Vous êtes sur la page 1sur 5

Revue du rhumatisme monographies 80 (2013) 2–6

Disponible en ligne sur

www.sciencedirect.com

Syndrome SADAM (syndrome algo-dysfonctionnel de l’articulation


temporo-mandibulaire)
Temporo mandibular dysfunction
Jean-Marie Berthelot
Service de rhumatologie, Hôtel-Dieu, CHU Nantes, place Alexis-Ricordeau, 44093, Nantes cedex 01, France

i n f o a r t i c l e r é s u m é

Historique de l’article : La mise en tension excessive, soit de la capsule de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), soit des
Accepté le 9 juillet 2012 fuseaux neuromusculaires des muscles ptérygoïdiens qui tractent et le ménisque et le corps de la man-
Disponible sur Internet le 7 septembre 2012 dibule, peut induire un syndrome SADAM chez 5 % des individus. Celui-ci est la résultante en proportion
variable de syndromes myo-fasciaux de voisinage (muscles massétérins, temporaux, sterno-cleïdo-
Mots clés : matoïdiens, scalènes, trapèzes), et d’une sensibilisation locorégionale. Les symptômes prépondérants
SADAM sont des cervicalgies et des céphalées à prédominance temporale et occipitale. Peuvent co-exister des
Cervicalgies
otalgies et des acouphènes parfois induits par la seule ouverture de la bouche, ou des douleurs de la gorge
Céphalées
Temporal
ou de la face. Devant tout syndrome SADAM, il faut rechercher : une mal-occlusion dentaire qui peut faire
Syndrome myo-fascial suite à des traitements orthodontiques à visée esthétique ; une prothèse mal adaptée ; une interposition
linguale exagérée lors des 2500 efforts quotidiens de déglutition, en sollicitant en plus de l’avis du stoma-
tologue celui de l’orthophoniste. Il faut rechercher aussi une douleur de l’ATM, un « clic » de l’ATM, et une
ouverture anormale de la bouche, réduite à moins de trois travers de doigts, ou asymétrique, plus limitée
d’un côté. Les thérapies comportementales et stomatologiques semblent les plus efficaces, ces dernières
visant surtout à ré-harmoniser le couple ménisque et condyle, le plus souvent grâce à des gouttières.
© 2012 Publié par Elsevier Masson SAS pour la Société française de rhumatologie.

a b s t r a c t

Keywords: Excessive stress on either temporo-mandibular capsules or pterygoid muscles can lead to temporo-
TMD mandibular dysfunction (TMD) in roughly 5% of people. The TMD syndrome is a mix of regional
Temporo-mandibular hypersensitivity and myo-fascial pain arising from neighbouring muscles (masseter, temporalis, sterno-
Cervicalgia cleidomastoid, scalenus, trapezus). Main symptoms are cervicalgia and temporal and occipital headaches.
Headache
Tinnitus and otalgia can also be found and are suggestive of the diagnosis when they occur during mouth
Temple
opening. Pain in the throat and the face can also be noticed. Several underlying disorders must be sear-
Myo-fascial syndrome
ched for: malocclusion, sometimes induced by orthodontics treatments; inappropriate dental prosthesis;
abnormal deglutition with tongue interposition during the 2500 oral stages of swallowing, so that speech
therapist advice can be welcome. A tenderness of the temporo-mandibular joint, an audible “click”, and
an asymmetrical opening of the mouth, reduced to less than three fingers, must be also be searched
too. Cognitive-behavorial treatment and intra oral hard stabilization appliances seem the most effective
treatments of this frustrating disorder.
© 2012 Published by Elsevier Masson SAS on behalf of the Société française de rhumatologie.

