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Cécile Caby

Culte civique et inurbamento monastique en Italie à la fin du


Moyen Âge. Le culte du b. Parisio de Trévise
In: La religion civique à l’époque médiévale et moderne (chrétienté et islam) Actes du colloque organisé par le
Centre de recherche «Histoire sociale et culturelle de l'Occident. XIIe-XVIIIe siècle» de l'Université de Paris X-
Nanterre et l'Institut universitaire de France (Nanterre, 21-23 juin 1993) Rome : École Française de Rome, 1995. pp.
219-234. (Publications de l'École française de Rome, 213)

Résumé
Chapelain de la communauté féminine camaldule de S. Cristina hors les murs de Trévise, le b. Parisio est, dans la première
moitié du XIIIe siècle, le fervent partisan et le prophétique soutien de l'évêque Alberto, personnage central de la restauration
post-ezzelinienne. Après sa mort, le 11 juin 1267, il fait l'objet d'un culte orchestré par l'épiscopat et la commune de Trévise qui
tente, à deux reprises (1315-1317 et 1341) et sans succès, de faire canoniser celui qu'elle reconnaît comme son protecteur et
son patron et qu'elle honore d'un culte civique. Conservatrices du corps de Parisio, les moniales de S. Cristina tirent argument de
la protection de ces reliques d'intérêt public pour obtenir de la commune de multiples faveurs, en particulier lors des nombreuses
reconstructions de leur monastère détruit par les guerres et de leur transfert définitif dans le centre de la ville, dans les années
1370.

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Caby Cécile. Culte civique et inurbamento monastique en Italie à la fin du Moyen Âge. Le culte du b. Parisio de Trévise. In: La
religion civique à l’époque médiévale et moderne (chrétienté et islam) Actes du colloque organisé par le Centre de recherche
«Histoire sociale et culturelle de l'Occident. XIIe-XVIIIe siècle» de l'Université de Paris X-Nanterre et l'Institut universitaire de
France (Nanterre, 21-23 juin 1993) Rome : École Française de Rome, 1995. pp. 219-234. (Publications de l'École française de
Rome, 213)

http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/efr_0223-5099_1995_act_213_1_4947
CÉCILE CABY

CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE


EN ITALIE À LA FIN DU MOYEN ÂGE

LE CULTE DU B. PARISIO DE TRÉVISE

Signe révélateur de l'attraction exercée par les centres urbains


sur le contado au Moyen Âge, de nombreuses communautés béné
dictines italiennes (et, entre autres, les communautés camaldules)
s'installent et s'insèrent dans les villes, selon un mouvement dit en
italien d'inurbamento. ~La. réussite de l'implantation urbaine dépend
de facteurs multiples et encore mal connus, parmi lesquels il faut
faire la part des manifestations civiques de piété, occasion pour une
communauté monastique citadine de faire corps, en des
occurrences régulières, avec sa cité d'adoption. Plusieurs exemples
permettraient d'illustrer ces relations entre inurbamento monastique
et cultes civiques, je n'en développerai qu'un, le cas du culte du b.
Parisio de Trévise et de la communauté féminine camaldule de
S. Cristina, puis S. Parisio, dont il fut le chapelain et le confesseur.
À bien des égards ce dossier est exemplaire : d'une part, les vicis
situdes du culte de Parisio sont caractéristiques des difficultés ren
contrées par les communautés locales de l'Italie médiévale pour
faire reconnaître officiellement la sainteté des hommes ou des
femmes qu'elles venaient de choisir comme protecteurs1; d'autre
part, cet exemple montre dans quelle mesure la participation aux
cultes civiques peut jouer un rôle moteur dans l'insertion urbaine
des communautés monastiques, même dans le cas extrême d'un
monastère féminin de stricte clôture.

1 Sur ce thème, voir les remarques et la bibliographie citée par A. Vauchez,


La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge d'après les procès de
canonisation et les documents hagiographiques, Rome, 1988 (2e éd.); Id., Patronage
des saints et religion civique dans l'Italie communale, dans Les laïcs au Moyen Âge.
Pratiques et expériences religieuses, Paris, 1987, p. 169-186; A. Benvenuti Papi,
Pastori di popolo. Storie e leggende di vescovi e di città nel'Italia medievale, Flo
rence, 1988; et récemment Paolo Golinelli, Città e culto dei santi nel Medioevo
italiano, Bologne, 1991 {Biblioteca di storia urbana medievale, 4), en particulier la
bibliographie, p. 211-225.
220 CÉCILE CABY

I. Ce que l'on hésite à appeler la Vita de Parisio, œuvre


composée à la fin du XVe siècle par le camaldule vénitien Nicolo
Malerbi, énumère, sans le moindre repère chronologique, quelques
éléments biographiques, en général inspirés des exemples de saint
Benoît (dont Parisio renouvellerait même pendant son enfance le
miracle du verre brisé et immédiatement réparé) et de saint
Romuald, fondateur pour la tradition de l'ordre camaldule, à la suite
duquel Parisio serait mort plus que centenaire2.
À la lumière des quelques rares documents, il semble que
Parisio soit un de ces foreuses transplantés à Trévise, comme l'est un
autre saint homme vivant au tournant du XIIIe et du XIVe siècle, le
b. Henri de Bolzano3. Né à Bologne où il prit l'habit camaldule, il est
envoyé vers 1186-90 par le prieur général, chef de la congrégation,
comme chapelain de la communauté féminine de S. Cristina près de
Trévise4. À cette date, les moniales étaient déjà sur le point d'aban-

2 Del beato Parisi confessore del ordine de Camaldoli dans Jacques de Vorag
ine, Legende de tutti li sancti et le sancte della Romana sedia, traduction italienne
de Ν. Malerbi, Venise, Ν. Jenson, 1475, f. 308v-310v, en part. f. 309r. En général
sur Parisio, voir : Acta sanctorum lumi, II, Venise, 1742, p. 483-6; J.B. Μγγτα-
RELLi, Memorie della vita di s. Parisio monaco camaldolese e del monastero de'
SS. Cristina e Parisio di Treviso, Venise, 1748 (désormais Mittarelli) dont
dépend la bibliographie postérieure; I. Daniele, s.v., dans Bibliotheca sanctorum,
X, Rome, 1968, col. 337-338; récemment mais sans aucune nouveauté S. Tra-
montin, Aspetti di vita religiosa a Treviso nei secoli XIII-XIV, dans Storia di Tre
viso. II. // Medioevo, éd. D. Rando et G.M. Varanini, Venise, 1991 (désormais
Storia di Treviso), p. 399-412.
3 Sur Henri de Bolzano, voir G. Cracco, Realismo e tensioni ideali nella
cultura trevigiana del tardo Medioevo, dans Tommaso da Modena e il suo tempo
(Atti del convegno internazionale per il sesto centenario della sua morte, Trévise,
31 août-3 sept. 1979), Trévise, 1980, p. 119-131, qui cite la bibliographie antérieure
et en particulier R. degli Azzoni Avogari, Memorie del beato Enrico..., Venise,
1760 (2 tomes en un volume).
4 La renommé de la sainteté de Parisio et de ses moniales revint dans sa ville
d'origine où deux citoyens de Bologne offrirent avec d'autres dévots tous leurs
biens pour faire édifier un monastère féminin dédié à S. Maria di Bettlemme et
soumis à l'observance camaldule en vigueur à S. Cristina de Trévise {...et
sequatur vestigia monialium S. Chrisitine de Tarvisio...) : Mittarelli, p. 26-27;
Annales Camaldulenses Sancti Benedicti, 9 vol., Venise, 1755-62 (désormais Ann.
Camald.), IV, 161; Regesto di Camaldoli, éd. L. Schiaparelli, F. Baldasseroni et
E. Lasinio, I-IV, Rome, 1907-22, Regesta Chartarum Italiae, 2, 5, 13, 14 (désormais
Reg. Camald.), II, n° 1337. Parisio apparaît dans plusieurs actes de ce monastère
comme chapelain : Ann. Camald., TV, p. 236-7; Reg. Camald., III, n° 1539 (6
février 1214); ASBologna, Demaniale 9/2870, n° 22; en 1214, sur les conseils de
Parisio, l'abbesse de S. Cristina renonce à tous ses droits sur le monastère de
Bologne : Ann. Camald., IV, p. 237 et Mittarelli, App. p. VII-IX (avec la date du
7 juillet); Reg. Cam., Ill, n° 1550 (25 juillet 1214). En général sur ce monastère,
voir Mittarelli, passim et G. Zarri, / monasteri femminili a Bologna tra il XIII e
il XVII secolo, dans Atti e memorie della Deputazione di storia patria per le pro-
vincie di Romagna, XXIV, 1973, p. 133-224, en part. n° 33, p. 192-193.
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 221

