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Association

Rapport d’activité 2008


Primo Levi
SOINS
ET SOUTIEN
AUX PERSONNES
VICTIMES DE
LA TORTURE ET
DE LA VIOLENCE
POLITIQUE

Prix des Droits de l’Homme


de la République française

Association Primo Levi


L’Association Primo Levi en quelques dates
1995
● Fondée en mars 1995, l’Association Primo Levi est née
de la volonté de cinq associations – l’Action des chrétiens pour Un mandat en faveur
des personnes victimes
l’abolition de la torture (ACAT), Amnesty International France,
Juristes sans frontières (JSF), Médecins du monde (MDM)
et Trêve – qui ont souhaité mettre en œuvre des actions contre
la torture et pour les victimes de la violence politique.
de la violence politique
● Création du centre de soins. et contre l’usage de la torture
1997 Les statuts de l’Association Primo Levi sont consultables
● Création d’une lettre d’information, Mémoires, devenue revue sur le site Internet www.primolevi.asso.fr.
trimestrielle.
● Publication du manifeste Les Naufragés du droit d’asile.
Soins et soutien
1999 L’objectif statutaire de l’Association Primo Levi
● Appel au Premier ministre, Pour une Éthique de précaution, est d’apporter des soins appropriés et un soutien
demandant la régularisation de ceux qui encourent des persécutions complémentaire, social et juridique, aux personnes
en cas de retour dans leur pays d’origine. victimes de la torture : une réponse globale aux effets
dévastateurs, multiples et profonds de la torture.
2000 C’est pourquoi l’ensemble des prestations a été pensé,
● Création d’un « Espace enfants et familles ». dès la création, de manière pluridisciplinaire et dans
● Mention spéciale du Prix des droits de l’homme de la République la durée. Le centre de soins, situé à Paris, propose
française.
une prise en charge médico-kiné-psycho-socio-juridique
● Cofondation de la Coordination française du droit d’asile (CFDA).
● Cofondation du Collectif pour les droits de l’homme en Turquie.
des exilés souffrant des séquelles des persécutions
ou des violences politiques subies dans leur pays d’origine.
2002
● Création du centre de formation. Formation, information, sensibilisation
Parce que les modestes capacités d’accueil des centres
2003 de soins ne peuvent répondre aux besoins des personnes
● Colloque : Ce que l’homme fait à l’homme. souffrant des séquelles de la torture et de la violence
● Cofondation du Réseau européen des centres de soins pour politique en France, l’Association Primo Levi, depuis
victimes de la torture.
son origine, a accordé une grande importance au transfert
● Création du site web de l’association.
de compétences et à la sensibilisation.
2004 Ainsi a-t-elle mis en place un centre de formation
● Prix des droits de l’homme de la République française. qui intervient auprès de professionnels de tous horizons
qui sont en contact avec des demandeurs d’asile afin
2005 de leur permettre de mieux repérer les personnes souffrant
● Entrée à la Commission nationale consultative pour les droits de séquelles traumatiques liées à la violence politique
de l’homme (CNDCH). et de mieux les accompagner.
● Colloque : Errances et solitudes, effets de la torture Des publications régulières ou ponctuelles, un site web
et de la violence politique. et bientôt un centre de documentation spécialisé constituent
des outils supplémentaires au service de la transmission
2006 d’information et de la sensibilisation aux problématiques
● Campagne pour l’accès aux soins appropriés aux personnes
victimes de la violence politique résidant en France. liées à l’accompagnement des personnes ayant subi
la torture et la violence politique.
2007
● Création d’une lettre d’information mensuelle électronique. Engagements et actions collectives
● Colloque : Transmettre et témoigner, effets de la torture L’action directe en faveur des victimes ne permet pas
et de la violence politique. à elle seule de changer les contextes qui rendent
● Publication : De la violence politique au traumatisme (L’Harmattan). possibles les actes de violence politique.
Ainsi, à partir de l’expérience acquise au centre de soins,
2008 les membres de l’équipe ont également pour mission
● Cofondation de RESEDA - Réseau francophone de soins
et d’accompagnement pour les exilés victimes de torture de témoigner de la réalité de la torture et des violations
et de violence politique. des droits de l’homme, d’autant plus que les victimes
● Journée d’information et de sensibilisation : Politiques d’asile elles-mêmes ont de grandes difficultés à exprimer
et d’immigration : faire entendre la voix des victimes de torture, leurs souffrances.
suivie de la publication par l’association des actes de la journée. En collaborant avec d’autres organisations non
● Publication : Transmettre et témoigner. Les effets de la violence gouvernementales, en travaillant en réseau avec d’autres
politique sur les générations (L’Harmattan). centres de soins, ou de façon parfois individuelle,
● Interpellation, au nom du Réseau européen des centres de l’association s’évertue à sensibiliser, à informer, tant
soins pour victimes de torture, des pouvoirs publics français les citoyens que les pouvoirs publics, afin de contribuer
et européens sur la responsabilité de l’Union européenne et des États au recul de l’usage de la torture.
membres dans la prise en charge adaptée des victimes de la torture
et de la violence politique.
Préambule
Il y a deux ans, en préambule du rapport d’activité consacré à l’année 2006,
nous exprimions notre volonté de soutenir par tous nos moyens l’émergence d’un réseau
de centres de soins : l’insuffisance des capacités d’accueil, des prises en charge cliniques,
de l’accompagnement social et du soutien juridique en faveur des victimes de torture
était alors de plus en plus avérée. Cette année, nous avons, avec trois partenaires, créé
RESEDA, réseau francophone de soins et d’accompagnement pour les exilés victimes
de torture et de violence politique. Notre objectif reste cependant de faire émerger
de nouveaux centres dans des régions où ils sont, à ce jour, absents ou trop peu nombreux.

Force est d’admettre que l’année 2008 s’est révélée riche en sujets d’inquiétude
et a confirmé nos craintes. Si la présidence française de l’Union européenne a donné
une certaine priorité au problème de l’asile et de l’immigration, le pacte consacré
à ces questions, adopté par le Conseil européen, n’apporte aucune réelle solution
aux besoins des persécutés réfugiés en France. Dans un climat de crise et de peur,
ce pacte est essentiellement protecteur… contre une immigration non « choisie » ;
en outre, il reporte sur la Commission européenne le soin de proposer la révision
de la directive européenne « retour », dite « directive de la honte », et d’élaborer
une nouvelle politique commune de l’asile.

Les pouvoirs publics se sont targués d’une très forte chute du nombre de demandes
d’asile déposées en France jusqu’en 2007 : comment ne pas comprendre que celle-ci
est avant tout le résultat d’une politique de dissuasion plutôt qu’une réelle diminution
du nombre de personnes susceptibles de demander protection à notre pays ?
Alors que des zones entières du globe, notamment l’est de la République démocratique
du Congo, ont vu un redoublement des violences, parmi tous ceux qui restent piégés
dans les conflits, comme au Sri Lanka, ou qui échouent à parvenir en Europe,
nombreux sont ceux qui souffriront longtemps de ne pas avoir eu de soins physiques
et psychologiques. L’ensemble de ce rapport 2008 illustre à nouveau combien l’accueil
réservé aux victimes de torture en France reste souvent indigne d’un pays qui a pourtant
souscrit des engagements en leur faveur.

L’évolution qui se dessine au sein de la Commission de Bruxelles constitue


un autre sujet d’inquiétude. Celle-ci considère en effet que l’Union européenne devrait
privilégier la prévention de la torture et réserver les crédits « droits de l’homme »
à des actions menées hors du territoire de l’Union. Répétons encore une fois,
à l’heure où certains centres de soins européens sont menacés de fermer leurs portes
– ce qui est déjà le cas du centre d’Athènes – ou de réduire leurs activités, que prévention
et soins sont inséparables.

Malgré tout, nous avons maintenu nos capacités globales de prise en charge
tout en adaptant nos services aux besoins des patients du centre de soins : traitements
plus longs, attention particulière aux dimensions sociale, administrative et juridique
des difficultés qu’ils rencontrent quotidiennement. Nous avons continué à travailler
en réseau afin d’interpeller plus fortement les autorités françaises et européennes.
Nous avons également donné une haute priorité au travail de formation et au transfert
de compétences, avec une relance des missions à l’étranger. Contacts et missions
contribuent à notre compréhension des séquelles des guerres sur les populations
civiles, désormais au cœur des enjeux de conflits tels que ceux du Liban et de Tchétchénie.

Le développement des activités de l’association rend encore plus nécessaire


une adaptation de nos méthodes de travail. Le conseil d’administration, avec l’aide
Association Primo Levi - Rapport 2008

de consultants, les salariés et les bénévoles ont entamé un travail de réflexion


sur l’organisation et les objectifs de l’association afin de toujours mieux justifier
la confiance que nous font nos bailleurs publics et nos donateurs et d’accroître
encore notre efficacité au profit des trop nombreuses victimes de la violence humaine.

Hubert Prévot, président de l’Association Primo Levi - mars 2009

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Association Primo Levi - Rapport 2008

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1. Soigner et soutenir les victimes de la torture
et de la violence politique

Au cours de l’année 2008, trois évolutions Appréhender la douleur


significatives, qui concernent le fonctionnement du centre
de soins de l’Association Primo Levi et la prise en charge Claude Biétry, kinésithérapeute
des personnes victimes de la torture et de la violence
politique au sein de son équipe pluridisciplinaire, sont Comment aborder la douleur ? Nos patients
à mettre en exergue : y sont en permanence confrontés et viennent
au centre de soins déposer le fardeau qu’elle
● une augmentation sans précédent du nombre représente pour eux. Bien souvent, cette douleur
de mineurs (mineurs isolés et enfants accompagnés) omniprésente engendre des effets surprenants
parmi les nouveaux patients de 2008 (37 % contre 23 % qui les dépassent. « Pourquoi ai-je mal ? »,
en 2007 et 17 % en 2006) : le centre de soins est plus que nous demandent-ils. Nous tentons d’aider chaque
jamais reconnu par nos partenaires comme proposant patient, dépossédé de son corps, à retrouver
une écoute adaptée et un savoir-faire spécifique en matière la fonction première de ce corps, de ses contours,
de clinique auprès des personnes jeunes, traumatisées pour se reconstruire.
suite aux violences politiques dont elles ont été les cibles Les patients demandent à être écoutés ;
ou les témoins. La refondation de l’« Espace enfants il s’agit donc d’être attentif à ce qu’ils sont
et familles », auquel des moyens spécifiques ont pu être en mesure de dire, mais également à ce que
consacrés de septembre 2007 à septembre 2008, a sans leur corps peut exprimer : une attitude réservée,
doute contribué à faire connaître davantage la réflexion un regard baissé, fuyant, une démarche
développée en interne sur les spécificités de la clinique particulière, un état de stress inhabituel, un ton
auprès des enfants et des familles et notre expérience de parole peu audible. Ils vivent en permanence
dans ce domaine. avec la douleur, sont envahis par elle. Parfois,
cette douleur se manifeste de façon fulgurante,
● une augmentation importante du nombre de patients parfois elle se déplace, mais toujours elle
ayant fait appel au soutien juridique, soit 32 % engendre de l’angoisse. Au cours des séances,
des patients suivis au centre cette année (ce qui correspond la douleur profondément installée dans le corps
à une augmentation de 18 % par rapport à 2007). Le nombre du patient, douleur chronique, le ramène
de rendez-vous dans le cadre de cet accompagnement vers les scènes du traumatisme vécu. Avec
juridique, véritable complément aux soins, a augmenté l’installation de la douleur, d’autres symptômes
de 74 % en 2008. Un phénomène qui peut être mis en regard peuvent apparaître : un état de méfiance, de veille,
de la saturation et de l’insuffisance des services juridiques permanent. Il n’est pas rare que les patients
spécialisés proposés aux demandeurs d’asile et qui confirme aient du mal à s’allonger, voire même à s’asseoir
que l’augmentation du temps de travail de la juriste sur la table de massage. Leur visage se fige,
depuis fin 2007 répond à un réel besoin des patients leur corps se raidit plus encore.
du centre de soins. La douleur engendre également un état
de stress. Tous les muscles sont en tension.
● une diminution temporaire de notre capacité Cette tension et cette raideur musculaire
d’accueil. À partir du mois de mars, un médecin réduisent la mobilité du patient, qui éprouve
et une psychologue clinicienne ont diminué leur temps de grandes difficultés à se lever, à marcher,
de travail, ce qui a correspondu à deux demi-journées à monter des escaliers. L’amplitude respiratoire
de consultations cliniques en moins par mois. À cela, s’est est diminuée, perturbée, ainsi que la sensorialité,
ajouté le départ de Dominique Pataut, médecin généraliste, les repères de temps et d’espace. La texture
en milieu d’année : un poste resté vacant depuis, faute de la peau peut également être modifiée.
de candidature appropriée. La réduction du temps global Au seul contact de la main, répond la douleur ;
de consultation, conjuguée à un allongement sensible de toute approche est vécue comme une agression.
la durée moyenne des suivis des patients en cours Lors des premières séances, nombre de patients
Association Primo Levi - Rapport 2008

de traitement, a amené le centre à fermer plus souvent aimeraient que leur douleur cesse, comme
son service d’accueil aux nouvelles demandes (-31 % par enchantement. Il faudra en fait de
de nouvelles personnes prises en charge, -50 % d’accueils nombreuses séances pour amener le patient
physiques des personnes sollicitant une consultation) à prendre conscience de son état. Et il est important
et à orienter les personnes nous contactant vers d’autres de considérer la personne dans son entièreté,
services. Cependant, même si la capacité d’accueil d’instaurer un climat de confiance et de reconnaître
en nombre de nouveaux patients a effectivement diminué, l’investissement du patient dans cette démarche,
le nombre de consultations pour les patients de la file active car cela contribuera à sa reconstruction.
a à peine varié. Sur ce chemin à deux, le patient se retrouve face
à sa douleur et apprend à ne plus en avoir peur.