1. Rappel anatomo-fonctionnel que petite, est complexe. Outre une translation en avant de la tête
du condyle lors de l’ouverture de la bouche, l’ATM est capable
Le syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur de rotation, et de translation latérale (diduction). Le ménisque
(SADAM) (en anglais : temporo-mandibular disorders) est une patho- qui sépare l’os temporal du condyle mandibulaire est, lors de
logie de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), laquelle, bien l’ouverture de la bouche, tracté en avant par le chef supérieur du
muscle ptérygoïdien externe ou latéral, tandis que le chef inférieur
de ce même muscle tire le corps de la mandibule et le condyle
vers l’avant (Fig. 1). Une incoordination entre ces deux chefs peut
Adresse e-mail : jeanmarie.berthelot@chu-nantes.fr entraîner un claquement articulaire, témoin du retour à sa place du

1878-6227/$ – see front matter © 2012 Publié par Elsevier Masson SAS pour la Société française de rhumatologie.
http://dx.doi.org/10.1016/j.monrhu.2012.07.004
J.-M. Berthelot / Revue du rhumatisme monographies 80 (2013) 2–6 3

Fig. 1. Anatomie succincte de l’articulation temporo-mandibulaire, rappelant


l’importance du muscle ptérygoïdien externe (latéral) qui rentre dans l’articulation
pour s’insérer par deux chefs distincts d’une part, sur le ménisque, d’autre part, sur
le condyle mandibulaire.

ménisque qui n’avait pas bien « suivi » le déplacement du condyle


(luxation méniscale réductible). À force, le ménisque peut se fissu-
rer, et des craquements/crépitements apparaissent. S’il vient à se
déchirer, la partie antérieure du ménisque se sub-luxe en avant,
empêchant l’avancée du condyle, l’ouverture de la bouche pou-
vant devenir limitée (Fig. 2). Cette sub-luxation peut aussi être
facilitée par une position trop en arrière du condyle, induite par
une trop faible dimension verticale d’occlusion (trop peu d’écart
entre les deux mâchoires). Les afférences sensitives de l’ATM qui
proviennent à la fois de la capsule, mais aussi des fuseaux neuro-
musculaires des muscles ptérygoïdiens, peuvent alors induire leur
contracture réflexe, aggravant le cercle vicieux. Peut s’en suivre une
« sensibilisation » (tronculaire, radiculaire, ou médullaire) régionale
aboutissant à des contractures ou douleurs d’autres muscles, en
particulier du cou et du crâne (muscle temporal). D’autres lésions
de l’ATM (arthroses) peuvent aussi induire des contractures mus-
culaires en cascade. L’imagerie (scanner, IRM) aide à faire la part
des différents mécanismes (sub-luxation méniscale, usure cartila-
gineuse, présence de corps étrangers) mettant en tension anormale
la capsule et/ou les muscles ptérygoïdiens.

2. Rôle de la langue et intérêt possible de l’avis d’un


orthophoniste

La position de l’ATM dépend de la manière dont les dents


s’engrènent ou non, d’une part, à la fermeture de la bouche, d’autre
part, lors de la déglutition. Bouche fermée, un espace de 1,5 à Fig. 2. Trois stades de sub-luxation méniscale vers l’avant. De haut en bas : ménisque
2,5 mms doit séparer les arcades dentaires qui ne doivent pas se étiré mais toujours en position physiologique ; sub-luxation encore réductible du
toucher. Si les dents se touchent, il s’agit d’une insuffisance de ménisque en avant du condyle temporal ; sub-luxation irréductible en avant du
condyle temporal empêchant une ouverture complète de la bouche.
la dimension verticale d’occlusion, ou d’une bricomanie (habitude
de garder les dents serrées), ou d’un bruxisme (grincement de
dents) lequel survient souvent dès l’adolescence, en particulier la La déglutition serait pathologique chez près de 75 % des indi-
nuit lors des phases de micro-éveils [1]. C’est toutefois lors des vidus (persistance de la déglutition salivaire de l’enfant). Des
efforts de déglutition que la pression exercée par la mandibule sur anomalies de l’architecture crânio-faciale peuvent aussi induire des
la mâchoire supérieure est maximale, a fortiori quand l’épaisseur dysfonctionnements de l’articulation : par exemple, des différences
de la langue est excessive. En conséquence, devant tout syndrome de longueur des branches montantes des mandibules (ramus man-
SADAM il faut rechercher, outre une lésion de l’articulation (et de dibulaires).
son ménisque) :
3. Principaux modes d’expression du syndrome
• une mal-occlusion dentaire qui peut faire parfois paradoxale- algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur
ment suite à des traitements orthodontiques à visée esthétique ;
• une prothèse (dentier) mal adaptée ; Le SADAM comporte, comme son nom l’indique, d’une
• une interposition linguale exagérée lors des 2500 efforts quoti- part, des dysfonctions de la musculature manducatrice (char-
diens de déglutition, en sollicitant donc parfois en plus de l’avis gée de la fermeture de la bouche malgré la pesanteur), comme
du stomatologue celui de l’orthophoniste. de la musculature masticatrice (mastication), avec ou sans
4 J.-M. Berthelot / Revue du rhumatisme monographies 80 (2013) 2–6

