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Proposition de participation au Colloque international : "La vigne, le vin et les ordres

monastiques en Europe : une longue histoire", 27, 28, 29 octobre 2011, Iaşi, Roumanie

Titre : Médiation du savoir-vivre et civilisation monastique roumaine: la dégustation des vins

La présentation et les coordonnées de l’auteur : MARINESCU Angelica-Helena, doctorante,


Université de Bucarest, l’Ecole Doctorale de Sociologie, cotutelle de thèse avec l’Université
de Bourgogne, l’Ecole Doctorale LISIT. Adresse e-mail : helenamarinescu07@yahoo.com.

Résumé :
Du symposion grec, à travers les jurys dégustateurs de Grimod de La Reynière,
jusqu’à la création des terroirs en connexion avec le métier de « gourmet », la dégustation du
vin ne cesse de jouer « un rôle majeur dans notre conception du vin comme culture et comme
art » (Jean-Jacques Boutaud). La notion de terroir, issue du monde rural français, plus
exactement de la région de Bourgogne, devenue enjeu pour l’œnotourisme (Jacky Rigaux),
peut-elle trouver sa place dans la logique de la vie religieuse des monastères orthodoxes
roumains ? Nous interrogeons l’univers des signes, liés à cette notion, qui se déploient à
travers le rituel de la dégustation de vin ouverte au public dans les monastères roumains. Cette
pratique, qui trouve déjà sa place dans la presse roumaine, peut être envisagée comme une
forme de médiation culturelle.
L’espace et le temps de ce rituel sont la préfiguration d’une expérience
polysensorielle, le public participant à une expérience qui peut être considérée comme
« immersive » (F. Bellaen). Aborder la dégustation du vin comme récit qui met en connexion
les lieux avec le monde référentiel (Jean Davallon, Michèle Gellereau) nous amène à faire
l’hypothèse qu’il s’agit d’une rencontre entre les valeurs émergentes ou retrouvées dans la
société roumaine : convivialité, plaisir de la sensation, et les valeurs du monde monastique
(liées au sacré du vin, le respect de la mesure, etc.).

Mots-clés : médiation, immersion, dégustation du vin, civilisation monastique.

1
Médiation du savoir-vivre et civilisation monastique roumaine: la dégustation des vins

Notre travail porte sur la signification des dégustations du vin organisées dans deux
monastères orthodoxes roumains, le monastère de Cetățuia et l’ermitage Bucium de Iaşi, au
nord de la Moldavie. C’est une recherche qui s’inscrit dans nos intérêts d’étude des nouvelles
pratiques de consommation apparues dans la Roumanie postcommuniste. On voit ces
dernières années un intérêt accru pour les rituels liés à la gastronomie, à la convivialité, au
savoir-vivre, ainsi que la réapparition, comme le remarque l’anthropologue Vintilă
Mihăilescu, de la préoccupation et même le culte du vin1. La pratique de la dégustation du vin
fait sa place dans ce nouvel contexte de consommation dans les magasins de distribution du
vin, chez les grands producteurs, etc, exprimant les « attentes grandissantes des
consommateurs en termes d’authenticité, de découverte et de qualité2», faisant partie de
l’ethos d’un consommateur à la recherche de sensations, de nouvelles expériences, mais aussi
de sociabilité et convivialité.

L’intérêt du public pour les dégustations du vin est lié au phénomène de la


médiatisation du monde du vin – « univers initiatique » qui « repousse et attire le profane3 ».
« C’est l’âge de l’information, où l’expertise est recherchée – les bons vins maintenant à sa
portée, le consommateur voudrait mieux comprendre ce qu’il consomme pour être mieux
informé dans ses achats, pour sa culture personnelle, et pour augmenter son plaisir4». Cette
façon nouvelle de déguster, pratiquée par une population qui auparavant n’était impliquée

1
« a început să (re)apară preocuparea şi chiar cultul vinului », n.t., MIHĂILESCU, Vintilă, 2009,
« Patrimonializarea gustului », Dilema veche, 24 iulie 2009, disponible en ligne à
http://www.dilemaveche.ro/sectiune/tilc-show/articol/patrimonializarea-gustului, consulté le 10 août 2011.
2
DEBOS, Claude, 2011, «L’oenotourisme, vecteur de valorisation d’un patrimoine local : la nécessité d’un
partenariat « vignerons – institutionnels du tourisme », Colloque franco-roumain « Trace, mémoire,
communication », 29-31 juillet 2011, Bucarest.
3
FISCHLER, Claude, 1999, Du vin, Paris : Editions Odile Jacob, p. 130.

4
SOLIN, Jean-Pierre, La dégustation à travers les siècles, Mémoire de Sommelier - Conseil, promotion 2000-
2001, disponible en ligne à l’adresse http://www.explorateurs-de-vins.com/memoirejps.htm.

2
dans une telle activité, est peut-être l’avance la plus frappante et la plus marquante de
l’histoire de la dégustation5, remarque le sommelier Jean-Pierre Solin.

En France, les consommateurs commencent à s’intéresser à la dégustation pendant les


années 1980 - Jacky Rigaux note que « un enjeu culturel fondamental aujourd’hui est de faire
reculer le nombre des consommateurs au profit de l’augmentation des amateurs […] capables
de se réjouir de la dégustation géo-sensorielle initiée par les gourmets. »6. Le consommateur
moyen est introduit dans un milieu auparavant réservé à l’élite. Les amateurs n’ont pas assez
de connaissances techniques du vin pour déguster comme les professionnels, mais ils
voudraient aller plus loin que la dégustation purement hédonique7.

La dégustation, pratique courante dans le domaine de l’oenotourisme, qui se situe « à


la frontière du tourisme rural et culturel, du tourisme technique et industriel8», apparait en
Roumanie avec l’essor de nouveaux types de tourisme : culturel, religieux, rural,
l’oenotourisme. Les agences touristiques au nord de la Moldavie ont inclus dans leurs offres
cette pratique ; dans la région de Iasi, il y a plusieurs caves appartenant aux grands
producteurs de vin : Cotnari, Bolta Rece, Vinia, Bucium S.A., Casa Olteanu (Dealurile
Vişani) et les cave du monastère Cetățuia et de l’ermitage Bucium. La dégustation des vins
fait aussi partie de l’offre des foires, même à thème religieuse, par exemple Le foire des objets

5
SOLIN, Jean-Pierre, La dégustation à travers les siècles, Mémoire de Sommelier - Conseil, promotion 2000-
2001, disponible en ligne à l’adresse http://www.explorateurs-de-vins.com/memoirejps.htm.

