-
JP Schaal, D Riethmuller, A Menget. moïde est suspendu dans l’incisure ethmoïdale
Ventouse obstétricale, 5-095-A-30. 2004.) entre les deux os frontaux, n’importe quelle
dysfonction intraosseuse frontale affecte les
sutures fronto-ethmoïdale et frontonasale. La
respiration nasale est gênée du côté de la dys-
fonction. De surcroît, le rôle de l’ethmoïde est
primordial dans la croissance faciale, et toute
dysfonction intraosseuse frontale peut poten-
tiellement affecter la croissance faciale.
Du fait de leur articulation avec le frontal,
les maxillaires peuvent aussi être affectés par
les dysfonctions intraosseuses frontales. Les
sutures frontomaxillaires sont des sites impor-
tants du développement maxillaire. Leur dys-
Figure 4.6. Caput succedaneum. fonction est souvent associée à un défaut de
(Source : Encycl Méd Chir [Elsevier, Paris]. ce développement maxillaire.
JP Schaal, D Riethmuller, A Menget.
Ventouse obstétricale, 5-095-A-30. 2004.) ■ Dysfonctions intraosseuses
des os maxillaires
Le maxillaire consiste en deux parties, un pré-
de l’asynclitisme, une plus grande pression est maxillaire, parfois nommé l’os incisif, et un
souvent appliquée sur un côté de la région maxillaire. La suture entre les deux est parfois
frontale. L’usage des forceps pendant l’accou- observable après la naissance, en avant sur le
chement peut aussi potentiellement appli- palais, reliant les deux canaux incisifs. Les
quer des forces asymétriques sur l’os frontal. dysfonctions intraosseuses du maxillaire peu-
Ces influences résultent en une asymétrie qui vent se produire in utero après toute pression
peut modifier la forme du front, de l’orbite directe sur la face, pendant l’accouchement
autant que de l’œil. Un fibrocartilage localisé avec par exemple la pression de la face contre
à l’angle médial et supérieur de la partie orbi- le sacrum maternel dans les présentations du
taire du frontal sert de trochlée pour le muscle sommet en variété occipitoantérieure, en
oblique supérieur. Toute dysfonction intraos- postpartum associées à un usage exagéré de la
seuse frontale peut affecter la position de la sucette ou du pouce, ou après un traumatisme
trochlée et, donc, la fonction du muscle obli- de la face.
que supérieur, avec pour conséquence des Durant l’enfance, les maxillaires ne sont
déséquilibres de l’axe visuel. Le canal lacry- pas entièrement développés ; leur potentiel de
Les dysfonctions 127

croissance est considérable. Par conséquent, en « entonnoir »), le pectus carinatum (thorax
les dysfonctions intraosseuses des maxillaires en « carène ») et le pectus arcuatum (« cuvette
ont un impact primordial qui peut se révéler sternale ») sont les dysfonctions intraosseuses
plus tard, lors de la croissance osseuse. Les les plus souvent décrites. Le pectus excavatum
conséquences de telles dysfonctions incluent peut être associé à un déséquilibre du dia-
les problèmes orofaciaux comme la maloc- phragme ou d’autres structures myofasciales
clusion, et les difficultés dans la respiration internes. Il peut aussi résulter d’un choc direct
nasale. sur le sternum, sur l’interligne entre deux ster-
nèbres.
Dysfonctions intraosseuses des autres L’ossification des côtes suit une séquence
régions du corps tout à fait similaire à celle du sternum. Les
N’importe quel os formé de plusieurs parties adaptations posturales et les traumatismes
séparées par du cartilage avant son ossifica- sont responsables des dysfonctions intraos-
tion peut être le site d’une dysfonction seuses costales. Cela est bien illustré dans les
intraosseuse, lorsque la jonction cartilagi- scolioses, où les côtes peuvent changer de
neuse est placée sous tension avant l’ossifica- forme pour accommoder les dysfonctions ver-
tion. De telles dysfonctions peuvent aussi tébrales.
résulter d’une perte de la flexibilité normale
des fibres osseuses.
Dysfonctions membraneuses
■ Dysfonctions intraosseuses Les membranes durales consistent en un
des os iliaques et du sacrum réseau fibreux dense arrangé en fascicules, ou
À la naissance, le sacrum consiste en cinq en bandes de tension. Les os crâniens se déve-
segments vertébraux non ossifiés, et les os loppent dans un rapport très étroit avec la
iliaques en trois parties chacun, l’ischium, le dure-mère, et l’équilibre et le déséquilibre des
pubis et l’ilium. Ces différentes parties sont forces de la trame durale influencent directe-
séparées par du cartilage. Les accouchements ment leur développement. Plus tard dans la
par le siège ou les chutes sévères sur le derrière vie, après l’ossification complète des os crâ-
peuvent être à l’origine d’une dysfonction niens, cette trame durale relie les différentes
intraosseuse pelvienne. parties du mécanisme craniosacral, sur les-
Les dysfonctions intraosseuses pelviennes quelles elle exerce toujours son influence.
peuvent affecter le mécanisme craniosacral, la Pour autant, elle peut être affectée par les
posture, et par les systèmes sympathique et dysfonctions somatiques de n’importe la-
parasympathique, l’équilibre du SNA [14]. quelle des pièces du mécanisme. En fait, le
système est global, et chacune des pièces est
■ Dysfonctions intraosseuses interdépendante des autres. Ainsi, les dys-
du sternum et des côtes fonctions membraneuses affectent le MRP.
Le corps sternal consiste en quatre sternèbres Pendant les dernières semaines de gros-
qui s’ossifient entre la puberté et l’âge de sesse, le fœtus est soumis aux contraintes des
25 ans [15]. Tout traumatisme avant cette contractions utérines. Si, dans une présenta-
ossification peut être responsable de dysfonc- tion du sommet, la tête fœtale est engagée, les
tions intraosseuses. Celles-ci peuvent aussi forces transmises le long de la colonne arri-
résulter de déséquilibres posturaux et myofas- vent sur la base du crâne. Secondairement,
ciaux, comme une attitude cyphotique avec cela peut comprimer le crâne et résulter en des
enroulement des épaules, ou des dysfonctions déséquilibres de tension membraneuse.
occipitocervicales avec déséquilibres des fas- Pendant l’accouchement, les forces des
cias cervicaux. Le pectus excavatum (thorax contractions utérines que subit le fœtus aug-
128 Ostéopathie pédiatrique

mentent considérablement, et s’opposent à la tion est une démonstration de l’holisme,


résistance du pelvis maternel contre la tête l’interdépendance de toutes les parties du
fœtale. Même dans l’accouchement le plus corps.
facile, les stress appliqués sur la tête fœtale Une dysfonction crânienne résulte en des
peuvent résulter en des déséquilibres de ten- réponses compensatrices au niveau des struc-
sion, de compression ou d’étirement des tures membraneuses et fasciales du corps.
dures-mères. Ces schémas membraneux dys- Ainsi, un enfant avec un schéma de flexion-
fonctionnels fournissent une trame pour rotation externe craniosacrale dominant est
l’installation de futures dysfonctions mem- enclin à s’installer dans un schéma postural
braneuses. Du fait du rapport intime entre les de flexion et de rotation externe. De ce fait, la
membranes durales et les os crâniens, flexion sacrale associée est combinée avec une
l’empreinte est donnée pour les dysfonctions diminution de la lordose lombale. Les jambes
articulaires, lors de la maturation du crâne, de et les pieds peuvent être en rotation externe et
la colonne et du bassin. présenter genu varum et pieds creux. Selon les
La circulation intracrânienne peut être mêmes principes, un schéma crânien asymé-
gênée par les dysfonctions membraneuses, en trique comme la torsion, avec une rotation
raison du rapport entre les dures-mères et les externe d’un côté du crâne et une rotation
sinus veineux. De plus, ces dysfonctions peu- interne de l’autre côté, peut être associé à un
vent résulter en des neuropathies par com- schéma postural asymétrique.
pression des nerfs crâniens [16]. Les dysfonctions pelviennes peuvent aussi
À cause du rapport intime entre la dure- résulter en des dysfonctions de compensation
mère et les os crâniens, les schémas des dys- membraneuses et fasciales. Certes, il est facile
fonctions membraneuses sont le miroir des de comprendre comment une dysfonction
schémas dysfonctionnels osseux qui les pelvienne peut affecter les extrémités infé-
accompagnent. Pour cette raison, les dysfonc- rieures ; pour autant, cette dernière peut aussi
tions membraneuses sont nommées comme affecter des régions à distance comme le
les dysfonctions articulaires qui se dévelop- crâne.
pent par suite des déséquilibres de tension
membraneuse. Étiologies de la dysfonction
Période fœtale
Dysfonctions de compensation
Pour comprendre la dysfonction somatique, il
Quelle que soit sa localisation, une dysfonc- faut tout d’abord faire la différence entre la
tion somatique résulte en une modification déformation et la malformation. Une défor-
de tension tissulaire, et en déséquilibres qui mation survient quand la forme ou le contour
affectent des régions du corps à distance du de structures, par ailleurs normalement déve-
site de la dysfonction primaire. Le sujet est loppées, est affectée par des facteurs mécani-
obligé de répondre à ces déséquilibres, et la ques durant la vie fœtale [17]. Les procédures
réponse entraîne souvent des compromis ostéopathiques peuvent être employées pour
fonctionnels. Ces dysfonctions de compen- améliorer de telles déformations, et plus tôt le
sation se manifestent comme des déséqui- traitement débute, meilleur est le potentiel
libres dans la tension des tissus mous. Typi- pour une issue positive. Les erreurs dans la
quement, ceux-ci permettent un mou- morphogenèse, qui peuvent survenir au stade
vement dans toutes les directions, avec embryonnaire ou pendant les deux premiers
cependant des changements qualitatifs dans mois de vie, causent des malformations fœta-
le mouvement disponible. Cette compensa- les, et ne font pas l’objet de ce chapitre.
Les dysfonctions 129

Depuis Hippocrate, une description existe


de l’effet potentiellement déformant des for-
ces mécaniques qui agissent sur le fœtus pen-
dant la vie intra-utérine [17]. En fait, la pres-
sion peut être directement appliquée sur le
fœtus par suite d’une constriction anormale
de l’environnement intra-utérin. Cela peut
résulter d’une augmentation de la pression
intra-utérine, comme dans l’hydramnios. Ou
bien cela peut être causé par une contrainte
physique, par exemple un utérus unicorne, la
présence de fibromes utérins ou les grossesses
multiples, quand un fœtus appuie sur l’autre.
Une compression fœtale peut aussi résulter de
contraintes extra-utérines telles la pression
des organes abdominaux voisins, ou l’hyper-
tonicité de la sangle abdominale, comme chez
les mères athlétiques, en particulier chez les
primipares. De plus, les dysfonctions somati-
ques maternelles sacrale et lombale peuvent
influencer la position fœtale, entraver le
déplacement du fœtus et par conséquent son
développement. Ainsi, le déplacement anté-
rieur de la base du sacrum maternelle, dans Figure 4.7. Position fœtale typique.
l’extension craniosacrale, peut contraindre la
tête fœtale. Chaque partie du corps fœtal peut
subir une compression. Les pieds sont le plus ces mouvements fœtaux dès le 4e mois de
souvent déformés, dans une position de varus gestation. Pour autant, une constriction anor-
équin, de talus ou de calcanéovalgus exagérée. male de l’environnement intra-utérin,
Fréquemment, les torsions tibiales sont asso- comme nous l’avons décrit, peut gêner ces
ciées à des déformations des genoux. En fait, mouvements. Une diminution de la quantité
les subluxations congénitales de la coxofémo- du liquide amniotique associée à l’hyperten-
rale, les dysplasies acétabulaires, les torticolis sion maternelle, ou oligoamnios, a les mêmes
congénitaux, les scolioses congénitales et les effets, et favorise la déformation fœtale
plagiocéphalies sont souvent décrits comme [17,19]. La capacité du fœtus de changer de
la conséquence des contraintes subies pen- position est d’une importance suprême, car
dant la vie utérine [17–21]. Les recurvatums une position statique prolongée prédispose
congénitaux du genou, les orteils qui se che- aux déformations.
vauchent, les déformations du thorax et des
Typiquement, la position fœtale est une
membres supérieurs, ou les asymétries de la
posture avec les jambes croisées (figure 4.7).
mandibule se voient également, mais moins
Dans la présentation du sommet (variété en
fréquemment.
occipito-iliaque gauche antérieur [OIGA]), le
Normalement, le fœtus doit pouvoir se fœtus repose le plus souvent sur le côté mater-
déplacer, tendre les jambes et les bras, et don- nel gauche, avec le dos fœtal à gauche de la
ner des coups de pied. Ces mouvements sont mère [22]. Cette position fœtale est attribuée à
critiques pour le développement de l’appareil l’emplacement droit du foie maternel [23], et
locomoteur. La plupart des mères remarquent à la position du rectum et de la vessie mater-
130 Ostéopathie pédiatrique

nels [24]. Par conséquent, lorsque le fœtus est obliquité pelvienne. Les corrélations obser-
en OIGA, l’utérus de la femme enceinte vées entre ces déformations supportent leur
s’oriente en torsion droite, sa face antérieure origine mécanique. Dans les scolioses infanti-
regardant le côté maternel droit, et sa face les, le pelvis est habituellement plus haut du
postérieure, le côté maternel gauche. De ce côté de la concavité de la courbure vertébrale
fait, plus d’espace est disponible sur le côté lombale latérale, et de la hanche en adduction
gauche maternel pour le tronc et la tête du avec restriction de l’abduction du côté de la
fœtus. Le côté gauche du tronc fœtal est alors convexité [27]. Lorsqu’une plagiocéphalie est
comprimé en arrière contre la colonne mater- présente, le méplat frontal est du côté de la
nelle, pendant que la tête fœtale est contre le restriction de l’abduction de hanche [25], tou-
bassin maternel. Cela peut expliquer la plus jours du côté de la dysplasie de hanche et de la
grande fréquence des déformations gauches, convexité thoracique de la courbure scolioti-
telles les dysplasies de la coxofémorale qui se que [20], et du côté de la tuméfaction ou
voient deux fois plus souvent à gauche qu’à « olive » du muscle sternocléidomastoïdien
droite [17,18,25], la hanche gauche étant dans les cas de torticolis congénital [18].
comprimée contre la colonne lombale mater- N’importe laquelle des parties du neuro-
nelle. Selon les mêmes principes, une adduc- crâne et du viscérocrâne peut être déformée
tion prolongée de la jambe gauche peut résul- par malposition fœtale ou compression. La
ter dans des déformations en varus du genou main fœtale, le bras, l’épaule ou le pied peu-
gauche, ou en torsion tibiale gauche [19]. vent tout autant comprimer une partie de la
Bien évidemment, la position fœtale varie tête, et déformer le nez, la mandibule, ou la
d’un fœtus à l’autre. Cependant, la reconnais- région frontale. Dans le dernier trimestre de la
sance des forces mécaniques qui agissent sur grossesse s’ajoutent les contractions utérines,
le fœtus et limitent leur capacité de changer facteurs additionnels de compression [32]. Les
de position permet de comprendre une partie circulaires du cordon ombilical affectent plus
des dysfonctions présentes à la naissance. De particulièrement la colonne cervicale et la
surcroît, les facteurs mécaniques jouent un base crânienne.
rôle primordial dans l’histogenèse osseuse Les déformations sont 10 fois plus fréquen-
fœtale et néonatale, et toute contrainte appli- tes dans les présentations en siège que dans
quée sur le squelette fœtal peut être responsa- les présentations du sommet [17]. Dans la
ble de déformations congénitales ou perturber position en siège, le pelvis et les membres
la future croissance [26]. inférieurs sont sous contrainte, surtout si les
En fait, de multiples auteurs ont décrit les jambes fœtales restent étendues, sans la possi-
malpositions fœtales et leurs conséquences. bilité de donner des coups de pied pour per-
Les épithètes sont nombreuses : le « bébé mettre au fœtus de se retourner. Dans ce cas,
moulé » [25], le « syndrome du bébé moulé » les genu recurvatum sont fréquents. De plus,
[27], le « bébé comprimé » [28], le « bébé en la tête maintenue dans le fond utérin peut
coup de vent » [17], le « défaut d’emballage » être moulée dans une forme oblongue [19].
[29], l’« emballage fœtal défectueux » [30]. Outre les déformations plastiques, les asy-
Dans de tels cas, à la naissance, le nouveau-né métries de position affectent aussi le dévelop-
présente une position qui reflète sa position pement neurologique. En fait, la position
fœtale. Quand on replace le nouveau-né dans fœtale la plus fréquente, la présentation du
cette position fœtale, il se détend, appréciant sommet en OIGA où le fœtus repose sur le
la « position de confort » [31]. Classiquement, côté maternel gauche, est associée à une théo-
plusieurs déformations sont associées à ce rie de prédominance gauche des statoconies
syndrome positionnel ; ce sont le plus sou- (poussières acoustiques ou otolithes). Pen-
vent des plagiocéphalie, torticolis, scoliose et dant l’accélération linéaire de la locomotion
Les dysfonctions 131

maternelle normale, les cellules sensorielles supérieur, elle oriente son diamètre AP le long
des utricules fœtaux sont stimulées avec une de l’un des deux diamètres obliques mater-
force d’inertie dirigée vers le côté fœtal gau- nels. Dans une présentation du sommet, en
che, donc postérieurement dans le bassin OIGA, cette orientation se fait le long du dia-
maternel. Cela résulte dans une plus grande mètre oblique gauche, entre l’articulation
stimulation de l’utricule gauche [24]. Par sacro-iliaque droite et l’éminence iliopectinée
conséquent, à cause de l’asymétrie de la posi- gauche. Dès lors, une dysfonction sacrale
tion fœtale, une asymétrie dans le développe- maternelle de torsion diminue le diamètre
ment neurologique des oreilles et des labyrin- oblique, et rend plus difficile l’orientation de
thes peut s’installer, avec la prédominance à la la tête fœtale le long de ce diamètre, et par
naissance des statoconies gauches. Cela pour- conséquent la naissance. Une base du sacrum
rait aussi contribuer à la préférence du maternelle proéminente ou n’importe quelle
nouveau-né pour une rotation droite de la disproportion fœtopelvienne peut avoir les
tête en décubitus dorsal [33]. Les fœtus se mêmes effets. La tête fœtale doit accommoder
présentant en siège, avec plus de liberté pour la forme du détroit supérieur ; elle peut cepen-
bouger leur tête, démontrent une latéralisa- dant se heurter à la résistance du bassin
tion vestibulaire moins distincte [22]. osseux. Dans une présentation du sommet, en
OIGA, l’os frontal gauche est comprimé
contre le sacrum, pendant que le côté droit de
Naissance l’os occipital est contre la symphyse pubienne
La liberté fœtale pour se déplacer et se posi- maternelle. La position fœtale au niveau du
tionner influence la présentation à la nais- détroit supérieur conditionne le chemine-
sance. Dans 97 % des accouchements, le ment de la présentation.
fœtus est dans une présentation du sommet Lors d’un obstacle à la descente, le fœtus
[34]. L’environnement maternel, l’utérus, les continue pour autant à subir des forces com-
tissus mous lombopelviens, le bassin osseux pressives, et des déformations plastiques du
et la colonne lombale jouent un rôle essentiel crâne peuvent apparaître. La direction des for-
dans ce processus. En outre, les dysfonctions ces et la position de la tête fœtale déterminent
somatiques maternelles, en particulier sacrale le type de la déformation. N’importe quelle
et thoracolombales, peuvent affecter les articulation peut être touchée, ce qui produit
contrôles respectivement parasympathique et une dysfonction somatique de compression
sympathique de la contractilité normale du crânienne. Chacun des os crâniens peut être
myomètre. Pendant l’accouchement, les comprimé, et présenter ensuite une dysfonc-
périodes prolongées de contraction utérine tion intraosseuse. Cependant, en raison du
augmentent d’autant les forces mécaniques tissu fibreux présent entre les deux pariétaux,
appliquées sur l’enfant. Une compression de un chevauchement au niveau de la suture
la colonne fœtale peut se produire, en particu- sagittale n’est pas fréquent [32]. Plutôt, les
lier au niveau des charnières occipitocervicale deux pariétaux s’aplatissent, perdant leur
et cervicothoracique, engendrant des dys- forme convexe, pendant que la partie supé-
fonctions somatiques. rieure de l’écaille de l’occipital avance fré-
Pendant la grossesse, la détente ligamen- quemment, verrouillée entre les deux parié-
taire de la symphyse pubienne et des articula- taux. Cela peut arriver bilatéralement, ou
tions sacro-iliaques maternelles se produit en unilatéralement, et résulter en une dysfonc-
raison de modifications hormonales. Les tion somatique crânienne de la suture lamb-
mouvements disponibles dans ces articula- doïde, ou une dysfonction intraosseuse de l’os
tions sont donc augmentés. Typiquement, occipital. La ligne d’insertion de la tente du
lorsque la tête fœtale pénètre dans le détroit cervelet sur la face interne de l’occiput sépare
132 Ostéopathie pédiatrique

Figure 4.8. Pendant le travail, les forces compressives résultent en déformations plastiques.

la partie inférieure de l’écaille de l’occipital assurant une cohésion satisfaisante entre les
d’origine cartilagineuse de la partie supérieure différents os du crâne pendant l’accommoda-
qui est d’origine membraneuse. Cette ligne, la tion de la naissance. Les déséquilibres de ten-
charnière obstétricale de Budin, sert de char- sions dure-mériennes sont fréquents après
nière dans l’accouchement ; elle peut être sol- l’accouchement. Des fibres durales spéciales
licitée dans les déformations plastiques du sont organisées en bandes de renfort et agen-
crâne. cées pour faire face pendant l’accommodation
Globalement, le crâne a tendance à chan- à des schémas de contrainte [36]. Néanmoins,
ger de forme et, le plus souvent, on peut cons- des étirements duraux exagérés peuvent se
tater une diminution du diamètre sous- produire, et résulter en déchirures, en particu-
occipitobregmatique [32]. Cette diminution lier au niveau de la jonction entre la tente du
de la dimension AP affecte la SSB, avec cervelet et la faux du cerveau [36]. Quand cela
comme résultat une dysfonction somatique se produit, la grande veine cérébrale (veine de
crânienne de compression de la SSB. Les Galien) est mise en tension et le flux sanguin
nouveau-nés examinés 24 à 72 heures après restreint ou obstrué. La rupture de la veine ou
l’accouchement démontrent un méplat posté- de ses branches peut survenir avec une
rieur ou latéral dans 13,1 % des cas, et des hémorragie cérébrale subséquente [36].
formes de tête insolites dans 11,5 % [35] L’hémorragie sous-arachnoïdienne est la
(figure 4.8). blessure intracrânienne la plus communé-
En fait, la dure-mère joue un rôle protec- ment identifiée après la naissance [37]. Les
teur primordial du contenu crânien, tout en hémorragies intracrâniennes semblent surve-
Les dysfonctions 133

nir plus fréquemment lorsque les enfants sont souvent, cela inclut les céphalohématomes,
accouchés avec l’usage des forceps, d’une ven- fractures de clavicule, paralysie faciale, étire-
touse obstétricale, ou la pratique d’une césa- ment du plexus brachial, et fracture des os
rienne. Cependant, dans ce dernier cas, les longs. Les atteintes du nerf phrénique ou du
difficultés du travail sont en cause, car les nerf laryngé, et les fractures du crâne se pro-
hémorragies intracrâniennes sont moins fré- duisent moins fréquemment. Pendant le tra-
quentes lorsque la césarienne est programmée vail, être du sexe mâle est un facteur de risque
[38]. pour une plus grande détresse fœtale, et les
Pendant la descente de la tête fœtale, extractions instrumentales sont plus souvent
l’asynclitisme résulte en des forces de sideben- pratiquées chez les garçons [39,40]. Le fœtus
ding asymétriques sur le crâne (figure 4.9). mâle démontre une activité métabolique plus
Peu après, ou en concomitance avec ce side- importante qui pourrait accroître sa vulnéra-
bending, la tête tourne, probablement pour bilité [39]. Chez ces sujets, la deuxième étape
répondre à la résistance du bassin maternel. du travail peut être prolongée, ce qui est aussi
Cette combinaison peut produire une dys- associé à l’usage d’analgésie péridurale, d’ocy-
fonction de sidebending-rotation de la SSB. tocine et à l’induction du travail, comme le
En plus, une extension de la colonne cervicale sont les facteurs de macrosomies et de nulli-
survient lors du passage de la tête sous la parité [41].
symphyse pubienne maternelle et pendant Parmi les traumatismes de naissance les
l’accouchement. Cette extension a lieu au plus communs, le céphalohématome est
niveau des condyles occipitaux et dans les causé par une rupture subpériostée des vais-
synchondroses de la base crânienne. Toute seaux et résulte des frictions causées par
exagération de la tension appliquée sur la base l’accouchement [37]. Les céphalohématomes
crânienne peut affecter les structures asso- se produisent dans approximativement 1 à
ciées. Les canaux de l’hypoglosse situés bilaté- 2 % des cas et sont associés à l’usage des
ralement dans les synchondroses intraoccipi- forceps [30]. Habituellement, les fractures de
tales antérieures, entre le basiocciput et les clavicule se produisent avec les dystocies
exocciputs contiennent les nerfs hypoglosses d’épaule, les macrosomies, et peuvent être
qui donnent l’innervation motrice à la lan- associées à l’usage de la ventouse obstétricale.
gue. La congestion tissulaire associée à un Normalement, après la délivrance de la tête, et
accouchement difficile affecte les nerfs hypo- la restitution à sa rotation d’origine, l’épaule
glosses et la fonction motrice de la langue, antérieure passe sous la symphyse pubienne,
avec pour conséquence des difficultés de suc- puis l’épaule postérieure est délivrée. Cepen-
cion. Les nerfs glossopharyngien, vague et dant, en cas de résistance au passage des épau-
accessoire localisés dans le foramen jugulaire les, une traction de la tête et du cou peut être
peuvent également être affectés, avec une nécessaire, avec un risque de dysfonction
large étendue de symptômes potentiels com- somatique de la colonne thoracique supé-
prenant dysautonomie, colique et régurgita- rieure, des premières et deuxièmes côtes, de la
tion, tout comme des déséquilibres musculai- colonne cervicale, des clavicules, et de toutes
res associés aux torticolis et plagiocéphalie. En les composantes myofasciales de l’anneau
fait, les synchondroses de la base crânienne thoracique supérieur. Les articulations entre
sont très fréquemment compactées, le plus les condyles occipitaux et les surfaces articu-
souvent unilatéralement. laires supérieures de l’atlas, et celles entre
Des blessures de naissance se produisent l’atlas et l’axis sont particulièrement sollici-
chez 3 % de tous les bébés vivant à la nais- tées, avec la survenue potentielle d’une dys-
sance, et les traumatismes de la tête et du cou fonction somatique à ce niveau, elle-même
dans 9,56 pour 1000 naissances [37]. Le plus facteur de risque pour les torticolis congénital
134 Ostéopathie pédiatrique

Figure 4.9. Pendant le travail, le crâne, la charnière craniocervicale et la colonne cervicale


sont soumis à d’importantes contraintes.

et plagiocéphalie [42]. Dans les cas les plus glissent le long de la gouttière périnéale. Cela
sévères, cette traction peut produire une frac- peut produire une dysfonction somatique de
ture claviculaire, et une paralysie obstétricale la face entre le frontal, les os nasaux, l’eth-
du membre supérieur. Typiquement, un trau- moïde et les maxillaires, qui peut être à l’ori-
matisme du plexus brachial suit l’application gine d’une respiration bruyante et de rhinite
de manipulations et tractions péjoratives avec chronique. En fait, le nez est la structure de la
inclinaison latérale de la colonne cervicale. face la plus vulnérable pendant l’accouche-
Les lésions des racines C5–C6, la paralysie ment ; par conséquent, les déformations nasa-
d’Erb, représentent la majorité des paralysies les sont très fréquemment rencontrées. La
du plexus brachial en postpartum [37]. Moins compression de la pointe nasale est commune
fréquente, la paralysie de Klumpke résulte de et peut causer des œdèmes des muqueuses
l’atteinte des racines C5–C7. nasales. Normalement, la lame perpendicu-
En plus du neurocrâne et du tronc, la face laire de l’ethmoïde, le vomer, et le cartilage
peut aussi être sujette aux lésions et dysfonc- septal forment un septum nasal médian. Pour
tions. Très fréquemment, le viscérocrâne est autant, une asymétrie du septum nasal est
soumis à contrainte pendant la naissance. trouvée chez 1 % des nouveau-nés [43], et
Dans une présentation en OIGA, lors de la plus fréquemment dans les cas où l’expulsion
descente de la tête fœtale, le front et le nez est spontanée que dans les naissances par
Les dysfonctions 135

césarienne [44]. Dans les cas sévères, la dislo- appliquent des forces compressives et de trac-
cation du septum cartilagineux de son sillon tion, combinées avec une rotation. Dès lors,
vomérien peut nécessiter le recours à une pro- selon le placement des lames des forceps, dif-
cédure spéciale de réduction très rapidement férents types de dysfonction peuvent suivre.
après la naissance. Le plus souvent, elles sont positionnées sur les
La première respiration du nouveau-né parties latérales du crâne, dans la région du
doit être complète et sans encombre. En ptérion. La compression de l’os frontal peut
revanche, lors d’une obstruction nasale, le produire une dysfonction intraosseuse avec
diaphragme thoracoabdominal doit exercer proéminence de la suture métopique. Les
une plus grande force inspiratoire, ce qui peut lames des forceps peuvent être placées plus
conduire à une dysfonction somatique de ce basses, au niveau des os temporaux, la pres-
muscle. On se rappellera aussi que les dys- sion s’appliquant éventuellement sur le fora-
fonctions somatiques du diaphragme crânien, men mastoïdien, ou sur l’os temporal au
de la tente du cervelet, et de n’importe quel os niveau du segment vertical du canal facial. Les
sur lequel ce diaphragme crânien est fixé se deux emplacements sont des facteurs de ris-
répercutent inévitablement sur la fonction que pour une atteinte du nerf facial. La région
diaphragmatique thoracoabdominale. Dès occipitomastoïdienne peut aussi être compri-
lors, toute dysfonction de l’os temporal, sur mée, ce qui affecte le foramen jugulaire. Par-
lequel la tente du cervelet est fermement atta- fois les lames des forceps sont placées au
chée, peut affecter le diaphragme crânien et la niveau des articulations temporomandibulai-
fonction diaphragmatique thoracoabdomi- res (ATM), avec un risque de dysfonction
nale. intraosseuse de la mandibule, de l’os temporal
Classiquement, les présentations en siège et de l’ATM (figure 4.10).
sont associées à des contraintes lombales et L’usage de la ventouse obstétricale peut
pelviennes pour l’enfant, et à des dysfonc- produire un céphalohématome local au site
tions intraosseuses potentielles du sacrum et où la cupule est appliquée sur le scalp [45].
des os iliaques. Pendant la naissance, la L’étirement important de la faux du cerveau
colonne lombale est habituellement inclinée et de la tente du cervelet est aussi cause de
latéralement avec un risque de dysfonction déséquilibre de tension dure-mérienne, qui
somatique lombosacrale. Puis, lorsque le siège peut se transmettre au pelvis par l’intermé-
et le tronc sont dégagés, la tête, moins com- diaire du core-link (figure 4.11).
pressible que le reste du corps, peut présenter En fait, les extractions instrumentales par
des difficultés à l’expulsion. De ce fait, les forceps et ventouse ont été associées aux pla-
enfants nés en siège peuvent également pré- giocéphalies [42]. Le placement de ces outils
senter des dysfonctions somatiques crânien- peut résulter en l’application de forces asymé-
nes. Fréquemment, le viscérocrâne est plaqué triques sur le crâne, et la traction employée
contre le sacrum maternel, avec un risque pour l’accouchement peut non seulement
potentiel de dysfonctions affectant le déve- affecter le crâne, mais aussi la colonne cervi-
loppement de la face. cale. Les dysfonctions de rotation de l’occiput
Parmi les différentes contraintes subies sur l’atlas comme de strain horizontal de la
par le crâne fœtal, l’usage des forceps est sou- SSB sont associées aux plagiocéphalies non
vent mentionné. L’extraction instrumentale synostotiques [42].
répond à plusieurs impératifs que nul ne peut Théoriquement, tout enfant né avant
remettre en cause. Théoriquement, ils corres- 37 semaines de gestation est prématuré. La
pondent à la pratique la moins nocive pour la plupart du temps, le nouveau-né prématuré
mère et l’enfant et, le plus souvent, face à une est petit, avec un poids inférieur à 2,5 kg.
situation d’urgence. Pour autant, les forceps L’immaturité du système nerveux central peut
136 Ostéopathie pédiatrique

Figure 4.10. Forceps.

