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Délégation Roumaine de l’ARE

Europoésie Paris

« Tombé en célébrant la Paix »


Anthologie de poésie roumaine
contemporaine

PARIS
La première édition complète a été publiée en octobre
2018, par Thierry Sajat, 5 rue des Fêtes, 75019 Paris.

Sélectionné et traduit du roumain par: Oana Dugan & all

ISBN: 978-2-35157-742-4

Copyright

©Délégation Roumaine de l’ARE Europoésie,


Paris 2018

https://reuropeennesro.wordpress.com

rencontreseuropeennesro@gmail.com

© Thierry Sajat 2018

Thierrysajat.editeur@orange.fr

http://www.editionsthierrysajat.com

5 rue des Fêtes, 75019 Paris

 0688337524

Tous droits réservés! La reproduction et la diffusion


intégrale ou partielle sans le consentement écrit de
l’auteur, la photocopie ou la reproduction des fragments
et des citations à des fins autres que celles de l’étude et de
la pratique pédagogique se constituent en contraventions
et sont soumises aux droits d’auteur.

Couverture: Oana Dugan, Eracle Goean.


Image de la couverture: La Grande Roumanie, carte
de 1919, réalisée par G. Pop
Source: Internet
Délégation Roumaine de l’ARE
Europoésie Paris

« Tombé en célébrant la Paix »


Anthologie de poésie roumaine
contemporaine

PARIS
En guise de préface

La présente anthologie de poésie roumaine


contemporaine voit la lumière du jour à l’occasion de la
célébration du Centenaire de Roumanie, accueillant ainsi,
du point de vue littéraire, non seulement cent ans
d’existence de l’état roumain moderne, mais aussi une
pléiade de poètes représentatifs pour les lettres
roumaines actuelles.
L’anthologie a commencé comme un projet littéraire
d’une certaine envergure voulant célébrer le centenaire
des Roumains mais aussi cent ans de francophonie et
francophilie « officielle » en Roumanie, tous les poètes
sélectionnés ayant « produit » des poésies de leurs
propres volumes déjà traduits et publiés en français, soit
en Roumanie, soit en France.
Le titre de l’anthologie est un vers composé par Anne
Osmont, célèbre traductrice, poétesse et romancière
française, dédié à la mort héroïque de Frédéric Forthuny,
jeune lieutenant français, fils du célèbre médium Pascal
Forthuny, qui tombait le 25 juin 1919, à 24 ans, juste dans
le cimetière de la ville de Galaţi, Roumanie, suite d’un
accident d’avion, sept mois après la fin de la Guerre ! Son
accident ainsi que sa mort en Roumanie, à Galaţi, seront
emblématiques pour les relations franco-roumaines non
seulement du point de vue militaire, mais aussi culturel,
littéraire, artistique et… ésotérique.
Se trouvant détaché avec son régiment d’infanterie à
Galaţi, le jeune Frédéric Forthuny apprend par la presse
internationale, le 25 juin 1919, que le traité de paix sera
bientôt signé à Versailles le 28 juin. Partageant le
bonheur des citoyens roumains, le jeune Forthuny décide
de confectionner un drapeau avec des grosses bannières
qu’il rattache à son avion. Il s’envole de l’aérodrome de
Galaţi et exécute des loopings et virages dangereux au-
dessus de la foule, dans les ovations et les cris de toute
une population qui jubile elle-aussi, toute en célébrant
non seulement la paix, mais aussi le rêve des Roumains
de voir leur pays réunifié après bien des siècles. Hélas, le
vent fort fait enrouler le drapeau improvisé autour de
l’hélice de l’avion, engendrant la perte brusque de
l’altitude et la chute de l’avion juste dans le cimetière de
la ville en tuant sur place le héros débordant de joie et de
l’enthousiasme de jeunesse. Son tombeau sera érigé sur la
place même de sa chute, dans un endroit qui deviendra le
carré militaire du cimetière. Décoré de la Légion
d’Honneur et de la Croix de Guerre, sa mort ayant
bouleversé l’existence de son père, révèlera non
seulement des qualités et facultés médiumniques
insoupçonnées chez celui-ci, mais le déterminera de
beaucoup voyager en Roumanie et de faciliter l’accès de
ce pays à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs
et industriels modernes de 1925. Il cherche de trouver
des moyens pour les artistes plastiques roumains de se
faire connaître à l’étranger, ouvrant ainsi à la voie des
relations franco-roumaines dans la lignée de Jules
Michelet, Frédéric Mistral, Edgar Quinet ou bien Romain
Rolland. Trouvant dans Anne Osmont non seulement un
médium et une personne intéressée à l’occultisme, mais
aussi une vraie amie, le tombeau de Frédéric Forthuny
portera jusqu’à nos jours l’épitaphe de l’héro, un vers issu
d’une poésie composée par celle-ci lui étant dédiée :
« Tombé en célébrant la paix ».
L’an 2018 marque un siècle d’existence de l’Etat Roumain
dans une forme réunissant les Provinces Roumaines
historiques (ou, au moins, des parties des Provinces
Roumaines traditionnelles !). La vie, la destinée et la
présence actuelle de l’état roumain moderne se lient
intimement à la politique et à l’histoire de la France, mais
surtout à son influence civilisatrice par l’intermédiaire de
la culture, de la littérature, de son éducation et
enseignement supérieur à la fin du XIXe et en début du
XXe siècle. Dans un monde de la globalisation sous
l’influence de l’anglais comme marque définitoire de la
culture et des Etats Unis, s’engouffrant vite dans l’abîme
ouvert par le mirage du monde Euro-Asiatique, ce volume
de poésie veut être le témoin d’un héritage culturel –
point de repère au fil du temps et des relations qu’un pays
comme la France a pu créer et sauvegarder au sein d’un
continent « problématique » comme l’Europe à travers le
« sanctuaire le plus sacré » de la France - « la langue
française »! Infime réalisation de la part d’une petite
délégation étrangère d’une association littéraire
parisienne telle Rencontres Européennes Europoésie
Paris patronnée par M Joël Conte, « Tombé en célébrant
la paix » se veut l’apport d’une équipe enthousiaste
d’éditeurs, rédacteurs, traducteurs et poètes à la
célébration d’un évènement ayant l’envergure du
centenaire d’un pays, mais aussi à la célébration du
concept de francophonie qui transforme tout utilisateur
de langue française en héro. Car, rappelons-nous les mots
du président Emmanuel Macron : « Certains héros chez
nous deviennent Français par le sang versé mais on
devient aussi Français par la langue parlée, par la langue
aimée, travaillée, ouvragée, célébrée. » La parution de ce
volume en français n’est pas le choix du hasard qui,
d’habitude « fait bien les choses », mais une tentative
consciente et voulue de quelques poètes et traducteurs
roumains d’atteindre l’immortalité, car, c’est toujours le
même huitième président visionnaire de la V ème
République Française qui nous a garanti
« qu’en France, les poètes ne meurent jamais ! »
Nous ne pouvons donc que souhaiter à la Roumanie, dans
son 100ème année d’existence, de vivre, de s’accroître et de
prospérer !
« Vivat ! Crescat ! Floreat ! »

Oana Dugan
Déléguée pour la Roumanie de l’ARE Europoésie Paris
Victor Cilincă
Né le 15 janvier 1958, à Galaţi

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Très à la un
Personne ne meurt à cause de la solitude

parfois, quelque brique nous frappe sur la tête, ou


bien quelque bâtiment ou quelque cité,

quelques-uns sont dévorés par le tramway, autres


sont renversés par le tigre,

mais personne ne meurt tout seul à cause de la


solitude, il en faut un coup de main…

On cherche dans la boîte de poste et on n’y retrouve


rien,

seules quelques lettres égarées envoyées par


personne qui s’aiment,

on verse un verre dans un seul verre, une

seule assiette partage l’existence à la une

- Un divisé par un égal rien ! –

la nuit, on ferme la porte une fois, deux fois

et on écoute leurs bruits :

les murailles sont si fines, on dirait des toiles


d’araignées,

que l’on peut entendre l’amour, les voix, les fracas,


tout.

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Le matin on a plus de courage,

on fait le café – une tasse seulement et l’on passe en


revue

les anciennes conquêtes, l’on connaît bien

les premières Elle, le romantisme, ensuite la chasse

et toutes, toutes les autres.

On se rappelle où l’on a mis le premier baiser.

On n’a pas bien choisi la base :

Car toute une ville s’y est dressée au-dessus !

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Esclave

Tu es passée au-dessus de moi,


ma bien-aimée
telle une prairie
au-dessus d’un cheval.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Evolution

Un homme
avait tatoué sa bien-aimée sur son bras
et, longtemps après s’être quittés
il regardait son bras
de temps en temps.

Après des années,


Il se regarda encore
un bel jour,
et la retrouva en même place
sur la croûte de la peau, hélas
une vielle-femme !

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Pour Diane

Dors, dors!

