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Processus préanalytique en bactériologie


N. Hidri, M.-C. Ploy

Le processus préanalytique est critique en biologie médicale, avec différentes étapes, la prescription
médicale, le prélèvement, le transport et la réception, qui peuvent être diverses selon les structures.
Le biologiste, responsable de ce processus sur lequel il a souvent peu d’emprise, doit en définir les moda-
lités de réalisation et s’assurer de la formation des différents intervenants, pour un résultat optimal. En
bactériologie, ce processus s’intéresse à des organismes vivants, réagissant à leur environnement. Cette
discipline connaît quelques spécificités préanalytiques, du fait de la diversité des prélèvements et des
agents pathogènes, mais aussi de la difficulté potentielle de répétition du prélèvement. L’importance des
renseignements cliniques, et la diversité des situations infectieuses rencontrées mettent en exergue le
dialogue clinicobiologique.
© 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Processus préanalytique ; Bactériologie ; Prélèvement bactériologique ; Transport bactériologique ;


Réception au laboratoire

Plan mais la diversité des prélèvements, la multiplicité potentielle des


préleveurs peuvent conduire à une certaine difficulté de standardi-
■ Introduction 1 sation des méthodes, mettant en lumière la nécessité du dialogue
clinicobiologiste.
■ Processus préanalytique en biologie médicale 1 Après avoir examiné les différentes étapes du processus pré-
Prescription médicale 1 analytique d’un examen biologique, nous mettrons en lumière
Prélèvement 2 les particularités pour la discipline de bactériologie et aborderons
Transport des échantillons 2 quelques aspects d’une démarche qualité concernant le processus
Réception au laboratoire 2 préanalytique.
■ Particularités du processus préanalytique en bactériologie 3
Prescription médicale 3
Prélèvement 3
Transport des échantillons 4  Processus préanalytique
Réception 4
en biologie médicale
■ Démarche qualité et processus préanalytique 5
■ Conclusion 5 Les laboratoires de biologie médicale (LBM) sont inscrits
dans une démarche qualité avec obligation d’accréditation
depuis la parution de l’ordonnance du 13 janvier 2010. Les
référentiels opposables sont la norme NF EN ISO 15189 [1] et le
SH REF 02 [2] .
 Introduction Le Guide de bonne exécution des analyses (GBEA) [3] reste oppo-
sable jusqu’à l’entrée effective du LBM dans l’accréditation.
La bactériologie est une discipline, avec la virologie et la Le processus préanalytique englobe les différentes étapes, de
parasitologie–mycologie, qui s’intéresse à des organismes vivants, la prescription médicale jusqu’à la prise en charge analytique au
facteur de variabilité pouvant être difficile à maîtriser. laboratoire, avec le prélèvement, le transport et la réception de
Toutes les étapes de la prise en charge d’un prélève- l’échantillon. Ce processus préanalytique, ainsi que les proces-
ment bactériologique doivent permettre une étude de la sus analytique et postanalytique sont sous la responsabilité du
population bactérienne pathogène, aussi bien qualitative (en biologiste (Fig. 1).
évitant les contaminations par le microbiote endogène) que
quantitative.
Les sites d’infection peuvent être très variés, entraînant donc Prescription médicale
une diversité des matrices pour l’analyse bactériologique (sang,
liquides de ponction, urines, abcès, pièces anatomiques, etc.). Cette prescription peut être réalisée via une ordonnance,
Pour un même échantillon biologique, les modes de prélèvement un bon de demande ou une prescription informatisée (dite
peuvent varier (conditions aseptiques du bloc chirurgical ou pré- connectée). Cette demande d’examen doit permettre, voire
levé au lit du patient, par exemple). inciter, le prescripteur à communiquer des renseignements cli-
Le processus préanalytique, dont la responsabilité incombe au niques, concernant les antécédents médicaux notables, la prise
biologiste, est critique dans la prise en charge d’un échantillon, d’antibiotiques et les hypothèses diagnostiques.

