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NOTES TECHNIQUES

L’existence de contraintes liées à


Réflexions sur la place des essais de laboratoire l’importance des ouvrages (pour la
sécurité des biens et des personnes), à Note
dans la pratique de la géotechnique leur valeur et à la complexité géotechni-
que du site est prise en compte dans la
Jean-Pierre Magnan future norme européenne EN 1997-1 technique
Directeur technique (Eurocode 7) qui distingue une catégo-
Chargé du domaine Géotechnique rie d’ouvrages « simples », pour les-
Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
quels des modes de justification simpli-
fiés sont autorisés, et développe d’autre
part la notion de catégorie géotechni-
que, pour adapter les règles à l’ampleur
Introduction tures où un système de modélisation des problèmes à traiter.
unique est utilisé partout. L’examen des
Les essais de laboratoire connaissent textes décrivant les pratiques recom-
une certaine désaffection dans les étu- mandées dans différents pays montre Délais des études
des de géotechnique, où l’exécution qu’une grande liberté est habituelle-
d’essais en place (pressiomètre, péné- Un autre facteur essentiel de la pratique
ment laissée au projeteur, avec en
tromètre, etc.) a augmenté dans la plu- des reconnaissances et études géotech-
contrepartie sa responsabilité sur les
part des pays au cours des dernières niques est le temps. Bien qu’il soit dif-
résultats.
années. Les essais de laboratoire con- ficile de quantifier une telle affirmation,
servent toutefois un rôle majeur pour les géotechniciens s’accordent à dire
certains types de problèmes ou d’ouvra- que leurs clients sont de plus en plus
Importance des ouvrages pressés. Ils ont l’impression que le délai
ges et offrent un accès direct aux para-
mètres indispensables pour les calculs Un premier facteur des pratiques de réel entre l’idée et la livraison d’un
numériques par la méthode des élé- caractérisation des sols et de calcul géo- ouvrage n’a pas vraiment diminué, mais
ments finis, dont l’utilisation croît technique est l’importance (et la com- qu’autrefois leur part dans ce délai était
parallèlement aux évolutions des tech- plexité) des ouvrages, qui interagit avec plus grande, la priorité étant maintenant
niques de caractérisation des sols. les budgets disponibles et les délais donnée aux discussions d’opportunité
imposés par les maîtres d’ouvrages et à la mise en place des financements.
La place des essais de laboratoire dans (propriétaires) ou leurs délégués. Leur revendication n’est pas nécessai-
la pratique de la géotechnique mérite rement de revenir à la situation anté-
donc une réflexion approfondie, qui est L’importance (la valeur) de l’ouvrage
rieure, mais qu’on leur laisse le temps
ébauchée dans cette note. ou des travaux à exécuter est naturelle-
de travailler correctement. L’intérêt
ment un facteur décisif pour le choix de
d’une étude géotechnique « normale »
On peut porter différents regards sur ce qu’il est possible (ou raisonnable) de
n’est visible que dans le coût des
cette question. Nous l’examinerons faire au niveau des études. L’édification
ouvrages : une étude géotechnique
successivement du point de vue des fac- d’un abri de jardin, d’une maison indi-
insuffisante, faute de temps (ou
teurs qui peuvent influencer localement viduelle, d’un immeuble ou d’une cen-
d’argent), produit soit un projet plus
cette pratique, puis du point de vue des trale nucléaire ne peut se faire avec les
« précautionneux » (donc plus cher) si
besoins des calculs, du point de vue des mêmes techniques : de même, on ne
le géotechnicien a conscience des effets
limites des essais et du point de vue peut regrouper la construction d’une
possibles de ce qu’il n’a pas pu étudier,
d’une pratique harmonieuse et efficace autoroute ou d’une voie de train à
soit des incidents ou accidents en cours
de la géotechnique. grande vitesse, celle d’un chemin local
de travaux ou après. Le raccourcisse-
et celle d’une voie forestière. Les coûts
ment des délais d’études a une
des forages, sondages et essais, qu’ils
influence directe sur le choix d’essais
soient réalisés sur le terrain ou en labo-
en place ou d’essais de laboratoire. Les
Les facteurs des pratiques ratoire, ne dépendent pas de l’ouvrage
essais en place ont la réputation justi-
de caractérisation des sols étudié et la moindre étude peut avoir un
fiée d’être plus rapides et moins chers.