6
RIGAUX, Jacky, 2010, « Viticulture de qualité et dégustation géo-sensorielle du gourmet en Bourgogne »,
PITTE, Jean-Robert (sous la direction de), Le bon vin. Entre terroir, savoir-faire et savoir-boire. Actualité de la
pensée de Roger Rion, CNRS Editions, pp. 97-112.

7
SOLIN, Jean-Pierre, La dégustation à travers les siècles, Mémoire de Sommelier - Conseil, promotion 2000-
2001, disponible en ligne à l’adresse http://www.explorateurs-de-vins.com/memoirejps.htm.

8
DEBOS, Claude, 2011, «L’oenotourisme, vecteur de valorisation d’un patrimoine local : la nécessité d’un
partenariat « vignerons – institutionnels du tourisme », Colloque franco-roumain « Trace, mémoire,
communication », juillet 2011, Bucarest.

3
religieux (Târgul de obiecte bisericeşti), toujours à Iaşi, où l’on peut déguster le vin
liturgique9, ou entre dans l’organisation des diverses événements10.

Civilisation monastique roumaine et vin


Notre choix d’étudier le cas particulier de la pratique de la dégustation des vins dans
les monastères orthodoxes n’est pas anodin; il s’agit, d’un côté, d’un paradoxe, car le vin qui
dans la consommation profane est associé à la fête11, au péché de l’ivrognerie, etc. apparait ici
dans un contexte religieux autre que la pratique eucharistique12. De l’autre côté, les
monastères orthodoxes roumains, dont le nombre est aujourd’hui de 52013 (le plus grand en
Europe), représentent en même temps un lieu de pèlerinage, destination touristique et choix de
vie. Reconnus comme lieux de culte religieux et de culture, le mode de vie monastique semble
exercer encore sa fascination, soit pour aller passer sa vie dans l’enceinte d’un monastère, soit
comme objectif touristique - il est à remarquer que le tourisme religieux en Roumanie est de
plus en plus populaire. Les monastères sont vus comme « un modèle sociétal opposé à la
société dans son ensemble […] un modèle alternatif dans lequel on ne néglige pas la

9
CRAUS, Maria, « Degustare de vinuri si vesmant arhieresc tesut cu cristale Swarovski la targul de obiecte
bisericesti », Evenimentul Zilei, 9 noiembrie 2010, http://www.evz.ro/detalii/stiri/premiere-la-targul-de-obiecte-
bisericesti-de-la-iasi-911794.html.
10
« Networking şi degustare de vinuri la crama Mănăstirii Cetățuia », Freelancer Iaşi,
http://iasi2010.freelanceri.ro/toate-stirile/130-networking-si-degustare-de-vinuri-la-crama-manastirii-
cetatuia.html, consulté le 10 aout 2011.
11
Dans les évangiles, « la fête est toujours une exception, et l’existence que supposent les évangiles est d’abord
la vie quotidienne, ses soucis, ses aventures banales. », GUILLET, Jacques, 1989, « Le vin de la Bible et de
l’Eucharistie », dans MILNER, Max et CHATELAIN-COURTOIS, Martine (coord.), L’imaginaire du vin, Actes
du Colloque pluridisciplinaire 15-17 octobre 1981, Marseille : Editions Jeanne Laffitte, pp. 63-71.
12
« Tout comme dans la confession catholique, le vin connait dans l’orthodoxie une symbolique très riche qui
engendre une fonction liturgique assez complexe. Dans le système des valeurs de la Chrétienté, c’est le vin
eucharistique qui occupe la première place. Toutefois, le texte normatif le plus important du Moyen Age pour la
Chrétienté de l’Occident, celui de saint Benoît, ne parle pas du vin sacré, mais du vin de table, celui qui est servi
au réfectoire. « Le Patriarche des moines engage donc simplement ses disciples à garder […] la mesure qui
s’impose, fuyant absolument l’ivresse », DE SOLMS, Elisabeth, 1984, La vie et la règle de S. Benoît, Paris, p.
231, cité par RAUWEL, Alain, 2008 , « Vin, culte et spiritualité dans la Chrétienté d’Occident », in PERARD,
Jocelyne et PERROT, Maryvonne, Les Rencontres du Clos-Vougeot 2007, Le Vin et les Rites, Oenoplurimedia,
pp. 77-85.

13
Information sur Orthodox Monasteries Directory, http://www.orthodox-monasteries.com/, consulté le
10.07.2011.

4
bienséance, mais la propriété n’a pas d’importance, et la beauté, la sagesse, le respect de la
tradition et la vie spirituelle sont prises en considération »14.
En ce que regarde la culture de la vigne et la production du vin, les domaines
monastiques roumains ont été depuis le début le lieu d’affirmation d’une agriculture
supérieure, spécialement dans le domaine de la viticulture et des nombreuses sources parlent
du fait que sur le domaine des monastères on produisait du vin de bonne qualité. Le nord de la
Moldavie est la région roumaine avec le plus grand nombre des monastères, ainsi que la
région viticole roumaine la plus vaste ; on cultive ici des cépages divers, blancs et rouges, et
l’on produit plusieurs types de vins qui sont parmi les plus connus en Roumanie.
Les dégustations de vin organisées dans les monastères, ainsi que la mise en bouteille
et la commercialisation des vins monastiques est un signe de changement et de recherche
identitaire dans la communauté monacale. Perçus de manière idéalisée, en leur connexion
avec la religion et l’identité nationale, les monastères s’adaptent eux-mêmes aux temps post-
communistes et post-modernes. Le capital économique, touristique et symbolique dont ils sont
porteurs semble commencer à être valorisé par les monastères dans un essai de re-construction
identitaire et patrimoniale.
Problématique
Notre problématique regarde les valeurs dont la dégustation du vin dans les
monastères est porteuse. Peut-on parler d’une manière de ré-instituer une éthique de la
consommation du vin, en connexion avec les valeurs de la morale orthodoxe ? En plus,
qu’est-ce que signifie le vin monastique ? Est-ce qu’on peut considérer le vin des monastères
comme un vin de terroir ? Si, historiquement, la construction des vins français dans la région
de Bourgogne en tant que vin de terroir s’est effectué à travers les dégustations organisées par
les moines, dans notre cas on est plus proches à la réviviscence du vin de terroir en France
dans les années 1970. Comment se construit le discours de la dégustation à travers le statut
des objets et leur dimension symbolique et sensible ? Comment est pensée la rencontre avec le
public?