EMC - Biologie médicale 1


Volume 9 > n◦ 1 > mars 2014
http://dx.doi.org/10.1016/S2211-9698(13)56955-X
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Les préleveurs doivent respecter les précautions standards


d’hygiène.
Les échantillons doivent être identifiés avec le nom (nom mari-
tal et nom de naissance pour les femmes), prénom, date de
naissance et sexe du patient, ainsi que la date, l’heure de prélève-
ment, la nature et le site de prélèvement, l’identité du prescripteur
et du préleveur.
Deux situations coexistent dans le monde de la biologie :
• le prélèvement est réalisé par des préleveurs du LBM (sur son site
ou non). Le biologiste définit les modalités de prélèvement en
s’appuyant sur les recommandations. Le personnel préleveur
doit être habilité et les enregistrements de cette habilitation
doivent être archivés ;
• le prélèvement est réalisé par du personnel externe au LBM
(infirmière libérale ou d’un établissement hospitalier). Une
convention entre les différentes parties (clinicien, préleveur,
biologiste) doit être signée. Le personnel préleveur doit être
informé des modalités via la diffusion du catalogue des examens
et du manuel de prélèvement. Les preuves de cette diffusion
sont exigibles auprès du biologiste. Le matériel nécessaire aux
prélèvements doit être mis à disposition des préleveurs. Les
conditions de stockage de ce matériel doivent être établies (lieu,
durée, conditions de température, etc.).

Transport des échantillons


De manière générale, le délai d’acheminement doit être ren-
seigné (via l’heure de prélèvement et l’heure de réception au
laboratoire, par exemple). En effet, certaines analyses requièrent
un temps défini de réalisation depuis le prélèvement. Comme le
délai d’acheminement impacte le délai de rendu des résultats, il
Figure 1. Principales étapes du préanalytique en biologie. doit être optimisé via un circuit organisé, particulièrement pour
les analyses urgentes.
Deux situations coexistent :
• le prélèvement est réalisé in situ dans les locaux du LBM. Le
La prescription informatisée est une aide précieuse car elle éli- délai de transport doit être négligeable ;
mine certaines étapes de saisie par le LBM et peut contraindre le • le prélèvement est réalisé en dehors des locaux du LBM :
clinicien à renseigner des champs obligatoires, à mentionner des ◦ le transport est réalisé par des coursiers dépendant du
renseignements cliniques. LBM. Le biologiste définit les modalités de transport en
Le LBM doit mettre à disposition du prescripteur un cata- s’appuyant sur les recommandations, avec maîtrise du délai
logue des examens, recensant tous les examens réalisés in situ d’acheminement, choix des conditionnements, traçabilité
et ceux externalisés, les conditions de prélèvement, les condi- des collectes, surveillance métrologique des températures de
tions de transport, la fréquence de réalisation, le délai escompté transport (avec entretien des mallettes de transport, mainte-
de rendu du résultat, la durée de conservation des échan- nance des sondes de température),
tillons, avec une mention particulière pour les examens urgents. ◦ le transport est réalisé par du personnel externe au LBM.
Ce catalogue est un incontournable dans le cadre du contrat Le LBM doit renseigner ses clients sur les conditions de
clinicobiologique. transport, et doit participer au choix des conditionnements
Le dialogue biologiste–clinicien est important d’autant plus que adaptés aux exigences biologiques.
la norme NF EN ISO 15189 et le SH REF 02 obligent le biologiste Dans les structures hospitalières, un système de transport
à une prestation de conseils à la phase préanalytique comme des échantillons à type de pneumatique permet d’obtenir une
à la phase postanalytique. En effet, « le biologiste peut modi- meilleure reproductibilité des durées de transport.
fier la prescription après accord du prescripteur, sauf urgence ou En cas de transport routier doivent être respectées les recom-
indisponibilité, pour l’adapter aux recommandations de bonnes mandations du règlement « accord européen relatif au transport
pratiques » [2] . Ce dialogue peut être ponctuel, en rapport avec international des marchandises dangereuses par route » (ADR).
une prescription, ou régulier via des rencontres clinicobiologiques
programmées. La traçabilité de ces échanges doit être effective
par le biologiste, via un archivage du résumé des conversations, Réception au laboratoire
des notes d’information, ou des comptes rendus de réunion par
exemple. La réception des prélèvements doit être accomplie par du
Ce dialogue doit aussi permettre d’informer le clinicien de personnel formé et habilité. L’acceptation du prélèvement est
toutes les modifications ou évolutions techniques, ayant un soumise au processus de gestion des non-conformités qui doit
impact sur le rendu des résultats. Une veille documentaire et tech- être rigoureux, le biologiste engageant sa responsabilité lors de
nologique, via des abonnements à des revues scientifiques, des l’acceptation d’un prélèvement.
participations à des congrès, etc., doit être enregistrée et s’inscrire Toute non-conformité doit être enregistrée. Les non-
dans la formation continue et le maintien des compétences. conformités majeures (en particulier, les problèmes
d’identitovigilance) doivent motiver un refus du prélèvement ;
le prescripteur et/ou le préleveur en sont rapidement informés.
Prélèvement Une dérogation peut être acceptée par le biologiste devant un
prélèvement dit précieux (obtenu par des méthodes invasives par
Le prélèvement doit être réalisé par un personnel formé et exemple), dérogation qui doit être tracée.
habilité, pouvant se référer à un manuel de prélèvement clair et Les non-conformités mineures ne remettent pas en ques-
pédagogique décrivant les modalités de prélèvement, et disposant tion la qualité du résultat analytique (par exemple, l’absence
de matériel adéquat. d’identification du prescripteur, du préleveur, etc.).

