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Économie du développement

Chapitre 1 : Le concept de développement en débat

I. La croissance économique

La croissance en économie est l’évolution annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB). Elle
désigne l’augmentation de la production d’une économie au cours d’une année.

Croissance = [PIB(n) – PIB(n-1)] / PIB(n-1)

La croissance provient de l’augmentation quantitative ou qualitative de deux principaux


facteurs de production (travail et capital) et dépend aussi du progrès technique et subit
l’influence des facteurs institutionnelles. Elle peut s’obtenir de deux façons :

a) Extensive : augmentation des facteurs de production (création d’emploi)


b) Intensive : augmentation de la productivité des facteurs existants

a) Le travail :

Déterminants de la quantité du facteur travail : la population active et la durée du


travail.

La qualité dépend de l’âge moyen des travailleurs, du capital humain ou de


l’instruction et l’intensité du travail.

b) Le capital :

Ensemble des biens matériels permettant de créer d’autres biens. Un taux


d’investissement élevé permet :

 D’accroitre l’accumulation de capital


 D’augmenter les capacités de production
 Stimuler sa croissance économique

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c) Le progrès technique :

La principale source de progrès technique est le progrès scientifique et il


s’accompagne de l’amélioration de la productivité du facteur travail.

d) Les facteurs institutionnels :

- Adam Smith : l’Etat doit protéger la société de la violence et de l’invasion d’autres


sociétés et entretenir certaines constructions et institutions publiques

- John Stuart Mill : les moyens d’accumuler du capital sont :

 Un bon gouvernement
 L’amélioration de l’information
 Le déclin des usages ou des superstitions
 La croissance de l’activité mentale
 L’introduction des arts étrangers
 L’importation du capital étranger

Au cours des années 80, l’analyse néo-classique a triomphé :

 Le marché, mode presqu’exclusif de régulation de la vie économique


 Le marché s’adapte plus facilement aux changements qu’un système
d’autorité
 L’économie du marché entraîne la décentralisation et l’individualiste
liés à la montée des institutions pluralistes et démocratiques
 Le marché révèle des imperfections qui justifient le retour de l’État
 Marchés financiers et d’assurance peuvent empêcher de
réaliser certains projets socialement rentables mais trop risqués
par rapport aux possibilités de couverture privée
 Présence des externalités positives où l’entreprise a un impact
positif sur l’économie sans qu’elle soit capable de récupérer la
totalité des bénéfices
 Existence de rendements, croissants et d’économies d’échelle

La croissance désigne une augmentation soutenue et durable de la production d’une


économie et est considérée comme un moyen de résoudre les problèmes de pauvreté.

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Différentes visions de la croissance chez quelques économistes

a) Adam Smith : la source de la croissance et le travail, elle est donc illimitée


b) Thomas Robert Malthus : la croissance de la population, plus rapide que celle de
la production de la terre, conduit à des famines qui permettent de rétablir, à court
terme, le bon rapport entre le deux jusqu’à ce que l’écart provoque une nouvelle
crise
c) David Ricardo : pour faire face à la croissance de la population de nouvelles
terres doivent être cultivées, à long terme état stationnaire
d) Karl Marx : l’accumulation de capital permet à ce dernier de se substituer au
travail. L’augmentation et la baisse des salaires qui en découlent, provoquent une
baisse de la consommation et du taux de profit et par conséquent de la croissance.
e) John Maynard Keynes : l’État peut relancer l’économie en jouant sur la demande
et favoriser ainsi la croissance

II. Développement et sous-développement


1. La notion de développement

Il désigne l’amélioration des conditions et de la qualité de vie d’une population.

Grâce aux réflexions sur le sous-développement, les économistes se sont rendu compte
que leurs théories ne s’appliquaient qu’à une fraction de l’humanité et que les mécanismes
fondamentaux et bénéfiques qu’une économie classique considérait comme universels
n’étaient en réalité que le fait des seuls pays riches.

a) Controverses :

Le développement renvoie à une réalité globale qui ne peut relever uniquement de


l’économie. Les véritables problèmes du développement économique sont extra-
économiques et ne peuvent être analysés qu’à l’aide de toutes les sciences sociales.

b) Quelle définition ? :

- François Perroux : « c’est la combinaison des changements mentaux et sociaux


d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement
son produit réel et global »

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Deux faits principaux :