Si tu avais les yeux verts


lors de ton réveil
tu verrais la Forêt
ouvrir ses yeux, quand tu te réveillais.
Si tu as les yeux noirs
lors de ton réveil
tu verras la nuit
ouvrir ses yeux, quand tu te réveilleras.
Pourtant, si tu as les yeux bleus
lors de ton réveil
tu verras la mer
ouvrir ses yeux, quand tu te réveilleras.
La ville est tellement lointaine
que je ne me rappelle plus
la couleur de tes yeux –
verts – noirs – bleus
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quand tu te réveilleras.
Lors de ton réveil
tu verras la Forêt
peut-être
tu verras l’obscur
peut-être tu verras l’Océan
peut-être
tu verras…
Mais non plus mes yeux te regarder
Alors dors, dors !
Ecrite à 22° 20ˈ latitude méridionale et 12°57ˈ
longitude Est, quelque part sur l’Atlantique.
(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Thé Bayan

Pareil au thé dans l’assiette


Ma félicité s’est écoulée
Lorsque la passion m’a mordu la main.
Tu as pris la tasse,
Et tu as bu de ma félicité –
Mais le thé s’était déjà refroidi :
Tu n’as plus compris ma passion…
A l’aide d’une cuillère à thé en argent
J’ai mélangé la douceur du rêve
Dans le thé amer du jour –
Je continuerai à agiter le verre encore un peu,
Viens boire un tout petit peu de thé,
Je suis encore chaud,
Dans ma tasse…
(23 juillet 2004, à Yalova)

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Elena Cîmpan
Née le 28 août 1967 à Lucăceşti, comté de
Suceava

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Des seuils

Si ce monde
Est issu d’une parole,
Pourquoi sommes-nous silence,
Pendant que les oiseaux chantent
Et les sources murmurent –
Où était leur début ?

Si ce monde
Est issu d’un mouvement,
Pourquoi sommes-nous peur,
Pendant que la forêt attend la pluie
Et que pour la montagne la neige n’est qu’une
prière -
Pourquoi se cachent-elles de notre vue ?

Si ce monde
Est issu d’une fin,
Pourquoi sommes-nous amour,
Pendant que le livre est seul
Et que l’icône nous soit étrangère –
Comment nous considèrent-ils ?

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Poétique

Pourquoi les yeux ne serais-ils pas situés


Verticalement,
L’un sous l’autre,
Comme deux lèvres
Qui parlent –
Et que les lèvres soient
Deux à gauche
Et deux à droite ?
Comme deux yeux
Qui voient -
Pourquoi ne serais-tu pas mes yeux
Et moi tes lèvres,
Pour que je voie avec toi,
Pour que tu me parles …

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A la suite

Lundi est le pied d’une montagne,


Mardi est le tronc d’un arbre où l’on monte,
Mercredi est un mur qui s’écroule toujours,
Jeudi est la forêt épaisse de bouleaux,
Vendredi est le désert de tes yeux,
Samedi est le delta sans issue,
Et le dimanche,
Dimanche est une rivière
Au long de laquelle on va seul…

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Dans le café, à Paris

Le balcon de ma maison est envahi par des colombes

Qui aimeraient me rejoindre ici, loin de ma maison,

Pour m’apporter des nouvelles sur toi –

Mais quel oiseau arriverait-il jusqu’au café ?

Il faudrait que je descende dans les rues pour le


chercher…

Comment savoir qui est le vrai, le plus important ?

Il faudrait que je commence à parler pour qu’il me


reconnaisse

D’après la manière de t’invoquer, de te dorloter, de


t’apprendre.

Pour se rendre compte que nous ressemblons


beaucoup l’un à l’autre

Dans la manière d’écrire, de dire.

A Paris,

Dans le café

Le café se transforme en oiseau


Et je bois en premier l’aile droite, ensuite l’aile
gauche,
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Et le corps lourd et délicat, arrivé jusqu’à moi –

Ô colombe, colombe, colombe…

Encore une gorgée, la dernière –

Et je porterai ton nom, sans que personne ne le


sache–

Il faudrait m’identifier au moins maintenant, à la


sortie

Qu’ils sachent que je fusse passée par ici

Dans une mission onirique, presque magique

En même temps que toi précisément et imprécis

Décidément et indécis

Dans le café

A Paris

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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La mariée de la tour

La patience de monter
Dans une robe blanche tel un nuage,
Le froid ressenti par un automne âpre,
Le vent errant,
Qui dénudait le pied fin,
La pluie qui tombait impitoyablement dans les
cheveux
Et la goutte de champagne presque glacée –
L’ivresse provoquée par la hauteur
Les yeux pleins de grains de larmes,
La bague qui tremblait sur le doigt
Et un regard farouche, comme celui d’un oiseau dans
la cage,
A la recherche d’un endroit calme,
Qui puisse tenir la Terre en équilibre,
Qui puisse tenir l’amour en équilibre –
Et…
Bien entendu, il aurait voulu être
Lui aussi
Dans la Tour Eiffel…

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Dorel Cosma
Né le 29 octobre 1950, à Bistriţa

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La rive du silence

Je vois ce que les autres ne voient pas.


Le reflet nocturne
dans les marais du néant.
La lumière.
On est au bord du silence
fidèles à la parole donnée
rien d’autre.
Dans la géométrie du temps
le compas inscrit
des cercles d’éternité.
Le souffle d’un miroir dans un visage
garde l’équerre
des feuilles mortes de l’histoire
et le jeu du bec d’âne
fait la pierre germer
jusqu’aux profondeurs du ciel.

(Dorel COSMA, extrait du recueil « Malul tacerii – La


rive du silence », éditions Nosa Nostra, traduit du
roumain par Maria Muguraş Petrescu.)

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L’homme

La douleur accablante
glisse sur le ciel sombre
tandis que le fil blanc voilé
perce la mer
de la résignation.
Une souffrance profonde
avec des doigts crispés
vers le clou effrayant
qui perce la chair.
Sur la croix,
abandonné à sa douleur,
L’Homme.
Et le gémissement avec les larmes simples
de ce moment,
avec une vie dans sa valeur
circulatoire,
dans le vide froid de la douleur,
dans des supplices tordus,
le respect craintif.


IL
est suspendu
afin que TU

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saches ce que tu dois demander à toi-même.

(Dorel COSMA, extrait du recueil « Malul tacerii – La


rive du silence », éditions Nosa Nostra, traduit du
roumain par Maria Muguraş Petrescu)

33
La guérison

Les trompettes du jugement


ouvrent les portes
du temps.
Un fait terrible
met fin à l’histoire
de la naissance et de la mort
pendant le temps.
On s’abîme en nous,
on sort de nous,
on s’enfuit de nous
tandis que le ciel fouette les éclairs
de la raison et de la grâce divine.
Des journées brûlées de doute
se foncent
dans la capacité étourdissante
de la conscience
et tâtant le terrain
elles demandent
la guérison des blessures du monde,
la guérison de l’existence.

(Dorel COSMA, extrait du recueil « Malul tacerii – La


rive du silence », éditions Nosa Nostra, traduit du
roumain par Maria Muguraş Petrescu.)

34
Le rêve

Applaudissez quand les barques


feront leur apparition sur le ciel.
Applaudissez quand moi aussi
j’applaudis
pour mon plaisir
de ne pas savoir
que la chaine longue
de l’ancre
pourrait descendre
parmi les arbres,
dans les rues,
entre nous.
Il y a quelqu’un qui descend
sous la voûte où
le vent hante l’espoir.
De l’autre part
du miroir, le mot plus pesant et
plus violent divise le ciel
de notre nuit.

(Dorel COSMA, extrait du recueil « Malul tacerii – La


rive du silence », éditions Nosa Nostra, traduit du
roumain par Maria Muguraş Petrescu.)

35
Ils nous regardent

Ils sont partis depuis longtemps


tout en essuyant les signes écrits
avec l’esprit et les sens.
Mais leur vie est toujours vive.
Il y a tant d’expériences exceptionnelles
qui nous regardent
réjouissant la clarté du soleil.
En passant par le ciel,
les créateurs de la beauté
des nuages
nous font des signes,
ils sont dans une pleine éruption en silence
et circulent
protégés et intacts
à travers des ères.

(Dorel COSMA, extrait du recueil « Malul tacerii – La


rive du silence », éditions Nosa Nostra, traduit du
roumain par Maria Muguraş Petrescu.)

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Emil Dinga
Né en 1956 à Cosmeşti, comté de Galați

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Paulienne 1

Saches que
je t’ai entendu entrer,
je t’ai vu te
dérober les ailles,
pour qu’elles ne
t’empêchent pas
de m’embrasser.
Ensuite, le matin
tu n’as plus désiré les mettre
de nouveau, par crainte
de ne pas trop t’élever
et ainsi me perdre
de ta vue.

Entre temps,
les nœuds des épaules
se sont guéris et
l’on ne peut plus
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attacher les ailles.

Je pense y enlever
la poussière pour les
mettre entre nous,
lorsque le pleure sans raison
nous accable
peut-être réussirons-nous
au moins à songer
au vol ensemble.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

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Paulienne 4

Dans l’église primitive


des montagnes,
ta prière
brûlait tranquille, ressemblant à
une chandelle primordiale.

Tu y restais
agenouillées
depuis des années.

Personne ne se retrouvait
dans la petite église,
et tu n’attendais
personne.

Quelques temps après


l’église s’est peuplée
de quelques saints.
41
Il se sont agenouillés
devant toi et, un à un,
tranquillement,
ils se sont imprégnés
dans les icônes
chacun
à sa place.

C’est à ce moment-là
que tu t’es levé pour sortir
pourtant, ta prière
continua de brûler,
veillée par les saints.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

42
Mythe 5 (Le Temps)

Tel un serpent aveugle


le temps renifle
les crevasses de la mutation.
Il s’y faufile petit à petit
tout en les éternisant.

