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Mercredi 7 décembre 2016

Sommaire
Ouverture de la journée 2
Simone BONNAFOUS
Directrice générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle

Présentation de la journée 3
Gilles CLAVREUL
Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA)
Jean-Emile GOMBERT
Président honoraire de l’Université Rennes 2, membre de l’équipe permanente de la CPU en
charge de l’interdisciplinarité et des Sciences Humaines et Sociales

Table ronde : La prévention du racisme et de l’antisémitisme dans les


établissements d’enseignement supérieur 6

Conférence : Racisme et antisémitisme : de quoi parle-t-on ? 12


Introduction par Colette VALLAT
Professeure émérite, conseillère scientifique auprès de la directrice générale de
l’Enseignement supérieur et de l’Insertion professionnelle
Pap NDIAYE
Historien, SciencesPo Paris

Clôture de la matinée 16
Najat VALLAUD-BELKACEM
Discours de Madame la ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche

Point juridique : « Que dit, que peut le droit ? » 20

Compte-rendu de l’atelier 1 : « Mobiliser les équipes et monter des projets » 25


Compte-rendu de l’atelier 2 : « Connaître et apprendre à formaliser les dispositifs de lutte
contre les discriminations » 30
Compte-rendu de l’atelier 3 : « Nouer des partenariats territoriaux et nationaux » 36

Clôture de la journée 39
Alain ABECASSIS
Chef du service de la coordination des stratégies de l'enseignement supérieur et de la
recherche
Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 2

Ouverture de la journée

Simone BONNAFOUS
Directrice générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle

Bonjour à tous et bienvenue dans notre ministère pour cette première journée des
référents racisme et antisémitisme de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Au nom du Secrétaire d’Etat, que je représente aujourd’hui, je tiens à remercier tous
ceux qui ont organisé cette journée, qu’il s’agisse des référents eux-mêmes ou des
personnels des services. Je souhaite également remercier mes collègues universitaires,
juristes et présidents ici présents.

Le réseau des référents « racisme et antisémitisme » est la résultante de deux plans


d’actions: le plan ministériel de « Grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la
République » et le plan national « La République mobilisée contre le racisme et
l’antisémitisme » lancé par le Premier ministre en avril 2015. Vous êtes la preuve vivante
de la mobilisation que suscitent les sujets du racisme et de l’antisémitisme dans les
établissements de l’enseignement supérieur.
Il a été demandé au ministère d’animer ce réseau et d’engager une réflexion sur les
thématiques, y compris scientifiques, qui peuvent nourrir l’action des référents, des
établissements et du ministère. Les conférences de ce jour doivent permettre d’apporter un
éclairage théorique sur l’actualité et de répondre aux controverses.
Ayant moi-même longtemps travaillé sur les questions de racisme et d’antisémitisme,
et ayant co-dirigé un ouvrage collectif intitulé « Sans distinction de race » je sais combien
il est important de savoir séparer le moment de l’action des moments consacrés à la
réflexion, la théorisation et la conceptualisation, tout en nourrissant l’action militante par
des réflexions théoriques.
C’est pourquoi le table ronde de ce matin sur la prévention du racisme et de
l’antisémitisme de l’ESR, animée par Fabienne Blaise sera suivie d’un état des lieux de la
recherche. La première partie de l’après-midi sera consacrée à un éclairage juridique sur
les questions de racisme et d’antisémitisme. Vous participerez, enfin, à des ateliers sur le
montage des projets et la mise en œuvre de dispositifs institutionnels et de partenariats.
J’espère que ces échanges répondront à vos attentes.
Je terminerai par une rapide évocation de l’action récente du ministère, en rapport
avec notre sujet d’aujourd’hui : outre notre participation à la Semaine d’éducation et
d’action contre le racisme et l’antisémitisme 2016, nous avons lancé le projet d’un MOOC
consacré aux thématiques du racisme et de l’antisémitisme porté par la Fondation de la
Maison des Sciences de l’Homme. Ce MOOC, dont la responsabilité éditoriale a été
confiée à des chercheurs, est également soutenu par la Délégation interministérielle à la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA). Enfin, et ce n’est pas sans rapport
avec votre conférence, ce gouvernement est convaincu de la nécessité que les sciences
humaines et sociales contribuent encore plus à une approche active et dynamique des
grands défis sociétaux. C’est pourquoi le MENESR a lancé en quelques mois deux plans
SHS, grâce à la ténacité de Pascale Laborier, chargée de mission sur les sciences
humaines et sociales (SHS) auprès du Secrétaire d’Etat. Et c’est pourquoi les moyens
consacrés directement par l’ANR aux SHS ont été augmentés de 8 millions d’euros.

Nous nous engageons enfin fortement en tant que MENESR autour du programme
d’accueil des migrants et de l’accueil en urgence des scientifiques étrangers, dont

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 3

l’administrateur général du Collège de France a accepté de présider le comité de


parrainage.

En ce qui concerne ce sujet grave du racisme et de l’antisémitisme, nous avons besoin


d’actions concrètes et c’est le sens de votre engagement comme référents au sein de
l’ESR et nous avons aussi besoin de l’intervention des intellectuels et des chercheurs et
c’est le sens aussi de ce colloque.

Merci de votre attention et tous mes vœux pour cette journée

Présentation de la journée
Gilles CLAVREUL
Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA)

Mesdames et Messieurs, je suis très heureux de vous rencontrer. Cette première


journée marque la naissance d’un réseau de référents dans le monde de l’enseignement
supérieur et de la recherche, chargés d’intervenir sur les questions de racisme et
d’antisémitisme.
Pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme, il faut mobiliser. Pour mobiliser, nous
devons avant tout parler du racisme et de l’antisémitisme dans tous les lieux publics et
surtout dans les établissements de la recherche et de l’enseignement supérieur.
Quel meilleur lieu que celui du savoir, de la connaissance et de la science pour éclairer
des problématiques qui revêtent toujours un caractère polémique ? Il est indispensable de
faire appel à différentes disciplines pour dépassionner le débat. Les sciences sociales
(sociologie, psychologie, histoire, anthropologie…), comme les sciences dures, nous
permettent de faire progresser l’intelligence sur ces sujets brûlants. Le mot « racisme » est
piégé, tout comme le mot « race ». D’autres termes, comme l’islamophobie, font également
débat. Il est important de s’emparer de ces sujets et de faire vivre le savoir.
Les universités et les centres de recherche sont aussi des lieux de vie. Les personnes
qui les constituent ont des opinions. Nous observons des formes de tensions et de
pressions, de la part de partis politiques et de groupes identitaires. Nous devons donc
veiller à la remontée des informations sans jamais chercher à stériliser le débat, qui est la
vie même de la démocratie. Il s’agit de développer l’instruction et de comprendre l’état des
réflexions de la jeunesse, des forces politiques et des courants de pensée.
En tant que référents, vous êtes à la fois des témoins et des acteurs. Cette première
journée a été conçue comme un moment d’échange et de réflexion sur l’utilité du réseau.
Nous mettrons à votre disposition plusieurs supports qui vous permettront d’entrer en
contact avec nous (lettre d’information, réseaux sociaux, site Internet). Nous avons noué
des partenariats avec des institutions mémorielles (Cité de l’immigration, Mémorial de la
Shoah, Mémorial de Caen…) et 250 associations. Nous sommes là pour vous écouter et
vous aider, le cas échéant, dans vos initiatives.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 4

Jean-Emile GOMBERT
Président honoraire de l’Université Rennes 2, membre de l’équipe permanente de la CPU
en charge de l’interdisciplinarité et des Sciences Humaines et Sociales

Madame la Directrice générale,


Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs,
Les valeurs de l’université sont l’ouverture, la créativité, la liberté, la responsabilité, le
développement de l’esprit critique, l’engagement de la société et le respect de la diversité,
des personnes, des sociétés et des modes de pensée. Ces valeurs, que nous partageons,
nous devons les promouvoir et les transmettre à nos étudiants. La CPU a récemment
organisé un colloque intitulé : « Apprendre à l’université du 21ème siècle ». Si la société
attend de la formation universitaire d’élaborer des savoirs et de former des professionnels,
elle lui demande aussi de former des citoyens, à travers le développement de leur esprit
critique, l’adhésion aux valeurs de la République, la promotion de l’idéal démocratique, le
respect de l’autre et le refus de toute discrimination.
Pendant longtemps, l’on a considéré que la transmission des valeurs allait de soi. Or,
la folie meurtrière qui a déferlé ces dernières années dans le monde entier, et notamment
dans les pays d’Afrique et l’Extrême-Orient (à travers des crimes souvent commis par des
jeunes, dont certains sont passés par nos établissements), ainsi que le développement des
actes racistes et/ou antisémites (en partie en lien ou en réaction à ces évènements)
montre qu’il est nécessaire de faire de la transmission des valeurs un objet d’attention de
nos initiatives.
La CPU a coorganisé deux colloques sur les processus de radicalisation en 2015 et
2016, ainsi qu’un colloque sur la laïcité. Au printemps dernier, l’alliance Athéna – dont je
salue la Déléguée générale, Françoise Thibault – a coproduit avec le CNRS un rapport sur
la radicalisation, les formes de violence et les modalités de prévention. Toutes ces
initiatives répondent à la mobilisation de l’école pour les valeurs de la République et au
plan « La République mobilisée contre la racisme et l’antisémitisme ». C’est également
dans ce cadre que les établissements de l’enseignement supérieur ont été invités à
désigner des référents « racisme et antisémitisme ». Dans chaque établissement, ce
référent est chargé d’impulser les initiatives d’enseignement et de recherche sur le champ
de la lutte contre toute discrimination. Le référent est à même de piloter la prévention et de
prévenir les réactions aux dérives.
Cette première journée des référents « racisme et antisémitisme » est également
destinée à acter l’engagement responsable de nos établissements. L’intervention de la
Ministre est, à cet égard, plus qu’un symbole. Il s’agit également d’une journée
d’interrogations et de débats scientifiques sous la forme de regards croisés entre
sociologues et historiens, et d’une journée d’informations sur le cadre juridique. Cette
manifestation marque enfin l’amorce de la constitution d’un réseau. Dans le cadre des
ateliers, nous échangerons sur les structurations au sein des établissements et sur les
relations que ceux-ci entretiennent avec leurs partenaires territoriaux et nationaux.
Ce réseau, nécessaire à l’échange de bonnes pratiques et à la co-formation, devra
continuer à se structurer. Pour l’essentiel, les voies de cette structuration vous
appartiennent. D’autres rencontres et séminaires seront cependant nécessaires. La CPU y
prendra toute sa part.
Je tiens à remercier Johanne et Leila, qui ont organisé cette journée, ainsi que tous les
intervenants qui ont accepté d’y participer, et vous souhaite à tous une journée d’échanges
utile et fructueuse.
***

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 5

Projection de la vidéo de présentation du MOOC « racisme et antisémitisme » proposé


par la FMSH en partenariat avec le MENESR et la DILCRA, disponible sur la plateforme
France Université Numérique
***

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 6

Table ronde : La prévention du racisme et de


l’antisémitisme dans les établissements
d’enseignement supérieur
Participent à cette table ronde :
Mathias BERNARD, président de l’Université Blaise Pascal, président de la
commission de la vie de l’étudiant et des questions sociales ;
Nathalie DOMPNIER, présidente de l’Université Lyon 2 Lumière ;
Nesim FINTZ, directeur de l’EISTI et chargé de mission diversité et ouverture sociale à
la Conférence des directeurs d’écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) ;
Marie-Anne MATARD-BONUCCI, professeure d’histoire contemporaine, Université
Paris Vincennes Saint-Denis, IUF, référente racisme et antisémitisme ;
Bernard MOSSÉ, responsable des contenus scientifiques à la Fondation Camp des
Milles-Mémoire et Education.
Cette table ronde est animée par Fabienne BLAISE, présidente de l’Université de Lille
Sciences humaines et sociales.

Fabienne BLAISE
Au cours de cette table ronde, nous aborderons trois types de questions :
 l’articulation des rôles des différents référents (laïcité, discriminations, inégalités,
racisme et antisémitisme) ;
 le rôle du référent racisme et antisémitisme ;
 la responsabilité sociale des universités. Les référents peuvent-ils également jouer un
rôle à l’extérieur de l’université ?