 Si la croissance peut se réaliser sans forcement entraîner le


développement, il y a tout de même une forte interdépendance entre
croissance et développement
 Le développement est un processus de long terme qui a des effets
durables

- Programme de Nations Unies Pour le Développement (PNUD) : « Fait d’élargir


l’éventail des possibilités offertes aux hommes »

Elle est inspirée de la théorie des « besoins essentiels » créée dans les années 1970
au sein du Bureau International du Travail (BIT). Le développement y est caractérisé
par :

 La disponibilité d’un minimum de biens pour assurer la survie


 Des services de base comme la santé ou l’éducation

Quatre critères pour mesurer le développement :

 La productivité qui permet d’enclencher un processus d’accumulation


 La justice sociale (richesses partagées)
 La durabilité : les générations futures doivent être prises en compte
 Il doit être engendré par la population elle-même

c) Comment se construit historiquement le concept de développement ?

- Il est lié à l’idée de progrès depuis le 18ème siècle, obsédé par l’idéologie du progrès
(Siècle des Lumières). Le progrès est non seulement un moyen pour achever la
civilisation, mais un but en soi.

- Au tout début du 20ème siècle, la notion de développement reste très proche de celle de
civilisation. Elle relève donc plus du domaine social et culturel que du seul point de vue
économique :

Dans le pacte de la Société des Nations (SDN) de 1919 : « Le bien-être et le


développement de ces peuples dorment une mission sacrée de civilisation. La meilleure

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méthode pour réaliser ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations
développées. »

- La rupture apparaît dans les années 1930. La croyance au progrès et la conception


évolutive des sociétés s’affirment plus nettement économiques.

- La notion de développement ne devient un concept que dans les années 1950.

d) Comment expliquer cela ?

- Le développement est une évidence récente de l’après-guerre. C’est la modification des


modes de vie, des niveaux de consommation, liée à la croissance de la production qui a
bouleversé les méthodes de travail et les techniques de fabrication.

Le développement = niveau de vie élevé


Bien-être = bien-avoir

Le PNB par tête apparaît comme le seul critère sérieux du degré de développement.

- Les concepts de développement et sous-développement apparaissent quand les Nations


Unies élaborent une théorie du développement avec ses aspects de stratégie
économique, et son analyse caractérologique du sous-développement : le reste du monde
apparaît par contraste avec les puissances occidentales comme sous-développé.

e) Le concept de développement dans l’analyse économique

La question du développement a toujours été centrale dans l’analyse économique.


Cependant, on l’aborde essentiellement sous l’angle de la création de richesses.

L’Économie Politique, dès le XIXème siècle, se pose la question du processus de création


de la richesse. Cette question est transposée durant la deuxième partie du XXème siècle,
après les Indépendances, au Tiers-Monde.

Depuis les années 1980 on redécouvre une analyse en termes de dynamiques, s’intéressant
au processus et non au seul niveau de développement.

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Le développement n’est plus appréhendé sous la forme comparative des niveaux de
développement, mais comme un processus de changement économique et social.

La question du développement est abordée par les économistes à travers de quatre


optiques :

1) Développement et représentation du temps en économie


En économie, la conception de la temporalité renvoie à une vision très linéaire
Développement = Phénomène prévisible
Exemples :
 Rostow, « étapes de la croissance économique »
 Vernon, « cycle de vie du produit »
 Marx, « stades de développement »

2) La prise en compte de la diversité des espaces pour expliquer le développement


La plupart des courantes économiques ont une vision homogène des espaces car
les économistes ont tendance à qualifier un territoire à partir du travail et du
capital.
Le caractère hétérogène et endogène du développement est nié. Toutes les
spécificités culturelles, politiques, sociologiques et économiques son rejetées,
vidant de sa substance humaine le processus de développement.

3) Les différentes dimensions du développement


Le développement est un processus économique, social, politique et culturel.
Sur le plan économique, il s’agit d’un processus d’accumulation de richesses.
Cependant, ce processus n’impulse pas de développement s’il n’est pas associé à
une politique sociale de répartition afin d’accroître le bien-être des personnes.

4) Développement et création de richesses


La question du développement est souvent assimilée à celle de la création de
richesses. Les classiques associaient la création de valeur au travail et à la
satisfaction d’un besoin.
Cependant, la production de richesses ne se fait pas que dans la sphère marchande.
L’analyse économique du développement doit rendre compte de la sphère non-

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marchande, du non monétaire, et inventer de nouveaux outils pour prendre en
compte le tiers secteur, de l’économie informelle, solidaire, populaire…

f) Le développement est-il un concept ethnocentrique ?

