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Chapitre 3

Caractéristiques métrologiques des appareils de mesure

1. La mesure et son incertitude

Dans une expérience de laboratoire, l'homme de sciences utilise différents appareils


pour prendre des mesures. Le chimiste utilisera une burette, une pipette ou une
balance tandis que le physicien prendra un ruban à mesurer, un chronomètre ou un
voltmètre. Par souci d'exactitude, l'expérimentateur, qu'il soit technicien ou ingénieur,
utilise l'instrument le plus perfectionné et le plus précis possible. La première
précaution de l'expérimentateur sera de manier habilement l'outil de mesure et de se
rappeler que nous sommes limités par la précision de cet instrument. A chaque
mesure, un certain degré d'incertitude est associé selon la précision de l'instrument.
L'incertitude d'une mesure est donc l'erreur maximale associée à la précision de
l'instrument.

MESURE ± ERREUR MAXIMALE ou MESURE ± INCERTITUDE

La valeur d’une mesure n’est jamais une valeur "vraie" (la valeur réelle que possède
une grandeur indépendamment de toute mesure et qui n’est jamais accessible). En
utilisant différentes méthodes expérimentales, on peut déterminer cette valeur avec
une précision croissante, mais jamais infinie.

2. La Précision et l’exactitude

La précision d’une mesure est un critère de "REPRODUCTIBILITÉ" et de


"SENSIBILITÉ" (aptitude à mesurer de très petites variations) de l’appareil de
mesure.

 Exemple: Une balance au milligramme (0,001 g) est plus précise qu’une au


décigramme (0,1 g). La détermination de la masse d’une petite bille donnerait
1,5 g avec la seconde et 1,512 g avec la première balance. Si les mesures
répétées d’une même quantité donnent des résultats très voisins, on conclut
que ceux-ci sont précis (ex. 1,510 g, 1,513 g, 1,511 g).

L’exactitude d’une mesure est un critère de "JUSTESSE", i.e., de sa coïncidence


avec une valeur dite "VRAIE". Ainsi, un expérimentateur qui travaille avec un
instrument sensible, bien calibré et dans des bonnes conditions ambiantes, obtiendra
certainement une mesure assez exacte. Cependant, si l’expérimentateur utilise le
même instrument dont l’échelle de lecture est faussée, il obtiendra une mesure
éloignée de la valeur vraie, ce qui signifie qu’il y a une erreur.

Conclusion: Une grande précision ne présuppose pas forcément une grande


exactitude.

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précis précis et exact

Exemple:

La valeur acceptée du volume molaire des gaz parfaits est 22,414 L/mol. Au
laboratoire, vous avez obtenu: 22,418, 22,412 et 22,416 L/mol. Ces résultats sont
exacts et précis (faibles variations). Par contre, ceux de votre voisin étant de 22,522,
22,528 et 22,525 L/mol seront seulement précis.

3 Les causes d'erreur

La précision d'une mesure dépend de plusieurs facteurs:

a) les appareils de mesure: balance, pH-mètre, spectrophotomètre, thermomètres,


etc.

b) les méthodes de mesure: pour mesurer le volume d'une solution, nous pouvons
utiliser un cylindre gradué, une pipette ou encore une burette.

c) le milieu ambiant: la température du laboratoire, la pression atmosphérique,


l'humidité de l'air, etc.

d) l'expérimentateur: son habileté à manipuler des instruments délicats, ses réflexes,


sa concentration.

Tous ces facteurs sont évidemment des sources possibles d'erreurs.

3.1. Les types d'erreur

Nous classerons ces erreurs en 2 grandes catégories: les erreurs systématiques et


les erreurs fortuites.

3.1.1 Erreurs systématiques

Si un commerçant truque sa balance dans le but de voler ses clients, les poids
indiqués seront supérieurs à ce qu'ils devraient être en réalité. Sa balance fait alors
une erreur systématique.

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Les erreurs systématiques sont dues à des appareils ou à des méthodes qui
fournissent des mesures entachées d'erreur toujours dans le même sens, c'est-à-dire
toujours en plus ou toujours en moins par rapport à la valeur exacte. Voici quelques
causes d'erreurs systématiques.

a) défaut de fabrication de l'appareil de mesure. C'est le cas d'un voltmètre dont


l'aiguille n'indique pas zéro quant l'appareil n'est pas branché dans un circuit
électrique.

b) défaut d'étalonnage. Un thermomètre qui, tout en étant à 0 C dans un mélange


de glace et d'eau, n'indiquerait pas 100 C placé dans de la vapeur d'eau bouillante
sous la pression normale.

c) utilisation d'un appareil de mesure dans de mauvaises conditions ambiantes.