craquements/claquements/blocages et, d’autre part, des douleurs. Tableau 1


Critères de classification/diagnostic de syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil
Ces dernières concernent l’ATM, mais aussi des structures plus
manducateur (SADAM) [5].
à distance comme les muscles cervicaux et temporaux (dans au
moins 50 % des cas [2,3]), voire ceux du rachis dorsal haut et du I-Recherche d’une souffrance du ménisque
Ressaut audible (clic) à la fois à l’ouverture et à la fermeture de la bouche
rachis lombaire (80 % des patients pour ces trois sites de douleurs)
(sur trois ouvertures et fermetures maximales)
[2]. S’y rajoutent souvent des signes ORL (otalgies et acouphènes), Ou
d’autant plus suggestifs s’ils surviennent tôt et ne sont pas associés Un seul ressaut à l’ouverture ou à la fermeture de la bouche (sur trois
à une baisse d’audition. Le SADAM concernerait 5 % des individus ouvertures)
[2,4], deux à trois fois plus les femmes que les hommes [4], avec un Et au moins un ressaut lors de
Trois mouvements de diduction vers la gauche
pic vers 40 ans [2], et dans certaines activités (fréquence chez les
Trois mouvements de diduction vers la droite
violonistes). Trois mouvements de propulsion de la mâchoire vers l’avant