être responsable de plusieurs troubles, tels les qui s’ossifie à 8 mois de gestation est à risque,
épisodes apnéiques, ou les défauts de coordi- proportionnellement au degré de prématu-
nation dans la succion et la déglutition. La rité. En raison de leur fragilité, ces bébés doi-
naissance prématurée peut affecter de nom- vent être approchés avec une extrême délica-
breuses fonctions neurologiques, avec des tesse.
symptômes qui vont des troubles cognitifs
légers [46], aux handicaps neurologiques plus Enfance et adolescence
sévères, retards mentaux ou infirmités motri-
ces cérébrales. Les enfants nés prématurément Après la naissance, la position de sommeil est
présentent aussi une plus haute incidence de un facteur important qui affecte la forme du
déformation crânienne, avec une tête de crâne du bébé comme la forme des autres
forme dolichocéphalique typique. En fait, les parties de son corps. Chez l’enfant toujours
synchondroses de leur base crânienne sont placé dans la même position, le jeune sque-
plus vulnérables pendant l’accouchement. En lette peut être déformé par la pression cons-
particulier, la synchondrose intrasphénoïdale, tante qu’il subit. Cela est particulièrement
entre le présphénoïde, et le postsphénoïde, vrai chez les prématurés où le crâne s’aplatit
Les dysfonctions 137

Figure 4.11. Ventouse obstétricale.

lorsque l’enfant est toujours couché du même nourrisson. Le nourrisson démontre une
côté. La position en procubitus peut affecter le diminution de fréquence de la déglutition et
frontal, la mandibule et l’ATM, et donc du rythme respiratoire en dormant en procu-
l’occlusion plus tard dans la vie. En revanche, bitus, ce qui représente un facteur de risque
dans la position de sommeil en décubitus dor- pour ce syndrome [49]. La campagne com-
sal, la pression du matelas sur la tête du nour- mencée en 1992 par l’American Academy of
risson peut modifier la forme de l’os occipital Pediatrics (AAP) recommande que « les nour-
[47], et aplatir l’arrière du crâne quand cette rissons en bonne santé soient couchés sur le
position est maintenue constamment. Actuel- côté ou sur le dos pour dormir » [50]. De toute
lement, la position de sommeil en décubitus évidence, cette recommandation ne s’appli-
dorsal est communément proposée comme que pas à certains cas comme les prématurés,
une étiologie pour les plagiocéphalies posté- les nourrissons avec des reflux gastro-
rieures [35,48]. Cela est confirmé par leur aug- œsophagiens, ou des apnées obstructives du
mentation depuis la recommandation de cou- sommeil.
cher les enfants sur le dos pour réduire la Les plagiocéphalies postérieures peuvent
prévalence du syndrome de la mort subite du être médianes ou unilatérales, selon la posi-
138 Ostéopathie pédiatrique

tion de la tête de l’enfant, qui peut être cen- est appliquée sur son hémithorax droit ;
trale ou tournée sur un côté. En fait, l’asymé- l’hémithorax gauche, sous l’influence de la
trie de la position fœtale pourrait être un des gravité, a une propension à se développer
facteurs qui contribuent à la préférence du librement vers l’arrière avec une rotation gau-
nouveau-né pour tourner la tête vers la droite che des vertèbres thoraciques [51].
dans la position de décubitus dorsal [33]. De Au niveau pelvien, la position de décubitus
plus, lors d’un accouchement difficile, une dorsal semble jouer un rôle important dans la
dysfonction de la charnière occipitocervicale formation de la courbure sacrale. À la nais-
peut survenir, renforçant le maintien de la sance, le sacrum consiste en cinq vertèbres
tête sur un côté. En raison de cette préférence, sacrales. Bien que l’union des arcs vertébraux
la pression du poids de la tête du nourrisson avec les corps apparaisse dans les segments
sur le matelas est asymétrique et une pla- sacraux inférieurs dans la deuxième année,
giocéphalie s’installe. Les forces compressives cela ne se produit pas dans le segment supé-
aplatissent la zone occipitopariétale du côté rieur avant la cinquième ou la sixième année.
vers lequel la tête est chroniquement tour- Chez les êtres humains, comme chez les
née ; le côté opposé, à l’inverse, se développe animaux possédant une queue, la courbure
davantage. Une corrélation significative a été sacrale semble être minimale à la naissance, et
identifiée entre les dysfonctions de rotation sa formation fortement influencée par le posi-
de l’occiput sur l’atlas et le côté de la pla- tionnement de l’enfant [52]. Dans le décubi-
giocéphalie postérieure [42]. En avant, le tus dorsal, les segments inférieurs du sacrum
crâne présente une bosse frontale du même et le coccyx subissent une pression qui les
côté que le méplat occipital, avec un aplatisse- pousse vers l’avant, créant ainsi une courbure
ment frontal du côté opposé. Quand la tête est sacrale qui augmentera dans l’enfance. Dès
vue d’en haut, elle a une forme en « parallélo- lors, une asymétrie constante dans le décubi-
gramme ». Cela est corrélé avec une dysfonc- tus dorsal peut influencer la forme du pelvis.
tion de strain latéral de la SSB [42]. Pour La position de sommeil de l’enfant, avec une
autant, une déformation plastique avec asy- préférence pour dormir toujours sur le même
métrie crânienne qui serait présente dès la côté – le « syndrome du décubitus latéral » –
naissance peut gêner la rotation de tête bilaté- est décrit comme un facteur de risque pour les
rale, renforçant ainsi l’asymétrie (figure 4.12). luxations congénitales de hanche [53].
Dès l’instant où les pressions asymétriques La symétrie de l’anatomie humaine est
du matelas sont appliquées longtemps ou idéalement associée à une symétrie fonction-
pendant une période critique de la croissance, nelle. Les systèmes neurologiques responsa-
elles peuvent tout autant créer des asymétries bles du maintien de la tête dans une position
sur la colonne vertébrale. Une hypothèse centrale, bien que présents à la naissance, ne
explique l’association entre plagiocéphalie et sont pas encore fonctionnels en raison du
scoliose par la préférence pour tourner vers le manque de force dans les muscles cervicaux
côté droit dans la position de décubitus dor- [54]. Normalement, un nourrisson doit tour-
sal ; dans ce cas, le thorax immature suivrait le ner la tête avec autant de facilité des deux
même modèle de déformation que le crâne. côtés à 12 semaines [55]. Pour autant, la symé-
Quand un nourrisson présente une rotation trie du mouvement cervical peut être altérée
chronique de la tête, l’arrière de la tête s’apla- par la présence d’une dysfonction somatique
tit du côté de la rotation et le crâne se déve- crânienne ou cervicale. De la même façon,
loppe du côté opposé. De même, dans une une dysfonction vertébrale ou pelvienne peut
position de décubitus dorsal, quand le nour- influencer la posture de l’enfant. Ces dysfonc-
risson préfère tourner vers le côté droit, la tions peuvent être consécutives à une nais-
pression du poids de son thorax sur le matelas sance difficile, mais résultent parfois aussi
Les dysfonctions 139

Sphénoïde

Occiput

Figure 4.12. Plagiocéphalie postérieure : la tête vue de dessus a la forme d’un


« parallélogramme ». Une dysfonction de strain latéral est associée aux plagiocéphalies.

d’un maniement ou d’un positionnement supérieure peut souffrir de malposition. Sou-


agressif pour l’enfant. La colonne cervicale vent, l’enfant est aussi placé sur le côté du
d’un nourrisson est particulièrement malme- pelvis de l’adulte qui le porte, à cheval sur la
née dans les sièges autos, où des positions de crête iliaque, afin de libérer le bras du côté
latéroflexion et de rotation exagérées sont opposé. Cette position encourage souvent les
maintenues trop longtemps. On retiendra que asymétries infantiles et, quand elle est main-
les positions asymétriques constantes doivent tenue longtemps, renforce des dysfonctions
être évitées chez le nourrisson et l’enfant, et pelviennes ou vertébrales déjà présentes.
qu’en présence d’un refus de position, une
Théoriquement, toutes les stimulations des
dysfonction somatique peut être suspectée et,
activités quotidiennes doivent être bilatérales.
si besoin, être traitée.
Dès les premiers jours, l’allaitement est un
En fait, diverses méthodes de transport des événement primordial ; il peut être maternel
nourrissons peuvent causer des dysfonctions ou artificiel. En principe, l’allaitement mater-
infantiles. Le portage en kangourou, le bébé nel est spontanément pratiqué des deux côtés.
contre la poitrine de l’adulte, est vanté pour De la même façon, le biberon doit être donné
les effets positifs du contact intime offert à du côté droit et du côté gauche. Cette alter-
l’enfant. Cependant, la colonne cervicale nance est cruciale pour les nourrissons dans le
140 Ostéopathie pédiatrique

développement de réflexes orofaciaux bilaté- pour le développement d’une malocclusion


raux et d’une rotation cervicale symétrique. que le type d’allaitement des premiers mois.
Pour de multiples raisons, l’allaitement En revanche, lorsque cette activité est associée
maternel est un moyen privilégié pour nourrir à un allaitement artificiel, le risque d’occlu-
le nourrisson pendant les premiers mois de sion inversée est plus que doublé [57]. Pen-
vie. L’enfant fournit des mouvements plus dant la petite enfance, le prémaxillaire peut
élaborés dans la tétée de l’aréole maternelle être facilement influencé par la succion non
que dans la tétine du biberon. De plus, l’odeur nutritive et poussé vers l’avant. L’usage d’une
du lait maternel stimule la fréquence des sucette est particulièrement incriminé [58].
mouvements de succion et leur puissance, et Jusqu’à l’âge de 2 à 3 ans, le risque de dévelop-
l’expression du lait maternel est plus forte que per une malocclusion est réduit proportion-
celle des laits pour nourrissons ou de l’eau nellement au temps de succion, et dans ces
[56]. En retour, cette activité musculaire sti- conditions, les arcades dentaires doivent être
mule la croissance des os sur lesquels les mus- régulièrement évaluées [59]. À l’âge de 4 ans,
cles sont attachés. Toutefois, l’allaitement une corrélation significative existe entre les
peut présenter des difficultés. L’ankyloglossie, habitudes de succion et les malocclusions
la présence d’un frein lingual trop court, peut [60,61], et les classes II d’Angle ou les occlu-
être en cause. Plus fréquemment, une dys- sions inversées semblent alors persister
fonction somatique de la base crânienne est au-delà de l’arrêt de la parafonction de suc-
présente, dérangeant les rapports entre les cion [62].
structures sur lesquelles les muscles maxillofa-
Le développement facial suit des séquences
ciaux ou ceux de la langue sont fixés. Le nerf
génétiquement déterminées, pour autant
hypoglosse qui innerve les muscles de la lan-
influencées par les facteurs environnemen-
gue peut aussi être affecté au niveau de la
taux ou épigénétiques. Le modelage fœtal est
synchondrose intraoccipitale antérieure.
parmi les premiers, suivi de l’impact de la
Quand de telles difficultés apparaissent, les
naissance sur le viscérocrâne. Leur influence,
parents ont souvent recours à l’allaitement
avec la présence éventuelle de dysfonctions
artificiel. Quand les difficultés persistent, une
somatiques, peut être observée dès les pre-
solution fréquente consiste à augmenter la
miers jours de vie par l’ostéopathe entraîné à
taille du trou de la tétine, ou à utiliser une
cette observation. Les fonctions orofaciales de
tétine nécessitant moins d’effort de succion.
succion, déglutition, mastication, respiration,
En conséquence, les efforts musculaires et leur
et du langage sont des facteurs environne-
variété sont réduits, et la stimulation du déve-
mentaux d’importance suprême dans le déve-
loppement maxillofacial limitée. En revan-
loppement du squelette facial. Ces fonctions
che, nourrir au sein semble prévenir le déve-
contribuent également au développement
loppement d’une occlusion inversée en
d’une bonne posture, tout autant qu’elles
denture déciduale [57].
sont influencées par l’équilibre postural du
Le besoin de succion peut ne pas être satis- sujet. La respiration nasale contribue au déve-
fait par une alimentation normale. Alors, une loppement du maxillaire. En revanche, la res-
succion non nutritive se développe, sous la piration buccale est associée à un déplace-
forme d’une succion de pouce, de sucette ou ment inféropostérieur de l’os hyoïde, un
de « doudou ». Généralement, cette habitude positionnement antéro-inférieur de la langue
est associée à divers schémas de malocclusion [63,64], et une rotation mandibulaire vers
ou modification de l’articulé dentaire, comme l’avant [65]. La mobilité linguale et la mastica-
les classes II d’Angle ou les occlusions inver- tion doivent être sans encombre pour déve-
sées [57]. En fait, une succion non nutritive lopper des praxis orales satisfaisantes. Tout
semble être un plus grand facteur de risque traumatisme direct sur la face peut interrom-
Les dysfonctions 141

pre cet équilibre. À la naissance, les maxillai-


res consistent en deux parties, les maxillaire et
prémaxillaire. L’ossification de la suture qui
les sépare se produit entre 6 ou 7 ans [66] et
12 ans [67]. Les chutes, en particulier sur les
dents supérieures, peuvent causer un progna-
thisme maxillaire par rotation postérieure des
prémaxillaires. Un impact sur la mandibule
peut produire une dysfonction somatique de
l’ATM, responsable de schémas occlusaux et
masticateurs dysfonctionnels.
Parmi les facteurs épigénétiques, le mode
alimentaire moderne est corrélé avec la crois-
sance faciale. Normalement, les efforts mus-
culaires de la mastication d’aliments fermes
sont nécessaires à l’enfant, car ils contribuent
au développement des os de la face. La masti-
cation d’une nourriture trop molle réduit la Figure 4.13. Ramper et marcher à quatre
stimulation de la croissance périostée, et pattes stimule la musculature paravertébrale.
résulte en des faces plus petites [68,69].
Les facteurs culturels ont une place prépon-
dérante parmi les facteurs épigénétiques qui ment et segmentairement, autant que celle des
affectent la croissance squelettique. Les exem- membres inférieurs. Les enfants qui présentent
ples extrêmes incluent les pratiques de défor- une légère dysfonction de rotation cervicale
mation de la tête ou des pieds. Le plus sou- peuvent équilibrer leur posture avec des com-
vent, les âges et séquences des acquisitions de pensations thoraciques ou lombopelviennes.
l’enfant répondent à des normes et espérances Ces tendances sont plus importantes si
culturelles. L’acquisition de la marche en est l’enfant est encouragé à se mettre debout rapi-
un parfait exemple. Normalement, l’activité dement. En revanche, les enfants qui rampent
physique et quotidienne du bébé ou de et marchent à quatre pattes stimulent le tonus
l’enfant augmente la minéralisation osseuse postural de la musculature paravertébrale
et la croissance. En revanche, une activité avant d’assumer les contraintes de la gravité
excessive ou prématurée peut contribuer à la associées à la position debout (figure 4.13).
création de dysfonctions. Ainsi, la forme du Pour autant, des dysfonctions pelviennes peu-
pelvis est influencée par l’âge d’acquisition de vent décourager un enfant qui essaie de ram-
la marche, qui est en moyenne 14 mois. per ou de marcher à quatre pattes.
Quand cela se produit plus tôt, le pelvis tend à Les dysfonctions intraosseuses de l’os ilia-
développer une forme platypelloïde ; à que ou du sacrum peuvent être associées à un
l’inverse, sa forme est anthropoïde pour une traumatisme impliquant le membre inférieur,
acquisition plus tardive [70]. En cas d’activité ou survenant lors d’une chute sur le derrière
physique ardue pendant l’adolescence, les pendant les premières années de la vie. Dans
bassins féminins sont de forme plus androïde. tous ces cas, l’enfant peut présenter une dou-
Ces variations peuvent exercer un effet signi- leur de la hanche, un « rhume de hanche » et
ficatif sur l’avenir obstétrical du sujet. une boiterie.
L’équilibre entre la colonne et le bassin dans Pendant l’enfance, les traumatismes des
les plans sagittal et coronal reflète l’influence membres inférieurs sont fréquents. Ils affec-
de toute la colonne, globalement, régionale- tent la relation entre les os iliaques et le
142 Ostéopathie pédiatrique

sacrum autant que les structures sus- et sous- dysfonctions potentiellement primaires pour
jacentes. Les appuis sont modifiés, asymétri- les traiter.
ques à une phase critique du développement. Bien que la prévalence des dysfonctions
Inversement, les dysfonctions posturales peu- somatiques de l’adolescent se rapproche de
vent aussi accommoder des déséquilibres celle de la population adulte, ces jeunes sujets
supérieurs. présentent moins fréquemment que les adul-
Les traumatismes thoraciques supérieurs tes des problèmes musculosquelettiques ver-
surviennent très souvent, dans les chutes, tébraux. De ce fait, lorsqu’un adolescent se
roulades au sol, activités sportives. Les trau- plaint de douleurs du squelette axial, la région
matismes mineurs de la tête ne sont pas plus douloureuse doit être examinée avec le plus
rares pendant l’enfance. Dans les premières grand soin pour exclure toute pathologie
années de vie, ils peuvent résulter en dysfonc- organique ou une étiologie réflexe viscéroso-
tions intraosseuses autant qu’interosseuses. matique. Le plus fréquemment, à cet âge, les
Ainsi, les dysfonctions somatiques crâniennes déséquilibres associés à des réflexes viscéroso-
peuvent produire des douleurs, des change- matiques proviennent du système gastro-
ments posturaux accommodatifs de l’ensem- intestinal, auquel s’ajoutent, chez les filles, les
ble du corps, ainsi que des régions visuelle, organes pelviens. Les influx nociceptifs du
orofaciale, et de l’équilibre, avec des effets sur viscère en dysfonction entrent dans la matière
le comportement de l’enfant et son dévelop- grise de la moelle épinière où un état d’irrita-
pement cognitif. bilité segmentaire vertébrale s’installe ; c’est
l’état de facilitation qui résulte en une
À l’évidence, les activités asymétriques, tel- réponse en rapport avec ce segment (réflexe
les que le tennis ou la pratique du violon, viscérosomatique). La dysfonction somatique
présentent le risque d’une accommodation associée peut à son tour créer une boucle
posturale asymétrique. De même, porter un réflexe qui maintient ou aggrave l’affection
objet lourd d’une manière asymétrique, viscérale (réflexe somatoviscéral) (voir ta-
comme un gros cartable, ou des habitudes bleau 7.1).
posturales néfastes, comme les positions assi- En fait, lorsque les dysfonctions de l’enfant
ses dans l’étude, peuvent résulter de dysfonc- ou de l’adolescent restent sans traitement, le
tions somatiques préexistantes ou les aggra- sujet peut être prédisposé à des désordres de la
ver. Les habitudes posturales de l’enfant, physiologie viscérale soit par une relation
comme les épaules enroulées vers l’avant, anatomique directe, soit par un mécanisme
peuvent être mises sur le compte de sa timi- réflexe somatoviscéral. Par exemple, une dys-
dité, ou de son manque de motivation pour se fonction somatique du sacrum peut affecter la
tenir droit, alors qu’en fait, elles sont bien position de l’utérus par l’intermédiaire du
souvent la conséquence de dysfonctions ligament utérosacral qui participe au posi-
somatiques. tionnement de l’utérus. En même temps, une
Au fur et à mesure que l’enfant grandit et dysfonction somatique lombale supérieure
entre dans l’adolescence, les mécanismes dys- peut affecter le système nerveux autonome
fonctionnels se rapprochent de ceux rencon- sympathique, et de cette façon affecter la phy-
trés dans la population adulte. Les dysfonc- siologie normale de l’utérus, avec un risque de
tions font souvent suite à des traumatismes, dysménorrhée.
qui impliquent fréquemment les extrémités, L’examen minutieux du dos est impératif,
avec des entorses. Le schéma global initial du même en l’absence de douleur, car les scolio-
sujet prédispose certaines zones à plus de fra- ses idiopathiques qui débutent typiquement
gilité. Dès lors, en présence d’atteintes récidi- dans l’adolescence sont rarement associées à
vantes, un examen attentif doit rechercher les des douleurs. Un bilan ostéopathique préven-
Les dysfonctions 143

tif du dos et de la posture de l’enfant par un findings of the developing temporal bone in fetal
praticien entraîné à ces bilans est recom- specimens. Am J Neuroradiol 1996 ; 17 (8) : 1467-
77.
mandé une fois par an.
11 Bluestone CD. Pathogenesis of otitis media : role of
La croissance et le développement fonc- eustachian tube. Pediatr Infect Dis J 1996 ; 15 (4) :
tionnel de l’individu se produisent lente- 281-91.
ment, et une dysfonction peut apparaître à 12 Kemaloglu YK, Goksu N, Ozbilen S, Akyildiz N.
tout moment. D’un stade initial mésenchy- Otitis media with effusion and craniofacial analy-
mateux, le squelette passe par des phases sis-II : “Mastoid-middle ear-eustachian tube sys-
membraneuses ou cartilagineuses, pour tem” in children with secretory otitis media. Int J
Pediatr Otorhinolaryngol 1995 ; 32 : 69-76.
s’organiser finalement en structures osseuses
13 Arbuckle BE. The selected writings of Beryl E.
articulées. Les dysfonctions peuvent donc être Arbuckle, D.O., F.A.C.O.P. Newark OH : Amer Acad
membraneuses intraosseuses, cartilagineuses Osteopathy ; 1971.
intraosseuses, et articulaires interosseuses. 14 Sergueef N. L’Odyssée de l’iliaque. Paris : Spek ;
Dès lors, ces dysfonctions impliquent tous les 1985.
tissus qui les entourent, entretenant la situa- 15 Williams PL, ed. Gray’s Anatomy. 38th ed.
tion dysfonctionnelle et résultant en une Edinburgh : Churchill Livingstone ; 1995.
myriade de présentations cliniques. 16 Magoun HI Sr. Entrapment neuropathy of the
central nervous system. II. Cranial nerves I-IV,
VI-VIII, XII. J Am Osteopath Assoc 1968 ; 67 (7) :
Références 779-87.
17 Dunn PM. Congenital postural deformities. Br Med
1 Sutherland WG. Teachings in the science of Osteo- Bull 1976 ; 32 (1) : 71-6.
pathy. Fort Worth, TX : Sutherland Cranial Tea- 18 Watson GH. Relationship between side of plagioce-
ching Foundation, Inc. ; 1991. p. 119. phaly, dislocation of hip, scoliosis, bat ears and
2 Glossary of Osteopathic Terminology. In : Ward sternomastoid tumors. Arch Dis Child 1971 ; 46 :
RC, ed. Foundations for Osteopathic Medicine. 203-10.
2nd ed. Baltimore : Williams and Wilkins ; 2003. 19 Clarren SK, Smith DW. Congenital deformities.
p. 1249. Pediatr Clin North Am 1977 ; 24 : 665-77.
3 Sergueef N. Le B.A.BA du crânien. Paris : Spek ; 20 Hooper G. Congenital dislocation of the hip in
1986. infantile idiopathic scoliosis. J Bone Joint Surg Br
4 Korr IM. The neural basis of the osteopathic lesion. 1980 ; 62-B (4) : 447-9.
J Am Osteopath Assoc 1947 ; 47 : 191-8. 21 Dunn PM. Sir Denis Browne (1892-1967) and
5 Korr IM. IV. Clinical significance of the facilitated congenital deformities of mechanical origin.
state. J Am Osteopath Assoc 1955 ; 54 (5) : 277-82. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed 2005 ; 90 (1) :
6 Magoun HI. Osteopathy in the cranial field. Kirks- F88-91.
ville, MO : The Journal Printing Company ; 1951. 22 Fong BF, Savelsbergh GJ, van Geijn HP, de Vries JI.
p. 199. Does intra-uterine environment influence fetal
7 Arbuckle BE. The selected writings of Beryl E. head-position preference ? A comparison between
Arbuckle, D.O., F.A.C.O.P. Newark OH : Amer Acad breech and cephalic presentation. Early Hum Dev
Osteopathy ; 1971. p. 195. 2005 ; 81 (6) : 507-17.
8 Magoun HI Sr. Idiopathic adolescent spinal scolio- 23 Lansac J, Body G. Pratique de l’accouchement.
sis : A reasonable etiology (1975). In : Peterson B, Paris : SIMEP ; 1988.
ed. Postural balance and imbalance. Indianapolis, 24 Previc FH. A general theory concerning the prena-
IN : American Academy of Osteopathy ; 1983. tal origins of cerebral lateralization in humans.
p. 94-100. (Now available through the American Psychol Rev 1991 ; 98 (3) : 299-334.
Academy of Osteopathy, Indianapolis, IN.) 25 Good C, Walker G. The hip in the moulded baby
9 Wynne-Davies R. Infantile idiopathic scoliosis, syndrome. J Bone Joint Surg Br 1984 ; 66 (4) :
causative factors, particularly in the first six 491-2.
months of life. J Bone Joint Surg 1975 ; 57-B : 26 Shefelbine SJ, Carter DR. Mechanobiological pre-
138-41. dictions of growth front morphology in develop-
10 Nemzek WR, Brodie HA, Chong BW, Babcook CJ, mental hip dysplasia. J Orthop Res 2004 ; 22 (2) :
Hecht ST, Salamat S, Ellis WG, Seibert JA. Imaging 346-52.
144 Ostéopathie pédiatrique

27 Lloyd-Roberts GC, Pilcher MF. Structural idiopa- the newborn and young infant who have nasal
thic scoliosis in infancy : A study of the natural obstruction. Pediatr Rev 2000 ; 21 (12) : 416-20.
history of 100 patients. J Bone Joint Surg Br 1965 ; 44 Spiewak P, Kawalski H. Nose deformation as a result
47 : 520-3. of birth injury. Acta Chir Plast 1995 ; 37 (3) : 78-82.
28 Browne D. Congenital postural scoliosis. Br Med J 45 Baume S, Cheret A, Creveuil C, Vardon D, Herlico-
1965 ; 5461 : 565-6. viez M, Dreyfus M. Complications of vacuum
29 Scherl SA. Common lower extremity problems in extractor deliveries. J Gynecol Obstet Biol Reprod
children. Pediatr Rev 2004 ; 25 (2) : 52-62. (Paris) 2004 ; 33 (4) : 304-11.
30 Glass RB, Fernbach SK, Norton KI, Choi PS, Naidich 46 Stewart AL, Rifkin L, Amess PN, Kirkbride V, Town-
TP. The infant skull : a vault of information. Radio- send JP, Miller DH, et al. Brain structure and neuro-
graphics 2004 ; 24 (2) : 507-22. cognitive and behavioural function in adolescents
31 Chapple CC, Davidson DT. A study of the rela- who were born very preterm. Lancet 1999 ; 353
tionship between fetal position and certain conge- (9165) : 1653-7.
nital deformities. J Pediatr 1941 ; 18 : 483-93. 47 Moss ML. The pathogenesis of artificial cranial
32 Carlan SJ, Wyble L, Lense J, Mastrogiannis DS, deformation. Am J Phys Anthropol 1958 ; 16 :
Parsons MT. Fetal head molding. Diagnosis by 269-86.
ultrasound and a review of the literature. J Perina- 48 Kane AA, Mitchell LE, Craven KP, Marsh JL. Obser-
tol 1991 ; 11 (2) : 105-11. vations on a recent increase in plagiocephaly
33 Goodwin RS, Michel GF. Head orientation position without synostosis. Pediatrics 1996 ; 97 (6, Part 1) :
during birth and in infant neonatal period, and 877-85.
hand preference at nineteen weeks. Child Dev 49 Jeffery HE, Megevand A, Page H. Why the prone
1981 ; 52 (3) : 819-26. position is a risk factor for sudden infant death
34 Stitely ML, Gherman RB. Labor with abnormal pre- syndrome. Pediatrics 1999 ; 104 (2 Pt 1) : 263-9.
sentation and position. Obstet Gynecol Clin North 50 AAP Task Force on Infant Positioning and SIDS :
Am 2005 ; 32 (2) : 165-79. positioning and SIDS. Pediatrics 1992 ; 89 : 1120-6.
35 Peitsch WK, Keefer CH, Labrie RA, Mulliken JB.
51 McMaster MJ. Infantile idiopathic scoliosis : can it
Incidence of cranial asymmetry in healthy new-
be prevented ? J Bone Joint Surg Br 1983 ; 65 (5) :
borns. Pediatrics 2002 ; 110 (6) : e72.
612-7.
36 Holland E. Cranial stress in the foetus during
52 Abitbol MM. Sacral curvature and supine posture.
labour and on the effects of excessive stress on
Am J Phys Anthropol 1989 ; 80 (3) : 379-89.
intracranial contents. J Obstet Gynaecol Br Emp
1922 ; 29 : 549-71. 53 Wynne-Davies R. Acetabular dysplasia and familial
joint laxity : two etiological factors in congenital
37 Hughes CA, Harley EH, Milmoe G, Bala R, Marto-
dislocation of the hip. A review of 589 patients and
rella A. Birth trauma in the head and neck. Arch
their families. J Bone Joint Surg Br 1970 ; 52 (4) :
Otolaryngol Head Neck Surg 1999 ; 125 (2) : 193-9.
704-16.
38 Towner D, Castro MA, Eby-Wilkens E, Gilbert WM.
Effect of mode of delivery in nulliparous women 54 Ronnqvist L, Hopkins B. Head position preference
on neonatal intracranial injury. N Engl J Med in the human newborn : a new look. Child Dev
1999 ; 341 (23) : 1709-14. 1998 ; 69 : 13-23.
39 Bekedam DJ, Engelsbel S, Mol BW, Buitendijk SE, 55 Hopkins B, Lems YL, van Wulfften Palthe T,
Van Der Pal-De Bruin KM. Male predominance in Hoeksma J, Kardaun O, Butterworth G. Develop-
fetal distress during labor. Am J Obstet Gynecol ment of head position preference during early
2002 ; 187 (6) : 1605-7. infancy : a longitudinal study in the daily life situa-
40 Eogan MA, Geary MP, O’Connell MP, Keane DP. tion. Dev Psychobiol 1990 ; 23 : 39-53.
Effect of fetal sex on labour and delivery : retros- 56 Mizuno K, Ueda A. Antenatal olfactory learning
pective review. BMJ 2003 ; 326 (7381) : 137. influences infant feeding. Early Hum Dev 2004 ; 76
41 Myles TD, Santolaya J. Maternal and neonatal out- (2) : 83-90.
comes in patients with a prolonged second stage of 57 Viggiano D, Fasano D, Monaco G, Strohmenger L.
labor. Obstet Gynecol 2003 ; 102 (1) : 52-8. Breast feeding, bottle feeding, and non-nutritive
42 Sergueef N, Nelson KE, Glonek T. Palpatory diagno- sucking ; effects on occlusion in deciduous denti-
sis of plagiocephaly. Complement Ther Clin Pract tion. Arch Dis Child 2004 ; 89 (12) : 1121-3.
2006 ; 12 (2) : 101-10. 58 Tomita NE, Bijella VT, Franco LJ. Relação entre
43 Olnes SQ, Schwartz RH, Bahadori RS. Consultation hábitos bucais e má oclusão em pré-escolares. Rev
with the specialist : Diagnosis and management of Saude Publica 2000 ; 34 (3) : 299-303.
Les dysfonctions 145

59 Larsson E. Sucking, chewing, and feeding habits sleep-related breathing abnormalities in children
and the development of crossbite : a longitudinal with nasal obstruction. Arch Otolaryngol Head
study of girls from birth to 3 years of age. Angle Neck Surg 2000 ; 126 (5) : 593-600.
Orthod 2001 ; 71 (2) : 116-9. 65 Principato JJ. Upper airway obstruction and cranio-
60 Köhler L, Holst K. Malocclusion and sucking habits facial morphology. Otolaryngol Head Neck Surg
of four-year-old children. Acta Paediatr Scand 1991 ; 104 (6) : 881-90.
1973 ; 62 (4) : 373-9. 66 Delaire J, Chateau JP. Comment le septum
61 Katz CR, Rosenblatt A, Gondim PP. Nonnutritive influence-t-il la croissance prémaxillaire et maxil-
sucking habits in Brazilian children : effects on laire. Déductions en chirurgie des fentes labio-
deciduous dentition and relationship with facial maxillaires. Rev Stomat 1977 ; 78 : 241-54.
morphology. Am J Orthod Dentofacial Orthop 67 Rouvière H. Anatomie humaine, descriptive et
2004 ; 126 (1) : 53-7. topographique. 9e ed. Paris : Masson ; 1962.
62 Warren JJ, Bishara SE. Duration of nutritive and 68 Beecher RM, Corruccini RS. Effects of dietary
nonnutritive sucking behaviors and their effects consistency on craniofacial and occlusal develop-
on the dental arches in the primary dentition. Am J ment in the rat. Angle Orthod 1981 ; 51 (1) : 61-9.
Orthod Dentofacial Orthop 2002 ; 121 (4) : 347-56. 69 Lieberman DE, Krovitz GE, Yates FW, Devlin M, St
63 Behlfelt K, Linder-Aronson S, Neander P. Posture of Claire M. Effects of food processing on masticatory
the head, the hyoid bone, and the tongue in chil- strain and craniofacial growth in a retrognathic
dren with and without enlarged tonsils. Eur J face. J Hum Evol 2004 ; 46 (6) : 655-77.
Orthod 1990 ; 12 (4) : 458-67. 70 Abitbol MM. The shapes of the female pelvis.
64 Finkelstein Y, Wexler D, Berger G, Nachmany A, Contributing factors. J Reprod Med 1996 ; 41 (4) :
Shapiro-Feinberg M, Ophir D. Anatomical basis of 242-50.
Chapitre 5

Examen du patient

Anamnèse

Examen

Examen du nourrisson

Examen de l’enfant

Examen de l’adolescent
Examen du patient 149

Chapitre 5

Examen du patient

La description des procédures de l’examen mique, car chaque patient est unique, offrant
médical pédiatrique n’est pas proposée dans une direction particulière à l’interaction.
ce chapitre. Nous décrivons plutôt ce qui est En plus, dans ces circonstances, le rapport
particulier à l’approche ostéopathique du dia- soignant–soigné est une relation à trois par
gnostic et du traitement des dysfonctions nécessité, impliquant l’enfant, le thérapeute,
somatiques chez le nourrisson et l’enfant. Cet et le ou les parents. Avec les très jeunes bébés,
examen a pour but de compléter et non pas de le lien entre la mère et l’enfant est normale-
remplacer l’examen médical. ment très intense, et de ce fait l’établissement
La séquence décrite ci-après, à savoir de la relation de confiance entre le bébé et le
l’anamnèse suivie de l’examen clinique, est thérapeute doit inclure la participation de la
un modèle qui fournit les informations né- mère (figure 5.1).
cessaires pour poser un diagnostic de dys-
fonction somatique. Dans la pratique, avec Anamnèse
les bébés et les jeunes enfants, cette séquence L’anamnèse du nourrisson ou de l’enfant
est artificielle ; en réalité, elle doit être dictée commence, comme avec tout autre patient,
par les besoins de chaque patient. Avant par les questions concernant le motif de la
toute chose, il est nécessaire d’établir un consultation et ses caractéristiques. Puis une
rapport de confiance, particulièrement avec anamnèse complète doit être obtenue. Les
les nourrissons et les jeunes enfants. Cela informations suivantes présentent un intérêt
suppose que le praticien interagisse avec particulier pour le praticien ostéopathe. Chez
l’enfant, avec tact et empathie. Souvent, pré- le nourrisson et l’enfant, les informations
senter à l’enfant un jouet, ou tout autre objet relatives à l’accouchement et à la période
susceptible de l’intéresser permet d’établir un périnatale sont essentielles ; l’anamnèse com-
contact. mence donc par des questions sur la gros-
Le rapport soignant–soigné avec les adul- sesse.
tes est souvent dirigé par le thérapeute. En
traitant les bébés et les jeunes enfants, ce Informations maternelles et
rapport est plus efficace si le thérapeute per- sur le déroulement de la grossesse
met au sujet de diriger l’interaction, en appli-
quant par essence les principes des techni- – Âge au moment de l’accouchement.
ques indirectes au rapport soignant–soigné. – Parité.
Le praticien ostéopathe est bien préparé pour – Passé obstétrical avec les antécédents de
comprendre cette approche. En fait, l’analo- complications d’accouchement, temps
gie avec les principes des techniques indirec- écoulé depuis le précédent accouchement,
tes s’applique totalement à leur aspect dyna- poids de naissance des précédents enfants.

