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La doctrine du jugement correct dans la philosophie de F. Brentano Author(s): Jean-Claude Gens Source:

La doctrine du jugement correct dans la philosophie de F. Brentano Author(s): Jean-Claude Gens Source: Revue de Métaphysique et de Morale, 101e Année, No. 3, LE JUGEMENT (Juillet- Septembre 1996), pp. 361-381 Published by: Presses Universitaires de France

Accessed: 14/08/2011 21:19

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La doctrinedu jugement correct dans la philosophie de F. Brentano

Comment penser le logique ? Le propre de Brentano, dontse réclamentla phé-

noménologie comme l'Ecole de Vienne,

la

reconduirela

qu'il soit pour autantévident qu'il succombeau « psychologisme ». Il n'en viendra

ainsià défendre une théorie non-prédicativepuis non-propositionnelle du jugement.

ce n'est pas d'abord d'avoir réformé

de sa doctrine - de

subjectivité, sans

syllogistiqued'Aristote, mais -

propositionlogique au

à chacune des étapes

jugement, c'est-à-direà la

Wiesoll des

Logischegedacht werden?Was Brentano,worauf sich die Phäno-

Wienerschule beruft,auszeichnet, istnichtin ersterLinie

menologie wieauch

die Reform deraristotelischen Syllogistik, sonderndie

SchrittseinerLehre - des

ohnesichdeshalb offensichtlich dem«

er zu einer Urteilslehre, die zunächstdie prädikative Relation und dann selbst

die Idee einerRelationzwischendem Urteilendenund

die

Rückführung - aufjedem

d.h. zur

logischenSatzes zum Urteil,

Subjektivität,

Psychologismus » zu unterwerfen. So gelangt

einem Objecktzurückweist.

La célébritéde la logique brentanienneestessentiellementdue à sa dimen-

l'identificationtraditionnelleentre jugement et

laquelle la logique

démentantainsi l'affirmation

d'Aristoteserait« close et achevée ».

conception du jugement elle-mêmeindisso-

qui constituele cœur de la logique

nouvelle façon de penser la conscience, à savoircommeinten-

phénoménologie se devantde commencer

nom. Seulement, c'est en généralpour pointerpresque aus-

fonderl'autonomiede

la psycho-

sion critique : dénonçant

prédication comme proton Pseudos de la logique, Brentanoinviteà une

réformetotalede la syllogistiqueclassique,

kantienneselon

Cetterefonte repose sur une

ciable d'une doctrinede l'évidence

brentanienne.Mais Brentanoest d'abord connu comme celui qui aurait

inauguré une

tionnalité - toutehistoirede la

par citerson

sitôtson « psychologisme», le projet de

logie comme science descriptive interdisant par avance de saisir la spé-

Jean-ClaudeGens

cificitédu logique, c'est-à-direcondamnantà confondrele logique et

c'estla mêmeinsuffisance que

le

déplorent les logiciensqui,

brentaniennecomme dépassée, car nonformalisée. L'analyse de la doc-

trinebrentaniennedu

réexamende ce verdict, de sorte que c'est seulementen troisièmelieu

syllogistique clas-

que l'on en viendraà la critiquepar Brentanode la

sique.Néanmoins, commela

nant

logique

psychologique; on peutremarquerque

commeR. Blanche, considèrentla

jugement ne peut

donc fairel'économied'un

philosophie brentanienneconnaîtun tour-

majeur

dans les années 1904-1905, nous examineronsenfinses

répercussions sur cettedoctrinedu jugement1.

La doctrinebrentaniennedu

jugement se

tout

déploie dansle cadred'une

être

psychologiedescriptive soucieuse d'analyser les phénomènespsychiques dansleur spécificité, Brentanoreconnaissantà Descartesle mérited'avoir le premier correctement distingué les trois classes de phénomènes

psychiques2. Si l'on admet que

pensé en termede relationde la conscienceà un objet et que le mode

fondamentalde cetterelationest celuide la représentation, car toute

relation psychique la présuppose, la spécificité du

merou de nierla véritéou la faussetéd'une

phénomènepsychique doit

jugement, c'estd'affir-

représentation donnée3 -

1. En dehorsdes chapitres VII et X de la Psychologie du

doctrinedu jugementcorrect,

types

qui

greffer certains passages

tainesindicationsde Brentano, et contribuéà

point de vue empiriquequi

et intituléDie

sont relativement courts,l'ouvrage explicitement consacré à la question,

Lehre vom richtigen Urteil {La

de la page), est posthume. Publié par Franzisca

de textes.Sa trameest essentiellementconstituée par un des manus-

à partir de trois

critsdu Nachlass

du semestred'hiver 1869-1870d'abord à Würzburg,puis développés

Husserl a assisté. Sur cette trame

de Wahrheitund Evidenzet des élémentsde Die neuen

cer-

Brentanoren-

Psychologie. Il ne sera question

ici de ce cours que pour autant qu'il éclaire la théoriedu jugement, car la logique telle

10) qui englobe

Theoriender

viennentse

à 1895, à savoir celui du cours de 1884-1885

avaient servià Brentano pour les cours de logique donnés à partir

désormaiscité « LrU » suivi

Mayer-Hillebrand en 1956, il est composé

auquel

à

Vienne de 1874

kategorischen Schlüsse (1891) de Franz Hillebrand qui avait développé

faireconnaîtresa logique -

voyant lui-mêmeà trois reprises à Hillebrand dans sa

que l'entendBrentano

ce

du

dans le cadre d'une analyse du problème

suppose une

une

logique

que

jugement de

l'on

peutappeler

la

quatrième et

théoriede la connaissance{LrU, § 6,

des sciencesde la nature ; or, l'articulationà la théorie

dernière partie du cours,qui examineles principes de Laplace

de l'induction, reste plus problématique.