Si oui : sub-luxation réductible du ménisque


4. Critères du syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil Si non : posez la question : « avez-vous des blocages lors de l’ouverture de la
manducateur bouche au point que vous ne pouviez plus l’ouvrir complètement, et si oui,
ce blocage vous a t-il empêché de manger ? »
Si la réponse est négative : pas de souffrance méniscale
Cette définition reste toutefois très floue, et manquent encore
Si elle est positive : mesure de la distance maximale entre les incisives
des critères fiables. Les derniers en date, révisés pour atteindre supérieures et inférieures : si celle-ci est supérieure à 40 mms : déplacement
une sensibilité d’au moins 70 % et une spécificité d’au moins 90 %, méniscal irréductible, mais sans limitation de l’ouverture buccale ; sinon :
comportent deux volets [5] : II-statut psychologique et analyse de la déplacement méniscal irréductible, avec limitation de l’ouverture buccale
douleur, visant à quantifier la sévérité du SADAM et l’intervention II-Recherche de douleurs de l’ATM (indépendamment d’une lésion méniscale)
d’une composante de stress psychologique : la prévalence des syn- Le mois précédent, douleur du visage, de la mâchoire, de la tempe, du tragus,
dromes de stress post-traumatique y serait en effet de 15 %, soit de l’oreille
Et
beaucoup plus que dans la population générale [6] ; I-volet cli-
Soit reproduction de la douleur connue à la pression
nique, visant à homogénéiser les diagnostics, somme de trois En regard de l’ATM (force de 500 g avec un doigt)
algorithmes (Tableau 1) : recherche d’un clic méniscal avec anoma- Autour de l’ATM (force de 1 à 2 kg avec un doigt)
lies d’ouverture buccale ; recherche de douleurs de l’articulation ; Soit reproduction de la douleur
recherche de douleurs à distance. Pour le rhumatologue confronté à À l’ouverture active maximale de la bouche
des douleurs cervicales ou temporales, les moyens simples de sus- À l’ouverture passive maximale de la bouche
pecter un SADAM sont la recherche d’une douleur de l’ATM, d’un Lors des mouvements de diduction
« clic » de l’ATM, et d’une ouverture anormale de la bouche (dévia- III-Recherche d’une douleur à distance
tion d’un côté, ou impossibilité d’écarter de plus de trois travers de Le mois précédent, douleur du visage, de la mâchoire, de la tempe, du tragus,
doigts) [7]. de l’oreille
Et
Douleur connue reproduite par une pression d’1 kg à 1,5 kg des muscles
5. Signes cliniques du syndrome algo-dysfonctionnel de Temporaux (segments postérieurs, moyens, antérieurs)
l’appareil manducateur Massétérins (origine du muscle, corps du muscle, insertion distale)
Ou
Douleur des muscles temporaux ou massétérins reproduite à l’ouverture
Les douleurs articulaires et/ou musculaires sont souvent pré- active ou assistée de la bouche
sentes dès le réveil et peuvent réveiller la nuit [7]. Elles sont En cas de positivité d’une de ces deux manœuvres et d’une limitation de
amplifiées lors des repas, et les signes sont plus marqués en position l’ouverture de bouche (< à 40mm) : douleur myofasciale avec limitation de
debout ou assise (gravité terrestre). Dix-huit points musculaires ont l’ouverture ; sinon : douleur myofasciale sans limitation de l’ouverture
été décrits comme plus spécifiques, et apparaissent sur la Fig. 3 ATM : articulation temporo-mandibulaire.

[8]. Aux douleurs des muscles massétérins peuvent s’adjoindre


des douleurs de la face (muscles peauciers), de la gorge (muscles
sus-hyoïdiens et sous-hyoïdiens), des oreilles, mais surtout de la
nuque (surtout rachis cervical supérieur et région sous-occipitale
[7]), voire du rachis dorsal haut. Outre des cervicalgies, des cépha-
lées sont fréquemment présentes, soit d’origine cervicale [9], soit
liées au syndrome myo-fascial des muscles temporaux [10]. La
comparaison de 86 SADAM sans céphalées, 309 SADAM avec cépha-
lées temporales et 149 patients sans SADAM ni céphalées a montré
une nette corrélation entre la sévérité du SADAM et la sévérité des
céphalées temporales, tant en statique qu’aux tests de mastication.
Le handicap fonctionnel des ATM est de même très corrélé à celui
mesuré au niveau cervical [11]. Il a par ailleurs été constaté des
troubles de la déglutition dans les suites d’un « coup du lapin » cervi-
Fig. 3. Dix-huit points musculaires (de 1 à 19) sur lesquels appuyer préférentielle-
cal, les patients ayant de la gène à ouvrir grand la bouche, à mâcher
ment, en prenant comme référence d’indolence la pression exercée sur l’occiput
(point 10, lequel n’appartient donc pas à la liste des 18 points pouvant être et à avaler, ces efforts faisant en effet participer l’articulation C0-
électivement douloureux en cas de syndrome SADAM). La nature des muscles cor- C1 et le rachis cervical haut [12]. Toutefois, il faut être prudent pour
respondants apparaît en bas. 1 à 3 : partie haute du muscle temporal ; 4 à 6 : muscle évoquer un SADAM dans les suites d’un « coup du lapin », même si
masseter ; 7 (endo-buccal) : muscle digastrique ; 8-(endo-buccal) : ptérygoïdien ; 9 : ces patients présentent souvent aussi des pathologies des ATM. La
vertex ; 10 : point de référence (indolent) ; 11 : ptérygoïde latéral ; 12 : ptérygoïde
médial ; 13 : insertion basse du temporal ; 14 à 16 : sterno-cleïdo-mastoïdien ; 17 et
mémoire des patients quant au moment de début des signes de
18 : trapèze ; 19 : splénius. SADAM n’est souvent pas fiable dans ce contexte [13].
J.-M. Berthelot / Revue du rhumatisme monographies 80 (2013) 2–6 5