donner le site rural primitif de Quinto al Tiveron que leur avait


concédé l'évêque de Trévise, pour transférer leur établissement, et
les reliques de leur abbesse fondatrice, d'abord dans les murs de la
ville, puis, devant l'opposition des chanoines cathédraux, derrière
l'une de ses portes, sur la rive droite du Botteniga5. Sur ce site, elles
construisirent un monastère et un hospice où Parisio vécut comme
chapelain. C'est donc dans un contexte d'inurbamento tout récent
que se déroule la vie de Parisio, partagée entre son assistance aux
moniales et aux malades de l'hôpital proche et son soutien à
l'évêque, personnage central de la vie politique trevisane dans les
années de la restauration post-ezzelinienne.
Outre d'inévitables dons thaumaturgiques, dont la biographie de
Malerbi témoigne, le camaldule est pourvu du don de prophétie.
Don utilisé en premier lieu au profit de l'évêque de Trévise, le fran
ciscain Alberto dit Ricco, figure centrale de la Vie du Camaldule,
comme l'est l'évêque Castellano de Salomone dans celle d'Henri de
Bolzano6. Convoqué en 1263 à Rome pour répondre d'accusations
soulevées par deux inquisiteurs pontificaux de la Marche de Trévise,
dans le cadre d'un conflit entre juridictions inquisitoriales, Alberto
craint de quitter la ville et son siège episcopal7. Parisio, qui lui prédit

5 La chronologie de ces événements est extrêment floue, d'autant que rien ne


permet de documenter la date d'arrivée de Parisio dans le monastère trévisan. Le
site rural de Quinto al Tiveron fut donné par l'évêque Conrad en 1186-1187 (cf. la
lettre du pape à l'évêque de Vicence datée du 15 avril 1189, éd. Mittarelli, doc.
II, p. III). Or peu de temps après, avant 1189, toujours à en croire le pape Clément
III, les moniales détruisirent leur propre monastère et se transférèrent intra
muros civitatis, transportant même le corps de leur première abbesse exhumée.
La nouvelle église se trouvait près d'un pont en pierre sur le Cagnan (ou Botte
niga) dans les limites de la juridiction paroissiale des chanoines de Trévise, ce qui
provoqua leur levée de bouclier, leur recours au pape et, sans que l'on saisisse le
détail des procédures, le retrait des moniales sur un terrain donné par Giovanni
Ordelaffi le 24 février 1190, situé sur le Botteniga mais hors les murs, où elle
firent construire leur monastère et l'église attenante avec, cette fois, l'autorisation
de l'évêque (29 mars 1190). Sur ces épisodes, voir Mittarelli, p. 75-77 avec quel
ques confusions entre le terrain intra muros et le terrain extra muros, et doc. I-VI,
p. I-VI; Reg. Camald., II, n° 1271-2, p. 283; G. Netto, Traviso medievale e i suoi
ospedali (Gli ospedali minori), Trévise, 1974, p. 33.
6 Sur l'évêque Alberto dit Ricco, voir Ughelli, Italia sacra, V (1720), e. 545-
550; M. Bihl, s.v., dans DHGE, I (1912), e. 1551; Eubel, Hierarchia catholica
Medii Aevi, I, Munster 1913, p. 480; W.R. Thomson, Friars in the cathedral. The
first franciscan bishops 1226-1261, Toronto, 1975, p. 106-113; D. Rando, Minori e
vita religiosa nella Treviso del Duecento, dans Minoritismo e centri Veneti nel Duec
ento, éd. G. Cracco, Trente, 1983, p. 63-91, en part. p. 80-87.
7 Sur l'affaire qui oppose l'évêque et le chanoine responsable de la lutte anti
hérétique d'une part et les deux inquisiteurs pontificaux franciscains, voir I. Da
Milano, Gli antecedenti inediti di un noto episodio dell'inquisizione francescana a
Treviso (1262-63), dans Collectanea Francescana, V, 1935, p. 612-620;
W.R. Thomson, Friars in the cathedral..., p. 110-112 qui confond l'un des accusa-
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qu'il sortira vainqueur de la cause, convainc l'évêque de se rendre à


Rome accompagné de deux ambassadeurs de la commune, sa fidèle
alliée8. Les risques ne devaient pas être négligeables si l'on en juge
les dépenses engagées, les rapports des ambassadeurs communaux
et l'intensité avec laquelle Alberto se serait voué à Parisio qu'il tient
pour responsable de l'issue miraculeuse du procès. En effet, au
cours des interminables et indécises audiences, l'évêque plus déses
péréque jamais est réconforté par une apparition du bienheureux
qui prophétise son retour victorieux9.
Parisio meurt le 11 juin 1267, il est alors placé dans un tombeau
de marbre dans l'église du monastère suburbain10. Selon une chro
nique trevisane de la fin du XVe siècle, la collaboration entre le saint
moine et les deux pouvoirs citadins, l'évêque et la commune libre, se
poursuit après sa mort. Alberto, très attaché au chapelain camaldule
qui fut peut-être son confesseur, associerait spirituellement le défunt
Parisio à son combat contre les gibelins occupant Trévise en la per
sonne de Gherardo Castelli, un des magnati de la ville, qui en 1268
aurait ourdit une conspiration chassant l'évêque et éliminant ses par
tisans. Aussitôt rétablie, la paix est consacrée, à la demande de
l'évêque soucieux d'accomplir le vœu prononcé pendant son exil, par
des fêtes votives en l'honneur de Parisio et par l'adoption par les
conseils communaux d'une «réformation» organisant des célébra-

teurs de l'évêque, Bartolomeo da Padova, avec Bartolomeo Quirini compétiteur


malheureux de l'évêque Alberto au siège de Trévise, cf. D. Rando, Minori e vita
religiosa nella Treviso del Duecento, p. 81.
8 N. Malerbi, Del beato Parisi confessore del ordine de Camaldoli..., f. 310r :
fu una fiata per una certa lite citato alla corte romana [. . .] lo conforto che andasse
impero che ritornarebe vincitore delle lite sua...', Mittarelli, p. 32-33. Sur le
déroulement de la controverse, voir Da Milano, Gli antecedenti inediti di un noto
episodio dell'inquisizione francescana a Treviso (1262-63), p. 617-618; A. Mar-
chesan, Treviso medievale, 2 vol., Trévise, 1923 (désormais Marchesan), II,
p. 336-338; W.R. Thomson, Friars in the cathedral..., p. 111-112.
9 Ν. Malerbi, Del beato Parisi confessore del ordine de Camaldoli..., f. 310r :
«Non temere figliolo che ti dico che certo farai expedicto et con victoriosa salute
ritornerai al episcopo tuo». Parisio lui étant apparu en vision, l'évêque est per
suadé qu'il est mort. Le retrouver vivant à Trévise n'est pas sans ajouter au
contexte miraculeux de son retour : «ritornato ritrovo vivere el beato Parisio lo
quale credeva essere passato di questa vita per rispecto della visione laquale
veduto haveva» (ibid.).
10 La chronique anonyme de Trévise (Trévise, Biblioteca comunale, ms.
1392) qui mentionne cette sépulture («... fu colocado il suo corpo in una archa
marmorea appresso esse donne monache, e ancora resto dentro de Treviso...»,
f. 105r) date la mort de 1263, ce que contredisent toutes les autres sources et, en
particulier, l'inscription provenant de l'arca vue par Mittarelli sur un des murs de
l'église (Mittarelli, p. 35-36).
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 223

tions publiques annuelles11. Il ne m'appartient pas ici de discuter des


invraisemblances chronologiques de cet épisode et de la validité his
torique d'une chronique tardive que l'historiographie trevisane (de
Picotti, au début du siècle, à G.M. Varanini, récemment) tend à mini
miser12. Notons toutefois que cet épisode met une fois de plus en
scène les deux pôles de la promotion civique du culte du camaldule,
la commune et l'évêque, ainsi que le contexte de cette promotion,
celui de la lutte contre la tyrannie au profit de la libertas citadine13.