coût excessif pour un petit ouvrage. Il
Les essais de laboratoire nécessitent des
La pratique des études géotechniques, ne faut pas en déduire que certaines
prélèvements de matériaux intacts, pas
qui dépend beaucoup de l’expérience constructions peuvent être effectuées
toujours faciles. Les essais réalisés sur
accumulée au fil des ans lors de l’élabo- sans étude géotechnique. On peut trou-
les sols argileux, raides ou mous, ont
ration de projets, est diversifiée. La ver des informations sur les sols en exa-
des durées importantes. Les essais de
coexistence de méthodes concurrentes, minant le voisinage de l’ouvrage ou
fluage sont par nature assez longs mais
fondées sur des essais spécifiques, des bâtiment à construire (notamment lors-
ils ne peuvent être exécutés qu’en labo-
méthodes de calcul et des critères que des constructions ont été réalisées à
ratoire. L’emploi systématique d’essais
d’acceptabilité différents, est reconnue proximité). On peut utiliser des modes
en place faute de temps serait une évo-
dans les textes normatifs nationaux et de reconnaissance sommaires (excava-
lution dommageable si elle devenait la
internationaux et elle est considérée tion à la pelle mécanique jusqu’à la pro-
règle de fait. Peut-être faudra-t-il un
comme normale par les géotechniciens, fondeur où l’influence des travaux se
jour définir des règles de référence obli-
conscients de la diversité et de la com- fera sentir, pénétromètre dynamique
gatoires par type d’ouvrage.
plexité des sols et roches que l’on peut léger)... l’important étant de détecter les
rencontrer à la surface du globe terres- problèmes majeurs susceptibles de per-
tre et du caractère conventionnel et des turber le bon fonctionnement de
limites des méthodes qu’ils utilisent. La
Les habitudes locales
l’ouvrage, voire de le détruire, pour ne
géotechnique diffère en cela d’autres pas laisser construire des ouvrages dan- Comme cela a été indiqué plus haut, la
domaines, comme le calcul des struc- gereux. pratique de la géotechnique a une forte

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composante locale. Certains pays utili- rentes peuvent être imposées par cer- pieux appuyés en pied sur une couche
sent des matériels d’essais, avec les tains maîtres d’œuvre ou ministères. Il résistante surmontée de sols très com-
méthodes de calcul associées, qui leur y a dans ce cas possibilité de prescrip- pressibles et pour des pieux flottants
sont spécifiques, comme l’essai de cel- tions parallèles différentes. dans des sols moyennement résistants.
lule (« Cell test »), forme d’essai Dans le premier cas, la question essen-
triaxial à une seule éprouvette déve- tielle est de repérer la position du subs-
loppé et utilisé en Belgique et aux Les capacités des essais tratum dans lequel un encastrement de
Pays-Bas, l’essai suédois de sondage Un facteur très important pour le choix l’ordre du mètre sera suffisant. Dans le
par poids (« Weight sounding test ») des types d’essais qui permettront de second cas, il faut caractériser le frotte-
qui consiste à charger une tarière héli- caractériser les sols (ou les roches) pour ment futur du sol contre le pieu, qui
coïdale vissée dans le sol jusqu’à la pro- une étude géotechnique est la nature des conditionne l’essentiel de la portance,
fondeur voulue. La pratique de l’essai sols ou roches à tester. Les essais de et ce frottement est réparti sur toute la
pressiométrique en France avant son laboratoire sont bien adaptés aux sols longueur du pieu. Un pénétromètre de
extension à d’autres pays était aussi une argileux, aux sols organiques, aux puissance moyenne est adapté pour la
pratique locale typique. Contrairement roches etc., c’est-à-dire aux matériaux première situation. Un pénétromètre
à ce que l’on pouvait noter il y a une que l’on peut prélever sans les détruire plus lourd ou un pressiomètre est plus
vingtaine d’années, on ne note pas de et tester en laboratoire dans des appa- volontiers utilisé pour les pieux flot-
pratiques locales qui favoriseraient ou reils de dimensions courantes. Ils per- tants dans des sols résistants sans subs-
défavoriseraient de façon particulière mettent en général de déterminer plus tratum porteur.