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Toutes ces non-conformités doivent être mentionnées dans le l’interprétation peut être difficile (exemples d’une sérologie de
compte rendu final. Lyme positive dans une région de forte prévalence, d’une sérolo-
La gestion des prélèvements est facilitée par les systèmes infor- gie de coqueluche chez un patient vacciné, des réactions croisées),
matiques des laboratoires (SIL). les techniques analytiques évoluent. Récemment, la sérologie de
L’enregistrement informatique peut être réalisé : la coqueluche a été abandonnée au profit de la polymerase chain
• par saisie manuelle – cette saisie doit alors être vérifiée par une reaction (PCR) dans la nomenclature des actes de biologie médicale
autre personne ; (NABM).
• par saisie numérisée de la feuille de demande – cela doit per- La biologie moléculaire est un outil diagnostique intéressant,
mettre de s’affranchir de la vérification de la saisie manuelle. qui est largement promu auprès des cliniciens, qui doivent cepen-
Les erreurs de saisie de coche par le clinicien sont difficilement dant être avertis des quelques limites analytiques :
mises en évidence par le personnel du laboratoire, sauf en cas • les PCR ciblées de bactéries sont plus sensibles que les PCR uni-
d’incohérence de la demande ou de réclamation secondaire du verselles 16S rDNA (échec de la PCR universelle sur un liquide
clinicien ; articulaire contrairement à la PCR ciblant Kingella kingae, échec
• directement par le clinicien en cas de prescription connectée. sur un LCR, contrairement à la PCR ciblant Listeria monocyto-
Dans le cadre d’analyses externalisées, un prétraitement du genes) ;
prélèvement peut être réalisé pour respecter les préconisations • toutes les matrices ne sont pas forcément candidates à
d’acheminement du laboratoire sous-traitant (aliquotage, centri- l’amplification moléculaire, comme le sang, les selles, en raison
fugation, conditionnement, etc.). de la présence possible d’inhibiteurs ;
• l’amplification ne distingue pas les cadavres bactériens des bac-
téries viables ; seule, la culture négative affirme l’efficacité d’un
 Particularités du processus traitement antibiotique.
préanalytique en bactériologie Elle ne permet pas l’obtention d’un antibiogramme, requis
devant un échec thérapeutique notamment.
Deux référentiels existent en bactériologie : le Référentiel en Le biologiste doit donc être partie prenante de la démarche
microbiologie (REMIC) dont la dernière version française date diagnostique lorsqu’il est question d’outils d’amplification molé-
de 2010 [4] et la version européenne de 2012, et le Comité de culaire.
l’antibiogramme, Société française de microbiologie (CA-SFM) [5] ,
révisé tous les ans, pour la réalisation des antibiogrammes en Prélèvement
gélose.
Un groupe de travail de microbiologistes dénommé QUA- Deux types d’échantillons peuvent être distingués en bactério-
MIC, sous l’impulsion de la SFM, établit un référentiel logie.
pour l’accréditation en bactériologie et virologie, déclinant
les spécificités de ces disciplines pour tous les aspects de la Échantillons issus d’un milieu normalement stérile
norme NF EN ISO 15189, référentiel soumis au Comité français Exemples : les ponctions (articulaire, pleurale, sanguine, du
d’accréditation (Cofrac) [6] . LCR), l’examen cytobactériologique des urines (ECBU), etc.
En bactériologie, il peut être difficile de renouveler le prélève- La difficulté lors du prélèvement est de ne pas contaminer
ment en cas de non-conformités majeures. En effet, celui-ci peut l’échantillon par le microbiote bactérien endogène en respectant
avoir été réalisé avant antibiothérapie, lors d’un geste invasif, pen- des règles d’asepsie lors du prélèvement, en respectant un proto-