Hypothèse de recherche Notre hypothèse de départ est que la dégustation du vin, en tant que
rituel du savoir-vivre, devient aussi, dans ce cas, une forme de médiation symbolique de la
culture et de la civilisation monastique orthodoxe.

14
VARGA, Mihaela, « Rolul economic şi social al mănăstirilor ortodoxe româneşti », Simpozionul Național
« Cultură şi civilizație în mănăstirile româneşti », 2009, disponible en ligne à l’adresse :
http://visutac.files.wordpress.com/2009/12/volum-dragomirna.pdf, consulté le 1 aout 2011.

5
Méthodologie : Notre terrain est constitué des deux monastères que nous avons
mentionnés. Les deux monastères appartiennent au rite orthodoxe, ont une tradition dans la
culture de la vigne et la production du vin et font des dégustations pour le public.

Pour construire notre corpus, nous avons envisagé deux méthodes:

1/ L’observation in-situ.

2/ Les interviews semi-directionnels, en tant que méthode d’analyse de la


communication de facture qualitative, dans un but interprétatif. On part de la définition de
Richardson15 « la participation à une culture inclue la participation aux « racontes » de cette
culture, une compréhension générale du fond de significations ». L’analyse de l’interview
peut être utilisée, comme le soulignent Holstein et Gubrium, pour répondre aux questions de
type quoi (préoccupation pour l’identité) et comment (des aspectes comme les constructions
narratives)16. Nous avons effectué deux interviews avec les responsables de la dégustation, à
monastère Cetățuia avec un des moines, et à l’ermitage Bucium avec le directeur marketing
(responsable des dégustations).

3/ La presse s’est montré assez intéressée à cette pratique, spécialement à la


dégustation des vins dans les monastères, par exemple, Evenimentul Zilei (CRAUS, Maria,
«Degustare de vin la manastire », 31 mai 2010, http://www.evz.ro/detalii/stiri/degustare-de-
vin-la-manastire-896269.html), preluat de Stiri.rol.ro. Romania online (« Degustare de vin la
manastire », http://stiri.rol.ro/degustare-de-vin-la-manastire-622345.html, 31 mai 2010),
Sursa de stiri.ro (http://www.sursadestiri.ro/degustare-de-vin-la-manastire-s071815356.html,
31 mai 2010), Time4news.ro, (http://www.time4news.ro/arad/educatie-cultura/degustare-de-
vin-la-manastire.html, 31 mai 2010), etc.

Cadre théorique

Notre démarche s’inscrit dans le cadre théorique de la sémiotique de la


communication. La pratique de la dégustation du vin ouverte au public peut être considérée
dans le cadre des nouvelles pratiques communicationnelles comme une forme de médiation,

15
RICHARDSON, L., Writing strategies : Reaching Diverse Audience, Newbury Park, CA, Sage, 1990, p. 24,
apud SILVERMAN, David, Interpretarea datelor calitative. Metoda de analiza a comunicarii, textului si
interactiunii, Iasi: Polirom, 2004, p. 118
16
HOLSTEIN, J. et GUBRIUM, J., “Active interviewing”, in SILVERMAN, David (ed.), Qualitative Research:
Theory, Method and Practice, London, Sage, pp. 113-129.

6
en tant qu’espace de visibilité des pratiques culturelles. La médiation, concept utilisé plutôt en
philosophie et anthropologie, devient d’intérêt pour les sciences de l’information et de la
communication, dans cette « paradigme palimpseste » dont parle Pascal Lardellier17, à la
recherche d’un sens nouveau de la réalité sociale. La médiation est « soutenue par le
dispositif, la performance et le contexte du rite18» et assure, dans la vie sociale, l’articulation
entre la dimension individuelle du sujet et sa dimension collective19. Le rite, « performance »
qui a une efficacité symbolique, sociale et institutionnelle, participe, ainsi que l’étiquette, le
protocole, la politesse et la courtoisie à la perpétuation de l’ordre sociale20.

D’un point de vue technique « déguster, c’est goûter avec attention un produit dont on
veut apprécier la qualité ; c’est le soumettre à nos sens, en particulier ceux du goût et de
l’odorat ; c’est essayer de le connaître en recherchant ses différents défauts et ses différentes
qualités et en les exprimant21».

La dégustation du vin est envisagée comme rituel de savoir vivre et forme de


convivialité dans le sens proposé par Dominique Picard, à partir de la place qu’elle occupe
dans le système de référence. La signification profonde du savoir-vivre et de la politesse,
d’après Dominique Picard, sont la sociabilité, l’équilibre, le respect pour l’autre, le respect de
soi-même22.

La pratique de la dégustation du vin est un rite profane23 ou un micro-rite, dans la


perspective goffmanienne (il s’agit ici d’un contexte de communication sociale informel, à
considérer la rencontre d’un espace social public et privé).

17
LARDELLIER, Pascal, 2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic,
postfata de Alain Caillé, traducere de Valentina Pricopie, p. 27.
18
LARDELLIER, Pascal, 2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic,
postfata de Alain Caillé, traducere de Valentina Pricopie, p. 106.
19
LAMIZET, Bernard, 1997, La médiation politique, Paris : L’Harmattan, p. 364 apud LARDELLIER, Pascal,
2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic, postfata de Alain Caillé,
traducere de Valentina Pricopie, p. 107.
20
LARDELLIER, Pascal, 2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic,
postfata de Alain Caillé, traducere de Valentina Pricopie, p. 45.
21
RIBÉREAU-GAYON, Jean (sous la direction), 2000, Atlas Hachette des Vins de France, Paris : Hachette.
22
PICARD, Dominique, 2007, Pourquoi la politesse ? Le savoir-vivre contre l’incivilité, Paris : Le Seuil, p. 82.
23
RIVIERE, Claude, 1995, Les rites profanes, Paris : PUF.