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
150 Ostéopathie pédiatrique

Naissance
– Accouchement eutocique ou dystocique ?
– Modalités de l’accouchement : spontané,
programmé ou provoqué ? Si induit, motif
de cette induction.
– Délivrance d’ocytocine pour augmenter les
contractions utérines.
– Usage et type d’analgésie ou d’anesthésie.
– Variété de la présentation : sommet, siège
complet ou décomplété, transversale, face ?
– Présence d’un circulaire du cordon ombili-
cal.
– Durée et difficulté du travail.
– Complications pendant l’accouchement,
disproportion fœtopelvienne.
– Extraction instrumentale – forceps, ven-
touse obstétricale –, ou opération césa-
rienne.
– Épisiotomie.

Figure 5.1. Avec les nourrissons, Période néonatale


la relation praticien–patient doit inclure
la participation de la mère. – Sexe.
– Poids de naissance.
– Longueur.
– Périmètre crânien.
– Grossesse multiple, dépassement de terme
ou prématurité, hydramnios ou oligoam- – Apgar.
nios. – Pratique d’une intubation.
– Étirement du plexus brachial, paralysie
– Informations sur le système musculosque-
faciale.
lettique avec description des douleurs verté-
– Ecchymose, caput succedaneum, céphalo-
brales et pelviennes pendant la grossesse.
hématome.
– État psychoémotionnel : la grossesse a-t-elle – Hémorragie.
été stressante ? – Déformations plastiques.
– Présence ou absence de mouvements – Fracture de clavicule, du crâne.
fœtaux ? À quel moment ? – Dysplasie de hanche.
– À partir de quel moment l’enfant s’est-il
positionné ? Dans quelles positions ? Période postnatale et de l’enfance
– À quel moment le fœtus s’est-il engagé ?
– Allaitement maternel ou artificiel ? Si ma-
– En fin de grossesse, existait-il des zones de ternel, jusqu’à quel âge ?
pression fœtale : au niveau du bassin ; de la – Efficacité de la succion et de la tétée.
région costale inférieure ; du diaphragme – Alimentation et problèmes digestifs, régur-
thoracoabdominal ? gitations, coliques.
– Des contractions précoces ont-elles été pré- – Usage de tétine : forme (aplatie, arrondie),
sentes ? matière (silicone, latex).
Examen du patient 151

– Parafonctions : suçage du pouce, d’autre(s) Période de l’adolescence


doigt(s), d’un doudou ? Si suçage de doigt,
lequel ou lesquels, de quelle main, placé de Les informations ci-dessus, relatives aux bébés
quelle manière dans la bouche ? et aux enfants, doivent aussi être obtenues, si
– Type respiratoire : nasale, buccale ; possible, pour les adolescents. Ces sujets
bruyante ou silencieuse (normalement consultent souvent pour des troubles de
nasale et silencieuse dès la naissance) ? l’appareil locomoteur ou du développement
– Régurgitation. orofacial ; pour cela, des informations supplé-
– Irritabilité. mentaires doivent être recueillies.
– Qualité du sommeil, position préférée et
positions refusées. Cauchemars ? Troubles de l’appareil locomoteur
– Jeux préférés. Dans quelles positions ? – Durée et progression du problème ? Cela
– Liberté de mouvement des extrémités. a-t-il commencé dès la naissance, avant ou
L’enfant bouge-t-il autant, et dans toutes les après la marche, ou récemment ?
directions, les deux bras et les deux jambes ? – Antécédents familiaux d’asymétries ou de
Les mouvements doivent être normaux dès déformations des membres, et problèmes
la naissance. Existe-t-il des difficultés avec posturaux.
les mouvements passifs, comme enfiler une – Traumatismes ; chutes sur le derrière, coups
manche de vêtement ? sur la tête. Détails des forces traumatiques :
– Présence de bruits articulaires (souvent au direction, zone d’impact, conséquences.
niveau des hanches ou des épaules, rare- – Douleur associée, qualité, intensité, locali-
ment au niveau de la colonne cervicale) ? sation et facteurs aggravants.
– Présence de tics ou de manies, comme se – Latéralité.
tirer l’oreille, se cogner la tête, se balancer,
– Positions habituelles, activités sportives.
d’avant en arrière ou d’un côté sur l’autre ?
– Fatigabilité physique.
– Âge de sortie des dents.
– Malocclusion, interférences occlusales.
– Bruxisme.
Troubles d’origine nerveuse
– Type de la déglutition : infantile ou ma- – Fatigabilité psychologique.
ture ? – Troubles de mémoire.
– Acquisitions majeures : – Nausées, problèmes digestifs.
• suivre du regard (vers 4 à 6 semaines) ; – Troubles visuels .
• sourire (avant 3 mois) ; – Troubles de l’olfaction.
• tenir sa tête (vers 2 mois) ;
• tenir bien assis (entre 6 et 9 mois) ; Déséquilibres du développement facial
• ramper (vers 6 mois) ;
• se déplacer à quatre pattes (vers 9 mois) ; – Fonctions et parafonctions orofaciales de
• tenir debout (vers un an) ; l’enfance décrites ci-dessus.
• marcher (vers 14 mois). – Respiration nasale : obstruction nasale uni-
– Maladresse psychomotrice. latérale ou bilatérale.
– Positions habituelles, comme s’asseoir en – Respiration buccale.
W. – Latéralité dans la mastication.
– Premières paroles et maîtrise du langage. – Onychophagie (rognage des ongles), besoin
– Acquisitions cognitives. de mordiller (chewing-gum, crayons).
– Maladies de l’enfance. – Position de sommeil.
– Hyperactivité, difficultés de concentration. – Activités impliquant la sphère orale, com-
– Performances scolaires. me faire de la flûte.
152 Ostéopathie pédiatrique

Examen permet d’observer les éventuelles différences


entre les points de repère étudiés et les confi-
Therefore, first instruct his fingers how to feel, gurations et positions normales. Durant cette
how to think, how to see, and then let him touch. phase, on peut aussi observer les signes physi-
(W.G. Sutherland) [1] ques tels que la respiration, les caractéristi-
ques cutanées incluant pâleur, rougeurs,
(Donc, tout d’abord instruis ses doigts à lésions, cicatrices, et la distribution du sys-
comment sentir, comment penser, com- tème pileux (duvet, poils, cheveux).
ment voir, et alors permets-lui de toucher.)
L’observation dynamique est l’étude de la
L’examen physique consiste en trois parties : qualité et de la quantité des mouvements
l’observation, la palpation des structures et la majeurs et mineurs dans la zone examinée.
palpation des fonctions. L’observation est très Elle exige une connaissance fonctionnelle du
importante, car une évaluation visuelle du mouvement normalement possible dans la
sujet bien maîtrisée permet d’obtenir de nom- zone observée. Durant l’observation, il est
breuses informations utiles au diagnostic. De recommandé de noter comment le sujet
plus, commencer par l’observation fournit le bouge et verbalise. Ses activités sont-elles
temps nécessaire à l’enfant pour développer symétriques, exécutées dans toute l’amplitude
une relation de confiance avec le praticien. La du mouvement, ou bien asymétriques avec
palpation peut alors suivre. Pour autant, dans raideur ou manque de coordination ?
la pratique, lorsque la connexion est établie Pour l’interprétation de ces observations
avec l’enfant, les séquences de l’examen sont statiques et dynamiques, il peut être utile de
bien souvent exécutées simultanément, tou- faire une analogie. Quand vous regardez un
jours dictées par l’enfant. arbre, vous pouvez voir comment celui-ci
La palpation peut être divisée en apprécia- subit ou a subi des influences externes
tion tactile des structures et en appréciation comme le vent, et votre observation vous
tactile des fonctions. L’appréciation des fonc- informe quant à la force et à la direction de
tions peut encore être sous-divisée en tests de ces influences. De telles informations exis-
mobilité et en tests d’écoute fondés sur l’éva- tent dans toute structure et sont accessibles
luation du mécanisme respiratoire primaire par l’observation de la forme et du mouve-
(MRP), plus spécifiques de l’ostéopathie crâ- ment.
nienne.
L’observation, la palpation des structures et
la palpation des fonctions sont décrites dans Palpation des structures
ce chapitre d’abord pour les nourrissons, puis La palpation des structures exige le contact
pour les enfants, et finalement pour les ado- physique. Cela nécessite le respect de la com-
lescents. Les principes du traitement applica- plaisance du patient à être touché, tout autant
bles aux trois tranches d’âge sont développés que des mains chaleureuses et propres. Tout
dans le chapitre suivant. d’abord, palper la peau et noter ses caractéris-
tiques. Est-elle douce, lisse ou rugueuse, grasse
Observation ou sèche ? Noter la température de la peau.
Puis, palper en profondeur à travers la peau
L’observation peut être statique, comme dans pour sentir les tissus sous-cutanés, avec un
l’observation des structures, ou dynamique, contact aussi léger que possible. Chez les jeu-
comme dans l’observation des fonctions. nes enfants, la sensation de la qualité des
L’observation des structures exige une con- tissus diffère de celle d’individus plus âgés. Les
naissance minutieuse de l’anatomie, ce qui tissus sont normalement plus flexibles et plus
Examen du patient 153

souples, car la matrice des tissus conjonctifs ciation des tensions tissulaires et de la
est encore ouverte. Par conséquent, le fascia mobilité articulaire. Les tests d’écoute sont
n’est pas dense, et normalement ne donne pas employés pour évaluer la qualité et la quantité
une sensation de rigidité. du mouvement disponible, et la puissance du
Une palpation plus profonde permet MRP dans la zone examinée. La dysfonction
d’apprécier les muscles. Palper leur texture, somatique, qui peut se manifester comme une
tonus, volume et forme. Rechercher des zones restriction du mouvement anatomique, est
d’inconsistance tissulaire qui pourraient indi- toujours accompagnée d’une modification du
quer des hématomes ou des tuméfactions. MRP.
Plus de pression appliquée au travers des cou- Dans la pratique, il est recommandé
ches tissulaires permet d’apprécier les os et d’appliquer les tests d’écoute avant les tests de
leurs rapports articulaires. En fait, une pres- mobilité comportant des recherches de gran-
sion augmentée graduellement permet de des amplitudes articulaires. Théoriquement,
déterminer les différences palpables entre la dans tout examen physique, il est toujours
peau, les tissus conjonctifs, les muscles, les os préférable de commencer par les procédures
et les articulations. Il est aussi possible, par les plus délicates, pour passer ensuite aux pro-
une palpation statique, de discerner les forme, cédures plus agressives, parce que les informa-
taille et position de la structure considérée. tions des premières peuvent être influencées
Dès lors, ces informations sont comparées par les secondes. En fait, avec la pratique, la
avec les normes pour un sujet du même âge, reconnaissance des subtiles modifications du
tout autant qu’avec la même structure du côté mouvement identifiées par les tests d’écoute
opposé, dans le cas de structures paires. élimine le besoin d’effectuer d’autres tests.
Dans la dysfonction, il existe une modifica- Dès lors, la palpation des fonctions com-
tion des paramètres étudiés, forme, position mence par les tests d’écoute. La visualisation
et texture du tissu. La reconnaissance tactile du mouvement peut aussi être employée,
des qualités de ces tissus permet de comparer associée aux tests d’écoute. Lorsque l’écoute
le normal à l’anormal, et l’état de santé à la ne fournit pas d’information suffisante, ou
dysfonction. lorsque le praticien est incertain quant à la
sensation éprouvée, il peut enchaîner avec des
tests de mobilité plus dynamiques. Les tests
Palpation des fonctions
avec recherche des amplitudes de mouvement
Les informations obtenues par l’observation permettent, si nécessaire, de confirmer les
et la palpation des structures peuvent être informations obtenues par les tests d’écoute
complétées par la palpation des fonctions. Au et la visualisation.
final, le diagnostic ostéopathique est fondé Il est important pour le lecteur de com-
sur la présence ou la restriction du mouve- prendre que les termes « écoute » et « visuali-
ment. En fait, l’amplitude du mouvement dis- sation » sont employés au sens figuratif.
ponible se situe sur un continuum du mouve- « Écouter » fait référence à la forme la plus
ment, depuis les plus grandes amplitudes des passive de la palpation pour la fonction, qui
grosses articulations jusqu’à la plus subtile est non invasive. Quand une visualisation est
motilité inhérente à tout tissu vivant. employée en association avec cette palpation,
La palpation des fonctions consiste en le praticien imagine mentalement l’anatomie
l’usage de tests de mobilité et de tests de la zone palpée. Ces termes sont utilisés à
d’écoute. Les tests de mobilité sont employés maintes reprises à travers ce texte, dans ce
pour évaluer l’amplitude et la liberté du mou- contexte, et ne doivent pas être confondus
vement présent entre des structures anatomi- avec les sensations obtenues par les oreilles et
ques adjacentes. Cela peut inclure une appré- les yeux.
154 Ostéopathie pédiatrique

Tester un mouvement, c’est comparer les biphasique en concomitance avec les phases
réponses d’une structure anatomique à une d’inspiration et d’expiration du MRP. En pré-
demande de mouvement dans des directions sence de dysfonction somatique, la symétrie
opposées ; par exemple, la flexion comparée à et la puissance de cette fonction biphasique
l’extension, la rotation droite comparée à la sont perturbées.
rotation gauche. Il est impératif, dans la prati- Le premier contact dans les tests d’écoute
que des tests, qu’après chaque évaluation, la doit être effectué avec le toucher le plus léger
structure considérée retourne à la position possible, permettant au praticien d’observer le
neutre avant de procéder à l’évaluation sui- MRP, par palpation de la motilité inhérente
vante. La qualité du mouvement observé pen- des tissus, sans la perturber. La sensation du
dant le retour à la position neutre est aussi MRP peut être comparée à celle du mouve-
importante que celle du mouvement initial. Si ment de la cage thoracique pendant une res-
une composante du mouvement est dysfonc- piration tranquille. Les tissus semblent
tionnelle, la dysfonction se manifeste comme s’expanser pendant la phase d’inspiration du
une restriction de ce mouvement avec aisance MRP, avec un retour à la position de départ
dans le retour à la position neutre, alors que le pendant la phase d’expiration. L’amplitude de
mouvement dans la direction opposée est ce mouvement est aussi grande que l’ampli-
libre avec résistance dans le retour à la posi- tude observée dans la palpation du pouls arté-
tion neutre. riel périphérique, mais la fréquence corres-
Le placement des mains pour le diagnostic pond à peu près à 1/10e de celle du pouls.
par palpation est le même que celui utilisé Lorsqu’elle n’est pas affectée par une dysfonc-
pour le traitement. Pour le placement de main tion somatique, cette basse fréquence est per-
pour toutes les procédures diagnostiques sui- çue à travers l’expansion très lente de la phase
vantes, le lecteur peut consulter les descrip- d’inspiration et le retour tout aussi lent de la
tions des procédures de traitement dans le phase d’expiration. Afin de percevoir le MRP,
chapitre 6. le thérapeute doit apprendre à se poser et à se
concentrer dans l’aisance.
Tests d’écoute La fréquence du MRP varie entre 4 et
Les tests d’écoute fournissent au praticien les 14 cycles par minute, avec la majorité des
informations concernant le mouvement dis- fréquences rapportées, observées par palpa-
ponible, tout autant que la puissance du MRP. tion, qui tendent vers la moitié inférieure de
Là où les tests d’amplitude induisent active- cette gamme [2]. Cette fréquence, bien que
ment le mouvement, les tests d’écoute obser- distinctement différente, et habituellement
vent passivement. La zone examinée est plus lente que la fréquence de la respiration
observée dans le contexte du MRP, pour savoir pulmonaire, coïncide occasionnellement avec
comment les mouvements de cette zone se cette dernière, par laquelle elle peut être
produisent en association avec le MRP. Toutes entraînée [3].
les informations nécessaires, la qualité, l’asy- Une fois le rythme observé et apprécié, le
métrie et la restriction de mouvement, ainsi praticien détermine l’influence du MRP dans
que le changement de texture tissulaire, peu- une structure donnée en augmentant douce-
vent être évalués en écoutant la motilité inhé- ment la pression du contact palpatoire,
rente dans la zone examinée. jusqu’à ce que le mouvement inhérent de la
Le MRP est considéré comme l’impulsion structure spécifique soit palpé. En fait, les dif-
rythmique crânienne (IRC) quand il est palpé férentes couches anatomiques doivent être
sur la tête. Ce rythme est, cependant, palpable mentalement visualisées jusqu’à ce que le
à travers tout le corps. De ce fait, chaque niveau de la structure examinée soit atteint.
structure du corps manifeste un mouvement Cela est accompli tout en continuant d’appli-
Examen du patient 155

quer le toucher le plus léger possible à tests d’écoute est par conséquent le même que
l’endroit où le mouvement inhérent est le placement des mains pour le traitement, et
apprécié. L’utilisation, entre autres, de la le lecteur est renvoyé aux descriptions du trai-
conscience proprioceptive des muscles longs tement dans le chapitre 6.
fléchisseurs des pouces et fléchisseurs pro-
fonds des doigts fournit l’information recher- Tests de mobilité
chée. Les tests de mobilité consistent en l’évalua-
Lorsque le mouvement palpable est diffi- tion des amplitudes passives du mouvement,
cile à percevoir, il peut être utile de visualiser entre deux structures anatomiques adjacen-
mentalement le mouvement normal de la tes. Ils sont habituellement décrits en termes
structure évaluée, flexion crânienne, exten- de mouvements anatomiques : flexion anato-
sion crânienne, rotation externe et rotation mique, extension anatomique, sidebending
interne – ce mouvement est ainsi décrit dans droit, sidebending gauche, rotation droite,
le chapitre 3. Dans ce cas, imaginer mentale- rotation gauche, abduction, adduction, rota-
ment, tranquillement les mouvements à éva- tion externe et rotation interne. Ces mouve-
luer sans aucune induction active de ces mou- ments sont couplés dans des directions oppo-
vements. Cette visualisation éveille une sées, comme la flexion et l’extension, ou
conscience palpatoire subtile. La direction du l’abduction et l’adduction. Il existe un point
mouvement libre du MRP est plus facilement neutre d’équilibre fonctionnel, entre chacun
appréciable que celle du mouvement dysfonc- des mouvements couplés. Les mouvements
tionnel. sont limités par les barrières physiologiques et
L’appréciation des schémas dysfonction- anatomiques. Une dysfonction somatique
nels dans le MRP – sa fréquence et la puissance entre deux structures anatomiques adjacentes
des forces biodynamiques d’une structure se manifeste par la présence d’une barrière
donnée, ou entre différentes structures – exige dysfonctionnelle, qui limite le mouvement
une écoute calme. Le temps et la patience sont dans une direction entre les barrières physio-
souvent nécessaires pour obtenir l’informa- logiques existantes. De ce fait, quand le mou-
tion désirée. Ce toucher conscient, et non vement est évalué en présence d’une dysfonc-
seulement mécanique, se prête particulière- tion somatique, il existe une limitation du
ment bien à l’examen des nourrissons et des mouvement dans une direction, avec un nou-
enfants. Ces derniers sont aussi conscients, et veau point d’équilibre, le point neutre dys-
parfois plus conscients, de l’interaction palpa- fonctionnel.
toire entre eux-mêmes et le thérapeute. La Les tests de mobilité en terme de diagnostic
direction opposée à la dysfonction est une ostéopathique ne doivent pas être confondus
direction de malaise, alors que la direction avec les tests de mobilité employés dans les
dans l’aisance les apaise. Ils réagissent en diagnostics orthopédiques. Les amplitudes de
conséquence et immédiatement ; dès lors, les mouvement évaluées sont similaires, mais les
nourrissons et les petits enfants sont les forces employées pour produire le mouve-
meilleurs professeurs pour cette forme de dia- ment doivent être très légères, en particulier
gnostic palpatoire. avec les nourrissons et les enfants. Typique-
Pendant les tests d’écoute, le praticien ment, les mécanismes dysfonctionnels limi-
ostéopathe apprécie, « écoute », les forces tent les mouvements mineurs entre deux
inhérentes des tissus. Après avoir employé ces structures anatomiques adjacentes, comme
tests de diagnostic, le traitement peut suivre l’abduction et l’adduction entre l’ulna (cubi-
par la normalisation de ces forces inhérentes tus) et l’humérus. Pour autant, en raison de
sans séparation entre les phases de test et de l’immaturité squelettique et de la forte pré-
traitement. Le placement des mains pour les sence de fibres élastiques dans le tissu
156 Ostéopathie pédiatrique

conjonctif du jeune sujet, la sensation de la


barrière dysfonctionnelle à la fin du mouve-
ment est moins distincte chez les nourrissons
et les enfants que chez les adultes. Pour ces
raisons, les tests de mobilité doivent être
employés en utilisant le toucher le plus léger
possible, fournissant cependant la perception
du mouvement et de la barrière. Habituelle-
ment, le praticien comprend vite que les for-
ces subtiles utilisées dans les tests de mobilité
et employées de la façon la plus légère possi-
ble le guident vers la subtilité du toucher des
tests d’écoute discutés ci-dessus.

Examen du nourrisson
Observer le mouvement et la posture sponta-
nés du nourrisson couché sur la table de trai-
tement, dans les positions de décubitus dorsal
et de procubitus. Observer son aspect global,
harmonieux, ses proportions. Chercher des
asymétries de forme et de position significati-
ves. Observer l’alignement de la tête et du
tronc, et noter la présence d’hypotonicité ou
d’hypertonicité. Les nouveau-nés démontrent
normalement une flexion des coudes et des Figure 5.2. Observer les mouvements
mains, ainsi qu’une légère flexion et rotation et la posture spontanée, l’alignement
externe des membres inférieurs. En procubi- de la tête fœtale avec le tronc
tus, observer la capacité de soulever la tête, en et la présence d’hypotonicité
fonction de l’âge de l’enfant. Ces observations ou d’hypertonicité.
comme celles qui suivent peuvent identifier le
besoin de faire un examen neurologique ou
orthopédique plus minutieux ; elles ne sont
pas censées remplacer de tels examens (fi- Observation et palpation
gure 5.2). de la ceinture pelvienne
Repérer un schéma global du corps. Un et des membres inférieurs
schéma de torsion ou de spirale entre le pelvis
et la tête est très commun. Étudier soigneuse- Placer le nourrisson dans une position de
ment les différentes parties du corps pour voir décubitus. Observer les positions spontanées
si elles s’intègrent dans le schéma global du et les asymétries de la ceinture pelvienne et
corps. Généralement, la tête est inclinée et des membres inférieurs ; observer leur mobi-
tournée dans des directions opposées ; les par- lité active spontanée. Normalement, un
ties cervicale et lombale de la colonne sont nouveau-né présente une légère flexion et
inclinées du même côté que la tête, et le bas- rotation externe des hanches due à la position
sin est tourné en sens inverse de la tête. Les fœtale. Repérer les différences dans les plis des
informations observées peuvent être confir- cuisses, les asymétries de volume des cuisses.
mées par les tests d’écoute, une main placée Chercher une différence apparente dans la
sous le sacrum et l’autre sous l’occiput. longueur des membres inférieurs qui peut
Examen du patient 157

ou plus fléchie dans le cas d’une rotation


interne (postérieure), alors que l’autre cuisse
bouge librement dans les deux directions. Ces
observations peuvent refléter une dysfonc-
tion unilatérale de la hanche ou des rapports
iliosacraux.
Palper les os iliaques, et comparer leur taille
et leur forme. Comparer la symétrie des points
de repère, les épines iliaques antérosupérieu-
res (EIAS), les crêtes iliaques et les grands tro-
chanters. Évaluer les amplitudes articulaires
des hanches, flexion, extension, abduction,
adduction, et rotations interne et externe.
Normalement, lorsque le bassin repose à plat
sur la table d’examen et que les hanches sont
fléchies 90°, l’abduction doit être non doulou-
reuse, comprise entre 70° et 85°. Si l’abduction
Figure 5.3. L’asymétrie du pli interfessier est inférieure à 60°, il existe une restriction du
est fréquemment associée mouvement qui peut être associée à un rac-
à une dysfonction somatique courcissement des muscles adducteurs, ou à
intraosseuse sacrale. une dysfonction des articulations coxofémo-
rale et sacro-iliaque. Le tableau clinique du
nourrisson qui présente une abduction limi-
indiquer une dysplasie congénitale de la han-
tée d’une hanche et de l’autre côté une restric-
che. En procubitus, observer la symétrie de la
tion de l’adduction est un signe d’instabilité
musculature fessière (figure 5.3).
des articulations coxofémorales.
Noter la présence d’une torsion pelvienne
globale, incluant les deux os iliaques ; noter le Procéder aux tests d’écoute du bassin. Lors
côté de la rotation externe iliaque et celui de des mouvements de l’enfant, noter la pré-
la rotation interne. Dans ce cas, la jambe est sence de bruits, indicatifs de dysfonction des
plus étendue du côté de la rotation externe, et os pelviens. Toute restriction significative des
plus fléchie de l’autre côté. Cette relation peut mouvements ou toute douleur à l’examen
aussi bien être observée quand l’enfant est indique la nécessité d’un examen orthopédi-
tranquillement allongé, que pendant les mou- que plus complet.
vements actifs des membres inférieurs. Noter Observer les jambes et les pieds ; comparer
ensuite si ces observations sont logiques par les deux côtés. Repérer des asymétries de plis
rapport au schéma global du corps. Si c’est le ou de marques sur la peau. Noter la présence
cas, le traitement doit considérer une appro- d’une incurvation ou d’une torsion des mem-
che globale du corps avec autant d’attention à bres qui peut être totale ou partielle, comme
la région pelvienne qu’à la région crânienne. dans le cas d’une torsion tibiofémorale ou
Si le schéma pelvien n’est pas conforme au d’une torsion intraosseuse tibiale ou fémo-
schéma global du corps, alors le traitement rale. Évaluer les genoux, repérer les asymé-
doit être dirigé sur la région pelvienne dys- tries. Typiquement, du fait de la fréquente
fonctionnelle. position fœtale associée à la présentation du
La dysfonction peut impliquer un seul sommet en occipito-iliaque gauche antérieur
côté, avec une cuisse plus étendue du côté de (OIGA), le genou gauche démontre une ten-
l’os iliaque en rotation externe (antérieure), dance à la déformation en varus. Les tests
158 Ostéopathie pédiatrique

d’écoute peuvent être employés ; si nécessaire,


évaluer les amplitudes articulaires des ge-
noux : flexion, extension, abduction, adduc-
tion.
Observer les pieds pour repérer des anoma-
lies de position comme les chevauchements
d’orteils. Noter la présence d’un calcanéoval-
gus où le pied semble plat et en dorsiflexion.
Palper les pieds et apprécier la configuration
anatomique ainsi que la qualité des tissus
mous, noter toute spasticité. Les tests d’écoute
peuvent être pratiqués ; puis les tests de mobi-
lité articulaire pour évaluer l’inversion et
l’éversion passives des pieds. Le bord latéral
des pieds du bébé peut être stimulé pour éva-
luer l’abduction active. La plupart des nourris-
sons présentent un petit degré de metatarsus
adductus ; cependant, le bord latéral du pied
doit être relativement droit. Une convexité
reflète un metatarsus adductus significatif. Un
metatarsus varus associe un schéma d’inver-
sion au metatarsus adductus. Dans ce cas, il
est fréquent de trouver un genu varum et une Figure 5.4. Dépression sternale
torsion de tout le membre, en raison de la ou pectus excavatum.
position fœtale. Dans un tel cas, le traitement
doit être pratiqué sur l’ensemble du membre
inférieur, y compris l’os iliaque ipsilatéral. l’expiration faciles et d’amplitudes égales.
Appliquer les tests d’écoute sur le sternum, les
côtes et le diaphragme.
Observation et palpation Avec l’enfant en position de procubitus ou
assis, observer l’aspect de la colonne verté-
de la région thoracoabdominale
brale. En position assise, observer la cyphose
Avec l’enfant en position de décubitus, repé- infantile normale de la colonne lombale et
rer d’éventuelles asymétries, en faisant atten- thoracique. Noter d’éventuelles asymétries de
tion à la position de l’ombilic, qui devrait être la musculature paravertébrale. Palper les mus-
sur la ligne médiane de l’abdomen. Palper cles pour évaluer leur tonus. Avec l’enfant sur
l’abdomen, à la recherche de distension et de le côté, palper la forme et l’alignement des
zones de tension. Observer l’aspect du bord processus épineux des vertèbres. La présence
inférieur et de la partie antérieure de la cage d’une inclinaison vertébrale thoracique doit
thoracique. Rechercher une dépression ou être évaluée à la recherche d’une scoliose
une proéminence sternale (figure 5.4). Obser- infantile. La cause peut être une dysfonction
ver le mouvement respiratoire pulmonaire au intraosseuse, interosseuse ou membraneuse,
repos ; les nourrissons démontrent habituelle- localisée au niveau de la courbure thoracique,
ment une respiration abdominale. Noter la ou de la charnière craniocervicale, avec com-
fréquence et l’amplitude des mouvements res- pensation dans la courbure vertébrale sous-
piratoires. Le mouvement de la cage thoraci- jacente. Les déséquilibres de tension membra-
que doit être symétrique, et l’inspiration et neuse intracrânienne ou intraspinale doivent
Examen du patient 159