Mathias BERNARD
Les universités ne sont pas des tours d’ivoire, mais sont parties prenantes des
phénomènes sociaux et des évolutions de l’environnement. Elles sont à même de mener
pleinement cette mission sociale en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme,
auprès des étudiants et de la société dans son ensemble. La lutte contre le racisme et
l’antisémitisme met en jeu plusieurs aspects de la politique et de l’histoire des universités,
au premier rang desquels la formation, qui s’appuie sur une recherche pluridisciplinaire.
Une articulation étroite doit être mise en place avec l’enseignement secondaire et scolaire
pour véhiculer des valeurs d’ouverture, de tolérance et d’esprit critique. La formation à la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme se prolonge au-delà de l’université, notamment
dans la vie professionnelle. Nous devons investir pleinement la mission de formation
continue des enseignants, et plus largement dans les milieux professionnels en charge de
l’animation et de la médiation.
Au-delà de la recherche et de la formation, l’université est aussi une communauté
d’individus libres et responsables. La problématique de la lutte contre le racisme et
l’antisémitisme doit être pleinement intégrée à la vie universitaire. La sensibilisation à cette
lutte doit figurer dans les plans de formation des responsables associatifs.
Nos référents vont coordonner des actions positives de défense des valeurs
universitaires en mobilisant l’histoire, la mémoire… Parallèlement, nous devons lutter
contre les actes et propos racistes et antisémites. Il ne faut pas seulement prévenir, mais
aussi combattre et sanctionner les dérapages.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 7

Marie-Anne MATARD-BONUCCI
Je voudrais, tout d’abord, saluer cette initiative de création et de rassemblement des
référents « racisme et antisémitisme » et plaider, à propos de cette étiquette, pour le
maintien du vocable « antisémitisme ». L’antisémitisme est une forme de racisme, mais
comporte des spécificités telles qu’il convient de le mentionner. Comme d’autres formes de
racisme, l’antisémitisme procède d’une dynamique de racialisation mais il est né, au
départ, comme une forme d’hostilité religieuse. Au fil des siècles, celle-ci s’est transformée,
« laïcisée », politisée et racialisée. Cependant, l’antisémitisme véhicule un imaginaire que
nous ne retrouvons pas nécessairement dans certaines formes de racisme : l’assimilation
des juifs au capitalisme, à l’Occident, et l’idée d’une supériorité des juifs qui suppose une
volonté de domination. Ce dernier point rapproche l’antisémitisme de l’islamophobie –
terme qui fait débat- puisque dans ce cas on prête aussi aux musulmans un projet
impérialiste : dimension réelle dans le cas de l’Etat islamique mais qui ne peut être
généralisée à l’ensemble de l’Islam. Peut-être conviendrait-il aussi d’attirer l’attention,
dans la dénomination, sur l’hostilité à l’égard des musulmans car il s’agit de l’une des
manifestations actuelles les plus importantes du racisme, avec l’antisémitisme.
Pour en revenir à l’antisémitisme, si nous ne devions retenir qu’un terme générique
pour désigner les racismes, ce pourrait être celui-là car c’est « la plus ancienne des haines
», the « longest hatred » pour citer l’historien américain Robert Wistrich. Certains
historiens, notamment ceux qui travaillent sur le monde hispanique, pensent que
l’antisémitisme a été, dans le contexte de la colonisation de l’époque moderne, la matrice
des autres formes de racisme.
Quelques mots, à présent au sujet des référents dont le rôle est en cours de définition.
Comme toute communauté humaine, l’Université vit des problèmes de racisme,
d’antisémitisme et d’homophobie. Cependant, j’ai tendance à penser qu’elle est protégée
par rapport à d’autres communautés, car l’éducation constitue un élément de prévention.
Le référent peut être un interlocuteur, celui qui reçoit d’éventuelles doléances et joue un
rôle de médiateur. Mais, plus important, de mon point de vue, les universitaires doivent
aller à la rencontre des citoyens à l’intérieur de la cité, en contribuant par la diffusion de
leurs recherches à éduquer contre le racisme et l’antisémitisme. Créer ces référents
pourrait être une façon d’encourager ce type de démarche. Encore faut-il que l'Etat prenne
véritablement ses responsabilités s’il ne veut pas se voir reprocher d’être un « Etat raciste
», discours dangereux porté car certains courants radicaux de l’antiracisme, et qu’il nous
donne les moyens de pérenniser les initiatives que la DILCRA a permis de concrétiser.
Au lendemain des attentats, Alain Fuchs, directeur du CNRS, a lancé un appel auprès
des intellectuels pour formuler des propositions permettant de lutter contre ces
phénomènes. Nonobstant la qualité du travail mené dans les lieux de mémoire, il convient
de rappeler la spécificité de l’université en raison à son indépendance. Il importe que des
lieux républicains et neutres soient capables de porter cette parole scientifique. Je voudrais
être sûre que toutes les actions que certains ont mené depuis deux ans puissent
déboucher sur des perspectives durables. Le ministère devrait débloquer des moyens
permettant de créer des synergies entre des domaines de recherche dispersés et
relativement cloisonnés (études juives, monde arabo-musulman, études coloniales et post-
coloniales etc.) Il conviendrait également de se coordonner pour mettre en place une offre
de formation adossée à la recherche, mission trop souvent abandonnée aux associations
pour contribuer à la formation des enseignants du secondaire et d’autres publics
confrontés à ces questions de manière très sensible. C’est ce travail que nous portons, à
Paris 8, au sein de l’IHTP et que nous voudrions pouvoir mener en collaboration avec
d’autres universités désormais.

Paris, le 7 décembre 2016


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Nesim FINTZ
S’il était possible de désigner un seul référent, j’aurais désigné un référent humaniste.
Au sujet de la distinction entre racisme et antisémitisme, je constate que 50 % des actes
racistes concernent les juifs.
Depuis 30 ans que j’ai l’honneur de diriger l’EISTI, il ne m’a jamais été rapporté d’acte
raciste ni antisémite. Lorsque nous accueillons nos étudiants, nous organisons une
conférence sur l’humanisme. Nous souhaitons qu’ils puissent diffuser les valeurs
d’ouverture sociale et de responsabilité sociétale auprès des collégiens et lycéens, pour
développer chez eux la fibre de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Une personne
qui adhère aux valeurs d’ouverture, de solidarité et d’éthique n’a aucune probabilité de
devenir raciste.

Nathalie DOMPNIER
Interroger la prévention revient à se positionner dans une logique de long terme, à
travers des actions structurées et structurantes. La réaction immédiate est par ailleurs
nécessaire.
L’Université Lyon 2 n’a pas souhaité désigner un référent qui soit chargé de mission,
car il nous semble que l’on ne peut se satisfaire d’une mission ponctuelle. Nous avons fait
le choix de lier un certain nombre d’enjeux qui concernent d’autres formes de
discrimination. J’entends bien les distinctions intellectuelles entre racisme et
antisémitisme ; entre le racisme et les autres formes de discrimination. Il me semble
néanmoins important de lier ces différents enjeux pour éviter toute forme de concurrence.
La prévention s’inscrit au cœur des missions des universités (formation,
développement de l’esprit critique et des valeurs humanistes). Il importe que la cellule de
pédagogie du supérieur mette à la disposition de nos collègues un certain nombre d’outils
et de réflexions. Nous proposons des formations aux entreprises, associations et
collectivités territoriales. Notre chaire « Egalité, Inégalités, Discriminations » permet de
structurer nos partenariats et de donner de la visibilité à nos actions. Cette chaire rappelle
aux acteurs sociaux que les universités sont des lieux de ressources, dans lesquels venir
puiser un certain nombre de connaissances. Les ressources intellectuelles des universités
de sciences humaines et sociales doivent être partagées au sein du réseau de référents.
Nos établissements ont un important travail à mener. Notre université a instauré une
cellule « Egalité et prévention des discriminations » (qui comprend des étudiants, des
personnels enseignants chercheurs, des BIATTS et des personnels techniques) afin de
formuler des propositions d’action visant notamment à améliorer l’information et prévenir
les actes ou propos racistes et antisémites. Les trois universités lyonnaises ont mis en
place un module de sensibilisation à la lutte contre les discriminations dans la fonction
publique. Les organisations syndicales sont des relais importants de cette démarche, car
elles ont parfois connaissance de pratiques et de propos que nous méconnaissons. En tant
que lieux de recherche et de diffusion des savoirs, les universités assument une
responsabilité forte. Le dispositif doit être porté collectivement.

Bernard MOSSÉ
Je suis responsable des contenus scientifiques et pédagogiques d’un site mémoriel lié
à la Seconde guerre mondiale et à la Shoah: la Fondation du Camp des Milles. Je vais
témoigner de l’importance du partenariat entre les universités et les établissements
culturels, en l’occurrence mémoriels. La Fondation du Camp des Milles et l’Université
d’Aix-Marseille ont créé une Chaire UNESCO d’éducation à la citoyenneté, de sciences de
l’Homme et de convergence des mémoires. A partir de l’histoire particulière de la Shoah,
nous avons développé une analyse des processus qui peuvent conduire une société à
commettre le pire des crimes selon la juridiction internationale : le génocide. Cette chaire
nous permet de mettre en place des actions de prévention, de sensibilisation et de
formation. Par nature, les contenus sont destinés à être diffusés auprès du grand public.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 9

Il semble tout aussi important de lier les questions de racisme et d’antisémitisme que
de les distinguer. La distinction n’est pas seulement intellectuelle. Elle a une portée
pratique, car les formes que revêtent le racisme et l’antisémitisme ne sont pas les mêmes.
Les Juifs ou ceux considérés comme tels sont victimes de plus d’actes de violence que les
autres cibles du racisme.
S’il est important de distinguer les notions, il est nécessaire de coordonner l’action des
référents égalité, lutte contre les discriminations et lutte contre le racisme et
l’antisémitisme.
C’est ce à quoi nous participons par Les actions instaurées dans le cadre du
partenariat avec l’Université Aix-Marseille qui visent la sensibilisation des personnels et
des étudiants, dès la première année ; la formation dans les ESPÉ, ainsi que la formation
des professeurs des écoles et des collèges / lycées. Nous avons également monté des
partenariats avec des institutions culturelles en mettant notamment en place un réseau de
sites mémoriaux.

Simone BONNAFOUS
En réponse aux interpellations de Mme Matard-Bonucci, je tiens à rappeler que, en 5
ans, les établissements se sont vu attribuer 5 000 emplois supplémentaires, ce qui est tout
à fait inédit, et que le bon usage de ces emplois relève de leur responsabilité. Nous
n’avons pas l’intention de faire de la microgestion et de nous substituer à eux. En
revanche, nous avons la volonté d’organiser et financer des journées comme celle-ci, ou
de continuer à mettre des emplois et 1 million annuel sur le programme de soutien aux
chercheurs étrangers en danger.

Marie-Anne MATARD-BONUCCI

Nous avons bien compris que le gouvernement n’avait pas l’intention de revenir sur
ces réformes. Nous avons l’intention de collaborer sur ces sujets. Il faudrait aussi une
institution nationale de prévention du racisme et de l’antisémitisme, qui passerait par la
coordination d’enseignements et la mise à disposition de supports administratifs. Les
institutions mémorielles sont tout à fait précieuses, mais nous devons créer une structure
universitaire pour fédérer les énergies soit à l’échelle régionale, soit à l’échelle nationale

Simone BONNAFOUS
La création d’une telle structure universitaire nationale relèverait des universités et des
universitaires, sachant qu’au niveau interministériel existe déjà la DILCRA, que trop
d’universitaires ignorent à mon avis, alors qu’il s’agit d’une vraie ressource. J’ai par ailleurs
déjà évoqué notre financement du projet de MOOC sur les thématiques du racisme et de
l’antisémitisme, qui sera à la disposition de tous les établissements, tous les étudiants et
tous les universitaires.

Une intervenante, chargée de mission à l’Université de Toulouse


Les universités peuvent prendre l’initiative de créer cette structure nationale. Les
référents racisme et antisémitisme sont installés, mais ignorent tout de leur mission. C’est
pourquoi je salue l’initiative de cette journée. Nous avons bien compris qu’il nous faudrait
aller chercher les moyens dans la cité.

Fabienne BLAISE
La notion de réseau est importante, car elle est transversale. La spécificité de
l’université est de faire de la formation et de la recherche. Les chargés de mission et
référents ont besoin de toutes ces forces, qu’ils ne peuvent rassembler à eux seuls.
Comment envisagez-vous d’expliquer que les dérapages ne sont pas une question de
liberté d’expression ?

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 10

Marie-Anne MATARD-BONUCCI
J’enseigne dans une université de Seine-Saint-Denis qui a défrayé la chronique à
plusieurs reprises. Avant les vacances, un groupe d’étudiants de Paris 8 avait organisé des
groupes de réflexion réservés aux non-Blancs. Ce sujet a pris une dimension nationale,
alors que cette initiative est le fait d’un petit groupe d’individus destinée à radicaliser les
oppositions au sein des mouvements antiracistes. Nous devons être vigilants pour ne pas
donner des armes aux ennemis des valeurs républicaines : la lutte contre le racisme passe
aussi par une information sur l’antiracisme.