Jadis,
le temps voyait et
il avait même du choix,
mais, un bel jour, il a fait une erreur
(on ne sait plus
quelle erreur),
et l’on l’a maudit
à devenir aveugle

Tel un serpent aveugle,


le temps me renifle
avidement
43
et, je crois, même
avec tendresse.

Aveugle serpent, le temps…

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

44
Palimpsest

Je me plie
en moi-même
chaque nuit.

Ensuite, je m’assois doucement


sur mes plis d’hier, qui
sont, à leurs tours, mis toujours subtilement
sur les plis d’avant-hier…

Le tas a grossi et
l’on ne voit plus rien
de ce que j’ai été jadis.
En effet,
je ne suis même pas sûr si
en me prenant celui de dessus
je me retrouverai le moi de dessous…

Il est même possible


que tous les plis
45
se sont entremêlés

Je ne pourrais jamais me
retrouver
tel que j’ai été
pour aucun jour où j’ai été.
Ai-je jamais été?

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

46
Les rues

A chaque carrefour
les rues me choisissent,
et je prends la rue
qui m’a revendiqué
la première.

Je ne sais pas comment


elles font tout cela, mais
je m’y suis habitué et
j’attends avec impatience
d’arriver à un nouveau croisement
voir quelle rue
me choisira.

En effet, c’est beaucoup


mieux de la sorte.

Si c’était à moi
47
de choisir la rue
j’aurais toujours pensé qu’il
fallait, peut-être prendre
une autre.

Ma vie est
ainsi
une liste de rues
qui ont choisi elles-mêmes
de porter mes pas.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

48
Oana Dugan
Née le 26 juillet 1977, à Galaţi

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50
« Tombé en célébrant la paix ! »

Maudit drapeau enroulé autour d’une hélice !


Pour célébrer la joie, il s’était envolé
Dans les hauts des plus hauts des cieux.
Et il a atteint le Paradis !

Maudit drapeau enroulé autour de l’hélice


L’élan libérateur déchaîné salue la victoire
La gloire de la Paix a besoin de vigueur,
Transmuant les belles âmes en archanges.

Maudit drapeau enroulé autour d’une hélice


Renversant la vie pour atteindre la mort
Et l’immortalité en même temps, car le soldat
Est tombé en célébrant la paix !

51
Georges, Stan, Valérie, Georges,
Eléonore, Nicolas, Valentin, Hélène,
Marie …

Pour libérer un pays, il faut aller à la guerre !


Pour aller à la guerre, il faut du courage, de la
détermination, du patriotisme,
Il faut aussi de la sagesse. Pendant la guerre, cela
s’appelle astuce.
Georges a lutté en 1877. Il nous a libérés des Turcs. Il
a été vaillant !
Le Roi et le Tsar lui ont accordé la Croix de Saint
Georges et l’Etoile de Roumanie !
La Patrie a été reconnaissante ! Elle lui a offert une
partie de sa terre…
De ses anciens territoires qu’il a libérés des Turcs…
Georges a fait bâtir l’église dans son village
Ensuite, il a organisé la gendarmerie du pays.
Stan, son fils, a lutté pour le rêve de ses parents.
Il a été glorieux. Il a aidé à la mise de la clé de voûte
De l’édifice de la Grande Roumanie !
Jeanne, sa femme, elle-aussi a fait la guerre. Comme
les femmes :
Elle a pris les enfants, les troupeaux, tout le bétail et
les a mis à l’abri.
Dans les marais du Danube.
Valérie et Eléonore, Nicolas et Valentin, deux paires
de jumeaux
Sont passés dans l’au-delà : victimes collatérales de
la Guerre !
Ils ont attrapé la fièvre typhoïde et le paludisme.
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Stan et son contingent ont été glorieux sur le front!
Ils ont marqué de leur sang sur les cimes des
Carpates : « On ne passe pas ! »
Le Roi Ferdinand lui a accordé la Croix de la Guerre.
La Patrie a encore une fois été reconnaissante !
La Roumanie était enfin rentrée dans ses confins de
jadis. Elle était devenue grande
Ronde telle une lune à son apogée.
Ou pareille à une grande polenta jaune !
Stan a retrouvé Jeanne, sa femme, toute en larmes
Il n’a plus retrouvé qu’un de ses cinq enfants qu’il
avait laissé derrière
Quatre d’entre eux s’étaient métamorphosés en
archanges.
Ils s’étaient transformés en lumière brisée en milliers
de particules
Formant l’arc-en-ciel qui nimba l’union de leurs
parents !
Stan et Jeanne n’ont pas perdu leur espoir.
Ils ont « récupéré » leurs quatre enfants
Un à un, ou l’un après l’autre, deux fils et deux
filles…
Néanmoins, la Grande Roumanie était trop grande
Cela a dérangé les voisins. La Deuxième Guerre a
éclaté
Georges, le fils de Stan, le petit fils de Georges le
glorieux, n’est plus rentré
Plus du tout ! Il gît à Bolchoï, en Russie, dans la
pleine du Don.
Dans une boîte en carton, offerte 70 ans plus tard
Par sa Patrie ! Pour tenir place de cercueil !
Cette fois-ci, la patrie a été même plus
reconnaissante !
53
La République a tout fait pour déposséder la famille
du héros de tous ses biens.
Les terres, la maison, les troupeaux de moutons.
Même le chaudron en cuivre. Tout !
Même le droit de Gorges d’être reconnu en héros par
son peuple.
C’est pour cela qu’il gît dans une boîte en carton.
A deux mètres dix sous la terre.
Les voleurs ont tout pris aux héros !
Jeanne a plaint son mari, trépassé avant son fils.
Ensuite elle s’est habillée de noir
Pour commémorer pour le reste de sa vie le sacrifice
de son fils, le héros.
Georges n’avait que 19 ans…
On dirait que le Communisme ait passé. En 1989.
Hélas, les terres et biens des héros sacrifiés pour la
gloire de Roumanie
Appartiennent aujourd’hui à de voyous.
Chenapans, brigands, vauriens, crapules, le maire du
village des héros y inclus
Corbeaux, serpents, aigles, chouettes, condors,
hiboux, vautours
Ont plongé sur les vies et richesses de tous ces beaux
gens qui ont construit un pays !
Ils leurs ont tout enlevé : les terres, la ferme, la
basse-cour, le bétail,
Les tissus, l’argent, les animaux, les troupeaux
Même les tapis et les milieux de table
Même les mets
Le maire du village, Michel Soleil – ô, roi soleil d’un
pauvre village dans la pleine du pays !
A enlevé le droit à la mémoire aux héritiers de
Jeanne, Georges, Stan, Emmanuel, Hélène, Marie
54
A tout un peuple de courageux vaillants
Qui ont lutté pour qu’aujourd’hui l’on ait un pays !
Un siècle après le rêve des Roumains devenus réalité
Vaillance, valeur, patriotisme, sacrifice, récompense
ne font que nuire
Aux idéaux des corbeaux qui gouvernent le pays.
Cent ans après le rêve devenu réalité de mes aïeuls
La Rromanie remplace la Roumanie !
Que les sacrifices de mes ancêtres soient la
malédiction
Des brigands vautours de nos jours !
Georges, Stan, Valérie, Georges, Eléonore, Nicolas,
Valentin, Hélène, Marie l’exigent
Avec la pesanteur de leurs consciences!

55
Dans les Jardins du Luxembourg

Pourquoi refusez-vous d’observer que la Reine


A déjà indiqué la voie du bonheur ?
Elle était près de vous, effaçant toutes vos peines
Tous vos chagrins en vous offrant son cœur.

Un jour elle partit heureuse et triste


Joyeuse d’avoir connu l’instant d’amour
De l’homme qu’elle aimait, pourtant réaliste,
Sachant qu’elle l’avait perdu pour toujours.

Les deux, bras à bras, dans les rues de Paris,


Parcourant d’une pensée l’histoire éphémère
Déclamaient des vers sous un ciel gris…

Lui, priant la Reine sur la Lyre d’Orphée,


Disait alors d’une voix passagère :
« L’amour est ordre et beauté, luxe calme et
volupté » !

56
La forêt

Le vent souffle à travers les branches


Les feuilles bouclées des chênes cachent un
bourdonnement assourdissant
Aucun rayon de soleil ne trouble l’air lourd
Les buissons de rosier, de sureau et d’aubépine
s’agitent dans la vibration sourde
D’une danse féerique où cigales et abeilles, mouches
et coccinelles
Dessinent un tableau impressionniste
Que tout peintre rêve de surprendre
L’oiseau Sîmorgh, s’étant renseigné auprès du
Phoenix, qui
A son tour, s’était renseigné auprès de l’oiseau lyre
Tout s’envolant dans le très haut du ciel pour ouïr
Le chant de l’alouette, a révélé que
Les nymphes et les lutins, les génies et les satyres
Avaient pris la forme des chevaux Bayards
Tout en cherchant les bayadères
Fées immortelles de l’imaginaire
S’étant transposées dans l’arc-en-ciel
De la nature terrestre…

57
Boulgakovienne

Le chat Béhémot l’avait attentionnée


Nul mortel (d’autant moins une simple mortelle !)
N’avait jamais réussi
A atteindre la transcendance de l’amour
Pourtant Margueritte s’était acharnée à ne pas croire
à ce matou espiègle.
Ses expériences antérieures lui avaient appris
Que seul l’audace et la promesse
Pouvaient éveiller dans l’avatar de Faust
Des sentiments pareils.
Ni Méphistophélès, ni Méphisto, ni Woland
(Personnages de Gounod, Goethe, Boito ou bien
Boulgakov)
N’avaient pas compris la pauvre femme.
Et tout comme une tradition biblique
Lui avait proposé un salut éternel
Dans les bras du Dieu opposant l’Enfer,
Seule Margueritte, ayant trouvé un Maître
Qui avait compris les profondeurs de l’amour
christique
A réussi à s’en sortir de la chaîne karmique.
Bien qu’aux bras du Diable lui-même !
Bien entendu, avec l’accord du Grand Architecte !
Seulement grâce à l’amour à travers l’amour, par le
biais de l’amour
Cette fois ni même « enfant de bohème »
Mais fin connaisseur d’une seule loi :
L’attraction des contraires !