aussi être recherchés. Procéder aux tests sence de pathologies qui ne doivent pas être
d’écoute des zones qui semblent dysfonction- directement palpées ou manipulées.
nelles. Procéder avec respect aux tests d’ampli-
tude. Les épaules sont évaluées en abduction,
adduction, flexion, extension, rotation
Observation et palpation interne, et rotation externe ; les coudes en
de la ceinture scapulaire extension, flexion, abduction et adduction ;
et des membres supérieurs les avant-bras en supination et pronation ; les
poignets en flexion, extension, abduction,
Regarder la position et la symétrie de la cein- adduction et circumduction ; et les doigts en
ture scapulaire et des membres supérieurs. flexion et extension.
Comparer la position et la forme des clavicu-
les, et repérer une éventuelle asymétrie des
plis axillaires. Observer le tonus musculaire, la Observation et palpation
taille et la mobilité des deux bras. Même le des régions cervicale
tout jeune bébé étend les doigts et ouvre les et thoracique supérieure
mains de temps en temps. L’incapacité d’exé-
cuter cette action ou son asymétrie peut faire Avec l’enfant en position de décubitus, obser-
penser à une atteinte du plexus brachial ou à ver la position spontanée de la tête. Noter la
une fracture de la clavicule. Typiquement, présence d’une rotation et/ou d’une inclinai-
dans l’atteinte du plexus brachial la plus fré- son de la colonne cervicale. Si présentes, déci-
quente avec lésions des racines C5–C6, der si elles résultent d’une dysfonction cervi-
l’enfant maintient le membre supérieur en cale isolée ou si elles font partie d’un schéma
adduction, avec l’épaule enroulée en rotation plus global du corps. Lorsque la rotation de la
interne, tout en conservant cependant la tête se produit du côté opposé à celui de
flexion du poignet et des doigts. Quand il y a l’inclinaison, la dysfonction est souvent au
atteinte des racines C7, C8 et T1, les muscles niveau de la charnière craniocervicale. Quand
de l’avant-bras et de la main sont touchés, la tête est tournée du même côté que celui où
avec paralysie de la main et du poignet. elle est inclinée, la dysfonction est souvent au
niveau de la colonne thoracique supérieure.
Palper la partie supérieure de la cage thora- Dans de nombreux cas, lorsqu’une dysfonc-
cique et la région de l’épaule, avec une atten- tion thoracique supérieure est présente, un
tion particulière pour les clavicules. Une ano- schéma coexistant d’asymétrie dans le mou-
malie de texture des tissus et des crépitements vement des membres supérieurs correspond à
le long de la clavicule indiquent une fracture cette dysfonction. Ainsi, avec une rotation
claviculaire. Palper les bras à la recherche thoracique droite, l’enfant présente le mem-
d’une hyper- ou hypotonicité musculaire. bre supérieur gauche étendu et en rotation
Utiliser les tests d’écoute pour évaluer le interne, et le membre supérieur droit fléchi et
mouvement au niveau de l’épaule et aux en rotation externe. Dans ce cas, la tête est
niveaux sternoclaviculaire, acromioclavicu- tournée vers la droite et sucer un doigt de la
laire, ulnohuméral, radio-ulnaire proximal et main droite est plus facile ; une telle habitude
distal, du poignet et de la main. Une dysfonc- renforcerait le schéma dysfonctionnel et la
tion somatique est inconfortable, mais pas position de rotation de la tête.
nécessairement douloureuse. En revanche, Observer la tonicité de la musculature cer-
une rupture traumatique des tissus, comme vicale et le port de tête de l’enfant. Si l’enfant
une fracture claviculaire, est très douloureuse ; apparaît avoir des difficultés à soulever la tête,
le comportement de l’enfant pendant l’exa- la cause peut être une dysfonction somatique
men informe le praticien attentif de la pré- craniocervicale. Une tendance à jeter la tête
160 Ostéopathie pédiatrique

en arrière, particulièrement quand l’enfant est Observation et palpation


porté dans les bras, peut être causée par une de la voûte crânienne
dysfonction d’extension localisée à la char-
nière craniocervicale, au niveau de la colonne Observer la forme de la tête, habituellement le
thoracique supérieure, ou occasionnellement reflet de la présentation lors de la naissance.
au niveau du sacrum. Si la dysfonction est Les enfants nés en présentation du sommet
située au niveau thoracique supérieure, les ont tendance à présenter une forme de tête en
deux bras seront en abduction et en rotation « pain de sucre », plus étroite que ceux nés par
externe. opération césarienne programmée, chez qui la
tête est plus arrondie. Noter l’asymétrie de la
Palper la région cervicale à la recherche
tête. En la présence d’une plagiocéphalie, la
d’une modification de la texture des tissus.
tête vue de dessus a la forme typique du
Un enfant qui a eu une naissance difficile
« parallélogramme ». Observer la forme et la
présente souvent des tissus de texture œdéma-
symétrie des oreilles.
teuse dans la région sous-occipitale, parfois
avec des nodules. Bilatéralement, palper les Observer l’apparence générale du scalp.
muscles sternocléidomastoïdiens (SCM), sca- Noter la présence de « croûtes de lait » ou
lènes, trapèzes, semi-épineux et splénius de la d’atopie plus sévère. Noter aussi toute hyper-
tête ; rechercher des déséquilibres de la ten- sudation ; de telles conditions peuvent être
sion des fibres musculaires. Chercher un associées à une dysfonction crânienne. Obser-
hématome ou une tuméfaction dans le SCM, ver l’implantation des cheveux et rechercher
déterminer sa taille et son emplacement. Se des zones chauves indicatives d’un frottement
souvenir qu’une tuméfaction du SCM est sou- chronique du cuir chevelu sur le lit. Ces zones
vent associée à un torticolis et, par consé- peuvent refléter une posture de sommeil asy-
quent, présente un risque accru de développe- métrique, peut-être causée par une dysfonc-
ment d’une plagiocéphalie non synostotique tion de rotation des régions thoracique supé-
et d’une scoliose infantile. rieure ou cervicale supérieure, une dys-
fonction crânienne, souvent un strain hori-
Avec l’enfant, si possible, dans la position zontal de la synchondrose sphénobasilaire
de décubitus, palper les vertèbres cervicales et (SSB), ou une combinaison de ces schémas.
la région thoracique supérieure. Palper les Chez un nourrisson né à terme, la plus
processus épineux, noter leur forme et leur grande circonférence de la tête, le périmètre
alignement. Évaluer les premières côtes. crânien, est typiquement de 35 cm à la nais-
Les tests d’écoute peuvent être employés sance. La croissance de la tête est contrôlée
afin d’identifier des dysfonctions somatiques pour suivre la croissance du cerveau et
membraneuses, myofasciales, ligamentaires et l’absence de pathologie suturale du crâne,
interosseuses. Si nécessaire, procéder aux tests comme une ossification prématurée. Pour
d’amplitude des mouvements actifs et passifs. autant, cette mesure est insuffisante en cas de
À cause du risque de torticolis, la rotation et craniosynostose avec déformation où le péri-
l’inclinaison latérale doivent être soigneuse- mètre peut sembler normal, car plus une sur-
ment évaluées. L’amplitude normale de la face est déformée, plus grand est son périmè-
rotation est d’au moins 90° bilatéralement. tre [4].
Une inclinaison latérale libre doit bilatérale- Observer les œdèmes et/ou ecchymose du
ment permettre de toucher l’épaule avec scalp (caput succedaneum). Le caput succeda-
l’oreille. Suivre les principes des normalisa- neum est une accumulation sérosanguine
tions fonctionnelles pour traiter les dysfonc- localisée au-dessus du périoste, mal définie,
tions somatiques thoraciques supérieures et qui peut déborder au-delà des lignes de suture,
cervicales. et qui résulte des forces compressives de la
Examen du patient 161

naissance. Il est associé à une dysfonction tétricale, qui le plus souvent implique un os
membraneuse crânienne. Bien que l’infiltra- pariétal. On doit se souvenir que bien que la
tion des tissus mous se dissipe dans les jours bosse soit la plus apparente, la dysfonction
qui suivent la naissance, le schéma membra- implique aussi les membranes dure-mé-
neux dysfonctionnel peut persister. À la suite riennes, et par le core-link, le déséquilibre de
d’un travail prolongé, une affection plus tension peut être transmis au sacrum et au
sévère peut se développer : le céphalohéma- bassin. Dans les plagiocéphalies postérieures,
tome, un saignement sous-périosté qui ne tra- une bosse peut se former du côté opposé au
verse pas les lignes de suture. Il est facilement méplat. Dans ce cas, le traitement de la bosse
palpable avec des bords clairement définis. Il est associé au traitement de la plagiocéphalie.
apparaît le 3e ou le 4e jour postpartum, et Les méplats peuvent se développer sur les
disparaît en 4 à 8 semaines, à moins qu’il ne se os occipital, pariétal et frontal. Ils peuvent
calcifie. La zone de l’hématome peut être asso- être bilatéraux ou unilatéraux. L’apparence
ciée à une dysfonction intraosseuse ; toute- d’une zone de méplat fournit des indices
fois, cette zone ne doit pas être directement quant à son étiologie. Le méplat de la partie
manipulée avant la résolution de l’héma- supérieure de l’écaille de l’occipital peut résul-
tome. ter de la compression directe de cette zone par
Caresser doucement la voûte de la tête de le bassin maternel dans les dernières semaines
l’enfant, évaluer les anomalies dans la texture de grossesse ou pendant l’accouchement.
tissulaire et toute augmentation de la sensibi- Quand la déformation est associée à un
lité. Les zones qui ont été traumatisées, schéma de strain latéral de la SSB et/ou à une
comme les contacts des lames des forceps ou dysfonction de rotation occipitocervicale, cer-
d’un circulaire du cordon, et les parties asso- vicale ou thoracique supérieure, le méplat
ciées à une dysfonction somatique crânienne peut s’étendre pour inclure tout le côté de la
peuvent être extrêmement sensibles. De ce tête. Un méplat du côté droit de l’occiput est
fait, le toucher le plus léger est impératif pen- habituellement associé à une bosse occipitale
dant l’évaluation. La sensibilité est habituelle- gauche, alors qu’à la partie antérieure du
ment augmentée proportionnellement aux crâne, l’inverse se produit avec un méplat de
forces compressives responsables de la dys- l’os frontal gauche et une bosse à droite. Dans
fonction. cet exemple, un strain latéral droit de la SSB
Évaluer le contour crânien et sa symétrie. peut être présent, associé à une dysfonction
Rechercher les déformations, bosses, ou zones somatique axiale qui maintient la tête dans
de méplat. Les os de la voûte sont facilement une rotation droite.
accessibles à la palpation, et doivent être éva- Palper les fontanelles. Leur taille peut être
lués attentivement. La déformation peut ré- contrôlée pour évaluer l’ossification progres-
sulter de forces compressives appliquées in sive de la calvaria. Les fontanelles postérieure
utero, comme dans une grossesse multiple où et sphénoïdale sont le plus souvent fermées
un fœtus repose sur l’autre, ou lorsque la tête vers l’âge de 6 mois, alors que les fontanelles
fœtale est comprimée contre le bassin maternel antérieure et mastoïdienne se ferment dans la
osseux, ou dans les cas de présentations en deuxième année [5]. La fontanelle antérieure
siège contre les côtes maternelles. Un décro- est en forme de losange. Sa taille diffère d’un
chage entre les os frontaux et les pariétaux peut enfant à l’autre et peut être proportionnelle
être observé. Cela peut être un strain vertical de au degré de compression crânienne subie in
la SSB, résultant de la pression appliquée sur la utero ou pendant la naissance. Sa palpation
partie supérieure des os frontaux. fournit une évaluation de la tension durale et
Les bosses sur la voûte crânienne peuvent de la pression intracrânienne. La fontanelle
être consécutives à l’usage de la ventouse obs- postérieure triangulaire est plus petite et peut
162 Ostéopathie pédiatrique

vitablement associée à un déséquilibre de ten-


sion dure-mérienne.
La motilité inhérente et le mouvement glo-
bal de la voûte, autant que celui de chacun
des os peuvent être appréciés par les tests
d’écoute. Ils permettent également l’évalua-
tion des membranes durales.
L’os temporal appartient à la fois à la base
crânienne et à la voûte. Sa partie squameuse
fait partie de la voûte, et peut être visuelle-
ment observée par son effet sur les oreilles.
Noter la position, la taille et la configuration
des oreilles (figures 5.6 et 5.7). Comparer la
taille de l’hélix. Bien que les plis et déforma-
tions de l’oreille puissent être associés à des
pathologies congénitales, les asymétries résul-
Figure 5.5. Chevauchement sutural. tent souvent d’une compression chronique
des oreilles. Cela peut se produire in utero, ou
après la naissance avec la position de som-
être fermée à la naissance. Une fermeture pré- meil. Cette observation doit conduire le prati-
maturée des fontanelles peut être associée à cien à rechercher une dysfonction intraos-
une synostose suturale prématurée, alors seuse ipsilatérale de l’os temporal, tout autant
qu’un retard dans la fermeture peut être indi- que d’éventuelles dysfonctions responsables
catif d’une augmentation de la pression intra- d’une posture de sommeil asymétrique.
crânienne et d’autres pathologies comme Une oreille peut être déplacée antérieure-
l’hypothyroïdisme, ou la trisomie [6]. ment ou postérieurement. Dans une pla-
Évaluer les sutures, la qualité de leur tissu, giocéphalie non synostotique, l’oreille du
leur motilité inhérente et la présence de che- côté du méplat occipital est déplacée antérieu-
vauchement osseux. L’appréciation du MRP rement par rapport à l’autre oreille (figure
au niveau de la suture peut être faite en pla- 5.8). Si l’oreille est déplacée postérieurement
çant deux doigts d’une main de part et d’autre du côté aplati, une évaluation diagnostique
de la suture. Les sutures qui ont été compri- supplémentaire est indiquée, car de tels dépla-
mées sont moins résilientes. Les synostoses cements d’oreille peuvent être associés à une
suturales démontrent la plus grande perte de plagiocéphalie synostotique [8]. Toutefois, ce
flexibilité. Les chevauchements de sutures signe n’est pas un indicateur exclusif des pla-
peuvent se produire n’importe où dans la giocéphalies synostotiques, qui présentent
voûte, mais sont plus fréquents au niveau des aussi parfois une position d’oreille antérieure
sutures coronale et lambdoïde, et moins sou- du côté aplati [9,10]. Cela illustre l’impor-
vent rencontrés dans les sutures sagittale, tance de l’évaluation palpatoire de la com-
squameuse et sphénosquameuse (figure 5.5). pliance suturale, et dans de tels cas, du dia-
La séparation de la suture est un signe d’aug- gnostic par imagerie médicale.
mentation de la pression intracrânienne, et Pour autant, de grandes variations existent
une suture squameuse plus large est considé- dans la position des auricules, même chez des
rée comme un signe d’hydrocéphalie [7]. nouveau-nés parfaitement normaux [11]. Ces
Les fibres dure-mériennes contribuent lar- variations sont importantes pour l’ostéopa-
gement à l’anatomie de la suture. Dès lors, the, car l’oreille externe est le miroir de l’os
n’importe quelle dysfonction suturale est iné- temporal. L’oreille peut être décollée, habi-
Examen du patient 163

Figures 5.6 et 5.7. Asymétrie de position, taille et forme des deux oreilles.

tuellement en association avec une rotation


externe du temporal ipsilatéral (figure 5.9), ou
plaquée contre le côté de la tête avec une
rotation interne. De plus, l’observation de la
position relative des attachements supérieur
et inférieur de l’auricule permet d’évaluer la
rotation de l’os temporal dans le plan sagittal.
Une rotation antérieure de l’os temporal est
probable lorsque l’attachement supérieur est
plus antérieur que l’attachement inférieur.
Inversement, un attachement supérieur plus
postérieur qu’un attachement inférieur laisse
penser à une rotation temporale postérieure.
La rotation antérieure ou postérieure de l’os
temporal dans le plan sagittal est, respective-
ment, la composante majeure des rotations
externe et interne. Bien que le décollement
relatif de l’oreille soit facilement observable,
Figure 5.8. Dans les plagiocéphalies la position relative des attachements supé-
rieur et inférieur de l’auricule est un indica-
non synostotiques,
teur plus fiable de la dysfonction somatique
l’oreille du côté de l’aplatissement occipital de l’os temporal. Les signes visuels doivent
est déplacée vers l’avant. être confirmés par les tests d’écoute, comme
décrits dans le chapitre 6.
164 Ostéopathie pédiatrique

Noter l’aspect de la fosse temporale. Elle


renseigne sur la face latérale de la grande aile
du sphénoïde. La fosse temporale est pleine
dans la flexion-rotation externe et creusée
dans l’extension-rotation interne. Un schéma
de torsion de la SSB du côté de la fosse tempo-
rale haute peut être présent lorsque l’oreille
ispsilatérale est décollée, avec une combinai-
son inverse de l’autre côté. Un schéma de
sidebending-rotation de la SSB du côté de
la fosse temporale basse est suspecté lorsque
l’oreille ispsilatérale est décollée, avec
l’inverse de l’autre côté.
Le processus mastoïde, la partie mastoï-
dienne et la partie pétreuse de l’os temporal
Figure 5.9. Oreilles « décollées » associées participent à la constitution de la base crâ-
à une rotation externe des os temporaux. nienne. Les processus mastoïdes ne sont pas
présents chez le nouveau-né. Ils se dévelop-
Observation et palpation pent pendant la première année de vie et peu-
vent seulement alors être évalués. Observer et
de la base crânienne palper leur taille et leur position. La pointe du
La base du crâne n’est pas totalement accessi- processus mastoïde se déplace postérieure-
ble à l’observation ou à la palpation directe. ment et médialement avec la rotation externe
Les parties latérales de l’occiput, ou exocci- de l’os temporal, et antérieurement et latérale-
puts, et la partie basilaire de l’occiput, comme ment avec la rotation interne. La palpation
le corps et les petites ailes du sphénoïde, l’eth- pour la fonction permet de faire la différence
moïde, et les parties pétreuses des os tempo- entre une position du processus mastoïde
raux sont évaluées indirectement. associée à une dysfonction de l’os temporal et
Observer et palper la forme, la position et la celle résultant de la rotation et/ou de l’incli-
flexibilité intraosseuse de l’écaille de l’occipi- naison vertébrale. Des asymétries de la taille
tal au-dessous de la ligne nuchale supérieure des processus mastoïdes peuvent résulter
et de la protubérance occipitale externe. Faire d’une dysfonction intraosseuse temporale ou
particulièrement attention à la partie la plus de la traction asymétrique des muscles sterno-
inférieure de l’écaille de l’occipital. Un dépla- cléidomastoïdiens.
cement antérieur d’un côté par rapport à Palper bilatéralement les parties mastoï-
l’autre peut refléter une compression du diennes des os temporaux. Chercher une dif-
condyle occipital ipsilatéral. La palpation férence dans leurs position, taille et densité.
d’une asymétrie peut aussi indiquer une dys- Une asymétrie peut refléter une dysfonction
fonction intraosseuse ou une accommodation intraosseuse de l’os temporal, ou l’accommo-
occipitale à une dysfonction somatique de la dation à une autre dysfonction somatique.
SSB ou de la colonne cervicale. La palpation Fréquemment, la dysfonction de la suture
pour la fonction, comme décrite ci-après, per- occipitomastoïdienne est la cause d’une telle
met d’évaluer les rapports intraosseux entre asymétrie.
les parties occipitales, et les rapports interos- Les parties pétreuses des os temporaux ne
seux entre l’occiput, le sphénoïde et la sont pas visibles ou directement palpables.
colonne, pour différencier les causes de l’asy- Comme les parties latérales et basilaire de
métrie occipitale. l’occiput, l’ethmoïde, le corps et les petites
Examen du patient 165

ailes du sphénoïde, ces parties peuvent être sa coopération. Comme pour l’étude de la
évaluées par les tests d’écoute. Pour ce faire, SSB, les prises fronto-occipitale ou par la voûte
une connaissance complète de l’anatomie de peuvent être utilisées ; elles sont particulière-
la région et sa visualisation mentale pendant ment satisfaisantes pour évaluer la faux du
l’écoute sont essentielles. cerveau, alors que la prise temporale à cinq
Pratiquer les tests d’écoute pour évaluer les doigts peut être utilisée pour évaluer la tente
mouvements de la SSB. Utiliser la prise fronto- du cervelet.
occipitale ou par la voûte pour identifier la
Employer les tests d’écoute pour évaluer les
flexion, l’extension, les torsions, les sideben-
schémas globaux des membranes de tension
ding-rotations, les strains et compressions.
réciproque. Une tension dysfonctionnelle du
Pendant la palpation de l’occiput, écouter
système membraneux peut entretenir une
sa motilité inhérente et son rapport aux struc-
dysfonction inter- ou intraosseuse, et son
tures environnantes. La présence d’une dys-
diagnostic est primordial. On retiendra que
fonction se manifeste par une diminution de
l’ossification du crâne du nourrisson n’est
la motilité. En même temps, visualiser menta-
pas complète, et que l’ossification s’achève
lement l’occiput et ses synchondroses intraoc-
influencée par les directions des déséquilibres
cipitales antérieure et postérieure. Les condy-
de tension présents dans les membranes dura-
les occipitaux sont localisés au niveau des
les. Par conséquent, l’identification et le trai-
synchondroses intraoccipitales antérieures et
tement de ces déséquilibres membraneux
sont souvent le site de dysfonctions intraos-
sont impératifs. Une attention particulière
seuses. Une compression condylienne donne
doit être accordée aux pôles d’insertion de la
une sensation de tension et de restriction de la
dure-mère : la faux du cerveau sur l’écaille de
motilité de ce côté de l’occiput.
l’occipital et la crista galli de l’ethmoïde, et la
Le rapport entre l’occiput et les os tempo-
tente du cervelet sur les arêtes supérieures des
raux peut être apprécié avec différentes prises.
parties pétreuses des os temporaux et les pro-
Examiner la suture occipitomastoïdienne et,
cessus clinoïdes du sphénoïde. Avec les tests
indirectement, le foramen jugulaire. La suture
d’écoute, définir les zones de tension dysfonc-
pétro-occipitale doit aussi être évaluée.
tionnelle dans la dure-mère. Les membranes
Comme elle reste non ossifiée toute la vie,
durales participent à la formation de struc-
c’est normalement une zone où une liberté de
tures primordiales comme le sinus caver-
mouvement devrait toujours exister.
neux, ou le ligament pétrosphénoïdal, et leur
Écouter la motilité inhérente des tempo- dysfonction peut impacter ces structures.
raux, visualiser mentalement leurs synchon- Comme toujours, pour le diagnostic, « a
droses. Visualiser les structures associées à l’os knowledge of anatomy with its application covers
temporal, telles que l’artère carotide ou le nerf every inch of ground that is necessary to qualify
trijumeau, et définir les éventuelles dysfonc- you to become a skillful and successful Osteo-
tions affectant ces structures. path... » [12] (« une connaissance de l’anato-
Les principes décrits ci-dessus peuvent être mie et de ses applications couvre tout ce qui
appliqués au sphénoïde et à l’ethmoïde. Le est nécessaire afin de vous qualifier pour deve-
diagnostic est réalisé par les tests d’écoute et la nir un Ostéopathe habile et efficace... »).
visualisation mentale des synchondroses
sphénoïdales et ethmoïdales, autant que celle
des rapports de ces os avec les structures envi- Observation et palpation
ronnantes.
du viscérocrâne
L’évaluation des membranes dure-mé-
riennes peut être réalisée à tout moment de Observer l’apparence et l’expression de
l’examen, selon la tolérance du nourrisson et l’enfant. Semble-t-il heureux ou exprime-t-il
166 Ostéopathie pédiatrique

un malaise ? La dysfonction somatique est nation de la musculature linguale et orofa-


souvent inconfortable et cause divers degrés ciale, la fréquence et la puissance de la
de malaise. succion ainsi que la facilité de l’éructation.
L’expression faciale du bébé fournit égale- S’intéresser à la succion non nutritive, et
ment des informations quant à la présence et éventuellement au comportement de l’enfant
à l’origine des asymétries de la face. Recher- à la présentation d’une sucette. Les enfants
cher les asymétries des structures et des fonc- qui démontrent une position de langue anté-
tions. Les asymétries structurales, déforma- rieure rejettent les sucettes en les repoussant
tions et non pas malformations, peuvent être avec la langue. Si l’enfant refuse une tétine de
le résultat de dysfonctions intraosseuses. Dès biberon ou de sucette, il est important d’iden-
lors, elles peuvent être traitées par des procé- tifier la forme de cette tétine, qui ne convient
dures ostéopathiques. Pour éviter une évolu- peut-être pas à sa morphologie, ou d’identifier
tion irréversible, ces asymétries structurales les dysfonctions somatiques responsables du
devraient être diagnostiquées et traitées le défaut de succion.
plus tôt possible. Cela est particulièrement Observer la respiration de l’enfant au
important dans le viscérocrâne, où toute dys- repos. Les nouveau-nés présentent normale-
fonction des premières semaines de vie affecte ment une respiration nasale et cette respira-
un potentiel de croissance encore extrême- tion doit être silencieuse. Si la respiration est
ment grand. bruyante, sans pathologie des voies aériennes
Les asymétries fonctionnelles peuvent être supérieures, le site d’origine du bruit doit être
le résultat de dysfonctions interosseuses ou identifié. Les sons de la région nasale supé-
myofasciales ; elles peuvent aussi suivre des rieure qui ressemblent à une congestion
asymétries structurales. Bien que la structure nasale peuvent refléter une dysfonction du
et la fonction soient intimement associées, la frontal, des os ethmoïde ou nasaux. Les sons
reconnaissance de la cause primaire de l’asy- stertoreux, de ronflement nasopharyngien
métrie est utile pour le traitement. peuvent refléter une dysfonction de la base
Les asymétries musculaires peuvent aussi crânienne, ou des maxillaires. Les sons avec
être dues à des paralysies, comme la paralysie tendance au stridor laryngien peuvent être
du nerf facial. Une paralysie subtile de ce nerf associés à une dysfonction de la base crâ-
peut être reconnue en observant la motricité nienne, de l’os hyoïde et de la colonne cervi-
fine des lèvres, qui doit normalement être cale.
symétrique.
L’observation faciale doit être faite avant de Os frontal
toucher l’enfant. La face des nourrissons est
Observer le front. Rechercher une proémi-
extrêmement sensible, et son toucher exige le
nence de la suture métopique, signe d’une
contact le plus délicat. Il est donc important
dysfonction interosseuse entre les deux os
d’obtenir le plus d’information possible par
frontaux avec compression bilatérale, comme
l’observation.
cela peut arriver avec l’usage des forceps.
Observer l’asymétrie des os frontaux. Un côté
Fonctions orofaciales peut être comprimé vers le bas ou l’arrière par
Observer les diverses fonctions orofaciales, rapport à l’autre. Cette déformation de l’os
comme la respiration, la succion, la dégluti- frontal peut résulter d’une compression
tion, et la production de sons. Si les circons- directe ou d’une compensation associée à la
tances le permettent, observer l’enfant pen- dysfonction de strain latéral de la SSB, comme
dant la tétée. Noter l’agitation de l’enfant, dans les déformations du crâne en parallélo-
noter l’aisance avec laquelle l’enfant posi- gramme des plagiocéphalies postérieures non
tionne le cou et la mandibule, noter la coordi- synostotiques.
Examen du patient 167

de la hauteur orbitaire, est associée à une dys-


fonction intraosseuse ou de rotation interne
de l’os frontal. De ce côté, l’œil semble plus
petit et, chez le nouveau-né, au réveil, cet œil
peut s’ouvrir moins vite que l’autre.
Les changements dans la dimension du
diamètre orbitaire, entre les angles supéromé-
dial et inférolatéral de la cavité orbitaire, peu-
vent être le reflet d’un schéma unilatéral de
rotation externe ou interne des os qui consti-
tuent la cavité orbitaire. La flexion-rotation
externe crânienne augmente le diamètre orbi-
taire et produit une cavité orbitaire plus large.
L’extension-rotation interne diminue le dia-
Figure 5.10. Palpation du front pour évaluer
mètre orbitaire, et la cavité orbitaire est plus
la suture métopique. étroite.
Le bord postéro-inférieur de l’os zygomati-
que forme le relief de la pommette. Dans la
Toute dysfonction de l’os frontal se mani- rotation interne zygomatique, la pommette
feste dans la face sous-jacente. Dès lors, obser- semble proéminente, alors qu’elle paraît effa-
ver le rapport entre le frontal et les os de la cée dans la rotation externe. Observer la posi-
face. La face doit être symétriquement suspen- tion de l’os zygomatique, et noter son effet sur
due en dessous des os frontaux, et non déviée le diamètre orbitaire, qui est augmenté dans la
d’un côté ou de l’autre. Le bloc facial ne doit rotation externe et diminué dans la rotation
pas être comprimé sous les os frontaux. interne. La palpation pour la fonction con-
Palper doucement le front (figure 5.10). firme l’observation ; si nécessaire, traiter toute
Noter la forme et la compliance des os fron- dysfonction identifiée.
taux. Appliquer les tests d’écoute pour recher-
Pour évaluer la fonction des muscles
cher des dysfonctions interosseuses et intraos-
extraoculaires, tenir un jouet ou tout autre
seuses frontales. Pendant cette procédure, la
objet brillant devant l’enfant afin d’attirer son
visualisation mentale est utile pour évaluer
attention. Déplacer l’objet horizontalement,
précisément les zones de restriction. Une dys-
verticalement et dans les deux diagonales.
fonction de rotation interne des os frontaux
Noter et comparer la vitesse et l’aisance avec
est importante, car cela diminue la largeur de
lesquelles les deux yeux se déplacent pour
l’incisure ethmoïdale, limite les mouvements
suivre l’objet. Relever toute asymétrie dans ces
de l’os ethmoïde sous-jacent, et affecte le
mouvements, et dans la position neutre de
mouvement biphasique du MRP des cavités
l’œil au repos. Des degrés variés d’asymétrie
nasales.
peuvent être observés, depuis le plus insigni-
fiant au strabisme le plus évident. Ils peuvent
Cavité orbitaire et œil résulter d’une dysfonction crânienne des os
Un frontal en dysfonction peut affecter les de l’orbite. Les deux formes de strabisme les
yeux. Observer la forme des sourcils, la forme plus ordinairement rencontrées sont les
et la taille des cavités orbitaires et des bulbes déviations médiale et supéromédiale. La dé-
oculaires. Chez le bébé, le globe oculaire est viation médiale de l’œil peut être associée à
normalement important et se projette légère- une dysfonction ipsilatérale de l’os temporal,
ment au-delà du bord orbitaire. Une ligne de affectant le nerf abducens (VI) lors de son
sourcils déplacée vers le bas, avec diminution passage sous le ligament pétrosphénoïdal. La
168 Ostéopathie pédiatrique

