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CALCUL DES FONDATIONS SUPERFICIELLES EN ZONE SISMIQUE

AVEC LA NOUVELLE REGLEMENTATION

Société d’accueil : Keller Fondations Spéciales


PFE présenté par : DUSSOURD Alexandre
Tuteur industriel : LAMBERT Serge
Enseignant superviseur : NOWAMOOZ Hossein

Introduction (1 − 𝑒𝐹̅ )𝑐𝑇 (𝛽𝑉̅ )𝑐𝑇 (1 − 𝑓𝐹̅ )𝑐′𝑀 (𝛽𝑀̅ )𝑐𝑀


+ −1≤0
La capacité portante d’un sol est la contrainte ̅ 𝑎 ̅ 𝑘 𝑘′
(𝑁) [(1 − 𝑚𝐹 ) − 𝑁] ̅ 𝑏 ̅ 𝑐 ̅ 𝑘
(𝑁) [(1 − 𝑚𝐹 ) − 𝑁𝑘′ ̅ ]𝑑
que peut reprendre le sol avant rupture par 𝛾𝑅𝑑 𝑁𝐸𝑑 𝛾𝑅𝑑 𝑉𝐸𝑑 𝛾 𝑀
cisaillement. Plusieurs méthodes issues ̅=
𝑁 ; 𝑉̅ = ̅ = 𝑅𝑑 𝐸𝑑
; 𝑀
𝑁𝑚𝑎𝑥 𝑁𝑚𝑎𝑥 𝐵𝑁𝑚𝑎𝑥
d’essais permettent de la déterminer. Une fois
calculée, il faut procéder à une vérification de ̅ ≤ 1 𝑒𝑡 |𝑉̅ | ≤ 1
0<𝑁
cette capacité portante sous action statique
dans un premier temps puis sous actions L’Annexe F propose de distinguer deux types
sismiques si il y’a lieu dans un second temps. de sols, soit le sol est considéré comme
Pour ce faire, il était commun d’utiliser la purement cohérent, soit purement frottant. Les
réglementation du DTU13.12 et Fascicule V paramètres numériques a, b, c, d, e, f, m, k, k’,
pour la vérification statique puis d’utiliser les cT, cM, c’M, β, γ ainsi que la capacité portante
recommandations du PS92 pour vérifier la Nmax et la force d’inertie du sol F ont des valeurs
portance sous actions sismiques. différentes et formulations distinctes en fonction
du type de sol.
Le sujet de ce projet de fin d’études porte sur
l’analyse de la nouvelle réglementation en Dans le plan (𝑉̅ ; 𝑁
̅) avec 𝑀 ̅ = 0 pour un sol
vigueur pour le calcul de portance des purement cohérent et purement frottant, on
fondations superficielles en zone sismique. La observe un écart relatif significatif de 54% au
norme nationale NFP 94-261 se réfère à l’EC8- maximum entre les deux types de sol.
5 lors de la vérification de la portance en zone
sismique. Cette dernière propose une Les formulations présentes dans l’Annexe F
expression générale dans l’Annexe F visant à n’utilisent que la cohésion et l’angle de
tenir compte à la fois des efforts sismiques et de frottement. On peut donc se demander
la force d’inertie du sol. comment utiliser cette nouvelle réglementation
à partir des résultats d’essais pressiométriques
Pour ce faire, je vais dans un premier temps ou pénétrométriques usuellement reçus par un
présenter l’Annexe F de l’EC8-5, puis j’établirai bureau d’étude de sol. La norme nationale NFP
une étude comparative entre la norme nationale 94-261 autorise l’application des méthodes
NFP 94-261+EC8-5 et le DTU13.12+PS92, usuelles de détermination de la capacité
enfin je terminerai par la validation de portante à partir de ces essais. Cependant, il est
l’adaptation de l’Eurocode présenté dans à noter que Nmax est la capacité portante ultime
l’AFPS dans le cas de renforcements de sols. de la fondation sous charge verticale centrée
Lors de ma présentation j’exposerai la feuille pour un encastrement nul. Dans la suite de
Excel établissant l’ensemble des vérifications l’étude Nmax sera ainsi calculée à partir de la
de la norme nationale NFP 94-261. pression limite.

1. Présentation de l’Annexe F de Force d’inertie du sol


l’Eurocode 8-5 L’un des principaux intérêts de l’Annexe F est la
L’Annexe F de l’EC8-5 définit l’expression prise en compte directe des effets de l’action
générale suivante concernant la stabilité par sismique (NEd, VEd et MEd) mais aussi celle des
rapport à une rupture par perte de capacité forces d’inertie du sol. Ces forces d’inerties du
portante sismique d’une fondation superficielle. sol sont à distinguer des forces d’inerties de la
Cette expression relie la résistance du sol, les structure. Lors d’un séisme, le sol est traversé
effets de l’action sismique de calcul (NEd, VEd, par des ondes provenant de la source sismique.
MEd) au niveau des fondations et les forces La propagation de ces ondes dans le sol de
d’inertie du sol. fondation lui impose des déformations et
entraîne la création de forces d’inertie dans le

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volume du sol. De plus, le mouvement du sol Résultats & Analyse :
est transmis à la fondation en engendrant dans  La prise en compte des forces d’inertie
la superstructure des forces inertielles. n’influe que très peu sur l’augmentation
de la largeur utile

 l’écart entre le calcul au DTU et à


l’Eurocode croît avec l’augmentation de
l’effort normal. Dans tous les cas le
calcul au DTU donne des semelles
réduites.

