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Introduction :

Il est bien connu que chaque société compte en son sein une petite minorité de
délinquants qui commettent des délits nombreux, variés et quelquefois graves.
Les criminologues ont consacré un grand nombre de recherches à de tels
individus.

Selon les criminologues, il existe plusieurs catégories de criminel ; par exemple,


les criminels aliénés, les criminels-nés, les criminels d’occasion et les criminels
d’habitude ou chroniques dont sera le sujet de notre exposé.

Le criminel d’habitude, se présente à l’observation sous deux aspects


différents : tantôt il apparaît comme un individu fatalement voué au crime,
tantôt, au contraire, comme un individu qui aurait pu ne pas devenir criminel
s’il s’était développé dans des conditions autres que celles où il a été placé.

Partie I : la criminalité d’habitude ou chronique

A - C r i m i n al i té h ab i tu el l e c on g én i t al e

( L e s c r i m i n el s - n é s )

Les criminels-nés peuvent être répartis en trois grandes catégories :

a- L’aliéné criminel : quel que soit l’âge auquel l’aliénation mentale se déclare,
elle parait résulter d’une prédisposition héréditaire, par conséquent d’une tare
congénitale. Il y a des cas, assez rares d’ailleurs, où la folie semble consécutive
à un accident (traumatisme, maladie), mais alors la prédisposition au crime
dépend d’une altération pathologique de l’économie individuelle et présente
tous les caractères de la prédisposition congénitale. Elle ne peut être
combattue par les moyens qui réussissent quelquefois dans les cas de
prédispositions acquises.

b- Le criminel-né du type lombrosien : Les criminels de cette catégorie ont été


surtout étudiés par l’école italienne, sous l’impulsion énergique de Lombroso.
Les criminels du type lombrosien ont l’apparence de sauvages préhistoriques
égarés dans nos sociétés modernes ; on observe chez eux le développement
des sinus frontaux, des mâchoires, l’insensibilité à la douleur, le goût des
tatouages. À ces signes physiques de régression correspondent des tares
psychiques qui font de ces criminels des êtres incapables de s’adapter à notre
civilisation ; ils ont les mœurs des tribus barbares de l’Australie, ils sont enclins
aux actes de violence, par cupidité ou par vengeance, car ils sont très
vindicatifs, et aux viols. On rencontre des criminels de ce genre parmi les
auteurs d’assassinats, de meurtres, de vols commis avec violence, avec
escalade ou effraction, sur les grands chemins.

Il ne faut pas généraliser à l’excès ces indications et s’imaginer que tous les
criminels coupables de viols, de meurtres, d’assassinats, soient du type
lombrosien; une telle généralisation serait injuste, il convient de se borner à
reconnaître que la proportion des criminels du type lombrosien est beaucoup
plus forte chez les auteurs des infractions.

c- Les amoraux : constituent un troisième groupe de criminels d’habitude ; ils


ont une physionomie spéciale, qui ne rend pas possible leur assimilation au
criminel-né, bien que leur criminalité soit due à des facteurs congénitaux ; ces
criminels sont dans une certaine mesure bien adaptés à la civilisation, ce qui les
distingue des précédents ; ils sont rarement des violents et n’ont pas l’aspect
brutal que donne ordinairement au visage des délinquants lombrosiens.

Un dernier groupe de criminels d’habitude devrait être formé d’une catégorie


très nettement caractérisée de délinquants, les vagabonds et, dans une
certaine mesure, les mendiants. On ne doit pas les confondre avec les
précédents, car ils s’en différencient à plusieurs points de vue. Physiquement,
ils ont quelque ressemblance avec les criminels lombrosiens, mais ils s’en
distinguent par leur innocuité relative. Il y a des vagabonds et des mendiants
qui ont de très nombreuses condamnations pour leurs spécialités, sans en avoir
une seule pour vol ou pour violences. Le problème que soulève leur étude est
assez compliqué ; quelques-uns sont des malades, d’autres ne sauraient être
considérés comme tels.
B - C r i m i n al i té h ab i t uel l e ac qu i s e

La criminalité habituelle acquise est essentiellement différente de la


précédente; alors que les moyens de prévenir la criminalité congénitale sont
rares et difficiles à employer, les procédés qui peuvent être mis en œuvre pour
combattre l’évolution de la criminalité habituelle acquise ne font pas défaut.
Au point de vue sociologique pratique, cette différence est considérable.