dant une intervention chirurgicale... cole de prélèvement comme le recueil du deuxième jet urinaire
La phase préanalytique est donc particulièrement critique, pour un ECBU (pour s’affranchir du microbiote urétral) ou en
nécessitant une vigilance du biologiste pour son bon déroule- utilisant des dispositifs de prélèvement protégeant l’échantillon,
ment. comme les systèmes de double cathéter dans les prélèvements des
La biologie délocalisée est peu développée en bactériologie, et voies respiratoires basses.
ne fera pas l’objet de développement dans cet article.
Échantillons prélevés au sein du microbiote
Prescription médicale commensal (cutané, respiratoire, digestif,
Le dialogue clinicobiologique et/ou les renseignements cli-
vaginal)
niques sont importants lorsque certains germes de croissance Les renseignements cliniques sont alors particulièrement appré-
fastidieuse ou d’isolement peu fréquent (tels que les Nocardia spp.) ciés par le bactériologiste.
peuvent être impliqués, ou lorsque le patient a reçu des antibio- En effet, l’examen bactériologique a pour objectifs d’établir
tiques. Dans ces situations, le biologiste décidera des ajustements une cartographie de la population bactérienne et de mettre en
pour la phase analytique : ensemencer des milieux nutritifs dif- évidence un pathogène reconnu, un déséquilibre du microbiote
férents, supplémentaires ou particuliers, ou recourir à la biologie (monomorphisme ? prédominance d’une espèce bactérienne ?).
moléculaire. Pour les prélèvements suppurés, deux situations sont à distin-
De même, pour les prélèvements précieux, obtenus par geste guer : collections fermées et plaies superficielles.
invasif, la quantité recueillie peut être un facteur limitant Dans les collections fermées, le recueil de pus par ponction doit
lorsqu’une recherche élargie est envisagée : cultures tradition- permettre une étude bactériologique satisfaisante.
nelles et/ou recherche de mycobactéries et/ou recherche par Pour les plaies superficielles, logiquement contaminées,
biologie moléculaire. Le biologiste doit alors établir avec le cli- l’intérêt d’un échantillon pour analyse bactériologique doit être
nicien les objectifs de l’analyse, les priorités pour engager une évalué. De même, les redons et autres matériels de drainage en
épargne de l’échantillon lors de la phase analytique. contact avec le microbiote cutané ne devraient pas être destinés à
L’exemple classique est la suspicion de méningite à méningo- une analyse bactériologique, après leur retrait.
coque pour laquelle le patient a pu recevoir des antibiotiques dès Dans quelques situations, la répétition des prélèvements bacté-
sa prise en charge médicale, avant même la ponction lombaire. La riologiques est recommandée :
recherche de méningocoque par biologie moléculaire directement • lorsque la charge bactérienne est faible ou variable dans le
sur le liquide céphalorachidien (LCR) est alors souvent plus contri- temps, comme pour la recherche de tuberculose (trois expec-
butive que la culture traditionnelle ou la recherche des antigènes torations, ou trois tubages gastriques ou trois échantillons
solubles. urinaires) ou pour les hémocultures (trois paires d’hémocultures
Le positionnement des sérologies dans l’arsenal diagnostique permettent d’isoler 90 % des germes responsables du sepsis [7] ,
mérite d’être discuté entre le biologiste et le clinicien. En effet, le ou pour tout épisode infectieux, de 40 à 60 ml de sang doivent
diagnostic sérologique n’est souvent que rétrospectif, il nécessite être ensemencés [6] ) ;
deux sérums à 15 jours d’intervalle (pour objectiver la séro- • lorsque la pathogénicité des germes potentiels est faible, leur
conversion ou l’augmentation franche du titre des anticorps), isolement itératif peut être un argument pour affirmer leur rôle