7
Pascal Lardellier explique que « les pratiques rituelles peuvent être considérées
comme des instances de médiatisation de première importance, qui constituent des contextes
complexes et complètes de communication24». Canal de médiation symbolique, le rite fournit
« une forme et une substance qui appartiennent à la culture25». Le terme médiation
symbolique, d’après Paul Ricoeur « signale le caractère structuré d’un ensemble
symbolique », mis en relation avec la culture : « Avant d’être texte, la médiation symbolique
est une texture. Comprendre un rite, c’est la mettre en place dans un rituel, celui-ci dans un
culte et […] dans l’ensemble des conventions, des croyances et des institutions qui forment le
réseau symbolique de la culture »26.

La première partie de notre présentation se réfère aux résultats de l’analyse des


dispositifs de médiation dans l’espace de dégustation. Dans la deuxième partie de la
présentation notre attention est portée vers le vin produit dans les monastères, son imaginaire
et son identité. Dans la grille de lecture proposée par Jacques Fontanille, l’« univers du vin »
est composés de plusieurs sémiotiques-objets « où le visible occupe une part utile et
dominante » : 1/ des objets, comme la bouteille, 2/ des images et des inscriptions sur
l’étiquette, 3/ le vin lui-même, 4/ le paysage ou la cave de dégustation dans notre cas, 5/ des
pratiques comme la dégustation, 6/ des descriptions, le discours du vin27.

L’analyse des dispositifs (de médiation) matériels

La dégustation du vin en tant que forme de médiation sera abordée comme une mise
en forme intentionnelle d’un espace, un temps et des thèmes, comme construction signifiante.
Le lieu de dégustation, comme le paysage (par exemple dans le cas des visites guidées dans
les vignes) est de l’ordre du visible. Si l’on conçoit la cave en tant que média on pourrait
envisager l’entière pratique de la dégustation comme un dispositif d’immersion dans la vie et

24
LARDELLIER, Pascal, 2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic,
postfata de Alain Caillé, traducere de Valentina Pricopie, p. 23.
25
LARDELLIER, Pascal, 2009, Teoria legaturii ritualice. Antropologie si comunicare, Bucuresti : Tritonic,
postfata de Alain Caillé, traducere de Valentina Pricopie, p. 73.
26
RICOEUR, Paul, Temps et récit. Tome I L’intrigue et le récit historique, Editions du Seuil, 1983, p. 114
27
FONTANILLE, Jacques, « Paysages, terroirs et vins », in Le corps, le vin & les images, Martine Joly &
Hubert Cahuzac, dir., L’Harmattan, MEI n°23, 15p., 2005.disponible en ligne à l’adresse
http://www.unilim.fr/pages_perso/jacques.fontanille/articles_pdf/visuel/Paysageetvin.pdf, consulté le 1er aout
2011.

8
l’histoire monastique. Ainsi, un lieu de visite mis en place au sein d’un monastère devient un
ensemble signifiant de médiation culturelle pour les valeurs de l’église orthodoxe roumaine.

Sur le plan de l’expression, qui « nous est fourni par l’expérience que nous faisons
d’un segment du monde naturel, saisi dans notre champ perceptif : un ensemble de propriétés
poly-sensorielles dynamiques, où se conjuguent des éléments visuels, auditifs, olfactifs,
tactiles et sensori-moteurs 28», nous allons analyser la mise en place de l’espace de
dégustation. Sur le plan du contenu, entrer dans cet espace signifie accéder à son contenu et à
ses valeurs, qui n’est pas détachable du monde dont il émane.29

Les dégustations du vin à Cetățuia, comme à Bucium, ont lieu dans les vieilles caves.
Il est un fait connu que dans les monastères les caves avaient la double fonction de déposer le
vin et de refuge en cas de siège ou d’occupation. Dimitrie Cantemir mentionne les « caves
profondes et voutées30» dans l’appréciait qu’il fait du vin de Cotnari.

La visite de la cave et la dégustation font partie, dans le cas de monastère de Cetățuia


de la visite muséale du monastère, ainsi l’espace de la dégustation peut-être envisagé comme
une exposition.

Le moine T., monastère Cetățuia : « Pour tous, la visite commence avec la visite du monastère, on met
l’accent sur le côté spirituel. Après c’est la visite du musée…qui veut…mais, on visite en premier lieu
l’église. 31» (entretien semi-directif, le 1er août 2011)

28
FONTANILLE, Jacques, « Paysages, terroirs et vins », in Le corps, le vin & les images, Martine Joly &
Hubert Cahuzac, dir., L’Harmattan, MEI n°23, 15p., 2005.disponible en ligne à l’adresse
http://www.unilim.fr/pages_perso/jacques.fontanille/articles_pdf/visuel/Paysageetvin.pdf, consulté le 1er aout
2011.
29
FONTANILLE, Jacques, « Paysages, terroirs et vins », in Le corps, le vin & les images, Martine Joly &
Hubert Cahuzac, dir., L’Harmattan, MEI n°23, 15p., 2005.disponible en ligne à l’adresse
http://www.unilim.fr/pages_perso/jacques.fontanille/articles_pdf/visuel/Paysageetvin.pdf, consulté le 1er aout
2011.
30
CANTEMIR, Dimitrie, Descrierea Moldovei, Ed. Litera, Bucureşti, 1997, p. 47, cité par VARGA, Mihaela,
« Rolul economic si social al manastirilor ortodoxe romanesti », Simpozionul National « Cultura si civilizatie in
manastirile romanesti », 2009, disponible en ligne à l’adresse :
http://visutac.files.wordpress.com/2009/12/volum-dragomirna.pdf, consulté le 1 aout 2011.
31
« Indiferent cine vine, vizita incepe cu vizita manastirii, se pune accent pe partea spirituala. Dupa care
vizitarea muzeului…cine doreste…oricine vine, prima oara viziteaza biserica », n.t.