58
Iolanda
Dumitrescu
Née le 26 juillet 1944 à Sâmbăta de Jos, comté de
Braşov

59
60
Après-midi à Shantou
Torride après-midi
Torride, comme pendant l’été
D’une éternelle canicule
Immuable véhicule!

La lumière solaire
Modifie mes yeux
Mon corps se cache
Derrière des plis soyeux.

Dans les rues,


Les passants achètent des journaux,
Des parasols bleus
Protègent leurs yeux.

Bien que seulement


Onze heures et demie
Des tavernes te tentent
Avec des arômes défleuris.

Le Chinois Yu Han
Avec ses yeux calmes
Fait bouillir son riz
Se curant les dents.

Perdu dans le néant


Flottant dans l’éther
Il prépare une omelette
Aux huitres et piment vert.

61
Le chat Lu Mao
« Parqué » sur le trottoir
Ronronne sa névrose
Ainsi que son avatâr :

La queue coupée
Le cou enchaîné,
Il regarde apathique
L’eau du fossé

La chaleur se brise
En éclats solaires
Le pousse-pousse s’arrête
Cédant à la rue piétonière.

C’est l’heure fatale


Quand tout homme s’endort
Même sur la bordure
Dans un coffre-fort…

On s’endort partout
On dort n’importe comment
Sur la tige du balai
Au bord du bas-côté,

On s’endort à l’ombre
On s’endort en plein soleil
On s’endort étendu
Ou même tout débout.

Et la vie est belle


62
Voire merveilleuse
La Tradition Sacrée
A été respectée !

Torride après-midi
Torride, comme pendant l’été
Le Magnolia s’enflamme
Le silence a tout inondé !

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

63
Marasti, août 2018

Sur les champs de bataille de Marasti


Dans la lumière dorée, couleur raisin mûr, de
l’automne
Un arc-en-ciel déchire
Le sommeil profond du silence.
Tout un sacrifice tricolore
S’est sublimé dans la voûte du ciel après la pluie –
larmes incessantes !
Et les champs et pâturages de Marasti ont rendu
leur âme
En me temps que le ciel qui a pleuré en fine et
cinglante pluie au-dessus du sang des héros
Pour apaiser la soif de la terre.
Tout le sel de la sueur des paysans
S’est ajouté au salpêtre
Pour augmenter la force d’assaut des soixante-douze
cannons !
Tous les cris, pleurs et gémissements des soldats
Se sont adjoints aux larmes et lamentations,
Poussant vers le haut du ciel l’aviation de la France
alliée !
La paix assourdissante ne peut ni même raconter
Le vacarme de la première lutte
Qui allait mener à la réunification du pays.
Seul le buste majestueux du courageux Maréchal
Averescu
Jette une aura de gloire au-dessus des officiers, des
paysans et des simples soldats, des femmes, des
enfants Qui crient des métopes, le sacrifice de la
Victoire !
64
« On ne passe pas ! » est devenu l’idéal des quatre
généraux !
Nous recevons tous par leur sacrifice et par leur
réussite
La couronne de laurier de la Victoire et de
l’Immortalité de l’Histoire
Une paix profonde descend centenaire
Envahissant l’Ordo Mundi établi en ce moment
D’un jour d’août 1918 !

65
Missy

À mon grand-père paternel, Naé Doumitrou,


officier dans le régiment de garde de la Reine Marie
de Roumanie

- Sais-tu, petite, comment Elle est arrivée ici, en


Roumanie ? Je vais te raconter…
-
Par la nuit profonde d’un pays mythique, le train
camouflé paraissait un monstre irréel.
Pour l’adolescence à peine arrivée de la jeune
princesse,
Le territoire de la Transylvanie s’était caché à elle
tout en lui ouvrant, de l’autre côté de montagnes,
Le pays des Valaques noirs.
Ovations et enchantements ont rendu la bienvenue à
la petite princesse d’outres mers.
A travers les flocons de neige blanche comme
l’écume du lait, Missy a repris cœur.
Car elle a compris que les visages virils, taillés dans
la pierre, des soldats qui lui rendaient hommage
allaient devenir son peuple !
« Voilà qui deviendra mon appui ! » a-t-elle pensé
Tout en rêvant au moment où elle deviendra Reine !
Elle en a appris la langue de ce peuple bizarre…
Elle a embrassé sa religion (qui ne lui était pas du
tout étrange !)
Elle a appris ses habitudes, ses coutumes tout en les
approfondissant
Elle a fini par comprendre la philosophie de vie d’une
nation
66
Laissée par Dieu au croisement des routes de l’Orient
vers l’Occident.
Et cette philosophie s’était merveilleusement cachée
dans le costume populaire,
Ainsi que dans les ballades et contes de fées des
paysans !
La princesse a été adorée. Future reine, elle a été
divinisée !
Elle a fini par comprendre comment un « chariot de
paysans a fait échecs aux empires »…
Et les soldats roumains sont devenus sa vie même :
aux défilés, en tête du bataillon de garde, aux
entraînements ou bien aux grandes manœuvres.
Cela va de soi que pendant la guerre elle a lutté à
leurs côtés :
Soignant et consolant les blessés, jours et nuits dans
les hôpitaux de campagne.
On l’avait surnommée « la mère des soldats ».
Et le juste moment arrivé, on l’a même surnommée
« l’unique homme de Roumanie ! »
Visionnaire et habile, elle a pris dans ses mains la
condition de tout un pays !
Intervenant auprès de son Roi et de ses généraux,
Pour œuvrer à la naissance d’un pays et d’un peuple !
Et c’est ainsi que la grande Roumanie a encore une
fois,
Pendant l’histoire de toute une Europe,
Rempli les anciennes frontières du grand roi dace
Burebista.
Un nouvel état s’est livré au monde des mains de la
Reine
L’ange Gardien de la Grande Roumanie, Marie est
restée pour toujours
67
La Protectrice éternelle d’un pays surnommé le
« Jardin de la Vierge » !
Car seulement un avatar de la Vierge aurait pu à en
faire un !

68
Ombres
A M le Professeur Sorin Ullea

Autour de la petite table ronde, tous ceux qui


sommes rassemblés
Pour siroter une tasse de thé à l’arôme de citron vert
Avons l’impression que l’on se connaît depuis
toujours
Comme si l’on était ensemble à l’aube du Monde.
Par la magie de l’évocation, le salon de thé se peuple
De toute une pléiade d’âmes qui une fois lui ont
franchi le seuil !
La lumière du crépuscule fait un étrange jumelage
avec les lueurs multicolores du chandelier en cristal.
Les gens d’autrefois y arrivent, comme pendant la
nuit de la Lune Pleine, mémorable nuit de fête :
L’enfant Sorin et Mme Margueritte, la mère du
« petit prince »,
Les tantes, les grand-mamans et Maître Păstorel
Teodoreanu,
Ainsi que son frère Ionel, beau comme un Dieu, dans
sa chemise populaire russe,
Le Capitaine Ullea, dans son uniforme de gala, le
professeur Georges Calinescu, ainsi que le critique
littéraire Adrian Marino…
Toute une élite de la littérature roumaine vénérant le
grand poète Ion Barbu, le coryphée de la Capsa
d’antan…
Vivants et ombres vivons ensemble le miracle – toile
d’araignée tissue par le crépuscule !
Soudain, il commence à pleuvoir

69
Les rideaux flottent doucement leurs volants plissés.
Le noir inonde la rue et le salon aussi.
Les chandelles s’éteignent au souffle du vent froid
qui envahit en trombe violente la pièce.
Brisants les volets, fermant et ouvrant les portes !
Tout en nous regardants stupéfaits, une pensée nous
traverse :
Ce soir magique, ils ont été tous ici présents : amour
et âme pures !

70
Le Bouddha Sacré

Une fois entrés dans le temple du Bouddha de Jade


Des centaines des lampions rouges pendus en
guirlandes dans les cours intérieures
Frappent l’œil de leur couleur d’outre monde !
L’ancienne Chine s’ouvre devant les croyants
émerveillés, en inondant l’être.
C’est la nostalgie de l’empire du Milieu.
Pour arriver au merveilleux Bouddha de Jade, il faut
passer par une entrée en forme de lune pleine.
Les pieux Chinois tombés en vénération, se heurtant
le front contre le pavé en marbre grise.
Le Bouddha semble respirer. Un jade fin et précieux
que la Terre n’ait jamais pu offrir, d’une couleur
difficile à définir, amalgamant le vert du bambou,
Aux transparences luisantes du diaphane albâtre
Les lignées du Dieu, subtilement taillées et
longuement polies donnent l’impression d’une
respiration coupée
Par la transe médiumnique
Transposé dans l’au-delà, déconnecté du monde de la
douleur
Le Bouddha reste pourtant dans la pièce du temple,
prêt à aider tout croyant qui l’invoque…
La statue semble vive, pleine d’une subtile vibration
imprégnée des lueurs diffuses qui semble chanter
Les milles voix de l’Illusion de l’Orient !