II. Rien de très étonnant donc à ce que dès 1283-5 les statuts tré-
visans, statuts dits Caminesi, installent Parisio dans le panthéon des
protecteurs de la ville et consacrent une rubrique à la demande de
canonisation et à l'écriture de ses miracles14. Selon la biographie de

11 Trévise, Bibl. Com., ms. 1392, f. 109v-110r et 114 r-v. Sur cet épisode, voir
W.R. Thomson, Friars in the cathedral..., p. 108-109 et Marchesan, II, 338.
12 G.B. Picotti, / Caminesi e la loro signoria in Treviso dal 1283 al 1312,
Livourne, 1905 (éd. anastatique, Rome 1975), p. 77-8 met en doute la véracité de
l'événement; plus radicalement, G.M. Varanini, Istituzione e società a Treviso tra
comune, signoria e poteri regionali (1259-1339), dans Storia di Treviso, II,
p. 135-211, en part. p. 158-161, réexamine la période, minimisant les luttes de fac
tions entre bianchi et rossi dans les années 1260-1270 et repoussant les conflits
qui portent les da Camino à la seigneurie aux années précédant immédiatement
1283; voir également A. Castagnetti, La marca veronese-trevigiana XI-XIV, dans
Storia d'Italia, dir. G. Galasso, VII/1, Turin, 1987, p. 159-358, en part. p. 291-6.
Sur la chronique anonyme, voir Azzoni Avogari, I, p. 99-100 et L. Baelo, Di
alcune fonti per la storia di Treviso, dans Archivio Veneto, XVTI/1, 1879, p. 388-417,
en part. p. 401-403.
13 Sur la période qui va de la libération de Trévise d'Ezzelino et Alberico da
Romano à l'instauration de la seigneurie des da Camino et sur le rôle des
évêques, voir A. Castagnetti, La marca veronese-trevigiana XI-XIV, dans Storia
d'Italia..., p. 209-294 et bibliographie; D. Rando, Dall'età del particolarismo al
comune (secoli XI-metà XIII), dans Storia di Treviso, II, p. 41-102, en part,
p. 86-92; G.M. Varanini, Istituzioni e società a Treviso tra comune, signoria e
poteri regionali (1259-1339), dans Storia di Treviso, II, p. 135-211; et D. Rando, Le
elezioni vescovili nei secoli XII-XTV. Uomini, poteri, procedure, ibid., p. 375-397, en
part. p. 389-390.
14 Le prologue de ces statuts invoque en effet Parisio : Ad honorem Dei et b.
Marie Virginis matris eius et bb. apostolorum Pétri et Pauli, Liberalis confessons et d.
Parisii et sanctorum omnium atque sanctorum Dei... : éd. Β. Betto, Gli statuti del
comune di Treviso (sec. XIII-XV), 2 vol., Rome, 1984 et 1986 {Fonti per la storia
d'Italia, 109 et 111), II, p. 51. La rubrique est mentionnée par Azzoni Avogari, I,
p. 70 (1300); éd. Ann. Camald., V, p. 241-242 (pirciter 1300) et plus récemment
Β. Betto, I, p. 112-113 : Quod potestas, cum constilo Trecentorum et aliis de scolis
vadat ad missam diei transitus fratris Parisii ad locum ste Christine et de mittendo ad
papalem curiam pro eo canonizando. Sur ces statuts, voir B. Betto, Lo statuto
caminese trevigiano del 1283-1284, Venise, 1977 (Biblioteca dell'Archivio Veneto,
VII).
224 CÉCILE CABY

Malerbi, c'est à l'évêque Alberto que revient la première initiative


d'officialisation du culte : un samedi de juillet d'une année non pré
cisée, l'évêque, en compagnie de représentants du clergé urbain,
inaugure dans le parloir de S. Cristina une enquête sur le défunt
chapelain15. La chronique anonyme, faisant fi une fois de plus de la
chronologie, réunit les deux initiatives : c'est en rentrant à Trévise
en 1283 que l'évêque Alberto, pourtant mort depuis dix ans, se serait
rendu auprès des conseils pour y faire voter, outre les processions et
les oblations annuelles déjà mentionnées, une contribution de 100
livres «per el canonizar del suo precioso corpo»16. Quoi qu'il en soit,
une enquête eut vraisemblablement lieu avant la fin du siècle et il est
probable que ce soit celle-ci qu'utilisa Nicolo Malerbi lorsqu'il
rédigea, dans la seconde moitié du XVe siècle, la biographie du bien
heureux camaldule insérée dans son édition en langue vulgaire de la
Légende dorée publiée à Venise en 1475 17. Ambrogio Traversali, l'h
umaniste et prieur général camaldule, visitant le monastère de
S. Cristina le jour de la fête de Parisio, en lut une Vie qu'il juge des

15 N. Malerbi, Del beato Parisi confessore del ordine de Camaldoli..., f. 310r;


MiTTARELLi, p. 39-43. Cette procédure d'enquête episcopale n'est pas datée : Mit-
tarelli tente de démontrer qu'elle a lieu dès 1268, datant l'épisode de la lutte
contre Gherardo Castelli de 1263, ce que conteste Picotti (/ Caminesi e la loro
signoria in Treviso..., p. 78, note 1); G. Bonifacio, Istoria di Trivigi, Venise, 1744
(rééd.), p. 225-6, qui dans ce cas dépend de N. Malerbi, place l'enquête «pochi
giorni dopo la morte di lui» (sur cet historiographe trévisan du XVIe s., voir
L. Bailo, Dì alcune fonti per la storia di Treviso, cit. . Le seul fait certain est que
l'enquête n'a pas lieu plus de onze après la mort de Parisio puisque une des
moniales témoignant, Zacharia, affirme être à S. Cristina depuis cette période.
En outre, si elle est bien lancée par Alberto, elle eut lieu avant 1273 (date de la
mort de l'évêque), voir G. Fedalto, Cronotassi e nomine vescovili a Treviso fino al
Quattrocento, dans Tommaso da Modena e il suo tempo..., p. 107-118.
16 Trévise, Bibl. Com., ms. 1392, f. 114v. Que l'évêque soit à l'origine d'un
recueil des miracles de Parisio serait en accord avec la pratique des enquêtes pré
liminaires diocésaines : voir A. Vauchez, La sainteté en Occident..., p. 49-51.
17 Nicolo Manerbi ou Malerbi est un moine camaldule de San Mattia di
Murano (Venise), pendant un temps prieur du monastère camaldule de San
Michele di Lemo. Il publia, en 1471, une Bible vulgarisée qui connut une grande
fortune et, en 1475, une traduction italienne de la Légende dorée éditée par Nicolo
Jenson. Il ajouta en fait quelques saints au florilège de Jacques de Voragine, pour
des motifs géographiques ou d'appartenance à l'ordre camaldule : Parisio,
Romuald et Lorenzo Giustiniani par exemple. Voir, Ann. Camald., VII, p. 286-288;
V. Meneghin, S. Michele in Isola di Venezia, Venise, 1962, I, p. 139-46; S. Tra-
montin, La cultura monastica del Quattrocento dal primo patriarca Lorenzo Giusti
nianiai camaldolesi Paolo Giustiniani e Pietro Quirini, dans Storia della cultura
veneta, 3/1, Vicence, 1980, p. 431-57, en part. p. 447-448; V. Marucci, Manoscritti e
stampe antiche della «Legenda Aurea» volgarizzata, dans Filologia e critica, 5 1980,
p. 30-50; E. Barbieri, La fortuna della Biblia vulgarizata di Nicolo Malerbi, dans
Aevum, 63, 1989, p. 419-500 qui renvoie à la bibliographie antérieure.
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 225