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1.1 Commentaires généraux sur l’activité du centre en 2008
Par Sibel Agrali, directrice du centre de soins
Les patients du centre de soins en 2008
Le prolongement de la durée des suivis, lié à la dégradation des conditions de vie des réfugiés qui ne favorise
pas la continuité des soins et qui implique de plus nombreuses démarches administratives, sociales et juridiques,
ainsi que, durant la seconde moitié de l’année, la vacance d’un poste de médecin généraliste, nous ont incités,
à plusieurs reprises, à ne plus accepter de nouvelles demandes afin d’éviter à de trop nombreux patients d’attendre un premier
rendez-vous pendant des mois. C’est pourquoi, au cours de l’année 2008, le centre de soins a reçu et examiné 172 demandes
de soins, soit 52 % de moins qu’en 2007. Nous avons fait en sorte de réorienter le plus possible de personnes pour lesquelles
nous étions contactés vers d’autres structures. Cependant, par rapport à l’an dernier, un nombre plus important de demandes
traitées a débouché sur un début de prise en charge (42 % des demandes contre 30 % en 2007) : 73 nouveaux patients
ont entamé un suivi au centre de soins.
À quel moment de leur parcours les patients viennent-ils
consulter ?
À l’exclusion du cas extrême d’un Uruguayen qui s’est adressé
au centre 34 ans après son arrivée en France, la durée écoulée entre
l’arrivée sur le territoire français et la demande de soins se situe
entre 1 mois et 8 ans, avec une moyenne de 17 mois. Nous pouvons
cependant constater que 60 % des nouveaux patients ont exprimé
une demande de soins dans la première année de leur exil. Il faut
tout de même noter que dans le contexte actuel de législations Se réapproprier son corps
restrictives et de « non-accueil », les conditions de vie faites Claude Biétry, kinésithérapeute
aux réfugiés sont telles que le souci de leur santé passe souvent
après la satisfaction d’autres besoins élémentaires. Paul m’était envoyé par sa thérapeute,
impressionnée par son état de stress : il se plaignait
Des patients adultes plus âgés et des enfants plus nombreux de douleurs à l’épaule, son sommeil était très
Parmi les personnes victimes de la torture et de la violence politique perturbé. Après avoir discuté avec lui, je lui ai
accueillies pour la première fois au cours de l’année, les adultes proposé de s’asseoir sur la table de massage
sont plus âgés et les mineurs proportionnellement plus afin d’examiner la mobilité de ses membres
nombreux que par le passé. En effet, parmi les adultes, on note et de sa colonne vertébrale. Son regard fuyant
une augmentation des plus de 40 ans (26 % en 2008 contre exprimait la crainte. Paul est revenu pour
16 % en 2007), donc des personnes qui ont perdu beaucoup un second rendez-vous puis n’a plus donné
en quittant leur pays d’origine : une vie de famille, des amis, de nouvelles pendant plusieurs semaines.
une carrière professionnelle déjà avancée. Parallèlement, Face à l’insistance de sa thérapeute, il finit par
alors que les enfants accompagnés et les mineurs isolés revenir. Rien n’avait changé en lui : même regard
représentaient 16 % des nouveaux patients en 2006 et 23 % inquiet, même raideur extrême de la colonne
en 2007, ils en ont constitué 37 % en 2008. vertébrale, son corps était toujours en alerte.
Angoissé à l’idée de ce que pouvait
Où vivent les patients du centre de soins ? lui renvoyer son propre corps, il avait tendance
Le nombre toujours élevé de femmes et le nombre croissant à se mouvoir très vite, comme un automate,
d’enfants explique sans doute la hausse importante de la part ce qui faisait barrage à toute sensation :
des nouveaux patients qui sont hébergés « en foyer », hors il reproduisait, lors de nos séances, sa façon de
CADA (Centres d’accueil pour demandeurs d’asile) : de 16 % pratiquer le body-building, activité physique
en 2007 à 34 % en 2008. En effet, les femmes – avec ou démarrée à son arrivée en France, qui permettait
sans enfants – et les mineurs isolés demeurent prioritaires d’entretenir son corps tout en le maîtrisant.
dans les hébergements institutionnels ; les célibataires isolés, Je lui ai donc proposé un travail assez lent
faute de places dans ces hébergements, se retrouvent dans des épaules, de la tête, du bassin. Debout
des situations particulièrement difficiles (10 % des nouveaux près de lui, je l’ai invité à parcourir de ses mains
patients célibataires vivent à l’hôtel, 3 % sont SDF). son visage, sa tête, son cou et ainsi de suite
Le département de l’Oise a adressé au centre un nombre plus jusqu’à ses pieds. Toucher son propre corps
Association Primo Levi - Rapport 2008

important de mineurs isolés, vivant dans des foyers de jeunes lui permit de se rassurer, de se détendre.
sous protection de l’Aide sociale à l’enfance. Ainsi, la part Au cours des séances suivantes, il fut
des patients vivant à Paris est plus faible que l’an dernier en mesure de travailler debout, assis. Il a
(27 % en 2008). 58 % des nouveaux patients sont domiciliés finalement accepté de s’investir dans un travail
en banlieue parisienne, ce qui reste stable. L’éloignement de prise de conscience de son propre corps.
géographique des patients par rapport au centre implique
une difficulté supplémentaire : pour des personnes en situation
de grande précarité et qui risquent, à l’occasion d’un contrôle
d’identité, d’être arrêtées, prendre les transports en commun
représente un obstacle au suivi des soins et peut expliquer
l’absence de certains patients à leurs rendez-vous.
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Des soins pour envisager l’avenir
Mireille Joussemet, médecin généraliste

Madame C., originaire de Guinée Conakry,


est âgée de 36 ans et mère de cinq enfants. Dans
son pays d’origine, elle dirigeait une coopérative
financée par le parti rebelle. Lors du massacre
perpétré dans son village par les forces militaires
du gouvernement, son mari fut assassiné
et elle-même violée. Alors que la version officielle
impliquait les rebelles, Madame C. a témoigné de
la vérité des faits auprès d’un journaliste. Menacée
de mort, elle a fui, sans ses enfants, en France, aidée
financièrement par sa tante.
Quand elle se présente à son premier
Statut des nouveaux patients rendez-vous médical au centre de soins, elle est
Les demandeurs d’asile, bien que leur nombre soit en France depuis un an, suivie par un médecin
en baisse (de 48 % en 2007 à 41 % en 2008), de ville qui a diagnostiqué un diabète, elle parle
constituent encore la part la plus importante encore mal le français et sa demande d’asile vient
des nouveaux patients. Près d’un quart d’entre eux sont d’être rejetée par la Cour nationale du droit d’asile.
en procédure d’appel. La part des personnes reconnues Au centre de soins, elle obtient enfin des explications
réfugiées à leur arrivée au centre de soins est en baisse claires sur sa pathologie diabétique, avec
(15 % en 2007, elles ne représentent plus que 10 % une prise en charge médicale adaptée : ainsi, elle
cette année). Les personnes déboutées constituent peut se percevoir autrement que comme « atteinte
toujours près de 10 % des nouveaux patients. de graves pathologies incurables » et envisager
La situation juridique des mineurs isolés, qu’il devient la possibilité d’un avenir. Elle peut également
urgent de résoudre à l’approche de leur majorité, évoquer son histoire, ses graves troubles du
nécessite un travail important de collaboration sommeil, ses cauchemars récurrents, ses angoisses
entre l’équipe référente du jeune, souvent démunie majeures par rapport à la sécurité de ses enfants
face aux nouvelles législations concernant les mineurs et la souffrance qu’entraîne cette séparation.
isolés, et l’assistante sociale ou la juriste. Une aide médicamenteuse lui est prescrite afin
d’améliorer son sommeil et de diminuer l’état
Délai de traitement des demandes d’hyper-vigilance dans lequel elle se trouve.
D’importantes raideurs cervico-dorso-lombaires
Le délai entre la demande de soins et le début effectif
et d’immenses tensions musculaires douloureuses
des soins était significativement plus long en 2008
sont repérées et la patiente est également orientée
qu’en 2007, année durant laquelle le centre était
vers la kinésithérapeute du centre. Le travail
parvenu à ne pas dépasser le délai de six mois pour
en synergie entre les deux praticiens entraîne
répondre à une demande de prise en charge. Cette année,
une franche diminution des douleurs. Sont
nous n’avons pu offrir des délais d’attente réduits,
également décidées une orientation juridique, afin
même aux mineurs, qui pourtant sont prioritaires
de renouveler sa demande d’asile, et une orientation
et sont reçus directement sans entretien d’accueil
sociale pour mettre en place une aide alimentaire
préalable. 47 % des nouveaux patients se sont
adaptée à ses besoins de diabétique.
vu proposer un rendez-vous avec un intervenant
Au bout de plusieurs mois d’un suivi médical
dans les quatre mois et cinq personnes ont attendu
régulier ayant abouti à une nette amélioration,
entre huit et onze mois avant de commencer un suivi.
tant physique que psychique, de son état de santé,
une demande de suivi psychologique a pu émerger.
Origine géographique des nouveaux patients
En 2008, vingt-cinq nationalités étaient représentées
chez les nouveaux patients. Les personnes originaires
d’Afrique sub-saharienne ne constituent plus que
53 % de l’ensemble des nouveaux patients (en 2007,
72 %). Comme les années précédentes, les patients
Association Primo Levi - Rapport 2008

venant de République démocratique du Congo sont,


de loin, les plus nombreux. Force est de constater
que la proportion de Sri-Lankais et de patients
originaires des Balkans (Kosovo et Serbie) est
en hausse.

7
Les activités
L’accueil
Catherine Pinzuti, responsable de l’accueil du centre de soins en 2008
L’accueil au centre de soins consiste à réceptionner Les professionnels du centre de soins
les demandes de soins, à réorienter, le cas échéant, ces demandes, ont suivi 252 patients en 2008, avec un total
à recevoir les patients pour un premier rendez-vous, à organiser de 4244 consultations. La part des nouveaux
de façon quotidienne les rendez-vous avec les intervenants patients sur l’ensemble des personnes suivies
et les interprètes : le rôle des personnes chargées de l’accueil est a été de 29 %, donc plus de 70 % des patients
donc primordial. Fin 2007, un poste supplémentaire a pu être créé, avaient débuté leur prise en charge au cours
sur la base d’un temps partiel (40%), assuré jusqu’alors alternativement des années précédentes (24 % d’entre elles en
par deux bénévoles. 2007). Ces chiffres traduisent une augmentation
significative de la durée des suivis.
En 2008, 172 demandes formelles de consultations ont été
adressées au centre de soins, puis étudiées et traitées par la responsable Quant à la moyenne annuelle du
de l’accueil. 42 % de ces demandes ont donné lieu à un début nombre de consultations par patient, elle est
de prise en charge au cours de l’année. 61 % des demandes restantes passée de 12,8 en 2005 à 15 en 2006 et 2007,
ont été classées « sans suite », pour cause d’absence au premier pour atteindre aujourd’hui 16,8.
rendez-vous d’accueil ou de soins, malgré des relances. 39 % ont La proportion de patients ayant nécessité
fait l’objet d’une réorientation en raison de nos délais d’attente, un suivi et un soutien intensif (entre 30 et 50
ou parce qu’il s’agissait de demandes exclusives de suivi juridique consultations), en augmentation, est de l’ordre de
ou social, d’attestations ou de certificats médicaux, ou encore 12 %. En 2008, avec 103 personnes « sortantes»
de prises en charge relatives à des violences ne relevant pas de de la file active (ensemble des patients pris
notre mandat (esclavage moderne, violences intra-familiales). en charge durant une année), le taux des fins
de suivis se situe à 41 % et la durée moyenne
Origine des demandes des suivis est de 1,7 année.
Les demandes nous ont été essentiellement adressées, d’une part,
par des Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) La part des patients ayant nécessité
et par d’autres foyers d’hébergement et, d’autre part, par le recours à un interprète professionnel
des associations, la Protection maternelle et infantile (PMI), est passé de 23 % en 2007 à 26 % cette année,
des Centres médico-psychologiques (CMP) et des médecins de ce qui a des répercussions financières évidentes.
ville. Les demandes spontanées remplies directement par des adultes Le suivi de patients tamouls et de Cinghalais
représentent 20 % de la totalité des demandes reçues. À noter du Sri Lanka a impliqué de travailler avec
qu’un petit nombre de nouveaux patients sont des parents de patients non plus un, mais trois interprètes pour
déjà suivis au centre de soins. En ce qui concerne les mineurs isolés ces langues. Le centre de soins a été
ou les jeunes adultes isolés, les demandes viennent principalement cette année confronté à la difficulté croissante
de l’association France Terre d’Asile, de certains foyers de l’Oise de trouver des interprètes pour les langues
(en particulier de la ville de Beauvais), des lycées et écoles de Paris – rares – maîtrisées par les patients.
et de sa banlieue, partenaires de longue date.
La pluridisciplinarité qu’offre
Nature des demandes le centre de soins est saisie par 60 %
La majorité des adultes accueillis cette année ont subi directement des patients (taux inchangé depuis 2006).
des violences (tortures, viols) et des persécutions : arrestation, 60 % des patients bénéficient d’une prise en
emprisonnement, garde à vue de plusieurs semaines (voire de charge avec 2 à 5 intervenants ; pour les 40 %
plusieurs mois), en raison de leur appartenance à des partis politiques restant, il s’agit essentiellement de personnes
d’opposition, de leurs convictions religieuses, de leur origine ethnique. en début ou en fin de suivi.
Nombre de femmes ont été arrêtées et persécutées du fait des activités Parmi l’ensemble des patients, 69 %
de leur compagnon. Les patients originaires de Russie ou des nouvelles ont fait appel à un suivi psychologique,
républiques issues de l’ex-URSS ont été particulièrement marqués 54 % aux soins physiques (médecine générale
par des violences à caractère raciste et discriminatoire. et kinésithérapie) et 62 % au soutien social
Les enfants dont le suivi a commencé cette année sont essentiellement et/ou juridique. 11 % d’entre eux ont été suivis
originaires d’Angola, d’Irak, d’Ouzbékistan, de Tchétchénie par un médecin généraliste et par
et de Russie. Ils ont tous été témoins d’agressions subies par la kinésithérapeute, 14 % par l’assistante
les membres de leur famille. Ont été décelés chez eux des troubles sociale et la juriste. La hausse la plus
significative concerne ceux qui ont eu recours
Association Primo Levi - Rapport 2008

du comportement, des difficultés dans leur rapport aux autres enfants


ou d’apprentissage, expliquant leur orientation vers le centre de soins. aux services de la juriste : 18 % de plus que l’an
Les adolescents ou jeunes adultes viennent en grande majorité dernier.
d’Afrique : Angola, Congo, Guinée Conakry, Nigeria, Rwanda
et Soudan. Les éducateurs et travailleurs sociaux les adressent au centre
en raison de problèmes de communication, de difficultés scolaires,
de troubles du comportement (agressivité, évitement, tendance
suicidaire). Les partenaires insistent sur l’importance de proposer
à ces jeunes, ayant subi des violences dans leur pays d’origine
et pendant leur parcours d’exil, un lieu d’écoute spécialisé, leur
offrant la possibilité de s’exprimer dans leur langue.