71
72
Victoria Fătu
Nalaţiu
Née le 8 août 1941, à Domneşti, comté de
Bistriţa- Năsăud

73
74
La voix du poète

La voix du poète reste vive dans mon âme,


tout en semant dans la chanson de la lune des
paroles tellement fières,
que les étoiles se cachent par souci et disparaissent.

Je me réveille à un carrefour, épuisée par les


énigmes.

La voix du poète perce l’inconnu,


et boit à petites gorgées la manne cachée, tout en
provoquant l’orage
en dialogue avec l’absolu.

Je me réveille débridée dans le secret des


acharnements.

La voix du poète, lucide et démonique


mêle ses rêves en amertume
tout en les travaillants dans le malaxeur de son
orgueil
avec les fantômes de l’arc-en-ciel.

Je me réveille avec patience dans une autre image


cristallisée.

La voix du poète doute et fouille dans les verbes


rebelles,
se délectant avec les horribles masques des passions,
tout en augmentant des rêveries le brouillard.

75
Je me réveille déchainée, pleine d’impulses
élémentaires.

La voix du poète, débordant d’une euphorie


incertaine,
s’enivre facilement tout en surgissant quelques
éclaircissements
qu’il puise dans les plaies de la résignation.

Je me réveille apaisée aux racines d’une source.

La voix du poète envahi les hautes températures,


tout en stérilisant les passions et devenant un
morceau de glace
ciselant difficilement les métaux,
les comparant aux cristaux de la lumière.
Je me réveille croyant à l’ataraxie.
Le poète cisèle acharnement les cristaux de la
lumière.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

76
Le poète

Lorsque le poète sent l’amour


il vit dans les jardins de l’imagination,
tout en fleurissant par la grandeur divine.
Il devient souple alors, fertile et plein de tendresse
et commence à rendre le mystère à la lumière.

Lorsque le poète entend l’intonation des pouvoirs


maléfiques
le sifflement de la cobra affamée qui mord son âme
vie l’amertume agressive.
Par les ravages de la douleur
il entre dans l’agonie des représentations
dévastatrices…

Avant la solitude, le poète


croit au paradis des histoires, au langage des étoiles,
aux cieux ouverts, aux demandes des enfants,
qui gravent l’immensité…

Le poète croit aux demandes des enfants qui gravent


l’immensité.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

77
Les gaspilleurs

Les plus grands gaspilleurs sont les poètes !

Etourdis par la musique des sphères,


ils s’abreuvent à l’eau de l’impatience,
qui ouvre les mines des profondeurs,
les jamais dits frissons de la tentation.

Au seuil des secrets, les poètes ont l’intuition


des palais en cristal.
C’est juste là qu’ils érigent leurs moulins à vent…

Aux seuils des secrets – les moulins à vent.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

78
L’espace entre les pensées (I)

Le parrainage avec les phantasmes de la nuit


rend les émotions de la poésie plus profondes
encore…
Le parrainage avec les amours passés
approfondit les souvenirs…

Le parrainage avec l’éblouissement


approfondit le mystère…

Le parrainage avec les inquiétudes


approfondit les demandes…

Les frémissements de la poésie,


racontant les mémoires,
approfondissent l’énigme des interrogations.

Seules les demandes réveillent « Le Sommeil de la


raison »
chez Francesco de Goya,
tout en poussant dans la « Nirvana jaune »
de Willian Turner,
en augmentant dans « Le Cri » d’Edvard Munch
et en descendant dans l’éblouissement de « L’oreille
coupé »
par Vincent Van Gogh.
Les espaces entre les pensées allument des visions
dans les toiles vivantes des rêves…
Elles ont la pesanteur de la solitude
tout en intensifiant les couleurs…
Les rêves
79
sont pétris dans l’âme des demandes.

Les espaces entre les rêves allument les visions.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

80
Les esprits du jour affamé

Le regard réchauffé remplace la méditation,


Tout en renversant des valeurs, en passant
glacialement par la bibliothèque.

Le cerveau vidé par les émotions de la gourmandise


agresse
Tout en affichant avec toupet le talent inexistant, et
élimine l’amour.

La cloche du temps sonne la limite du blocage…

La pensée phosphorescente passe le seuil du vide,


tout en abaissant la peur.

L’esprit est affamé par l’odeur de l’essence,


par les chemises de la socialisation, par le venin des
cancans.

La réflexion de la folie stupéfie dans le sommeil


le juste payement pour les os cassés…

L’art et le corps se vendent comme dans un marché à


bestiaux.

Les tentations imprimées dans le visuel s'embrasent


Les super modèles avides boivent la sueur fraîche
à travers l’avidité de l’amour.

La tension augmente,

81
les drogues épouvantés par la thérapie de cartes
bancaires vidées
éclosent des étranges amours dans le rond de la
danse.

L’artiste du jour, toujours sans idéal,


ne sait jamais pourquoi il se retrouve aux cimes de la
gloire…

Celui qui tient à sa parole donnée et à ses convictions


piège la peur…

Prépare-toi à la spontanéité !

Ne vous dupez pas vous-mêmes, cherchez des


éditions rares des livres :
comme Jorge Luis Borges par exemple,
qui, pour faire preuve de la spontanéité, a écrit son
livre huit fois,
et Gustave Flaubert
qui a travaillé sept mois pour écrire une douzaine de
pages.
La dure élaboration de l’idée vaut la peine.

La dure élaboration fait naître le dialogue des idées


avec spontanéité!

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

82
Gheorghe
Mizgan
Né le 7 octobre 1959, à Spermezeu-Vale, comté
de Bistriţa-Năsăud

83
84
La clepsydre du passage

La clepsydre passant vers la nuit,


Parsème son sable lentement,
Tout en marquant les vies finies,
Et regrettant le temps absent.

La clepsydre passant vers la nuit,


Qui à tout instant recommence,
Appui de ceux qui sont partis,
Es-tu le signe de la partance ?

Tu marques les amours en passant,


D’une manière naturelle,
En toute hâte les enfermant,
Et les rendant encore plus belles.

La clepsydre passant vers la nuit,


Tu révèles des bribes d’amour,
Le cœur aspire vers l’infini
Et les poèmes revivent toujours.

(Traduit du roumain par professeur Florin Avram)

85
La dynamique de l’attraction

De tes yeux, fenêtres bleues et mers,


Des lueurs astrales me pénètrent ;
En transportant tout mon esprit amer –
Je deviens l’esclave de leur force, peut-être.

Par un sourire suave, écrasent des lianes,


S’écartent des rochers et tombent des cascades
Du feu d’une existence profane
Des étincelles se meurent dans la vague de parade.

Du large décolleté des flèches surgissent,


Le venin sacré et doux-amer pénètre
En s’effaçant, des vies finissent,
L’indicateur verra les ondes paraître.

Les boucles noires inondent les sentiers,


Et leur parfum envahit ma pensée,
Attrapons l’instant à sa tombée ;
Les seconds pêle-mêle occupent ma rangée.

(Traduit du roumain par professeur Florin Avram)

86
Septembre

L’automne est maître de la grève,


Les ombres se pressent vers le sud
Mais, la vallée vit ce rêve,
Entre ses rivages rudes.

Frémissant sur toutes les branches,


Tombent les feuilles de l’été,
Et la douce valse en tranches
Semble toute éclairée.

La feuille se balance folâtre,


Cuivrée, jaune ou pâle,
Dans la cendre du vieil âtre
De nos pensées ancestrales.

Elle dessine des pirouettes,


Dans les traces de la cendre,
Elle est sage mais s’entête,
Quand morose elle veut descendre.

Elle a l’air de verdir


Cherchant une place au Paradis,
Perçant les cendres, elle veut partir,
Frémissant à l’infini.

(Traduit du roumain par professeur Florin Avram)

87
La pyramide du silence

Des pas prudents dans la grotte de la douleur ;


Clepsydres dans les stalagmites,
D’un rythme doux, illusions du cœur –
La riche estampe qui s’estompe vite !

Seules des pensées, des troubles des idées ;


La parole invisible tombe muette
Sur la feuille blanche elle s’est arrêtée –
Cette chaleur que rien n’arrête !

Tout enchaîné entre le secret et le mystère,

Je me cache dans des paroles imprononçables,


Dans ma pensée qui gît au cimetière,
Entortillé, captif, inébranlable.

(Traduit du roumain par professeur Florin Avram)

88
Point intangible

Doucement l’ouverture m’emporte,


Les pensées frappent à ma porte,
Par des battements ma fortune est forte -
Manuscrit dans la mer Morte.

Inventions à ma fenêtre
Chandelle ronde peut-être,
Pensées vieilles s’enchevêtrent
Coutume de nos ancêtres.

Anneau de fiançailles, regret,


L’amour est un couperet,
Veilleurs gardant les choses aimées ;
Qui en connaît la portée ?

L’intangible point se cache,


Entre les rives sans qu’on sache,
Papillons jaunes, ailes qu’on tache
Et pensées que l’on s’arrache.