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Figure 2. Diagramme d’Ishikawa pour la phase préanalytique. REMIC : Référentiel en microbiologie ; CE : conformité européenne ; SIL : système informatique
des laboratoires ; PSM : poste de sécurité microbiologique.

infectieux. Dans les infections osseuses, pouvant impliquer des seringue sans bulle hermétiquement fermée sont recommandés.
germes commensaux, il est demandé au chirurgien de pratiquer Pour les ponctions, l’ensemencement du liquide directement en
cinq prélèvements sur des sites différents lors de l’intervention flacons d’hémoculture par le préleveur, en parallèle à un échan-
chirurgicale, et l’isolement du même germe (même identifica- tillon, peut être pratiqué. Pour les ponctions de liquide articulaire,
tion, même antibiogramme) sur au moins trois sites permet un échantillon transporté dans un tube contenant de l’héparinate
de l’incriminer [4] . Pour un épisode infectieux, l’isolement du de sodium ou du citrate de sodium évite la coagulation et facilite
même germe commensal ayant le même antibiogramme dans l’examen cytologique [9] .
au moins deux hémocultures est un argument important. Quant aux prélèvements pour lesquels une quantification bac-
Certains examens bactériologiques s’adressant à des germes fra- térienne est nécessaire, l’inhibition de la croissance entre le
giles, comme le prélèvement urétral avec recherche de gonocoque, prélèvement et la mise en culture est essentielle, soit par trans-
exigent de mettre en place un circuit particulier de prélèvement, port rapide au LBM (moins de deux heures), soit par utilisation
qui doit être établi au préalable : réalisation au laboratoire pour de milieux contenant des inhibiteurs (exemple des tubes boratés
mise en culture immédiate ou transport au laboratoire dans un pour les ECBU, ou des milieux spéciaux de type Amies).
système permettant sa survie (type Eswab) ou recherche exclusive
par biologie moléculaire.
Le matériel destiné au recueil des prélèvements bactériolo- Réception
giques doit être stérile, à usage unique, avec marquage selon la
conformité européenne (CE). Le volume des contenants doit être Les locaux techniques du laboratoire de bactériologie doivent
suffisant (notamment pour des biopsies), l’étanchéité doit être répondre à des normes de sécurité, de type NSB II, avec poste
satisfaisante (pot à coproculture pour le transport de selles diar- de sécurité microbiologique (PSM) de niveau II, accès limité aux
rhéiques, pot à ECBU pour les urines, etc.), la péremption doit être seuls travailleurs habilités, fenêtres fermées, portes verrouillables,
contrôlée, notamment pour les flacons d’hémoculture. hublot de visualisation sur les portes [10] .
Le déballage des prélèvements à la réception doit être réalisé
dans un espace dédié, en portant des gants, à proximité d’un PSM
Transport des échantillons en cas de nécessité (emballage endommagé ?) [11] .
Les conditionnements utilisés doivent permettre d’assurer La réception dans un laboratoire de bactériologie demande
l’intégrité des échantillons pendant leur transport, les bactéries une formation spécifique du personnel, en raison de la grande
étant sujettes aux conditions thermiques et atmosphériques. variété des natures d’échantillons (nécessitant des notions
Le temps de transport recommandé est inférieur à deux certaines d’anatomie), la compréhension des renseignements
heures [8] pour la majorité des prélèvements bactériologiques, cliniques.
sinon des conditionnements adaptés doivent être instaurés pour Du fait de la difficulté d’obtention de certains échantillons
permettre la viabilité des germes et/ou l’inhibition de leur crois- (par voie invasive, au bloc opératoire, etc.) ou de la prise
sance. d’antibiotiques dès le prélèvement, le biologiste est amené à
Les écouvillons simples ne permettent que la survie de bactéries accepter un certain nombre de dérogations dans cette discipline.
peu exigeantes (entérobactéries, Staphylococcus aureus, etc.). Les Les renseignements cliniques sont importants pour la localisa-
écouvillons de type Eswab sont plus appropriés. tion de lésions telles qu’abcès, liquide de drain, etc. L’utilisation de
Dans la majorité des cas, le transport à température ambiante [4] ces termes généraux n’est pas informative alors que la recherche
est suffisant. de bactéries, les milieux ensemencés dépendent du site de pré-
Lorsque des conditions atmosphériques, de type anaérobiose, lèvement (normalement stérile ou contenant un microbiote
sont requises, des conditionnements de type Portagerm ou commensal).