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Que fait un psychologue clinicien dans un centre de soins
comme celui de l’Association Primo Levi ?
Omar Guerrero,
psychanalyste et psychologue clinicien

En quoi le travail d’un psychologue clinicien


est-il spécifique lorsqu’il exerce dans un centre de soins
qui accueille des personnes victimes de la violence politique
et de la torture ? Qu’est-ce qui fait la différence entre sa façon
d’opérer auprès de ce public stigmatisé par le traumatisme
Un voile pour Idriss et sa manière d’intervenir dans une autre institution
ou dans un cabinet privé ?
Omar Guerrero, psychologue clinicien Il faut d’abord évoquer ce qui lui permet,
à sa place de clinicien, de prendre en charge cette demande
Idriss, quatre ans, et sa mère sont de soins, c’est-à-dire sa référence, sa boussole. Celle que
les seuls survivants de toute une famille. Ils viennent nous avons choisie, la psychanalyse, n’est pas la seule
consulter parce que le petit garçon ne parle pas possible. Quel avantage alors à opérer avec la psychanalyse
et qu’il est très agressif, voire tyrannique, auprès des patients du centre de soins et en quoi
même avec sa mère. Cette dernière, qui vient cette thérapie consiste-t-elle ? Nos patients viennent
voilée, raconte, émue, que son enfant connaît consulter parce qu’ils ont été délogés de leur place de sujet :
toute la vérité sur ce qui est arrivé aux autres le persécuteur, le tortionnaire, celui qui a écrasé l’autorité
membres de la famille car il a assisté à l’irruption par l’autoritaire, les a faits se taire, les a mis en place d’objet,
des soldats, aux abus sexuels, aux meurtres… ils ont été « la chose » de quelqu’un. Recevoir alors
Il a tout vu. Comment faire pour le guérir de ces femmes et ces hommes qui arrivent en lambeaux,
la violente transparence de la vérité ? qui témoignent avec leur présence de la violence exercée
La mère ajoute que l’enfant l’accompagne à l’encontre d’un sujet, écouter ce qu’ils ont à dire,
toujours partout, même quand elle se lave, c’est leur supposer une parole de sujet. « Je ne pouvais
sinon, il fait des crises épouvantables. Le travail rien faire ! », vous disent-ils, figés dans cette scène
du thérapeute, au fil du temps, permet à cette maman traumatique qu’ils conjuguent au présent, qui ne les
de restaurer le voile qui permet d’appréhender quitte pas. Mais, si la psychanalyse n’a pas l’exclusivité de
la vérité. Par exemple, le psychologue lui demande l’écoute, elle fait cependant le pari éthique de s’adresser
de fermer la porte au moment de sa toilette, au sujet, de le supposer responsable. Responsable de quoi ?
sans crainte des « crises » de son fils. Les premières De sa vie avant cette « mauvaise rencontre », par exemple,
fois, l’enfant pleure. Puis, il finit par jouer mais également de cet après-coup qu’est la fuite, la recherche
par terre et dessiner, avant d’accepter complètement d’un abri.
cette coupure, cet interdit. La question de la place de chacun est au cœur de
D’autres interventions au cours de la démarche thérapeutique : le clinicien s’adresse
la thérapie sont allées dans ce sens : la vérité, constamment à un sujet invisible, que la violence a fait
comme la nudité, ne peut être accessible taire, un sujet qui se terre derrière l’écran du traumatisme.
à l’enfant. La vérité doit toujours être médiatisée Comment questionner cet acteur qui ne joue pas mais qui
et on retrouve notamment dans le langage est joué sur cet écran, toujours le même, qui nous dit
– un moyen parmi d’autres d’articuler la vérité – qu’il n’y était pas, que « ça » n’est pas lui ? La psychanalyse
la fonction du voile qui permet de poser une vérité est alors un discours, une façon de s’adresser au patient,
à partir de laquelle fonder l’échange social. de l’inviter à reprendre une place de sujet et d’accepter
Au fil des rendez-vous, Idriss, toujours le commerce avec d’autres sujets.
accompagné de sa mère, qui ne portait plus En face-à-face, ces personnes prennent le temps
le voile, est sorti de son mutisme. pour s’octroyer à nouveau le droit de parler et assumer ainsi,
Aujourd’hui, il est scolarisé. à nouveau, une place de sujet. Dans ces prises en charge,
qui durent davantage que dans d’autres lieux, chaque geste
Extrait de Mémoires n° 44, décembre 2008. compte. Terminons par un exemple qui semble
inconcevable dans le cadre thérapeutique institutionnel :
donner la possibilité au patient, qui ne parle pas français,
Association Primo Levi - Rapport 2008

de s’exprimer en sa langue maternelle, celle justement


où il était autorisé, où il était chez lui. Le dispositif est
certes bousculé, mais des mises en place existent pour
rappeler au sujet qu’il parle.

9
1.2 L’accompagnement social et juridique
L’accompagnement social - Nathalie Prete, assistante sociale
Menace sur la gestion des centres de rétention, réforme des Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA),
augmentation effective des reconduites à la frontière, remise en cause de l’accès à l’hébergement d’urgence pour
les sans-papiers, accès aux droits sociaux et médicaux élémentaires de plus en plus complexe : voici le contexte dans lequel
nos patients ont dû se débattre tout au long de l’année 2008. Les réponses apportées à ces difficultés supplémentaires donnent
de nouvelles orientations au travail social :
● introduction massive de notions juridiques dans le travail de l’assistante sociale, ce qui l’incite à saisir
de nouvelles instances telles que la commission de recours amiable de la Caisse d’allocations familiales (CAF), le tribunal
des affaires de Sécurité sociale, le tribunal administratif, le juge de proximité, et à faire appel à des avocats ;
● nécessité toujours plus grande d’accompagner les patients dans des lieux comme les CAF, préfectures,
tribunaux, bureaux de poste car les échanges écrits ou par téléphone restent sans effets ;
● sentiment accru de devoir se substituer aux services sociaux de droit commun : même les familles
avec enfants, en droit d’attendre un accompagnement social des services de droit commun, ne sont plus entendues
(notamment en ce qui concerne l’hébergement et l’accès au logement).

Données chiffrées

L’assistante sociale a pris en charge 110 personnes, ce qui correspond


à 41 % des patients suivis au plan médical et/ou psychologique en 2008. Des conditions de vie
Ce chiffre reste stable par rapport à l’an dernier mais il regroupe seulement inacceptables :
30 % de nouvelles situations. Encore une fois la complexité des suivis, la précarité
des patients et l’absence de relais imposent une prise en charge plus longue.
exemple
d’une famille suivie
En terme de statut, les patients les plus représentés au service social restent au centre de soins
les déboutés du droit d’asile (36 %). On peut néanmoins noter une légère baisse
par rapport à l’année 2007 qui s’explique en grande partie par la régularisation La famille K., un couple
d’anciens patients. Le nombre de demandeurs d’asile reste stable : 11 %. et leur fille de treize ans,
Les réfugiés statutaires sont en nette augmentation (35 % dont 3 % réfugiés originaire d’Ouzbékistan,
au titre de la protection subsidiaire). Cette présence importante des réfugiés illustre est confrontée à une fin
bien la défaillance des services sociaux de droit commun qui n’apportent pas de prise en charge brutale
les réponses adaptées aux problèmes d’insertion de cette population. par le CADA
qui l’hébergeait
Les conditions d’hébergement de nos patients ne cessent de se dégrader : depuis deux ans.
16 % des patients rencontrés par l’assistante sociale sont sans domicile fixe À la rue du jour au lendemain,
(c’est-à-dire qu’ils ne savent pas, au jour le jour, quel va être leur lieu d’hébergement, sans ressources,
si toutefois ils en obtiennent un), 22 % sont hébergés par des compatriotes la famille, dans son errance,
et plus rarement par des membres de leur famille (là encore la situation peut finit par s’installer
basculer du jour au lendemain). La prise en charge en CADA a diminué : sur un parking
8 % des patients orientés vers l’assistante sociale sont hébergés dans ce type de la ville de Cergy
de structure alors qu’ils étaient 11 % l’an dernier. La prise en charge en hôtel et à vivre dans une vieille
(dans le cadre de l’urgence le plus souvent) est de 13 %. Les Centres d’hébergement voiture achetée en France.
et de réinsertion sociale (CHRS) et les foyers de type résidence sociale hébergent Aucun service social
25 % des patients suivis par le service social. ne veut se saisir
de cette situation :
On peut conclure que 59 % des patients reçus pour un accompagnement social la famille est considérée
vivent dans une extrême précarité (38 % SDF ou hébergés par leur famille comme SDF.
ou par des compatriotes et 21 % pris en charge pour des durées déterminées). Mme K., très inquiète,
Comme pour les années précédentes, les célibataires sont les patients craint de dévoiler
les plus nombreux (54 %) parmi ceux qui s’adressent aux services de la réalité de sa situation
Association Primo Levi - Rapport 2008

l’assistante sociale. 34 % des enfants mineurs et 5 % des enfants majeurs de peur de se voir retirer
qui accompagnent un parent suivi au centre de soins sont nés en France : la garde de sa fille.
des chiffres en augmentation. À eux seuls, les mineurs et jeunes majeurs
représentent 15 % de l’activité du service social. Les mêmes difficultés de travail
persistent avec un partenaire, pourtant incontournable : l’Aide sociale à l’enfance
(voir rapport d’activité 2007).

10
Problèmes traités

Hébergement et logement
56 % des demandes émanant de l’ensemble des patients qui souhaitaient bénéficier d’un accompagnement
social concernaient une recherche d’hébergement ou de logement. Les démarches de l’assistante sociale
ont permis d’obtenir un résultat pour près d’un quart des personnes concernées.
Un évènement particulièrement marquant pour cette année 2008 concerne l’augmentation des patients
pour lesquels le problème de l’hébergement a pris un caractère d’urgence. Cette urgence est généralement
induite par une fin de prise en charge en CADA, structures d’accueil pour demandeurs d’asile, contraintes
d’appliquer des règles toujours plus rigoureuses en matière de sortie des résidents. Par le passé, leur sortie
s’accompagnait de mesures sociales (recherche de solution d’hébergement, demande de régularisation
ou de réexamen de dossier par l’OFPRA). Ce n’est malheureusement plus le cas : bien que les patients
soient informés de la durée de l’hébergement, le moment de la sortie reste brutal et les laisse dans un complet
dénuement, d’autant plus qu’il signifie également la fin de l’assistance financière.

Accès aux droits


54 % des patients du service social ont été accompagnés dans les démarches nécessaires à l’ouverture
de droits sociaux et médicaux. Il s’agit le plus souvent de faciliter l’accès à la Sécurité sociale (AME, CMU),
à la CAF (RMI, prestations familiales diverses), à l’ANPE / Assedic.
L’obstruction administrative se généralise : demande de documents toujours croissante dans un simple
but de contrôle, retards et délais de plus en plus longs dans le traitement des demandes (CMU, AME),
et refus injustifiés en augmentation pour l’accès à certains droits (notamment pour les prestations de la CAF).
Dans ce contexte défavorable, saisir les instances de recours devient une nécessité.
Pour 6 % des patients, les instances de recours (commission de recours amiable de la CAF, tribunal
des affaires sociales de la Sécurité sociale, juge de proximité, conseil des prud’hommes) ont dû être saisies.
Une bonne connaissance de la législation sociale s’impose pour la rédaction de rapports très techniques ;
accompagner les patients le jour de l’audience est souvent indispensable.
Un fait marquant de cette année 2008 : l’intervention de plus en plus fréquente auprès du service protection
de l’OFPRA, service qui gère l’état civil des réfugiés. 6 % des patients ont vu leur accès au séjour définitif
retardé parce que leur acte de naissance, indispensable à la délivrance de la carte de résident, a été établi
avec beaucoup de retard (jusqu’à six mois d’attente). Des interventions individuelles pour alerter l’OFPRA
sont réalisées de façon presque systématique lorsque le délai d’attente dépasse la durée habituelle de quatre mois.

Aide à la vie quotidienne


Une aide pour des besoins de première nécessité (se nourrir, se vêtir, parer aux urgences financières)
a été demandée pour 41 % des personnes suivies par le service social. Si certaines ont pu être orientées
vers le milieu associatif ou, parfois, vers les services sociaux de secteur, la majorité d’entre elles a eu besoin
d’une prise en charge spécifique. Les partenaires sollicités sont restés les mêmes que l’an dernier :
Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Semaine de la Bonté, Secours catholique, conseils
généraux, Centres communaux d’action sociale (CCAS), mairies, fonds de secours de la Sécurité sociale
et, dans une relation de travail de plus en plus étroite et fructueuse, l’association Bouée d’Espoir.
Le soutien financier de ces associations caritatives permet notamment la prise en charge de frais médicaux
(non pris en charge par la Sécurité sociale : prothèses, lunettes, consultation avec médecin agréé
par la DDASS, etc.), de frais d’avocat, de régularisation, de passeport, de transport pour les patients
qui résident en province, de formation (cours de français notamment), de traduction de documents.

Séjour et regroupement familial


26 % des patients ont rencontré l’assistante sociale pour des problèmes liés au droit au séjour (soit
Association Primo Levi - Rapport 2008