17-18 (désormais cite

F. Meiner, 1973, II, P. 88, trad. fr.

2. Vom Ursprung sittlicherErkenntnis, F. Meiner, 1969, § 20, p.

3.

« La nature générale du jugement consisteen ce

« Ur » dans le corps du texte), trad. fr.M. B. de Launay, « L'origine de la connaissance

morale» in Revue de Métaphysique et de Morale, 1/1990,p. 11-12; sur l'analyse des diffé-

rentesversionsdes Méditations,cf. WE, 35.

qu'un fait {Tatsache) est admis ou

rejeté», Psychologie vom empirischenStandpunkt,

M. de Gandillac, Paris, Aubier, 1944, p. 238, désormaiscité « Psy » dans le corps du

texteet suividu numérodu volumeet de la page, la pagination de la

étant indiquée en italique.

traduction française

362

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

le troisième type de relationde la conscienceà son

sentimentou de la volonté, dontl'amouretla hainesontlesdeuxmodes.

juger, le jugement intervientdèsla

celle-cile premier témoindu caractèresecondde la

la prédicationn'appartiennepas à l'essencedetout jugement, celaressort [

trèsnettementdu fait que toute perception estun

par

chosecommevraiou faux,

objet

étantceluidu

Or si

c'estaffirmerou

nier quelque

perception, de

sorte que Brentanovoitdans

prédication : « Que

]

jugement»4; percevoir,

jugement ou d'une

exemple, l'obscuritéde la nuitrelèvebiend'un

prédication estdonc déjà

reconnaissancede l'obscur, maisnerevient pas à prédiquer l'obscurà un

sujetqui seraitla nuit.La critique de l'identificationdu jugement et de

la

au concept de jugement, uneextensionà la foisévidenteet

de la tradition,qui voitdansla propositionpredicative le lieude la vérité

ettraitedu

del'inférence.Brentanoconsidèreretrouvericice qu'Aristote aurait effleuré,

enaffirmant que la

V06TOV), ne relève pas

perception, un saisir, untoucher (övyeiv)5,qui n'est pas susceptible d'être

erroné puisqu'iln'y

composés. Comment penser cettesaisiede la vérité?

inscritedansl'extensiondonnée par Brentano

étrange à l'égard

raisonnementdéductifou inductif,

jugement dansle cadredu

connaissance d'objetssimples, du non-composé(aou-

simple de la

d'une prédication, maisestun acte

auraitd'erreur que relativementà la connaissancedes

titrede Doctrinedu

jugementcorrect,Brentano

de « justesse » (Richtigkeit)plutôt

Comme l'indique le

préfèreparler de

que de « vérité» ou de « fausseté». Pourquoi ne pas dire simplement

« vrai»?

qualifier aussibienun

aussiirrésistiblement que « vrai» (ou « bien ») leurréification - « vrai»

n'(étant)pas un conceptprimitifauquelpourrait venir s'ajouter le signe

« évident» qui serviraitalorsde critèreà la vérité.Vraiet fauxne sont

« correction» ou

L'avantage des termes« correct» ou « juste», qui peuvent

jugementqu'uneaffection, c'estde ne pas appeler

]

Mais ce n'estlà qu'une déter-

correctionou de la rectitude: la miseentre paren-

justesse du jugement(comme de l'amour), cadrede la doctrinebrentaniennede l'évi-

l'instant que les

pour

Prolégomènes

de Husserl pensent de façon inversele rapport entre

« condition préalable

la véritédu contenudu jugementqui s'y rapporte »6 La

pas d'authentiquesconcepts » (LrU, 194).

mination négative de la

thèsesde la notionde vérité, la

nese comprennentque dansle

dence; on remarquerasimplementpour

à la logiquepure

véritéetévidenceenconsidérant que celle-cia

essentielle [

4. Psy II, 50 et I, 201, 214 et 757.

5. Métaphysique,9,

o. Kecnercnes Logiques i, § M, trad. H.

10, 1051&25,cf. Psy II, 54n, 216n.

mie, A.L. Kelkel et K. Scherer,Fans, P.U.F.,

1969, p. 211.

363

Jean-ClaudeGens

question immédiateest de savoirs'il est

d'un savoir qui soitabsolument évident, afinde pouvoir déterminerce

qu'est

possible de faire l'expérience

l'évidence.