Echanges avec la salle


Gilles CLAVREUL
Il ne m’appartient pas de me prononcer sur ce qu’il faudrait faire ou non dans les
établissements d’enseignement supérieur. La DILCRA a pour vocation d’impulser les
initiatives et de les financer, le cas échéant. Nous pouvons financer des travaux de
recherches, des colloques et évènements. Il importe de travailler quotidiennement sur ces
sujets, de former, informer et réprimer quand il le faut toute tentative d’intimidation ou de
déstabilisation. Toutes les actions que nous pourrons encore engager seront autant de
preuves qu’il y a lieu de poursuivre notre mission. Toutes les contributions sont les
bienvenues pour élaborer le prochain plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Un intervenant, Université Toulouse 3


L’Université Toulouse 3 a décidé d’intégrer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme
à la responsabilité sociale et sociétale de l’Université. Nous employons le vocable de
laïcité et de lutte contre les discriminations. Les discriminations de genre sont traitées dans
le cadre de la mission Egalité femme / homme.
En matière de lutte contre les discriminations, il me paraît préférable d’utiliser le
vocable d’humanisme. L’intitulé des référents racisme et antisémitisme me semble
inadapté, car notre mission consiste précisément à lutter contre ces phénomènes. Enfin,
nous exprimons un besoin de mise en réseau et de formation des personnels. De ce point
de vue, le MOOC est un élément très positif.

Caroline CAZI, Directrice des ressources humaines, de la diversité, de la RSE,


Montpellier Business School
Nous aborderons la question des outils à la disposition des référents lors des ateliers.

Une intervenante, Aix-Marseille Université


Mon intervention porte sur la difficulté à mettre en place et reconnaître
sémantiquement le rôle des référents. Je tiens également à souligner la difficulté de
séparer les fonctions de référent demandées par le Ministère, de celles des chargés de
mission et vice-présidents délégués que les universités ont mis en place pour couvrir ces
problématiques sociétales.
Les présentations de ce matin consacrent une définition bipartite du référent. Je
voudrais m’assurer que l’on puisse exploiter la bipartition du rôle du référent, caractérisé
d’une part par l’animation, la formation, la sensibilisation, le soutien à la recherche, la
formation sur le racisme et l’antisémitisme et d’autre part, la prise en charge des plaintes
qui ont trait au racisme ou à l’antisémitisme. Au sein d’Aix-Marseille Université, les
référents sont des juristes.

Fabienne BLAISE
Je pense que la démarche du Ministère est incitative. Il appartient aux établissements
de la décliner avec tous les services dont ils disposent.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 11

Mathias BERNARD
Chaque établissement est libre de s’approprier cet outil et de définir l’articulation des
référents avec les différentes directions de l’université. Travailler en réseau est
indispensable.

Bernard MOSSÉ
S’il est nécessaire d’articuler les notions et les actions, il ne me semble pas pertinent
de dissoudre la lutte contre le racisme et l’antisémitisme dans la lutte contre les
discriminations. Certes, les discriminations sont l’une des manifestations du racisme et de
l’antisémitisme. Il me paraît préférable de se référer aux valeurs de la République, et à
l’humanisme, comme dénominateur commun.

Un intervenant, Université Toulouse 3


Que reste-t-il du racisme, en l’absence de discrimination ?

Marie-Anne MATARD-BONUCCI
Nous avons pris l’habitude que le Ministère nous renvoie à l’autonomie des universités.
Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les universités se sont considérablement
appauvries. Je ne demandais pas la création de postes, mais je demande simplement que
l'Etat prenne ses responsabilités pour nous permettre de fédérer les énergies. L'Etat doit
nous aider à faire fonctionner le réseau. Au sein de l’Université de Saint-Denis, les
discriminations sont un sujet brûlant sur lequel il importe d’agir.

Simone BONNAFOUS
Je répète que nous faisons confiance aux établissements pour définir les détails de
leur organisation et décider du bon usage de leurs emplois. En revanche, nous
continuerons d’organiser des journées de rencontre, comme nous le faisons déjà, de
soutenir les réseaux, comme nous le faisons déjà et de travailler avec la CPU, la CGE, la
CDEFI et la DILCRA, comme nous le faisons déjà.

Paris, le 7 décembre 2016


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Conférence : Racisme et antisémitisme : de


quoi parle-t-on ?
Introduction par Colette VALLAT
Professeure émérite, conseillère scientifique auprès de la directrice générale de
l’Enseignement supérieur et de l’Insertion professionnelle

7 décembre 2016, nous parlons de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme,


encore. Et la suite ? J’espère que cette initiative ne sera pas un échec. Je remercie
Simone Bonnafous et Thierry Mandon de nous avoir donné l’occasion de réfléchir, pendant
presque deux années, sur la façon de relancer ce débat.
La création d’un MOOC à ce propos nous a beaucoup préoccupés. Nous avons été
encouragés par la déclaration de notre Ministre, en janvier 2015. Il s’agit de solliciter toutes
les intelligences pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme. Les voyages, les images,
les messages se multiplient dans notre monde contemporain. En dépit du maillage serré
de l’information, l’altérité fait encore peur. La différence effraie, l’autre affole – de plus en
plus, peut-être. Or, information n’est pas savoir. Certes, nous sommes tous informés, mais
cette information a une forme éclatée, tel un miroir brisé qui renvoie une information
fragmentée, incohérente. Ainsi, l’information peut-elle rimer avec fragmentation,
destruction de la pensée et confusion. C’est pourquoi les universitaires, enseignants,
citoyens ont un rôle indispensable à jouer pour reprendre toutes ces réflexions.
S’il semble acquis que les anciennes formes pseudo-scientifiques fondaient le racisme
et l’antisémitisme sur les éléments biologiques, il ne faut pas nier que ces éléments se
trouvent dans des contextes renouvelés, et donc peuvent à nouveau exploser. Sans doute
les expressions changent ; cela ne veut pas dire que l’essence de ces phénomènes
change. Il faut aussi noter que les populations stigmatisées changent selon les lieux et
selon les temps. Actuellement, des associations soit « confessionnelles » soit « raciales »,
sont favorables aux discriminations et au rejet d’une majorité, cette fois-ci, et non plus
d’une minorité.
Nous ne sommes plus au temps des caricatures dreyfusardes ni au temps de la
ségrégation, quand Billie Holiday chantait les tristes fruits qui pendaient aux arbres des
Etats-Unis – les Noirs. Il nous faut peut-être forger de nouveaux mots. Nous évitons
d’employer le terme d’islamophobie, car il nous manque la réflexion conceptuelle pour le
définir. Le savoir et la connaissance sont essentiels, mais je ne suis pas toujours aussi
optimiste. Le racisme et l’antisémitisme sont parfois simplement une manifestation du rejet
de l’autre. Il y a lieu de réfléchir sur l’implication civique et citoyenne.
Je terminerai par une énumération à la fois trop longue et trop courte :
Mahmoud Darwich, Gandhi, Yehudi Menuhin, Barack Obama, Kamel Daoud, Woody Allen,
Chimamanda Ngozi Adichie, Youssou N’Dour, Elias Canetti, Ousmane Sow… Il n’y aura
plus de racisme quand nous énumérerons ces noms sans penser aux personnes qui sont
derrière, mais simplement à leur œuvre.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 13

Pap NDIAYE
Historien, SciencesPo Paris

Chers amis,
Chers collègues,
Je voudrais remercier les organisateurs et organisatrices de cette journée. Du point de
vue des sciences sociales, de nombreux travaux ont été réalisés sur les questions du
racisme et de l’antisémitisme. Cependant, ces travaux occupent une position marginale
dans les sciences sociales françaises, qu’il s’agisse de la nouvelle histoire, de la sociologie
critique, de la sociologie pragmatique ou encore de l’anthropologie. Cet état de fait
démontre que ces questions ne sont pas non plus centrales dans l’espace politique
français.
L’histoire des mobilisations françaises est donc une suite de moments qui occupent
une place marginale dans l’espace politique. En France, l’on ne construit pas réellement
une carrière politique sur les questions antiracistes. Nous constatons par ailleurs un
affaiblissement associatif, avec de grandes difficultés pour passer le relais d’une
génération à l’autre. Peu de personnes seront en mesure de vous expliquer en quoi
consiste la semaine de mobilisation qui s’ouvre le 21 mars. Cette journée renvoie au
massacre de Sharpeville du 21 mars 1960.
La marginalité de ces questions et l’affaissement associatif peuvent s’inscrire dans une
histoire marquée par la défaite politique de l’antiracisme en France, au moins depuis les
années 1980. Aux Etats-Unis, même si les temps sont durs, nous observons des formes
de mobilisation qui s’appuient sur la mémoire de grandes victoires passées et de grandes
figures politiques. Fin janvier, les Etats-Unis organisent une journée chômée dédiée à
Martin Luther King. En France, la mémoire est beaucoup plus parcellaire. C’est une
mémoire de défaite. En raison des divisions politiques, les coalitions entre le monde des
sciences sociales, le monde de la recherche et la société civile se font de manière éparse.
Je nuancerai ces propos liminaires dans un instant. Au préalable, je vous livrerai une
tentative de définition du racisme. Le racisme consiste à définir un ensemble d’humains et,
par des attributs naturels, à en déduire des caractéristiques intellectuelles et morales qui
valent pour chacun des membres de cet ensemble, quelles que soient leurs actions et leur
volonté, et éventuellement prolonger ces représentations par des pratiques d’infériorisation
et d’exclusion.
Le racisme et l’antisémitisme font partie du présent de notre société. Nous sommes
bien revenus de l’après-guerre des années 1950, lorsque l’on pensait que l’éducation et la
lutte contre la pauvreté allaient faire reculer « la bête immonde ». Je vous renvoie à la
création de l’Unesco. Vous serez frappés par le ton optimiste des revues de l’époque, dans
un contexte marqué par la fin de la colonisation. A l’évidence, l’on peut parler d’une plus
grande visibilité du racisme et de l’antisémitisme. Pour autant, l’on ne peut dire qu’il y a
plus de racisme et d’antisémitisme qu’avant. Du point de vue de l’histoire – qui s’inscrit
dans la longue durée, le racisme tue moins aujourd'hui, même si ce n’est aucunement une
manière de relativiser la situation actuelle.
Les historiens s’accordent sur le fait que le racisme a une histoire. Il ne relève pas de
l’essence de l’humanité, mais il s’agit d’une formation historique. Le terme de « race » a
perdu son acception ancienne (qui relevait des ordres aristocratiques de l’époque
médiévale) aux alentours de 1684, pour qualifier des groupes humains auxquels il était
attribué des caractéristiques particulières. Incontestablement, les racines de
l’antisémitisme se trouvent autour de la notion de pureté de sang à l’époque des empires
espagnols et portugais.
Pour comprendre ce qui se passe dans les sociétés contemporaines, il faut se référer à
la distinction entre racisme biologique et racisme culturel. Au début du 20 ème siècle, la