déviation de l’œil dans la direction oblique


supéromédiale peut refléter une dysfonction
ipsilatérale de l’os frontal, et de son rapport au
muscle oblique supérieur au niveau de la pou-
lie de réflexion attachée sur la fossette tro-
chléaire de l’os frontal. L’identification d’ano-
malies fonctionnelles de l’œil nécessite un
bilan ophtalmologique pour éliminer toute
autre pathologie. La présence d’un épican-
thus, un pli de peau vertical qui s’étend de la
paupière supérieure vers le bas et couvre la
partie médiane de l’œil, peut donner l’appa-
rence d’un strabisme convergent. Pour
autant, le plus souvent cette caractéristique
normale dans certains groupes ethniques
n’exige pas de traitement. L’épicanthus peut
être parfois un signe de désordre génétique
comme la trisomie 21, et dans ce cas d’autres
évaluations sont nécessaires. Figure 5.11. Observation du nez.
Observer le bébé de profil. Regarder les
Noter la présence des asymétries.
yeux. La proéminence du globe peut être aug-
mentée du côté de la rotation externe crâ-
nienne. Inversement, du côté de la rotation
interne, l’œil est moins proéminent. quemment. Très souvent, le nez est comprimé
Des cernes sous les yeux peuvent être asso- en rotation postérieure sous les os frontaux,
ciées à une dysfonction de l’os frontal et reflè- ce qui résulte en une dysfonction au niveau
tent une diminution du drainage vasculaire de la suture frontonasale, et un sillon à hau-
de la région. Une obstruction du canal lacry- teur du nasion. Typiquement, une respiration
monasal est aussi associée à une dysfonction bruyante accompagne cette dysfonction, et la
de l’os frontal avec les os lacrymal et maxil- palpation de la zone de la suture frontonasale
laire. Dans les cas sévères, un larmoiement montre une texture tissulaire plus œdéma-
excessif est présent, alors que dans les formes teuse.
plus légères, seuls quelques débris sont parfois Comparer la taille et la forme des narines.
visibles au coin interne de l’œil. Les principes Avec la plus grande délicatesse, palper la
des normalisations indirectes doivent être pointe du nez. Le plus doucement possible,
employés avec grande délicatesse pour traiter introduire un déplacement latéral gauche et
l’obstruction du canal lacrymonasal ; le plus droit, et comparer la compliance. Une
souvent, le résultat est excellent. réponse asymétrique peut résulter d’une asy-
métrie du septum nasal. Cela peut aussi reflé-
Nez ter une dysfonction somatique des os eth-
moïde, maxillaires, nasaux, et des cartilages
Ensuite, observer la symétrie globale du nez
nasaux. Les parents peuvent décrire une aug-
(figure 5.11). Des sillons horizontaux peuvent
mentation des sécrétions nasales et la pré-
être présents à la racine du nez. De toutes les
sence de quelques croûtes du côté dysfonc-
structures faciales, le nez, par sa proéminence,
tionnel.
est la plus vulnérable ; par conséquent, pen-
dant l’accouchement, une compression Les rapports entre le vomer et les os sphé-
nasale ou une subluxation se produit fré- noïde, ethmoïde, maxillaires et palatins, tout
Examen du patient 169

autant que l’articulation entre les deux maxil-


laires doivent être évalués. Les cartilages
nasaux doivent être contrôlés dans leur rap-
port avec les os nasaux et la lame perpendicu-
laire de l’ethmoïde.
La columelle est l’ancrage des cartilages du
nez et des tissus conjonctifs qui les entourent.
Cet ensemble de tissus mous est dans la
continuité des tissus situés autour des ouver-
tures narinaires. Les narines fonctionnent
comme des soupapes qui s’ouvrent pendant
la respiration nasale. Cette action valvulaire
est réglée par les muscles dilatateurs des nari-
nes. La respiration nasale stimule ces structu-
res. En revanche, la respiration buccale est
associée à une hypotonicité palpable au
niveau de la columelle. Cette hypotonicité
est aussi associée à une dysfonction du sep- Figure 5.12. Le déplacement antérieur
tum nasal.
de la langue est fréquemment associé
Appliquer des principes des normalisations
indirectes pour traiter les dysfonctions myo-
à une dysfonction somatique de la base
fasciales de la région nasale. Utiliser les procé- crânienne et de la charnière craniocervicale.
dures crâniennes indirectes pour traiter les
dysfonctions identifiées entre le vomer et les
os adjacents, entre les deux maxillaires, et sont tranquilles. Si l’enfant présente une bou-
entre les cartilages nasaux, les os nasaux et la che ouverte avec la langue positionnée vers
lame perpendiculaire de l’ethmoïde. l’avant, voire sortie de la cavité orale, il faut
suspecter une dysfonction de la base crâ-
Maxillaires et cavité orale nienne probablement associée à une dysfonc-
tion de la mandibule et de l’os hyoïde (fi-
Évaluer la proportion de la partie inférieure de
gure 5.12). Cette position linguale prédispose
la face par rapport à l’ensemble de la face.
l’enfant à baver.
Chez le nouveau-né, cette partie du viscéro-
crâne est normalement plus petite que chez L’intérieur de la bouche doit être soigneu-
l’adulte, car les sinus ne sont pas entièrement sement examiné. Évaluer la longueur du frein
développés et les dents ne sont pas encore de la langue. Un frein de la langue trop court
sorties. peut nécessiter une frénotomie pour redonner
Observer les maxillaires, et comparer leur à la langue toute sa mobilité. Les effets sur le
taille et forme. Comme le nez, les maxillaires langage, la croissance et le placement normal
semblent souvent comprimés et en rotation des dents sont significatifs. Examiner les
postérieure sous les os frontaux. Observer la dents, leur position et éruption en rapport
position de la mandibule ; noter l’emplace- avec l’âge de l’enfant. En même temps, obser-
ment du gnathion qui peut être déplacé. Nor- ver la forme et la symétrie du palais. Un palais
malement, un nouveau-né est rétrognathe. aplati et large est associé à la rotation externe
En observant la zone de la bouche, regarder des maxillaires, et un palais étroit et ogival à la
tout d’abord les lèvres. Normalement, les rotation interne.
bébés respirent par le nez ; ils gardent la bou- La palpation pour la fonction et le traite-
che fermée et les lèvres rapprochées lorsqu’ils ment des dysfonctions identifiées devraient
170 Ostéopathie pédiatrique

suivre. Parfois, la normalisation des restric- être tendu aux plus jeunes. Il peut contenir
tions de mouvement et l’amélioration de la des objets non dangereux mais fascinants par
motilité inhérente relâchent les tensions pré- leurs formes insolites et leurs couleurs brillan-
sentes dans la matrice osseuse, ce qui peut tes, de même que des objets plus complexes
améliorer un retard fonctionnel dans l’évolu- avec différentes parties à démonter et à assem-
tion du développement. Ainsi, la normalisa- bler. Dès l’instant où l’enfant commence à
tion de la SSB, des os de la voûte et de la face jouer, cela fournit au praticien l’occasion
peut faciliter l’éruption dentaire. d’évaluer le niveau d’interaction parentale, la
personnalité de l’enfant, son caractère timide,
Examen de l’enfant prudent, soucieux ou curieux. Le discours, la
maîtrise verbale et les capacités cognitives,
Les principes fondamentaux de l’examen de comme la maîtrise de la motricité fine et
l’enfant et l’interprétation des résultats sont d’une bonne coordination peuvent être aussi
similaires à ceux décrits chez le nourrisson. La évalués durant ces jeux. De plus, lorsque
différence est que, normalement, le système l’enfant commence à jouer, les parents, par-
musculosquelettique de l’enfant a grandi et fois aussi inquiets quant au déroulement de la
est plus développé. Les zones qui étaient non séance, se relâchent, ce qui en retour conforte
ossifiées chez le bébé sont maintenant pro- l’enfant. La plupart des enfants s’impliquent
ches de leur ossification, ou entièrement ossi- dans le jeu, ce qui permet au praticien d’éta-
fiées. Le tonus et la coordination musculaires blir le contact physique nécessaire pour le
ont progressé. L’enfant a atteint certaines diagnostic et le traitement. La création d’un
phases du développement psychomoteur et a tel environnement de confort et de détente
acquis la position bipède. Cela conduit donc à est totalement conforme aux principes indi-
ajouter un examen structurel et fonctionnel rects et accroît l’efficacité du traitement ostéo-
de la posture debout. pathique.
Le savoir-faire dans l’établissement du rap- La description suivante suit une séquence
port soignant–soigné avec les jeunes enfants arbitraire. L’ordre peut varier en fonction de la
est essentiel afin de gagner leur confiance et coopération de l’enfant, et de la zone dysfonc-
leur coopération. En fait, les plus jeunes tionnelle. Il est parfois préférable, si cela n’est
d’entre eux peuvent déjà présenter une his- pas inconfortable à palper, de commencer
toire personnelle de rencontres mal vécues l’évaluation en examinant la zone dont se
avec des praticiens de la santé. Ils ont proba- plaint l’enfant, pour communiquer l’idée que
blement subi des injections et les visites médi- l’intention du traitement est d’alléger sa souf-
cales sont associées à des souvenirs désagréa- france. L’examen doit être exécuté de telle
bles. Il est donc nécessaire de diminuer leurs façon que l’enfant perçoive que le praticien
craintes. Dès lors, laisser l’enfant près du est fiable et maître de la situation. Cela définit
parent et l’approcher lentement. L’échange des limites pour l’enfant, et l’encourage à coo-
commence à travers les expressions faciales et pérer. Bien que cela semble paradoxal, il est
le langage du corps. Donner du temps à entièrement possible pour le praticien d’être à
l’enfant pour établir une sensation de sécurité la fois doux et joueur, et pourtant ferme et en
territoriale. En dehors de situations d’urgence, contrôle de la procédure. L’examen ostéopa-
nous nous refusons à toucher un enfant avant thique et le traitement du patient sont plus
qu’il n’accepte le contact. que de simples palpation et manipulation.
En fait, les jouets sont le secret d’une Cela nécessite un échange dynamique entre le
approche réussie. Offrir à l’enfant la possibi- sujet et l’ostéopathe. Il est important d’expli-
lité de jouer facilite considérablement le quer simplement à ces patients ce qui est fait
contact. Un panier de jouets à découvrir peut et pourquoi cela est fait.
Examen du patient 171

Observation et palpation
en position debout
Quelle que soit la plainte principale, l’examen
doit toujours commencer par l’évaluation de la
posture debout, à moins que l’enfant soit inca-
pable de prendre cette position. Cela donne
une perspective globale du corps du sujet.
Pour ce faire, il est intéressant d’avoir
l’enfant si possible dévêtu pour pouvoir obser-
ver le dos et les jambes. Les jeunes enfants ne
sont pas toujours volontaires pour un examen
statique. Pour autant, leur posture dynamique
et leurs mouvements peuvent être évalués en
observant leurs déplacements. Ce type d’exa-
men dynamique est particulièrement riche en
informations pour les membres inférieurs. Lors
de la marche, l’alignement des pieds est facile-
ment évalué, ce qui permet de définir si le pied Figure 5.13. Observer l’alignement
tourne vers le dehors ou le dedans. Un pied qui des extrémités inférieures et noter tout valgus
rentre est commun, fréquemment dû à une ou varus. Observer ici une torsion tibiale
torsion tibiale interne et/ou à une augmenta-
droite et un valgus du pied droit.
tion de l’antéversion fémorale. Les pieds sont
également observés pour rechercher une inver-
sion ou une éversion. Typiquement, les jeunes et des crêtes iliaques. Une différence de hau-
enfants ont un coussinet plantaire qui donne teur entre ces points de repère peut indiquer
l’apparence de pieds plats. En fait, l’arche plan- une croissance inégale des os longs des mem-
taire longitudinale n’apparaît qu’entre 2 et bres inférieurs, ou une dysfonction des os du
6 ans [13]. Néanmoins, si l’enfant se met sur la pied, de la jambe ou du bassin. Observer le
pointe des pieds, avant que l’arche ne soit bassin à la recherche d’une augmentation de
complètement développée, l’arche longitudi- sa bascule antérieure, souvent en rapport avec
nale médiale peut être observée. une extension craniosacrale du sacrum, une
Observer l’alignement des membres infé- lordose lombale augmentée ou une distension
rieurs et noter la présence de valgus ou varus abdominale associée à une dysfonction gas-
des pieds et des genoux (figure 5.13). Typique- tro-intestinale. Inversement, une diminution
ment, les enfants de moins de 2 ans présen- de la bascule antérieure normale du bassin est
tent un varus des genoux et, après 2 ans, une en rapport avec une dysfonction de flexion
apparence de valgus jusqu’à 5 ou 6 ans. Cher- craniosacrale du sacrum ou du coccyx.
cher aussi une rotation interosseuse entre le Évaluer l’alignement de la colonne verté-
tibia et le fémur, et une torsion intraosseuse brale et ses courbures. En étant placé derrière
de l’un ou l’autre. Noter le placement de la l’enfant, observer la symétrie des repères ana-
rotule. Sa déviation médiale est associée à une tomiques, les angles scapulaires, la hauteur
torsion fémorale ou à une dysfonction de l’os des épaules et des processus mastoïdes (fi-
iliaque. Vérifier la capacité de l’enfant de gure 5.14). Noter le niveau de la pointe des
s’accroupir, sauter et courir. doigts lorsque l’enfant tient ses bras dans une
Puis observer le bassin, son asymétrie et position relâchée sur les côtés. Les courbures
l’inégalité de hauteur des grands trochanters vertébrales avec inclinaison latérale résultent
172 Ostéopathie pédiatrique

peut être facilement observée avec l’enfant


dans une position fléchie vers l’avant. Les
courbures d’inclinaison latérale de la colonne
vertébrale peuvent être des dysfonctions
somatiques primaires. Elles peuvent aussi être
secondaires à une dysfonction craniocervicale
qui affecte la colonne sous-jacente, ou à une
inclinaison pelvienne qui affecte la colonne
sus-jacente. Comme chez les nourrissons, les
dysfonctions responsables de la courbure peu-
vent être intraosseuses, interosseuses ou
membraneuses.
En se plaçant sur le côté de l’enfant, obser-
ver les courbures vertébrales antéropostérieu-
res (AP). Typiquement, une lordose lombale
est présente chez les jeunes enfants, jusqu’à
l’âge de 7 ans. Une augmentation de la cour-
bure limitée à une partie de la colonne verté-
brale peut refléter une dysfonction dans la
courbure, dans une courbure adjacente ou
aux charnières situées entre les courbures ver-
tébrales. Une projection de la tête vers l’avant
est souvent associée à une respiration dys-
fonctionnelle, comme dans les cas de rhinite
chronique et de respiration buccale. Théori-
quement, l’enfant présente alors une augmen-
tation des courbures AP cervicale et thoraci-
que supérieure, associée à une dysfonction
somatique de la charnière craniocervicale
et/ou des vertèbres thoraciques supérieures.
Une augmentation de toutes les courbures
peut être le résultat d’une dysfonction cranio-
sacrale et/ou du sacrum. Les courbures AP
sont diminuées avec une flexion craniosa-
crale, et ces courbures sont augmentées avec
une extension craniosacrale (figure 5.15). La
détection précoce d’une augmentation ou
Figure 5.14. Observer la symétrie d’une diminution des cyphoses et lordoses est
des repères anatomiques. essentielle pour un traitement efficace.
Noter l’inclinaison latérale droite de la tête. Évaluer les mouvements de grande ampli-
tude normalement présents dans la colonne
en une asymétrie de ces repères. Rechercher vertébrale en demandant une participation
une proéminence paravertébrale asymétrique, active de l’enfant, dans la flexion, l’extension,
en rapport avec la rotation d’une courbure l’inclinaison et la rotation de chacune des
vertébrale. Une telle proéminence est locali- portions vertébrales, pour confirmer les obser-
sée sur le côté de la convexité de la courbure et vations précédentes. Les tensions musculaires
Examen du patient 173

de ses compensations. Le traitement doit


autant inclure une prise de conscience avec
rééducation proprioceptive, que des normali-
sations ostéopathiques.
Observer la partie antérieure de la cage tho-
racique, rechercher la présence de pectus
excavatum (thorax en « entonnoir »), de pec-
tus carinatum (thorax en « carène ») et de
pectus arcuatum (« cuvette sternale »). Re-
chercher une protraction ou une asymétrie de
la ceinture scapulaire.
Palper la forme et l’alignement des proces-
sus épineux des vertèbres. Les tests d’écoute
peuvent être pratiqués pour compléter l’exa-
men ; si nécessaire, effectuer des tests de
mobilité articulaire. En raison de la flexibilité
de leurs structures myofasciales, les barrières
dysfonctionnelles des jeunes enfants diffèrent
de celles des adolescents et des adultes, et ne
sont pas rencontrées avec autant de résistance
au mouvement.
Un schéma global du corps, avec tendance
à l’éversion des pieds, voire des pieds plats, un
genu valgum bilatéral, et des courbures AP
augmentées, particulièrement la courbure
A B lombale, peut correspondre à un schéma cra-
niosacral dysfonctionnel d’extension-rota-
Figure 5.15. A. Une diminution tion interne. Inversement, une inversion des
des courbures sagittales accompagne pieds avec une augmentation de l’arche longi-
la flexion craniosacrale. tudinale médiale, un genu varum bilatéral
B. Une augmentation des courbures et des courbures sagittales diminuées peut
sagittales accompagne l’extension être associé à un schéma de flexion-rotation
craniosacrale. externe.
La palpation pour la structure et la fonc-
tion peut être également pratiquée avec
des groupes antérieurs et postérieurs diffèrent
l’enfant dans la position de décubitus. De
selon la réponse compensatrice exigée par la
cette façon, l’examen des zones douloureuses
courbure vertébrale présente. L’enfant hyper-
peut être accompli plus en détail.
lordotique présente une hypertonicité des
muscles ishiojambiers et fléchisseurs de han-
che, en même temps qu’une hypotonicité des Observation et palpation
muscles abdominaux. Lorsque l’on demande de la ceinture pelvienne
à un tel sujet de se pencher vers l’avant, il et des membres inférieurs
compense en fléchissant les genoux. Lorsque
l’âge de l’enfant le permet, cette partie de Avec l’enfant en position de décubitus dorsal,
l’examen est idéalement exécutée devant un observer les pieds. Rechercher des défauts
miroir, pour qu’il puisse prendre conscience d’alignement des orteils. Pratiquer les tests
174 Ostéopathie pédiatrique

d’écoute pour définir la présence d’éventuel- dysfonction lombosacrale ou, moins souvent,
les dysfonctions des os du tarse. Si nécessaire, une dysfonction intraosseuse de l’os iliaque.
palper la position et rechercher les amplitudes Chercher les asymétries des repères anatomi-
articulaires des os du pied, particulièrement ques, les EIAS, les crêtes iliaques et les grands
des calcanéus (calcaneum), talus (astragale) et trochanters. Palper les os iliaques, et comparer
cuboïde, afin d’obtenir les informations leur taille et leur forme.
nécessaires sur l’état fonctionnel des articula- Pratiquer les tests d’écoute sur les os ilia-
tions subtalienne, calcanéo-cuboïdienne et ques, puis procéder à l’évaluation de la
cunéo-cuboïdiennes. Les entorses de cheville colonne lombale et du sacrum. L’évaluation
des enfants ne doivent pas être sous-estimées. du bassin en décharge fournit d’autres infor-
Typiquement, la douleur post-traumatique ne mations que celles obtenues en charge. Si une
dure pas chez ces jeunes patients ; en revan- dysfonction pelvienne observée durant l’exa-
che, les mécanismes dysfonctionnels peuvent men en position debout persiste en décubitus,
persister avec des effets à long terme sur leur l’origine de la dysfonction est pelvienne.
équilibre postural. Inversement, si cette dysfonction n’est plus
Comparer les deux genoux. Souvent, le présente, elle représente une accommodation
genou dysfonctionnel démontre une malposi- du pelvis à une dysfonction somatique locali-
tion visible entre le tibia, le fémur et la rotule. sée ailleurs dans le corps du patient. Pour
Observer l’alignement du tibia et du fémur, autant, il n’est pas rare de trouver des dys-
rechercher un genu valgum ou un genu fonctions sacro-iliaques chez les enfants. Elles
varum qui persiste dans la position de décubi- peuvent avoir des conséquences fonctionnel-
tus. Palper les genoux pour évaluer la rotation les et sont fréquemment présentes dans les cas
tibiofémorale, les glissements latéraux et de constipation chez l’enfant. De même, une
l’abduction ou l’adduction. dysfonction de la colonne lombale et du
Observer de quelle façon les cuisses repo- sacrum peut être responsable de troubles
sent sur la table. Noter la présence d’une asy- abdominaux fonctionnels.
métrie dans la flexion de hanche et dans les Le traitement des zones dysfonctionnelles
rotations externe ou interne. Si la rotation des suit les principes indirects. Si les zones dys-
cuisses est asymétrique, déterminer si cette fonctionnelles ne répondent pas complète-
rotation implique seulement la cuisse, ou tout ment au traitement, rechercher les déséquili-
le membre inférieur. Une rotation de toute la bres de tension des régions adjacentes. Le
jambe indique une dysfonction de l’os iliaque traitement de ces dysfonctions avec des procé-
ipsilatéral, où la rotation externe du membre dures de relâchement myofascial facilite sou-
inférieur suit la rotation externe de l’os iliaque vent une réponse plus complète au niveau de
et où la rotation interne démontre le même la zone dysfonctionnelle primaire.
rapport couplé.
Évaluer toute l’amplitude articulaire des Observation et palpation
mouvements de rotation interne et externe
dans les articulations coxofémorales. Les jeu-
de la région thoracoabdominale
nes enfants démontrent une rotation approxi- Observer la cage thoracique. Noter l’aspect
mativement égale dans les deux directions, de des côtes et du sternum. Évaluer le mouve-
45° ± 20°. ment respiratoire pulmonaire au repos, sa fré-
Observer le placement du bassin sur la quence et son amplitude. Ce mouvement doit
table d’examen, les extrémités inférieures impliquer symétriquement toutes les parties
sous-jacentes et le tronc sus-jacent. Une de la cage thoracique. L’abdomen s’élève pen-
déviation latérale du bassin sur la table, par dant l’inspiration pulmonaire et descend
rapport à la ligne médiane, peut indiquer une pendant l’expiration, proportionnellement à
Examen du patient 175

l’importance de la respiration diaphragmati- Une augmentation de cette tension avec une


que. Si l’excursion diaphragmatique est libre, tendance à la restriction de l’extension com-
la partie inférieure de la cage thoracique et plète des coudes, des poignets et des doigts
l’abdomen se déplacent de manière syn- peut être associée à un schéma craniosacral
chrone pendant tout le cycle respiratoire. En d’extension-rotation interne n’importe où
présence d’une dysfonction diaphragmati- dans le squelette crânien et axial.
que, ce mouvement est limité à la fin de l’ins- Comparer la symétrie des deux extrémités
piration ou de l’expiration selon la dys- supérieures. Regarder l’angle des coudes.
fonction diaphragmatique. Une dysfonction Noter les différences dans les torsions entre le
diaphragmatique d’expiration s’observe par bras et l’avant-bras. Observer l’activité des
une restriction de l’inspiration pulmonaire, mains qui peut refléter le niveau de nervosité
alors qu’une dysfonction d’inspiration s’ob- de l’enfant. Si l’enfant semble agité, il est
serve par une restriction de l’expiration pul- nécessaire de le rassurer.
monaire. Noter la participation des muscles Procéder ensuite à la palpation pour la
accessoires de la respiration présente dans les fonction, avec les tests d’écoute. Si cela est
dysfonctions respiratoires telles que l’asthme. nécessaire, documenter les amplitudes actives
Ensuite, observer le contour de l’abdomen. et passives des mouvements articulaires. Trai-
Noter l’existence d’une obésité abdominale ter les dysfonctions identifiées.
et, si c’est le cas, profiter de l’occasion pour
discuter des bonnes habitudes diététiques
avec l’enfant. Rechercher la présence d’une
Observation et palpation
légère dépression sur la paroi abdominale des régions thoracique et cervicale
immédiatement au-dessous du processus Avec l’enfant en décubitus, observer la posi-
xyphoïde, souvent signe de troubles digestifs tion spontanée de la tête. Rechercher une
associés à une dysfonction diaphragmatique. inclinaison latérale ou une rotation domi-
Utiliser les tests d’écoute sur la cage thora- nante, noter leur niveau : cervicothoracique,
cique pour préciser une éventuelle dysfonc- cervical moyen, ou cervical supérieur. Si la
tion au niveau des côtes, du sternum et/ou du tête présente une inclinaison latérale et une
diaphragme, et normaliser les dysfonctions rotation dans la même direction, la dysfonc-
identifiées. Palper la paroi et le contenu de tion est probablement située au niveau de la
l’abdomen. Les tests d’écoute peuvent être colonne cervicale ou thoracique supérieure. Si
employés pour évaluer les dysfonctions myo- l’inclinaison latérale et la rotation sont dans
fasciales et les altérations de la motilité inhé- des directions opposées, l’origine peut être au
rente des viscères, autant que la paroi abdomi- niveau de la charnière occipitocervicale.
nale. Appliquer les principes indirects pour Palper les régions thoracique supérieure et
traiter les structures dysfonctionnelles. cervicale et rechercher une modification de la
texture tissulaire. Palper les vertèbres, et noter
Observation et palpation la forme et l’alignement des processus épi-
de la ceinture scapulaire neux. Une dysfonction somatique vertébrale
est souvent associée à une augmentation ou à
et des membres supérieurs une diminution de l’espace interépineux. Exa-
Observer le contour et la symétrie générale miner les premières côtes.
des épaules et des clavicules. Au repos, la dif- Les dysfonctions somatiques thoraciques
férence dans les rotations des extrémités supé- supérieures sont très fréquentes et leur dia-
rieures est souvent due à une dysfonction gnostic ne doit pas être négligé. Non traitées,
somatique thoracique supérieure. Noter le elles peuvent engendrer de nombreux problè-
degré de tension myofasciale des extrémités. mes chroniques. D’un point de vue mécani-
176 Ostéopathie pédiatrique

que, elles affectent la tête et la colonne cervi- quant à leur rapport au mécanisme crânien.
cale sus-jacentes ainsi que les extrémités Une connaissance des positions et des rap-
supérieures ; par les compensations postura- ports normaux des éléments crâniens est
les, elles affectent également le sacrum. Neu- impérative pour reconnaître les dysfonctions.
rologiquement, elles exercent une influence La liste suivante est le minimum fondamental
significative sur le système nerveux sympa- de ce qui doit être palpé.
thique et, par conséquent, sont la source de – L’écaille de l’occipital est plus basse dans la
réflexes somatoviscéraux et somatosoma- flexion-rotation externe et plus haute dans
tiques multiples. l’extension-rotation interne.
La région thoracique a été évaluée tout – La fosse temporale est pleine dans la
d’abord pendant l’examen en position de- flexion-rotation externe et creusée dans
bout. Si une dysfonction somatique a été l’extension-rotation interne. Sa palpation
identifiée, dans les régions thoraciques renseigne sur la face latérale de la grande
moyenne et inférieure, elle peut également aile du sphénoïde.
être évaluée avec l’enfant en position assise – La pointe du processus mastoïde est posté-
ou en procubitus. L’observation, les tests rieure, médiale et haute dans la rotation
d’écoute, la visualisation et, si nécessaire, les externe, et antérieure, latérale et basse dans
tests de grande amplitude articulaire sont pra- la rotation interne.
tiqués. – Le bord médial de l’os pariétal est aplati
Après l’examen approfondi des régions dans la rotation externe, saillant dans la
thoracique et cervicale, utiliser les tests rotation interne.
d’écoute pour identifier les dysfonctions – L’angle latéral de l’os frontal est latéral dans
somatiques membraneuse, myofasciale et la rotation externe, médial dans la rotation
ligamentaire. Traiter toute dysfonction soma- interne. La proéminence de la suture méto-
tique identifiée. Commencer par les dysfonc- pique indique une rotation interne.
tions thoraciques supérieures, puis traiter les En raison de la position fœtale et à cause
côtes et la colonne cervicale. des forces de la naissance, tout le monde pré-
sente une certaine asymétrie. Tous les fascias,
Observation et palpation les membranes craniosacrales et les matrices
des futures structures osseuses sont marqués
du neurocrâne
par cette asymétrie. Donc, il n’est pas insolite
Observer l’apparence générale du crâne. Il de trouver un côté du patient en rotation
devrait être en équilibre sur la colonne verté- externe, et l’autre côté en rotation interne.
brale. Globalement, observer son asymétrie, Pour autant, seule la palpation pour la fonc-
et les indications de flexion-rotation externe, tion permet la différenciation entre un état
ou d’extension-rotation interne. Regarder la asymétrique fonctionnel, avec une quantité et
peau. Les modifications de l’aspect cutané du une qualité satisfaisantes des mouvements, et
visage et du cuir chevelu peuvent indiquer une dysfonction somatique qui démontre une
une dysfonction somatique crânienne sous- mobilité restreinte.
jacente. En utilisant la prise par la voûte, la palpa-
Confirmer les indications précédentes en tion pour la fonction avec les tests d’écoute
palpant tout ce qui peut être ainsi apprécié commence par l’appréciation de la qualité
plus facilement qu’avec une simple observa- globale des tissus de la tête. Ceux-ci peuvent
tion. Les surfaces et les proéminences osseuses donner une sensation de lourdeur et de com-
du crâne sont facilement identifiées par la paction. Ou, à l’inverse, le MRP peut être
palpation. La palpation de la position des dif- facilement perçu, avec des mouvements
férentes structures fournit des informations d’expansion du crâne pendant l’inspiration
Examen du patient 177

crânienne et la flexion-rotation externe, et de même en la présence d’une compression de la


contraction pendant l’expiration crânienne et SSB. La palpation des composantes superfi-
l’extension-rotation interne. En fait, cela peut cielles du sphénoïde et de l’occiput doit être
être comparé aux mouvements de la cage tho- complétée par la visualisation pour interpré-
racique pendant la respiration pulmonaire, ter la fonction de la SSB.
mais à une fréquence beaucoup plus basse. Dans la torsion de la SSB, la grande aile du
Comparer les sensations perçues sur les sphénoïde se déplace supérieurement d’un
côtés droit et gauche de la tête. Idéalement, le côté et inférieurement de l’autre, et le mouve-
crâne devrait démontrer une motilité libre et ment inverse se produit au niveau de l’écaille
symétrique. En la présence d’une dysfonction, de l’os occipital. Dans le sidebending-rotation
la restriction de motilité peut affecter l’ensem- de la SSB, la grande aile du sphénoïde et
ble du crâne ou être limitée à un côté. Une l’écaille de l’occipital se déplacent inférieure-
dysfonction de la SSB est associée à une res- ment du même côté, et s’écartent l’une de
triction globale de la motilité, se manifestant l’autre le plus souvent de ce côté.
des deux côtés du crâne, alors qu’une dysfonc- Dans le strain vertical ou latéral de la SSB,
tion unilatérale, comme la compression des les mouvements perçus dans la partie anté-
sutures occipitomastoïdienne ou sphénosqua- rieure du crâne sont contraires à ceux perçus
meuse, est associée à une restriction limitée au postérieurement. Ainsi, dans un strain verti-
seul côté de la dysfonction. Pour préciser une cal supérieur, on perçoit que le sphénoïde se
dysfonction unilatérale, comparer la sensa- déplace vers le haut alors que l’occiput se
tion des moitiés antérieure et postérieure du déplace vers le bas. Dans le strain vertical
crâne sur le côté dysfonctionnel. Comme tou- inférieur, le mouvement contraire est palpa-
jours, la restriction de la motilité indique ble. Dans un strain latéral droit, on perçoit
l’emplacement de la dysfonction. que le sphénoïde se déplace avec la plus
Pour évaluer la SSB, palper pour la fonction grande aisance vers la droite, et l’occiput vers
les parties latérales des grandes ailes du sphé- la gauche. Dans un strain latéral gauche, le
noïde et l’écaille de l’occipital. Noter la pré- mouvement contraire est palpable. En la pré-
sence de mouvement particulièrement domi- sence d’une compression de la SSB, très peu
nant. Évaluer la flexion et l’extension. Dans la ou pas de mouvement biphasique est pal-
flexion, les parties latérales des grandes ailes pable.
du sphénoïde s’expansent latéralement, alors La palpation doit aussi apprécier l’état de
que les parties supérolatérales de l’écaille de tension des membranes intracrâniennes et
l’occipital se déplacent vers l’arrière et le intraspinales. Pour s’intéresser spécifique-
dehors. Pendant l’extension, les mouvements ment aux membranes, il est impératif de
contraires se produisent. La palpation de la connaître leur anatomie. La tête, comme tout
SSB pour la fonction peut aussi être évaluée en autre partie du corps, comporte différentes
utilisant une prise fronto-occipitale. Dans ce couches tissulaires. Le placement des mains
cas, le mouvement est palpé à un plus grand sur les côtés de la tête est suivi d’une visualisa-
degré dans le plan sagittal. tion pour se positionner mentalement au
En fait, il est très facile de commettre niveau des membranes. En touchant la tête,
l’erreur de palper le mouvement superficiel et visualiser mentalement la couche la plus
de supposer que ce qui est perçu est le mouve- superficielle du scalp, ce qui est associé à un
ment de la SSB. Il faut se souvenir que les contact très léger. Puis, visualiser la couche
points de contact sur le sphénoïde et l’occiput osseuse ; le toucher est alors légèrement plus
sont sur des parties osseuses d’origine mem- ferme. Maintenir cette quantité de pression
braneuse, qui à cause de leur flexibilité peu- palpatoire, et visualiser la couche plus pro-
vent démontrer quelque degré de mobilité fonde des membranes qui donnent une sensa-
178 Ostéopathie pédiatrique