le double comparé à 2007) : 10 % dans le cadre du renouvellement de leur titre de séjour (notamment
pour soins), 12 % pour évaluer et engager une demande de régularisation à titre humanitaire et 5 % pour envisager
une demande de titre de séjour pour soins. Bien que les recours possibles soient pratiquement inexistants
pour des patients déboutés, célibataires, sans attaches familiales en France, on constate cette année que
les demandes de régularisation ont été traitées par certaines préfectures avec davantage de bienveillance
(même si cela reste encore de l’ordre de l’exceptionnel).
Le regroupement familial pour les patients nouvellement reconnus réfugiés devient très vite une priorité.
Ils ont été 8 % à demander le soutien de l’assistante sociale dans l’engagement d’une procédure qui reste
toujours complexe, opaque et arbitraire : les patients sont alors informés sur les difficultés et les longs délais
d’attente inhérents à cette procédure. Des interventions auprès du ministère des Affaires étrangères,
des consulats de France à l’étranger, de l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM)
ont souvent été nécessaires pour tenter de mettre fin au silence de l’administration.
11
Les partenaires
En 2008, 32 % des partenaires du service social L’Espace enfants et familles
sont des associations (caritatives ou de défense des droits
de l’homme). Ce chiffre est en augmentation par rapport En 1995, à la création du centre de soins,
à 2007 (30 %). Les services sociaux de droit commun il n’y avait pas d’accueil spécifique pour les enfants.
(assistantes sociales de secteur) ne représentent plus L’évolution des profils des patients adultes et la présence
que 11 % du partenariat du service social. accrue des mineurs ont conduit les responsables du centre
Il est vrai que la majorité des patients du centre à engager une réflexion sur la manière d’accueillir
de soins sont des adultes non accompagnés d’enfant les mineurs isolés et ces enfants qui, si souvent, restaient là,
mais cette caractéristique n’explique pas à elle seule oubliés des adultes.
le désengagement de plus en plus fort des services À l’initiative du psychothérapeute Juan Boggino,
de droit commun. une organisation propre pour les enfants et les mineurs isolés
Les partenaires sociaux les plus nombreux sont a vu le jour en 1999 : une fiche de demande de consultation
en général des travailleurs sociaux de services spécialisés spécifique a été mise en place. De plus, les membres de
(centres d’hébergement notamment). De nombreux l’équipe décidèrent alors de leur donner la priorité lors
autres services (CAF, Sécurité sociale, Assedic / ANPE, du processus d’admission : les enfants et les mineurs isolés
préfectures, OFPRA / CNDA, tribunaux, avocats, sont toujours pris en charge directement, sans rencontrer
médecins, centres sociaux…) sont régulièrement en relation la responsable de l’accueil et les premiers entretiens sont
avec l’assistante sociale. donc assurés par un psychothérapeute. La raison clinique de
cette décision est l’importance de ces premiers entretiens,
qui contiennent quasiment tous les éléments à travailler
Une politique de « non-accueil », par la suite. De plus, l’expérience nous a montré que les
source de nouvelles souffrances enfants et les adolescents vivent très mal le changement
Une évidence incontestable : la violence produite d’interlocuteur.
par les conditions de « non-accueil » en France est tout Sous l’impulsion de Juan Boggino et de Diana
aussi présente et préoccupante dans le quotidien Kolnikoff, deux anciens collègues psychothérapeutes,
de nos patients que celle causée par les traumatismes subis des échanges pluridisciplinaires réguliers avaient été
dans le pays d’origine. Les institutions produisent, au nom mis en place, en dehors du centre de soins, avec des équipes
d’une politique de gestion des flux migratoires de plus socio-éducatives. Depuis lors, l’Espace enfants s’est bien
en plus restrictive, une nouvelle vague de maltraitance implanté, est reconnu de tous et en évolution permanente.
et de souffrances. Aujourd’hui placé sous la responsabilité d’Armando
Cote, psychologue clinicien, une nouvelle réflexion autour
des enfants et des familles a été lancée. Toutes ces années
d’expérience dans l’accueil des enfants, des adolescents
et des familles nous conduisent à réfléchir à un dispositif
Une nouvelle activité propre à répondre au plus près à la demande croissante
en partenariat des familles et des mineurs isolés. En effet, jusqu’à présent,
avec l’association la prise en charge des familles se faisait au cas par cas :
Bouée d’Espoir suite à un entretien d’accueil, les thérapeutes décidaient
quel membre de la famille devait être pris en charge
Un projet mené conjointement en premier. Il nous est arrivé de prendre en charge toute
par l’assistante sociale et la kinésithérapeute, une famille en thérapie individuelle. Une nouvelle étape
grâce au financement apporté par l’association est franchie : désormais il s’agit d’intégrer l’ensemble
Bouée d’Espoir, a été mis en place de l’équipe de soins dans notre réflexion. Les enfants sont
au cours des deux derniers trimestres de 2008 : pris en charge ponctuellement par les médecins tandis
8 patients, parmi les plus démunis, que l’assistante sociale et la juriste suivent les familles
ont bénéficié d’une aide pécuniaire et les mineurs isolés. L’équipe des psychologues réfléchit
afin de se rendre à la piscine. à d’autres modalités d’accueillir au mieux les familles.
Chacun d’entre eux a pris contact avec la piscine Ainsi, par exemple, est envisagée la possibilité d’avoir
la plus proche de son lieu de résidence, plusieurs entretiens préliminaires avant de décider
s’est informé des tarifs, si la demande correspond bien à notre mandat et si le centre
a planifié des séances d’activité aquatique de soins est bien le lieu adéquat pour chaque situation.
selon ses besoins : L’avenir, c’est une ouverture vers l’extérieur :
une occasion de s’inscrire enrichir nos échanges avec d’autres professionnels
de l’enfance et de l’adolescence qui travaillent avec
Association Primo Levi - Rapport 2008

dans un nouveau type de relation


avec la société d’accueil, ces enfants et ces adolescents ayant été confrontés
de renouer avec l’eau, un élément familier à la violence politique. Quotidiennement, des contacts
pour ces patients nageurs confirmés, sont établis avec des écoles, des CADA et des CMPP
de prolonger le travail kinésithérapeutique, à la recherche des meilleures manières de prendre en charge
et de rompre avec le stress et l’inactivité. les familles, les adolescents et les enfants qui s’adressent
Une action originale à notre centre.
et constructive
qui sera reconduite en 2009 D’après l’article « Enfants, familles, adolescents :
pour une dizaine de patients. un espace spécifique », d’Armando Cote, psychanalyste
et psychologue clinicien, Mémoires n°42-43, juin 2008.

12
L’accompagnement juridique - Aurélia Malhou, juriste

Dans la majorité des cas, les patients sont orientés vers la juriste par un membre de l’équipe clinique
du centre de soins, quand ils n’ont aucun appui juridique extérieur ou que celui-ci semble insuffisant. En 2008,
80 patients ont bénéficié d’un soutien juridique en interne, ce qui correspond à 32 % de l’ensemble des patients.
Pour 33 % d’entre eux, ce soutien a débuté en 2008.
Ces dernières années, le gouvernement a pu se targuer d’un fort taux d’accord du statut de réfugié
(environ 19 % en 2003 et 37 % en 2007). Mais il faut préciser que le nombre total de demandeurs d’asile est, quant
à lui, en baisse (de 52 200 en 2003, il est passé à 23 800 en 2007). Les chiffres avancés par le gouvernement sont donc
significatifs d’une politique qui veut perpétuer l’image d’une France soucieuse d’accueillir les persécutés des régimes
répressifs mais ne traduisent pas la réalité de la situation.
Au moment de la prise en charge juridique, 63 % des patients étaient d’anciens demandeurs d’asile.
24 personnes ayant bénéficié du soutien juridique ont obtenu un droit de séjour en France (soit 30 % des suivis) :
12 ont obtenu le statut de réfugié, dont 4 après réexamen de leur demande d’asile, une personne a obtenu la protection
subsidiaire, et 11 ont obtenu un titre de séjour pour des motifs tels que « soins », « salarié », « à titre humanitaire »,
« attaches personnelles et familiales en France ». En 2008, 6 réfugiés statutaires ont été suivis pour la demande de nationalité
française ou pour le regroupement familial.

Les étapes de l’accompagnement juridique


Le travail juridique consiste à écouter le récit du parcours des patients, en particulier dans le cas
des demandeurs d’asile, et de les informer des démarches possibles. En fonction des actions
déjà entreprises par le patient, il s’agit de constituer son dossier pour entamer une démarche
de régularisation ou d’effectuer les recours nécessaires, contre la décision de l’Office français
des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Pour les patients
en attente de la convocation devant la CNDA, il convient, le cas échéant, de rechercher
un avocat, puis de préparer l’audience, de compléter le recours, en relation avec l’avocat,
et d’aborder des éléments peu ou pas évoqués devant l’OFPRA.
Depuis la loi du 26 juillet 2006, la préfecture, rapidement informée du rejet par la CNDA,
envoie de manière systématique un refus de séjour au titre de l’asile accompagné d’une obligation
de quitter le territoire français (OQTF). Ainsi, ceux qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié,
soit environ 70 % des demandeurs d’asile, sont menacés de renvoi dans leur pays d’origine.

La constitution du récit : le cas des mineurs isolés et des jeunes majeurs


Le suivi juridique aura cette année été marqué par le nombre accru de suivis de mineurs
et de jeunes majeurs, en l’occurrence 10 patients âgés de 17 à 21 ans, parfois orientés
par l’un des psychologues juste avant leur majorité et, pour la plupart, pris en charge par
l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de l’Oise. Quand aucune action n’a encore été engagée,
il s’agit d’informer ces jeunes de la démarche de demande d’asile ou de régularisation
mais également de contacter les éducateurs et référents de l’ASE afin d’établir avec eux
une collaboration efficace.
Pour ces jeunes isolés, procéder à une demande d’asile signifie revenir sur des événements
parfois anciens et souvent liés au vécu de leurs parents, assassinés ou disparus. La rédaction du récit
peut alors susciter des réminiscences difficiles et des questions auxquelles ils n’ont pas forcément
de réponses, notamment concernant les activités politiques de leurs parents : la conscience
de ne pas être en mesure de répondre à toutes les questions susceptibles d’être posées au moment
de l’entretien à l’OFPRA constitue un facteur supplémentaire d’appréhension.

Le réexamen de la demande d’asile : une deuxième chance sous condition


Lors de leur première demande d’asile, nombre de patients ayant été déboutés n’étaient pas prêts
Association Primo Levi - Rapport 2008

psychologiquement, n’ont pas bénéficié de l’appui d’une association ou de l’assistance d’un avocat
et n’ont parfois pas du tout évoqué certains éléments essentiels à la compréhension de leur demande
de protection. Sans compter que les agents chargés de l’asile ne prennent pas toujours en considération
les problèmes de mémoire et de concentration induits par les traumatismes et ne laissent pas toujours
le temps aux demandeurs d’exprimer l’intégralité de leurs explications.
Demander le réexamen de la demande d’asile sur la base d’éléments non exprimés par le demandeur
n’est cependant pas suffisant. Un fait nouveau est requis : un fait dont le demandeur a eu connaissance
après la décision de rejet de la CNDA, qu’il ait eu lieu avant ou après cette décision, et dont il doit

13
Un exemple de la reconnaissance
par la Cour nationale du droit d’asile
d’un long et douloureux parcours d’exil
Madame D. n’avait jamais évoqué oralement ou par écrit
les persécutions physiques dont elle avait fait l’objet
en Mauritanie au moment de sa déportation.
Suivie par un médecin et par un psychologue au centre de soins,
au cours d’un entretien avec la juriste, elle est parvenue à en parler.
Le travail effectué avec la juriste a également permis
de mieux mettre en valeur son militantisme au Sénégal, puis en France,
et son action de sensibilisation en faveur de la langue pulaar,
qu’elle avait peu abordés dans le récit présenté
lors de sa première demande d’asile.
À l’issue de son passage devant la CNDA,
en deuxième demande de réexamen,
le statut de réfugié lui a été accordé.

apporter la preuve. Cette exigence peut rarement être remplie car cela suppose que le réfugié
débouté reprenne contact avec sa famille restée dans le pays d’origine, alors que celle-ci peut
être en danger, surveillée par les autorités en place. Quand cela est possible, il advient que
des faits nouveaux, parfois dramatiques, tels que la mort d’un proche ou des persécutions physiques
à l’encontre de membres de la famille, soient appris.
En 2008, 9 patients suivis par la juriste étaient en demande de réexamen. 4 ont obtenu le statut
de réfugié, 1 la protection subsidiaire devant l’OFPRA mais un recours a tout de même été déposé
devant la CNDA. Fin 2008, la procédure était toujours en cours pour les autres patients.

La demande de titre de séjour : l’accompagnement en préfecture


Quand une démarche de régularisation est engagée, la juriste accompagne de manière systématique
les patients à la préfecture. En 2008, elle s’est rendue aux préfectures de Cergy (Val d’Oise), de
Bobigny (Seine-Saint-Denis), d’Evry (Essonne), de Melun (Seine-et-Marne), aux sous-préfectures
du Raincy (Seine-Saint-Denis), de Créteil (Val-de-Marne) et de Paris. Cet accompagnement
est nécessaire pour plusieurs raisons : il rassure le patient qui craint d’être arrêté par la police,
il est utile pour présenter la demande de titre de séjour et faire face aux blocages que peuvent
opposer les personnes aux guichets.

Le juge administratif, un recours possible contre la menace de renvoi


À présent, tout refus de séjour est accompagné d’une OQTF ; un recours peut être déposé devant
le tribunal administratif dans un délai d’un mois contre les trois décisions qui la constituent :
le refus de séjour, l’obligation de quitter le territoire français, la décision qui fixe le pays
de destination dont il a la nationalité (dite « décision de renvoi »).
Parmi les patients ayant fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français l’année
précédente, 8 patients ont bénéficié d’une annulation totale ou partielle de l’OQTF :
• 4 de ces patients ont bénéficié d’une annulation totale et un titre de séjour « vie privée et familiale »
leur a été délivré ;
Association Primo Levi - Rapport 2008

• 2 autres ont obtenu une autorisation provisoire de séjour, suite à l’annulation de deux
des trois décisions, en attendant le réexamen de leur situation ;
• enfin, pour un Irakien et une Sri-Lankaise, le juge administratif n’a annulé que la décision qui
fixe le pays de renvoi, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas être renvoyés dans leur pays d’origine.
La systématisation, en cas de refus de séjour, de l’envoi d’une OQTF par les préfectures
met à la charge du juge administratif un contentieux de plus en plus volumineux en matière
de droit des étrangers.

14
2. Former, informer, sensibiliser
La nécessité d’offrir des soins spécifiques aux personnes réfugiées en France et en Europe qui ont subi la torture
et la violence politique dans leur pays d’origine est un sujet quasiment absent du débat public. En 2008, alors que le président
de la République française a mis au centre des préoccupations de sa présidence de l’Union européenne les questions liées
à l’immigration, l’Association Primo Levi a, plus que jamais, tenté de sensibiliser les pouvoirs publics, les professionnels
en contact avec ces populations, ainsi que toutes les personnes qui se sentent concernées par ces questions.
Témoigner du vécu des patients du centre de soins, transmettre les connaissances et les expériences
des professionnels de l’association à travers les activités de notre centre de formation et divers outils de communication :
tels ont été nos objectifs.

2.1 L’activité de formation en 2008


Par Helena D’Elia, responsable du centre de formation

Depuis sa création en 2002, le centre de formation, dirigé par Helena D’Elia, psychologue clinicienne au centre de
soins, a pour but de répondre aux multiples sollicitations externes et de partager l’expérience des cliniciens du centre de soins
accumulée au fil des ans auprès des personnes ayant subi la torture et la violence politique.

Pour l’année 2008, 24 sessions de formation ont été organisées et ont concerné 353 bénéficiaires. Cette année aura
été marquée par la poursuite d’un accroissement des demandes de formation et se distingue de l’année 2007 par :
• la mise en place d’une seconde session de formation de quatre jours, dite session d’approfondissement ;
• une nette progression des demandes d’analyse de pratiques en province, nécessitant la mobilisation régulière
de trois psychologues (11 sessions assurées en 2008) ;
• l’organisation et la réalisation de deux formations à l’étranger.

« Trauma et violence politique » :


sensibilisation et approfondissement

Depuis 2007, le centre de formation propose


des sessions de formation qui réunissent,
dans les locaux de l’Association Primo Levi,
des professionnels venant de tous horizons,
tant géographiques qu’institutionnels. Ainsi,
deux journées de sensibilisation sur le thème Analyse des pratiques
« trauma et violence politique » ont été proposées
en mars : cette formation a réuni, cette année, Le centre de formation propose,
10 professionnels qui accueillent au sein de lors de sessions dites d’analyse
leur structure des demandeurs d’asile et des réfugiés des pratiques, de soutenir et d’accompagner
(psychologues, médecins, éducateurs spécialisés, les professionnels confrontés à la souffrance
animateurs, responsables associatifs). et à la détresse des populations ayant été
À la demande des personnes ayant suivi victimes de la violence politique.
cette formation en 2007, une session Le travail s’appuie alors sur les pratiques
d’approfondissement de quatre jours a été organisée institutionnelles et les difficultés rencontrées
en juin pour 12 d’entre elles, essentiellement par les participants dans leur expérience
des psychologues (dont certains de province quotidienne.
et de Belgique), des travailleurs sociaux Au cours de l’année 2008, des analyses
et des bénévoles d’associations.
Association Primo Levi - Rapport 2008

de pratiques ont notamment été


organisées dans les CADA de
La Rochelle, de Clermont-Ferrand,
de Tours et au Centre Osiris de Marseille,
où un partenariat entre les responsables
de l’accueil des deux structures a été
mis en place en novembre 2007.