plus simples peut-être parce qu'il ne s'agissait en fait que des compt
es rendus de l'enquête episcopale18.
En somme, appuyée par le clergé urbain, la commune, non sans
multiplier les déclarations de bonnes intentions en faveur de la
canonisation pontificale de Parisio (en mars 1315 par exemple)19, se
contente dans un premier temps d'une consécration locale. Une pro
vision de 1302, prévoyant une nouvelle oblation le jour de l'Assomp
tion «secundum quod faciunt et facere consueverunt in festivitatibus
bb. Pétri, Bartholomei, Francisa et dompni Parisii», montre que les
festivités prévues par les statuts étaient entrées dans les mœurs des
corps communaux et que la fête de Parisio était comptée au nombre
des commémorations d'événements favorables à la communauté
citadine : retour des bannis et fuite d'Alberico da Romano le jour de
la Saint François, anniversaire de l'assassinat d'Alberico le jour de la
Saint Barthélémy, restauration du gouvernement communal contre
Guecellone Camino le jour de l'Assomption 130220. Mais c'est à
partir de la mort, le 10 juin 1315, du bienheureux Henri de Bolzano,
que le culte civique de Parisio retrouve un nouveau souffle.
Dès le 13 juin 1315, le conseil des Trois-cents se réunit et, après
avoir pris en charge la sépulture du bienheureux Henri, confie au
podestat l'envoi de deux ambassadeurs pour faire canoniser les beati
Rigo et Parisio, dès l'élection d'un nouveau pape. Dans cette pers
pective, une commission de quatre Sages est élue pour rédiger, avec
les autorités religieuses et les notaires de l'évêque et des conseils, les
miracles des deux hommes21 : ainsi, le clergé urbain et la commune

18 Illuc die Sancii Parisii (cujus corpus ibi conditum venerati swnus, vitamque
conscriptam, simpliciter licet, nobiscum asportavimus) cum pervenissemus, in
vicino monasterio mansimus : éd. dans A. Dini-Traversari, Ambrogio Traversati
e i suoi tempi, Florence, 1912, p. 64; traduction italienne par V. Tamburini :
A. Traversari, Hodoeporicon, Florence, 1985, p. 123.
19 Une provision votée par le Conseil des Trois-cents renouvelle l'engagement
théorique en faveur de la canonisation de Parisio : éd. Azzoni Avogari, I, p. 70 et
Ann. Camald., V, p. 295 (4 mars); Mittarelli, p. 51 (3 mars).
20 Éd. B. Betto, II, p. 109-110; voir aussi Marchesan, II, p. 186-187, A. Vau-
chez, Patronage des saints et religion civique..., p. 171-172. Une réformation du 10
juin 1315 va exactement dans le même sens : Gli statuti del comune di Treviso (1316-
1390) secondo il codice di Asolo, éd. G. Farronato et G. Netto, Asolo, 1988, p. 99.
21 Mittarelli, p. 49-50, d'après Bonifaccio, Istoria di Tivigi, p. 270; Ann.
Camald., V, p. 295; Azzoni Avogari, I, p. 51 et éd. II, p. 5-8; éd. Β. Betto, I,
p. 204-207; mentionné par la chronique anonyme, Trévise, Bibl. Com., ms. 1392,
f. 133r (ad arm. 1315) : «... chel podestà in pena de L.200 del suo salario debia
infra do mesi haver electo idonii ambassadori al papa per canonizar quelo
insieme cum el Beadö Parise e chel sia electo 4 Sapienti liqual, insieme cum lo
episcopo e li frati priori e guardiani deli conventi cum uno nodaro delo episco-
pado e Girardo Merlo nodaro, habino a meter in scriptura le attestacion de li
miraculi de tuti do questi do beatissimi sancti e li processi siano conservadi
dopii, uno in la sacrestia cathedral laltro nela cancellarla de commune. Ancora
226 CÉCILE CABY

montrent une volonté convergente de faire des prodiges des deux


hommes un «patrimoine de la cité», assignant à l'hagiographie un
rôle d'« expression du patriotisme citadin», pour reprendre les fo
rmules de Giorgio Cracco22. Cette même année, la commune
commande la représentation des deux hommes dans des lieux
publics, palais communal et portes de la ville, et instaure une obla
tion de 50 livres in die transitus b. Parisii et in die transitus b. Hen-
rìci23. En 1316, Jean XXII ayant été élu, la commune prévoit une
ambassade congratulatoire qui soumettra en même temps au nou
veau pape la canonisation des deux bienheureux24. Des commissions
spécialisées sont élues par les conseils pour mettre au point la procé
duremais, le 13 avril 1317, les conseils décident l'ajournement sine
die de l'affaire, officiellement faute de crédits25, et, vraisemblable
ment aussi, faute de contacts influents à la curie26. Le biographe

che li podestà di ogni anno el zorno de le loro solemnita siano obligadi andar ala
offerta cule schuole de la terra...».
22 G. Cracco, Realismo e tensioni ideali nella cultura trevigiana del tardo
Medioevo..., p. 123.
23 Respectivement Marchesan, I, p. 412 (reformationes prévoyant des pein
tures dans le palais communal, dont une représentation d'Henrico da Bolzano);
Ibid., I, p. 398, éd. p. 398 : mention de frais engagés par la comune pour la repré
sentation sur la porte S. Bona de divers saints, dont Parisio; ibid., II, p. 194; éd.
Gli statuti del comune di Treviso (1316-1390) secondo il codice di Asolo..., p. 99.
24 Délibération du podestat, des anciens et des consuls, le 26 août 1316
(Azzoni Avogari, I, p. 51; éd. II, p. 54), examinée successivement par les Qua
rante puis les Trois-cents, les 28 et 31 août. Une commision de huit sages et de
quatre jurisconsultes, qui devront constituer l'ambassade, est tirée au sort
(Azzoni Avogari, I, p. 52; éd. II, p. 56-57).
25 Le 20 octobre 1316, les sages élus pendant l'été présentent leurs résolutions
au conseil des Trois-cents et les anciens demandent que soient élus 12 sages, 2
juristes et 2 supragastaldiones pour examiner la résolution de la commission et la
reproposer au conseil dans les 8 jours suivants (Mittarelli, p. 51 d'après Boni-
faccio, Istoria di Trivigi, p. 270; Azzoni Avogari, I, p. 52-56 et éd. II, p. 67-68).
Selon la version de l'Anonyme de Trévise (f. 135v, ad annum 1316) : «A 20 octu-
brio li anciani delà republicha de Treviso deduseno al suo conseio la justification
e processi formadi per li deputadi deli miraculi e prodigie deli beadi Henrico e
Panse. Dove deducta la riformation za facta sopra zo, tuto el conseio de uno
voler termino chel se dovesse exequir e maxime in la congratulatio de Zuane 22
nuovo papa. E fu electo Zuane delà Vazola che dovesse andar cum do canonici
periti a far questo effecto, e dimandar la canonication de essi Beadi per esse più
aprobado li loro miraculi e evidentissime prodigie cum fama sparsa per tuta la
Christianita...». Le 5 novembre, les sages décident d'ajourner provisoirement
l'ambassade (Azzoni Avogari, I, p. 56-57, éd. II, p. 68-70). En février 1317, l'af
faire est de nouveau portée devant les conseils à la demande du podestat. Le 8
février les Trois-cents décident l'élection par le podestat, les anciens et les consuls
d'une commission devant examiner avec l'évêque les modalités de l'ambassade,
mais le 13 avril les conseils décident l'ajournement de l'affaire par manque de cré
dits (Mittarelli, p. 51; Azzoni Avogari, p. 57-58; éd. II, 71-4).
26 C'est en effet une des causes les plus fréquentes de l'échec des tentatives
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 227