On ne saurait pas plus se contenterdesévidencesde la perception sen-

sible que decellesdes

ou deleurs pendants dansla sphère dessentimentsetdela volonté {cf.LrU,

175);

principeslogiques, commeceluide non-contradiction,

principes n'ont pas

eux-mêmes

direcertitude7 -,

il reste

carmêmesi l'on admettait que ces

sont

besoind'être démontrés,puisqu' immédiatementet apodictiquement cer-

tains - l'évidenceétantun autremot

ne nous fontrienconnaître.

qu'ils

L'évidence qui caractériseles

contreuneévidenceà la foisabsolueet concrète,

nomènes physiques est par

et c'estlà ce

psychologie commescience descriptive. Dans la mesure, en effet, où un acte psychique, c'est-à-direla relationde la conscienceà un objet, est

simultanément l'objet d'uneconscience, ce

qui estconnu par la percep-

tioninterneest immédiatementévident; autrement dit, c'est l'unitéde

l'acte par lequel la consciencese rapporte à

de ce rapportqui

exemple « cette perception intérieure qui m'indiquequeje perçois actuel- lementdessonsetdes couleurs,queje pense etveuxceciou cela» (£/r§26).

Le phénomènepsychique estdonceffectivementtel qu'il nous apparaît,

alors

rentde la

interneestla seulevéritable«

nehmung1. Cette analyse reste pourtantinsuffisante, carce qui estassuré

ou indubitable, c'estseulementle fait que je

ou cela, c'est-à-direun phénomènepsychique, etnon que

ou

monsouvenirest correct; autrementdit, et commel'écrit Husserl,

onnesauraitconfondrela réalitédu phénomène etla « vérité» à laquelle

prétend le

c'est-à-direlittéralementWahr-

pour

négatifs dansla mesureoù ils

qui

phénomènespsychiquesparrapport aux phé-

1874, l'autonomiede la

fonde pour la Psychologie de

son objet et estconsciente

perceptioninterne,par

explique l'infaillibilitéde la

que

le

phénomènephysiquepeut

perceptionque

au contrairese révélerêtrediffé-

pourquoi la perception

l'on en avait, et c'est

perception»,

perçois effectivementceci

ma

perception

jugement correct9.

Or c'estessentiellement après1874, durantles annéesviennoises,que

Brentanova élaborerla doctrinedel'évidenceà partir de laquelle il cherche

à penser la justesse du jugement, et sur laquelle

il ne reviendra pas -

7. Cf. LrU, § 43, Psy
8.

III, 2, 359 et WE, 69 : « was evidentist, ist sicher».

147 sv et I, 198,

Cf. Psy I, 128 sv, 196, 104,

149. « Si nous doutions de ce dernier

fondementde la connaissance, du savoir».

nous n'en trouverions plus d'autre pour construirel'édifice

9. Recherches Logiques VI, Appendice, trad. H. Elie, A.L. Kelkelet R. Scherer,P.U.F.,

1963, § 6 en particulier.

364

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

alors que serontréviséesses conceptions de la relationintentionnelleetde

la

touteson importance,lorsque Brentanorenoncera définitivement,

en

propositionlogique. Maisc'estseulement plus tardencore qu'elleprendra

1904-1905, à la conception de la vérité correspondanceaprès une longue

hésitationentreun réaménagement

le montrentles § 47, 49 de Überden Begriff derWahrheit10 (cf. WE,24).

nécessaireetun

rejetpur et simple, comme

La critique dela

pour

conception del'évidencedéfendue parSigwart estl'occa-

approfondissement décisifde sa propre thèse:

il dégage les deuxcritères

sion

dansla

permettant de

authentique dont la justesse,précise le §

«

Cette critique conduitBrentanoà réexaminerla définitioncartésiennede

l'évidenceet à rejeter comme marque d'unevéritableévidencele senti-

mentdecontrainteintérieureou

(WE,63, 141). Un tel sentiment,écrit-il,peut trèsbienavoirété engendré

par

à-direêtre aveugle, commel'est la confianceaccordéeà la

externe; autrementdit encore, la «

c'est-à-direle

phénomènepsychique,n'impliquepas qu'il

relèvede la

alors que le jugement évidentse

qui n'a pas de degrés, elleesteinleuchtend (Ur § 26, WE, 140). L'idée

de

de la nécessiténaturelleou «

rektheit,de la logischeGültigkeit. Mais commeon

la justesse d'un jugement immédiatement évident, le seul moyen d'éclairer

le sens de « correct »,

corrects11: « la seulevoie

c'estcelle qu'il

la pleineclarté, écrit Brentano,

exemples de jugements

Brentanod'un

remarque 27 de V Ursprung de 1889,

distinguer l'évidence apparente, le préjugé, de l'évidence

12

de la même œuvre, est

interne », ce que reprendra aussila lettrede Husserldu 9 janvier 1909.

l'impossibilité de douterde quelque chose

l'habitudeou releverd'uninstinctnaturel (instinktivenDrang), c'est-

perception

motivation» du jugement(LrU, 112),

fait qu'unjugement soit engendré ou produitpar un autre

soitévident.Le

jugementqui

simplecroyancepeut en effetêtre plus ou moins obscur,

distingue au

contraire par uneclarté propre

légalité(Gesetzmäßkeit) n'a donc pas le mêmesensselon qu'il s'agit

ou selon qu'il s'agit de la Kor-

génétique »

ne sauraitdémontrer

c'est de donnerdes

qui

conduiseà

nousfaut indiquer à celui qui

veutêtreéclairésurle sens

du mot« rouge ». Il fautle mettredansune situation qui lui permette

de saisirce dontil est question »12.