15
Formations dispensées à l’étranger

● Centre Nassim à Beyrouth (Liban)


L’association SOLIDA (Solidarité avec les Libanais détenus arbitrairement) s’est adressée à l’Association Primo Levi
en novembre 2005 afin d’être soutenue dans la construction d’un projet de recherche de subvention pour la création
d’un centre de réhabilitation des victimes de la torture au Liban et dans la formation de l’équipe du centre à venir.
Le Centre Nassim a ouvert ses portes en septembre 2007. Dès le mois d’octobre, les liens entre les deux structures
se sont resserrés, certains cliniciens du Centre de soins Primo Levi ayant intégré le comité destiné à préparer le contenu de
la formation pour l’équipe du Centre Nassim. Une première rencontre a eu lieu à Beyrouth en janvier 2008 : Helena D’Elia
et Mireille Joussemet, médecin généraliste au centre de soins, ont assuré cinq jours de formation à l’équipe libanaise,
constituée d’un avocat, d’un psychiatre, d’une psychologue, d’un médecin généraliste, d’une animatrice sociale chargée
de la réinsertion professionnelle. Le Centre Nassim a manifesté son intérêt pour poursuivre en interne les réflexions engagées
et refaire appel ultérieurement à l’Association Primo Levi.

● Programme de soutien à des professionnels tchétchènes du secteur éducatif,


en partenariat avec le Secours catholique - Caritas France
À l’invitation du Secours catholique, des intervenants du centre de soins avaient rencontré, fin 2007, des professionnels
du secteur éducatif (professeurs, instituteurs, chefs d’établissement) travaillant dans les zones montagneuses de Tchétchénie,
particulièrement touchées par les conséquences des guerres. Suite à ce premier contact, le Secours catholique a proposé
de mettre en œuvre un programme d’accompagnement psychologique des professionnels de l’éducation de Tchétchénie,
en sollicitant l’intervention de psychologues cliniciens de l’Association Primo Levi. Ce programme, d’une durée de onze
mois et qui consiste en trois séminaires de cinq jours avec la participation d’une trentaine de Tchétchènes, a reçu le soutien
de la délégation des Affaires humanitaires du ministère des Affaires étrangères et a pour principal objectif de réduire l’impact
psychologique de la guerre sur les enseignants et sur les enfants, en renforçant la capacité des premiers à prendre en charge
les élèves traumatisés grâce au développement d’activités adaptées. La première semaine de formation s’est tenue début
novembre à Moscou. Deux autres sessions sont prévues pour avril et juillet 2009.

Sessions de formation à la demande


En 2008, suite à leur demande, le centre de formation est intervenu
Le centre de formation de l’Association auprès des structures suivantes :
Primo Levi propose de construire,
en fonction des demandes, des programmes ● CADA de La Marne à Reims : Le trauma associé à la violence
de formation adaptés aux besoins politique (12 participants en janvier)
des structures qui le sollicitent. ● Association Mana à Bordeaux (10 participants en mars-avril)
Le contenu de ces sessions est donc ● Association Awel à La Rochelle (11 participants en avril) : travail
variable et peut traiter de sujets tels que : de réflexion et d’échanges avec des professionnels désireux de
les effets du trauma et de la violence rejoindre le réseau que souhaite constituer Awel – Espace d’écoute,
politique, la prise en charge des personnes de soutien et d’accompagnement des exilés – dans la région.
victimes de la torture, les enjeux de Cette journée fut l’occasion pour eux de se réunir au complet
la prise en charge de l’enfant et de pour la première fois.
sa famille, la pluridisciplinarité, l’accueil ● Séminaire Cliniques de la création, organisé par le réseau inter-
et l’accompagnement des mineurs isolés, universitaire de Namur (Belgique) (34 participants en avril)
la place du clinicien, les enjeux de ● Association SOS Habitat et Soins à Paris (12 participants
la délivrance de certificats médicaux, en mai)
l’aide à la constitution de réseau, ● Pôle territorial de formation Ile-de-France de la Protection
la procédure de régularisation au titre judiciaire de la jeunesse (15 participants en juin)
de soins. ● Formation organisée par la Croix-Rouge française au CADA
Les professionnels du centre de soins de La Marne à Reims (20 participants en juin)
adaptent alors leurs interventions aux publics ● Association Itinéraires (CADA de Caen) (16 participants
concernés : psychologues, assistants sociaux, en octobre)
Association Primo Levi - Rapport 2008

éducateurs spécialisés, chefs de service, ● Association Asile.com à Valence : la santé mentale des
juristes et de nombreux salariés et bénévoles demandeurs d’asile et les traumatismes de l’exil (130 participants
d’associations. en octobre)

16
2.2 Informer et susciter l’engagement
Par Yaëlle Szwarcensztein, chargée de la communication et des publications

Engagée auprès de l’Association Primo Levi depuis fin 2003, Cécile Henriques, responsable de la communication,
a quitté l’association mi-avril, date à laquelle Yaëlle Szwarcensztein a pris en charge les publications de l’association.

Diffuser l’information : interventions extérieures et présence dans les médias

On trouvera en annexe une liste des interventions extérieures. Soulignons la grande diversité des lieux où ont été
réalisées ces interventions et des publics auxquels elles étaient destinées. Dans chaque cas, la préparation de ces interventions
a été guidée par le souci prégnant de transmettre et d’échanger avec tous les participants présents.
Le travail d’information passe également par les relais incontournables que constituent les médias, notamment
à travers des publications dans la presse généraliste et surtout dans des revues spécialisées telles que La Lettre de l’Enfant,
Actualités sociales hebdomadaires, L’École des parents, Lignes, etc., ou dans les revues de nos associations fondatrices.
À noter une première en 2008 : un communiqué de presse daté du 14 février fut envoyé à la presse afin d’alerter
sur la situation d’un patient, opposant politique au régime autoritaire d’Idriss Déby, alors détenu au secret au Tchad
depuis une dizaine de jours. La décision de prendre position publiquement pour un patient et donc d’enfreindre la règle
du respect de l’anonymat fut prise car le patient concerné avait, dans un ouvrage publié en 2003, cité le Centre de soins
Primo Levi comme l’un de ses lieux de soins. Après dix-neuf jours de captivité, Ngarlejy Yorongar fut finalement libéré.

Des publications régulières

Revue trimestrielle Mémoires


Revue trimestrielle éditée à 3 500 exemplaires,
Mémoires est l’outil principal qui permet d’informer
ses abonnés, ainsi que nos partenaires et nos donateurs
de l’actualité de l’association, des projets en cours,
des actions mises en œuvre. Elle constitue également
un espace de réflexion et de débat, ouvert à
des contributeurs extérieurs, sur les questions relatives
aux effets de la torture et de la violence politique,
à la prise en charge adaptée des personnes qui en ont
été victimes et au droit d’asile en France et en Europe.
Trois numéros ont paru en 2008 : celui de mars,
Une autre langue, a constitué le troisième volet
d’un triptyque consacré à la place de l’interprète
au cœur du soin ; en juin, un numéro double est paru
à l’occasion de la journée des Nations unies pour
le soutien aux victimes de torture (26 juin) et son
dossier faisait écho à la journée d’information
et de sensibilisation organisée par l’association le 23 juin
au Palais-Bourbon dont le thème était Politiques
d’asile et d’immigration : faire entendre la voix
des victimes de torture ; le dernier numéro de l’année,
daté de décembre, intitulé Les ravages de la mémoire
traumatique : après la torture, quelles vérités ?,
a tenté d’examiner la notion de vérité au regard
du parcours des exilés venus trouver refuge en Europe.
Outre la présence de bénévoles dans son comité
de rédaction, Mémoires bénéficie de la collaboration de
la plasticienne Michelle Salmon qui met à la disposition
Association Primo Levi - Rapport 2008

de la revue des créations graphiques inédites, conçues


spécifiquement en fonction du thème de chaque numéro.
De plus, Hélène Doukhan, de la société Stratis, réalise,
dans le cadre d’un mécénat de compétences, tout le travail
de maquette nécessaire à la fabrication de la revue.
Cette année, une réflexion sur la diffusion de
la revue a été engagée ; dans ce cadre, un nouveau bulletin
d’abonnement a été conçu et envoyé avec le numéro
de décembre.

17
Une lettre d’information pour les adhérents et les donateurs

Afin de tenir
les donateurs informés
des actions que l’Association
Primo Levi peut réaliser
grâce à leur soutien, celle-ci
a mis en place une lettre
Une lettre électronique mensuelle d’information de quatre pages.
Cette lettre permet également
Lancée début 2007, une lettre de développer des sujets sur
électronique mensuelle est envoyée à plus de lesquels l’association souhaite
3 000 contacts : personnes concernées plus particulièrement informer
par les violations des droits humains et sensibiliser ses sympathisants.
fondamentaux, bénévoles et professionnels Créée à la fin de l’année
engagés auprès de personnes en exil 2007, la lettre d’information
en France (travailleurs sociaux, médecins, a trouvé son rythme en 2008.
psychologues et psychanalystes, juristes…). Deux numéros ont été réalisés,
Elle est également transmise aux membres en février et en octobre,
de la liste de diffusion du réseau scientifique auxquels s’est ajouté un numéro
TERRA (Travaux, études, recherches sur spécial en juin comprenant
les réfugiés et l’asile) qui regroupe environ un résumé du rapport d’activité
2 300 contacts. 2007. Le nombre restreint de
Cette lettre est l’occasion ces lettres au cours de l’année
d’un rendez-vous régulier. Elle propose s’explique par la volonté de ne
des informations concernant les actions pas submerger les donateurs de
de plaidoyer en cours, notamment celles qui courriers.
sont lancées ou menées avec des partenaires Les deux éditions
associatifs, les formations et interventions thématiques publiées en 2008
extérieures de l’équipe de cliniciens, les ont proposé : une présentation
publications de l’association, une sélection générale de la démarche de soins
d’ouvrages par le responsable du centre de et de soutien de l’Association
documentation. Primo Levi et un « gros plan »
Le contenu de ces lettres est également sur les actions concernant
disponible sur le site web de l’association. spécifiquement les enfants.
Pour consulter les lettres et s’abonner :
h t t p : / / w w w. p r i m o l e v i . a s s o . f r / f r /
comprendre_savoir/index.html).
Association Primo Levi - Rapport 2008

18
Publications ponctuelles de l’année 2008

Actes du colloque 2007 : Transmettre et Témoigner


En mars 2007, l’Association Primo Levi avait
organisé un colloque en hommage à Primo Levi, à l’occasion
du vingtième anniversaire de sa mort. Des professionnels
d’horizons divers avaient été invités à écrire et à prendre
la parole sur deux notions qui semblent condenser l’essentiel
de la vie et de l’œuvre de Primo Levi : « Transmettre
et témoigner ».
Après une première collaboration en 2005,
les éditions de L’Harmattan ont publié les actes de
ce colloque sous le titre Transmettre et Témoigner.
Les effets de la violence politique sur les générations, sous
la direction d’Armando Cote et de Beatrice Patsalides,
psychanalystes et psychologues cliniciens au centre de soins
de l’Association Primo Levi. Cet ouvrage paru en décembre
2008 s’adresse à tous ceux qui, pour une raison personnelle
ou professionnelle, se sentent concernés par les questions
de la transmission et du témoignage.

Actes du 23 juin 2008 :


un outil de sensibilisation et de plaidoyer

L’Association Primo Levi a bénéficié du soutien


du Programme européen pour l’intégration
des migrants (EPIM) afin de publier
à 500 exemplaires les actes de la journée
d’information et de sensibilisation organisée
le 23 juin 2008 par l’association au Palais-Bourbon :
Politiques d’asile et d’immigration : faire entendre
la voix des victimes de torture. Cet ouvrage
est disponible auprès de l’association et en vente
en ligne sur son site web.

2.3 De nouveaux outils en préparation

Un centre de documentation spécialisé

Dans le cadre du développement d’un centre de documentation, qui sera à la fois accessible sur Internet puis ouvert
à la consultation sur rendez-vous, le documentaliste Fabien Frugier a mis en œuvre diverses actions : état des lieux de
l’existant et des attentes des salariés, mise en circulation des documents, étude préliminaire et mise en place d’un système
intégré de gestion de bibliothèque, réflexion sur la mise en valeur des archives de l’association, recherches bibliographiques
et documentaires ponctuelles (notamment pour la revue Mémoires, la lettre électronique…), veille documentaire (notamment
Association Primo Levi - Rapport 2008

sur les politiques d’asile et d’immigration et sur la présidence française de l’Union européenne), création d’un bulletin
bimensuel des nouvelles acquisitions du centre, mise en place de partenariats avec d’autres centres de documentation
(Amnesty International France, Médecins du monde, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Cité nationale
de l’histoire de l’immigration).

Un nouveau site web pour 2009

Patricio Diez a été recruté en mars 2008 à temps partiel, après un engagement bénévole de plusieurs mois, pour mener
à bien le projet de nouveau site web de l’association, qui devrait être mis en ligne courant 2009. Même si le site web actuel
de l’association a comptabilisé près de 10 000 visites en 2008, il nous semble pertinent de réorganiser et d’enrichir le site afin
de le rendre encore plus facile d’utilisation et d’apporter l’information la plus complète à nos internautes.
19
20
Association Primo Levi - Rapport 2008
3. Engagements et actions collectives
Par Anne Castagnos-Sen, directrice du plaidoyer, et Rémi Renon, directeur administratif et financier

Cette année, l’Association Primo Levi a poursuivi son action en faveur d’une prise en charge adaptée des victimes
de la torture et de la violence politique. Cette action individuelle et collective, en lien avec nos partenaires associatifs, s’est
inscrite au second semestre dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, qui avait fixé comme prioritaires
les questions relatives à l’asile et à l’immigration. L’adoption en octobre du Pacte européen sur l’asile et l’immigration
ne fait aucune mention de l’obligation de soins aux victimes de torture inscrite dans la directive européenne de 2003 relative
aux conditions d’accueil des demandeurs d’asile. Il nous faudra rester très vigilants dans les mois à venir quant au contenu
et à l’application de la révision de cette directive, rendue publique le 8 décembre par la Commission européenne qui avait
dénoncé la faillite de nombreux États à cet égard.