9
Comme l’explique F. Bellaen, « l’exposition est une construction de sens qui crée une
relation avec le visiteur selon un certain mode […] c’est-à-dire en lui proposant une manière
d’appréhender le contenu de l’exposition32. Emilie Flon, explique comment « la médiation,
qui concerne la relation qui s’établit entre les visiteurs et ceux qui mettent en valeur le
patrimoine, cette relation passant par le média exposition »33. Comme le remarque Jean
Davallon, une exposition, envisagée en tant que média, « est un artefact. A ce titre, elle
répond donc à une intention, […] de produire un effet »34.

La cave du monastère Cetățuia est propre, lumineuse, on n’a pas des moisissures -
comme on peut noter dans les caves de Bucium, où ils sont gardés pour préserver
l’atmosphère d’authentique, de vieux, même si le spécialiste en horticulture les trouve plutôt
non-hygiéniques.

a) b)

Figure : Lieux de dégustation des vins : a) la cave du Monastère Cetatuia ; b) monastère Bucium.

A Cetățuia, les dégustations ont lieu autour d’une réplique de la Table du Silence,
ensemble sculptural créé par Constantin Brancusi à Târgu-Jiu. Dans ce cas, la table et les
chaises, en pierre, sont couvertes en velours rouge, couleur de l’église, mais aussi couleur du
sang des martyrs, du vin... Comme la Colonne de l’Infini, la Table du Silence est un symbole

32
« L’immersion est une attitude de réception que certaines expositions tentent de faire trouver à leurs visiteurs.
Ces expositions « se présentent comme des mondes scénographiquement construits et cohérents, qui sont la
représentation d’un monde de référence et dans lesquels les visiteurs sont intégrés. », in BELLAEN, F., 2002,
L’expérience de visite dans les expositions scientifiques et techniques à scénographies d’immersion, thèse en
sciences de l’information et de la communication, sous la direction de Daniel Raichvarg et Joelle de Marec,
Université de Bourgogne, Dijon, p. 50.
33
FLON, Emilie, “La médiation comme production et réception: Analyse sémiotique et approche
communicationnelle”, Communication & Langages, no 158, pp. 13-24.
34
DAVALLON, Jean, 1999, L’exposition à l’œuvre. Stratégies de communication et médiation symbolique,
Paris : L’Harmattan, p. 9.

10
fort de l’identité nationale roumaine, utilisé assez dans la période communiste, où les autorités
ont ignoré le symbolisme artistique ou religieux de l’œuvre de Brâncuşi (l’ensemble est un
« hommage apporté par Constantin Brâncuşi aux héros pour l’union nationale »)35. Il faut
souligner la relation complexe qui existe entre l’orthodoxie et le nationalisme roumain,
car « religieusité » signifie valeurs traditionnelles et identité nationale – la pratique religieuse
est confondue avec l’identité nationale. Le philosophe roumain Nae Ionescu affirmait en 1926
dans l’article « L’église des paysans » (Biserica țăranilor) : « Le christianisme fait partie
intégrante de notre être nationale. Il contient, potentiellement, une conception de vie et une
discipline36 ».

Si à Cetățuia la cave a été aménagé il y quelques ans pour les « pèlerins », à Bucium la
cave est plutôt fonctionnelle et elle accueille des dégustations techniques.

Le moine Timotei, monastère Cetățuia : «De manière générale, les gens veulent voir…quand on leur dit
que le monastère a des caves (« pivnițe ») de plus de trois cent ans…la cave a été construite en meme temps
que le monastère, en 1672…le touriste veut voir…surtout celui qui est connaisseur, passionné…il veut
voir…Il veut gouter le vin, voir le vin du monastère…surtout à la demande du public… 37» (entretien semi-
directif, le 1er aout 2011).

Le moine Dosoftei, monastère Cetățuia : « Dacă doreşte cineva să se înfrupte din vinul de la Cetăţuia
este bine-venit, noi nu îi impunem, spune cu tâlc monahul Dosoftei, muzeograful mănăstirii. După
degustare, vinul poate fi cumpărat. »38

A Cetățuia, nous trouvons seulement des barils en chêne dans l’espace de visite. Ils sont
peint en rouge et jaune, très bien rangé et très propres. Dans la cave de l’ermitage Bucium, il y
en a des barils en chêne, mais aussi des barils en inox, surtout ceux dans l’espace de
dégustation.

35
ARSENIE, Nicolae (redactor şef adjunct al revistei Flacăra), 1988, Almanah Flacăra 1988, Bucureşti:
Combinatul Poligrafic Casa Scânteii.
36
« Creştinismul face parte integrantă din ființa noastră națională. El închide în potențialitate o concepție de
viață şi o disciplină », n.t., IONESCU, Nae, 1990, Roza vânturilor, Bucuresti : Editura « Roza vânturilor ».
37
« În general oamenii vor să vadă…şi când li se spune că mănăstirea are pivnițe de trei sute şi ceva de ani…
pivnița a fost construită odată cu mănăstirea, la 1672… turistul vrea să vadă…mai ales cel care ştie, e
pasionat…vrea să vadă…Să guste din vin, să vada şi vinul mănăstirii…mai mult la cererea publicului », n.t.
38
CRAUS, Maria, « Degustare de vin la mănăstire », Evenimentul Zilei,
http://www.evz.ro/detalii/stiri/degustare-de-vin-la-manastire-896269.html, 31 mai 2010.

11
a) b)

Figure : Les barils de vin : a) dans le monastère de Cetățuia, b) à l’ermitage Bucium.

Directeur marketing, ermitage Bucium : « Nous avons aménagé une cave (« hrubă ») nouvelle…Nous
essayons de moderniser…nous avons appelé aux fonds de l’Union Européenne pour 8 hectares…la nouvelle
plantation de vigne il y a deux ans a été faite avec des fonds européens. La vieille partie a été faite après la
deuxième guerre mondiale. Nous avons commencé à acheter des barils en inox, il s’agit des règles de
l’Union Européenne, mais aussi de l’hygiène et du temps qu’on doit accorder à un baril en bois…ces barils
sont fait en chêne, au temps il n’existait pas l’inox ; on emploie beaucoup du temps à hygiéniser un baril et
le préparer pour dépositer le vin, c’est plus difficile de tenir le vin dans un baril en bois, beaucoup de
problèmes peuvent apparaitre, c’est plus chère. Nous avons des barils de 5000 à 500 litres. […] Nous
organisons des dégustations, la dernière fois quand on a eu une dégustation c’était par l’intermédiaire
d’une compagnie de tourisme et nous avons eu environ 25 personnes. Je sors 4 assortiments de vin, pour
une dégustation généralement nous sortons les meilleurs vins de la cave. Chaque cave (« crama ») –
compagnie…va aux compétitions avec les meilleurs vins de la cave (« beci »)…nous présentons un vin blanc
et trois vins rouges…ils sont pour la vinothèque, à garder…39 » (entretien semi-directif, le 1er août 2011).