Les mauvaises conditions dans lesquelles s’est trouvé placé l’individu, surtout
pendant la jeunesse et l’enfance, sont la cause de la criminalité habituelle
acquise. Ces mauvaises conditions sont de plusieurs sortes ; en premier lieu, il
faut compter l’éducation donnée pendant les jeunes années ; en second lieu,
les mauvais exemples, soit qu’ils proviennent des parents, ce qui rentre dans le
cas précédent, soit qu’ils proviennent des fréquentations personnelles. L’effet
des mauvais exemples et des mauvais conseils se constate non seulement sur
les jeunes gens, mais encore sur les individus d’âge mur.

On peut subdiviser La criminalité habituelle acquise en trois groupes


élémentaires dont les caractéristiques seraient d’abord la perversion, ensuite
la débilité, enfin l’excitation.

a- Les pervertis sont des individus dont le tempérament est indifférent ; ils ont
pris l’habitude du crime dès leur enfance, ayant vécu avec des criminels ou
ayant été en contact avec eux de bonne heure ; on peut dire d’eux qu’ils sont
des criminels par éducation. Ils ressemblent aux pervertis sexuels, comme les
criminels-nés ressemblent aux invertis. Ce n’est pas seulement chez les très
jeunes enfants que l’éducation criminelle porte ses détestables fruits ; elle
produit des effets chez les jeunes gens, qui imitent volontiers les mauvais
exemples ; l’influence des mauvais camarades est pernicieuse ; elle constitue le
facteur le plus important du développement de la criminalité juvénile dans les
grandes villes.
b- Les débiles sont caractérisés par le manque d’énergie physique ou morale.
Ils se divisent en deux variétés :

La criminalité de la première variété peut se développer spontanément, sous


l’influence combinée de la débilité morale et de la paresse ; on rencontre, dans
cette classe, des cambrioleurs, des voleurs, des souteneurs professionnels.

La seconde variété comprend les débiles proprement dits ; ce sont des


individus faibles, lâches le plus souvent, qui subissent aisément l’influence
d’autrui. Ce sont des débiles. Ils sont faciles à entraîner par de mauvais
conseils, de mauvais exemples (imitation). L’influence d’une maîtresse
exigeante ou criminelle est une cause fréquente de l’évolution de la criminalité
acquise chez ces individus.

c- les excités :

La dernière variété des criminels d’habitude acquise sont les excités, sans
attacher un sens pathologique à cette expression. Le nombre de ces excités
s’accroît constamment, sous l’influence de plusieurs facteurs, dont les
principaux sont l’alcoolisme, les réunions publiques, la presse et les
groupements corporatifs.

Partie II : le phénomène de ‘’tcharmil’’ au Maroc

Une chose est sûre, quelle que soit la ville –et pas seulement Casablanca- les
citoyens ne se sentent plus en sécurité. Les cas d’agressions se sont multipliés
et surtout aggravés. Les vols à l’arrachée de sacs à main ont fait place aux
attaques au sabre et aux braquages. Plus personne ne s’aventure à se
promener à pied le soir, ni même le jour… Les voleurs ne se comptent plus.
Même les mineurs s’y mettent, découvrant l’ivresse de l’argent facile.
Les vols, les viols et de plus en plus souvent les meurtres, font
quotidiennement l’ouverture des journaux.
Mais ce n’est pas une simple question d’amplification médiatique. C’est dans
leur vie quotidienne que les citoyens voient monter l’insécurité.
Le «Tcharmil», un nouveau visage de la criminalité au Maroc qui dérange,
inquiète et menace la population marocaine. Littéralement, c'est une
marinade, liquide agrémenté de condiments servant à faire macérer des
aliments, surtout la viande ou le poisson, avant de les cuire, donc une
technique de bouchers, se servant de longs couteaux.