les essais en laboratoire par rapport aux de paramètres de comportement que les Pour donner un second exemple, les
essais en place. Le choix de l’un ou essais en place que l’on peut éventuelle- études de remblais sur sols compressi-
l’autre de ces types d’essais est plus lié ment leur substituer. Mais ils ne per- bles diffèrent selon la valeur du rapport
à la nature des sols et au type d’ouvrage mettent pas de tester tous les types de de l’épaisseur de la couche à la largeur
étudié. sols. Les sols grossiers (contenant des du remblai. L’expérience accumulée
particules de grandes dimensions, typi- depuis une cinquantaine d’années,
quement plus de quelques centimètres) notamment en France, lors de la cons-
Les prescriptions des normes ne peuvent être testés dans ces appa- truction des remblais routiers porte sur
Certaines normes imposent des types reils. Les sols les plus résistants (sols des situations où ce rapport est de
d’essais pour étudier un type d’ouvrage raides ou roches tendres) nécessitent l’ordre de 0,5, ce qui permet d’obtenir
géotechnique particulier. C’est le cas du des moyens d’essais spécifiques de de bons résultats avec des calculs unidi-
Fascicule 62, Titre V du CCTG (Cahier forte capacité. Cette limitation des pos- mensionnels. Pour des valeurs plus for-
des clauses techniques générales appli- sibilités des essais de laboratoire est tes de ce rapport, le problème devient
cables aux marchés publics de l’État et implicitement prise en compte dans les bidimensionnel et les méthodes d’ana-
des collectivités territoriales) en procédures d’étude. lyse doivent être adaptées. Les condi-
France, qui limite le calcul des fonda- tions géométriques des sols dans les
tions profondes et superficielles aux projets dépendent directement de l’his-
méthodes pressiométrique et pénétro- L’influence de la géologie toire géologique du site de l’étude.
métrique. Les études de matériaux pour Quand on réfléchit aux causes des diffé-
les barrages (et plus généralement les rences qui existent entre les pratiques
remblais) sont pour leur part effectuées L’organisation des professions
de la géotechnique dans différents pays,
systématiquement en laboratoire. les conditions géologiques locales Un autre facteur du choix des méthodes
Toutefois, comme cela a déjà été noté, la jouent un rôle essentiel : les différences d’étude et de reconnaissance des sols
tendance actuelle est à la liberté/respon- des pratiques sont liées avant tout à la dans la pratique est l’existence de règles
sabilité des géotechniciens dans le choix nature des terrains, car les résultats des imposées aux projeteurs mais aussi à
des méthodes de reconnaissance et justi- recherches réalisées depuis plus de cin- ceux qui financent des projets. Concrè-
fication des ouvrages. Cette évolution quante ans sur les comportements des tement, on observe que les grandes
rappelle les débats relatifs à l’exonéra- sols et des ouvrages ont été largement organisations qui combinent la maîtrise
tion de responsabilité individuelle en partagés par les ingénieurs et ensei- d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, le
cas de respect des normes. Cette exoné- gnants de tous les pays concernés et ne bureau d’études et le laboratoire sont
ration était inscrite dans le préambule sont plus une source de différences aptes à établir des doctrines et des
des normes de l’ancienne Union Sovié- entre pays. La géologie permet de com- règles pour optimiser la conception et la
tique et l’on trouve dans les normes alle- prendre pourquoi certaines méthodes construction des ouvrages parce
mandes actuelles, dont elles avaient d’étude ont été particulièrement déve- qu’elles ne cherchent pas à isoler les
repris l’esprit, des tables de valeurs de loppées dans certains pays : sols mous responsabilités des différents maillons
calcul forfaitaires des propriétés des sols et organiques des Pays-Bas, argiles sen- de la chaîne mais acceptent collective-
à utiliser dans les avant-projets qui peu- sibles des pays scandinaves, zones sis- ment la responsabilité du résultat. Il en
vent aller dans ce sens. miques, sols raides, sols non saturés des existe de nombreux exemples dans le
Une autre particularité des systèmes de pays plus chauds et secs, problèmes de monde. On peut citer comme exemple
normalisation en vigueur en Europe est gel et dégel, sols gonflants, sols solu- l’organisation du génie civil public en
que le rôle des normes est différent bles, etc. France dans la seconde partie du ving-
selon les pays. La France, qui impose le tième siècle.