Directeur marketing, ermitage Bucium : « Ici c’est le point de vente. Comme nous avons dit, nous
voulons moderniser le depot des vins qui appartient à la Mitropolie et nous avons fait un point de vente avec

39
« Am facut o noua hruba cum o numim…Incercam sa modernizam…am apelat la fondurile Uniunii Europene,
8 hectare…noua plantatie de vita de vie care a fost acuma 2 ani a fost facuta pe baza fondurilor europene.
Partea veche a fost facuta dupa al doilea razboi mondial. Am inceput sa achizitionam vase de inox, e vorba de
Uniunea Europeana, dar si de igienizare si de timpul acordat unui vas de lemn…butoaiele astea sunt facute din
stejar, pe atunci nu exista inox, ne ia foarte mult timp sa igienizam un butoi si sa-l pregatim pentru depozitarea
vinului, e mai greu de tinut un vin intr-un vas de lemn, apar multe probleme, e mai costisitor. Avem vase de la
5000 de litri pana la 500. […] Degustarile sunt organizate, ultima oara cand am avut o degustare a venit de la o
firma de turism si au fost in jur de 25 de persone. Scot 4 sortimente de vin, la o degustare de vin in general se
scot cele mai bune vinuri din beci. Orice crama – firma…la competitii fiecare merge cu cele mai bune vinuri din
beci…noi am iesit cu un vin alb si 3 rosii…sunt pentru vinoteca, se imbuteliaza, se duc la vinoteca, pentru
pastrare.

12
4 barils en inox, pour les 4 types de vins : rouge demisec, rouge demidoux, blanc demisec, blanc demidoux.
40
Les gens achètent pour les matrimoines, baptêmes, etc. » (entretien semi-directif, le 1er août 2011).

Tous les dispositifs matériels que nous retrouvons dans la salle à dégustation du
monastère Cetatuia créent un espace d’hospitalité – une pièce de réception finement agencé
pour les hôtes. A l’ermitage Bucium nous nous retrouvons plutôt dans un espace technique de
conservation de vin.

Parler le vin

Comme le remarque le moine Dosoftei « le vin doit être parlé41 », car ce qui compte dans
la dégustation c’est parler du vin, ou parler autour du vin.

Le moine T., monastère Cetățuia : « Le bon vin doit etre parlé (« se serveste la un pahar de vorba »). La
raison de servir un verre de vin c’est « parlons autour d’un verre »42» (entretien semi-directif, le 1er août
2011)

Les moines qui sont en charge de la dégustation se mettent à la disposition des


visiteurs pour tout le temps de la visite, engageant des conversations sur la vie monastique et
répondant aux questions. C’est une pratique courante dans les monastères orthodoxes, de
parler aux pèlerins, de leur donner des conseils sur la vie spirituelle, etc. Les moines sont vus
comme les dépositaires de la sagesse religieuse, mais aussi résultée d’une vie simple et des
pratiques austères ; ils sont aussi ceux qui vus comme préservent la tradition et l’histoire
roumaine. On déguste le vin et l’on « parle le vin ». Le moine, dans son rôle d’hôte, accorde
au visiteur tout le temps qu’il demande. Les questions regardent l’histoire du monastère, de la
région, la vie dans le monastère. Comme nous apprenons d’un des moines, il s’agit du plaisir
de rencontrer de gens, de les mettre à leur aise et répondre aux questions, donner des conseils
sur le vin, et on insiste plusieurs fois sur l’importance de respecter le gout de chacun.

40
« Aici este punctul de vanzare. Dupa cum v-am spus incet-incet vrem sa modernizam depozitul de vinuri care
apartine Mitropoliei si am facut un punct de vanzare cu patru vase de inox, pentru cele 4 soiuri de vin : rosu
demisec si rosu demidulce, alb demisec si alb demidulce. In general ceea ce se consuma mai mult este alb
demisec. Se cumpara pentru petreceri, nunti, cumetrii, uz casnic. », n.t.
41
CRAUS, Maria, « Degustare de vin la mănăstire », Evenimentul Zilei,
http://www.evz.ro/detalii/stiri/degustare-de-vin-la-manastire-896269.html, 31 mai 2010.
42
Vinul bun se serveste la un pahar cu vorba. Motivul de a servi un pahar de vin e « hai sa stam la un pahar de
vorba ». Se pun intrebari. In general turistii intreaba cat mai multe despre biserica, la manastire…daca a fost
asediata. Altii pun intrebari la credinta in sine, la dogme crestine… », n.t.

13
Monah T., Mănăstirea Cetățuia : «On pose des questions. Généralement, les touristes font des
questions sur l’église, le monastère…si elle a été sous siège. D’autres posent des questions sur la
croyance religieuse, les dogmes chrétiennes… […] la culture, l’histoire de la ville, du Iasi, comme il
était ailleurs….comment nous avons choisi d’etre ici, moine. Les questions sur le vin sont assez rares
parce que les touristes ne sont pas tous des spécialistes du vin… 43» (entretien, le 1er Aout 2011)

Monah T., Mănăstirea Cetățuia : « Si les gens sont contents de la manière dans laquelle ils sont
accueillis, il passe la parole et alors d’autres gens viennent nous trouver…plusieurs viennent de
dehors.. « j’ai entendu parler un ami »…c’est important qu’ils se sentent à leur aise…autrement, ils ne
se sentent plus libres, ils sont crispés, ne disent rien… 44» (entretien, le 1er Aout 2011)