d'Henri, l'évêque de Trévise Pietro Domenico da Baone (qui écrit


après 1359 et avant 1381), propose une explication complémentaire à
cet échec, explication politique conforme à la thématique patrio
tique de la Vita et au contexte de promotion des deux beati : alors
que l'évêque et les chanoines travaillaient en faveur de l'inscription
au catalogue officiel des saints, la trahison de certains citoyens de
Trévise alliés à Cangrande della Scala provoqua une horrible guerre
et fit échouer les tentatives27.
Pour Parisio l'aventure de la canonisation officielle n'est pas
encore terminée. Trente ans après le premier échec, une nouvelle
procédure est mise en œuvre sans qu'y soit associé le bienheureux
Henri, et avec la participation, sinon de l'ordre camaldule, au moins
de la communauté de S. Cristina restée en retrait, à en juger par nos
sources, lors de la première tentative28. Dès 1341, les moniales

mises en œuvre aux XIIIe et XIVe siècles par des villes italiennes pour faire cano
niser leurs saints locaux. Les sages ayant choisi les ambassadeurs n'avaient pour
tantpas négligé cet aspect de la procédure, conseillant aux députés de se faire des
amis connaissant les usages de la Curie afin d'avoir accès au pape et de s'instruire
sur la manière de procéder (délibérations du 20 octobre 1316; éd. Azzoni Avo-
garo, II, p. 67-68). Pendant l'ajournement de l'ambassade de novembre à mars
1317, la commission des sages conseille ...quod ex parte comunis Tervisii cum
consilio predictorum dominorum episcopi et decani, Ulis amicis Comunis Tervisii
apud Curiam Romanam residentibus, qui ad hoc opti et utiles videbuntur, scri-
batur, quod cum propositum et intentio dicti comunis existât, canonizacionem pre-
dictam totis desideriis procurare velini ipsi quibus scribetur, habito consilio, prout
convenire crediderìnt, oportuno, significium Comuni Tervisii quis modus, via et
forma per ipsum Comune debeat observari ad principiandum, et continuandum
negocium memoratum, et circa hec alia scribantur que scribentibus utilia, et neces
saria videbuntur... » (délibération du 5 nov. 1316; éd. ibid., II, p. 68-70). Sur ce
thème, voir A. Vauchez, Patronage des saints et religion civique..., p. 174-175.
27 Azzoni Avogari, Memorie..., II, p. 95-107 : Sed in tertio anno post obitum
dicti viri beati, superveniente prodictione tentata per nonnulos cives Tervisii, et de
comitatu Tervisii, et altos cum dicto Domino Cane de la Scala, nato condom
Domini Alberti de la Scala, tunc Verone, Vincentie Domino, et guerra orribili circa
civitatem Tervisii suborta, et secuta, non potuit huiusmodi desiderium tervisini
cleri, etpopuli executioni mandari...; sur la Vita d'Enrico da Bolzano, voir Azzoni
Avogari, I, p. 77-81; éd. II, p. 79-107 et G. Cracco, Realismo e tensioni ideali nella
cultura trevigiana del tardo medioevo...», p. 119-131, en part. p. 123.
28 Selon la chronique de l'Anonyme de Trévise (f. 188v, ad annum 1347),
reprise par les historiographes trevisane du XVIe siècle, Enrico est associé à Parisio
dans cette seconde tentative : «Corne Trivisini volseno far canonizar li beadi Hen-
rici e Parise. Desiderosi Trivisani de far canonizar li beati corpi de Parise frate del
ordine carmelitano (sic!) posto in la chiesa dele done monache de S. Christina, e
de Henrico da Bolzano che e in la chiesa cathedral per li demostrativi miraculi e
virtuose prodigie, adi sabado 3 marzo oteneno nel suo conseio de mandar a papa
Clemente 6, e cussi Marin Falier in secunda podestaria de consentimento del
conseio creo procurador e syndico de commun a questo effecto Bartholomeo de
Imola camalducese (sic) prior de S. Martin de Prata de Friul ma non hebe effecto
228 CÉCILE CABY

obtiennent pour le monastère S. Cristina et l'hôpital S. Parisio une


indulgence de la part de neuf évêques demeurant en Avignon29. Cinq
ans plus tard, avec l'accord du doge Andrea Dandolo, sollicité par les
moniales, le podestat de Trévise écrit en Avignon au pape Cl
ément VI pour qu'il fasse canoniser Parisio. Le recours est confié à
Bartolomeo d'Imola prieur camaldule de San Martino de Prata (dio
cèse de Concordia)30. Si l'on en croit la chronique anonyme, plu
sieurs fois mentionnée, c'est encore à la grandissima spesa che
intrava qu'il faut imputer le nouvel échec : une nouvelle guerre
venait en effet d'éclater entre Venise et Louis de Hongrie, au cours
de laquelle le monastère de S. Cristina situé contre les murs fut d'ail
leurs en partie détruit.

III. Après ces échecs, la commune abandonne définitivement la


voie officielle, se contentant, comme pour le b. Henri, d'une canoni
sation de fait sur les autels de la cité, concrétisée par l'inscription de
l'anniversaire de leur mort au nombre des jours chômés31, par leur
invocation comme protecteurs dans les actes de la commune et des
métiers et confréries aux côtés des protecteurs traditionnels que sont
Libéral, François et Barthélémy et par la célébration annuelle prévue
par les statuts (procession du podestat, des anciens et des scuole de la
ville annoncée par les joueurs de tambours ou les crieurs de la
commune et marquée par des offrandes de cire et d'argent)32. De leur

per la grandissima spesa che intrava». Les documents, comme le note fort just
ement Azzoni Avogari, infirment cette hypothèse : Azzoni Avogari, p. 69.
29 Mittarelli, p. 52, éd. doc. XTV, p. XXVII-XXXI; Ann. Camola., V, p. 392 :
sur cette indulgence qui laisse supposer que les moniales ne restèrent pas inac
tives entre 1317 et 1346, serait peinte une miniature représentant don Bartolomeo
agenouillé à côté de sainte Christine et de Parisio.
30 Azzoni Avogari, p. 69-70 (note 5, éd. du ducale et de la lettre du podestat);
Mittarelli, p. 52; Ann. Camald., V, p. 392-393 (éd. du ducale et de la lettre du
podestat). Déjà en 1332, le prieur de Prata avait été chargé de présider à l'élection
de l'abbesse de S. Cristina (ASFirenze, Corp. Relig. Soppr., Appendice Camaldoli
24, 283r-v).
31 «Réformation» de 1315, éd. B. Betto, II, p. 316.
32 Outre le prologue des statuts caminesi déjà cités, voir celui des statuts du
collège des notaires en 1323, Ad honorem Dei Omnipotentis et B. Marie Virginis
Matris ejus et SS. Pétri et Pauli Apostolorum et BB. Liberalis Confessons et dum
Parisii et Henrici... (cité par Azzoni Avogari, I, p. 132, note 1). En 1405, les sta
tuts de ce même collège prévoient l'envoi de deux présidents pour participer aux
côtés du podestat aux journées d'oblation de la commune, au nombre desquelles
celle de S. Parisio le 12 juin (Mittarelli, p. 52). La fête de Parisio apparaît égal
ement dans les livres de comptes de la commune : Marchesan, II, p. 164-165
(1316) : Et sex grossos Thomasio tambulatori in solucione sui laboris, eo quia stetit
pulsando suum tamburlum ad festum sancti Parisii eum d. Potestate die XI junii;
p. 193-194 (1318). Les recettes du monastère, à l'exception de la rente du patr
imoine foncier, sont mal documentées. Remarquons néanmoins en 1362 :
«... recevi per oferta de sancto Paris libr. XIIII s. VIIII. It. recevi per la oferta de
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 229