Les méthodes de dimensionnement et
respect des normes dans les projets à les méthodes de reconnaissance sont L’autre extrême est caractérisé par
financement public, est une exception à aussi adaptées aux types de problèmes à l’existence de peu de règles et plutôt
cette égard. Dans beaucoup de pays, résoudre. Pour donner un exemple, d’une mise en concurrence des diffé-
l’application des normes est volontaire l’élaboration des projets de fondations rents acteurs de l’acte de construire. En
et des règles complémentaires ou diffé- profondes n’est pas la même pour des l’absence de règles imposées, la mise

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en concurrence peut produire des effets tre, pénétromètres statiques et dynami- nés en laboratoire, quand on connaît
incontrôlés, ce qui implique l’existence ques) sont généralement du second les matériaux qui seront utilisés et
d’un système de maîtrise de la qualité... type. qu’on peut faire des essais de compac-
dont on attend qu’il assure une qualité tage et des essais mécaniques sur les
Sans entrer dans le détail de la descrip-
correcte des ouvrages. La définition matériaux compactés à l’optimum ;
tion des méthodes de calcul des diffé-
moderne de la qualité comme ce qui • les études de remblais sur sols com-
rents types d’ouvrages géotechniques,
répond aux besoins (à la demande) du pressibles s’appuient pour leur part sur
qui sont exposées dans de nombreux
client n’est pas en soi rassurante : un des essais de laboratoire, avec utilisa-
ouvrages, on peut résumer comme suit
client sans exigences peut être facile- tion d’essais en place au scissomètre.
la situation actuelle des essais de labo-
ment satisfait, surtout s’il n’a qu’une Certains paramètres (cohésion non
ratoire et des essais en place :
vague idée des questions que traitent les drainée) sont parfois déduits d’essais
études géotechniques. Les efforts • les fondations profondes sont dimen- en place (pressiomètre, pénétromètre
récents de la profession géotechnique sionnées sur la base d’essais en place, statique), mais le fluage et la consolida-
en France pour définir des cadres types avec parfois des tables de valeurs de tion dépendent toujours des essais de
de commande des études géotechniques portance en fonction de la nature et de laboratoire ;
(norme NF P 94-500) sont une pre- l’état des sols et, aussi de la nature des • les calculs de justification des ouvra-
mière réponse à cette situation nou- fondations et de leur méthode d’exécu- ges en zone sismique portent sur trois
velle. Beaucoup de géotechniciens tion (pieux refoulant le sol, pieux sans types de problèmes : la liquéfaction des
s’interrogent sur l’opportunité d’aller refoulement du sol, notamment). sols lâches, les déformations des sols
plus loin et de définir aussi le contenu L’avenir des approches fondées sur la sous l’action d’ondes de contraintes et
des études par des textes dont l’applica- description des sols en contraintes et l’analyse de la propagation des ondes
tion serait de fait obligatoire et qui déformations est peu favorable, car la sismiques dans les sols et roches. Les
garantiraient ce qui a été considéré his- modélisation de l’exécution du pieu, études de liquéfaction s’appuient sur
toriquement comme la « qualité », qui a un effet majeur sur son comporte- des concepts issus de la mécanique des
c’est-à-dire la conformité du travail à ce ment, est très (trop ?) complexe. Néan- milieux continus/sols mais en pratique
qu’il doit être, sans qu’il soit besoin de moins, certains problèmes d’interac- on utilise les sondages au carottier
l’imposer par contrat aux différents tion avec d’autres ouvrages ou d’autres battu (SPT) ou au pénétromètre stati-