Monah T., Mănăstirea Cetățuia : « De obicei se povesteste faptul ca manastirea a fost asediata
de un capitan austro-ungar Ferentz, in retragere au fost atacati in zona Iasului, unde exista un han, au
fost prinsi si ucisi…de atunci a ramas si Crucea lui Ferentz…au fost ingropati intr-o groapa
comuna…un sultan, Mehmet, trecand spre batalia de la Cetate, Kamenitza, vazand manastirea a
intrebat cand a fost construita, cat a durat…auzind cat de putine pungi de aur s-au folosit, a spus ca nu
a fost construit ape dreptate, ci pe sange si pe jertfa oamenilor… » (entretien, le 1er Aout 2011)

A l’ermitage de Bucium on raconte l’histoire de la cave :

Directeur marketing, ermitage Bucium : « D’ici nous entrons dans la vieille cave (« hruba »), la
première cave, qui s’est construit pendant la deuxième guerre et des racontes que j’ai entendus des
vieux moines que j’ai trouvés ici, cette cave a été construite pour se cacher pendant la guerre45 ».
(entretien, le 1er Aout 2011)

Vin monastique, vin liturgique, vin de terroir

Parce que le terme « terroir » est une notion assez ambiguë, et imprécise, recouvrant
plusieurs sens46, nous allons expliquer le sens dans lequel nous l’utilisons dans notre
recherche. En France le terme « terroir » est d’ d’emploi courant dans la filière viticole, ainsi
43
[…]cultura, istoria orasului, a Iasului, cum era odata in Iasi…cum ai ales sa fii aici, calugar. Nu prea se pun
intrebari despre vin pentru ca nu toti turistii sunt specialisti in vin… », n.t.
44
« Daca omul e multumit de felul cum a fost tratat, el spune mai departe, si atunci vin…mai multi vin din
afara… « am vazut ca a fost un prieten », e important cat de relaxat se simte…altfel nu mai are aceeasi libertate
si sta crispat, fara sa zica nimic…cand e mai multa libertate si relaxare, si omul se simte bine… », n.t.
45
« De aici intram in hruba veche, prima hruba, care s-a construit in al doilea razboi mondial si din ce-am auzit
si eu povesti, din spusele celor mai vechi care i-am mai prins pe aicea, cei mai batrani, calugarii, asta a fost
construita pentru a se ascunde in al doilea razboi mondial, aici se retrageau calugarii, el a fost construit pana
aici, la jumate…odata cu marirea cantitatii de vin s-a extins. », n.t.
46
VAUDOUR, Emmanuelle, 2003, Les terroirs viticoles. Définition, caractérisation et protection, Dunod, Paris,
p. 5.

14
que dans le tourisme, commerce, les médias, la communication, etc. En Roumanie, les
dernières années, nous retrouvons ce terme chez les grands producteurs – une discussion
autour des acceptions du terme « terroir » et des possibilités d’emploi.

Emmanuelle Vaudour remarque troix acceptations du terme « terroir » dans les


dictionnaires françaises : 1/ Territoire, contrée, 2/ Etendue de terre assez limitée, considérée
du point de vue de es qualités ou de ses aptitudes agricoles, 3/ Sens figuré : région rurale,
provinciale, considérée comme étant la cause des caractères particuliers de ceux qui y vivent
ou qui en sont originaires47.

Comme l’explique Jacky Rigaux « c’est en Bourgogne que s’est imposé la notion de
terroir […] édifiée dans son état quasiment actuel par les moines bénédictins dès la chute de
l’Empire romain48». Martine Coutier, dans son Dictionnaire de la langue du vin donne des
acceptions pour « vin de terroir » qui sont plus proches de notre cas : « vins de pays, vins de
canton, vins de village, vins de coteaux, vins de domaine49». La similitude est à retrouver avec
ce que s’est passé en France dans les années 1972-1973, quand les consommateurs sont
revenus « aux vins naïfs, […] aux petits vins de pays et de taverne »50.

En Roumanie, la consommation des vins simples, du pays (« vin de casa », « vin de


tara ») est préférée encore aujourd’hui. A table, de manière courante, on ne consomme pas des
vins en bouteille, mais de vins produit par des petits agriculteurs. Les vins monastiques sont
achetés en « vrac » pour les grands événements ritualiques de la vie sociale : matrimoine,
baptême, etc.

Le vin de terroir est un vin qui se différencie ainsi des vins techniques - qui sont des
vins essentiellement « fabriqués », pour lesquels la valeur du lieu n’a pas – ou très peu -
d’importance.

Claude Fischler explique qu’au niveau de l’imaginaire on situe traditionnellement la


vérité du vin dans la vigne et le labeur agricole, car « l’imaginaire voit idéalement dans le vin

47
VAUDOUR, Emmanuelle, 2003, Les terroirs viticoles. Définition, caractérisation et protection, Paris :
Dunod.

48
RIGAUX, Jacky, 2007, « Le terroir et le gourmet, un rituel de dégustation géo-sensorielle à rétablir »,
Rencontres du Clos-Vougeot.
49
COUTIER, Martine, 2007, Dictionnaire de la langue du vin, Paris : CNRS Editions, p. 409.
50
COUTIER, Martine, 2007, Dictionnaire de la langue du vin, Paris : CNRS Editions, p. 409.

15
le produit sublime d’une mystérieuse alchimie ; avec ses ingrédients, l’alchimie est ravalée au
rang d’une prosaïque et vulgaire chimie 51». Les substances chimiques ajoutées inquiètent le
consommateur qui cherche dans le vin produit dans les monastères un produit pur et naturel,
le résultat des connaissances supérieures développées au sein des monastères et préservées par
les moines jusqu’aujourd’hui. Ainsi, le vin mănăstiresc est le produit qui incarne la tradition,
et devient une marque de patrimoine porteur de tradition, d’identité, de nature, de santé. C’est
le signe qui s’oppose le mieux au malaise social venu avec les changements d’après 1989. La
production au sein des monastères est la garantie qu’on évite les produits chimiques qui ont
envahi les produits alimentaires.