10. In Wahrheitund

Evidenz, F. Meiner, 1970,cf. en particulierp. 24, qui sera doréna-

page.

vom Nichtrealen,Bern, 1966, p. 207,

qui n'ignoraitpas cette distinction,

représentation et non au

vant cité « WE » suivi de la

11.

12.

Psy III,

A.

3, 360 et cf. I, 198-199, 149.

Kraus, 14 septembre1909, in Die Abkehr

L'inadvertancede Descartes

désormaiscité «AvN».

dit encore Brentano, a été d'attribuerfaussementla clartéà la

jugement(WE,

61 sq.); cf. par ailleursVomsinnlichenund noetischenBewußtsein (Psy III,

22-31, 373-378).

365

Jean-ClaudeGens

En dehorsde cette première distinctionentre poussée ou jugement

aveugle et jugementévident, la remarque 27 en propose une seconde;

ce

d'avoirdeuxévidencescontrairesrelativementà un même objet(ce qui

esttoutautrechose

tion) : « ce qui estintuitionné parquelqu'un(waseiner einsieht) estcertain

aussibien

mode.Le jugement intuitionnécommevraia toujours unevaliditéuni-

quelquechose, l'autre

ne peut en intuitionnerle contraire» (WE, 64); ou

formulation plus tardivede la lettreà Krausdu 14 septembre 1909:

verselle; c'est-à-dire que ce que l'unintuitionnéde

qui

permet de reconnaîtrela

justesse du jugement, c'est l'impossibilité

que la simple non-contradictiond'une représenta-

lui-même que pourquiconque l'intuitionnesurle même

pourreprendre une

« il

l'objet, c'est-à-direlui convient, ou estcorrect.

modesoitcorrect pour moi et que l'autre

pour

n'y a qu'un modedu jugement, l'affirmatifou le négatif,qui danstel

cas

Il n'est

le soit

particulier est adéquat à

pas possiblequ'un un autre».

pour

Pourdirecetterectitude intrinsèque(innereRichtigkeit, Ur § 12), Bren-

celui

qui saisit quelque

chosecomme

toute-puissance de

Dieu » seraitinca-

le sentimentde l'évidencecontraire

157). Ce n'est pas l'idée d'une nécessité intrinsèque de l'évident

Brentanoaffirmait déjà en 1869

que

per-

+ 1 fasse 4, et en 1909, il écrira

[que] pour

qui est nouveau, c'est la façon

de penser la nécessitédu

jugement contraire14.Aussi,

tanouse de deuxmodes d'expressioncaractéristiques. La lettreà Hus-

sertldu 9 janvier 1905 préciseque évident, saitaussi que mêmela «

pable de donnerà quiconque

(WE,

mêmeDieu

qui est nouvelle, car

ne pourraitpas produire en nousl'évidence que le rouge(que nous

2

encoreà Kraus: « Urbachs'est trompé dans sa doctrinedu temps en

admettant que pour Dieu pouvait êtrevrai autrechose

nous»13.Ce

cevons) soitune sonorité, ou que

jugement évidentcomme l'impossibilité d'un

si l'on peut aller jusqu'à

uniquement en une application

contradiction (PsyII, 170,291), le rôle joué ici par ce

plus

n'interviennele raisonnement.

considérer que « toutela syllogistique consiste

constante» du

de non-

principe principe estencore

fondamental puisqu'il est le critèrede l'évidentavantmême que

Et lorsqu'il ne

à savoirà la

soumet pas le contenudu jugement au testscottiste,

autrement?, Brentano

question Dieu pourrait-il en juger

13. AvN, 207; sur l'origine

et le sens de ce recoursau critèrede ce

Dieu lui-même

pourrait ou ne pourraitpas, cf. La puissance et son ombre. De P. Lombard à Luther,

dir. O.

14. Carl Stumpfin F. Brentano.Zur KenntnisseinesLebens und seinerLehre, mitBei-

trägen von C. Stumpf

cité «

que

Boulnois, Paris, Aubier, 1994).

und E. Husserl, Munich, von O. Kraus, 1979, p. 100, dorénavant

Stumpf » suivi de la page.