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 Démarche qualité et processus Déclaration d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts
en relation avec cet article.
préanalytique
La dynamique d’un système de management de la qualité tend
à l’amélioration continue via l’analyse des données (enregistre-
 Références
ments, contrôles de qualité, indicateurs), les actions correctives et
[1] Norme NF EN ISO 15189. Laboratoires d’analyses de biologie médi-
préventives, des audits internes et externes, la revue de direction.
cale. Exigences particulières concernant la qualité et la compétence.
Pour identifier les risques pouvant impacter le processus pré- AFNOR, 2007.
analytique, un diagramme dit d’Ishikawa ou méthode des cinq M [2] Recueil des exigences pour l’accréditation des laboratoires de biologie
peut être utile (Fig. 2). médicale. Document SH REF 02. Révision 01. COFRAC; mai 2012.
• Matière première : échantillons reçus pour analyse bactériolo- [3] GBEA. Guide de bonne exécution des analyses. Arrêté du
gique. 26 novembre 1999 relatif à la bonne exécution des analyses de biolo-
• Main-d’œuvre : tout le personnel intervenant dans ce processus gie médicale. JO du 11 décembre 1999, modifié par arrêté du 28 avril
préanalytique, appartenant ou non au LBM. 2002. JO du 4 mai 2002.
• Milieu : les différents endroits géographiques de ce processus [4] REMIC. Référentiel en microbiologie médicale. Société française de
préanalytique, du patient à la réception au LBM, comprenant microbiologie. Paris: Vivactis Plus Éditeur; 2010.
le transport. [5] CA-SFM. Comité de l’antibiogramme de la Société française de micro-
• Méthode : toutes les procédures mises en place s’appuyant sur biologie. Recommandations 2013.
des recommandations, des référentiels. [6] QUAMIC. Comité qualité de la Société française de microbiologie.
• Matériel : tout le matériel destiné au prélèvement, à son trans- Recommandations 2013.
port, sa réception, le SIL. [7] Lee A, Mirrett S, Barth Reller L, Weinstein MP. Detection of blood-
Comme dans toute démarche qualité, des évaluations for- stream infections in adults: how many blood cultures are needed? J
malisées et régulières doivent être instituées pour ce processus Clin Microbiol 2007;45:3546–8.
préanalytique, avec, notamment, le suivi d’indicateurs, la réali- [8] Gérôme P, Dusseau JY, Masseron T, Bercion R. La phase préanalytique
en bactériologie. Rev Fr Lab 2001;335.
sation d’audits (internes ou externes).
[9] Grancher T, Jeanne G. Biologie des liquides d’épanchement. Paris:
Les indicateurs qualité du processus préanalytique bactériolo-
Éditions Biomérieux; 2006.
gique peuvent concerner : [10] Mounier M, Hidri N, Ploy MC, Denis F. Sécurité biologique au labo-
• les non-conformités majeures : nombre et services impliqués ; ratoire de bactériologie. In: Denis F, Ploy MC, Martin C, Bingen E,
• les non-conformités mineures : nombre et services impliqués ; Quentin R, editors. Bactériologie médicale. Techniques usuelles. Paris:
• les dérogations : nombre et services impliqués ; Elsevier Masson; 2011.
• le délai de rendu de l’examen direct, particulièrement celui pour [11] Leblanc RM. Démarche qualité préanalytique en microbiologie.
les analyses urgentes, comme les ponctions lombaires, à corréler Option Bio 2009;(no 413):22–4.
au délai annoncé au clinicien ;
• la prestation de conseil via le nombre de demandes modifiées
par le biologiste au vu des renseignements cliniques ou après Pour en savoir plus
entretien avec le clinicien ;
• le nombre de réclamations clients concernant ce processus ; Baron EJ, Miller JM, Weinstein MP, Richter SS, Gilligan PH, Thomson RB
• les pratiques des préleveurs : taux de faux positifs diagnostiques Jr, et al. A guide to utilization of the microbiology laboratory for diag-
pour les hémocultures (nombre de flacons positifs avec des nosis of infectious diseases: 2013 recommendations by the Infectious
germes commensaux cutanés considérés comme des contami- Diseases Society of America (IDSA) and the American Society for
nations). Microbiology (ASM). Clin Infect Dis 2013;57:485–8.
Anderson NL, Noble MA, Weissfeld AS, Zabransky RJ. Quality Systems. In:
Sewell DL, editor. The Clinical Microbiology Laboratory. Cumitech
 Conclusion 3B. Washington DC: ASM Press; 2005.
Eloy C, Goudard B, Thouvenine M. Le pré-analytique en microbiologie.
Feuillets Biol 2010;(no 297):45–52.
Comme pour toute la biologie médicale, le processus préana-
Piémont Y, Rieder C, Mahoudeau I, Rousée JM, de Martino S. Les prélève-
lytique est critique, mais particulièrement en bactériologie car
ments en bactériologie. Lettre Infectiol 2000;15:54–60.
les prélèvements sont très divers et contiennent des organismes Klein JP. Évaluation des points critiques en laboratoire de biologie
vivants réagissant à leur environnement. médicale : l’exemple de la bactériologie clinique. Feuillets Biol
Les différentes étapes de ce processus doivent être maîtrisées 2013;(no 314):1–20.
par les différents acteurs pour un résultat satisfaisant, d’autant Klein JP. L’Accréditation en bactériologie. Rev Francoph Lab
plus que la répétition du prélèvement est souvent impossible. 2011;(no 436):39–50.
Les renseignements cliniques sont primordiaux pour aider le Hammad ML. Accréditation en bactériologie. Retour d’expérience. Feuillets
microbiologiste à évaluer la population bactérienne potentielle- Biol 2011;(no 300):39–48.
ment responsable de l’infection et mettre à profit tout l’arsenal Carod JF, Shuetz AN. Préanalytique en microbiologie : proposition d’un
analytique dont il dispose. guide de prélèvement. Spectra Biologie 2013;(no 204):61–71.

N. Hidri (nadia.hidri@chu-limoges.fr).
M.-C. Ploy.
Service de bactériologie, virologie, hygiène, CHU Limoges, 2, avenue Martin-Luther-King, 87042 Limoges cedex, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Hidri N, Ploy MC. Processus préanalytique en bactériologie. EMC - Biologie médicale 2014;9(1):1-5
[Article 90-65-0087-A].

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