côté, les moniales préparent la solennité achetant pour l'occasion


viandes, friandises, fruits, vins et autres boissons, ainsi que farine,
amandes, œufs, sucre et épices, sans doute afin de confectionner des
pâtisseries. La part liturgique de la solennité est documentée par la
rétribution des prêtres invités à célébrer les offices et à prêcher, par le
prix de location d'un orgue ou le salaire d'instrumentistes qui jouent
en l'honneur du corps saint33. Ainsi, les moniales de S. Cristina entre
tiennent-elles, aux côtés de la commune, le culte et la mémoire de
leur saint chapelain, profitant des privilèges que leur concède la
conservation de reliques d'intérêt public.
En effet, outre les célébrations annuelles de la mort du saint, la
commune manifeste à l'égard des moniales une bienveillance que ne
justifient ni le faible dynamisme de la communauté ni celui de l'hô
pital peu à peu délaissé au fil des années. Sa collaboration à l'entre
tien des bâtiments monastiques est clairement liée au souci d'as
surer la conservation du corps saint, veillant aux portes de la cité.
Les sollicitations sont d'ailleurs nombreuses, car victime des cata
strophes naturelles et surtout des incursions armées, le monastère
subit de nombreuses dégradations obligeant les moniales à se
replier dans les murs de la ville, laissant probablement les reliques
dans l'église temporairement abandonnée34. En 1357, par exemple,

miser sancto Parise del comune libr. XV...» (ASTreviso, Congregazioni religiose
soppresse (désormais ASTv, CRS), S. Parisio, b. 27); en juin 1378 : «In primo adi
XI del decto mese recevi per offerta per la festa de sancto Parise libr. I s. IIII;
Item adi XVI del decto mese receve de la cera che fo offerta a sancto Parisi libr.
V; Item adi XXV del decto mese receve dal Masaro del comune per la offerta de
sancto Parisi libr. XXV...» (ASTv, CRS, S. Parisio, b. 27, liber Hi).
33 Voir ASTv, CRS, S. Parisio, b. 23, 27, 33 et 60 dans lesquelles sont
conservés les registres des dépenses de façon presque continue de 1358 à la fin du
XVe siècle.
34 En 1269, un mur du monastère est abattu par un tremblement de terre et
reconstruit aux frais de la commune (Mittarelli, p. 87; Trévise, Bibl. Com., ms.
1392, f. llOv); En 1318, les moniales se réfugient en ville dans des maisons ne leur
appartenant pas, fuyant devant les guerres qui détruisent leurs propriétés et
menacent directement le monastère (ASFirenze, CRS, App. Camaldoli, 23, 107r-v)
mais dès 1319, les moniales semblent de retour au monastère. Dans les années
1335-1359, une autre alerte dut les pousser à se retrancher en ville dans les mai
sons de leurs parents ou de pieuses femmes : le 14 mai 1339, la paix étant rétablie
à Trévise, le prieur général leur demande de regagner la clôture, qu'il souhaite
sévère même s'il est amené ensuite à accorder quelques assouplissements en
raison des difficultés matérielles consécutives aux destructions (ASFirenze, CRS,
App. Camaldoli, 29, 51 ν (14 mai 1339) : ...quod ex quo nutu et pietate Dei civitas
tervisina est ad pacts otium quamvis in manu forti revocata, non decet vos, qui-
nimo multum pudere deberet, extra vestri monasterìi sancte Christine claustra
vagarì...; ibid., f. 59r-v (13 oct. 1339); f. 62r (Ier déc. 1339); une définition du cha
pitre général de Faenza montre qu'en 1347, la reconstruction de S. Cristina était
encore à l'ordre du jour : approbaverunt receptionem novitiarum monachandarum
necessitate urgente, videlicet propter reparationem monasterìi propter guerras fun-
230 CÉCILE CABY

lors de la guerre contre Louis de Hongrie, allié à Francesco di Car


rara, leur monastère est démantelé pour assurer la défense de Tré-
vise35, mais il est apparemment reconstruit sans qu'entre temps le
culte de Parisio ne soit trop perturbé36. Quand au début des années
1370, il est à nouveau détruit, les moniales décident de s'installer
définitivement en ville dans une maison de leur propriété, d'autant
que, pendant la période de l'annexion de Trévise à la seigneurie car
rarese (1384-8), les pierres de leur monastère ont été utilisées pour

ditus demolliti, factam contra constitutiones ordinis per abbatissam monasterii


sancte Christine de Tervisio, et novitias predictas ad gremium ordinis et obedien-
tiam domini prioris de spettali gratia receperunt... (ibid., f. 288r).
35 MiTTARELLi, p. 92. La destruction de 1355 est documentée par une lettre
du prieur général, datée du 10 juin 1359, faisant du prieur de S. Vito de Vicence
son vicaire auprès des moniales : ASFirenze, CRS, App. Camaldoli, 34, 59v : Cum
itaque monasterium sancte Christine de Tervisio, occasione guerrarum Regis
Ungarie olim vigentium contra Venetos in partibus tervisinis, pro tuitione civitatis
eiusdem fuerìt a gentibus Venetorum funditus demolitum, etpropterea oportuerit ex
tune et nunc etiam sit necesse abbatissam et conventum monasterii prelibati in
domibus alienis pensione conductis minus religiose quant deceat honestatem
monasticam habitare necessarium fore, conspessimus ut personam nostri ordinis
fidelem providam etiam honestam cum solicitudine debita deputemus, que pre-
dictis abbatisse et conventui de tutiori habitatione provideat pro earum custodia
honestatis, et utiliter gerat negotia monasterii prelibati.... À la suite de la chronique
de l'Anonyme Trévisan, l'historiographie trevisane date de ces années le transfert
intra muros : Trévise, Bibl. Com., ms. 1392, f. 191r (ad arm. 1355); Zuccato, Cro
naca, XII, 338 (Bibl. com., ms. 593-596-1391) cité dans Treviso nostra. Ambiente,
storia, arte, tradizioni, éd. L. Polo, Trévise, 1964, p. 181; Bonifaccio, Istoria di
Trivigi, p. 392. Je repousserais, quant à moi, l'abandon définitif du site périurbain
à la fin du siècle : voir infra, notes 37-38.
36 En 1362, les travaux de reconstruction commencent et en 1369, au plus tard,
l'autel consacré à Parisio est en état et les moniales y font chanter la messe de
Pâques : voir Trévise, Bibl. Com., ms 957 (G.A. Scoti, Raccolta di doccumenti trivi-
giani), voi. ΓΧ : allusion à une lettre du doge, conservée dans un registre de lettres
de la chancellerie communale (1362-3), et autorisant les moniales de San Parisio à
reconstruire leur monastère détruit par la guerre contre les Hongrois. Un livre de
compte des années 1359-62 (ASTv, CRS, S. Parisio, b. 27, entr. e use. 1359-62), le
plus ancien actuellement conservé, documente cette reconstruction : Anno
Domini nostri Ihesu Christi MCCCLXII redifichatum fuit monasterium istud tam
per magitros lapidum quant per magistros lignaminum. ..; Anno Domini MCCCLXII
incepimus laborare in isto monasterio per magistrum Franciscum de Berendola et
magistrum Dominicum de legnamine ... ; suivent de nombreux paiements attestant
sur plusieurs années d'importants travaux. Il mentionne également des dépenses
cultuelles presque continues : juin 1359, ...per far crìdare la festa de san Paris sol.
IIII. It. spendi per lo di de miser san Paris in uno charo de legne e in carne e in pere
libr. VII s. XI...; 1360, ...dedi sonatoribus qui sonaverunt istromenta ad onorem
sancii Parigli s. XX...; juin 1361, ...in primis spendi in le porecle per la festa e per la
sagra libr. IH s.XV. [. . .] spendi in chame per la festa de miser san Parise e per la sagra
de la Iachoma libr. IIIs.III. Spendi in ii trombador s . XXXII. Spendi a chomandarla
festa s. III... Voir aussi AST, CRS, S. Parisio, b. 27, lib. xii, f. 17r : 1369 ...per una
messa cantada fo el di di Pasqua al aitar di san Paris . . .
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 231