Certains appareils de précision sont calibrés pour fonctionner dans des conditions
ambiantes bien déterminées. Par exemple, la température indiquée sur le pH-mètre
doit être la même que celle de la solution.

d) maladresse de l'expérimentateur. Par exemple, dans le cas de mesures


d'intervalles de temps, un expérimentateur aux réflexes lents pourrait arrêter un
chronomètre toujours avec un certain retard.

Les erreurs systématiques peuvent être éliminées à partir du moment où on les a


décelées. Dans ce but, pour mesurer une même grandeur, nous procéderons selon
plusieurs méthodes, nous utiliserons différents appareils, et, au besoin, nous ferons
appel à un autre expérimentateur. On peut en tenir compte dans l'expression de ses
résultats. C'est le but du "calcul d'incertitude" ou évaluation de la précision d'un
résultat à partir de la précision des appareils (incertitude).

3.1.2. Erreurs fortuites

En général, on associe au terme fortuit, la notion de hasard ou d'imprévu.


Contrairement aux erreurs systématiques, ces erreurs se font tantôt en plus, tantôt
en moins; il nous est d'ailleurs impossible d'en prévoir le sens. Voici quelques
sources d'erreurs fortuites.

a) instabilité des appareils. Si ceux-ci fonctionnent sur la tension du secteur, de


légères fluctuations de cette dernière font varier les mesures.

b) fluctuation des conditions ambiantes. De légères vibrations, mêmes


imperceptibles, affectent les appareils de grandes sensibilité.

c) erreur de lecture. Evaluer correctement la position d'une aiguille sur un cadran ou


la position du ménisque sur une burette.

d) imprécision de la grandeur à mesurer. Un cube dont les arêtes sont arrondies ou


irrégulières entraînerons des erreurs de calcul du volume.

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Ainsi, contrairement aux erreurs systématiques, il ne semble pas possible d'éliminer
les erreurs fortuites qui sont de nature accidentelle. On ne peut pas les évaluer de la
même façon que les erreurs systématiques; il faut avoir recours à une évaluation
statistique (cours de physique) en associant une incertitude à chaque mesure
expérimentale et surveiller le phénomène de compensation ( nous verrons ceci plus
en détail dans le chapitre 5).

Exercice 1

a) Un chronomètre qui prend du retard donne-t-il lieu à une


erreur systématique ou à une erreur fortuite?

b) Une erreur de parallaxe (commise en lisant obliquement la


graduation d’un appareil où l’aiguille se déplace devant une
échelle graduée) est-elle systématique ou fortuite?

4. Comment écrire une mesure

Lorsqu'on "note une mesure" au laboratoire, nous ne pouvons écrire autant de


chiffres décimaux que notre humeur du moment veut bien nous le dicter ou que notre
calculatrice de luxe le permet! Il faut tenir compte du degré de précision de
l'instrument et appliquer la règle suivante.

Règle 1

Une mesure comporte tous les chiffres certains jusqu'au premier


chiffre douteux selon la précision de l'instrument; tous ces chiffres
sont appelés: chiffres significatifs.

Ainsi dans une mesure, seul le dernier chiffre n'est pas certain: c'est le chiffre
significatif douteux. Par exemple, si on mesure une tige d'acier avec une règle
graduée en centimètres, on dira qu'elle est plus longue que 5 cm mais plus courte
que 6 cm.

Certains diront que c'est 5,2 ou 5,3 ou 5,4 cm; donc 5 est un chiffre certain mais 2, 3
ou 4 est un chiffre douteux.

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Reprenons la mesure de la tige avec une règle graduée en millimètres.

Cette fois, on pourra affirmer que la tige mesure un peu plus de 5,3 cm mais pas 5,4
cm; alors, il faudra estimer le chiffre des centièmes: on pourrait lire 5,34 cm et 4
serait le chiffre douteux. La seconde lecture est plus précise que la première.

Exercice 2

Donner la température de chaque thermomètre avec le bon nombre


de chiffres significatifs.

Règle 2

L'écriture d'une mesure ne peut contenir plus de décimales que la


précision de l'instrument (chiffre douteux)

Exemple: 22,52 ± 0,04 mL  chiffre douteux au centième


36,4 ± 0,3 C  chiffre douteux au dixième

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Exercice 4 Écrire correctement les nombres de la colonne de
gauche, compte tenu de l'incertitude mentionnée pour ces
nombres, indiquer aussi le nombre de chiffres significatifs.

Nombre incertitude écriture correcte #


C.S.

19,68 ± 0,2

0,0030 ± 0,0001

2,454 ± 0,05

1,7 ± 0,005

4475 ± 100

5. Incertitude absolue et incertitude relative

L'incertitude sur une mesure est l'expression de la marge d'erreur


pouvant affecter la mesure à cause de la limite de précision de
l'instrument utilisé. L'incertitude d'un résultat peut s'exprimer soit en
notation absolue, soit en notation relative.