366

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

use d'expressionsimpersonnellespour dire la rectitudedu jugement,

c'est-à-direla

en tant

la lumièrede la chosemême»

veutriendired'autre que le jugement ou l'amouresttel

(« wiees seinsoll

« c'estainsi », (« so istes »)15. Brentanorenvoitenfinà

de la languequi nousfaitle plus

cela estévident pour moi»16.Comment comprendre, si ce n'estle sens

de la divergence entreBrentanoet Husserl, toutau

raison(s) de ce qui

point la doctrinebrentaniennedu jugement?

et cela afinde mieuxcernerle

incompréhensionréciproque,

nécessité proprementlogique avec laquelle l'évident s'impose,

vrai

pour

toutentendement possible, en tant qu' « il est

»),

(Stumpf,p. 101). « Correct,écrit-il, ne

qu'il

doitêtre»

ou encore: l'évidenceestla reconnaissanced'un :

l'usage

même

souventdire: « c'est évident, et non

sembleavoirété leur

de vue à

moinsla (ou les)

partirduquel

s'élabore

que

La thèseselon

laquelle le

jugement correct implique la reconnaissance

d'une

trinebrentaniennedu jugement relèved'un «

commel'affirme Heidegger, et dontil suffiraitde déterminerle genre;

le projet brentanienn'estcertes pas de constituerune

il

logique17. Plutôtdonc que de se contenterdu conceptpolémique de

nécessité proprementlogiqueempêche de considérer que la doc-

psychologisme »

évident

logiquepure,

mais

autantla méconnaissancede la

spécificité du

n'impliquepas pour

15. A. Marty, mars 1906 (AvN, 152 et 202 : « einen boti (so ist es) ») et Psy II, 160,

que ne rend pas

16.

la traduction p. 284-285.

WE, 144; A. Marty

écritdans le même sens : « le propre du concept d'existence

pas que quelque chose soiteffectivementreconnu par un jugement, mais qu'une chose

]

seitgehört zur Begriff derExistenz[

],

sonderndaß es einAnzuerkennendes[

]

Niemeyer,1918,

in GesammelteSchriften II, 1, Halle, Max

différence

entreles deux couples de termesindifféremment employéspar Brentano

jugement, à savoir Bejahung (et parfoisBehauptung,WE, 21, Psy II, 58n, 59)/Verneinung,

affirmation/négation d'une part,

part? Le sens même d'expressions comme « acte psychique», employé comme synonyme

de «

dans la mesureoù - commedans les philosophiesclassiques de l'évidenceen général - la

connaissancedu vrai est re-connaissance, ce

Sur cette question,cf. aussi la relecture par L. Gilson de la « Kategorienlehre » de Bren-

tano : l'être pensant est un « être qui à titred'être pensant est produitpar autrechose »

(als Denkend-Bewirktwerdendes)(Revue internationalede philosophie, 1996, 4,

Comme le suggère F. M. Hillebrand, si l'analyse du jugement était orientée par un

devientalors plus ambigu,

p. 201 n.).

Ne devrait-on pas alors aller

jusqu'à marquerterminologiquement la

pour désigner le

d'autre

et Anerkennung/Verwerfung

ou reconnaissance/rejet

relation psychique»,

« agentpsychique»/psychischTätiges

qui implique une certaine passivité de l'esprit.

s'agit

p. 426).

logique

de

plus de psychologieappliquée

17.

intérêtessentiellement psychologique, on devraitretrouverdans les cours de

Brentano un chapitre consacréaux erreursde raisonnementcommecela esthabituellement

le cas dans les traitésde logique; or c'est seulementdans une dissertationde 1876 Des

sophismes et de leur usage dans le domaine politique qu'on en trouveune brève analyse,

précisément dans la mesureoù pour Brentanoil

que de logique (LrU, 329).

n'est

soit à reconnaître» (« Nicht daß etwas tatsächlichin einem anerkennendenUrteilAner-

kannt [

sei ») (Über subjektloseSätze,

367

Jean-ClaudeGens

permet assurémentde comprendre le projet husser-

lien, il convientde repréciser la façon dont Brentanole percevait.

psychologisme,qui

Tous deuxdénoncentle relativisme, maissans s'entendresurce

qui

permettrait de l'éviteretde restituerà la

comme y invitela

lorsde son habilitationde 1866en refusantla séparation entresciences

exacteset spéculatives. Il est remarquableque ce soit poury dénoncer

le relativisme,que Brentano critique la philosophie de Kant,

allemand qui en est issu, commele néokantisme: Kantne surmonterait

pas

témoignerait du fait que

une phase de décadence puisque « de même qu'il

glément auxconnaissances synthétiques a priori, nousdevonscroireaveu-

glément » à la liberté18.La

reconnaissancede la validité (Geltung) d'idéalitéssubsistantde

intemporellepermetd'échapper au relativisme, de préserver la notion mêmede vérité, Brentanocherchantmanifestementà penser la vérité en dehorsde l'alternativeentreun relativisme qui conduità dissoudre l'idéemêmede véritéetunréalismedes essences, la reconnaissanced'un

mondeimmuabled'idéeset de

n'est pas l'idée de la validité intrinsèque des vérités logiques, comme

maisla tentationd'élaborer

une

à Brentanola confusionentrela

permet d'autant plus le flottement terminologique brentaniensurce point

etle

de la justesse des jugements(comme à propos de la « motiva-

tion »)20 - ,

tinguer le réelde l'idéalcomme l'expression d'un platonisme néokantien.