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 14

France a été l’un des grands pays de production du racisme biologique. Le racisme
biologique ne s’est pas effondré brutalement à la fin de la Seconde Guerre mondiale. A
partir des années 1950 et 1960, et a fortiori des années 1970, nous avons vu émerger un
néoracisme ou racisme culturel. Cette forme de racisme se fonde moins sur une hiérarchie
raciale « biologisante », que sur des différences culturelles considérées comme
irréductibles et antagonistes, dont le groupe national devrait se prémunir. Le vocabulaire
de la culture incorpore également la religion, qui occupe aujourd'hui une place centrale
dans les expressions racistes. Le racisme biologique surgit encore de temps en temps.
Nous l’avons constaté avec cette revue d’extrême droite, qui avait publié une caricature
insultante de Christiane Taubira, alors Ministre de la justice. Après un temps de sidération,
nous avions assisté à une forme de mobilisation contre cet acte raciste, qui a d’ailleurs fait
l’objet d’une sanction judiciaire. Des historiens se demandent si le néoracisme n’est pas
sous-tendu par des considérations « biologisantes ».
Michel Wieviorka distingue quatre formes de racisme structuré. La première forme,
qualifiée d’infraracisme, se caractérise par des formes désarticulées, sporadiques,
caractérisées par des actes violents, isolés et sans organisation (insultes, tags…).
Une deuxième forme de racisme est le racisme éclaté. Cette forme, plus tangible, se
caractérise par des manifestations plus fréquentes et menées par des groupes plus
visibles, éventuellement avec des pratiques discriminatoires qui ne s’inscrivent pas
nécessairement dans le champ politique (groupuscules identitaires). Internet a fourni une
caisse de résonnance importante à ces formes de racisme appelées communément la
"fachosphère".
Une troisième forme est le racisme politique ou institutionnalisé, fortement structuré
d’un point de vue organisationnel et idéologique. Des partis politiques d’extrême droite
définissent une identité nationale menacée par les autres et le monde extérieur en général,
et influent sur l’ensemble de la vie politique. L’importance du Front national dans la société
française fait référence à cette forme de racisme culturel.
Une quatrième forme est celle du racisme total, qui revêt une forme historique : le
racisme d’Etat. Ce type de racisme qualifie les Etats qui mettent en œuvre des politiques
de destruction et de ségrégation en mobilisant les ressources policières et judiciaires de
l’appareil d’Etat.
Je partage le point de vue de Marie-Anne Matard-Bonucci, lorsqu’elle considère que le
qualificatif de racisme d’Etat n’est pas approprié pour définir la société française
contemporaine. Les ressources de l'Etat sont plutôt mobilisées dans le sens de la lutte
contre le racisme et l’antisémitisme, même si les modalités peuvent être critiquées. Cette
qualification ne me paraît pas non plus adéquate politiquement, car si l'Etat met en œuvre
un racisme d’Etat, il n’y a plus lieu de discuter avec l’Etat, qui devient alors un adversaire.
Si l’antisémitisme est une forme de racisme, pourquoi mentionner cette forme
spécifique ? Du point de vue des sciences sociales, cette question mérite d’être
reformulée. Premièrement, il convient de regarder les formes spécifiques de racisme. Les
formes de racisme ont des histoires propres, qui se sont entrecroisées cependant.
L’antisémitisme revêt une forme particulière, bien qu’il soit lié à d’autres formes de
racisme. Il faut penser la spécificité des formes de racisme, sans pour autant naturaliser
ces formes pour les considérer comme des formes radicalement différentes. Si les Juifs
ont subi des formes particulières de persécution et de discrimination, il est très important
de le reconnaître pour parler d’antisémitisme, tout en reconnaissant que ces formes ne
sont pas des absolus dans l’Histoire. Il existe d’autres formes de racisme : racisme noir,
racisme d’exploitation, racisme antimusulman... En France, l’islamophobie vise les
personnes vues comme arabe. Dans le vocabulaire courant, un Arabe est musulman, et un
musulman est arabe. Cette analogie renvoie à celle que l’on entend au Royaume-Uni
(entre un Indien et un Pakistanais) ou encore en Allemagne (au sujet des Turcs). Parler de
racisme, c’est aussi penser des formes particulières de racisme, et les décrire sans les
rendre étanches les unes par rapport aux autres.

Paris, le 7 décembre 2016


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Une deuxième série de questions relève des perspectives constructivistes. Dans


l’expression « racisme et antisémitisme », nous faisons référence non seulement au
racisme (perçu par un certain nombre de militants associatifs comme une catégorie fourre-
tout), mais aussi à l’antisémitisme. Ce ne sont pas les formes qui inventent le vocabulaire
qui les décrit. Il ne s’agit pas de déterminer si l’islamophobie est une notion utile ou non,
mais d’insérer cette notion dans une histoire de lutte de reconnaissance. Certains de nos
compatriotes souhaitent que cette notion s’installe dans le vocabulaire politique pour
décrire des torts subis. En d’autres termes, les situations de violence réelle et symbolique,
les situations de racisme ne fabriquent pas naturellement le vocabulaire pour les décrire.
Les luttes de reconnaissance peuvent aussi être menées par des personnes dont les torts
ont été reconnus par le vocabulaire. Je pense en particulier à des travaux récents, qui
montrent comment des associations juives ont milité pour que l’attentat de la rue Copernic
(1980) soit qualifié d’attentat antisémite, alors que les autorités émettaient des réticences
quant à ce qualificatif.
Par ailleurs, la notion même de discrimination a fait l’objet de forts débats de
reconnaissance à partir de la fin des années 90. Au début des années 90, la notion de
discrimination était très mal installée dans le vocabulaire des sciences sociales. Il a fallu
des formes de mobilisation de la société civile et d’un certain nombre d’acteurs
universitaires et politiques pour que cette notion acquière une forme de visibilité politique.
S’agissant du rôle des universités, deux écueils doivent être évités. Le premier écueil
consiste à penser les universités comme des tours d’ivoire miraculeusement préservées
des grands courants qui traversent la société française. Le deuxième écueil consiste à
considérer que les universités ne seraient que le simple reflet de la société, et que les
grands courants de la société se refléteraient de manière quasiment mécanique dans le
fonctionnement social et associatif des universités. L’université est à la fois en porosité
avec la société, sans être son reflet mécanique.
La production et l’enseignement de savoirs universitaires sur les questions de racisme
et d’antisémitisme sont essentiels, mais ne peuvent permettre de produire de manière
naturelle des effets dans l’université, et encore moins à l’extérieur. Il faut un militantisme
intellectuel et civique de la part des acteurs de l’université (étudiants, personnels) pour
inventer des formes de mobilisation à l’intérieur et à l’extérieur de l’université, et ainsi peser
d’une quelconque manière sur les débats en cours dans la société française – y compris
dans la campagne présidentielle.

Echanges avec la salle


Un intervenant, chargé de mission Ethique, responsabilité sociale et
développement durable, Université Paris Dauphine
Pour l’animation du réseau, il me paraîtrait pertinent de tirer parti de l’existant, et
notamment du Collectif pour l'Intégration de la Responsabilité Sociétale et du
développement durable dans l'Enseignement Supérieur (CIRSES). Si vous envisagez la
création d’une plate-forme numérique, je vous invite à enrichir la plate-forme existante
ESResponsable.org.
****
Projection de la vidéo de présentation du site « Eduquer contre le racisme et
l’antisémitisme », conçu en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale, de
l’enseignement supérieur et de la recherche, Canopée, et la DILCRA. Le site est destiné à
fournir des ressources aux enseignants et aux référents

****

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 16

Clôture de la matinée

Najat VALLAUD-BELKACEM
Discours de Madame la ministre de l’Education Nationale, de
l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Seul le prononcé fait foi.

Madame la Directrice Générale de la DGESIP, chère Simone BONNAFOUS,


Monsieur le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme,
Monsieur le Président de la CPU,
Mesdames et messieurs les présidentes et les présidents d’université,
Mesdames et messieurs les présidents et directeurs d'écoles et d'instituts,
Mesdames et Messieurs les présidents et directeurs d’établissements et d’organismes,
Mesdames et messieurs les référentes et les référents,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

1. Dans les tensions dont nous souffrons, dans les crises que nous traversons,
dans les défis que nous devons relever, dans tout cela, nous avons une
force, une ressource et une chance : l’enseignement supérieur et la
recherche.
Oui, c’est dans une époque troublée que nous avons besoin de la pensée, de
l’analyse, de tout ce qui forge la singularité de celles et de ceux que Gaston BACHELARD
appelait « les travailleurs de la preuve ».
Oui, dans un monde de plus en plus complexe, où les opportunités comme les
menaces se multiplient à un rythme effréné, où les innovations nourrissent le meilleur de
l’humanité comme le pire, la science, la recherche et la transmission des savoirs doivent
être, pour nous, une priorité.
Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est la rigueur et l’exigence de la réflexion, autour
d’un enjeu, malheureusement, contemporain : le racisme et l’antisémitisme prospèrent sur
les tensions actuelles, et sont entretenus par des armes de propagande dont les contenus
peuvent se diffuser encore trop facilement. Ils se trouvent à portée de clic, et instaurent
des logiques délétères contre lesquelles nous devons agir, mais contre lesquelles nous
avons aussi besoin de la pensée.
L’alliance de l’action et de la pensée se trouve au coeur de la journée qui nous
rassemble aujourd’hui, consacrée aux référents chargés de la lutte contre le racisme et
l’antisémitisme dans nos universités, dans nos établissements de l’enseignement supérieur
et de recherche, dans nos grandes écoles. Et je veux saluer la présence des trois
conférences d’établissement dans ce dispositif.
2. Avec ces référents, c’est un réseau inédit que nous installons, non seulement
dans le paysage universitaire français, mais aussi en Europe.
Oui, mesdames et messieurs, je crois qu’il faut un moment mesurer la portée de ce qui
se joue, ici, avec vous, aujourd’hui, et au quotidien dans nos établissements. Je tiens donc
à remercier les plus de cent référents déjà installés au sein des établissements de
l’enseignement supérieur et de la recherche. Avec eux, avec vous, c’est une mobilisation
inédite qui se concrétise. Elle s’inscrit dans la grande mobilisation du Ministère de
l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et de ses

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 17

partenaires, annoncée le 22 janvier 2015, au lendemain des attentats perpétrés à Paris.


Dans cette grande mobilisation, nous avions insisté, en particulier, sur la responsabilité
sociale de l’Enseignement supérieur et de la recherche, sur l’importance de son rôle et de
sa place pour répondre à l’invitation du Président de la République qui avait élevé la lutte
contre le racisme et l’antisémitisme au rang de Grande cause nationale 2015.
L’instauration des référents racisme et antisémitisme dans l’Enseignement supérieur et
la recherche est une nouvelle pierre à l’édifice de tout ce que nous avons réalisé depuis
près de deux ans pour répondre à cette exigence républicaine. Le rôle de ces référents est
donc essentiel. Il ne peut se résumer à la seule mission de prévention contre le racisme et
l’antisémitisme dans nos établissements. C’est aussi mobiliser les équipes, monter des
projets, un point que vous aborderez notamment dans les ateliers que vous aurez cette
après-midi. C’est formaliser des dispositifs de lutte contre les discriminations, nouer des
partenariats au niveau territorial ou national. C’est identifier les ressources et coordonner
les équipes universitaires travaillant sur ces sujets. C’est donc un travail complexe dont
vous avez la charge, et je connais la difficulté de votre tâche.
Je sais aussi que plusieurs d’entre vous ont manifesté le désir et le besoin d’avoir une
vision plus claire de leur rôle, et de pouvoir s’appuyer sur une réflexion collective. Le rôle et
la place des référents ont été rappelés dans le plan national d'action contre le racisme et
l'antisémitisme annoncé par le premier ministre à Créteil le 27 avril 2015, mais ils doivent
encore gagner en précision. Oui, il nous faut donner des repères clairs aux référents, pour
qu’il puisse à leur tour les fournir aux équipes, aux étudiantes et aux étudiants. C’est le
sens de cette journée qui, par sa structure même, associe la pensée et l’action, avec, ce
matin, des conférences, et, cet après-midi, des ateliers pratiques.
3. Donner des repères, accompagner, c’est aussi, je veux insister sur ce point,
ce que nous faisons pour nos enseignants, dans le primaire et dans le
secondaire.
Dans ce travail, nous nous appuyons, ici encore, sur les apports de la recherche et de
l’enseignement supérieur. Oui, nous l’avions dit au lendemain des attentats de janvier
2015, et je veux le redire aujourd’hui : nous avons besoin de créer et de renforcer les liens
entre la société et l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous ne pouvons plus
tolérer l’écart qui trop souvent sépare la société et les chercheurs. Nous devons retrouver
un élan, renouer avec une ambition ; celle des Lumières et, plus anciennement encore,
celle de l’Humanisme de la Renaissance. Les lumières, l’humanisme ne sont pas de
simples mots, des époques que l’on brandirait, un peu au hasard, pour se donner du
courage. Non, c’est bien un même objectif qui est, je crois, au cœur de la période que nous
traversons. Comme l’écrivait Kant : « Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton
propre entendement. Voilà la devise des Lumières. »
Aujourd’hui, cette devise, il est urgent de la faire nôtre. Dans cette perspective, et alors
que les attentats nous ont rappelé que la République n’était jamais acquise, mais toujours
à conquérir et à défendre, nous devons assumer nos valeurs, les expliquer, les transmettre
et les enseigner. L’héritage des Lumières et de l’Humanisme, l’exigence de la raison et de
la pensée, c’est aussi de ne pas fermer les yeux devant de tels problèmes, en particulier
dans des périodes comme celles que nous traversons, où nous sentons que les risques de
division sont réels, et que les tensions sont grandes. Ni le racisme, ni l’antisémitisme, ne
sont des fatalités. Ce sont des fléaux contre lesquels nous devons non seulement lutter,
mais aussi contre lesquels nous pouvons l’emporter.
4. Depuis deux ans, que voyons-nous ? Que ce changement de cap, que cette
mobilisation très forte, donne des résultats visibles.
Ces résultats, ce sont des actes antisémites qui ont diminué de 61 % et les actes anti
musulman de 52 % sur les 10 premiers mois de 2016, par rapport à la même période de
2015. Evidemment, vous savez bien qu’un phénomène aussi complexe ne se résume
jamais à une seule cause, et qu’il y a de nombreux facteurs qui expliquent cette baisse.
C’est une vigilance accrue des pouvoirs publics et une plus grande judiciarisation dans le