Question : « ce que nous entendons par développement n’est-il qu’une certaine


conception de ce que doit être le progrès humain, conception héritée des Lumières et
propre du monde occidental ? »

Derrière la notion de développement se cacherait le modèle économique de production


capitaliste. Le souhait de voir se développer les pays pauvres participerait d’un projet de
normalisation capitaliste et libéral du monde.

Marshall Sahlins : les sociétés primitives, sous-développées au sens occidental, ne


connaissent pas la pénurie mais l’abondance du fait du peu de besoins à satisfaire.

 Critique du capitalisme : c’est le fait que le système capitaliste crée de nouveaux


besoins qui crée alors le sous-développement.

Ces approches critiques du développement sont présentes pour questionner ce que l’on
entend par « besoin », « progrès » et « retard du développement ». Elles remettent en
cause les théories simplistes du retard que les pays pauvres auraient vis-à-vis des pays
développés, qui proposent un modèle unique de développement applicable à tous et
prenant pour modèle la réussite européenne et américaine des décennies précédentes.

2. La notion de sous-développement

- « Pays sous développé » : terme utilisé pour la première fois par le président Harry
Truman en 1949 dans le contexte de la guerre froide pour justifier l’aide que doivent
apporter les pays riches aux pays pauvres afin d’endiguer la montée du communisme.

- « Tiers-monde » : terme utilisé par Alfred Sauvy en 1952 pour qualifier les pays sous-
développés en faisant référence au tiers état de l’Ancien Régime.

- Les pays pauvres s’allient dans un but commun : dénoncer la logique des blocs et
revendiquer leur voix dans le concert mondial des nations.

 1955, Conférence de Bandoeng :

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 Naissance du tiers-monde comme mouvement politique
 Mouvement des « non alignés » : voie médiane entre les États-Unis et la
Russie
 Emergence du « groupe des 77 »
 Création de la conférence des Nations unies sur le commerce et le
développement (CNUCED) en 1964 : porte-voix des revendications du
tiers-monde pour un commerce plus équitable

- « Pays en voie de développement » (PVD) : terme utilisé par l’ONU en 1970

- « Pays en développement » (PED) : terme utilisé à partir de 1980. Cette notion cohabite
avec le « Sud » (localisation géographique des PED) et du « Nord ».

Caractéristiques communes des pays sous-développés

1. Insuffisance alimentaire
2. Déficiences des populations : analphabétisme, maladies de masse…
3. Sous-exploitation de ressources naturelles, sous-utilisation de moyens de
production malgré l’ampleur des besoins
4. Forte proportion d’agriculteurs à basse productivité
5. Processus d’« industrialisation » incomplet
6. Hypertrophie et parasitisme du secteur tertiaire
7. Subordination économique à l’égard des pays développés organisant le marché
mondial
8. Violence des inégalités sociales : minorité privilégiée dont le pouvoir procède
d’une présence des structures capitalistes modernes et de formes de domination
qui en Europe ont disparu depuis des siècles
9. Faiblesse des structures permettant de réaliser l’intégration de la population au
sein d’un même ensemble économique, social, politique et culturel
10. Inarticulation des différents secteurs de l’économie, les progrès des secteurs
orientés vers l’exportation ne se propagent pas
11. Ampleur du chômage et du sous-emploi, participation importante des enfants à
l’économie
12. Processus de croissance démographique accélérée

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13. Par rapport à ce dernier, les ressources ne progressent que lentement

Caractéristiques communes des économies en développement

1. Prépondérance du secteur primaire


2. Faiblesse de l’industrie
3. Pression démographique
4. Sous-alimentation et malnutrition
5. Faiblesse du revenu par habitant : pauvreté
6. Faiblesse de l’épargne nationale
7. Faiblesse de l’appareil éducatif et de formation

III. La croissance et le développement


 Croissance : elle mesure la richesse produite sur un territoire en une année et son
évolution d’une année à l’autre. Elle est prise en compte par le PIB et ne dit rien
sur ses effets sociaux.

1. Contresens à éviter : croissance économique VS développement

Le développement : phénomène qualitatif de transformation sociétale


La croissance économique : phénomène quantitatif d’accumulation de richesses
La croissance peut contribuer au développement.