tion moins rigide. Évaluer la sensation des que une dysfonction de la SSB. Une interrup-
différentes zones des membranes de tension tion angulaire de cette ligne médiane peut
réciproque et la qualité du MRP transmis à refléter une dysfonction du viscérocrâne
travers ces membranes. Noter les zones de affectant les os à cet endroit. Observer la face
tension intracrânienne. Noter le point d’équi- et noter la symétrie du front, des sourcils, des
libre au centre de ces tensions. Les dysfonc- yeux, des narines, des joues, des lèvres, ainsi
tions d’une région à distance, la colonne ver- que la forme des mâchoires. Noter la qualité
tébrale ou le sacrum, créent la sensation que de la peau, la présence de rougeur ou de
les membranes sont entraînées dans cette pâleur, sa sécheresse, des dartres, éruptions ou
direction. Cela peut être ressenti en la pré- excoriations.
sence de scoliose où les membranes intraspi-
nales sont sous contrainte. Os frontal
À un niveau plus profond, apprécier la Bien que la suture métopique soit ossifiée
motilité du liquide cérébrospinal. Évaluer la chez la majorité des individus vers l’âge de
fréquence et la puissance de l’impulsion ryth- 6 ans, elle peut être identifiée comme la ligne
mique crânienne. Noter la régularité et les médiane de l’os frontal, et les caractéristiques
modèles dominants parmi les oscillations, de chaque côté peuvent être comparées pour
tout autant que la présence de stase. Utiliser leur symétrie. Observer les lignes des sourcils,
les principes indirects pour traiter les dysfonc- les processus zygomatiques et les tubérosités
tions identifiées. Un protocole de traitement frontales. Un effacement de la tubérosité fron-
possible pour les dysfonctions somatiques du tale et le déplacement latéral de n’importe
neurocrâne consiste au départ en un relâche- lequel de ces repères sont associés à une rota-
ment des déséquilibres de tension membra- tion externe de l’os frontal de ce côté. Inverse-
neuse. Puis la SSB peut être traitée, suivie de ment, une proéminence de la tubérosité fron-
tout autre dysfonction de la base et de la tale et le déplacement médial des repères
voûte. indiquent une rotation interne. Palper l’os
frontal et employer les tests d’écoute pour
Observation et palpation confirmer les observations. Palper chaque
moitié frontale pour évaluer la résilience
du viscérocrâne osseuse et la dure-mère sous-jacente. Cette
Observer la forme globale de la face. Elle est zone devrait conserver sa flexibilité intraos-
plus large dans la flexion-rotation externe, et seuse chez l’enfant. L’os frontal est particuliè-
plus étroite avec l’extension-rotation interne. rement important à cause de son influence
Cela ne doit pas être confondu avec les varia- sur le viscérocrâne suspendu au-dessous de
tions ethniques des formes faciales. Chez un lui. De manière anecdotique, la restriction de
individu dont la face est large à cause de son l’os frontal est associée aux comportements
ascendance, une flexion-rotation externe du difficiles de l’enfant. Les tests d’écoute et les
crâne résultera en une face qui est déjà plus procédures de normalisation indirecte
large. Seule la palpation pour la fonction per- s’enchaînent pour traiter toute dysfonction
met au praticien de reconnaître ces diffé- de l’os frontal.
rences.
Repérer la ligne médiane du visage qui Cavité orbitaire et œil
consiste en la suture métopique, le nez et la Observer les orbites osseuses, leur taille et leur
symphyse mentonnière. Ces structures doi- symétrie. Noter si leur schéma correspond au
vent être alignées sur une ligne droite. Une schéma du crâne. Une orbite plus large est le
courbure de cette ligne, avec la face relative- reflet d’une flexion-rotation externe. Lorsque
ment plus petite du côté de la concavité, indi- le crâne du sujet est aussi plus large, l’orbite
Examen du patient 179

osseuse est ajustée au modèle global du crâne, Nez


et la SSB devrait être testée pour éliminer une Regarder la taille, la forme et la position du
dysfonction à son niveau. Si le schéma de nez. Observer l’alignement de la crête nasale
l’orbite n’est pas ajusté au schéma global du avec la ligne médiane de l’os frontal. Puis,
crâne, examiner les os constituant l’orbite observer l’alignement des différentes parties
pour trouver une dysfonction. du nez : les os nasaux, les cartilages nasaux
Regarder les yeux, noter toute différence de latéraux et la pointe du nez. Évaluer les deux
taille, de forme et de position. Observer la narines et comparer leurs taille, forme et posi-
symétrie et la qualité des mouvements oculai- tion. La déviation du nez vers un côté est
res. Noter la position neutre de repos de cha- souvent accompagnée d’une asymétrie de la
que œil, et toute tendance à dévier de l’ali- taille des narines. Le site de la dysfonction
gnement oculaire bilatéral. Examiner les responsable de la déviation doit être identifié.
extrémités médiales des bords supraorbitaires Il peut être externe au niveau de la suture
du frontal et comparer leur symétrie. Ces frontonasale, ou de l’articulation entre les os
structures sont localisées juste en avant de la nasaux et les cartilages latéraux, ou bien
trochlée du muscle oblique supérieur. Une n’impliquer que la pointe du nez. Il peut être
dysfonction de l’os frontal affectant cette interne et impliquer des structures plus pro-
zone affecte aussi la fonction de ce muscle. fondes dans le viscérocrâne, y compris le car-
Évaluer les pommettes, leur position et leur tilage septal, le vomer ou la lame perpendicu-
proéminence. La proéminence de la pom- laire de l’ethmoïde. La zone entre la base de la
mette reflète une rotation interne de l’os columelle et le philtrum reflète la position du
zygomatique. Le bord orbitaire de l’os zygo- septum nasal, et devrait être conforme au reste
matique est éversé dans la rotation externe et du nez. Palper très délicatement la pointe du
inversé dans la rotation interne ; alors que le nez avec un doigt. Le soulever dans la ligne
bord postéro-inférieur de l’os zygomatique est médiane et noter l’aisance avec laquelle cela
inversé dans la rotation externe et éversé dans est possible. Observer la position du septum
la rotation interne. Toute dysfonction de l’os nasal pendant cette manœuvre. Laisser le nez
zygomatique affecte le muscle droit latéral et retourner à sa position originale et, très douce-
l’équilibre des muscles extraoculaires. Exami- ment, essayer de déplacer latéralement la
ner ensuite les fosses temporales pour obser- pointe vers la gauche et la droite, en notant
ver la position des grandes ailes du sphénoïde. l’asymétrie du mouvement. La déviation du
Une fosse qui est plus haute ou plus basse, septum nasal résulte en des perturbations du
profonde ou pleine renseigne sur la position flux aérien et du drainage mucociliaire.
de la grande aile du sphénoïde de ce côté. Le nez doit aussi être observé dans le
Demander à l’enfant de fermer les yeux, et contexte de sa fonction, pendant la respira-
noter l’obliquité des lignes de cils. Ces lignes tion. Cela est particulièrement important
peuvent refléter la position de la grande aile chez les enfants parce que la respiration
du sphénoïde ipsilatéral. nasale est un facteur dynamique de la crois-
Les informations obtenues par l’observa- sance du viscérocrâne. Évaluer la voie respira-
tion doivent être vérifiées par la palpation toire, nasale ou buccale. Si l’enfant est respira-
pour la fonction. Utiliser les tests d’écoute teur buccal, déterminer si cela est ponctuel ou
pour confirmer la présence éventuelle de dys- chronique. Si la respiration est nasale, noter
fonction somatique à traiter selon les princi- les asymétries dans l’ouverture et dans la
pes indirects. Après avoir normalisé les dys- fonction des narines ainsi que des ailes du nez
fonctions des os sphénoïde et frontaux, traiter pendant le cycle respiratoire. Noter la pré-
les dysfonctions des autres os constituant la sence de sécrétions nasales ou de croûtes bila-
cavité orbitaire. térales ou unilatérales. Si elles sont unila-
180 Ostéopathie pédiatrique

térales, demander au parent si cela est schéma fonctionnel des maxillaires, alors que
chroniquement du même côté. la lèvre inférieure reflète la mandibule. Noter
L’ouverture narinaire et le passage du flux l’alignement des lèvres et leur rapport l’une à
aérien peuvent être évalués en demandant à l’autre. Quand la mandibule est rapprochée
l’enfant de participer à des « jeux » respiratoi- des maxillaires, les lèvres doivent être en
res. Le thérapeute ou l’enfant comprime dou- contact sans pincement, rétraction ni proémi-
cement la narine du côté opposé à celui de nence, et sans tension des muscles périoraux.
l’évaluation. La force compressive doit être Regarder le menton. Noter la contraction des
suffisante pour occlure la narine, mais insuffi- muscles mentonniers. Rechercher la présence
sante pour déplacer le septum nasal. Deman- de cicatrices sur le menton, indiquant une
der à l’enfant de respirer par le côté libre, puis chute ou un coup, source potentielle de dys-
répéter le test de l’autre côté. L’exécution de fonction pour la SSB, l’articulation temporo-
ce test ne doit causer aucune gêne, et le flux mandibulaire et/ou de dysfonction d’exten-
aérien doit démontrer la même aisance des sion de la charnière occipitocervicale.
deux côtés. La force de ce flux peut être éva- Comparer la profondeur et l’obliquité des
luée en tenant quelques fibres d’un morceau sillons nasolabiaux. Une augmentation de
de coton sous le nez de l’enfant pour observer leur profondeur indique une rotation externe
leur déplacement pendant l’expiration. ipsilatérale du maxillaire et/ou de l’os zygo-
L’enfant peut aussi expirer par le nez sur un matique, alors qu’une diminution est associée
miroir refroidi tenu en dessous des narines. à la rotation interne. Observer le philtrum,
L’asymétrie du flux nasal expiratoire est obser- qui est le sillon situé au-dessus de la lèvre
vée dans la condensation résultante. supérieure, et ses berges. L’orientation des
L’observation décrite ci-dessus doit être sillons nasolabiaux tout comme celle des ber-
confirmée par les tests d’écoute. L’obstruction ges du philtrum suit le schéma des maxillai-
fonctionnelle nasale peut être la conséquence res. Plus ces repères s’horizontalisent, plus la
de dysfonctions crâniennes somatiques com- rotation externe est probable ; plus ils se ver-
prenant la torsion ou le sidebending de la SSB. ticalisent, plus la rotation est interne. La
Elle peut aussi résulter de dysfonctions affec- majorité des enfants démontrent quelque
tant l’os frontal, comme la rotation interne degré d’asymétrie, avec un maxillaire en rota-
unilatérale qui réduit la largeur de l’incisure tion externe et l’autre en rotation interne. Du
ethmoïdale ou la dysfonction de la suture côté de la rotation externe, le maxillaire sem-
fronto-ethmoïdale. Finalement, l’obstruction ble plus large, le palais plus bas et aplati, et les
fonctionnelle nasale peut être la conséquence dents présentent une vestibuloversion. Tandis
de dysfonctions des os du nez, avec le plus que du côté de la rotation interne, le maxil-
souvent une dysfonction des os nasaux au laire apparaît plus étroit, le palais plus haut et
niveau de la suture frontonasale, de l’eth- ogival, et les dents présentent une linguover-
moïde et du vomer, limités dans leurs rap- sion.
ports entre eux ou avec le sphénoïde. Les dys-
Observer la position de la mandibule.
fonctions identifiées peuvent être traitées
Noter l’alignement de la symphyse menton-
avec les procédures indirectes. Toute dysfonc-
nière avec le reste de la face sus-jacente, et
tion du basicrâne doit être traitée ; cela est
l’encoche suprasternale sous-jacente. Si la
suivi du traitement des dysfonctions du fron-
ligne médiane de la mandibule n’est pas ali-
tal, puis du viscérocrâne.
gnée avec les maxillaires, comparer la taille et
la forme de chaque moitié mandibulaire. Une
Maxillaires et cavité orale asymétrie de taille ou de forme peut être la
Observer la symétrie et la tonicité de la bou- conséquence d’une dysfonction mandibulaire
che et des lèvres. La lèvre supérieure reflète le intraosseuse, ou d’une fonction orofaciale
Examen du patient 181

asymétrique, comme la mastication unilaté- se situer sur le palais dur, en arrière des incisi-
rale. Cela peut résulter aussi d’une malocclu- ves supérieures. Une déglutition immature est
sion. Typiquement, l’asymétrie de position présente quand, à chaque déglutition, la
résulte de l’asymétrie des os temporaux. La pointe de la langue passe entre les dents supé-
rotation externe de l’os temporal est associée rieures et inférieures. De ce fait, chaque fois
au déplacement postérieur de la fosse mandi- que l’enfant déglutit, une pression est appli-
bulaire du temporal, où le condyle mandibu- quée sur les incisives, favorisant le développe-
laire s’articule. La rotation interne de l’os tem- ment d’un surplomb incisif. Une déglutition
poral résulte en un déplacement antérieur de toujours immature après l’âge de 5 ans néces-
la fosse mandibulaire. De ce fait, le menton site une rééducation.
est déplacé vers le côté de la rotation externe Avec l’enfant toujours bouche ouverte,
du temporal. observer le développement dentaire. Deman-
Évaluer la position et la fonction de la lan- der au sujet de serrer les dents et observer
gue. Demander à l’enfant d’ouvrir la bouche. l’occlusion dentaire. Les lignes séparant les
Observer la position de la langue dans la incisives supérieures et inférieures doivent
cavité orale. La langue doit être contenue être alignées. Les incisives supérieures doivent
dans l’arcade mandibulaire, et ne doit pas déborder légèrement en avant des incisives
recouvrir les dents inférieures. Demander à inférieures, et les molaires supérieures doivent
l’enfant de tirer légèrement la langue et noter reposer sur les molaires inférieures. Noter la
la présence d’empreintes dentaires sur les malocclusion ou les défauts d’alignement,
bords latéraux de la langue, indiquant une de même que la présence d’encombrement
malposition linguale et/ou une malocclusion dentaire. Un encombrement dentaire peut
dentaire. Rechercher les déviations de la lan- être associé à une dysfonction crânienne
gue, ou la limitation de ses mouvements. Exa- d’extension-rotation interne. Un encombre-
miner la longueur du frein lingual. Pour ce ment asymétrique suit la rotation interne ipsi-
faire, si l’enfant est assez grand, lui demander latérale. Cela peut être associé à une respira-
de toucher les incisives supérieures avec la tion nasale plus difficile de ce côté et/ou à une
pointe de la langue. Si l’enfant est plus jeune, mastication dysfonctionnelle.
l’encourager à sourire et à rire, et profiter des Les tests d’écoute et le traitement des
moments où la langue est soulevée pour maxillaires et de la mandibule suivent. Les
observer la surface ventrale de la langue. Un dysfonctions orofaciales impliquant les maxil-
frein trop court amarre la langue sur le plan- laires et la mandibule sont fréquemment asso-
cher buccal et interfère avec les mouvements ciées à une dysfonction de la base crânienne
et la position de la langue. Dès lors, les risques et de la charnière craniocervicale, qui doit
de respiration buccale et de malocclusion aussi être considérée.
dentaire sont potentiellement accrus. Les
enfants avec une posture linguale dysfonc-
tionnelle démontrent souvent une tonicité Examen de l’adolescent
diminuée et une éversion de la lèvre infé- Les principes d’examen de l’enfant, comme
rieure. décrits précédemment, peuvent s’appliquer à
Observer la déglutition de l’enfant, et l’adolescent, bien que ces patients soient pro-
noter, si possible, l’action des muscles lin- gressivement de plus en plus comme les adul-
guaux et périoraux. On peut demander aux tes. La croissance et la maturation de leur
plus grands enfants de décrire l’emplacement système musculosquelettique font qu’ils sont
de la pointe de leur langue pendant la déglu- moins malléables que les nourrissons et les
tition. Normalement, vers 4 à 5 ans, la déglu- jeunes enfants, bien que toujours plus flexi-
tition est mature, et la pointe de la langue doit bles que les adultes. Leur capacité de com-
182 Ostéopathie pédiatrique

prendre et de coopérer pendant l’examen et le doit se projeter sur un point au sol équidistant
traitement ressemble davantage à celle de des deux talons. Évaluer la position de la tête,
l’adulte. Pour autant, c’est une période sou- les articulations sternoclaviculaires, les clavi-
vent associée à une grande tension psycholo- cules, les articulations acromioclaviculaires,
gique, où l’individu cherche à s’identifier et à les processus coracoïdes, les plis axillaires
définir son rôle dans la société. L’évaluation antérieurs, le contour thoracique, les flancs,
du comportement de l’adolescent dans le les crêtes iliaques, les EIAS, les malléoles
contexte émotionnel (humeur, amour-propre, médiale et latérale, et les arches plantaires.
rapports, comportements) et le développe- L’asymétrie de ces structures peut être en rap-
ment cognitif (travail à l’école, planification port avec le motif de la consultation ou peut
de l’avenir) est importante [14]. C’est aussi représenter une dysfonction résultant d’une
une période de changements physiques qui blessure oubliée et qui est maintenant respon-
les rendent particulièrement sensibles à leur sable d’une dysfonction secondaire (figure
corps. De ce fait, le praticien doit être très 5.16).
respectueux de ce qui est dit et de la façon Se placer sur le côté du patient, et noter les
dont il examine l’adolescent. Ces patients courbures AP de la colonne vertébrale. Une
cherchent progressivement à contrôler leurs diminution de la lordose et de la cyphose
propres vies. Pour cette raison, les conseils vertébrales est associée à une flexion craniosa-
thérapeutiques doivent être plus dirigés à leur crale et à une inspiration crânienne, alors
attention qu’à celle des parents, comme c’est qu’une augmentation des courbures est asso-
le cas pour les bébés et les enfants. Comme ciée à une extension craniosacrale et à une
avec les enfants, il est important de leur expli- expiration crânienne. Noter si toutes les cour-
quer ce qui est fait et pourquoi cela est fait. bures vertébrales suivent un modèle global,
La séquence suivante est organisée dans un ou si les changements dans les courbures AP
but descriptif. La pratique clinique nécessite sont localisés sur une partie isolée de la
que la réalisation de l’examen et du traite- colonne. Observer l’alignement du méat
ment soit fluide. Le motif de la consultation et acoustique externe, du milieu de l’épaule, du
la variabilité des patients déterminent la grand trochanter, du condyle latéral du
séquence adaptée à chaque individu. genou, et de la malléole latérale. Ces points de
repère doivent être alignés sur une même
Observation et palpation ligne.
en position debout Observer le patient de dos, regarder l’ali-
gnement des structures médianes : la protubé-
Noter le comportement et le langage du corps rance occipitale (inion), les processus épi-
du patient. Une posture est l’expression d’un neux, le pli interfessier. Comme précédem-
état psychologique, mais les bases de la pos- ment, ces repères doivent être alignés, et la
ture sont déterminées par la mécanique du ligne qui les relie doit se projeter sur un point
corps. au sol équidistant des deux talons. Regarder la
De face, de dos et de côté, observer la pos- ligne inférieure d’implantation des cheveux
ture, en observant les asymétries et la trans- qui reflète la position de l’occiput et du basi-
mission des lignes de force de la gravité. crâne. Bien souvent, des dysfonctions somati-
En étant placé devant le sujet, regarder ques crânienne ou cervicale supérieure sont
l’alignement de la ligne médiane : mandibule, présentes depuis la naissance, avec typique-
symphyse mentonnière, larynx et trachée, ment un schéma de sidebending et de rota-
encoche suprasternale, processus xyphoïde, tion dans des directions opposées de l’occiput
ombilic et symphyse pubienne. Ces structures sur l’atlas. Observer la position des différents
doivent être alignées, et la ligne qui les relie points de repère, les oreilles, les processus
Examen du patient 183

xité des courbures latérales vertébrales mineu-


res et de la gibbosité dans les scolioses (cour-
bure > 10°).
Enchaîner avec la palpation et les tests
d’écoute. Ces tests sont particulièrement
intéressants pendant l’évaluation posturale
debout, car de nombreuses dysfonctions
somatiques présentes dans le squelette axial
résultent de l’adaptation du corps à la gravité,
et dans la position verticale liée à l’hominisa-
tion. Les tests d’écoute peuvent être appliqués
de partout. Pour autant, lorsqu’ils sont appli-
qués sur le pelvis d’un patient en position
debout, ils fournissent des informations
quant aux accommodations pelviennes aux
forces sus- et sous-jacentes.
En étant placé derrière le sujet, placer les
pouces sur les EIPS, et les mains bilatérale-
ment sur les crêtes iliaques (figure 5.18). Pal-
per le MRP. Idéalement, les deux os iliaques
doivent chacun démontrer une rotation
externe et une rotation interne libres, avec des
composantes de mouvement dans chacun des
trois plans de l’espace. En plus, une sensation
d’unité de la ceinture pelvienne doit préva-
loir, où les deux os iliaques suivent d’une
manière synchrone le MRP biphasique.
Pour autant, en raison du modèle asymétri-
que établi par la posture fœtale et les forces de
Figure 5.16. Observer la symétrie la naissance, ou à la suite d’une dysfonction
des repères anatomiques. Noter le valgus vertébrale survenant pendant l’enfance, la
du genou et le pied plat à droite. sensation perçue dans ce test est un mouve-
ment de torsion de l’ensemble du pelvis. Un
os iliaque se déplace plus facilement dans la
mastoïdes, les plis axillaires postérieurs, les rotation externe et revient pour démontrer
acromions, les angles inférieurs des scapulas, une phase de rotation interne moins mar-
le contour du torse, les crêtes iliaques et les quée. Simultanément, l’autre os iliaque se
épines iliaques postérosupérieures (EIPS) déplace facilement dans la rotation interne,
(figure 5.17). Observer aussi tous les signes avec une phase de rotation externe moins
cutanés, l’hyperhémie, les changements de la marquée. Il faut remarquer à ce stade que la
pigmentation, les pétéchies et les manifesta- sensation d’unité dans le mouvement de la
tions acnéiques, souvent visibles au niveau ceinture pelvienne est toujours présente [15],
d’une dysfonction somatique des régions tho- c’est-à-dire la sensation que, lorsqu’un os ilia-
racique supérieure et lombosacrale. Deman- que se déplace, l’autre côté bouge aussi en
der au sujet de se pencher en avant. Recher- synchronisme, bien qu’en sens inverse. Habi-
cher des proéminences paravertébrales tuellement, ce schéma asymétrique est le
asymétriques, trouvées du côté de la conve- résultat d’une dysfonction dans le squelette
184 Ostéopathie pédiatrique

Figure 5.18. Test d’écoute pelvien.

dysfonction primaire ; la sensation perçue


reflète une accommodation à une dysfonc-
tion sus-jacente. En règle générale, plus
grande est la sensation de torsion, plus basse
est localisée la dysfonction dans le squelette
axial [16].
En revanche, si la sensation d’unité dans la
ceinture pelvienne est absente, avec l’impres-
sion que les deux os iliaques se déplacent sans
synchronisme, la dysfonction est dans les
membres inférieurs, os du bassin ou articula-
tions sacro-iliaques inclus [15].
Les schémas de torsion pelvienne ordinai-
rement rencontrés chez les adultes ont sou-
vent leur origine dans l’enfance ou plus tôt.
Bien que fréquemment douloureux chez les
adultes, ils le sont rarement chez les enfants et
les adolescents, à moins que ces schémas fon-
Figure 5.17. Observer la symétrie
damentaux soient compliqués par des surme-
des repères anatomiques. Noter l’inégalité nages articulaires, des traumatismes, ou des
de longueur des membres inférieurs réflexes viscérosomatiques.
et l’inclinaison pelvienne. L’organisation structurale du corps est éta-
blie précocement. Les asymétries de structure
axial sus-jacent, y compris la base crânienne. peuvent être normalisées avant cette phase,
Le pelvis n’est pas, dans ce cas, le site de la en parallèle à la normalisation de la fonction.
Examen du patient 185

Plus tard, la structure répond progressivement verses et des angles des côtes. Vérifier l’aligne-
moins bien au traitement, et l’objectif est ment des processus épineux, comparer les
alors de normaliser essentiellement la fonc- espaces interépineux, et chercher les irrégulari-
tion. tés. Les tests d’écoute peuvent alors, si néces-
Les adolescents démontrent des schémas saire, être suivis des tests de grande amplitude
dysfonctionnels qui, progressivement et de articulaire de ces régions. Traiter les dysfonc-
plus en plus, ressemblent à ceux des adultes, tions somatiques vertébrales identifiées.
exigeant que le traitement soit concentré sur
l’équilibre de la fonction. Pour autant, la Observation et palpation
croissance musculosquelettique et le dévelop-
de la ceinture pelvienne
pement ne sont pas totalement complets, et il
est donc approprié d’essayer d’équilibrer la et des membres inférieurs
structure comme la fonction. De plus, un trai- Dans la position de décubitus, évaluer la lon-
tement efficace qui rétablit l’équilibre fonc- gueur des jambes. S’assurer que le patient soit
tionnel améliore l’impact de l’activité physi- allongé correctement sur la table d’examen.
que sur le développement structurel de Saisir les deux pieds avec les mains de telle
l’adolescent. La réponse musculosquelettique façon que les talons du patient reposent dans
réflexe à la proprioception peut encore être vos paumes. Comparer les niveaux des mal-
modelée. L’instauration de bonnes habitudes léoles médiales. Avec des petites inégalités de
posturales et d’un équilibre myofascial fonc- longueur, cette méthode ne permet pas de
tionnel, avant que les schémas adultes ne différencier efficacement les différences de
soient définitivement intégrés, est un inves- longueur de jambe fonctionnelles et anatomi-
tissement pour l’avenir. ques. Une inégalité de 1,5 cm, ou plus, est
Avec le sujet en position debout, les tests considérée comme significative et comme un
d’écoute peuvent être employés pour évaluer facteur de risque pour une déviation posturale
la réponse de la colonne aux forces de la gra- comme la scoliose. L’évaluation clinique des
vité. Avec l’expérience, les tests d’écoute four- différences de longueur de jambe est contro-
nissent aussi des informations relatives au sta- versée et, si une différence est soupçonnée,
tut fonctionnel de chaque segment vertébral. une évaluation radiologique peut être
Palper avec l’index et le médius de chaque conseillée [17]. Typiquement, les plus petites
côté du processus épineux de la vertèbre éva- différences de longueur de jambe, bien que
luée, tout en visualisant l’ensemble de la ver- produisant un déséquilibre fonctionnel, ne
tèbre et ses articulations avec les segments résultent en des symptômes cliniques que
adjacents. Écouter la motilité inhérente du beaucoup plus tard dans la vie [18]. L’impact
MRP dans ce segment, identifier s’il se déplace fonctionnel de ces inégalités relativement
plus facilement dans la flexion ou l’extension, mineures ne doit cependant pas être négligé.
en inclinaison droite ou gauche, et en rota- Les extrémités inférieures peuvent être exa-
tion droite ou gauche. minées dans la position de décubitus. Utiliser
Si nécessaire, l’examen de la colonne peut se les tests d’écoute pour évaluer la motilité
continuer avec le patient en position assise. inhérente du MRP dans les différents os.
Cela permet au sujet de se relâcher davantage, Comme tous les os pairs, ils démontrent indi-
sans l’interférence des membres inférieurs, viduellement une rotation externe et interne
comme tel est le cas avec une inégalité de lon- biphasique.
gueur de jambe. Rechercher un changement Le mouvement des os du pied est com-
dans la texture tissulaire au niveau lombal et plexe, et démontre une combinaison de mou-
thoracique, au niveau des processus épineux, vement dans les trois plans de l’espace. Typi-
et latéralement au niveau des processus trans- quement, il consiste en une composante
186 Ostéopathie pédiatrique

majeure avec deux composantes mineures, cette position, l’adolescent peut voir ce que le
tout autant importantes ; l’ensemble ressem- praticien fait. Cela permet une interaction
ble à une inversion du pied dans la rotation verbale, et donne au patient une impression
externe craniosacrale et à une éversion pen- de contrôle, ce qui lui permet d’être plus relâ-
dant la rotation interne craniosacrale. ché.
Appliquer les tests d’écoute sur les os des En fait, les dysfonctions somatiques des
pieds. Identifier la restriction dysfonction- régions lombale, sacrale et pelvienne chez
nelle dans les composantes majeures de rota- l’adolescent ne doivent pas être négligées
tion externe ou interne, et dans les compo- même quand il n’y a pas de douleur associée.
santes mineures d’adduction et de supination La croissance rapide et les changements phy-
ou d’abduction et de pronation. Procéder aux siologiques qui se produisent dans cette tran-
tests de grande amplitude si nécessaire, et trai- che d’âge rendent les adolescents vulnérables.
ter les dysfonctions en utilisant les principes Les dysfonctions lombopelviennes résultent
indirects. souvent des activités athlétiques ou, parado-
Avec les tests d’écoute, évaluer la motilité xalement, du manque d’activité physique.
du MRP dans les os longs qui démontrent une Chez les filles, la menstruation peut survenir
rotation externe et interne craniosacrale avec des irrégularités menstruelles et des dou-
autour de leur axe long. Écouter le mouve- leurs associées à des dysfonctions somatiques
ment entre le tibia et la fibula à la recherche lombale, sacrale et pelvienne. Les réflexes vis-
de dysfonctions dans les articulations proxi- cérosomatique et somatoviscéral associés jus-
male ou distale. Évaluer le glissement posté- tifient un traitement ostéopathique. En
rieur ou antérieur de l’extrémité proximale de l’absence de traitement, les dysfonctions lom-
la fibula par rapport au tibia, qui doit être bale, sacrale et pelvienne chez l’adolescent
associé à un mouvement opposé de sa partie sont le terrain propice au développement des
distale. Écouter les mouvements du genou, maux du bas du dos chez l’adulte.
évaluer le tibia par rapport au fémur dans la
rotation externe ou interne, l’abduction ou Observation et palpation
adduction, le glissement latéral ou médial. Si
nécessaire, utiliser les tests de grande ampli-
de la région thoracoabdominale
tude. Selon les principes indirects, traiter les Observer la cage thoracique, et l’aisance avec
dysfonctions. Dans la plupart des problèmes laquelle le sujet respire. Noter la symétrie et la
du genou ou du pied, la fibula doit être le coordination du mouvement respiratoire
premier os à considérer. Fréquemment, les entre la cage thoracique et l’abdomen. La res-
douleurs du genou proviennent de dysfonc- piration diaphragmatique doit être libre, avec
tion de la cheville sous-jacente ou de la han- une alternance coordonnée entre l’ascension
che ou bassin sus-jacents. L’examen d’une et la descente de l’abdomen pendant l’inspira-
douleur de l’extrémité inférieure doit inclure tion et l’expiration pulmonaires. Une dys-
l’évaluation de la posture du patient et ne pas fonction diaphragmatique restreint la liberté
se limiter à la zone douloureuse. de ces mouvements comme cela est décrit
L’évaluation du bassin peut être complétée dans le paragraphe « Examen de l’enfant ».
dans la position de décubitus. Les dysfonc- Une dysfonction diaphragmatique peut
tions des articulations sacro-iliaques peuvent survenir comme une dysfonction primaire du
être testées et traitées avec les procédures indi- diaphragme. Cela peut aussi être le résultat
rectes, comme elles sont décrites dans le cha- d’une dysfonction de la partie inférieure de la
pitre 6. La charnière lombosacrale et les vertè- cage thoracique, de la colonne lombale ou des
bres lombales peuvent aussi être évaluées et os temporaux. Les dysfonctions des côtes infé-
traitées dans cette position. En plus, dans rieures (6 à 12) peuvent affecter le diaphragme
Examen du patient 187