acteurs (le « sachant », ici le géotechni- fondations profondes ne semblent solu- que pour détecter l’existence de sols
cien, ayant l’obligation de travailler bles que par la méthode des éléments liquéfiables sur les sites sensibles. Pour
selon les règles de l’art, en tenant finis et on peut espérer que ce problème les autres types de calculs, on s’appuie
compte des intérêts de son client). trouvera un jour proche une solution ; directement sur les concepts de la
• pour les fondations superficielles, la mécanique des milieux continus/sols, et
concurrence est ouverte entre les sur des essais de laboratoire.
Les besoins des calculs méthodes d’analyse en contraintes et
déformations et les méthodes de prévi- Les calculs en éléments finis
Méthodes de calcul classiques sion directe à partir d’essais en place.
Des approches mixtes où le formalisme Les calculs par la méthode des éléments
(hors éléments finis) finis s’appuient sur le formalisme de la
est celui de la mécanique des milieux
Le fonctionnement de chaque type continus/sols mais les paramètres sont mécanique des milieux continus,
d’ouvrage géotechnique met en jeu des déduits par corrélations d’essais en c’est-à-dire qu’ils nécessitent des para-
aspects spécifiques du comportement place sont aussi souvent utilisées ; mètres (modules, résistances, fluage)
des sols. Les méthodes de calcul corres- • le calcul des soutènements s’appuie que l’on détermine habituellement en
pondantes n’ont donc pas les mêmes sur les paramètres de résistance au laboratoire. Le développement des cal-
besoins, mais elles se rattachent toutes à cisaillement c et j, pour les murs, qui culs en éléments finis est donc a priori
deux approches de la description du sol. posent des problèmes spécifiques car le favorable au maintien voire au dévelop-
On peut distinguer : sol en contact avec l’arrière du mur est pement de ce type d’essais. Toutefois,
l’exploitation d’essais en place peut
❶ les méthodes qui utilisent le forma- souvent un remblai... dont le compac-
tage a une influence importante sur le fournir certains des paramètres de cal-
lisme de la mécanique des milieux con-
résultat. Pour les rideaux, les calculs cul, ce qui est intéressant pour caracté-
tinus, dans sa version adaptée au com-
sont soit de type poussée-butée, avec riser les terrains que l’on ne peut préle-
portement mécanique des sols, et
ver intacts ou pas tester avec les
❷ les méthodes qui passent directe- des paramètres déterminés usuellement
ment de résultats d’essais à l’estimation à partir d’essais de laboratoire, soit de matériels existants dans les laboratoires
du comportement de l’ouvrage. type « module de réaction », auquel cas d’essai. Les recherches sur l’applica-
la détermination du coefficient de tion des calculs en éléments finis et la
La plupart des méthodes de calcul utili- détermination de leurs paramètres se
réaction est complexe, une solution
sent le formalisme des contraintes et poursuivent et permettront d’y voir plus
consistant à le déduire d’essais
des déformations : méthodes de calcul clair dans quelques années.
pressiométriques ;
de la stabilité des pentes, de calcul des
• les calculs de stabilité des pentes uti-
poussées et butées sur les soutène-
lisent le formalisme de la mécanique
ments, calculs de consolidation et tasse-
des milieux continus/sols, avec des Les limites des essais
ment, tous les calculs en éléments finis.
paramètres c et j qui sont soit détermi-
Les paramètres sont des modules, des Qu’ils soient réalisés en place ou en
nés en laboratoire, soit déduits de
coefficients de Poisson, des paramètres laboratoire, les essais d’identification et
l’analyse à rebours de la stabilité de
de fluage, des paramètres de résistance
glissements déclarés ; de caractérisation mécanique des sols et
(c, j, etc.).