Husserlreconnaît explicitement sa detteà l'égard de Lotzeetde Bolzano

dans l'appendice du § 61 des Prolégomènes, maisBrentano -

pas

d'insistersurcettedoublefiliation, disantde Lotze que son objectif était

de « transformerla doctrine platonicienne de la subsistanceéternelledes

universauxen une doctrinede la subsistancedes lois»

etdesloisde la nature (AvN,226), au pointqu'on se demandesi Husserl

philosophie son rang de science,

première des vingt-cinq thèsessoutenues par Brentano

l'idéalisme

pensée - commecellede Hume -

le

septicisme de Hume, maissa

la philosophie est entréeà cette époque dans

nousfautcroireaveu-

question

est de savoir si seule la

façon

valeurs (AvN,207). Ce qu'il refuse, ce

l'indique le concept de « justesse interne »,

ontologie de la

subsistancede ces vérités. Ainsi, si Husserlattribue

croyance et le jugement19 - ce que

passageparfois insensiblede l'analysepsychologique à une analyse

de son

côté, Brentano perçoitl'exigence husserliennede dis-

qui n'avait

lu cetteœuvre - se contentedanssa lettreà Marty du 20 avril1910

mathématiques

18. Die Vier Phasen der

19. Husserliana,XXII, 187 s.,

philosophie, F. Meiner, 1968, p.

20-24 et 22 en

particulier.

trad. J. English in Articlessur la Logique, Paris, P.U.F.,

1975, p. 326 sq.

20.

Cf. respectivementPsy II, 154, AvN, 174 et LrU, 112 sq.

368

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

a une

dans son

les § 8 et 9 du courssurla

§ 10 enchaînant précisément sur la critique du néokantisme21.

penséepropre. Ce sera aussi la lecture proposéepar Heidegger

analyse du présupposé de la critique du psychologisme dans

logique du semestred'hiver 1925-1926, le

lettreà Husserldu 30 avril1905résumeassezbien l'étrangetépour

car si ce n'est

logique ou de mathématiquepure,

essences platoniciennes,peut-on la

jeu susceptibled'aiguiserl'esprit

ne sauraitse réduirela «

à

logique » - ? Ce que Brentano rejette,

ce

qui

16), rejoignant en cela S. Mill pourqui l'on

purelogique

de la

conséquence(consistency)

possibi-

logique - alors qu'on a pu

décidé

que

croire qu'il les avait

logique

est

l'essencedu

caractériseen premier lieutoutevéritable logique,

La

Brentanode l'idéede

pas celled'un savoir portant surdes

concevoirautrement que commeun

(« Spiel des Scharfsinns») ou de la divertir, Brentano parlant aussien ce sensdes « metamathematischenExkursionen» de FelixKlein22 -

quoi

c'estl'idéed'unevéritédéfinieen termesde conformitéà un ensemble

de règles formelles (WE, ne sauraitconfondreune

avecune logique de la vérité.C'est pourquoi Brentanorefuseles

litésde formaliserla

ignorées;et, à moinsd'avoir déjà

le

c'est

brentanienneà la révolution frégéenne de la

le

quence dans laquelle le jugement en tant qu'activité d'une subjectivité

calcul,que

qu'elle soit formalisée, on ne peut se contenter d'opposer la réforme

Begriffsschrift commesemble

logique

de la pure consé-

faire par exemple P. Simons23.Face à une

étrange

pendues

Articlesde Logique, op. cit., p. 216).

critiqueheideggerienne de Brentanodans la disserta-

tionde 1914

s'élabore

penser

si l'on

Psycho-

seconde

insistantsur le caractère inchangé des

que

suffità com-

prendre l'essentielde la pensée de Brentanoen 1911 ; ainsi, la décisionbrentanienned'aban-

donner les

classification des phénomènespsychiquespour l'édition de 1911 ne devraitdonc pas être considéréecomme

supposerait

particulier

Timpensé

dans la pensée de Heidegger à

21.

Cf. G A, 21, V. Klostermann,1976, p.

entreTètre et le

point

de

vue,

89, alors

que

Husserl

critique

naïveté» de la

De ce

conception des « Sätze an sich » par

l'intérêtde la

logique traditionnelle,que par

Bolzano : des«

entités mythiques sus-

English, in

elle-même.Car

non-être» (Husserliana, XXII, p. 156, trad. fr.

J.

est

plus remarquablepar

ce

qui

ce

qui

va le conduireà

(in Frühe Schriften,Klosterman,1972)

l'occasion

de la

de sa critique,par

la

pertinence de la critique

examine celle-ci, elle a pour particularité de privilégier le textede

n'avait lu

que

1874 de la

logie, tout se passant commesi Heidegger

la lecturede la

sa doctrinedu vova uoietikoo de

les troisdernières pages de cette

note page

édition).

57

Ceci

par exemple,

d'Aristoteet en

Heidegger,

Psychologie

en La

édition,explicitement consacréesau psychologisme(la

Psychologie

chapitresque

retientcette

psychologie

ou même de La

1867,

à

laquelle

renvoieaussi

premierschapitres comme de transformerle titrede la

un changementsignificatif.

; pour plus

de

Significanceof

F.

the

22.

23.

Wt, 160 sq.

details, nous nous permettons de renvoyer à l'analyse

correspondance betweenF. Brentanoand

Brentano,Chisholm (ed.), Amsterdam,Rodopi, 1978,

de H. Spiegelberg : On the

E.

p.

Husserl, in Die Philosophie

102 à 108 en

particulier.