3.1 Des réseaux de centres de soins d’envergure nationale et européenne

RESEDA - Réseau francophone de soins et d’accompagnement pour les exilés victimes


de torture et de violence politique
Constatant la carence d’offre de soins dédiés aux personnes victimes de la torture et de la violence politique
et l’absence d’action coordonnée des divers acteurs impliqués dans cette prise en charge, les associations Mana (Bordeaux),
Osiris (Marseille), Primo Levi (Paris) et Ulysse (Bruxelles) ont décidé d’unir leurs efforts au service d’une meilleure prise en
charge de ces personnes. Sous la coordination de l’Association Primo Levi, les quatre associations fondatrices, rassemblées
autour de valeurs éthiques et thérapeutiques communes affirmées dans une plate-forme fondatrice, adoptée en mars 2008
(voir texte intégral sur le site www.primolevi.asso.fr), se sont donné pour objectifs la mise en commun de leurs expériences
cliniques, l’amélioration de la prise en charge des patients à titre individuel et familial, le développement de l’offre de soins,
ainsi que le plaidoyer et l’action publique en faveur des objectifs définis en commun.
Le réseau RESEDA, dont le nom fait écho tant à la plante médicinale apaisante qu’au poème d’Aragon, La Rose et
le Réséda, publié en 1943 en hommage à la Résistance, ne conçoit son action qu’en l’inscrivant dans le contexte politique,
juridique, administratif et social dans lequel ses membres sont amenés à travailler et en établissant un lien étroit entre
la clinique et le politique, en partenariat rapproché avec des organisations non gouvernementales oeuvrant dans le champ de
la défense des droits de l’homme, du droit d’asile et de la lutte contre la torture.
Les rencontres trimestrielles du groupe de coordination, qui se sont tenues à Paris, Bruxelles, Marseille et Bordeaux,
ont permis la mise en place et la consolidation du réseau, une réflexion sur son mode de fonctionnement et ses perspectives
d’élargissement ainsi que des échanges cliniques sur des thèmes choisis par les participants.

Journée de sensibilisation du 23 juin au Palais-Bourbon


La journée de sensibilisation et d’information intitulée Politiques d’asile et d’immigration : faire entendre la voix
des victimes de torture, organisée par l’Association Primo Levi, a ainsi marqué le lancement de RESEDA. Placée sous
le double parrainage de Christiane Taubira, députée de Guyane, et d’Hélène Flautre, députée européenne, cette rencontre fut
un réel succès, réunissant 250 participants.
La journée était organisée en trois tables rondes consacrées à : l’évolution des politiques nationales et européennes
en matière d’asile et d’immigration et leurs répercussions sur les victimes de torture ; la prise en compte des effets de
la torture et de la violence politique dans les procédures d’asile ; la représentation de la torture et de la violence politique
dans les arts et les médias.
L’Association Primo Levi a bénéficié du soutien du Programme européen pour l’intégration des migrants (EPIM)
afin, notamment, de publier les actes de cette journée (voir également page 19).
Association Primo Levi - Rapport 2008

21
Continuité de l’engagement
au sein du Réseau européen des centres de soins pour victimes de torture
Rencontre du réseau européen à Dublin : bilan et suites
L’Association Primo Levi a poursuivi en 2008 son fort engagement dans le Réseau européen des centres de soins
pour victimes de la torture qui fédère depuis 2003 une centaine de lieux de soins sur le territoire du Conseil de l’Europe.
Membre du comité de pilotage du réseau depuis 2005, l’association a contribué à l’organisation de la rencontre annuelle
2008, hébergée par le centre CCST (association Spirasi) à Dublin les 9 et 10 avril et dédiée au lien entre réhabilitation
des victimes de torture et prévention de la torture. De riches débats ont eu lieu dans divers ateliers, mettant en valeur
la contribution des centres tels que celui de l’Association Primo Levi à la lutte contre la torture et son articulation avec
d’autres acteurs intervenant sur ce champ.
Par ailleurs, l’association a coordonné pour le réseau des actions de plaidoyer financier auprès des États européens :
campagne pour une augmentation des contributions volontaires des États au Fonds de l’ONU (FCVNUVT) dont le résultat
a été assez positif (plus de dix réponses), démarches conjointes avec l’International Rehabilitation Council for Torture
victims (IRCT) auprès de la Commission européenne afin de contrer la mise en œuvre du retrait progressif des budgets dédiés
aux projets de soins dans l’Union, préparation d’une audition au Conseil de l’Europe (voir ci-dessous).

Audition d’une délégation du réseau européen au Conseil de l’Europe

Le Réseau européen des centres de soins pour victimes de torture mène depuis 2006 un travail de plaidoyer auprès
du Conseil de l’Europe pour que ce dernier s’empare de la question des victimes de torture sur le territoire européen
et des soins adaptés auxquels elles ont droit. L’Association Primo Levi est fortement engagée dans cette démarche qu’elle
a coordonnée. Le Conseil de l’Europe a toujours été à l’avant-garde de la lutte contre la torture, grâce au Comité pour
la prévention de la torture et à la Cour européenne des droits de l’homme, mais les obligations des États envers les victimes
n’avaient jamais été traitées par cette institution.
Des contacts réguliers ont permis au réseau d’obtenir qu’une délégation soit reçue par le Comité directeur des droits
de l’homme, une entité regroupant des représentants des quarante-sept États membres du Conseil de l’Europe (fonctionnaires
des ministères de la Justice et des Affaires étrangères) et à l’origine de la plupart des initiatives du Conseil en matière
de droits de l’homme. Au cours de cette audition du 27 novembre 2008, quatre représentants du réseau – dont l’Association
Primo Levi – ont exposé les besoins des victimes de torture, le travail des centres spécialisés, les difficultés occasionnées
par le retrait programmé du soutien financier de la Commission européenne à ce secteur au sein de l’Union européenne
et les obligations des États envers les victimes vivant sur leur territoire, quel que soit le lieu où les actes de torture ont été
commis. Les délégués du réseau ont plaidé en faveur d’une recommandation du Conseil de l’Europe à ses États membres
invitant ces derniers à soutenir les centres de soins existants et à garantir des soins adaptés aux victimes. L’accueil positif
du comité laisse espérer une avancée dans les prochains mois.

Conférence de presse : la responsabilité de l’Union européenne et des États membres


dans la prise en charge adaptée des victimes de la torture et de la violence politique
Cette conférence de presse, organisée par l’Association Primo Levi au nom du réseau européen, le 9 décembre 2008,
la veille du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et à quelques jours de la fin
de la présidence française de l’Union européenne, avait pour objectifs de souligner la nécessité d’une prise en charge
adaptée des personnes victimes de la torture et de la violence politique et de rappeler à l’Union européenne et aux États
membres leurs engagements sur ces questions.
Sont intervenus au cours de cette conférence : Hubert Prévot, président de l’Association Primo Levi,
Anicet Le Pors, ancien ministre, président de section à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) et membre du comité
de soutien de l’Association Primo Levi, Esther Mujawayo, sociologue et psychothérapeute au Centre psychosocial pour
réfugiés et demandeurs d’asile de Düsseldorf (PSZ) et rescapée du génocide rwandais, Laurent Subilia, médecin généraliste
au Département de Médecine communautaire des Hôpitaux universitaires de Genève et responsable du Centre de consultation
pour les victimes de torture et de guerre (Croix-Rouge suisse / Centre Santé Migrants) à Genève, et Anne Castagnos-Sen,
directrice du plaidoyer à l’Association Primo Levi.
Dans son communiqué de presse du 10 décembre, l’association a notamment demandé à la présidence française
de l’Union européenne de veiller aux conditions de mise en œuvre du retrait progressif (phasing out) du financement
Association Primo Levi - Rapport 2008

des centres de soins, prévu à partir de 2010, par la Commission européenne. Il s’agit de faire en sorte que ce retrait n’intervienne
en aucun cas avant qu’une décision au sein du Conseil européen n’assure la continuité de ces financements et ne porte pas
préjudice aux victimes de torture.
Le 18 décembre, le président de l’association a adressé aux présidents des groupes parlementaires de l’Assemblée
nationale et du Sénat une lettre reprenant l’objet de la conférence de presse et les revendications de l’association, assortie
d’une demande de rendez-vous.

22
3.2 Actions collectives
Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) - http://cfda.rezo.net
Au cours de l’année 2008, l’Association Primo Levi a poursuivi son engagement au sein du secrétariat permanent
de la CFDA. Face à la dégradation des conditions d’accueil des demandeurs d’asile, la CFDA a été amenée à faire
de nombreuses interventions auprès des pouvoirs publics, de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA)
et des élus : demande de levée des restrictions posées à l’accès du territoire, d’application conforme à l’esprit et à la lettre
des dispositions du Règlement « Dublin II », de révision de la liste des « pays d’origine sûrs » – notion à laquelle elle a toujours
été opposée –, appel au président de la République en faveur d’un plan européen et international d’accueil des réfugiés
irakiens, mise en cause des recours abusifs à l’examen des demandes d’asile en « procédure prioritaire » et dénonciation
de l’absence de droits liés à cette procédure, etc.
Le 27 septembre, la rencontre de l’ensemble des membres « associés » de la CFDA, consacrée à la politique
européenne dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, a, par ailleurs, permis de réactiver le groupe
« accueil » de la CFDA en dégageant les grandes lignes d’une initiative visant à dénoncer les risques de graves dérives
de la mission sociale des Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et de lancer à la fin de l’année une vaste
campagne dénonçant les mesures coercitives contenues dans le projet de convention entre l’État et les CADA.

Lancement du rapport La loi des « jungles »


sur la situation des « exilés » le long du littoral de la Manche et de la mer du Nord
De mai à juillet 2008, la CFDA a mené une mission d’enquête et d’information le long du littoral de la Manche
et de la mer du Nord dans les différents lieux où vivent les exilés en transit, notamment vers la Grande-Bretagne.
Une conférence de presse a été organisée le 4 septembre à l’occasion de la publication d’un rapport sur la situation scandaleuse
de ces étrangers en errance et en grande détresse, La loi des « jungles ».
En effet, de 1999 à 2002, le camp de Sangatte a hébergé plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. Malgré
sa fermeture, les exilés continuent à affluer dans la région, poussés par une politique européenne qui crée les conditions
de leur désorientation tandis que les responsables politiques les ignorent. Les enquêteurs de la CFDA se sont rendus
dans les agglomérations de la région et à Paris pour y rencontrer associations, militants, migrants et autorités locales :
les recommandations de ce rapport, qui s’appuient sur leurs observations, visent à mettre un terme aux violations des droits
d’un grand nombre d’exilés.
Ce rapport, le premier de cette nature sur cette question depuis la fermeture de Sangatte, a bénéficié
d’une large couverture médiatique et a permis que politiques et médias se tournent à nouveau vers la situation inacceptable
de ces étrangers, venus pour une très grande part de pays en proie à la violence. Envoyé aux ministères concernés, ainsi
qu’aux parlementaires français et européens, il a aussi fait en partie l’objet d’une traduction en anglais et devrait permettre
de poser les fondements d’un réseau associatif trans-Manche.

Mobilisation contre la réforme visant à modifier substantiellement les conditions d’intervention


des associations dans les centres de rétention
Par une lettre ouverte du 17 septembre 2008, des associations membres de la CFDA, dont l’Association Primo Levi,
ont exprimé leurs plus vives préoccupations à Brice Hortefeux, alors ministre de l’Immigration, sur le contenu du décret
du 22 août 2008 et de l’appel d’offre consécutif qui modifient les conditions d’intervention en Centre de rétention administrative
(CRA) pour l’information et l’exercice des droits des étrangers, jusque-là assurée par la Cimade. Ces nouvelles dispositions
pourraient mettre gravement en cause le droit des étrangers placés en rétention de déposer une demande d’asile.
L’Association Primo Levi a également été partie prenante de deux démarches complémentaires (déclaration
du 29 septembre et lettre ouverte à Brice Hortefeux du 20 octobre) qui dénonçaient la dénaturation de ce service réduit
à une seule « mission d’information », son émiettement, le recours à l’appel d’offre de marchés publics et l’exigence
de « neutralité et de confidentialité qui revient à entraver toute parole publique de témoignage et d’alerte sur certaines
situations contraires au respect des droits fondamentaux ».
Suite à une saisine de cinq associations de défense du droit des étrangers, portée par une forte mobilisation
de l’ensemble du monde associatif, l’annulation de l’appel d’offres a été décidée par le tribunal administratif de Paris
le 30 octobre 2008. Fin décembre, le ministère de l’Immigration a publié un second appel d’offres sans modification
Association Primo Levi - Rapport 2008

substantielle et sans prise en compte des demandes des associations. En attendant la mise en œuvre de ces nouvelles
dispositions, la mission de la Cimade est reconduite jusqu’en mai 2009.

Bâtir une Europe de l’asile : à quel prix ?


Dans une note intitulée Bâtir une Europe de l’asile : à quel prix ?, en référence au chapitre du Pacte européen
consacré à cette question, la CFDA a rendu publiques en octobre 2008 ses préoccupations quant à l’évolution de la situation
de l’asile en Europe. Dans ce document, réalisé à l’attention du Conseil européen de Paris du 15 octobre, et largement
diffusé aux pouvoirs publics, aux élus et aux médias, la CFDA dresse le bilan du dispositif mis en place depuis le début des
années 2000 et formule des revendications sur l’ensemble des dispositions du Régime d’asile européen commun (RAEC)
et sur la « dimension extérieure » de l’asile à haut risque en matière d’accès au territoire. La nécessité de la prise en charge
adaptée des victimes de torture et de violence politique y fait l’objet d’une rubrique spécifique.
23
Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)
En tant que membre actif de la CNCDH, l’Association Primo Levi, en la personne de son président Hubert Prévot,
assure la vice-présidence de la Commission « C » portant sur les questions nationales relatives aux droits de l’homme.
L’association a participé en 2008 à plusieurs groupes de travail chargés de rédiger la contribution de la CNCDH à la réponse
de la France au rapport du Comité contre la torture des Nations unies (CAT) et à la réponse de la France pour son examen
devant le Comité des droits de l’homme sur le respect du Protocole sur les droits civils et politiques. Elle a également
contribué à la rédaction de notes, portant sur le projet de directive européenne relative aux retours forcés des étrangers
en situation irrégulière (juin 2008) et sur les questions d’asile et d’immigration, destinées à la présidence française.
Dans le cadre de son action au sein de la CNCDH, l’association a également contribué à la préparation de l’examen
du rapport présenté par la France au Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD).
L’association a participé à une réunion d’échanges en septembre 2008 et a versé une contribution écrite dénonçant l’insécurité
administrative et juridique et la précarité, dans lesquelles sont maintenus la plupart des demandeurs d’asile et des réfugiés,
et l’insuffisance de soins adaptés pour les victimes de violence politique.