(Traduit du roumain par professeur Florin Avram)

89
90
Menuţ
Maximinian
Né le 10 juillet 1979, à Timişoara

91
92
L’au‐delà

Les recherches ont passé


Par‐dessus la palissade.
Outre les rochers
La vie est bleue.
Si tu marches
Au‐delà des sentiers
Tu rencontreras des gens.
Si tu veux,
Au‐delà de la vie
Tu trouveras ton chemin.
Au‐delà de l’au‐delà
Il y a les mystères.
Au‐delà d’eux
Il y a la vie de la mort

(Traduit du roumain par le Centre des traductions


Universum, Jassy)

93
Toi et moi

Tu es
Mon icône;
Dans les Cieux.
Quand je regarde la Grande Ourse,
Je vois ton visage éclairé.
Sans toi,
Le visage pâlirait,
Le corps se pétrifierait,
Tout en disparaissant...
Ma maison
Est faite selon le nid de tes rêves...

(Traduit du roumain par le Centre des traductions


Universum de Jassy et par Oana Dugan)

94
Parfum étranger

L’atelier de mécanique du cœur


Est en rénovation.
La fenêtre avec vue sur l’âme
A fermé ses rideaux.
L’amour survit
Tout en nageant dans l’aquarium aux poissons.
Dans une chaise‐longue
Le courage prend des bains de soleil.
On a avalé les lettres
L’avarice s’est parfumée dans l’ascenseur,
Et maintenant on attend.

(Traduit du roumain par le Centre des traductions


Universum de Jassy et par Oana Dugan)

95
La solitude

J’ai regardé la solitude dans les yeux.


Elle était assise sur le plancher de la maison.
Elle croquait des chips.
Je l’ai invitée à dîner avec moi.
Depuis ce moment-là, chaque fois au dîner,
Je lui raconte ce qui s’est passé pendant la journée,
Je lui demande d’où elle vient la nuit
Et je lui dis aussi que moi seul
Je suffis à moi‐même.

(Traduit du roumain par le Centre des traductions


Universum de Jassy et par Oana Dugan)

96
Un voyage

Un voyage, un autre voyage...


Une histoire, une autre histoire.
Une fleur, une autre fleur...
Une vie, une autre vie.
Entre elles,
Nous deux

(Traduit du roumain par le Centre des


traductions Universum de Jassy)

97
98
Gheorghe
Neagu
Né le 14 septembre 1949, à Trifeşti, comté de
Neamţ

99
100
Les noces noires

L’aube se fit journée


Depuis la forêt endormie…
Horizon inondé par la buée
À travers branches, par le fil d’or
De l’écume mêlée de brouillards
Les nuages forgeaient des routes
Sentiers de rêve enfantant
Des voies s’élève le bruit
Surgit des mous feuillages
Lorsque, les yeux brûlants,
Vers elle je m’élance, stryge
Je l’attends de même, toujours,
Jaillir parmi les arbres
Frémissante, accourir
Rallumer la forêt
De ses yeux et rouges lèvres
Comme tant bien des fois.
Le rire de ses yeux me pousse,
Folle valse divine,
À l’envier.
Le vent se glisse dans les feuilles
Végétale caresse de ma paume
Baigné par des angoisses,
Je l’attends, le front dans la poussière,
Lueur de pétale,
Dans ses yeux de poix, je vois
Au doux baiser de brume
Caché des notes de l’aube
Je la devine s’amener
Sur la route baisée
101
Tant de fois, elle disparaît,
Par le soleil et l’ombre
Du corps brûlant.
E l’attends au seuil du secret
Destiné à nous faire voir
À l’écart du monde;
Du laid et du blasphème
Le corps sent le pas léger…
Elle court dans la voie verte
Par les arbres gardée
Biche craintive
Elle m’enlace avec douleur,
Ma pensée devine- Tais-toi!
Le murmure se mue en cri…
Les feuilles frissonnantes
Font trembler l’envie
Et les pleurs, muets et âpres
Nous enveloppent.
Le ciel n’est plus bleu
Et les yeux en flammes
Égaré j’observe le corps
Sur la terre penché
Chancelant comme l’ombre
Dispersée au vent.
Et des lèvres frémissantes
M’embrassent passionnément.
- Le jour destiné aux noces
Le voici! C’est à présent…
Déplore-t-elle, c’est moi le malheureux
Des fleurs tombées en route
Mon dor seul, le fou
Fouillit les yeux frileux
Une voie vers moi:
102
- Allons-nous en, bredouille-t-il
De mes lèvres pétries ne sort
Qu’une amère parole
- Fuir c’est pas permis
Nous serons un,
Ta main au doux frisson
Effrayée, triste, muette
Dans l’herbe fanée guette
Ma secrète pensée
Je la sent qui veut brûler
Des hauteurs, prêtes à tomber
Feuilles mortes, blanches- bleuâtres.
- Pas possible de te prendre, reste,
Sois leur, c’est ton sort…
Elle regarde tout éblouie
À n’y pas voir. Au creux de la paume
Embrassé des yeux, de dor
De la douce lumière- l’automne
Tisse des larmes un tapis
Ébranlé, j’en ai la peur…
Des doigts comme le pleur de l’été
Tremblent sur le visage mouillé
Envahi de lourdes larmes
Une caresse cherchant.
Un délire où j’entrevois
Des ombres sans contour
Je m’enfouis dans le brouillard
Au-dessus des feuilles sanglantes
Dans la forêt laver ma main…
Elle pleure, m’appelle, je fais sourde oreille
Je nourris pensée cruelle
Au vent de sécher ma larme
Je pense ébloui
103
Aux invités de hasard, terribles,
Effroyable. Mais pas seul
Parmi des dizaines de gardes
Je les vois fouiller la terre:
- Et la mariée?
- Elle n’y est pas et…
- Elle n’y est pas.
Le marié, tout étourdi,
D’avoir saisi dès le soir
Le vent sera sa compagnie
Mon corps, le chant cueillit
Tristes, mortes résonances
Aux rire et pleur assombris
Des déchéances vaines
Elle, au sacrifice suprême
Venue s’adonner
Moi, de ma stupide pensée
Entre les cils l’ai arrêtée
Les feuilles gardent en elles
Le désespoir de notre jour
Sous le poids de la brume
Dévoilant forêts bleuâtres
Tel une plaie le ciel rouge,
Impossible, laid, posthume
Brûle le monde végétal
Des fumées autour.
Et mon corps pitoyable, prie vers les cieux:
- Pitié, dieux!
Les dieux se taisent, glacés…
- Si vous êtes immortels
Des amours célestes créez
Accueillez-nous
Au ciel gardé des pluies
104
Si vous aimez pareille
Doux, l’automne
Dénatte les branches
Sous les arbres effrayés
Horde de noces chantonne
Pour le cortège complet
La jeune fille déplore
Longs cheveux ruisselant
Des yeux fouillant
Un appui absent.
Attifés, ils font mouvoir
Le feuillage et sa souffrance
Sous le poids d’une marche
À l’allure insoucieuse
Tout près des tables mises
Les sentiments se meurent
Sur les lèvres brûlantes
Abattu, à l’instant criblé,
Le dor a l’aile écrasée;
En chute allumée
Aux temples des dieux discutent;
C’est ta pensée, poète
Qu’on y juge:
- Qu’est-ce? Tendresse? Amour?
- Que les mortels, aimer, puissent?
- Que cette audace périsse?
Les convives boivent le vin limpide
Clair comme la larme des mariées
Aux amours sacrifiées.
Le marié au visage ébahi
Des phantasmes étourdis
S’y lancent
- Allons boire, braves convives!
105
Poussent la Haine et le Pêcher
Pur est le vin et bon
Mais c’est un autre, le marié
Éperdue, la mariée s’amène
Pour le sacrifice parée
Ce soir même.
Sur le tard, aux feux sous cendre couvés
Qui rendent l’être embrouillé
D’un pas preste vient le marié
Sa bouche chercher
Baiser qui semble écraser
Toute la nature.
Et moi, j’observe, les yeux lourds,
La forêt celle de poix
J’entends en haut les dieux rire:
“Qu’elle périsse!” C’est décidé…
De temps à autre la forêt gémit
Frappe ses tristes branches, mortes
Le monde s’en va, indolent
Aux désirs déserts
C’est alors que de la foule muette
Je surgis, soulagé: Moi
Dans mon corps la douleur endeuillée
Défit tout dieu
Aux yeux foudroyés
Par de blanches flammes qui fondent
Les silences
- La mariée des noces j’envie!
Les convives s’amassent, en foule,
Ils n’y comprennent rien
Et le marié, aux yeux fous:
- Au secours!
Au bras droit, sauvage lueur
106
Le tranchant d’un couteau.
L’inconséquence qui vient…
- Arrêtez le carnage, c’est terrible!
Aux yeux la haine est comprimée.
Devant les dieux courroucés
Les arbres pleurent tout bas.
À travers branches tordues, dispersées
Et les fleurs penchant tout doux
Les pétales séchés
Convives aux yeux remplis de vin
Trop troubles de pêcher.
Et les voilà, un marié de plus
Qu’ils disparaissent, en proie!
Des voies devant, mais des yeux
Restent aux aguets.
Convives tout alentour.
À la bouche affamée
Dans les cieux, impatient, un dieu
Me les ameute
- Allons, trinque avec nous,
Qu’ils dissent, effrayés.
C’est son visage que je regarde
Au fond de ses yeux, des feux
Me questionnent:” tu finis pas?!”
Et dans le corps, j’aperçois
Tout bref l’appel, voulu