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 18

traitement de ces actes. C’est une mobilisation interministérielle d'une ampleur inédite
avec la mobilisation de 100 millions d'euros de crédits consacré à cette lutte contre le
racisme et l'antisémitisme. Ces résultats confortent également le travail initié au sein de
l'éducation nationale avec une mobilisation sans précédent pour éduquer les élèves et les
sensibiliser à ces problématiques directement reliées au vivre ensemble dans notre
société. J’ai d’ailleurs remarqué que nombre des référents nommés pour l’Enseignement
Supérieur et la Recherche, sont souvent des référents égalité ou parité, preuve que ces
différentes problématiques sont évidemment liées.
Je ne passerais pas en revue tout ce que nous faisons dans l’Education Nationale, jour
après jour, et qui prend un relief particulier à l’occasion de la semaine de lutte contre le
racisme et l’antisémitisme, autour de la journée du 21 mars. Cependant je veux insister sur
la nécessité d’avoir, à nos côtés, pour accompagner nos enseignants, l’Enseignement
Supérieur et la Recherche. Oui, il nous fallait apporter des ressources nouvelles, adaptées
à la réalité du terrain, dont les acteurs éducatifs avaient cruellement besoin et dont ils
étaient dépourvus. Il nous fallait les produire en fédérant les auteurs et les équipes les plus
exigeantes sur ces sujets complexes, dans une approche scientifiquement et
pédagogiquement éprouvée. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail réalisé en lien avec la
DILCRA pour structurer les ressources dédiées à la thématique qui nous rassemble au
sein du portail Canopé pour les valeurs de la République.
Ces ressources mobilisent des dizaines de penseurs, intellectuels, universitaires,
historiens, philosophes, autant d’éminentes personnalités dont les travaux de recherche ne
souffrent d’aucune remise en cause. Ils viennent désormais enrichir une offre de
ressources remarquables mises à la disposition des enseignants et de toutes les
personnes désireuses d’approfondir leurs connaissances sur la diversité des champs que
recouvrent les questions du racisme et de l’antisémitisme. Oui, il nous fallait établir un lien
solide entre la recherche et l’éducation, en partageant avec eux le constat que le racisme,
comme tout phénomène complexe, ne peut être appréhendé qu’à l’aide de notions et de
concepts solidement établis, de données et de contextes précis, d’outils et de méthodes.
J’ai ainsi lancé une mission d'étude sur la recherche et l'enseignement des crimes de
masse et des génocides avec plus de 50 chercheurs français et internationaux, en majorité
des historiens, pour nous aider à identifier les lieux et les équipes où se pensent ces
sujets. Je salue d’ailleurs l’historien Vincent DUCLERT présent parmi nous dans cet
amphithéâtre.
Bien d'autres actions ont permis d'éveiller les consciences sur la nécessité de
s'emparer de ce sujet majeur qui est un fondement de notre République, car il fonde notre
unité nationale. C’est pourquoi je veux saluer la mobilisation de tout un gouvernement
répondant à l'appel du président de la République et à celui du Premier ministre d’alors,
avec un engagement interministériel dans la complémentarité des actions qui a permis
l'obtention de ces excellents résultats, qu'il s'agit de poursuivre.
5. En effet, la France avait pris beaucoup de retard dans ce domaine au cours
de ces dernières années.
On a beaucoup parlé des « territoires perdus » de la République, de ces
établissements où pouvait être contesté l'enseignement de l'histoire de la Shoah, où le
racisme et l'antisémitisme seraient devenus la règle. Évidemment cette vision par trop
manichéenne ne saurait correspondre entièrement à la réalité. Pour autant, comment ne
pas percevoir le délitement du lien social dans notre pays, l'approfondissement des
fractures entre nos territoires, et la montée d'un discours de repli identitaire, d'intolérance,
de haine dans le pays ?
La montée des populismes, si le récent vote des Autrichiens est venu démontrer qu'elle
n’était pas une fatalité pour l'Europe, doit néanmoins constituer, pour nos démocraties, une
alerte. Ce phénomène doit non seulement nous interroger mais aussi continuer de nous
mobiliser sans relâche. Cette première journée permet donc non seulement de faire le
point sur la désignation effective de ses référents dans une centaine d'établissements,

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 19

mais la pluralité de vos interventions démontre l'intérêt d'une approche pluridisciplinaire de


ces questions.
Eh bien, ce sont des liens analogues que nous devons tisser entre l’Enseignement
Supérieur et la Recherche d’une part, et l’Education Nationale d’autre part. Oui, il est
indispensable de montrer l'interdépendance des équipes de l'éducation nationale et des
milieux de l'enseignement supérieur, de la recherche, des grandes écoles, des universités,
des laboratoires et des centres de recherche pour progresser ensemble dans ce combat
pour les valeurs de la République.
Les excellents résultats que j’évoquais montrent en effet qu’il n’y a pas de caractère
inéluctable à la montée du racisme et de l'antisémitisme. Ils témoignent également d’une
chose importante : c’est que dans une période troublée et dans un climat de tension lié aux
attentats, nos concitoyennes et nos concitoyens ont su rester mesurés et ne pas
succomber à la haine, à la colère ou à la peur.
6. Alors, dans ce cadre, avec vous, je veux aussi en profiter pour aborder un
point auquel je vous sais sensibles : la rigueur et le respect du sens de mots.
L’attention portée à leur signification et à leur définition.
Contrairement à ce que les discours populistes ne cessent de répéter et de scander à
longueur de meeting, la bien-pensance et le politiquement correct ne sont pas des insultes.
Oui, les mots ont un sens, une signification, et on ne peut pas, sans conséquence, les
déformer et les moquer. C’est ce que rappelait avec force Musset, dans sa pièce
Lorenzaccio, au cœur d’une époque également troublée, je cite : « Ceux qui mettent les
mots sur leur enclume, et qui les tordent avec un marteau et une lime, ne réfléchissent pas
toujours que ces mots représentent des pensées, et ces pensées des actions. »
A quel moment « bien penser » serait un défaut ? Quand je dis bien penser, ce n’est
pas se soumettre à du prêt-à-penser, mais se donner les moyens de développer une
pensée rigoureuse, argumentée, alliée à un esprit critique. Moquer la bien-pensance, c’est
symptomatique d’une époque qui a tendance à méconnaître, quand elle ne le méprise pas,
l’importance de ce qui se joue dans nos établissements de l’enseignement supérieur et de
la recherche. De la même façon, « politiquement correct » est devenu synonyme
d’aveuglement. Pourtant, à quel moment être correct politiquement constituerait un grave
défaut ? Cela signifie tenir compte, par la politique, de la réalité, de sa complexité, et ne
pas tomber dans les biais de l’amalgame et de la généralisation. Nous sommes, vous le
voyez, bien éloignés de la cécité volontaire. Etre correct, bien penser, cela traduit au
contraire une volonté de lucidité et de rigueur au cœur des crises que nous traversons.
Les tensions et les crises auxquelles nous faisons face sont trop importantes et trop
sérieuses pour ne pas les envisager avec sérieux. Ce que nous voulons, c’est leur
apporter des réponses qui, au lieu d’attiser les haines et les passions, donnent une
appréhension rigoureuse de la complexité du monde. S’il est une chose que la science, la
recherche, et l’enseignement supérieur n’ont cessé de nous montrer, au fil des siècles,
c’est qu’à la complexité du monde, il faut répondre par la complexité de la pensée. Se
réfugier dans des réponses simplistes et outrancières serait catastrophique. C’est pourquoi
je tiens à vous remercier, toutes et tous, pour votre engagement et votre volonté, que je
partage, et pour votre détermination, qui est aussi la mienne, à ne jamais laisser le trouble
des temps venir troubler nos esprits.
Je vous remercie.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 20

Point juridique : « Que dit, que peut le droit ? »


Participent à cette table ronde :
Caroline NISAND, Directrice adjointe des affaires criminelles et des grâces, Ministère
de la Justice ;
Annabelle PHILIPPE, Vice-procureure au Parquet de Paris.
Cette table ronde est animée par Emmanuel ROUX, Président de l’Université de
Nîmes et Président de la commission juridique de la CPU.

Emmanuel ROUX
Bonjour à tous. Cette journée est également destinée à prévenir les actes racistes et
antisémites dans les établissements, avant la procédure pénale. La commission juridique
de la CPU est l’interface de l’ensemble des référents. Nous espérons de cette journée
qu’elle puisse permettre l’instauration d’un véritable réseau de coopération.
Nous proposons de vous rencontrer une fois par an pour recueillir vos témoignages et
déterminer ensemble les réponses à apporter aux problématiques identifiées.
Le président d’université, lorsqu’il a connaissance d’actes de racisme ou
d’antisémitisme, doit réagir immédiatement. En cas d’inaction, il engage sa propre
responsabilité pénale et celle de son établissement. Dans certains cas, il peut intervenir
dans le cadre du droit administratif. Dans un cadre de prévention, il peut prendre des
mesures de police. Si les actes se sont déjà produits, il doit engager une procédure
disciplinaire, voire une procédure pénale. Le recteur a un pouvoir de substitution en cas
d’inaction du président d’université. Pour les BIATSS, le pouvoir disciplinaire est exercé
par la tutelle. Pour un étudiant, la sanction disciplinaire peut aller jusqu’à l’exclusion
définitive et, pour un enseignant-chercheur, jusqu’à la révocation. Il est impensable qu’une
sanction pénale ne s’assortisse pas de sanctions disciplinaires. Le juge pénal, comme la
commission disciplinaire, évaluera les faits.
Si un établissement prend une mesure discriminatoire, cette décision peut être
attaquée devant le juge administratif. Si d’aventure une mesure discriminatoire provoque
un préjudice, la victime pourra prétendre à des dommages et intérêts au titre du préjudice
subi. Si, par son attitude ou ses décisions, le président d’université porte atteinte à
l’article 125-1 du Code pénal, il pourra relever d’une procédure pénale.
Si, dans le cadre de leur service, les enseignants-chercheurs ou les personnels
BIATSS démontrent qu’ils font l’objet d’actes, de propos ou de mesures racistes ou
antisémites, ils sont en droit de demander au chef d’établissement d’activer la protection
fonctionnelle. Le Président d’Université doit intervenir par tous les moyens possibles et
indemniser la victime en cas de préjudice.

Caroline NISAND
La Direction des affaires criminelles et des grâces intervient en matière de normes
pénales, dès lors qu’un projet ou une proposition de loi comprend une sanction pénale. Il
lui appartient de donner aux procureurs de la République et aux procureurs généraux des
instructions générales pour décliner localement les actions initiées au niveau national.
En matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, l’évolution va vers une
aggravation des sanctions encourues. En outre, depuis plusieurs années le Ministère de la
Justice a à cœur de mettre en place une politique dynamique afin de lutter contre toutes
les formes de racisme et d’antisémitisme.
L’article 40 du Code de procédure pénale impose à tout fonctionnaire une obligation de
révélation de tout acte répréhensible dont il aurait à connaître. Le niveau d’intervention est

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 21

alors double (disciplinaire et pénal), quelle que soit la liberté dont bénéficient les
enseignants-chercheurs dans l’exercice de leurs fonctions.
La protection de la liberté d’expression est garantie par l’article 10 de la Déclaration
des droits de l’Homme et du citoyen et l’article 10 de la Convention européenne des droits
de l’Homme. La protection de la liberté d’expression des enseignants est renforcée par la
loi du 12 novembre 1968 d’orientation de l’enseignement supérieur et par l’article 3 de la loi
du 26 janvier 1984 relative à l’enseignement supérieur. Les fonctionnaires et agents non
titulaires bénéficient également de la liberté d’expression. Des limites sont néanmoins
posées à cette liberté d’expression à travers l’obligation de neutralité et de réserve.
L’obligation de neutralité pèse sur les enseignants-chercheurs, comme sur tout agent d’un
service public. Elle est le corollaire du principe de neutralité du service public et du principe
d’égalité de traitement des usagers du service public.
Pour les enseignants-chercheurs, l’obligation de neutralité prend une forme différente,
puisqu’il leur est permis d’exprimer une critique à l’égard de toute forme de pouvoir. Leur
liberté d’expression concerne tant leur activité d’enseignement que leur activité de
recherche. A la différence de l’obligation de neutralité, l’obligation de réserve s’étend aux
propos tenus en dehors du service. Elle impose aux agents une retenue dans leurs propos
tant durant le temps de travail qu’en dehors de leurs fonctions. Pour les enseignants-
chercheurs, la liberté d’expression a pour effet d’écarter l’obligation de réserve.
Néanmoins, des limitations sont nécessaires pour assurer le respect de l’ordre public.
Les réformes législatives se sont traduites par une pénalisation du mobile lié à
l’appartenance d’une personne à une ethnie, à une nation, à une prétendue race ou à une
religion.
Selon l’article 225-1 du Code pénal, constitue une discrimination toute distinction
opérée entre les personnes physiques à raison de leur appartenance ou de leur non-
appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, à une nation, à une race ou à une religion
déterminées. L’alinéa 1er de l’article 225-2 du Code pénal dispose que la discrimination
commise à l’égard d’une personne physique est punie de 3 ans d’emprisonnement et de
45 000 euros d’amende. Lorsque la discrimination est commise dans un lieu accueillant du
public, les peines sont portées à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. En
vertu de l’article 432-7 du Code pénal, la discrimination commise à l’égard d’une personne
physique par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de
service public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa
mission est punie d’une peine de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Les
universités relèvent de la catégorie des établissements publics à caractère administratif.
Les enseignants-chercheurs qui y exercent sont considérés comme chargés d’une mission
de service public et sont donc susceptibles de faire l’objet de sanctions aggravées.
La loi du 29 juillet 1981 relative à la liberté de la presse a aussi fixé des limites à la
liberté d’expression dès lors que les propos litigieux comportent un caractère raciste ou
antisémite. Cette loi réprime la diffusion et la publication de propos à caractère raciste ou
antisémite dès lors qu’ils entrent dans la catégorie de la provocation publique à la
discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse. Lorsque cette provocation
est caractérisée, elle est punie d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende,
Comme par exemple, la référence publique à une internationale juive. La diffamation
publique ou l’injure publique à raison de l’appartenance ou la non-appartenance à une
ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées sont également des délits punis d
d’emprisonnement et d’ d’amende. La contestation de crimes contre l’humanité et
l’apologie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crimes ou de délits de
collaboration avec l’ennemi sont de même façon punies de peines d’amende et
d’emprisonnement.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 22