« Brentano's

Reformof Logik » in Topoi, 1987, 6, p. 25.

369

Jean-ClaudeGens

n'a

le fait que c'estla

l'inverse (PsyII, 172 sv, 292 sv).

C'estdoncle réalismede Brentano, c'est-à-direson anti-idéalisme,qui

caractérisesa doctrinede l'évidence, maiscela

l'évidence, c'est-à-dire

F « escamotage »

tiques » de l'évidence,pourlesquelles ce terme signifie seulementle degré

de certituded'une connaissance.Autrement dit, le concept brentanien

d'intentionaliténerenvoit pas à « l'énigme » de notrerelationau monde;

il « présuppose cetterelation» sans

est (au contraire) le titredu

commel'écritencoreE. Fink24. Il esttentant d'expliquer cetteabsence par la naturemêmedu

brentanienentant qu'il viseà constituerune

utileà la vie -

LrU, 49) ou d'une «

cettedoctrineunetechneattestesa valeur, elle

la

qu'ellerépond à unbesoinde connaissance (LrU §

rait

à

s'affaiblitet

autreélémentde réponse,plus éclairant, est

question de Brentano qui estde savoircomment distinguer radicalement

les

l'autonomiede la psychologie à l'égard dessciencesde la nature,pouvait dificilementle conduireà problématiser la relationintentionnelleen un

sens

constitueseulementle sol de la théoriedu jugement etl'extensiondonnée

au concept de

ficationentre jugement et propositionpredicative.

plus de place,

BrentanochoisitAristote (WE, 160), et insistesur

mathématiquequi estune partie de la logique et non

n'expliquepas

l'absence

d'interrogationplus radicale quant à la certitudeetà

propre à ce que Husserl appelle les « théories dogma-

l'interroger, alors que

« l'évidence

problème centralde

la phénoménologie»,

projet

logiquepratique, c'est-à-dire

la logique relevantalorsd'unetechne (praktischeKunst,

technologie ». Mais si la possibilité de déduirede

n'impliquepas pour autant

négation de l'intérêtfondamentalement théorique de la logique entant

1); Brentanoconsidé-

par

ailleurs que le primat accordéà

l'intérêt pratiquepar rapport

Patocka: la

l'intérêt théorique estle symptôme d'une décadence, d'une penséequi

Un

devient superficielle(Die vierPhasen,op. cit.,p. 8).

suggérépar

phénomènespsychiques des phénomènesphysiques, afind'assurer

phénoménologique25. Mais

la doctrinebrentaniennede l'évidence

jugement seulementune première contestationde l'identi-

L'aspect

le

plus original de la logique

brentanienneest la thèsede

la reconductibilité (Rückführbarbeif) des jugementsprédicatifs à des juge- mentsexistentiels.Cettethèseremonteau moinsà la findesannées1860,

à

guer la psychologie des sciencesde

une époque où Brentanonese préoccupaitapparemmentpas de distin-

la nature, où

il ne donnait pas de

24. De la phénoménologie,Paris, éd. de Minuit, 1974, p. 221.

25.

Introductionà la phénoménologie de

Husserl, Millón, 1992, p. 79-81.

370

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

coursconsacrésà la

rétrospectivementque luiest

criptive decettereconductibilité puisque celle-cis'avèreconfirmersa

tionselon laquelle l'essencedu jugement est dans l'affirmationou la

négation, au pointque

les deuxversantsd'unemêmedoctrine.On

d'un

nécessairementla miseen

dicativedu jugement, la réformedela

tionmêmedu

pour en veniren un second temps au contenumêmede celle-ci.

Déclarer que le propre du jugement, c'est d'affirmerou de nier, de reconnaîtreou de rejeter, sembleêtreune déterminationextrêmement

pauvre et stérile,parrapport à la définitiontraditionnelledu

qui

attribuerun

que l'essencedu jugement estde relierou d'unirdeux

un

unetelleidentificationentre juger et prédiquer commele proton Pseudos

(WE, 56) de la logique,

représentation et le

le

effetfaciledeconstaterd'une partque la liaisonde deuxtermes n'implique

pas

d'or»

ment (LrU, 98). Et il est d'autre

qu'il y a des jugementsqui

au

à uneforme predicative desénoncésdu

commele remarquera de

propositions verbalessans sujet.

de la

autreversantessentielde la

psychologie(Stumpf,p. 135). Il est probableque c'est

psychologie des-

apparu toutl'intérêt pour sa

concep-

lesdeuxthèses paraissent avoir toujours constitué

peut

en effetconsidérer que

syllogistique découlantdela

défini-

justifie cetteréforme

point devue logique, la conception brentaniennedu jugementappelle

question de la conceptionapophantique ou pre-

jugement. Je partirai doncde ce qui

jugement,

veut qu'affirmer, c'estaffirmer quelque chosed'une chose, c'est-à-dire

prédicat à un sujet.

Ce

qui obligepourtant à rejeter l'idée

termes, à savoir

sujet

et un

prédicat à l'aide d'une copule, ce qui

oblige à considérer

c'est

qu'elle repose

surla confusionentrela

mode représentatif et

objet.