Croissance sans développement : quand la production de richesse ne s’accompagne pas


de l’amélioration des conditions de vie.

Développement sans croissance : la priorité donnée aux productions les plus utiles et une
plus grande équité dans la distribution des biens améliore les conditions de vie des
populations et crée du développement.

La qualité de la vie ne se réduit pas au bien-être matériel et comprend aussi des valeurs
telles que la justice sociale, l’estime de soi et la qualité du lien social.

 « Développement » = ‘Empowerment’ : capacité d’un individu ou d’un groupe à


décider pour lui de ce qui le concerne et à participer au débat citoyen.

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Amartya Sen : la liberté apparaît comme la fin ultime du développement, mais aussi
comme son principal moyen pour considérer en conséquence que le développement peut
être appréhendé comme un processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les
individus. Les systèmes autoritaires (dans l’économie de marché comme dans l’économie
planifiée), ont échoué.

2. Croissance et développement : un cercle vertueux ?

Il peut y avoir croissance sans développement mais cela ne dure pas car pour qu’il y ait
de la croissance il faut à long terme un changement des structures sociales et
économiques.

 L’augmentation de la productivité entraîne une croissance économique. La société


utilise ses richesses pour : améliorer le bien-être, réduire les inégalités,
transformer les structures de production, améliorer la santé et l’éducation…
 L’amélioration de la santé et de l’éducation sont une source d’efficacité
économique, car elle favorise les facultés productives de la main d’œuvre, donc
permet une augmentation de la productivité et une augmentation de la croissance.

Si le PIB s’accroît, l’augmentation des richesses produites va se répartir entre ces trois
bénéficiaires :

1) Hausse des salaires : la croissance permet une augmentation du niveau de vie


puisqu’elle améliore le pouvoir d’achat des ménages. Ces derniers vont
pouvoir consommer plus, d’où une amélioration de leur bien-être.
2) Hausse des profits : la croissance permet d’accroître les ressources des
entreprises et donc de leurs investissements et leurs innovations. Elles peuvent
proposer de nouveaux produits, modifier leur système de production, ce qui
entraîne certaines modifications structurelles (salarisation).
3) Hausse des recettes publiques : la croissance permet une intervention positive
de l’État pour le développement. L’État aura des ressources suffisantes pour
financer les investissements publics et mettre en place une politique sociale.

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Chapitre 2 : Mesure du développement, le mythe des indicateurs

I. Retour sur les concepts de croissance et de développement

Le terme « sous-développement » est couramment associé à la pauvreté (faibles revenus).


Suivant cette logique, le niveau de richesse sert de référence pour déterminer un seuil de
pauvreté et tracer une frontière entre un Nord (riche) et un Sud (pauvre).

Cette ambigüité provient d’une confusion entre croissance et développement.

Des indicateurs d’ordre qualitatif ont été créés :

 Notions de besoins familiaux : taux de scolarisation, taux d’alphabétisation…


 Disparité interne à chaque pays :
 Disparité de répartition de revenus (H/F, villages/campagnes)
 Disparités en termes d’accès à l’éducation ou de répartition des revenus
(H/F)
 Accès à des biens de consommation (de confort, automobile,
téléphone…)
 Liés aux infrastructures (électricité, routes)
 Liés à l’environnement économique (inflation, taux de croissance)

Les notions de croissance et de développement sont liées car on peut supposer que la
croissance entraînera des changements socioculturels (éducation, de santé, de logement).

Si la croissance est une condition nécessaire au développement, elle n’est pas suffisante.
Des faits de la vie quotidienne augmentent le PNB sans traduire une amélioration des
conditions de vie.

II. Les classifications des pays en développement retenues

Chaque année, la Banque Mondiale publie un Rapport sur le Développement dans le


Monde où les principaux indicateurs économiques, sociodémographiques etc. qui
caractérisent les pays sont présentés. Ces indicateurs sont relatifs à :

 À la population
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 À l’environnement
 À l’économie
 Á l’État et aux marchés
 Aux relations internationales

Les pays du monde son hiérarchisés selon une classification fondée sur le niveau de
revenu par habitant qui vise à mettre en évidence les disparités de revenu, et donc de
richesse, au niveau international. Elle repose sur une assimilation entre sous-
développement et pauvreté.