enregistrement EMG des scalènes, des sterno-cleïdo-mastoïdiens,


et des muscles cervicaux plus superficiels a été réalisé durant
un test de flexion crânio-cervical. Dans les deux groupes avec
souffrance des ATM, la seule anomalie retrouvée a été une acti-
vité EMG un peu plus marquée dans les muscles fléchisseurs du
cou (muscles scalènes et sterno-cleïdo-mastoïdiens [4]), mais qui
n’atteignait pas la significativité (p = 0,07), l’activité exagérée de ces
deux muscles pouvant être la conséquence d’un défaut de contrac-
tion des muscles long du cou (longus colli) et long de la tête (longus
capitis). La contre-partie de la contracture un peu plus marquée des
fléchisseurs cervicaux pourrait être leur manque d’endurance. Des
résultats un peu plus probants avaient été trouvés dans une étude
antérieure où le muscle trapèze avait aussi été étudié [21].

7. Traitements du syndrome algo-dysfonctionnel de


l’appareil manducateur

Diverses techniques de physiothérapie ou manipulations cer-


vicales ont été proposées pour traiter les cervicalgies/céphalées
des SADAM, mais la méthodologie médiocre de ces travaux sur de
petites effectifs ne permet pas de conclure quant à leur réelle effi-
cacité, même si une baisse des douleurs des muscles temporaux
et massétérins a été rapportée [22]. Les manipulations de la char-
nière cervico-occipitale n’ont, même en « ouvert », qu’une efficacité
immédiate minime [23]. Le TENS a été proposé pour dépro-
Fig. 4. Ossification particulièrement longue du ligament stylo-hyoïdien chez un grammer/reprogrammer le système neuromusculaire de l’appareil
patient présentant un syndrome d’Eagle.
manducateur, et l’électromyographie (de surface) pour dépister les
contractures permanentes des muscles massétérins. L’acupuncture
n’aurait qu’un effet modeste [24] ou incertain [25]. Le traite-
6. Le mécanisme des céphalées et des douleurs cervicales
ment stomatologique peut comporter un meulage de l’occlusion,
n’est sans doute pas univoque
et une gouttière en résine (cuspidée pour ramener la mandibule en
bonne position, ou simple gouttière de « déspasmation »). Quand
L’association fréquente entre souffrance des ATM et cervical-
le ménisque est en mauvaise position, une gouttière de recapta-
gies/céphalées n’implique pas que les secondes soient toujours une
tion méniscale peut aider, en forçant la mandibule à se projeter
conséquence directe du SADAM. Les deux phénomènes (souffrance
plus en avant, à faire reculer le ménisque dans sa position normale.
des ATM et du rachis cervical) peuvent parfois autant voire plus
Une normalisation de l’EMG de surface des muscles massétérins,
résulter d’une « sensibilisation » périphérique ou centrale secon-
du cou voire du tronc a pu être vérifiée chez des patients souf-
daire à la douleur chronique de l’ATM [3], que de troubles de posture
frant d’un SADAM dont l’articulé dentaire avait été corrigé par des
cervicale. En effet, si certaines études ont bien trouvé une faible cor-
gouttières [26]. En fait, la prise en charge thérapeutique repose
rélation entre la position du condyle et la présence de douleurs dans
plus sur des convictions que sur des données d’évidence-based-