les fortifications urbaines37. Autour de leurs bâtiments de repli,


situés in contrata Ferrariensi parochie sancii Augustini, le nouveau
complexe monastique s'organise peu à peu38. Sans entrer dans les
détails de cette lente construction qui ne s'achève qu'à la fin du XVe
siècle, soulignons rapidement le rôle qu'y jouent les reliques, comme
justification, comme faire-valoir voire comme prétexte des moniales
à toutes leurs requêtes. Ainsi, en 1389, le prieur général camaldule,
résigné au transfert intra muros, autorise-t-il la vente de biens pour
acheter dans la ville un lieu où édifier une église pour l'office divin et
la conservation du corps de Parisio. Le même motif est invoqué dans
une lettre du doge autorisant l'achat d'une maison pro reponendo et
collocando corpus beati Parisii. Enfin, un demi siècle plus tard, en
1447, les moniales justifient leurs prières aux autorités communales
en faveur de l'agrandissement de l'église, par l'inadaptation des bât
iments à la vie monastique et les difficultés à accueillir les laïcs les
jours de la solennité du monastère39.
À la suite de ce transfert dans le centre de la ville, le monastère
change de nom et apparaît désormais soit sous l'invocation de
S. Parisio seulement (dans les actes communaux en particulier), soit
sous la double invocation de Cristina et Parisio (dans les actes de
l'ordre).
Pénétrant au cœur de la cité et participant activement à une fes-

37 En 1378, les définiteurs du Chapitre de la Vangadizza confient à l'abbé de


San Michele di Murano (Venise) et au prieur de S. Giovanni de Faenza l'autorité
...ad providendum abbatissae et monialibus sancte Christine de Tarvisio quorum
monasterium totaliter est destructum propter guerras, de loco in quo valeant habi-
tare et Deo reddere vota... (Ann. Carnata., VI, App. 335). En novembre 1389, le
doge Antonio Venier écrit au Capitaine de Trévise à propos des moniales et rap
pelle . . . alias existente Tarvisio sub dominatione nostra quia dubitabant de guerra
monasterium suum fuit ruinatum et postquam Tarvisium fuit sub domino Paduae,
lapides dicti monasterii fuerunt accepti et positi in fabricam et opus civitatis et
castri Tarvisini ita quod moniales non habent locum aliquem... (éd. Mittarelli,
doc. XVIII, p. XL-XLI). La maison de repli appartient aux moniales depuis les
années 1354-59 (sur cette maison voir G.A. Scoti, Raccolta di doccumenti trivi-
giani, Vili (1334-1359), Trévise, Bibl. Com., ms 957, vol. Vili, n° 261-262, p. 403-
407), et elle servit sans doute déjà de refuge pendant la guerre précédente. A cette
occasion, les moniales durent réaliser quelques aménagements rendant les édi
fices aptes à la vie religieuse, ce qui explique sans doute que le déménagement
définitif (mais selon moi encore provisoire) des moniales soit en général daté de
ces années (cf. Mittarelli, p. 94-95).
38 La construction est ralentie par la densité urbaine autour du nouveau
monastère et par la concurrence d'autres ordres : en 1390, la fabrique de l'église
provoque une levée de bouclier de la part du couvent augustin voisin, inquiet
pour ses droits paroissiaux. Mais le monastère camaldule, fort des privilèges de
l'ordre, met fin sans difficultés à ces objections (Mittarelli, p. 100-102; doc.
XLX, p. XLI-XLVI).
39 Respectivement Mittarelli, doc. XVIII, p. XL-XLI; ibid., doc. XX,
p. XLVI-XLVII; ibid., doc. XXV, p. LIV-LVI.
232 CÉCILE CABY

tivité de caractère civique, les moniales tendent à s'ouvrir sans cesse


davantage aux fidèles. Au début des années 1480, l'abbesse véni
tienne, Orsa da Ca' Buora, va jusqu'à créer une confrérie laïque de
dévotion à Parisio, pour laquelle les moniales font dire une messe
environ une fois par mois et dont la fête annuelle a lieu le jour de la
solennité du monastère40. Dans ce contexte, quel pouvait être le
poids des recommandations du prieur général Pietro Dolfin qui
exhorte les moniales en 1481... ne apertis januis templi ad altana
oranda diebus solemnïbus ingredentur ecclesiam sed clausis omnio et
laicis exclusis...41.

D'autres exemples pourraient enrichir ces premières pistes sur


les relations entre cultes civiques et inurbamento monastique. Si la
communauté féminine de S. Cristina est limitée dans ses efforts par
les contraintes de la clôture, les monastères masculins peuvent aller
beaucoup plus loin dans la participation à la vie urbaine et civique.
À Volterra, par exemple, l'abbaye des SS. Giusto et Clemente
exerce sa juridiction sur l'église voisine de S. Giusto, dans laquelle
sont conservées les reliques des saints éponymes, patrons et protec
teursde la cité42. L'abbaye camaldule jouit de ce fait de la protection
particulière de la commune et participe aux rituels festifs civiques
dont elle est un des buts le jour anniversaire de la mort des deux
saints, lors de la grande procession de la Pentecôte, le quatrième
dimanche de Carême (jour anniversaire de la libération de la ville
par les deux saints) et la veille de l'Ascension43. Enfin, malgré leur
situation excentrée dans la géographie de Volterra, les moines de
San Giusto conquièrent une place non seulement dans les manifest
ationsreligieuses de la cité mais aussi dans sa vie quotidienne44.

40 Dans les années 1480-1490, on trouve des paiements réguliers à des prêtres
(en général de S. Maria Maddalena de Trévise) : «... per far cantar la messe de la
schuolla...». Voir ASTv, CRS, S. Parisio, b. 33 (Giornale 1480-1502), f. 40, 88,
100-104, 106, 108. Ibid., b. 60 (livret d'administration 1483-9), ad ann. 1485 :
dépenses per la festa de le fre de la scola.
41 ASFirenze, CRS, App. Camaldoli, 90, f. 339v-340r, en part. 340r.
42 Sur les détails complexes de la légende et du culte des saints protecteurs
de Volterra, voir L. Consortini, Osservazioni entiche sui santi Giusto, Clemente e
Ottaviano protettori di Volterra, in risposta alla critica di Mons. F. Lanzoni alle loro
leggende, dans Rassegna Volterrana, II, 1925, p. 75-91. La commune entend
contrôler la conservation des reliques comme en témoigne l'accord passé ave
l'abbé camaldule, en 1336, à propos de l'œuvre de l'église SS. Giusto e Clemente :
Ann. Camald.,V, p. 358 et App. 518-520; voir aussi A. Cinci éd., Statuti Volterrani,
1463-1466, Florence, 1876, p. 236-237.
43 Voir T.L. Consortini, La badia dei SS. Giusto e Clemente, Volterra
p. 47-48; A.F. Giachi, Saggio di ricerche storiche sopra lo stato antico e moderno di
Volterra dalla sua origine fino ai tempi nostri, Florence, 1887, p. 289-290; doc. XI,
p. 370-373; A. Cinci éd., Statuti Volterrani..., cap. XVII, p. 45-46.
44 Le jour de la messe solennelle célébrée dans la salle du palais des prieurs
CULTE CIVIQUE ET INURBAMENTO MONASTIQUE EN ITALIE 233