Dans les rapports, trois sous-ensembles apparaissent :

 Pays à faible revenu : les plus pauvres, qualifiés depuis 1964 de pays les moins
avancés (PMA). Plus de la moitié de la population mondiale.
 Pays à revenu intermédiaire : catégorie plus diversifiée. Elle renvoie non
seulement aux pays considérés comme en développement mais aussi aux pays de
l’est anciennement à économie planifiée.
 Pays à revenu élevé : pays les plus riches.

III. Présentation des indicateurs de croissance, limites et améliorations

1. Le problème de l’évaluation en dollar et le recours à la PPA

- Le principal problème provient de l’unité de compte retenue pour opérer des


comparaisons entre les niveaux de revenu et de croissance des différents pays : le dollar.

Le PIB du pays est évalué en utilisant les prix intérieurs du pays considéré. Ces valeurs
sont converties en dollars, ce qui finit par ne pas refléter le pouvoir d’achat intérieur relatif
des monnaies nationales.

- Des facteurs de conversion, fondés sur la parité de pouvoir d’achat (PPA), ont été conçus
par l’ONU et repris par la Banque Mondiale.

La PPA est un facteur de conversion qui permet de représenter le nombre d’unités de


monnaie d’un pays nécessaire pour acheter, sur le marché du pays, la même quantité de
biens et services qu’avec un dollar aux USA.

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Ils se basent sur le fait qu’un dollar n’a pas le même pouvoir d’achat dans tous les pays.
Pour établir les PPA, des indices de prix moyens sont calculés de telle sorte que les
comparaisons de PNB par habitant faites sur cette base reflètent, dans chaque pays, le
pouvoir d’achat en biens et services indépendamment du niveau des prix.

- Un même prix sera utilisé pour chaque type de production. Ainsi, deux productions
identiques dans deux pays seront évaluées au même prix.

2. Autre limite

En utilisant uniquement le PIB comme indicateur, on raisonne par rapport à des moyennes
qui masquent les structures de répartition de revenu dans un pays.

Des indicateurs de mesure de la pauvreté dans un pays :

- L’étendue de la pauvreté dans un pays dépend du nombre des personnes qui se situent
en dessous d’un seuil de bas revenu (en %).

LIR (low income rate) = q/n (nombre de personnes revenu inférieur/population totale)
Problème : il n’appréhende pas l’intensité de ces situations

- L’écart moyen des bas revenus sert à mesurer l’intensité de la pauvreté. Elle représente
la différence entre le revenu moyen de la population à bas revenu et le seuil de bas revenu
(en %).

ALG (average low income gap) = z – yq/z (seuil de bas revenus – revenu moyen de la
population à bas revenu/seuil de bas revenus)
Problème : cet indice ne permet pas de voir la redistribution qui existe au sein même de
la population à bas revenu

- Les indicateurs les plus utilisés sont : l’indice de Gini et la courbe de Lorenz

A. Sen (1976) a créé une méthode permettant de combiner ces trois éléments -l’indécence,
l’intensité et la distribution des bas revenus- au sein d’un indicateur unique de la pauvreté
utilisé pour caractériser la distribution des revenus à l’intérieur d’une population. Il est
compris entre 0 (revenus répartis de manière égale) et 1 (inégalité totale).

On mesure ainsi ce que l’on appelle la concentration des revenus.

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Il est possible de faire une représentation graphique de ces situations : c’est la courbe de
Lorenz. On porte en abscisses le pourcentage cumulé des effectifs et en ordonnées, le
pourcentage cumulé des revenus correspondant.

3. Les principales limites du PIB renvoient, dans le cas des PED, à son mode
de calcul

Le PIB est un indicateur pertinent dans le cas d’économies monétaristes (marchandes),


mais pose un problème dans le cas des pays où le secteur non monétariste (non-marchand)
est très présent.

Dans certains pays en développement, un fort pourcentage de la production agricole est


destiné à l’autoconsommation, ce qui n’est pas pris en compte dans le calcul de la richesse
nationale. Les PIB des PED sont souvent sous-évalués.

Le PIB ne traduit en rien la situation réelle des sociétés en développement, et il ne rend


pas compte des inégalités sociales qui caractérisent ces sociétés. Il surestime la dimension
monétaire, alors que la partie non monétariste de ces économies y est souvent
prépondérante. Quant à la dimension économique des inégalités, le PIB est très insuffisant
pour établir des comparaisons.

