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Bulletin spécial - 2013

Le Cap de la Hève, Sainte-Adresse (76) (aquarelle d’Évelyne HILLIER).


ANDRÉ TOURNOUËR (1871-1929), MEMBRE FONDATEUR DE LA
SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE LA SEINE MARITIME ET EXPLORATEUR
DE LA PATAGONIE
par Eric BUFFETAUT
CNRS, Laboratoire de Géologie de l’École Normale Supérieure, Paris
Vice-président de Sciences et Géologie Normandes

INTRODUCTION

Le deuxième fascicule du Bulletin de la Société Linnéenne de la Seine Maritime, paru en 1914,


comporte une liste des membres fondateurs de la Société. On y trouve le nom d’André
Tournouër, « géologue et explorateur, correspondant du Muséum d’histoire naturelle de
Paris », domicilié rue Saint-Michel au Havre. Il n’est pas inutile de rappeler qui fut ce
membre de la Société Linnéenne, car sa carrière scientifique fut assez singulière.

UNE BRÈVE BIOGRAPHIE D’ANDRÉ TOURNOUËR

André Tournouër naît à Paris en 1871, dans une famille de la bonne société (il semble avoir
disposé, sa vie durant, d’une solide fortune personnelle). Son père Raoul (1822-1882) avait
été président de la Société géologique de France. Dans les années 1890, André Tournouër
s’installe à Mendoza, en Argentine, où il se consacre à l’élevage. C’est durant cette période
qu’il mène ses expéditions paléontologiques en Patagonie. De retour en France au début des
années 1900, il vit d’abord à Paris, puis dans un château de l’Oise dont il a hérité. Vers 1910,
il s’installe au Havre. Cela est probablement lié au fait qu’en 1906 il a épousé Isabelle Latham,
d’une grande famille d’armateurs havrais, dont certains membres s’illustreront aussi dans
l’aéronautique naissante. Pendant son séjour au Havre, André Tournouër devient membre de
la Société Linnéenne de la Seine Maritime dès sa fondation. Au cours des années 1920, il
retourne vivre à Paris, où il décède en 1929.

Fig. 1 : André Tournouër (1871-1929). Photo Geneanet.

LES EXPÉDITIONS D’ANDRÉ TOURNOUËR EN PATAGONIE

Lors d’un séjour en France vers la fin des années 1890, Tournouër rend visite au
paléontologue Albert Gaudry, professeur au Muséum de Paris, avec lequel son père a
autrefois collaboré. À cette époque, le monde scientifique se passionne pour les étranges
vertébrés fossiles découverts en Patagonie par les paléontologues argentins, au premier rang
desquels Florentino Ameghino (Buffetaut, 2013). Gaudry incite alors Tournouër à se rendre
en Patagonie pour y récolter des fossiles pour le Muséum. À partir de 1898, Tournouër mène,
depuis Mendoza, cinq expéditions dans les régions arides et difficiles d’accès du Sud de
l’Argentine. Il en rapporte des collections paléontologiques considérables, conservées au
Muséum de Paris où elles ont fait l’objet de nombreuses études, à commencer par celles de
Gaudry sur divers mammifères fossiles. Dans deux articles publiés par la Société Linnéenne
de la Seine Maritime, Tournouër (1914, 1922) a donné un aperçu de ses recherches en
Patagonie. Ces articles sont d’autant plus intéressants qu’il a par ailleurs assez peu publié,
même si ses contributions parues dans le Bulletin de la Société Géologique de France et les
Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences contiennent des informations très importantes
sur la géologie et la paléontologie de la Patagonie. Vers la fin des années 1900, l’activité
scientifique de Tournouër semble avoir pratiquement cessé. Peut-être le décès de son mentor
Gaudry en 1908 y est-il pour quelque chose. Les deux articles publiés dans le Bulletin de la
Société Linnéenne de la Seine Maritime montrent toutefois qu’il n’a pas perdu son intérêt
pour la géologie et la paléontologie de la Patagonie durant sa période havraise.

Fig. 2 : Restes du mammifère endémique sud-américain Pyrotherium récoltés par André Tournouër en
Patagonie (d'après Tournouër, 1922).

Même s’il est un peu oublié aujourd’hui, la contribution d’André Tournouër à la géologie et
la paléontologie de la Patagonie est loin d’être négligeable. Ses recherches ont notamment
contribué à faire admettre que l’Amérique du Sud a été pendant une grande partie du Tertiaire
un continent isolé, sur lequel a évolué une étrange faune de vertébrés endémiques.

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BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

BUFFETAUT E. (2013) – Guerre des fossiles en Patagonie. Pour la Science, n° 427, p. 72-75.
TOURNOUËR A. (1914) – Notes sur la Patagonie. Bulletin de la Société Linnéenne de la
Seine Maritime, fasc. 2, p. 10-12.
TOURNOUËR A. (1922) – Recherches paléontologiques en Patagonie. Bulletin de la Société
Linnéenne de la Seine Maritime, n° 8-9, p. 235-240.

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