au niveau de ses insertions, et ces côtes peu- l’ombilic ou au-dessus reflète l’état fonction-
vent être dysfonctionnelles à la suite de dys- nel de la colonne lombale. La déviation de
fonctions vertébrales thoraciques inférieures. cette ligne médiane peut indiquer une dys-
De plus, une dysfonction de la colonne lom- fonction lombale somatique au même niveau
bale affecte le diaphragme par son impact sur transversal. Palper la paroi abdominale et le
les piliers diaphragmatiques ; inversement, contenu de l’abdomen. Employer les tests
une dysfonction diaphragmatique contribue d’écoute pour évaluer la tonicité et la symétrie
à la raideur de la colonne vertébrale lombale des composantes myofasciales de l’abdomen.
supérieure. Ajoutons la dysfonction des os Écouter la motilité inhérente de l’abdomen
temporaux qui affecte le MRP et le dia- globalement, puis des différents viscères. Les
phragme crânien, ce qui peut secondairement zones où la motilité est restreinte peuvent être
limiter l’amplitude de l’excursion du dia- traitées.
phragme thoracoabdominal. Enfin, une dys-
fonction somatique de la colonne cervicale Observation et palpation
moyenne peut aussi affecter la fonction de la colonne cervicale
diaphragmatique par ses rapports avec le nerf L’observation diagnostique, la palpation et le
phrénique. traitement de la région cervicale doivent être
Palper la cage thoracique ; chercher les dys- réalisés avant de traiter les dysfonctions
fonctions costales en inspiration ou en expira- crâniennes. Typiquement, une dysfonction
tion. Évaluer le sternum, les articulations ster- somatique cervicale, qui résulte en douleur
nocostales, et traiter toute dysfonction, en du cou et/ou mal de tête, est fréquente chez
employant les principes indirects. Écouter le les patients adolescents. Cela peut résulter
diaphragme, comparer ses différentes parties, d’une tension posturale chronique, comme
noter les différences dans la tension et la les postures prises en étudiant ou devant
liberté de mouvement entre les deux côtés, l’ordinateur, ou bien d’une blessure athléti-
comparer de même les parties postérieures et que. Les dysfonctions somatiques sont fré-
antérieures. Normaliser la ou les dysfonc- quemment trouvées dans la région cervicale
tion(s) diaphragmatique(s) présente(s). supérieure et au niveau de la charnière cra-
Observer le contour abdominal et son niocervicale.
mouvement pendant la respiration. Le con- Cette région est le plus facilement exami-
tour et le mouvement doivent être réguliers et née chez les adolescents dans une position de
symétriques. Noter le tonus musculaire de la décubitus. Observer la position de la tête.
paroi abdominale : abdomen ferme et plat Noter la présence d’inclinaison et de rotation.
chez l’adolescent athlétique, ou inversement, La combinaison d’inclinaison et de rotation
présence de tissu cellulograisseux et hypoto- dans des directions opposées est conforme à
nicité de la musculature abdominale. Dans ce une dysfonction occipitoatloïdienne, alors
cas, discuter diététique et exercice, en insis- que l’inclinaison et la rotation dans la même
tant sur le fait que les bonnes habitudes de direction sont associées à une dysfonction des
l’adolescence posent les bases de la santé chez vertèbres cervicales typiques ou thoraciques
l’adulte. supérieures. Les dysfonctions myofasciales
Observer l’emplacement de l’ombilic qui des muscles sternocléidomastoïdiens ou scalè-
doit être centré. Une déviation peut indiquer nes peuvent être aussi présentes.
une dysfonction intra-abdominale ou une Rechercher les différences dans la qualité
dysfonction somatique au niveau de la des tissus superficiels et profonds. Évaluer les
colonne lombale moyenne. Chez les garçons, tensions myofasciales. La palpation diagnosti-
plus rarement chez les filles, la ligne des poils que de la colonne cervicale, particulièrement
ou duvet qui s’étend des poils pubiens jusqu’à sa région supérieure, exige une grande préci-
188 Ostéopathie pédiatrique

sion palpatoire. En examinant l’occiput et d’un crâne morphologiquement plus large ou


l’atlas, les mouvements introduits sont trop plus étroit, mais dans lequel le mouvement
souvent transmis au niveau de C3 ou plus bas est libre.
à cause du manque de précision et de l’utilisa- La plupart du temps, la palpation est faite
tion de force et d’amplitude trop grandes. avec le patient en décubitus et le thérapeute
En évaluant le mouvement occipitoatloï- assis à la tête de la table. Observer l’asymétrie
dien, il est nécessaire de visualiser l’emplace- du crâne. Puis, avec les tests d’écoute et la
ment des condyles occipitaux. Avec les mains visualisation, évaluer la SSB. Comparer le
sous l’occiput, les condyles ne sont pas loca- schéma identifié dans le crâne avec celui du
lisés caudalement par rapport aux pointes reste du corps. L’observation et la palpation
des doigts, mais plutôt antérieurement. La de l’adolescent sont en grande partie similai-
même précision palpatoire est exigée dans res à ce qui est décrit dans le paragraphe
l’examen de l’atlas. Les pointes des processus « Examen de l’enfant ». Seuls les points pré-
transverses de l’atlas sont palpables, environ sentant un intérêt particulier sont discutés
1 cm au-dessous et en avant du sommet des ci-après. Le tableau 5.1 présente un résumé
processus mastoïdes. Les processus transver- des caractéristiques principales de l’observa-
ses de l’atlas peuvent être à peine palpables tion.
chez les jeunes patients et sont extrêmement Tout le crâne, y compris les membranes,
sensibles. Cela exige une grande délicatesse est impliqué dans le schéma de flexion-exten-
dans le toucher. Le reste de la colonne cervi- sion, et de torsion ou de sidebending-
cale doit être évalué avec le même niveau de rotation. Chez les adolescents, la SSB com-
sensibilité. Utiliser les méthodes indirectes mence à s’ossifier, et les mouvements
pour traiter les dysfonctions somatiques peuvent donc sembler moins importants que
identifiées. chez les jeunes enfants. La compliance
osseuse est normalement toujours présente.
Observation et palpation Les mouvements perçus reflètent à la fois le
du neurocrâne mouvement disponible au niveau de la SSB et
ceux dictés par les schémas des membranes
Commencer en observant la forme globale de crâniennes. Dans les tests d’écoute, essayer de
la tête. Différents types crâniens peuvent être discerner la couche osseuse du crâne et la
définis par l’index céphalique obtenu en mul- couche membraneuse des membranes dura-
tipliant le diamètre transverse maximal par les. Évaluer toute restriction de mobilité et
100 et en divisant le total par le diamètre toute asymétrie dans la tension des membra-
sagittal maximal : nes.
Diamètre transverse × 100/diamètre sagit- Il est facile de commettre l’erreur de palper
tal = index céphalique le mouvement superficiel et de supposer que
Le type brachycéphalique, avec une tête ce qui est perçu est le mouvement de la SSB. Il
large, a un index > 80, et le type dolicho- faut se souvenir que les points de contact sur
céphalique avec une tête allongée a un index le sphénoïde et l’occiput sont sur des os d’ori-
< 75. gine membraneuse, capables de rester flexi-
La flexion crânienne produit une aug- bles longtemps après que le cartilage de la SSB
mentation de la largeur du crâne qui donne s’est ossifié (entre 8 et 25 ans) [5,19–23]. Il est
une apparence de brachycéphalie, alors que essentiel de se souvenir de cela en évaluant le
l’extension diminue la largeur du crâne, avec sphénoïde. La première sensation dans la pal-
une apparence de dolichocéphalie. Seuls les pation du sphénoïde est celle des grandes
tests de mobilité peuvent différencier une dys- ailes ; ce qui est senti est le mouvement des
fonction avec restriction du mouvement, grandes ailes, et pas nécessairement le mouve-
Examen du patient 189

Tableau 5.1
Observation des points de repère
Points de repère Rotation externe Rotation interne Remarques
Voûte Basse Proéminente
Suture sagittale Effacée Saillante
Front Large Étroit, plus vertical
Bosse frontale Effacée Marquée
Sillon supranasal Lisse Creusé
Sillon frontal Large Étroit Reflète la position
transverse du sphénoïde
Sourcil Long Convexe, court
Orbite Large Petite Diamètre orbitaire :
de l’angle supéromédial
à l’angle inférolatéral
Bulbe oculaire Saillant Enfoncé
Narine Ouverte Fermée Des antécédents
traumatiques peuvent être
en cause
Sillon nasiolabial Creusé Lisse
Pommette Effacée Marquée
Palais Large, bas Étroit, ogival Possibilité de dysfonction
intraosseuse maxillaire
Incisives Séparées Rapprochées
supérieures
Molaires Vestibuloversion Linguoversion
Mandibule Déplacée Déplacée Rotation interne bilatérale
de ce côté du côté opposé des temporaux
= protrusion mandibulaire
Oreille Décollée Plaquée

ment du corps sphénoïdal. Une fois encore, sente. Le diagnostic et le traitement sont par
une bonne visualisation de l’anatomie est conséquent plus dirigés vers les dysfonctions
indispensable pour se projeter mentalement interosseuses, y compris les sutures occipito-
au niveau de la SSB (figure 5.19). mastoïdiennes et pétro-occipitales, et les syn-
Après la palpation pour la fonction de la chondroses sphénopétreuses. Fréquemment,
SSB, évaluer les autres articulations de la base la suture occipitomastoïdienne est en dys-
crânienne. À l’adolescence, toutes les syn- fonction après un traumatisme occipital
chondroses intraosseuses des os occipital, comme lors d’une chute en arrière sur la tête.
temporal et sphénoïde sont ossifiées, mais la Le patient peut présenter une restriction de la
compliance osseuse doit toujours être pré- mobilité cervicale, avec des céphalées, des ver-
190 Ostéopathie pédiatrique

tal sont associées aux difficultés scolaires et


aux problèmes de comportement. Les dys-
fonctions du frontal jouent aussi un rôle pri-
mordial dans les déséquilibres du viscéro-
crâne.
Traiter les dysfonctions identifiées dans la
SSB, la base crânienne, la voûte et les membra-
nes durales. De telles dysfonctions peuvent
affecter le neurocrâne, le viscérocrâne et, par
le core-link, le reste du corps. Le traitement du
crâne peut aussi relâcher les tensions des
membranes durales intraspinales. Cela peut
être utile dans le traitement des scolioses, lors-
que les membranes intraspinales sont sous
Figure 5.19. La palpation pour la fonction contrainte. Pour autant, le traitement des sco-
du sphénoïde est réalisée à partir d’un lioses doit aussi comporter le traitement de la
contact sur les grandes ailes ; la visualisation colonne vertébrale, et la pratique d’exercices
du corps sphénoïdal permet de compléter appropriés.
cette évaluation.
Observation et palpation
du viscérocrâne
tiges ou, parfois, une dysfonction vagale en
raison des contraintes possibles sur le nerf Les caractéristiques faciales comme celles de
vague dans le foramen jugulaire. la base crânienne sont déterminées par les
facteurs génétiques. Le développement de la
Des perceptions incohérentes peuvent être face, cependant, est aussi fortement influencé
obtenues dans la palpation de l’os temporal, si par les facteurs épigénétiques. Citons, parmi
le praticien ne se rend pas compte que la ces facteurs, les fonctions musculaires des
partie mastoïdienne suit l’occiput pendant sphères orale, respiratoire et visuelle. Ainsi, la
que la partie squameuse est significativement face et le viscérocrâne sont une manifestation
influencée par le sphénoïde. Une dysfonction de l’impact fonctionnel des structures myo-
intraosseuse au niveau de la suture pétrosqua- fasciales.
meuse produite prénatalement ou dans la pre-
Observer l’expression faciale de l’adoles-
mière enfance peut aussi être responsable de
cent. Ses expressions faciales les plus habituel-
dysharmonie. Dans ce cas, les composantes
les sont inscrites dans les tissus mous faciaux.
mineures du mouvement des parties squa-
Cette empreinte est l’ébauche du futur mas-
meuses et pétreuses de l’os temporal donnent
que de l’adulte. En fait, l’état émotionnel du
la sensation de déplacements opposés.
sujet devient progressivement et de plus en
Comme toujours, la solution réside dans la
plus imprimé dans la structure faciale. Les
visualisation de l’anatomie.
émotions négatives et les tensions de la vie
Évaluer le rapport entre la base et la voûte. tendent à inscrire un schéma de rotation
Palper les sutures sagittale, lambdoïde et coro- interne dans les tissus mous, alors que les
nale pour la structure et la fonction, et identi- événements émotionnels positifs et un envi-
fier les restrictions de mouvement. Évaluer la ronnement confortable participent à la pro-
compliance intraosseuse de l’os frontal. Éva- duction d’un schéma de rotation externe.
luer le rapport entre le frontal, les os sphé- Habituellement, un adolescent très sûr de lui
noïde et pariétaux. Les dysfonctions du fron- démontre une apparence de rotation externe
Examen du patient 191

avec des yeux grand ouverts, et une bouche Références


large et souriante. Ces observations sont
1 Sutherland WG. Contributions of thought. Fort
conformes à ce qui est observé dans le corps
Worth, TX : Sutherland Cranial Teaching Founda-
au repos, mais sont plus évidentes au niveau tion, Inc. ; 1998. p. 1.
des tissus mous de la face. La face nous permet 2 Nelson KE, Sergueef N, Glonek T. Recording the
de communiquer avec le monde. Le statut de rate of the cranial rhythmic impulse. J Am Osteo-
cette communication peut être évalué dans path Assoc 2006 ; 106 (6) : 337-41.
les marques ou sillons entourant les structures 3 Nelson KE. The primary respiratory mechanism.
sensorielles que sont les yeux, la bouche et le AAO Journal 2002 ; 12 (4) : 25-34.
4 Baum JD, Searls D. Head shape and size of pre-term
nez, véritables interfaces entre le monde exté-
low-birth-weight infants. Dev Med Child Neurol
rieur et le monde intérieur de chaque indi- 1971 ; 13 : 576-81.
vidu. 5 Williams PL, ed. Gray’s Anatomy. 38th ed.
Les fonctions orofaciales affectent aussi les Edinburgh : Churchill Livingstone ; 1995.
structures de la face, et le milieu extérieur joue 6 Glass RB, Fernbach SK, Norton KI, Choi PS, Naidich
TP. The infant skull : a vault of information. Radio-
un rôle dans le développement de ces fonc-
graphics 2004 ; 24 (2) : 507-22.
tions. Un sujet qui habite dans un environne-
7 Amiel-Tison C, Gosselin J, Infante-Rivard C. Head
ment humide présente une structure nasale growth and cranial assessment at neurological exa-
différente de celle d’une personne vivant dans mination in infancy. Dev Med Child Neurol 2002 ;
un environnement sec [24]. L’effet de la fonc- 44 (9) : 643-8.
tion sur la structure peut aussi être observé 8 Huang MH, Gruss JS, Clarren SK. The differential
chez l’adolescent respirateur buccal chroni- diagnosis of posterior plagiocephaly : true lamb-
doid synostosis versus positional molding. Plast
que qui démontre un hypodéveloppement
Reconstr Surg 1996 ; 98 (5) : 765-74.
des cavités nasales. En fait, toutes les expé-
9 Mulliken JB, Vander Woude DL, Hansen M, LaBrie
riences émotionnelles et physiques façonnent RA, Scott RM. Analysis of posterior plagiocephaly :
les structures faciales de l’individu. deformational versus synostotic. Plast Reconstr
La suite de l’examen du viscérocrâne de Surg 1999 ; 103 (2) : 371-80.
l’adolescent est essentiellement la même que 10 David DJ, Menard RM. Occipital plagiocephaly. Br J
Plast Surg 2000 ; 53 (5) : 367-77.
celle décrite dans le paragraphe « Examen de
11 Oommen A. A study of the normal position of
l’enfant ». Faire attention aux os zygomati- auricle in neonates. Clin Anat 1997 ; 10 (1) : 19-21.
ques, une zone de la face fréquemment trau- 12 Still AT. Philosophy of Osteopathy. Kirskville, MO :
matisée. Les motifs de consultation les plus A.T. Still ; 1899. p. 16. Reprinted, Indianapolis, IN :
fréquents chez les adolescents incluent les American Academy of Osteopathy ; 1971.
rhinites et sinusites ainsi que les problèmes de 13 Volpon JB. Footprint analysis during the growth
malocclusion. Le traitement ostéopathique period. J Pediatr Orthop 1994 ; 14 (1) : 83-5.
peut être employé pour traiter la douleur, la 14 Algranati PS. Effect of developmental status on the
approach to physical examination. Pediatr Clin
fonction et la structure. Les principes indi- North Am 1998 ; 45 (1) : 1-23.
rects sont parfaitement appropriés pour trai- 15 Sergueef N. L’Odyssée de l’iliaque. Paris : Spek ; 1985.
ter les dysfonctions du viscérocrâne chez 16 Sergueef N. Normaliser la colonne sans « manipu-
l’adolescent. Le traitement est très similaire à lation vertébrale ». Paris : Spek ; 1994.
celui de l’enfant, à la différence que les sché- 17 Brady RJ, Dean JB, Skinner TM, Gross MT. Limb
mas structuraux sont plus installés et donc length inequality : clinical implications for assess-
moins influençables. De fait, le traitement de ment and intervention. J Orthop Sports Phys Ther
2003 ; 33 (5) : 221-34.
l’adolescent, comme celui de l’adulte, est plus
18 Nelson KE. The Management of low back pain.
efficace pour traiter la douleur et la fonction. AAO Journal 1999 ; 9 (1) : 33-9.
Tenter de modifier la structure devient pro- 19 Irwin GL. Roentgen determination of the time of
gressivement moins facile, au fur et à mesure closure of the spheno-occipital synchondrosis.
que le sujet vieillit. Radiology 1960 ; 75 : 450-3.
192 Ostéopathie pédiatrique

20 Madeline LA, Elster AD. Suture closure in the 23 Okamoto K, Ito J, Tokiguchi S, Furusawa T. High-
human chondrocranium : CT assessment. Radio- resolution CT findings in the development of
logy 1995 ; 196 (3) : 747-56. spheno-occipital synchondrosis. Am J Neuroradiol
21 Mann SS, Naidich TP, Towbin RB, Doundoulakis SH. 1996 ; 17 (1) : 117-20.
Imaging of postnatal maturation of the skull base.
Neuroimaging Clin N Am 2000 ; 10 (1) : 1-21, vii. 24 Irmak MK, Korkmaz A, Erogul O. Selective brain
22 Melsen B. Time of closure of the spheno-occipital cooling seems to be a mechanism leading to
synchondrosis determined on dry skulls. A radio- human craniofacial diversity observed in different
graphic craniometric study. Acta Odontol Scand geographical regions. Med Hypotheses 2004 ; 63
1969 ; 27 (1) : 73-90. (6) : 974-9.
Chapitre 6

Traitement du patient

Les grands principes


Normalisation des membranes intracrâniennes et intraspinales
Procédures myofasciales
Procédures de modelage
Procédures de la synchondrose sphénobasilaire
Procédures occipitales
Procédures sphénoïdales
Procédures temporales
Procédure frontale
Procédures de la voûte
Procédures faciales
Procédures pelviennes
Procédures vertébrales
Procédures appendiculaires
Procédures viscérales
Procédure diaphragmatique
Amplification de l’impulsion rythmique crânienne (IRC)
Traitement du patient 195

Chapitre 6

Traitement du patient

Listen through the hands, not with the hands. Les principes fondamentaux de l’ostéopa-
R.E. Becker [1] thie peuvent être résumés de la façon sui-
vante.
(Écoutez au travers des mains, non pas avec
les mains.) – Le corps est une unité. Toute dysfonction de
n’importe quelle région du corps impacte
les autres régions par des interactions mem-
braneuses, myofasciales, articulaires, osseu-
Les grands principes ses, neurologiques et vasculaires, et par le
Les procédures décrites ci-après sont destinées mécanisme respiratoire primaire (MRP). Par
aux ostéopathes, pour leur présenter un conséquent, le traitement ostéopathique
ensemble de techniques qui peuvent être des dysfonctions somatiques affecte le
employées pour traiter les bébés, les enfants et corps entier.
les adolescents. Ces procédures suivent les – Le corps a la capacité de s’autoréguler. C’est
principes fondamentaux de l’ostéopathie clas- l’homéostasie, qui est le maintien d’un
sique, et comme toujours, sont fondées sur la équilibre physiologique résultant d’un état
connaissance de l’anatomie. Selon Still, « an dynamique d’équilibre entre différentes
osteopath reasons from his knowledge of ana- fonctions interdépendantes du corps. La
tomy. He compares the work of the abnormal body dysfonction somatique altère ce méca-
with the work of the normal body » [2] (« un nisme.
ostéopathe raisonne à partir de sa connais- – La structure détermine la fonction et est
sance de l’anatomie. Il compare la fonction influencée par la fonction. La dysfonction,
d’un corps anormal avec celle d’un corps nor- qui est un obstacle à la fonction normale,
mal »). résulte au fil du temps en une structure
Ces procédures doivent être considérées anormale. La particularité du traitement des
comme une trame à partir de laquelle chacun bébés et des jeunes enfants est que cette
peut développer sa propre pratique. On se structure présente chez eux une grande rési-
doit d’insister sur le fait que l’ostéopathie est lience et peut par conséquent être affectée
le traitement du malade et non pas d’une par les procédures ostéopathiques. Toute-
pathologie. Dès lors, considérer ces procédu- fois, lorsque le sujet grandit, le potentiel de
res seulement comme une liste de recettes modification de la structure diminue pro-
pour le traitement des troubles qui affectent gressivement.
les bébés, les enfants et les adolescents est Le corps a la capacité inhérente de s’auto-
insuffisant. Pour les employer efficacement, le guérir, laquelle peut être altérée par l’incapa-
diagnostic précis du schéma dysfonctionnel cité de compenser le vieillissement, la maladie
du patient doit être formulé au préalable. et la dysfonction somatique. La progression

© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.


Ostéopathie pédiatrique
196 Ostéopathie pédiatrique

de temps est permanente, alors que la maladie par une conscience rapide qui offre un moyen
peut être plus ou moins traitée par les moyens efficace de diagnostic. Les tests d’écoute per-
médicaux standard, et la dysfonction somati- mettent une identification rapide de la dys-
que normalisée par le traitement ostéopathi- fonction, avec un respect total du patient. Le
que. Le traitement efficace de la dysfonction plus souvent, ils sont exécutés dans la posi-
somatique, par la capacité inhérente du corps tion de confort du sujet, et comme le toucher
de s’autoguérir, facilite les traitements médi- le plus léger possible est employé, les bébés et
caux standard de la maladie. les enfants ne sont pas dérangés, ce qui
Dès lors, l’objectif de la pratique ostéopa- confère de gros atouts à ces procédures.
thique est d’identifier et de traiter les dysfonc- Il y a autant de méthodes pour traiter un
tions somatiques aux niveaux fluidique, patient qu’il y a d’ostéopathes, et les prati-
membraneux, myofascial, ligamentaire, intra- ciens expérimentés ont régulièrement d’excel-
et interosseux, et viscéral pour améliorer de lents résultats. De ce fait, aucune catégorie de
cette façon la capacité du corps de rétablir et procédures thérapeutiques ne devrait être
maintenir l’état de santé. considérée comme une panacée. De multiples
L’identification de la dysfonction somati- formes de traitement peuvent être employées
que est le résultat de l’observation, de la pal- pour traiter les bébés, les enfants et les adoles-
pation pour la structure et de la palpation cents. Elles couvrent un spectre large, depuis
pour la fonction. La palpation pour la fonc- les techniques articulaires énergiques aux pro-
tion est également sous-divisée en tests de cédures crâniennes indirectes. Les méthodes
mobilité et en tests d’écoute. La maîtrise des plus agressives peuvent être employées en
tests d’écoute fournit souvent suffisamment traitant les adultes et jusqu’à un certain point
d’information, éliminant le besoin d’autres les adolescents les plus grands. En revanche,
tests de mobilité. Pour employer efficacement les procédures plus légères se prêtent parfaite-
l’écoute par le toucher, le praticien doit être ment au traitement de tous : les bébés, les
attentif au MRP et à la motilité inhérente des enfants et les adolescents.
tissus, telle qu’elle est exprimée dans la struc- En fait, toutes les procédures de traitement
ture examinée. Chaque structure du corps manipulatif peuvent être classifiées en techni-
manifeste le mouvement biphasique du MRP. ques directes, indirectes ou combinées. Les
La flexion-rotation externe et l’extension- sous-groupes existent mais les grands princi-
rotation interne sont respectivement conco- pes restent les mêmes. L’objectif d’une mani-
mitantes avec les phases d’inspiration et pulation est l’amélioration de la dysfonction
d’expiration du MRP. En présence d’une dys- somatique. Un identifiant numérique est assi-
fonction somatique, la symétrie et la puis- gné au diagnostic de la dysfonction somati-
sance de ce phénomène biphasique sont alté- que (739) dans la Classification internationale
rées. Cela résulte en une motilité diminuée, des maladies (International Classification of
ou restriction, dans une phase du mécanisme, Diseases [ICD] 9) [3]. La classification est sous-
et la sensation d’équilibre qui est normale- divisée, selon la région anatomique où la
ment perçue entre les deux phases glisse vers dysfonction est diagnostiquée, avec les dys-
la phase la plus libre. fonctions somatiques crânienne 739,0, cervi-
Écouter pour percevoir la dysfonction dans cale 739,1, thoracique 739,2, lombale 739,3,
le MRP, de sa fréquence et de sa puissance sacrale/pelvienne 739,4, iliaque/pelvienne
dans une structure donnée, ou entre des struc- 739,5, des membres inférieurs 739,6, des
tures, nécessite d’être attentif pour obtenir membres supérieurs 739,7, des côtes 739,8 et
l’information désirée. Puis, lorsque le prati- de l’abdomen/autre 739,9. La dysfonction
cien maîtrise cet art de l’écoute, le temps et la somatique est presque universellement iden-
patience nécessaires au novice sont remplacés tifiée dans le contexte d’une gêne dans le
Traitement du patient 197

mouvement normal de la structure dysfonc- niveau palpatoire, cela se traduit par un « still
tionnelle. La restriction du mouvement qui point » ou « point calme », la cessation tempo-
en résulte peut être traitée par l’utilisation de raire du mouvement rythmique du MRP, mais
procédures directes, indirectes ou combinées. la suite de la réponse du MRP, normalement
Les procédures directes déplacent la struc- d’une profonde intensité, est dans ce cas res-
ture dysfonctionnelle dans la direction vers treinte. Pour les très jeunes enfants, qui ne
laquelle le mouvement est limité, avec peuvent pas être instruits de respirer profon-
l’intention de dépasser cette restriction. Les dément, le praticien doit être patient, et
procédures indirectes éloignent la structure quand ce « point calme » est atteint, attendre
dysfonctionnelle de la restriction. Le plus sou- la réponse du MRP. Un « point calme » ne doit
vent, en traitant les bébés, les enfants et les jamais être maintenu ou contraint. Cela est
adolescents, l’usage de procédures indirectes contraire aux principes des traitements indi-
est plus approprié. Dans ces techniques, par- rects.
fois aussi nommées fonctionnelles ou senso- La perception des mouvements peut être
rielles, l’opérateur accompagne la structure améliorée en employant une visualisation de
dysfonctionnelle et l’éloigne de la restriction la zone anatomique traitée, et en faisant
jusqu’à un point d’équilibre. Cet équilibre est attention aux couches anatomiques, depuis
obtenu en recherchant par l’écoute la direc- les mouvements et tensions les plus superfi-
tion des mouvements les plus libres, puis en ciels de la peau, jusqu’aux mouvements des
accompagnant dans les plages d’aisance ces structures les plus profondes. Le contact pal-
composantes majeures et mineures du mou- patoire est toujours léger, en harmonie avec
vement. Cela conduit à un point d’équilibre les principes indirects ; la fermeté du toucher
où, souvent, une coopération respiratoire pul- est dictée par la profondeur de la dysfonction
monaire spontanée se produit. Normalement, traitée. On retiendra que l’objectif du traite-
après cette séquence, la structure normalisée ment doit être l’optimisation de la qualité, de
est libre dans toutes les directions des mouve- la puissance et de la fluidité du mouvement,
ments majeurs et mineurs, et la motilité inhé- plus que de sa quantité.
rente du MRP est optimisée. De surcroît, chez les bébés et les enfants, la
Typiquement, la respiration pulmonaire se flexibilité des tissus résulte en des schémas de
déroule à une fréquence légèrement plus mouvement, qui sont potentiellement très
grande que celle du MRP. Lorsque les procédu- fluides à la palpation. De la sorte, la descrip-
res indirectes sont employées en harmonie tion d’axes de mouvement autour desquels se
avec le MRP, une relaxation du patient sur- déplacent les os est une construction artifi-
vient. Il en résulte une diminution de la fré- cielle utilisée pour la communication. Les
quence respiratoire, qui se rapproche alors de modèles décrits dans ce texte sont des descrip-
celle du MRP. La mise en phase de ces deux tions globales de schémas dysfonctionnels. Ils
rythmes indépendants résulte en un entraîne- sont destinés à fournir au praticien un modèle
ment qui est fréquemment annoncé par un avec lequel il peut interpréter ses observa-
profond soupir du patient. Chez les sujets tions. Dans la pratique, il est important de
plus âgés, cela peut être intentionnellement suivre le schéma que présente le patient, et
accompli, en leur demandant de respirer len- non pas de tenter d’entraîner le patient dans
tement et profondément à un point stratégi- quelque modèle préconçu. L’utilisation des
que du traitement. C’est le cas lorsque, après tests d’écoute et des procédures de traitement
avoir suivi les mouvements les plus libres indirect nécessite que le praticien ait
dans les composantes majeures et mineures, confiance en ses perceptions.
un point d’équilibre est atteint, mais les tissus L’ostéopathie crânienne s’intéresse à tout
ne sont pas pour autant prêts à se relâcher. Au le corps, et non seulement au crâne et au
198 Ostéopathie pédiatrique

sacrum. La dysfonction crânienne est tout rience harmonieuse pour toutes les personnes
autant associée au schéma fonctionnel du impliquées, et l’enfant, dans la mesure du
corps que la dysfonction du corps peut être possible, ne devrait pas pleurer. Parfois, pleu-
associée au schéma crânien. Pour cette raison, rer est décrit comme une forme de coopéra-
et en accord avec les principes indirects, le tion respiratoire dans le traitement manipula-
patient doit avoir la possibilité de se placer tif, mais cela ne doit être en aucune façon une
dans une position facilitant l’aisance et la excuse pour rester insensible à l’enfant. Essen-
détente totale. Il doit aussi pouvoir se reposi- tiellement, dans chaque cas, le traitement
tionner spontanément, si cela est nécessaire peut être accompli avec succès sans faire pleu-
dans le cours du traitement. Ce principe peut rer l’enfant.
être facilement observé en traitant les bébés et Pour employer efficacement les procédures
les jeunes enfants qui, contrairement aux de traitement indirect, le praticien doit aussi
adultes, ne s’installent pas consciemment être détendu et à l’aise. Il devrait être assis sur
dans une position supposée appropriée pour un tabouret avec une hauteur ajustable et des
le traitement. Tout au contraire, ils se dépla- roulettes, ce qui permet facilement de chan-
cent au fil du traitement et les relations entre ger de position. Les mains doivent être relâ-
les diverses parties du corps sont facilement chées et chaudes. Les doigts s’adaptent au
apparentes. contour des zones traitées. Toute tension des
Traiter tout le corps signifie que toutes les doigts inhibe la perception des informations
pièces anatomiques impliquées, les membra- proprioceptives des articulations interphalan-
nes, les ligaments, les fascias, les muscles, les giennes et métacarpophalangiennes, néces-
os, les articulations et les viscères, tout autant saires pour suivre le MRP et la réponse du
que le MRP doivent être pris en compte pen- patient au déroulement du traitement.
dant le traitement. Les traitements manipula- L’attention palpatoire doit être bilatérale. Il
tifs utilisant le modèle crânien affectent le est facile de se concentrer sur les données
patient par leur effet sur l’anatomie et la phy- proprioceptives de la main dominante. De
siologie de la région. De surcroît, ils entraî- plus, le placement de la main ne doit pas être
nent une réponse globale par leur action sur le limité à la position du contact initial ou à
système nerveux autonome (SNA). Tout trai- celui conseillé par la description d’une techni-
tement qui influence le MRP influence le que formelle. Le praticien doit se sentir libre
SNA. Dès lors, les forces biodynamiques inhé- de changer la position de sa main selon la
rentes à l’individu sont sollicitées, encoura- réponse de la zone traitée.
geant une autorégulation globale, tout autant Une variation dans le traitement par une
que locale, à savoir le niveau précis de la dys- approche indirecte est l’application de pom-
fonction considérée. page et de modelage. Cette modalité est parti-
Pour le traitement des bébés et des jeunes culièrement indiquée pour les dysfonctions
enfants, il peut être plus efficace de les laisser intraosseuses et chroniques. Cela consiste à
dans les bras de leur mère ou de leur père, ou suivre les mouvements majeurs et mineurs les
dans le cas d’enfants un peu plus grands, de plus libres dans les plages d’aisance de la zone
les asseoir en face de jouets pour les mettre à dysfonctionnelle, au rythme biphasique du
l’aise. Afin de suivre les principes indirects, MRP. Puis, après la phase d’aisance dans le
l’enfant doit être en confiance et accepter le mouvement, lors du temps respiratoire pri-
toucher du praticien. Il est important de se maire qui correspond à la restriction, on
rendre compte que si l’enfant se sent bien, les incite très doucement le mouvement en asso-
parents le seront aussi, ce qui, en retour, ren- ciation avec le MRP dans la direction de la
force le confort de l’enfant. La recherche de restriction, puis on retourne dans l’aisance et
l’équilibre fonctionnel devrait être une expé- ainsi de suite, réalisant un pompage tissulaire
Traitement du patient 199