Il convient de considérer aux conditions générales du développement, et de le resituer


dans le cadre du processus de mondialisation qui caractérise la scène internationale depuis
les années 80.

- L’ouverture aux échanges internationaux et la part prise dans le commerce international


reflète, pour certains, une aptitude à répondre à la demande internationale qui corresponds
à une condition de la croissance et du développement pour les partisans du libre-échange.

La libéralisation des échanges ne s’est pas traduite par une convergence accrue des
économies, mais plutôt par un renforcement des inégalités entre pays.

- Un autre indicateur d’intégration économique est l’IDE (investissements directs à


l’étranger). Il est censé représenter une ressource complémentaire à l’investissement
national pour soutenir la croissance, mais aussi favoriser la diffusion technologique.
Cependant, ces effets restent difficiles à mesurer.

De plus, les entrées d’IDE restent concentrées dans les pays développés.

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IV. Vers l’élaboration des indicateurs qualitatifs : un bilan

1. Les rapports de l’Indicateur de Développement Humain (IDH)

L’ONU a conçu en 1990 l’Indicateur de Développement Humain (IDH), qui prend en


considération trois aspects de la croissance et du développement

 L’aspect démographique et l’état sanitaire du pays : l’espérance de vie à la


naissance corrélée à la mortalité infantile.
 L’aspect socioculturel : niveau d’instruction (2/3 le taux d’alphabétisation des
adultes, 1/3 le taux brut de scolarisation combiné (tous les niveaux)
 L’aspect économique : niveau de vie mesuré par le PIB/tête exprimé en PPA

Les pays sont classés sur une échelle allant de 0 (développement humain le plus faible) à
1 (pour le plus élevé) et ils vont être classés en trois catégories :

 DH élevé : < ou = à 0,800


 DH moyen : entre 0,500 et 0,799
 DH faible : inférieur à 0,500

L’écart par rapport au maximum théorique de 1 est qualifié de « déficit de


développement humain ».

- Il n’y a pas de correspondance stricte entre l’IDH et le PIB. Ils existent des décalages
entre les classifications basées sur le PIB et celles prenant comme référence l’IDH, ce qui
reflète des différences de priorités accordées par les pouvoirs publics à la santé ou à
l’éducation.

L’IPH (Indice de pauvreté humaine) abord tous les aspects de la vie humaine considérés
comme essentiels (ceux intégrés dans l’IDH), mais en les abordant en termes de manques.
Il s’agit de voir ce que les gens peuvent ou ne peuvent pas faire.

 L’IPH-1 est l’IPH pour les pays en développement. Il privilégie les


domaines où les manques sont les plus importantes : la longévité, le
savoir, l’accès à des moyens indispensables à la survie…
 L’IPH-2 concerne les pays industrialisés. Il intègre le critère
d’exclusion de la vie sociale mesuré par le chômage longue durée.

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2. Les critiques adressés aux indicateurs de type IDH

Les critiques sont liés au faible nombre d’indicateurs utilisés pour sa construction.

Le choix du taux d’alphabétisation des adultes pour représenter le niveau de savoir de la


population lui est aussi critiqué puisqu’il ne permet pas de rendre compte des
connaissances transmises oralement de génération à génération.

3. Analyse critique : la volonté de quantification, un mythe ?

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Chapitre 3 : Théories et stratégies du développement

I. Quelques théories du développement

1. L’approche structuraliste

Ces théories expliquent le sous-développement par la structure des pays du Sud.

a) La théorie de la détérioration des termes de l’échange


Le concept « termes d’échange » désigne le rapport de l’indice des prix des exportations à l’indice
des prix des importations d’un pays. Lorsque ce rapport s’accroit, on parle d’amélioration des
termes de l’échange et le pouvoir d’achat des exportations d’un pays augmente. À l’inverse, le
pays perd le pouvoir d’achat de ses exportations.

La première critique aux théories ricardiennes a été développé par la CEPAL. De cette
réflexion découlent la théorie de la détérioration des termes de l’échanges et la théorie
de substitution aux importations.

L’économiste Raul Prebisch publie avec Hans Singer un article sur les causes du sous-
développement en Amérique Latine. D’après eux, le sous-développement est la
conséquence de la division internationale du travail qui engendre la polarisation du
monde entre un centre et une périphérie, ce premier étant technologiquement en
avance par rapport à la périphérie organise les relations économiques internationales
à son profit. Il se produit une spécialisation de la périphérie dans les produits
primaires, et une spécialisation du centre dans les produits manufacturés.