Plusieurs réformes sont actuellement envisagées et sont en cours de discussion


devant le Parlement dans le cadre du projet de loi Egalité Citoyenneté pour améliorer la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme ;Elles consistent principalement en :
- une simplification de la répression des délits de presse racistes ou discriminatoires,
en supprimant certaines exigences procédurales de la loi de 1881,
- la généralisation dans le code pénal de la circonstance aggravante de racisme.
En matière de politique pénale, l’action du Ministère de la Justice consiste à donner
des instructions aux parquets pour sanctionner chaque acte raciste ou antisémite et à
protéger les victimes, et plus spécifiquement les utilisateurs d’Internet de la propagation de
la haine. Il s’agit de rendre la sanction pénale plus efficace et plus pédagogique en
développant les peines alternatives ou complémentaires, pour faire en sorte que les
intéressés soient dans une démarche de réformation de leur comportement. Il leur a ainsi
été demandé de développer des stages de citoyenneté pour éduquer les intéressés et leur
rappeler les valeurs de la République.
L’article 40 du Code de procédure pénale impose à tout fonctionnaire et à tout agent
public de dénoncer auprès du procureur de la République les infractions dont ils sont les
témoins. Si cet article n’est pas mis en œuvre, il ne faut pas s’étonner que les victimes
renoncent à déposer plainte. Vous pouvez prendre contact avec le référent racisme et
antisémitisme de chaque parquet pour dénoncer les faits dont vous êtes les témoins.

Annabelle PHILIPPE
Le parquet est l’autorité qui reçoit les plaintes sur le fondement de l’article 40. Il dirige
les enquêtes et décide de saisir ou non une juridiction. Les juges du siège prennent les
décisions.
Des instructions de politique pénale sont régulièrement données aux parquets en
matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme afin que soit donnée une réponse
pénale systématique et ferme à tout acte raciste dont l’auteur est identifié
Il convient de distinguer selon que les discours racistes, actes de violence ou de
discrimination sont commis par des professeurs d’université ou par des élèves. Dans les
établissements universitaires, il n’y a pas de place pour ce type d’agissements.
L’Université de Lyon s’est fait connaître pour certains de ses professeurs, qui ont pu tenir
des propos racistes, voire révisionnistes. Ils ont été poursuivis devant les juridictions
pénales. Ces faits doivent être signalés auprès de l’autorité judiciaire.
Le parquet de Paris reçoit peu de signalements de la part de l’éducation nationale.
Néanmoins s’il est important que des propos ou à caractère raciste soit signalés au
parquet afin que des poursuites puissent être engagées, il est important qu’au sein même
de l’université ces actes soient traités de façon administrative.
Il a été décidé de créer des référents racisme et antisémitisme, sans doute car on a
souhaité rappeler que l’université doit inculquer les valeurs de la République, les valeurs
de lutte contre le racisme et les discriminations, et donc, les valeurs du vivre ensemble.
L’université doit s’emparer de la prévention et de la répression des actes racistes et
antisémites. A ce titre, il lui revient de vérifier si les propos des enseignants et des élèves
se tiennent en son sein ou sur les réseaux sociaux. A titre d’exemple, le parquet de Paris a
été saisi, par des élèves, à la suite de propos racistes et révisionnistes tenus par une
enseignante d’un lycée parisien sur son blog. La réponse disciplinaire a été immédiate et le
blog a été fermé. En tant que référents racisme et antisémitisme, je vous invite à réaliser
une veille des réseaux sociaux et des blogs.
Autre exemple : à un élève qui avait fait une quenelle dans un amphithéâtre, sans pour
autant s’inscrire dans une démarche de militantisme, le parquet a prescrit un stage de
citoyenneté au Mémorial de la Shoah avec qui une convention a été signée par le parquet
de Paris. Le Mémorial de la Shoah propose ainsi un stage de lutte contre le racisme, qui
peut être prononcé soit comme alternative aux poursuites, soit comme peine, au cours

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 23

duquel les participants sont invités à réfléchir sur les notions de cliché et de racisme. Ils
rencontrent à cette occasion des enseignants de collèges ou lycées classés ZEP, mais
aussi, des rescapés de la Shoah et du génocide au Rwanda. Une réponse pédagogique
peut s’avérer bien plus utile lorsque les faits reprochés ne s’inscrivent pas dans un racisme
militant.

Emmanuel ROUX
Je vous remercie de cette approche pratique.

Echanges avec la salle


Une intervenante
J’ai conçu un module de lutte contre les stéréotypes. Qui a conçu le stage de
citoyenneté ?

Annabelle PHILIPPE
Ce stage a été élaboré par le Mémorial de la Shoah dans le cadre de la lutte contre le
racisme. Il n’est donc pas ciblé sur l’antisémitisme. Le public a été élargi aux personnes qui
ont fait l’apologie d’actes de terrorisme. Je vous invite à contacter le Mémorial de la Shoah.

Une intervenante
Je tiens à vous remercier de ces deux exposés, qui sont très utiles.

Une intervenante
Je vous remercie de vos interventions. En tant qu’enseignante, j’ai une responsabilité
éthique, mais je ne savais pas que j’avais une responsabilité judiciaire. Il faut diffuser ce
message auprès du personnel universitaire.

Emmanuel ROUX
Si vous avez connaissance d’actes racistes ou antisémites, je vous invite à échanger
et mener une réflexion collective.

Caroline NISAND
Nous recevons peu de signalements de la part de présidents d’université. Il existe
différents paliers. Ces actes doivent faire l’objet d’une discussion concertée. Outre les
sanctions disciplinaires, les actes racistes ou antisémites peuvent faire l’objet de sanctions
judiciaires. Premièrement, je vous invite à en parler au sein de l’établissement, puis à
mettre en œuvre une procédure disciplinaire – qui n’est pas exclusive d’une procédure
judiciaire. Il existe également, en matière juridique, une gradation des sanctions. Seule
l’autorité judiciaire peut décider s’il y a lieu ou non d’engager des poursuites.

Annabelle PHILIPPE
Pour dénoncer des propos racistes, il faut en faire part avec la plus grande précision
possible. Je vous invite à dresser immédiatement un rapport de ce que vous avez entendu.

Une intervenante
Bien souvent, soit nous ignorons que des actes racistes ou antisémites se sont
produits, soit nous avons peur. Parfois, il est déjà trop tard pour signaler les faits.
Emmanuel Roux a évoqué des rencontres futures avec la commission juridique de la
CPU et les référents racisme et antisémitisme.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 24

Il me paraît également nécessaire d’organiser des rencontres entre les référents


racisme et antisémitisme des universités et les référents racisme et antisémitisme des
parquets généraux, afin d’aider les référents racisme et antisémitisme à diffuser la bonne
parole. Les référents des établissements ne savent pas s’ils peuvent intervenir lorsque des
propos racistes ou antisémites ont été formulés sur les réseaux sociaux. Une action de
communication est donc nécessaire pour mieux accompagner les référents racisme et
antisémitisme.

Caroline NISAND
Il me paraît effectivement opportun d’organiser une rencontre entre les référents
racisme et antisémitisme de l’enseignement supérieur et de la recherche, et les référents
des parquets généraux pour favoriser le dialogue et échanger sur les contraintes de
chacun.

Un intervenant, Aix-Marseille Université


Vos explications sont utiles. L’établissement doit être au cœur de l’action. Si les agents
ont entendu / lu des propos racistes ou antisémites, ou encore s’ils ont été témoins d’un
acte de violence, ils doivent en faire part aux conseils de l’établissement. Par ailleurs, il me
semble nécessaire de se référer au règlement intérieur et aux chartes de l’université. A
travers les textes dont il a la responsabilité, le président d’université a la capacité d’agir, en
lien avec les services juridiques de l’établissement. Si chacun agit dans son coin, cette
excellente cause va se diluer dans un amoncellement de plaintes inutiles, qui vont
paralyser le système jusqu’à le rendre totalement inefficace.

Une intervenante, DILCRA


Des comités opérationnels de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ont été institués
dans tous les départements. Ces instances réunissent les acteurs institutionnels et
associatifs du territoire autour du Préfet. Elles sont le lieu adapté pour organiser des
rencontres régulières entre les procureurs et les référents des établissements.

Un intervenant
Le terme « antisémitisme » est-il défini dans le Code pénal ? Il me semble que le Code
pénal comporte une vingtaine d’occurrences du mot « race ».

Caroline NISAND
Le mot « race » existe bien dans le Code pénal. Des évolutions législatives sont
envisagées pour remplacer ce concept par celui de « prétendue race ». En revanche,
l’antisémitisme n’existe pas en tant que tel dans le Code pénal, puisqu’il est considéré
comme une catégorie du racisme.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 25

Compte-rendu de l’atelier 1 : « Mobiliser les


équipes et monter des projets »
Auteure : Annie DUCELLIER

L’atelier a réuni une petite vingtaine de participants de toute la France et de tous types
et tailles de structures.
Les participants ont émis durant l’atelier des souhaits de partage :
 De la liste des référents avec leurs coordonnées
 Des exemples de règlement intérieur comportant des clauses liées au sujet du
racisme et de l’antisémitisme
 Des exemples de chartes existantes sur ces mêmes sujets et plus généralement
sont demandeurs d’informations pour mieux définir le périmètre de leur mission.

I) Les obstacles

Un 1er temps de partage a permis d’identifier les obstacles perçus à la mission de


référent de façon à élaborer des réponses.
Ces obstacles sont de quatre types :
1. Un manque de connaissances. La journée aura permis d’y répondre
partiellement.
2. Un entourage perçu comme peu réceptif au sujet du racisme et de l’antisémitisme,
ou dans le déni de son existence dans l’établissement, ou dans un sentiment d’une
banalisation sans conséquence des appellations.
3. Un besoin de précision sur la mission : son périmètre, les actions attendues, le
portage politique possible localement, la définition des termes, etc..
4. Un risque de manque de moyens humains, de temps, de ressources financières.