Dans la terminologie des adolescents, cela devient une exhibition, une apologie
du crime, une visibilité aussi inquiétante qu'incompréhensible. Cela consiste à
se prendre en photo sur les réseaux sociaux avec des armes blanches, exhibant
fièrement, comme un signe de bravoure, des couteaux, des épées, des
costumes et autres adjuvants d'un crime réel ou supposé. Pire encore, on se
permet de montrer le butin, réel ou virtuel : sacs à main, montres, bijoux,
téléphones portables, liasses de billets qu'on aurait extorqué à l'occasion de
différents braquages, d'où un sentiment d'insécurité généralisé.

L'insécurité ! Voilà une problématique qui semble donc, à nouveau, plonger la


population dans une expérience d'allure psychotique tant ces petits délits et ce
nouveau visage de la criminalité, commencent malheureusement à se
banaliser. Il ne se passe pas une journée sans que l'on entende parler d'un fait
divers d'agression, de vol, d'attaque à l'arme blanche et même parfois
d'enlèvements ou de pseudo enlèvements tant les habitants de certaines
métropoles sont obsédés par une insécurité sentie au quotidien.

Les réseaux sociaux (Facebook, You tube) se chargent du partage de


l'expérience criminelle, de sa diffusion voire malheureusement de la valoriser
aux yeux d'adolescents ivres d'aventures, faisant généralement un amalgame
entre fiction et réalité.
Des bandes d'adolescents qui prennent un plaisir à horrifier les passants, à
exhiber leurs méfaits tant pour séduire que pour s'affirmer. Une culture
étrangère à nos mœurs, incompréhensible pour la majorité des marocains et
désastreuse par ses conséquences.

On se dirige lentement mais sûrement vers une banalisation de la petite


criminalité. Une sorte de violence urbaine caractérisée par des actions
faiblement organisées de jeunes agissant collectivement contre des biens et
des personnes, sur des espaces disqualifiés ou défavorisés, crée une certaine
psychose parmi la population qui a besoin d'être rassurée, confortée par des
actions diverses pour instaurer un comportement citoyen, loin des incivilités
constatées.
L'ampleur du phénomène et l'incapacité de l'Exécutif à mesurer ces
conséquences à long terme sur le sentiment de quiétude qui caractérise le
Royaume, a fait réagir le Souverain qui a émis des instructions pour stopper
cette «mode» aussi inquiétante qu'étrange. Le ministre de l'Intérieur a donc
présidé plusieurs réunions avec les responsables régionaux de la sécurité. La
société civile et les citoyens sont appelés à contribuer à la préservation d'un
bien précieux pour tout marocain : la quiétude et la paix sociale. Pour les
responsables sécuritaires, une stratégie est adoptée pour enrayer le
phénomène. L'idée est de renforcer la présence d'uniformes dans les rues et de
pratiquer une police de proximité. Mais encore une fois, le gouvernement a été
incapable d'anticiper sur les vrais problèmes de la population, de voir venir un
phénomène social inquiétant et d'en mesurer la gravité. C'est l'action du
Souverain qui a été déterminante et salvatrice.

Conclusion

Partout où la distribution de la délinquance est convenablement calculée, les


chercheurs repèrent un petit nombre de délinquants très actifs posant à la
communauté dans laquelle ils vivent des problèmes qu’il serait inconséquent
de sous-estimer. Le grand nombre d’infractions commises par ces individus
empoisonnent la vie des gens et servent de vecteur au sentiment d’insécurité.
En multipliant vols, méfaits et incivilités, ils propagent la méfiance et
affaiblissent le lien social. Ils forcent leurs victimes les plus pauvres et les plus
vulnérables à s’isoler et à se replier sur elles-mêmes. Quand ils s’incrustent
dans un micro-territoire, ils confisquent le lieu, chassent ou terrorisent
quiconque s’objecte à leurs agissements.

Les hommes politiques qui sous-estiment leur pouvoir de nuisance et de


scandale le font à leurs risques et périls. C’est dans les rangs de ces délinquants
actifs que les organisations criminelles recrutent leurs hommes de main. La
plupart des violeurs et des meurtriers ont commencé leur carrière criminelle en
accumulant les délits contre la propriété, et cela inclut certains des criminels les
plus odieux de notre époque. Cette minorité forme l’armée de réserve de la
grande criminalité.