Raul Prebisch a soutenu qu’en régime de libre échange, les rapports entre le centre et
la périphérie tendent à reproduire les conditions de sous-développement. La division
internationale du travail et la spécialisation accentuent les distorsions mondiales au
lieu de les corriger. Si le principe ricardien fonctionnait correctement, cette différence
de productivité entre le secteur industriel des pays du centre et le secteur primaire des
pays de la périphérie devrait se traduire par une amélioration des termes de l’échange
en faveur des pays du Tiers Monde.

Les prix des produits manufacturés augmentent plus vite que les prix des produits
exportés par le Tiers monde, provoquant un déficit permanent des balances
commerciales de ces derniers. Le centre bénéfice de l’avantage comparatif de la

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périphérie dans la production de produits primaires, sans pour autant faire profiter
celui de son avantage comparatif en produits manufacturés.

Il n’y a aucune possibilité d’accumulation dans les pays périphériques, donc aucune
possibilité d’amorcer un processus d’industrialisation :

 Dans le centre, les marchés sont peu concurrentiels, ce qui limite la


baisse des prix des produits manufacturés
 Dans la périphérie, les marchés sont très concurrentiels, poussant à la
baisse les prix des produits primaires

Selon Prebisch, c’est la spécialisation dans les produits primaires et la dégradation des
termes de l’échange ce qui cause les sous-développements.

b) La théorie du dualisme

D’après Arthur Lewis, le sous-développement est causé par la structure dualiste de


l’économie des pays pauvres. Il soutient que les pays du TM sont caractérisés par la
dualité entre un secteur capitaliste, urbain et industrialisé, et un secteur de subsistance,
principalement agricole et dont sa productivité est très basse.

Les travailleurs sont le point de contact entre les deux secteurs. Le secteur traditionnel
monopolise la main d’œuvre disponible et empêche le secteur moderne, qui est source
d’accumulation et de gains de productivité, de se développer. En plus, il considère
que le fort potentiel de main d’œuvre du secteur primaire, au lieu de profiter aux
populations locales sous forme de hausse du niveau de vie, bénéficie plutôt aux
importations du Nord.

c) L’évolution des thèses structuralistes

Elles se caractérisent par :

1) Analyse historique de la formation du sous-développement sachant qu’il est le


produit des structures de production caractérisées par la distorsion et qu’il est lié
à la position des pays développés dans la division internationale du travail.

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2) L’importance des pouvoirs publics étant donné que les mécanismes du marché ne
peuvent pas fonctionner selon le modèle théorique. L’État doit :
 Développer des infrastructures économiques et sociales
 Accélérer l’accumulation du capital et l’investissement
 Traiter les goulots d’étranglement

3) Le rôle des facteurs socioculturels : ses institutions et les traditions présentes dans
les pays en développement peuvent constituer une entrave au développement
économique. Il nécessite des conditions socioculturelles pour pouvoir advenir :
 Changement culturel tourné vers le progrès
 Logique de l’enrichissement et de l’accumulation comme but de
l’activité économique

2. L’approche marxiste
Elle analyse le sous-développement comme une conséquence de l’impérialisme.

a) L’école de la dépendance

Les économistes néomarxistes développent la notion de dépendance dans le cadre


d’une théorie de l’impérialisme des pays développés sur les pays du Sud.

Cette relation de dépendance de la périphérie vis-à-vis du centre est un héritage du


développement du capitalisme mondial basé sur une structure coloniale. Cette relation
de dépendance assure le transfert des richesses du Sud vers les pays du Nord,
permettant le processus d’accumulation capitaliste des pays développés. Le
capitalisme interdit donc par sa nature l’intégration économique de la périphérie. Le
développement des pays riches nécessite le sous-développement des pays pauvres.

b) L’échange inégal

Le sous-développement est le produit du capitalisme et donc du développement. Le


développement de la périphérie ne peut pas se faire dans le cadre du capitalisme. Pour
assurer le développement de la périphérie, il faudrait une rupture du lien de
dépendance avec le centre par le protectionnisme, et faire la promotion d’un
développement basé sur le marché intérieur.