• les calculs de comportement des des roches ont tous des limites, dues à
Les méthodes développées à partir des corps de remblais ou de barrages leurs possibilités techniques, à la com-
résultats d’essais en place (pressiomè- s’appuient sur des paramètres détermi- plexité de leur réalisation, à la représen-

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tativité de leurs résultats, à leur durée et Sans aller jusqu’aux essais de fluage, nature et l’état des sols. Par ailleurs, les
à leur coût, ainsi qu’à la complexité et dont la durée atteignait plusieurs mois essais de laboratoire permettent d’accé-
au coût des appareils nécessaires pour il y a vingt ans, ou aux essais triaxiaux der à des aspects de comportement que
réaliser les essais. consolidés drainés qui peuvent durer les essais en place ne permettent pas
un mois ou plus dans les sols fins peu d’atteindre, tandis que les essais en
■ Les limites techniques des essais
perméables, les essais courants (œdo- place peuvent être plus respectueux de
concernent la possibilité de tester des
mètre, essais triaxial consolidé non l’état initial du sol.
types de sols particuliers dans les gam-
mes de chargement des ouvrages futurs drainé, etc.) durent quelques semaines,
Cette liste pourrait être encore allon-
(impossibilité de réaliser des essais sur alors que les essais en place peuvent en
gée... Elle témoigne de l’imbrication
des sols comportant des particules de général être réalisés dans la journée. Il
des techniques de reconnaissance et
dimensions trop grandes pour les est donc naturel qu’ils tentent les géo-
caractérisation des sols, imbrication
appareils ; nécessité d’appliquer dans techniciens pressés... Le coût des essais
souhaitée par la communauté des géo-
certains cas des pressions ou forces est en général directement lié à leur
techniciens pour faciliter la pratique
dépassant les capacités des matériels durée et est donc moindre pour les
harmonieuse de leur métier.
d’essai ; capacité ou non d’imposer essais en place. Le coût des investisse-
l’état initial du sol en début d’essai). ments est important dans les deux cas
(sondeuses, carottiers, presses triaxia-
De ce point de vue, les principales
les, etc.) mais est réparti sur un plus Conclusion
limitations des essais de laboratoire
sont liées aux dimensions des appa- grand nombre de sondages et essais Ces quelques réflexions sur la place des
reils, conçus pour tester des argiles, dans les essais en place. Le coût et la essais de laboratoire dans la pratique de
marnes ou sables fins plutôt que des durée sont souvent décisifs dans les la géotechnique ont été initiées par des
matériaux d’éboulis ou des sols indurés choix, quand il n’y a pas d’exigences journées d’études organisées à Paris en
très résistants. Par contre, l’essai de techniques particulières pour le con- novembre 2000 par l’École nationale
laboratoire permet en général de mieux tenu de l’étude géotechnique. Le rôle des Ponts et Chaussées sur « les essais
contrôler les charges appliquées au sol des spécialistes de la géotechnique est de laboratoire en géotechnique : nou-
pendant l’essai, de parcourir des che- de faire que ces facteurs ne soient pas velles techniques et applications ».