Dans un tout autre contexte politique, celui de l'affirmation des


Médicis à Florence, l'ermitage de S. Maria degli Angeli, déjà centre
artistique, centre de production d'une hagiographie d'inspiration
populaire et urbaine et cénacle de culture humaniste grâce à la pré
sence d'Ambrogio Traversali45, est associée à la politique religieuse
de la famille Médicis à l'occasion de la translation à Florence des
reliques des martyrs Prothe et Hyacinthe, jusque là conservées dans
un monastère du contado46. Dans ce cas, la culture patristique d'Am
brogio Traversali, qui, pour l'occasion, traduit du grec la Passion
d'Eugénie contenant la Vie des deux martyrs, rencontre la volonté
de Cosme d'organiser une manifestation de piété civique autour de
sa famille, afin de recréer la cohésion civique dans le cadre d'une

en l'honneur des saints Cosme et Damien, par exemple : A. Cinci éd., Statuti Vol
terrani. ., cap. LUI, p. 115-116. En 1276, Robertus moine de San Giusto, sindicus
comunis envoyé par le podestat, compose avec le syndic de la ville de Pise un
pacte : Regestum Volterranwn, éd. F. Schneider, Rome, 1907 (Regesta chartarum
Italiae, 1), p. 276-277 (orig. ASFirenze, Dipl. Volterra n° 1015-6) et Ann. Camald.,
V, p. 71-72; au début du XIVe siècle, un échange de correspondance entre la
commune de Volterra et le prieur général montre, par exemple, que la commune
employait régulièrement des moines camaldules dans ses services de perception
des droits de douane et d'impôts (ASFirenze, Corp. Relig. Soppr., App. Camaldoli,
25, f. 95r-96r).
45 Sur S. Maria degli Angeli, voir G. Farulli, Istoria cronologica del nobile ed
antico monastero degli Angioli di Firenze, Lucques, 1710; W. et E. Paatz, Die Kir
chen von Florenz, Francfort, 1952-55, III, p. 107-147; L. Ragusi, Le origini di
S. Maria degli Angeli attraverso i documenti più antichi, dans Ambrogio Traversarì
camaldolese nel VI centenario nella nascita 1386-1986, Camaldoli, 1987, p. 30-44;
enfin l'ouvrage de vulgarisation auquel je renvoie également pour la bibliogra
phie sur A. Traversai! : Ambrogio Traversarì un monaco e un monastero nell'
umanesimo fiorentino, éd. S. Frigerio, Camaldoli, 1988.
46 A. Traversati travaille à la constitution d'un patrimoine de reliques pour
S. Maria degli Angeli. Et c'est à l'occasion d'une acquisition en cours qu'il fait
allusion à celle des reliques de Prothe et Hyacinthe pour lesquelles la tradition,
sans fondements attestés, fait intervenir l'autorisation du pape Martin V. En 1431,
vraisemblablement, les reliques de Maur et Vital furent retrouvées in capsa mar
morea cum antiquissimis litteris, près de l'autel de l'église San Martino al Pino
dans le diocèse d'Arezzo. Arguant de ce que ce monastère est isolé dans les mont
agnes, presque détruit, et que son abbé âgé vit à S. Maria degli Angeli, Ambrogio
Traversai! demande au pape Eugène IV de pouvoir transférer les reliques dans
l'église florentine, ubi fideUs populi celeberima devotione concursuque honorentur,
et où il prévoit de les joindre aux reliques des saints martyrs Prothe, Hyacinthe et
Nemesius : A. Traversarius Epistolae Latinae, éd. P. Canneto et L. Mehus, Flo
rence, 1759, 1, 3, p. 12 (la lettre, qui ne porte pas de mention d'année, date de 1431
selon Mehus). D'après une lettre à l'humaniste Niccolo Niccoli, Cosme et Lorenzo
di Pietro dei Medici promirent de faire réaliser le reliquaire pour les ossements
nouvellement acquis (...admonens quid Cosmus frater de omandis sacris Reliquiis
is mihi spei dedisset, hortansque et orans ut ilium ad earn rem perficiendam exci-
taret languidius quant veltem, ac remissius adfectum) : ibid., VIII, 22, c. 389 (la
lettre n'est pas datée mais est comprise entre 1424 et le printemps 1427 : voir
R. Krautheimer, Lorenzo Ghiberti, Princeton, 1982 (3e éd.), p. 138-139).
234 CÉCILE CABY

procession unitaire47. Une célébration solennelle est donc organisée


en 1428 à l'issue de laquelle les reliques sont déposées dans une urne
de bronze, commandée à Lorenzo Ghiberti et placée, d'après des
témoignages postérieurs, entre l'église des moines et la chiesetta de
fuori (vraisemblablement une sorte d'avant-nef réservée aux laïcs)
de telle sorte qu'elle puisse être vue des fidèles48.
Il n'est pas jusqu'au fondateur de Camaldoli, saint Romuald,
figure emblématique de l'érémitisme, qui ne soit impliqué dans cet
inurbamento. Dans la seconde moitié du XVe siècle, arraché à la sol
itude du monastère rural de Val di Castro, Romuald est choisi
comme protecteur par Fabriano qui en a acquis, non sans mal, les
reliques transférées dans l'église urbaine de S. Biagio49.

Pour conclure rapidement, je souhaiterais donner aux


remarques précédentes leur juste mesure et, en particulier, préciser
que les relations que j'ai tenté de mettre en valeur entre inurbamento
et cultes civiques ne sont qu'un aspect des modalités de l'insertion
des communautés monastiques dans les centres habités. Enfin, ces
premiers résultats, limités à la congrégation camaldule et encore à
l'état d'ébauche, ne prendront tout leur sens qu'intégrés à une
recherche élargie à d'autres ordres et à un panorama synthétique
des différents aspects de l'inurbamento monastique.

Cécile Caby

47 Sur la traduction, voir E. Mioni, Le «Vitae Patrum» nella traduzione di


Ambrogio Traversari, dans Aevum, 24, 1950, p. 319-331. Sur la procession et la
dimension civique de la célébration, voir A. Benvenuti Papi, S. Zanobi : memoria
episcopale, tradizioni civiche e dignità familiari, dans Ceti dirigenti nella Toscana
del Quattrocento (Atti del V e VI convegno, Firenze, 10-11 die. 1982), Florence,
1989, p. 79-116, en part. p. 107-108 qui renvoie à la bibliographie. Témoignage de
l'écho qu'eut la célébration, la mention qu'en fait le dominicain Domenico di Gio
vanni da Corella : Ossa ubi Nemesii et Proti, pariterque Hyacinthi / Condita sarco-
phago sunt pretiosa novo, I De puro, quem Cosmus et Laurentius cere / Fecerunt,
Medicee lumen uterque domus / Ex quibus hcec cedes triplici diademate pollet /
Splendida Sanctorum facta amore trium (cité par les Ann. Cornala., VI, p. 288).
48 Sur la datation et les circonstances de la commande : R. Krautheimer,
Lorenzo Ghiberti..., p. 138-139, et doc. 81, p. 376; I. Lapi, Cassa per le reliquie dei
santi Proto, Giacinto e Nemesio, dans Lorenzo Ghiberti 'materia e ragionamenti',
Catalogo della mostra, Florence, 1978, p. 423-426. Sur le mécénat médicéen en
rapport avec la liturgie et sur les dons d'objets sacrés par la famille, voir
M. Nocentini Nucci, Giovanni di Bicci e Cosimo Pater Patriae. La committenza
medicea negli inventori di arredi della basilica di S. Lorenzo, dans Rivista d'arte,
XLIII, 1991, p. 19-32.
49 On trouve un résumé de cette affaire complexe, sur laquelle je prépare un
travail plus exhaustif, dans A. Pagnani, Vita dì san Romualdo abbate fondatore dei
Camaldolesi, Fabriano, 1967 (2e éd.). Voir également G. Annibaldi, La traslazione
di s. Romualdo e il suo culto nell'Esino, Jesi, 1881 et R. Sassi, S. Romualdo e
Fabriano, Fabriano, 1931.

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