Il en est

jugement, c'est-à-direentrele

mode judicatif de

la relationde la conscienceà son

jugement : pourreprendre un des exemples de Mill, « montagne

un

reliebiendeux représentations sans

part

pour autantconstituerun

juge-

et inversementfaciled'observer

genre « il tonne» ou « il pleut»,

analysant les

repenser

phénomène de la perception. Maisil est égalementimpossible de réduire

nerelient rien; il suffit pour celade

son côtéen 1883Miklosischen

Il reste pourtant à découvrirla racine

et -

du

même coup - un

confusion principielle de la logique,

philosophie de Brentano.

Cette confusionest compréhensible dans la mesureoù tout acte

jugement, de

sorte qu'on les a considéréscommeunemêmechose

pensée ». Mais, d'un autre côté, la

désignéspar l'unique termede «

les hommes pour

d'exprimerchaquejugementpar

psychique « aussi simple soit-il », comporte à la foisune représentation

etun

et

confusiona en même temps une origine d'ordreverbaldansla mesure

où elle résulte, écrit Brentano, du procédé inventé par

simplifier la communication: au lieu

371

Jean-ClaudeGens

un mot différent, il est pluséconomiquepour le communiquer de dési-

gner la représentationpar

pas » pourmarquer l'affir-

mationou la négation, commedans« unhommeestmalade». L'énoncé

d'un

70-82,226-234). La

donc de l'oubli du caractèrelittéralementartificielde ces

de ces Wörtchen, « est », « n'est pas », qui comme« vrai », « bien

« mal », ne

signifiants(mitbedeutend), c'est-à-dire appartiennent à la classedestermes

appeléssyncatégorématiques; cette expression est

la tradition scolastique, maisl'attentionaccordée par Brentanoau

fait partie de

tivesau nouveau langageforgépar Aristotein WE,3), qui a contribué

à inspirer sa critique de la tradition logique. La

doncaussià dénoncerla confusionentreles

les lois

commence par analyser les rapports entrele langage et la pensée.

un motetde lui adjoindre unedoubleflexion

ou de petits motscomme« est» ou « n'est

jugementapparaît alorscommeun composé, une liaison (PsyII,

confusionentre jugement et

représentationprovient

petitsmots,

»,

signifient rien par eux-mêmes, mais sont simplement co-

assurément reprise à

l'héritage aristotéliciende sa pensée(cf.

langage

ses remarques rela-

critique du langage conduit

règles de la grammaire et

logiques, et on comprendque La doctrinedu jugement correct

La

double origine,psychologique et langagière ou verbale, de la confu-

convergence de deuxsources

sionn'estdonc

distinctes que commeun enchevêtremententreuneconfusion psycholo-

giquequi s'exprime aussi linguistiquement, etuneréificationdes syncaté-

gorèmes induisantune confusion psychologique. Brentanoachèveson

analyse de l'origine de la confusionentrele

par

l'argumentontologique résultede la croyanceque

pas

tantà penser commeune

représentatif et le judicatif

un

aperçu surses conséquences : dansle domainede la métaphysique

« être» est

spécificité

jugement(cellesrégissant la motivation par exemple)par

représentations-,

syllogistiquecompliquée et obscure.

juge-

plusqu'un

on entrevoit par avanceaussi que c'est à partir d'un

point de vue que Carnapcritiquera Etreet temps de Heidegger; dans

petitmot, mais

tel

le domaine psychologique, cetteconfusion empêche de saisirla

des lois du

rapport aux lois d'associationet de successiondes

etdansle domaine logiqueenfin, la méconnaissancede l'essencedu

mententraîneune

Néanmoins, siles perceptions les plussimples montrent déjàque l'essence

du jugement estdansl'affirmationou la négation etnondansla

tion, Brentanova entrouverla véritableconfirmationdansla possibilité

de transformerou de traduire (Umformung,Übersetzung) tousles

ments - catégoriques,hypothétiques, et disjonctifs - en jugements «

tiques » ou existentiels.L'idée qu'il y

ou

prédica-

juge-

thé-

a des

jugementsnon-prédicatifs la trouve déjà - comme

existentielsn'est pas originale,puisqu'on

372

La doctrinedu jugement correctchezF. Brentano

le remarque Brentanolui-même - remarquaitaprès W. Freytagque

connaissance - Leibnizavait

dansun autre contexte, la reconductibilitéde tousles

ques à des propositions existentiellesdansun textede 1686

la première fois par

de tirerles conséquences ultimesaussi biend'une théoriedu

commecellede Descartes -

gistique - , que

à

jugements de perception. La

chezHerbartetS. Mill, etC. Stumpf

- sans que Brentanoen ait eu la

déjà montréde manière similaire,quoique

énoncés catégori-

publiépour

propre de Brentano, c'est

jugement

Couturaten 1903. Le

laquelle restaitsans conséquences surla syllo-

du

constatde l'incapacité de la propositionpredicative

pleut», et en général des

rendre compte de jugements du genre « il

thèseselon laquelle il n'y a que deuxmoda-

négatif,implique en effetle rejet de la

jugements en a/e/i/o,

de l'école,

c'est-à-dire

CommentBrentano procède-

litésdu jugement,