Et c’est alors, en heure injuste


Je frappe. Ma haine s’en va…
La mariée qui sent le heurt
Sa bouche me tend…

107
Oh, pauvre geste, posthume
Le peut-on refuser?
Offrande, la dernière, devant
Que je puisse ramasser.
Et je l’embrasse.
Le monde pétrifié aux alentours
Je la serre, j’attends
Une nuit, tout autre
Les convives s’agitent en vain
Menés par la vengeance
- Vous, qui m’avez tout détruit
À l’heure de déchéance
- Riez! Leur ai-je dit
Sans force, aucune
- Criez! Leur ai-je dit
- Vous avez tué un innocent
Envol du cœur, pur, mirobolant.
Et les dieux tout curieux en haut
C’est inutile le rêve anéanti
La jeune fille n’est plus.
Tardive caresse je quête
À qui, c’est la faute?
…il a été une fois comme jamais…
et ils se sont éperdument aimés.
Comme jamais on n’y croit pas…
Et ils ont fui dans leur conte
Les dieux froids, les gens durs
Au fond des feuilles sèches…
À ma poitrine silencieuse
Elle s’endort, cygne soumis
Quitté du vol, son corps,
Dans le mien s’ébat
Le regret. Je veux mourir…
108
Un dernier baiser
Les yeux refroidis, la bouche,
Le visage glacé…
Le cruel blasphème de la vie
Nous attend, muet…
Et je l’amène
En ce lieu
Secret, de rêve
Dans la forêt se meurt
Une lueur de soleil
Les convives se tiennent tout de pierre
Les yeux méchants et renfoncés
Chacun est à l’attente
De la poursuite des noces
Les convives s’amassent
Le temps rendu muet…
Un rouge soleil au coucher
Pèse sur la bagarre
Je les vois par-delà l’autel,
Dans la nuit je l’enlève
Dans ma forêt allumée
Des murmures s’élèvent…
- C’est par ici, chéri
Aux jours cachés
On s’aimait dans les herbes
Aux fleurs enflammées.
- Dans cette étroite allée
- J’attends, damné
Que tu sortes, des feuilles,
De l’immobile forêt
Parmi les branches on se baisait
Dans des envols nuptiaux
Lorsqu’à travers brouillards clignaient
109
Les amours astraux
Les yeux en larmes
On fuyait tout.
Je m’amenais pour ta joie
À l’odeur de terre.
Et la forêt est sourde, muette
Le vent s’absente.
C’est elle qui me guérit
…je ne le puis et je voudrais pleurer…
L’œil trouble, je te porte
Sur des bras de mort
Nouveau tribut à la souffrance
Que mon âme supporte
Auprès du tronc je te dépose
Silencieux témoin et
Par hasard.
Du Grand Commencement
- Embrasse donc mon corps
Au dernier moment.
Une paix inattendue
S’empare du temps.
Un dernier baiser.
Pas de douleurs, aucune…
Par les herbes enlacées,
À notre guise, fondues,
“À ta joie désirée,
À présent, rencontrés”
Et le voile de la nuit
Nous recouvrait divin…
Tout doucement dans la futaie
Les fleurs se closent.
La rosée des étamines
Polit notre chemin
110
Où nous nous engageons.
“Quel duvet si mou
Nous couvre divinement?”
Le ciel s’endort tout doux,
Immense, grand, bleu,
“Je ne te vois plus chéri
À mon si grand regret…”
À tout jamais fondus
Sous des fleurs disparues
Par les froides neiges écrasées,
Aux yeux séchés.
Les convives s’amassent,
La tête penchée…
Chancèlent troncs d’arbres
Secoués par le vent
De l’union pure
Du dor avec l’herbe
Les mariés gisent, tués par la haine.
La forêt pleure…

(Traduit du roumain par Virginia Bogdan)

111
112
Liviu
Pendefunda
Né à Jassy, en 1952

113
114
Beauté spirituelle

La mesure de la terre, notre mesure est le temps.


Vous, Seigneur, marchez ayant sous la semelle le
péché
et enterrez au fond de la mer la dernière
réminiscence de nos erreurs.
Qui ressemble à Vous, ô, Seigneur ? Qui ?
Lorsque Vous êtes juste le Mot, quand nous somme
l'écho,
et que personne n'est le miroir de Votre esprit
et nul est Vous
et en même temps le tout.

La géométrie de l'âme offert en nous est le temps,


c'est ce que nous haïssons le plus et au-delà de lui
c'est la frontière
que nous étendons dans l'espoir du passage par
l'horizon bleu...
Qui ressemble à Vous, ô, Seigneur? Qui ?
Quand l'obscurité que nous connaissons/savons
comme chaos n'est pas la crypte
ou peut-être serait-ce la charrette dans laquelle nous
passons dans votre Esprit
la fontaine dans laquelle
vous avez placé le feu
et l'œuf.

La mesure de la lumière, la mesure des visions est le


temps.
115
Et en nous, sur l'autel céleste il est le Maat,
La superbe pensée, le Benben suprême d'un
magnifique oiseau...
Qui ressemble à Vous, ô, Seigneur? Qui ?
La véritable beauté ne se voit pas dans l'abîme
Qui de Votre corps irréel est né en abîme.
Et aucun fut
et nulle part n'est sa place.

La mesure de la beauté, Vous l'avez donnée comme


héritage
à la raison enveloppée en ténèbres. Mais lorsque
Vous enlevez le voile
qui Vous ressemble, ô, Seigneur, parmi ceux qui sont
ici
et qui ne sommes ni même dans Vos souvenirs?

116
Ouroboros
à Juliette

En passant dans la vallée de la lumière


je recueille des pétales des pierres de rubis
et des étapes de l'expiation me chuchotent en
murmurant
qu'enroulé, le serpent entoure un jardin
dans une nostalgie divine.

Il ne fait pas de soleil, bien que nous brillions tous;


un feu est notre cœur baigné par l’obscurité et les
eaux des pétales roulent des tempêtes
des graines nous sommes, les bras de la croix et
une poussière éthérée.

De l'obscurité de la nuit, des âmes nous sortîmes


dans les cloches, des charrettes migratrices
des puits creusés dans le nuage rhomboïde
portant notre corps devant la porte
d'un temple qui a seulement

un début – nommé le Mot


l’inexorable rêve cueillette dans un calice
et assis sur un autel du vent
entre les colonnes d'un compas inconnu
au centre d'une rose.

Tout comme dans la vallée ou je suis passé


je recueille des pétales des pierres de rubis

117
et des étapes de l'expiation me chuchotent en
murmurant
qu'enroulé, le serpent montre toujours le chemin
dans une nostalgie divine.

118
Infinie miséricorde

Il y a quatre fleuves dans l’Eden.


Insondable et immuable n’est que Dieu.
Tout ce qu’est fini commence.
Tout ce qui disparaît apparaît
Tout ce qui se divise ont de l’ombre.
Lumière dans la lumière est seulement Lui.

Sur trente-trois chemins de sagesse


pensées et compassion inonde la vie,
mais la vie n’est plus d'esprit, mais du corps
et l'âme la seule vérité.
L’arbre flottant sous le pont de l’arc-en-ciel
enveloppé des nuages rhomboïdes
faufile les rayons de l'étoile sur un triangle éthérique
ordre et rêve, la splendeur infinie
car l'esprit est le chemin d'accès
et ce chemin n'est pas un seulement
mais plusieurs que nous le sommes
dans l’incommensurable

119
La croix enrosée

Si dans la vallée où poussent les ombres de la mort


vers l’invisible montagne des mages je monte, c’est
comme si dans l'année des nuits noires je sente le
blanc
dans la rouge rose renouvelant son âme vétuste

L'autel des forces occultes que des abîmes j’apporte


sur les bras d’une croix entre des pétales m’attirerait
et mon grâce, étant lumière, au-dessus des mots
inconnus, inexprimés me crucifierait humbles et
pauvres.

Un infini vibrant tel un kaléidoscope de pierres


brisées
est dans Son œil brulant parmi les noires étoiles et
planètes,
un infini est le cadeau que le passager attend tout en
donnant
des images renversées, enseignements secrets
d'alchimie

Successifs retours de l’âme sur la terre – c'est ce


qu'en moi
rient et pleurent quand je sais que je ne suis qu'un
rayon
de souvenir et de vent dans l'univers recourant un
esprit avec un but et une brillante croix, éveillée.

Parce qu'il n'y a aucun repos en moi à accomplir un


art
120
et nul répit dans le labyrinthe, je pense que je suis un
fragment
du destin dans le centre de l'épanouissement de la
lumière dans lequel
je me sens, moi-même, un symbole et une croix
enrosée.

121
Nombre, poids et mesure

Je regarde le manuscrit qui ne semble qu’une


illusion: nombre, poids et mesure. Ce sont des outils
avec lesquels Dieu a donné par les ténèbres la
nouveauté
qu'Il a créée du chaos les cieux, les océans, les
continents.

Les roches écoutent le mouvement de l'eau, des


forces créées
en lettres et chiffres cachées dans les lumières des
ombres;
seulement par le Mot, par symbole et allégorie tous
étaient éclaircis
du fait que le divin les a rassemblés dans un tel
corps.

Pensées, sagesse et vérité dans les cheveux de


lumière
se déversent sur le corps imaginaire d'étoiles brodées
sur le voile d'un tabernacle, carré entouré par de la
boue
d'où conçoit le feu des documents convertis.