les muscles du rachis cervical supérieur [14], ou entre la position de
medicine : la qualité méthodologique des travaux est en effet assez
la tête et la sensibilité des ATM [15], et que d’autres ont conclu à une
médiocre [27]. Les thérapies comportementales et les gouttières
lordose cervicale accrue chez les patients souffrant des ATM, dans
[28] semblent les procédés les plus efficaces [27], mais les preuves
une étude sur 250 personnes, il n’a pu être en revanche retrouvé
restent encore contestables [29]. La chirurgie (dont sous arthrosco-
de corrélation entre la position de la tête et du rachis cervical
pie [30]) est réservée à de rares cas seulement.
par rapport aux ATM (étudiée cliniquement et radiologiquement)
et une souffrance des ATM, que celle-ci soit compliquée ou non
de cervicalgies [16]. Il en était de même dans d’autres travaux Déclaration d’intérêts
récents [17,18]. Certaines des cervicalgies/céphalées du syndrome
SADAM pourraient donc surtout témoigner d’une sensibilisation de L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation
la région (équivalent de fibromyalgie régionale) ou de syndromes avec cet article.
myo-fasciaux, plus que de douleurs référées à partir du cou. Il
pourrait en être de même pour les douleurs cervico-faciales du syn-
Références
drome d’Eagle (longueur excessive de l’apophyse styloïde [Fig. 4]),
car un syndrome myo-fascial est présent chez 2/3 de ces patients [1] Khoury S, Rouleau GA, Rompré PH, et al. A significant increase in breathing
et une fibromyalgie plus généralisée chez 20 % [19], quand bien amplitude precedes sleep bruxism. Chest 2008;134:332–7.
même la section de la styloïde fait baisser des deux tiers l’intensité [2] Plesh O, Adams SH, Gansky SA. Temporomandibular joint and muscle disorder-
type pain and comorbid pains in a national US sample. J Orofac Pain
des douleurs. 2011;25:190–8.
Une activation réflexe de divers muscles suite à une atteinte [3] Anderson GC, John MT, Ohrbach R, et al. Influence of headache frequency on
des ATM paraît néanmoins possible, puisque d’autres symptômes clinical signs and symptoms of TMD in subjects with temple headache and TMD
pain. Pain 2011;152:756–71.
que les cervicalgies/céphalées, dont les acouphènes, peuvent être
[4] Armijo-Olivo S, Silvestre R, Fuentes J, et al. Electromyographic activity of the
parfois réveillés par de simples mouvements de la mâchoire [20]. cervical flexor muscles in patients with temporomandibular disorders while
Elle est difficile à prouver. Dans l’étude d’Armijo-Olivo et al. portant performing the craniocervical flexion test: a cross-sectional study. Phys Ther
sur 47 patients sains, 54 avec souffrance « myogène » des ATM (dont 2011;91:1184–97.
[5] Manfredini D, Guarda-Nardini L, Winocur E, et al. Research diagnostic criteria
88 % avaient aussi des douleurs cervicales), et 49 avec souffrance for temporomandibular disorders: a systematic review of axis I epidemiologic
mixte des ATM (dont 88 % avaient aussi des douleurs cervicales), un findings. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endoc 2011;112:453–62.
6 J.-M. Berthelot / Revue du rhumatisme monographies 80 (2013) 2–6