 La variation d’effort normal prédomine


sur la variation de largeur utile. L’effort
horizontal et le moment n’ont qu’une
influence limitée

 On constate que le calcul par le DTU


Bien que l’expression générale intègre la force offre des largeurs utiles réduites dans
d’inertie du sol, L’Annexe F indique que dans l’ensemble des cas. L’EC8-5 semble
les situations les plus courantes et pour des sols donc plus sécuritaire
cohérents, 𝐹̅ peut être pris égal à zéro. J’ai donc
fait varier 𝐹̅ entre 0 et 1 afin d’observer
l’évolution de la courbe enveloppe dans le plan
(𝑉̅ ; 𝑁
̅). Premièrement, je limiterai la valeur de 𝐹̅
à 0.50 qui est une valeur maximale suffisante et
réaliste dans la région Alsace.

Après variation de la force d’inertie du sol pour


un sol cohérent, j’ai pu observer une faible
variation de la courbe enveloppe : pour 𝐹̅ = 0.5
on obtient encore 90% de la capacité portante
ultime Nmax. Dans le cas de sol frottant l’écart y
est plus important : pour 𝐹̅ = 0.5 on ne trouve
plus que 75% de la capacité portante ultime
Nmax.

2. Etude comparative entre la norme


nationale NFP 94-261+EC8-5 et le
DTU13.12+PS92
Dans cette étude j’ai défini une semelle filante
avec encastrement nul sur un sol bicouche
composé d’une première couche d’argile de
6,0m (pl =0,60 MPa EM = 9,6 MPa)
reposant sur une couche de sable/gravier (pl =
1,50 MPa EM = 20,3 MPa). J‘ai ensuite fait Par cette étude et au vu des faibles écarts, on
varier tour à tour NEd, VEd puis MEd en fixant les peut ainsi valider la non prise en compte de la
deux autres efforts afin d’obtenir pour chaque force d’inertie du sol dans les cas les plus
cas la largeur utile B. J’ai ainsi pu tracer courants. Par ailleurs, on peut aussi constater
l’évolution de la largeur utile B de la semelle en une approche plus sécuritaire dans l’application
fonction de l’augmentation de l’effort considéré. de l’EC8-5.
J’ai également tenu compte de la force d’inertie
du sol en distinguant deux cas avec F=0 et
F=0.5. Plusieurs observations ont pu être
établies à partir des différentes courbes. Au
total 3 graphiques de avec chacun 3 courbes
ont été obtenus.

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Discussion pondérées par des coefficients de sécurité
En analysant l’expression générale présentée partiels γN, γT. Tout ceci, sous réserve qu’elles
dans l’Annexe F, on peut émettre des réserves soient sous la zone comprimée de la semelle,
quant aux différents cas pris en compte et à son et qu’elles restent admissibles concernant le
utilisation au quotidien. En effet, certains matelas, le matériau de l’inclusion et la portance
aspects ne sont pas considérés tels que : une vis-à-vis du sol. Il convient pour cela de
autre géométrique que la géométrie plane, la déterminer la répartition des efforts en tête de
profondeur d’encastrement de la fondation, le colonne (effort normal et horizontal) à partir des
choix du type de sol restreint (purement modèles intégrant des lois de comportement
cohérent ou purement frottant) et enfin les appropriées aux conditions sismiques.
expressions de la capacité portante Nmax sont
présentées pour des semelles filantes.
Les équations suivantes présentent la marche
Des travaux complémentaires ont été effectués à suivre pour le calcul des nouveaux efforts
par M. Chatzigogos afin de répondre à la sismiques auxquels on aura retiré les réactions
géométrie particulière d’une fondation en tête de colonne.
circulaire. Ses résultats m’ont semblés
𝑁′𝐸𝑑
particulièrement intéressants et matière à ̅ = 𝛾𝑅𝑑
𝑁
𝑁𝑚𝑎𝑥
réflexion quant à la formulation présentée dans 1
l’Annexe F. Une adaptation des formulations de 𝑁′𝐸𝑑 = 𝑁𝐸𝑑 −
𝛾𝑁
∑ 𝑅𝑖𝐸𝑑
la capacité portante Nmax et de la force d’inertie 𝑖