Partenariat avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)
L’Association Primo Levi participe depuis octobre 2007 au projet d’évaluation piloté par la représentation
en France du HCR auprès des demandeurs d’asile et réfugiés eux-mêmes ainsi qu’auprès des différents organismes compétents
et d’experts individuels en matière d’accueil et de protection. Cet exercice vise à identifier, notamment par le biais
d’entretiens individuels, les difficultés rencontrées par les réfugiés en France et à proposer des solutions d’amélioration.
Il repose sur la prise en considération, dans cette évaluation, des critères d’âge, de sexe et de diversité (« Age, Gender,
Diversity Mainstreaming » - AGDM) et a pour objectifs « la promotion de l’égalité entre les sexes ainsi que la jouissance
par tous les réfugiés et autres personnes sous mandat HCR des droits qui leur sont reconnus, quel que soit leur âge,
leur profil ou leur degré de vulnérabilité ».
Intégrée au groupe de travail « personnes vulnérables », l’association y rend compte de la spécificité de la prise en charge
des victimes de torture et de violence politique et de la nécessité d’une offre de soins adaptée. Un premier projet de rapport
a fait l’objet en novembre 2008 d’une relecture attentive et d’une révision de la part de l’association.

3.3. Auditions de l’association par des organismes publics


Par le Haut Conseil Par la délégation d’Aide aux victimes
à l’intégration (HCI) Après un premier contact avec le représentant de cette délégation interministérielle
Le 29 mai 2008, l’association a dans le cadre du projet mené avec le HCR, l’Association Primo Levi a été auditionnée
été auditionnée par les membres par les deux responsables d’un projet piloté par la délégation autour de la définition
du Haut Conseil à l’intégration et de la protection des victimes parmi lesquelles les demandeurs d’asile,
dans le cadre de la préparation les réfugiés traumatisés et psychiquement atteints par les souffrances endurées au pays
d’un rapport sur la santé des et leur exil souvent très douloureux, qui les rend particulièrement vulnérables à toute
migrants. forme d’exploitation en France. L’objectif de ce projet qui associe administrations
Un document de dix pages et société civile est de « changer le regard de la société et des forces de l’ordre »
présentant les préoccupations et sur les victimes de toute forme d’exploitation en France afin de passer d’une logique
les préconisations de l’association répressive à une logique de protection. L’Association Primo Levi y exprime les besoins
pour une meilleure prise en des victimes de torture et de violence politique.
charge des victimes a été remis Le 2 décembre 2008, l’association a été invitée à la mise en place officielle du groupe
aux membres de la Commission. de travail interministériel Justice-Intérieur sur la « protection et la prise en charge
Cette rencontre a également des victimes de la traite des êtres humains ». L’association participera au cours de
permis des prises de contact l’année 2009 aux réunions thématiques prévues par le calendrier en vue de l’élaboration
importantes. d’un rapport.

3.4 Des personnalités engagées au sein du comité de soutien


Créé en 2007, le comité de soutien est composé de personnalités d’horizons et de disciplines divers – universitaires,
Association Primo Levi - Rapport 2008

chercheurs, médecins, avocats, artistes, hommes politiques. En 2008, il a poursuivi son engagement auprès de l’association
et en faveur de ses actions de plaidoyer et de sensibilisation.
Ainsi, François Julien-Laferrière, professeur de droit et praticien de l’asile, Olivier Le Cour Grandmaison, chercheur
en sciences politiques et ancien juge à la CNDA, et Catherine Teitgen-Colly, professeur de droit et ancien juge à la CNDA,
sont intervenus au cours de la journée organisée par l’association le 23 juin au Palais-Bourbon, sur le thème Politiques d’asile
et d’immigration : faire entendre la voix des demandeurs d’asile. De même, Anicet Le Pors, ancien ministre, conseiller
d’État et président de section à la CNDA, a apporté son témoignage et sa force de conviction lors de la conférence de presse
du 9 décembre en faveur des centres de soins dédiés aux victimes de torture menacés par le retrait de financements européens.
Le comité de soutien contribue également à la réflexion menée par l’association sur différents thèmes. Ainsi, la rencontre
du 12 février a permis des échanges entre membres du comité de soutien, membres du conseil d’administration et salariés
de l’association sur l’épineuse question de l’identification des victimes de torture et l’évaluation de leurs besoins. Maître
Céline Dermine, avocate en Belgique, avait éclairé ce débat à la lumière de la législation et de l’expérience belges.
24
4. Les moyens de l’action
Par Laurence Janin, chargée de la recherche de financements

4.1 Des dépenses globalement conformes aux prévisions


Le total des charges de l’Association Primo Levi pour 2008 est de 1 100 417 euros. Ces charges sont quasiment
conformes (à 1,59 % près) au budget prévu et sont en progression de 20 % par rapport à l’exercice 2007.
Cette progression reflète les choix initiés dès la fin de l’année 2007, dont les effets se répercutent sur l’ensemble
de l’exercice 2008 : passage du poste de juriste sur un temps plein, développement des activités de plaidoyer, création
du poste de documentaliste.
Les frais de personnel constituent l’essentiel des charges de l’association (près de 72 %). Viennent ensuite le loyer
(près de 10 %) et les frais d’interprétariat.

4.2 Stabilité des ressources


L’ensemble des ressources de l’association pour l’année 2008 s’élève à 1 107 307 euros, en progression de 22,52 %
par rapport à l’exercice 2007. Cette augmentation est due pour l’essentiel à celle des fonds européens du programme
EuropeAid.

Assurance maladie Financements publics


européens et internationaux
4%
Mécènes privés
(Eurazeo)
2% L’Union européenne, à travers son programme
Nations unies
Fondations et 4%
EuropeAid, est devenue de loin le premier bailleur de
mécènes associatifs fonds de l’association, à laquelle elle apporte près
7% de la moitié de ses ressources en y ajoutant le Fonds
Collectivités locales européen pour les réfugiés (FER).
6% L’association reçoit également une subvention
du Fonds de soutien aux victimes de la torture des
Donateurs Nations unies.
6%
Ces financements se caractérisent par leur
stabilité par rapport aux années antérieures. Cependant,
Union Européenne
il est important de souligner que la pérennité
Etat français 56% des financements européens est loin d’être assurée
15% (voir page 22).

La répartition des ressources en 2008

Financements publics français


Là encore c’est la stabilité qui caractérise, globalement, l’exercice 2008. En effet, si la subvention apportée
par le Premier ministre est en légère baisse par rapport aux années précédentes, l’association a reçu pour la première fois
une subvention du Groupement régional de la santé publique (GRSP) d’Ile-de-France, structure gérée conjointement
par l’Assurance maladie et le Conseil régional d’Ile-de-France ; cette subvention finance notamment des actions d’information,
Association Primo Levi - Rapport 2008

de prévention et d’accès aux soins dans le domaine de la santé.


Rappelons que l’association bénéficie également du soutien du service Asile du ministère de l’Immigration,
de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, de la Caisse régionale d’assurance maladie
d’Ile-de-France (CRAMIF), de la Direction générale de la Santé et de l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité
des chances (ACSE).
En ce qui concerne les collectivités locales, l’association a bénéficié en 2008 du soutien du conseil régional
d’Ile-de-France, dans le cadre d’une convention triennale, et de la Ville de Paris. Le seul conseil général à apporter
un soutien financier à l’association a été celui du Val-de-Marne (94).

25
Financements privés de personnes morales
L’Association Primo Levi a obtenu en 2008 le soutien d’un nouveau partenaire européen, dans le cadre
d’un programme pluri-annuel, d’une durée de trois ans, de 2008 à 2011.
Le Programme européen pour l’intégration des migrants (ou EPIM - European Program for the Integration of Migrants)
a été créé en 2005 par onze fondations de différents pays européens et soutient des initiatives permettant de favoriser
l’accès aux droits fondamentaux, l’intégration et la représentation des migrants dans les sociétés d’accueil. L’Association
Primo Levi a obtenu un soutien du programme EPIM pour ses actions de plaidoyer et pour le développement d’un centre
de ressources.
Au-delà de l’aspect financier, ce soutien permettra à l’association de renforcer ses contacts au niveau européen,
avec d’autres structures impliquées dans la défense des droits des réfugiés.
Par ailleurs, l’Association Primo Levi a obtenu en 2008 un financement d’une fondation suisse, la Fondation Pro Victimis.
Plusieurs bailleurs privés ont réaffirmé leur soutien à l’association en 2008. C’est notamment le cas du
Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), de la société Eurazeo, de la Fondation de France
et de l’une de nos associations fondatrices, Médecins du monde.

Fonctionnement
et collecte de
fonds
10%
Plaidoyer
8%
Information et
sensibilisation
10%
Centre de Centre de soins
documentation 63%
4%
Centre de
formation
5%

Répartition fonctionnelle des charges en 2008

Financements privés de donateurs individuels


L’année 2008 s’est terminée sur une innovation pour les donateurs de l’association, qui ont désormais la possibilité
de faire des dons en ligne sur le site web de l’association (www.primolevi.asso.fr), le système de paiement étant sécurisé.
L’Association Primo Levi a pu compter sur le soutien des adhérents et des donateurs : 80 208 euros de dons
et de cotisations reçus en 2008 (65 368 euros de dons et 14 840 euros de cotisations). Parmi les donateurs, les membres
des groupes de l’ACAT et d’Amnesty International sont particulièrement fidèles : 30 338 euros de dons proviennent de
ces groupes.
À la fin de l’année 2008, 62 donateurs ont choisi le prélèvement automatique mensuel et versent en moyenne
un peu plus de 13 euros par mois. Rappelons que les dons sont entièrement affectés au soin et au soutien des victimes.
Association Primo Levi - Rapport 2008

26
ANNEXES

Association Primo Levi - Rapport 2008

27
Organisation de l’Association Primo Levi

Conseil d’administration

Bureau
Président : Hubert Prévot
Secrétaire : Michel Fournier
Trésorier : Fabrice Giraux

Membres fondateurs Membres actifs

Action des chrétiens pour l’abolition de la torture ● Antoine Lazarus, médecin et professeur
Michel Jordan, ingénieur de recherche de santé publique
Marc Zarrouati, maître de conférences en philosophie des sciences ● Christine Martineau, avocate
● Sylvie O’Dy, journaliste
Amnesty International France
● Hubert Prévot, ancien conseiller-maître
Michel Fournier, traducteur auprès d’organismes internationaux
Philippe Luxereau, médecin à la Cour des comptes, ancien président du
Fonds d’action sociale (FAS, aujourd’hui ACSE),
Juristes sans frontières ancien président de la Conférence permanente
Thierry Marignan, avocat et président de JSF des coordinations associatives (CPCA)
Isabelle Prat, juriste d’entreprise
Médecins du monde
Michel Brugière, médecin et directeur général de MDM
Fabrice Giraux, médecin généraliste et secrétaire général de MDM
Trêve
Jusqu’en juillet 2008 :
Véronique Bourboulon, psychologue clinicienne
Dominique Pataut, médecin généraliste
Depuis août :
Aurélia Malhou, juriste
Eric Sandlarz, psychologue clinicien

L’équipe salariée

Direction centre de soins : Sibel Agrali


Assistante de direction et responsable de l’accueil : Catherine Pinzuti
Accueillante : Déborah Caetano
Médecins généralistes : Agnès Afnaïm, Mireille Joussemet, Dominique Pataut (jusqu’en juillet 2008)
Kinésithérapeute : Claude Biétry
Psychologues cliniciens : Véronique Bourboulon, Armando Cote, Helena D’Elia, Omar Guerrero,
Beatrice Patsalides, Eric Sandlarz
Assistante sociale : Nathalie Prete
Juriste : Aurélia Malhou
Responsabilité du centre de formation : Helena D’Elia
Gestion du centre de formation et secrétariat : Catherine Pinzuti
Direction administration et finances : Rémi Renon
Recherche de financements : Laurence Janin
Association Primo Levi - Rapport 2008

Maintenance informatique et développement du site web : Patricio Diez


Direction plaidoyer : Anne Castagnos-Sen
Communication et publications : Cécile Henriques (jusqu’en avril 2008), puis Yaëlle Szwarcensztein
Centre de documentation : Fabien Frugier

28
Les bénévoles et stagiaires
Christiane Bombre (secrétariat), Anne Caron (comité de rédaction de Mémoires, relecture et corrections),
Thomas Champigny (base de données), José Charters (informatique), Santiago Diez (informatique),
Chrystelle Fournaiseau (mise sous pli de Mémoires), Anne-Paule Kassis (comité de rédaction de Mémoires
jusqu’en juin 2008), Liliane Passavant (accueil secrétariat), Carole Perrochaud (stage avec l’assistante sociale),
Jacqueline Ramus (comptabilité), Simy Richardson (pharmacie), Philippe Salomon (remboursement CPAM),
Michelle Sommers (comité de rédaction de Mémoires).

L’Association Primo Levi tient à rendre hommage ici à Simonne Jurmand, qui fut bénévole depuis la création
du centre de soins en tant que documentaliste, secrétaire et accueillante, et qui a disparu cette année.

Nous soutiennent également :


● Michelle Salmon, plasticienne, met à disposition des créations graphiques inédites pour Mémoires notamment.
● Hélène Doukhan, de la société Stratis (www.stratis.fr), réalise, à titre gracieux, dans le cadre d’un mécénat de compétence,
le travail de maquette de Mémoires.

L’Association Primo Levi dans la presse et les médias : parutions repérées en 2008

● Janvier 2009 - La Chronique, mensuel d’Amnesty International France n°266 - Menaces sur les soins aux victimes
de torture (suite à la conférence de presse du 9/12/2008).
● 12/12/2008 - Actualités sociales hebdomadaires n°2586 - Prise en charge des victimes de torture : les associations
appellent l’Europe à ses responsabilité.
● 24/11/2008 - La Montagne - Deux invités du colloque de Clermont-Ferrand livrent leurs pensées - Un thérapeute
à la recherche de l’humain que le tortionnaire a tenté d’effacer : interview d’Omar Guerrero.
● Novembre 2008 - Revue Clinic : interview de Christine Poulaillon, dentiste, ancienne collaboratrice du centre de soins.

● 05/09/2008 - Actualités Sociales Hebdomadaires - La loi de la jungle pour les réfugiés « invisibles » du Calaisis.

● 02/07/2008 - France Culture - Interview Helena D’Elia pour un documentaire sur les femmes-soldats par Anne De Giafferri.

● 04/07/2008 - Actualités Sociales Hebdomadaires - Lancement de RESEDA.


● 30/06/2008 - Radio Quasimodo (France Terre d’Asile) - Journée du 23 juin : interviews d’Anne Castagnos,
de Beatrice Patsalides, de François Julien-Laferrière et d’Olivier Le Cour Grandmaison.
● 26/06/2008 - La Provence (Marseille) - Un réseau pour les victimes de torture (sur le lancement de RESEDA).

● 17/06/2008 - Politis - Étrangers et malades : deux fois coupables - Mathilde Mazerot.


● 30/05/08 - Radio Quasimodo (France Terre d’Asile), rubrique questions-réponses, Quels sont les droits que confère
le statut de réfugié ? : interview d’Anne Castagnos-Sen.
● 09/02/2008 - Parisiens du bout du monde - Rubrique « Engagement » - L’Association Primo Levi lutte contre la torture -
Reportage par Mariella Esvant, interview de Sibel Agrali.