Je touche ce qu’imaginaire dans l'axe de l'humanité


me semble
et dans les numéros j'interprète l'amour dont
j’enveloppe
des gouttes de rosée conçues descendre dans des
tombes

122
dans le cœur de ceux qu'en rêve je les surprends
penser.

Ainsi la création du monde sous les voiles noirs, sans


broderie
sous lesquelles, irradiant la paix, nous sourit le
visage - les lumières et le feu, combinant les
éternelles morts et vivants,
es-Tu, Seigneur, la fin destinée à concevoir l'infini.

(Traduit du roumain par l’auteur-même)

123
124
Adi G. Secară
Né le 26 avril 1972, à Galaţi

125
126
Le sarclage qui n’a jamais eu lieu

cet amour de paralytiques


de gens sans bras ni jambes
d’aveugles errants dans la mémoire de borges
ou dans quelque désert plus grand que le sahara

la raison tissant telle une araignée


des nouvelles lois de l’amour
où même le bois de l’arbre qui a rêvé de la croix

l’archiviste qui croit que les amours ne se tuent pas


les unes les autres.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

127
Un cauchemar d’andré şerban

certainement, iseut n’a jamais plu


seul tristan élevait des hamsters et des larmes
seul tristan arrosait le pot aux fleurs
ou les héros ont mis moitié de graine
d’amour aussi grande que les baobabs
ou que le haricot magique de jack plein de
regrets/celui que l’on a retrouvé dans une autre
histoire
monosyllabique

certainement, iseut
croyait dans les tragédies grecques
elle rêvait de shakespeare
pour elle, le monde était un théâtre
ou bien une pièce sans fin
pour elle tristan avait créé
un festival qui tenait toute l’année
pour toute une éternité
un festival de l’amour
qui a bien entendu fait
la mort sourire

pour la première et dernière fois

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

128
Bien-aimée de la citrouille

étends ces-jambes là de paroles


et les doigts des mains
mon lévier bien aimé
chassant l’ombre de notre amour
brûle les seins de ton regard
qui se fondent dans la cire du nombril
cendre et potasse
chaîne d’amant

si jamais l’on me demande


ce que je voulais
de son citrouille
de ces jours-ci
de la raison de l’amour
j’aimerais être
ton citrouille de miel
et d’oranges
sauvages confitures
qui croient aux cafés amers
aux corps des fumées de cigarette
âmes de réverbères
lumières
nous deux
antimatière
étincelant
dans les ténèbres des amours de jadis
vers luisants tels amorce
aux bout de la ligné
d’autres monstres
errants dans un halloween
129
parallèle
rouler des citrouilles

entres nos lèvres dispersées


par la moissonneuse des baisers imaginaires

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

130
Anti- ou pro- karenienne

elle a pris pour coussin


un morceau du chemin de fer
lorsqu’elle se sent amoureuse
elle se colle contre le fer froid
toujours froid
qui a une fois été le glaive d’ivan le terrible
le terrible car il a eu huit femmes

elle y sourit
et montre le ciel du doigt
afin de voir Rûmî de cet endroit-là
réciter aux étoiles de Dante :

Lorsque la rose se meurt et que le jardin disparait


On n’entend plus aucun rossignol chanter.

Ou bien :

Si l’amour vient de ce monde ou bien de l’au-delà


Il a comme but de nous diriger vers celui-là
Bien que j’aie tout dit sur la tendresse
Quand je l’ai sentie m’envahir, j’ai prouvé bassesse.

moi, l’homme-train, je grave des paroles sur mes


propres vitres,
je fais passer à travers moi des tunnels
je déraille sur son absence,
je me tangue dans son âme
qui connaît ou ne connaît pas ma pensée

131
tout en passant, pareil à une roue détachée de son
essieu
à travers l’univers des larmes dépourvues de sens
le poète-train aimant la femme se jeter
dans son âme déchaussée, sans sabots,
sonnant le vide, l’oubli de tout sens
du plaisir des étoiles qui se mettent
chaque soirée
au-dessus du désert de l’être ou du tournant des
derviches
ou bien au-dessus des pulsations du sémentron de
l’immortalité
pas du tout absurde

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

132
La rue des fées et l’amour du géant
(l’amour vient de Nazim Hikmet)

restant trop longtemps dans la vallée de l’amour


ô, Farīd ad-Dīn ʿAṭṭār,
mon cœur a grossi tel un géant
et le Simurgh y a fait un nid au-dessus
les petits du roi étant moi-même
qui aime dans les quatre coins du monde
toutes les sept vallées
de la femme cherchée
de la femme aimée
de la sagesses de le femme
de la femme détachée
de la femme unique, sacrée
de la femme de l’étonnement
de la femme de la mort.

et je chante et je fais bâtir des chemins et des rues


pour les muses, les fées, les sorcières, les méchantes
fées, les déesses
mon cœur grand comme un géant
aime le soleil et les mille étoiles
au-dessus de l’être
et mon cœur semble s’être transformé
en oiseau lui-même, en passereau
« instruit dans tout ce que veut dire les folies de
l’amour »
ayant marre d’étudier et de sentir le fouet des sens »,
pris dans le filet des vers de Rûmî
je joue avec les yeux de mes bien-aimées
j’apprends à voler à travers les âmes des gens
133
j’apprends l’oubli
et l’amour au-dessus de l’amour

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

134
Andrei Vremir
Né le 15 février 1955 à Făgăraş, Comté de Braşov

135
136
Poème

Festin de la tristesse,
au gouffre de cette journée
abrupte
tu m’as poussé,
tout en riant de ma perplexité
qui brulait
mon visage.
Hélas, tu n’as pas su
qu’en m’enfonçant de plus en plus
je m’élevais toujours
vers le ciel
qui flottait
sur les eaux.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

137
Le poète

De profondes gouttes
de lumière
leurrant les arcs-en-ciel,
te nourrissent
de la vanité
des couleurs,
portant
le nimbe de l’accomplissement
telle une fausse
couronne
d’épines
sous la voûte
des muets regards.
Ô, Toi,
le descendu
de la croix
en fumée !

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

138
Achab

Mourir rassasié
après avoir vécu la profondeur
de l’instant,
et, comme si
l’abîme ne suffit pas,
monter à la cime de la prouesse,
tout en rattachant, à la boutonnière
l’assourdissant,
frénétique
piquage
engouffrant.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

139
Le sommeil

Bien étonné,
j’ai retrouvé
mon ange gardien
s’assoupir,
son auréole
à peine scintillant.
Il s’était plongé
dans un sommeil profond,
harassé par le labeur
de me protéger
incessamment.
Son repos était
tellement limpide
que l’on pouvait
apercevoir ses rêves où
mon Moi immaculé
s’élever en abri
le protéger
contre le soin
sans borne
de mes pêchés.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

140
Un peu d’hiver

La couche de neige
tombée des colombes
s’accroche aux regards
et blanchit les tombes.

Le ciel est bas


et il tourne au beige,
les croix font l’effet
de bonshommes de neige.

Un ange en pierre
couleur du ciel
a piqué un fard
et agit ses ailes.

Seuls, des amoureux


se partagent des feuilles
qu’ils piquent aux revers
pour servir de deuil.

(Traduit du roumain par Oana Dugan)

141
142
Table de matières

EN GUISE DE PREFACE 7

VICTOR CILINCA 11

Très à la un 13

Esclave 15

Evolution 16

Dors, dors! 17

Thé Bayan 19

ELENA CIMPAN 21

Des seuils 23

Poétique 24

A la suite 25

Dans le café, à Paris 26

La mariée de la tour 28

DOREL COSMA 29

La rive du silence 31

L’homme 32

143
La guérison 34

Le rêve 35

Ils nous regardent 36

EMIL DINGA 37

Paulienne 1 39

Paulienne 4 41

Mythe 5 (Le Temps) 43

Palimpsest 45

Les rues 47

OANA DUGAN 49

« Tombé en célébrant la paix ! » 51

Georges, Stan, Valérie, Georges, Eléonore, Nicolas,


Valentin, Hélène, Marie … 52

Dans les Jardins du Luxembourg 56

La forêt 57

Boulgakovienne 58

IOLANDA DUMITRESCU 59

Après-midi à Shantou 61

144
Marasti, août 2018 64

Missy 66

Ombres 69

Le Bouddha Sacré 71

VICTORIA FĂTU NALAŢIU 73

La voix du poète 75

Le poète 77

Les gaspilleurs 78

L’espace entre les pensées (I) 79

Les esprits du jour affamé 81

GHEORGHE MIZGAN 83

La clepsydre du passage 85

La dynamique de l’attraction 86

Septembre 87

La pyramide du silence 88

Point intangible 89

MENUŢ MAXIMINIAN 91

L’au‐delà 93

145
Toi et moi 94

Parfum étranger 95

La solitude 96

Un voyage 97

GHEORGHE NEAGU 99

Les noces noires 101

LIVIU PENDEFUNDA 113

Beauté spirituelle 115

Ouroboros 117

Infinie miséricorde 119

La croix enrosée 120

Nombre, poids et mesure 122

ADI G. SECARA 125

Le sarclage qui n’a jamais eu lieu 127

Un cauchemar d’andré şerban 128

Bien-aimée de la citrouille 129

Anti- ou pro- karenienne 131

La rue des fées et l’amour du géant 133

146
ANDREI VREMIR 135

Poème 137

Le poète 138

Achab 139

Le sommeil 140

Un peu d’hiver 141

TABLE DE MATIERES 143

147

Centres d'intérêt liés