Tableau complet des verbatim

Nbre
Catégorie Verbatim d'occurrences

Connaissances Manque de préparation juridique, connaissance des cité 2 fois


textes juridiques, à quel moment démarre une procédure
Connaissances Méconnaissance des qualifications d'agissement
antisémites ou racistes par les équipes pédagogiques
Connaissances Méconnaissance des droits et devoirs de chacun :
étudiants, enseignants-chercheurs, BIATOSS
Déni Mobiliser les équipes, possible inertie de cité 2 fois
l'établissement
Déni Désintérêt des collègues et chefs de département pour
ces questions
Déni Il n'y a pas de propos racistes à l'Ecole selon le
Directeur
Déni "Les propos racistes sont des plaisanteries de nos
jours" des élèves

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 26

Déni La banalisation
Mission Le flou sur le périmètre de l'action, la méconnaissance cité 5 fois
du périmètre de la mission, pas de direction claire,
définition précise de la mission
Mission "Pourquoi antisémitisme et pas islamophobie ?
"demandent des collègues
Mission Portage politique interne à définir
Mission Quelles actions pour quels impacts (évaluation des
actions)
Moyens Financier, financements, manque de moyens, manque cité 8 fois
de temps
Moyens Relais internes et externes ?
Moyens Les contraintes internes et externes de l'Université
Moyens Manque d'interaction entre les différents services et
institutions de l'Université (CHSCT, service juridique,..)
Moyens Isolement par rapport aux autres missions

II) Les ressources

Dans un 2ème temps, les participants ont recherché les ressources à leur disposition, ou
celles qu’ils devraient identifier chacun dans leur environnement spécifique.
Ces ressources ont été réparties en 5 groupes :
1. Personnes internes et personnes externes, nominativement et/ou de par leur
fonction
2. Lieux internes et externes
3. Evénements déjà existants sur lesquels s’appuyer, propres à l’établissement,
régionaux, nationaux…
4. Disciplines enseignées dans l’établissement et domaines de recherche sur
lesquels s’appuyer pour traiter du racisme et de l’antisémitisme. De nombreuses
disciplines peuvent en effet être concernées : droit, philosophie, sociologie,
psychologie et psycho-sociologie mais aussi statistiques, biologie, économie,
sciences de la gestion etc…
5. Media : en particulier périodiques et sites Internet propres à l’institution

Pour les personnes internes, la liste établie est la suivante (le chiffre entre parenthèses
indique le nombre d’occurrences)

Personnes internes (par ordre alphabétique)


 Assistante sociale
 Associations étudiantes (2)
 CHSCT
 Collègues
 Conseil de la Vie Universitaire
 DGS
 Direction SHS (2)
 DPIL
 Ingénieur hygiène et sécurité

Paris, le 7 décembre 2016


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 Logistique
 Présidence et Vice-présidence (2)
 Relais handicap
 Réseau intra COMUE
 SCRSE
 Service de communication (4)
 Service juridique (3)
 Service Qualité de Vie
 Service RH (4)
 Syndicats
 UPE
 UR2
 Vice-présidence étudiante

Personnes externes (par ordre alphabétique)


 Acteurs politiques
 Associations
 Collectivités territoriales
 CPED
 Défenseur des droits local (2)
 DILCRA (2)
 Entreprises
 LICRA (3)
 MRAP
 Préfet
 Procureur
 Référent racisme du parquet (2)
 Réseau inter COMUE
 Service civique : sensibilisation
 SOS Racisme

Les lieux devront faire l’objet d’une recherche ultérieure plus approfondie.
Quelques lieux ont été cités comme le Musée de la Résistance et de la Déportation
(Besançon), l’ancienne mine de Wallers-Aremberg pour une histoire forte sur l'intégration,
le camp de concentration de Natzweiller Struthof (Alsace) et les lieux autour de Verdun et
Douaumont.

De même, peu d’événements ont été évoqués, en voici quelques-uns, génériques ou


spécifiques : ceux organisés par les associations étudiantes ; les événements nationaux
contre le racisme ; la Semaine de la diversité en y ajoutant le racisme ; les Mardis de
l'Egalité à Rennes 2 "Tambour".
Les participants ont prévu de continuer à rechercher les événements déjà existants.

Concernant les disciplines enseignées et les travaux de recherche en relation avec le


sujet, les participants ont convenu d’en dresser un inventaire.

L’inventaire sur les Media a permis d’identifier déjà ceux-ci :


 Affiches
 Canal U pour diffusion de conférences

Paris, le 7 décembre 2016


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 Charte de l'usage de l'outil informatique


 Flyers
 Journal QUT
 Page spécifique sur le site de l'Université (cité 2 fois)
 Règlement intérieur
 Relais médiatiques : France 3, presse quotidienne régionale
 Réseaux sociaux : Facebook, Tweeter, Instagram
 Réseaux sociaux de l'établissement

III) Les actions

Deux temps d’échanges ont été réalisés sur les actions : d’abord des actions connues
des participants et déjà réalisées dans ce domaine ou des domaines proches. Ensuite,
chaque participant a proposé une action qu’il réalisera dans les semaines à venir.
Plusieurs ont choisi la même action.
Voici la liste de ces actions : en bleu celles réalisées – en vert celles en projet

Accès facilité à des spectacles autour de l'égalité et du genre


Ciné-débat (Metz)
Colloque sur la liberté d'expression en réponse aux attentats
Conférences
Conférences sur la laïcité (Paris)
Création d'un groupe de travail lutte contre les discriminations, Groupe de travail sur les
discriminations (Lorraine) se réunissant mensuellement (cité 2 fois)
DU Diversité à l'Université de Lorraine
Expositions, exposition sur la discrimination (Metz)(cité 2 fois)
Forum sous forme d'atelier à Metz
Guide laïcité de la CPU
Mise en avant de la valeur Humanisme au sein des programmes avec des modules
spécifiques (IDRAC)
Modules de formation créés par COEXISTER et plusieurs universités
Participation à la 9ème Quinzaine de la Diversité de Dijon
Préparation d'un questionnaire test (école doctorale)
Préparation d'une charte pour le personnel et les usagers
Semaine de la diversité organisée par des étudiants : repas de tous les pays, affichage des
drapeaux des 48 nationalités. Découverte des cuisines entre les étudiants Erasmus (cité 2
fois)
Sensibilisation des nouveaux enseignants-chercheurs et BIATSS
Théâtre forum - utilisé à Metz-Nancy
Visite de sites historiques

Article dans la Gazette de l'Ecole du Bureau des Elèves


Ciné-débat

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 29

Concours de productions artistiques : dessin, écriture, etc..


Conférence débat sur le complotisme
Continuer sur des actions existantes : mise en place des actions de la charte
Créer un groupe de travail
Faire un "nouvel an" de la Diversité
Infographie Paris Lumière à travailler avec COMUE Ile de France pour amphi des
nouveaux
Intervenir en réunion de chefs de service
Me faire connaitre en tant que référent
Mur de témoignages anonymes de la part des étudiants (déjà fait sur le sexisme)
Rencontres internationales d'artistes
Tables rondes "cet autre qui nous fait peur" à travers les pratiques artistiques
Un référent dans chaque département de la COMUE

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 30

Compte-rendu de l’atelier 2 : « Connaître et


apprendre à formaliser les dispositifs de lutte
contre les discriminations »
Animation de l’atelier :
- Caroline CAZI, Directrice des ressources humaines, de la diversité et de la RSE
de la Montpellier Business School.
- Marc RIVAULT, Chef de projet, Association Française des Managers de la
Diversité
- Benjamin FERRAN, Responsable ouverture sociale et pôle initiatives étudiants de
la Montpellier Business School.

En appui de cet atelier, un document de synthèse rappelant les différentes étapes de la


formalisation des dispositifs de lutte contre les discriminations a été transmis par Caroline
Cazi. Ce document est joint ci-dessous.

L’objectif de l’atelier était d’échanger autour des différents dispositifs de lutte contre les
discriminations, (incluant la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), qui sont mis en place
dans diverses organisations, et de voir comment les adapter aux établissements
d’enseignement supérieur et organismes de recherche.
Cet échange a eu lieu à partir des expériences de Caroline Cazi, Directrice des
ressources humaines, de la diversité et de la RSE de la Montpellier Business School, qui a
œuvré pour l’obtention du label diversité pour son établissement, et de celle de Marc
Rivault qui a participé à la rédaction du guide « Discriminations liées à l’origine : prévenir et
agir dans le monde du travail » (2016). Ce dernier co-anime actuellement le groupe de
travail de l’AFMD « Comprendre et agir contre le racisme et la discrimination raciale dans
les organisations ».
L’un des axes principaux qui a été abordé est celui de la mise en place d’un dispositif
de signalement et de traitement des situations au sein de l’établissement, voire d’un
regroupement d’établissements.
 Les animateurs ont pointé la nécessité d’une formalisation des canaux de
signalements

Cela permet, en effet, de répondre à deux écueils :


1) Le premier écueil serait de croire que si aucun signalement ne remonte dans un
établissement, cela signifie que la situation est satisfaisante. Bien souvent, le fait
que rien ne remonte traduit davantage une mauvaise prise en compte des
situations.

2) Le deuxième écueil serait de laisser une seule personne, isolée au sein de


l’établissement, recueillir les signalements, sans qu’il y ait de portage politique ou
de liens avec les autres services, comme le service juridique.

L’absence de dispositif peut engendrer des risques pour la personne victime mais
aussi pour l’établissement.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 31

 Il existe différentes possibilités de formalisation des dispositifs :


- Mise en place d’un référent interne à l’établissement
- Mise en place d’une cellule d’écoute interne
- Mise en place de dispositifs externalisés (ex : association)

Les avantages et inconvénients de chaque option sont détaillés dans le tableau du


document de synthèse (voir ci-dessous).
A noter que la cellule d’écoute n’est pas exclusive. Il est également possible de se
référer au CHSCT.
Dans les cas où une cellule interne est mise en place, il faut être attentif au nombre et
à la composition de la cellule. Celle-ci ne doit pas comporter trop de membres (3 à 4
référents maximum) pour ne pas inquiéter les auteurs de signalements sur la
confidentialité du dispositif.
 Dans tous les cas, la lutte contre les discriminations nécessite avant tout un
portage politique fort au sein de l’établissement. Afin d’obtenir ce portage politique
qui permettra aussi une meilleure coordination avec les autres services, il est
nécessaire de monter un plan d’action et de le faire valider.

 En outre, le ou les référents ou cellules d’écoute doivent se faire connaitre et


reconnaitre au sein de l’établissement. La communication interne sur ce sujet fait
partie des clés de réussite.
Si plusieurs référents sont désignés au sein de l’établissement, sur des
thématiques connexes, il est possible de proposer un « référent des référents »
qui puisse faire remonter et articuler l’ensemble des informations (ex : un VP
responsabilité sociale)

 Importance également de former les référents et qu’ils puissent échanger au sein


de réseaux

Dans tous les cas, il s’agit d’un processus d’amélioration continue.

Document de synthèse sur la formalisation des dispositifs de lutte contre les


discriminations
Réalisé par Caroline Cazi

L’objet de ce document est de relever les points clés de l’atelier 2 afin de partager un support
avec les participants et l’ensemble des référents.

I) Avant la formalisation
Les remontées quand elles existent sont désordonnées et traitées sans cadre de la part de
l’organisation. Cela peut amener des risques pour les personnes victimes qui ne savent pas vers qui
se tourner, qui ne savent pas comment sera traitée leur question, mais aussi pour l’organisation qui
ne peut pas avoir de prise sur les risques rencontrés dans son institution.
Les problèmes soulevés par l’absence de formalisation :
- Non remontée des problèmes et non traitement des situations : souffrance des collaborateurs
et / ou étudiants

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 32

- Remontée et traitement non fait ou fait de manière désordonnée : risques d’erreurs, de


mauvais modes de traitement et donc risque juridique
- Risques d’iniquité de traitement entre différentes situations
- Mise en difficulté des enseignants ou collaborateurs
- Une perte de change de s’améliorer
- Risque d’image et communication

II) Formalisation
Quelles sont les options ? quel processus de mise en place ? quels contacts utiles ?