Publications d’articles rédigés par des membres de l’équipe :

● Décembre 2008 - Politiques d’asile et d’immigration : faire entendre la voix des victimes de torture (actes
de la journée du 23 juin, publiés par l’Association Primo Levi) - Reflet pervers : la procédure d’asile à travers
le prisme de la mémoire traumatique - Beatrice Patsalides.
● Automne-hiver 2008 - La Célibataire, revue de psychanalyse - clinique, logique, politique, n°17, pages 91-95 -
Association Primo Levi - Rapport 2008

Y a-t-il une particularité musulmane face au traumatisme ? - Omar Guerrero.


● Juin 2008 - Courrier de l’ACAT n°286, dossier central consacré au thème « Victimes. Survivre après la torture. », pages 37-39 -
Ne pas laisser faire la torture - Cécile Henriques et Michel Jordan.
● Mai 2008 - Revue Lignes n°26, pages 145-151 - Le pacte du silence : l’enfant et l’exil - Armando Cote.
● Mars 2008 - L’École des Parents n° 570, hors-série (actes du colloque de la FNEPE du 23-24 novembre 2007), pages 78-79 -
Homme-femme, deux places à prendre - Omar Guerrero.
● Décembre 2007 - La Lettre de l’enfance et de l’adolescence (revue trimestrielle du Grape), pages 27-34 - La violence
politique aux frontières de l’adolescence - Véronique Bourboulon.

29
Interventions extérieures :

●12 décembre / Paris (75) - Séminaire organisé par le centre hospitalier de Sainte-Anne : Enfance, parentalité, société -
Le psychanalyste face aux effets de la cruauté, intervention d’Eric Sandlarz.
● 10 décembre / Avignon (84) - Conférence-débat organisée par Amnesty International : Réalité et avenir de la Déclaration
universelle des droits de l’homme - Ce que l’homme fait à l’homme, intervention de Sibel Agrali.
● 20 novembre / Yvetot (76) - Conférence organisée par Amnesty International et l’ACAT, La torture, ce n’est pas
une maladie - intervention de Sibel Agrali.
● 20 novembre / Tarbes (65) - Conférence, organisée par l’ADAOS (Accueil, orientation et soins pour adolescents),
le secteur de pédopsychiatrie des Hôpitaux de Lannemezan et l’Inspection académique : Comment protège-t-on les enfants ?
L’expérience traumatique, intervention d’Armando Cote.
● 17 et 18 novembre / Clermont-Ferrand (63) - Colloque interdisciplinaire La torture dans les démocraties contemporaines
- Quelles séquelles psychologiques, quel soin après la torture ?, intervention d’Omar Guerrero.
● 4 octobre / Angoulême (16) - Conférence-débat, organisée par l’ACAT : Peut-on guérir de la torture ?, intervention
de Sibel Agrali.
● 24 et 25 septembre / Bruxelles (Belgique) - Dans le cadre du programme EPIM, présentation de l’Association Primo Levi
par Anne Castagnos-Sen et Laurence Janin.
● 20 juin / Paris (75) - Formation organisée par Les Séminaires psychanalytiques de Paris, cycle Les Sept concepts
fondamentaux de la psychanalyse : Le masochisme fait le lit de la perversion, intervention d’Eric Sandlarz.
● 14 juin / Clermont-Ferrand (63) - Colloque organisé par le Collège de psychiatrie, École pratique pour l’enseignement
et la recherche : Victimes de la violence politique : ce que le traumatisme nous empêche d’entendre, intervention
d’Omar Guerrero.
● 12 juin / Paris (75) - Rencontre à la demande de la Mairie de Brest d’une équipe de 9 agents d’accueil et d’une assistante
sociale de la mairie : Les difficultés liées à la barrière de la langue, intervention de Sibel Agrali, et La prise en charge
psychologique des demandeurs d’asile, intervention d’Omar Guerrero.
● 16 mai / Strasbourg (67) - Journée organisée par Parole sans frontière, Les conséquences cliniques des diverses politiques
nationales d’accueil des demandeurs d’asile (Europe, Turquie) : Punir et soigner, intervention d’Armando Cote.
● 14 mai / Paris (75) - Conférence-débat organisé par le Groupe asile femmes (GRAF) et le Comede, Femmes, exil, traumatisme.
Le psychotraumatisme des femmes exilées et persécutées : L’expérience du centre de soins Primo Levi, intervention de Sibel Agrali.
● 8 et 9 mai / San Remo (Italie) - International Institute of Humanitarian Law / HCR - 47e cours sur le droit des réfugiés - Séance
co-dirigée par Anne Castagnos-Sen : La protection des réfugiés. Les mesures de contrôles migratoires à l’échelon national
et européen et leur incidence directe sur l’accès des demandeurs d’asile au territoire et à la procédure d’asile.
● 18 avril / Bayonne (64) - Conférence organisée par le Forum du champ lacanien - Pays basque, cycle Agressivité, violence,
passage à l’acte : L’enfant et le trauma, intervention d’Armando Cote.
● 12 avril / Namur (Belgique) - Séminaire organisé par le Réseau international inter-universitaire de la faculté
de Namur, Cliniques de la création : Traumatisme, corps et parole ; intervention à trois voix. Matinée de réflexion avec
des membres de l’Association Primo Levi, interventions d’Agnès Afnaïm, Kibar Ayyildiz et Véronique Bourboulon.
● 11 avril / Paris (75) - Dans le cadre du diplôme universitaire Santé solidarité précarité (module Les pathologies en lien avec
la pauvreté. Approche de situations spécifiques de vulnérabilité. Incidence sur la prise en compte de la santé), organisé par
le Laboratoire éthique et médecine légale et par MDM, à l’université Paris V : La prise en charge des victimes de violence
politique, intervention de Sibel Agrali.
●10 et 11 avril / La Rochelle (17) - Rencontre d’Hubert Prévot et d’Anne Castagnos-Sen avec l’équipe de l’association
AWEL - Soutien à la création d’un réseau de soins aux victimes de torture dans la région Poitou-Charentes.
● 5 mars / Paris (75) - Séminaire organisé par le Comede Accès aux soins et protection des migrants / étrangers sur les enjeux
et aléas de la santé mentale : Expertise psychiatrique / psychologie et procédure d’asile, intervention d’Eric Sandlarz.
Association Primo Levi - Rapport 2008

30
Statistiques concernant les nouveaux patients en 2008
Nombre de nouveaux patients En 2008 Taux d’évolution entre 2007 et 2008
73 -31%

Répartition des nouveaux patients En 2007 En 2008


entre adultes et mineurs
Adultes 77% 63%
Mineurs 23% 37%

Répartition par âge En 2007 En 2008


des nouveaux patients adultes
18-25 ans 16% 16%
25-40 ans 68% 54%
+ de 40 ans 16% 30%

Répartition par sexe En 2007 En 2008


des nouveaux patients adultes
Hommes 39% 41%
Femmes 61% 59%

Statut marital En 2007 En 2008


des nouveaux patients adultes
Célibataires ou divorcés 50% 46%
Marié(e)s 41% 47%
Veufs et veuves 9% 7%

Origine géographique des nouveaux patients En 2008


Afrique subsaharienne 53%
Moyen-Orient 11%
Sous-continent indien 11%
Balkans 7%
Caucase 7%
Europe de l’Est 6%
Asie centrale 4%
Amérique latine 1%

Statut des nouveaux patients En 2008


En attente de convocation par la CNDA 26%
Association Primo Levi - Rapport 2008

Mineurs isolés 18%


En attente d’une réponse de l’OFPRA 18%
Mineurs accompagnés 16%
Statutaires 10%
Déboutés du droit d’asile 8%
Carte de séjour temporaire 3%
De nationalité française 1%

31
Répartition par zone de résidence En 2007 En 2008
Banlieue parisienne 59% 58%
Paris 33% 27%
Province 8% 15%

Répartition par type d’hébergement En 2008


Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) 38%
Foyers (dont foyer FTDA) 21%
Compatriotes 12%
Hôtel 10%
Famille 6%
Location privée 4%
SDF 3%
Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) 1%
Samu social 1%
Maison des journalistes 1%
Particulier 1%
Centre maternel 1%
Comité d’aide aux réfugiés (CAAR) 1%

Origine des demandes En 2008


Orientation par un partenaire 58%
Demande directe de l’interessé au centre 20%
Orientation par un soignant du centre 12%
Orientation par un patient du centre 4%
Orientation par un compatriote 4%
Demande envoyée par l’intéressé 1%
Demande suite à l’émission Le Magazine de la Santé (juin 2007) 1%

Délai entre la demande Taux de nouveaux patients pris Taux de nouveaux patients pris
et le début des soins en charge dans ce délai en 2007 en charge dans ce délai en 2008
Association Primo Levi - Rapport 2008

Sans délai 8% 1%
Inférieur à 3 mois 47% 36%
Entre 3 et 6 mois 44% 29%
Supérieur à 6 mois 1% 34%

32
Statistiques concernant l’ensemble des patients (file active) en 2008
Nombre total de patients suivis En 2007 En 2008 Taux de variation
284 252 -11%

Type de patients Nombre Taux en Origine Nombre en 2008 Taux en 2008


en 2008 2008 géographique
Adultes 189 75% Afrique du Nord Algérie 4 2%
Mineurs isolés 35 14% Afrique subsharienne 164 65%
Mineurs accompagnés 27 11% Angola 15
Cameroun 1
Suivi mère-enfant 1 0% Centrafrique 2
Congo 30
Côte d’Ivoire 7
Répartition par sexe Nombre Taux Erythrée 1
en 2008 en 2008 Ethiopie 2
Guinée 20
Hommes 130 52% Libéria 2
Femmes 122 48% Mauritanie 4
Mozambique 1
Nigeria 2
RDC 60
Année de début Nombre Taux Rwanda 3
de la prise en charge de patients en Sénégal 2
au centre de soins concernés 2008 Sierra-Leone 3
1994 1 0,4% Soudan 7
Tchad 1
1997 1 0,4% Togo 1
1998 1 0,4% Amérique latine 4 2%
2000 4 1,6% Colombie 3
Uruguay 1
2001 2 0,8%
Asie Cambodge 1 0%
2002 8 3,2%
Asie centrale 8 3%
2003 13 5,1% Kirghizistan 5
2004 16 6,3% Ouzbékistan 2
2005 35 13,9% Turmenistan 1
Balkans 12 5%
2006 38 15,1%
Albanie 1
2007 60 23,8% Bosnie 1
2008 73 29% Ex-Yougoslavie 3
Kosovo 5
Serbie 2
Caraïbes Haïti 2 1%
Caucase 11 4%
Azerbaïdjan 5
Géorgie 2
Ingouchie 1
Tchétchénie 3
Europe de l’Est Russie 6 2%
Association Primo Levi - Rapport 2008

Moyen-Orient 27 11%
Nombre de suivis ayant Taux en 2008 Afghanistan 1
nécessité l’intervention Irak 2
d’un interprète Iran 1
65 25,8% Liban 1
Turquie 22
Sous-continent indien 13 5%
Bengladesh 3
Sri Lanka 10

33
Statistiques concernant les consultations en 2008
Nombre de consultations En 2007 En 2008 Evolution
4266 4244 -1%

Nombre de consultations Nombre de patients ayant Taux en 2008


dans l’année bénéficié de ce nombre de
consultations
1 36 14%
2à5 54 21%
6 à 10 32 13%
10 à 20 52 21%
20 à 30 33 13%
30 à 50 31 12%
plus de 50 14 6%
Nombre moyen de consultations par patient par an : 16,8

Nombre de Evolution Nombre de Evolution Nombre de Evolution


patients avec par rapport patients avec par rapport patients avec soins par rapport
suivi psychologique à 2007 soins médicaux à 2007 kinésithérapeutiques à 2007
175 -11% 132 -23% 32 +10%
soit 69% soit 52% soit 13%
de la file active de la file active de la file active

Nombre de Evolution Nombre de Evolution


patients avec par rapport patients avec par rapport
suivi social à 2007 suivi juridique à 2007
110 +2% 80 +18%
soit 44% soit 32%
de la file active de la file active

Fonction Taux de consultations Evolution Nombre de secteurs Taux de patients


assurées par rapport par rapport (psy, médical, kiné, avec ce nombre
à l’ensemble à 2007 social, juridique) de secteurs en 2008
des consultations 1 41%
en 2008 2 27%
Psychothérapeute 46% -4% 3 16%
Médecin généraliste 21% -13% 4 13%
Association Primo Levi - Rapport 2008

Juriste 13% +74% 5 3%


Assistante sociale 13% +4%
Kinésithérapeute 6% -5%
Chargée de l’accueil 1% -50%

34
SOMMAIRE

L’Association Primo Levi en quelques dates p. 2


Mandat de l’association p. 2
Préambule p. 3

1. Soigner et soutenir les victimes de la torture et de la violence politique p. 5


1.1 Commentaires généraux sur l’activité du centre de soins en 2008 p. 6
1.2 L’accompagnement social et juridique p. 10

2. Former, informer et sensibiliser p. 15


2.1 L’activité de formation en 2008 p. 15
2.2 Informer et susciter l’engagement p. 17
2.3 De nouveaux outils en préparation p. 19

3. Engagements et actions collectives p. 21


3.1 Des réseaux de centres de soins d’envergure nationale et européenne p. 21
3.2 Actions collectives p. 23
3.3 Auditions de l’association par des organismes publics p. 24
3.4 Des personnalités engagées au sein du comité de soutien p. 24

4. Les moyens de l’action p. 25


4.1 Des dépenses globalement conformes aux prévisions p. 25
4.2 Stabilité des ressources p. 25

Annexes p. 27
Organisation de l’Association Primo Levi p. 28
L’Association Primo Levi dans la presse et les médias p. 29
Publications d’articles rédigés par des membres de l’équipe p. 29
Interventions extérieures p. 30
Statistiques concernant les nouveaux patients en 2008 p. 31
Statistiques concernant l’ensemble des patients (file active) en 2008 p. 33
Association Primo Levi - Rapport 2008

Statistiques concernant les consultations en 2008 p. 34

35
Association Primo Levi
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75011 Paris
Tél. : 01 43 14 88 50
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Directeur de la publication :
Hubert Prévot.

Comité de rédaction :
Sibel Agrali, Laurence Janin,
Yaëlle Szwarcensztein.

Ont également contribué


à la rédaction de ce rapport :
Claude Biétry, Anne Castagnos-Sen,
Fabien Frugier, Omar Guerrero,
Mireille Joussemet, Aurélia Malhou,
Catherine Pinzuti, Nathalie Prete,
Rémi Renon.

Illustrations : Michelle Salmon.

Réalisation : Yaëlle Szwarcensztein.

Ce document a été réalisé avec le soutien financier de l’Union européenne.


Les points de vue qui y sont exposés reflètent l’opinion de l’Association Primo Levi
et, de ce fait, ne représentent en aucun cas le point de vue officiel de la Commission
européenne.

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