[6] De Leeuw R, Bertoli E, Schmidt JE, et al. Prevalence of post-traumatic stress [19] Zinnuroglu M, Ural A, Günendi Z, et al. Is there a relationship between Eagle
disorder symptoms in orofacial pain patients. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Syndrome and cervicofacial painful soft tissue rheumatisms? Laryngoscope
Oral Radiol Endoc 2005;99:558–68. 2008;118:1569–73.
[7] Catanzariti JF, Debuse T, Duquesnoy B. Chronic neck pain and masticatory dys- [20] Björne A. Assessment of temporomandibular and cervical spine disorders in
function. Joint Bone Spine 2005;72:515–9. tinnitus patients. Prog Brain Res 2007;166:215–9.
[8] Fricton JR, Schiffman EL. Reliability of a craniomandibular index. J Dent Res [21] Pallegama RW, Ranasinghe AW, Weerasinghe VS, et al. Influence of masticatory
1986;65:1359–64. muscle pain on electromyographic activities of cervical muscles in patients
[9] Von Piekartz H, Lüdtke K. Effect of treatment of temporomandibular disor- with myogenous temporomandibular disorders. J Oral Rehabil 2004;31:423–9.
ders (TMD) in patients with cervicogenic headache: a single-blind, randomized [22] Latouche R, Fernandez-de-las-Penas C, Fernandez-Carnero J, et al. The effects of
controlled study. Cranio 2011;29:43–56. manual therapy and exercise directed at the cervical spine on pain and pressure
[10] Anderson GC, John MT, Ohrbach R, et al. Influence of headache frequency on pain sensitivity in patients with myofascial temporomandibular disorders. J
clinical signs and symptoms of TMD in subjects with temple headache and TMD Oral Rehabil 2009;36:644–52.
pain. Pain 2011;152:765–71. [23] Oliveira-Campelo NM, Rubens-Rebelatto J, Marti N-Vallejo JF, et al. The imme-
[11] Olivo SA, Fuentes J, Major PW, et al. The association between neck disability diate effects of atlanto-occipital joint manipulation and suboccipital muscle
and jaw disability. J Oral Rehabil 2010;37:670–9. inhibition technique on active mouth opening and pressure pain sensitivity
[12] Grönqvist J, Häggman-Henrikson B, Eriksson PO. Impaired jaw function over latent myofascial trigger points in the masticatory muscles. J Orthop Sports
and eating difficulties in whiplash-associated disorders. Swed Dent J Phys Ther 2010;40:310–7.
2008;32:171–7. [24] Shen YF, Younger J, Goddard G, et al. Randomized clinical trial of acupuncture
[13] Salé H, Hedman L, Isberg A. Accuracy of patients’ recall of temporomandibular for myofascial pain of the jaw muscles. J Orofac Pain 2009;23:353–9.
joint pain and dysfunction after experiencing whiplash trauma: a prospective [25] Jung A, Shin BC, Lee MS, et al. Acupuncture for treating temporomandibular
study. J Am Dent Assoc 2010;141:879–86. joint disorders: a systematic review and meta-analysis of randomized, sham-
[14] Sener S, Akgunlu F. Correlation between the condyle position and intra- controlled trials. J Dent 2011;39:341–50.
extraarticular clinical findings of temporomandibular dysfunction. Eur J Dent [26] Tecco S, Tetè S, D’attilio M, et al. Surface electromyographic patterns of mastica-
2011;5:354–60. tory, neck, and trunk muscles in temporomandibular joint dysfunction patients
[15] La Touche R, Paris-Alemany A, von Piekartz H, et al. The influence of cranio- undergoing anterior repositioning splint therapy. Eur J Orthod 2008;30:592–7.
cervical posture on maximal mouth opening and pressure pain threshold [27] List T, Axelsson S. Management of TMD: evidence from systematic reviews and
in patients with myofascial temporomandibular pain disorders. Clin J Pain meta-analyses. J Oral Rehabil 2010;37:430–51.
2011;27:48–55. [28] Naikmasur V, Bhargava P, Guttal K, et al. Soft occlusal splint therapy in the
[16] Visscher CM, Lobbezoo F, de Boer W, et al. Prevalence of cervical spinal pain in management of myofascial pain dysfunction syndrome: a follow-up study.
craniomandibular pain patients. Eur J Oral Sci 2001;109:76–80. Indian J Dent Res 2008;19:196–203.
[17] Armijo-Olivo S, Rappoport K, Fuentes J, et al. Head and cervical posture in [29] Al-Ani MZ, Davies SJ, Gray RJ, et al. Stabilisation splint therapy for tem-
patients with temporomandibular disorders. J Orofac Pain 2011;25:199–209. poromandibular pain dysfunction syndrome. Cochrane Database Syst Rev
[18] Matheus RA, Ramos-Perez FM, Menezes AV, et al. The relationship between 2004;1:CD002778. Review.
temporomandibular dysfunction and head and cervical posture. J Appl Oral Sci [30] Rigon M, Pereira LM, Bortoluzzi MC, et al. Arthroscopy for temporomandibular
2009;17:204–8. disorders. Cochrane Database Syst Rev 2011;5:CD006385.