F est présentée dans la thèse de M. 𝑉′𝐸𝑑


𝑉̅ = 𝛾𝑅𝑑
Chatzigogos. La différence remarquable qui 𝑁𝑚𝑎𝑥
aura un impact sur les courbes enveloppes est 1
𝑉′𝐸𝑑 = 𝑉𝐸𝑑 − ∑ 𝑉𝑖𝐸𝑑
l’introduction un facteur π dans le terme de 𝐹̅ . 𝛾𝑇
𝑖
Cette différence a pour conséquence des écarts
𝑀′𝐸𝑑
significatifs avec ou non la prise en compte de ̅ = 𝛾𝑅𝑑
𝑀
𝐵 ∙ 𝑁𝑚𝑎𝑥
la force d’inertie du sol. En observant le 1
comportement de la courbe enveloppe en 𝑀′𝐸𝑑 = 𝑀𝐸𝑑 − ∑ 𝑅𝑖𝐸𝑑 ∙ 𝑑𝑖
𝛾𝑁
fonction de la valeur de 𝐹̅ on obtient les 𝑖

résultats suivants : dans le cas d’un sol


Ces équations ont été établies par un groupe de
cohérent et pour 𝐹̅ =0.5 on se retrouve avec
travail dont M. Pecker a fait partie qui a
seulement 65% de Nmax qui sont à mettre en
également participé à la rédaction de l’Annexe
comparaison avec les 90% obtenus en utilisant
F. Cependant, Ces équations ont été établies
l’Annexe F. Ces travaux soulèvent ainsi la
sans jamais avoir été réellement validée par
question sur l’universalité de la formulation des essais ou modèles. Il serait donc
présentée dans l’EC8-5, notamment dans le
intéressant de vérifier le bien-fondé de ces
cas de semelles isolées. Est-on suffisamment
équations.
sécuritaire en appliquant l’Annexe F dans ce
Une étude expérimentale en laboratoire a été
cas.
menée conjointement entre Keller et l’Université
de Grenoble. Le modèle réduit (échelle 1/10)
3. Application au renforcement de sol
est formé d’une semelle carrée de
Lors de l’utilisation de renforcement de sols tels
24cmx24cmx2cm reposant sur un massif
que des colonnes ballastées, des inclusions
d’argile renforcé de 4 inclusions en aluminium
rigides (IR) ou des colonnes à modules mixtes
qui sont associées à une partie supérieure
(CMM), on se doit également de vérifier la
souple. Des « swype tests » ont notamment été
portance de la fondation. L’intérêt d’un réalisés sur les CMM afin de déterminer la
renforcement de sol étant avant tout de réduire
combinaison des charges limites verticale V et
les efforts repris par le sol en faisant travailler le
horizontale H qui provoque la rupture de la
renforcement de sol au maximum. La norme
fondation isolée. Expérimentalement cela se
nationale et l’Eurocode ne présentent pas de
traduit par une augmentation progressive de la
méthodes de calcul pour une vérification de la
charge vertical jusqu’à sa capacité ultime, puis
portance sous actions sismiques d’un sol on applique une force horizontale tout en
renforcé. C’est pourquoi l’AFPS a établi des
bloquant la fondation verticalement. Deux
recommandations sur l’expression générale de
essais ont été réalisés : l’un sur l’argile non
l’Annexe F.
renforcé et le second sur l’argile renforcé par
des CMM.
Ces recommandations portent sur les effets de
l’action sismique (NEd, VEd, MEd) auxquels on a
retiré les réactions en tête de colonne (RiEd, ViEd)

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argile Conclusion
argile renforcé J’ai pu constater que l’application de nouvelle
4,00 réglementation ne devait pas se faire sans
garder une certaine distance et un regard
critique. En effet, cette analyse m’aura permis
force horizontale [kN]

3,00
de comparer la nouvelle réglementation et ainsi
apprécier les limites du nouveau modèle. De
2,00 nombreux travaux sortis après la parution de
cette norme montrent les manquements du
1,00 modèle fourni dans l’Eurocode (cf : travaux de
Chatzigogos), ainsi qu’une adaptation quelque
peu compliquée avec les résultats obtenus par
0,00
0,00 5,00 10,00 15,00 20,00
un bureau de sol. Tout ceci pose donc la
force verticale [kN]
question sur l’utilisation directe de cette Annexe
F au quotidien dans un bureau d’étude ainsi que
sur les difficultés qui vont se poser quant à la
En comparant les résultats obtenus à partir des clarté des échanges avec les différents
courbes enveloppes de l’Eurocode et les intervenants extérieurs.
résultats expérimentaux de l’étude on constate
une concordance des courbes de rupture. La
tendance générale et les ordres de grandeur
sont respectés. Pour cette vérification, la
capacité portante Nmax a été calculé à partir de
la cohésion (expression fournie dans l’Annexe
F). J’ai donc voulu comparé ces résultats en
calculant la capacité portante à partir d’essais
pressiométriques comme la norme nationale
nous l’autorise en utilisant la corrélation
cohésion-pression limite. J’observe un écart
important entre les deux méthodes de calcul de
la capacité portante Nmax, les résultats étant
plus conservateur à partir de la pression limite.

Enfin, il était intéressant de déterminer le


pourcentage de la charge reprise par le
renforcement de sol afin de le confronter aux
valeurs usuelles. 78% de la charge totale est
reprise par les 4 CMM, soit 20% par CMM. Ces
valeurs semblent quelque peu élevées par
rapport aux valeurs usuelles (généralement 65-
70%). Ceci peut s’expliquer par une modèle ne
reflétant pas assez fidèlement la réalité ainsi
qu’un sol argileux très mauvais.

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