de la zone traitée. Cela n’est pas au sens pur Dans ce cas, on commence plutôt par des
une procédure directe, car la barrière imposée procédures de relâchement myofascial global
par la dysfonction n’est jamais engagée. Le pour faciliter la détente, pour progresser
pompage se produit dans l’aisance, mais uti- ensuite sur des interventions plus spécifiques.
lise le rythme et la puissance du MRP pour Souvent, il est utile de traiter les zones qui
normaliser la restriction dysfonctionnelle. entourent la région dysfonctionnelle pour
L’opérateur continue ce pompage jusqu’au obtenir une détente.
point de relâchement. Cette procédure est très Il est conseillé de commencer par le traite-
efficace quand les mouvements mineurs et le ment du bassin et de la colonne vertébrale,
MRP sont employés spécifiquement, conjoin- particulièrement des parties thoracique et cer-
tement avec les mouvements majeurs plus vicale supérieures, avant de commencer le
facilement identifiables. traitement du crâne. L’utilisation des procé-
Les techniques de modelage peuvent être dures et des principes indirects s’applique par-
appliquées pour normaliser les dysfonctions faitement au traitement des nourrissons, des
intraosseuses d’un os. Elles consistent en la enfants et des adolescents. Dès lors, lors-
normalisation des parties de l’os qui consti- qu’une zone en dysfonction somatique ré-
tuent la dysfonction, conformément aux siste, il est préférable de ne pas insister, mais
principes des techniques indirectes et des plutôt d’essayer de traiter les zones sus- et
pompages décrits ci-dessus. Très souvent, les sous-jacentes, ou tout autre dysfonction à dis-
deux procédures sont associées, définies alors tance, puis de revenir sur la zone initiale.
comme « pompage-modelage ».
En traitant le crâne, commencer par nor-
Par les tests d’écoute, les sites de plus
maliser les déséquilibres de tension membra-
grande restriction peuvent être identifiés.
neuse, puis la base crânienne, avec une atten-
Cela doit être traité en premier. Mais souvent,
tion spécifique pour la synchondrose sphéno-
les thérapeutes moins expérimentés sont
basilaire (SSB). Lorsque les membranes et la
incertains sur la zone par où commencer et
SSB sont normalisées, traiter toute dysfonc-
apprécient les protocoles de traitement. De
tion interosseuse entre l’occiput, le sphénoïde
telles recettes ont une valeur limitée parce que
et les os temporaux, à moins de rencontrer
deux malades ne sont pas identiques, même
une résistance à ce traitement comme évoqué
s’ils partagent la même anatomie. Par consé-
ci-dessus. Puis, traiter les dysfonctions intra-
quent, des protocoles de traitement, au sens
osseuses de l’occiput, des os temporaux et, si
large, peuvent être identifiés, mais ils doivent
le sujet est assez jeune, du sphénoïde.
seulement être utilisés comme des modèles
imparfaits, et l’application d’un traitement Si les symptômes sont en rapport avec une
doit toujours d’abord prendre en considéra- dysfonction du viscérocrâne, normaliser les
tion les variations individuelles du patient. rapports entre les os sphénoïde et frontal, et
Commencer le traitement par la zone entre les os frontal et du viscérocrâne. Les
ayant motivé la consultation peut sembler dysfonctions de l’articulation temporomandi-
indiqué, sans oublier toutefois que le pro- bulaire (ATM) peuvent être traitées après la
blème peut être secondaire à une dysfonction normalisation de la base crânienne et une
adjacente ou à distance. Pour autant, chez les attention particulière aux os temporaux.
nourrissons et les jeunes enfants, s’il existe La durée du traitement est toujours dictée
une douleur, il est préférable de ne pas com- par la réponse du patient. Lorsque la réponse
mencer par cette zone. Il est important de survient, il est conseillé de s’arrêter, même si
créer un climat de confiance, et commencer la cette réponse n’est pas la résolution complète
rencontre avec ces patients en manipulant de la dysfonction. Le praticien doit doser
une région douloureuse n’est pas judicieux. l’intervention et apprécier ce que les tissus
200 Ostéopathie pédiatrique

peuvent accepter à cet instant ; si nécessaire,


une autre zone peut être normalisée.
Le placement des mains pour les procédu-
res décrites ci-après est le même que celui
employé pour le diagnostic avec les tests
d’écoute. Avec un peu d’expérience, ces posi-
tions de mains présentent l’avantage de pro-
céder dans la continuité au diagnostic et au
traitement. Bien que les procédures les plus
utiles soient décrites ci-après, les meilleures
techniques sont celles que le praticien crée
selon l’anatomie, le mouvement physiologi-
que, les dysfonctions du patient, et selon sa
propre condition et ses compétences techni-
ques. Le praticien doit avoir la capacité de Figure 6.1. Normalisation des membranes
s’adapter et d’être créatif. Aucune technique intracrâniennes avec la prise par la voûte.
ne peut être répétée identiquement d’un
patient à l’autre, ni souvent chez le même
sujet d’une visite à l’autre.
■ Procédure
Idéalement, un enfant devrait être norma-
Patient en décubitus (figure 6.1).
lisé au moment de la naissance. Cela suppose
de l’expérience, tout autant qu’une grande Praticien assis à la tête du patient pour une
patience et la capacité d’établir un contact prise par la voûte, ou sur le côté de la table
respectueux avec le bébé. La récompense est pour une prise fronto-occipitale.
que, chez les enfants, les réponses sont rapi- Pour la prise par la voûte, les pouces sont
des, et parfois avec des résultats qui pour- l’un sur l’autre au-dessus de la suture sagittale,
raient paraître miraculeux pour qui ne sans la toucher ; les mains contactent les par-
connaît pas les principes ostéopathiques de ties latérales du crâne, de telle sorte que la
traitement. pulpe des index soit sur le sommet des gran-
des ailes du sphénoïde, celle des médius sur
l’écaille du temporal en avant du méat acous-
Normalisation des membranes tique externe, celle des annulaires sur les os
temporaux en arrière du méat acoustique
intracrâniennes et intraspinales externe, et celle de l’auriculaire sur l’écaille de
l’occipital.
Normalisation des membranes Le contact du crâne se fait avec la pression
intracrâniennes la plus légère possible. Un placement de
mains confortable est indispensable pour la
Normalisation globale relaxation du patient. Cette condition facilite
la perception des impulsions rythmiques crâ-
■ Indications niennes.
L’équilibration des membranes intracrânien- Pour la prise fronto-occipitale, une main
nes fait partie de chaque traitement crânien, est placée transversalement sous l’occiput.
quelles que soient les autres procédures utili- L’autre main est placée sur le frontal du
sées. C’est souvent la première procédure crâ- patient, de telle façon que la pulpe du pouce
nienne à employer. Elle facilite le drainage des soit sur le sommet d’une des grandes ailes du
sinus veineux. sphénoïde, et la pulpe du médius sur le som-
Traitement du patient 201

met de l’autre. Chez les bébés et les jeunes


enfants, veiller à ne pas couvrir les yeux avec
la main frontale.
Visualiser les membranes, écouter et suivre
leur mouvement dans la direction de
l’aisance, en harmonie avec le MRP, jusqu’à ce
qu’un relâchement se produise. Fréquem-
ment à cet instant, une coopération respira-
toire spontanée survient, sous la forme d’une
profonde respiration. Si cela ne se produit pas
ou si le relâchement est incomplet, on peut
demander aux patients qui sont assez grands
pour suivre des instructions de respirer pro-
fondément, en prolongeant l’inspiration pour
faciliter le relâchement d’une dysfonction de
flexion-rotation externe, ou en prolongeant Figure 6.2. Normalisation de la tente
l’expiration pour une dysfonction d’exten- du cervelet par les os temporaux.
sion-rotation interne.

■ Remarques Visualiser la tente du cervelet, écouter, et en


Selon les besoins, les prises peuvent être harmonie avec le MRP, suivre les mouvements
modifiées au fur et à mesure du relâchement, des temporaux et de la tente du cervelet dans
pour toujours suivre les tensions membraneu- les directions de la plus grande aisance jusqu’à
ses et les mouvements mineurs de la dysfonc- obtenir un relâchement. Une coopération res-
tion. Quand le relâchement se produit, il piratoire peut être sollicitée. On demande au
s’accompagne d’une sensation de chaleur et patient d’inspirer profondément et de mainte-
de souplesse dans les tissus. Le relâchement nir l’inspiration pour faciliter le relâchement
complet des dysfonctions membraneuses du temporal en rotation externe ; l’expiration
nécessite la normalisation des dysfonctions facilite la rotation interne.
inter- et intraosseuses.

Normalisation de la tente du cervelet ■ Remarques


Les jeunes enfants peuvent ne pas apprécier
■ Indications cette procédure si le méat acoustique externe
Dysfonctions des os temporaux, des nerfs crâ- est obstrué ; dans ce cas, le praticien peut
niens III, IV, V, VI, drainage des sinus veineux, placer les médius juste en avant des méats.
normalisation de la loge hypophysaire.
Pendant cette procédure (figure 6.3), le pra-
■ Procédure ticien peut en plus contrôler le sphénoïde en
Patient en décubitus (figure 6.2). déplaçant les pouces pour contacter les faces
Praticien à la tête du patient, avec une prise latérales des grandes ailes. Cela permet de
temporale bilatérale : les pouces et les index focaliser l’attention sur les parties et les inser-
de part et d’autre des processus zygomatiques, tions antérieures de la tente du cervelet, en
les médius en contact avec les méats acousti- particulier le toit et les parois latérales du si-
ques externes, les annulaires sur les pointes nus caverneux, en rapport avec le sphénoïde.
des processus mastoïdes, et les auriculaires sur Le ligament pétrosphénoïdal peut aussi être
l’occiput en arrière de l’astérion. normalisé avec cette prise.
202 Ostéopathie pédiatrique

Figure 6.4. Normalisation de la faux


du cerveau.

■ Remarques
Cette procédure peut être associée à la norma-
lisation de la SSB. Elle est facilitée si les dys-
fonctions craniocervicales, cervicales et thora-
ciques sont normalisées, et si le patient est
Figure 6.3. Normalisation de la tente placé dans sa position de confort.
du cervelet par les os temporaux
et le sphénoïde. Normalisation
des membranes intraspinales
Normalisation de la faux du cerveau
■ Indications
■ Indications Harmonisation des trois diaphragmes : crâ-
Dysfonction de la SSB. Strains membraneux. nien, thoracoabdominal et pelvien. La nor-
Drainage des sinus longitudinaux. Dysfonc- malisation des membranes intraspinales fait
tions de l’os frontal et du viscérocrâne. partie de chaque traitement vertébral.

■ Procédure Procédure à un praticien


Patient en décubitus (figure 6.4).
Le praticien est assis à la tête de la table. Une ■ Procédure
main est placée transversalement sous l’occi- Patient en décubitus (figure 6.5).
put, et l’autre main sur le frontal, en direction Praticien assis à la tête du patient avec les
opposée. Faire une écoute. Visualiser la faux du deux mains placées confortablement sous
cerveau et suivre les mouvements perçus en l’occiput, de telle façon que la pulpe des
direction de la plus grande aisance. Les mains doigts contacte l’écaille de l’occipital juste
frontale et occipitale accompagnent les mou- au-dessous de la ligne nuchale supérieure.
vements respectifs du frontal et de l’occiput Pendant la palpation de l’occiput, visualiser
pour faciliter la normalisation de la faux. les insertions durales intracrâniennes et le
Traitement du patient 203

interne pour un schéma d’extension. Les sché-


mas de torsion et sidebending présentent d’un
côté une rotation externe, et de l’autre une
rotation interne. Cette procédure peut donc
être réalisée en demandant une dorsiflexion et
une rotation externe du côté de la rotation
externe, et une flexion plantaire et une rota-
tion interne de l’autre côté. À ce point, une
coopération respiratoire spontanée peut se pro-
duire sous la forme d’une profonde respiration.
Si ce n’est pas le cas, on peut demander au
patient d’inspirer profondément et de mainte-
nir l’inspiration pour faciliter la flexion, ou
d’expirer pour accroître l’extension.
Figure 6.5. Normalisation des membranes
intraspinales ; procédure à un praticien. Procédure à deux praticiens

■ Procédure
core-link, la continuité entre la dure-mère Patient en décubitus (figure 6.6).
intracrânienne et la dure-mère intraspinale, et Un praticien est assis à la tête du patient
ses relations avec le sacrum et le coccyx. Écou- comme décrit ci-dessus. L’autre praticien
ter et, tout en suivant le MRP, accompagner les estplacé à hauteur du bassin et place une
tissus dans la direction de la plus grande main sous le sacrum du patient, les doigts
aisance, jusqu’au point où une sensation dirigés céphaliquement vers la base du
d’équilibre est perçue. Cet équilibre peut être sacrum, le médius en direction du processus
facilité en demandant aux plus grands de faire épineux de L5. La pulpe de l’index et celle de
une dorsiflexion des pieds et/ou de placer les l’annulaire sont placées de part et d’autre sur
jambes en rotation externe pour faciliter la les articulations sacro-iliaques. Les deux pra-
flexion sacrale, et donc faciliter le relâchement ticiensemploient les principes indirects et
d’un schéma de flexion, ou de faire une flexion accompagnent les tissus jusqu’à ce qu’un
plantaire et/ou de placer les jambes en rotation relâchement se produise.

Figure 6.6. Normalisation des membranes intraspinales ; procédure à deux praticiens.


204 Ostéopathie pédiatrique

■ Remarques
Cette procédure permet une normalisation
craniosacrale très efficace, mais les deux prati-
ciens doivent coopérer. Avec l’expérience, il
est possible pour un praticien d’apprécier
l’effet exercé par l’autre praticien sur le méca-
nisme craniosacral.

En traitant les nourrissons, un seul prati-


cien peut exécuter cette procédure en plaçant
une main sous le sacrum et l’autre sous la tête
(figure 6.7). Le sujet peut être en décubitus sur
la table, ou sur les genoux du praticien. Cette
procédure peut être employée pour normaliser
les dysfonctions associées à la position fœtale.

Procédures myofasciales
Figure 6.7. Normalisation des membranes
Procédures myofasciales intraspinales chez les enfants.
des membres inférieurs
■ Procédure
Patient en décubitus (figure 6.8).
Procédure myofasciale globale
Praticien assis à côté du patient, du côté de
la dysfonction. Saisir le pied avec une main,
■ Indications de telle façon que le pouce soit sur la partie
Pieds qui tournent latéralement ou médiale- latérale du pied et les autres doigts sur la partie
ment, déformations des genoux en varus ou médiale. Placer l’autre main sur la crête ilia-
en valgus, syndromes rotuliens et marche sur que, avec le pouce sur l’épine iliaque antéro-
la pointe des pieds. supérieure (EIAS) et les doigts dirigés posté-

Figure 6.8. Procédure myofasciale globale du membre inférieur.


Traitement du patient 205

Figure 6.9. Procédure myofasciale segmentaire du membre inférieur.

rieurement. Faire une écoute et, avec le MRP,


accompagner les structures myofasciales de
Procédure myofasciale segmentaire
tout le membre inférieur dans leur position ■ Indications
d’aisance. Le plus souvent, cela correspond à
Torsions intraosseuses tibiale et fémorale.
un schéma de torsion sur l’axe long du mem-
Troubles de la marche, pieds qui tournent
bre inférieur, et nécessite le positionnement
latéralement ou médialement.
de la cheville, du genou et de la hanche pour
faciliter le relâchement. Les schémas myofas- ■ Procédure
ciaux impliquent l’ensemble du corps ; dès
Patient en décubitus (figure 6.9).
lors, il est aussi nécessaire de positionner tout
Praticien assis à côté du patient, du côté de
le corps dans une position de confort.
la dysfonction. Saisir avec les mains les extré-
■ Remarques mités proximale et distale du segment à trai-
ter, le plus souvent le tibia, occasionnelle-
La position de confort est le plus souvent la ment le fémur. Écouter et, avec le MRP,
position que les nourrissons et les enfants accompagner les structures myofasciales dans
prennent spontanément en s’installant sur la leur position d’aisance. Un schéma de torsion
table de traitement. Il est donc important de le long de l’axe long du segment se dessine le
ne pas tenter d’imposer une position précon- plus souvent. Attendre le relâchement.
çue à ces patients.
Cette procédure est la plus efficace Procédure myofasciale du pied
lorsqu’elle est employée chez les nourrissons
et les enfants. Chez les adolescents, la taille du ■ Indications
membre inférieur nécessite que la procédure Metatarsus adductus, pieds creux, pieds plats ,
soit faite en deux temps, ou par deux prati- marche sur la pointe des pieds, et chez les
ciens. adolescents, fasciite plantaire.
206 Ostéopathie pédiatrique

torsion, avec une rotation interne de l’extré-


mité distale du pied. Attendre le relâche-
ment.

Procédures myofasciales
des membres supérieurs

■ Indications
Atteintes du plexus brachial, préparation à la
normalisation des subluxations de la tête du
radius , crampes de l’écrivain.

■ Procédure
Figure 6.10. Procédure myofasciale du pied.
Patient en décubitus ou assis (figure 6.11).
Praticien assis à côté du patient, du côté de
la dysfonction. Saisir le poignet avec la main
■ Procédure caudale, de telle façon que le pouce soit sur les
Patient en décubitus (figure 6.10). extenseurs et les autres doigts sur les fléchis-
Praticien assis à côté du patient, du côté de seurs juste au-dessus du poignet. Placer la
la dysfonction et au niveau du pied. Saisir la main céphalique sur l’épaule, avec le pouce
partie distale du pied entre le pouce et les sur la clavicule et les doigts dirigés postérieu-
doigts d’une main et empaumer le talon avec rement. Faire une écoute et, avec le MRP,
l’autre main. Faire une écoute, et accompa- accompagner les structures myofasciales de
gner les structures myofasciales du pied dans tout le membre supérieur dans leur position
leur position d’aisance. C’est souvent une d’aisance. Un modèle de torsion le long de

Figure 6.11. Procédure myofasciale du membre supérieur.


Traitement du patient 207

du corps, toujours dans le sens de l’aisance


pour faciliter la détente. Attendre le relâche-
ment.

Procédure sterno-occipitale

■ Indications
Dysfonctions sternales. Torticolis. Troubles
respiratoires.

■ Procédure
Patient en décubitus (figure 6.13).
Praticien assis à la tête du patient, avec une
main empaumant l’occiput, et l’autre main
placée sur le sternum de telle sorte que la
Figure 6.12. Procédure occipitoscapulaire. paume soit sur le corps sternal et les doigts
dirigés caudalement. Faire une écoute et, en
l’axe long du membre est présent le plus sou- suivant le MRP, accompagner le sternum et
vent, ce qui peut nécessiter diverses combi- l’occiput dans leur position d’aisance. Une
naisons de positionnement du poignet, de coopération respiratoire spontanée sous la
l’avant-bras (pronation ou supination), du forme d’une profonde respiration indique une
coude et de l’épaule pour faciliter le relâche- mise en phase des rythmes respiratoires pul-
ment. Là encore, les schémas myofasciaux monaire et crânien. Si cela ne se produit pas,
sont des phénomènes impliquant l’ensemble ou si le relâchement est incomplet, on peut
du corps ; il est donc nécessaire de positionner demander au grand enfant d’inspirer profon-
le patient dans une position de confort. dément, et de maintenir l’inspiration pour
Attendre le relâchement. faciliter le relâchement d’un schéma dysfonc-
tionnel de flexion, ou d’expirer et de mainte-
Procédures myofasciales axiales nir l’expiration pour faciliter l’extension.

Procédure occipitoscapulaire Procédure sternosacrale


■ Indications ■ Indications
Tensions myofasciales trouvées en association Dysfonction diaphragmatique. Troubles diges-
avec les atteintes du plexus brachial, des torti- tifs.
colis ou des plagiocéphalies.
■ Procédure
■ Procédure Patient en décubitus (figure 6.14).
Patient en décubitus (figure 6.12). Praticien soit assis, soit debout, avec une
Praticien assis à la tête du patient avec une main sur le sternum et l’autre sous le sacrum,
main enveloppant l’occiput, et l’autre sur paume tournée vers le plafond, et les doigts
l’épaule. Les bébés peuvent être traités sur les dirigés céphaliquement vers la base du sa-
genoux du praticien. Faire une écoute et, crum, le médius en direction du processus
avec le MRP, accompagner les structures épineux de L5. L’index et l’annulaire sont pla-
myofasciales dans la position d’aisance. Il cés de chaque côté sur les articulations sacro-
peut être nécessaire de changer la position de iliaques. Faire une écoute et, en suivant le
l’épaule, ou de solliciter les autres régions MRP, accompagner le sternum et le sacrum
208 Ostéopathie pédiatrique

Figure 6.13. Procédure sterno-occipitale.

Figure 6.14. Procédure sternosacrale.

dans leur position de plus grande aisance, piration. Comme décrit dans la procédure
jusqu’à obtenir une coopération respiratoire précédente, le patient peut coopérer active-
spontanée, sous la forme d’une profonde ins- ment si nécessaire.
Traitement du patient 209

Figure 6.16. Procédure de modelage sacral.

■ Remarques
Figure 6.15. Procédure sternovertébrale. Une procédure similaire peut être employée
pour normaliser les relations myofasciales
entre la scapula et la colonne thoracique, en
■ Remarques plaçant une main sur la scapula et l’autre sur
La normalisation complète facilite le synchro- la colonne thoracique.
nisme des mouvements entre les différents
diaphragmes : crânien, thoracoabdominal et
pelvien. Procédures de modelage

Procédure sternovertébrale
Modelage sacral
■ Indications
■ Indications Dysfonctions somatiques intraosseuses sacra-
Tensions myofasciales trouvées en association les, facilitation du relâchement des membra-
avec les dysfonctions respiratoires et de la nes intraspinales, normalisation de la fonc-
cage thoracique. tion autonomique splanchnique pelvienne
dans le traitement des dysfonctions viscérales
■ Procédure comme l’énurésie, la constipation et les dys-
Patient en décubitus ou assis (figure 6.15). ménorrhées.
Praticien assis à côté du patient avec une
main sur le sternum, et l’autre en contact avec ■ Procédure
la colonne thoracique supérieure. Faire une Patient en décubitus (figure 6.16).
écoute et, avec le MRP, laisser les structures Praticien debout ou assis à côté du patient,
myofasciales thoraciques s’installer dans leur au niveau du bassin et du côté de la dysfonc-
position d’aisance. La plupart du temps, les tion. Placer une main sous le sacrum, la
fascias antérieurs et les fascias postérieurs ont paume tournée vers le haut et les doigts diri-
des déplacements en sens contraire. Attendre gés céphaliquement. Noter les mouvements
un relâchement. présents, flexion-extension craniosacrales,
210 Ostéopathie pédiatrique

torsion et/ou sidebending sacraux. Selon les


principes indirects, suivre les mouvements
perçus, accompagner le MRP et écouter la
motilité intraosseuse du sacrum pour identi-
fier les restrictions du mouvement. Accom-
pagner les mouvements majeurs et mineurs
du sacrum, et employer les forces inhérentes
du MRP pour réaliser un pompage doux de
la dysfonction intraosseuse et modeler le
sacrum.

■ Remarques
Cette procédure est très relaxante. Elle facilite
la fonction parasympathique et peut être
employée au début du traitement.
Figure 6.17. Procédure
Modelage occipital de modelage occipital.

■ Indications
Dysfonction somatique intraosseuse occipi- de faciliter le modelage de l’occiput. Ce
tale, comme c’est le cas dans les plagiocépha- modelage peut être employé seul ou en
lies. Facilite la normalisation des membranes association avec d’autres procédures, telles
dure-mériennes intracrâniennes et spinales. que la normalisation de la SSB. Comme dans
Participe à la normalisation de la fonction toutes les procédures, employer les forces
vagale du système autonome. inhérentes du MRP facilite le relâchement
tissulaire et, dans ce cas, le modelage intra-
■ Procédure osseux.
Patient en décubitus (figure 6.17).
Praticien assis à la tête du patient. Placer Modelage de la voûte
une main sous la tête du patient, paume tour-
née vers le haut et envelopper l’occiput. Noter ■ Indications
les schémas de flexion-extension crânienne,
torsion et/ou sidebending présents au niveau Dysfonctions somatiques intraosseuses des os
de l’occiput, et le rapport entre l’occiput et de la voûte : pariétaux, frontaux et écailles
l’atlas. Accompagner ces schémas selon les des os temporaux et occipital. Entre autres
principes indirects, ce qui en retour facilite choses, les dysfonctions intraosseuses parié-
l’écoute du MRP, permet d’évaluer la motilité tales sont associées aux troubles du sommeil
intraosseuse de l’occiput et d’identifier les res- et aux troubles cognitifs comme la dyslexie ;
trictions. Suivre les directions les plus libres et celles des frontaux aux troubles du comporte-
employer les forces inhérentes du MRP pour ment ; et celles des temporaux aux troubles
modeler tranquillement les dysfonctions occi- du langage.
pitales intraosseuses.
■ Procédure
■ Remarques Patient en décubitus (figure 6.18).
Les dysfonctions importantes de la base crâ- Praticien assis à la tête du patient. Placer la
nienne doivent d’abord être considérées, afin main dominante sur la partie de la voûte à
Traitement du patient 211

Figure 6.18. Procédure


de modelage de la voûte.

Figure 6.19. Prise fronto-occipitale.


modeler et l’autre main sur le crâne pour le
tenir d’une façon confortable. Noter les mou-
vements crâniens de flexion-rotation externe
et d’extension-rotation interne. En accord Prise fronto-occipitale
avec les principes indirects, accompagner ces
mouvements crâniens, écouter le MRP et éva- ■ Indications
luer la motilité intraosseuse du pariétal, des Dysfonction de la SSB. Tensions membra-
frontaux, et des écailles des os occipital ou neuses.
temporaux pour identifier les restrictions de
mouvement. Accompagner les mouvements ■ Procédure
les plus libres, et employer les forces inhéren- Patient en décubitus (figure 6.19).
tes du MRP pour modeler tranquillement l’os Praticien assis à la tête de la table, sur un
dysfonctionnel. côté. Placer une main transversalement sous
l’occiput, paume tournée vers le haut. Placer
l’autre main sur la partie antérieure du crâne
Procédures de la synchondrose du patient, de telle sorte que la pulpe du
sphénobasilaire pouce et du médius soit sur la partie supé-
rieure des grandes ailes du sphénoïde. Écou-
Les trois procédures qui suivent permettent de ter la SSB et déterminer le schéma dysfonc-
normaliser une dysfonction de la SSB. Cepen- tionnel. Utiliser les principes indirects et les
dant, les points de contact palpatoires sur le forces inhérentes du MRP pour normaliser ce
crâne sont à distance de la SSB. Par consé- qui est trouvé.
quent, il est facile de palper le mouvement Pour faciliter l’expression des forces inhé-
superficiel des membranes crâniennes et de rentes du MRP, il est parfois nécessaire
commettre l’erreur de penser que ce qui est d’introduire un pompage léger de la SSB.
perçu est le mouvement de la SSB. De ce fait, Pour cela, l’occiput et le sphénoïde doivent
la palpation superficielle du crâne doit être être accompagnés dans leurs positions de
associée à une connaissance minutieuse de plus grande aisance, tout en sollicitant déli-
l’anatomie concernée et à l’usage de la visua- catement et rythmiquement les mouvements
lisation pour interpréter le mouvement en de flexion-extension du MRP, jusqu’à ce
profondeur du crâne, ou le manque de mou- qu’un relâchement se produise. Cette appro-
vement de la SSB. che est surtout recommandée dans les dys-
212 Ostéopathie pédiatrique

fonctions chroniques de la SSB et la com-


pression.
La réponse peut être facilitée en plaçant le
patient dans une position de confort. Sou-
vent, la colonne cervicale du patient présente
une dysfonction d’extension qui doit être
normalisée avant la SSB. Si cela n’est pas pos-
sible, la région cervicothoracique doit être
placée dans la position d’aisance. De même, le
positionnement des structures caudales
accommode la position du sacrum et facilite
le relâchement.

■ Remarques
Figure 6.20. Prise par la voûte.
Le praticien peut placer la main droite ou
gauche sous l’occiput, et l’autre sur le sphé-
noïde. En fait, le confort du praticien et du
patient doit déterminer le choix de la posi- Prise par la voûte
tion. Cependant, chez le nourrisson, quand
la main qui palpe le sphénoïde est placée de ■ Indications
telle façon que la paume cache les yeux, cela Dysfonction de la SSB. Tensions membra-
est moins bien accepté. neuses.
En revanche, si la main qui palpe le sphé-
noïde est placée avec la paume sur le front du ■ Procédure
sujet, cela permet de contrôler aussi le sphé- Patient en décubitus (figure 6.20).
noïde par l’intermédiaire de l’os frontal. Il
Praticien assis à la tête du patient. Contac-
faut se souvenir que les bords postérieurs des
ter le crâne avec la pression la plus légère
lames orbitaires de l’os frontal s’articulent
possible. Les pouces sont l’un sur l’autre
avec les petites ailes du sphénoïde. Les petites
au-dessus de la suture sagittale, sans la tou-
ailes et le corps sphénoïdal font partie de la
cher. Les mains contactent les parties latérales
base crânienne cartilagineuse. Dès lors, visua-
du crâne, avec :
liser le rapport entre l’os frontal et les petites
ailes, et considérer cette zone comme une – la pulpe des index sur le sommet des gran-
unité fonctionnelle, permet une approche des ailes du sphénoïde ;
plus précise de la fonction du corps sphé- – les médius sur les angles sphénoïdaux des
noïdal. pariétaux et les temporaux en avant des
Le placement des mains peut être modifié méats acoustiques externes ;
avec la paume d’une main placée longitudina- – les annulaires sur les angles mastoïdiens des
lement sous l’occiput, les doigts allongés en pariétaux et les temporaux en arrière des
direction caudale. L’autre main, également méats acoustiques externes ;
orientée longitudinalement et les doigts
allongés en direction caudale, est placée sur – les auriculaires sur l’écaille de l’occipital.
l’os frontal, de telle sorte que la pulpe du Faire une écoute de la SSB. Déterminer les
pouce et celle de l’auriculaire soient sur la schémas dysfonctionnels et, en utilisant les
partie supérieure des grandes ailes du sphé- principes indirects et les forces inhérentes du
noïde. MRP, traiter ce qui est trouvé.
Traitement du patient 213

Utiliser les principes indirects et les forces


inhérentes du MRP ; traiter la dysfonction
identifiée.

■ Remarques
Cette procédure fournit une alternative à la
prise par la voûte. Elle offre des avantages
similaires dans le fait que