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3. L’approche institutionnelle : la nouvelle théorie des institutions

La logique du marché dans les pays pauvres éloigne l’économie de l’équilibre. Le libre
jeu du marché produit des « effets de remous » qui dominent les « effets de propagation »
censés permettre une diffusion de la croissance des secteurs riches vers les secteurs
pauvres. Ces « effets de remous » sont entretenus par les institutions traditionnelles
féodales des PED. Il s’installe une « causalité circulatoire » dans laquelle les inégalités
issues du libre jeu du marché sont amplifiées par ces institutions inégalitaires.

L’intervention de l’État est plus que nécessaire pour casser ce cercle vicieux, réduire les
inégalités et favoriser les effets de propagation.

II. Quelques stratégies de développement suivies par les PDV

Les premières stratégies de développement des PDV sont axées sur l’industrialisation et
se sont déroulé au cours de années 1950 jusqu’à la crise de la dette du TM (début des
années 1982). L’objectif : rattraper les pays industrialisés.

1. Les fondements politiques et théoriques des stratégies d’industrialisation

- Croyance que le développement économique repose sur l’expansion du secteur


industriel, ce qui va justifier le choix de l’industrie comme stratégie de développement au
détriment de l’agriculture. Cette croyance est renforcée par les déficits chroniques des
balances commerciales de PDV mais aussi l’analyse économique dominante, notamment
l’approche dualiste de Artur Lewis.

2. Le débat entre croissance équilibrée et croissance déséquilibrée


Sur la façon de mener le processus d’industrialisation, deux thèses s’opposent :

- Ragnar Nurske et Paul Rosenstein-Rodan : Il faut développer une croissance


équilibrée = repartir les investissements dans toutes les branches industrielles
afin d’assurer simultanément une offre et une demande pour éviter tout
déséquilibre.

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- Albert Hurschman et François Perroux : Il faut concentrer les investissements
dans les secteurs moteurs de l’économie et ne pas gaspiller le capital dans des
branches qui n’auront pas de retombées positives sur toute l’économie.

3. Les stratégies d’industrialisation et de développement tournées vers


l’intérieur : le développement autocentré

Le premier type de stratégies de développement regroupe des industrialisations basées


sur le développement du marché intérieur. Elles reflètent un « pessimisme pour les
exportations ».

a) La stratégie d’industrialisation par substitution aux importations

Elle est théorisée par la Commission Économique pour l’Amérique Latine (CEPAL)
et les travaux de Raul Prebisch, qui représentent le « protectionnisme éducateur » de
Friedrich List. Elle est mise en œuvre dans les années 1950.

Il s’agit de se libérer de la dépendance au commerce international en substituant


progressivement la production nationale aux importations.

Cette stratégie nécessite la mise en place d’une réforme agraire et la constitution de


marchés intégrés régionaux, ainsi que des politiques protectionnistes et le
financement des investissements massifs.

- Stratégie de remontée de filière : le pays produit d’abord des biens de


consommation basiques, puis il produit des biens plus élaborés, ce qui permet de
diversifier la production.

b) La stratégie d’industrialisation des industries industrialisantes

Cette stratégie est copiée sur le modèle soviétique de priorité à l’industrie lourde. Il
s’agit de développer des activités situées en amont du système productif (sidérurgie,
métallurgie, production énergétique, chimie de base…), car elles sont censées avoir
des effets d’entraînement sur le reste de l’économie.

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c) Les stratégies d’industrialisation et de développement tournées vers l’extérieur :
le développement extraverti

Stratégie passant par une participation croissant au commerce international suivant


les principes de la théorie néoclassique des avantages comparatifs.

- Les PED dotés de ressources naturelles abondantes vont suivre une stratégie de
spécialisation dans l’exportation de ces produits primaires.
Les ressources financières tirées de ces exportations doivent permettre d’importer
des biens d’équipement pour favoriser l’industrie du pays.
Cette stratégie s’avère ruineuse du fait de la dégradation en termes de l’échange,
qui touche aussi les pays exportateurs de pétrole dans les années 1980 à la suite
des deux chocs pétroliers.
- La promotion des exportations : il s’agit de substituer progressivement les
exportations de produits primaires par des produits plus élaborés, plus intensifs en
capital et à plus forte valeur ajoutée.
Ce développement n’a été un succès que pour les pays qui ont su faire évoluer
leur spécialisation en remontant la filière de leurs exportations. La crise asiatique
de 1997 a démontré la fragilité de cette stratégie si la remontée de la filière ne se
fait pas assez vite.

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