5.1. Incertitude absolue (I.A.): Δx

définition:

On appelle incertitude absolue (I.A.) l'erreur maximale


que peut atteindre une mesure ou un résultat donné. On
la symbolise par Δ ; par exemple, Δx reprιsente l'I.A. sur
la valeur x. L'I.A. dépend de l'instrument, elle est égale à
la précision de l'instrument lorsque l'on "note une
mesure" (voir 1.2.5-3 et 1.2.5-4 pour la chimie). L'unité
de l'I.A. est la même que celle de la mesure.

Exemples:

mesure d'une masse m ± Δm ou 15,572 ± 0,001 g

mesure d'une longueur l ± Δl ou 0,42 ± 0,02 m

mesure de temps t ± Δt ou 27,8 ± 0,1 s

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mesure de volume V ± ΔV ou 8,38 ± 0,04 mL

mesure de l’intensité du courant, improprement appelée " ampérage"

I ± ΔI ou 200 ± 5 mA

On utilise les symboles connus des unités du S.I. (voir chapitre


troisième).

Écriture:

L'écriture d'une mesure ou d'un résultat et de son I.A. doit respecter


certaines normes conventionnelles.

Règle 6

Une mesure et un résultat doivent avoir autant de décimales que


dans l'I.A. De plus l'unité doit toujours être indiquée à la fin, après
l'I.A. (N'oubliez pas le(s) "zéro", si la lecture arrive juste).

Exemples : 2,530 ± 0,001 g et non 2,53 ± 0,001 g

2,3 ± 0,2 g et non 2,3 g ± 0,2

Règle 7
Une I.A. s'écrit avec un seul chiffre significatif.

Exemple : 17,7 ± 0,1 cm et non 17,70 ± 0,12 cm

Règle 8
Dans la notation scientifique, on attribue le même exposant à la
valeur et à l’incertitude.

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Exemples: 250 ± 20 m/s devient (2,5 ± 0,2) x 102 m/s

(40,0 ± 0,4) x 10-3 L et non 0,0400 L ± 4 x 10-4 L

(5,02 ± 0,01) x 10-5 mol et non 5,02 x 10-5 mol ± 1 x 10-7 mol

5.2. Incertitude relative: Δx/x

définition:

On appelle l'incertitude relative (I.R.) le rapport de l'I.A.

( Δx ) sur la valeur mesurιe (x) :

Comme son nom l'indique c'est l'I.A. (Δx) d'une mesure exprimée relativement
à la mesure elle-même (x).

Exemples: pour m = 25 ± 1 g

et pour m = 270 ± 3 g

Remarques:

 L'I.R. s’écrit sans unités.

 L'I.R. nous renseigne mieux sur la précision d'une mesure que l'I.A. Plus
l’I.R. est petite, plus la précision de la mesure est grande. Le second
exemple est 4 fois plus précis que le premier, malgré une incertitude
absolue trois fois plus grande. La comparaison des précisions passe par
le biais de l’I.R.. C’est la façon la plus courante de vérifier la validité de
nos résultats en science.

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 La mesure conserve le même nombre de C.S. et est suivie de son unité;
la notation ± de l’incertitude absolue est remplacée par "à" dans l’I.R. et
celle-ci contient un maximum de deux C.S. Ainsi, le 25 ± 1 g de l’exemple
ci-dessus deviendra 25 g à 0,04.

 L’I.R. peut s’exprimer en pourcentage. Il suffit de la multiplier par 100 %.

Exemple: En suivant le même exemple, on aura 0,04 x 100% = 4%.


Le résultat peut alors s’écrire 25 g à 4% et, dans le
deuxième cas, 0,011 x 100%= 1,1%, d’où, 270 g à 1,1%.

Voici d’autres exemples:

 Dans le cas d’une masse volumique exprimée avec son incertitude


absolue, comme dans 2,50 ± 0,04 g/mL, on peut l’exprimer sous forme
d’incertitude relative

2,50 g/mL à 0,016 ou encore 2,50 g/mL à 1,6%.

 Dans le cas d’une mesure de longueur, comme dans 10 ± 1 cm, on aura

10 cm à 0,1 ou encore 10 cm à 10%.

Exercice 12 Exprimer les résultats suivants avec leur incertitude


absolue.

a) 7,00 V à 1,0%

b) 68 kPa à 4,2 %

c) 22,48 mL à 0,3%

Exercice 13 De ces deux mesures de longueur, laquelle est la plus


précise?

L1 = 2,06 ± 0,01 m
L2 = 0,0115 ± 0,0002 m

Exercice 14 Déterminer l’I.A. sur chaque résultat et exprimer ce


dernier avec le bon nombre de C.S.

a) 121, 2 mA à 3%

b) 5,62 m/s à 5%

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c) 5,62 m/s à 0,7%

d) 43,22 g/mol à 0,12

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