A. Les options de formalisation


Référent Cellule interne Cellule externe
De quoi Une personne désignée dans Une cellule d’écoute Nous parlons là d’une
s’agit-il l’établissement peut être composée de 2 à plateforme web ou
plus de 10 personnes. Elle téléphonique à laquelle les
ne doit pas se substituer étudiants et collaborateurs
aux voies naturelles ont accès, qui est géré par
légales que sont le DG, les un prestataire extérieur
RH et les DP / DS / spécialisé dans ce type de
membres du CHSCT. dispositif.
Des avocats et / ou des
psychologues du travail
décryptent le problème
rencontré par la personne
qui les contacte, identifie
si la situation est
caractérisée (harcèlement,
harcèlement
discriminatoire,
discrimination, inégalité de
traitement, insultes racistes
ou antisémites etc.)
Avantages C’est le dispositif le plus Ce dispositif est Tranquillité, sécurité,
léger, le moins chronophage encore un dispositif suppression des
et budgétivore pour la interne, et il en a les contraintes CNIL,
structure. Il est souple et avantages: pas redevabilité et
peut agir vite. d’intervenants extérieurs à confidentialité assurée.
l’institution, moins de
coûts. Il supprime le frein
lié au fait que ce soit une
personne seule qui traite
les dossiers.
Inconvénients Positionnement d’une Ce dispositif nécessite Plus intrusif dans la
personne comme seule l’implication de vie de l’établissement,
répondant de ces questions. collaborateurs hors circuits coût direct plus visible
L’erreur étant humaine et les habituels, il reste un
sujets particulièrement dispositif subjectif, et
sensibles, il peut être délicat porte des contraintes
de laisser quelqu’un gérer règlementaires qui peuvent
ces situations sans appui. entraîner des irrégularités
rapidement.
Les clés de Positionnement dans Les membres de la Il est indispensable
l’institution (autonomie mais cellule d’écoute doivent d’associer les étudiants et

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 33

succès portage par la présidence / être formés à la non- les collaborateurs à cette
direction) discrimination et démarche de choisir un
sensibilisés plus dispositif externalisé, afin
particulièrement aux qu’ils puissent se rendre
questions de lutte contre le compte du traitement
racisme et l’antisémitisme. confidentiel, du
professionnalisme, du sens
Elle doit se soumettre
donné à la démarche, et
dans ses écrits et outils de
qu’ils soient des relais
reporting aux règles de la
dans la communication en
CNIL concernant les
interne.
données personnels et les
traitements des Il faut communiquer
discriminations. régulièrement.
Elle doit déclarer son
existence à la CNIL et
préciser dans quelles
conditions les données
sont traitées, partagées,
conservées, détruites.
Coût Temps de travail de la Temps de travail des Le coût (pour un
personne + une formation personnes + une formation exemple d’établissement
discrimination 1 jour et 5 discrimination 1 jour et 5 de 3000 étudiants et 250
jours de participations à des jours de participations à collaborateurs) 2000 euros
réseaux de pairs: 900 euros des réseaux de pairs: 900 HT de mise en place la 1ère
de formation + temps de euros de formation + année, 1200 euros HT
travail (dépend du nombre temps de travail (dépend d’abonnement ensuite.
d’étudiants / collaborateurs) du nombre d’étudiants / Puis pour 8h d’écoute,
collaborateurs) 1000 euros et un forfait de
150 euros par dossier
traité.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 34

B. Proposition de processus pour déterminer le mode de formalisation à retenir

• Identifier les remontées informelles existantes


Analyse du • Mettre en place des tableaux de bord
risque existant

• En fonction des volumes concernés


Choisir le • En fonction du contexte institutionnel
dispositif

• Auprès des IRP et représentants institutionnels


Communiquer
• A tous

C. Proposition de mode de traitement

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 35

Contacts utiles
Ministère Leila Wuhl-Ebguy et le réseau des Service de la coordination des stratégies de
référents lutte contre le racisme et l'enseignement supérieur et de la
l’antisémitisme recherche- DGESIP-DGRI -Ministère de
l'enseignement supérieur et de la recherche
1 rue Descartes, 75005 Paris
Tel : 01.55.55.00.94
leila.wuhl-ebguy@recherche.gouv.fr
Association française Marc Rivault 24 bis rue Greuze 75016 Paris
des managers de la
Chef de projets mrivault@afmd.fr
diversité
01 84 79 24 13
www.afmd.fr

Réseau des FACE www.face.org


territoriaux
Allo Discrim Max Mamou, avocat www.allodiscrim.fr ;
max.mamou@gmail.com les services
ALLODISCRIM sont accessibles sous
conditions d'abonnement uniquement
CPU et CGE Commissions diversité
Montpellier Business Caroline Cazi, DRH, DRSE c.cazi@montpellier-bs.com 0467102660
School

Paris, le 7 décembre 2016


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Compte-rendu de l’atelier 3 : « Nouer des


partenariats territoriaux et nationaux »
Animation de l’atelier :
- Célia HIMELFARB, IEP Grenoble
- Gil EMPRIN, Musée de la résistance et de la déportation de l’Isère
- Bernard MOSSE, Fondation du Camp des Milles

Les animateurs de l’atelier rappellent les liens profonds entre immigration et lutte
contre le racisme, qui se retrouvent dans le contexte actuel.
Ils pointent le fait que la « Cité » a besoin de l’université et vice-versa. Ce qui pose de
façon encore plus nécessaire la question des partenariats.
La connaissance est essentielle pour combattre le racisme et l’antisémitisme. Elle
permet également de distinguer les différents phénomènes et notions (différences entre
racisme, nazisme, fascisme…).
Plusieurs initiatives, reposant sur des partenariats forts entre établissements et acteurs
territoriaux, ont été exposées au cours de l’atelier :
 Bernard Mossé, Camp des Milles

Le camp des Milles a été missionné par l’université Aix-Marseille pour un partenariat
de recherche, formalisé au sein d’une chaire UNESCO. Les points du
partenariat comprennent différent axes : la recherche, la formation, l’éducation et la culture.
Le camp des Milles travaille en outre avec l’ESPE pour inclure cette thématique dans
les cursus, du M1 jusqu’à la quatrième année des enseignant-e-s. Un partenariat existe
également avec le Musée de l’histoire de l’immigration.
Le camp des Milles a également signé une convention avec le centre national de la
fonction publique territoriale (CFNPT) pour la formation des fonctionnaires concernant la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
 Gil Emprin, musée de la résistance et de la déportation de l’Isère

Le musée de la résistance et de la déportation de l’Isère est un musée départemental.


Il reçoit 10 000 scolaires sur 25 000 visiteurs.
Il propose des expositions sur des sujets historiques (BD & Résistance, les Italiens en
Isère pendant la Seconde Guerre mondiale…) ainsi que des expositions d’actualité
(réfugiés cambodgiens, réfugiés argentins à Grenoble, exposition sur le sort des Roms
pendant la Seconde Guerre mondiale, exposition sur le camp de réfugiés de Sangatte…).
Un important travail est fait avec les associations pour concevoir les expositions. C’est
toutefois le musée qui détient « la clé » et détermine « le ton » des expositions afin de
rester dans le registre d’un musée d’histoire. Il faut ainsi arriver à des « compromis »
intelligents.
Le musée propose également des stages en formation continue. Mais les liens sont
actuellement insuffisants avec les ESPE. Or il y a un besoin important de travailler sur le
racisme au sein des ESPE. Le musée propose, en outre, des cours sur la guerre d’Algérie
en prison.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 37

Toutefois, il ne faut pas voir le musée de la résistance et de la déportation de l’Isère


comme un outil exclusivement réservé à la lutte contre les discriminations. La prise de
conscience des élèves découle de la visite du musée.
Les partenariats du musée avec la ville de Grenoble, l’éducation nationale et les
universités sont fructueux. Il apparait aussi que le réseau personnel aide beaucoup à faire
fonctionner cette démarche partenariale. Par ailleurs, le fait de ne pas être une grande ville
facilite beaucoup le développement du lien local et territorial du réseau.

 La vice-présidente de l’université de Caen rappelle que l’université a une


convention avec le Mémorial de Caen et en particulier avec l’UFR d’histoire. Des
voyages à Auschwitz sont organisés tous les ans par les étudiant-e-s. Il y a
également eu des pièces de théâtre. Les étudiant-e-s de mathématiques ont monté
une exposition très forte sur ces questions.
L’université comprend 28 000 étudiant-e-s. Cela demande donc des moyens pour financer
les projets. L’université bénéficie d’un soutien de la DRAC et de partenariats avec la ville.

 Concernant les partenariats et les financements, la représentante de la Délégation


interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT
(DILCRAH), a précisé que la DILCRAH faisait de l’accompagnement de projets et
pouvait en financer, en particulier :
- Par le biais de partenariats pérennes et engageants, notamment pour les travaux
de recherche.
- Par le biais d’appels à projets locaux portés par les préfectures. L’appel à projet de
2016 a été ouvert début décembre 2016. Il permet le financement de projets
d’associations, de laboratoires, d’universités, ainsi que le financement de
partenariats. Le financement peut aller jusqu’à 15 000€. Cet appel à projet est
rattaché à la semaine du 21 mars. Ainsi, le calendrier de financement permet de
lier ces deux actions.

Les référents sont donc invités à se rapprocher de leur préfecture respective


concernant cet appel à projet.

 Le référent « racisme et antisémitisme » du CNOUS précise que les étudiant-e-s


font partie des ressources sur ces sujets. Certaines associations étudiantes sont,
en effet, très actives : organisations de voyages à Auschwitz, organisation de
festivals, etc.

***
Plusieurs questions sont soulevées dans la discussion :
- Quelles activités peuvent faire les institutions face aux discours nationalistes et
populistes ?
- Comment nouer des partenariats avec les collectivités territoriales dans un
contexte où leurs financements sont en baisse. Comment financer les actions
mises en place ?

L’ancrage territorial des valeurs et des idées apparaissent très importants pour avoir un
effet pédagogique.
Les partenariats entre établissements d’enseignement supérieur et lieux de mémoire
ou musées permettent des apports importants et réciproques. En effet, les universitaires
apportent leur expertise auprès des lieux de mémoire et les lieux de mémoire permettent

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 38

une sensibilisation des étudiant-e-s et des personnels. Il faut ainsi faire des étudiant-e-s
des acteur.trice.s de l’anti-racisme.
Plusieurs plateformes et mises en réseau existent déjà dans le domaine de la lutte
contre le racisme et l’antisémitisme, en particulier concernant les partenaires de la
DILCRAH : Centre de l’immigration, Association Génériques, Musée de l’Homme.
De même, le Défenseur des droits a mis en place une plateforme internet « égalité
contre le racisme » qui comporte un volet pour dénoncer les actes de racisme,
d’islamophobie, d’antisémitisme, et un volet « ressources » qui recense l’ensemble des
dispositifs sur ces questions, avec des liens vers les différentes ressources. Le Défenseur
des droits propose aussi des ressources de sensibilisation au droit.

Paris, le 7 décembre 2016


Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche 39

Clôture de la journée
Alain ABECASSIS
Chef du service de la coordination des stratégies de l'enseignement supérieur et de la
recherche

Présenter la synthèse et la conclusion des travaux de la journée est un exercice


particulièrement facile tant les échanges ont été riches sur une journée particulièrement
complexe ! L’intensité de la participation, la richesse des échanges, le nombre des inscrits
montrent que ce séminaire répondait à une attente, à un besoin et à une nécessité.
L’inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche
(IGAENR) a conduit une mission sur les réseaux de référents et de correspondants du
ministère dans les académies ou dans les établissements d’enseignement supérieur et de
recherche (« mission d’identification, de recensement et d’évaluation des réseaux et
référents métiers au sein du MENESR » de novembre 2016). Elle a pu relever que la
manière dont les réseaux de référents étaient animés au sein de l’ESR présentait des
originalités, une richesse et une utilité qui permettaient de répondre à des nécessités
nouvelles ou renouvelées des modes d’intervention et de l’action publique.
Je voudrais centrer mon propos sur ces éléments d’articulation des responsabilités
autour de la thématique du racisme et de l’antisémitisme, parce que je crois que c’est
particulièrement topique sur la manière dont nous pouvons essayer de concevoir,
ensemble, des modes d’intervention qui soient les plus efficaces possibles.
Le 1er élément, c’est un réseau qui est aujourd’hui installé, avec un soutien qui s’est
exprimé au plus haut niveau politique. L’impulsion politique sur les enjeux de lutte contre le
racisme et contre l’antisémitisme, c’est ce qu’un ministère, un gouvernement, peuvent
apporter de plus fort et de plus important à l’enjeu dont vous êtes porteurs.
Le 2e élément, c’est le fait d’avoir consacré toute une journée de travaux, de réflexions,
d’échanges, aussi bien sur le plan scientifique, de la connaissance, de l’actualité de la
recherche, que sur les aspects les plus pratiques que les ateliers ont pu illustrer. C’est
véritablement l’installation d’un réseau d’interlocuteurs, avec toute la nécessité de faire
vivre ce réseau. Ce réseau va permettre de confronter les situations que vous avez pu
rencontrer et d’échanger sur les pratiques et les solutions que vous aurez pu mettre en
œuvre ou auriez souhaité pouvoir élaborer. Il faut le faire vivre dans le respect de
l’autonomie des établissements, de l’extrême diversité des modes d’organisation qui sont
prévus dans les établissements, avec, à tout moment, la nécessité d’une implication forte
des instances et des dirigeants des établissements.
Enfin, le dernier élément dans cette articulation des rôles respectifs du ministère, d’une
part, et des établissements et conférences d’établissement d’autre part, c’est le fait qu’il
s’agit d’un réseau qu’il nous appartient de co-animer ensemble. Le ministère va participer à
vos côtés, et selon les modalités que vous aurez définies et souhaitées, à l’organisation et
à l’animation du réseau, en vous proposant ce qu’un ministère peut plus facilement
apporter que les établissements pris isolément ou de manière collective. Notre souci sera
d’être sur un registre complémentaire de vos actions et des partenariats que vous aurez pu
nouer, afin de vous faciliter, le cas échant, les modalités d’organisation et d’échanges.
Concernant les prochains rendez-vous, nous souhaitons qu’il y ait des rencontres dans
les établissements, que vous en preniez l’initiative. Vous pouvez être assurés que nous
vous accompagnerons le mieux possible dans l’ensemble des initiatives que vous
prendrez.
Merci beaucoup de votre présence et de votre attention.

Paris, le 7 décembre 2016