mins de contraintes plus variés, de maî- aussi décisifs quand on a besoin L’idée initiale était de décrire les prati-
triser les conditions hydriques et les d’essais plus longs et onéreux. ques différentes des pays européens,
pressions interstitielles. mais il est apparu que ces pratiques
n’étaient en fait pas différenciées par
■ Il ne faut pas sous-estimer les diffi- des préférences « arbitraires » mais au
cultés associées à la complexité des Pour une pratique contraire étaient plutôt liées au contexte
procédures d’exécution des essais. Le harmonieuse géologique et historique du développe-
prélèvement de carottes de sols intacts de la géotechnique ment de la géotechnique et dépendaient
est très difficile dans certains sites. Cer- principalement du type d’ouvrage étu-
tains asservissements en contraintes ou Les points de vue précédents pourraient dié. Pour les études courantes de fonda-
déformations sont complexes à pro- laisser l’impression que la pratique de tions profondes, il est clair que les
grammer dans les essais de laboratoire. la géotechnique oppose deux approches essais de laboratoire ne sont plus utili-
Mais la situation peut être aussi com- antagonistes et exclusives de la caracté- sés. Pour les autres types d’ouvrages, la
plexe pour les essais en place : l’exécu- risation des sols. La réalité est plus situation n’est pas aussi tranchée. On
tion des forages pour essais nuancée : les géotechniciens ont besoin peut imaginer que le développement
pressiométriques peut être problémati- pour l’exercice de leurs activités d’une des calculs numériques pour les études
que dans certains sols... connaissance aussi complète que possi- d’interaction favorisera la demande de
ble de la nature, de l’état et du compor- paramètres de calcul déterminés usuel-
■ La représentativité des essais est tement mécanique et hydraulique des
une hypothèse implicite de toutes les lement en laboratoire, mais que ces
sols et roches existant sur le site de leur paramètres pourront être au moins par-
études de sols, mais elle doit être véri- étude. Les essais en place, rapides et
fiée pour chaque étude. Il est fréquent tiellement déduits d’essais en place.
moins coûteux, sont des instruments de Certains aspects du comportement des
que les éprouvettes choisies pour les reconnaissance pratiques et efficaces sols restent toutefois inaccessibles aux
essais soient les plus faciles à tailler mais qui ne livrent qu’une connaissance essais en place actuels (effets du temps,
dans une carotte, donc par exemple les partielle des terrains. L’identification évolution des comportements avec le
parties argileuses dans un multicouche des sols et des roches est leur complé- niveau de contraintes, etc.) et il est
de sable et d’argile... Il faut aussi que ment indispensable, identification important de conserver des laboratoires
les éprouvettes aient les propriétés du visuelle, d’abord, qui s’effectue sur des qui permettent de les déterminer quand
sol en place, donc n’aient pas été per- carottes ou fragments de sols récupérés c’est nécessaire. La détermination des
turbées par les opérations de prélève- en surface lors de l’exécution des fora- paramètres d’interaction entre sols et
ment, de transport, de conservation et ges. Identification aussi par des essais structures (contacts entre sols et béton,
de taille. Il faut enfin que les prélève- (mesure de la teneur en eau, des masses acier, géosynthétiques, etc.) est un autre
ments aient été effectués en des volumiques, de la porosité, du degré de champ de concurrence entre des essais
endroits représentatifs du site. saturation, etc.) réalisés sur le terrain ou de laboratoire, des essais d’arrachement
■ Deux facteurs (le coût et la durée au laboratoire. Cette identification est en place, voire des procédures d’éva-
des essais) influencent aussi les straté- obligatoire pour que l’on puisse tirer luation forfaitaire pour lequel les prati-
gies de reconnaissance des sols : la des conclusions correctes des résultats ques doivent encore être fixées. Ainsi,
durée des essais en place est en général des essais en place : une même valeur l’avenir devrait voir un partage de
beaucoup plus faible que celle des de résistance de cône qc ou de pression l’activité entre laboratoire et activités
essais de laboratoire, y compris le pré- limite pl peut correspondre à de nom- de terrain plutôt qu’une domination
lèvement des échantillons sur le terrain. breuses situations spécifiques selon la définitive d’un type d’essais sur l’autre.

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