Monah T., Mănăstirea Cetățuia : « Un vin facut in manastire…vinurile comerciale au alt


aspect…vinurile manastirii sunt mult mai bune, facute numai din struguri, tratamentul, metodele de a se
face…strugurii se dau la teasc, tratamentul, filtrarile sunt diferite. Totul se face aici, in manastire.
Danut a fost ucenicul parintelui Gherontie, eu am invatat la el… » (entretien, le 1er Aout 2011)

Monah T., mănăstirea Cetățuia : « da, vor ceva diferit fata de comert…vinul facut natural,
cantitate mica…e diferenta…vinurile la 5 la 7 lei in majoritate nu sunt 100% struguri… » (entretien, le
1er Aout 2011)

Directeur Marketing, l’ermitage Bucium : « De ce achizitioneaza oamenii vin de la manastire ?


E vorba in primul rand de seriozitate si traiesc cu ideea – si asa si este, ca vinul e un vin natural si il
producem pec ai naturale si nu folosim alte « condimente » cum le spunem noi in ghilimele…prafuri si
alte minuni ca sa-l inmultim. E un vin curat, natural, nu e contrafacut. Si pretul, fiind vorba de
Biserica, e un prêt accesibil si pentru cei saraci si pentru cei cu o stare financiara buna. » (entretien, le
1er Aout 2011)

Si au monastère Cetățuia les moines sont encore en charge de la production du vin, à


l’ermitage Bucium les moines ne travaillent plus la vigne :

Monah T., Mănăstirea Cetățuia : « Gherontie e fostul parinte econom. Eu am invatat de la parintele
Daniel, specialist in agronomie… […] Felul de a cunoaste un vin, cum se gusta…corpolenta vinului,
culoarea…E o traditie…manastirea a fost resedinta pe timpul verii a domnitorilor Moldovei…din vechime
se faceau si se pastrau, se cunosteau vinurile…aici…specialistii nu au fost dintotdeauna, dar noi de la
batrani am invatat. Pot considera ca Gherontie era la fel de specialist ca si Danut, cunostea vinurile, dar
fara a avea studiile necesare. » (entretien, le 1er Aout 2011)

Directeur marketing, ermitage Bucium : « De cand a venit Inalt Prea Sfintitul Teofan el merge pe ideea
ca toti calugarii trebuie sa se ocupe de rugaciuni si pentru munci sunt angajati. Aici, parintele Cleopa e
administratorul si consilierul agricol e Metodie. » (entretien, le 1er Aout 2011)

51
FISCHLER, Claude, Du vin, Paris : Editions Odile Jacob, 1999, p. 128

16
La pratique de la fabrication du vin mănăstiresc reste encore exclusivement au sein des
monastères. On ne retrouve ces vins dans les chaines de grande distribution, personne n’a pas
repris le label pour en faire usage au niveau commercial. Ce sont les vins des monastères,
produits au sein des monastères, avec des moyens sans doute plus modernes. On parle encore
d’une transmission presque ésotérique des connaissances dans les monastères – elle est
réservée au peu et gardée comme un secret : le moine Dosoftei dit que « ils ont appris le secret
de la dégustation du vieux moine Gherasie ».

Comme tout nom porte en lui une charge d’évocation, de connotation52 la dénomination
« vin de monastère » porte en soi un passé, une histoire, une culture. L’étiquette sur la
bouteille du vin produit dans les monastères et le choix du nom, Vin mănăstiresc, suscite le
rappel à l’imaginaire d’une longue histoire, vécue et conservée au sein des monastères
roumains, prête à être offerte au public. Situé dans la catégorie des « vins d’origine », le vin
de cave, vin de l’aristocratie ou du clergé, « a toujours une histoire, un pedigree, un terroir ».
A la différence du vin de table, « il se goûte, ou plutôt il se déguste et se parle »53.

a) b)

Figure : La présentation des bouteilles de vin : a) dans l’espace de la cave à dégustation, b) et dans le
magasin situé dans l’église du monastère Cetățuia, Iaşi.

a) b)

Figure : a) L’étiquette du vin monastique ; b) l’étiquette du vin liturgique.

52
FISCHLER, Claude, Du vin, Paris : Editions Odile Jacob, 1999, p. 69
53
FISCHLER, Claude, 1999, Du vin, Paris : Editions Odile Jacob, p. 14.

17
Cette étiquette du vin marque non la valeur du vin, mais sa qualité d’appartenir à un
monde : celle monastique. Le vin est plutôt un souvenir du monastère, comme les icônes et
l’eau bénie (aghiasma) – d’un part porte-bonheur, de l’autre part, souvenir touristique. Il ne
doit pas nécessairement être un grand vin pour satisfaire le consommateur.

Le moine T., Mănăstirea Cetățuia : « Foarte multi vin si iau cadou vinul manastiresc…pentru un
prieten… » (entretien, le 1er août 2011).

Si l’on parle du vin liturgique, son caractère religieux est évident. Ce vin est produit pour
la consommation interne dans l’Eglise roumaine et non pas destiné à un circuit touristique.

Conclusion

Le vin mănăstiresc, comme les dégustations de vin dans les caves des monastères sont
l’expression d’une quête de sécurité alimentaire, mais aussi de recherche des traditions, des
valeurs sures d’un monde pure, enchanté, qui est celui de la vie religieuse dans les monastères
orthodoxes. Dans ce cas, on pourrait parler d’un consommateur nostalgique54, dans une quête
identitaire du passé et des valeurs liées au monde que les monastères signifient.

La vie dans le monastère, ainsi que le vin produit ici restent un symbole de
l’authenticité (il ne faut pas oublier que « une des caractéristiques de la modernité est la
croyance que l’authenticité a été perdue et qu’elle existe seulement dans le passé – dont on
préserve les signes55») et de sacralité.

Nous considérons la dégustation des vins dans les monastères comme un cas
intéressant en ce qui regarde la recherche du consommateur moderne d’une connexion
émotionnelle et des pratiques de consommation complexes, qui implique une éthique de
consommation.

Bibliographie

54
« La nostalgie est une réaction affective, douce-amère, éventuellement associée à une activité cognitive, et qui
est éprouvée par un individu lorsqu’un stimulus externe ou interne a pour effet de le transposer dans une période
ou un événement issu d’un passé idéalisé, s’inscrivant ou non dans son propre vécu », in DIVARD, Robert,
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55
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– whose signs we preserve”, in CULLER, Jonathan, The Semiotics of Tourism, ???

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